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Full text of "Dictionnaire d'ascétisme"

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NOUVELLE 


ENCYCLOPÉDIE 

THËOLOGIQUE, 


00  HOUVELLB 


Sim  DI^ DlCIIOlIAmSS  sur  TOUTIS  lis  PARTIIS  DH  U  SGniGH  RILIflnUSI, 


LA  PLUS  CLAim:,  LA  PLUS  FACILE,  LA  PLUS  COMMODE,  LA  PLUS  VAlilÉE 

ET  LA  PLUS  COMPLÈTE  DES  THÉOLOCIES. 

C8S  DICnOHlIAUKS  S05T  CEUX-  : 

MS  DêCRKTS  DES  C0!IGR£GATI01«â  ROMAINES, —  DR  PATROLOCIR, 
"  M   BIMRAMIIE    dUÉTlEXIlE   ET    AJiTl-CBRÉTIEHHB  ,    —  DES  COHFRÉRIES,  —  DES  CROISADES,  —  DES  HISSIONS, 

—  D^AXECDOTES  CURÉTI EXPIES,  — 
d'ascétisme  et  des  I5V0CATIOIIS  A  LA  VIERGE,  —  DES  IXDL'LGCIICES,  —  DES  rROrn^.TICS  ET  DES  MIRACLES, 

—  DB  statistique  CBRÉTIE59B,  —  D*ÉC0?fOMlE  CHARITABLE  ,  —  D*ÉDUCATl<Mf, 

—  DES  PERSÉCeTIO!«S,  —  DES  ERREURS  SOCIALES, 
—  DB  raiLOSOPniB  CATHOLIQUE,  —  DES  C0!IVERSI05S  AU  CATHOLICISME,  —  DESArOLOCISTES  IHTOLONT AIRES, — 

D*iL0QIIE2ICE  CnRÉTIE!l5E,   —  DE  LITTÉRATURE  f^.,  — D^ARCOÉOLOCIE  II/.,  —  d'OR!(EME9ITATIOX  U. 
-  D*ARCaiTEGTCRE,  DB    PBINTURB    ET    DE    SCULPTURE    fif.,    —    DE   NUMISMATIQUE    fif.,    —    D^UÉRALDIQUE    td., 

—  DE  MUSIQUE    id,^ —  D*ANTHR0P0L0CIE  fif.,   —   DR    PALÉONTOLOGIE    id,^  — 
A'iHCRAFMJB  fil., —  DB  BOTANIQUE  id.,  —  DE  ZOOLOGIE  id.,  —  d'eTHHOGRAPAIE,  —  DBS  MA!IUSCRITS,  — 

DES  I5VE1IT10KS  ET  DÉCOUVERTES.  — 
DB  MÉDECINE-PRATIQUE,  —  D*ACEI-S1LV1-VITI-ET-H0RTICULTURE,  ETC. 

PUBUEK 

PAR  M.   L'ABBÉ  MI6NB, 

ilBIVava  MM  &A  MIM&IOVHACVM  «aiVMSSMli&M  MO  GlbMJIMA. 

00 

I 

DBS  CMBM  OttMVUnS  SUR  CMAQOB  BBAMCOB  DB  LA   SdBNGB  ECCLÉSIASTIQUB. 


•MIS  S  6  nu  LB  fOL.  POOB  LB  SOmCBIPTBOR  A  LA  COLLBCTIOB  EHTIÈBB,  7  FR.,  8  FB.,  BT  MâMB  fO  FR.  POUR  LB 

SOCSCRIPTEOB  A  TBL  00  TEL  DKTlOmiAIlB  PABTICOLIER* 


TOMDS  QUAHUUITE-DEUXIÂnE. 


PICTIONNAIRE  D'ANTHROPOLOGIE. 

TOMB    t'RIQUE. 

nix  :  8  nuiic^. 


S'IMPRIME  BT  SE  VEND  CHEZ  J.-P.  MI6NB ,  ÉDITEUR, 

AUX  ATKUBBS  CATHOLIQUES,  RUE  FAMBOIS^  AU  PETIT-MONTROUGE , 

■AKUÈBB   d'bRFIE   DB    PIBIS. 


185a 


qi-     d     27 


% 


y     •'     -   X 


Imprimerie  M1GN£«  au  Peiit-Montravge« 


DICTIONNAIRE 


D'ANTHROPOLOGIE 


9 

OU 


HISTOIRE    NATURELLE 

B£  L'HOMME  ET  DES  RAGES  HUMAINES. 

AUTODE.  PHYSIOLOGIE.  PSYCHOLOGIE,  ETHHOLOGIE. 


aiVUTATIOll  Vm  THioaUS  lUTftmiàUSTES»  PAHXHilSTKS,  BATIOHAUSTBS,  SIC. 


PAR  L.-F.  JEHAN  lé. 


de  la  Sodèlé  GèologIqM  de  Pinaee,  de  rAcidéaile  tapim  dei  Stkmtm  de  Tirte,  eie^  «Mr  dei 
Hifli— Mifrfi  d'AsuoMode,  de  Pbyaqoe,  de  Chimie»  de  Boiaelqae,  deZoologle,  eie.«  eie. 


«e.  Item,  mmÊnm  lu 
Salm  Aveonn. 
La  adeeoe  la  plea  iatéreanole  et  la  plat  iaportaeie 
peer  rhoflMM  en  celle  de  r 


Ohlla belle, la  noUe  deaUeée  d'avaaeer  to^foert 
vefs  la  perfeetioa  aoa  Jaaiaia  reaeoalrer  le  tenae 
deaes|ffegrèft 


PUBUÉ 

PAR  M.   L'ABBÉ  MIGNE , 

llMTEVa  MB  Uà  mSBMMWWmÈ/^CE   1J!ll¥ESflaLUB  MI  CAMICÉ, 
NS  O91B0  coansis  sini  cbaoob  brahcbe  m  la  sciehcb  wcojêmuêjhkbb. 


TOME  UNIQUE. 


PftIX  :  8  FRANCS. 


S'IMPRIMC  ET  SE  VEND  CHEZ  J.-P.  MIGNE,  EDITEUR , 

AUX  ATELIERS  CATHOLIQUES,  RUE  D'AMBOISE,  AU  PETIT  -MONTROUGE» 

BARitiine  n'BxrER  pe  paris. 

1853 


'■_  1 


INTRODUCTION. 


PUISSANCE,  SAGESSE  ET  BONTE  DE  DIEU 

£tcidiées 

DANS  LES  MECANISMES  0D  MONDB  ORGANIQDfi 

ET  PARTICULIEREIBSNT  DANS  LA  STRUCTUBE  DU  CORPS  HUMAIN. 

L^escdlenee  de  lâ*beaiité  âppdniicnl  à  riioinnie« 
m  c'est  comme  en  admiraUe  rejaillissemenl  de  Fi* 
mage  de  Dieu  sur  sa  face. 

L'homme  est  le  Goroplémenl  des  oeuvres  de  Dieiu 
ei  après  Tavoir  fait  comme  son  chef-d^œiivre,  il 
demeure  en  repos. 

(BossucT,  £//r.  $nr  lei  my$t,) 

» 

Bans  les  divers  ouvrages  que  nous  avons  publiés  jusqu  ici,  sur  les  sciences  physiques  et 
tiatorellesy  nous  nous  sommes  complu  à  arrêter  nos  yeux  et  notre  pensée  sur  le  spectacle 
de  cette  nature  terrestre,  où  la  puissance  et  la  sagesse  de  Dieu  se  déploient,  avec  une  va-» 
riété  sans  Ix>mes9  en  chefs-d'œuvre  de  grâce,  de  beauté,  de  perfection,  qui  confondent  ou 
ravissent.  Sur  celte  scèfie  admirable,  nous  avons  vu  que  chaque  créature  a  son  langage,  son 
moyen  d'expression,  pat  lequel  elle  se  manifeste  et  parle  à  Thomme.  La  terre  parle  par 
toutes  ses  productions  :  le  minéral,  le  végétal,  l'animal,  parlent  par  leurs  formes,  par  leurs 
mouvements,  par  leurs  qualités  et  leurs  phénomènes.  La  nature  est  cet  ariire  merveilleux 
dont  il  est  fait  mention  dans  lafiible  orientale  :  arlirc  immense,  aux  milite  cris,  aux  innont** 
brables  voii;  toutes  ses  feuilles  chantent,  et  forment  en  chantant,  sous  le  ciel,  un  perjié* 
Cuel  concert  d'ineffable  harmonie»  qui  varie  selon  Tordre  des  saisons,  selon  Theurc  de  la 
nuit  ou  du  jour. 

Portez  vos  regards  dans  les  profondeurs  des  cieus,  al»«iissez^les  dans  la  poussière  de  la 
terre,  partout  vous  trouverez  la  nature  se  présentant  avec  une  apparence  d'infinité,  qui  est 
le  caractère  propre  de  son  Auteur.  Cest  un  |)alais  où  le  moindre  des  serviteurs  porte  la 
livrée  du  prince.  \jci%  astres  dans  le  ciel>  les  flots  de  lumière  qui  inondent  res|>oce,  Tinnom^ 
brable  multitude  d'êtres  qui  se  meuvent  sur  noire  jtlanèle,  les  relations  qui  les 
lient  harmonieusement  les  uns  aux  autres»  écrasent  de  leur  volume  ou  de  leur 
petitesse,  de  leur  nombre  ou  de  leur  distance,  Timaginalion  do  rhmnme;  mais  la  puis* 
sance  et  ia  sagesse  du  Créateur  sont  présentes  parlout;  ce  qui  nous  échappe»  son  œi!  le  voit, 
son  gouvernement  Temlirassc.  Il  sait  combien  d'atomes  de  lumière  remplissent  Icspace, 
combien  de  molécules  aqueuses  sortent  du  sein  des  mers  et  combien  y  retournent;  il  sait 
le  nombre  des  soleils  qui  resplendissent  dans  rincommcnsuralile  étendue;  il  a  compté 
les  êtres  de  ehaque  espèce  qu'il  devait  appeler  à  la  vie;  il  a  vu  rinsocto  qui,  sur  un  point 
imperceptible»  est  lui-même  un  point...  Il  n*y  a  ]ias  d'infini  pour  Dieu,  rien  n*est  graml, 
rien  n>st  petit  pour  celui  qui  est  lui-même  sans  mesure.  Etudier  ses  ouvrages,  c'est  les 
admirer  :  toute  découverte  qu'on  y  fait  devient  une  preuve  de  ses  attributs  di\ins.  On  y 
aperçoit  en  même  temps  une  similitude  et  une  correspondance  assez  prononcées  pour  cons- 
tater qu'ils  sont  sortis  de  la  même  main,  et  une  diversité  assez  caractéristique  ]K>ur  nous 
apprendre  combien  les  plinns  de  l'Ouvrier  furent  vastes  et  ses  pensées  fécondes.  Les  objets 
?es  plus  uniformes  dilTèrcnl  p<ir  quelque  cêté,  et  ix)urtant  l'unité  existe  :  les  contrastes  sont 

DlCT«0?iK.  D*.\KTUKOrOI.OGIK,  1 


41 


fî 


niaiiifcslcs,  el  les  rapports  j^c'ii6r»iiix  ou  parlimiliers  en  déconïcnl.   D.ins  rctte  immeii^u 
l.iiri'pjc,  cliiitpie  iniiivhiii    tbriiic  tiii  loiit,  »atvs  cesser  ti'^lre  p(rrli:f  K&rmoDiqno  de  Ico- 

drinlile  (1). 

i)iins  (DUS  les  ôlres  il  y  a  niio  iik^c,  Tidéc  qui  a  présidé  à  leur  cr<^.alion,  cl  qui  est  h  la 
fois  îc  principe  cl  la  lin  de  leur  existence.  La  sagesse  qui  les  a  formés  brille,  h  travers  leurs 
phi^nomènes  cl  dans  leur  développement,  par  l'harmonie  de  leurs  parties,  par  leurs  rap- 
ports avec  les  autres  existences  el  avec  l'ensemble  du  monde,  cl  c'est  de  celle  manière 
(|u  ils  élèvent  noire  raison  jusqu'à  l'Etre  supérieur  qui  les  a  créés  el  qui  les  conserve.  Mais 
luette  intelligence,  cette  sagesse  qu'ils  révèlent  n'çst  pas  à  eux;  ils  no  comprennent  pas  l'i- 
dée qu'ils  exprirpent  :  ce  sont  des  symboles  qui  ignorent  leur  signification;  ils  ne  parlent 
(]uh  l'homme  intelligent,  ou  plutôt  celui  qui  les  a  faits  nous  parle  par  eux  3  il  les  emploie 
comme  les  lettres  et  les  caractères  d'un  langage  sublime  pour  se  révéler  à  l'homme,  l'hom- 
me, caractère  le  plus  saillant,  lettre  la  plus  significative  de  ce  monde  de  jihénomènes.  La 
science  est  cette  interprétation  de  la  nature  qui  nous  élève,  par  l'observation  des  laits  cl 
des  lois  qui  les  régissent,  jusqu'au  Créateur.  Voir,  percevoir,  concevoir  avec  ronscienccv 
puis  exprimer  ce  qui  a  été  vu,  perçu,  conçu,  pour  bénir  et  glorifier  l'Auteur  de  tous  ies 
êtres,  c'est  le  propre  de  la  créature  intelligente,  c'est  le  rôle  de  l'iionmie  sur  la  terre. 

Ohl  que  la  contemplation  de  ce  magnifique,  de  cet  immense,  de  ce  ravissant  système  de 
bienveillance  qui  embrasse  tout  ce  qui  pense,  sent  ou  respire,  est  propre  h  élever,  ù  agran- 
dir notre  âme,  à  balancer,  à  adoucir  toutes  les  épreuves  de  cette  vie  fugitive,  à  soutenir,  h 
augmenter  notre  patience,  notre  résignation,  notre  courage,  h  nourrir,  h  exalter  tous  nos 
sentiments  de  reconnaissance,  d'amour,  de  vénération  pour  cette  bonté  adorable  qui  aime 
tout  ce' qui  est,  qui  ne  hait  rien  de  tout  ce  quelle  a  fait,  qui  n'a  rien  crée\  rien  établi  que  par 
amour  (2). 

Aujourd'hui  une  nouvelle  série  de  merveilles  plus  frappantes  encore,  s'il  est  j^ossibie, 
6'offre  à  notre  contemplation  ;  nous  allons  étudier  le  chef-d'œuvre  du  Créateur,  nous  ai  ions 
parler  de  rhomme. 

L'homme  réunit  dans  l'organisation  de  son  corps  les  modulations  et  les  concerts  les  plus 
agréables,  les  courbes  les  plus  ravissantes.  La  beauté  repose  sur  son  visage,  la  grâce  est  em-» 
preinte  dans  chacun  de  ses  traits.  La  noblesse  et  la  dignité  respirent  dans  son  attitude  et 
dBns  sa  démarche  ;  les  proportions  les  plus  harmoniques  &e  révèlent  dans  la  forme,  la  dis* 
position  et  le  jeu  de  ses  membres;  ses  yeux,  où  brillent  une  lumière  pénétrante,  un  rayon 
tout  céleste,  ont  des  mouvements  ineffables,  et  les  contours  de  sa  bouche  sont  dessinés  par 
le  doux  renflement  de  deux  lèvres  vermeilles  où  siège  le  sourire  qui  répand  la  joie  autour 
de  lui,  et  d'où  s'échappe,  en  flots  mélodieux,  la  parole,  présent  divin,  écho  de  ces  voix  in- 
térieures, l'intelligence,  le  sentiment,  la  raison  qui  constituent  notre  grandeur  et  établis- 
sent nos  véritables  titres  è  la  domination  de  la  terre.  Toutes  les  parties  de  son  corps  se 
rapprochent  sans  gène  et  s'agencent  avec  harmonie.  Ses  bras  l'accompagnent  et  ne  le  por-> 

(1)  Parmi  tant  de  créaiurcs  terrestres,  aquatiques,  aériennes,  dont  se  compose  le  monde  animé,  pas  une 
n'a  le  droit  de  se  croire  négligée.  Le  ciron  se  repall,  et  le  taurcaa  superbe  remplil  à  discrciior.  son  double 
estomac.  Quelle  variété  de  mets  le  gi*and  Pourvoyeur  élail  dune  chargé  d'apprèler!  Ici,  il  falh^ildes  gia- 
mens;  là,  du  feuillage;  ailleurs,  des  racines;  è  tel  animal,  des  chairs;  a  tel  autre,  des  fleurs.  Au  milieu  de 
tant  de  sollicitudes,  la  nature  suffit  à  tous  les  besoins,  el,  gardienne  intelligente;  elle  conscne  ses  maga- 
sins dans  une  inépuisable  abondance.  De  même  qu'elle  assigne  à  chaque  èire  son  emploi  dîreei  ou  imiirect 
dans  le  système  général,  de  même  elle  lui  indique  un  genre  particulier  de  nourriture.  Si  le  trèfle  avait  été 
raliment  exigé ile  tous  les  quadrupèdes;  s'il  avait  fallu  du  cbènè  ou  du  jasmin  à  tons  les  insoclos,  plusieiirs 
plantes  se  fussent  trouvées  inutiles,  et  les  nulles  eussent  été  dévorées  jusqu'à  la  racine.  Qifa  fait  1?  voh  nié 
créatrice?  En  multipliant  les  espèces  dans  le  règne  animal,  elle  les  a  «livcrsiiiécs  dans  le  lègne  vé^'éinl.  Dans 
celui-ci,  elle  a  varié  les  formes  et  les  saveurs;  dans  celui-là.  les  goùls  el  les  pcnclianls.  Selon  Pappéiil  on 
rimportance  des  convives,  elle  les  appelle  par  couples,  par  centaines  ou  p:n*  nuUiors,  à  la  consommation  do 
ses  richesses.  Toujours  elle  balance  les  Wsoins  par  fa  quantité,  et  It-s  destructions  par  des  générations 
nouvelles.  Les  espèces  sont-elles  plus  nombreuses  qu'il  n'entre  dans  ses  desseins  ?  elle  suscite  un  ennemi 
adroit  ou  puissant  pour  la  débaiTftsser  d'une  |Nipulat ion  superHiie.  L«nrs  trilms  conunencent^'?iles  au  ccn- 
Il  aire  à  s'épuiser  ?  elle  en  recueille  les  restes  cpars  el  les  préserve  d'une  ruine  totale,  ainsi  que  le  lirent  les 
Hébreui,  pardonnant  aux  Benjaminltes  retirés  sur  le  rocher  de  Uliimmon,  pour  que  le  nom  d*un  des  enfanis 
de  Jacob  ne  fiU  pas  effacé  p;u'mi  ses  frères. 

(a)  $ap,  M,  25. 


!3  INTRODUCTION.  U 

trnl  pas.  C*est  par  la  moindre  portion  de  lui-même  qu'il  touche  là  terre  ;  il  ne  communique 
avec  elle  que  par  un  point,  comme  s'il  ne  devait  la  fouler  qu'en  passant.  Il  marche,  et  Ion 
sent  qu'il  va  donner  des  ordres;  il  s'arrête,  et  le  soU  dont  sa  noble  figure  se  détache, ne  lui 
sert  que  comme  de  piédestal  autour  duquel  les  divers  animaux  se  groupent  en  manière  de 
bas-reliefs.  Cne  ligne  moelleuse  et  flexible  semble  descendre  de  sa  tète  à  la  plante  de  ses 
pieds  :  Tesprit  de  vie  la  parcourt  tout  entière,  circule  autour  des  formes,  les  anime^  et  fait 
briller  sa  teinte  carminée  à  travers  une  peau  diaphane  :  création  merveilleuse  où  la  vigueur 
et  la  grâce  naissent  l'une  de  l'autre  et  s'unissent  sans  efforts.  L'homme  a  reçu  de  la  nature» 
avee  les  plus  belles  formes  dans  son  corps»  le  sentiment  de  la  Divinité  dans  son  coeur,  rin-" 
telligeQce  de  ses  ouvrages  dans  son  esprit,  Tinstinct  de  Imûnité  et  de  l'immortalité  dans  ses 


«  Contemplateurs  des  œuvres  du  Tout«*Pui$sant,  votre  admiration  s'épuise  à  la  vue  de 
ce  merveilleux  ouvrage.  Pénétrés  de  la  noblesse  du  sujet,  vous  voudriez  en  exprimer  forte^ 
ment  tontes  les  beautés,  mais  votre  pinceau  trop  faible  ne  répond  pas  à  la  Vivacité  de  vos 
conceptions.  ^ 

«  Comment,  en  effet,  réussir  à  rendre  avec  énergie  ces  admirables  proportiobs^  ce  port 
noble,  majestueux  ;  ces  traits  pleins  de  force  et  de  grandeur,  cette  tète  ornée  d*une  agréa- 
ble chevelure,  ce  front  ouvert  et  élevé,  ces  yeux  vifs  et  perçants,  éloquents  interprètes  des 
sentiments  de  l'Ame  ;  cette  bouche,  siège  du  ris,  organe  de  la  parole  ;  ces  oreilles,  dont  la 
délicatesse  extrême  saisit  jusqu'à  une  nuance  de  ton  ;  ces  mains»  instruments  précieux» 
source  intarissable  de  productions  nouvelles  ;  cette  poitrine  ouverte  et  relevée  avec  grâce } 
cette  taille  riche  et  dégagée  ;  ces  jambes,  élégantes  colonnes,  et  qui  répondent  si  bien  à  Yé-* 
dîGce  qu'elles  soutiennent;  ce  pied  enfin»  base  étroite  et  délicate,  mais  dont  la  solidité  et 
les  mouvements  n'en  sont  que  plus  merveilleux. 

«  Si  nous  entrons  ensuite  dans  Fintérieur  de  ce  bel  édifice,  le  nombre  prodigieux  da 
ses  pièces ,  leur  surprenante  diversité ,  leur  admirable  construction  »  leur  harmonie 
merveilleuse 9  Fart  infini  de  leur  distribution,  nous  jetteront  dans  un  ravissement 
dont  nous  ne  sortirons  que  pour  nous  plaindre  de  ne  pas  suffire  à  admirer  tant  de  mer-» 
veilles. 

«  Les  os,  par  leur  solidité  et  par  leur  assemblage,  forment  le  fohdemetit  oti  là  charpente 
de  l'édifice  :  les  ligaments  sont  les  liens  qui  unissent  ensemble  toutes  les  pièces.  Les 
muscles,  comme  autant  de  ressorts,  opèrent  leur  jeu.  Les  nerfs,  eii  se  répandant  dans  toute 
les  parties,  établissent  entre  elles  une  étroite  communication.  Les  artères  et  les  veines, 
semblables  à  des  ruisseaux ,  portent  partout  le  rafraîchissement  et  la  vîe^  Le  cœur,  placé 
au  centre,  est  le  réservoir  ou  la  principale  force  destinée  à  imprimer  le  mouvement  au 
fluide  et  à  l'entretenir.  Les  poumons  sont  une  autre  puissance  ménagée  pour  porter  dans 
Fintérieur  un  air  firais  et  pour  en  chasser  les  vapeurs  nuisibles.  L'estomac  et  les  viscères 
de  différents  genres,  sont  les  magasins  et  les  laboratoires  où  se  préparent  les  matières  qui 
fournissent  aux  réparations  nécessaires.  Le  cerveau,  appartement  de  Fâme ,  est,  comme 
tel,  spacieux  et  meublé  d'une  manière  assortie  à  la  dignité  du  maître  qui  l'habite  ;  les  sen.«, 
domestiques  prompts  et  fidèles  »  Favertissent  de  totit  ce  qu'il  lui  convient  de  savoir,  et 
servent  également  à  ses  plaisirs  et  à  ses  besoins  (3).  » 
Prêtons  l'oreille  à  la  voix  mélodieuse  de  Bernardin  de  Saint^-Pierre  : 
«  Le  corps  humain  offre  mille  harmonies  avec  toutes  les  puissances  de  Ja  nature ,  mai^ 
surtout  avec  celles  de  la  terre.  Le  paysage  le  plus  varié  n'a  rien  d*aussi  ravissant  dans  ses 
forêts  aériennes»  les  groupes  de  ses  montagnes,  les  sinuosités  de  ses  valloos»  les  projections 
lointaines  de  ses  plaines.  Considérez,  l'homme  assis»  couché»  debout  »  dans  un  ibnd»  sui* 
une  hauteur»  vous  découvrirez  dans  toutes  ses  attitudes  et  ses  positions  de  nouvelles  beautés. 
Les  artistes,  qui  le  dessinent  depuis  tant  de  siècles,  trouvent  ses  formes  aussi  inépnisablesi 
oiie  les  moralistes  qui  Fétudient,  ses  passions  ;  il  semble  que  son  cœur  ait  autant  d*instincts 
ûiJérenis  que  son  corps  a  de  muscles.  C'est  avoir  atteint  le  comble  de  Fart  en  tous  genres»  qud 

(3)Ch. 


15  INTRODUCTION  «6 

de  savoir  rendre  ses  grâces ,  ses  proportions ,  les  affections  variées  qui  raniment ,  et  tout 
son  ensemble.  Les  animaux  n'offrent  rien  de  semblable  ;  leurs  facultés,  bornées  à  une 
seule  industrie,  sont  enchaînées  par  la  nécessité;  leurs  formes  sont  offusquées  de  poils,  de 
plumes ,  d'écaillés  ;  vous  apercevez  en  eux ,  non  une  raison  libre ,  mais  des  instinct» 
circonscrits  ;  non  un  corps,  mais  un  vêlement.  L'homme  seul  étend  son  intelligence  à  toute 
la  nature  ;  lui  seul  montre  sa  beauté  personnelle  à  découvert.  Les  dépouilles  de  tous  les 
animaux  servent  à  sa  parure,  depuis  la  peau  du  lion,  qui  couvre  les  épaules  d'Hercule, 
jusqu'aux  fils  transparents  du  ver  à  soie  dont  se  voile  Déjanire. 

«  Viens  donc,  belle  figure  humaine,  viens  et  reçois  mes  hommages;  que  la  terre 
reconnaisse  en  toi  son  mailre  ;  parcours-en  les  monts  les  plus  escarpés  et  les  vallées  les  plus 
profondes,  traver$es-en  les  différentes  zones  :  toi  seule,  de  tous  les  êtres  animés,  en  as  la 
pouvoir.  Que  Targile,  les  rochers,  les  métaux,  obéissent  à  tes  lois,  et  qu'ils  entrent  dans 
la  construction  de  ton  habitation  passagère  ;  qu'ils  figurent  ta  propre  image  sous  tes  mains, 
mais  que  la  beauté  de  cette  image  disparaisse  devant  la  tienne.  O  homme  l  n'admire  point 
les  chefs-d'œuvre  des  Grecs  :  l'Apollon  du  Belvédère  n'est  que  le  chef-d'owivre  de  Phidias, 
et  toi,  tu  es  celui  du  Créateur.  Fusses-tu  contrefait  comme  Esope ,  toi  seul  es  digne  de  ton 
admiration.  Jamais  le  marbre  n'a  palpité  :  il  reçoit  au  dehors  la  forme  humaine,  mais  il 
reste  toujours  au  dedans  sans  vie  et  sans  reconnaissance.  Pour  toi ,  tu  es  sensible  aux 
bienfaits  de  ton  auteur,  tu  es  à  toi-même  la  preuve  la  plus  toucnante  de  sa  providence.  En 
couvrant  la  terre  de  biens  ,  il  donna  le  mouvement  de  progression  à  tes  muscles  pour  la 
parcourir,  mais  il  t'éleva  au-dessus  de  ta  sphère,  en  te  donnant  l'idée  de  lui-même  :  il  a  fait 
servir  ses  ouvrages  de  modèle  à  ton  intelligence ,'  afin  de  t'approcher  de  lui  et  de  te  fair^ 
connaître  que  tu  étais  réservé  à  de  célestes  destinées.  » 

Entrons  dans  les  détails. 


r   ■      • 
^    -     r 


§1. 

Le  meilleur  moyen  de  préparer  l'esprit  à  la  contemplation  du  vaste  sujet  qui  nous  occupe 
et  de  faire  saisir  avec  évidence  cette  vérité,  qu'i7  y  a  un  dessein  dans  les  ouvrages  de  la 
naturCf  c'est  de  comparer  d'abord  un  objet  individuel  avec  un  autre ,  comme  un  organe 
avec  un  instrument  fabriqué  par  l'homme.  Essayons,  par  exemple,  de  comparer  l'œil  humain 
avec  une  lunette  d'approche.  Le  premier  examen  nous  montre  une  parfaite  analogie  entre 
l^  deux  machines  et  leur  but.  Il  est  clair  que  l'œil  a  été  fait  pour  voir,  tout  comme  la 
lunette  a  été  faite  pour  dider  l'œil.  L'un  et  l'autre  sont  faits  sur  les  mêmes  principes,  et 
conformément  aux  lois  qui  règlent  la  transmission  et  la  réfraction  de  la  lumière.  Je  ne 
parle  pas  de  l'origine  des  lois  elles-mêmes;  mais  ces  lois  étant  déterminées,  la  construction 
des  deux  machines  leur  est  également  analogue.  Par  exemple,  les  lois  dé  la  réfraction 
demandent  que,  pour  produire  le  même  effet,  les  rayons  de  lumière  qui  passent  de  l'eau 
à  l'intérieur  de  l'œil  soient  réfractés  par  une  surface  plus  convexe  que  cela  n'est  nécessaire, 
pour  produire  le  même  effet  que  ces  rayons  de  lumière  produiraient,  s'ils  passaient  de  l'air 
Clans  l'œil.  En  conséquence,  nous  voyons  que  la  lentille,  appelée  cristallin,  est  beaucoup 
plus  sphérique  dans  l'œil  d'un  poisson  ([ue  dans  l'œil  d'un  animal  terrestre.  Quelle  preuve 
plus  évidente  d'un  dessein  peut-on  donner  que  c«tte  différence?  Comment  un  mathématicien 
ou  un  faiseur  d'instruments  d'optique  pourrait-il  mieux  démontrer  la  connaissance  des 
lois  relatives  à  la  vision,  que  par  une  telle  application  des'moyens  au  but?  ^ 

>  Mais,  dira-t-on,  comment  peut-on  comparer  un  organe  qui  aperçoit,  avec  un  instrument 
qui  n'aperçoit  point?  Le  fait  est  que  l'œil  et  la  lunette  sont  également  des  instruments, 
et  que  le  mécanisme  de  l'un  est  parfaitement  analogue  au  mécanisme  de  l'autre.  Observons 
quelle  est  la  constitution  de  l'œil.  Pour  que  la  vision  s'opère,  il  faut  que  l'image  d'un  objet 
se  forme  dans  le  fond  de  l'œil.  Pourquoi  le  faut-il?  Comment  cette  image  qui  se  dessine  au 
fond  de  l'œil  se  trouve-t-elle  en  rapport  avec  la  sensation  produite?  C'est  ce  qu'il  est  peut-être 
impossible  de  déterminer.  Mais  ce  n'est  pas  ce  qui  nous  importe  dans  ce  moment.  Ici , 
comme  dans  beaucoup  d'autres  cas,  nous  pouvons  suivre  jusqu'à  un  certain  point  la  partie 
mécanique  de  l'invention;  mais  nous  arrivons  bientôt  à  la  partie  qui  n'est  pas  mécanique. 


17  INTRODUCTION.  fS 

el  là  nous  sommes  arrêtés.  Cela  n*empèche  poîBl  que  nous  n*ayoDs  une  certilbde  parfaite 
de  la  diose  que  nous  ayons  saisie.  Il  y  a  cette  différence  entre  un  automate  el  un  animal , 
que  dans  celui-ci,  nous  suivons  la  trace  du  mécanisme  qui  le  fiiit  mouvoir,  jusqu'à  un 
certain  degré,  oH  nous  sonmies  tout  à  coup  arrêtés,  soit  parce  que  les  parties  à  observer 
deviennent  trop  subtiles  pour  nos  sens  et  pour  nos  instruments,  soit  parce  qu'au  delà  des 
lois  mécaniques,  il  se  trouve  quelque  chose  qui  en  est  tout  à  fait  en  dehors ,  et  que  nous 
ne  pouvons  comprendre;  au  lieu  que  dans  l'automate,  nous  remontons  jusqu^au  principe 
de  chacun  des  mouvements  qu'il  est  capable  d'exécuter.  Dans  les  deux  cas,  le  raisoniltaient 
est  également  concluant  pour  toute  la  partie  de  Teiamen  que  nous  sommes  en  état  de  suivre. 
Par  exemple,  dans  le  cas»  dont  il  s*agit,  c*est  une  chose  certaine,  parce  que  l'observation 
et  l'expérience  la  démontrent,  que  la  formation  d'une  image  au  fond  de  l'œil  est  une 
ronditioB  nécessaire  de  la  vision  parfaite.  Tout  ce  qui  peut  rendre  l'image  moins  distincte, 
aSecte  également  la  vision.  La  formation  de  cette  image  étant  donc  nécessaire  (n'importe 
comment)  à  l'exercice  du  sens  de  la  vue ,  je  dis  que  Tappareil  de  l'œil  qui  détermine  la 
formation  de  cette  image,  est  arrangé  exactement  sur  le  même  principe  que  l'appareil  du 
télescope  ou  de  la  chambre  obscure.  Les  instruments  sont  parfaitement  analogues  entre  eux; 
le  but  est  commun,  les  moyens  sont  semblables,  et  l'invention  est  précisément  la  même. 
Les  lentilles  de  la  lunette  d'approche ,  les  humeurs  de  l'œil  se  ressemblent  parfaitement 
dans  la  forme  générale,  dans  la  position,  et  dans  la  faculté  de  réfracter  les  rayons  de 
lumière  de  iaçon  à  les  rassembler  en  un  seul  point,  à  la  distance  requise  du  cristallin  et  de 
la  lentille.  Qr  dans  l'œil ,  cette  distance  se  trouve  exactement  calculée  afin  que  l'image  se 
trace  nettement  sur  la  membrane  étendue  pour  la  recevoir.  Comment  serait*il  possible , 
dans  deux  cas  si  parfaitement  semblables,  d'exclure  l'invention  pour  l'un  des  deux ,  et  de 
reconnaître  que,  pour  l'autre,  rien  au  monde  ne  peut  être  plus  évident  que  l'invention? 

La  ressemblance  des  deux  choses  est  encore  plus  rigoureuse  qu'elle  ne  le  parait  d'abord. 
Les  lunettes  d'approche  étaient  imparfaites  tant  que  les  lentilles  séparaient  les  couleurs 
dans  le  passage  des  rayons  de  lumière,  et  teignaient  les  objets,  surtout  dans  les  bords,  des 
couleurs  de  l'iris.  Depuis  longtemps,  on  désirait  trouver  le  moyen  d'ohvieràcet  inconvénient; 
lorsqu'enfin  un  opticien  habile  imagina  d'analyser  avec  plus  de  soin  qu'on  ne  l'avait  fait 
jusqu'alors,  le  disposition  de3  diverses  humeurs  du  globe  de  l'œil  ;  car  il  y  avait  eu,  dans  la 
fabrication  de  l'œil,  le  même  genre  de  difficulté  à  vaincre.  U  découvrit  que  cet  inconvénient 
avait  été  prévenu  par  la  combinaison  de  diverses  lentilles  appliquées  les  unes  aux  autres, 
et  composées  de  substances  dont  le  pouvoir  réfracteur  était  différent.  L'opticien  partit  de 
là  pour  essayer  de  composer  ses  lentilles  avec  des  verres  de  densité  différente;  et  il  parvint 
à  corriger  le  défaut  des  lentilles  simples,  en  imitant,  au  plus  près  possible,  les  moyens 
employés  dans  la  construction  de  l'œil.  Je  demande  si  le  modèle  après  lequel  l'opticien  a 
travaillé  et  atteint  son  but,  en  employant  les  mêmes  moyens,  a  pu  être  construit  sans  aucun 
but  {k). 

11  y  a  d'autres  points  qui  ne  sont  pas  d'une  ressemblance  rigoureuse  entre  Tœil  et  la  lu- 
nette d'approche,  mais  qui  peuvent  fournir  à  la  comparaison,  parce  que  la  supériorité  de 
l'œil  sur  l'ouvrage  de  Tart  est  fondée  sur  les  lois  qui  appartiennent  également  aux  deux 
machines. 

L'ceil  avait  besoin  de  deux  propriétés  qui  n'étaient  pas  nécessaires  au  même  degré  dans 
une  lunette  d'approche.  11  fallait  1*  que  l'organe  pût  se  prêter  aux  différents  degrés  de  lu- 
mière ;  2*  qu'il  fût  également  propre  à  remplir  sa  destination,  quelle  que  fût  la  distance 

(4)  A  mesare  que  l*art  d'observer  se  perfectioDoe,  on  découvre  de  nouveaux  sujets  d^admiratlon  dans 
M  organes  des  èlres  animés.  On  peut  voir,  dans  la  BibL  BriL,  vol.  IXII  {Sciences  et  Artê)^  p.  5i5,  le 
Tcsoltat  des  (^Mervations  du  chimiste  Cbenevix  sur  les  humeurs  de  Fceil.  Dans  rϔl  du  mouUm,  la  pesan- 
teur Médfique  de  Thumeur  aqueuse  et  de  rhumeur  vitrée  est  de  10,090,  Feau  étant  10,000.  L'humeur 
cristanine  pesé  11,000.  Dans  rail  de  rhomme,  Thumeur  aqueuse  et  rhumeur  vîuée  pèsent  10,033,  et  celle 
du  cristallin,  10,790.  Cooune  le  volume  de  Toeil  de  Fhomme  est  moindre  que  le  volume  de  Toeil  du  mou- 
loo,  OD  peut  conjecturer  que  TAuteiir  de  la  nature  a  augmente  la  densité  de  Tliumeur  cristalline,  pour 
à  Forgane  sa  propriéîë  achromatique. 


<9  INTRODUCTION.  iO 

(lo  Tobjet,  depuis  trois  ou  quatre  pouces,  jusqu^à  plusieurs  lieues.  Ces  diflicultés  ne  .  se 
présentaient  pas  au  constructeur  de  la  lunette  ou  du  télescope.  Il  a  besoin  de  toute  la  lu* 
piière  qu'il  peut  se  procurer,  et  Tinstrumeut  n*est  point  fait  pour  observer  de  près. 

Cn  admirable  mécanisme  a  été  employé  daqs  la  fabrication  de  l'œil ,  pour  pourvoir  ^  ce» 
deux  choses.  La  pupille,  ou  le  tfou  par  lequel  la  lumière  pénètre  dans  l'oeil,  a  une  cons* 
truction  qui  lui  permet  de  se  contracter  lorsqu'il  j  a  trop  de  liunière,  et  de  se  dilater 
lorsqu'il  n'y  en  a  pas  assez.  L'intérieur  de  l'œil  est  une  chambre  obscure,  dont  la  fenêtre 
8'ouvr#  plus  ou  moins,  pour  régler  la  quantité  des  rayons  de  lumière  qui  pénètrent  :  cela 
se  fait  sans  eQbrt,  promptement,  et  toujours  au  momeqt  du  besoin,  par  le  seul  effet  de  ce 
curieux  mécanisme. 

Observoqs  ici,  en  passant,  que  la  pupille  de  l'œil  humain  conserve  toujours  exactement 
$a  forme  circulaire,  quelles  que  soient  ses  dimensions.  C'est  une  structure  extrêmement 
^inguliè^e  ;  et  si  un  artiste  essayait  de  l'imiter,  il  verrait  quMl  n'y  a  qu'une  seule  manière 
de  disposer  et  combiner  des  cordons  ou  des  fils,  pour  que  le  problème  se  trouve  résolu, 
c'est'-à-dire,  pour  que  la  pupille  puisse  former  un  cercle  exact,  dont  le  diamètre  varie  sans 
cesse  :  jor  les  cordoqs  ou  Qbres  de  la  pupille  ont  été  disposés  précisément  de  cette  ma-^ 
pière-là. 

La  seconde  difBculté  n'était  pas  moindre.  Il  existe  de  certaines  lois  fixes,  dont  les  effets 
^ont  calculables,  et  qui  règlent  la  manière  dont  la  lumière  doit  se  transmettre.  Il  fiillait 
que  l'œil  fût  susceptible  d'une  certaine  modification  pour  pouvoir  toujours  rassembler 
dans  le  même  point  sur  la  rétine  (ou  la  toile  tendue  pour  recevoir  les  images)  les  rayons 
qui  lui  arrivaient  de  diverses  distances,  et  sous  des  angles  différents.  Les  rayons  qui  par- 
tent d'un  objet  très-voisin  de  l'œil,  et  qui  par  conséquent  entrent  dans  cet  organe  en  di«» 
vergeant  beaucoup,  ne  peuvent  pas  être  rassemblés  par  un  simple  instrument  optique  de 
manière  à  former  une  image  nette  dans  le  même  point  où  se  rassemblent  des  rayons  pres- 
que parallèles  entre  eux,  c'est-à-dire,  partant  d'un  objet  placé  à  une  grande  distance.  Il 
faut,  pour  opérer  cette  réunion,  des  lentilles  plus  ou  moins  convexes  selon  les  distances, 
Chaque  lentille  a  son  foyer,  c'est-à-dire  que  le  point  de  réunion  des  rayons  qui  arrivent 
sur  sa  surface,  est  à  une  distance  fixe  et  toujours  la  même.  Mais  il  faut  que  le  foyer  de  la 
lentille  de  l'œil  se  trouve  rigoureusement  sur  la  rétine,  pourvue  l'image  de  Tobjet  soit 
pette.  Cependant,  par  les  propriétés  immuables  de  la  lumière,  le  foyer  se  trouve  plus  loiq 
derrière  une  lentille  quand  l'objet  est  rapproché,  que  quand  l'objet  est  éloigné.  Dans  les 
instruments  d'optique,  l'on  change  les  oculaires,  ou  bien  l'on  rapproche  ou  on  éloigne  les 
Terres  les  uns  des  autres  pour  obtenir  l'efifet  désiré,  c'est-à-dire  une  image  nette.  Maïs 
comment  cela  pouvait-il  se  faire  pour  l'œil?  Cette  question  a  été  un  objet  de  recherches 
pour  les  anatomi^es  et  les  physiciens.  La  modification  qui  devait  remplir  cet  objet  est 
d'une  nature  si  subtile,  qu'elle  a  dû  échapper  longtemps  aux  observateurs  ;  cependant  un 
pxameq  judicieux  et  persévérant  de  l'organe  de  l'œil  parait  avoir  triomphé  de  ces  difficul- 
tés. On  a  enfin  découvert  que  lorsque  la  vue  se  dirige  sur  un  objet  très-rapproché ,  il  s'o* 
père  tout  i^  la  fois  trois  changements  dans  la  disposition  des  parties  de  l'œil.  La  cornée ,  ou 
Tenveloppe  extérieure  du  globe  de  l'œil,  devient  plus  convexe  ;  le  cristallin  se]  porte  en 
avant,  et  la  profondeur  de  l'oBil  s'augmente.  Ces  trois  changements  font  varier  l'action  de 
l'organe  sur  les  rayons  de  lumière  exactement  au  point  convenable  pour  atteindre  le  but, 
p'est-à-dire  pour  que  l'image  de  l'objet  très-rapproché  se  dessine'  nctloment  sur  la  rétine. 
La  vue  se  fixe-trelle  sur  un  objet  éloigné?  la  cornée  redevient  moins  convexe,  le  cristallin 
s'en  éloigne,  et  l'axe  de  la  vision  se  raccourcit  (5).  Ainsi,  à  mesure  que  l'œil  parcourt  des 
objets  plus  distants  ou  plus  rapprochés,  ces  changements  se  font  simultanément,  sans  aucun 
effort,  avec  la  promptitude  de  la  pensée,  et  toujours  leur  résultat  est  <Ie  poindre  nctlcmcnl 


iH)  Le«  causes  qui  permetleiu  à  l'œil  de  s'accommodor  aux  distances,  pcuvf  ni  êire  chorcliros  dans  dos 

mics  irès-ilifférenies.  On  poulies  aliribuer  aux  mouvcinenls  de  Tiris,  au  dcf>h«'(?nu»nl  du  crisl:dliu  oi  de 

a  rornée.  On  trouve,  dans  la  grande  Phfitiologie  de  Haller  (l.  V,  1.  wi),  dans  rouvraj^e  d*()UM«is  ri  dans  1» 

riofogic  de  Tiévirsinus  (l.  VI,  p.  51!^),  Texposc  de  louU's  les  hvpolhtsts  «pii  uni  clé  imaginées  à  ce  surr. 


C 


H  INTHODUCTIOX,  n 

sur  ia  rétioe  Tobj^  que  nous  re^arJo:i.s.  Comment  pourrail-on  dire  qu*il  ny  a  |xâni  de 
dessein  U-dedans  7  Les  lois  les  plus  mystérieuses  de  Toplique  étaient  éridemmeut  cou* 
nues  de  celui  qui  a  si  menreilieusemeut  adapté  la  disposition  des  parties  de  rœil  aux  lois 
îe  la  transmission  de  la  lumière. 

Qbsenrons  un  eulant  qui  Yient  de  uattre ,  et  qui  ouvre  pour  la  première  fois  ses  yeux 
à  la  lumière.  Que  découvrons-nous  quand  ses  paupières  se  séparent?  Nous  voyons  la  partie 
antérieure  de  deux  globes  transparenls.  Si  nous  analysons  ces  globes,  nous  les  trouvons  cons- 
traits  et  (nrganisés  d*après  les  principes  les  plus  rigoureux  de  Toptii^ue  :  princi|)es  que 
nous  suivons  nous-mêmes  dans  la  construction  des  instruments  semblables.  Nous  trou- 
vons que  ces  globes  sont  parfaitement  propres  à  transmettre,  par  la  réfraction,  Fimagc  des 
objets.  Nous  voyons  qu'ils  sont  composés  de  parties  différentes,  dont  chacune  a  sa  desti- 
nation. Lorsqu'une  des  parties  a  rempli  son  office  sur  un  rayon  de  lumière  ,  elle  le  trans- 
met à  une  autre  partie;  celle-ci  à  une  troisième,  et  ainsi  de  suite.  Le  sucras  de  cette  av- 
tion  progressive  dépendant  toujours  de  la  disposition  la  plus  rigoureusement  exacte  (ie 
chacune  des  parties  de  rœil  et  de  leur  parfait  accord,  le  résultat  final  ne  s'obtient  que  par 
une  combinaison  très-variée  d'action  et  d'effets.  Et  comme  cet  organe  doit  s'adapter  aux 
lois  immuables  qui  règlent  la  marche  de  la  lumière,  comme  il  est  destiné  à  agir  sur  les 
objets  voisins,  comme  sur  les  objets  éloignés ,  avec  beaucoup  de  lumière,  comme  avec  pe^ 
nous  trouvons  des  moyens  correctifs  ou  régulateurs  pour  tous  ces  cas. 

Dans  les  machines  è  mesurer  le  temps,  inventées  par  Harrison ,  il  existe  un  régulateur 
ou  moyen  correctif 'des  variations  de  rinstrument,  lequel  a  certains  rapports  avec  les 
moyens  de  correction  observés  dans  le  globe  de  l'oeil.  L'artiste  a  inséré  dans  son  ganie- 
temps  uo  mécanisme  qui,  au  moyen  des  diverses  capacités  d'expansion  dos  divers  métaux, 
conserve  l'égalité  de  mouvement  sous  les  différentes  températures.  Cette  invention  a  é\é 
re^rJée,  avec  raison,  comme  extrêmement  ingénieuse.  Comment  se  f  ourrait-il  qu'une  ii^  - 
vention  infiniment  plus  ingénieuse  encore ,  mais  dans  le  même  genre,  fût  sérieusement 
contestée?  Et  si  le  mécanisme  de  l'oeil  est  une  invention,  il  y  a  donc  un  inventeur. 

Ce  que  nous  avons  observé  jusqu'ici  des  merveilles  de  la  vision  n'est  pas  tout,  à  bea«!- 
coup  près.  Chez  les  différents  animaux,  l'organe  de  la  vue  est  modifié  de  diverses  maniè- 
res, selon  le  genre  de  vie  auquel  ils  sont  appelés,  et  selon  les  moyens  qu'ils  emploient 
pour  se  procurer  leur  nourriture.  Ainsi,  par  exemple,  les  oiseaux,  qui  soiil  pourvus  d'un 
bec,  ont  besoin  de  voir  très-distinctement  à  la  distance  ou  leur  bec  peut  atteindre.  Mais 
d'un  autre cAté,  comme  les  oiseaux  sont  appelés  à  parcourir  les  airs  à  «ie  jurandes  hau- 
teurs, leur  sûreté  exige  qu'ils  puissent  voir  jusqu'à  un  irès-çranJ  éloigne nunl  ;  et,  en 
particulier,  chez  les  oiseaux  de  proie,  cette  faculté  est  indispensable  pour  qu'ils  puibsir' 
se  nourrir.  En  considération  de  ce  besoin,  ou  ce  cette  extréJic  convenance,  l'œil  des  oi- 
seaux est  remarquable  dans  son  mécanisme,  sous  deux  rapports.  Un  cercle  osseui,  mais 
cependant  flexible,  entoure  l'œil.  Il  gêne  l'effet  de  laclion  des  muscles  dans  ics  parties  la- 
térales, pour  augmenter  d'autant  cet  effet,  quant  è  l'accroissement  de  la  convexité  du  globe 
dans  sa  partie  antérieure  ;  afin  que  l'axe  de  la  vision  se  trouve  proioni;é,  et  que  les  objets 
très-voisins  puissent  se  peindre  nettement  sur  la  rétine.  L'autre  addition  remarquable  dans 
le  mécanisme  de  l'œil  des  oiseaux,  est  un  muscle  particulier,  nommé  marsupiumj  dont  la 
fonction  est  de  retirer  le  cristallin  en  arrière,  afin  que  l'organe  puisse  servir  à  déœuvrii* 
les  objets  les  plus  distants.  C'est  ainsi  que  l'œil  des  oiseaux  peut  passer  avec  facilité  de  la 
contemplation  d'un  objet  très-voisin  et  très-petit  à  celle  d'un  objet  placé  à  de  grandes 
di^tance3,  et  cela  par  des  alternatives  fréquemment  répétées. 

La  forme  du  cristallin,  chez  les  poissons,  est  adaptée  à  la  nature  du  fluide  par  lequel  la  lu- 
mière passe  jiour  parvenir  à  leur  rétine.  La  convj^iiéJu  globe  de  l'œil  e.<t  plus  graiulo  dan«s 
les  poissons  que  chez  l'homme  et  les  quadrupèdes,  |  arce  que,  ce  qui  intéresse  surtout  leur 
sûreté  et  leur  subsistance,  c'est  de  bien  voir  à  une  petite  distance  autour  d'eux  ;  et  comme 
leurs  yeux  sont  naturellement  très-convexes,  l'appareil  des  muscles  correcteurs  qui  appar- 
tiennent au  mécanisme  de  la  vision  chez  eux,  est  principalement  destiné  à  ap'-atir  le  giobe 
de  l'œiL 


S5  INTROMICTie^  M 

Chez  les  poissons,  Piris  ne  se  contracte  pas.  Cette  différence  essentieUe  semble  proaver 
que,  dans  l'eau,  la  lumière  n'est  jamais  trop  forte  pour  la  rétine  des  animaux  qui  y  vivent. 
L'anguille,  destinée  à  vivre  dans  la  vase,  et  à  frayer  son  chemin  dans  îe  sable  mouvant 
au  fond  des  eaux,  avait  besoin  d'un  mécanisme  particulier  qui  préservât  ses  yeux.  Ils  ont 
été  couverts  d'un  voile  transparent,  mais  solide,  qui  défend  l'organe  sans  gêner  la  vue. 
Peut-on  rien  imaginer  de  plus  convenable  à  un  animal  appelé  à  ce  genre  d'existence  t 

Ainsi,  ?^  mesure  que  l'on  compare  entre  eux  les  yeux  des  différents  animaux,  l'on  trouve 
qu'il  existe  un  plan  général;  puisque  certaines  distinctions  ont  été  appropriées  à  certains 
cas,  selon  que  l'exigeait  le  besoin  ou  la  convenance. 

Lorsqu'on  pense  à  la  manière  dont  un  vaste  paysage  vient  se  peindre  '.tout  entier  sur  la 
rétine  de  ToBil,  on  demeure  confondu  d'élonnement  de  la  netteté  parfaite  de  celte  minia- 
ture, dans  laquelle» aucun  trait  n'est  oublié,  et  où  chacun  des  nombreux  objets  du  tableau 
conserve  ses  proportions  exactes  et  son  dessin  correct.  Un  ensemble  de  six  lieues  carrées 
se  irouve  réduit  à  un  espace  d'un  demi«pouce,  et  cependant  rien  n'est  omis  :  position,  figure, 
grandeur,  couleur,  tout  est  conservé.  Si  le  paysage  est  traversé  par  une  grande  route,  et 
qu'une  chaise  de  poste  y  chemine,  l'image  de  cette  voiture  met  une  demi->heure  à  parcoun 
rir  sur  la  rétine  l'espace  d'uqe  ligne  ;  et  cependant  le  mouvement  de  la  chaise  est  distinc-i 
tement  aperçu  pendant  tout  ce  temps-là. 

La  contexture  interne  de  Tœil  démontre  l'intelligence  qui  l'inventa;  mais  tout  ce  qui 
•cntoupo  cet  organe,  et  qui  concourt  ou  à  en  assurer  les  fonctions,  ou  à  le  garantir  comme  une 
partie  précieuse  et  faible,  n'est  pas  moins  propre  à  exciter  notre  admiration.  L'œil  est  logé 
llans  une  o^^bite  solide  et  profonde,  composée  de  la  réunion  de  sept  os  différents  qui  s'en-r 
chassent  dans  leurs  lK)rds.  Cette  orbite  est  doublée  d'une  substance  graisseuse,  singulière-' 
ment  adaptée  au  repos  comme  au  mouvement  de  l'organe.  Les  cils  qui  se  projettent  en 
avant  dans  une  direction  inclinée,  sont  comme  un  avantrtoit,  qui  garantit  l'œil,  soit  de  la 
trop  grande  lumière,  soit  de  la  sueur  qui  découle  du  front.  Mais  les  paupières  surtout  pro<- 
légeut  l'organe  avec  une  facilité,  une  promptitude,  et  des  effets  qu'on  ne  saurait  trop 
admirer.  11  serait  impossible,  je  crois,  de  trouver  dans  les  ouvrages  de  l'art  un  seul  exem- 
pte d'un  mécanisme  dont  le  but  fût  plus  évident,  et  oh  les  moyens  employés  eussent  un« 
utilité  plus  distincte. 

L'œil  a  besoin,  pour  remplir  sa  destination,  d'être  entretenu  sans  cesse  humide  et  bril- 
lant :  une  sécrétion  est  particulièrement  destinée  à  lui  fournir  une  humeur  qui  l'abreuve 
et  facilite  les  mouvements  du  globe  dans  son  orbite.  Le  superflu  de  cette  humeur  filtre  par 
les  points  lacrymaux  dans  le  conduit  nasal,  puis  s'étend  sur  la  membrane  interne  du  nez» 
où  le  courant  d'air  chaud  qui  passe  et  repasse^ans  cesse,  s'évapore  à  mesure  qu'elle  arrive, 
Y  a-t-il  une  invention  plus  véritablement  mécanique  que  celle  de  ce  trop-plein  qui,  au 
moyen  de  la  perforation  d'un  os,  débarrasse  continuellement  Tceil  de  l'excédant  d'une 
Uqneup  nécessaire? 

Obçervons  que  cet  appareil  ne  se  trouve  pas  dans  les  poissons,  parce  que  le  globe  de  leur 
C&il  est  suffisamment  abreuvé  par  l'élément  dans  lequel  ils  vivent. 

Avant  d'abandonner  l'examen  de  l'œil,  comme  machine  curieuse,  il  convient  de  dire  un 
mot  de  cette  pellicule  admirablement  inventée,  qu'on  a  nommée  membrane  clignotante  et 
qu'on  trouve  chez  les  oiseaux,  comme  chez  quelques  quadrupèdes.  Son  olficc  est  de  répan- 
dre promptement  et  également  sur  la  surface  antérieure  du  globe,  l'humeur  lacrymale;  de 
défendre  l'œil  des  atteintes  subites,  en  laissant  pourtant  à  l'animal  la  perception  de  la 
lumière,  au  travers  du  tissu  qui  la  forme.  Il  est  facile  d'observer  que  cette  membrane  est 
commodément  ployéc  dans  l'angle  supérieur  de  l'œil,  et  qu'elle  remplit  son  office  avec 
aisance  et  célérité;  mais  ce  qui  n'est  pas  moins  admirable,  quoique  plus  difficile  à  découvrir, 
c'est  que  la  membrane  clignotante  se  déplie  et  se  replie  par  la  combinaison  d'une  substance 
musculaire  avec  une  substance  élastique,  qui  agissent  de  deux  manières  différentes.  Dans 
la  plupart  des  mouvements  musculaires  réciproques,  le  changement  de  situation  est  produit 
par  l'action  des  muscles  antagonistes,  dont  les  uns  tirent  en  avant  et  les  autres  en  arrière, 
}vi  l'appareil  est  différent.  La  membrane  elle-même  est  une  substance  élastique,  suscepli- 
Hc  d'un  certain  degré  d'extension,  et  reprenant  ensuite  sa  forme  cl  sa  position  primitives, 


**  INTRODUCTION.  iS 

comme  une  bande  de  gomme  élastique.  Cette  propriété  étant  donnée,  fl  ftUait  un  moyen 
d'étendre  ce  rideau,  lequel  ensuite  devait  se  replier  par  son  propre  ressort.  Pour  cela, 
rinrenteur  de  ce  voile  mobile  lui  a  attaché  un  tendon,  ou  W  si  délié  (quoique  suffisamment 
fort)  que  lors  même  que  ce  fil  passe  par-devant  la  pupille,  la  vue  n'en  est  point  obscurcie. 
Ce  tendon  est  attaché  à  un  muscle  placé  dans  le  fond  de  l'œil.  Lorsque  le  muscle  se  con- 
tracte, le  fil  se  tend,  et  la  toile  couvre  l'œil.  Au  moment  où  la  volonté  de  contraction  cesse, 
rélasticité  de  la  membrane  la  lait  replier  dans  le  coin  de  l'œil.  Ce  mécanisme  est  l'ouvrage 
d'un  artiste  qui  connaissait  les  propriétés  de  ses  matériaux,  et  qui  savait  bien  en  tirer 
parti. 

Ce  n'est  pas  tout.  D  y  a  encore  quelque  chose  de  bien  admirable  dans  f  emplacement  et 
}es  fonctions  d'un  autre  muscle  auxiliaire,  qui  forme  un  anneau,  et  au  travers  duquel  passe 
le  cordon  destiné  à  tirer  le  rideau.  Dn  muscle  et  son  tendon  qui  auraient  été  placés  sur 
BOe  même  direction,  comme  ils  le  sont  à  l'ordinaire,  auraient  bien  pu  étendre  la  mem- 
brane  s'il  y  avait  eu  assez  de  place  pour  que  la  contraction  du  muscle  sufllt  à  tirer  le  rideau 
tout  à  fait.  11  aurait  fallu  pour  cela  un  muscle  plus  long  que  l'espace  contenu  dans  le  fond 
de  l'œil.  Pour  obtenir  plus  d'effet  dans  un  petit  espace,  l'inventeur  de  cette  machine  a 
coudé  le  tendon,  en  le  faisant  passer,  non  pas  sur  une  poulie  fixe,  mais  sur  une  poulie 
mobile,  c'est-à-dire  dans  un  anneau  formé  par  un  autre  muscle,  lequel,  se  contractant  au 
même  moment  que  le  muscle  princiiial,  concourt  à  raccourcir  le  tendon  précisément  au 
degré  convenable. 

Il  y  a  une  question  qui  s'est  peut-être  déjà  présentée  à  l'esprit  du  lecteur.  Pourquoi,  se 
demande-t^n,  l'invenleur  de  celle  merveilleuse  machine  n'a-t-il  pas  donné  aux  animaux  la 
faculté  de  voir,  sans  employer  cette  complication  de  moyens  ? 

Un  élément  fait  exprès  pour  la  vue,  qui  est  réOéchi  par  les  substances  opaques,  réfracté 
par  les  substances  transparentes,  et  toujours  d  après  des  lois  invariables  ;  un  organe  com- 
pliqué; un  appareil  remarquable  par  l'art  qui  l'inventa  et  l'exécuta  :  le  tout  pour  produire, 
en  conformité  de  certaines  lois  fixes,  une  image  sur  une  membrane  qui  communique  avec 
le  cerveau!  Pourquoi  ce  long  circuit?  Pourquoi  créer  la  difficulté,  pour  la  surmonter 
ensuite?  S'il  s'agissait  de  produire,  dans  l'homme,  la  perception  des  objets  éloignés,  la 
simple  volonté  du  Créateur  n'y  suftisait-elle  pas?  Là  où  la  puissance  est  sans  bornes,  pour- 
quoi est-il  besoin  d'un  expédient?  Tout  expédient  est  une  ressource  de  faiblesse  :  il  sup- 
pose empêchement,  gène,  uifliculté.  Cette  objection  s'applique  également  à  tous  les  sens  ; 
elle  s'applique  à  toutes  les  fonctions  de  la  vie  animale,  telles  que  la  nutrition,  la  sécrétion, 
la  respiration;  elle  s'applique  encore  à  l'économie  des  végétaux,  et  à  presque  toutes  les 
opérations  de  la  nature. 

n  existe  probablement  de  bonnes  raisons  de  cet  état  de  choses,  et  que  nous  ne  sommes 
point  capables  de  saisir  :  mais  cependant,  nous  pouvons  lui  assignei*  un  motif  qui  me  parait 
suffisant  pour  expliquer  cette  marche.  L^cxîstence,  la  sagesse  et  l'action  de  la  Divinité 
ne  pouvaient  être  démontrées  à  des  créatures  raisonnables  par  aucun  autre  moyen  que 
par  révidence  de  l'invention.  C'est  en  contemplant  les  ouvrages  de  la  nature,  et  en  médi- 
tant les  traits  d'intelligence  dont  ils  sont  remplis,  que  nous  arrivons  peu  à  peu  à  la  connais- 
sance des  attributs  du  Créateur.  Nos  facultés  actuelles  étant  données,  ce  n'est  que  sur  la 
partie  de  l'invention  dans  les  ouvrages  de  la  nature,  que  nous  trouvons  à  observer  et  à  rai- 
sonner :  ôtez  la  partie  de  l'invention,  et  il  n'y  a  plus  lieu  au  raisonnement  pour  nous.  C'est 
dans  l'invention  et  la  construction  des  instruments,  c'est  dans  le  choix  et  l'application  des 
moyens,  que  l'intelligence  créatrice  se  manifeste.  C'est  là  ce  qui  constitue  l'ordre  et  la 
beauté  de  l'univers.  Dieu  a  voulu  circonscrire  par  certaines  limites  les  bornes  de  son  pou- 
voir; ces  limites  sont  marquées  par  les  lois  générales  de  la  matière,  telles  que  la  gravité 
et  l'impénétrabilité,  les  lois  du  mouvement,  la  réflexion  et  la  réfraction,  la  constitution  des 
fluides  élastiques  ou  non  élastiques,  la  transmission  des  sons,  les  lois  du  magnétisme, 
celles  de  l'électricité,  et  probablement  d'autres  encore  que  nous  ignorons. 

La  nature  adhère  à  ces  lois  générales,  avec  une  constance  très-remarquable.  Le  Créateur 
ayant  un  but  àalleindre,  n'a  Dolnt  eu  recours  à  des  lois  nouvelles,  il  n'a  point  suspenJu 


27  INTRODUCTION.  38 

Teilel  des  lois  établies^  il  ne  les  a  poiut  fait  fléchir  dans  telle  ou  telle  occasion  donnée,  il  a 
fait  ce  que  nous  venons  d'observer  en  parlant  de  I'cbII  :  il  a  inventé,  exécuté,  et  placé  un 
appareil  correspondant  aux  lois  établies  et  au  but  à  atteindre.  C*est  précisément  comme  si 
le  Créateur  avait  travaillé  d'après  des  lois  établies  par  un  autre  être,  et  sur  des  matériaux 
qui  lui  eussent  été  assignés  :  il  eût  évidemment  fallu  une  invention  pour  former  un  monde 
comme  celui  qui  existe.  On  peut  imaginer  plusieurs  ôtres  subordonnés  les  uns  aux  autres. 
Ce  n'est  pas  que  je  prétende  avancer  cette  supposition  comme  un  sfstème  de  philosophie 
ou  de  religion,  mais  on  peut,  sans  aucun  risque,  considérer  la  création  sous  ce  point  de 
vue  ;  parce  que  si  Dieu  agit  d'après  des  lois  générales,  c'est,  quant  aux  conséquences  de  la 
supposition  sur  notre  raisonnement,  la  même  chose  que  s'il  eût  prescrit  k  un  autre  agent 
les  lois  générales  de  l'univers.  On  dit  que  la  matière  et  l'attraction  étant  données,  en  com- 
poser un  monde  était  le  problème  de  la  création.  Cette  manière  de  considérer  la  chose  n'eu 
donne  peut-être  pas  une  fausse  idée. 

Nous  avons  choisi  l'œil  comme  une  preuve  de  l'invention  et  du  dessein  qu'on  peut  re-^ 
marquer  dans  la  construction  humaine.  L'œil  avait  l'avantage  de  pouvoir  se  comparer 
exactement  avec  un  instrument  d'optique.  Il  est  probable  que  l'oreille  n'est  pas  d'un  méca- 
nisme moins  admirable  ;  mais  nous  n'en  connaissons  pas  si  bien  les  diverses  parties  inter- 
nes. Ce  que  nous  voyons  cependant  avec  évidence,  c'est  que  sa  forme,  soit  etterne,  soit 
interne,  annonce  un  instrument  fait  pour  recevoir  les  sons.  Une  fois  que  nous  savons  que 
le  son  se  propage  par  les  vibrations  répétées  de  l'air,  nous  voyons  que  l'oreille  est  cons- 
truite d'une  manière  propre  à  recevoir  les  impressions  de  ce  genre  d'action,  et  à  les  pro- 
pager au  cerveau.  La  conque  de  l'oreille,  ou  le  cartilage  extérieur,  est  formée  en  enton- 
noir, pour  recevoir  et  retenir  les  vibrations  dont  je  parle.  Chez  plusieurs  quadrupèdes», 
cette  conque  se  tourne  du  côté  où  le  son  arrive.  Les  plis  et  les  sinuosités  internes  de  cette 
conque  sont  évidemment  destinés  à  conduire  le  son  dans  le  tube  qui  se  dirige  vers  l'inté- 
rieur de  la  tête.  Nous  trouvons  ensuite  une  membrane  déliée,  tendue  au  travers  du  pas- 
sage comme  la  peau  d'un  tambour  sur  un  rebord  osseux.  Nous  trouvons  une  chaîne  de 
quatre  petits  os  mobiles,  et  extrêmement  curieux,  lesquels  établissent  la  communication 
butre  la  membrane  du  tympan  et  les  nerfs  auditifs.  Nous  trouvons  un  tube  délié,  nommé 
la  trompe  d'Eustache,  lequel  communique  avec  l'arrière-bouçhe.  Ce  tube  permet  à  l'air 
contçnu  dans  la  cavité  du  tympan,  de  sortir  et  de  rentrer,  selon  que  la  température  change, 
ou  que  les  vibrations  de  la  membrane  s'exécutent  :  ce  tube  a  précisément  le  but  et  l'em- 
ploi des  trous  qui  se  font  dans  les  tambours.  Tout  cet  appareil  est  logé,  tout  ce  labyrinthe 
de  (évités  formées  pour  la  propagation  du  son,  est  taillé  dans  la  masse  solide  de  l'os  nommé 
le  rocher^  ou  l'os  pierreux,  le  plus  dur  de  tous  ceux  qui  composent  la  charpente  du  corps 
humain,  parce  qu'il  avait  à  préserver  des  prganes  précieux  et  délicats,  et  que  les  sons 
devaient  être  fortement  réfléchis  par  ses  parois  internes. 

La  communication  du  son  se  fait  par  le  moyen  de  quatre  petits  os  articulés  entre  eux, 
de  manière  que  tous  quatre  sont  mis  en  mouvement  à  la  moindre  vibration  du  tympan.  La 
base  du  dernier  de  ces  osselets  recouvre  l'entrée  d'un  canal  sinueux  qui  communique  au 
cerveau.  Les  articulations  de  ces  osselets  concourent  à  accroître  l'effet  des  sons  sur  les 
perfs  auditifs,  parce  que  les  leviers  augmentent  la  force  de  la  vibration,  et  qu'il  n'est  point 
nécessaire  que  l'oscillation  de  la  membrane  soit  considérable,  pour  que  la  sensation  soit 
(iistincte. 

Les  avantages  de  la  trompe  d'Eustache  peuvent  être  démontrés  d'après  les  principes 
pneumatiques.  Ce  conduit  délié  établit  une  communication  entre  le  tambour  et  la  bouche. 
J-e  tambour  ne  pouvait  pas  demeurer  vide  ;  car  la  pression  de  l'atmosphère  aurait  rompu 
le  tympan,  et  il  fallait  que  l'équilibre  fût  maintenu.  Cet  espace  ne  pouvait  pas  non  plus  être 
rempli  de  lymphe  ou  d'une  autre  liqueur  quelconque;  la  vibration  de  la  membrane  et  le 
jeu  des  osselets  en  auraient  été  gênés.  Enfin,  cet  espace  n'aurait  pas  mieux  pu  être  rempli 
par  de  l'air  qui  ne  se  serait  point  renouvelé  ;  parce  que  sa  dilatation  par  la  chaleur,  et  sa 
condensation  par  le  froid,  auraient  distendu  et  relâché  la  membrane  du  tympan,  de  ma- 
pièrc  à  gêner  ses  mouvements,  et  à  empêcher  qu'elle  ne  remplit  son  objet.  Le  seul  parli 


LMKODUCT.OX  90 

qui  restât,  était  de  fSûre  oommuniquer  cette  eavité  avec  Tair  atmosphérique^  et  c  est  pré* 
cisément  à  cela  que  sert  la  trompe  d'Eustache. 

La  membrane  du  tympao  ne  se  trouve  point  dans  les  poissons;  ce  qui  achève  la  preuve 
de  tout  ce  que  nous  avons  dit  sur  l'invention  et  le  but  de  Torgane.  Cette  membrane  ne 
pouvait  remplir  son  office  que  par  Faction  d'un  fluide  élastique.  Cette  pellicule  mérite 
tout  Texamen  qu'il  est  possible  d'en  faire.  Son  usagç  dépend  de  sa  tenêion.  La  tension 
est  son  état  naturel  :  il  fallait  pourvoir  à  ce  que  cet  état  se  soutint  :  Finventeur  de  To* 
reille  j  a  réussi  en  faisant  servir  le  manche  du  tnarleau  (l'un  des  quatre  ossel^^ts)  à  tendre 
plus  ou  moins  le  tympan  par  les  muscles  qui  font  mouvoir  ce  petit  os ,  attaché  lui-même 
au  muscle  radié,  c'est-à-dire  à  un  muscle  dont  les  tendons  partent  du  centre  de  la  mem^ 
brane,  et  s'attachent  à  l'os  qui  l'entoure.  Everard  Home,  qui  a  consigné  dans  les  Transac- 
iious  philosophiques  pour  1800»  les  résultats  de  ses  observations  sur  la  membrane  du  tym* 
jMuiy  croit,  et  avec  vraisemblance,  que  le  muscle  radié  est  destiné  à  proportionner  la  ten- 
sion du  tympan  à  la  force  de  sons  ;  mais  cette  gradation  ne  saurait  avoir  lieu  si  les  mus- 
cles du  marteau  ne  concouraient  à  tenir  la  pellicule  habituellement  tendue.  Il  observe 
9vec  raison  que  cette  manière  de  Toreille  en  rapport  juste  avec  les  sons  est  une  des  plus 
belles  a[^lications  de  la  force  musculaire  que  nous  offre  le  corps  humain  :  le  mécanisme 
en  est  aussi  simple  que  les  effets  en  sont  variés. 

Une  chose  qui  surpasse  toute  compréhension,  c'est  la  manière  prompte  et  nette  dont 
Toreille  saisit  les  sous  divers  qui  vibrent  en  même  temps  sans  se  confondre,  en  sorte 
qu'elle  discerne  à  la  fois  leur  variété  et  leur  unité,  comme  il  arrive  à  un  chef  d*orchestre, 
dirigeant  un  grand  nombre  d'exécutants  et  de  chanteurs.  Ici  l'art  d'écouter  parait  poussé 
au  plus  haut  degré.  Qu'on  se  figure,  si  l'on  peut,  des  milliers  de  rayons  sonores  arrivant  à 
la  fois  à  la  membrane  du  tympan,  inondée  pour  ainsi  dire  par  des  torrents  de  mélodie  et 
d'harmonie,  et  qu'on  explique  comment  tous  ces  rayons  s'unissant  sans  se  confondre,  se 
croisant  sans  se  gêner,  parviennent  à  déposer  dans  l'oreille  une  impression  d'ensemble 
qui  leur  correspond,  et  à  exciter  dans  l'esprit  par  le  sens  une  perception  analogue  à  cette 
impression.  Quelle  immense  multiplicité,  et  en  même  temps  quelle  belle  unité  1  Que  doit- 
ce  être  que  Tâme  humaine  avec  son  esprit  et  sa  sensibilité,  pour  suffire  à  tout  cela,  pour 
recevoir  à  la  fois  tant  d'excitations  et  y  réagir?  Nous  voyons  tous  les  jours  ces  merveilles  ; 
nous  en  sommes  les  témoins  et  les  acteurs,  et  il  faut  toute  la  puissance  de  l'habitude 
pour  ne  pas  être  h  chaaue  instant  stupéfait  d'admiration. 

SU. 

La  reproduction  de  l'animal  n'explique  pas  mieux  l'invention  de  l'œil ,  ou  de  l'oreillo^ 
que  la  production  d'une  nouvelle  montre,  par  le  mouvement  d'une  montre  existante,  n'ex-* 
pliquerait  l'art  et  l'intention»  dans  cette  dernière. 

Je  commence  par  la  fructification  des  plantes;  et  je  demande  si  l'on  peut  douter  que  U 
semence  d'une  plante  ne  contienne  une  organisation  particulière.  Soit  qu'il  existe  une 
plantule,  entourée  des  moyens  de  se  développer  et  de  se  nourrir;  soit  qu'on  adopte  une 
autre  supposition,  il  existe  dans  un  grain  de  semence  une  organisation  quelconque,  dont 
doit  résulter  la  germination  d'une  plante  nouvelle.  Je  demande  si  la  plante  qui  a  produit  ce 
germe  a  quelque  part  à  l'invention  de  l'organisation  intérieure  de  ce  même  germe  ?  Pas 
plus,  ce  me  semble,  que  dans  la  supposition  adoptée  ci-dessus,  la  montre  n'aurait  eu  part 
h  rinveution  du  mécanisme  duquel  devait  résulter  la  montre  nouvelle.  L'inventeur  et  l'on  i 
vrier  de  la  première  montre,  en  y  insérant  un  mécanisme  dont  il  devait  résulter  une  s», 
conde  montre,  a  réellement  inventé  cette  seconde  :  l'action  ,  l'effet ,  l'usage  de  celle  se- 
conde  montre  sont  les  résultats  du  dessein ,  de  rintclligence  et  du  travail  de  l'ouvrier.  Il 
en  est  exactement  de  môme  de  la  plante  et  du  germe  qu'elle  produit.  L'une  et  l'autre  sont 
des  machines  organisées,  des  substances  passives ,  lesquelles  n'ont  point  la  conscience  de 
leur  mouvement,  et  n'ont  par  conséauent  ni  intention,  ni  dessein  :  ce  sont  des  ins^lrumeuls 


Si  INTRODUCTION.  5f 

proprement  dits.  Si,  des  semences  de  végétaux,  nous  passons  à  considérer  les  œufs ,  nous 
verrons  que  l'oiseau  a  tout  autant,  et  pas  plus  de  part  à  la  formation  de  Tœuf,  que  la  plante 
à  la  formation  de  la  graine.  La  constitution  interne  de  l'œuf  est  tout  aussi  bien  un  secret 
pour  la  poule,  que  si  elle  était  inanimée.  Sa  volonté  ne  saurait  changer  la  couleur  d'une 
seule  plume  du  poulet  qui  doit  naître.  Elle  ne  saurait  prévoir  quel  sera  le  sexe  de  la  nou- 
velle production  ;  et ,  bien  Join  de  savoir  choisir  et  appliquer  des  moyens  dont  doivent 
résulter  certains  oflfets,  elle  ne  sait  pas  même  quels  seront  ces  effets.  Si  la  coque  de  Tœnf 
renferme  une  substance  adaptée  à  la  nourriture  de  l'individu  à  mesure  que  le  germe  avan- 
cera vers  la  vie,  ce  n'est  point  la  poule  qui  a  préparé  cette  nourriture,  et  prévu  son  usage  : 
elle  n'a  rien  inventé  là-dedans,  et  pas  plus  que  la  plante  n'a  inventé  relativement  à  l'or- 
ganisation interne  de  la  graine  qu'eHe  a  produite.  Si  Tétat  de  vie  constitue  une  différence 
caractéristique  entre  l'oiseau  et  la  plante,  cette  différence  est  tout  à  fait  étrangère  à  l'objet 
qui  nous  occupe  :  l'oiseau  est  précisément  au  niveau  de  la  plante  relativement  au  dessein 
sur  leurs  productions.  Nous  ne  trouvons  point  là  cette  intention  d'un  ouvrier  relativement  à 
son  ouvrage,  celle  que  nous  voyons,  par  exemple,  chez  un  menuisier  qui  fabrique  une  table. 
Mais  nous  avons  besoin  de  trouver  une  cause  qui  soit  dans  le  même  genre  de  rapports , 
afin  d'expliquer  pourquoi  les  moyens  sont  adaptés  au  but ,  et  pourquoi  les  parties  soni  fai- 
tes les  unes  pour  les  autres. 

Si  nous  considérons  les  animaux  vivipares ,  nous  n'observons  aucune  différence  entre 
eux  et  les  ovipares,  relativement  à  Tinfluence  intentionnelle  qu'ils  ont  sur  l'organisation 
intérieure  de  leurs  productions.  Si  nous  parcourons  l'échelle  des  êtres  animés ,  nous  ver- 
rons qu'il  n'existe  entre  eux  aucune  différence  quelconque  à  cet  égard.  Quel  que  soit  l'a- 
nimal qu'on  choisisse  pour  exemple,  il  n'est  la  cause  de  l'animal  produit  que  dans  le  même 
sens  qu'un  jardinier  est  la  cause  des  fleurs  qui  naissant  dans  son  jardin.  Nous  examinons 
ces  fleurs,  nous  admirons  la  concordance  de  leurs  diverses  parties ,  et  comment  il  a  été 
pourvu  à  leur  développement,  à  leur  protection,  à  leur  fécondation  ,  sans  avoir  l'idée  d'at- 
tribuer toutes  ces  choses  à  l'intelligence  et  à  l'art  du  jardinier  ;  sans  lui  cependant,  les 
fleurs  n'existeraient  pas  :  il  a  produit  la  fleur  dans  le  même  sens  que  l'animal  donne  la 
vie  à  un  autre  animal.  Pour  expliquer  l'invention,  il  nous  manque  toujours  un  inventeur. 
Le  père  le  plus  intelligent  n'a  pas  mieux  inventé  la  structure  intérieure  de  son  enfant,  que 
le  chêne  n'a  inventé  la  structure  interne  du  gland  qui  en  provient. 

Une  montre  peut  se  déranger  ;  sa  marche  peut  être  sujette  à  des  irrégularités  plus  ou 
moins  marquées,  sans  que  pour  cela  il  soit  moins  évident  qu'elle  a  eu  un  inventeur,  et 
que  cet  inventeur  l'a  destinée  à  marquer  les  heures.  Il  peut  y  avoir  dans  la  construction  de 
cette  montre  des  imperfections  apparentes  ou  réelles  ,  sans  qu'on  puisse  rien  en  inférer 
contre  la  supposition  de  l'existence  de  l'ouvrier  qui  l'a  faite ,  et  de  son  dessein  en  la  fai- 
sant. De  même,  dans  les  ouvrages  de  la  nAture,  les  irrégularités  ou  imperfections  apparen- 
tes n'ont  aucun  poids  quand  il  s'agit  de  juger  si  ces  ouvrages  ont  été  faits  par  un  être 
intelligent. 

Si  l'on  voulait  argumenter  de  ces  irrégularités  ou  imperfections  contre  les  attributs  du 
Créateur,  on  pourrait  le  faire  avec  une  sorte  de  raison.  Mais  alors  ,  il  ne  faudrait  pas  pré- 
tendre conclure  de  certains  faits  isolés;  il  faudrait  prendre  l'ensemble  des  ouvrages  de  la 
nature  ;  voir  si  les  preuves  d'intelligence,  de  puissance  et  de  bonté  ne  surpassent  pas  infi- 
niment, en  nombre  et  en  force  ,  les  inductions  qu'on  peut  tirer  des  irrégularités  et  des 
imperfections  que  nous  observons  ;  et  nous  serions  conduits  à  penser  que  ces  défauts  ap- 
parents doivent  se  rapporter  à  certaines  causes  que  nous  ne  pouvons  pénétrer,  mais  qui 
sont  étrangères  à  l'inteHigence,  à  la  puissance  et  à  la  bonté  de  l'Auteur  de  la  nature. 

Il  peut  y  avoir  dans  les  plantes  et  dans  les  animaux  certaines  parties  dont  l'usage  n'est 
pas  connu,  et  d'autres  dont  nous  ignorons  la  manière  d'agir,  quoique  nous  sentions  qu'elles 
sont  nécessaires.  Ainsi ,  par  exemple ,  nous  ne  savons  pas  comment  l'air  agit  sur  le  sang, 
ni  de  quelle  manière  cette  action  a  lieu  sans  le  contact  immédiat,  dans  le  poumon  :  cepen- 
dant nous  voyons  qu'une  suspension,  même  très-courte  de  l'oflice  du  poumon,  tue  l'animal. 
Nous  ne  savons  point  comment  il  se  fait  qu'un  dérangement  dans  le  système  lymphaliiue 


SS  INTRUDUCTIOM.  9» 

soit  accompagné  des  plus  graves  inconvénients  pour  la  santé  ;  car  nous  ne  savons  nous 
rendre  compte  de  l'emploi  de  la  lymphe  dans  l'économie  animale.  L'usage  des  thymus  et 
de  !a  rate  n'est  pas  encore  bien  constaté.  Le  nombre  des  opérations  inconnues,  en  physio- 
logie ,  diminue  graduellement.  Il  n'y  a  pas  d'année  qu'il  ne  se  fasse  quelque  découverte 
sur  l'économie  du  corps  humain  ;  et  il  viendra  peut-être  un  jour  où  les  connaissances  ac- 
quises sur  cette  science  ne  laisseront  aucun  doute  sur  la  manière  dont  chaque  partie  con- 
court aux  fonctions  nécessaires  à  la  vie,  et  est,  par  conséquent,  indispensable  au  maintien 
de  l'individu,  et  à  l'accomplissement  du  but  de  son  existence. 

On  nous  répond  que  tout  objet  matériel  doit  avoir  une  forme  quelconque ,  et  quil  n'y 
avait  pas  de  raison  pour  que  les  objets  soumis  à  nos  sens  eussent  une  autre  forme  que  celle 
qu'ils  ont.  Appliquons  ce  raisonnement  à  Torgane  de  l'œil. 

11  fallait,  nous  dit-on ,  que  ce  vide  qu'on  appelle  l'orbite  de  l'œil  fût  rempli  d'une  subs- 
tance animale.  Ce  pouvait  être  un  os,  un  muscle,  une  membrane,  un  cartilage.  Mais  le  ha- 
sard a  fait  que  cette  substance,  au  lieu  d'être  opaque  comme  toutes  les  autres  parties  du 
«orps,  se  trouve  transparente,  et  composée  de  trois  lentilles  de  densités  diverses.  Derrière 
ces  lentilles  est  une  membrane  noire  (la  seule  dans  tout  le  corps  de  l'animal  qui  soit  sans 
couleur),  laquelle  se  trouve  placée  à  la  distance  précisément  indispensable  pour  que  les 
objets  extérieurs  viennent  s'y  peindre  d'une  manière  distincte.  Le  hasard  a  encore  plac^ 
an  nerf  qui  établit  la  communication  entre  cette  membrane  et  le  cerveau ,  et  sans  lequel 
limage  serait  en  vain  produite,  puisque  la  sensation  n'existerait  pas.  Mais  cette  heureuse 
conformation  n'a  pas  été  le  partage  d'un  individu  privilégié  :  toute  l'espèce  a  eu  le  même 
bonheur  ;  des  milliers  d'espèces  diverses  ont  été  également  favorisées  du  hasard  ;  et  cela 
uniquement  parce  qu'il  fallait  bien  qu'il  y  eût  quelque  substance  animale  dans  les  cavités 
qu'on  nomme  les  orbites  de  l'œU.  Le  fond  de  cela  est  trop  absurde  pour  comporter  un  rai- 
sonnement suivi.  ,        X.  • 

On  a  cru  donner  quelque  force  à  ce  raisonnement  en  observant  que  lorsqu  une  fois  un 
événement  s'est  réalisé,  il  est  inutile  de  discuter  la  considération  des  chances  qui  1  éloi- 
gnaient :  la  considération  des  chances  conserve  toute  sa  force  lorsqu'il  s'agit  d'examiner  si 
une  organisation  imitative,  et  utile,  peut  être  le  produit  du  hasard. 

Essayons  de  raisonner  d'après  l'expérience,  et  voyons  ce  que  le  hasard  fait  pour  le  monde 
matériel  Relativement  au  corps  humain,  le  hasard  produit  certaines  difformités,  certains 
accidents  :  il  peut  donner  une  loupe,  une  envie,  une  verrue;  mais  produire  un  œil,  c'est  ce 
que  jamais  on  n'a  vu.  Dans  les  substances  inanimées,  ou  voit  se  former  des  pétrifications, 
L  stalactites;  on  voit  se  réaliser  certains  accidents  de  formes  :  mais  on  n  a  jamais  vu 
Litre  du  hasard,  une  machine  telle  qu'une  montre  ou  un  télescope,  ou  même  un  corps 
organisé  quelconque  dont  les  parties  soient  disposées  relativement  à  un  but  utile.  Jamais 
une  telle  machine  ne  s'est  réalisée  sans  qu'il  y  ait  eu  une  intention. 

On  prétend  encore  résoudre  les  difficultés  en  faisant  intervenir  le  hasanl  d  une  au  re 
«.«i"è?e    TOUS  les  corps  organisés  que  nous  voyons,  dit-on,  sont  le  résidu  du  travail  de 
chances  pendant  une  suite  infinie  de  siècles.   Des  millions  et  des  ">«'«»;^;^^»"^^f  » 
de  formes  diverses  ont  péri,  et  n'ont  pas  pu  constituer  une  espèce,  parce  que  leur  forme  et 
leur  organisation  les  rendaient  incapables  de  se  conserver  et  de  se  rep-oduire 

Cette  conjecture  ne  se  trouve  justifiée  par  aucune  des  analogies  de  a  nature.  Nou^  na 
voyons  point  que  la  nature  fasse  des  expériences  semblables;  nous  ° observons  1  action 
d'aucune  force  qui  tende  à  produire  de  nouvelles  espèces,  et  nen  ne  nous  conduit  à  con- 
LturTcme  dans  des  temps  antérieurs  à  nous,  la  nature  ait  jamais  fait  des  essa^  sembla- 
Cno^  imagination  p'eut  nous  représenter  une  multitude  ^^^^m^^'^le  éefor^^ 
„ou;elles,  soit^ur  les  animaux,  soit  pour  les  végétaux.  11  y  «^^  P»«f ^  J^f  «"^Z"'' 
Mrmi  les  végétaux ,  pour  la  création  de  nouvelles  espèces  et  variétés  de  plantes.  Si  la  na- 

ure  faisait  des  essais  en  créations  nouvelles,  nous  verrions  se  réaliser  les  êtres  fantastiques 
que  l'imagination  des  poètes  a  inventés  ;  ou  bien,  si  l'on  prétend  que  de  tels  êtres  seraient 
en  dehors  des  possibilités  de  la  vie  et  de  la  reproduction,  nous  aurions  dû  voir,  au  moins, 
des  races  entières  dont  l'organisation  eût  été  différente,  dans  les  choses  qui  n  intéressent 
pas  essentiellement  la  vitalité.  Ain^i,  par  exemple,  nous  aurions  vu  des  nations  qui  nau- 


SS  lNTnODtJCtlOiN<  36 

raient  eu  que  quatre  doigts  aux  pieds  ou  aux  mains  ;  ues  races  qui  auraient  été  dé|X)urvues 
du  sens  de  i*odorat  ;  des  peuples  entiers  qui  n'auraient  eu  qu'un  œil,  ou  qui  auraient  été  dis* 
tingués  par'  telle  autre  variété  de  conformation  qu'on  veuille  imaginer.  Nous  pouvons 
nous  flgurer  une  espèce  quelconque,  modifiée  de  mille  et  mille  manières»  toutes  compa* 
tibles  avec  l'existence,  la  conservation  et  la  reproduction.  Si  nous  appliquions  ces  suppo- 
sitions à  toutes  les  espèces  et  variétés  connues  des  animaux  et  des  plantes»  le  nombre  des 
espèces  et  variétés  nouvelles  serait  hors  de  tout  calcul.  Mais  il  est  impossible  de  donner 
une  bonne  raison  qui  ait  empêché  ces  espèces  et  ces  variétés  d'exister,  ou  qui  explique 
pourquoi  elles  sont  anéanties. 

L'hjpothèse  [que  nous  examinons  établit  que,  dans  un  temps  ou  dans  un  autre,  toutes 
les  variétés  possibles  ont  existé,  et  que  le  monde  que  nous  voyons  n'est  que  le  résidu  de 
ees  diverses  existences  ;  mais  cette  supposition  me  parait  exclure  nécessairement  un  plan 
ordonné  comme  celui  que  nous  offre  la  nature.  La  division  des  corps  organisés  en  animaux 
et  en  végétaux;  la  distributiou  en  genres  et  en  espèces  :  tout  cet  arrangement  méthodi-* 
que  qui  n'est  nullement  arbitraire,  mais  qui  dépend  des  caractères  essentiels  imprimés 
aux  substances,  exclut  nécessairement  la  supposition  que  le  monde  matériel  soit  le  résidu 
d'une  variété  indéfinie  de  diverses  existences  produites  par  le  hasard,  car  celui-ci  n'admet 
point  la  possibilité  d*un  plan.. 

Que  penserions^nous  d'un  homme  qui,  parce  qu'il  n'aurait  jamais  vu  faire  un  moulin^ 
une  montre,  un  télescope,  une  machiné  à  vapeur,  et  parce  qu'il  ne  saurait  pas  comment 
ces  choses-là  peuvent  se  faire,  nierait  qu'il  y  eût  eu  un  inventeur  et  un  ouvrier  ;  mais  qui 
prétendrait,  au  contraire,  que  les  matériaux  de  ces  constructions  ayant  été  modifiés  par  l& 
hasard  en  toutes  les  variétés  possibles  de  formes  et  de  combinaisons,  les  machines  qui  res« 
tent  sont  le  résidu  de  toutes  celles  qui  ont  existé,  et  que  les  magasins  qui  contiennent  des 
machines  ont  contenu  une  fois  toutes  les  variétés  imaginables  de  machines  bonnes  ou 
mauvaises,  utiles  ou  non  utiles?  Or  cette  hypothèse  est  précisément  celle  dont  je  viens  do 
parler. 

On  a  essayé  de  contester  la  conséquence  que  nous  avons  tirée  de  l'intelligence  et  de  l'in^ 
vention  que  Ton  trouve  dans  l'organisation  des  corps,  en  disant  que  les  parties  de  ces  ma^ 
chines  animées  n'ont  pas  été  faites  dans  un  certain  but  ;  mais  que  le  but  a  résulté  de  l'arran^ 
gement  des  parties.  Cette  distinction  n'est  pas  intelligible.  Un  ébéniste  frotte  son  bois  avec 
de  la  peau  de  chien  marin;  mais  ce  serait  bien  abuser  des  mots  que  de  prétendre  que  la 
peau  de  chien  marin  est  rude  afin  qu'on  puisse  s'en  servir  à  polir  le  bois  d'acajou.  Ce  rai- 
sonnement revient  à  dire  qu'un  menuisier  se  sert  de  ses  instruments  parce  que  le  hasard  a 
fait  que  la  scie,  le  rabot,  le  ciseau,  sont  précisément  ce  qu'il  lui  faut  pour  couper  et  polir 
le  bois;  et  que  ces  instruments  s'étant  trouvés  fabriqués  sans  aucun  dessein  pareil,  il  a 
imaginé  de  les  appliquer  à  son  travail. 

Mais  l'absurdité  du  raisonnement  devient  de  plus  en  plus  palpable  lorsqu'on  essaie  d'en 
faire  l'application  aux  organes  de  l'animal  dont  le  jeu  ne  dépend  en  aucune  manière  de  sa 
volonté.  Est-il  possible  de  soutenir  sérieusement  que  l'œil  ait  été  fait  sans  aucune  intention 
relative  à  la  vue  ;  mais  que  l'animal  ayant  découvert  qu'on  pouvait  s'en  servir  pour  voir, 
s'est  avisé  de  l'employer  à  cet  usagé?  La  même  chose  peut  se  dire  de  l'oreille  et  des  autres 
organes  des  sens.  Aucun  des  sens  ne  dépend  du  choix  de  l'animal,  ni  par  conséquent  de  sa 
sagacité  et  de  son  expérience.  C'est  l'impression  qu'ils  reçoivent  des  objets  extérieurs  qui 
constitue  leur  usage.  L'animal  est  passif  sous  le  rapport  de  la  véritable  acception  du  mot  qui 
désigne  un  de  ses  sens. 

Cette  solution  n*est  pas  plus  satisfaisante  quant  à  l'emploi  des  parties  du  corps  sur  les- 
quelles la  volonté  de  l'animal  exerce  plus  d'empire.  Les  dents  sont-elles  destinées  à  mAcher, 
les  mains  à  saisir,  les  jambes  à  marcher?  ou  bien  l'homme  a-t-il  imaginé  d'employer  ces 
instruments  à  ces  différentes  choses,  parce  qu'il  les  y  a  trouvés  propres? 

La  partie  un  peu  raisonnable  de  ce  système,  la  voici  :  l'organisation  paraît  déterminer 
)es  habitudes  de  l'animal  et  le  choix  de  sa  manière  de  vivre.  Mais  qu'on  y  prenne  garde,  et 
Ton  verra  qne  les  habitudes  ainsi  déterminées  sont  toujours  favorables  à  l'organisation 
eljc-mémc;  or  cela  n'arriverait  pas  si  les  diverses  organisations  des  animaux  n'avaient  pa^i 


S7  INTRODUCTION.  jg 

été  înTenlées  et  disposées  poar  se  IrouTer  en  rapport  avec  les  substances  dont  !  aninial 
est  entouré.  Le  canard  nage,  dites>Tons,  parce  qu*il  a  les  pieds  palmés  :  mais  à  quoi  lui 
senrirait  cette  membrane  oui  réunit  les  doigts  de  ses  pieds,  s'il  n  j  avait  point  d  eau  dans 
laquelle  il  pAt  nager?  Avec  son  bec  fort  et  crochu ,  ses  pieds  armés  de  griffés  aiguës, 
Poiseau  de  proie  se  trouve,  dites-vous,  naturellement  conduit  à  vivre  de  lacbair  des  oi- 
seaux qull  a  pris;  d'autres  oiseaui  ayant  uu  l>ec  faible  et  des  pieds  propres  à  gratter  !i 
ferre,  se  trouvent  forcés  de  vivre  des  grains  et  des  insectes  qu*ils  découvrent  sur  le  $0* 
Mais  à  quoi  serviraient  les  serres  du  faucon  et  le  i>ec  des  granivores,  s*il  n'y  avait  ni  suos 
tances  animales  à  déchirer,  ni  grains  à  mander?  Le  pic  pourvu  d'un  bec  fort  et  pointu,  d'ube 
langue  arrondie  et  prolongée,  s'est  avisé  d'aller  chercher  les  insectes  derrière  4'éeorce 
pourrie  des  vieux  arbres,  et  d'étendre  sa  langue  comme  un  appAt  pour  attirer  les  fourmis  r 
mais  s'il  n'y  avait  point  de  fourmis  et  d'insectes,  cette  organisation  particulière  lui  serait 
inutile?  L*abeille  porte  une  trompe  qui  détermine  l'insecte  ailé  à  chercher  le  miel  dans  lu 
calice  des  fleurs  :  mais  s'il  n'y  avait  point  de  miel  à  tirer  des  fleurs,  la  trompe  serait  inu- 
tile? En  un  mot,  si  les  facultés  des  animaux  avaient  été  répandues  sur  eux  au  hasar.l  et 
sans  aucun  rapport  avec  les  objets  qui  sont  à  leur  portée,  ces  facultés  ne  leur  seraient 
d^aucun  service.  Mais  puisque  ces  rapports  existent,  il  y  a  donc  un  plan,  un  ensemble,  une 
intention. 

EnCn  ce  raisonnement  des  naturalistes  tombe  par  lui-même,  si  l'on  veut  Tappliquer  aux 
plantes.  Les  différentes  parties  des  végétaux  remplissent  leurs  fonctions  et  leur  destination, 
sans  qu*il  existe  en  elles  ni  choix  ni  volonté. 

Quelques  raisonneurs  ont  prétendu  que  les  phénomènes  de  la  nature  devaient  être  at- 
tribués à  ce  qu'ils  ont  appelé  un  principe  d'ordre.  Mais  on  n'a  jamais  expliqué  ce  que  pou- 
vait £tre  un  principe  d'ordre,  sans  un  créateur  intelligent.  L'ordre  ^^^^^  V^^  1^  concours 
des  moyens  vers  un  but  :  le  principe  de  l'ordre  est  donc  l'intelligence  qui  détermine  ce 
concours.  Il  n'existe  aucune  analogie  qui  finisse  nous  faire  concevoir  un  principe  d'ordre, 
d'une  autre  manière  que  celle-là.  Nous  n'avons  jamais  rien  vu  qui  justifie  la  supposition. 
Fne  montre  a-t-elle  jamais  été  produite  par  un  principe  d'onire?  Et  pourquoi  pas  aussi 
bien  une  montre  qu'un  uni? 

D'ailleurs  il  y  a  une  observation  toute  simple  et  qui  démontre  de  plus  en  plus  l'absurdité 
de  l'hypothèse  :  c'est  que  l'ordre  n'existe  que  là  où  il  est  utile.  Nous  voyons  que  dans  la 
structure  de  l'œil  l'ordre  le  plus  exai:t  est  employé  ;  mais  dans  la  forme  des  rochers,  des 
montagnes,  dans  les  lignes  qui  bi»nJent  les  fies,  les  liaies,  les  continents,  nous  ne  voyons 
aucune  trace  de  régularité  et  d'orire.  Il  u*y  aurait  eu  aucun  but  utile  dans  le  soin  de 
façonner  les  montagnes  en  solides  réguliers,  et  de  dessiner  les  terres  en  compartiments 
symétriques. 

On  a  essayé  encore  d'attaquer  les  preuves  que  nous  offre  la  nature,  de  l'existence  d'un 
agent  intelligent^  en  insistant  sur  notre  ignorance  et  la  faiblesse  de  notre  cocception. 
Qu'importe  que  nous  ne  puissions  tout  comprendre,  si  nous  comprenons  nettement  le  ra})|  on 
de  certains  moyens  à  certain  but?  Faudra-t-il  que  nous  expliquions  l'usage  de  toutes  ies 
parties  du  corps  humain,  pour  pouvoir  croire  à  l'utilité  d'une  seule?  Faudra-t-il  que  nous 
nous  rendions  compte  de  l'usage  de  la  rate,  [»ar  exemple,  avant  de  croire  que  Tœil  soit  fait 
f)Our  voir?  Et,  pour  ne  parler  que  du  même  organe,  lorsque  nous  aurons  bien  compris 
comment  les  rayons  de  lumière  se  réfractent  par  les  humeurs  de  l'œil,  et  comment  les 
images  des  objets  se  peignent  sur  la  rétine,  faudra-t-il  renoncer  à  croire  que  Tœil  soit  fait 
pour  voir,  uuiqueuient  parce  qu'il  y  a  dans  cet  organe  certaines  fibres  dont  nous  ne  compre^ 
non«  pas  l'usa^e^  Il  vaudrait  autant  douter  que  le  télescope  soumis  à  notre  inspection  fât 
un  instrument  d'optique,  parce  qu'il  y  aurait  une  vis,  ou  une  coupelle  dont  cous  iznore- 
rions  l'usaze. 

Lorsqu'il  n'existerait  dans  l'univers  physique  aucun  autre  exemple  d'invention  que  l'œil, 
cet  exemple  suffirait  à  la  conclusion  que  nous  en  tirons,  savoir  :  l'existence  d'un  Créateur 
intelligent.  On  ne  pourrait  pas  y  échapper.  11  serait  impossible  d'expliquer  la  chose  j  ar 
ancnne  supposition  qui  ne  contredit  tous  les  principes  que  nous  avons  sur  l'existence  des 
cbase«:  principes  d'après  lesquels  le  vrai  et  le  faux  se  démontrent. par  l'expérience,  toutes 


59  INTRODUCTION;  W 

les  fois  qiie  rexpérience  est  applicable.  Les  diverses  parties  de  l'œil,  tout  l'appareil  que 
nousavon«  examiné,  montrent  une  invention  et  un  dessein  si  manifestes,  un  résultat  si  juste 
et  si  parfait,  que  les  seuls  phénomènes  de  cet  organe  ne  laisseraient  pas  lieu  au  moindre 
doute.  Si  tout  le  reste  de  la  nature  était  obscurité  et  confusion,  cet  exemple  ne  serait  pas 
moins  valide  et  concluant.  Quand  il  n'existerait  dans  le  monde  qu'une  seule  montre,  il  n'en 
serait  pas  moins  certain  qu'elle  a  été  faite  par  un  ouvrier.  Il  en  est  précisément  de  même 
des  preuves  de  l'action  divine.  Chacune  de  ces  preuves  n'est  point  une  conclusion  placée 
à  l'extrémité  d'une  longue  chaîne  de  raisonnements  ;  elle  naît  de  chaque  exemple  soumis 
à  notre  observation  ;  elle  est  complète  pour  chaque  cas;  une  fois  que  le  dessein  nous  est 
démontré,  et  que  nous  voyons  la  structure  et  l'arrangement  des  parties  concourir  vers  un 
but,  l'intelligence  de  l'ouvrier  est  évidente  pour  nous  ;  d'autres  observations  peuvent  bien 
corroborée,  mais  aucune  ne  peut  altérer  cette  preuve. 

5  1ÎL 

Toutes  les  parties  qui  composent  l'animal  ou  la  plante  procèdent  également  d*une  iiitel* 
iigence  inventive;  mais  les  lois  d'après  lesquelles  ces  diverses  parties  concourent  au  but* 
ne  sont  pas  également  bien  entendues.  Par  exemple ,  nous  ne  comprenons  point  quelle 
est  la  cause  de  la  contraction  d'un  muscle,  soit  que  cette  contraction  dépende  de  la  volonté 
ou  de  quelque  irritation.  Nous  ne  savons  de  quelle  nature  est  le  principe  du  mouvement 
musculaire.  La  substance  qui  y  est  employée  est-elle  solide,  fluide,  gazeuse,  électrique^ 
ou  diGTérente  de  tout  cela?  Dans  les  machines  que  nous  faisons ,  nous  ne  saurions  imiter 
le  mouvement  musculaire.  Les  phénomènes  prouvent  son  existence  :  c'est  tout  ce  qud 
Rous  en  savons.  Une  fois  ce  principe  de  mouvement  admis ,  nous  comprenotis  la  disposi- 
tion des  diverses  parties  du  corps,  pour  l'exécution  des  divers  mouvements  nécessaires^ 
aussi  bien  que  nous  pouvons  comprendre  le  mécanisme  qui  fait  mouvoir  une  marionnette  i 
leur  disposition  et  leur  action  réciproques  sont  mécaniques. 

Nous  sommes  obligés  quelquefois  de  donner  des  noms  à  des  choses  inconnues,  nous  ap^ 
pelons  donc  influence  nerveuse  cette  force ,  ce  principe,  cette  action,  qui  fait  que  le  muscle 
se  contracte  :  ce  principe  n'est  pas  mécanique.  Nous  observons  l'effet,  mais  le  moyen  nou^ 
échappe. 

L'obscurité  dans  laquelle  nous  sommes  relativement  à  l'origine  du  mouvement  muscu-> 
laire  n'empêche  pas  que  nous  ne  puissions  suivre  tous  les  phénomènes  de  ce  mouvement  ^ 
et  les  rapporter  à  des  lois  fixes  et  connues.  Nous  voyons  d'abord  que  le  muscle  est  cons» 
truit  de  manière  que  son  renflement  momentané  dans  sa  partie  la  plus  épaisse  raccourci* 
les  tendons.  Nous  voyons  ensuite  que  les  muscles  sont  en  nombre  prodigieux,  et  que  leurê 
positions  respectives  se  prêtent  à  une  étonnante  variété  de  mouvements.  Nous  découvrons, 
en  troisième  lieu,  que  chaque  muscle  est  admirablement  disposé  pour  l'objet  particulier 
auquel  il  est  destiné ,  c'est-à-dire ,  pour  mouvoir  les  diverses  parties  du  corps  dans  untf 
certaine  direction,  puis  pour  laisser  agir  d'autres  muscles  qui  changent  ou  modifient  cell^ 
direction.  Tout  ce  système  se  trouve  conforme  aux  lois  connues  de  la  mécanique  :  il  csi 
soumis  à  notre  inspection  et  à  notre  intelligence,  tout  comme  le  système  des  mouvemeiili 
d'un  automate. 

Supposons  que  l'automate  ait  pour  principe  du  mouvement ,  le  magnétisme;  il  sera  un 
objet  de  comparaison  très-propre  à  nous  faire  sentir  la  distinction  établie  entre  les  partie» 
et  fonctions  mécaniques ,  et  celles  qui  ne  le  sont  pas.  Nous  n'en  savons  guère  plus  sur  la 
nature  de  l'émanation  magnétique  que  sur  celle  du  fluide  nerveux  ;  mais ,  une  fois  l'action 
du  magnétisme  supposée,  nous  pouvons  suivre  avec  une  certitude  parfaite  le  mécanisme 
dans  loates  ses  parties.  Nous  voyons  la  suite  des  leviers,  les  roues,  les  engrenages,  les  fils, 
par  lesquels  le  mouvement  se  communique  jusqu'aux  doigts  de  l'automate.  Nous  aviserions- 
iit/U^^CL douter  de  l'application  des  lois  de  la  mécanique,  dans  cette  figure  mouvante,  par  la 
raison  que  nous  ne  comprendrions  pas  les  lois  el  l'action  du  magnétisme?  non,  assurément. 


41  i>iTuoi)trTio:^.  i% 

Il  en  est  ciaclcment  <Jc  môme  de  la  structure  et  des  mouvements  du  corps  huoiaiii,  dans 
lequel  nous  ne  comprenons  |ias  les  lois  et  Taciion  du  fluide  neri-eux. 

Il  j  a,  dans  la  physiologie  ,  beaucoup  d'autres  phénomènes  que  nous  n*entendon.s  pcxs. 
L*îrrital>ilité»  le  mouvement  volontaire,  ie  principe  de  vie,  celui  de  la  sensation  ,  celui  de 
la  clialeur  animale,  etc.,  sont  autan',  de  mystères  c|ue  nous  ne  pouvons  pénétrer  ;  mais  la 
partie  mécanique  du  corps  et  de  ses  monvemenls  est  complètement  soumise  à  notre  exa- 
men et  à  notre  intelligence. 

Cette  machine  ,  qui  se  meut  par  une  force  inconnue,  nous  démontre  tout  aussi  claire- 
ment rintelligence  et  rinvenlion  de  Touvrier  qui  Ta  faite,  que  Texamen  d*une  machine 
ordinaire  puisse  nous  démontrer  rintelligence  de  Phomme  qui  Fa  construite. 

11  y  a«  dans  la  constitution  des  corps  animés,  une  partie  qu'on  peut  appeler  îe  syslèmo 
chimique  des  corps.  Nous  ne  pouvons  pas  embrasser  tous  les  détails,  et  nous  rendre  crjnipte 
de  tous  les  phénomènes  de  cette  partie  chimique,  parce  que  nous  ne  sommes  |)d$  suflTisam- 
ment  habiles  dans  cette  science  ;  mais  nous  en  savons  assez  pour  voir  netlenienl  rinv(*n- 
tionet  l'application  des  moyens  au  but,  dans  tes  procédés  chimiques  des  fonctions  vil«ile5. 
Far  exemple»  le  suc  gastrique,  ou  la  liqueur  qui  fait  digérer  les  aliments  dans  resloraac, 
est  le  menstrue  le  plus  actif  et  le  plus  universel.  On  ne  peol  voir  sans  étoimemeut  la  variété 
de  différentes  substances  que  ce  menstrue  réduit  en  une  pulpe  ou  mucilage  uniforme,  dans 
Testomac  de  Thomme ,  et  dans  un  temps  très-court.  Il  attaque  et  dissout  la  texture  de 
presque  tontes  les  substances  qu'on  lui  soumet.  L'altération  que  ces  substances  subissent 
est  d'une  nature  différente  de  celle  qui  résulte  des  dissolvants  employés  en  chimie;  et  la 
plupart  des  dissolvants  que  nous  employons  n'agissent  que  sur  un  petit  nombre  de  subs- 
lances.  Lorsque  Ton  considère  Tuniversalilé  d'action  de  ce  menstrue ,  et  que  Ion  réfléchit 
que  ce  dissolvant  se  reproduit  sans  cesse  par  Faction  de  l'estomac  lui-même ,  on  trouve 
qu'il  a  été  bien  nommé  le  miracU  chimique  de  la  nature  animale. 

Nous  ignorons  la  composition  de  ce  fluide  et  la  manière  dont  il  agit  :  nous  ne  pouvons 
pas  assimiler  exactement  ses  opérations  à  celles  de  l'art  du  chimiste,  comme  nous  pou- 
vons assimiler  les  opérations  mécaniques  du  corps  humain  à  celles  du  mécanicien.  Cela 
lient  à  l'imperfection  de  nos  connaissances  chimiques.  Nous  viendrons  peut-être  à  com- 
poser un  dissolvant  semblable  au  suc  gastrique  ;  nous  saurons  peut-être  un  jour  de  quels 
principes  chimiques  dépend  son  efficacité,  et  de  quelle  action  dans  le  corps  humain  déiive 
La  perfection  de  ce  suc  pour  l'objet  auquel  il  est  destiné;  mais  cet  objet  est  évident  pour 
nous,  malgré  notre  ignorance.  Sa  reproduction  continuelle ,  ses  propriétés ,  le  lieu  qu'il 
occupe,  sa  prodigieuse  efficacité,  sont  des  fiaits  qui  nous  démontrent  que  les  moyens  ont 
été  appliqués  à  un  but  avec  intelligence. 

Une  autre  fonction  animale  infiniment  curieuse,  et  dont  la  marche  est  d^une  analyse  bien 
difficile,  c'est  la  sécrétion  :  elle  est  à  demi  chimique  et  à  demi  mécanique.  L'importance 
et  la  variété  des  sécrétions  sont  inGnies.  Une  seule  sécrétion  imparfaite  ou  viciée  suffit  à 
faire  de  la  vie  un  tourment ,  ou  à  amener  la  mort.  Environ  vingt  fluides  divers  sonc  sépa- 
rés du  sang  humain  par  les  organes  sécrétoires  et  excrétoires.  Tous  diSEèrent  entre  eux 
par  la  consistance,  le  goût ,  la  couleur  et  l'odeur.  Si  nous  examinons  les  résultats  des  sé- 
ca^tions  chez  certains  animaux,  nous  y  trouvons  les  choses  les  plus  opposées  :  ces  sécré- 
tions fournissent  tour  à  tour  un  aliment  sain ,  un  poison  mortel ,  des  parfums  délicieux 
et  des  odeurs  fétides.  La  plupart  des  produits  des  sécrétions  sont  employés  à  conserver  le 
jeo  des  organes  ou  à  maintenir  l'exercice  des  fonctions  vitales.  Ainsi ,  la  salive  et  le  suc 
gastrique  préparent  le  chyle  ;  la  bile  a  une  influence  salutaire  sur  les  fonctions  des  intes- 
tins ;  la  synovie  iacilite  le  jeu  des  articulations  ;  les  larmes  lubréfient  le  globe  de  l'œil  ;  la 
cire  défend  les  oreilles.  Tout  cela  a  un  but  d'utilité  évidente.  Les  excrétions  ne  sont  point 
aus^  évidenmient  utiles,  mais  elles  sont  pourtant  indispensables,  puisqu'elles  ne  sauraient 
être  dérangées  ou  suspendues  sans  que  la  vie  soit  en  danger. 

Un  autre  système  de  fonctions  dans  le  corps  des  animaux,  et  auquel  l'art  humain  n'offre 
T^j«a  de  comparable ,  c'est  Yatsimilation  :  cette  vertu  magique  par  laquelle  le  sang  se 
nicno!i?r.  D'A!«TBnopoLoeu.  â 


45  INTRODUCllON.  44 

trouve  métamorphosé  en  os,  en  muscles,  en  tendons,  en  nerfs  et  en  membranes  ;  choses 
aussi  différentes  entre  elles  que  le  fer  et  le  bois ,  et  les  toiles ,  et  les  cordages  qui  entrent 
dans  la  composition  d'un  vaisseau. 

I^  marche  de  la  sécrétion  dans  les  glandes  n*est  pas  pour  nous  un  mystère  complét»- 
menl  impénétrable.  Dans  les  reins  des  plus  grands  animaux  nous  pouvons  suivre  les 
nombreuses  ramifications  de  Tartère  émulgente.  Les  extrémités  de  ces  ramifications  se 
perdent  dans  des  petits  corps  sphériques,  et  c'est  dans  ces  corps  que  s'opère  le  mystère  de 
la  sécrétion.  Nous  discernons  h  la  loupe  des  tuyaux  déliés  ,  qui  se  réunissent  pour  en  for- 
mer de  plus  considérables,  lesquels  convergent  tous  vers  un  bassin  situé  dans  la  substance 
du  rein.  Le  fluide  séparé  du  sang  filtre  continuellement  de  ce  premier  dépôt  vers  le  récep- 
tacle qui  lui  est  destiné.  C'est  là  tout  ce  que  nous  savons  sur  le  mécanisme  de  celles  des 
glandes  du  corps  des  animaux  qui  prêtent  le  plus  k  l'observation.  Mais  ce  peu  que  nous 
entrevoyons  suffit  à  nous  montrer  une  intention.  Nous  voyons  un  canal  destiné  à  conduire 
le  sang  jusque  dans  l'intérieur  de  la  glande.  Nous  voyons  dans  cette  glande  un  appareil 
d'organes  k  l'action  duquel  le  sang  est  soumis.  Nous  voyons  qu'après  avoir  subi  une  mo- 
dification, le  sang  ressort  du  rein  par  un  autre  vaisseau  destiné  k  en  débarrasser  la  glande. 
Nous  voyons  enfin  que  le  fluide  produit  par  l'opération  mystérieuse  de  la  sécrétion  est 
conduit  par  un  autre  canal  dans  un  dépôt  d'excrétion. 

Nous  ne  savons  rien  sur  la  manière  dont  se  fait  la  séparation  du  fluide  dans  l'intérieur 
de  la  glande.  Nous  sommes  précisément  comme  celui  qui  n'entend  point  la  mécanique,  et 
qui  voit  travailler  un  moulin  ou  une  machine  à  carder  et  filer.  Il  voit  que  le  blé  entre  en 
grain  et  ressort  en  farine  et  en  son  ;  il  voit  que  le  coton  entre  en  bourre  et  ressort  en  fil. 
Il  observe  que  les  modifications  opérées  par  la  machine  ont  un  résultat  utile.  Faudra-t-il 
que  cet  observateur  s'éclaire  sur  la  manière  dont  chaque  partie  de  ces  machines  concourt 
au  résultat,  avant  de  croire  qu'il  y  ait  de  l'intelligence  et  du  dessein  dans  ces  mêmes 
machines  7 

J'ai  donc  voulu  montrer  :  1*  que  dans  l'examen  des  oeuvres  de  la  nature,  notre  igno- 
rance n'empêche  pas  que  nous  ne  puissions  conclure  avec  certitude  sur  l'intention  du 
Créateur  ;  3*  que  les  diverses  parties  du  corps  des  animaux  peuvent  être  classées  selon  la 
plus  ou  moins  grande  facilité  de  les  comparer  aux  ouvrages  de  l'art  ;  S**  que  les  parties  mé- 
caniques du  corps  humain  sont  celles  dans  lesquelles  nous  so'rmes  le  plus  capables  de 
comprendre  le  dessein  du  Créateur. 

§IV. 

Je  défie  un  ouvrier  quelconque  d'imaginer  une  construction  plus  ingénieuse,  et  dans 
laquelle  l'objet  soit  mieux  rempli,  que  celle  des  vertèbres  du  cou  de  l'homme.  II  fallait 
obtenir  deux  choses,  savoir  :  un  mouvement  facile  de  flexion  en  avant  et  en  arrière,  et  un 
mouvement  circulaire  horizontal  d'environ  cent  vingt  degrés.  Deux  inventions  distinctes 
ont  été  employées  pour  cela  :  1**  La  tête  repose  immédiatement  sur  la  dernière  des  vertè- 
bres, et  est  unie  avec  elle  par  une  articulation  qui  fait  que  la  tête  se  baisse  et  se  relève  jus* 
qu'au  point  où  le  permettent  les  ligaments;  2"  le  mouvement  circulaire  se  fait  par  le 
moyen  d'un  mécanisme  qui  met  la  tête  en  rapport,  non  pas  avec  la  première,  mais  avec 
la  seconde  vertèbre  du  cou.  Cette  seconde  vertèbre  a  ce  que  les  anatomistes  appellent  une 
apophyse,  c'est-à-dire  une  saillie  assez  semblable  en  forme  et  en  volume  à  une  dent.  Cette 
dent  entre  dans  une  cavité  de  la  première  vertèbre,  et  sert  de  pivot  aux  mouvements  de 
cette  première  vertèbre,  laquelle  tourne  circulairement  avec  la  tète.  Les  deux  genres  de 
mouvements  sont  parfaits,  et  ne  se  nuisent  en  aucune  manière.  Nous  voyons  une  inven- 
tion toute  semblable  dans  la  monture  des  télescopes  :  pour  le  mouvement  vertical,  il  y  a 
une  charnière;  pour  le  mouvement  horizontal,  il  «y  a  un  axe  ou  pivot,  sur  lequel  le  téles- 
cope et  la  charnière  tournent  ensemble.  11  faudrait  être  de  mauvaise  foi,  ou  hors  de  son 
l)on  sens,  pour  admettre  l'invention  dans  un  des  cas,  et  la  nier  dans  l'autre.  Ajoutons  en- 


45  IXroODUCTIO?!*  U 

core  ime  observation  qui  est  à  notre  portée,  et  qui  nous  explique  par  quelle  raison  l'intel- 
ligence qui  a  inventé  Farticulation  de  la  tète  sur  les  vertèbres  verticales  n*a  pas  voulu  que 
la  première  vertèbre  pût  se  mouvoir  en  avant  et  en  arrière  comme  la  tète,  tandis  que  cette 
^r^mière  vertèbre  se  meut  h  droite  et  à  gauche  :  c*est  que  le  mouvement  en  avant  et  en  ar-' 
rière  n^aurait  pas  pu  se  fiûre  sans  que  la  moelle  épinière  fût  comprimée  par  Tapophyse  de 
la  seconde  ver^bre^  qui  sert  de  pivot  aux  mouvements  circulaires. 

Une  antre  invention  mécanique  assez  semblable  à  la  précédente  quant  à  son  but,  maiA 
différente  quant  aux  moyens,  s'observe  (lans  Tavant-bras.  Pour  l'usage  parfait  de  l'avant- 
bras,  il  fadlait  deux  genres  de  mouvements  :  savoir,  le  mouvement  oscillatoire  ou  récipro- 
que, qui  se  fait  en  pliant  et  étendant  le  bras,  et  le  mouvement  rotatoire,  qui  se  fait  en 
tournant  la  paume  de  la  maîki  alternativement  dessus  et  dessous.  Voici  comment  cela  sV 
père  :  L'avant-bras  k  deux  os  placés  à  c6té  l'un  de  l'autre,  mais  qui  ne*se  touchent  qu'à  leurs 
extrémités.  L*un  de  ces  os,  nommé  le  eubiius^  s'articule  avec  l'os  du  bras,  ou  Thuméms^  et 
ne  peut  se  mouvoir  que  dans  le  même  plan  ;  l'autre,  nommé  h  raéUuSf  ne  s'articule  qu'avec 
le  poignet.  Toutes  les  fois  que  nous  tournons  la  paume  de  la  main  en  dessus,  le  radius 
roule  sur  le  cubitus  au  moyen  d'une  rainure  ou  cavité  de  l'un  des  os  qui  répond  à  une 
saillie  de  l'autre.  Si  les  deux  os  de  l 'avant-bras  avaient  été  articulés  avec  l'humérus,  ou 
que  tous  deux  eussent  été  articulés  avec  le  poignet,  ce  mouvement  rotatoire  n'aurait  pas 
pu  se  faire.  Il  fallait,  pour  cela,  que  l'un  des  os  fût  libre  à  une  de  ses  extrémités,  et  l'autre, 
à  l'autre.  De  cette  manière  les  deux  mouvements  différents  peuvent  s'exécuter  en  même 
temps  ;  le  grand  os  de  l'avant^bras  peut  opérer  le  mouvement  oscillatoire  sur  l'articulation 
du  coude,  au  même  instant  que  le  petit  os  de  l'avant -bras,  lequel  porte  la  main,  tourne  au^ 
tour  du  cubitus.  Diins  le  voisinage  du  coude,  c'est  une  tubérosité  du  radius  qui  répond  i 
une  cavité  du  cubitus  ;  et  auprès  du  poignet,  c'est  le  contraire ,  c'est-à-dire  qu'un  tuber-* 
cnle  du  cubitus  répond  à  une  cavité  du  radius. 

S*il  n'y  avait  eu  qu'un  os  dans  l'avant-^bras,  et  que  l'articulation  du  coude  eût  été  dans 
le  genre  de  l'articulation  de  l'os  du  bras  avec  l'épaule ,  c'est-^à^-dire  une  tête  sphérique  se 
mouvant  dans  une  cavité,  le  résultat  de  plier  le  bras  et  de  tourner  la  main  tout  à  la  fois 
aurait  pu  être  obtenu,  mais  il  est  incomparablement  plus  parCût,  d'après  l'arrangement 
existant  :  chacun  peut  s'en  convaincre  par  Taisance  et  la  vitesse  avec  lesquelles  il  peut 
mouvoir  la  main  circulairement,  tout  en  fléchissant  et  étendant  le  bras;  tandis  que  le  mou- 
vement de  rotation  du  bras  autour  de  l'épaule  est  comparativement  lent  et  pénible. 

L'épine  du  dos,  ou  la  colonne  vertébrale,  est  une  chaîne  d'articulations  d'une  construc^ 
lion  très^xtraordinaire.  Il  fallait  que  le  même  instrument  exécutât  diverses  fonctions  très* 
différentes,  et  en  quelque  sorte  contradictoires.  Il  fallait  que  cette  eolonae  fût  solide  et  ce* 
pendant  flexible  :  solide,  pour  pouvoir  supporter  le  corps  dans  ,Ia  position  verticale  ; 
flexible,  pour  pouvoir  se  prêter  à  tous  les  mouvements  que  nous  faisons  en  nous  courbant 
en  avant,  en  arrière  ou  de  cAté.  Il  fallait  enfin  que  la  colonne  vertébrale  contint  et  proté- 
geât la  moelle  épinière,  c'est-à-dire  qu'elle  servit  de  conduit  au  plus  important  de» 
fluides  animaux,  celui  dont  dépendent  les  niouvements  volontaires,  et  qui  part  du  cerveau 
pour  se  répandre  dans  toutes  les  parties  du  corps  :  il  firilait  que  cette  colonne  osseuse 
garantit  elficaeement  de  toute  pression  accidentelle,  une  substance  extrêmement  délicate, 
et  tellement  essentielle  aux  fonctions  vitales,  que  la  moindre  atteinte  qu'elle  éprouve  est 
suivie  de  la  paralysie  ou  de  la  mort. 

La  colonne  vertébrale  n'était  pas  seulement  destinée  à  donner  protection  au  tronc  prin- 
cipal de  la  substance  médullaire  procédant  du  cerveau,  il  fallait  encore  que  cette  colonne 
€k>nnât  passage  à  des  conduits  latéraux  dans  toute  sa  longueur,  pour  la  distribution  des 
nerfs  à  toute  les  parties  du  corps.  Il  fallait  que  cette  colonne  vertébrale  fournit  une  suite 
de  points  d'appui  pour  l'attache  des  muscles  qui  s'étendent  sur  le  tronc  humain,  et  imfiff 
qu'elle  servît  de  base  pour  l'insertion  des  côtes. 

Commandez  à  un  habile  mécanicien  une  machine  qui  doive  remplir  ces  diters  objets^ 
et  laissez-le  exercer  ses  facultés  inventives,  sans  lui  donner  connaissance  de  la  construction 


4T  iNTnoDUcrioN.  a 

de  la  colonne  dorsale.  Qu'il  compare  ensuite  c^  qu*il  aura  inventé  avec  /outrage  de  la 
nature,  et  il  demeurera  confondu  d'admiration  sur  la  sagesse  qui  y  a  été  employée.  Vingt- 
quatre  os  spongieux  sont  sui>erposés  les  uns  aux  autres  et  se  touchent  par  des  bases  élar- 
gies. Cette  largeur  des  bases  assure  la  solidité  de  la  colonne  ;  la  porosité  des  os  lui  donne 
sa  légèreté;  leur  nombre,  qui  multiplie  les  articulations,  rend  cette  colonne  singulière* 
ment  flexible,  et,  ce  qui  est  remarquable,  sa  flexibilité  varie  dans  sa  longueur,  selon  le  be- 
soin, c'est-à-dire  que  le  bas  des  reins  est  plus  souple  que  la  partie  voisine  des  épaules,  et 
que  les  vertèbres  du  cou  sont  les  plus  flexibles  de  toutes.  Chacun  de  ces  vingt-quatre  os 
est  percé  dans  le  centre,  pour  fournir  passade  à  la  substance  médullaire,  en  sorte  que  lors- 
qu'ils sont  réunis,  ils  forment  un  canal  non  interrompu.  Mais  comment  empêcher  que, 
dans  les  diverses  flexions  du  corps,  les  vertèbres  ne  se  croisent  et  n'occasionnent  ainsi  sur 
la  moelle  épinière  une  pression  funeste?  L'habile  et  sage  ouvrier  de  cette  belle  construc- 
tion a  placé  entre  chaque  vertèbre  et  les  vertèbres  voisines  une  substance  cartilagineuse 
éminemment  élastique.  Ces  cartilages  se  pressent  du  côté  où  Tépine  fléchit,  et  se  renflent 
du  côté  opposé,  de  manière  qu'il  n'en  résulte  aucune  ouverture.  La  flexion,  quoique  con- 
sidérable sur  la  totalité  de  la  colonne,  est  h  peine  sensible  d'un  os  à  l'autre.  D'ailleurs, 
comme  la  flexion  en  avant  devait  être  plus  fréquente  que  la  flexion  en  arrière,  les  carti- 
lages ont  plus  d'épaisseur  de  ce  côté-là,  en  sorte  que  les  bases  des  vertèbres  sont  plus  pa- 
rallèles entre  elles,  lorsque  le  corps  est  plié  en  avant,  que  dans  la  position  verticale.. 

Comme  il  fallait  que  la  distribution  des  nerfs  pût  se  faire  dans  toute  la  longueur  de  l'é'^ 
pine,  chaque  vertèbre  porte  deux  rainures  au  bord  supérieur,  et  deux  autres  au  bord  in- 
férieur. Ces  rainures  symétriquement  espacées  se  correspondent  d'une  vertèbre  à  l'autre, 
de  manière  que,  quand  les  vertèbres  sont  réunies,  deux  rainures  forment  un  trou,  lequel 
donne  passage  à  un  nerf.  Ces  nerfs  sortent  par  paires,  et  se  suMivisent  en  un  grand 
nombre  de  ramifications  dans  toutes  les  parties  du  corps. 

11  fallait  enfln  que  les  muscles  et  les  côtes  trouvassent  dans  l'épine  du  dos  un  point  d*ap- 
pui  solide,  auquel  ils  pussent  s'attacher.  Les  vertèbres  ont  reçu  une  forme  propre  à  rem- 
plir ces  deux  objets.  Leur  face  antérieure,  qui  répond  à  la  capacité  de  la  poitrine,  de  l'es- 
tom'î'*  et  du  ventre,  est  unie,  parce  que  les  aspérités  auraient  pu  blesser  les  viscères;  mai$ 
en  arrière  et  sur  les  côtés,  les  vertèbres  sont  hérissées  d'apophyses  prolongées.  C'est  h  ces 
apophyses  que  s'attachent  les  muscles  nécessaires  aux  mouvements  du  tronc.  Ces  attaches 
sont  faites  avec  un  art  qui  remplit  à  la  fois  deux  objets  essentiels;  car,  en  même  temps 
que  les  muscles  sont  assujettis  aux  os,  les  tendons  de  ces  mêmes 'muscles  servent  à  con* 
solider  la  structure  de  la  colonne  et  à  retenir  fortement  chaque  vertèbre  à  sa  place. 

Sans  une  dernière  précaution  pour  assurer  la  torce  d'une  si  longue  charnière ,  les  luxa- 
tions auraient  été  à  craindre.  Cette  précaution  prise  par  l'ouvrier  a  été  de  faire  articuler 
ensemble  ces  diverses  apophyses.  Il  résulte  des  croisements  artistement  disposés,  entre 
une  projection  et  l'autre,  qu'aucune  des  vertèbres  ne  peut  se  tourner  ni  se  déplacer.  Un 
coup  très-violent  peut  rompre  la  colonne  dorsale,  mais  jamais  la  luxer.  Dans  la  partie  de 
l'épine  à  laquelle  les  côtes  sont  attachées ,  la  précaution  pour  fortifier  la  colonne  a  été 
poussée  plus  loin  encore  ;  chaque  côte  s'attache  à  deux  vertèbres  et  au  cartilage  qui  les 
sépare.  Enfln»  dans  le  but  de  prévenir  l'effet  qu*une  force  extérieure  aurait  pu  avoir  pour 
désunir  les  vertèbres  par  une  extension  violente  dans  le  sens  longitudinal,  la  colonne  a  éii 
doublée  et  fortifiée  d'une  membrane  épaisse  qui  règne  dans  toute  la  longueur  de  l'épine. 

Dans  la  plupart  des  quadrupèdes,  la  construction  de  la  colonne  vertébrale  est  analogue  à 
ce  que  nous  observons  dans  l'homme  ;  mais  dans  la  famille  des  serpents  il  existe,  à  cet 
égard,  une  variété  très-remarquable.  Le  serpent  ayant  essentiellement  besoin  de  souplesse, 
il  fallait  que  lo^nombre  des  articulations  fût  plus  considérable  :  en  conséquence  la  colonne 
dorsale  du  serpent  est  composée  de  cent  cinquante  vertèbres,  qui  ont  entre  elles  une  arti- 
culation différente  de  la  nôtre  extrêmement  curieuse  à  observer.  On  ne  peut  rien  imaginer 
de  plus  parfait  et  de  plus  analogue  au  but  que  cette  chaîne  de  cent  cinquante  anneaux.  La 
chaîne,  qui  se  roule  tour  à  tour  sur  le  barillet  et  la  fusée  d'une  montre,  est  un  ouvrage  im- 
parfait et  grossier  auprès  de  ce  chef-d'œuvre  mécanique. 


49  INTRODUCTION.  SC 

Toutes  les  fois  qae  nos  poumons  se  dilatent  par  Tinspiration  de  Pair,  et  se  contractent 
par  i  expîraiioDy  la  jioîtrine  augmente  et  diminue  de  capacité.  Cela  a  lieu  par  Teflet  d'util 
invention  mécanique  dans  la  construction  et  la  dis|)Osition  des  os  qui  lacement.  Les  côtes». 
«u  lieu  d'être  articulées  à  angle  droit  avec  Tépinc,  le  sont  dans  une  diret^tion  un  peu  des- 
cendante. Il  en  résulte  que  tout  ce  qui  tend  à  les  rapprocher  de  Tangle  droit  augmente  l«i 
capacité  de  la  poitrine  et  fait  avancer  le  sternum  :  c'est  ce  qui  arrive  à  chaque  inspiration. 
Si  les  cAtes  eussent  été  articulées  à  angle  droit  avec  Fépine,  ou  qu*étant  implantées  obli- 
quement à  répine,  elleâ  eussent  été  soudées  à  la  colonne  dorsale,  la  capacité  de  ta  poi- 
trine n*aaraitpas  pu  s'augmenter, comme  celaélait  nécessaire.  En  même  temps  que  les  côtes 
s*élèvent,  le  diaphragme  s'abaisse,  et  il  en  résulte  un  accroissement  de  caftacité  de  quarante- 
deux  ponces  cubes,  laquelle  se  remplit  immédiatement  par  de  lair.  Dans  une  inspiration 
forcée,  il  entre  jusqu'à  cent  pouces  d'air  de  plus  que  dans  Tétai  d'abaissement  de»  côtes. 
Le  thorax  est  un  véritable  soufflet  d'une  construction  extrêmement  ingénieuse. 

La  rotule  est  un  os  dont  la  forme  et  les  fonctions  ne  ressemblent  à  celles  d  aucun  autre 
os  du  corps  humain.  Il  a  une  forme  un  peu  lenticulaire;  il  est  de  la  grosseur  d*un  éru  de 
cinq  francs  9  et  recouvert  d'un  cartilage.  Les  forts  tendons  qui  s'attachent  d'une  part  au 
fémur  et  de  l'autre  au  tibia,  et  dont  l'emploi  est  de  porter  les  jambes  en  avant,  traversent 
cet  os  :  la  rotule  en  fait  pour  ainsi  dire  partie.  Elle  protège  l'articulation  quelle  recouvre, 
et  em{ièche  en  même  temps  que  les  tendons  ne  puissent  être  exposés  aux  chocs  des  corps 
extérieurs,  comme  ils  l'auraient  été  sur  la  saillie  du  genou.  Elle  donne  encore  à  l'action  des 
tendons  des  muscles  releveurs  une  plus  grande  facilité  mécanique,  parce  que  la  rotulç 
fiorte  en  avant  la  direction  de  leur  force.  Mais  la  circonstance  la  plus  rcraarquablj  dans 
Texistence  de  la  rotule,  c'est  qu*elle  est,  pour  ainsi  dire,  de  convenance  plutôt  que  de  né- 
cessité. Elle  est  isolée,  elle  ne  s'articule  avec  aucun  os;  elle  est  molle  et  à  peine  visible 
dans  l'enfance.  Son  ossification  se  forme  peu  k  peu,  et  par  un  procédé  dont  il  est  impossi- 
ble de  se  fiiire  une  idée  ou  de  se  rendre  compte  par  sa  structure  ou  son  exercice. 

Presque  tous  les  os  du  corps  humain  ont  des  articulations  enlre  eux  :  or,  la  manière  dont 
ils  s'articulent  offre  des  variétés  qui  tendent  toujours  également  à  démontrer  Tinvention  el 
la  sagesse  du  grand  mécanicien  qui  a  construit  cette  machine.  Donnons-en  quelques 
exemples. 

L'os  de  la  cuisse  s'articule  à  charnière  avec  la  jambe,  parce  que  celle-ci  ne  doit  s'étendre 
et  se  fléchir  que  dans  le  même  plan.  Mais  l'os  de  la  cuisse  s'articule  à  la  hanche  d'une  toute 
autre  manière.  Le  fémur  se  termine  par  une  tète,  laquelle  entre  et  tourne  librement  dam^ 
une  cavité  de  l'os  de  la  hanche.  Il  en  résulte  que  la  cuisse  est  susceptible  de  mouvement» 
soit  de  rotation,  soit  dans  toutes  les  directions  nécessaires.  Si  la  tète  du  fémur  se  trouvait 
en  bas,  et  que  sa  charnière  fût  en  haut,  e'cst-à-dire  que  les  deux  genres  d'articulations 
eussent  été  appliqués  de  la  manière  opposée  à  celle  qui  existe,  la  direction  de  la  cuisse 
aurait  été  fixée  en  avant  une  fols  pour  toujours,  et  la  faculté  rotatoire  de  la  jambe  aurait 
été  complètement  inutile.  Le  but  d'utilité  a  donc  été  pris  en  considération  par  l'ouvrier 
intelligent  qui  a  mis  la  tète  du  fémur  en  haut  et  la  rainure  en  bas. 

Pour  consolider  les  articulations,  il  existe  une  memliraiic  forte  et  épaisse  qui  part  de  l'os 
qui  reçoit,  et  entoure  fos  reçu,  en  s'insérant  dans  sa  substance  un  peu  au  delà  du  renfle- 
ment de  cet  os.  Cette  membrane  emprisonne  la  jointure  et  en  assure  la  solidité,  en  main- 
tenant les  saillies  dans  les  cavités  correspondantes.  On  observe,  en  outre  de  cette  mem- 
braae^dans  lesarticulations  trës-importantes,etoù  une  forte  extension  aurait  pu  occasionner 
une  dislocation;  l'on  remarque,  dis-je,  un  ligament  vigoureux,  court  et  flexible,  dont  l'in- 
sertion se  fait  d'un  côté  dans  la  tète  de  l'os,  et  de  l'autre  dans  le  fond  de  la  cavité.  On  aurait 
peine  à  concevoir  quelle  force  peut  èlre  appliquée  à  ce  ligament,  avant  de  pouvoir  le  dis- 
tendre ou  le  rompre;  cependant  il  est  si  flexible  qu'il  ne  met  aucun  empêchement  aux 
mouvements  de  l'articulation. 

Dans  les  articulations  à  charnières,  les  ligaments  qui  entourent  et  retiennent  en  sa  place 
le  renflement  de  l'extrémité  de  l'os,  sont  toujours  plus  forts  dans  les  côtés  que  sur  les  par- 
ties antérieures  et  postérieures,  afin  que  les  os  ne  puissent  pas  glisser  hors  de  leur 
engrenage.  A  l'articulation  du  «^enou»  vu  son  importance  la  variété  et  la  (brct  Us  mou* 


<«  IN  rUODUCTION.  M 

vements  auxquels  elle  est  destinée,  on  observCf  en  outre  de  la  précaution  ordinaire,  deux 
ligaments  très-forts,  lesquels  sont  croisés  do  manière  à  ce  que  i*articu1ation  ne  puisse  pas 
•e  disloquer,  sans  que  les  ligaments  se  déchirent. 

Une  précaution  dont  le  but  est  le  même,  mais  dont  le  moyen  est  différent,  s'obscrr^  à 
l'articulation  du  coude-pied.  Les  os  de  la  jambe  ont  deux  apophyses,  ou  prolongements 
qui  servent  à  emboiter  l'os  du  tarse  qui  s*articule  avec  eux.  Le  but  est  évident  dans  la 
forme  de  ces  deux  os  :  i!  n*y  a  aucun  doute  que  ces  cornes  on  saillies  qui  les  tcrmineot 
niaient  été  destinées  à  emprisonner  Tos  qui  s'y  joint  et  h  prévenir  les  dislocations. 

L'articulation  du  bras  avec  l'épaule  est  du  même  genre  que  celle  de  la  cuisse  avec  la 
hanche,  et  sa  solidité  est  également  assurée  par  un  ligament  qui  s'attache  au  fond  de  la 
cavité.  Mais  celle-ci  a  beaucoup  moins  de  profondeur,  parce  qu'il  fallait  que  les  mouve- 
ments du  bras  pussent  avoir  plus  d'étendue,  do  promptitude  et  de  liberté  que  ceux  de  la 
cuisse.  Le  bord  de  la  coupe  qui  reçoit  la  tête  de  l'os  du  bras  est  garni  d'une  membrane 
forte  etsouple  qui  augmente  la  capacité  du  calice,  en  même  temps  qu'elle  laisse  h  tous  les 
mouvements  du  bras  la  plus  grande  liberté. 

Les  extrémités  des  os,  dans  les  articulations,  ont  été  façonnées,  non-seulement  de  manière 
k  prévenir  autant  qu'il  est  possible  les  luxations,  et  h  faciliter  tous  les  mouvements  néces- 
saires, mais  encore  à  protéger  les  nerfs,  les  tendons  et  les  vaisseaux  dans  leur  passage  aux 
articulations.  Il  est  évident  que  ces  fils  ou  ces  conduits, qui  partent  du  tronc  et  se  subdi- 
visent jusqu'aux  extrémités ,  ont  à  passer  sur  les  articulations.  Il  est  évident  encore  qu'ils 
y  sont  exposés  à  de  brusques  changements  de  direction ,  à  des  compressions  ou  à  des  dé- 
chirements par  l'action  des  corps  extérieurs.  Mais  ils  ont  été  protégés  avec  un  soin  tout 
particulier,  dans  leur  passage  au  travers  des  articulations ,  et  cela  par  la  figure  même  des 
os.  Ainsi,  nous  voyons  que  les  nerfs  de  l'avant-bras  passent  l'articulation  du  coude  par  un 
chemin  couvert  formé  entre  deux  protubérances  de  l'os.  Le  fémur  est  sillonné ,  dans  son 
extrémité  inférieure,  d'une  canelure  profonde  dans  laquelle  les  ^os  vaisseaux  et  les  nerfs 
de  la  jambe  passent  en  sûreté.  Dans  l'arliculation  de  l'épaule,  on  remarque,  au  bord  de  la 
cavité  qui  reçoit  l'os  du  bras,  une  petite  rainure  recouverte  de  la  membrane.  Les  vaisseaux 
sanguins  du  bras  se  glissent  par  celte  ouverture,  au  lieu  de  passer  sur  le  tranchant  de  la 
coupe.  Qui  est-ce  qui  a  pourvu  avec  tant  de  soin  et  de  sagesse  à  la  sûreté  de  ces  vaisseaux 
et  de  ces  nerfs  7 

Toutes  les  extrémités  des  os,  l'intérieur  des  cavités  et  des  charnières  sont  doublés  de 
cartilages  mous  et  élastiques,  qui  prêtent  au  degré  convenable,  et  assurent  le  jeu  doux 
des  articulations  sans  que  les  os  puissent  s'user.  On  a  essayé  d'affaiblir  l'évidence  du  des- 
sein dans  cette  disposition  des  cartilages,  en  prétendant  que  le  cartilage  n'estfqne  l'os  ra- 
molli par  le  frottement  continuel ,  ou  maintenu  dans  une  consistance  qui  était  son  état 
primitif,  et  dont  le  frottement  l'etnpêche  de  sortir;  qu'enfin  cet  effet  est  nécessaire  et  non 
préordonné  dans  un  certain  but.  Le  lecteur  pourra  apprécier  la  force  de  l'objection  contre 
le  dessein  de  cette  disposition  de  l'ouvrier. 

Le  jeu  de  toutes  les  articulations  est  singulièrement  facilité  par  un  mucilage  plus  émoi 
lient  et  plus  glissant  que  l'huile  même.  Des  glandes  fixées  auprès  de  toutes  les  jointures 
sont  chargées  de  séparer  du  s^ng  ce  Uniment  nécessaire;  et  les  canaux  sécrétoires,  conter- 
nus  dans  des  filets  déliés  ,  sont  suspendus  comme  une  frange  dans  la  cavité  de  l'articula- 
tion. On  a  inventé  un  mécanisme  dont  il  résulte  une  infiltration  continuelle  d'huile 
dans  une  boite  qui  contient  un  engrenage.  Cela  ressemble  à  l'invention  qui  fait  filtrer  con- 
tinuellement la  synovie  dans  les  articulations;  mais  il  y  a  cette  différence  essentielle, 
que  la  synovie  se  crée  à  mesure  du  besoin,  pour  faciliter  le  mouvement  des  join- 
tures. 

Nous  ne  réfléchissons  point  assez  combien  il  est  surprenant  que  les  articulations  ne 
s'usent  pas.  Où  est  la  machine  de  construction  humaine  qui  pourrait  soutenir,  dans  ses 
engrenages,  un  mouvement  presque  continuel  de  soixante  années,  sans  rien  perdre  ?  Le 
poli  des  cartilages  qui  frottent  l'un  sur  Tautre,  la  filtration  continuellement  renouvelée  de  la 
synovie,  ne  sufliscnt  pas  pour  expliquer  celte  durée  ;  elle  dépend  essentiellement  de 
l'ammilaiion^  c*est-à-dire,  de  cette  étonnante  pro[)ricté  des  cons^titulions  animales  qui 


5S  INTBODUCTIOli  S4 

(kit  que  les  substances  des  corps,  Quelles  qu'elles  soient,  se  ré|»arent.  se  restaurent  et  se 
renouTellent  sans  cesse. 

IV 

Les  muscles  et  les  tendons  sont  les  instruments  immédiats  des  divers  mouTements  que 
foni  les  animaux.  Je  Tais  indiquer  les  cas  dans  lesquels  la  disposition  de  ces  instruments 
et  leur  application  sont  aussi  mécaniques  que  peuvent  Tètre  la  disposition  et  Tapplication 
des  fils  qui  font  mouToir  une  marionnette. 

Nous  pouTons  d*aliord  obsenrer  un  rapport  inyariable  entre  chacun  de  nos  membres  et 
les  muscles  qui  le  font  mouToir  ;  c'est-à-dire,  que  les  muscles  sont  toujours  disposés  de 
manière  à  ISure  exécuter  à  un  membre  quelconque  les  mouvements  auxquels  ce  membre 
parait  destiné,  et  dont  il  est  capable.  Par  exemple  :  lorsque  Tarticulation  est  de  nature  k 
faire  mouvoir  un  de  nos  membres  par  flexion  et  extension  dans  le  même  plan,  comme 
raTant-4>ras  et  la  jambe,  les  tendons  (ou  les  parties  qui  terminent  chaque  muscle)  sont 
attadiés  aux  os,  de  manière  que  la  contraction  et  le  relâchement  des  muscles  produisent 
ees  mouvements  de  flexion  et  d'extension,  et  aucun  autre.  Si  ces  deux  articulations  du 
genou  et  du  coude  pouvaient  se  prêter  à  un  autre  mouvement,  il  n'y  aurait  point  de 
muscle  pour  le  produire  ;  mais  à  la  hanche  et  h  Tépaule,  où  l'articulation  admet  un  mou 
vement  rotatoire,  les  tendons  sont  attachés  aux  os  de  manière  h  produire  le  mouvemen 
que  rartienlation  permet.  Par  exemple,  le  muscle  nommé  le  grand  oblique,  ou  le  musck 
du  tailleur,  s'attache  à  l'épine  du  dos,  croise  diagonalement  par-dessus  le  fémur  et  le 
mouvement  de  flexion  du  tibia.  Nous  avons  vu  qu'il  existait  une  disposition  particulière 
dans  les  articulations  de  la  tète  et  de  la  main  ;  les  muscles  ont  été  attachés  dans  une 
direction  oblique,  afin  que  la  disposition  pût  avoir  son  eflet.  L'articulation  aurait  été 
inutile  sans  les  muscles  obliques,  les  muscles  obliques  auraient  été  inutiles  sans  cette 
disposition  particulière  de  l'articulation.  On  peut  observer,  par  rapport  à  la  tète,  que  son 
indinaison  et  ses  mouvements  obliques  sont  souvent  le  résultat  de  la  combinaison  des 
mouvements  directs  de  plusieurs  muscles  qui  agissent  ensemble. 

Les  muselés  obliques  attachés  à  la  tète  ont  aussi  pour  fonction  de  la  maintenir  droite 
entre  les  épaules.  La  tète  d'un  petit  enfant  a  besoin  d'être  soutenue  pour  rester  également 
entre  les  épaules  ;  et  la  tète  d'un  homme  mort  tombe  à  droite  et  à  gauche  par  son  propre 
poids.  C'est  donc  par  l'équilibre  de  l'action  des  muscles,  que  la  tète  conserve  sa  position. 
Les  muscles,  dans  ce  cas,  suppléent  à  ce  qui  manque  çn  force  à  l'articulation  de  la  tète  et 
du  cou. 

La  destination  particulière  des  muscles  et  des  os  à  un  certain  but  déterminé  est  encore 
évidente  dans  le  rapport  exact  que  les  anatomistes  ont  remarqué  entre  la  longueur  des 
apophyses  de  la  colonne  vertébrale  et  la  quantité  de  mouvements  que  les  os  voisins  per* 
mettent,  et  que  les  muscles  respectifs  peuvent  produire 

Un  muscle  n'exerce  sa  force  que  par  la  contraction.  Lorsque  sa  contraction  cesse,  il 
revient  dans  son  premier  état,  e'est*à-dire  qu'il  se  relâche  ;  mais  dans  ce  relâchement  il 
n'y  a  aucun  emploi  de  force.  La  nature  de  la  fibre  musculaire  étant  telle,  il  est  évident 
que  nous  ne  pouvons  opérer  des  mouvements  contraires  et  vigoureux  que  par  l'action 
opposée  des  muscles  antagonistes,  c'est-i-dire  des  fléchisseurs  et  des  extenseurs,  qui  se 
correspondent.  Par  exemple  :  deux  grands  muscles,  le  biceps  et  le  brachial  interne,  sont 
placés  sur  la  partie  interne  du  bras  ;  et  leur  contraction  fait  plier  l 'avant-bras  avec  le 
d^;ré  de  force  qui  se  trouve  nécessaire,  et  que  le  sujet  comporte.  Le  relâchement  de  ces 
deux  muscles  laisserait  simplement  retomber  l'avant-bras  sans  force  ;  mais  pour  que  le 
bras,  après  s'être  ployé,  puisse  se  déployer  avec  force  et  donner  ce  que  l'on  appelle  un 
roup  de  rerer»,  d'autres  muscles,  savoir,  le  long  extenseur,  le  brachial  externe  et  Vanco- 
mxtuâ,  ont  été  attachés  au  dehors  du  bras,  pour  pouvoir,  en  se  contractant,  ramenei 

avant-bras  sur  la  même  ligne  que  le  bras,  et  cela  avec  le  même  degré  de  force  précisé 


15  INTRODUCTION.  S» 

ment  que  Ton  en  avait  employé  dans  la  flexion.  Jamais  on  ne  plie  et  étend  un  doigt  que 
par  la  contraction  de  deux  muscles  opposés,  que  Ton  nomme  antagonistes.  Chaque  museie 
a  son  adversaire,  et  les  deux  ensemble  travaillent  comme  des  scieurs  qui  tirent  et  lAehent 
alternativement  pour  que  leur  travail  se  fasse.  Il  est  difficile  de  citer  une  preuve  plus 
évidente  d'un  dessein,  que  cette  position  respective  et  ce  balancement  d'action  des  divers 
muscles  dv  corps  humain.  La  nature  des  muscles  étant  telle,  les  animaux  ne  pouvaient 
exécuter  les  divers  mouvements  dont  ils  ont  besoin  que  par  la  disposition  qui  a  été 
adoptée. 

Or,  cette  disposition  est  faite  de  manière  que  les  formes  etla  symétrie  du  corps  humain 
sont  conservées  dans  les  différents  mouvements  musculaires.  Une  autre  propriété  très- 
remarquahle  dans  l'arrangement  des  muscles,  c'est  qu'ils  ne  se  nuisent  pas  réciproque- 
ment dans  Faction  qu'i4s  exercent.  Je  ne  connais  qu'un  exemple  dans  lequel  l'action  de 
certains  muscles  nuise  à  l'action  d'autres  muscles  ;  nous  ne  pouvons  pas  avaler  en  bAillant. 
Il  n'était  probablement  pas  nécessaire  que  les  deux  choses  pussent  avoir  lieu  à  la  fois  ; 
il  y  aurait  peut-être  eu  de  l'inconvénient  à  ce  que  la  déglutition  pût  se  faire  en  même 
temps  que  le  bâillement  avait  lieu  ;  quoi  qu'il  en  soit,  cet  exemple  prouve  quelle  perte, 
quels  retards,  quel  embarras  il  y  aurait  dans  l'emploi  des  facultés  musculaires,  si  le  cas 
était  plus  fréquent.  Or,  ce  n'était  assurément  pas  une  chose  facile  que  de  placer  les  uns  à 
côté  des  autres,  ou  dans  des  directions  croisées  de  diverses  manières,  quatre  cent  qua- 
rante-six muscles  que  nous  comptons  dans  le  corps  humain.  Ces  muscles  non-seulement 
se  croisent,  mais  s'emboîtent  les  uns  dans  les  autres,  et  se  traversent  même  quelquefois, 
afin  que  chacun  ait  sa  liberté  tout  entière,  et  son  jeu  parfait.  L'ensemble  de  cet  arrange^ 
ment  demandait,  il  faut  l'avouer,  de  Tintelligence  et  de  la  méditation. 

En  certains  cas,  dans  l'arrangement  des  muscles,  leur  volume  aurait  été  embarrassant, 
là  où  leur  action  était  pourtant  nécessaire.  Qu'a  fait  l'ouvrier?  Il  a  placé  le  museie  à  une 
distance  plus  considérable,  et  il  Ta  fait  communiquer  par  des  ûls  déliés  avec  Tendmt  où 
il  fallait  que  son  action  fût  sentie.  Si  les  muscles  qui  mettent  les  doigts  eu  mouvement 
avaient  été  placés  dans  la  paume  ou  sur  le  dos  de  la  main,  celle-ci  aurait  été  d'une  gros- 
seur embarrassante  et  désagréable  ;  la  beauté  et  les  proportions  de  cette  partie  eussent  été 
manquées.  En  conséquence,  ces  muscles  sont  placés  sur  l'avant-bras,  et  jusqu'au-dessus  du 
coude.  Ils  agissent  par  des  tendons  très-longs,  assujettis  au  poignet,  et  passant  sousuii  liga- 
ment jusqu'aux  doigts,  qu'ils  sont  destinés  à  mettre  en  mouvement.  Il  en  est  de  même  des 
muscles  qui  mettent  en  mouvement  les  orteils.  Ils  sont  disposés  d'une  manière  symé- 
trique et  gracieuse,  pour  former  le  gras  de  la  jambe,  au  lieu  de  se  trouver  placés  sur  le 
pied  môme  où  ils  auraient  fait  un  effet  déplaisant,  et  auraient  gêné  la  marche.  J'ai  déjà 
cité  un  exemple  frappant  de  la  manière  judicieuse  dont  le  distributeur  des  muscles  et  de 
leurs  fonctions  les  a  arrangés,  je  veux  dire  l'emplacement  du  muscle  de  la  membrane 
clignotante  des  oiseaux  ;  il  est  placé  au  fond  de  l'œil,  où  il  n*est  point  en  obstacle  à  la 
vision,  tandis  qu'un  tendon  extrêmement  délié  passe  sans  inconvénient  devant  la  cornée 
pour  tirer  le  rideau,  quand  cela  est  nécessaire. 

Il  paratt  que  c'est  une  loi  invariable  dans  le  système  musculaire,  que  la  contraction  du 
muscle  se  fasse  vers  son  centre.  Il  a  donc  fallu  modifier  la  forme  et  la  position  des  mus- 
cles, de  manière  à  produire,  dans  tous  les  cas  donnés,  l'effet  à  obtenir. 

En  conséquence,  la  configuration  et  la  situation  des  muscles  sont  infiniment  variées  ; 
quelquefois  un  muscle  a  plusieurs  tendons  ou  n'en  a  point  du  tout  ;  quelquefois  un  tendon 
appartient  à  plusieurs  muscles  ;  mais  l'unité  du  principe  d'action  est  constamment  la 
même,  et  d'une  simplicité  parfaite.  L'ouvrier  qui  a  disposé  le  système  musculaire  paratt 
avoir  agi  précisément  comme  un  artiste  qui  emploie  à  produire  certains  effets  dont  il  a 
besoin,  les  matériaux  qui  ont  certaines  propriétés  inhérentes  à  leur  nature  ;  il  se  plie  à 
CCS  propriétés  et  règle  son  travail  en  conséquence 

Quel  concours  de  différentes  choses  ne  faut-il  pas  pour  que  nous  soyons  une  heure 
«ntière  en  bonne  santé  1  Quel  concours  plus  grand,  plus  étonnant  encore,  ne  faut-il  point 


f7  LNTRODUCTIO.X. 

pour  qae  toutes  nos  feeuHés  soient  en  rigueur,  et  que  notre  activité  se  déploie  I  Cepen» 
dant  la  très-grande  {rfuralité  des  iridiridus  jouit  de  l'exercice  de  toutes  ses  facultés,  et  le 
dérangement  d*un  seul  muscle,  sur  quatre  cent  quarante-six,  suffit  à  rendre  la  vie  misé- 
rable. L*auteur du  Mt/bf opA«  religieux  dit:  «  J'ai  vu  avec  Tattendrissement  de  la  pitié, 
mais  anssi  arec  un  retour  de  reconnaissance  enrers  le  conservateur  de  la  nature,  Tétat 
d*un  homme  qui  se  portait  bien  h  tous  égards,  mais  qui  avait  une  faiblesse  dans  les  mus- 
cles releveurs  de  la  paupière.  Il  était  obligé,  pendant  tout  le  temps  que  dura  cette  incom- 
modité, d'employer  ses  mains  pour  lever  ses  paupières.  »  Ceux  qui  jouissent  de  tous 
leurs  organes  ne  se  doutent  guère  de  la  complication  des  moyens  continuellement  employés 
pour  maintenir  intact  Texercice  de  leurs  facultés. 

Arrêtons-nous  quelques  moments  à  considérer  la  variété  et  la  miraculeuse  promptitude 
des  divers  mouvements  de  certains  muscles.  Par  exemple,  il  vaut  la  peine  d'observer 
comment  la  langue  exécute  les  divers  mouvements  dont  elle  est  chargée.  Chaque  syllabe 
que  nous  articulons  exige  un  mouvement  particulier  de  la  langue,  des  joues,  des  lèvres  et 
de  la  gorge.  La  disposition  de  la  bouche,  pour  Tarticulation  de  chaque  syllabe  déterminée, 
est  sensible,  même  à  la  vue,  quand  celle-ci  y  a  été  suffisamment  exercée.  On  sait  que  les 
sourds  viennent  à  comprendre  en  voyant  parler.  Pour  la  même  personne,  lorsqu'elle  a 
appris  à  articuler  correctement,  il  n'y  a  qu'une  seule  position  de  la  langue,  et  des  parlies 
dont  elle  est  entourée,  qui  puisse  produire  un  certain  son  dans  le  discours;  avec  quelle 
incompréhensible  promptitude  les  diverses  positions  de  la  langue  et  du  reste  de  la  bouche 
ne  se  succèdent-elles  pas  I  Quelle  variété,  et  pourtant  quelle  sûreté  dans  tous  ces  chan- 
gements si  rapides!  Ce  qu'il  y  a  de  plus  admirable  ce  n'est  pas  la  faculté  initiative,  ou  la 
laculté  d'un  changement  arbitraire  «t  rapide  :  c'est  la  variété  infinie  soumise  à  une  règle 
6ie,  conduisant  à  un  effet  certain,  et  en  rapport  avec  des  objets  pour  lesquels  elle  a  été 
calculée.  L'anatomie  de  la  langue  nous  donne  Tidée  de  l'extrême  actnrité  de  cet  organe. 
Les  muscles  sont  si  nombreux,  tellement  entrelacés,  que  la  dissection  ne  saurait  s'en  faire 
complètement;  et  cependant  le  nombre  et  l'entrelacement  de  ces  muscles  ne  nuit  en 
aucune  manière  à  la  précision  des  diverses  opérations  de  l'organe  :  il  est  même  probable 
que  ce  nombre  et  cette  disposition  compliquée  sont  absolument  nécessaires  à  l'entier  accom- 
plissement des  fonctions  de  la  langue. 

Je  désire  Caire  ici  une  petite  digression  sur  les  autres  facultés  de  la  bouche.  On  a  dit 
cpie  quand  la  nature  essayait  de  remplir  deux  objets  différents  avec  le  même  instrument, 
elle  n'y  réussissait  qu'imparfaitement  pour  chacun  des  deux.  Je  demande  si  cette  asser- 
tion se  trouve  vraie  en  l'appliquant  aux  différentes  fonctions  de  la  bouche.  Cela  est-il  vrai 
de  la  langue,  considérée  comme  Finstrument  de  la  parole,  l'organe  du  goût  et  l'un  des 
principaux  moyens  de  la  déglutition?  Assurément  non  I  car  sur  mille  individus,  il  y  en  a 
peut-être  neuf  cent  quatre-vingt-dix-neuf  chez  lesquels  la  langue  remplit  très-bien  ces 
trois  fonctions  à  la  fois.  La  chaleur  et  l'humidité  constantes  de  la  langue,  la  finesse  de 
sa  peau,  et  les  papilles  nerveuses  dont  sa  surface  est  parsemée  la  rendent  tout  aussi  propre 
à  être  l'instrument  du  goût,  que  la  multitude  inextricable  de  ses  fibres  musculaires  la  ren- 
dent propre  à  l'innombrable  variété  des  mouvements  rapides  que  la  parole  nécessite.  Les 
animaux  qui  sont  destinés  è  paître  Theriicont  la  langue  recouverte  d'une  peau  percée  d'un 
noaiiire  infini  de  trous  déliés,  lesquels  répondent  à  des  hou|>es  nerveuses  qui  transmettent 
la  sensation  de  la  saveur,  mais  qui,  sous  cette  couverture,  sont  à  l'abri  des  accidents  que 
les  pointes  ou  les  barhes  des  graines  ou  de  l'herbe  pourraient  leur  occasionner. 

La  cavité  de  la  bouche  renferme  une  plus  grande  variété  d'instruments  destinés  à  diffé- 
rents objets  qu'aucune  autre  partie  du  corps.  Elle  rcnfei'me  premièrement  les  dpnts,  do 
trois  formes  différentes ,  c'est-à-dire  fK)ur  couper,  pour  casser  et  pour  triturer  ou  mou- 
dre ;  des  muscles  artislement  disposés  pour  le  njouveraent  composé  de  la  mâchoire  infé- 
rieure, lequel  est  à  demi  vertical  et  à  demi  latéral,  afin  que  la  trituration  des  aliments 
sous  les  dents  molaires  suit  plus  complète;  des  jets  de  salives  destinés  à  se  mêler  aux 
aliments  {tendant  que  la  mastication  a  lieu;  des  glandes  qui  fournissent  continuellement  % 


59  INTRODUCTION.  60 

ces  jets  ;  une  contraction  musculaire  d'un  genre  tout  à  liiit  particulier»  laquelle  a  lieu 
dans  rarrière-bouche»  pour  guider  vers  l'estomac  les  aliments  broyés,  contraction  qui  sa 
propage  dans  le  gosier  et  le  conduit  de  roBSophage,  et  force,  s'il  le  faut,  les  aliments  à  re- 
monter,  ainsi  que  nous  l'observons  dans  un  animal  qui  broute  l'berbe. 

La  bouche  renferme  en  second  lieu  un  appareil  absolument  distinct  de  tout  ce  quejo 
Viens  de  dire,  et  dont  le  jeu  va  continuellement,  sans  se  laisser  déranger  par  l'action  si- 
multanée de  la  mastication  ;  cet  appareil  est  celui  de  la  respiration  et  de  la  parole.  La 
bouche  sert  d'entrée  à  un  conduit  du  larynx,  qui  est  principalement  destiné  à  faire  passer 
l'air  dans  le  poumon.  Le  larynx  est  garni  de  certains  muscles  qui  doivent  produire,  avec 
le  concours  de  l'air  et  l'action  de  la  langue,  des  sons  modulés  à  l'infini,  et  avec  une  pré- 
cision et  des  nuances  dont  aucun  instrument  de  musique  n'est  susceptible. 

Ce  qui  me  semble  caractériser  spécialement  la  bouche  de  l'homme  comme  un  chef* 
d*œuvre  parmi  les  machines,  c'est  que  la  yartie  mécanique  y  est  maintenue  tout  à  fait 
distincte  de  la  partie  pneumatique  ;  nous  respirons  et  nous  parlons  tout  en  mangeant. 
Ces  deux  merveilleux  appareils, [associés  sans  confusion,  occupent  peu  d'espace;  leurs  fonc* 
tions  cheminent  sans  aucun  embarras,  et  ce  magasin  de  tant  de  parties  diverses,  de  tant 
d'or^anesimportants,  n'est  qu'une  simple  cavité. 

L'action  de  sucer  ne  peut  pas  avoir  lieu  en  même  temps  que  la  respiration,  par  la  bou* 
che  seule.  L'enfant  nouveau-né  n'aurait  pas  pu  teter  et  respirer  tout  à  la  fois  si  l'inventeur 
des  organes  n'eût  pourvu  à  un  autre  conduit  pour  l'air.  Le  nez  était  indispensable,  lors 
même  qu'il  n'aurait  point  été  destiné  à  être  le  siège  de  l'odorat.  L'inventeur  a  employé  à 
des  fonctions  utiles  un  organe  qui  d'ailleurs  se  trouvait  nécessaire. 

le  reviens  à  l'objet  qui  doit  principalement  nous  oc(*upef  dans  ce  cliajntrc,  savoir  :  la 
précision  et  la  célérité  des  mouvements  musculaires.  Observons  ce  phénomène  chez  un 
homme  qui  joue  des  passages  difficiles  sur  le  violon.  L'obéissance  instantanée  de  ce  nom- 
bre de  muscles  qui  concourent  avec  une  précision  rigoureuse  do  temps  et  d'action  h  la  for- 
mation des  sons  variés  à  l'inQni  semble  tenir  du  prodige. 

Faites  une  observation  qui  est  encore  mieux  h  votre  [K>rtée  :  contemplez  les  mouve- 
ments de  votre  main  pendant.que  vous  écrivez.  Arrôtez-vous  &  considérer  le  nombre  des 
muscles  qui  concourent  au  résultat  tracé  sur  le  papier.  Cinq  cents  traits  sont  façonnés 
dans  une  minute,  et  cependant  il  n'y  a  pas  une  lettre  qui  n'exige  deux  ou  trois  contrac- 
tions distinctes  de  certains  tendons  déterminés,  lesquelles  contractions  doivent  être  d'une 
justesse  minutieuse,  afin  que  le  bout  de  la  plume,  où  le  mouvement  se  trouve  multiplié, 
ne  parcoure  que  précisément  l'espace  qu'il  faut.  La  preuve  de  cette  obéissance  prompte 
et  exacte  se  trouve  dans  la  parfaite  ressemblance  des  caractères  tracés  par  la  même  main.. 
Home  a  observé  que  les  fonctions  les  plus  délicates  et  les  plus  importantes  dans  le  corps 
humain  étaient  remplies  par  des  muscles  d'une  petitesse  microscopique.  Ainsi,  les  mus- 
cles du  tympan,  et  ceux  qui  servent  à  contracter  la  pupille,  sont  si  déliés  qu'on  ne  peut 
les  découvrir  qu'à  la  loupe  ;  et  cependant  l'exercice  de  deux  de  nos  Acuités  les  plus  pré- 
cieuses dépend  de  leur  jeu  et  de  leur  conservation. 

'  Il  est  K  remarquer  que  les  muscles  agissent  sur  les  articulations  avec  désavantage  sous 
les  rapports  mécaniques  ;  c'est-à-dire  qu'ils  sont  souvent  attachés  si  près  de  l'articulation 
qu'il  en  résulte  que  la  force  musculaire  a  à  vaiQcre  une  résistance  très-considérable,  occa- 
sionnée par  la  longueur  du  levier  contre  lequel  elle  agit.  Si  le  Créateur,  en  fiibriquant  le 
cor.ps  humain,  s'était  proposé  de  nous  faire  mouvoir  lentement  un  poids  considérable 
dans  un  petit  espace,  il  eut  dû,  pour  accomplir  cet  objet,  faire  un  autre  emploi  des  le- 
viers, et  une  autre  disposition  des  muscles;  mais  leur  disposition  et  l'emploi  des  leviers 
tels  qu'ils  existent  étaient  également  convenables  pour  accomplir  le  but  des  mouvements 
que  nous  sommes  appelés  à  ûiire.  N'est-il  pas  bien  plus  nécessaire  que  nous  puissions 
porter  la  main  vivement  à  notre  tôle,  qu'il  ne  nous  est  utile  de  pouvoir  soulever  lentement 
un  poids  de  plusieurs  quintaux?  L'usage  de  celle  force  extraordinaire-ei  d'un  emploi  très- 
lent  peut  être  applicable  de  temps  en  temps  ;  mais  nous  avons  un  besoin  continuel  des 


61  IMIRODUCTIOX  62 

moaTements  prompts.  C*est  ainsi  qu'un  ouvrier  lait  plus  de  travail  avec  un  fléau,  ou  une 
tànXf  instruments  dans  lesquels  la  vitesse  se  trouve  multipliée,  qu'il  ne  pourrait  en  fiûre 
avec  des  instruments  dont  la  force  serait  plus  grande,  mais  qui  travailleraient  dans  un 
plus  petit  espace.  La  même  observation  est  applicable  à  la  construction  des  animaux  :  en 
général,  ils  auraient  à  perdre  s'ils  échangeaient  la  vivacité  de  leurs  mouvements  contre 
une  force  plus  grande,  une  structure  plus  lourde,  et  des  mouvements  plus  lents  (6). 

n  est  difficile  de  se  faire  comprendre  des  lecteurs  qui  ne  sont  point  de  l'art,  en  décrivant 
les  mouvements  de  certains  muscles  spécifiques,  surtout  si  l'on  n'a  pas  le  secours  des  figu- 
res^.J'essaierai  cependant  d'expliquer  de  quelte  manière  se  produit  l'action  musculaire 
dont  résulte  le  mouvement  de  la  mâchoire  inférieure.  J'indiquerai  du  moins  comment  agit 
le  muscle  principal.  L'objet  à  remplir  était  d'abord  de  tirer  en  bas  la  mâchoire  inférieure, 
pour  (aire  ouvrir  la  boudie.  L'expédient  qui  se  présente  serait  d'attacher  à  la  poitrine  un 
muscle  qui  répondrait  au  menton,  et  qui,  par  sa  contraction,  ferait  ouvrir  la  bouche.  Mais 
il  est  évident  que  la  liberté  des  mouvements  du  cou  en  aurait  souffert,  et  que  la  conserva- 
tion des  formes  actuelles  ne  i^mportait  pas  un  tel  moyen.  En  conséquence,  un  certain 
muscle  nommé  digastrique  part  d'un  os  de  la  liice,  au-dessus  de  l'articulation  de  la  mâ- 
Jioire.  En  descendant,  ce  muscle  se  convertit  en  un  tendon  arrondi.  La  contraction  d'un 
tel  musde,  s'il  eût  conservé  sa  direction  en  s'attachant  à  la  mâchoire  inférieure,  l'aurait 
tenue  soulevée,  au  lieu  de  la  faire  baisser.  Il  ftllait  donc  changer  la  direction  de  la  force, 
en  faisant  passer  le  tendon  sur  une  poulie  :  c'est  ce  qui  a  été  fût.  Ce  tendon  passe  dans  un 
anneau  de  l'os  hyoïde,  et  vient  s'attacher  au  menton,  en  sorte  que  la  contraction  du  muscle 
lait  ouvrir  la  boudie. 

Rien  ne  saurait  être  plus  véritablement  mécanique  que  l'invention  suivante,  savoir  :  une 
gance  fiûte  au  travers  d'un  tendon  pour  faire  passer  un  autre  tendon  par  cette  gance  ;  c'est 
ce  que  nous  voyons  dans  le  mécanisme  des  doigts  des  pieds  et  des  mains.  Le  long  tendon 
qui  lait  fléchir  la  première  phalange  passe  au  travers  du  court  tendon  qui  fait  fléchir  la 
seconde  phalange.  H  en  résulte  beaucoup  plus  de  liberté  dans  les  mouvements  qu'il  n'au- 
rait pu  y  en  avoir  sans  cela. 

11  y  a  une  circonstance  de  l'arrangement  des  muscles  qui  manifeste  aussi  dairemeut  un 
dessein  qu'il  soit  possible  de  l'imaginer  :  c'est  la  ligature  des  tendons  du  pied  dans  le  bas 
de  la  jambe  ;  le  pied  faisant  un  angle  très-considérable  avec  la  jambe,  il  est  évident  que  des 
lendons  ou  des  cordes  flexibles,  passant  en  dedans  de  cet  angle,  se  seraient  soulevés  à  cha- 
que contraction  des  muscles  dont  ils  sont  le  prolongement.  11  fallait  donc  les  lier  au  bas 
de  la  jambe,  sans  cependant  empêcher  leur  jeu  :  c'est  ce  qui  a  été  fait,  lis  passent  libre- 
ment sous  un  ligament  très-fort  qui  les  retient  assujettis.  La  ressource  de  l'art  humain 
aurait  été  exactement  semblable. 

Je  demande  comment  le  système  de  ceux  qui  prétendent  que  toutes  les  parties  de  l'ani- 
mal se  sont  formées  par  appétence^  c'est-à-dire  par  une  tendance  imperceptible  dont  l'effet 
a  été  prolongé  dans  une  suite  incalculable  de  générations,  je  demande,  disje,  comment  ce 
système  peut  se  oondlier  avec  le  lait  dont  je  viens  de  parler.  Loin  d'y  avoir  appétence  ou 
tendance,  il  y  a  résistance  et  combat  dans  le  cas  du  ligament  qui  assujettit  les  tendons  du 
pied.  La  jn-ession  du  ligament  agit  sur  les  tendons;  et  ceux-ci,  toutes  les  fois  que  le  muscle 
se  contracte,  réagissent  sur  les  fibres  du  ligament.  11  est  impossible  que  le  ligament  ait  pu 
Mre  engendré  par  l'exerdoe  des  tendons,  car  cet  exerdce  a,  au  contraire,  une  tendance 
continuelle  à  en  rompre  les  fibres 


de  ci6lé;  la  seconde  observation,  c*cst  que  rappUcation  da  levier  le  plus'désavantaseai,  quant  à  la  force, 
^iC  indispensable  pour  la  conservation  des  formes  :  par  exemple,  si  le  muscle  qui  s^attache  d*on  côté  k 

avanirbras,  an  lieu  d'èire 
agissant  par  contradioi*, 
.  ,       aurait  cnangé  la  forma 

actecOe  en  une  niasse  uiangulaire  de  chair  et  d*os. 


«5  INTRODUCTION.  C4 

On  a  observé,  d'après  Galien,  qu'il  y  a  dans  chaque  muscle  dii  circonstances  distinctes 
à  «onsidérer,  qui  toutes  sont  nécessaires  à  l'usage  complet  de  chacun  d'eux  :  1*  la  forme 
du  muscle,  laquelle  est  en  raison  de  sa  destination  ;  2''  sa  grosseur,  qui  est  également  pro- 
portionnée ;  3*  son  point  d*appui  ;  k'^  son  point  d^action  ;  5*  le  rapport  des  positions  de  ses 
deux  extrémités  ;  6**  la  position  du  muscle  considéré  dans  son  ensemble  ;  T  sa  direction  ; 
8*  l'insertion  des  nerfs  dans  ce  muscle  ;  9*  l'introduction  et  la  sortie  des  artères  ;  10*  Tintro- 
duction  et  la  sortie  des  veines.  Gomment  des  choses  dont  l'arrangement  est  si  compliqué 
peuvent-elles  être  faites  et  disposées  sans  admettre  de  l'intelligence  dans  l'ouvrier  ? 

Je  me  suis  étonné  quelquefois  de  ce  que  le  mécanisme  des  corps  des  animaux  ne  nous 
frappait  pas,  tandis  que  nous  admirons  beaucoup  les  machines  des  artistes  humains.  Une 
des  raisons  de  cette  différence  est  probablement  que  les  corps  des  animaux  sont  formés 
de  substances  dans  lesquelles  nous  ne  sommes  point  accoutumés  à  chercher  et  à  suivre  un 
mécanisme  quelconque,  au  lieu  que  les  machines  faites  de  main  d'homme  sont  composées 
de  bois,  de  métaux  et  d'autres  substances  dans  lesquelles  nous  sommes  accoutumés  à 
suivre  l'intention  de  l'ouvrier  qui  a  modifié  leurs  formes  pour  obtenir  un  certain  résultat. 
Mais  enfin,  il  est  bien  évident  pour  celui  qui  veut  y  appliquer  son  attention,  que  les  mê- 
mes lois  de  mécanique,  les  mêmes  genres  d'inventions  et  de  moyens,  se  retrouvent  dans 
les  corps  des  animaux  et  dans  les  machines  que  les  hommes  exécutent. 

J  VI. 

La  circulation  du  sang,  et  tous  les  vaisseaux  qui  y  ont  rapport,  dépendent  d'un  système 
et  montrent  une  invention  qui,  l'un  et  l'autre,  sont  peut-être  plus  évidents  pour  nous 
qu'aucune  autre  partie  de  la  constitution  des  corps.  Le  système  lymphatique  et  le  système 
nerveux  peuvent  être  plus  compliqués  :  il  y  a  peut-être  plus  d'art  encore  dans  leurs  détails 
et  leur  ensemble  ;  mais  nous  ne  les  comprenons  pas  aussi  bien. 

Je  suppose  que  l'on  convient  que  la  circulation  du  sang  est  une  chose  utile.  Il  résulte 
évidemment  de  cette  circulation  que  la  nourriture  qui  est  entrée  dans  l'estomac,  une  fois 
élaborée  et  changée  en  san;;,  se  distribue  avec  une  parfaite  égalité  dans  toutes  les  parties 
du  corps.  Le  problème  mécanique  à  résoudre  était  celui-ci  :  faire  en  sorte  de  réparer  con- 
tinuellement les  pertes  que  le  corps  éprouve,  et  faire  arriver  sans  cesse  de  la  substance 
nouvelle  dans  toutes  les  parties  d'une  machine  aussi  compliquée.  Le  système  qui  y  pour- 
voit offre  deux  genres  d'objets  à  considérer  :  1*  les  vaisseaux  qui  servent  de  conduits  au 
sang  ;  2**  la  construction  de  la  machine  qui  chasse  le  sang  dans  ces  conduits,  depuis  le 
centre  jusqu'aux  extrémités. 

La  disposition  des  vaisseaux  sanguins  relativement  aux  besoins  du  corps  peut  être  con- 
sidérée comme  la  disposition  des  canaux  de  conduite  qui  distribuent  l'eau  dans  une 
ville.  Ce  sont  des  canaux  considérables,  qui  communiquent  le  fluide  à  des  conduits  d'un 
moindre  diamètre,  et  ceux-ci  à  des  tubes  plus  petits  encore,  lesquels  se  dirigent  dans  tous 
les  endroits  où  il  est  nécessaire  de  faire  parvenir  l'eau.  Mais  il  fallait  '  pourvoir  au  retour 
du  sang  vers  le  réservoir,  chose  qui  n'est  point  nécessaire  pour  l'eau  qui  fournit  aux  be- 
soins d'une  ville.  Il  y  a  été  pourvu  par  une  disposition  dans  l'assortiment  des  vaisseaux 
tout  opposée  à  celle  dont  je  viens  de  parier  ;  c'est-à-dire  que  des  ramifications  très-déliées, 
qu'on  appelle  des  veines,  se  réunissent  dans  les  extrémités  du  corps  aux  ramifications 
des  vaisseaux  qui  ont  apporté  le  sang,  et  qu'on  appelle  les  artères.  Ces  veines  déliées  se 
réunissent  entre  elles  pour  former  des  tubes  de  plus  en  plus  considérables,  et  enfin  ae 
gros  vaisseaux  par  lesquels  le  sang  revient  au  cœur,  d'où  il  est  parti.  Tout  cela  est ,  je 
pense,  bien  évidemment  du  mécanisme. 

Nos  corps  contiennent  donc  deux  systèmes  de  vaisseaux  sanguins,  celui  des  artères  et 
celui  des  veines.  H  y  a  des  différences  caractéristiques  dans  la  constitution  de  ces  vais- 
seaux, et  ces  différences  répondent  aux  fonctions  que  ces  vaisseaux  ont  à  remplir.  Le  san  j, 
partant  du  cœur  et  cheminant  toujours  d'un  tube  plus  large  dans  des  tubes  plus  étroits. 


es  INTRODUCTION.  «G 

puis  rerenant  des  extrémités  en  passant  de  tnyaux  étroits  en  tujranx  de  pius  en  phis  l«tr- 
gest  doit  exercer  nne  pression  bien  plus  forte  sur  les  parois  des  artères  que  sur  les  parois  des 
Teine^  :  aussi  Yoyons-nous  que  ces  parois  sont  plus  épaisses,  plus  résistantes,  plus  élasti- 
ques que  celles  des  reines  :  Yoilà  la  première  différence.  L'autre  annonce  mieux  encore, 
s*il  est  possible*  la  sollicitude  et  les  soins  de  Touvrier  qui  a  inrenté  et  exécuté  tout  cela. 
Comme  les  artères  portent  le  sang  arec  une  grande  force,  une  piqûre  ou  un  déchirement  y 
est  beaucoup  plus  dangereux  qu'aux  reines,  dans  lesquelles  le  sang  coule  d'une  manière 
uniforme  et  douce.  En  conséquence,  non-seulement  Tenreloppe  de  Tartère  est  pi  113 
épaisse,  mais  ces  vaisseaux  sont  situés  et  disposés  avec  un  soin  tout  particulier  pour  les 
préserver  des  accidents.  Us  rampent  au-dessous  des  veines,  dans  des  sinus  profonds  dé- 
coupés pour  eux  dans  la  substance  des  os.  Ainsi  nous  voyons  que  les  côtes  ont  été  sillon- 
nées uniquement  pour  le  passage  des  artères.  Quelquefois  elles  sont  garanties  de  part  et 
d  autre  par  des  parapets  élevés,  comme  on  le  voit  dans  les  doigts  de  la  main,  où  les  artères 
sont  nicbées  dans  des  rainures  si  profondes  qu'où  peut  se  couper  jusqu'à  Tos  sans  les 
atteindre.  Dans  d'autres  endroits,  les  artères  passent  dans  des  trous  faits  exprès  au  travers 
de  l'os,  pour  éviter  le  danger  de  la  compression  par  une  courbure  très-brûsque  :  nous  en 
avons  un  exemple  dans  la  mAchoire  inférieure. 

On  a  dit  que  le  système  entier  des  artères  pouvait  procéder  du  cœur  comme  la  tige 
et  les  ramifications  d'une  plante  procèdent  de  sa  racine,  et  que  c'était  une  manière  d'ex- 
pliquer la  formation  du  système  artériel.  Si  ce  raisonnement  pouvait  résoudre  le  prohleuic 
de  l'existence  des  artères,  je  demande  comment  il  résoudrait  le  problème  de  la  formation  du 
système  veineux.  SMl  y  avait  quelque  fondement  dans  la  supposition,  les  artères  s'allon- 
geraient ou  croîtraient  indéfiniment,  en  se  subdivisant  toujours;  mais  les  veines, par  quelle 
énergie  du  même  genre  out-«lles  pu  se  former? 

Nous  avons  maintenant  à  examiner  le  mécanisme  du  cœur,  c'est-à-dire  du  grand  réser- 
voir d'où  part  le  sang,  et  où  il  revient.  Quel  que  soit  le  principe  d'action  du  cœur,  il  est 
. certain  que  les  fibres  musculaires  qui  le  composent  ont  la  faculté  de  se  contracter  et  de  se 
reUcber  tour  à  tour,  et  de  produire  ainsi  une  suite  de  mouvements  non  interrompus.  Voilà 
la  force  dont  l'ouvrier  avait  à  disposer;  voyons  l'usage  qu'il  en  a  fait. 

Cn  gros  muscle  creux,  formé  de  fibres  disposées  en  spirale,  et  qui  se  croisent  entre  elles,  . 
contient  des  cavités  dont  les  parois  se  resserrent  et  s'écartent  alternativement.  Dans  la  con- 
traction, le  sang  est  chassé  dans  les  artères  comme  il  le  serait  par  l'action  d'une  seringue  : 
dans  la  relaxation,  le  sang  rapporté  par  les  veines  remplit]  les  cavités  qui  se  rouvrent. 
Voilà»  en  gros,  de  quelle  manière  le  cœur  agit. 

A  chaque  contraction  il  se  fait  un  mouvement  progessif  de  la  masse  du  sang  dans  les 
artères,  qui  équivaut  à  ce  que  contenait  la  cavité  au  moment  de  la  contraction.  Dans  l'honim» 
lait,  cette  quantité  est  d'environ  une  once,  soit  deux  cuillerées  ordinaires. .Voyons  à  com- 
bien cela  revient  par  heure. 

Qiaque  ventricule  contient  an  moins  une  once  de  sang.  Le  cœu.r  se  contracte  quatre 
mille  fois  par  heure.  11  en  résulte  que  quatre  mille  onces,  c'est-à-dire  trois  cent  cinquante 
livres  de  sang,  passent  au  travers  du  cceur  dans  le  cours  d'une  heure.  La  masse  totale  ou 
sang  d'un  homme  adulte  est  d'environ  vingt-cinq  livres,  en  sorte  qu'une  quantité  égale  à  la 
masse  totale  passe  quatorze  fois  par  heure  au  travers  du  cœur,  c'est-à-dire  de  quatre  mi- 
nutes en  quatre  minutes. 

Qu'on  se  représente  ce  que  c'est  que  ce  mouvement  chez  les  très-granas  animaux. 
L'aorte,  ou  le  tronc  principal  des  artères  d'une  baleine,  a  un  pied  de  diamètre;  et  à  chaque 
contraction  du  cœur,  ce  canal  reçoit  tout  à  la  fois  une  masse  de  cinquante  à  soixante  pintes 
ée  sang,  qui  coule  avec  une  vélocité  incalculable.  Il  y  a  assurément  quelque  chose  d*in^ 
posant  dans  un  semblable  appareil. 

Le  cœur  est  le  principfil  agent  de  la  circulation;  mais  un  autre  organe  était  également 
nécessaire  pour  mettre  le  sang,  sinon  cn  contact,  du  moins  cn  proximité  presque  immé- 
diate avec  l'air  atmospliéric|ue,  circonstance  indi$pen<>able  au  maintien  de  !a  vie,  et  dont 


67  INTRODUCTION.  88 

la  raison  chimique  n*a  pas  encore  été  donnée  d'une  manière  pleinement  satisfaisante.  Ce 
que  Ton  peut  présumer  d'après  les  pliénomènes ,  c'est  que  l'air  atmosphérique  est  com- 
posé d'air  pur  et  vital  (  oxygène  ) ,  et  de  gaz  nuisibles  à  la  respiration  (acide  carbonique,  etc.). 
Lorsque  nous  inspirons  l'air  atmosphérique  dans  le  poumon,  et  que  nous  le  mettons 
ainsi  en  une  espèce  de  contact  avec  le  sang,  celui-ci  prend  à  l'air  quelque  chose  qui  lui 
est  nécessaire  (oxygène),  et  lui  rend  quelque  chose  qui  lui  est  superflu  ou  nuisible  (acide 
carbonique }  :  du  moins ,  si  nous  comparons  l'air  qui  a  été  respiré  avec  celui  qui  ne  l'a  pas 
été,  nous  voyons  que  la  partie  impure,  ou  non  respirable,  est  augmentée  dans  l'air  qui  a 
passé  par  le  poumon. 

Il  n'est  d'aucune  importance  p<5ur  l'objet  qui  nous  occupe,  de  décider  si  l'explication  chi- 
mique qu'on  a  donnée  des  effets  de  la  respiration  est  satisfaisante,  ou  si  elle  ne  l'est  pas  • 
il  nous  suffit  de  savoir  que  la  plupart  des  animaux  ne  peuvent  pas  vivre  sans  que  leur 
sang  soit  mis  en  proximité  presque  immédiate  de  l'air.  Cette  nécessité  étant  admise,  voici 
la  disposition  que  l'ouvrier  a  faite  pour  y  pourvoir.  Un  organe  qu'on  nomme  le  jioumon 
contient  des  vaisseaux  ou  conduits  destinés  à  l'air,  et  d'autres  destinés  au  sang. 
Ces  conduits  sont  appliqués  les  uns  contre  les  autres  :  partout  où  il  y  a  un  conduit 
d  air,  il  se  trouve  entre  une  veine  et  une  artère,  et  tous  trois  suivent  la  même  direction. 
Ces  vaisseaux  sont  si  multipliés,  que  toutes  leurs  surfaces  internes,  prises  ensemble  dans 
le  poumon  d'un  homme  fait,  couvriraient  un  espace  de  quinze  pieds  carrés.  II.  s'agit  main- 
tenant de  faire  passer  et  repasser  le  sang  dans  ces  conduits  nombreux  et  déliés  :  voici 
comment  cela  s'opère.  Aussitôt  que  le  sang  a  été  au  cœur  par  les  veines,  et  avant  que 
d'être  chassé  de  nouveau  par  tout  le  corps,  il  est  poussé  par  la  contraction  d'une  des  ca- 
vités, et  par  une  artère  spécialement  destinée  à  cet  office,  jusque  dans  le  poumon,  oii  il 
subit  l'opération  mystérieuse  dont  j'ai  parlé.  Il  revient  de  là  au  cœur  par  une  veine  desti- 
née à  ce  retour,  il  est  alors  chassé  de  nouveau  par  tout  le  corps,  jusqu'aux  extrémités.  Le 
cœur  a  donc  deux  offices  distincts  :  l'un  de  la  circulation  pulmonaire,  et  l'autre  de  la 
circulation  générale. 

Pour  que  les  deux  systèmes  de  circulation  pussent  cheminer  sans  se  nuire,  il  fallait 
quatre  cavités  dans  le  cœur;  l'ouvrier  les  y  a  placées.  Deux  de  ces  cavités  se  nomment  les 
ventricules  :  ce  sont  ceux-ci  qui  chassent  le  sang,  savoir,  J'un  dans  le  poumon,  et  l'autre 
partout  le  corps  ;  les  deux  autres  cavités  se  nomment  les  oreillettes  :  ce  sont  celles-ci  qui 
reçoivent  le  sang,  savoir  :  Tune,  après  que  ce  fluide  a  parcouru  tout  le  corps;  et  l'autre, 
après  qu'il  a  passé  dans  le  poumon.  Les  oreillettes  communiquent  avec  les  ventricules; 
elles  se  contractent  pour  y  faire  passer  le  sang  qu'elles  ont  reçu.  Les  ventricules  se  con- 
tractent,  à  leur  tour,  pour  faire  |iasscr  le  sang  dans  les  artères. 

Je  sens  bien  que  ceux  de  mes  lecteurs  qui  n'ont  point  de  notions  d'anatomie  ne  peuvent 
recevoir  de  la  description  que  je  viens  de  faire  quune  idée  très-imparfaite,  mais  cette 
idée  suffit  pour  prouver  l'invention  qu'il  y  a  dans  la  chose. 

Un  anatomiste  a  dit,  avec  beaucoup  de  raison,  que  la  sagesse  du  Créateur  ne  se  voit 
nulle  part  avec  plus  d'évidence  que  dans  le  cœur.  En  effet,  ce  viscère  exécute  ses  fonc- 
tions avec  une  précision  et  une  sûreté  qu'on  ne  peut  trop  admirer.  Un  observateur,  après 
avoir  bien  saisi  le  mécanisme  du  cœur,  déciderait  assurément  qu'il  doit  cheminer,  mais  il 
craindrait  que  la  complication  de  l'organe  et  la  délicatesse  de  certaines  parties  n'amenas- 
sent bientôt  son  dérangement  ou  sa  destruction.  Et  cependant  cette  étonnante  machine 
peut  conserver  son  mouvement  pendant  un  siècle  entier,  à  raison  de  cent  mille  bnttcmcuts 
par  Vingt-quatre  heures,  ayant  à  chaque  contraction  une  grande  résistance  h  vaincre»  et 
sans  se  déranger  ni  se  lasser  jamais. 

Comment  se  fait-il,  dit  le  lecteur  qui  ne  connaît  de  l'organisation  du  cœur  que  ce  que 
|e  viens  de  lui  xlécrîre,  que,  lorsque  la  contraction  du  ventricule  a  Hou,  le  sang  ne  rétro- 
grade pas  dans  l'oreillette,  au  lieu  de  cheminer  dans  l'artère?  il  y  a  donc  des  soupapes  qui 
s'opposent  h  ce  retour?  —  Précisément.  L'on vrier.a  placé,  partout  où  cela  a  été  nécessaire» 
«les  soupapes  qu'on  nomme  valvules^  lesquelles  s'abaissent  pour  laisser  passer  le  sang,  puis 


$9  INTRODUCTION.  70 

se  rdèTent  pour  empêcher  son  retour.  Les  yentricales  et  les  oreillettes  sont  séparés  par  des 
soupapes  semblables,  n  y  en  a  également  à  la  sortie  des  Yentricules,  ou  à  rentrée  de  Tar- 
tère  pulmonaire  et  de  l'aorte.  Ces  Talrules  sont  d'une  construction  admirable.  Qu'on  se 
représente  des  cornets  formés  d'une  membrane  déliée,  fixée  d*un  cAté  et  libre  de  Tautrc  : 
quand  le  sang  passe  dans  un  sens,  ces  cornets  s'appliquent  exactement  contre  les  parois 
du  Taisseau,  sans  en  diminuer  le  calibre  d'une  manière  appréciable.  Lorsque  le  sang  tend 
à  revenir  dans  l'autre  sens,  la  partie  libre  de  la  yalTule  se  rclëTe,  d'autres  tsItuIcs  placées 
sur  les  parois  opposées  du  yaisseau  se  rdèTent  en  même  temps  :  toutes  sont  bridées  p^ir 
des  fils  d'une  longueur  déterminée,  lesquels  permettent  à  la  Talvule  de  s  ouTrir  au  juste 
point  oà  il  le  faut  pour  que  toutes  ensemble  ferment  complètement  Je  passage.  Niera-t-on 
l'inTention  ik-dedans?  Il  faudrait  fermer  les  yeux  à  l'évidence  même. 

Le  jeu  de  ces  valTules  n'est  pas  moins  curieux  que  leur  office  n'est  important  :  la  vie 
même  de  l'animal  dépend  de  la  îuste  longueur  des  fibres  qui  règlent  l'ouTerture  de  ces 
soupapes.  Ici  nous  pouvons  répéter  l'observation  que  nous  avons  faite,  concernant  de  cer- 
tains ligaments  ;  c'est-à-dire  que  les  valvules  n'ont  pas  pu  se  former  par  l'influence  pro- 
gressive du  jeu  des  parties  voisines.  L'action  continuelle  que  le  sang  exerce  pour  les  sou- 
lever tend  à  les  détruire  plutôt  qu'à  les  former.  Or,  comme  ces  soupapes  sont  évidemment 
utiles  et  même  indispensables  pour  le  mouvement  de  la  circulation,  elles  ne  peuvent  qu'ê- 
tre l'ouvrage  d'un  Créateur  intelligent. 

11  se  présente  naturellement  une  réflexion  relative  aux  importantes  fonctions  desquelles 
dépend  la  conservation  de  la  vie,  c'est  que,  grâce  à  la  sagesse  du  Créateur,  ces  fonctions 
sont  involontaires.  S'il  eût  fallu  l'intervention  de  la  volonté,  ou  quelque  attention ,  quelque 
soin  de  notre  part  pour  en  soutenir  l'exercice,  nous  aurions  à  peine  sufli  à  maintenir  le 
eœnr  en  mouvement  et  l'estomac  dans  ses  fonctions.  Nous  eussions  été  continuellement 
en  souci  et  en  alarmes  ;  et  cette  constitution  eût  nécessairement  exclu  le  sommeil. 

Cn  organe  d'une  importance  aussi  sérieuse  pour  les  fonctions  vitales  que  l'est  le  coeur 
demandait  d*être  préservé  des  accidents  extérieurs  avec  un  soin  tout  particulier.  En  con- 
séquence le  cœur  a  été  placé  dans  un  étui  ou  cavité  membraneuse  qui  le  protège,  sans 
gènei  ses  mouvements,  et  qui  entretient  autour  de  lui  une  certaine  quantité  d'un  liquide 
destiné  à  lubréfier  la  paroi  externe  du  coeur.  Je  demande  comment  la  formation  de  cette 
envekqype  protectrice  pourrait  dépendre  de  l'action  mécanique  et  prolongée  du  coecr  lui- 
même. 

Un  des  principaux  objets  d'utilité  de  la  circulation  du  sang  est  la  nutrition,  c'est-à-dire 
l'entretien  et  le  renouvellement  de  toutes  les  parties  du  corps.  Nous  ne  pouvons  pas  percer 
notre  peau  avec  une  pointe  d'aiguille,  dans  quelque  endroit  du  corps  que  ce  soit,  sans 
faire  couler  du  sang.  Ce  fût  seul  peut  nous  donner  l'idée  de  la  multitude  de  vaisseaux  ou 
ramifications  déliées  dont  notre  peau  est  garnie.  Bans  l'intérieur  du  corps,  la  diffusion  des 
vaisseaux  sanguins  n'est  pas  moins  grande.  Ils  tapissent  les  membranes  comme  un  réseau; 
ils  pénètrent  dans  la  substance  des  muscles  et  dans  les  os  eux-mêmes.  Chaque  dent  d'un 
animal  reçoit  par  une  artère  le  sang  dont  elle  a  besoin  pour  se  nourrir,  et  rejette  par  ina 
veine  la  partie  de  ce  sang  qui  ne  lui  est  pas  nécessaire. 

Mais  avant  d'être  convertis  en  sang,  les  aliments  doivent  subir  certaines  préparatic  m 
auxquelles  un  autre  appareil  de  vaisseaux  est  exclusivement  destiné.  Cet  appareU  est  eus- 
eeptible  d'être  démontré  dans  la  dissection  du  cadavre,  et  nous  pouvons  y  suivre  sa 
marche. 

Les  aliments  descendent  dans  les  intestins,  en  subissant  deux  préparations  importantes  : 
la  première ,  la  mastication ,  pendant  laquelle  ils  se  pénètrent  de  salive  ;  la  seconde,  la 
digestion  dans  l'estomac.  Je  ne  dis  rien  encore  de  cette  dernière  opération  qui  fait  une 
métamorphose,  parce  qu'elle  tient  à  la  chimie,  et  que  je  ne  considère  ici  que  la  partie  mé* 
canique  des  fonctions  vitales. 

La  figure  et  la  position  de  notre  estomac  sont  calculées  de  manière  à  retenir  les  aliments 
assez  longtemps  pour  que  l'action  des  sucs  digestifs  soit  suflisante.  Il  a  la  fi^re  du  sao 
d'uue  cornemuse,  et  est  placéde  manière  que  le  pylore»  ou  la  sortie  du  sac>est  un  peu  plut 


71  INTRODUCTIO.  7S 

élevé  que  Tcesophage,  ou  rentrée  de  l'estomac.  En  sorte  que  ce  n  est  que  par  la  contrac- 
tion de  Tenyeloppe  musculaire  de  ce  sac,  que  les  aliments  en  ressortent,  après  avoir  subi 

l'action  du  suc  gastrique. 

Par  la  mème»raison  que  je  ne  m'arrête  point  à  examiner  quelle  est  cette  action  du  suc 
gastrique,  je  passe  sous  silence  les  effets  opérés  par  la  bile  sur  les  aliments.  J'observerai 
seulement  qu'uu  conduit  a  été  placé  pour  transporter  la  bile,  depuis  les  organes  qui  la  ré- 
parent du  sang  jusqu'en  dedans  de  l'intestin,  qui  est  le  prolongement  de  l'estomac;  que 
dans  cet  endroit-là  la  bile  se  mêle  peu  à  peu  aux  aliments  à  mesure  qu'ils  passent  ;  et  je 
ferai  remarquer  que  ce  fluide,  si  nécessaire  à  la  digestion  complète,  tant  qu'il  reste  dans 
rintestin,  occasionne  des  dérangements  graves  lorsqu'il  reflue  dans  l'estomac. 

Les  aliments,  parvenus  dans  le  premier  intestin,  se  trouvent  convertis  en  une  pulpe 
blanchâtre  et  homogène,  suffisamment  liquide  pour  que  sa  partie  essentielle  puisse  être 
soutirée  par  d'autres  vaisseaux,  qu'on  nomme  lactés  ou  chylifères,  parce  qu'ils  sont  des- 
tinés à  transporter  le  chyle,  qui  est  une  espèce  de  lait.  Ces  vaisseaux  aboutissent  par  milliers 
aux  parois  du  odual  des  intestins.  Ils  sont  si  déliés  qu'on  les  nomme  aussi  tuyaux  capil- 
laires, c'est-à-dire  du  diamètre  d'un  cheveu,  et  que  la  vue  ne  peut  les  distinguer  que  lors- 
qu'ils  sont  pleins  de  chyle.  Toutes  les  petites  branches  de  ces  conduits  se  réunissent 
successivement  pour  en  former  de  plus  grosses,  lesquelles  se  terminent  par  des  glan- 
des. Le  chyle,  après  avoir  subi  dans  ces  glandes  un  travail  mystérieux,  en  ressort  par 
d'autres  vaisseaux  d'un  diamètre  plus  grand,  lesquels  se  réunissent  tous  dans  un 
réservoir,  qui  peut  contenir  à  peu  près  deux  cuillerées  de  ce  liquide  élaboré.  De  ce 
réservoir,  le  chyle  remonte  le  long  de  la  colonne  dorsale,  par  un  canal  qu'on  nomme 
thoracique,  jusqu'à  ce  qu'il  arrive  à  la  veine  sous-clavière  gauche,  dans  laquelle  il  se  verse 
peu  à  peu.  Il  se  trouve  alors  mêlé  au  sang  veineux,  et  chemine  avec  lui  vers  le  cœur. 
Toute  cette  route  peut  être  suivie  à  l'œil.  La  marche  du  chyle  n'a  rien  de  caché  pour  l'ob- 
servateur attentif. 

L'ensemble  de  cet  appareil  a  évidemment  un  but  utile  et  très-bien  rempli  ;  mais  cer- 
taines circontances  en  sont  remarquables,  et  font  admirer  de  plus  en  plus  la  sagesse  de 
l'inventeur.  Ainsi,  par  exemple,  il  fallait  donner  du  temps  et  de  l'espace,  multiplier  les  sur* 
faces  pour  que  le  chyle,  qui  n*aurait  pas  pu  être  absorbé  par  les  premiers  vaisseaux,  pût 
l'être  par  les  vaisseaux  suivants  :  en  conséquence,  le  canal  intestinal  a,  chez  l'homme,  en« 
viron  six  fois  la  longueur  de  Tindividu.  Une  autre  circonstance  remarquable,  c'est  que 
les  intestins  ont  un  mouvement  continuel,  qu'on  a  nommé  péristaltique,  ou  vermiculaire, 
parce  qu*il  ressemble  aux  contractions  successives  qui  parcourent  la  surface  d'un  ver  de 
terre  lorsqu'il  chemine.  Ces  contractions  ou  ondulations,  qui  dépendent  de  l'action  d'un 
grand  nombre  de  fibres  demi-circulaires,  ont  pour  objet  de  forcer  les  aliments  en  avant» 
afin  que  toutes  leurs  parties  nutritives  arrivent  successivement  en  contact  avec  les  bouches 
des  vaisseaux  lactés. 

Observons  encore  qu'il  importait  que  les  orifices  de  ces  vaisseaux  lactés  fussent  d'un 
très-petit  diamètre,  afin  qu'aucune  partie  grossière  des  aliments  ne  pût  y  pénétrer,  parce 
quedans  cette  supposition,  il  aurait  pu  en  résulter  des  obstructions  dans  ces  conduits  déliés. 
Mais,  puisque  ces  vaisseaux  devaient  être  si  resserrés,  il  fallait  qu'ils  fussent  prodigieuse- 
ment nombreux  pour  suffire  au  passage  de  la  totalité  du  chyle  nécessaire  à  la  réparation 
du  sang,  c'est-à-dire,  à  une  quantité  qui  va  jusqu'à  trois  pintes  par  jour,  dans  un  sujet 
bien  portant  et  bien  nourri.  Le  nombre  de  ces  vaisseaux  excède  tout  calcul,  et  leurs  ori- 
fices sont  si  petits,  qu'ils  échappent  à  l'œil  armé  du  microscope. 

Le  canal  thoracique,  ou  conduit  du  chyle  depuis  le  réservoir  jusqu'au  sang,  est  dans  une 
position  verticale.  Le  chyle  ayant  donc  à  vaincre  U  gravitation,  ce  canal  a  été  garni  de 
valvules  dont  l'ouverture  est  en  haut  et  qui  empêcheqt  le  retour  du  chyle  à  mesure  qu'il 
a  passé  (7). 

L'endroit  où  le  chyle  entre  dans  le  sang,  c'est-à-dire  vers  le  cou,  semble  singulièrement 

(7)  L*ouvricr  inteUigent  et  sage  a  placé  le  canal  thoracique  à  cété  d^une  des  principales  artères  du  corps 
humain,  alh)  que  le  battement  energ  que  de  cette  artère  servit  à  faire  monter  le  chyle  dans  ce  canal,  qui 
est  étroiteiueiii  emprisonné,  et  n'a  pas  de  mouvement  propre  qui  lui  soit  sensible. 


1 


^  rnnoMJcno!!.  74 

rhuisi;  mais  c'était  Tendroit  le  plos  faTorable  pour  que  ce  fluide  arrivât  promptement  au 
cœar.  La  reine  sous-clayière  est  considérable,  et  par  conséquent  le  mélange  du  chyle  au 
sang  7  lait  moins  de  sensation  :  mais  surtout  le  chemin  que  cette  liqueur  nouTeUe  a  à 
parooQiir,  ayant  de  reccToir  dans  le  poumon  la  préparation  qui  en  fait  un  Téritabie  sang, 
est  un  chemin  très-court.  Sans  doute  il  j  aurait  eu  de  rincouTénient  à  ce  que  cette  li- 
queur, encore  crue  et  imparfaite,  circulât  dans  un  grand  espace  avec  la  masse  du  sang.  Qui 
est-ce  qui  aurait  imaginé  qu'il  existât  ainsi  une  communication  directe  entre  les  intestins 
et  une  yeine  du  col ,  pour  le  transport  du  fluide  qui  nourrit  toutes  les  parties  du  corps  ? 

le  n  ai  rien  dit  de  la  digestion,  parce  que  je  craignais  que  le  détail  de  ce  procédé  ne 
nous  fit  perdre  de  Tue  la  marche  des  aliments,  depuis  la  bouche  jusqu'à  leur  entrée  dans  le 
sang.  J'en  riens  à  cette  opération  importante. 

Le  suc  gastrique  est  ici  l'agent  immédiat  et  princii^al.  Cest  un  dissolvant  très-actif,  et 
distinct,  par  sà  nature,  de  la  salive  et  de  la  bile.  La  digestion  qu'il  opère  n'est  point  une 
pntrétaction  :  au  contraire,  le  suc  gastrique  résiste  puissamment  à  la  tendance  putride,  et 
restaure  même  les  substances  déjà  en  putréfaction. 

La  digestion  n'est  point  un  prof*édé  de  fermentation  :  elle  commence  à  la  surbce  des 
substances,  et  se  propage  vers  le  centre  :  au  Heu  que  la  fermentation  commence  vers  lu 
centre  et  s*étend  vers  les  surfaces.  Le  secours  de  la  chaleur  n'est  point  indispensable  à 
Faction  du  suc  gastrique,  comme  il  l'est  dans  les  digestions  artificielles,  car  le  suc  gastri- 
que tiré  d'un  esturgeon  ou  d'un  cabillaud,  et  parfaitement  froid*  dissout  les  écailles  des 
crabes  et  des  écrevisses  de  mer.  En  un  mot,  la  digestion  animale  est  un  procédé  êui  geHeriêj 
et  en  dehors  de  toutes  les  opérations  chimiques  que  nous  connaissons.  Le  suc  gastrique 
d*on  oiseau  de  proie  n'a  aucune  action  quelconque  sur  le  grain,  pas  même  pour  achever 
de  dissoudre  le  grain  déjà  macéré  dans  le  gésier  d'un  moineau  qu'il  mange.  Chez  les  oi- 
seaux granivores,  le  suc  gastrique  n*attaque  point  le  grain  tant  qu'il  est  entier,  et  que  sa 
pellicule  snlisiste  ;  mais  du  moment  où  le  grain  est  entamé,  l'action  de  ce  suc  est  très-ra- 
pide. Le  broiement  du  gésier  est  donc  une  préparation  indispensable  à  l'eiTet  du  suc  gas- 
trique :  il  faut  la  réunion  des  moyens  mécaniques  et  des  moyens  chimiques. 

Pour  opérer  ce  broiement,  ou  cette  trituration  pré|)aratoire  sur  le  grain,  le  gésier  a  été 
armé  des  muscles  les  plus  forts,  et  doublé  de  cartilages  solides.  Le  suc  gastrique  se  forme 
daos  cette  poche,  et  suinte  de  là  dans  l'estomac  pour  y  achever  la  digestion. 

Chez  les  moutons,  le  fluide  gastrique  n'a  aucune  action  digestive  sur  les  plantes,  à  moins 
qu^elles  n'aient  été  préalablement  mâchées.  Mais  lorsque  les  plantes  ont  subi  la  mastica- 
tion, le  suc  gastrique  de  ces  animaux  les  attaque  avec  tant  de  force  qu'il  en  décompose 
très-promptemeat  les  nervures,  et  même  les  plus  dures. 

Le  suc  gastrique  du  mouton  et  du  bœuf  ne  fait  aucune  impression  quelconque  sur  les 
viandes.  Hnnter  a  découvert  une  singulière  propriété  du  suc  gastrique  des  animaux  carni- 
vores, c'est  de  demeurer  sans  action  sur  les  substances  animales  vivantes,  tandis  qa'ii  dé- 
compose promptement  la  chair  des  animaux  morts.  La  fibre  vivante  n'a  point  à  en  souf- 
frir. Des  vers  y  subsistent  pendant  des  années,  et  les  parois  internes  de  l'estomac  n'en 
sont  point  attaquées  tant  que  l'animal  vit;  dans  le  cas  de  mort  soudaine',  pendant  que 
l'estomac  était  vide,  le  suc  gastrique  a  quelquefois  corrodé  les  parois  de  l'estomac  jusqu'à 
les  percer  d'outre  en  outre. 

La  vésicule  du  fiel  est  une  invention  très-remarquable.  Ce  n'est  point  un  canal,  mais  un 
réservoir  placé  à  portée  du  canal  qui  porte  la  bile  depuis  le  foie  jusqu'à  l'intestin,  lequel 
canal  se  nomme  le  canal  hépatique.  La  vésicule  du  fiel  communique  avec  ce  canal,  par  un 
antre ,  nommé  le  conduit  cystique  ;  au  moyen  de  quoi  le  réservoir  peut  fournir  au  besoin 
ane  augmentation  de  bile  dans  le  duodénum.  La  positicm  de  la  vésicule  du  fiel  parait  cal- 
culée avec  soin  et  prévoyance  pour  cet  office.  EUe  touche  à  la  paroi  externe  de  l'estomac. 
Lorsque  ce  viscère  est  distendu  par  une  surchai^e  d'aliments ,  la  vésicule  se  trouve  com- 
prianée.  H  en  sort  alors  une  plus  grande  quantité  de  bile,  pour  répondre  à  la  quantité  ex- 
traordinaire d'4diments  sur  laquelle  la  bile  a  à  travailler. 
n  est  bien  probable  que  la  vésicule  dn  fiel  a  d'antres  avantages,  et  une  autre  destination 

I>ICT10!V5.   D'A?(TBa0P0L06IC.  3 


7Î5  INTRODUCTION.  7€ 

(i;jo  celle  que  je  viens  de  reinanjiier.  11  esl  vraisemblable  que  le  séjour  que  fait  la  bile 
tinns  ce  réservoir  modifie  la  nature  et  les  qualités  de  ce  fluide. 

L'insertion  du  conduit  de  la  bile  dans  l'intestin  offre  à  l'observateur  une  invention  des- 
tinée à  empêcher  le  retour  du  fluide.  Ce  n'est  pas  une  valvule  ou  soupape  qui  s'oppose  au 
•reflux;  mais  le  conduit,  après  avoir  percé  obliquement  la  paroi  externe  du  duodénum, che- 
mine l'espace  d'un  pouce  entre  les  deux  tuniques  de  l'intestin,  avant  de  percer  la  seconde. 
Nous  retrouvons  la  môme  invention  dans  l'insertion  des  uretères  près  du  col  de  la  vessie. 
Ils  clieminent  également  l'espace  d'un  pouce  entre  les  tuniques  de  cette  cavité,  avant  de 
.percer  la  paroi  intérieure.  Le  but  de  cette  invention  est  évidemment ,  dans  les  deux  cas, 
dV.mpôchor  le  retour  du  fluide  :  la  même  force  qui  tendrait  à  faire  refluer  celui-ci  tend 
également  h  appliquer  la  tunique  interne  sur  la  tunique  externe,  et  à  fermer  par  consé- 
quent le  passage  en  comprimant  le  tube. 

Parmi  les  vaisseaux  du  corps  humain,  il  en  est  un  très-remarquable  par  sa  disposition, 
c'est  celui  qui  conduit  la  salive  depuis  l'endroit  où  elle  est  principalement  fabriquée  jus- 
qu'à l'endroit  où  sa  présence  est  nécessaire.  Les  glandes  parotides,  situées  entre  l'oreille 
et  l'angle  de  la  mâchoire  inférieure,  filtrent  la  salive,  ou  la  séparent  du  sang.  Un  canal,  de 
trois  travers  de  doigt  de  long,  et  de  la  grosseur  d  une  paille ,  est  situé  en  dehors  de  la 
joue,  puis  traverse  dans  toute  son  épaisseur  un  gros  muscle,  pour  pénétrer  dans  la  bouche, 
et  y  lancer  la  salive,  dont  la  sécrétion,  le  cours  et  le  jet  sont  provoqués  par  la  mastica- 

« 

tion. 

Il  y  a,  dans  notre  structure,  un  autre  conduit  extrêmement  curieux,  mais  dont  le  méca- 
nisme est  différent  de  ceux  dont  j'ai  parlé,  parce  qu'il  n'est  pas  destiné  à  contenir  un  li- 
quide», je  veux  parler  du  larynx  et  ae  a  trachée-artère. 

Nous  savons  tous  que  nous  avons  dans  le  cou  deux  conduits  différents  :  l'un  qui  mène  h 
l'cslornac,  et  l'autre  aux  poumons  :  le  premier  est  le  canal  des  aliments;  le  second  sert  au 
passage  de  l'air,  pour  la  respiration  et  la  voix. 

Nous  savons  tous  aussi  que  ces  deux  conduits  viennent  aboutir  dans  l'arrière-bouche.  Il 
s'agissait  d'empêcher,  que  les  aliments,  surtout  les  liquides,  n'entrassent  dans  le  conduit 
qui  mène  à  la  poitrine  :  voici  comment  l'ouvrier  y.  a  pourvu.  Le  passage  des  aliments  s'ou- 
vre dans  l'arrière-bouche  sous  la  forme  d'un  entonnoir  ;  à  l'entrée  même  du  canal,  est  une 
fente  qui  communique  au  larynx.  Cette  fissure  esl  recouverte  d'un  cartilage  mobile,  ou 
d'une  petitfc  langue,  qu'on  nomme  l'épiglolte,  et  qui  ferme  exactement  l'ouverture,  lorsque 
les  aliments  solides  ou  liquides  passent  par-dessus  pour  descendre  dans  l'œsophage.  Le 
poids  des  aliments  et  l'action  des  muscles  qui  opèrent  la  déglutition  concourent  à  mainte- 
nir cette  langue  appliquée  sur  l'orifice,  tant  que  les  aliments  passent.  A  l'instant  oii  ils 
cessent  de  passer,  le  ressort  de  ce  petit  cartilage  le  fait  relever  un  peu,  afin  que  l'air  ait 
un  libre  accès  dans  le  poumon.  Lorsqu'on  réfléchit  à  la  fréquence  de  la  déglutition  et  h  la 
continuité  de  la  respiration,  l'on  s'étonne  que  ces  deux  fonctions  se  nuisent  si  rarement.  Il 
semble  que  l'accident  d'avaler  de  travers  devrait  être  beaucoup  plus  fréquent  qu'il  ne  l'est, 
puisque  la  moindre  particule  de  matière  solide  ou  liquide  qui  pénètre  dans  le  larynx  occa- 
sionne une  toux  incommode,  et  que  cependant  l'ouverture  du  larynx  s'ouvre  nécessaire- 
ment pour  respirer,  entre  chaque  eflbrt  que  nous  faisons  pour  -avaler. 

•On  -ne  prétendra  pas  que  l'action  des  parties  voisines  ait  pu  former  graduellement  Tépî- 
f^lotle  dans  une  suite  de  générations  ;  car  l'espèce  ne  pouvait  pas  attendre  la  formation  d'un 
organe  dont  la  perfection  est  indispensable  h  la  vie  du  premier  individu. 

Le  conduit  do  l'air  jusque  dans  le  poumon  a  une  structure  très-particulière  :  il  est  com- 
posé d'une  suite  d'anneaux  cartilagineux  qui,  par  leur  nature  ,  maintiennent  le  passage 
constamment  ouvert.  La  construction  des  autres  vaisseaux  du  corps  humain  ne  pouvait 
pas  être  appliiiible  ici  :  des  parois  moites  et  flasques  auraient  mis  le  conduit  en  danger  do 
se  former  par  la  compression  des  corps  extérieurs,  ou  par  celle  des  aliments  descendant 
jmr  l'œsophage  ;  cependant,  comme  ces  aliments,  pour  descendre  le  long  du  gosier,  ne  de- 
vaient pas  ôtr»^  gênis  par  le  voisinage  d'un  conduit  cartilagineux  inflexible,  le  sage  inven- 
teur de  cet  appareil  a  fait  en  sorte  que  le  c6lé  de  la  trachée-artère  qui  touche  au  gosier 
oùt  céder,  au  besoin,  à  la  pression  des  aliments  :  les  cartilages  ne  font  pas  le  cercle 


n  iimiODucTio^.  t$ 

enlier;  ils  sont  réunis  par  une  membrane  flexible,  dans  toute  la  longueur  du  cuuJuit. 

La  tracbée-artère,  réunie  au  larjnr,  forme  un  instrument  de  musique,  c^es^à-dire  une 
pièce  de  mécanique  appropriée  à  la  modulation  des  sons.  On  réussit  à  imiter  le  cri  des  ani- 
maux en  soufflant  dans  la  tracbée-artère  enlevée  è  l'animal  mort«  et  en  resserrant  ou  re-^ 
lâchant  le  larynx.  Les  oiseaux,  dit  Bonnet,  ont  une  anche  semblable  à  celle  d*un  hautbois, 
et  qui  se  trouve  placée  à  l'extrémité  inférieure  de  la  trachée -artère,  pour  la  génération  du 
son  que  la  trachée-artère  et  le  larjnx  doivent  modifier. 

I  ai  dit  que  l'action  des  poumons  sur  le  sang  était  d'une  nature  mystérieuse,  mais  leur 
action,  relativement  à  la  formation  des  sons,  est  précisément  celle*  du  soufilet  dans  la  forma» 
tion  des  sons  d'un  oi^e. 

Si  j'ai  considéré  séparément  la  charpente,  les  muscles  et  le  système  vasculaire  des  corps 
vivants,  c'est  pour  traiter  la  matière  avec  plus  de  méthode  ;  mais  le  lecteur  doit  sentir  que 
c'est  aflaiblir  rarement  de  l'intention  et  de  la  sagesse  du  Créateur,  que  de  séparer  ainsi 
les  objets.  L'intelligence  et  le  dessein  brillent  surtout  dans  le  concours  de  tous  les  moyens 
vers  un  certain  but  d'utilité  :  c'est  l'action  collective,  c'est  la  mutuelle  dépendance  de  tou* 
les  les  parties  de  l'ensemble,  que  l'on  doit  surtout  admirer. 

Quelqu'un  a  dit,  avec  raison,  que  la  seule  action  de  porter  la  main  au  visage  sufiit  à  un 
homme  pour  lui  démontrer  l'existence  de  Dieu.  Réfléchissons  en  eflet  aux  principales  con- 
ditions nécessaires  pour  ce  simple  mouvement.  Il  a  fallu  pourvoir  à  des  cylindres  inflexi-> 
blés  qui  pussent  s'articuler  ensemble,  et  qui  donnassent  au  bras  sa  solidité.  Il  a  fallu  pla- 
cer une  articulation  à  l'épaule  pour  soulever  le  bras,  et  une  autre  au  coude  pour  le  olier. 
il  a  fallu  nourrir  le  liant  de  ces  articulations  par  un  mucilage  qui  les  abreuve,  et  en  assu- 
rer la  solidité  par  des  ligaments  sufBsamment  forts.  Il  a  fallu  implanter  des  tendons  dans 
les  os,  aux  endroits  convenables  pour  produire  les  mouvements  que  permettent  les  arti- 
culations, et  faire  de  ces  tendons  le  prolongement  de  certains  corps  que  l'on  nomme 
muscles,  et  qui  ont  la  propriété  de  se  raccourcir  en  se  contractant.  Voilà  en  gros  le  méca^ 
nisme  du  bras;  et  il  y  en  a  assez  de  cette  connaissance  jiour  conclure  à  l'existence  d'un 
Créateur  :  mais  ce  n'est  pourtant  encore  là  qu'une  pièce  de  mécanique  dépourvue  de  vie  et 
d'action.  Il  a  fallu  mettre  cette  pièce  de  mécanique  en  correspondance  avec  le  cerveau, 
pour  que  la  volonté  de  l'individu  pût  agir  sur  elle.  Cette  correspondance  existe  par  les 
nerfs  :  nous  en  avons  la  certitude,  [larce  que  nous  voyods  ces  fils  de  çomiz^iinication,  et  que 
nous  savons  que  la  section  de  ces  fils  paralyse  les  membres  où  ils  aboutissent;  mais  par 
delà  ce  fait,  nous  savons  bien  peu  de  choses  sur  l'oi^anisation  des  nerfs  :  elle  est  trop  sub- 
tile pour  nos  moyens  d'observation. 

A  tout  ce  que  je  viens  d'indiquer  comme  indispensable  pour  qu'un  homme  puisse  por- 
ter 3»  main  à  son  visage,  il  faut  ajouter  tout  ce  qui  est  nécessaire  à  l'entretien  et  à  la  répa- 
ration des  forces  du  bras,  et  par  conséquent  du  corps  entier  :  il  faut  que  le  sang  circule  ; 
eue  les  sécrétions  et  les  excrétions  se  fassent  ;  que  l'équilibre  soit  maintenu  dans  le  système 
des  diverses  humeurs  du  corps  comme  dans  le  système  nerveux  ;  en  un  mot,  ilfhut  que  le 
miracle  de  la  vie  se  soutienne,  pendant  que  le  mouvement  dépendant  deJa  volonté  s'exécute. 

i  VU. 

On  est  frappé  d'admiration  lorsqu'on  réfléchit  quelques  instants  au  nombre  et  à  la  variété 
des  instruments  mis  en  ceuvre  vers  un  certain  but ,  dans  le  corps  de  l'animal  vivant.  Un 
petit  oiseau  qui  pèse  une  onc«  est  pourvu  d'instruments  pour  manger,  pour  digérer,  pour 
assimiler  la  nourriture  en  sa  propre  substance,  pour  respirer,  pour  chanter,  pour  se  repro- 
duire, pour  marcher,  pour  voler,  pourvoir,  pour  entendre  et  pour  sentir.  Chacun  de  ces 
instruments  est  distinct  de  tout  le  reste,  et  merveilleusement  approprié  à  son  objet. 

Le  corps  d'un  animal  vivant,  considéré  dans  son  ensemble ,  donne  lieu  à  trois  observa- 
tions principales  qui  m'ont  toujours  paru  des  preuves  éridentes  de  l'attention  et  de  l'exacti- 
tude de  l'ouvrier 'dans  l'accomplissement  du  dessein  qu'il  avait  en  formant  l'animal. 

La  première  observation  à  foire,  c'est  la  correspondance  exacte  des  deux  côtés  de  l'ani- 
mal. Chaque  partie  répond  à  l'autre  avec  une  précision  qui  fait  une  des  grandes  difficultés 
du  statuaire  et  du  peintre. 

L'ostéologie  démontre  le  soin  qni  a  été  pris  pour  que  les  treize  os  de  la  foce  humaina 


79  INTRODUCTION.  80 

fussent  placés  dans  une  parfaite  symétrie,  savoir  :  sii  d'un  côté ,  sii  de  l'autre ,  et  le  trei- 
zième au  milieu. 

Quand  on  compare  rœil  d'un  individu  avec  Tœil  de  divers  individus  successivement,  on 
admire  la  prodigieuse  variété  de  formes  et  de  teintes  qu'admet  cet  organe.  Sur  dix  mille 
yeux^  il  serait  impossible  peut-être  d'en  assortir  deux  qui  n'appartinssent  pas  au  même  indi- 
vidu ,  et  cependant  l'assortiment  de  cet  organe  compliqué  est  rigoureusement  exact  chez 
chacun  de  nous. 

La  symétrie  existe  partout  où  elle  sert  à  l'utilité  ou  à  la  beauté  :  partout  ailleurs ,  elle 
n'existe  pas.  Elle  n'est  point  nécessairement  dans  la  nature  du  sujet  ;  sans  cela ,  elle  serait 
universelle.  Les  deux  ailes  d'un  oiseau  sont  semblables  ;  mais  les  deux  côtés  d'une  plume 
ne  le  sont  pas.  Dans  les  insectes  qui  ont  un  grand  nombre  de  jambes ,  il  n'y  a  pas  deux 
jambes  du  même  côté  qui  soient  exactement  semblables ,  et  les  jambes  qui  se  correspon- 
dent le  sont  rigoureusement. 

La  seconde  observation  que  je  fais,  c'est  que,  tandis  que  les  cavités  du  corps  sont  confor- 
mées extérieurement  de  manière  à  produire  la  symétrie  la  plus  exacte ,  les  parties  conte- 
nues dans  ces  cavités  ne  sont  point  entre  elles  dans  les  mômes  rapports.  La  section  verticale 
du  thorax,  par  le  centre  du  sternum,  divise  la  poitrine  en  deux  parties,  dont  les  formes 
extérieures  sont  exactement  semblables  ;  et  cependant  les  parties  intérieures  ne  le  sont 
point.  Le  poumon  est  à  droite,  et  le  cœur  à  gauche  ;  mais  les  formes  et  la  masse  de  ces 
organes  sont  tout  à  fait  différentes.  La  même  chose  se  remarque  dans  la  cavité  de  l'abdo- 
men. Le  foie  est  à  droite,  mais  il  n'y  a  point ,  h  gauche ,  de  viscère  correspondant  :  la  rate 
n'a  aucun  rapport  au  foie,  pour  la  forme  et  le  volume.  L'estomac  a  une  construction  régu- 
lière, une  position  oblique.  Les  intestins  sont  repliés  et  redoublés  sans  aucune  symétrie 
entre  la  droite  et  la  gauche  ;  cependant  cette  correspondance  de  forme  est  conservée  sur 
toute  la  surface  du  tronc ,  avec  un  soin  d'autant  plus  remarquable  que  les  muscles  ont  une 
souplesse  et  une  variabilité  de  proportions  qui  rendaient  la  chose  beaucoup  plus  difficile. 
La  forme  extérieure  ne  résulte  point  ici  de  la  pression  mécanique  des  parties  contenues  ; 
cette  forme  symétrique  résultf  de  la  correction  des  inégalités,  des  compensations  étudiées 
et  minutieusement  exactes,  entre  diverses  formes  irréguiières  pour  obtenir  des  formes  qui 
soient  symétriques  dans  leurs  moindres  ondulations. 

La  troisième  observation  importante,  c'est  que  les  vaisseaux  par  lesquels  se  fait  la  nutri- 
tion sont  disposés  et  distribués  de  manière  à  ne  point  produire  d'inégalité  entre  les  parties 
qui  doivent  se  répondre.  Les  deux  bras  sont  symétriques  ;  et,  cependant,  il  n'existe  aucune 
symétrie  entre  les  vaisseaux  qui  leur  portent  le  sang  ce  ne  sont  pas  deux  artères  d'égal 
diamètre,  se  bifurquant  d'un  tronc  commun,  et  sous  des  angles  égaux,  qui  abreuvent  nos 
deux  bras  de  leur  fluide  nourricier  ;  cependant ,  le  résultat  est  exactement  le  même  pour 
l'un  et  pour  l'autre.  On  voit  que  la  symétrie  a  été  un  des  objets  de  la  sollicitude  de  l'ou- 
vrier intelligent  qui  a  façonné  cet  ouvrage. 

Je  ne  sache  pas  qu'on  ait  jamais  considéré  avec  une  attention  suffisante  l'art  avec  lequel 
toutes  les  parties  du  corps  humain  sont  placées,  serrées,  contenues,  sous  le  moindre  volume 
possible,  et  pourtant  avec  une  sûreté  parfaite.  Voyez  combien  de  différentes  choses,  toutes 
importantes,  compliquées  et  délicates ,  se  trouvent  renfermées  dans  le  tronc  de  l'homme. 
Réfléchissez  au  danger  du  moindre  dérangement  dans  les  fonctions  vitales ,  par  l'effet  des 
compressions,  des  blessures,  des  obstructions,  des  viscères  ou  des  vaisseaux  ainsi  serras  en 
masse  les  uns  contre  les  autre''.  Considérez  cette  pompe  placée  dans  la  poitrine ,  et  qu 
donne  quatre-vingts  coups  de  piston  par  minute  ;  ces  deux  appareils  de  vaisseaux  pour  por< 
ter  et  rapporter  le  sang  dans  toutes  les  parties  du  corps  ;  le  poumon ,  qui  distend  et  con 
tracte  sans  cesse  des  milliers  de  vaisseaux  de  deux  espèces,  pour  agir  mystérieusement  sur 
la  nature  intime  du  sang  ;  le  laboratoire  de  l'estomac  dissolvant  et  modifiant  les  substan- 
ces ;  les  intestins  chassant  peu  à  peu  la  pulpe  en  digestion ,  et  aspirant  sa  partie  essentielle 
(!t  nutritive  pour  réparer  le  sang.  Le  foie,  les  reins ,  le  pancréas  ,  et  des  milliers  d'autres 
glandes,  séparant  du  sang  certains  sucs  nécessaires  ou  nuisibles.  Toutes  ces  opérations ,  et 
un  grand  nombre  d'autres  dont  les  détails  nous  échappent  par  leur  subtilité ,  cheminent 
ensemble.  Quand  on  réfléchit  à  cette  com[)]ication,  et  qu'on  voit  cependant  le  tronc ,  ou  le 


WTRCM)UCTION.  8Î 

ballot  qui  contient  tant  d*organes  délicats,  heurté,  froissé ,  plié,  secoué  de  la  manière  la 
plus  Tiolenle  sans  qu*il  en  résulte  aucun  dérangement,  on  reste  confondu.  Un  sauteur,  un 
danseur  de  corde,  un  faiseur  de  tours,  au  milieu  des  secousses  les  plus  rudes ,  et  des  con- 
torsions les  plus  extraordinaires,  n*éprouTe  ni  déplacement  dans  les  yiseères,  ni  suspension 
dans  TacÛTité  de  chaque  organe  de  la  nutrition  et  de  la  rie.  ÀTec  quel  art  tant  de  parties 
diverses  ne  sont-elles  pas  assujetties,  maintenues  en  sûreté ,  et  comme  emballées  en  uu 
petit  Tohime  dans  le  tronc  de  l'homme  ! 

Je  désire  m*arréter  un  moment  à  faire  sentir  à  mes  lecteurs  les  précautions  prises  poui 
prévenir  les  déplacements  des  viscères  et  des  oi^anes  importants  à  la  Yîe ,  dans  les  deux 
carîtés  du  tronc  de  Thomme,  quoique  ce  détail  m'oblige  à  employer  certains  termes  tech- 
niques que  j  aurais  Youiu  pouvoir  éviter. 

Lecœur  est  fixé  4lans  la  poitrine,  entre  les  deux  lobes  du  poumon.  Il  est  attaché  au 
médiastin  et  au  péricarde.  Celui-ci,  qui  est  une  membrane  extrêmement  forte,  adhère  à  la 
duplicature  du  médiastin ,  et  est  assujetti  par  sa  pointe  à  un  tendon  du  diaphragme.  Lq 
coeur  est  encore  maintenu  en  place  par  les  gros  vaisseaux  sanguins  qui  eu  sortent. 

Les  poumons  sont  liés  au  sternum  par  le  méJiastin,  dans  leur  partie  antérieure ,  et  aux 
vertèbres  par  la  plèvre,  dans  leur  partie  postérieure.  Le  médiastin  est  une  cloison  qui  par- 
tage la  poitrine  et  parait  destinée  à  prévenir  le  déplacement  des  parties  contenues  dans  cette 
cavité,  comme  aussi  à  empêcher  que  Tun  des  lobes  du  poumon  ne  presse  sur  l'autre,  lors- 
que nous  sommes  couchés  sur  le  cêté.  Le  foie  est  assujetti  par  deux  ligaments  ;  le  premier, 
qui  est  très-fort^  pénètre  dans  sa  substance  même ,  et  tient  au  diaphragme  ;  Tautre  lien  est 
la  veine  ombilicale,  qui,  après  la  naissance,  se  convertit  en  un  ligament.  Le  premier  fixe 
le  foie  dans  sa  position  quand  nous  nous  tenons  debout  :  le  second  cm{.éche  que  ce  viscère 
ne  presse  contre  le  diaphragme  lorsque  nous  sommes  couchés  sur  le  côté.  Quand  nous 
sommes  étendus  sur  le  dos,  les  deux  ligaments  concourent  également  à  empêcher  que  le 
tne  ne  comprime  la  veine  cave,  à  laquelle  appartient  la  fonction  importante  de  rapporter 
le  sang  au  cceur. 

La  vessie  est  attachée  à  Tombilic  par  un  ligament  qui ,  dans  le  fœtus,  était  le  conduit.  Le 
péritoine  empêche  que  les  intestins  ne  pressent  trop  fortement  la  vessie ,  ou  ne  se  confon* 
(lent  avec  elle  ;  car  une  duplicature  du  péritoine  est  spécialement  destinée  à  séparer  lof 
reinset  la  vessie  des  autres  parties  contenues  dans  l'abdomen. 

Les  reins  sont  logés  dans  un  lit  de  graisse. 

Le  pancréas  est  fortement  attaché  au  péritoine ,  ou  membrane  adipeuse  qui  enveloppe 
tous  les  viscères  contenus  dans  le  bas-ventre. 

La  rate  est  fixée  à  sa  place  par  une  adhérence  au  péritoine,  au  diaphragme  et  àl'épiploon. 
On  a  été  embarrassé  d'expliquer  l'usage  de  la  rate  :  il  est  possible  que  ce  soit  un  corps  de 
remplissage,  uniquement,  et  sans  lequel  il  j  aurait  du  ballottement  dans  les  parties  voisi- 
nes, en  cas  de  seeousses  violentes.  Lors  même  que  la  rate  n'aurait  pas  d'autre  destination , 
il  fandrait  toujours  qu'elle  eût  une  circulation  et  une  nutrition ,  pour  être  maintenue  en 
vie  ;  c'est-à-dire  avec  les  attributs  des  corps  vivants. 

L'épiploon  est  un  tablier  redoublé  ou  relevé  dans  sa  partie  inférieure.  Son  extrémité 
supérieure  est  adhérente  à  l'estomac,  à  la  rate  et  à  une  partie  du  duodénum.  Le  bord  de 
la  partie  redoublée  s'attache  au  colon  et  à  Tintestin  voisin. 

Voilà  quelques  notions  sommaires  sur  les  précautions  prises  contre  le  déplacement  des 
principaux  viscères  ;  mais  ceUe  de  toutes  les  précautions  qui  annonce,  ce  me  semble,  le 
plus  de  soin  et  d'art,  c'est  celle  qui  a  été  piise  pour  empêcher  les  accidents  du  canal  des 
intestins.  Cn  tube  flexible,  qui  a  cinq  ou  six  fois  la  longueur  de  l'homme,  qui  a  été  replié 
snr  lui-même  en  circonvolutions  nombreuses,  semblait  devoir  être  exposé  à  des  déplace- 
ments, des  noeuds,  ou  des  compressions  fondées  dans  les  secousses  brusques  et  les  mouve- 
ments variés  du  corps  qui  le  contient*,  il  devait  au  moins  être  exposé  k  se  déranger  de 
t  ordre  dans  lequel  il  a  été  plié  et  disposé  pour  remplir  les  importantes  fonctions  qui  lui 
Miut  dévolues.  Voici  la  précaution  que  l'ouvrier  a  prise  pour  prévenir  les  accidents.  Le  canal 
des  intestins  est  cousu,  dans  toute  sa  longueur,  à  une  bordure  ou  fraise  membraneuse  et 
grasse,  nommée  le  mésentère.  Mais  couimelc  canal  iutestinal  est  quatre  fois  plus  long  que  lo^ 


S3  INTRODUCTION.  W 

mésentère,  Tintestin  a  été  froncé,  pour  pouvoir  lui  être  rai)porlé  et  faire  corps  avec  lui.  Le 
mésentère  étant  une  substance  grasse ,  souple,  et  ayant  une  forme  aplatie ,  a  pu  être  re- 
doublé plusieurs  fois  sur  lui-raôrao  sans  les  inconvénients  qu'on  aurait  dû  craindre  si 
l'intestin  ne  lui  avait  pas  été  réuni.  Cette  fraise  est  d'ailleurs  le  dépôt  d'un  nombre  infini 
de  glandes  etdc  vais^aux,  et  surtoutde  vaisseaux  lactés  ou  chylifères,  qui  pompent  l'essence  du 
chyle  k  mesure  qu'il  chemine  dans  l'intestin.  Enfin,  cette  substance  membraneuse,  qui  est 
le  dépôt  de  l'appareil  alimentaire  et  le  garant  de  la  sécurité  de  Tintestin ,  est  attachée  so- 
lidement aux  trois  premières  vertèbres  lombaires^ 

Une  autre  propriété  générale  des  corps  des  animaux,  c'est  la  beauté.  Je  n'entends  pas  ici 
la  beauté  relative,  c'est-à-dire  l'avantage  que  tel  individu  ou  telle  espèce  peut  avoir  à  cet 
égard ,  je  parle  de  la  précaution  prise  pour  adapter  l'apparence  extérieure  des  animaux 
aux  perceptions  des  autres  animaux  avec  lesquels  ils  sont  en  rapport.  Dans  notre  espèce, 
par  exemple,  si  Ion  considère  quels  sont  les  matériaux  et  les  parties  intérieures  du  plus 
beau  corps,  on  voit  évidemment  qu'il  a  été  pris  un  soin  particulier  de  réduire  le  tout  ea 
une  masse  symétrique  et  d'un  aspect  agréable  pour  nos  perceptions.  Les  formes  sèches , 
anguleuses  des  os«  ont  été  dissimulées  ;  les  intestins,  les  viscères  ont  été  cachés  ;  les  mus- 
cles ont  été  arrondis,  entrelacés  avec  art  ;  et  le  tout  ensemble  a  été  enveloppé  d'une  mem- 
brane cellulaire  ou  tissu  graisseux,  placé  immédiatement  sous  la  peau,  et  qui  lui  sert 
comme  de  doublure.  Le  tissu  mou,  glissant,  compressible,  remplit  partout  les  interstices 
des  muscles,  arrondit  les  contours,  et  produit  toutes  ces  formes  ondoyantes  et  gracieuses  qui 
convertissent  des  matériaux  dégoûtants  en  un  objet  plein  de  charmes,  et  sur  lequel  du 
inoins  la  vue  s'arrête  avec  satisfaction. 

Tout  cela  montre  avec  une  extrême  clarté  le  dessein  de  l'ouvrier.  La  considération  de  la 
beauté  une  fois  démontrée  dans  l'intention  du  Créateur  pour  un  seul  de  ses  ouvrages,  il 
parait  bien  probable  que  cette  même  considération  est  entrée  dans  ses  desseins  pour  d'au- 
tres ouvrages  de  la  nature,  et  qu'ainsi  les  teintes  des  fleurs ,  le  plumage  des  oiseaux ,  les 
fourrures  de  certains  quadrupèdes,  les  écailles  des  poissons,  les  couleurs  brillantes  et  va- 
riées des  insectes  ont  été  distribués  avec  l'intention  d'embellir  les  espèces  et  les  indivi- 
dus,^  c'est-à-dire  de  les  rendre  agréables  aux  perceptions  des  espèces  et  des  individus  avec 
lesquels  ils  sont  en  rapport. 

Il  y  a  dans  les  animaux  certaines  parties  qui  sont  belles,  d'une  manière  évidemment  in- 
dépendante de  l'utilité:  pai^  çiemplc,  l'iris  des  yeux,  dans  presque  toutes  les  espèces  de 
quadrupèdes  et  d'oiseaux,  est  d'une  beauté  remarquable  ;  il  n'en  résulte  cependant  point 
une  perfection  plus  grande  dans  la  vision;  mais  l'ouvrier  ne  pouvait  pas  employer  son 
pinceau  plus  avantageusement  par  rapport  à  la  beauté  des  nuances ,  parce  que  c'est  la  par- 
tie qui  se  préseiite  la  première  aux  re;$ai;ds  de  l'observateur. 

Chez  les  plantes,  et  surtout  dans  le^  fleurs  des  plantes,  le  principe  de  la  beauté  parait  avoir 
été  pris  en  considération  avec  plus  de  soiix  encore  que  dans  toute  autre  partie  de  la  créa- 
tion. Pour  choisir  un  exemple  entre  mille,  quelle  peut  être  la  raison  pour  laquelle  la^co- 
rolle  d'une  tulipe  change  de  couleur  quand  elle  arrive  à  un  certain  point  de  son  dévelop- 
pement? Le  but  de  la  nutrition  et  de  la  maturité  delà  graine  aurait  pu  s'accomplir  égale- 
ment lorsque  les  pétales  auraient  conservé  la  couleur  verte.  Si  les  lois  de  la  végétation 
exigeaient  un  changement  de  couleur^  pourquoi  cette  riche  variété  de  teinles  qui  charme 
les  yeux?  On  a  prétendu  que  c'était  là  un  effet  nécessaire  de  la  décadence  de  la  plante «. 
une  maladie  de  TAge,  semblable  à  celle  qui  fait  jaunir  les  feuilles  en  automne;  mais  il  n'y 
a  aucune  vraisemblance  à  celte  explication  du  phénomène,  car  la  plante  est  en  pleine 
vigueur,  et  la  sève  dans  toute  son  activité,  lorsque  le  développement  des  tQintes  se  mani- 
feste. Il  parait  évident  que  ce  déploiement  de  couleurs  est  indépendant  des  besoips  de  la 
plante,  étranger  au  but  d'utilité,  et  uniquement  destiné  à  embellir  la  fleur 

On  a  objecté  que  la  beauté  en  elle-même  était  un  mot  vide  de  sens,  et  que  ce  que  nous 
sommes  accoutumés  à  trouver  agréable ,  quant  aux  formes  et  aux  couleurs ,  est  beau , 
quèIiC3  que  soient  ces  couleurs  et  ces  formes.  Nos  idées  4e  la  beauté  sont  susceptibles  do 


tS  INTRODUCTION.  85 

tant  de  modificalionsy  par  l'habitude,  par  Texeinple,  par  la  mode,  ou  par  l*eipérieuce  de 
1  arantage  et  du  plaisir,  à  laquelle  expérience  se  lient  certaines  impressions,  que  Ton  a  pu 
douter,  en  effet,  si  la  notion  de  la  beauté  existerait  indéi.endamment  de  toutes  ces  causes 
influentes.  Mais  c*est,  Cv  me  semble,  abuser  du  raisonnement,  que  de  nier  l'existence  du 
principe  (c'est-à-dire  d'une  certaine  capacité  native  de  recevoir  la  perception  de  la 
beauté),  de  nier,  dis-je,  ce  principe,  par  la  raison  qu'il  est  soumis  à  Tinfluence  des  causes 
accidentelles  :  d'autres  principes,  dont  l'existence  n'est  nullement  contestée ,  sont  égale- 
ment soumis  à  cette  influence,  et  susceptibles  d'êlre  modifiés  par  elle.  Voici,  je  pense,  ce 
qu  indique  l'analogie. 

Cliacun  de  nos  sens  et  des  sens  des  animaux  distingue  ce  qui  est  agréable  et  ce  qui  est 
désagréable.  Il  y  a  certains  goûts  qui  répugnent  au  palais,  et  d'autres  qui  le  flattent  :  cette 
distinction  du  goût  des  aliments  est  plus  marquée  et  plus  régulière  chez  la  brute  que 
chez  l'homme.  Tous  les  chevaux,  tous  les  bœufs,  tous  l^s  moutons  recherchent  et  rejettent 
invariablement  certaines  plantes.  Certains  insectes  ne  mangent  que  des  végétaux  déter- 
minés et  meurent  plutôt  que  de  changer  de  nourriture.  C'est  donc  une  préférence  décidée 
du  sens  pour  certaines  substances,  et  un  éloignement  non  moins  marqué  pour  d'autres. 
Nous  voyons  de  même  que  le  sens  de  l'odorat  est  flatté  de  certaines  odeurs,  ou  qu'il  y 
répujine.  Certains  sons,  ou  simples,  ou  composés,  sont  délicieux  à  l'oreille,  tandis  que- 
d'autres  en  font  le  tourment.  L'habitude  peut  beaucoup,  sans  aoute,  pour  modifier  tout 
cela,  et  c'est  fort  ueureux,  car  nous  sommes  souvent  appelés  à  nous  accommoder  avec  la 
né(;essité;  maL«  en  résulte-t-il  donc  que  la  distinction  entre  ce  qui  est  agréable  et  ce  qui 
est  désagréable  soit  tout  à  fait  illusoire.  Or  je  dis  que  tout  ce  qui  est  vrai  de  tous  les 
autres  sens  est  également  vrai  du  sens  de  la  vue,  c'est-à-dire  que  nous  en  recevons  cer-. 
laines  impressions  qui  sont  agréables  et  d'autres  qui  sont  pénibles. 

Mais  de  quelque  manière  que  nous  arrivions  à  avoir  la  perception  de  la  beauté,  c'est  un4 
lail  que  nous  l'avons.  Peu  importe  au  raisonnement  que  cette  perception  dépende  de  l'or-^ 
ganisation  native  ou  de  la  réunion  des  causes  accidentelles.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est- 
qae  les  formes  et  les  couleurs  des  objets  ne  nous  sont  pas  indifférentes  ;  que  ceux-ci  nous 
sont  agréables  ou  désagréables  à  voir.  Ce  n'est  pas  l'effet  de  l'habitude  que  de  trouver  beau 
ce  qui  ne  Test  pas,  car  souvent  ce  que  nous  trouvons  beau  est  très-rare.  L^habitude  nous 
fiait  supporter  ce  qui  est  désagréable  à  la  vue,  mais  c'est  tout  ce  que  l'habitude  peut  faire. 
Je  dis  donc  que,  soit  que  la  perception  de  ce  qui  est  agréable  à  la  vue  dépende  de  la  consti- 
tution native  du  sens,  ou  bien  que  cette  perception  résulte  d'un  grand  nombre  de  causes 
accidentelles,  c'est  un  fait  cpie  nous  en  avons  la  capacité ,  et  que  l'aspect  des  animaux  et  des 
Tégétaux  a  été  déterminé  par  le  Créateur  de  manière  à  être  dans  de  certains  rapports  avec 
cette  capacité. 

La  peau  oes  animaux  est  la  partie  de  laquelle  dépend  essentiellement  leur  aspect,  et 
relie  qui  a  été  la  plus  généralement  ornée  par  la  main  du  Créateur.  Mais  en  comptant  la 
beauté  pour  rien,  les  té^juments  qui  enveloppent  notre  corps  ont  une  utilité  bien  évidente  : 
c'est  de  cacher  le  jeu  de  notre  organisation  interne.  Si  nous  pouvions  voir  le  mécanisme 
dont  dépend  l'entretien  des  fonctions  vitales,  noiu  serions  singulièrement  effrayés.  «  Ose^ 
rions-nous  faire  un  pas,  un  simple  mouvement,  dit  .un  auteur,  si  nous  voyions  notre  sang 
couler  dans  nos  veines ,  nos  muscles  •  nos  tendons  se  contracter  et  se  relâcher  tour  à  tour, 
nos  poumons  se  remplir  et  se  vider  d'air  et  de  sang,  nos  humeurs  se  filtrer  dans  les  glan- 
des, et  tout  cet  incompréhensible  assemblage  de  fibres,  .de  canaux,  de  pompes,  de  valvules, 
de  courants  et  de  pivots,  qui  maintient  l'existence  d'un  animal  à  la  fois  si  frêle  et  si  pré- 
somptueux 7 

Il  y  a  une  autre  faculté  des  animaux,  considérée  dans  leur  ensemble,  et  qui  est  particu- 
lièrement admirable  chez  les  bipèdes  ;  c'est  la  faculté  de  se  tenir  debout.  Celte  faculté  est 
bien  plus  merveilleuse  qu  elle  ne  le  parait.  La  statue  d'un  homme  debout,  que  l'on  placerait 
en  équilibre  sur  son  piédestal,  ne  pourrait  pas  y  tenir  :  il  faut  la  fixer  par  des  vis  et  dos 
étrotts,  ou  bien  le  premier  coup  de  vent  la  renverse.  Cenendant  <îcttc  statue  rend  exacte- 


97  INTROIHiCTiON.  «S 

ment  les  proportions  du  corps  humaiR.  Ce  n'est  donc  pas  seulement  de  la  précaution  de 
placer  le  centre  de  gravité  en  dedans  de  la  base,  que  dépend  la  faculté  de  se  tenir  debout» 
A  quoi  tient  cette  faculté?  Elle  tient  à  un  ensemble  de  mouvements  compliqués  que  nous 
faisons  sans  nous  en  apercevoir,  et  qui  maintiennent  le  centre  de  gravité  en  dedans  de  la 
base,  malgré  la  variété  des  attitudes  que  nous  sommes  appelés  à  prendre.  Un  corps  mort 
que  l'on  place  debout  tombe  par  son  propre  poids  :  il  faut  donc  plus  que  l'arrangement 
des  poids  et  des  pressions  :  il  faut  cette  mystérieuse  faculté  qu'on  appelle  la  force. 

J'ai  dit  que  les  mouvements  que  nous  faisons  pour  maintenir  notre  centre  de  gravité  en 
dedans  de  la  base  se  font  sans  que  nous  nous  en  apercevions.  Il  faut,  il  est  vrai,  un  appren- 
tissage :  l'enfant  qui  apprend  à  marcher  s'exerce  à  des  équilibres  que  l'habitude  lui  rend 
faciles  ensuite;  mais  il  faut  une  aptitude  native  qui  puisse  se  perfectionner  par  l'usage  : 
sans  la  capacité  première  donnée  par  le  Créateur,  l'habitude  ne  pourrait  point  s'acquérir. 

Quelles  sont  les  parties  principalement  employées  à  maintenir  l'équilibre  dans  la  variété 
des  mouvements  que  l'homme  est  appelé  à  faire?  Cela  est  difficile  à  expliquer.  Peut-être  les 
petits  os  du  pied  y  ont-ils  la  principale  part.  Chaque  mouvement  que  nous  faisons  les  met 
en  action,  et  il  concourt  à  rétablir  l'équilibre  à  mesure  qu'il  se  dérange.  Il  est  du  moins 
très-remarquable  que  le  pied  ait  été  composé  d'un  grand  nombre  de  petits  os  de  figures 
irrégulières,  qui  reposent  les  uns  sur  les  autres,  et  s'articulent  ensemble,  au  lieu  d'être 
formés  d'une  ou  deux  pièces,  en  forme  de  semelle. 

il  serait  bien  difficile,  cependant,  de  faire  tenir  debout  une  figure  organisée,  et  dans 
laquelle  on  aurait  exactement  imité  la  disposition  des  os  du  pied.  11  faut  le  concours  des 
articulations  du  genou,  des  hanches ,  et  des  vertèbres,  pour  maintenir  l'altitude  verticale 
et  l'équilibre  du  corps.  Il  faut  surtout  la  parfaite  flexibilité  de  la  colonne  dorsale,  dont 
chaque  vertèbre  peut  se  mouvoir  précisément  au  point  convenable,  pour  rompre  la  vio- 
lence des  chocs,  et  conserver  l'aplomb  dans  tous  les  moments.  Il  faut  également  un  certain 
degré  de  tension  dans  les  nerfs,  les  muscles  et  les  tendons,  pour  maintenir  l'attitude  ver- 
ticale. Or  ce  résultat  dépend  d'une  merveilleuse  combinaison  de  facultés,  et  d'un  grand 
nombre  d'opérations  compliquées. 

Si  la  faculté  de  se  tenir  debout  est  une  chose  admirable  chez  l'homme,  elle  l'est  peut-> 
être  davantage  dans  les  oiseaux.  Une  poule  sortant  de  la  coquille  se  met  à  courir.  Cependant 
un  poulet,  considéré  géométriquement,  et  par  rapport  à  son  centre  de  gravité,  sa  ligne  de 
direction  et  son  équilibre,  est  un  solide  tout  à  fait  irrégulier.  Qui  est-ce  qui  adonné  à  ce 
solide  l'admirable  faculté  de  l'équilibre?  Na-t-il  pas  fallu  dans  l'ouvrier  un  soin  tout  parti* 
entier  j^our  balancer  ainsi  le  corps  sur  ses  pivots? 

11  y  a  une  partie  du  mécanisme  des  jambes  de  la  poule  qui  mérite  notre  attention  sous 
ce  rapport  :  c'est  que  quand  la  jambe  se  replie,  les  doigts  du  pied  se  referment  d'eux- 
mêmes;  c'est  avec  les  jambes  repliées  que  la  poule  dort  sur  sa  perche.  La  contraction 
machinale  des  doigts  des  pieds  assure  ainsi  sa  position  pendant  le  sommeil  (8). 

Si  nous  considérons  l'ensemble  des  analogies  du  corps  humain,  nous  y  remarquons  des 
suspensions  ou  des  interruptions  qui  ne  peuvent  s'expliquer  que  par  un  dessein  chez  l'in* 
venteur  de  la  construction  humaine.  Je  vais  donner  quelques  exemples. 

Tous  les  os  de  notre  charpente  ont  un  périoste  :  les  dents  seules  sont  exceptées.  Au  lieu 
d'un  périoste,  les  dents  ont  un  émail  d'une  dureté  extraordinaire.  Qui  est-ce  qui  peut  douter 
que  cette  exception  à  une  règle,^  d*ailleurs  invariable,  n'ait  un  but  ?  N'est-il  pas  évident 
que  si  une  membrane  aussi  sensible  que  l'est  le  p^ioste  eût  recouvert  les  dents,  l'animal 
eài  été  continuellement  exposé  à  souffrir  1  II  leur  fallait  une  enveloppe  dure,  insensible 
t  impénétrable  ;  et  c  est  précisément  ce  qui  leur  a  été  donné. 

La  peau  qui  enveloppe  toutes  les  parties  du  corps  cède  la  place,  dans  les  extrémités  des 
doigts,  à  une  substance  d'un  tout  autre  genre,  savoir,  les  ongles.  Si  la  règle  d'après  laquelle 

(t)  Il  y  a  un  fait  pliia  fràj^^t  eiicore  :  o*e9t  i|u'il  v  a  beaucoup  d'oiseaui  qui  dorment  habltaellemenl, 
non  pas  accroupis  sur  les  deux  jambes ,  mais  debout  sur  une  seule  et  en  équilibre  sur  leur  branche^ 
Ne  semble-t-il  pas  y  avoir  quelque  chose  de  miraculeux  dans  cette  faculté  de  conserrer  un  éauilibre  par- 
fait, qaal<|iie  lea  fondions  des  organes  des  sent  soient  suspendues,  et  malgré  les  causes  accidentelles  qui* 
peuvent  déplacer  la  centre  de  gravité,  comme  par  exemple  le  vent,  nui  fait  balancer  la  branche  sur  laquelle 
roiseau  dort  ! 


tt  INTRODUCTIOX  W 

les  corps  sont  recoaTerIs  de  peau  était  nécessaire,  ou  bien  que  la  déviation  de  la  règle  fût 
îji  parement  accidentelle,  cela  ne  serait  point  ainsi.  J'entends  par  règle  nécessaire  un 
concours  de  causes  aveugles  agissant  indépendamment  de  tout  desseiu.  On  ne  pourrait 
alors  expliquer  pourquoi  la  formation  de  la  peau  serait  interrompue  au  bout  des  doigts, 
et  seulement  d'un  c6té  des  doigts.  Si,  d'autre  part,  la  déviation  était  purement  accidentelle, 
si  elle  n'était  pas  l'eOét  d'une  intention,  nous  verrions  paraître  des  ongles  sur  toutes  les 
(parties  du  corps,  comme  on  y  voit  paraître  accidentellement  des  boutons  ou  des  verrues. 
Toutes  les  grandes  cavités  du  corps  sont  entourées  de  membranes,  excepté  la  cavité  du 
crâne.  Pourquoi  le  cerveau  n'est-il  pas  garanti  parle  même  genre  d'enveloppe  que  les  autres 
organes  principaux  de  la  vie?  Le  cceur,  les  poumons,  le  foie,  l'estomac,  les  intestins  sont 
entourés  de  té^niments  flexibles.  Je  ne  sais  voir  aucune  raison  de  cette  diflérence  que  dans 
la  cause  finale.  Le  cerveau  est  une  substance  si  molle  et  si  délicate ,  sa  conservation  est 
d'une  telle  importance  à  la  vie,  qu'il  a  été  renfermé  dans  un  étui  solide.  Si  un  anatomistc 
observait  que  Texception  n'est  pas  en  laveur  du  cerveau  seul,  et  que  la  moelle  épinière 
est  garantie  de  la  même  manière,  je  lui  répondrais  qu'il  ajoute  à  la  force  de  l'argument. 
S'il  cite  la  poitrine  comme  également  protégée  par  une  enveloppe  solide,  je  lui  réponds  : 
que  les  côtes  servent  à  la  fois  de  protection  aux  organes  contenus  dans  la  poitrine,  et  de 
charpente  au  soufflet  du  thorax,  puisqu'elles  s'articulent  avec  les  vertèbres,  pour  pouvoir 
s'élever  et  s'abaisser.  Ce  qui  distingue  la  cavité  du  crâne,  c'est  qu'elle  est  entourée  d'un  os 
qui  sert  exclusivement  à  défendre  le  cerveau.  Les  protubérances  et  les  cavités  du  crâne 
répondent  exactement  aux  dépressions  et  aux  renflements  des  lobes  du  cerveau,  de  manière 
à  les  protéger  contre  toute  secousse  violente. 

i  \m. 

Je  ne  pense  pas  qu'il  existe  de  preuve  plus  certaine  d'un  dessein  que  la  préparation, 
c'est-à-dire  les  dispositions  relatives  à  des  choses  qui  ne  doivent  se  réaliser  que  dans  un 
temps  plus  ou  moins  éloigné  :  la  contemplation  de  l'avenir  n'appartient  qu'à  Tintelligence. 

Le  corps  des  animaux  fournit  plusieurs  exemples  de  cette  prévoyance. 

-Chez  l'homme,  le  développement  des  dents  est  gradué  de  manière  à  prouver  que  le 
complément  de  l'exécution  a  été  suspendu  avec  dessein.  Les  dents  sont  déjà  formées  dans 
les  gencives;  mais  elles  s'y  arrêtent.  Si  elles  sortaient  trop  têt,  elles  seraient  non-seulement 
inutiles  à  l'eniant,  mais  extrêmement  embarrassantes  pour  sa  nourrice.  Au  moment  oîji 
elles  deriennent  nécessaires,  elles  paraissent.  La  nature,  c'est-à-dire  cette  intelligence  qui 
a  été  employée  dans  la  création,  a  regardé  au  delà  de  la  première  année  de  l'enfant  ;  et 
tandis  qu'elle  préparait  des  instruments  pour  des  fonctions  à  venir,  elle  prenait  soin  que 
ces  instruments  ne  fussent  point  un  obstacle  aux  fonctions  du  moment.  Observons  que 
toutes  les  parties  de  la  bouche  sont  parfaites,  tandis  que  les  dents  ne  sont  point  encore 
développées.  Les  lèvres,  la  langue,  les  joues,  le  palais,  le  larynx  sont  parfaits,  et  les  dents 
ne  le  sont  pas.  Toutes  les  parties  parfaites  sont  employées  et  nécessaires  :  les  dents  ne  se- 
raient qu'un  obstacle  à  l'allaitement. 

Lorsrpi'un  ordre  contraire  se  trouve  convenable,  il  prévaut  :  chez  les  vers  qui  nais- 
sent des  CBuls  de  certains  insectes,  les  dents  sont  le  premier  organe  qui  arrive  à  sa  per- 
fection ;  Finsecte  commence  à  ronger  aussi  têt  qu'il  est  né,  quoique  d'ailleurs  ses  organes 
ne  toieni  pas  complets. 

Ce  que  j'ai  observé  des  dents  de  l'homme  est  vrai  des  cornes  de  certains  animaux. 
Les  cornes  du  veau  ne  poussent  que  lorsqu'il  est  capable  de  paître;  si  elles  parais* 
saient  plus  têt,  elles  blesseraient  la  mère ,  quand  l'animal  frappe  les  mamelles  pour 
laire  couler  le  lait  qu'il  suce. 

La  nature  na  pas  seulement  pourvu  à  un  assortiment  de  dents  pour  le  moment  où  ces 
instruments  deviennent  nécessaires  à  l'enfant,  mais  elle  a  préparé  d'autres  dents  mi 
germent  et  se  développent  avec  lenteur  pour  être  employées  plusieurs  années  après.  Il 
y  avait,  dans  le  mécanisme  de  la  bouche,  un  obstacle  très-dilBcile  à  surmonter,  il  dé- 
pendait de  l'accroissement  de  la  mâchoire,  qui  a  eu  lieu  en  même  temps  que  le  dévelop-. 


DmoKcnc^.  « 


l«e  eH*^^  «I  rkiUmr»]!^  qui  en  réwilte  t-ernt  «n  ift'yynrétient  «^^ILIe  ►«!«  î-rTir  usage. 

br^iif^  q«i5!  Uf«  précérfenliw ,  l«  ef^ai^^eal  et  ^rf^n^mi  !f-or  jrU*e. 

Il  ea  diflk'îie  de  *e  r'-[^ré*eiiter  qnelque  rf*<rte  qaî  prouve  p!a5  cc'îri;-!éteii;ent  llnte!- 
lr//rfàfe  jHétorêoie  que  la  fr/raadoo  do  lait  efjez  le*  feacf- !!e5  des  aiiician  TÎTipares.  A 
rira'ani  cù  raoiinal  oalt^  ^a  nourrstare  e^t  pfêt*»,  et  U>a*  Ie<  détails  de  celte  disposition 
¥fuitrêifif9ul%.  D'êlffjr4  le  liqaide  pré^faré  font  le  jeune  animal  est  d*one  nature  nour- 
ris%su%ihf  ce  en  quoi  il  tUffére  fie  tOtt%  !es  autres  prr>]ait5  des  «é-.TéÛMas  d«  corps;  et 
la  nature  dani^  la  eoinpr^ition  de  ee  flaide  n*a  point  été  imitée:  personne  na  réu5si  à 
laire  da  lait  parde^  proeéflés  chimiques,  arec  des  herbes.  Il  tant   obserrer,  en  second 
ÏUsUf  Vorjf^ne  destiné  h  le  séparer  da  san^,  et  les  coudai ts  par  lesquels  Tenfant  Teitrait 
da  Mrio.  Enfin ,  il  faut  remarquer  que  le  lait  ne  se  forme  que  dans  les  moments  où  il 
4l<;vient  nkte^saxre.  Il  n*f  a,  daas  Tétat  d^nne  gestation  arancée ,  aucun  rapport  qui  nous 
*oil  inUtWv^ïAe  arec  la  sécrétion  du  lait.  Lorsqu*une  partie  du  corps  a  besoin  d*un  sup- 
plément de  nouniiHre  et  l'attire»  il  ne  parait  pas  probable  qu'une  production  nouTelle 
de  nourriture  se  forme  dans  une  autre  partie  du  corps,  c'est  ce  que  personne  ne  conjec- 
tarerait  d'aranee  %am  avoir  eonnaissanee  du  fihénomène.   Tout  le  système  lacté  est  un 
Ufirade  prolongé.  Ce  qui  doit  ajoutera  notre  admiration,  c'est  que  le  nombre  des  ma- 
melons f  chez  les  femelles ,  est  proportionné  au  nombre  des  petits  que  la  femelle  doit  faire. 
Lacbienise,  la  laie,  la  femelle  du  lapin,  du  diat  et  du  rat,  ont  les  mamelons  disposés 
en  grand  nombre  sous  le  Tentre,  parce  que  les  portées  sont  nombreuses.  Dans  la  Tache,  la 
jument,  etc.,  les  mamelons  sont  rassemblés  et  en  petit  nombre.  On  ne  peut  expliquer  ces 
proportions  raisonnées  qu*en  les  rapportant  à  un  Créateur  intelligent. 

Dans  la  matière  qui  nous  occupe,  c'est-à-dire  les  inventions  qpii  supposent  prévoyance, 
il  importe  de  (tomuiéret  les  corps  avant  le  moment  oii  ils  sont  animés. 

Avant  la  naissance  du  fœtus,  Tœil  est  déjà  tout  formé,  et  cependant  il  est  inutile. 
Ce^t  une  lunette  dans  une  prison  où  la  lumière  ne  pénètre  pas;  c'est  un  instrument 
géométriquement  et  physiquement  en  rapport  avec  un  élément  avec  lequel  il  n*a  point 
do  communication  ;  mais  cette  communication  va  s'établir  ,  donc  il  y  a  une  intention. 
C*est  une  provision  faite  pour  une  époque  prévue  :  cette  époque  sera  celle  d'un  chan- 
gement complet  dans  la  position  et  les  circonstances  de  l'animal.  Est-il  probable  que 
Tœil  ait  été  formé  sans  la  prévoyance  de  ce  changement ,  après  lequel  l'aûl  devient  abso- 
lument nécessaire,  au  lieu  qu'il  était  inutile  auparavant? £st-il  probable  que  l'œil  ait  été 
formé  sans  l'intention  de  le  mettre  ensuite  en  contact  avec  cet  élément  qui  le  rend 
utile,  cl  qui  avait  été  exclu  jusqu'à  un  certain  moment  fixé  ?  Un  jeune  homme  fabrique 
des  lunettes  pour  le  temps  où  sa  vue  baissera.  Quand  elles  sont  faites,  il  ne  peut  pas  s'en 
servir,  elles  rendent  sa  vue  trouble  ;  mais,  puisqu'il  a  fait  une  lentille  convexe  au  point 
convenable  pour  corriger  l'aplatissement  du  globe  de  l'œil,  il  sait  que  l'âge  amènera 
le  défaut  delà  vue  qui  résulte  de  la  moindre  convexité  de  la  cornée;  nous  compre- 
nons qu'il  a  prévu  le  changement  qui  devait  survenir,  qu'il  y  a  réfléchi,  et  qu'il  y 
a  travaillé  an  conséquence  ;  tout  cela  appartient  à  un  être  qui  raisonne  :  mais  la  créa- 
lion  de  l'œil ,  pour  un  terai)s  qui  n'est  pas  venu ,  et  pour  un  état  qui  n'existe  point 
encore,  appartient  non  moins  évidemment  à  un  être  qui  raisonne. 

Ce  que  je  viens  de  dire  est  également  a[)plicable  aux  poumons.  Cet  organe  de  la  res- 
piration n  a  aucun  jeu  tant  que  l'air  est  exclu.  Tout  ce  bel  appareil  de  vaisseaux  aériens 
et  do  vaisseaux  sanguins  demeure  sans  usage  tant  que  l'enfant  n'a  pas  vu  le  jour  ;  mais 
c  est  une  machine  prête  à  jouer,  à  l'instant  nécessaire  ;  c'est  une  machine  en  magasin,  et 
i|ui  doit  être  employée  quand  le  moment  en  sera  venu.  Cela  prouve  que  l'ouvrier  a 
prévu  ce  moment  ;  or  c'est  là  le  propre  de  rintelligence.  Si  Ton  considère  l'état  de 
ranimai  dans  le  soin  de  sa  mère ,  les  poumons  paraissent  aussi  déplacés  que  le  serait 
un  suufllot  do  forge  au  fond  de  l'eau  ;  ils  sont  également  hors  de  tous  rapports  avee 
rélérnent  qui  les  entoure;  ils  sont  évidemment  faits  pour  un  autre  élément  et  up  autre 
état. 


«  INTRODUCTIOX.  «^4 

Indiquons  un  détaU  qni  appartient  au  même  appareil ,  et  qui  proclame  également  fin- 
telligence  préyojraote  et  la  «fllicilude  de  l'ouvrier.  J'ai  dit  que  tant  que  l'enfant  n'a  pas 
respiré ,  les  raisseaux  sanguins  des  poumons  restent  sans  usage.  Mais ,  en  parlant  de  la 
m&rche  de  la  circulation,  nous  ayons  vu  que  le  sang,  chassé  du  ventricule  droit,  fM>- 
sait  dans  le  poumon  avant  de  revenir  au  ventricule  gauche;  comment  donc  se  faii  l.i 
circulation  dans  le  fœtus  7  Elle  se  fait  au  moyen  d'une  comoiunication  temporaire  enlr«> 
un  ventricule  et  l'autre,  par  un  trou  nommé  botal  ou  otale,  et  par  une  artère  qui  joint 
l'artère  pulmonaire  à  l'aorte.  Mais,  tout  cela  est  tellement  provisoire  cjue,  dès  que  l'en- 
tàDt  a  respiré ,  le  trou  botal  se  ferme  de  lui-même ,  et  l'artère  se  convertit  en  un  liga- 
ment. Si  cela  n'est  pas  de  l'invention,  des  ressources ,  des  expédients,  je  demande  ce 
que  c*est. 

Mais,  dira-t-on,  l'action  secrète  de  l'air  sur  le  sang,  par  le  contact  presque  immédiat 
dans  le  poumon,  n'est  donc  pas  si  nécessaire  à  la  vie  de  l'animal  qu'on  Ta  prétendu, 
puisque  le  f(£tus  vit  sans  cela;  et,  puisque  l'animal  peut  vivre  sans  cela,  pourquoi  la 
communication  la  plus  courte  n'est-elle  pas  conservée?  La  réiK)nse  h  celle  objection , 
c'est  que  le  sang  qui  nourrit  le  fœtus  est  le  sang  de  la  mère,  et  que  c'est  aans  le  pou- 
mon de  celle-ci  que  ce  sang  a  subi  la  préparation  qui  lui  est  indispensable.  Au  moment 
de  la  naissance,  l'instrument  de  la  respiration,  qui  était  tout  prêt,  se  met  en  jeu  par 
le  seul  effet  du  contact  de  l'air. 

I  IX. 

Nous  avons  essayé  jusqu'ici  de  donner  un  aperçu  des  merveilles  du  corps  humain  et 
des  traits  innombrables  de  bonté ,  de  prévoyance  et  de  sagesse  que  nous  présente  son 
admirable  organisation.  Nous  ne  terminerons  pas  sans  recueillir  quelques-uns  de  ces 
y blimes  témoignages  rendus  à  la  beauté,  à  l'excellence  du  corps  de  l'homme,  afin  de 
célébrer  l'auteur  de  toute  chose  dans  la  création  de  son  chef-d'œuvre.  Ecoulez  Bossuet 
commentant  ces  paroles  de  la  Genèse  :  Faisons  rHomme.  ^  Faisons  !  Dieu  prend  conseil 
en  lai-même,  comme  allant  fa!ro  un  ouvrage  d'une  plus  haute  perfection,  et,  pour  ainsi 
dire,  d'une  industrie  particuiii're,  où  reluisît  plus  excellemment  la  sagesse  de  son  au- 
teur. Dieu  n'avait  rien  f:iit  sur  |.i  terre ,  ni  dans  la  nature  sensible ,  qui  pût  entendre  les 
beautés  du  monde  qu'il  avait  !*âh,  ni  les  règles  de  son  admirable  architecture,  ni  qui 
pût  s'entendre  soi-même  h  l'exemple  du  Créateur,  ni  qui  de  soi-même  pût  s'élever  à 
Dieu  et  en  imiter  rintelligence  et  l'amour,  et  comme  lui  être  heureux.  Pour  donc  créer 
une  si  belle  image,  Dieu  consulte  en  lui-même,  et  voulant  produire  un  animal  capable 
de  conseil  et  de  raison  ,  il  appelle  en  quelque  manière  à  son  secours  un  autre  lui-même, 
à  qui  il  dit  :  Faisons.  » 

Et  un  peu  plus  loin  : 

■  Dieu  nous  montre^dan^  la  formation  du  corps  de  l'homme,  un  dessein  et  une  attention 
particulière.  Cest  parmi  les  animaux  le  seul  qui  est  droit,  le  seul  tourné  vers  le  ciel,  le 
seul  oià  reluit  par  une  si  belle  et  si  singulière  situation,  l'inclination  naturelle  aux  choses 
hautes,  c*est  de  là  aussi  qu'est  venue  à  l'homme  cette  singulière  beauté  sur  le  visage,  dans 
les  yeux,  dans  tout  le  corps.  D'autres  animaux  montrent  plus  de  force,  d'autres  plus  de  vi« 
tcsse  et  plus  de  légèreté,  et  ainsi  du  reste  ;  l'excellence  de  la  beauté  ai^iartient  à  Tbomme, 
et  c'est  commo  un  admiraue  rejaillissement  de  l'image  de  Dieu  sur  sa  face  (9).  » 

EcoutOQS  lès  Pères  de  l'Eglise  expliquant  ce  même  verset  de  la  Genèse  : 

«  Dieu,  qui  d'une  seule  parole  avait  fait  sortir  l'univers  du  néant,  délibère  au  moment 
OÙ  il  s'agit  de  créer  l'homme;  il  tient  conseil,  il  semble  dessiner  h  l'avance  l'ouvrage  nou- 
veau qui  va  sortir  de  ses  mains.  Il  s'arrête,  se  parlant  à  lui-même  :  Fiisons^  dit-il,  Vhommt 
à  noire  image;  qu'il  commande  à  tous  les  animaux^  qu'il  exerce  son  empire  sur  toute  la  terr^ 
Chose  remarquable!  le  soleil,  le  fifmament,  les  deux  productions  jusque-là  les  plus  admi- 

9)  Etisatiotu  $ur  tes  Mf/êîeref^  iv*  Semaine. 


9$  INTRODUCTION.  96 

râbles  de  ses  mains  divines,  ont  été  formés  sans  nul  préliminaire.  L'écrivain  sacré  ne  nous 
apprend  point  de  queUe  manière  ils  ont  été  produits  autrement  que  par  la  féconde  parcXr 
du  Tout*Pui5saiit.  Pour  Thomme  seul  un  conseil,  un  examen  réfléchi,  une  nature  préexis- 
tante, un  dessein  particulier  qui  exprime  la  forme  dans  laquelle  il  va  paraître,  et  le  magni- 
fique original  dont  il  doit  recevoir  Tempreintel  Parce  qu'il  est  destiné  à  l'empire,  son  au- 
teur en  a  tracé  les  caractères  s»ur  tout  sou  être,  tant  dans  les  qualités  de  son  Ame  que  dans 
la  forme  de  son  corps.  Tout  en  lui  respire  le  commandement,  tout  annonce  le  roi  de  la  na- 
ture (10). 

«  Quand  l'empereur  doit  faire  son  entrée  dans  une  ville,  toutes  les  personnes  attachées 
è  son  service  prennent  les  devants,  afin  qu'à  l'arrivée  du  maître  tout  se  trouve  disposé  à  le 
recevoir.  Ainsi  Dieu  en  a-t-il  agi  à  l'égard  de  celui  qu'il  établissait  le  roi  de  l'univers.  Par 
ses  ordres  le  soleil  s'est  empressé  de  naître,  le  ciel  de  se  développer,  la  lumière  de  dissi- 
siper  les  ténèbres  pour  éclairer  et  pour  embellir  son  entrée  triomphale  (11).  • 

«  Faisons  Vhomme:  quelle  expression  nouvelle,  ex  traordinaireî  Quel  est  donc  l'être  qui  va  être 
créé,  pour  qu'il  faille  que  le  Créateur  se  consulte  et  délibère  auparavant  avec  lui-même? 
Votre  étonnement  va  cesser.  De  toutes  les  créatures  visibles,  l'homme  est  la  plus  noble, 
la  plus  excellente;  c'est  pour  luiqu'onl  été  faits  le  ciel,  la  terre,  les  mers,  les  astres  du  fir- 
mament, et  tous  les  animaux.  C'est  en  raison  de  sa  supériorité  qu'il  ne  fut  créé  qu'après 
tous  les  autres.  Faisons  Vhomme  à  noirs  image^  c'est-à-dire  que  comme  Dieu  ne  connaît 
point  de  maître  dans  le  ciel,  ainsi  l'homme  n'en  a  point  sur  la  terre. 

«  11  n'a  point  encore  paru,  et  déjà  il  est  investi  de  la  souveraineté.  Indépendamment  du 
privilège  de  la  raison  qui  assure  notre  supériorité  sur  tous  les  animaux,  la  seule  forme 
de  notre  corps  démontre  notre  excellence,  tant  nous  l'emportons  sur  eux  par  la  noblesse 
de  la  stature,  la  majesté  des  traits,  la  beauté  et  les  rapports  des  parties  diverses  dont  le  coips 
humain  se  compose,  digne  séjour  de  TAme  intelligente  à  laquelle  il  est  uni  (12). 

«  Reconnaissez  donc  les  tendres  soins  du  Dieu  qui,  dès  votre  entrée  dans  le  monde,  vous 
a  investis  de  l'empire  et  d'un  commandement  perpétuel,  et  contre  lequel  rien  ne  peut  pres- 
crire. Un  homme  qui  reçoit  la  puissance  d'un  homme  est  un  mortel  qui  reçoit  d'un  mortel, 
qui  emprunte  à  celui  qui  iui-m6me  ne  possède  que  d'emprunt,  condamné  à  perdre  aussi- 
tôt qu'il  reçoit.  Vous,  c'est  de  Dieu  que  vous  tenez  votre  puissance;  les  titres  en  sont  inef- 
façables, papce  qu'ils  ne  sont  pas  écrits  sur  des  tables  de  pierre,  sur  des  chartes  périssables, 
que  la  corruption  menace,  qu'ils  sont  imprimés  dans  cette  parole  souveraine  :  Qu'il  com^ 
mande!  Dès  lors,  tout  a  été  assuietti  à  l'empire  de  l'homme,  et  l'est  jusqu'à  la  consomma- 
tion des  choses  (13).  » 

.  «  Dieu,  en  créant  l'homme  à  son  image,  a  déployé  sur  sa  personne  toute  sa  magnificence, 
il  en  a  fait  un  être  privilégié,  le  chef-d'œuvre  de  ses  mains,  devenu  par  là  un  objet  digne 
de  ses  complaisances.  L'homme  est  donc  aimé  de  Dieu  (U).  » 

«  Lève  les  yeux  vers  le  ciel,  A  homme,  s'écrie  Herder,  et  réjouis- toi,  en  remolant, 
de  l'immense  supériorité  que  le  Créateur  du  monde  t'a  donnée,  et  qu'il  a  établie 
«ur  un  principe  aussi  simple  que  la  station  droite.  Si  tu  marchais  incliné  vers  la  terre 


l 

même  -  ,. 

core  paru  dans  le  monde...  Comparez  la  formation  de  Tbomme  avec  celle  des  autres  ouvrages  de  la 


niaÎD  qui  Ta  mise  en  couvre,  et  vous  vous  écrierez  ,  avec  Saiomon  :  Ct$l  quelque  cho$e  de  grand  que 
l homme!  i 

(11)  Saint  3i\ji  Chrtsosto»,  serm.  3  m  Gffi.,  et  hom.  8  in  €en 

(li)  Saint  Jean  Corysostohe,  hom.  11  ad  Pap.  Antiock. 

(13)  Saint  BÀSirE. 

(Il)  CUMc.'iT  iVAlexandric. 


f7  INTRODUCTION.  M 


i« 


rommc  ranimai,  si  ta  tête  était  grossièrement  formée  pour  le  (roût  et  Todorat,  si  la  struc- 
ture de  tes  membres  répondait  à  ces  transformations,  que  deviendrait  la  puissance  immor- 
telle de  ta  pensée?  Combien  Timagede  la  Divinité  en  toi  ne  serait-elle  pas  dégradée?...  Mais 
en  formant  tes  membres  pour  Tattitude  droite,  la  nature  a  tracé  les  nobles  contours  de  ta 
tète;  elle  en  a  marqué  dignement  la  place,  et  a  commandé  au  cerveau,  ce  germe  délicat  et 
éthéré  du  del,  d'en  remplir  les  capacités  et  d'étendre  au  loin  ses  branches.  Le  front  s*élève, 
riche  de  pensées  et  de  souvenirs;  les  organes  animaux  se  retirent  et  font  place  à  la  forme 
humaine.  A  mesure  que  le  cerveau  s'élève,  l*oreille  descend  :  elle  est  plus  étroitement  unie 
k  l'oeil,  et  ces  deox  sens  ont  un  fccès  plus  intime  auprès  de  l'enceinte  sacrée  où  se  forment 
les  idées.  Le  cervelet,  la  moelle  épinière  et  les  principes  vitaux  des  sens  qui  dominent 
dans  l'animal  sont  subordonnés  à  l'encéphale.  Les  ravons  qui,  par  leur  arrangement  mer- 
reilleux  forment  les  corps  striés  (15),  sont  mieux  marqués  et  plus  délicats  dans  l'homme; 
ce  qui  indique  qu'une  lumière  infiniment  plus  pure  se  concentre  dans  cette  région  et  part 
de  là  en  divergeant.  C'est  ainsi,  pour  me  servir  de  cette  image,  que  se  forme  la  plante 
qui,  donnant  naissance  au  bouton  de  la  moelle  épinière,  s'épanouit  en  une  fleur  éthérée 
dont  le  germe  ne  pouvait  se  trouver  que  dans  cet  arbre  céleste,  m 

Nous  ne  pouvons  mieux  terminer  ces  considérations  si  incomplètes  sur  l'homme  or- 
ganique que  par  un  morceau  de  Bossuet,  qui  sera  comme  le  magnifique  couronnement  de 
celte  Introduction  : 

«  Quiconque  connaîtra  I*homme  verra  que  c'est  un  ouvrage  de  grand  dessein,  qui  ne 
pouvait  être  ni  conçu  ni  exécuté  que  par  une  sagesse  profonde. 

«  Tout  ce  qui  montre  de  l'ordre,  des  proportions  bien  prises,  et  des  moyens  propres  k 
produire  certains  effets,  montre  aussi  une  fin  expresse,  par  conséquent  un  dessein  formé, 
une  intelligence  réglée  et  un  art  parfait. 

«  C'est  ce  qui  se  remarque  dans  toute  la  nature.  Nous  voyons  tant  de  justesse  dans  ses 
mouvements  et  tant  de  convenance  entre  ses  parties,  que  nous  ne  pouvons  nier  qu'il  n'y  ai! 
de  l'art  ;  car  s'il  en  faut  pour  remarquer  ce  concert  et  cette  justesse,  à  plus  forte  raison  pour 
rétablir.  C'est  pourquoi  nous  ne  voyons  rien  dans  l'univers  que  nous  ne  soyons  portés  k 
demander  pourauoi  cela  est,  tant  nous  sentons  naturellement  que  tout  a  sa  convenance  et 
sa  fin. 

«  Mais,  de  tous  les  ouvrages  de  la  nature,  celui  où  le  dessein  est  le  plus  suiri,  c'est  sans 
doute  l'homme.  Son  corps  devait  être  composé  de  beaucoup  d'organes  ca|:ables  de  recevoir 
les  impressions  des  objets  et  d'exercer  des  mouvements  proportionnés  à  ces  impressions. 
Ce  dessein  est  parfaitement  exécuté. 

■  Tout  est  ménagé  dans  le  corps  humain  avec  un  artifice  merveilleux.  Le  corps  reçoit  da 
tous  les  cdtés  les  impressions  des  objets  sans  en  être  blessé.  On  lui  a  donné  des  organes 
pour  éviter  ce  qui  l'ofl^ense  ou  le  détruit,  et  les  corps  environnants  qui  font  sur  hii  cet  effet» 
font  encore  celui  de  lui  causer  de  l'éloignement.  La  délicatesse  des  parties,  quoiqu'elle 
aille  k  une  finesse  inconcevable,  s*accorde  avec  la  force  et  avec  la  solidité.  Le  jeu  des  res- 
sorts n'est  pas  moins  aisé  que  ferme;  à  peine  sentons-nous  battre  notre  cceur,  nous  qui  sen- 
tons les  moindres  mouvements  du  dehors,  si  peu  qu'ifs  viennent  à  nous;  les  artères  vont, 
le  sang  circule,  les  esprits  coulent,  toutes  les  parties  s'incorporent  leur  nourriture  sans 
troubler  notre  sommeil,  sans  distraire  nos  pensées,  sans  exciter  tant  soit  peu  notre  senti- 
ment :  tantlNeu  a  mis  de  règle  et  de  proir-ortion.  de  délicatesse  et  de  douceur  dans  de  si 
grands  mouvements. 

<  Ainsi  nous  pouvons  dire  avec  assurance  que,  de  toutes  les  proportions  qui  se  trou- 
vent dans  les  corps,  celles  des  corps  organiques  sont  les  pins  parfaites  et  les  |dus 
palpables. 

«  Tant  de  parties  si  bien  arrangées  et  si  propres  aux  usages  pour  lesquels  elles  sont 
faites,  la  disposition  des  valvules,  le  battement  du  cœur  et  des  artères,  la  délicatesse  des 

(15)  On  appelle  ainsi  une  portion  du  cerveau. 


09  INTRODUCTION.  IM 

parties  du  cerveau,  et  la  variété  de  ses  mouvements,  d'où  dépendent  tous  les  autres  ;  la 
distribution  du  sang  et  des  esprits,  les  effets  différents  de  la  respiration,  qui  ont  un  si 
grand  usage  dans  le  corps  ;  tout  cela  est  d'une  économie,  et,  s'il  est  permis  d'user  de  ce 
mot,  d'une  mécanique  si  admirable,  qu'on  ne  la  peut  voir  sans  ravissement,  ni  assez 
admirer  la  sagesse  qui  en  a  établi  les  règles. 

«  Il  n'y  a  guère  de  machine  qu'on  ne  trouve  dans  le  corps  humain.  Pour  sucer  quelque 
liqueur,  les  lèvres  servent  de  tuyau,  et  la  langue  sert  de  piston.  An  poumon  est  attachée 
la  trachée-artère ,  comme  une  espèce  de  flûte  douce  d'une  fabrique  particulière,  qui, 
s'ouvrant  plus  ou  moins,  modifie  l'air  et  diversifie  les  tons.  La  langue  est  un  archet  qui, 
.  battant  sur  les  dents  et  sur  le  palais,  en  tire  des  sons  exquis.  L'œil  a  ses  humeurs  et  son 
cristallin  ;  les  réfractions  s'y  ménagent  avec  plus  d'art  que  dans  les  verres  les  mieux 
taillés.  Il  a  aussi  sa  prunelle,  qui  se  dilate  et  se  resserre  ;  tout  s'englobe,  s'allonge  ou 
s  aplatit ,  selon  l'axe  de  la  vision,  pour  s'ajuster  aux  distances,  comme  les  lunettes  à 
longue  vue.  L'oreille  a  son  tambour,  où  une  peau  aussi  délicate  que  bien  tendue  résonne 
au  mouvement  d'un  petit  marteau  que  le  moindre  bruit  agite  ;  elle  a,  dant  un  os  fort  dur, 
des  cavités  pratiquées  pour  faire  retentir  la  voix  de  la  môme  sorte  qu'elle  retentit  parmi 
les  rochers  et  dans  les  échos.  Les  vaisseaux  ont  leurs  soupapes  ou  valvules  tournées  en 
tous  sens;  les  os  et  les  muscles  ont  leurs  poulies  et  leurs  leviers  :  les  proportions  qui  font 
et  les  équilibres  et  la  multiplication  des  forces  mouvantes,  y  sont  observées  dans  une  jus- 
tesse où  rien  ne  manque.  Toutes  les  machines  sont  simples;  le  jeu  en  est  si  aisé,  et  la 
structure  si  délicate,  que  toute  autre  machine  est  grossière  en  comparaison. 

«  A  rechercher  de  près  les  parties,  on  y  voit  de  toutes  sortes  de  tissus;  rien  n'est  mieux 
filé,  rien  n'est  mieux  passé,  rien  n'est  serré  plus  exactement. 

«c  Nul  ciseau,  nul  tour,  nul  pinceau  ne  peut  approcher  de  la  tenuresse  avec  laquelle  la 
nature  tourne  ei  arrondit  ses  sujets. 

«t  Tout  ce  que  peut  faire  la  séparation  et  le  mélange  des  liqueurs ,  leur  précipitation, 
leur  digestion,  leur  fermentation,  et  le  reste,  est  pratiqué  si  habilement  dans  le  corps  hu- 
main, qu'auprès  de  ces  opérations  la  chimie  la  plus  fine  n'est  qu'une  ignorance  grossière. 

«  On  voit  à  quel  dessein  chaque  chose  a  été  faite,  pourquoi  le  cœur,  pourquoi  le  cer- 
veau, pourquoi  la  bile,  pourquoi  le  sang,  pourquoi  les  autres  humeurs.  Qui  voudra  dire 
que  le  sang  n'est  pas  fait  pour  nourrir  l'animal;  que  l'estomac  et  les  sucs  sécrétés  par  les 
glandes  ne  sont  pas  faits  pour  préparer  par  la  digestion  la  formation  di^  sang;  que  les 
artères  et  les  veines  ne  sont  pas  faites  de  la  manière  qu'il  faut  pour  le  contenir,  pour  le 
porter  partout,  pour  le  faire  circuler  continuellement;  que  le  cœur  n'est  pas  fait  pour  don- 
ner le  branle  à  cette  circulation  ?  Qui  voudra  dire  que  la  langue  et  les  lèvres,  avec  leur 
prodigieuse  mobilité,  ne  sont  pas  faites  pour  former  la  voix  en  mille  sorte  d'articulations, 
ou  que  la  boucfie  n'a  pas  été  mise  à  la  place  la  plus  convenable  pour  transmettre  la  nour- 
riture à  l'estomac;  que  les  dents  n'y  sont  pas  placées  pour  rompre  cette  nourriture  et  la 
rendre  capable  d'entrer,  que  les  eaux  qui  coulent  dessus  ne  sont  pas  propres  à  la  ramollir 
et  ne  viennent  pas  pour  cela  à  point  nommé,  ou  que  ce  n'est  pas  pour  ménager  les  organes 
et  la  place  que  la  bouche  est  pratiquée  de  manière  que  tout  y  sert  également  à  la  nourri- 
ture et  à  la  parole?  Qui  voudra  dire  ces  choses,  fera  mieux  de  dire  encore  qu'un  bfttime&t 
n'est  pas  fait  pour  loger  ,  et  que  ses  appartements,  ou  engagés  ou  dégagés,  ne  sont  pas 
construits  pour  la  commodité  de  la  vie,  ou  pour  faciliter  les  ministères  nécessaires  ;  en  un 
mot,  il  sera  un  insensé  qui  ne  mérite  pas  qu'on  lui  parle. 

«(  Si  ce  n'est  peut-être  qu'il  faille  dire  que  le  corps  humain  n'a  point  d'architecte,  parce 
qu'on  n'en  voit  point  l'architecte  avec  les  yeux,  et  qu'il  ne  suffit  pas  de  trouver  tant  de 
raison  et  tant  de  dessein  dans  sa  disposition,  pour  entendre  quil  n'est  pas  fait  sans  raison 
et  «ans  dessein. 

a  Plusieurs  choses  font  remarquer  combien  est  grand  et  profond  l'artifice  dont  il  est 
construit. 

«  Les  savants  et  les  ignorants,  s'ils  ne  sont  tout  à  fait  stupides,  sont  également  saisis 
d'admiration  en  le  voyant.  Tout  homme  qui  le  considère  par  lui-même  trouve  faible  toul 
ce  qu*il  a  ouï  dire,  et  un  seul  regard  lui  en  dix  plus  que  tous  les  discours  ef  tous  les  livres. 


101  nnnoDUcmN.  los 

«  Depuis  tant  de  temps  qu*oo  regarde  et  qu*on  étudie  curieusement  le  oorps  bornai  u, 
quoiqu'on  sente  que  tout  y  a  sa  raison,  on  n  a  pu  encore  panrenir  à  en  pénétrer  le  fon*f . 
Plus  on  le  considère,  plus  on  trouTe  de  choses  nouTellcs ,  plus  beUes  que  les  premières, 
qu'on  avait  tant  admirées;  et  quoiqu'on  trouve  très-grand  ce  qu'on  a  d^k  découvert,  on 
voit  que  ce  n'est  rien  en  comparaison  de  ce  qui  reste  à  chercher. 

«  Par  exemple,  qu*on  voie  les  muscles  si  forts  et  si  tendres,  si  unis  pour  agir  au  concours, 
si  dégagés  pour  ne  se  point  mutuellement  embarrasser,  avec  des  filets  si  artistement  tissus  et 
si  bien  tors,  comme  il  faut  pour  faire  le  jeu  ;  au  reste,  si  bien  tendus,  si  bien  soutenus,  si 
proprement  placés,  si  bien  insérés  où  il  faut ,  assurément  on  est  ravi,  et  on  ne  peut  quitter 
un  si  beau  spectacle,  et,  malgré  qu'on  en  ait,  un  si  grand  ouvrage  parle  de  son  artisan. 
£t  cependant  tout  cela  est  mort,  faute  de  voir  par  oii  les  esprits  s'insinuent,  comment  ils 
tirent,  comment  ils  relâchent,  comment  le  cerveau  les  forme,  et  comment  il  les  envoie  à 
leur  adresse  fixe,  toutes  choses  qu'on  voit  bien  qui  sont,  mais  dont  le  sei^ret  principe  et  le 
maniement  n'est  pas  connu. 

«  Et  parmi  tant  de  spéculations  faites  par  une  curieuse  anatomie,  s'il  est  arrive  quelque*" 
fois  à  ceux  qui  sy  sont  occupés  de  désirer  que,  pour  plus  de  commodité,  les  dioses  fussent 
autrement  qu'ils  ne  les  voyaient,  ils  ont  trouvé  qu'ils  ne  faisaient  un  si  vain  désir  que 
faute  d'avoir  tout  vu;  et  personne  n'a  encore  trouvé  qu'un  seul  os  dût  être  figuré  autrement 
qu'il  n'est,  ni  être  articulé  autre  part,  ni  être  emboîté  plus  commodément,  ni  être  percé 
Ml  d'autres  endroits,  ni  donner  aux  muscles  dont  il  est  l'appui  une  place  plus  propre  à  s'y 
enclaver,  m  enfin  qn'il  y  eût  aucune  partie  dans  tout  le  corps  à  qui  on  pût  seuleiçent  dé* 
sirer  ou  une  autre  constitution  on  une  autre  place. 

«  Ainsi,  nos  corps,  dans  leur  formation  et  dans  leur  conservation,  portent  la  marqua 
d'une  invention,  d'un  dessein,  d'une  industrie  admirable.  Tout  y  a  sa  raison,  tout  y  a  sa 
fin  ,  tout  y  a  sa  proportion  et  sa  mesure,  et  par  conséquent  tout  y  est  fait  avec  art  et  avec 
une  sagesse  profonde.  » 

IX. 

Qu'on  nous  permette  un  dernier  mot,  non  plus  sur  l'organisation,  mais  sur  la  puissan.^e 
et  la  grandeur  de  l'homme  au  sein  de  la  nature  terrestre. 

Peut-être  méditant  sur  l'homme,  dans  les  accès  d'une  sombre  misanthropie,  vous  est-il 
arrivé  quelquefois  d'abaisser  jusque  dans  la  poussière  le  diadème  de  sa  destinée  ;  eh  bien  ! 
malgré  ses  fidblesses,  malgré  ses  misères,  l'homme  est  une  (Buvre  grande  et  sublime,  il  est 
vraiment  le  vice-roi  de  la  nature.  Considéré  organiquement,  il  est  le  centre  vers  lequel 
rayonnent  toutes  les  formes  de  la  série  des  êtres  animés,  comme  étant  sur  la  terre  la  beauté 
la  plus  parfaite  et  l'image  la  plus  élevée  de  la  Divinité.  Ainsi,  dans  l'air  et  au  fond  des 
cmx,  sur  les  hauteurs  et  dans  les  abtmes,  les  êtres  innombrables  appartenant  à  la  création 
animée  peuvent  être  regardés  comme  autant  d'expressions  des  pensées  de  Dieu  et  de  ses 
inventions,  conformément  à  un  type  suprême  d'art  et  de  sagesse,  et  nous  voyons,  pour 
ainsi  dire,  les  animaux  s'avancer  vers  l'homme,  comme  ils  s'avançaient  vers  le  premier 
père  de  notre  race,  et  s'approcher  pas  à  pas  de  sa  forme. 

QuanJ  l'Auteur  des  choses  eut  achevé  son  ouvrage,  et  qu'il  eut  épuisé  en  apparence 
toutes  les  formes  fiossibles  sur  notre  terre,  il  s'arrêta  et  contempla  le  produit  de  ses  mains  ; 
et  comme  il  vil  que  la  terre  manquait  encore  de  son  principal  ornement,  de  son  souve- 
rain et  d'un  second  créateur,  il  prit  conseil  en  lui-même,  il  combina  entre  elles  les  formes 
et  composa  son  chef-d'œuvre,  la  beauté  humaine.  Avec  une  affection  de  père,  il  tendit  la 
main  à  la  dernière  créature  de  sa  pensée,  et  lui  dit  :  Sois  debout  sur  la  terre  !  abandonné 
à  toi-même,  tu  eus  été  un  animal  semblable  aux  autres  animaux;  mais,  par  mon  appui  et 
mon  amour,  marche  la  tête  levée,  et  sois  le  dieu  des  animaux. 

L'homme,  sur  la  terre,  achève  l'ouvrage  que  Dieu  l'a  chargé  de  terminer  :  sa  main  se 
promène  avec  une  infatigable  persévérance  sur  la  surface  rude  et  ébauchée  du  globe  pour 
(n  |K)lir  ;  et  si  le  monde  terrestre  est  l'œuvre  de  Dieu,  il  est  aussi  en  un  certain  sens  l'œuvre 
liç  l'homme;  car  partout  déjà  sa  volonté  et  sa  puissance  ont  laissé  leur  trace  et  leur  em- 


405  INTftWWCTfON.  m 

prcinte  (16).  Aui  brausMÎRes  et  aux  forêts,  qui  hérissarent  le  front  de  notre  planète  couimo 
une  crinière  sauvage,  succède  une  douce  et  ondoyante  chevelure  de  moissons  et  de  prai- 
ries  ;  les  fleuves  obéissent  à  la  voix  et  reçoivent  de  nouveaux  lits  ;  les  torrents  vagabonds 
dans  les  plaines  se  resserrent  entre  des  rivages  escarpés  comme  une  digue  de  rochers;  de 
nouvelles  lignes  d*eau  se  dessinent  et  sillonnent  la  terre  de  leurs  bassins  et  de  leurs  canaui; 
l^s  montagnes  s*aplanissent  ;  tes  rochers,  frappés  par  la  verge  des  sondeurs,  laissent  jaillir 
des  fontaines  ;  et  Thomme,  devenu  créateur  de  la  lumière,  éclaire  dans  la  nuit  la  face  de  sa 
planète,  qui,  parée  de  ses  lanternes,  se  promène  silencieusement  parmi  les  ténèbres  de 
Tespace. 

L'homme  tient  à  tout,  il  est  la  chaîne  de  communication  entre  tout  ce  qui  existe.  L'ani- 
mal, la  plante,  sont  circonscrits  dans  leur  sphère;  la  nôtre  embrasse  l'univers  par  nos  be- 
soins naturels  ou  factices,  par  nos  connaissances  et  par  le  commerce;  nous  sommes  l'âme 
du  monde  physique.  L'homme,  par  le  nombre  et  par  ses  flicultés,  s'est  a^cquis  la  prépondé- 
rance sur  la  terre;  il  est  devenu  le  dominateur  des  continents  et  des  mers.  C'est  à  lui  seul 
qu'appartient,  dans  la  nature,  le  droit  de  vrincre  et  de  régner;  il  en  est  digne  par  son 
génie  et  maître  par  ses  facultés.  Quels  animaux  peuvent  lui  disputer  le  trône?  11  n'a  point 
fondé  ses  droits  sur  la  violence,  mais  ils  sont  établis  sur  son  mérite  et  sur  ses  qualités.  Si 
Tempire  appartenait  uniquement  à  la  force,  le  lion  et  Téléphant  combattraient  pour  le 
sceptre  du  monde,  la  baleine  et  le  requin  se  disputeraient  la  domination  de  l'Océan;  mais 
tous  reconnaissent  la  supériorité  de  ihomme;  sa  main  sait  asservir  le  tigre,  soumettre 
l'éléphant,  harponner  la  baleine;  la  balle  va  dompter  l'orgueil  de  l'aigle  au  sein  des  airs; 
les  bêtes  les  plus  farouches,  les  tyrans  de  la  terre  et  des  airs,  les  monstres  ae  l'Océan 
fuient  sa  présence  ou  tremblent  à  sa  voix.  Il  donne  la  loi  aux  puissantes  baleines,  et  fait 
agenouiller  l'éléphant  à  ses  pieds  1  Sa  supériorité  est  telle  sur  les  animaux,  qu'il  leur  est 
plus  avantageux  de  s'en  faire  oublier,  comme  l'insecte,  que  de  lui  résister,  comme  le  lion 
et  le  rhinocéros  (17). 

A  mesure  que  l'homme  s'est  répandu  sur  le  globe,  non-seulement  il  a  diminué  l'étendue 
sur  laquelle  s'étaient  retirés  les  animaux  encore  libres,  mais  toutes  leurs  forces  ont  été, 
pour  ainsi  dire,  comprimées  par  le  défaut  d'espace,  de  sûreté  et  de  nourriture.  Leurs  associa- 
tions ont'été  dispersées  à  l'approche  de  la  société  humaine,  qui  n'a  pas  souffert  de  rivale  (18). 
Son  génie  a  dompté  tous  ceux  dont  il  a  cru  pouvoir  tirer  quelque  servicéf  :  il  a  modifié 
leur  naturel,  altéré  leurs  goûts,  cliangé  leurs  appétits;  il  les  a  dominés  au  point  de  n'avoir 
plus  besoin  d'autre  chaîne  que  celle  de  l'habitude  pour  les  retenir  auprès  de  sa  demeure.  Il 
lef  a  faits  ses  esclaves,  et,  après  s'être  emparé  de  leurs  forces,  de  leur  adresse  ou  de  leur 
agilité,  il  a  donné  à  l'agriculture  le  bœuf,  au  commerce  l'Ane,  si  patient,  et  le  chameau,  ce 
vaisseau  vivant  des  immenses  mers  de  sable;  à  la  guerre,  l'éléphant;  à  l'agriculture,  au 
commerce,  à  la  guerre,  à  la  chasse,  le  cheval  généreux  et  le  chien  fidèle  ;  à  ses  goûts,  le 
lièvre,  le  cabiai,  le  cochon,  le  chevreuil,  le  pigeon,  le  coq  des  contrées  orientales,  le  faisan 
de  l'antique  Colchide,  la  pintade  de  l'Afrique,  le  dindon  de  l'Amérique,  les  canards  des 
deux  mondes,  les  perdrix,  les  cailles  voyageuses,  l'agami,  les  tortues,  les  poissons;  aux  arts, 
les  fourrures,  les  martres,  les  dépouilles  du  lion,  (Ui  tigre  et  de  la  panthère,  les  poils  du 
castor,  ceux  de  la  vigogne  et  des  diverses  chèvres,  la  laine  des  brebis,  l'ivoire  de  l'élé- 


r 


(IG)  Dieu  nous  a  donné  la  substance  des  choses;  il  en  a  abandonné  les  modifications  à  notre  travail  et  à 
industrie  de   Thommo.  Par  exemple,  il  a  fait  croître  le  blé,  c'est  à  Tbomme  à  le  chanser  en  paiii. 


Dieu  nous  donne  la  vigne  ;  il  ne  nous  donne  pas  le  vin  ;  la  laine  qui  sert  à  nous  vèlir ,  c'est  à  nous  â 
faire  le  vêlement;  la  pierre,  et  non  Tédifice.  Parce  qu'il  créa  Thomme  à  son  image,  il  semële  rassocier 
à  l'œuvre  de  la  création.  C'est  lui  qui  a  produit  les  matériaux  ;  c'est  par  les  mains  de  l'homme  qu'il  achève 
la  création  et  embellit  la  nature.  Tout-puissant  parce  qu'il  est  Dieu,  il  a  fait  éclore  du  sein  du  néant  cha- 
cune des  substances  génératrices  ;  l'Iuimme  fait  naître  de  leur  sein  ce  qui  n*existait  pas.  —  Voy.  S.  J. 
Chrysost.,  De  dicto  Abraham, 

(17)  *  On  conviendra  que  le  plus  stupîde  des  hommes  suffit  pour  conduire  le  plus  spirituel  des  animaux  ; 
il  le  commande  et  le  fait  servir  à  ses  usages ,  et  c'est  moins  par  force  et  par  adresse  que  par  supériorité 
de  nature  et  parce  qu'il  k  un  projet  raisonné,  uu  ordre  d'actions  et  une  suite  de  moyens  par  lesquels  il 
contraint  l'animal  à  lui  obéir,  car  nous  ne  vovons  pas  que  les  animaux  qui  sont  plus  forts  et  plus  adroits 
commandent  aux  autres  et  les  fassent  servir  ^  leur  usage.  >  (BtTproiv.) 

(18)  f  Us  se  retirent  devant  lui  à  mesure  qu'il  étend  les  limites  de  son  domaine.  Le  déserf  est  tout  ce 
quil  leur  faut,  et  ils  le  céderont  encore  à  rhonime  au  jour  où  il  lui  plaira  d'y  planter  sa  iciiie.  • 
(UESCOt'iTS,  L'homme  et  la  création^  etc.) 


4iS  INTRODUCTION.  100 

pbantt  de  IT.ippopotame,  du  morse,  les  défenses  du  narwol,  Thoile  des  phoques,  des  la- 
mantins, des  cétacés,  le  blanc  des  cachalots,  les  fanons  des  baleines,  la  substance  odorante 
du  musc,  le  duret  de  Teider,  la  plume  de  l'oie,  Taigrette  du  héron,  les  pennes  frisées  de 
l'autruche,  les  écailles  du  caret,  et  jusqu'à  celles  de  l'argentine. 

II  ne  s'est  pas  contenté  d'user  et  d'abuser  ainsi  de  tous  les  produits  de  tant  d'espèces  qu*il 
s'est  assujetties,  il  les  a  formées  k  contracter  des  alliances  que  la  nature  n*ayait  point  or- 
données :  il  a  mêlé  celles  du  cheval  et  de  l'âne,  et  il  en  a  eu,  pour  les  transports  difficiles» 
le  mulet  et  le  bardeau.  Il  a  augmenté,  diminué,  modifié,  combiné  les  formes  et  les  cou- 
leurs de  tous  les  animaux  sur  lesquels  il  a  vouhi  exercer  le  plus  d'empire.  S'il  n'a  pu  arra- 
dier  à  la  nature  le  secret  de  créer  des  espèces,  il  a  produit  des  races  par  la  distribution  de 
la  nourriture,  l'arrangement  de  l'asile,  le  choix  des  m  Aies  et  des  femelles.  Surtout  par  la 
constance,  cet  emploi  magique  de  la  force  irrésistible  du  temps,  il  a  fait  naître  de  grandes 
rariétés  dans  l'espèce  du  chien,  plusieurs  dans  celles  de  la  brebis,  du  boeuf,  de  la  chèrre, 
du  bouc,  un  grand  nombre  dans  celle  du  coq,  une  multitude  dans  celle  du  pigeon.  On  con- 
naît les  différentes  races  par  le  moyen  desquelles  le  cheval  arabe  s^cst  diversifié  sous  la 
main  de  l'homme,  depuis  les  climats  très-chauds  de  l'Afrique  et  de  l'Asie  jusque  dan5  le 
Danemark  et  les  autres  contrées  septentrionales.  Et  lorsque  Thomme  n*a  pu  soumettre 
qu'impar&itement  les  ammaux,  n'a-t-il  pas  su  encore  employer  l'aliment  qu'il  a  donné,  la 
retraite  qull  a  offerte  ou  la  sAreté  (pi'il  a  garantie,  à  se  délivrer  des  rats  par  le  chat,  des 
reptiles  dangereux  par  les  ibis  et  les  cigognes,  d'insectes  dévastateurs  par  les  coucous  et  les 
mainotes,  etc.? 

Uatlention,  l'adresse  et  le  temps,  domptent  les  animaux  les  plus  impatients  du  joug.  Par 
rabondan(%  de  l'aliment,  la  convenance  de  la  température  et  les  commodités  de  l'habitation, 
des  animaux  nouvellement  connus,  tels  que  la  vigogne  du  Chili  et  la  chèvre  de  Cachemire^ 
fournissent  un  poil  doux,  soyeux,  léger,  très-l>rillant,  à  des  ateliers  que  des  machines  in- 
génieuses rendent  chaque  jour  plus  avantageux.  La  science  indique  à  1  agriculture  et  les 
propriétés  des  divers  terrains  et  les  qualités  des  semences  qui  varient  les  recettes  et  multi- 
plient les  produits  par  leur  convenance  avec  le  sol;  et  les  herbes  destinées  à  former  les 
prairies  les  plus  nourricières;  et  les  animaux  dont  l'adresse,  la  force,  la  tempérance  et  la 
docilité  peuvent  le  plus  alléger  ses  travaux  ;  et  les  arbres  que  les  vergers  réclament,  et  jus- 
qu'aux fleurs  qui  doivent  embellir  les  jardins  et  couronner  les  heureuses  tentatives. 

A  mesure  que  les  temps  se  succèdent,  les  difficultés  diminuent,  les  obstacles  disparais- 
sent, les  ressources  s'accroissent;  chaque  découverte,  chaque  perfectionnement,  chaque 
succès  en  enfante  de  nouveaux.  L'art  de  la  navigation  s'agrandit,  la  mécanique  lui  fournit 
des  vaisseaux  plus  agiles.  Les  rivalités  des  peuples,  les  jalousies  du  commerce,  les  fureurs 
mêmes  de  la  guerre,  n'élèvent  plus  de  liarrières  au-devant  des  hommes  éclairés  qui  cher- 
chent de  nouvelles  sources  dlnstruction.  La  physique  et  l'hydraulique  créent  de  nouveaux 
moyens  de  descendre  sans  périls  dans  les  profondeurs  de  la  terre.  Des  canaux,  conduits 
aux  travers  des  chaînes  de  montagnes,  lient  les  bassins  des  fleuves,  et  forment  pour  les 
voyages  et  les  transports  un  immense  réseau  de  routes  et  de  communications  faciles.  Les 
observations  ISûtes  dans  les  contrées  les  plus  éloignées  les  unes  des  autres  peuvent  être 
comparées  avec  précision.  La  chimie  ne  cesse  de  découvrir  ou  de  former  de  nouvelles  subs- 
tances. La  cristallographie  dévoile  la  structure  des  minéraux;  un  métal  longtemps  inconnu 
sur  une  terre  lointaine  sert  à  perfectionner  le  système  des  mesures  par  l'invariabilité  des 
modèles,  les  arts  chimiques  par  l'inaltérabilité  des  creusets,  l'astronomie  et  l'art  nautique 
par  la  pureté  des  miroirs  du  télescope.  On  transporte  au  delà  des  mers  les  v^étaux  les  plus 
délicats  sans  leur  6ter  la  vie  :  le  café,  le  tabac,  le  thé,  le  sucre,  les  épiceries,  portés  avec 
soin  et  cultivés  avec  assiduité  dans  des  pays  analogues  à  leurs  propriétés,  donnent  aux 
échanges  une  direction  plus  régulière,  affranchissent  les  nations  d'une  dépendance  rui- 
neuse, et  distribuent  avec  plus  d'égalité  les  fruits  du  travail  parmi  les  peuples  civilisés. 

Quelles  images,  quels  tableaux,  quelle  source  inépuisable  de  sujets  d'imitation,  d*acces- 
soires  pour  les  faire  ressortir,  et  d'ornements  pour  les  embellir,  Téloquence  et  la  poésie  ne 
tiouvent-elles  pas  dans  le  spectacle  de  la  nature  ainsi  dévoilée  et  dans  l'admirable  variété 
de  ses  productions  rassemblées  de  toutes  parts?  Quelle  puissance  k  chanter  par  les  Homères 

PiCnONN.  D*A5TH1lOPOL04*re.  4 


407  l.NTRODUCTSON.  IQg 

ot  les  Virgilcs  moUemes,  que  celle  do  cette  même  nature  physique  combattant  ^nlrc  le 
temps  I  Quel  secours  pour  Thistorien  des  sociétés  humaines,  incertain  sur  l'origine^  la  du- 
rée ou  la  succession  des  événements,  que  Tétude  de  ces  sublimes  annales  que  la  nature  a 
gravées  elle-même  sur  le  sommet  des  monts,  dans  les  profondeurs  des  mers  et  dans  les  en- 
trailles de  la  terre! 

Une  des  grandes  causes  des  progrès  de  cette  civilisation  qui  a  donné  &  l'homme  un  si 
grand  empire  a  été  ce  besoin  de  penser,  de  réfléchir,  de  méditer,  qu'ont  dû  éprouver  ceui 
qui  ont  joui  d'un  sort  paisible  et  de  beaucoup  de  loisir.  Plus  frappés  des  divers  phéno- 
mènes qui  les  ont  environnés  que  les  autres  hommes,  et  ne  pouvant  résister  au  désir  d'en 
tiécouvrir  les  causes,  ils  ont  examiné  avec  soin  et  comparé  avec  assiduité  les  objets  de  leur 
attention,  et,  de  comparaison  en  comparaison,  ils  se  sont  élevés  à  ces  idées  générales  qui 
deviennent  si  fécondes  lorsqu'on  les  rapproche  les  unes  des  autres  pour  en  distinguer  tous 
les  rapports  et  en  déduire  toutes  les  conséquences.  C'est  alors  que  l'imagination  s'anime 
et  que  le  génie  s'élève.  Le  courage  entreprend  de  surmonter  tous  les  obstacles  ;  ni  les  dis- 
tances, ni  les  nrantagnes,  ni  les  forêts,  ni  les  déserts,  ni  les  fleuves,  ni  les  mers,  rien  ne 
Tarrète.  Le  hasard,  Terpérience  et  le  calcul  donnent  au  verre  les  qualités  et  la  forme  qui 
Aj^randissent  dans  le  fond  de  l'œil  Timage  des  objets  que  leur  distance  trop  grande  ou  leurs 
dimensions  trop  petites' auraient  dérobés  à  leur  vue.  L'active  curiosité  pénètre  dans  les 
profondeurs  des  cieux  et  dans  l'intérieur  des  productions  de  la  nalure.  Le  génie  s'avance, 
pour  ainsi  dire,  comme  un  géant  suivi  d'une  légion  d'hommes  illustres;  il  enflamme  cette 
troupe  immortelle,  ce  bataillon  sacré  qui  combat  pour  accroître  le  domaine  de  la  science* 
OujcIs  trophées  élèvent  ces  hommes  si  favorisés  de  la  nature,  dont  les  rangs  se  muLiplient 
et  s'étendent  sans  cesse  I  Le  môme  souffle  inspirateur  les  anime,  les  mèaies  rayons  les  en- 
vironnent. 

Oui,  l'homme  est  grand,  surtout  par  les  lois  de  sa  nature  intellectuelle,  par  le  degré  de 
perfection  où  ses  facultés  peuvent  atteindre.  Voyez-le  exerçant  son  génie  dans  tous  les 
arts,  dans  toutes  les  sciences,  élevant  sa  pensée  aux  plus  hautes  conceptions;  tantôt,  d'une 
voix  solennelle,  il  chante  dans  un  poëmeDieu,  la  création,  les  grands  hommes  elles 
grandes  choses;  ou,  combinant  les  lois  de  l'harmonie,  dont  le  type  se  révèle  à  lui  dans  le 
murmure  des  mers,  les  soupirs  des  vents,  le  chant  des  oiseaux,  les  mille  bruits  de  la 
nature,  il  compose  de  ravissants  concerts,  éloquente  transformation  de  sa  pensée,  sublime 
expression  des  émotions  de  son  âme  (19)  ;  tantôt,  par  la  magie  de  son  pinceau,  il  déroule 
sur  une  simple  toile  une  perspective  enchantée,  les  scènes  les  plus  variées,  les  plus  pathé- 
tique:^ ;  ou  bien  c'est  le  marbre  qui  s'anime  sous  son  ciseau,  le  bronze  qui  respire  sous  son 
burin,  ou  la  pierre  qui,  dirigée  par  le  fila  plomb  et  l'équcrre,  s'élève  en  magniûques 
palais,  en  dômes  luisants  d'or  qui  fendent  la  nue.  D'autres  fois,  muni  de  merveilleux  ins- 
truments d'optique  qu'il  a  inventés,  il  découvre  de  nouveaux  mondes  dans  des  atomes 
invisibles,  ou  il  interroge  l'immensité  des  cieux,  étudie  les  lois  des  corps  célestes,  couipie 
et  classe  les  astres,  trace  aux  planètes  leurs  orbites,  calcule  leurs  éclipses,  mesure  la  terrt, 
pèse  le  soleil,  et  suit  dans  son  énorme  parabole  la  comète  en  feu.  11  reconnaît  et  promulgue 
les  lois  éternelles  auxquelles  obéissent  tous  ces  globes  immenses,  et  qui  dirigent  tous  les 
mouvements,  règlent  tous  les  équilibres,  déterminent  tous  les  repos.  Il  en  découvre  l'cm- 
irire  dans  tous  les  phénomènes ,  dans  le  poids  de  l'atmosphère  qui  environne  la  terre  et 
dans  les  soulèvements  réguliers  des  mers  qui  la  divisent  en  continents,  dans  les  pluies  qui 
l'arrosent  et  dans  les  orages  qui  la  fécondent.  Par  son  art,  heureux  rival  de  la  nature,  il 
s'empare  de  tous  ses  agents,  maîtrise  l'eau,  l'air,  le  feu,  les  vapeurs  les  plus  subtiles;  sou- 
met toutes  les  substances  à  leur  action ,  en  sépare  les  éléments,  les  examine,  les  réunit  à 
son  gré;  décompose,  analyse  et  recompose  jusqu'aux  rayons  de  la  lumière.  Ailleurs,  plus 
hardi  encore,  il  s'élance  dans  les  hautes  régions  de  la  méta])hysique,  il  recherche  la  nature 

(19)  Avec  quel^pics  points  nairs,  Thomme  peut  tracer  tous  les  sons  qui  frappent  son  tireilic,  depnis  ce» 
sons  graves  qui  inurniurent  comme  un  bruit  souterrain,  jusqu'à  ceux  qui  font  crisper  Pocîe  sous  leurs  vi- 
l»r:itiiiiiK  multipliées.  Il  peut,  dans  le  silence,  évoïucr,  par  cet  art  admirable,  des  voix  sonores  qui  chap- 
»m,  (f  »»  se  croisent  et  s'accordent,  et  cela  en  parcourant  des  yeux  quelques  lignes  muettes  qui  porienl  cfs 
:oiM-«rl»  &  son  oreille  assoupie. 


fO» 


INTRODUCTION. 


lia 


des  êtres,  examine  leurs  rapports  et  la  menreilleuse  harmonie  qui  les  enchaîne;  s'élève 
d'on  bond  jusqu'au  suprême  Auteur  de  Tunivers,  jusqu'à  Dieu,  et  là,  dans  les  splendeurs 
d  où  émane  tout  bien,  toute  vérité^  tout  ordre,  il  sonde  les  mystères  de  la  destinée  des 
âmes,  plonge  ses  regards  dans  les  profondeurs  de  rétemité»  et  redescend  tout  radieux 
d'espérances  immortelles. 

Et  pourtant,  malgré  cette  infinie  rariété  de  connaissances  et  de  sublimes  conceptions» 
Inintelligence  de  l'homme  n'est  pas  saturée  ;  elle  a  faim,  elle  dérore  tom'ours  ;  elle  n*est  ni 
troublée  ni  aflaiblie;  elle  est  au  contraire  plus  heureuse  et  plus  complète.  Que  l'oreille  ne 
se  lasse  pas  d'entendre,  que  la  mémoire  ne  s'emplisse  point  par  l'étude,  que  toutes  les 
sciences  Tiennent  se  décharger  dans  cet  esprit  qui,  comme  l'Océan,  reçoit  toujours  et  ne 
se  déborde  jamais  :  c'est  un  profond  mystère ,  mais  c'est  le  jnystère  de  la  grandeur  et  de 
la  force  humaine. 

«  Seigneur,  que  votre  nom  est  grand  dans  toute  la  terre  I 

«  Tous  avez  élevé  au-dessus  des  deux  le  trdne  de  votre  gloire.  Quand  je  considère  ces 
eieux,  l'ouvrage  de  vos  mains,  la  lune  et  les  étoiles  que  vous  avez  affermies,  je  m'écrie  : 

«  Qu'est'^e  que  l'homme»  pour  mériter  que  vous  vous  souveniez  de  lui  et  que  vous  le 
visitiez!  Tous  Tavez  pour  un  peu  de  temps  abaissé  au-dessous  des  anges;  vous  l'avez  cou« 
ronné  de  gloire  et  d'honneur,  vous  lui  avez  donné  l'empire  sur  les  oeuvres  de  vos  mainSf 
vous  ayez  tout  mis  à  ses  pieds. 

«  Seigneur,  que  votre  nom  est  grand  dans  tonte  la  terre  I  »  (19*) 


CLASSIFICATION  DES  RACES  HUMAINES. 


OmtiL        Lnmi.      BuTinmAïai.     DcnâuL.      DEiiioiimif.  Boar  db  Saiht-  Tmit.     GEtoV.        Ukuttmcm 

YmcEiiT. 


ftjre  bbDche  blanclie.  Csocatieoae.  Caucasiqoa.  Cello-ScjUio-  Iêf»éiïqae^ 
o«  cawaii- JjQRe.  Moogoli()ue.  Hjperborè-  Arabe.  Arabique. 
qoe.  iNègri».        Ethiopiqiie.         enae.         Mongole.        Hindooe. 

JmÊtMt^mmom'Bnme.       Américaine.    Mongole.       Elfaiopienne.  Scyiiqne. 
Monsirven- Malaise.         £Uiio|.tenne.  Earo-Africai-  Siniqnf. 


Ktere       on 
écàioinqnt. 


se* 


Américaine, 
Makiie. 


Hjpêrboré* 
Anatro  -  afri  -     enne. 

eaioe.  Neptuoienne. 

Malaise  ou  0-  Ani4ralasiea* 

céanique.         ne. 
I^pooe.  Co!oiiibiqae. 

Kègre    Océa-  Amériraioe. 

uieooe.         Paiagonoe. 
Anstnlasien*   Eibiopienne. 

ne.  Cnflk'e. 

Colombienne.  M'^lanienni», 
Houenlotc. 


Blancbe.  Blanehe. 
Basanée.  Jiiiiie. 
Koire.      Nègre. 
CttiTrenseUouge. 
Bnine. 
Koiriire. 


Pelsire» 
Finoise. 
SeljTone. 
Gochico  germani« 

que. 
Urcidentsle-Eu* 

ropéenne. 
Grecque  et  Pélat* 

giqoe. 
Arabe. 
Indienne. 
Maure. 
Tartnre  tt  Mon* 

iro'e* 
Noire. 
Bauni'p  du  grand 

Océan. 
Américaine. 
Malaise. 
Noire  de  l'Océan 

PaeiCqiie. 
foire  de  rAfrique 
crienirie. 


(19*)  Pf .  V». 


DICTIONNAIRE 


D'ANTHROPOLOGIE, 


ou 


HISTOIRE  NATURELLE  DE  L'HOMME  ET  DES  RAGES  HUMAINES. 


A 


ABABDEHS.  Yoy.  Ncbiens. 

ABASSIENS  ou  Abases.  Voy.  Aborigènes. 

ABERRATION  DE  SPHÉRICITÉ.  Yoy. 
Œil. 

ABIPONES  ou  CENTAURES  DU  NOU- 
VEAU  MONDE.  Voy,  Méditerranéens. 

ABORIGÈNES.  —  Nom  latin  par  lequel  on 
désigne  tes  habitants  originaires  [ah  oriçfine] 
ou  primitifs  d'une  région. 

Nous  diviserons  cet  article  en  deux  para- 
graphes. Le  premier  comprendra  les  races 
aborigènes  de  rindo;  le  second,  les  restes 
des  nations  aborigènes  dans  les  cantons 
montagneux  de  Touest  de  lancicn  monde. 

§  I.  Race»  aborigènes  de  l'Inde.  —  On 
comprend  sous  cettedénomination  un  certain 
nombre  de  rt^ccs  diverses,  ou,  pour  mieux 
«lire,  de  tribus  qui,  parlant  des  langues  diffé- 
rentes ,  et  n'offrant  d'ailleurs  aucun  signe 
manifeste  d'affinités  mutuelles,  se  trouvent 
^lispersées  dans  diverses  contrées  de  l'Inde. 
Toutes  ces  races  sont  distinctes  des  Indous, 
qui  appartiennent  h  la  souche  indo-euro- 
péenne ou  ariane ,  et  elles  étaient  proba- 
blement répandues  dans  les  contrées  qu'elles 
habitent  maintenant,  ({uoique  peut-être  elles 
y  fussent  Irès-clair  semées,  longtemps  avant 
que  les  ancêtres  des  indous  eussent  traversé 
pour  la  première  fois  le  ffeuvo  Indus. 

Leurs  langues,  d'après  ce  qu'on  en  connaît 
maintenant,  ont  un  système  de  construction 
grammaticale  tout  à  fait  différent  du  sanskrit 
et  des  langues  de  môme  famille.  Plusieurs, 
comme  le  tamoul ,  paraissent  au  contraire 
se  rajjprocher,  à  cet  égaiM ,  des  langues 
parlées  par  les  nations  tarlares.  Sous  le 
rapport  des  caractères  physiques,  ces  nations 
n'appartiennent  pas  toutes  h  un  type  uniaue. 
Quelques -unes  ressemblent  considéraole- 
ment  aut  Indous,  d'autres  se  rapprochent 
de  la  forme  indo-chinoise.  Faire  une  seule 
classe  de  nations  qui  se  ressemblent  aussi 


{►eu,  c'est  sans  doute  confesser  l'imper- 
éction  do  l'ethnologie,  mais  leur  nombre 
est  trop  çrand  pour  qu'on  en  fasse  autant  de 
classes  distinctes,  et  on  ne  doit  pas  même  le 
faire,  puisqu'il  est  certain  qu'on  pourra  les 
ramener  plus  tard  à  un  assez  petit  nombre 
dégroupes;  cette  répartition  d'ailleurs  ne 
pourra  être  tentée  avec  quelque  espoir  de 
succès  qu'après  qu'on  aura  analysé  et  com- 
paré leurs  langues. 

En  attendant ,  et  pour  la  commodité  de 
l'étude  ,  j'établirai  maintenant  les  subdivi- 
sions suivantes  : 

!•  Le  groupe  cingalais,  comprenant  les 
Cmgalais  proprement  dits,  les  Kandiens,  les 
Vaidas,  en  un  mot  tous  les  habitants  de  l'île 
de  Ceylan  qui  n'appartiennent  pas  à  la  race 
tamoule. 

^  La  race  tamoule,  qui  habite  une  partie 
de  l'Ile  de  Ceylan  et  est  répandue  dans  la 
plus  grande  partie  du  Dekhan.  Les  Tamouls 
proprement  dits  occupent  les  parties  méri- 
dionales de  ce  dernier  pays  ;  mais  des  peuples 
séparés  d'eux  par  une  assez  grandie  distance, 
et  qui  parlent  cependant  des  dialectes  de  la 
même  langue ,  se  trouvent  jusque  dans  le 
voisinage  |des  monts  Vind'hya  et  du  fleuve 
Nerboudda ,  qui  forment  la  limite  entre  le 
Dekhan  et  l'Indoustan. 
#»3"  Différentes  tribus  des  montagnes  du 
Dekhan,  sur  lesquelles  on  n'a  pu  encore 
avoir  assez  de  renseignements  pour  déter- 
miner si  elles  sont  de  la  m  Ame  souche  que 
les  Tamouls,  ou  si,  étant  tout  à  fait  ms- 
tinctes  de  ce  peuple,  elles  n'auraient  pas  été 
repoussées  par  lui  dans  les  gorges  des  mon- 
tagnes. 

V  Un  grand  nombre  de  petites  tribus 
barbares  situées  sur  les  confins  de  la  pé- 
ninsule indienne  et  de  la  péninsule  indo- 
chinoise  ,  c'est-à-dire  dans  des  pays  voi- 
sins  du  cours  inférieur  du  grand   fleuve 


iS 


AW> 


DlCnONNAlttE  D*ANTHROroL0GlC. 


ABO 


114. 


Brahmapootra.  En  voyaitl  tant  de  tribus 
différentes  sitoées  tout  près  de  cette  grande 
Yoie  de  eommunieatioa  •  et  ounsidérant  la 
ressemblance  très-maniuée  qu'elles  ent  pour 
la  plupart  avec  les  nations  de  la  haute  Asie, 
on  esi  porté  à  supposer  qu'à  une  époque 
très-ancienne  elles  sont  descendues,  en 
suivant  le  cours  dn  fleuve,  des  pays  situés  au 
nord  de  rflimaiaira ,  et  se  sont  établies  seit 
dans  la  yallée  même,  soit  dans  des  mon- 
tages qui  en  sont  peu  distantes. 

f  La  race  cingaiaist.  —  Les  Cinçalais  ha- 
bitent rinlérieur  et  la  partie  méridionale 
de  la  grande  tie  de  Ceylan,  la  Selendiva  des 
anciens  géographes ,  nommée  aussi  Tapro- 
bane,  probablement  de  Tampabanni,  un  de 
ses  noiQS  indiens.  La  race  cingalaise  occupe 
la  moitié  de  Tlie  environ,  depuis  Chilaw 
jusqu'à  Batticaloa.  Le  peuple  que  Ton  dési- 
gne particulièrement  sous  le  nom  de  Cinga- 
lais  habite  les  parties  du  pays  voisines  de 
la  cùle  méridionale.  Dans  1  intérieur,  on 
trouve  les  Kandiens,  sujets  du  roi  de  Randi. 
Il  y  a  en  outre,  dans  "intérieur,  une  tribu 
sauvage  qui  habite  les  montagnes  voisines 
de  Batticaloa  :  c'est  la  tribu  des  Vaidas  ou 
Vaddhas.  Ces  hommes  vivent  dans  Tétat  de 
la  plus  complète  barbarie,  se  nourrissant  des 
fruits  <iue  la  terre  donne  sans  culture,  et  de 
la  chair  des  animaux  que  le  hasard  fait  tom- 
ber en  leurs  mains.  On  a  supposé  qu'ils  ap- 
Cirtenaient  à  une  autre  race  que  les  Cinga- 
is,  et  on  a  voulu  voir  ea  eux  les  restes  de 
la  race  aborigène  de  Tlle.  Il  se  peut  gu'ils 
soient  au  nombre  des  plus  anciens  habitants 
da  pays,  et  même  il  est  très-probable  qu'ils 
le  sont  en  effet;  mais  comme  leur  langue, 
ainsi  que  nous  le  savons  depuis  longtemps 
par  Knox,  est  un  dialecte  de  la  langue  que 
parlent  les  Cingalais,  il  y  a  tout  lieu  de  pré- 
su  aaer  qu'ils  sortent  les  uns  et  les  autres 
d'une  même  souche,  dont  quelques  branches 
se  sont  civilisées,  tandis  que  d  autres  seront 
demeurées  dans  leur  état  primitif  de  barba- 
rie. Les  Kandiens  et  les  Cingalais  se  res- 
semblent par  les  mœurs,  la  langue  et  la  re- 
ligion, et  il  est  érident  qu'ils  ne  durent 
former  dans  l'origine  qu'un  seul  peuple. 
Us  sont  tous  adorateurs  de  Bouddha ,  aont 
la  religion  fut  introduite  dans  File  de  Ceyyin 
(quelques  siècles  avant  l'ère  chrétienne  et 
eiablie  par  Asoka,  roi  de  Maeadha,  qui  régna 
sur  une  grande  partie  de  1  Inde ,  très-peu 
d'années  après  l'invasion  d'Alexandre  le 
Grand.  Les  Vaddhas,  selon  M.  Cordiner,  sont 
encore  de  la  religion  de  Brahma ,  religion 

2UÎ,  avant  l'introduction  du  bouddhisme, 
tait  celle  de  toute  l'Ile,  le  temple  de  Siva  à 
Dwinur,  près  de  l'extrémité  méridionale  de 
Ceyian,  étant  alors  le  terme  du  pèlerinage 
qui  aujourd'hui  s'arrête  à  l'Ile  de  Ramisse- 
ram.  Le  bra!iraanisme  est  resté  jusau'à  ce 
jour  la  religion  des  Tamouls  ou  Maiabares 
qui  habitent  la  partie  septentrionale  de  l'ile. 
Voici  la  description  que  lait  des  Cingalais 
le  docteur  Davy,  le  plus  moderne  et  le 
mieux  informé  de  tous  les  écrivains  qui  ont 
parlé  de  Ttle  de  Ceyian  et  de  ses  habitants  : 
«  Les  véritaJiles  Cingalais  que  l'on  trouve 


dans  l'intérieur,  et  ce  ne  sont  que  ceux-là 
que  je  décrirai,  sont  tout  è  fait  Indiens  par  la 
ngure,  le  langage,,  les  nuBurs,  les  coutumes, 
la  religion  et  le  gouvernement. 

4  De  même  que  les  Indiens,  les  Cingalais 
ne  diffèrent  pas  tant  des  Européens  par  les 
traits  que  par  des  caractères  de  moindre  im- 
portance, tels  que  la  couleur,  la  taille ,  les 
proportions  du  corps.  La  couleur  de  leur 
peau  varie  9u  brun  clair  au  noir;  celle  de 
leurs  yeux  présente  aussi  des  différences, 
mais  moins  marquées.  Lés  cheveux  et  les 
yeux  noirs  sont  les  plus  communs  ;  les  yeux 
châtains  sont  moins  rares  que  les  cheveux 
de  même  nuance  ;  les  yeux  gris  et  les  che- 
veux roux  sont  encore  beaucoup  plus  rares. 
Pour  la  taille,  les  Cingalais  de  l'intérieur 
sont  au-dessus  des  habitants  des  parties  bas- 
ses de  nie  et  de  la  plupart  des  habitants  de  la 
côte  de  Coromandel  et  du  Malabar,  mais  au- 
dessous  des  Européens.  La  stature  moyenne 
est  chez  eux  (Tenviron  cinq  pieds  quatre  ou 
cinq  pouces  (mes.  angl.}-  Us  sont  bienfait^:» 
ont  les  os  petits  et  les  muscles  bien  des- 
sinés Ils  sont  vigoureux  (lour  des  Indiens, 
et  ont  généralement  la  poitrine  très-dévc- 
loppée  et  de  larges  épaules,  surtout  les  ha- 
bitants du  haut  pays  qui  ont,  comme  pres- 
que lous  les  montagnards,  les  cuisses  et  les 
jambes  un  peu  courtes ,  mais  très-fortes  et 
très  -  musculeuses.  Leurs  mains  et  leurs 
pieds  sont  communément  très-petits,  et 
même  si  petits,  com{)arativement  aux  nô- 
tres, qu'ils  nous  paraissent  disproportion- 
nés. Leur  crâne  est  généralement  d'une 
bonne  forme,  peut-être  un  peu  plus  allongé 
que  celui  des  Européens;  ce  qui ,  selon  le 
docteur  Spurzheim ,  est  un  caractère  parti- 
culier aux  Asiastiques.  Leurs  traits  sont 
communément  agréaliles  et  même  parfois  as- 
sez beaux.  Leur  physionomie  est  intelli- 
gente et  animée.  Ils  ont  reçu  de  la  nature 
une  abondance  de  cheveux  qu'ils  laissent 
croître  à  toute  leur  longueur.  Ils  en  font  dit 
même  pour  leur  barbe  qui  est  très-fournie,, 
étant  apparemment  du  nombre  de  ceux  qui 

{lensent  que,  loin  de  gâter  le  visage,  la  barbe 
'embellit;  et  il  est  vrai  que,  dans  beaucoup 
de  cas,  j'ai  remarqué  qu'elle  donnait  à  la 
physionomie  un  air  de  dignité  qui  aurait  as-- 
sûrement  disparu  avec  l'usage  du  rasoir. 

«  Les  femmes  cingalaises  sont  en  général 
bien  faites;  elles  ont  bon  air,  et  on  en  trouve 
souvent  qui  peuvent  passer  pour  belles.  Les. 
hommes  de  ce  pajrs,  grands  connaisseurs  en 
fait  de  beauté  féminine,  et  qui  ont  des  livres 
ex  professa  sur  le  sujet,  avec  des  règles  qui 
doivent  guider  dans  ces  sortes  de  jugements,, 
n'admettent  point  qu'une  femme  puisse  pas- 
ser pour  une  beauté  accomplie,  à  moius 
qu'elle  ne  réunisse  tous  les  caractères  sui-^ 
vants  que  ie  vais  rap|>orter  tels  qu'ils  m'ont 
été  énumérés  par  un  dandy  kandien  1res- 
versé  dans  ces  sortes  de  matières,  où  l'on 
peut  dire  môme  qu'il  avait  une  profonde 
érudition. 

«  Sa  chevelure  doit  être  fournie  comme  la 
queue  du  paon,  assez  longue  pour  atteindre 
jusqu'aux  genoui,  et  se  terminant  en  hou- 


il8 


ABO 


DICTIONNAIRE 


ADO 


ira 


Clos  gracieuses  ;  ses  sourcils  doivent  avoir 
la  forme  de  Tarc-en^iel  ;  ses  yeux,  le  bleu 
du  saphir  ou  des  pétales  de  la  fleur  du  ma- 
nilla  azurin  ;  son  nez  doit  être  comme  le  bec 
d'un  faucon  ;  sqs  lèvres  être  rouges  et  bril- 
lantes  comme  le  corail  ou  la  jeune  feuille  de 
l'arbre  de  fer;  ses  dents  petites, régulières, 
bien  serrées  entre  elles  et  semblables  aux 
boutons  du  jasmin  :  son  cou  doU  être  long 
et  arrondi  comme  le  berrigodia  j  sa  poitrine 
très-développée,  ses  seins  fermes .  et  coni^ 
ques  comme  le  ft'uit  jaune  du  cocotier,  et  sa 
taille  assez  fine  pour  qu'on  puisse  presque  la 
saisir  d'une  main  j  ses  hanches  doivent  être 
larges,  ses  membres  arrondis  et  délicats  vers 
les  extrémités;  la  plante  de  ses  pieds  doit 
être  plate  ;  enfin,  la  surface  de  tout  le  corps 
doit  être  douce,  délicate,  polie ,  à  contours 
arrondis  et  ne  présentant  en  aucun  point  de 
proéminence  formée  par  la  saillie  des  muS" 
pies  ou  des  tendons  (20).  w 

Le  docteur  Davv,  dans  un  autre  ouvrage  ; 
nous  donne,  d'après  sesprop)res  observations, 
la  description  de  trois  individus  appartenant 
ii  la  race  des  Vaddahs  ou  Vaidas  (21). 

«  Ils  disaient  partie  d'une  troupe  assez 
considérable  qui  était  venue  à  Kandi  appori- 
ter  un  tribut  de  viande  de  cerf  desséchée  et 
rie  miel  d'abeilles  sauvages.  Ils  étaient  entiè- 
rement nus,  sauf  un  fragment  d'étoffe  qui 
leur  ceignait  les  reins.  Leurs  cheveux  et 
leur  barbe,  très-longs  et  très-mêlés,  n'a- 
vaient été  jamais,  bien  certainement,  ni  pei- 
gnés, ni  coupés  ;  leurs  yeux  avaient  de  la  vu 
vacité,mais  une  vivacité  inquiète  et  sauvage. 
Ils  étaient  bien  faits  et  bien  musclés  sans 
être  çros  :  c'était  même  surtout  par  ce  qu'il 
y  avait  do  grêle  dans  la  forme  de  leurs  mem- 
bres, autant  que  par  leur  air  hagard  et  l'ap- 
parence sauvage  de  toute  leur  personne, 
qu'ils  se  distinguaient  des  Kandiens.  Nous 
sûmes  d'eux-mêmes  qu'ils  venaient  d'un 
pays  voisin  du  lac  de  Birtenne,  où  ils  vivent 
(lu gibier  qu'ils  tuent  à  lâchasse,  de  racines, 
de  fruits  sauvages  et  de  quelques  sraines  do 
végétaux  qui  croissent  sans  culture.  Ils 
iUaient  profondément  ignorants,  ne  pouvaient 
pas  compter  au  delà  de  cinq,  et  étaient  près-» 
que*complétement  étrangers  aux  arts,  même 
Jes  plus  simples.  Bien  qu'ils  craignissent  les 
démons,  de  même  qu'ils  craignent  les  bêtes 
féroces,  ces  hommes  n'avaient  aucune  con-r 
naissance  d'un  Etre  suprême  et  bienfaisant, 
et  pas  la  moindre  notion  d'une  vie  future. 
Cependant  ils  se  regardaient  comme  très-ci - 
vihsés,  en  se  comparant  aux  tribus  plus  sau-r 
vages  de  Vaidas,  qui  ne  quittent  jamais  leurs 
retraites  dans  les  bois.  Pour  ces  derniers,  ils 
?n'ont  été  dépeints  par  des  Kandiens  d'une 
province  limitrophe,  comme  des  hommes  qui 
ne  se  nourrissent  que  de  viande  crue,  qui 
vont  entièrement  nus,  et  qui  non-seulement 
n'ont  aucune  religion,  mais  n'ont  pas  même 
de  superstitions;  on  me  les  représenta,  en  un 
mot,  comme  des  êtres  qui  vivent  dans  un 
état  lrès*peq  différent  de  celui  des  brutes.  » 


On  a  souvent  remarqué  que  les  albinos 
sont  assez  communs  dans  l'tle  de  Geyian.  Le 
docteur  Davy  en  parle  lui-même,  et  je  vais 
rapporter  ici  les  observations  qu'il  a  faites 
sur  un  de  ces  individus. 

«  L'albinos  que  nous  observâmes  était 
une  jeune  fùle  de  douze  ans.  En  Angleterre 
et  surtout  en  Norwége,  on  ne  lui  aurait  rien 
trouvé  d'extraordinaire,  ses  yeux  étaient 
bleu  clair  et  n'annonçaient  pas  une  grande  fai- 
blesse, ses  cheveux  avaient  la  couleur  qui  va 
ordinairement  avec  ce  genre  d'yeux,  et  son 
teint  était  frais  et  presque  rosé.  Elle  avait  de 
très^grandes  prétentions  à  la  beauté,  et  n'é^ 
tait  pas  sans  admirateurs  parmi  ses  compa- 
triotes. »  Il  est  facile  de  concevoir  qu'une 
variété  accidentelle  de  ce  genre  ait  pu  se 
propager,  et  que  la  race  blanche  ait  résulté 
d'une  semblable  variété.  C'est  l'opinion  des 
Indiens,  et  il  y  a  parmi  eux  une  tradition  ou 
une  histoire  où  1  on  nous  assigne  cette  ori- 
gine, à  nous  autres  Européens. 

2"  La  race  tamoule,  —  Les  Tamouls  pro- 
prement dits  habitent  la  partie  septentrio- 
nale de  l'île  de  Ceylan  et  le  sud  du  Dekhan. 
Leur  langue  et  leu  r  race  sont  répandu  es  dans  ce 
dernier  pays,  sur  toute  la  côte  du  Coroman- 
del,  depuis  le  cap  Comorin  en  remontant  au 
nord  jusqu'à  Pullicat,  et  sur  la  plus  grande 
partie  des  provinces  de  Barahmahl,  Salem  et 
Coïmbatore.  Vers  l'ouest  ils  confinent  avec 
des  populations  qui  parlent  le  malaya'lma, 
et  avec  les  Malabares  qui,  de  même  que  les 
habitants  de  la  côte  occidentale  de  la  Pénin- 
sule, aussi  loin  que  Tulava,  parlent  un  dia- 
lecte de  la  même  langue.  Toutes  ces  nations 
peuvent  être  considérées  comme  apparte- 
nant à  la  n^rtion  tamoule ,  en  prenant  ce 
mot  dans  un  sens  plus  restreint  et  plus  strict 
que  celui  où  je  l'ai  employé  précédemment 
en  parlant  de  la  race  tamoule. 

Je  rattache  à  la  race  tamoule  plusieurs 
autres  grandes  nations  de  l'Inde,  dont  les 
langues  sont  alliées  de  très^près  à  celle  que 
parlent  les  Tamouls  proprement  dits  :  ce 
sont,  d'abord  :  les  Telingas,  qui  habitent  la 
partie  orientale  du  Dekan  (le  royaume  d'An- 
dhra  des  auteurs  sanskrits),  et  qui  parlent 
la  langue  appelée  telin^a  ou  telugu.  Les 
Ka#nates  ou  Canarais  qui  habitent  le  plateau 
situé  au-delà  des  Gates  dans  l'intérieur  de  I4 
Péninsule  et  dans  la  province  de  Mysore. 
Les  habitants  du  pays  de  Tulava,  dans  U 
partie  occidentale  de  la  Péninsule,  lesKar- 
nates  dans  sa  partie  moyenne,  et  les  Telingas 
dans  sa  partie  orientale,  sont  les  plus  septen- 
trionaux des  peuples  de  la  race  tamoule. 
Les  peuples  situes  encore  plus  au  noi'd^^ 
d'un  côté,  les  Mahrates,  et  de  l'autre,  les 
Uriyas  ou  habitants  d'Oryssa,  parlent  des 
dialectes  ou  blashas  du  sanskrit,  et  sont 
d'origine  indoue. 

La  littérature,  les  arts,  la  religion  et  la 
civilisation  du  Dekhan  ont  complètement  le 
caractère  indou  ou  brahmanique,  et  toutes 
les  langues  des  nations  tamoules  dont  nous 


(iO)  Açcçnm  of  the  Uiand  çf  Ceylan,  par  John 

1>AV . . 


(âl)  Phtfsiological  and  anatomUat  reseorches,  {yar 
John  i).vv¥,  Londres,  4859,  vol,  U, 


m 


ADO 


D*A?1T1IROI>OLOG1E. 


ABO 


IIS 


▼encns  de  tàïre  mention,  quoique  offmnt 
pour  le  fond  des  différences  radicales  avec  le 
sanskrit,  ont  emprunté  beaucoup  à  cette 
langue.  Une  question  qui  a  été  souvent  a^- 
tée,  c*est  de  savoir  si  les  nations  de  la  Pénin- 
sule avaient  déjà  une  certaine  culture  qui 
leur  fût  propre  antérieurement  à  la  domina- 
tion des  conquérants,  c*est-à-dire  des  prêtres 
de  riu.loustan  ;  quelques  personnes  suppo- 
sent aue  jusqu'à  cette  époque  elles  n'étaient 
pas  plus  avancées  que  les  tribus  des  monta- 
g:nes  et  des  foréls  de  Tintérieur,  qui  ont  fui 
devant  la  civilisation  et  ont  conservé  dans 
les  pariies  inaccessibles  du  pays  leur  bar- 
liarie  originelle.  Les  plus  anciennes  compo* 
citions  |)oétiques  dans  la  langtie  sanskrite 
repr .«sentent  les  habitantsdu  ]ÎK3khansousce 
point  de  vue.  Le  fameux  Ramayana^  le  plus 
ancien  poème  épique  des  In  Jous,  et  que  Ton 

Fense  être  antérieur  de  plusieurs  siècles  à 
Hîade^  a  pour  sujet  une  guerre  soutenue 
|iar  le  héros  Rama,  roi  d'Oude  dans  le  nord 
de  rinJoustan,  contre  Ravana,  roi  de  Lan- 
ka twipa  ou  Ceyian,  qui  possédait  une  grande 
p.ir'.ie  de  la  Péninsule.  Dans  cette  région 
méridionale,  le  poème  ne  nous  montre  point 
d*hommes  civili>és  réunis  dans  des  vilic:-^,  ni 
inétne  des  sauvages  habitant  des  forêts  ou 
des  cavernes,  et  il  y  place  seulement  quel- 
ques ermites,  des  singes,  des  purs,  des  vau- 
tours et  des  maipciens  ;  le  but  des  exploits 
de  Rama,  en  pénétrant  dans  ces  solitudes, 
était  de  délivrer  de  saints  pénitents  des  ter- 
reurs que  leur  causaient  Ravana  et  ses  géants, 
«fui  possédaient  Ceyian  et  le  Dekhan.  A  la 
tête  de  ces  pénitents  et  pèlerins,  se  trouvait 
Muni  Agastya,  le  célèbre  apôtre  de  la  roli- 
içion  de  Siva,  dont  les  efforts  furent  secondés 
l»dr  Rama  et  ses  compagnons.  A  cfuelle  éfio- 
que  les  brahmes  et  les  guerriers  xatrias 
qui  les  secondaient,  réussirent-ils  réelîe- 
uieiit  à  établir  leur  domination  dans  l'Ile  de 
Ceyian?  C'est  c^  qu'on  ignore;  mais  ve  doit 
être  à  une  époque  bien  reculée,  puisque  le 
l>ouddhisme  qui,  pendant  plusieurs  siècles, 
remplaça  la  religion  des  Védas  dans  le 
l>ekhan  et  enfin  la  remplaça  dans  Tlle  de 
Ceyian  elle-même,  fut  établi  dans  ces  con- 
trées, ainsi  au'il  a  déjà  été  dit,  par  Asoka, 
prince  que  1  on  sait  avoir  été  contemporain 
«lu  premier  Antiochns. 

Les  personnes  qui  se  sont  le  plus  occu- 
•ées  de  l'histoire  de  Tlnde  croient  cependant 
|u'il  existait  une  certaine  civilisation  dans 
les  contrées  tamoules,  antérieuremont  à  la 
conquête  des  Indous,  ei  qu'on  y  connaissait 
même  l'art  de  l'écriture  ;  mais  les  sources 
de  cette  civilisation  complètement  inconnues, 
et  le  caractère  qu'elle  avait  ne  peut  être  que 
matière  à  conjectures.  Les  relations  commer» 
ciales  avec  l'occident  ne  commencent  proba- 
blement au*après  la  conquête  indoue  (22). 

3*  La  Parbatiyat  ou  montagnarde^  tribus 
sauvages  de  FJnde.  —  Le  nom  sanskrit  de 

(Î2)  Parmi  les  objets  qui  furent  d*aboril  i^hangés, 
Ifi  pmr-sMor  Karl  RiUer  croit  qu*un  des  premi^^rs 
fut  réiaîn«  et  il  est  probable  nue  dés  le  temps  dHo- 
uiêrc  les  Grecs  liraient  de  TEsl  ce  méu!.  Le  nom 


Parbaiiya  est  employé  pour  désigner  diffé- 
rentes races  (|ui  haiiitent  les  parties  monta- 
gneuses de  1  Inde  septentrionale.  Ce  nom 
siji^nifie  proprement  monlai^nard  ;  mais,  pris 
dans  un  sens  plus  étendu,  il  peut  également 
être  employé  comme  nom  commun  pour 
toutes  les  tribus  qui  vivent  loin  des  villes  et 
des  pays  civilisés,  et  qui  mènent  une  vie 
sauvage  au  milieu  des  bois  et  des  forêts  ;  en 
le  prenant  dans  ce  sens,  on  peut  dire  qu*ii 
y  a  plusieurs  races  parbatiyas  dans  diffé« 
rentes  parties  de  l'Indoustan  et  du  Dekhanu 
L'ethnologie  est  dans  un  état  beaucoup  trop 
imparfait  pour  au'il  soit  possible  aujourd'hui 
de  déterminer  les  ranports  que  ces  tribus 
peuvent  avoir  entre  elles  et  avec  les  nations 
civilisées  dans  le  voisinage  desquelles  6lle& 
se  trouvent  ;  il  y  a  cependant  quelque  raisoi^ 
de  croire  que  certaines  races  sauvages-  du 
Dekhan  sont  alliées  aux  tribus  tamouIes,.et 
on  peut  supposer  que  la  plupart  sont  descen- 
dues de  ces  nations  qui  rx^fusèrent  de  rece- 
voir des  apôtres  de  la  religion  indienne  une 
civilisation  qui  leur  était  apportée  avec  Tcs- 
clava;^e.  Ces  nations  d'ailleurs  se  montrent, 
dans  les  diverses  parues  de  l'Inde,  très-diffé- 
rentes les  unes  des  autres,  par  les  mœurs 
et  surtout  par  les  caractères  physiques  ;que!- 
qucs-unes  nous  présentent  des  hommes  vi- 

§oureux  et  ayant  de  i>ellcs  formes,  d'autres 
es  hommes  petits  et  mal  faits.  Dans  beau- 
coup lie  cas,  il  est  vrai,  ces  différences  trou- 
vent leur  explication  dans  l'influence  du 
climat  et  des  circonstances  locales. 

Il  faudrait  des  volumes  pour  écrire  l'his- 
toire de  toutes  ces  nalit»MS.  Pour  le  moment, 
je  ne  puis  guère  faire  plus  que  d'en  citer 
quelques-unes  des  plus  importantes. 

1!  y  a  dans  ic  Dekhan  trois  régions  qui 
sont  peuplées  |>rHici|ialcnient  par  des  tribus 
aliorigènes  ;  ce  sont,  dans  les  parties  centra- 
les de  la  (léninsule,  la  chaiiic  du  Vind'hya 
et  les  montages  du  Ciondwana,  et,  dans  sa 
partie  mêridiuniile,  l«*s  NiLi^pris  Nigllierries 
ou  montagnes  Bleues,  l^n  rhaiuedu  Viud'hia  et 
les  régions  moiitai^neu^cs  qui  longent  la 
rivière  Nermada  soîit  habitées  par  les  Biiils, 
race  sauvage  et  inculte  i|ui  paratt  no  s'être 
guère  modifiée  ]>ar  le  voi>iiiago  îles  habi- 
tants de  la  plaine.  Le  major  To<l  suppose 
qu'ils  sont  originaires  ilu  Rajastlian  et  qu'ils 
ont  été  vaincus  et  réduits  en  esclavage,  ou 
expulsés  de  leur  pays  natal  par  les  Radj|N>u- 
tes.  La  petite  chaîne  du  Gondwana  a  reçu 
son  nom  du  peuple  qui  Thabite,  des  sauvages 
Gonds.  Les  Culi  ou  Coolies  se  trouvent  dans 
les  parties  hautes  duGuzarate. 

Dans  les  régions  montueuses  qui  sont  der- 
rière Orissa,  et,  plus  loin  au  sud,  dans  les 
montagnes  de  Gumsur  ou  Goumsor,  il  y  a 
plusieurs  tribus  désignées  sous  les  noms  de 
khonds  et  de  l'K'oi-yali.  Dans  les  petites 
montagnes  du  Sri^haricotta,  on  connaît  les 
Yanadu-yati.  Enfin  dans  les  Nilgberries,  ou 

sanskrit  de  Tétain  est  kaslira^  dont  les  Grecs  ont  fait 
rwvin^  :  le  métal  avait  son  nom  sanskiii  tians 
rinde  avant  Tère  de  Rm>j<», 


419 


ARO 


DICTIONNAIRE 


ABO 


»0 


montagnes  Bleues,  qui  forment  la  jonction 
des  deux  chaînes  des  Gates,  au  point  où  elles 
cony errent  yers  le  sud,  on  trouve  plusieurs 
races  bien  distinctes  les  unes  des  autres»  qui 
sont  désignées  sous  les  noms  de  Tudas  ou 
Thodaurs,  de  Buddagurs  et  de  Kothurs  ;  elles 
diffèrent  extrêmement  entre  elles  par  les  ca- 
ractères physiques  et  par  les  mœurs. 

Dans  le  nord  de  Tlndoustan  proprement 
dit,  et  vers  sa  partie  orientale,  les  petites 
montagnes  du  Rajamahal  nous  offirent  encore 
un  peuple  remarquable.  Les  habitants  de  ces 
montagnes,  distin^és  par  des  caractères 
physiques  particuliers  et  des  habitudes  qui 
leur  sont  propres,  ne  paraissent  pas  être 
aussi  sanvages  que  les  Bhils  et  les  Gonds  : 
ils  ont  une  religion  et  une  organisation  clé- 
ricale qui  semblent  différer  complètement 
de  celles  des  Indous.  Leur  langue  a,  dit-on, 
de  la  ressemblance  dans  un  certain  nombre 
de  mots  ayec  le  tamoul,  et  elle  en  a  évidem- 
ment avee  l'es  langues  de  quelques  tribus 
établies  au  delà  du  Brahmapoutra. 

A  ces  différentes  races  qui  se  trouvent  dans 
les  limites  de  l'Inde  proprement  dite,  nous 
devons  ajouter  beaucoup  de  tribus  qui  habi- 
tent différents  districts  assez  peu  étendus 
situés  dans  la  vallée  du  Brahmapoutra, 
dans  les  contrées  voisines  de  l'embouchure 
et  du  cours  inférieur  de  ce  fleuve  et  sur  les 
bords  du  golfe  du  Bengale.  Nous  citerons 
entre  autres  les  Ahoms,  les  Garros,  les  Ca- 
chars,  les  Cossyahs,  les  Manipurs,  les  Miris, 
les  Abors,  les  Kangtis  et  les  Nagas  ou  Kukis. 
Il  y  a  parmi  ces  races  une  grande  diversité 
dans  les  caractères  physiques  :  quelques- 
unes  par  la  physionomie  se  rapprochent  des 
Indous,  d'autres  ont  plus  de  ressemblance 
avec  les  Bhotiyas  (23). 

Si  certains  traits  de  ressemblance  dans  les 
caractères  physiaues,  certaines  analogies 
soupçonnées  plutôt  que  constatées  entre  des 
langues  encore  mal  connues,  pouvaient  ser- 
vir de  base  à  des  conjectures  sur  la  route 
que  durent  suivre  les  races  par  lesquelles 
1  Inde  fut  d'abord  peuplée,  et  sur  les  points 
du  globe  d'où  elles  étaient  parties,  nous  di- 
rions que  de  même  que  les  nations  chinoises 
sont  descendues  des  montagnes  du  Yunnan 
et  du  Laos,  dans  les  provinces  méridionales 
et  dans  les  districts  maritimes  de  l'Inde  au 
delà  du  Gange,  en  suivant  le  cours  du 
Mekon,  du  Menam,  du  Saluen  et  de  l'Irra- 
wadi,  de  même  les  tribus  allophyliennes  de 
l'Indoustan  et  du  Dekhan  descendirent  vrai- 
semblablement des*  pays  situés  au  nord-est 
par  la  vallée  du  Brahmapoutra;  et,  arrivées 
près  de  la  côte,  où  elles  ne  rencontrèrent 
aucun  obstacle  à  leur  marche,  elles  se  répan- 
dirent dans  les  plaines  centrales  de  l'In- 
doustan, pénétrèrent  dans  les  parties  de  la 
péninsule  situées  en  deçà  et  au  delà  des 
Gates,  et  arrivèrent  enfin  dans  l'Ile  de  Cey- 
lan.  Elles  occupaient  déjà  probablement 
toutes  ces  contrées^  lorsque  les  Indous, 


peuples  d\)riRiHe   ariaàe    ou   inda-^euro- 

Kéenne,  franchirent  la  barrière  de  Tlndus^ 
epoussées  de  l'Indoustan  par  Jes  nouveaux 
eonquérants,  elles  ne  laissèrent  dans  le  pays^ 
dont  elles  avaient  eu  la  possession  non  con-^ 
testée,  que  quelques  hordes  barbares  réfu^ 

S;iée^  dans  les  cantons  montagneux  de  la 
routière  orientale.  Dans  le  Dekhan^  elles 
conservèrent  beaucoup  plus  longtemps  leur 
indépendance,  et  là,  comme  dans  rile  de 
Ceylan,  la  population  descend  en  grande 
partie  de  la  souche  aborigène. 
§  II.  Rbstbs  des  nations  aborigènes  dans 

LES  GANTONS  MONTAGNEUX  DE  l'oUBST.  — DaUS 

différents  articles  de  ce  Dictionnaire  {VoyeA 
Nomades,  Ichthyophagbs,  etc.]  nous  ferons 
voir  que,  dans  les  parties  les  plus  septen-^ 
trionales  de  l'Europe  et  de  l'Asie,  se  trouvent 
encore  les  restes  des  populations  qui  de-> 
vaient  s'avancer  beaucoup  plus  loin  dans 
l'intérieur  du  continent,  avant  que  les  na-* 
tions  indo-européennes,  parties  des  régions 
méridionales,  n'eussent  envahi  leur  terri- 
toire. Ces  restes  des  anciens  habitants  ne 
sont  pas  les  seuls  que  l'on  connaisse ,  il  en 
existe  aussi  au  milieu  de  'pays  conquis  de-* 
puis  un  temps  immémorial  par  les  races 
ariane  et  syro-arabe ,  et  qui  ont  pu  se  con- 
server dans  des  régions  montagneuses  et  de 
difficile  accès.  Ainsi  la  chaîne  du  Caucase 
renferme  de  nos  jours  plusieurs  peuplades 
dont  l'origine  est  inconnue  et  dont  la  langue 
toute  particulière  prouve  qu'ils  ne  doivent 
avoir  aucune  affinité  avec  les  habitants  des 
pays  voisins.  Dans  l'ouest  de  l'Europe ,  les 
Pyrénées  et  plusieurs  parties  de  la  chaîne 
des  Alpes  étaient  habitées  au  commencement 
de  l'ère  chrétienne  par  ûes  tribus ,  peut-être 
aborigènes ,  d'Ibériens ,  de  Liguriens  et  de 
Rhétiens.  De  ces  trois  peuples,  le  premier  a 
conservé  jusqu'à  ce  jour,  dans  les  montagnes 
situées  antre  la  France  et  l'Espagne,  sa  lan- 
gue propre,  qui  paraît  être  Tunique  reste 
d'une  langue  parlée  anciennement  dans  une 
grande  partie  de  l'Europe  occidentale  ,  de- 

Suis  la  Sicile  jusqu'aux  colonnes  d'Hercule. 
Infin ,  dans  le  nord  de  l'Afrique,  ainsi  que 
dans  la  chaîne  de  l'Atlas  et  dans  d'autres 
cantons  de  l'intérieur  on  trouve  encore  des 
restes  de  l'ancien  peuple  libyen.  La  race 
libyenne  occupait  la  côte  méridionale  de  la 
Méditerranée ,  et ,  conjointement  avec  les 
tribus  ibériennes ,  elle  avait  peuplé  plusieun 
des  îles  de  cette  mer.  Ce  fut  dans  les  contrées 
occupées  par  ces  races  que  les  Phéniciens 
fondèrent  des  colonies  et  répandirent  au  loin 
la  langue  syro^rabe  Au  temps  de  Massi- 
nissa  et  de  Jugurtha,  comme  nous  l'appre- 
nons par  bs  recherches  de  Gesenius,  la  ran* 
gue  des  Phéniciens  était  déjà  la  langue  des 
nations  civilisées  de  l'Afrique  ;  plus  tard,  par 
suite  de  l'invasion  arabe,  les  Libyens  abori^ 
gènes  furent  complètement  repoussés  et  obli- 
gés de  chercher  uu  refuge  dans  les  -déserts 
et  dans  les  montagnes  de  l'intérieur. 


(25)  Le  lecteor  qui  s'intéresserait  à  ce  gêore  dln  -     races,  dans  le  gaatrièiiie  volume  de  Reuarckeê  tnie 
«vestî^alions  trouvera  toat  ce  qu*U  a  ë^  possible  de      ihe  Phyticai  Aî^lary  o/*  mankind,  par  PârcQAap, 
tecueillir,  pour  réclaircissement  de  Thistoire  de  ces 


Ml 


ABQ 


D*ANTUBOPOL0GIE. 


ABO 


112 


VùQS  ecmsacreroBS  ce  paragraphe  à  dire 
quelque  chose  de  rfaiatoire  de  ces  différentes 
natioiiSy  mi  Umtes  ont  dû  à  des  droonstan- 
ees  semblables  d'échapper  à  une  extinction 
complète  ;  d'aiUears,en  les  rapprodiant  ainsi 
je  suis  loin  de  Touloir  fSûre  entendre  qu'elles 
aient  entre  elles  des  rapports  de  parenté.  Je 
ne  serais  nas  cependant,  il  est  bon  de  le  re- 
marquer, le  premier  à  fidre  une  pareille  con- 
jecture :  ainsi,  on  a  supposé,  d'après  l'iden- 
tité du  nom ,  que  les  Ibères  du  pied  du 
mont  Caucase  pouvaient  être  la  souche  d'où 
étaient  sortis  les  Ibériens  de  l'ancienne  Es- 
fà^n^l  mais  les  différences  radicales  qui 
existent  entre  ces  nations,sous  le  rapport  de 
la  langue  et  des  mceurs,  ne  permettent  pas 
de  s'arrêter  un  moment  à  une  pareille  07- 

e^thèse.  Due  autre  conjecture  tout  aussi  peu 
ndée,  et  qui  n'est  pourtant  complètement 
r^tée  que  depuis  peu  de  temps,  taisait  Te- 
nir d'Aiiique  les  premiers  habitants  de  la 
péninsule,  et  les  supposait  alliés  du  peuple 

Si  habite  le  mont  Atlas  ;  jamais  les  recher- 
es  philolo^ques  (24)  n'ont  pu  donner  à 
cette  supposition  le  moindre  degré  de  Trai- 
semMance. 

I.  Naiions  cameariemnu. — La  haute  chaîne 
du  Caucase  qui ,  à  diyerses  époques,  a  op- 
posé aux  barbares  du  Nord  un  rempart ,  et 
a  protégé  ainsi  contre  leurs  inyasions  les  ha- 
bitants plus  drilisés  et  plus  efféminés  du 
sud  de  1  Asie,  renferme  des  lieux  d'un  accès 
très-diflScile  et  qui  peuvent  être  fiidlement 
défendus  contre  de  puissantes  armées  d'in- 
Tasiott.  Dans  ces  cantons,  plusieurs  tribus 
à  demi  barbares  maintinrent  leur  indépen- 
dance contre  les  efforts  des  Grecs,  des  Ro- 
Buins ,  des  Mongols,  des  Turcs ,  et  'encore 
aujourd'hui  elles  ne  sont  qu'imparfûtement 
subjuguées  par  les  armes  de  la  Russie.  Les 
habitants  de  cette  région  appartiennent  à 
des  races  anciennes ,  et  diffèrent  de  tontes 
les  autres  nations  par  le  langage  aussi  bien 
oue  par  les  mœurs  ;  plusieurs  même  à  cet 
égara  diffèrent  beaucoup  entre  elles  (25). 
Kotts  dcTons  pourtant  fiiire  une  exception 
pour  les  Ossètes  ou  Ossetines,  peuples  qui 
parlent  un-dialecte  de  la  souche  ariane  ou 
indo-européenne ,  et  qu'on  suppose  être  les 
restes  des  Germains  Alains.  Ils  demeurent 
près  des  sources  du  fleuye  Terek,  et  on  sup- 
pose qu'ils  sont  au  nombre  de  quarante 
mille  âmes. 

H  7  a  aussi  une  exception  k  faire  pour  les 
tribus  basianes  qui',  avec  les  Chumjks,  vi- 
▼ent  dans  l'inténeur  du  Caucase.  Celles-ci, 
de  même  que  quelques  tribus  turcomanes 
établies  entre  le  Kuma  et  le  Terek,  sont  d'o- 
rigine turque. 

Des  recherches  faites  avec  beaucoup  de 
soin  et  d'intelligence  sur  l'histoire  et  sur  les 

(tl)  Celte  opînioo  a  été  toutenoe  par  Xeireel 
Jones,  aoiear  d^Moe  dissertation  insérée  dans  VOntéo 
Mhmimca  de  Cbambeelatiib. 
<i3)  il  bot  remarquer  qull  y  a  de  fortes  indica- 
^  d'âne  andeaiie  ooooeiioo  oies  oa  moios  in- 
enm  qnelqaes  iangnes  da  uuicaie  H  les  dia- 
Imes  de  la  Sibérie  Mpleotrionale.  C^est  im  s^jet 
dam  on  s'oocnpe  maifOeiNUit ,  et  sur  lequel  noos 


langues  des  peuples  du  Caucase,  ont  conduit 
à  reconnaître  que  les  habitants  primitifs  ou 
aborigènes  de  cette  région  montagneuse  ap-^ 
partiennent  à  quatre  familles  distinctes,  dont 
chacune  compte  plusieurs  tribus,  lesquelles 
ne  se  comprennent  pas  toujours  entre  elles. 
Ces  quatre  races  peuvent  être ,  et  sont  com^^- 
munement  distinguées  par  des  dénomina- 
tions relatives  è  leur  situation  locale  ;  ou  a 
donc  les  Caucasiens  occidentaux ,  ceux  du 
centre,  les  Caucasiens  orientaux  et  les  méri- 
dionaux. Dans  cette  dernière  dirision  se 
trouvent  compris  les  Géorgiens ,   dont  les 

{>rindpaux  centres  d'habitation  étaient  sur 
e  fleuve  Kur  ou  Cvrus,  Je  vais  éaumérer 
les  tribus  prindpales  qui  appartiennent  à 
chacune  de  ces  familles. 

1*  Le  groupe  des  Caucasiens  occidentaux 
se  compose  ae  deux  nations  que  l'on  a  sup- 
posées longtemps  devoir  être  distinctes , 
mais  qui ,  d'après  un  examen  attentif  de 
leurs  langues,  et  bien  qu'elles  diffèrent  par 
les  caractères  physiques,  ont  été  reconnues 
pour  deux  branches  d'un  même  tronc.  Ces 
nations  sont  les  célèbres  Circassiens  et  les 
Abassiens  ou  Abases. 

Les  Abases  paraissent  être  établis  très- 
anciennement  dans  la  partie  nord-ouest  de 
la  chaîne  du  Caucase.  Ce  sont  en  général  des 
hommes  qui  rivent  des  produits  de  leurs 
troupeaux  et  des  firuits  de  leurs  brigan- 
dages. Ils  se  dirisent  en  deux  nations  con- 
nues sous  le  nom  de  grands  et  de  petits 
Abases. 

Les  caractères  distinctib  des  Abases  sont» 
selon  Klaproth ,  une  tête  comprimée  latéra- 
lement, un  fisage  étroit,  très-court  dans  sa 
partie  inférieure ,  un  nez  proéminent ,  des 
cheveux  d'un  brun  foncé. 

Les  Circassiens  sont  à  l'est  des  Abases  ;  ils 
habitent  le  pays  compris  entre  le  Caucase  et 
le  Ruban,  et  plus  loin  à  l'est  les  prorinces 
de  la  grande  et  de  la  petite  Kabarda,  sur  le 
Terek.  Les  habitants  de  ces  prorinces  sont 
aussi  appelés  KabarJines.  Les  Circassiens  se 
donnent  à  eux-mêmes  le  nom  d'Adigi  et 
'ont  reçu  des  Tartares  celui  de  Tscherkesses, 
d'où  est  venu  le  nom  sous  lequel  on  les 
désigne  en  Europe.  Les  parties  hautes  de 
leur  pays  sont  en  général  couvertes  de  forêts  ; 
le  climat  en  est  froid. 

Pallas  nous  dit  que  les  Circassiens  sont  une 
race  très-belle  :  «  Les  hommes,  surtout  dans 
les  classes  élevées,  sont  presque  tous  d'une 
haute  stature  et  taillés  en  Hercules,  sans 
d'ailleurs  avoir  dans  les  formes  rien  de  lourd 
et  de  grossier;  ils  sont  étroits  de  ceinture, 
ils  ont  les  pieds  petits  et  ont  dans  les  bras 
une  force  extraordinaire.lls  ontgénéralement 
la  tournure  martiale  et  le  port  vraiment  ro- 
main. Les  femmes  circassiennes  ne  sont  pas 

irouveroDS  vraîsemHablemeDt  des  renseîgDeineiiia 
satisfaisants  dans  le  troisienie  Tolame ,  inpatiem- 
ment  atlenda,  du  savant  ouTra^^e  de  Huiler  sur  la 
race  ugrienne.  La  lan^uecéorgienoe  a  été,  dcnois 
queique  temps ,  oonsidéiés  comme  pouvant  être, 
jusqu'à  un  certain  poîni,  ramenée  au  langues  de 
la  famille  indo-européenne. 


î^ 


ADO 


Dl':TîOi>»:\AlUE 


ABO 


li4 


\bûXù%  dô3  beautés,  mois  elles  ont  généra- 
lement de  belles  formes  ,  la  peau  blanche , 
des  cheveux  bruns  ou  noirs,  et  des  traits 
ré^juliers.  >»  II  ajoute  :  a  J'ai  rencontré  un 
beaucoup  plus  ^rand  nombre  de  beautés 
parmi  les  Circass4ennes  que  parmi  les  fem- 
mes de  tout  autre  pays  non  civilisé  (26).  » 
Suivant  d'autres  voyageurs ,  un  mélange  de 
l'on^e  dans  les  cheveux  est  un  trait  caracté- 
ristique des  Circassiens.  Klaproth  dit  qu'ils 
ont  les  yeux  et  les  cheveux  bruns ,  la  ûgure 
longue,  mince  ,  le  nez  droit  et  des  formes 
élégantes  (27).  Reinegçs  refuse  de  reconnaî- 
tre en  eux  cette  prééminence  qu'on  leur  ac- 
accorde  généralement  pour  la  beauté  des 
formes  et  du  visage.  «  Je  ne  sais,  dit-il,  d'où 
est  venu  le  préjugé  en  faveur  des  femmes  de 
ce  pays  ;  je  ne  trouve  rien  qui  le  justifie  : 
une  jambe  courte,  un  petit  pied  et  des  che- 
veux d'un  roux  éclatant,  voilà  ce  qui  cons- 
titue une  beauté  circassienne.  » 

2"  Les  Caucasiens  du  centre  habitent  le 
pays  élevé  qui  domine  la  Kabarda  et  les  can- 
tons habités  par  les  Circassiens;  on  les 
irouve  près  des  sources  du  ïerek  et  de  quel- 
ques autres  rivières  qui  descendent  des 
régions  supérieures  du  Caucase.  Ce  groupe 
comprend  plusieurs  tribus  qui ,  d'ailleurs  , 
paraissent  être  alliées  de  très-près  par  le 
langage.  Les  principales  sont  celles  des  Miz- 
jcgnis,  nom  sous  leguel ,  suivant  Klaproth  , 
se  trouvent  compris  les  luguschis  ou  In- 
içousches  et  les  ïschetschengis,  aussi  appe- 
lés Taschis.  Ces  derniers  sont  plus  au  sud 
et  plus  voisins  de  la  Géorgie.  Guldens- 
tâdt  donne  «aux  Inguschis  le  nom  de  Kistes 
ou  Kistis. 

d**  Les  Caucasiens  orientaux,  ou  lesLes- 
ghis,  habitent  cette  partie  du  pays  que  Ton 
a  nommée  d'après  eux  le  Lesghistan.  Gul- 
denstâdt  les  divise  en  sept  tribus  ou  nations, 
dont  l'une  est  celle  des  Avares  ,  que  l'on 
suppose  être  les  restes  du  peuple  qui  autre- 
fois s'est  rendu  si  formidable  sous  ce  nom. 

4'  Plusieurs  nations  qui  habitent  la  chaîne 
méridionale  du  Caucase  appartiennent  à  la 
race  géorgienne  ou  grusienne.  Les  Persans 
Appellent  leur  pays  Guristan,  d'après  le 
ileuve  Kur,  et  do  ce  nom  les  Européens  ont 
fait  celui  de  Géorgien.  Les  Géorgiens  pro- 
prement dits  sont  les  Kart*uhli ,  habitants 
du  Kartuel  et  de  l'Imérétie.  L'ancienne  lan- 
gue géorgienne,  dans  laquelle  on  a  fait  une 
version  de  l'Ecriture  sainte,  est  un  dialecte 
du  Kartuel.  Le  dialecte  parlé  aujourd'hui 
dans  cette  province  est  le  géorgien  mo- 
derne. 

Une  seconde  section  de  la  race  géorgienne 
comprend  les  Mingréliens,  gui  habitent  l'an- 
cienne Colchide,  la  Mingrélie  actuelle ,  et  le 
f)ays  de  Guriel  ou  Gourie,  sur  les  bords  de 
a  mer  Noire.  Les  Souanes,  peuplades  de 
montagnards  qui  occupent  les  régions  al- 
pestres du  midi  du  Caucase,  forment  dans 

(26)  Pallas,  Voyages  dans  Us  provinces  méridio- 
nales de  l'empire  russe. 

(il)  Klaprotu,  Voyages  dans  les  contrées  cauca- 
siennes. 


cette  race  une  troisième  section.  Une  qua- 
trième enfin  est  celle  des  Lazians  ou  Fjizes, 
très-connus  dans  le  moyen  âge  comme  une 
tribu  barlvare  qui  exerçait  ses  déprédations 
sur  les  côtes  de  l'Euxin  et  les  étendait  à 
l'ouest  jusqu'à  ïrébizonde. 

Les  Géorgiens  ont  les  traits  et  les  formes 
des  Européens.  Reineggs  dit  que  leurs  fem- 
mes sont  plus  belles  que  les  Circassiennes, 
mais  qu'elle  n'ont  pas  généralement  la  peau 
aussi  blanche  que  ces  dernières,  qui  habi- 
tent une  région  plus  élevée  du  Caucase. 

II.  Habitants  aborigènes  des  côtes  et  des 
îles  de  la  Méditerranée.  —  Si  nous  pouvez 
donner  quelque  crédit  à  d'obscures  tradi- 
tions puisées  à  différentes  sources  par  les 
historiens  et  les  géographes  anciens,  Thu- 
cydide, Strabon,  Pline,  etc.,  les  îles  et  les 
deux  côtes  de  la  partie  occidentale  de  la 
Méditerranée  ,  étaient ,  à  l'époc^e  la  plus 
ancienne  à  laquelle  remonte  l'histoire,  oc- 
cupées par  des  tribus  de  deux  races  diffé- 
rentes, les  Libyens  et  les  Iberiens,  qui  sou- 
vent se  trouvaient  mêlés  dans  une  même 
île  ou  s'en  partageaient  la  possession. 

1*  La  langue  des  anciens  Iberiens  s'est 
conservée  jusqu'à  nos  jœjrs  dans  celle  aue 
parlent  les  Biscayens  en  Espagne  et  les 
Basques  en  France ,  peuples  qui  occupent  la 
région  montagneuse  située  sur  la  limite  des 
deux  pays.  Le  nom  national  de  ces  hommes, 
celui  qu'ils  se  donnent  dans  leur  propre 
langue,  est  celui  d'Euskaldunes.  Quant  à 
leur  langue  même,  ils  l'appellent  langue 
euskarienne  ou  euskara.  Les  Euskaldunes 
étaient  anciennement  divisés  en  un  grand 
nombre  de  tribus,  parmi  lesquelles  nous  ci- 
terons seulement  celles  des  Yascones  et  des 
Varduli^  desquelles  descendent  les  Euskal- 
dunes modernes  :  ces  tribus  occupaient, 
en  effet,  le  pays  que  possèdent  aujourd'hui 
les  hommes  qui  parlent  euskara.  C'est  par 
erreur  ou  par  vanité  nationale  qu'ils  ont  élé 
désignés  dans  les  temps  modernes,  ou  se 
sont  désignés  eux-mêmes,  sous  le  nom  de 
Cantabres;  caries  Cantabres  vivaient  dans 
une  partie  de  l'Espagne  où  l'on  ne  parle  pas 
biscayen  (28).  Il  a  été  prouvé  que  l'eus- 
kara  est  tout  à  fait  distinct  du  celtique  et  des 
autres  langues  indo-européennes ,  et  que 
dans  sa  construction  il  a  beaucoup  de  traits 
de  ressemblance  avec  les  langues  américain 
nés  :  cependant  cette  analogie  ne  va  pas 
jusqu'à  être  ce  que  nous  avons  appelé  ail- 
leurs une  ressemblance  de  f)amille,  c'est-à- 
dire  une  de  ces  ressemblances  qui  sont  l'in- 
dice d'une  origine  commune  ;  d'ailleurs  si 
l'on  était  tenté,  pour  le  cas  qui  nous  oc- 
cupe, de  tirer  une  pareille  induction  de  rap- 
ports existant  entre  les  langues,  on  trouve- 
rai des  difficultés  d'un  autre  ordre  qui  ne 
permettraient  pas  d'aller  bien  loin. 

Les  anciens  Iberiens  étaient  arrivés  de 
très -bonne  heure  à  un  certain  état  de  civi- 

(28)  Prûfung  der  Vntersuchengen  ûber  die  urbewho^ 
ner  Uispaniens,  von  Wiloëlii  vod  HunoLPT»  iii-^'i 
Berlin. 


lij 


ABO 


D'ANTitROPOLOGlE. 


AiK> 


ii% 


satioD  et  posséJaient  l'usage  des  lettres  ; 
levr  alphabet,  dérivé  sans  doute  originaire* 
ment  de  Talphabet  phénicien»  ressemblait 
beaucoup  à  r«ux  de  quelques-unes  des  an- 
ciennes nations  italiques.  On  ne  les  connaît 
d'abord  dans  l'histoire  que  comme  habitants 
de  la  cAte  septentrionale  et  des  lies  de  la 
Méditerranée.  Les  premiers  habitants  de  la 
Sidle  appartenaient  à  cette  race,  et  les   re- 
cherches de  Guillaume  de  Humboldt  sem- 
blent prouver  que  des  traces  de  leur  langue 
se  peuvent  encore  retrouver  dans  une  par- 
tie considérable  de  Tltalie,  où  peut-être  ils 
précédèrent  les    nations  italiques  de  race 
ariane.    Les  côtes  de  la  Gaule»  à  Touest  de 
l'embouchure  du  Rhône,  étaient  occupées 
par  des  Ibériens  qui  y  vivaient  conjointe- 
ment avec  les  Liguriens,  ce  dernier  peuple 
ayant  seul  la  possession  des  cantons  mariti- 
mes compris   entre  le  Rhône  et  Tltalie  : 
Toilàdu  moins  ce  que  nous  aprend  le  péri- 
ple de  Scjlax,  que  Niébubr  considère  comme 
un?  compilation  des  notes  recueillies  par 
(le  Irès-anciens  navigateurs.  On  croit  que 
les  Ligurien?  vinrent  du  voisinage  du  fleuve 
Lj^'vs  ou  Ligyros,  que  Ton  suppose  être  la 
Ijv.re  et  qu'ils    expulsèrent    les    Ibériens 
ilune  partie  de  leur  amien  territoire.  Ces 
événements  furent  probablement  antérieurs 
à  l'invasion  des  Ceftes  dans  l'Europe  occi- 
dentale. Les  Celtes,  qui  étaient   d'un  natUi* 
rel  plus  guerrier  que  les  Ibériens,    parais- 
bonl  les  avoir    dépossédés    d'une    partie 
ronsidérable  de  l'Espagne ,  car  des  traces  de 
Toccupation  celtiaue  ont  été  reconnues  par 
de  Humboldt  dans  les  noms  de  villes  et  de  po- 
pulations de  presgue  toute  la  moitié  occi- 
dentale de  la  Péninsule  :  cependant  les  Ibé- 
riens restèrent  toujours  en  possession  des 
Pyrénées.  Les    Ibériens  étaient  aussi   da 
nombre  des  premiers  habitants  de  la  Corse, 
de  la  Sardaigne  et  des  lies  Baléares,  où  ils 
portaient  le  nom  de  Balares.  Ils  y  avaient  pin- 
ceurs tles  où  se  trouvaient  à  la  fois  des 
Ibériens  et  des  Libyens. 

Les  populations  qui,  de  nos  Jours,  parlent 
dans  les  provinces  espagnoles  de  la  Biscaye 
et  du  Guipuzcoa  la  langue  vascongada  ou 
b9$cuence^  et  dans  les  provinces  basques  de 
France,  le  basque  ou  le  dialecte  labourdin, 
forment  une  race  très-intéressante  et  qui 
nous  offre  des  traits  particuliers  de  carac- 
tère et  de  rooBurs  ;  ces  populations  ont  été 
tout  récemment  le  sujet  d'une  description 
vive  et  animée  dont  je  citerai  ici  quelques 
pd^sages»  qui  me  semblent  former  une  es** 
qiii> s 3  ethnographique  (29)  assez  complète. 
«  Les  Basques,  tels  qu'ils  existent  main* 
l^'nant,  hommes  et  femmes ,  ont  dans  leur 
<'vi^-rieur  un  attrait  que  Tonne  trouve  chez 
aurune  autre  race  humaine.  Les  hommes, 
<1^  taille  moyenne,  mais  bien  proportionnés, 
p;>rlent  l'expression  de  la  vij^ueur  et  de  l'a^ 
wlité;  le  proverbe,  courir  comme  un  Basque^ 
<'^t  fwrfaitement  juste.  Leur  costume  lé^er, 
^dipié  à  leur  climat  et  à  leurs  mœurs ,  laisse 


apercevoir  tous  leurs  mouvements,  natu-» 
rellement  plus  gracieux  que  ceux  d'aucun 
autre  peuple.  Une  jaquette  brune,  négligem- 
ment jetée  sur  l'épaule  gauche,  un  gilet 
rouge  ouvert,  une  chemise  toujours  très- 
propre,  une  culotte  colltfûte,  assujettie  au 
moven  d'une  écfaarpe  rouge,  des  bas  bleus 
ou  bruns,  d'élégantes  sandales  faites  avec 
des  nattes  de  chanvre  et  attachées  avec  des 
rubans  rouges,  forment  l'habillement  du 
jeune  Basque.  Sa  tète  est  couverte  d'un  pe- 
tit bonnet  plat  qu'il  met  de  côté,  ou  bien  ses 
cheveux  sont  retenus  dans  un  réseau  de 
soie.  D'ordinaire  le  Basque  ne  porte  point 
d'armes,  mais  il  quitte  rarement  son  bâton 
ferré  dont,  en  cas  de  rixe,  il  sait  se  servir 
avec  une  merveilleuse  adresse,  tant  pour 
l'attaque  que  pour  la  défense.  Il  est  diffi- 
cile de  donner  de  la  beauté  et  des  grâces 
des  femmes  une  idée  qui  approche  seuliv 
ment  de  la  réalité.  Que  dire  d'elles,  si  ce 
n'est  qu'elles  ont  les  plus  belles  proportions, 
la  taille  la  plus  fine,  te  teint  le  plus  ravis- 
sant :  que  leurs  beaux  bras,  leurs  belles 
mains,  leur  pied  mignon  sont  dans  la  plus 
parfaite  harmonie  avec  un  profil  vraiment 
grec  I  .Mais  il  est  impossible  de  faire  com« 
prendre  combien  tous  ces  attraits  sont  rele- 
vés par  l'ineffable  aménité  de  tous  leurs 
mouvements,  par  la  grâce  de  leur  démar- 
che, par  le  sourire  malin  qui  voltige  autour 
de  leur  bouche  de  corail,  et  embrase  d'un 
nouveau  feu  leurs  yeux  noirs  dc^jà  si  vifs  ; 
de  décrire  avec  quelle  adresse  elles  lancent 
en  lair  leur  fuseau  ou  maintiennent  en 
équilibre  sur  leur  tôte  une  petite  cruche  de 
terre  :  avec  quel  art  elles  nouent  autour  de 
leurs  cheveux  le  mouchoir  dont  les  longs 
bouts  retombent  sur  leur  nuque  ;  de  faire 
sentir  à  quel  poil.' t  leur  va  bien  leur  cha- 
peau de  feutre  blanr,  leur  fichu  d'un  rougo 
éclatant  et  leur  jupon  court  écarlate;  de 
peindre  le  feu  de  leur  regard,  la  pantomime 
de  tous  leurs  membres  qui  accompagne 
leurs  discours.  On  reproche  ordinairement 
à  ces  créatures  enchanteresses  un  peu  de 
coquetterie  et  beaucoup  de  légèreté  ;  mais 
j'ai  tout  lieu  de  croire  qu'en  lesaccusant,*on 
prend  l'apparence  pour  la  réalité;  le  ton 
mièvre  par  exemple,  avec  lequel  elles  crient 
à  tous  les  étrangers  leur  Lgun  hon  Jauna ,  la 
manière  folâtre  dont  elles  les  accostent  et|Ies 
turlupinent  ;  leur  disposition  constante  à  rire 
et  à  plaisanter,  peuvent  très-bien  prendrejeur 
source  dans  leur  naïve  candeur  même,  et 
passera  tort  pour  de  la  facilité.  Du  moins 
cette  prétendue  falicité  ne  me  parait-elle 
guère  compatible  avec  cet  esprit  profondé- 
ment religieux,  nvec  cette  innocence  d'ex-» 
pression,  avec  cette  réserve  dans  toutes  les 
actions,  avec  cette  modestie  dans  tous  lest 
mouvements  que  j'ai  trouvés  à  Ustarritz,  à 
Has[îarren,  et  dans  d'autres  bourgs  éloi- 
gnés. Au  reste,  la  sévère  retenue  que  les 
hommes  observent  en  leur  présence,  et  qui 
forme  un  constraste  tranchant  avec  la  U- 


i'^»  E virai:  du  vojagc  de   Luncniann  dans    les    Pvrcnci*s  {  Sonvclles  Annales  dc$  vofjages;   Pans, 


137 


ABO 


nCTI055IA:RE 


ABU 


lis 


berté  de  neaBières  des  Français  eC  des  Alle- 
mafHJs,  me  parait  fournir  une  preave  Tîcto- 
rieuse  en  fmur  de  mon  ooinion. 

€  Le  fiasque  est  actif,  persérérant  et  eou- 
rageux  comme  le  sont  toujours  les  hommes 
rigoureux  et  amples  ;  comme  soldat,  il  D*est 
pas  propre  à  servir  dans  la  lîgtie,  mais  dans 
la  petite  ^ni^rre  il  se  montre  trè^-actif  et  de- 
TÎent  reJoatable  ;  son  sang  est  ebaïul  comme 
son  climat,  son  courage  inébranlable  comme 
ses  rochers,  son  attaque  est  impétueuse 
cr>mme  Ii|  mer  qui  baigne  son  pays.  Le  pro- 
fond sentiment  religieux  qui  ranime  ne  suf- 
fit qu'à  peine  à  tenir  ses  fougueuses  passions 
en  bride,  et  quelquefois  la  passion  1  emporte 
sur  la  religion  ;  cependant  il  ne  connaît  pas 
les  Tengeances  de  FEspagnol  et  il  est  hospi- 
tilier  comme  lui.  La  profonde  Ténération 
avec  laquelle  les  Basi^es  parlent  des  morts 
est  un  trait  caractéristiqiîe  de  la  nation. 
C*est  probablement  à  cette  Ténération  que 
tiennent  les  marques  d*nne  douleur  outrée 
qu*ils  donnaient  autrefois  lors  du  décès  d*un 

Rarent;  ils  s'arrachaient  les  cheveux,  ils  se 
ageilaient  ;  le  gouvernement  a  défendu  ces 
excès  sous  des  peines  sévères.  Le  Basque 
aime  ayec  passion  la  petite  guerre  et  les  jeux 
où  il  peut  déployer  sa  force  et  son  adresse  ; 
il  ne  connaît  d'autre  patrie  que  ses  monta- 
gnes, et  aujourd'hui  même  il  ne  parle  de 
la  France  que  comme  d'un  pays  étranger. 
Le  Basque  est  prot>e  dans  le  commerce,  il 
ne^  moiitre  point  d'avidité  et  se  contente  d'un 
gain  mo  iéré  ;  il  a  échappé,  dans  sa  solitude, 
aux  vices  dont  les  peuples  limitrophes  sont 
d'ordinaire  entachés.  Il  est  fort  rare  que  le 
pâtre  des  contrées  les  plus  élevées  descende 
de  ses  montagnes,  et  si  cela  arrive,  ce  n'est 

Îue  pour  aller  rendre  une  chèvre  à  ta  ville. 
insi  étranger  è  la  culture  intellectuelle  et 
aux  mœurs  de  notre  siècle,  il  reste  tout  près 
de  l'état  primitif  de  nature,  et  il  vit  content 
dans  son  ignorance.  Le  cultivateur,  plus 
aisé,  frénuente  les  foires,  et  là  il  apprend 
un  peu  de  français,  il  n'en  rapporte  point 
dans  ces  vallées  les  nouvelles  mœurs  et  la 
politesse  de  ses  voisins,  mais  il  reçoit  l'é- 
tranger qui  vient  le  visiter  dans  sa  demeure 
avec  l'hospitalité  et  la  franche  bonhomie  des 
anciens  temps.  i» 

2*  Les  anciens  Libyens  étaient  mattres  de 
toute  la  côte  septentnonale  de  l'Afrique,  de- 
puis l'E^pte  jusqu'au  détroit,  et,  à  partir 
de  ce  point,  de  toute  la  portion  de  la  côte 
occidentale  connue  des  Grecs  et  des  Ro- 
mains. Il  parait  qu'ils  étaient  les  seuls  habi- 
tants de  toute  celte  étendue  de  côtes  jusqu'à 
l'époque  où  y  arrivèrent  les  colonies  phé- 
niciennes. Les  Carthaginois  ont  été  nom- 
més :  Tyrii  bilingues^  parce  qu'ils  parlaient 
ézaleroent  bien  le  libyen  et  le  phénicien, 
c  est-à-dire  le  berbère  et  l'hébreu.   Cette 

(50)  \je  Drcnûer  échantillon  qu*on  ait  en  des  dia- 
lectes berbères  est  on  vocabulaire  showiab,  im- 
primé  dans  le  Vouage  de  Sbaw.  Le  berbère  a  été, 
depuis  étudié  par  M.  Venture  et  par  M.  d*Avezac  eu 
France,  par  M.  Ilodgson,  et  avec  beaucoup  de  succès 
par  M.  Balliol,  oui  a  fait  paraître ,  dans  le  West  of 
Kn^land  journal,  un  excellent  mémoire  sur  la  con- 


dernière  langue  cependant  prit  avec  le  temns 
une  grande  extension,  et,  comme  nous  le 
savons  par  G^enins,  derint  dans  toute  l'A- 
frique septentrionale  la  langue  des  inscrip- 
tions. La  langue  libyenne  s'est  conservée 
chez  les  tribut  grossières  qui  habitent  le 
mont  Atlas,  et  dans  diverses  provinces  de 
l'intérieur.  Dans  le  nord  de  l'Atlas,  on  ap- 
pelle Berbères  les  hommes  qui  parlent  cette 
langue  ;  dans  les  prorinces  méridionales, 
ils  portent  le  nom  de  Shulos  ou  Shelhas. 
Dans  un  canton  montagneux  qui  dépend  de 
Tunis,  les  Kabries  du  mont  Auress  parlent^ 
le  showiab,  qui  est  un  autre  dialecte  de  la 
même  langue  (30).  II  est  probable  qu'on  ne 
tardera  pas  à  avoir  sur  le  mécanisme  de  cette 
langue  des  notions  plus  satisfaisantes  que 
celles  qu'on  possè<ie  aujourd'hui.  Il  pa- 
rait d*ailleurs  qu'elle  a  dans  son  vocabu- 
laire une  partie  qui  lui  est  propre,  et  est 
bien  distincte,  mais  qu'elle  a  de  plus  un 
grand  nombre  de  mots  et  de  formes  gram- 
maticales syro-arabes,  ce  qui  fait  que  dans 
sa  structure  et  dans  tout  son  système  d'in- 
flexion, elle  a  pris  complètement  le  carac- 
tère des  langues  sy ro^arabes  ou  sémitiques? 
Le  seul  point  maintenant  indécis,  c'est  de 
savoir  si  cette  langue  était  oriçnairement 
syro-arabe,  c'est-à-dire  si  l'on  doit  la  consi- 
dérer comme  un  rameau  depuis  longtemps 
séparé  des  souches  orientales,  sur  lequel  s» 
serait  enté  plus  tard  un  nombre  considéra- 
ble de  mots  particuliers,  ou  bien  si  l'on  doit 
y  Toirun  fond  primitif,  une  langue  plus 
grossière  à  laquelle  sera  Tenu  se  superpo* 
ser  ultérieurement  le  système  grammatical 
des  dialectes  syro^arabes.  C'est  là  un  point 
sur  lequel  je  ne  me  hasarderai  pas  à  pré* 
senter  d'opinion. 

*  111.  Berbères  de  TAthu  smtentrional.  — 
On  dit  que  les  montages  de  l'Atlas  sont 
occupées  par  plus  de  yingt  nations  différen- 
tes, constamment  en  guerre  les  unes  con- 
tre les  autres,  tribu  contre  tribu,  village 
contre  village;  des  querelles  héréditaires  ne 
finissent  que  par  l'extermination  de  familles 
entières.  Les  peuplades  qui  habitent  les 
monts  neigeux  de  l'Atlas  vivent  dans  des 
cavernes  depuis  le  mois  de  novembre  jus- 
qu'au mois  d'avril  ;  leurs  exploits  ont  été 
1  origine  de  traditions  et  de  légendes  qui 
remplissent  de  terreur  les  habitants  des 
plaines.  Toutes  ces  tribus  sont  très-pau- 
vres, et  ce  n'est  guère  que  le  butin  qu  elles 
rapportent  de  leurs  excursions  qui  peut  leur 
procurer  des  moyens  de  substance.  C'est 
une  race  très-robuste  et  pleine  d'activité. 

1"  Les  Berbères  du  haut  Atlas  sont  repré- 
sentés par  Lemprière,  qui  leur  donne  le 
nom  de  Brèbes,  comme  des  hommes  aux 
formes  athlétiques,  aux  traits  rudes,  à  la 
physionomie  sévère;  il  ajoute  qu'ils  sont 

struction  {grammaticale  de  cette  langue.  Ce  travail, 
qui  est  fau  de  main  de  maître,  et  remarquable  par 
sa  lucidité,  prouve  que,  quel  que  soit  le  fend  de 
la  langue,  sa  forme  est  une  forme  très-ancienne  des 
langues  sémitiques  ou  svro-aral)es,  souvent  très- 
différente  de  celle  de  Tarabe  moderne. 


Ii9 


ABO 


DANTHROrOLOGIE. 


ADO 


f36 


patients,  endurcis  au  trayait  et  à  la  fatigue 
et  peu  enclins  à  s'éloigner  du  lieu  de  leur 
naissance.  Ils  se  rasent  le  devant  de  la  tète, 
mais  ils  laissent  croître  leurs  cheyeux  depuis 
le  sinciput  jusqu*à  la  nuque. 

Ils  ont  pour  unique  Tôtement  une  tunique 
de  kine  sans  manches,  assujettie  autour  de 
la  taille  par  une  ceinture.  Lempfière  lyoute 
que  ces  peuples  diffèrent  complètement  des 
Arabes  et  des  Maures,  et  sont  \es  habitants 
aborigènes  du  pays  ;  ils  ont  leurs  villages 
sur  la  montagne,  où  ils  vivent  dans  un  état 
presque  complet  d*indépendance,  des  pro* 
dnits  de  leurs  troupeaux  et  des  produits  de 
lâchasse. 

2*  Les  Shulus,  qui  sont  les  montagnards 
de  TAtlas  septenîrional,  habitent  des  villa- 
ges dont  les  maisons  sont  en  pierre  et  en 
terre,  et  couvertes  d*ardoise;  quelquefois 
ils  vivent  sous  des  tentes  ou  même  dans  des 
cavernes.  Us  sont  principalement  chasseurs, 
mais  ils  cultivent  aussi  la  terre  et  élè^icnt 
des  abeilles.  Léon  rAfricain  les  considère 
comme  appartenant  à  la  même  race  que  les 
Berbères  du  nord  de  TAtlas,  et  M.  Venture 
nous  apprend  que  leur  langue,  à  laquelle  ils 
donnent  le  nom  d'amazigh,  ce  qui  veut  dire 
la  langue  la  plus  noble,  est  de  la  même  £i- 
mille  que  la  lan^e  berbère.  M.  Jackson  len 
croyait  tout  à  lait  différente,  mais  la  justesse 
de  ropinion  de  M.  Venture  parait  liien  éta- 
blie par  les  preuves  que  le  capitaine  Was- 
hington a  présentées  dans  le  Journal  de  la 
Société  géographique  de  Londres.  Le  capitaine 
Washington  donne  une  liste  de  mots  obte- 
nus de  la  bouche  d'un  homme  natif  de 
Shelha,  qui  avait  passé  sa  vie  dans  les  mon- 
tagnes de  TAtlas,  et  il  la  compare  avec  les 
listes  formées  par  Venture  et  par  quelques 
autres  voyageurs. 

Les  Berbères  des  régences  de  Tunis  et  d'Al- 
ger sont  désignés  par  les  habitants  des  villes 
sous  le  nom  des  Kabyles  ou  Kabaïies  ;  ils 
occupent  toute  la  chaîne  du  petit  Atlas.  Les 
habitants  de  certaines  parties  de  la  montagne 
ont  cependant  des  noms  particuliers,  tels  que 
ceux  de  Benî-Saia  ou  Beni^Mcissera  ,  ce  qui 
veut  dire  :  «  Enfants  de  Sala  ou  de  Meissera.  » 
Ils  parlent  la  langue  berbère  qu'ils  nomment 
shoviab ,  et  ceux  de  l'intérieur  n'ont  même 
aucune  connaissance  de  l'arabe.  Leurs  habi- 
tations, sortes  de  huttes  faites  de  branches 
d*arbres  et  couvertes  d'argile,  très- sembla- 
bles par  conséquent  aux  magalia  des  anciens 
Numides ,  sont  dispersées  en  petits  coupes 
sur  les  flancs  de  la  montage  ;  les  crains,  les 
l^umes  et  les  divers  produits  qu'ils  obtien- 
nent de  la  culture  dusol,  sont  conservés  dans 
des  maimouree  ou  excavations  coniques  pra- 
tiqijéesen  terre.  Ce  sont  les  hommes  les 

Élus  laborieux  et  les  plus  entreprenants  des 
llats  barbaresques.  L'agriculture  n'est  pas 
leur  seule  industrie  ;  ils  s'occupent  encore 
avec  succès  de  l'exploitation  des  mines  que 
renferment  leurs  montagnes,  et  ils  en  tirent 
du  plomb,  du  fer  et  du  cuivre. 
La  nation  desj'ouariks  est  partagée  en  un 


grand  nombre  de  peuplades  dont  les  caractè- 
res physiques  varient  avec  les  climats ,  et 
qui  sont  répandues  dans  toutes  les  parties 
habitables  de  l'immense  plaine  du  Sahara. 
Les  Touariks  ont  été  très-bien  décrits  par 
Léon  l'Africain ,  qui  avait  visité  tout  leur 
pays ,  mais  ils  étaient  à  peine  connus  dans 
les  deux  siècles  derniers ,  et  leurs  rapports 
de  parenté  avec  les  Berbères  n'étaient  pas 
même  soupçonnés  jusqu'à  Tépoque  du  voyage 
deHornemann,  à  qui  l'on  doit  en  quelque  sorte 
la, découverte  de  cette  race  répandue  sur 
une  si  vaste  étendue  de  pays.  C'e^tè  M.  Mars- 
den ,  d'ailleurs ,  que  1  on  doit  la  preuve  de 
l'identité  des  Touariks  et  des  Berbères.  11 
résulte  des  recherches  de  ces  deux  auteurs 
que  les  Touariks  s'avancent  à  l'est  jusqu'aux 
confins  de  l'Egypte.  L'oasis  d'Ammon  est 
habité  par  un  peuple  qui  parle  leur  langue. 

M.  Rozet  nous  tait  connaître  dans  les  ter- 
mes suivants  les  caractères  physiques  des^ 
Berbères  ou  Kabyles  de  l'Algérie.  «  Les  Ber- 
bères, dit-il,  sont  de  taille  moyenne  ;  ils  ont 
le  teint  brun,  quelquefois  noirâtre ,  les  che- 
veux bruns  et  lisses ,  rarement  blonds  ;  ils 
sont  tous  maigres,  mais  extrêmement  robus- 
tes et  nerveux  ;  leur  corps  grêle  est  trè5« 
bien  fait ,  et  leur  tournure  a  une  élégance 
que  l'on  ne  trouve  plus  que  dans  les  statues 
antiques.  Ils  ont  la  tête  plus  ronde  que  les 
Arabes,  les  traits  du  risage  plus  courts,  mais 
aussi  bien  prononcés  ;  les  beaux  nez  aqui- 
lins ,  si  communs  chez  ceux-ci ,  sont  rares 
chez  les  Berbères;  l'expression  de  leur 
figure  a  quelque  chose  de  sauvage  et  même 
de  cruel;  ils  sont  extrêmement  actifs  et 
fort  intelligents  (31).  » 

Les  Shuluhs  des  montagnes  au  delà  de 
Maroc,  nous  sont  représentés  par  le  capitaine 
Washin^n  comme  des  hommes  vifs,  intelli- 
gents, bien  faits,  ayant  des  formes  athléti- 
ques, une  taille  peu  élevée ,  un  visage  sans 
traits  bien  marqués,  et  un  teint  clair. 

Nous  devons  encore  citer  une  observation 
du  docteur  Shaw,  concernant  les  Kabyles  du 
pays  de  Tunis.  «  Les  Kaljyles ,  nous  dit-il , 
sont  généralement  très-basanés  et  ont  les 
cheveux  de  couleur  foncée  ;  mais  ceux  qui 
habitent  les  montagnes d'Auress,  ou  le  mons 
AurariuM  des  anciens ,  bien  que  parlant  la 
même  langue,  ont  la  peau  blanche,  le  visage 
coloré  et  les  cheveux  d'un  blond  jaunâtre.  » 

Des  auteurs  qui  croient  à  la  permanence 
des  caractères  pliysiques,  au  lieu  de  revenir 
de  ce  préjugé  en  présence  d'un  fait  comme 
celui-ci,  ont  préféré  supposer,  contre  toute 
vraisemblance ,  aue  les  Berbères  blonds  du 
mont  A  uress  sontles  restes  des  Vandales  vain- 
cus par  Bélisaire.  Les  Touariks  sont  blancs 
dans  certaines  contrées  ;  ils  sont  noirs  dans 
d'autres,  mais  sans  avoir  des  traits  de  n^res» 

L'extension  de  cette  race  dans  toutes  les 
lies  Canaries  est  une  découverte  curieuse  et 
intéressante  des  temps  modernes. 

Les  Iles  Canaries  et  les  mers  voisines 
furent ,  pour  le  roi  Juba,  le  sujet  d'une  ex- 
ploration dont  Pline  nous  a  transmis   les 


(St)  Vayoff  d4ai$  «a  TêgtHce  (TM^r;  1  ans,  1833,  3  vol.  iD-8%ct  allas  iu-i*. 


!51 


ABO 


DICTlONNÂiaE 


ABO 


432 


résultats,  en  reproduisant  même  textuelle- 
ment, à  ce  qu'il  paraît,  les  descriptions  de  ce 
prince  qui  n'était  pas  seulement  un  hardi 
navigateur,  mais  encore  un  savant  géographe. 
Selon  Juba,  la  première  île,  qui  fut  nom- 
mée Ombrios  ,  ne  présentait  pas  de  vestiges 
d'habitation  humaine  :  ce  qu'elle  avait  de 

f)lus  remarquable,  c'était  un  lac  situé  sur 
e  haut  d'une  montagne  ;  la  seconde  ,  dans 
laquelle  on  trouva  les  restes  d'un  édifice  en 
pierre  ,  fut  appelée  Junonia,  et  ce  nom  était 
celui  d'une  petite  île  voisine  ;  la  suivante , 
nommée  Capraria ,  abondait  en  très-grands 
lézards  ;  l'île  de  Nivaria  (Ténériffe),  qui  avait 
reçu  ce  nom  à  cause  de  ses  neiges ,  était  un 
pays  de  brouillards  ;  près  de  Nivaria  se  trou- 
vait Canaria,  ainsi  nommée  parce  qu'il  s'y 
trouvait  des  chiens  de  très-haute  taille,  dont 
deux  furent  amenés  à  Juba  ;  on  y  voyait  des 
restes  d'habitations.  Toutes  ces  îles  abon- 
daient en  fruits  et  en  palmiers  à  dattes ,  les 
bois  étaient  remplis  d'oiseaux  et  de  différen- 
tes sortes  d'animaux. 
Il  paraîtrait ,   d'après  cette  description , 

2ue ,  du  temps  de  Juba ,  les  îles  Canaries 
laient  ou  complètement  désertes,  ou  seule- 
ment habitées  sur  cjuelques  points  qui  ne 
furent  pas  alors  visités. 

L'histoire  moderne  des  Canaries  commence 
avec  la  découverte  qui  en  fut  faite  acciden- 
tellement entre  l'année  1326  et  Tannée  1334. 
£ar  suite  du  naufrage  d'un  vaisseau  français. 
»epuis  lors ,  ces  îles  furent  le  but  de  plu- 
sieurs expéditions  de  la  part  des  Espagnols, 
gui  n'v  venaient  que  pour  piller  et  pour  j 
faire  clés  esclaves;  dans  «ne  de  ces  expédi- 
tions ,  le  roi  et  la  reine  de  Lancerote  furent 
faits  prisonniers  avec  soixante-dix  des  leurs. 
Au  commencement  du  xV  siècle ,  un  baron 
normand,  Jean  de  Béthancourt ,  soumit  plu- 
sieurs de  ces  îles  ,  mais  il  se  passa  encore 
quatre-vingt-quinze  ans  avant  que  la  con- 
quête de  Ténériffe  fût  complète,  les  habitants, 
connus  sous  le  nom  de  Guaiiches,  ayant 
opposé  aux  conquérants  une  héroïque  résis- 
tance. Les  meilleurs  renseignements  que 
nous  ayons  sur  ces  Guanches  se  trouvent 
dans  les  relations  de  quelques  anciens  voya- 
geurs qui  visitèrent  les  Canaries  à  l'époque 
où  elles  n'étaient  encore  que  très-incoraplé- 
ment  subjuguées. 

La  population  de  la  grande  Canarie  s'éle- 
vait à  9,000  âmes ,  et  celle  de  Ténériffe  à 
S,000.  On  raconte  que  les  indigènes  de  cette 
dernière  île  étaient  extrêmement  grands  et 
avaient  même  parfois  des  proportions  gigan- 
tesques. C'était  un  peuple  de  mœurs  simples, 
qui  connaissait  très-peu  d'arts,  ignorait  l'usage 
des  métaux  et  se  servait,  dit-on ,  des  cornes 
de  bœuf  pour  labourer  la  terre.  Ils  croyaient 
à  une  vie  future  et  adoraient  un  être  su- 
prême ,  qu'ils  désignaient  sous  le  nom 
d'Achuharahan,  et  qu'ilsconsidéraient  comme 
l'auteur  et  le  conservateur  de  tout  ce  qui  est 
bon  et  utile  aux  hommes.  Ils  croyaient  aussi 
à  un  génie  du  mal  qu'ils  nommaient  Guayotta  ; 
enfin  ils  admettaient  un  lieu  de  peines  pour 
les  méchants,  et  le  plaçaient  dans  le  cratère 
brûlant  du  pic  de  Teyde.  Us  avaient  des 


cérémonies  pour  sanctifier  le  mariage,  et 
diverses  pratiques  liées  à  un  système  de 
dogmes  moraux  et  politiques. 

L'ttsage  d'embaumer  les  corps  et  de  les 
déposer  dans  les  cavernes  des  montagnes , 
dans  des  espèces  de  catacombes^  est  le  fait  le 
plus  curieux  de  l'histoire  des  Guanches) 
c'est  au  moins  celui  qui  a  le  plus  fixé  l'atten- 
tion. Les  momies  étaient  placées  debout  et 
appuyées  contre  les  parois  de  la  grotte.  Dans 
la  main  des  chefs  était  un  bâton  de  comman- 
dement, et,  près  d'eux,  était  déposé  un  vase 
plein delait.  Nicol,  voyageur  anglais,  dit  avoir 
vu  réunis  en  un  même  lieu  trois  cents  de 
ces  cadavreS)  dont  la  chair  était  desséchée  et 
le  corps  aussi  léger  aue  du  parchemin.  On 
conta  à  Scorey  que  1  on  avait  trouvé  dans  Je 
tombeau  des  rois  de  Guimar  un  squelette  de 

Suinze  pieds  de  haut  et  dont  les  mâchoires 
taient  garnies  de  quatre-vingts  dents.  Depuis 
quelques  années  nous  avons  eu,  par  suite  des 
recherches  de  Golberry ,  de  Blumenbach  et 
de  Humboldt ,  des  détails  plus  exacts  de  ces 
momies  et  sur  la  manière  dont  on  les  prépa- 
rait. Il  paraît  qu'on  enduisait  les  corps  avec 
une  espèce  de  résine  et  qu'on  les  faisait 
sécher  devant  un  petit  feu  ou  seulement  en 
les  exposant  au  soleil.  La  dessiccation  s'o|  é- 
rait  si  complètement,  que  toutes  ces  momies 
étaient  excessivement  légères ,  et  Blunaen- 
bach  nous  dit  en  posséder  une  qui,  avec  tou- 
tes ses  bandelettes ,  ne  pèse  que  sept  livres 
et  demie,  ce  qui  est  près  d'un  tiers  de  moins 
que  le  poids  d'un  squelette  entier  de  môme 
taille,  auquel  l'on  vient  d'enlever  la  peau  et 
les  chairs.  En  ouvrant  ces  momies  on  trouve 
des  débris  de  plantes  aromatiques,  au  nom- 
bre desquelles  est  toujours,  dit-on,  leC/ieno- 
podium  Ambrosioides.  Les  corps  sont  ornés 
de  bandelettes  étroites  auxquelles  sont  sus- 
pendus de  petits  vases  en  terre  cuite. 

M.  Golberry  nous  a  donné  la  description 
d'une  momie  qui  est  en  sa  possession ,  et 
qu'il  a  choisie  dans  un  très -grand  nombre 
qui  restaient  encore  de  son  temps  dans  les 
grottes  de  Ténériffe.  Voici  ce  qu'il  en  dit  : 
«  Les  cheveux  étaient  longs  et  noirs,  la  peau 
sèche  et  flexible ,  d'un  brun  foncé,  le  dos  et 
la  poitrine  couverts  de  poils,  les  cavités  jiec- 
torale  et  abdominale  étaient  remplies  d  une 
espèce  de  graine  qui  ressemblait  a  du  riz,  le 
corps  était  enveloppé  de  bandelettes  de  peau 
de  chèvre.  » 

Blumenbach  a  cru  découvrir  quelque  res- 
semblance dans  le  système  d'ornements  des 
momies  guanches  et  celui  des  momies  égyp- 
tiennes. On  trouve  dans  les  unes  et  les  au- 
tres des  colliers  de  corail ,  mais  cela  peut 
n'être  qu'une  ressemblance  accidentelle,  tan- 
dis que  l'usage  de  la  peau  de  chèvre  en  place 
d'étoffes  tissées ,  la  manière  de  remplir  les 
corps  et  do  les  dessécher ,  et  bien  d  autres 
particularités  encore ,  diffèrent  essentielle- 
ment du  procédé  égyptien. 

Les  incisives  des  momies  des  deux  nations 
sont  usées  de  manière  à  représenter  un  cône 
tronqué.  Cela  peut  venir  de  ce  que  ces  deux 
peuples  auraient  fait  usage  de  semblables 
aliments ,  et  de  ce  que  tous  les  deux ,  par 


1Ô5 


ACT 


D'AMKIIOPOL'CIE 


ABT 


f-4 


fxeujpICy  auraient  eu  l*habitude  de  manger 
lies  grains  très-durs. 

Le  langue  que  parlaient  les  anciens  habi- 
tants des  Canaries  est  perdue  depuis  long- 
temps ;  il  ne  nous  en  reste  qu'un  petit  nom- 
bre de  mots  dont  la  conservation  est  due  au 
hasard ,  mais  qui  sufllsent  pour  nous  porter 
à  penser  que  cette  nation,  aujourdliui  com- 
plètement éteinte,  appartenait  à  la  race 
atlantique  (33). 

ABSTRACTION.  Voy.  Lahgigb. 

ABYSSINIENS.  —  L  Abyssinie,  est  certai- 
nement, après  rEgjrpte,  plus  digne  qu  aucune 
antre  partie  de  1  Airique,  de  fixer  notre  at- 
tention, en  raison  de  la  multitude  des  faits 
curieux  qui  se  r&ttacbent  à  son  histoire. 
Toujours  d*un  accès  difficile  par  la  nature 
montagneuse  de  son  territoire  et  par  sa  po- 
sition locale,  cachant  dans  son  sein  les 
sources  longtemps  cherchées  du  Nil,  et 
l'origine  plus  mystérieuse  encore  de  ses 
singuliers  habitants,  l'Abyssinie  a  seule  con^ 
serré,  dans  le  cceur  de  l'Afrique  et  au  milieu 
de  nations  païennes  et  mahométanes,  sa 
littérature  propre ,  et  son  ancienne  Eglise 
chrétienne.  Ce  qui  est  plus  remarquable  en- 
core, l'Abyssinie  a  conservé  des  traces  pro* 
fondes,  multipliées,  d'un  état  antérieur,  d*un 
judaïsme  anciennement  très-répandu,  et  une 
langue  qui  se  rapproche  plus  qu'aucune 
autre  langue  rivante  de  l'hébreu  pur;  enfin 
l'ensemble  des  habitudes  et  le  caractère  par« 
ticulier  de  son  peuple  représentent,  de  nos 

I'ours,  les  moeurs  et  les  coutumes  des  anciens 
sraélites  du  temps  de  Gédéon  et  de  Josué. 
La  ressemblance  entre  les  Abyssiniens  mo^ 
dernes  et  les  anciens  Hébreux  a  ouelque 
chose  de  si  frappant,  qu'il  nous  est  oifficile, 
au  premier  abord,  de  ne  pas  considérer  ces 
deux  peuples  comme  étant  deux  branches 
d*unc  même  nalion  ;  si  donc  nous  n'avions 
pas  la  preuve  irrécusable  du  contraire,  si 
nous  ne  savions  i>as  positivement  aue  les 
Alirauiides  tirent  leur  origine  de  la  Clialdée, 
desfiayssituésau  nord  elà  l'est  de  la  Palestine, 
nous  aurions  pu  fabriquer  une  hypothèse 
Irès-prolialfic,  qui  les  eût  fait  descendre  en 
hordes  nomades  des  montagnes  de  l'Habesh; 
lis  se  seraient  ainsi  trouvés  identifiés  avec 
les  rois  pasteurs,  qui,  selon  Manétbon,  mul« 
tinlièrent  leurs  liandes  dans  le  pays  des 
Pfiaraons,  pendant  un  séjour  de  plusieurs 
siècles,  mais  qui»  enfin,  contraints  par  la 
volonté  des  dieux  à  fuir  de  ce  vàySf  cher- 
chèrent nn  refuge  en  Judée,  où  ils  élevèrent 
l€^s  murs  de|Jérusalem.  Une  semblable  hypo- 
thèse ferait  comprendre  l'existence,  dans 
TAfrique  tropicale,  d'un  peuple  presque 
Israélite,  et  la  conservation  d'une  langue  si 
iroisine  de  celle  des  Hébreux;  malheureuse- 
ment ,  elle  est  d'une  fausseté  évidente,  et 
c'est  grand  dommage,  puisqu'elle  nous  four- 
nirait, iiour  la  plupart  des  fliits  qui  se  ratta- 
cheot  a  Thisloire  de  l'Abyssinie,  surtout 

'  (ââ)  11.  Ilaréilo,  de  i/isbonne,  a  soiitena,  dans  un 
mémoire  fort  in^èmemi,  qall  a  commiiniqiié  k  la  So- 
«  icié  ittyalc  géo{(rapbiciiic  de  l^omln^s,  que  la  langue 
^c%  Cuâttclics  éiaii  Jîll^rciilc  de  ccUc  «les  avtrcs 


|H)ur  l'extension  si  ancienne  de  la  rc'i^^ion  et 
des  coutumes  juives  dans  tout  ce  pays,  une 
explication  très-simple  et  la  seule  qui  puisse 
être  sérieusement  proposée,  car  la  légende 
gui  fait  descendre  de  Salojnon  et  de  la  reine 
de  Saha  la  maison  royale  de  Menilek  est  un 
conte  absurde. 

Le  plateau  de  l'Abyssinie ,  comparé  par 
M.  de  Humboldt  à  la  plaine  élevée  de  Quito, 
s'étend  au  nord  de  la  grande  chaîne  de  mon- 
tagnes qui  traversent  l'Afrique  de  l'est  à 
l'ouest.  Les  habitants  de  l'Abyssinie,  d'après 
ce  que  nous  apprend  Tellez,  nomment  leur 
pays  Albtrogran  ou  la  Haute -Plaine,  par 
opposition  au  KwoUa  ou  plat  pays,  dont  elle 
est  entourée  de  tous  les  cdtés,  excepté  du 
côté  du  sud.  Ils  comparent  leur  Alberogran 
è  la  fleur  du  denguelet,  dont  la  magnifique 
corolle  est  environnée  d'épines,  faisant  ainsi 
allusion  à  la  barbarie  des  nombreuses  peu-» 
plades  qui  habitent  les  vallées  et  les  plaines 
environnantes.  I^  plaine  de  Narea  ou  d'Ena^ 
réa,  forme,  du  côté  du  sud,  un  prolongement 
du  haut  pays,  et  ainsi  que  le  fait  observer 
Ritter,  relie  le  Habesh  aux  montagnes  en*^ 
core  plus  élevées  de  KaSa  et  au  grand  pla* 
teau  de  l'Afrique  centrale.  Les  plateaux  de 
l'Abyssinie  proprement  dite  s'étendent  du 
neuvième  au  quinzième  degré  de  lalituic 
nord,  c'est-à-dire,  depuis  les  provinces  mé- 
ridionales de  Choa  et  d'Efat,  qui  ne  sont  pas 
très-éloignées  d*£naréa ,  jusqu'à  Tcherkin 
ou  Waldubba,el  là  les  montagnes s'aliaissent 
tout  à  coup  et  se  perdent  dans  les  forêts 
basses,  occupées  par  les  nègres  Changallas. 
La  plus  grande  |)artie  du  plateau  du  Ha- 
besh est  un  pays  de  pâturages  alpestres* 
Il  offre  aussi  quelques  plaines  cultivées  < 
mais  on  y  voit  très-peu  de  forêts  ;  dans  cer- 
taines saisons  il  est  aijondamment  arrosé 
par  de  nombreux  ruisseaux  qui  le  fertilisent, 
et  il  nourrit  d'innombrables  troupeaux  de 
bcBiifs  et  de  chevaux.  La  race  d'hommes  qui 
l'habite  est  vigoureuse,  belle,  active,  intelli- 
ligente;  c'est  une  race  beaucoup  plus  portée 
vers  les  arts  de  la  guerre  que  vers  ceux  de  la 
paix,  et  ainsi  que  Ludolph  en  fait  la  remar- 
que, elle  ne  dépose  guère  les  armes,  que 
lorsqu'elle  v  est  rx>ntrainte  par  le  retour 
périodique  des  pluies  tropicales  (33). 

Pendant  des  siècles,  l'Abyssinie  ne  formH 
qu*un  seul  empire  gouverne  par  tm  negusli, 
ou  empereur,  qui  résidait  d'abord  à  Axourof 
ancienne  capitale  du  Tugray,  ou  Tigré,  et 
depuis  quelques  siècles  à  Gôndar,  dans  une 
partie  plus  centrale  du  pays.  Cet  empire  se 
divise  en  plusieurs  provinces  ou  royaumeSf 
et  i  I  est  habité  par  di£réren tes  races  d^liommeSf 
qui^bien  que  semblables  pour  les  caractères 
moraux  et  physiques,  se  distinguent  les 
X  unes  des  autres  par  ce  grand  cachet  d'ori- 
gine diverse ,  la  différence  de  langage. 
N'ayant  rien  reçu  de  l'ancienne  civilisation 
de  l'Egypte  et  de  l'Ethiopie,  l'Abyssinie  pa- 

lâes,  et  différente  aassi  da  dialecte  berbère.  Ce  sujrt 
demande  de  plus  amples  érlaircissemcnts 

(55)  LcDOLPH,  Unt.  jEîhiop.^  lib.  f.  —  Rittee, 
Erdlundj  th.  i.  c.  3. 


f3.1 


An\ 


DICTIONiNAlUE 


ABK 


156 


raîl  devoir  ses  prcnièrcs  connaissances  aux 
nations  sémitiques  établies  sur  les  rives 
opposées  de  la  mer  Rouge.  De  celte  contrée 
leur  vinrent  probablement  les  caractères 
syllabiques  qui  furent  à  ce  qu'il  paraît,  bien 
longtemps  communs  aux  Abyssins  et  à  des 

Êeuples  qui  leur  sont  alliés  de  uarcuté,  les 
[omérites,  ou  Hymiarites  du  Yémen  méri- 
dional. La  portion  de  la  côte  de  la  mer  Rouge 
correspondant  à  l'Abyssinie,  et  le  plat  pays 
qui  la  borde  constituent  la  province  de 
Sarahar  ou  Samhara  ;  de  là  le  voyageur  gra- 
vit les  coteaux  élevés  d'Assauli  et  de  Ta- 
ranta,  et  arrive  au  plateau  occidental  du 
Tugray.  C'est  dans  cepays,  à  Axoum,  mélro- 
pole  des  negush ,  que  les  arts  furent  d'abord 
cultivés;  là,  quoique  le  judaïsme  fût  à  ce 
qu'il  paraît  très-prédominant,  la  connais- 
sance de  la  sculpture  et  des  lettres  grecques 
avait  pénétré  en  même  temps  que  la  mytfio- 
logie  polythéistique  des  Grecs  égyptiens, 
vers  1  époque  dos  Ptolémées,  époque  où  la 
province  d'Adei  et  d'autres  parties  des  bords 
de  'la  mer  Rouge  étaient  fréquentés  par  des 
marchands  étrangers.  Cependant  1. ancien 
gbiz  ou  hébreu-éthiopique  continua  à  être  la 
langue  du  peuple  d'Axoum,  longtemps  en- 
core après  l'arrivée  de  Frumentius  qui, 
consacré  par  le  grand  Athanase,  devint  fapô- 
tre  de  l'Abyssinie.  Frumentius  traduisit  les 
saintes  Ecritures  enghiz,  l'ancien  dialecte 
parlé  dans  les  provinces  de  l'est  chez  les 
Tugrayeus,  qui  étaient  alors  la  tribu  domi- 
nante. Dans  les  provinces  de  l'intérieur,  les 
Falashas  conservèrent  le  judaïsme,  tandis  que 
les  tribus  du  sud,  les  Agows  et  d'autres, 
persistèrent  dans  leur  paganisme  africain  et 
leur  adoration  du  Nil.  Les  Tugray ens  qui 
habitaient  à  l'est  de  l'Astaboras  ou  Takazay 
étaient  les  vrais  Abyssiniens,  de  race  sémi- 
tique, ou  peut-être  cushite.  Les  Amharas, 
peuple  qui  parlait  l'amharique,  habitaient  la 
plus  grande  des  provinces  de  l'Abyssinie  : 
c'est  dans  leur  pays  que  se  trouve  Gondar, 
qui  devint  plus  tard  le  siège  de  l'empire. 
L'hamarique  nous  offre  un  grand  mélange 
d'arabe  et  de  ghiz,  mais  les  plus  savants  phi- 
losophes pensent  que  cette  langue  n'est  point 
d'ongine  syro-arabe  :  ce  point  d'ailleurs 
n'est  pas  encore  tout  à  fait  décidé,  et  c'est 
seulement  lorsqu'il  le  sera  qu'on  pourra  dé- 
terminer si  les  Amharas  étaient  une  nation 
sémitique  ou  une  raie  purement  africaine. 
Au  point  où  en  sont  les  recherches,  cette 
dernière  opinion  paraît  être  la  plus  proba- 
ble, et  elle  peut  s'étendre  à  toutes  les  autres 
nations  qui  étaient,  ainsi  que  les  Tugrayens, 
sujets  du  negush. 

Caractères  physiques  des  Abyssiniens, -r- 
Les  Abyssiniens  sont  considérés  comme  fai- 
sant partie  des  races  noires.  Les  auteurs 
arabes  qui  ont  écrit  l'histoire  des  guerres 
entre  les  anciens  princes  du  Yeraen  et  les 
neçushs  leur  donnent  le  nom  de  noirs  y 
et  leur  appliçiuent  des  épithètes  que  Shul- 
teus  a  traduites  par  .  «  ^Ethiopes  crispa  tor- 
tilique  coma  ?»  Un  prince  arabe  en  ambas- 
sade près  du  roi  de  Perse  le  supplie  de 
chasser  ces  vilains  corbeaux   dont  ta  pré- 


sence est  odieuse  à  ses  compatriotes.  Sur- 
ckhard  dit  que  les  femmes  abyssiniennes 
sontlesplusbellesde  toutes  lesfemmesnotr^f. 

Le  docteur  Ruppell  nous  apprenë  ou'il  y 
a  deux  types  principaux  chez  les  Aoyssi-* 
niens,enne  comprenant,  sous  cette  déno- 
mination, ni  les  Gallas,  ni  les  Changallas. 
Le  type  le  plus  commun  est  un  type,  on 
peut  le  dire,  européen;  les  hommes  ;qui  y 
appartiennent  ont  de  belles  formes ,  et ,  par 
les  traits  comme  par  l'expression  de  la 
physionomie,  ils  ressemblent  tout  à  fait 
aux  Bédouins  de  l'Arabie.  Leurs  caractères 
distinctifs  sont  :  une  forme  de  visage  ovale; 
un  nez  effilé ,  d'un  contour  pur;  une  bouche 
bien  proportionnée  avec  des  lèvres  modé- 
rément grosses  qui  ne  sont  nullement  ren- 
versées; des  yeux  vifs,  des  dents  bien 
rangées,  des  cheveux  un  peu  frisés  ou  lisses, 
et  une  taille  moyenne.  C'est  à  cette  classe 
qu'appartiennent  la  plupart  des  habitantsdes 
hautes  montagnes  de  Samcn  et  des  plaines 
qui  entourent  le  lac  Tzana;  les  Falashas 
ou  juifs,  les  Gamants,  peuple  idolâtre,  et 
les  Agows,  malgré  la  différence  de  leurs 
dialectes,  y  appartiennent  également.  Sui- 
vant le  même  voyageur,  une  seconde 
classe  encore  très-nombreuse  d'Abyssiniens 
se  confond ,  du  moins  quant  aux  carac- 
tères physiques,  avec  la  race  qu'il  dési- 
gne sous  le  nom  de  race  éthiopienne,  n  Ce 
dernier  type,  ajoute  le  docteur  Rtippell,  se 
distingue  principalement  par  un  nez  qui 
est  moins  effilé  et  même  un  peu  aplati  dans 
toute  sa  longueur,  par  des  lèvres  épaisses , 
des  yeux  longs  et  peu  animés ,  enfin  par  des 
cheveux  très-crépus,  presque  laineux  et 
tellement  épais  qu'ils  se  tiennent  droits 
sur  la  tête.  Une  partie  des  habitants  de  la 
côte  d'Abyssinie,  de  la  province  d'Hamasen, 
et  d'autres  cantons  voisins  de  la  frontière 
nord  de  l'Abyssinie,  appartiennent  à  celle 
race  éthiopienne.  »  Les  caractères  que  Rup- 
pell vient  d'indiquer  sont  justement  ceux 
qu'il  avait,  dans  un  ouvrage  précédent,  as- 
signés aux  Barabras  du  Nil  et  aux  Abab- 
dehs.  Il  dit  que  le  portrait  de  l'Arabe  Soua- 
kini,  inséré  dans  les  Voyages  de  lord  Va- 
lentia,  donne  une  très-bonne  idée  de  ce 
qu'est  en  général  la  conformation  et  l'ex- 
pression du  visage  chez  les  individus  ap- 
partenant au  type  dont  nous  parlons. 

Ce  type ,  que  Rûppell ,  ainsi  que  nous 
l'avons  dit,  désigne  par  l'épithète  d'Elhio^ 
pien ,  et  qu'il  assure  être  commun  à  une 
partie  considérable  des  populations  abyssi- 
niennes et  nubiennes,  ainsi  qu'aux  Bara- 
bras, aux  Ababdehs  et  ^ux  Bicharis,  est 
précisément  le  caractèio  de  physionomie 
que  la  plupart  des  autres  auteurs  donnent 
pour  le  type  le  plus  général  de  la  physio- 
nomie abyssinienne.  Ainsi,  le  baron  Larrey, 
qui  s'est  beaucoup  occupé  de  l'histoire  phy- 
sique de  ces  races,  admet  un  type  com- 
mun aux  Cophtes,  ou  descendants  des  an- 
ciens Egyptiens ,  aux  Barabras  et  aux  Abys- 
siniens ,  mais  fort  éloigné  de  celui  des  races 
nèsres.  Je  citerai  ses  observations  comme 
celles  de  l'homme  qui  doit  le  plus  faire  au- 


m 


AOC 


D'AXTOROPOLOGiE. 


àGC 


j;s 


lorilé  SOT  e»  sujet  Les  BgypCiens  ou  Cophtes 

S*il  nous  représente  eomme  fermant  une 
incbe  de  cet  assemblage  de  raees,  ont 
«  on  teint  de  peau  jaunâtre  et  fumeux  «  le 
risage  bouffi ,  les  paupières  un  peu  tumé- 
fiées, le  nez  éyasé  Ters  sa  pointe  et  à  peu 
près  droit  »  les  narines  dilatées ,  les  lèvres 
grosses,  les  pommettes  saillantes,  la  barbe 
et  .les  dieTeux  noirs  et  erépus.  Cependant, 
afoute  notre  auteur,  je  n'en  eonelus  pas 
comme  Volner  que  ces  hommes  soient  de 
la  race  des  nègres  de  Fintérieur  de  TAfri* 
ooe  ;  Tanalogie  des  traits  de  la  taee  chez  ces 
aemiers  arec  ceux  des  Ethiopiens  présente 
des  différences  assez  sensibles  pour  ne  pas 
les  confondre.  Les  nègres  africains  ont  les 
dents  plus  larges,  plus  avancées,  les  ar- 
cades dTéolaires  plus  étendues  et  plus 
prononcées  ;  les  lèrres  plus  épaisses ,  ren- 
yersées ,  et  la  bouche  plus  femlue  :  ils  ont 
aussi  les  pommettes  moins  saillantes ,  les 
joues  plus  petites ,  les  veux  moins  brillants 
et  plus  ronds ,  leurs  cheveux  sont  lanugi- 
neux. 9  A  cette  description  du  nègre,  il 
oppose  dans  les  termes  suivants  celle  de 
rAbjssinien  : 

«  L^Abvssin  a  les  yeux  plus  grands  «  d'un 
regard  phis  agréable  et  dont  Tangle  inipme 
est  un  peu  indiné.  €bez  lui  les  pommettes 
et  les  arcades  zygomatiques  sont  plus  sail- 
lantes :  les  ioues  forment,  avec  les  angles 
prononcés  de  la  mâchoire  et  de  la  bouche, 
un  triangle  plus  régulier;  les  lèvres  sont 
épaisses  sans  être  renversées  comme  chez 
les  nègres;  les  dents  sont  belles,  bien  plan- 
tées et  moins  avancées;  les  arcades  alvéolaires 
sont  moins  étendues.  Le  teint  des  Abyssins 
D*est  pas  aussi  noir  que  celui  des  nègres  de 
Tintérieur  deVAfrique,  et  cette  différence  est 
emnmnne  à  presque  tous  les  Ethiopiens 
ou  les  hommes  de  couleur  qui  habitent  les 
contrées  de  l'Afrique  correspondantes  à  la 
partie  supérieure  du  Nil.  Ces  derniers 
traits  que  je  viens  de  décrire  se  remar- 
quent avec  quelques  nuances  presque  in- 
sensibles chez  les  Quobtes  ou  vrais  Egyp- 
tiens d*autrefois  ;  on  les  retrouve  dans  les 
télés  des  statues  égyptiennes ,  surtout  dans 
eelles  de  «ihinx. 

«  Pour  vérifier  ces  faits,  poursuit-il,  j'ai 
recueilli  un  certain  nombre  de  crânes  dans 
plusieurs  cimetières  des  (^obtes ,  dont  la 
déncolition  avait  été  nécessitée  par  les  tra- 
Tacx  publics.  Je  les  ai  comparés  avec  ceux 
des  autres  races,  surtout  avec  ceux  de 
quelques  Abyssins  et  Ethiopiens,  et  je  me 
sais  convaincu  que  ces  deux  espèces  de 
erânes  présentent  à  peu  près  les  mêmes 
formes.  •  1!  dit  due  les  tètes  des  momies 
trouvées  à  Saecarraa  lui  ont  présenté  pré- 
cisément les  mêmes  caractères ,  tels  que  la 
saillie  des  pommettes  et  des  arcades  zygo- 
matiques, la  forme  particulière  des  fesses 
Dasules ,  et  le  peu  de  ^projeetion  des  arcades 
atvréolaires ,  comparativement  à  ce  que  nous 
offrent  ces  areatles  dans  le  crâne  dn  nègre. 

ACCLIMATEMENT.  RésoiiA  dbs  ibiflce5- 
CES  KXTémiEumEs  ET  wTÉaiECEBS.— L'Améri- 
oue  en  fournissant  des  richesses  même  à  la 

DiCTioxff.  d'Ahthbopolooib.    1. 


sdeoce,^a  renouvelé,  parUnedoubleéfM^uve, 
rhistoire  curieuse  dé  rêedîmalement  et  de 
la  domeatieation  des  animaux.  L'Europe,  où 
les  WÊdeagris  américains  ont  tant  de  peine  à 
se  naturaliser,  fournit  à  l'Amérique  du  sud 
l'oie  apprivoisée,  dont  les  premières  généra- 
tions produisirent  des  pontes  rares;  un  quart 
à  peine  venait  à  éclore,  et  plus  de  la  moitié 
des  jeunes  oisons  mourait  dans  les  premiers 
mois.  Peu  à  peu  les  CBufs  furent  jhus  nom- 
inaux, la  réussite  des  petits  moins  précaire, 
et  l'oie  se  naturalisa  dans  le  nouveau  monde, 
eomme  le  maleagris  ou  ooq  d'Inde  dans  Tan- 
den.  L'oie  tricolore  d'S^pte ,  que  le  gou- 
vernement français  propage  dans  ce  moment, 
a  offert  les  mêmes  phénomènes  pendant  son 
acclimatement  et  sa  domestication  au  Jardin 
des  Plantes.  Les  observations  finies  par  nos 
fermiers  sur  le  meleagris  se  sont  renouve- 
lées en  l^vpte  et  aux  grandes  Indes ,  où  l'on 
a  transporte  ce  précieux  sallinaeé.  Le  bœuf, 
le  cheval,  l'âne,  le  chien,  le  chat,  le  cochon, 
le  mouton,  la  dièvre,  ont  présenté  des  phé- 
nomènes à  peu  près  pareils  quand  on  les  a 
dépaysés.  Dans  I  Amérique  du  Sud ,  la  plu- 
part de  ces  espèces  livrées  à  une  nature  luxu- 
riante ,  sont  passées  à  l'état  sauvage  et  ont 
subi  des  transformations  de  mceurs,  de  forme 
et  de  couleur.  La  vaobe  et  la  chèvre  ont 
perdu  leurs  amples  mamelles.  Les  bœuls, 
chevaux  et  moutons  j  ont  changé  de  couleur 
et  de  pelage  ;  les  cluens  et  les  chats  y  ont 
pc^tfai  leur  cri  particulier  :  l'aboiement  et  le 
miaulement.  Les  porcs  ont  repris  la  robe  de 
sangler.  Dans  l'Australie,  le  chien  d'in^ 
offire  l'apparence  d'un  loup;  le  chien  d'tu- 
rope,  transporté  è  la  côte  d'Afrique  ,  tourne 
rapidement  au  chacal  :  le  poil  roux ,  la 
qneue  rameuse,  les  oreilles  roides,  la  voix 
reduite  à  hurler.  L'aboiement  parait  une 
fonction  dépendante  du  dimat  et  de  l'imita- 
tion ;  car  deux  chiens  hurleurs ,  apportés 
d'Amérique  en  Angleterre,  par  Makensie,  y 
ont  engendré  un  petit  qui  apprit  &  aboyer. 

Ce  va-et-vient  d  un  type  à  un  autre  dans 
la  même  espèce  a  été  constaté  aussi  dans 
les  végétaux  alternativement  remaniés  par 
la  culture  et  par  l'état  sauvage  :  le  thym 
cultivé  élargit  en  feuilles  amples  et  vertes 
les  petits  evlindroides  glauques  du  thym 
montagnard.  Vilmorin  a  fait  reparaître  la 
souche  primitive  de  la  carotte  fibrille,  mince 
et  âpre,  où  l'on  aurait  peine  à  reconn^tre 
la  racine  gigantesque  et  sucrée  servie  sur 
nos  tables.  J'ai  trouvé  aux  environs  de  Bal- 
bec,  dit  M.  de  Salles,  dans  la  vallée  de 
Bouha,  un  arbuste  de  deux  pieds,  portant 
uo  imperceptible  fnîit  à  noyau,  où  les  bo- 
tanistes n'ont  pu  méconnaître,  soit  la  souche 
primitive  de  l'abricotier  de  Damas,  soit  la 
dégénération  de  cet  arbre  et  de  ce  fruit,  con- 
quête fameuse  de  la  plus  ancienne  horti- 
culture. 

Tous  ces  diangements  d'apparence,  too-* 
tes  ces  révolutions  profondés  dans  l'écono- 
mie d'une  espèce  animale  et  végétale ,  ne 
laissent  aucun  doute  sur  TidentUé  de  l'ef/- 
pèce  aux  deux  états,  parce  qu'un  seul  siè- 
cle, un  même  homme  ont  ou  les  constater. 


I>J 


ACC 


D1CT10.N.\AIRË 


ACC 


JiO 


L'observation  a  été  moins  heureuse  et  moins 
commode  sur  l'espèce  humaine. 

La  médecine  a  décrit  les  malmlies  de 
tliomnie  expatrié,  crises  qui  compromettent 
plusieurs  générations,  mais  qui  finissent  [mr 
changer  profondément  les  organes,  et  les  ac- 
commodera leurs  nouvellesconditions  d'exis- 
tence. Les  blancs,  transportés  dans  les  pays 
chauds ,  éprouvent  des  maladies  véritables  : 
fièvres  intermittentes,  peste,  choléra,  ûèvre 
jaune»  dyssenterie,  furoncles,  résultalsd'un 
trouble  profond  du  foie  et  des  viscères  qui 
accompagnent  Tictère  et  les  altérations  su- 
perficielles de  la  peau.  L'homme  blond  de- 
vient bilieux,  le  brun  se  basane.  La  pre- 
mière génération  meurt  h  la  peine;  la  vie 
s'allonge  graduellement  dans  les  générations 
suivantes.  L'Egypte,  conquise  par  des  étran- 
gers, a  constamment  offert  ces  luttes  de 
racclimalement.  Le  renom  de  meurtrier  fait 
à  son  climat  doit  s'entendre  pour  les  pre- 
mières générations.  Les  Mameluks  s'y  re- 
produisent comme  jadis  les-  Gret^  et  les 
Cophtes ,  mais  en  passant  par  les  mêmes 
épreuves,  absolument  comme  les  oiseaux 
domestiques  expatriés. 

Dans  ces  mouvements,  les  apparences  exté- 
rieures de  l'homme  confirment  rim|iortance 
que  nous  leur  avons  concédée;  car  elles  se 
montrent  bien  plus  tenaces  que  des  combinai- 
sons vitales  intérieures.  Des  nègres,  à  la 
Seconde,  à  la  troisième  génération,  sont  ac- 
commodés aux  climats  tempérés  de  TAmé- 
rique  du  Nord  ou  de  l'Angleterre,  et  devien- 
nent aussi  malades  que  les  blancs  quand  on 
les  transporte  en  Afrique  ,  patrie  de  leurs 
pères  ou  de   leurs  aïeux. 

Si  les  maladies  de  l'homme  et  des  ani- 
maux expatriés  trouvent  une  raison  sufîi- 
santc  dans  les  influences  physiques  percep- 
tibles à  nos  sens,  et  appréeiabies  par  nos 
instruments,  les  endémies,  les  épidémies  et 
épizooties  signalent  d'autres  influences  plus 
mystérieuses,  et  qui  doivent  nous  rendre 
sobres  d'aflirmations  absolues  sur  la  coréla- 
tion  des  influences  physiques  et  de  ralléra- 
tion  des  espèces.  Les  femmes  abyssines  meu- 
rent poitrinaires  au  Caire,  où  la  tempéra- 
ture est  aussi  douce  et  plus  uniforme  que 
dans  la  Suisse  africaine.  Un  pays  froid  cou- 
vre de  laine  la  peau  des  animaux^  c'est  le 
pays  chaud  qui  rend  crépue  ou  laineuse  la 
chevelure  de  l'homme.  L'alimentation  pré- 
caire rapetisse  la  taille  et  amaigrit  les  mem- 
bres, et  pourtant  beaucoup  de  nègres  et  Nu- 
biens sont  des  géants,  maigres  de  [lartout, 
excepté  de  la  face  qui  est  gonflée  et  turgide. 
Les  nègres,  les  Australiens,  les  Indous,  les 
Arabes,  et  en  général  tous  les  peuples  affa- 
més ,  oflrent  un  mollet  grêle  et  des  bras 
charnus.  C'est  le  contraire  chez  la  plupart 
des  races  blanches,  où  la  iambe  est  habi- 
tuellement mieux  faite  que  le  bras.  Là  aussi 
les  mains  et  les  pieds  ne  sont  menus  que 
chez  les  castes  riches;  plusieurs  nations 
d'Amérique  et  d'Afrique  méridionale,  plu- 
sieurs peuples  mongols,  indous,  indo-chi- 


nuis,  ont  vas  i*xirciiiiié.>  mignonnes  avec  ou 
>aus  travail.  Les  oreilles  ain.p!us  cl  épaisses, 
i*un  (les  traits  parlicidiers  aux  crétins  de  hv 
ces  idanches,  se  renconlrent  chez  plusieur-s 
races  mou^^oles  clamùriiaiiics  avec  la  vali- 
dité du  corps,  et,  sumn  avec  la  culture,  an 
moins  avec  la  validité  de  riiitelligeiice. 

.Aussi,  tout  en  écoutant  respectueusement 
la  formule  suivante ,  feroiis-iious  encore 
quelques  réserves  :  «  Les  dilTérences  de  va- 
riétés tiennent  à  des  circoustames  détermi- 
nées; leur  étendue  augmente  avec  Tinteii- 
sité  des  circonstances,  les  carat-tères  les  plus 
superficiels  sont  les  plus  variablcd  {3\]  ;  la 
couleur  tient  à  la  lumière;  l'épai^iienr  du 
poil  à  la  chaleur;  la  grandeur  à  rabondamo 
de  la  nourriture;  liédlunoins  les  variétés  tes 
plus  tranchées  neditfèrenl  pa>  pour  le  sque- 
lette. »  Le  grand  zoologiste  avait  principale- 
ment en  vue  les  animaux  libres;  car  un  peu 
plus  loin  il  dit  que»  par  le  climat  et  les  croi- 
sements, Findusthe  huuiaine  a  obtenu  lo 
maximum  des  variantes  sur  le  rliien,  où  ces 
variantes  ont  porté  sur  le  squelette  lui- 
même. 

Si  Cuvier  croyait  à  la  multiplicité  des  er- 
pèces  hamainesii  d'après  les  tlilTerences  oi- 
seuses ofl'ertes  par  les  races,  Cuvii^r  ne  fai- 
sait pas  attention  à  un  grand  argument, qu'il 
ne  faut  pas  se  lasser  de  répéter.  La  domes- 
tication de  Thomme,  tiscillant  perpétuelle- 
ment entre  les  extrêmes  île  civilisation  et 
d'état  sauvage,  doit  avoir  modifié  l'homme 
encore  plus  pntfondément  que  les  autres 
animaux  di»me^tiqnes;  le  s(]uelette  n'y  ap;is 
plus  échappé  que  les  organes  superficiels, 
car  Tindustrie,  capable  île  modérer  raeliou 
des  milieux,  est,  à  plus  forte  raison ,  capable 
de  changer  les  mœurs,  les  idées ,  les  sei.t:-^ 
ments,  fonctions  qui  modifient  par  degrés  la 
boite  osseuse  du  cerveau  et  les  traits  de  la 
figure. 

£n  discutant  la  valeur  hiérarchique  des 
apparences  phvsiques,  nous  verrons  les  mê- 
mes mesures  du  crâne,  les  mêmes  ossatuns 
de  la  face,  reparaître  chez  les  nations  les  plus 
diverses;  nous  retrouverons  toutes  les  va- 
riantes réunies  parfois  dans  la  même  rare 
où  ces  variantes  ont  tout  au  plus  un  i^enain 
rapport  avec  rétat  social..  Au  contraire,  les 
teintes  de  la  peau  nous  paraîtront  moins  va- 
riables, et,  en  tout  cas,  dans  une  indépen- 
dance absolue  de  la  charpente  osseuse  du 
corps,  et  surtout  de  la  face.  Les  Yolofs,  les 
Nubiens  sont  très-noirs  avec  des  traits  eu- 
ropéens. Beaucoup  de  voyageurs  ont  vu 
des  tribus  Kalmoukes  par  les  traits,  maispar- 
faitement  blanches  de  peau.  Certains  Carres, 
qui  ont  le  t^int  noisette  des  Abyssins,  sont 
rattachés  souvent  aux  Mozambiques  Zangue- 
barrais,  aux  Assyriens  eux-noêmes,  et  tous 
à  des  tribus  arabes  par  leurs  belles  formes 
de  tête. 

Quelques  parties  molles  de  la  face  sont 
sensiblement  modifiées  par. le  sauelette: 
comme  l'écartement  des  narines  et  la  saillie 
du  nez  après  sa  racine.  La  pommette,  ou 


(Si)  CuviER,  Oiumenls  fossiht. 


la 


ACC 


DAKTllROPOLOGiE 


ACC 


fit 


zigoma^  peut  rendre  l'ouverture  de  Vœil  li- 
néaire, en  repoussant  en  haut  la  paupière  in- 
férieure; la  rendre  oblique  et  bridée,  si  cet 
rts  est  jeté  au  dehors  et  en  haut ,  comme 
tlaos  beaucoup  de  figures  mongoles,  kamt- 
cliadalesY  hottentotes  et  américaines.  Pour 
(faùtres  particularités ,  si  les  hypothèses  à 
priori  sont  moins  vraisemblables ,  nous  de- 
TOiis  «u  moins  remarquer  la  coïncidence  de 
certains  progrès  moraux  avec  la  modifica- 
tion de  quelques  traits  du  visage. 

Toutes  les  nations  peu  avancées  en  civi- 
lisation, à  quelque  race  d'ailleurs  qu'elles 
appartiennent ,  ont  la  touche  forte ,  très- 
fendue,  garnie  de  lèvres  épaisses.  Ce  fait 
est  frappant  chez  les  Indous,  les  Arméniens, 
les  Arabes  aussi  bien  que  les  Malais,  Tar- 
(ares  et  nègres.' L'esprit,  la  réflexion,  lacir- 
conspiection  rapetissent  la  bouche  et  amin- 
cissent les  lèvres.  En  observant  ja  bouche 
des  penseurs,  des  diplomates  et' des  femmes 
élégantes  d'Europe,  ou  prend  bonne  opinion 
deresprit  des  Chinois,  si  on  l'harmonise 
avec  les  bouches  délicates  de  leurs  poupées 
et  de  leurs  dessins.  On  prend  bonne  opi- 
nion de  quelques  bouches  vivantes,  si  on  les 
reconstruit  aaprès  le  marivaudage  des  ro- 
mans chinois. 

Le  mécanisme  de  cette  coaptation  se 
trouve  formulé  dans  une  fine  observation 
de  Lavater  :  Prenez  momentanément  un  senti" 
mentf  une  passion^  vous  en  faites  la  panto* 
mime.  Le  sentiment,  la  passion,  devenus 
habitude,  rendent  permanente  la  grimace 

3 ui  devient  trait  de  la  physionomie  au  bout 
«quelques  générations. De  la  même  façon 
il  faudra  plusieurs  générations  pour  eflacer 
le  symptôme  extérieui  quand  l'habitude  in- 
térieur aura  disimru. 

il  faut  aussi  mettre  sur  le  compte  des  in- 
flnences  morales  le  changement  qui  survient 
dans  les  traits  et  même  dans  le  crâne  delà  race 
nè^,  établies  depuis  plusieurs  vénérations 
en  Amérique,  en  partivfi|)ant  au  bénéfice  de  la 
eniii$dtion.  Comme  la  peau  n*a  pas  offert 
pendant  cette  période  des  changements  très- 
iirononcés,  il  faut  accueillir  avec  défiance 
l'histoire  du  nègre  de  Caldené  qui,  établi 
très-jeune  à  Venise,  serait  devenu  pâle  et 
jaane  en  vieillissant.  Ce  n*était  probable- 
ment qu*ua  quarteron  ou  un  mulâtre  à  che- 
veux très-crépus.  Les  enfants  de  cette  caste 
paraissent  proportionnellement  très-bruns  ; 
mais  leur  teint  s'éclarcit  beaucoup  avec 
l'âge. 

La  puberté  et  la  vieillesse  précoce  des 
femmes,  attribut  supposé  des  races  nègres 
et  iîasanées  sans  exception  de  climat  et  d'é- 
ducation, est  encore  un  de  ces  préjugés  re- 
dressés )iar  les  vovageurs  instruits.  Chez 
(«s  races  comme  chez  les  blancs,  le  climat 
ehaud  et  la  pensée  stimulée  par  Téducation 
des  villes  hâtent  ^un  peu  la  puberté,  mais 
non  pas  au  point  de  l'avancer  de  cinq  ou 
six  ans.  Les  nations  incultes  ont  permis 
le  mariage  à  tout  âge ,  parce  qu'elles  ne 
s'inquiétaient  guère  du  temps  nécessaire 


pour  élever  la  femme  et  surtout  parce 
qu'elles  favorisaient  la  sensualité  des  hom- 
mes auteurs  de  la  loi.  Mahomet  épousa, 
dit-on,  Aïscha  à  l'âge  cfe  neuf  ans;  mais  il 
n'en  eut  d'enfant  que  beaucoup  plus  tard  ; 
et  dans  le  Koran,  que  ni  Montesquieu,  ni 
Ualler  ne  {taraissent  avoir  pris  la  peine  de 
consulter,  Mahomet  établit  un  âge  légal 
])0ur  le  mariage  des  femmes.  Plusieurs  com- 
mentateurs fixent  cet  âge  à  dix-huit  ans;  ( 
aucun  ne  l'a  mis  au-dessous  de  quinze. 

Les  influences  morales  se  combinent  avec 
le  climat  pour  modifier  la  physionomie  des 

Î peuples.  La  richesse  du  sol  africain  favorise 
a  (laresse  du  nègre;  la  rigueur  du  ciel  si-» 
bérien,  les  glaces  du  Groenland,  les  neiges 
du  Canada,  ont  rendu  l'industrie  indispen- 
sable pour  que  le  Kalmouk ,  l'Esquimaux , 
l'Algonquin,  pussent  être  nourris  et  vêtus. 
Dans  les  races  blanches,  l'esthétique  peut 
déjà  noter  des  nuances  là  où  l'ethnographie 
ne  saisirait  pas  de  différences  tranchées.  La 
paresse  doit  avoir  dégradé  la  physionomie 
de  ces  Portugais  devenus  sauvages  au  Bré- 
sil, tandis  que  l'aisance  acquise  par  le  tra- 
vail libre  ennoblit  et  embellit  chaque  jour  les 
paysans  de  la  Toscane  (35). 

Actions  et  réactions  morales,  physiologi- 
ques ou  pathologiques  résumées  par  quel- 
ques générations ,  consolidées  et  transmises 
par  plusieurs  autres,  voilà  le  fait  pratique, 
commun  à  l'homme  et  aux  animaux.  La 
multiplicité  de  ces  agents,  leur  jeu  croisé 
et  enchevêtré ,  rendu  plus  mystérieux  par 
la  complication  de  l'organisme  humain, 
voilà  ce  qui  retardera  longtemps  le  dernier 
mot  de  la  science,  le  dernier  dégagement 
des  X  de  la  formule  algébrique. 

Nos  adversaires  sont  moins  circonspects  ; 
l'omnipotence  des  agents  physiques  est  au 
fond  de  leur  doctrine.  Heureusement  plu- 
sieurs hommes,  qui  auraient  autant  queper- 
sonne  l'excuse  des  grands  succès  pour  mo- 
tiver la  même  infatuation,  ont  apporté  leur 
contingent  à  nos  doutes  en  même  temps  qu'à 
nos  espérances  1  Quand  l'Afrique  aura  ses 
Humboldt ,  ses  d'Orbignv,  ses  Roulin,  ses 
Dumont-d'Urville  ;  quand  les  races  de  la 
Haute -Asie  et  de  1  Amérique  polaire  au- 
ront été  étudiées  dans  leur  histoire,  leurs 
migrations ,  leurs  climats  comme  les  navi- 
gateurs ont  étudié  l'Océanie,  alors  Téthno- 
frraphie  classera  méthodiquement  plusieurs 
aits  qu'elle  s'est  bornée  a  enregistrer  avec 
surprise  :  ces  Tourages  blancs,  qui  de  l'A- 
frique centrale  viennent  trafiquer  aux  ports 
voisins  de  Guardafuï  et  qui  sembleraient 
signaler  un  Himalaya  dans  l'Afrique  cen- 
trale, comme  la  race  jaune  aux  petites  mains 
et  aux  yeux  obliques  semble  coapté^  à 
un  plateau  mongol  de  l'Afriaue  du  Sud  f  Ces 
Mandans  à  peau  si  pâle,  à  cheveux  si  clairs 
que  les  Anglais  les  réclament  comme  débris 
de  l'armée  Welsh  du  prince  Madoc,  et  les 
Danois  comme  des  Scandinaves  établis  daitt 
l'Amérique  du  Nord ,  bien  avant  la  décou- 
verte de  Colomb  !  les  Californiens,  eos  Oinoa* 


(^  SiSIIOSDL 


117 


AFP 


DiCTIO!l?rilBe 


APF 


M 


porté  k  eiereer  rintelligenee  dont  il  a  été 
doué.  Or  ce  penchant  est  Vamaur  <fe  la 
$cim€€. 

11  est  né  pour  la  vie  sociale  ;  il  fallait 
donc  qo*il  y  fAt  porté  par  des  sentiments 
en  rap|M>rt  arec  cette  manière  d'eiister  ;  de 
là  Yamour  filial ,  qui  le  retient  dans  la  fa- 
mille ;  Yamùur  de  $e$  itmhlables,  qui  ratta- 
che à  pa  société  générale  ;  Yauumr  du  $ol 
naial^  qui  le  fixe  dans  celle  qui  Fa  tu 
naître,  et  Yanumr  de  la  pairie^  qui  lui  fait 
sacrifier  ses  propres  intérêts  au  bien  pu- 
blic, 

Lliomme  ne  peut  exister  sans  lois  morales, 
elles  constituent  son  principe  de  rie.  Mais 
quels  effets  auraient-elles  pu  produire  sur 
im  cceur  qui  n'y  eût  [K>int  été  préparé  ?  Quel 
aurait  été  leur  pouvoir,  ^i\s  une  dis|K)sition 
secrète  qui  les  fit  accueillir  d'une  manière 
tnTorable  7  Or,  cette  disposition  innée ,  c'est 
Yamour  de  V équité. 

L'homme ,    créature  privilégiée ,  est  né 

Kur  connaître  son  Créateur.  Il  devait  donc 
imer  :  car  comment  pourrait-il  n'être 
point  pénétré  d'amour  pour  l'J^^re  lotif-puij- 
iant  de  qui  il  tient  l'existence?  de  là  Yamour 
ée  Dieu. 

L'homme  doit  modifier  tout  ce  qui  l'en- 
toure ,  commander  en  maître  à  la  nature 
enti&TP,  étendre  son  pouvoir  sur  tout  Tuni- 
rers.  Il  fallait  donc  qui!  fût  porté  par  un 
penchant  naturel  vers  cett^  destiné?,  qu'il 
«'onçAt  un  vif  désir  de  la  remplir.  Or,  ce 
désir  que  devait  ressentir  toute  l'espèce , 
ce  penchant  qui  devait  être  commun  à  tous 
les  individus,  et  nui  se  montre  si  sou- 
vent funeste,  c'est  Yamour  de  la  domina- 
iion. 

Enfin  l'exercice  de  la  puissance  de  l'homme 
sur  tous  les  objets  qui  1  environnent  entraîne 
nécessairement  le  désir  de  les  posséder; 
car  comment  pourrait-il  exercer  pleinement 
sur  eux  son  intelligence ,  s*il  ne  pouvait  en 
disposer  à  son  gré?  Ce  sentiment,  rpii  le 
porte  vivement  vers  les  objets  qu'il  doit  sou- 
mettre à  son  empire,  constitue  Yamour  de  la 
potteuion  ou  de  la  propriété. 

Telles  sont  les  affections  morales  primiti- 
ves qm  existent  dans  le  cœur  de  Thomme, 
et  qui^  comme  nous  le  verrons  bientôt,  sont 
la  source  de  toutes  les  autres.  Jetons  un 
coup  d'cBil  rapide  sur  chacune  d'elles  en 
particulier. 

!•  Vamour  de  eoi-^néme.  —  Ce  sentiment , 
le  plus  profond  de  tous,  naît  avec  l'homme, 
et  ne  finit  qu'arec  sa  vie.  Très-développé 
dans  l'enfant  ^  qui  ne  donne  rien  de  ce  qu  il 
a  ,  qui  veut  posséder  tout  ce  qui  l'entoure, 
qui  rapporte  tout  à  lui-même  et  ne  voit  que 
mi  dans  l'univers,  il  est  un  peu  moins  vif 
dans  les  Ages  suivants ,  oti  les  devoirs  so- 
ciaux sont  mieux  Sentis.  Mais  il  reprend 
une  nouvelle  activité  dans  la  vieillesse,  où 
l'homme,  voyant  que  tout  lui  échappe,  et 
que  sa  fiiiblesse  toujours  croissante  exige 
sans  cesse  de  nouveaux  secours,  concentre 
toute  son  affection  sur  lui-même,  et  se 
montre  indifférent  à  tout  ce  qpii  lui  est 
étranger. 


9r  Vamour  du  eexo  ne  se  développe  qu  a- 
vec  les  organes  qui  le  provoquent ,  et  qui 
doivent  en  seconder  les  effets.  Il  s*éleint,  ou 
du  moins  il  s'affaiblit  considérablement  9 
quand  cenx-n  cessent  d*agir,  comme  dans  la 
Tieillesse.  Il  est  prédileciif.  et  cette  (M^ilec- 
tîon ,  qui  varie  selon  les  individus,  qui  cons- 
titue les  affections  particulières,  se  trouve 
en  harmonie  avec  les  variétés  des  traits  phy- 
sionomiqoes  nécessités  par  la  vie  sociale ,  et 
prévient  tous  les  désordres  qui ,  sans  elle, 
naîtraient  de  choix  communs  ou  trop  li* 
mités. 

3"  L'amour  de  la  progéniture^  lien  primitif 
de  la  famille,  et  par  suite  de  la  société  entière, 
est  proportionné,  dans  les  parents,  aux  soins 
que  chacun  d'eux  doit  donner  au  fruit  de 
leur  union.  Il  est  plus  vif  dans  la  mère  que 
dans  le  père ,  comme  un  dédommagement 
des  douleurs  qu'elle  a  épronvées  en  lui  don- 
nant le  jour,  et  des  sacrifices  qu'elle  doit 
s'imposer,  des  peines  qu'elle  doit  endurer 
encore  pour  le  lui  conserver.  L'amour  pa- 
ternel prend  de  l'accroissement  à  mesure 
que  l'enfant  avance  en  Açe,  parce  que,  alors 
c  est  à  ses  soins  ou*il  doit  être  confié.  Dans 
les  animaux,  qui  doivent  vivre  isolés  ,  Ta- 
mourde  la  progéniture  s'éteint  dès  que  les 

Iietits  peuvent  se  passer  de  leur  mère.  Dans 
'homme  ,  qui  doit  ^ivre  en  société  ,  il  se 
conserve  et  se  perpétue  par  Thabitude  et  les 
rapports  réciproques  des  parents  et  des  en- 
fants ;  ce  qui  montre  dans  cet  être  une  ad- 
mirable harmonie  entre  ses  affections  et  ses 
destinées. 

4'  L'amour  de  la  êcience  est ,  comme  les 
sentiments  ci-dessus,  commun  à  tous  les  in- 
dividus de  l'espèce.  L'homme  brûle  du  désir 
de  iavoir^  parce  qu'U  est  dans  sa  Rature  de 
connaitre^  et  que,  sans  l'exercice  de  son  in- 
telligence ,  il  ne  saurait  exister.  Ce  désir 
commence,  pour  ainsi  dire ,  avec  sa  vie  ;  il 
est  très-remarquable  dans  l'enfance  ,  où  il 
constitue  ce  sentiment  de  curiosité  qui  la 
porte  à  tout  voir,  à  briser  ce  qui  la  charme 
le  plus  ,  les  instruments  de  ses  jeux,  pour 
les  connaître  ,  à  tout  dissocier,  a  tout  dé- 
truire, pour  remonter  aux  causalités.  Ilpro- 
voûue  l'exercice  de  nos  facultés  inteller- 
tuelles  sur  tout  ce  qui  nous  entoure ,  et  il 
est,  sous  ce  rapport,  la  source  première  des 
sciences  et  des  arts.  Il  s'affaiblit  dans  la  vieil- 
lesse, où  l'homme,  se  trouvant  sur  les  limi- 
tes de  la  vie,  n'est  plus  attiré  par  les  cho- 
ses terrestres  ,  et  ne  recherche  plus  que 
réternclle  vérité. 

5*  L'amour  pliai  est,  comme  l'amour  pa- 
ternel, un  des  liens  de  la  famille,  et,  par 
suite,,  du  corps  social.  Il  concourt,  sous  re 
rapport,  avec  f  amour  de  se»  semblable^  Ta- 
mour  du  gotnata^ei  Vamour  de  la  patrie^  k 
l'entretien  de  la  vie  sociale.  Né  de  l'habitude, 
(rafle  fortifie,  il  s'affaiblit  par  l'absence,  et 
s  éteindrait  même  entièrement  par  des  rap- 
ports nouveaux,  si  elle  se  prolongeait  trop 
longtemps  dans  le  jeune  âge;  de  là  l'utilité 
de  l'éducation  paternel,  pour  donner  de  Iji 
durée  et  de  la  force  à  ce  précieux  sentimrnt. 
En  rapport  avec  les  besoins  de  l'individu»  et 


i;"i 


An 


DANTnROIH)LOClE. 


ivv 


K(l 


ftît  poar  rattacher  fortemen.  a  ceux  qui 
«loiTent  j  pourvoir,  il  est  très-TÎf  dans  Ten- 
ant pour  celle  qui  lui  a  donné  le  jour  et 
qui  doit  entretenir  son  eiistence.  Mais  peu 
à  peu,  et  à  mesure  qu'il  ar<inee  en  âge,  il 
5e  parui^e  entre  elle  et  le  chef  de  Ja  fiiiniile, 
f  pii  floit  soutenir  sa  faiblesse  et  veiller  à  son 
L<inbenr. 

6*  L'amour  de  «et  êembiableg  est  à  la  so- 
ciale ce  que  Famour  paiemei  et  famaur  fi^ 
liai  sont  à  la  famille.  L'homme  est  entraîné 
vt'rs  ses  semblables  par  un  sentiment  ir- 
résistible, qui  est  en  harmonie  avec  ses 
l»^5oin.s  comme  les  membres  d'une  même 
famille  sont  liés  les  uns  aui  autres,  et 
à  leur  insu,  par  leurs  nécessités  récipro- 
que$« 

7*  Vamowr  du  ioi  naial  attache  l'hom?!0 
auT  lieux  qui  l'ont  vu  naître,  préviéfû  les 
elfets  de  son  inconstance  el  maintient  ainsi 
réunies  les  socié^A^  particnlières  dont  l'en- 
SPiûUle  iurme  le  corps  social.  C'est  cet  amour 
qui  rend  si  doux  pour  ceux  qui  les  habitent 
letsclimals  les  plus  rufSes,  les  contrées  les  plus 
inhospitalières,  et  qui  prévient  ainsi  le$  com- 
i>at$  sanglants  et  continuels  que  se  livreraient 
i^ns  lui  les  peuples  divers  pour  la  posses* 
iion  des  régions  les  plus  fortunées.  C'est  lui 
qui  fait  que  le  Lapon  vit  heureux  au  milieu 
ues  frimas,  TAfricain  sous  les  feux  brû« 
lants  de  son  soleil  perpendiculaire,  comme 
Thabitant  des  contrées  méridionales  de  l'Eu- 
rope dans  son  climat  tempéré. 

L'amour  du  sol  natal  prend  sa  source  dans 
les  souvenirs  du  passé.  L'homme,  en  effet, 
s'attache  à  tout  ce  qui  lui  retrace  les  évé^ 
nements  de  sa  vie,  qu'il  cherche  à  étendre, 
ftoar  ainsi  dire,  jusque  dans  le  temps  qui 
n'est  plus;  et  cette  affection  s'accrott  avec  le 
iKHnbre  de  ses  années.  Peu  développé  dans 
Teafance,  où  il  n'y  a  point  encore  assez  de 
souvenirs,  et  oh  l'homme  n'est  retenu  dans 
le  lieu  où  il  a  reçu  le  jour  aue  par  les  liens 
ue  la  famille,  l'amour  du  sol  natal  se  fortifie 
avec  l'âge,  et  devient  irrésistible  dans  la 
vieillesse,  qui,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
ne  vit  plus  que  dans  le  passé.  Aussi  le 
vieîHard  n  abandonne-t-il  jamais  ses  fovers, 
et  meurt-il  toujours  près  du  tombeau  de  ses 
pères. 

L'amour  du  sol  natal  est  plus  prononcé 
citez  la  femme  que  chez  l'homme,  parce  que 
c«-lle  qui  est  la  source  de  la  famille,  et  d  où 
doivent  provenir  tous  les  soins  qu'elle  exige, 
devait  le  moins  s'en  éloigner;  aussi  ne  la 
quitte-t-elle  que  très-rarement,  et  ne  pour- 
rait-elle en  demeurer  longtemps  séparée. 
Voilà  pourquoi  l'on  voit  si  peu  de  fem- 
mes avoir  le  goût  des  voyages  ,  même 
(îans  les  familles  dont  l'aisance alfranchit  la- 
nière des  soins  domesliqnes  et  de  tout 
travail. 

•  Sr  Lamour  de  la  patrie  est  ce  sentiment 
qui  attache  à  la  société  générale  par  les  lois 
qui  la  eouvernent  et  le  bonheur  dont  on  y 
jouît,  lia  pour  objet  les  institutions  plutôt 
que  les  hommes  ;  d'où  l'on  voit  que  la  pa» 
irf>,  pour  un  peuple,  est  ce  qu'est  la  famille 
pour  un  individu.  Ilans  l'une  comme  dans 


l'autre^  ce  sont  :  .e  mode  au  gouvernement 
qui  y  est  établi,  l'ordre  qui  y  règne,  les  se- 
cours qu'on  en  attend,  la  protection  qu'on 
en  reçoit,  qui  sont  la  source  derattachemcnt 
qu'où  y  porte.  La  patrie  est  donc  un  être 
moral  ;  elle  ne  consiste  donc  point  dans  le 
sol  que  l'on  habite;  et  un  peuple  peut  aller 
s'établir  dans  une  autre  région  de  la  terre 
sans  changer  de  patrie,  s'il  ne  change  point 
ses  institutions. 

Il  est  aisé  de  comprendre,  d'après  ce  que 
nous  venons  de  dire,  pourquoi  l'amour  de 
la  patrie  est  nul  dans  l'enfance,  qui  ne  peut 
concevoir  l'idée  qui  le  constitue.  p*>af  ijûoî 
«  se  développe,  se  fortifie  avec  Tâge,  et 
s  exalte  daR^  la  jeunesse  et  la  virilité,  enûn 
pwsqtKn  il  ne  s'éteint  point  dans  la  vieil- 
lesse, qui  le  nourrit  par  le  sentiment  de  sa 
faiblesse  et  le  fortifie  dans  ses  souvenirs. 

9*  L'amour  de  V équité^  fondement  de  toute 
société  humaine,  existe  dans  le  cœur  de  tous 
les  hommes;  et  le  méchant  lui-même,  qui 
viole  toutes  les  lois  de  la  justice,  ne  se  livre 
jamais  à  ses  désordres  sans  faire^olence  à  ce 
généreux  sentiment,  il  est  le  lien  de  toutes  les 
relations  sociales;  il  les  multiplie  et  les  fé- 
conde •  et  malheur  à  la  société  dont  tous  les 
individus  résisteraient  k  ses  bienfaisantes 
impulsions  I 

-  iijrL amour  de  Dieu  naft  de  la  connaissance 
d*ttne  intelligence  suprême  et  créatrice;  il 
constitue  le  témoignage,  la  raison  générale 
des  peuples  9  qui  s'accordent  tous,  et  sur 
l'existence  d'un  Etre  souverain  de  tous  le^ 
êtres,  et  sur  l'amour,  et  les  hommages  qui 
hii  sont  dus.  Il  est  la  source  de  toutes  les 
opinions  religieuses,  de  tous  les  cultes  ré- 
pandus parmi  les  hommes,  à  travers  lesqpiels 
on  voit  clairement,  malgré  leurs  diversités- 
dépendantes  des  préjugés,  des  erreurs  de 
l'ignorance,  des  institutions  politiques,  des 
passions  mêmes,  une  conformitéde  croyance 
sur  l'être  qui  en  est  l'objet. 

11*  Uamour  de  Dieu  est  nul  dans  l'enfant, 
qui  ignore  de  qui  il  tient  la  vie.  Il  est  sou^ 
vent  étouffé  dans  la  jeunesse  par  la  violence, 
des  passions.  Il  se  ûix  toujours  sentir  dans 
la  virilité,  lorsque  rien  n'obscurcit  l'intelli- 
gence. Mais  c'est  surtout  dans  la  vieillesse, 
où  l'homme,  à  qui  tout  échappe ,  qui  voit 
toutes  SCS  illusions  s'évanouir,  se  trouve 
en  présence  de  la  vérité  éternelle,  que  ce 
sublime  sentiment  jouit  de  toute  son  acti* 
vite. 

La  femme  le  ressent  plus  vivement  que 
l'homme.  Sa  vie  plus  sédentaire,  qui  la  pré- 
serve davantage  des  égarements  du  cœur,  et 
Fhabitude  de  la  réflexion  que  sa  vie  retirée 
lui  fait  contracter  de  bonne  heure,  et  our 
donne  plus  de  rectitude  à  son  jugement,  lui 
font  mieux  connaître l'Etre^ouverain  qu'elle- 
doit  aimer,  tandis  que  son  âme,  plus  sensi- 
ble, plus  tendre,  donne  à  cet  amour  une 
plus  grande  énei^. 

Ce  sentiment  est  d'autant  plus  vif  chez  les 
individus,  que  leur  éducation  a  été  plus  soi- 
gnée, qu'ils  ont  un  jugement  pins  parfait 
et  une  imagination  plus  vive,  et  qn  ils  se 


151 


AfV 


DICTIONNAIRE 


AFF 


m 


trouvent  plus  éloignés  des  icenires  sociaux 
de  corruption. 

12"  V amour  de  la  domination  rè^e  en 
souverain  dans  le  cœur  de  tous  les  hommes. 
II  se  montre  dans  tous  les  ftees,  depuis  Ten- 
fance  jusqu*à  la  vieillesse.  L  enfant,  en  effet, 
veut  commander  i  tout  ce  qui  l^nteure  ;  il 
balbutie  encore  qu'il  prêtent!  maîtriser  ceux 
qui  sfOni  Tappul  de  sa  faiblesse;  et  ses  résis- 
tances opiniâtres,  et  ses  pleurs  si  réitérés, 
et  ses  cris  d*impatienee,  attestent  assez  son 
penchant  à  dominer.  Plus  tard,  dans  ses 
jeux,  c'est  la  première  place  qu*il  brigue, 
c*estle  premier  rang  qu'il  dispute,  c'est  Thon- 
nedr  de  la  victoire  qu'il  prétend  obtenir,  ce 
sont  des  hommages  qu'il  croit  lui  être  dus 
et  qu'il  exige  ;  de  là  les  querelles  continuel* 
Tes  qui  s'élèvent  entre  lui  et  sqs  petits  c^m- 
pa^nons.  Lamour  de  la  dominalton  ne  s'af- 
faiblit point  dans  la  jeunesse;  il  s'accroît 
dans  la  virilité,  qui  est  l'à^e  où  il  exerce  le 

I)Iu8  son  empire,  et  où  0  produit  souvent 
es  plus  funestes  effets.  Le  vieillard  lui-même, 
bien  qu'il  sente  toute  sa  faiblesse,  ne  peut  se 
soustraire  à  ce  sentiment,  et  il  montre,  par 
son  opiniâtreté  inflexible,  qu'il  en  «st  mat-* 
trisé  jusqu'au  dernier  çoupir. 

13"  Enfin,  Famour  de  ta  po$$e9$ion  ou  de 
la  propriété  se  montre  non  moins  puissant 
9ur  l'âme  humaine  que  celui  de  la  domina^ 
tion.  11  apparaît  dans  tous  les  Ages  de  la  vie 
comme  un  témoignage  éclatant  des  destinées 
de  rhop)me,de  sa  puissance  modificatrice  et  de 

I  immense  héritage  que  lui  lègue  l'Éternel. 

II  est  très-actif,  très-véhément  dans  l'enfonce. 
Voyez  l'enfant  dans  le  premier  âge,  il  sem- 
ble ne  respirer  que  pour  posséder;  il  désire 
tout,  il  veut  se  rendre  maître  de  tout,  alors 
même  quç  sa  faiblesse  le  met  hors  d'état  de 
rien  atteindre.  Ses  cris,  ses  pleurs,  lorsqu'on 
lui  ravit  le  moindre  objet,  témoignent  assez 
tout  le  prix  qu'il  attache  à  ^  possession. 
Dans  les  âges  suivants,  ce  sentiment  ne  perd 
rien  de  sa  puissance.  Seulement  un  autre 
pejichant  plus  impétueux  le  modère  momen- 
tanément dans  la  jeunesse  ;  mais  il  reprend 
toute  sa  force  dans  la  virilité,  et  ne  s  affai- 
blit point  dans  la  vieillesse,  où  l'homme  s'at- 
tache d'autant  plus  à  ce  qu'il  possède  qu'il 
est  plus  près  de  le  (;^uitter. 

Tels  sont  les  sent^nents  primitifs  du  cœur 
de  l'homme,  sentiments  auxquels  il  ne  peut 
se  soustraire,  car  ils  constituent  son  exis- 
tence, et  qui  produisent  toutes  les  affections 
morales  secondaires  dont  nous  allons  nous 
occuper  dans  le  paragraphe  suivant.  Mais  au- 
paravant nous  ne  devons  point  oublier  de 
faire  une  remarque  importante.  Ces  senti- 
ments, que  l'éducation  ne  fait  que  modifier, 
mais  qui  sont  invariables  dans  leur  nature, 
sont  communs  à  tous  les  individus ,  où  ils 
ne  diffèrent  que  par  leur  degré  de  vivacité , 
et  ou  ils  forment,  pour  chacun  d'eux ,  des 
dispositions  morales  identiques,  parce  que 
C*eM  dans  cette  uniformité,  dans  cette  unité 
soiitimentale,  que  la  vie  sociale  devait  trouver 
son  existence;  comme  c'est  dans  l'identité 
du  principe  de  la  vie  physique  que  r«spèf  e, 
comme  être  matériel,  devait  puiser  la  sienne. 


De  là  vient  que  tous  lesf  peuples  s'entendent 
.  et  établissent  entre  eux  cfes  relations  intimes, 
sur  ce  qui  leur  est  essentiel  les  idées  mo- 
rales et  les  sentiments.  Mais  il  n  eu  est  pas 
de  même  dos  bencfaanis  inteliectliels ,  gui 
varient,  selon  les  individus,  pour  le  bien 
commun  de  tous,  car  la  vie  sociale  n'existe 
que  par  la  diversité  des  dispositions  intellec- 
tuelleis,  comme  elle  ne  se  soutient  que  par 
l'uniformité  des  affections. 

Remarquez  encore  que  nous  ne  pouvons 
rien  ajouter  à  notre  cœur  ;  qu'il  est  au-des- 
sus de  notre  pouvoir  d'acquérir  aucune  idée 
affective  nouvelle ,  et  que,  sous  le  rapport 
moral,  l'homme  est  aujourd'hui  le  même  que 
dans  les  siècles  les  plus  reculés;  tandis  que 
nous  pouvons  étendre  la  sphère  d<  nos 
idées  des  rapporté  des  étreSf  et  agrandir  notre 
domaine  intellectuel.  Cela  vient  de  ce  que 
les  idées  morales  sont  le  principe  de  la  vie 
de  l'homme ,  le  constituent  ce  qu'il  est ,  et 
qu'un  être  ne  peut  rien  igouter  a  sa  nature, 
car  autrement  il  pourrait  se  créer,  se  modi- 
fier, ehan^Dr  à  son  gré  son  essence,  et  dé- 
truire l'harmonie  delà  création.  Si  l'homme 
peut  étendre  son  intelligence,  c'est  que  les 
progrès  ^u'il  fait  sous  ce  rap[)ort  ne  chan- 

(;ent  rien  à  ce  qu'il  est,  qu'il  reste  toujours 
e  même,  et  qu'il  ne  fait  que  développer  ses 
facultés;  aussi  entre  le  savant  et  l'ignorant 
il  n'y  a  d'autres  différences  que  dans  le  nom- 
bre des  idées  de  rapports  des  êtres  qu'ils  ont 
acquises,  et,  dans  1  un  comme  dans  l'autre, 
l'homme  se  montre  avec  tous  ses  attributs. 
§  li.  Des  idées  affectives  secondaires. 
—  Tout  n'est  au'amour  dans  le  cœur  de 
l'homme,  nous  I  avons  vu  dans  le  paragraphe 
précédent.  C*est  donc  de  ce  iseutiment  pri- 
mitif, dont  nous  venons  d'exposer  les  divers 
objets ,  que  naissent  jtoutes  ses  autres  affec- 
tions morales.  ^Montrons-en  le  développe- 
ment sans  sortir  des  bornes  qui  nous  sont 
prescrites. 

De  Vamour  de  soi'-méme  proviennent  le 
penchant  à  notre  conservation  (car  on  ne 

f)eut  vouloir  conserver  aue  ce  aue  l'on  aime), 
'horreur  qu'inspire  l'idée  de  la  mort  ou  de 
la  destruction  de  nos  organes,  la  joie  dans  le 
bien  qui  nous  arrive  et  la  douleur  dans  le 
mal  qui  nous  survient,  la  crainte  que  nous 
éprouvons  dans  un  événement  incertain,  la 
frayeur  qui  nous  saisit  dans  un  danger  qui 
nous  presse,  le  désir  de  posséder  tout  oe  qui 
peut  nous  être  utile  et  l'aversion  pour  tout  ce 
qui  peut  nous  être  désavantageux,  la  recon- 
naissance qui  suit  le  bien  que  l'on  nous  fait 
et  le  déplaisir  qui  accompagne  le  mal  que  l'on 
nous  cause,  lahainepfmrce  qui  metTobstarle 
à  l'accomplissement  de  nos  désirs,  ete.  Lors- 
qu'il n'est  point  dirigé  par  la  religion,  et  qu'il 
sort  de  ses  limites  légitimes,  il  constitue  ce 
que  l'on  nomme  égoïsme.  11  produit  alors  la 
pusillanimité,  l'indifférence  ou  la  fVoideur 
du  cœur  pour  tout  ce  qui  nous  est  étranger, 
la  cupidité,  l'envie,  la  jalousie,  l'aversion 
pour  tout  ce  qui  nous  blesse,  le  désir  de  la 
vengeance ,  lx>ubli  de  toutes  les  lois  mora- 
les, l'impiété,  le  mépris  de  tous  les  devoirs, 
un  amour  sans  bornes  pour  l'i^idéoenJance, 


13 


D^ANTDBOPOLOGie. 


AF^ 


V^ 


et  il  devient  «uua  un  sentiment  Téritable- 
ment  anti-sodal.  C'est  alors  qne  rbomme 
s'écrie,  poussé  par  ses  passions  désoniou- 
nées  :  Briêmu  iou$  les  hen$  dm  Seiffneur  et 
de  son  Ckriêi^  ei  rejeUnu  loin  de  nouâ  leur 
jmmg  (Ps.  n).  L'é^îsme  altère  aussi  le  juge- 
ment d*une  mamère  remarquable  et  donne 
naissance  k  l'orgueil  et  à  la  ranité  ;  car  celui 
qui  n'aime  que  lui,  n'estime  aussi  que  lui, 
ne  Toit  rien  an-dessus  de  lui  et  reut  ^u'on 
Testime  de  même. 

Cejiendant  cet  amour  de  soi-même  ne 
saurait  id-bas  Atre  satislait.  Malgré  tous  les 
soins  que  l'homme  prend  de  combler  les 
désirs  qu'U  lui  inspire,  de  noureaux  désirs 
se  suooèdent  continuellement  et  un  yide 
immense  reste  toujours  dans  son  âme  ;  de  là 
Tiennent  l'inconstance  oui  le  caractérise  et 
le  profond  ennui  dans  lequel  il  traîne  son 
eustence,  tandis  oue  tout  rit  paisible  autour 
de  lui  dans  la  création.  Ce  sentiment  qu'il 
éproure  sans  cesse ,  qui  se  mêle  à  tous  les 
antres,  oui  lui  annonce  que  Yinfni  est  l'ob* 
jet  vers  lequel  il  doit  tendre,  qui  le  tient, 
selon  l'expression  énergique  du  grand  apd* 
tre,  comme  dan$  le  troxaà  de  renfaniemenij 
loi  apprend  que  sa  destinée-  est  toute  diffé- 
rente de  celle  des  autres  êtres,  et  que  ce 
n'est  point  sur  cette  terre  que  se  troure  le 
bonheur  parfiiit  qu'il  attend. 

L'amour  du  $exe  produit  la  pudeur  et  ses 
douces  alarmes  dans  un  coeur  ou  il  commence 
à  naître,  sentiment  précieux  destiné  à  en 
moilérer  les  effets.  Légitimé  par  la  relision, 
il  cause  ce  plaisir  pur,  cette  joie  ineffable  de 
deux  âmes  qui  se  confondent  dans  une 
même  yie.  Mais  lorsqu'il  sort  des  limi- 
tes établies  par  la  sagesse  et  la  vertu ,  il 
trouble  la  raison  et  donne  à  l'imagination 
une  impulsion  désordonnée.  Il  peut  même 
s^opposer  au  jugement  et  causer  l'abrutisse- 
ment ou  un  état  Yoisin  de  l'idiotisme ,  lors- 
que l'on  ne  surmonte  point  l'attrait  de  la 
modification  or,^nîque  qui  y  est  liée,  et  que 
saint  Paul  a  appelée  si  énergiquement  Vins-* 
piruiion  de  la  ekair.  Il  ensendre  les  agita- 
tions du  cœur  les  plus  douloureuses,  la 
crainte  sans  cesse  renaissante  de  perdre 
Fobjet  aimé,  la  jalousie  avec  toutes  ses  an- 
goisses, la  colère  avec  toutes  ses  fureurs,  le 
désespoir  avec  toutes  ses  inquiétudes,  et 
mille  autres  passions  funestes  qui  sem- 
blent destinées  à  punir  l'homme  de  ses  éga- 
rements. 

De  famour  de  la  progénilure  naissent  tous 
les  sentiments  qui  découlent  de  l'amour  pa- 
ternel et  de  la  tendresse  maternelle;  mê- 
lai^ de  plaisirs  et  de  peines,  d'espérances 
et  de  craintes,  de  joie  et  d'affliction,  qui 
montre  à  l'homme  qu'il  n'est  point  de  feli- 
rîté  parfaite  sur  cette  terre,  et  que,  même 
«'ans  ce  qu'il  y  a  de  plus  pur  dans  ses  aflec^ 
lions  morales,  la  douleur  lait  sentir  son  ai- 
guillon. LorsouMl  est  porté  au  delà  des  bor- 
nes, et  qu'il  n  est  point  dirigé  par  la  raison, 
il  donne  lieu  à  cette  tendresse  aveugle,  bien 
p!us  dan^reuse  par  ses  effets  que  ne  le  se- 
rait la  bame;  et  lorsqu'il  est  exâusif,  il  pro- 
duit ces  prédilections  funestes  qui  troublent 


la  paix  des  Cimilles  et  en  éloignent  pour 
toujours  le  bonheur. 

Lamour  de  la  uience  produit  ce  sentiûient 
de  plaisir  que  l'on  éprouve  à  la  poursuite  de 
la  vérité,  pour  laquelle  l'homme  est  né,  et 
sans  laquelle  il  ne  saurait  Are,  l'admiration 
dont  on  est  pénétré  à  la  vue  des  csuvres  du 
Créateur,  et  la  joie  que  Ton  ressent  en  d<?- 
couvrant  une  vâi té  nouvelle.  11  est  la  source 
première  de  llntérêt  que  nous  inspire  tout 
ce  qui  nous  frappe ,  tout  ce  qui  cous  sur- 
prend, tout  ce  qui,  en  étonnant  notre  intelli- 
Sence,  en  sollicite  vivement  l>xercice,  et  il 
onne  naissance  è  cet  aipotirdii  merveilleux 
commun  à  tous  les  hommes,  et  A  remarqua-» 
ble  dans  l'enfance  et  chez  les  peuples  peu 
civilisés.  Porté  au  delà  des  bornes,|  il  pro- 
vo<jue  une  vaine  curiosité  pour  les  objets 

aui  ont  été  dérobés  à  notre  entendement,  et 
onue  lieu  à  ce  (aux  savoir  mille  fois  plus 
nuisible  que  l'ignorance,  par  les  fausses 
idées  qu'il  enfante  et  l'orgueil  qu'il  fiotit  ger- 
mer au  fond  .du  cœur. 

L'amour  filial  donne  naissance  à  la  dou- 
leur, aux  pleurs,  aux  cris  de  l'enfant  que 
l'on  enlève  des  bras  de  sa  mère.  Dans  un 
âge  plus  avancé,  il  produit  la  reconnaissance 

Kur  les  soins  des  parents,  le  chagrin  que 
n  éprouve  d*en  vivre  séparé  lorsque  les 
circonstances  l'exigent,  la  nostalgie,  la  joie 
de  les  revoir  après  une  absence  prolongée, 
enfin  tous  les  sentiments  affectueux  qui  font 
le  bonheur  de  la  famille. 

L'amour  de  eee  $emblable$  entendre  tous 
les  sentiments  secondaires  qui  s'^  ratta- 
chetit,  tels  que  la  pitiés  la  tromimsérâtion 
que  nous  ressentons  à  la  vue  de  l'infortune, 
la  générosité  qui  nous  porte  à  la  soulager, 
la  joie  oue  nous  éprouvons  du  bonheur  des 
autres,  la  douleur  que  nous  causent  leurs 
afflictions,  tous  les  sentiments  généreux  que 
l'on  observe  dans  les  amitiés  électives,  et 
qui  ont  produit  tant  d'actions  héroïques 
aont  l'histoire  nous  a  conservé  le  souvenir. 

De  Vamour  du  $ol  natal  dérivent  toutes 
les  affections  morales  qui  s*y  lient;  c'est 
l'attachement  au  berceau  qui  nous  reçut  à 
notre  entrée  dans  la  vie,  à  la  prairie,  témoin 
des  jeux  de  notre  enfance,  au  vieux  chêne 
sous  lequel  nous  nous  sommes  si  souvent 
assis,  à  l'allée  solitaire  qui  entendit  le  pre- 
mier soupir  de  notre  cœur;  c'est  le  plaisir 
ineffable  de  revivre  par  la  mémoire  dans  les 
lieux  où  nous  avons  vécu,  de  voir  tous  nos 
jours  passés,  et  jusqu'à  nos  malheurs  re- 
tracés dans  tout  ce  qui  nous  entoure;  enfin, 
c'est  cette  douce  tristesse  que  nous  res- 
sentons auprès  du  tombeau  qui  renferme 
les  restes  d'une  mère  adorée,  d'un  fils 
chéri  ou  d'une  épouse  tendrement  aimée. 

D'autres  sentiments  secondai  res  naissent  de 
Famour  du  $ol  natal  ;  tels  sont  :  le  malaise  que 
nous  éprouvons,  quand  il  a  été  fortifié  par 
râge,en  quittant  nos  foyers  domestiques, 
l'impatience  de  les  revoir,  le  tourment  que 
nous  cause  une  absence  trop  prolongée,  la 
nostalgie  qui  en  est  souvent  la  suite,  la  joie 
qui  nous  pénètre,  dans  un  ]iays  lointain,  à 
la  vue  inattendue  d'un  compatriote ,  dost 


fr>5 


AFF* 


DICtlONNAmE 


ALRf 


i'S 


la  présence  nous  retrace  tous  nos  souve- 
nirs, etc. 

L'amour  de  la  patrie  enfante  tous  les  gé- 
néreux sentiments  nécessaires  à  sa  défense, 
et  qui  produisent  tant  d'héroïques  dévoue- 
ments, l'abnégation  de  soi-même,  le  sacri- 
fice de  ses  biens,  l'abandon  do  la  vie,  le 
mépris  de  la  mort,  et  toutes  ces  détermi- 
nations éclatantes  dont  nous  pouvons,  nous 
Prani;ais,  otfrir  tant  de  beaux  modèles  à  tous 
les  peuples  de  TUnivers. 

L  amour  de  f équité  feit  naître  celui  de 
Tordre  moral,  l'estime,  le  respect,  l'admi- 
ration pour  la  vertu,  l'horreur  pour  le  vice, 
et  sert  ainsi  de  soutien  aux  lois  divines  et 
humaines  relatives  au  bonheur  des  intel- 
ligences dans  la  vie  en  société.  Il  ne  s'éteint 
jamais  dans  le  cœur  de  l'iiomme;  c'est  lui 
qui  fait  éprouver  à  une  âme  corrompue  la 
honte  dont  elle  ne  peut  se  défendre,  et  que 
manifeste  la  rougeur  du  front. 

Vamaur  du  Créateur  produit  les  senti- 
ments d'humilité,  de  respect,  d'adoration 
qii'inspirent  la  bonté  et  la  toute-puissance 
oivines ,  et  l'attachement  au  culte  qui  lui 
est  dû.  Il  inspire  le  goût  de  la  retraite  aux 
cœurs  qu'il  pénètre  vivement,  et  leur  fait 
sentir  toutes  les  douceurs  de  la  vie  ascé- 
tique. Chez  les  peuples  qui  ont  perdu  les 
traditions  sociales,  dont  la  raison  s'est  obs- 
curcie, que  les  préjugés  et  surtout  les  pas- 
sions désordonnées  égarent ,  et  qui  sont 
tombés  dans  l'enfance  morale,  il  inspire  tous 
les  sentiments  superstitieux  du  polythéisme 
et  l'amour  pour  les  divinités  imaginaires 
qu'ils  se  créent  dans  les  désordres  de  leur 
cœur. 

L'anour  de  la  domination  fortifie  les  pen- 
chants individuels  pour  les  professions  di- 
verscii,  parce  que  dans  toutes  il  y  a  quelque 
empire  à  exercer  sur  des  êtres  qui  doivent 
se  soumettre  à  obéir,  et  il  concourt  ainsi  k 
l'entretien  de  la  vie  sociale.  Il  donne  nais- 
sance à  l'amour  de  la  gloire  et  des  distinc- 
tions honorifiques  qui  élèvent  l'homme  au- 
dessus  de  ses  semblables,  et  étendent  son 
pouvoir  porté  au  delà  de  ses  limites,  il  pro- 
duit l'ambition  démesurée,  le  désir  effréné 
de  sortir  du  rang  social  où  l'on  se  trouve 
placé;  de  là  naissent  toutes  les  disputes i 
toutes  les  querelles  de  la  prééminence, 
l'envie,  la  jalousie,  la  haine,  et,  dans  le 
cœur  des  chefs  des  empires ,  la  passion  fu- 
neste des  conauérants. 

L  amour  de  la  domination  est  aussi,  comme 
l'amour  de  soi-même,  la  source  du  penchant 
à  la  liberté  sans  bornes  ;  car  celui  qui  désire 
de  commander  aux  autres ,  a ,  par  cela  même, 
de  la  répugnance  à  obéir.  Il  inspire  aussi  à 
l'homme  le  sentiment  de  ,sa  dignité,  qui  le 
rend  si  sensible  aux  injures,  aux  humilia- 
tions et  aux  outrages,  et  qui,  dans  bien  des 
circonstances  lui  fait  préférer  la  mort  à  un 


affront.  Cest  ainsi  que,  lorsqu'il  est  înju- 
rieusement  frappé  au  visage,  la  partie  la 
plus  noble  de  son  organisation,  parce  qu'elle 
lui  est  intimement  liée  comme  instrument 
d'expression  de  ses  sentiments  et  de  ses 
pensées,  il  éprouve  une  angoisse  insuppor- 
table; et  si  la  religion  bienfaisante  ne  vient 
calmer  sa  fureur,  il  lave  dans  le  sang  de 
son  ennemi  l'insulte  qu'il  en  a  reçue,  ou 
il  meurt  de  la  main  même  qui  Ta  offensé. 

Vamaur  de  la  possession  ou  de  la  propriété 
forliOe  'celui  du  sol  natal  et  celui  de  la  pa- 
trie; car  on  en  aime  le  sol  natal  par  la 
jouissance  des  biens  qu'il  procure,  et  la 
patrie,  parce  qu  elle  en  assure  la  possession. 
Aussi  taitwur  de  la  propriété,  lorsque  les 
législateurs  fondent  sur  lui  les  institutions 
politiques,  concourt -il  puissamment  à  la 
stalnlité  des  empires,  par  le  solitie  appui 
qu'il  offre  aux  lois  établies,  et  par  la  résis- 
tance qu'il  provoque  contre  tout  ce  qui  ten- 
drait à  les  renverser.  Lorsqu'il  franchit  les 
bornes  que  la  sagesse  lui  prescrit,,  il  se 
change  en  cupidité,  en  avarice;  et  si  l'équité 
ne  lui  sert  point  de  guide,  si  Té^oïsme 
l'excite,  si  les  lois  morales  sont  mises  en 
oubli,  s'il  résiste  aux  cris  de  la  conscience, 
il  produit  l'envie  avec  toutes  les  actions 
basses  et  criminelles,  qu'elle  traîne  à  sa 
suite  comme  le  mensonge,  la  mauvaise  foi, 
la  fraude,  le  vol,  et  souvent  les  forfaits  dont 
la  peinture  serait  trop  horrible. 

Telles  sont  les  af!ections  morales  secon- 
daires, que  développent  au  dedans  de  nous 
nos  sentiments  primitifs  (39);  telle  est  en 
abrégé  l'histoire  du  cœur  de  l'homme.  Mais 
ces  sentiments  deviendraient  pour  lui  un 
tourment  insupportable,  s'il  ne  pouvait  les 
exprimer,  comme  les  idées  des  rapports  des 
êtres,  qu'il  a  conçues,  lui  seraient  inutiles, 
s'il  ne  pouvait  les  communiquer  à  ses  sem- 
blables, et,  sans  cette  double  communica- 
tion ,  la  vie  individuelle ,  comme  la  vie 
sociale,  ne  saurait  exister.  Il  faut  donc 
nécessairement,  pour  que  l'homme  puisse 
étrcy  qu'il  [)ossède  les  moyens  de  transmettre 
au  dehors  ce  qu'il  sent,  comme  ce  qu'il 
pense.  Voy.  PnYsiONOniE,  Geste,  Voix,  Lan- 
gage. 

AFRIQUE  INTÉUiEDRE.  Voy.  Soudan. 

AINOS.  Voy.  Ighthyophages. 

ALBINISME  et  MÉLANISME.  —  L'altéra- 
tionde  la  peau,  au  lieu  de  s'effectuer  par  de- 
grés, chez  l'individu  ou  dans  la  suite  des  gé- 
nérations, peut  apparaître  subitement.  Dans 
les  races  basanéesderarclûpel  Indo-Chinois,il 
naît  souvent  un  individu  blanc,  qui  grandit, 
vit  et  meurt  avec  un  teint  blanc  mat,  cti]ui, 
à  cela  près,  ressemble  à  ses  parents  par  les 
traits.  Le  même  accident  est  assez  commun  è 
Ceyian,  où  le  docteur  Davy  l'a  observé  chez 
une  jeune  ûUe,  ayant  toutes  les  apparences 
d'une  blonde  Finlandaise,  les  cheveux  ccn- 


(39)  Les  sentiments  primitifs^  que  nous  nvons  ex- 
posés dans  le  paragraphe  précédent ,  influent  les 
uns  sur  les  atitres,  et  se  moditient  réciproquement. 
11  en  est  de  inéine  des  sentiments  secondaires  dont 
nous  venons  de  nous  occuper;  ils  influent  aussi  sur 


ï-»s  piTHiicrs,  et  en  reçoivent  à  leur  tour  des  raodi- 
Hcâtions  sensibles.  Mais  ces  influences ,  si  nom- 
breuses, si  variées,  ne  peuvent  trouver  place  ici 
Chacun,  d'ailleurs,  pourra  les  étudier  sur  $oi-inén¥ 
eu  sondant  son  propre  cceur. 


197 


4LF 


d*antiiropologie:. 


AI.P 


SSit 


dré  blanc  e\  filasse,  la  peaa  blanche  el-ro- 
«ée,  les  yem  bleu  clair  ;  sa  santé  était  par- 
faite, son  Caractère  était  benreui. 

«  Des  cf'éoles  instruits  de  llle-de-France, 
dit  M.  de  Salies,  ni*ont  assuré  avoir  observé 
Talbinisme  chez  des  nègres  mozambiques. 
M.  Combiîs  Ta  tu  chez  plusieurs  races  nè- 
gres et  >^ilas  de  TAbyssinie  k  son  second 
voyage.  Abdallatif  en  cite  un  exemple  chez 
un  Cophie;  je  Tai  observé  plusieurs  fois  en 
E^pte,  chez  des  individus  rappelant  laCeyla- 
naise  de  Davy,  et,  mieux  encore,  l'apparence 
bien  n»nuue  des  albinos  qu'on  rencontre  en 
Europe,  puis<{u'ils  offraient  la  foiblesse  de 
la  vite  et  la  teinte  rose  des  iris.  » 

Ijes  albinos  sont  très-connus  dans  llndo- 
Cliine,  sous  le  nom  de  kacrelas;  k  Ceyian, 
sous  le  nom  de  bedas  ;  eu  Afrique,  sous  ce- 
lui dedondos,  dans  l'Amérique  espagnole, 
sous  lappellatioû  même  adoptée  par  la 
science.  Banks  et  Solander,  qui  en  avaient 
rencontré  chez  les  races  océaniennes,  en  vi* 
rent  aussi  dans  l'Amérique  moyenne;  et 
Ton  s'est  rappelé  que  l'empereur  Montéznma 
entretenait  dans  son  palais  des  hommes  of- 
frant cette  singularité,  recherchée  encore 
aujourd'hui  par  le  roi  de  Bantam ,  chez  cer- 
taines femmes  de  son  sérail. 

L'albinisme  est  fort ,  commun  chez  les 
animaux,  chevaux,  lapins,  pigeons.  A  Siam, 
il  attaque  parfois  1  éléphant,  auquel  il  pro- 
rare, comme  on  sait,  les  honneurs  divins. 

Chez  les  races  humaines  blanches,  le  mé- 
lanîsme  est  borné  aux  accidents  partiels  que 
nous  avons  décrits;  mais,  en  revanche,  il 
est  aussi  commun  chez  les  animaux  que 
Talbinisme.  On  l'observe  chez  les  bêtes  bo- 
vines, chevalines  et  ovines,  et  dans  -toutes 
les  races  du  chien.  Dans  les  gallinacées  do- 
mestiques, notamment  dans  les  races  de 
M^aooxo;  en  Afriane  orientale,  la  teinte 
iioire  n'est  pas  bornée  au  plumage,  k  la  peau 
et  à  la  crête,  elle  s'étend  a  des  oi^anes  in- 
térieurs, les  membranes  séreuses,  le  pé- 
rioste, la  gaine  cellulaire  des  muscles. 

Les  hommes  albinos  d'Europe  ne  sont  pas 
stériles  ;  mais  comme  ils  ont  le  soin  de  ne 
pas  s'unir  par  couples  pareils,  on  n'a  pas  vu 
si  leur  postérité  propagerait  sa  teinte  spé- 
ciale. Ailleurs  les  mêmes  unions  sont  gê- 
nées par  des  préjugés,  ou  plutôt  les  résul- 
tats n  en  ont  pas  encore  été  enregistrés  par 
la  science.  Wuffer  a  avancé  que  l'albi- 
nisme était  héréditaire  dans  l'isthme  de  Da- 
rien.  A  Ceyian,  à  Madagascar,  de  vagues  tra- 
ditions tirent  d'un  accident  pareil  quelques 
peuplades  blanches.  Mais  nous  savons  de 
toute  certitude  que  les  animaux  albinés  et 
mélanés  se  propagent  et  transmettent  leurs 
caractères  à  leurs  descendants. 

ALFOLROU.  —  Les  Alfourous  sont  des 
fiommes  qui  nous  présentent  des  caractères 
physiques  tout  particuliers  et  qu'on  sup{)o$e 
iiabiter  l'intérieur  de  la  Nouveile-ljuinée  et 
plusieurs  des  plus  grandes  Mes  situées  au 
suil  de  l'Océan  indien.  On  les  nomme  Ha- 
raforas,  Alfoërs  et  Alfourous  ;  leur  véritable 
nom  est  encore  incertain. 

Les  Alfourous  de  la  Nouvelle4îuinée  sont 


nommés  Endamènes  par  M.  Lesson,  qui  en 
parle  dans  les  termes  suivants  : 

m  Les  Alfourous-Endamènes  vivent  de  la 
manière  la  plus  sauvage  et  la  plus  miséra- 
ble ;  toujours  en  guerre  avec  leurs  voisins 
ils  ne  sont  occupés  que  des  moyens  de  se 
préserver  de  leurs  embûches,  et  ^'échapper 
aux  pièges  qu'on  leur  tend  sans  cesse.  L'na- 
bituoe  qu'ont  les  Papouas  des  côtes  de  les 
mettre  h  mort,  et  d'ériger  en  trophées  leurs 
dépouilles,  rend  compte  de  la  difliculté  qu'on 
éprouve  k  les  observer,  même  k  la  Nouvelle- 
Guinée;  et  deux  ou  trois  de  ces  hommes  ré- 
duits en  esclavage,  que  nous  vîmes  à  Dorery, 
sont  tout  ee  que  nous  en  connaissotfs.  Les 
Papouas  nous  les  peignirent  comme  des 
hommes  d'un  caraetâ^  cniel,  féroce  et  som- 
bre, n'ayant  aucun  art,  et  dont  toute  la  vie 
s'écoule  k  chercher  leur  subsistance  dans 
les  forêts.  Mais  ce  tableau  hideux  que  cha- 
que tribu  ne  manque  pas  de  foire  de  la  tribu 
voisine  ne  peut  être  regardé  comme  authen- 
tique. Les  Endamènes  que  nous  vîmes 
avaient  une  physionomie  repoussante,  le 
nez  aplati,  des  pommettes  saillantes,  de 
gros  yeux,  des  dents  proclives,  des  extrémi- 
tés longues  et  grêles,  une  chevelure  très- 
noire,  très-fournie,  roide  et  comme  li^se 
sans  être  longue.  La  liarbc  très-dure  et  très- 
épaisse.  Une  profonde  stupidité  était  em- 
preinte sur  leurs  traits,  peut-être  était-elle 
due  à  l'esclavage.  Ces  nègres,  dont  la  peau 
est  d'un  noir  brun,  sale,  assez  foncé,  sont 
nus.  Ils  se  font  des  incisions  sur  les  bras  et 
sur  la  poitrine,  et  portent  dans  la  cloison  du 
nez  un  bâtonnet  long  de  près  de  six  pouces. 
Leur  caractère  est  silencieux  et  leur  phy- 
sionomie farouche.  Leurs  mouvements  sont 
irrésolus  et  s'exécutent  avec  lenteur.  Les 
habitants  des  côtes  nous  donnèrent  quel- 
ques détails  sur  ces  Endamènes;  mais 
comme  ils  nous  parurent  dictés  par  la  haine, 
et  que  les  versions  ne  s'accordaient  point 
entrb  elles,  soit  que  le  sens  de  ce  qu'ils 
nous  exprimaient  fût  mal  compris,  soit 
qu'eux-mêmes  nous  racontassent,  dans  l'in- 
tention de  nous  inspirer  de  la  frayeur,  des 
habitudes  auxquelles  ils  ne  croysient  point, 
nous  pensons  qu'il  est  inutile  de  taire  con- 
naître par  des  renseignements  faux^  ou  in- 
exacts une  espèce  d'hommes  dont  l'histoire 
est  encore  entourée  d'épaisses  ténèbres.  » 

Le  capitaine  Forrest  est  un  des  premiers 
vo}'ageurs  anglais  qui  ait  décrit  les  Alfou- 
rous, mais  les  renseignements  qu'il  nous 
donne  sur  ce  sujet  ne  sont  pas  à  comparer 
avec  ceux  que  nous  a  fournis  le  docteur 
Leyden,  qui  a  tant  contribué  au  progrès  de 
l'ethnolOKie  de  l'Archipel  indien.  Suivant 
Leyden,  les  Tirun  ou  Tedons  sont  un  peu- 
ple d'ori^ne  Alfourou.  «  Ces  Tedons,  dit-iU 
vivent  principalement  au  nord-est  de  la  côte 
de  Bornéo,  et  sont  connus  comme  des  sau- 
vages adonnés  à  la  piraterie  et  qui  ont  l'ha 
bitudede  manger  la  chair  de  leurs  ennemis. 
Je  ne  sais  absolument  rien  de  leur  langage. 
J'ai  entendu  dire  qu'il  leur  est  particulier; 
eepend<int,  il  est  prolwblc  qu'ils  ne  s.inl 
qu'une  tril)U  des  Jéûn^  que  je  suppose  eux- 


fS9 


AW 


D:cTioNx\iafi 


ILG 


m 


m^es  appartenir  à  la  race  des  Haraforas  ou 
Alfoërs,  comineles  nommentMes  Hollandais, 
raee  qui  se^ible  être  ]a  plus  originale  de 
toutes  cpUes  qu'pn  trouve  dans  les  îles  orien- 
tales, à  ]*exception  peut-être  des  Papouas. 

«  Les  Idân  sont  quelquefois  nommés  Ma- 
rût;  ils  sont  certainement  les  habitants  ori- 
ginaires de  Born<;o,et  r(^ssemblent  aux  Hara- 
ioras  par  la  taille,  lagililé,;  la  couleur  et  les 
habitudes.  Les  Haraforas  sont  indigènes  dans 
presque  toutes  les  îles  orientales,  et  on  les 
.trouve  q\^GlquefQis  dans  la  même  île,  cton- 
joiutement  avec  les  Papouas  ou  nègres  orieiî- 
taux.  Ils  sont  souvent  uioins  foncés  en  cou- 
leur que  les  races  musulaianes,  et  ils  rem- 
portent généralement  sur  celles-ci  en  force 
et  en  activité.  .Ils  sont,  partout  où  oh  les  ob- 
serve, grossiers  et  illettrés,  et,  dans  lespa^s 
où  ils  n'ont  pas  été  réduits  en  esclavage,  ils 
offrent  dansleurshabitudes  une  ressemblance 
générale.  Le  trait  le  plus  singulier  de  leurs 
mœurs  est  la  nécessité  imposée  à  chaque  in- 
dividu de  tremper,  au  moins  une  fois  en  sa 
vie,  ses  mains  dans  le  sang  humain  :  en  gé- 
néral, parmi  toutes  leurs  tribus,  aucun 
homme  n*a  la  permissioù  de  se  marier  s'il 
ne  peut  montrer  le  crûne  d'un  ennemi  qu*il 
a  tué.  Ainsi  que  les  Battas,  ils  mangent  la 
.  chair  de  leurs  ennemis  et  boivent  dans  leurs 
crânes  ;  les  ornements  de  leurs-n^aisons  sont 
des  crânes  et  des  dents,  auxquels,  en  consé- 
quence, ils  aUac1ient«un  grand  prix,  comme 
le  faisaient  anciennement  les  habitants  de 
Sumatra,  qui.  n'avaient,  dit-on,  dans  l'ori- 
gine, d'autre  monnaie  que  les  crânes  de  leurs 
ennemis.  Les  Haraforas  se  trou  vent  dans  les 
îles  Moluqucs,  les  Célèbes,  les  Philippines 
et  dans  Magind^nas  (Mindanao),  où  ou  les 
nomme  Snbano  ou  Manubo.  On  doit  proba- 
blement leur  rattacher  la  race  féroce  men- 
tionnée par  Marsden  comme  vivant  dans  l-in- 
térieur  de  Sumatra,  et  chez  laquelle  les  cou- 
pables obtiennent  le  pardon  de  leurs  crimes, 
en  offrantaux  chefs  de  leurs  villages  les  têtes 
des  étrangers. 

«  l)'après  ce  que  nous  avons  appris  depuis 
quelques  années,  relativement  aux  Davaks, 
par  les  ré  its  de  M.  Earle  et  de  quelques 
autres  voyageurs,  je  doute  beaucoup,  dit  Pri- 
chard,  que  ces  hommes  appartiennent  à  la 
race  alfourou,  ils  paraissent  ressembler  da- 
vantage aux  Malais  ;  mais  jusqu'à  ce  que 
nous  ayons  des  spécimens  de  leur  langue,  il 
sera  impossible  de  se  former  à  cet  égard  un<^ 
o;)inion  bien  fondée.  » 

On  pense  que  les  Australiens  appartien- 
nent à  la  race  alfourou;  mais  les  mêmes  cau- 
ses qui,  dans  le  cas  précédent,  rendraient  la 
question  indécise,  nous  obligent  encore  ici 
h  suspendre  notre  jugement. 
.  ALGONQUINS-LENAPES  et  IROQUOIS. 
—  La  plus  grande  partie  du  Canada  et  de 
'cette  partie  du  territoire  des  Etats-Unis, 
C(ui  est  à  l'est  du  Mississipi,  était  habitée,  à 

1  époque  où  les  Européens  en  firent  la  décou- 
verte, pai*  des  peuples  qui  appartenaient  à 
deux  races  principales,  les  Algonquins  et  les 
Lenni-Lenapes  ou  Indiens  Delawares,  deux 
puissantes  et  célèbres  nations  appartenant  à 


l'une  de  ces  races  ;  à  l'autre  appartenait  le 
peuple  que  les  Français  ont  désigné  sous  le 
nom  d'Iroquois.  Ces  noms,  tels  que  nous  les 
avons  donnés,  peuvent  être  employés  pour 
désigner  les  deux  races,  quoique  ni  l'un  ni 
l'autre  n'ait  été  une  dénomination  géné- 
rale. 

Les  deux  races  étaient  subdivisées  en  un 
grand  nombre  de  tribus  qui  formaient  au- 
tant de  nations  distinctes,  toutes  reconnais- 
sant, d'ailleurs,  les  liens  de  parenté  qui  les 
unissaient  entre  elles.  Les  Algonquins-Le- 
na pes  étaient  de  tous  les  peuples  de  l'Amé- 
rique du  Nord  ceux  qui  occupaient  le  terri- 
toire le  plus  étendu,  et  les  cantons  habités 
par  des  hommes  de  cette  race  entouraient 
'presque  de  toits  les  côtés  le  pays  des  Iro- 
quois.  En  raison  de  cette  circonstance  et  at- 
tendu que  dans  l'histoire  de  ces  deux  na- 
tions les  points  de  contact  sont  presque  con- 
tinueTsje  suivrai  l'exemple  de  M.  Gallatin, 
et  je  les  décrirai  ensemble. 

Le  territoire  algonçiuin-lenape  a  cour  li- 
mites :  au  nord,  le  Mississipi  ou  rivière  de 
.  Churchill,  qui  le  sépare  du  pays  des  Atha- 
pascas  ou  Chipe ways.  Depuis  le  point  où 
elle  sort  des  montagnes  Rocheuses  jusqu'à 
celui  où  elle  se  jette  dans  la  baie  d'Hudson, 
cette  rivière  a  sur  sa  rive  gauche  des  Atha- 
.pascas;  sur  sa  droite  des  Algonquins  ;  mais 
ces   derniers  s'avancent  encore  plus  loin 
vers  l'est,  et  on  en  trouve  de  l'autre  côté  de 
la  baie. d'Hudson.  A  partir  de  ce  point,  les 
Algonquins   confinent,  non  plus  avec  les 
Atnapascas  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  le 
Labrador,  mais  avec  les  Esquimaux.    La 
portion  de  la  côte  de  l'Atlantique ,  qui  s'é- 
tend depuis  l'embouchure  du  fleuve  Saint- 
Laurent  jusqu'aux  environs  du  cap  Hattcras, 
•forme  la  limite  orientale  du  pays  occupé  par 
les  Algonauins  et  les  Iroquois.  Du  côté  du 
sud,  une  ligne  irrégulière  qui,   parlant  du 
cap  Hatteras  arrive  jusqu'au  confluent  de 
rohio  et  du  Mississipi,  sépare  les  nations 
iroquoise  et  Algonquine  d  un  peuple  plus 
méridional,  les   \lléghaniens.  Du  côté  de 
l'ouest,  c'est  le  Mississipi  lui-même  qui,  de- 
puis le  point  que  nous  avons  indiqué  jus- 
qu'à sa  source,  sert  de  limite  aux  tribus  al- 
gonquines.  Plus  loin,   au  nord,  ces  tribus 
sont  séparées  des  Sioux  par  la  rivière  Rouge 
qui  se  lette  dans  le  lac  Winnipeg.  Enfin,  à 
partir  de  ce  lac,  la  ligne  frontière  de  l'ouest 
se  continue  jusqu'aux  sources  de  la  rivière 
Churchill,  mais  dans  cette  portion  elle  n'est 
pas  aussi  bien  déterminée  que  dans  le  reste 
de  son  étendue. 

Les  Iroquois,  peuples  distincts  des  Algon- 

3uins,  mais  qui  leur  ressemblent  à  beaucoup 
'égards  et  avec  lesquels  ils  sont  presque 
toujours  en  guerre,  formaient  autrefois  deux 
grandes  divisions.  La  première,  composée, 
des  Iroquois  du  Nord,  qui  étaient  entourés; 
de  tous  côtés  par  les  tribus  algonquines-le- 
napes,  occupait  une  contrée  assez  difiicile  h 
bien  désigner,  qui  s'éteiidàit  depuis  les  ert- 
virons  du  lac  Huron  jusqu'à  la  rivière  de 
rOhio.  La  seconde  division,  celle  des  Iro- 
quois du  Sud,  se  composait  des  Tuscasoras» 


in 


•ALe 


D*A1ITHR0P0I.0CI£. 


àSM 


lialutantsde  la  Virginie  et  de  la  Caroline  du 
Nord. 

Histoire  des  Atgonçuins-Leuapes.  —  De- 
puis TAtlantique  jusqu*au  Mississipi,  les 
noms  des  rÎTieres  et  des  montagnes  sont  gé- 
néralement algonquins,  ainsi  que  Fa  ob- 
serré  ledocteur  Barton ;  tels  sont  les  noms 
de  .M assachnssHtSy  Connectient,  Monenga- 
hetla,  All^hanr,  Muskinsam,  Savannah  et 
Uississipi.  Les  Indiens  Delawares  ou  Lenni- 
Lenapes  étaient  une  grande  branche  de 
cette  race.  Leurs  traditions  historiques,  qui 
ont  été  recueillies  par  Heckerrelder,  nous 
fournissent  les  renseignements  suivants  : 
Les  Lenni-Lenapes,  ou  peuple  primitifs  habi- 
taient dans  Tongine,  d'après  ce  qu'ils  avaient 
appris  de  leurs  ancêtres,  un  pars  très-élor- 
^é,  situé  dans  la  partie  occidentale  du  con- 
tinent américain.  Pour  des  motifs  dent  le  sou- 
venir ne  s'est  pas  conservé,  ils  se  déterminé- 
rent  à  émigrer  vers  Test,  et  ils  se  réunirent 
en  corps  pour  marcher  dans  cette  direction. 
Après  un  long  voyage  et  tieaucoup  de  cann 
pements  de  nuit  (expression  qui  signifie 
chez  eux  une  halte-  d'une  ;innée  dans  le 
même  lieu),  ils  arrivèrent  enfin  aux  bords 
du  Namcesi-Sipu,  rivière  de  poissons,  ou 
Mississipi,  et  ils  s'y  rencontrèrent  avec  les 
Mengwes  ou  Irdquoîs,  qui.  avaient  aussi 
émt^  d'un  pays  éloigné,  et  s'étaient  arrê- 
tés en  un  point  un  peu  supérieur  du  cours 
de  cette  ritièrte.  m  voyagaient  dans  le 
même  but  que  les  Lenapes*,  et  se  proposaient 
de  continuer  leur  marche  vers  1  est  jusqu'à 
ce  qu'ils  trouvassent  un  pays  qui  leur  con- 
vint. Les  Lenapès  formèrent  alliance  avec 
cette  nation,  dont  les  armes  devaient  leur 
être  un  jour  si  funestes,  et  les  deux  peuples 
réunirent  leurs  forces  pi»ur  accabler  un  en- 
nemi commun,  une  nation  puissante  que 
leurs  avant-eoureurs  avaient  découverte  dans 
une  portion  du  i>ays  située  k  l'est  du  Missis- 
sipi, et  qui  avaient  MU  de  ^andes  villes 
X>rès  des  rivières  qui  traversaient  s<mi  terri- 
toire. Les  Talligewis,  ou  pour  mieux  dire,  les 
AlKgewis^  étaient  une  race  robuste,  d'une 
taille  supérieure  h  celle  des  plus  grands 
Lenapes;  ils  furent  pourtant  vaincus  par 
ces  derniers,  et  contraints  de  fuir  leur  pays 
natal;  ils  descendirent  dans  le  bas  de  la  val- 
lée du  Mississipi,  d'où  ils  ne  revinrent  ja- 
mais. C'est  d'après  leur  nom  que  l'Ohio  est 
encore  appelé,  dans  la  langue  des  Delawares, 
Aiiigewi-Sipu  ou  rivière  des  Alligewis;  la 
chaîne  de  montâmes  situées  k  Test  de  ce 
flouve  conserve  paiement  leur  nom.  Les 
nations  victorieuses  partagèrent  entre  elles 
le  pàfs  à  l'est  du  Namœsi-Sipu.  Les  Lenapes 
pnrent,  dans  le  cours  d'un  certain  nombre 
d'années,  possession  de  la  partie  méridionale 
du  pays;  et  s'établirent  sur  quatre  grands 
fleuves,  le  Delaware,  l*Hudson,  le  8usque* 
hannah  et  le  Potowmach  ;  les  Mengwes  ou 
Iroquois,  qui  occupèrent  les  terres  plus  au 
Kord,  se  fixèrent  dans  le  voisinage  des  grands 

(441)  0  y  a^  dios  Thistôire  de  ces  natioDS,  des 
époques  très-intéressantes  :  telles  sont  les  guerres 
d'Irocas,  chef  des  Hobicans,  et  celles  dn  roi  Phi- 
lippe, udieoi  des  AYampazioags,  guerres  qui  oui  été 


làrs  et  le  long  des  ririères  qui  s'y  versent. 
Selon  les  traditions  des  Lenapes,  cette  émi- 
gration  fut  cause  que  lébr  race  se  divisa  en 
différents  corps  :  plusieurs  ne  passèrent  pas 
le  Mississipi,  d'autres  se  fixèrent  sur  la  nve 
orientale  de  ce  fleuve ,  mais  le  plus  erand 
nombre  s'établit  sur  les  bords  de  l'Atlanti- 
que. Cette  portion  considérable  des  Lena- 
pes de  l'Atlantique  se  divisa  en  trois  nations, 
les  Unamis,  les  Unalachtigos  ou  Indiens 
Tortues  et  indiens  Dindons,  qui  habitèrent 
les  bords  de  la  mer,  depuis  1  Hudson  jus- 
qu'au delà  du  Potowmack,  et  les  Minsis  ou 
Indiens  Lou}>s,  qui  se  fixèrent  plus  à  l'ouest. 
Ces  derniers  étaient  appelés  communément 
Monseys. 

De  ces  trois  tribus  qui  forment  la  nation 
que  les  Anglo-.Amérîcains  désignent  sous  )e 
nom  de  Delawares  sortirent  plus  tard  beau- 
coup d'autres  divisions  de  la  même  race,  qui 
continuèrent  à  se  reconnaître  comme  ues 
branches  issues  du  tronc  Lenape,  et  qui  don- 
naient en  conséquence  aux  Lenni-Lenapes 
la  dénomination  dé  grands-pères. 

Nations  septentrionales  de  la  rare  algon- 
quine-lenape.  —  Les  tribus  septentrionales 

Ï[ii  appartiennent  à  cette  famille  sont  les 
risteneaux  ou  Crées,  qui  confinent  au  norJ. 
avec  les  Athapascàs  et  habitent  depuis  la 
baie  d'Hudson  jusqu'aux  montagnes  Ro- 
cheuses, les  Algonquins  et  Chippeways  ou 
Qjibways,  les  OCtawas,  les  Potomatomis  et 
les  Missfssagiies.- 

La  division  du  nord-est  se 'compose,  dans 
la  classification  de  M.  Gallatin,  des  AlgoiH 
quins  du  Labrador,  des  Micmacs,  des  Etche- 
mens  et  des  Abenaquis. 

Ces  peuples  ont  été  décrits  par  Charlevoii, 
La  Hontan  et  d'autres  auteurs  français  qui 
ont  écrit  sur  l'histoire  du  Canada. 

La  division  orientale  comprend  toutes  les 
tribus  de  la  Nouvelle-Angleterre.  H  y  avait 
dans  ce  pays«  ainsi  que  nous  l'apprend  La 
Hontan ,  une  foule  de  nations  qui  se  re- 
connaissaient pour  des  desrendants  des  De^ 
lawares  et  leur  appliquaient  l'expression  in- 
dienne que  nous  avons  déjà  employée  plus 
haut,  c'est-è-dire  qu'ils  désignaient  ce  peupla 
par  le  titre  respectueux  de  grand-pêre^  Tels 
étaient  les  Minsis  et  )es  Mohicans  ou  Mohe* 
gans,  les  Nalchitoches  du  Maryland,  les  Sus- 
quehanuahs,  les  Pohatans  de  Vir^nie  et  les 
Pamlicos  de  la  Caroline  du  nord,  tous  appar- 
tenant à  cette  division  de  la  race  algonquine. 
•  Les  langues  de  ces  nations  ont  été  étudiées 
analytiquement  par  divers  écrivains  dos 
EtatSrCnis,  qui  ont  donné  pour  quelques -^ 
unes  d'entre  elles  des  grammaires  et  des  dir«> 
tionnaires.  Parmi  les  auteurs  qui  se  sont 
occupés  de  ce  sujet,  nous  trouvons  le  célèbre 
Jonathan  Edwards,  Eliot,  Heckewelder,  Zeis- 
berger,  Pichering  et  le  grand  philologue  du 
Nouveau -Monde,  le  vénérable  Du  Pon-» 
eeau  (40). 

C'est  avec  les  Lenni-Lenapes  ou  Delawares 

c!écrites ,  arec  beaucoup  de  cbilë  et  arec' tons' !^ . 
détails  satisfaisants^  dans   ToiiTrage  classique  de 
M.  Callatin. 


163 


ALG 


DICTIONNAIRE 


ALG 


lu 


quo  William  Penn  fit  son  célèljre  traité,  De 
son  temps  les  Delawares  étaient  tombés  sous 
le  joug  des  Iroquois^,  qui  en  avaient  fait  un 
peuple  femmej  de  sorte  que  Penn  et  ses  com- 
pagnons furent  obligés  d'acheter  des  Dela- 
wares Je  droit  de  possession,  et  des  Cinq-Na- 
tions ou  Iroquois  celui  de  souveraineté. 

La  branche  occidentale  de  la  race  algon- 
qùine  se  compose  des  Menomonies,  ap})elés 
par  les  Français  Folles-Avoines,  des  Miamis 
ou  tribus  illinoises,  des  Sauks,  des  Indiens- 
Renards,  desKickapoos  et  eniin  des  Shaw- 
nos.  On  pourrait  ajouter  à  celle  liste  de 
noms  ceux  de  beaucoup  de  petites  tribus, 
mais  je  nç  veux  m'occuper  ici  que  des  na- 
tions les  plus  importantes. 

Nations  iroquoises,  —  Les  Iroquois,  qui 
sont,  comme  je  Tai  dit,  compiétemeut  Uis- 
tincls  des  hommes  de  race  algonquine,  ont 
été  néanmoins,  à  diverses  époques  de  leur 
histoire,  singulièrement  associes  avec  celte 
famille  de  nations.  Les  Iroquois  septentrio- 
naux se  partagent  en  deux  groupes  :  les 
orientaux,  qui  forment  la  fameuse  confé  é- 
ration  des  Cinq-Nations,  et  les  occidentaux, 
ou  les  Quatre -Nations,  dont  la  principale 
tiibu  est  celle  des  Wyandots,  appelés  Hu- 
rons  par  les  Français.  A  l'époque  des  guerres 
sanglantes  des  Cinq-Nations  contre  Tes  na- 
tions algonquines,  les  Wyandots  étaient 
leurs  plus  redoutables  adversaires,  et  consi- 
dérés comme  la  tête  de  la  confédération  al- 
gonquine  dans  laquelle  ils  occupaient  le  pre- 
mier rang;  les  Delawares  eux-mêmes,  qui 
se  vantent  d'être  la  plus  ancienne  souche  de 
la  race  lenape,  reconnaissent  la  supériorité 
des  Wyandots,  qu'ils  appellent  encore  au- 
jourd'hui leurs  oncles:  ainsi  là  prééminence 
comme  droit  d'ancienneté  ne  leur  a  jamais 
été  disputée.  Ces  tribus,  dont  le  nom  véri- 
table parait  être  Yendots,  étaient  concentrées 
près  du  lac  Huron,  et  étaient  plus  adonnées 
a  l'agriculture  qu'aucune  autre  des  races  in- 
digènes. Les  nations  iroquoises  en  général 
étaient  supérieures  aux  nations  algonquines, 
sur  lesquelles  elles  avaient  acquis  un  ascen- 
dant marqué  même  avant  la  découverte  de 
l'Amérique.  La  plupart  de  ces  tribus  sont 
aujourd'hui  presque  éteintes,  par  suite  de 
leurs  guerres  intestines,  des  ravages  de  la 
petite  vérole  et  autres  maladies,  et  par  Tetfet 
des  vices  qu'ont  introduits  parmi  eux  les 
Européens.  Les  missionnaires  français  ca- 
tholiques furent  infatigables  dans  leurs  ten- 
tatives pour  les  convertir  au  christianisme, 
et  huit  ou  dix  Jésuites  trouvèrent  la  mort 
chez  les  Hurons  en  poursuivant  ce  pieux 
dessein. 

Caractères  physiques  des  Algonquins  et  des 
Iroquois,  —  H  ne  paraît  pas  y  avoir,  relati- 
vement aux  caractères  physiques,  de  diflé- 
rences  très-marquées  entre  les  nations  appar- 
tenant à  ces  deux  races. 

La  description  que  Mackensie  a  donnée 
des  Knisteneaux ,  et  celle  des  Potowatomis 
des  bords  du  lac  Michigan,  due  au  professeur 


son 


Keating,  peuvent  être  considérées  romii  e 
un  portrait  général  de  TAIgonquin-Leuape. 
Le  voici  tel  que  nous  le  trouvons  dans  les 
relations  de  ces  deux  voyageurs.  «  Lis 
Knisteneaux  sont  de  mo^'enne  taille ,  bien 
proportionnés  et  très-*actifs.  Leur  teint  est 
cuivré  et  leurs  cheveux  sont  noirs ,  ce  qui 
est  général  chez  tous  les  naturels  de  l'Amé- 
rique (41);  ils  les  coupent  en  différentes 
formes,  selon  les  goûts  des  diverses  tribus  ; 
quelques-uns,  cependant,  les  laissent  longs, 
pendants  et  plats,  tels  que  la  nature  les  leur 
a  donnés.  Très-généralement  ils  s'arrachent 
la  barbe ,  et  l'usage  d'enlever  les  poils  dtt 
toutes  les  parties  du  corps  et  des  membres 
parait  même  commun  aux  deux  sexes.  Ils 
ont  les  yeux  noirs,  le  regard  perçant  et  pé- 
nétrant; leur  physionomie  est  ouverte  et 
agréable;  ils  aiment  beaucoup  la  parure,  et 
un  des  principaux  objets  de  leur  vanité  est 
de  décorer  leur  personne  du  plus  grand 
nombre  possible  d'ornements  :  un  article 
essentiel  de  leur  toilette  est  le  vermillon 
dont  ils  opposent  la  couleur  à  celles  de  l'ocre 
naturel  qu'ils  retirent  du  sol ,  et  de  diffé- 
rentes terres  blanches  ou  brunes,  quelque- 
fois même  à  celle  du  charbon  pilé. 

«  De  toutes  les  nations  que  j'ai  vues  sur 
ce  continent,  je  n'ai  pas  trouvé  de  femmes 
(^ui  eussent  autant  d'agrément  que  celles  de 
Knisteneaux  ;  elles  sont  généralement  bien 
proportionnées,  et  la  beauté  de  leurs  traits 
serait  reconnue  sans  contestation  dans  les 
pays  les  plus  civilisés  de  l'Europe.  Leur 
teint  n'a  pour  ainsi  dire  rien  de  cette  teinte 
obscure  et  terne  qui  est  si  commune  clie^ 
les  sauvages,  et  qui  parait  être  en  grande 
partie  due  h  la  malpropreté.  » 

«  Les  Potowatomis  sont,  pour  la  plupart, 
bien  proportionnés;  leur  taille  est  de  cinq 
pieds  huit  pouces  environ  (mes.  angl.).  Ils 
ont  une  grande  force  dans  les  muscles  du 
bras,  mais  ils  en  ont  très-peu  dans  les  reins; 
ils  ont  le  cou  fort,  et  sont  doués  d'une  très- 
grande  agilité;  leur  voix  est  faible  et  sourde, 
mais  elle  dévient  perçante  lorsqu'ils  parlent 
sous  l'influence  de  quelque  excitation.  Leurs 
dents  sont  bonnes  et  bien  entretenues,  mais 
n'ont  rien  de  remarquables  pour  la  régula- 
rité; chez  les  individus  faibles  ou  qui  ont 
une  disposition  aux  scrofules  ,  les  dents 
sont  sujettes  à  se  gâter,  ce  qui  n'a  |ms  lieu 
pour  les  individus  bien  portants.  Il  parait 
que  le  temps  de  la  dentition  est  très-pénilile 
pour  les  enfants  indiens;  c'est  à  quoi  l'on 
ne  se  serait  pas  attendu.  Par  suite  de 
Texposition  au  soleil  et  au  vent ,  la  cou- 
leur de  leur  peau  se  rembrunit  beaucoup, 
mais  les  parties  du  corps  qui  sont  cons- 
tamment couvertes  conservent  leur  ton  na- 
turel. Les  enfants  sont  rouges  en  venant  au 
monde;  au  bout  de  peu  d'années  ils  de- 
viennent jaunes.  » 

Le  professeur  Keatinz  ajoute  encore  quel- 
ques observations  sur  la  perfection  des  or- 
.ganes  des  sens  et  en  général  des  facultés 

(i\)  L\nutour  lui-même,  dans  un  autre  endroit  de      cette  remarque,  et  restreint  ainsi  ce  qu'elle  a  de 
m  livre,  raciU.onne  des  cas  qui  fout  exception  à      trop  absolu 


1C5 


AIX 


DANTlHlOrOLOGI£. 


ALL 


1C6 


phy^iiitues  i;iioz  toutes  ces  nations.  Kalm  a 
iléfKMnl  lesHiironsct  quelques  autres  tribus 
r(e  ia  nation  iroquoiso.  D*après  ce  qu'il  en 
r.ip|K>rte,  il  paraîtrait  qu'il  n'existe  pas, 
»|ij«iut  à  rexléricur,  de  ditrérence  rcmar- 
({uaijje  entre  ce  peuple  et  la  race  algonquino. 
Ihiit  :  «  Les  Huronssontdes hommes  ^ran(Ks, 
n)hustcSt  Men  faits  et  à  peau  cuivrée;  ils 
ont  les  clieveux  courts  et  noirs  et  ilô  !es 
rasent  sur  le  dessus  de  la  tète,  do|'Ui.s  une 
oreille  jusqu'à  l'autre.  Les  Auie>,  aulre 
trilm  iro<|uoise,'et  qui  parlent  la  langue 
liaronc»  sont  également  de  grande  taille.  Les 
Barons  iNiraissent  avoir  en  général  la  figure 
|iIqs  allongée  et  les  Anies  l'/ivoir  plus  ronde. 
Les  yeux  des  Anies  ont  une  expression  de 
rruauté.  Les  U lirons  et  les  Anies  sont  plus 
grands  que  les  Mickmacks.  Ces  derniers  ne 
fkiricnt  \)às  la  même  langue.  »  Nous  avons 
déjà  parlé  de  ces  derniers  comme  d'une 
Iribu  d'AI)cnaquis,  et  par  conséquent  ap- 
IKirtenant  à  la  rîiee  algonquine.  Kalm  ajoute  : 
<  Jft  n'ai  pas  vu  d'Indiens  dont  les  cheveux 
soient  aussi  longs  et  aussi  droits  que  les 
lours.  Prescfue  tous  les  Indiens  ont  les 
rhevcux  noirs  cl  droits;  cependant  j'en  ai 
connu  qui  avaient  les  cheveux  assez  frisés. 
11  est  vrai  que  les  Indiens  du  Canada  se 
sont  un  peu  mélangés  avec  les  Français.  ^ 

Les  liohawks  sont  une  Iriliu  de  race  iro- 
quoise. 

4LIJgr.HANI£NS.  —  On  désigne  ainsi  les 
nations  indiennes  qui  vivent  au  sud  des  Le- 
napes  et  des  Iroquois  dans  l'Amérique- du 
Nord.  Il  y  avait  autrefois,  dans  la  partie  mé- 
ridionale du  territoire  des  Etats-Unis,  une 
multitude  de  nations  qui,  parlant  des  langues 
complètement  et  radicalement  différentes, 
constituaient  probablement  autant  de  races 
distinctes.  La  plujMrt  de  ces  nations  sont 
éteintes  aujourd'iiui  ;  celles  qui  restent  sont 
les  suivantes  :  les  Catawhas,  tribu  qui  n'est 
plus  que  l*ombre  de  ce  qu'elle  était  jadis, 
les  Clierokces,  les  Choktaws,  les  Chickasahs 
et  les  tribus  comprises  en  tout  ou  en  partie 
dans  ce  qu'on  nomme  la  confédération  Creek, 
savoir  :  les  Muskhogees,  de  la  race  des  Sé- 
minoles^  les  Uchees,  les  Natchez  et  quelques 
autres  moins  connues.  Comme  toutes  ces  na- 
lions  habitent  les  parties  méridionales  des 
monts  Alléghanys,  ou  le  voisinage  des  riviè- 
res qui  prennent  leur  source  dans  cette 
chaîne,  je  les  désignerai  sous  le  nom  collec- 
tif d'AIIeghaniens,  non  que  cette  dénomina- 
tion me  paraisse  complètement  bonne,  mais 
|»arce  que  je  n'en  trouve  pas  de  meilleure  : 

1"  L nistoire  des  Cherokees  a  été  admira- 
Idement  bien  tracée  par  M.  Callalin,  et  j  y 
renverrai  ceux  de  mes  lecteurs  qui  désire- 
raient de  plus  amples  renseignements  sur 
ces  indiens.  Leur  nom,  si  l'on  voulait  se 
conformer  à  la  prononciation  véritable,  de- 
vrait être  écrit  Cnilahees  ou  peut-être  mieux 
encore  Tsalakies.  Le  territoire  qu'ils  occu- 
pent est  situé  au  «ord  et  au  sud  du  prolon- 
l?<*mcnt  sud-ouest  des  montagnes  Appala- 
fJiiennes.  Du  temps  d'Adair,  qui  avait  habité 
|«rjiii  eux,  le  nombre  de  leurs  guerriers 
*--nl  oiimé  h  deux  mille  trois  cents.  Au- 


jourd'hui leur  population  totale  s'élève  à 
quinze  mille  âmes,  y  compris  douze  cents 
nègres  qu'ils  possèdent  comme  esclaves;  il 
paraît,  ainsi  que  l'observe  M.  Gallatin,  qu'ils 
se  sont  augmcnlè>  depuis  le  temps  d'A- 
dair. 

Il  ol  ]Tiyl»able  que  les  Cbt^rokees  ont  été 
dan>  ifrigine  une 'branche  de  la  race  des 
Irociuois  :  le  docteur  Barton  et  M.  Oallatin 
s'accordent  pour  reconnaître  une  alfinilé  es- 
sentielle, bien  qu'assez  éloignée,  entre  les 
langues  de  ces  deux  races.  Leur  idiome  est 
aujourd'hui  une  langue  écrite: un  Indien 
Clierokce,  Sequoyah,  que  les  Anglo-Améri- 
cains connaissent  sous  le  nom  de  Guess,  a 
inventé  un  système  de  raractères  syllabi- 
quos,  lequel,  suivant  M.  Callalin,  est  mieux 
adapté  aux  mots  qu'il  est  destiné  à  rendre, 
que  ne  le  seraient  nos  caractères  aiphabéli- 
aues.  Les  Cherokees  ont  maintenant  des  lois 
écrites,  et  paraissent  marcher  dans  la  voie 
de  la  civilisation  ;  on  est  donc  fondé  à  croire 
qu'ils  pourront  transmettre  leur  nom  aux 
siècles  futurs  et  qu'ils  prouveront  au  monde, 
contrairement  a  l'ofiinion  soutenue  par 
quelques  hommes  j>révenus,  que  les  races 
natives  de  l'Amérique  sont  canables  de  par- 
ticiper aux  bienfaits  dont  le  cnristianisme  a 
été  la  source  pour  les  populations  de  l'ancien 
continent.  Nous  apprenons  par  M.  Catlin, 
qui  a  visité  les  établissements  des  Cherokees 
et  des  Owahs,  ou  Muskhogees,  sur  la  rive 
Arkausas,  dans  la  Louisiane,  qu'ils  ont  de 
belles  fermes,  des  champs  immenses  de  blé, 
et  qu'ils  habitent  des  maisons  commodes  et 
bien  bâties.  U  ajoute  :  «  Les  Creeks,  de 
même  que  les  Cherokees  et  les  Choctaws, 
ont  des  écoles  et  des  églises  dirigées  par  des 
hommes  pieux  et  d'un  excellent  caractère, 
dont  l'exemple  leur  sera  d'une  grande  utilité 
et  amènera  chez  eux  d'importantes  et  dura- 
bles améliorations.  » 

2*  Les  Catawhas,  qui  appartiennent  à  la 
même  famille  que  les  Woccons,  les  Cberaivs 
et  les  Congarees,  sont  les  faibles  restes  d'une 
nation  jadis  considérable,  qui  occupait  le 
pays  arrosé  par  le  Cheraw  et  d'autres  dis- 
tricts à  l'est  du  territoire  Cherokee.  Leur 
langue  a  quelque  rapport  avec  celle  des 
Muskhogees. 

3"  Les  Muskhogees  forment  les  sept  huitiè- 
mes de  la  confédération  Creek.  Les  Semino- 
les,  ou  plus  proprement  dits,  les  Istaj-Semole, 
ce  qui  signifie  hommes  sauvages;  ne  sont  pas 
compris  dans  la  confédération  ;  mais  ils  par- 
lent la  même  langue.  Plusieurs  autres  pe- 
tites tribus  font  jjartie  de  cette  ligue,  tels 
sont  les  débris  de  la  célèbre  nation  des  Nat- 
chez, qui  était  venue  du  Mississipi,  et  les 
Uchees,  anciens'jîabitants  des  ])ays  traversés 
par  la  rivière  Coosa. 

^"Les  Chickasahs  et  les  Chactaws,  ou  plutôt 
Chaklas,  ce  qui  veut  dire  têtes  plates^  sor.t 
deux  nations  différentes  Tune  de  l'autre, 
mais  appartenant  è  une  même  race;  elles 
habitaient  autrefois  la  plus  grande  partie  des 
|:ays  situés  le  long  du  Mississipi,  presque 
jus(|u*à  la  hauteur  de  i'embouchure  de 
rohio.  M.  Gallatin  pense  que  la  langue  do 


1^7  ALL  bieTIONNAlUE  AtL  m 

ofette  race  a  unci  relation  éloigné©  de  parenté  ble,  avec  l'apparence  de  la^vteueur,  sans 

SîïccTedSsMuskhogees.^  "^  œpeiidantavmVdés  formas  atU^^ 

Toutes  ces  nations  ^néridionale*  fdrméfrt  membre*  sont  bien  proportionnés,  leurs 

dans  îéur  ensemble,  suivant  l'estimation  du  traits  sent  réguliers  et  leur  physionomie  est 

département  de  la  guerre ,  une  popèlatioft  osyerte,  pleine  dexlignité  et  d  une  douceur 

ie  soixanle  à  soixante-dix  mille  âmes,  qui  qui  n'ex<^m  pas  1  idée  de  courage  ;  au  cou- 

^e  répartit  dd  la  manière  suivante  :  traire,  i\y  a  dans  la  çspnfiguration  de  leur 

ip/cherokees      ....:..........:.  ^5,000  ffont  et cfe  leur  sourcilquelque  chose  qui 

LeI  Staws  7////.     18,500  j  «i  ooo  ^'^P^^'  ^^  premier  abord,  comme  indiquant 

LeI  SS  i:il'" 5,8eof^'^  la  bwivœïre  et  même  l'héroïsme;  leurs  ^eux, 

LesMiiskhogécs,  Séminoles  eiliil-  bien  qu'un  peu  petits,  sont  irifs  et  pleins  de 

^Ijiiecs v 26^000  feu,  et  Firis  en  est  toujours  noir.  Leur  nez 

Les  Ûchees,  Atibamons,  Coosadas  .  incline  vers  le  caractère  aquilin  ;  dans  tout 

et  Natchez - ^^^^  leur  etlérieup  règne  un  air  de  magnanimité, 

67  000  ^^  supériorité  et  d'indépendance.  Leur  teint 
'  estd*un  brun  rougefttre  ou  cuivré,  leurs 
YesCiaes  d"me  ancienne  civilisatian  parmi  cheveux  «ont  longs,  droits,  assez  gros,  d'un 
les  races  aliéghanienneê.  —  A  l'époque  de  la  noir  de  corbeau,  et,  offrant  môme,  sous  cer- 
'  conauèle  on  observait  encore  chez  uH  assez  tames  incidences  de  la  lumière,  les  reflets  du 
crand  nombre  de  nations  américaine*  cer-  plumage  d©  cet  oiseau.  Les  femmes  des  Che- 
mins usa'^es  qui  n'étaient  pas  ew  harmonie  rokees  sont  grandes,  sveltes,  élancées  et  déli- 
avec  lô  ïeste  de  leurs  habitudes,  et  q«i*  sem-  cakes  de  formes  ;  leurs  traits  offrent  unepar- 
blaient  se  rattacher  à  un  étal  ariféfieui^  iort  faite  symétrie,  leur  physionomie  est  gaie  et 
suDérieur  à  l'état  présent,  non-seulement  bieoveillantcetilyadanstousleurs  raouve- 
sous  le  raDDort  du  développement  inteHec-  ments  une  dignité  et  une  grâce  ravissantes, 
tuel  ^aais  encore  souscelui  des  iitetitulions        «  Lôsi  femmes  muscogulges,  uuoique  re- 
politiaues  Plusieurs  de  cesl  cotttiimes  re-  marquaWement  petites*   sont  bien  faites; 
marauablês  se  conservent  encore  parmi  les  elles  ont  le  visage  rond,  lea  traits  beaux  et 
ra  es  allé-^haTiiennes,  et  c'est  en  effet  chez  réguliers,  les  sourcite  hauts  et  bien  arqués; 
elles  ou' A^iairërutrecormaltre  les  inslitu-  leurs  yeux  grands,  noirs  et  languissants  ex- 
tions  du  iudaïsme.  Les  Cherokees  avaient  priment  la  modestie,  la  réserve  et  la  Umi- 
une  cité  de  refuse  ou  de' paix  (Echoteh),. où  .  dite;  c'est  peut-être  la  race  de  femmes  la 
même  les  raèurtriétà  trtmvaient,  pour  un  plus  petite  qui  soit  encore  connue;   très- 
'  temns  un  asile.  On  y  entretenait  un  feu  rarement  elles  dépassent  cinq  pieds  (mes. 
DerDétuel  et  c'était  la  résidence  des  ftom-  angl.),  et  jecrois.quelapJupart  natteiment 
mes    bieti-aimés     en  la  présence  desquels  jamais  cette   taille  ;  leurs  main«  et   leurs 
aucun  acte  de  violence  n^  pouvait  être -com-  pieds  ne  sont  pas  plus  grands  que  ceux  des 
mis  hommes  qu'il  ne  faut  point  confondre  enfants  d  Europe  à  1  Age  de  neuf  à  dix  ans; 
avec  les  chefs  de  guerre  d«s  tribus.  Charle-  cependant  les  noiï»ne3^  sont  beaucoup  plus 
voit  et  du  Pratz  virent  le  temple  et  le  feu  grands  que  les  Européens  et  d'une  taille 
sdcré'etperpé(îièlde»Naichez  ;  ces  peuples  presque  çigantesque,-  ayant  communémei.t 
adoraient  le  soleil  et  le  feu.  de  cinq  pieds  huit  ou  dix  pouces  à  six  pieds 
ShIou  le  P  Cbarlevoix  (h3)  la  plupart  des  de  haut,  souvent  plus  et  très-rarement  moins, 
nations  indiennes  se  divisent  en  trois  tribus  Leur  couleur,  est  beaucoup  plus  foncée  que 
ou  clans,  chacun  portant  lé  nom  d'un  ani-  celle  d  aucune  des  tribus  du  Nord  que  jai 
mal  •  ainsi  il  y  avait  chez  lés  Hurons  tes  clans  eu  occasion  d  observer.  La  descripUon  que 
du  loup,  de  la  tortue  et  de  l'ours.  On  ne  pei^  je  viens  de  donner  des  Muscogulges  peut 
mettait  pas  un  à  homme  de  se  marier  dans  convenir  également,  je  crois,  à  leiii«  con- 
son  chin  c'est-à-dire  d'épouser  mie  femme  fédérés,  les  Choctaws  et  les  ChicQsaws,  en 
dont  le  à  totem  »  ou  nom  de  claUf  fût  le  exceptant  cependant  quelques  bandes  lio 
même  que  le  sien.  Selon  Loskiel  la  division  Séminoles,  d  Ucheesetde  Sanavawsqui  sont 
des  clans  fut  établie  originairement  dans: l'in-  un  peu  plus  grands,  plus  minces  et  d'une 
lention  de  prévenir  la  possibilité  diBsmaniages  couleur  claire.  ;     ^     .  ^ 
entre  parents.  Ces  institutions  n'étaient  point        •  Les  Cherokees  sont  encore  plus  hauts  de 
particulières  aux  nations  méridionale^;  elles  taille  et  plus  robustes  que  les  Muscogulges; 
se  trouvaient  aussi  chez  les  Lenaî>es  et  chez  leur  race  est  à  beaucoup  près  la  plus  grande 
le«  Sioux  eraiide  famille  de  nations  établies  et  la  plus  forte  de  toutes  celles  que  ie  con- 
à  l'ouest  du  Mississipi.  nais.  Leur  teint  est  plus  clair,  et  chez  les 
Caractères  physiques'.  —  Nous  empruntons  adultes  surtout,  il  est  ce  qu'on  peut  appeler 
à  la  relation  des  voyages  de  Bartram  dans  olivâtre;  chez  quelques  jeunes  femmes,  on 
l'Amérique  la  description  suivante  des  Che-  trouve  un  teint  presque  aussi  blanc  et  aus^si 
rofcees  et  des  Muskhogecs,  ou  comme  l'auteur  frais  que  celui  des  femmes  européennes.  • 
tes  nomme,  des  MusèogUlges.              ^  ■           M.  tatlin  a  donné  des  détails  très-intéces- 
<f  Chez  les  Cherokees,  iW  Muscogulges,  sants  sur  1  établissement  que  les  Cherokees 
les  Semînôles,  les  Chikasahs,  lesChoktaws,  et  les  Muskhogees  ont  aujourd'hui,  dans  la 
et  les  nations  confédérées  des  Crecks,  les  Louisiane,  pays  où  ils  ont  été  transportés  par 
hommes  sont  de  haute  taille,  d'un  port  no-  suite  d'un  traité  avec  le  gouvernement  des 

(45)  ïhiîoire  et  descfipiion  gérJralc  de  h  Nwveth-Frawe,  etc.;  Paris,  1741,  5  voL  in-i*. 


iG9 


ALP 


D'ANTimOMLOGIE. 


ALP 


171 


Etats-Fnis.  «  Les  Hiiskhogees,  nous  dit-il» 
(tcmpâieni  naguère  qb  pajs  compris  en  par* 
(ie  dans  TEtai  du  Mississipi,  en  partie  dans 
cr'lui  d*Alabama;  mais  pour  les  mêmes  mo- 
tifs qui  ont  amené  le  déplacement  des  Cbe- 
rokees  et  an  moyen  d'un  semblable  arran- 
f'ernent   arec   le   gouTememenl  ,    ils   ont 
(Vidangé  les  possessions  qu'ils  avaient  dans 
CCS  deux  Etats»  pour  des  terres  voisines  de 
tf^lles  de  Cberokees,  sur  la  riVe  sud  de  TAr- 
kâDsas  ;  ils  y  sont  déjà  établis  ;  et,  de  même 
qne  les  Cberokees,  ils  y  organisent  de  belles 
fermes»  eonstruiseot  pour  leurs  demeures 
iie  bonnes  maisons,  d*où  plusieurs  déjà  peu- 
rf'ïïi  voir  ^'étendre  autour  dVui  d'immenses 
rijdmps  de  blé  et  de  maïs.  Il  n*y  a  guère 
f.ans  le  monde  de  plus  beau  pays  que  celui 
qui  est  possédé  aujourd'hui  par  les  Creeks, 
ei  certainement  il  u'y  a  point  dans  l'Améri- 
que du  nord  de  peuple  indien  plus  avancé 
qu'eux  dans  l^arts  et  dans  l'agriculture.  II 
n'est  pas  rare  de  voir  un  Creek  avec  vingt 
ou  trente  esclares  employés  sur  sa  planta- 
tion. » 

PeupMhê  témppi^n  mire  ie  Jkute  Mobile 
H  le  Miestssipi ,  d  enire  ce  aemier  fleure 
et  la  riciêre  Houge.  —  Beaucoup  de  petites 
tri  Uns  biibitaieni  autrefois  le  pays  qui  s'é- 
tend entre  la  rivière  Mobile  et  le*Mississipi. 
Les  Cfaîtimacbes  formaient  une  tribu  dis- 
tincte, qui,  d'après  ses  propres  traditions» 
éMi!  venue  de  l'Ouest  ;  celle  tribu  est  ré- 
duite maintenant  à  trois  cents  âmes,  et  est 
incorporée  avec  les  Creeks»  mais  elle  a  con- 
servé sa  langue. 

L'histoire,  la  plus  complète  des  petites 
f  ri  Nus  qui  existent  encore  à  l'ouest  du  Mis- 
si^sipi,  et  depuis  là  jusqu'à  la  rivière  Rouxe» 
tbU  comme  nous  l'apprend  M.  Gallatin,  celle 
qu'a  écrite  le  docteur  Sibley  deNatcbitoches. 
Les  Indiens  peuvent  être  repartis  en  deux 
gf^iupes,  Tun  comprenant  les  tribus  qui  ont 
tr.iversé  le  Mississipi  à  une  époque  connue» 
l'auire  les  tribus  qui  sont  considérées  comme 
diKirigènes.  Le  premier  groupe  se  com|>osc 
o^'S  Appalaehes,  des  Alibamas  et  de  plu- 
sieurs autres;  le  second,  des  Caddoes  et 
iJ  au  très  tribus  moins  célèbres.  Les  Caddoes 
viraient  autrefois  à  trois  cents  milles  au- 
clessius  de  l'embouchure  de  la  rivière  Rouge» 
oans  une  région  de  prairies,  non  loin  d'une 
itfontagne  sur  laquelle,  après  que  le  genre 
iiuraaiii  eut  été  détruit  par  un  déluge»  le 
•  tjraod  Esprit  »  plaça  une  seule  famille  de 
t^d'ioes,  de  laçiuelle  sont,  par  la  suite,  sor- 
ti>  Cous  les  Indiens. 
ALLOPHYLIENS  (Peuples).  Toy.   Ec«<>- 

ALPHABETS.  —  L'instrument  au  moyen 
drjquel  on  a  fiié  les  langues  est  un  appen- 
^  Joe  important  de  l'histoire  des  langues  elles- 
luf-mes.  Représenter  la  pensée  à  rœil,  ren- 
ore  la  parole  permanente  et  monumentale 
'.^i  un  résultat  si  beau»  suppose  un  effort  si 
sublime  do  génie  humain  que  l'on  se  sent 
I»orlé  h  Tadoietlre  non  plus  comme  un  art, 
il:  a  15  coauBe  une  iacullé  contemporaine  et 


coadjutriee  de  la  parole,  et  par  conséquent, 
comme  participant  à  cette  révélation. 

Si  rhomme  est  Tinventeur  de  l'alphabet, 
c'est  son  plus  bel  ouvrage»  et»  en  tout  cas, 
un  de  ses  plus  précoces.  La  pricnité  des  al« 
phabets  est  mystérieuse  comme  la  priorité 
lies  langues  ;  mais  en  revanche  la  tradition 
y  est  beaucoup  plus  aisée  à  apercevoir  et  à 
suivre.  Nous  en  avons  esquissé  ailleurs  la  sé- 
rie relative  aux  langues  sémitiques  (^43).  L'al- 
phabet grec  est  une  importation  phénicienne 
qui  reçut  quelques  additions»  comme  plus 
tard  ce  même  alphal>et  grec  fut  augmenté 
de  onze  caractères  par  les  Slaves.  Pour  re- 
connaître les  lettres  phéniciennes  dans  les 
grecques,  il  faut  se  souvenir  qu'elles  furent 
renversées  dès  que  l'écriture  cessa  de  pro- 
céder de  droite  a  gauche.  La  même  opéra- 
tion peut  rendre  compte  d*une  métatlièse, 
ou  inversion  de  lettres  assez  fréquente.  Les 
langues  sémitiques  et  japhétiques  ont  en 
commun  plusieurs  racines  absolument  pa- 
reilles» mais  où  les  lettres  procèdent  en  sens 
précisément  inverse.  Ira,  terre,  latin,  est  le 
renversement  de  ariy  tudesque  et  arabe; 
grdj  graduêj  est  le  renversement  de  drg. 
Athin,  nom  de  Minerve  et  d'Athènes»  vient 
de  nUhOj  la  Minerve  delà  Basse-Egypte;  le 
sémitique  lif  a  fourni  le  latin  fil  (filum). 

Cette  innovation  doit  être  rapportée  à  des 
infiltrations  de  la  civilisation  japhétique  ar- 
rivées par  la  Thrace»  et  ayant  fait  connaître, 
avec  le  mode  nouveau  d'écriture,  les  lettres 
généralement  attribuées  à  Palamède  et  Si- 
monide.  L'alphabet  iranien  était  d'un  luxe 
prêt  pour  tous  les  besoins»  et  il  avait»  depuis 
bien  des  siècles»  prêté  son  secours  à  l'indus- 
trie sémitique.  LesChaldéens  et  Assyriens  du 
Caucase  méridional  avaient  écrit  leurs  lan- 
gues dans  un  caractère  indou.  C'est  peut-^tre 
du  synchrétisme  des  langues  et  des  alpha- 
bets que  naquit  le  caractère  cunéiforme.  Les 
alphabets  phonétiques  de  l'Asiecentrale  sont 
tous  subintrants  et  générateurs  les  uns  des 
autres»  comme  les  sémitiques  et  européens. 
Le  sanscrit»  dans  sa  forme  simple,  fait  !a 
base  de  tous  les  alphabets  indiens,  tbibé- 
tains,  mandchous,  tartares  (U). 

Le  Pâli  et  Birman  ont  arrondi  les  traits 
que  l'alphabet  de  Java  a  repris  et  carrés. 
Beaucoup  d'indianestes  ont  reconnu  la  phy- 
sionomie indienne  dans  les  anciens  carac- 
tères éthiopiens  et  dans  les  lettres  décou- 
vertes par  Burckhardt  sur  les  rochers  du 
mont  Sinaï,  lettres  que  de  récents  voyageurs 
ont  retrouvées  scuV|)lécs  sur  des  montagnes 
de  la  Sibérie  méridionale.  Les  dessins  rap- 

Sellent  les  runes  Scandinaves  qui  sont  aussi 
'origine  asiatique»  au  moins  dans  leur  forme 
ancienne.  Les  lettres  tudesques  modernes 
ne  sont quç lalphabel  romain  avec  les  con- 
tours fleuris  et  tourmentés  qui  avaient  pré- 
valu partout  dans  le  moyen  âge. 

Les  alphabets  idéographiques  passent  pour 
plus  anciens  que  les  phonétiques,  et  avec 
toute  vraisemblance,  si  la  nroposition  est 
relative  et  non  absolue,  si  elle  s'applique  à 


(15)  F09.  Fart,  dmopc  MODcsn. 

IHcnoMi.  B'AirmaoroijMiB. 


(il)  Paléogr.  unir.,  par  Su.7£STB£. 


I7t 


ALP 


DICTIONNAIRB 


AME 


471 


une  nation  et  non  pas  à  l'univers.  Les  Mexi- 
cains écrivaientavec  un  syslème  hiéroglyphi- 
3ue  et  n'avaient  pas  encore  de  représentation 
es  sons.  Les  Mexicains  étaient  îles  l)art)are$ 
en  progrès  vers  la  civilisation;  mais  il  est 
certain  que  les  Aztèques  et  Toltèques  furent 
des  civilisés  déchus. 

Les  Chinois  sont  des  peuples  très-raflSnés 
et  qui  se  sont  contentés  d*un  alphabet  mixte 
où  ridéographie  domine»  mais  on  n*a  pas 
prouvé  qu'un  alphabet  phonétique  pareil  au 
mantchou  ou  au  thibetain  n'appartînt  ja- 
mais aux  Chinois  sortis  du  Thioet.  Les  ca- 
ractères mystérieux  nommés  kotm  et  sus- 
ceptibles de  soixante-quatre  combinaisons, 
chiffre  fort  rapproché  de  celui  des  lettres  du 
grand  ali)habet  sanscrit,  sont  une  des  nom- 
breuses inventions  rapportées  au  très-an- 
cien règne  d'Hoang-ti.  Aujourd'hui  la  lan- 
fue  chinoise  détaille  la  pensée  avec  la  ru- 
esse  des  sourds-muets,  et  l'écriture  se 
préoccupe  d'idées  et  d'objets,  et  nonpas  de 
sons;  fort  bien.  Mais  beaucoup  de  muets 
qui  préfèrent  la  pantomime  ont  commencé 
par  parler  un  peu  parce  qu'ils  entendaient, 
t)u  finissent  par  entendre  et  continuent  par 
paresse  ou  routine  à  préférer  le  langage  des 
signes. 

Les  Arabes  hymiarites  curent,  au  temps 
du  roi  Saba,  une  écriture  idéographique; 
mais  d'autres  hymiarites,  encore  plus  anciens 
dans  l'Arabie  méridionale,  les  Phéniciens, 
avaient  déjà  un  alphabet  phonétique.  L'Inde 
eut  des  hiéroglyphes  en  même  temps  que 
d'autres  alphabets. 

L'Egvpte,  éternel  argument  en  fait  d'anti- 
quité de  toute  espèce,  a  longtemps,  a  tou- 
ûiurs  employé  un  alphabet  en  apparence 
riiérogl  vpnique,  mais  où  pourtant  1  on  a  re* 
trouve  le  système  phonant.  Lucain,  qui  ne 
savait  pas  ceci,  attribue  l'alphabet  des  sons 
aux  Phéniciens  pendant  que  le  Nil  n'avait 
encore  qu'hiéroglyphes.  Platon  n'élahlil  pas 
la  distinction  des  deux  systèmes,  et  fait  in- 
venter îes  lettres  par  theut  ou  l'Hermès 
Egyptien.  Tacite  répète  Platon,  et  Pline  con- 
tinue Lucain,  en  reculant  des  Phéniciens  aux 
Assyriens  l'invention  première. 

Le  trait  abrégé  de  l'hiéroglyphe  paraît  in- 
dubitable dans  l'écriture  hiératique  égyp- 
tienne. Une  approximation  de  ce  système  a 
été  cherchée  dans  le  chinois  ancien  en  y 
rapportant  l'alphabet  romain.  La  distance 
de  ces  deux  extrêmes  trahit  un  rapproche- 
ment un  peu  forcé  et  d'ailleurs  fait  à  une 
éj)oque  ou  l'en  croyait  l'écriture  égyptienne 
purement  idéographique. 

L'argument  Te  i>lus  fort  et  le  plus  ancien 
en  faveur  de  la  parenté  des  deux  systèmes 
d'alphabet  est  le  nom  traditionnel  des  lettres 
hébraïques  a/epA,  beth^  gimely  horam'e,  mai- 
son, chameau,  etc.  ;  toutefois,  i)  peut,  lui 
aussi,  n'être  qu'un  arrangement  pole(>tiquc 
ai  coipnarable  aux  dessins  de  l'arménien 
-ou  de  l'estranghelo  ornés,  ou  aux  images 
avec   lesquelles  de  nos  jours    môme    on 


cherche  à  appeler  ratteation  des  enlbnls  sur 
notre  alphabet. 

Somme  toute,  la  filiation  des  alphabets 
phonétiques  s'induitde leurs  ressemblances, 
là  oii  l'histoire  laisse  obscures  leurs  origi* 
nés  ou  leurs  communications.  Le  système 
qu'ils  impliquent  est  de  ces  choses  à  la  fois 
grandes  et  simples  que  l'humanité  n'invente 
pas  deux  fois,  en  supposant  même  qu'elle 
Tait  inventé  une  (^S). 

La  peinture  des  objets  naturels,  au  con* 
traire,  procédé  ingénieux  et  grossier,  peut 
avoir  séduit  maintes  fois  des  hommes  dé- 
chus qui  avaient  oublié,  ou  leurs  descen- 
dants naïfs  qui  n'avaient  pas  appris  encore. 
La  trace  d'un  pied  ou  d'une  main  sur  le 
sable,  l'ombre  d'une  plante  ou  d'un  animai 
sur  un  rocher,  sur  la  terre  ou  sur  le  mur 
d'une  cabane  peuvent  avoir  bien  des  fois 
commencé  ou  recommencé  les  arts  du  des- 
sin ou  de  récriture,  comme  on  le  prête  à 
Dibutade.  Cette  fille  de  Sycione,  en  traçant 
f'ombre  de  son  amant,  éoaucha  un  art  qui 
ailleurs  était  dès  longtemps  pratiqué  et 
parfait. 

AME,  SA  ffPiBrruALrré  démontrée.  Voy. 
Physiologie  intellectuelle  et  Encéphale. 

AMU:  DES  BÊTES.  —  Celte  question  grave 
et  curieuse  de  l'Ame  des  bêtes,  impliquée 
dans  la  question  de  l'échelle  des  êtres,  a 
besoin  d'un  examen  spétsial. 

Accorder  une  âme  aux  bêtes  comme  aux 
hommes,  c'est  affirmer  l'identité  de  cette 
force  motrice  dans  les  deux  cas  :  c'est  faire 
l'Ame  des  bêtes  immortelle,  ou  l'Ame  hu- 
maine matérielle  et  mortelle  comme  celle 
des  animaux. 

Les  Indous  ont  accepté  la  première  con- 
clusion :  ils  s'abstiennent  des  viandes,  et  se 
font  scrupule  d'écraser  un  insecte. 

Cette  logique  serrée  fut  aussi  celle  des 
rêveurs  py thagoriens.  En  l'éludant  on  tombe 
dans  la  contradiction  comme  Mahomet,  com- 
mandant les  sacrifices  d'animaux  en  même 
temps  que  la  croyance  à  leur  Ame.  Mais  le 
cauteleux  Arabe  voulait  à  tout  prix  établir  le 
dogme  de  la  responsabilité  humaine  contre 
les  arguments  matérialistes  qui  assimilaient 
l'organisation  de  l'homme  à  celle  des  bétes. 
A  ce  sophisme  il  opposait,  de  par  la  théolo- 
gie, une  fin  de  non-recevoir,  en  attendant 
que  la  science  eût  trouvé  la  réponse  péremp- 
toire.  L'expédient  peut  être  pardonné  en 
faveur  de  1  utilité  et  de  la  grandeur  du  but 
Les  Turcs  n'ont  pris  au  sérieux  que  la  moi- 
tié de  l'affirmation  de  Mahomet;  car  s'ils 
ménagent  les  chiens,  les  chats,  les  pigeons; 
ils  se  nourrissent  de  moutons,  de  bœufs  et 
de  poules.  Les  philanthropes  anglais,  dont 
M.  Prichard  s'est  fait  l'écho,  ont  déjà  pro- 
tégé par  des  lois  la  sensibilité  et  même  la 
dignité  des  animaux  domestiques  :  les  voilà 
obligés  de  considérer  bientôt  comme  un  sa- 
crilège et  un  cannibalisme  regorgement  de 
ces  animaux  pour  en  manger  la  chair. 

La  contradiction  disparaît,  il  est  vrai,  si 


(A5)  Sclidgcl,  Coitrl  de  Gcliclin,  PArnvcv,  llcnlcr,      tons  les  alphabets,  et  les  dérivent  tous  d*on  alphabet 
W.  lluiubuliU,  Wiseniaii  admcUciit  la  soiidariic  de      primitif  oonleinporaio  de  la  création  de  la  uarole. 


113 


AME 


D*ANTHROPOU'iGIE. 


AME 


174 


Ton  ne  concède  à  Tbomnie  qu*ane  âme  ma- 
térielle arec  les  conséquences  morales  du 
matérialisme,  les  droits  de  la  force. 

Telle  est,  en  effet,  l'opinion  impliquée 
aiycHirdliui  dans  la  irojance  à  Tâme  des 
bêtes.  On  répète,  avec  le  xtiiT  siècle,  que 
I*homme  et  les  animaux  exen^^ut  des  fonc- 
tioûs  semblables,  sont  doués  de  facultés 
identiques;  les  différences  ne  sont  que  du 
plus  au  moins. 

Gall,  qui  après  Cabanis  et  arant  Broussais 
a  basé  sa  doctrine  crânioscopique  sur  le  ma- 
térialisme de  l'âme,  et  son  identité  chez 
rbomme  et  les  animaux,  Gall  cherche  natu* 
rellement,  dans  la  forme  et  les  protubérances 
du  cerveau,  les  signes  et  instruments  de 
fonctions  identiques.  Il  trouve  le  génie  ar- 
chitectural chez  le  castor,  qui  est  un  gros 
rat^vec  un  cenreau,  mais  il  ne  pense  pas  à 
chercher  la  bosse  de  Tarchitecture  chez 
labeille,  qui  est  un  insecte  avec  un  cerveau 
très-problématique,  ni  la  bosse  des  provi- 
sions et  de  Ta  varice  chez  la  fourmi,  usecte 
encore  plus  imparfait  que  Tabeille. 

Quand  on  admire  chez  les  animaux  la  rai- 
son et  le  génie  de  la  cause  animatrice,  la 
conclusion  est  vicieuse,  car  on  oublie  le 
pouvoir  de  Tinstinct,  mobile  très-différent 
de  la  raison  humaine,  ou  plutôt  mobile  tout 
à  fait  hors  de  proportion  avec  l'organe  ap- 
pelé cerveau.  L'instinct  est  en  proportion 
inverse  du  développement  organique  dans 
récbelle  des  êtres.  Nous  venons  de  voir  de 
pauvres  insectes  infiniment  supérieurs  aux 
animaux  les  plus  élevés.  Les  associations 
des  fourmis  et  des  abeilles  réalisent  l'har- 
monie phalanstérienne,  peu  réalisable  parmi 
les  hommes. 

'L*abeiUe  est  dtovenne  d*une  ruche,  admi- 
rable république  où  la  constitution  politique 
est  fort  compliquée,  où  les  trois  grands 
onJres  du  gouvernement  sont  combinés,  où 
les  pouvoirs  sont  balancés,  où  chaque  mem- 
bre a  sa  place,  son  rang,  ses  droits,  ses  de- 
voirs, et  remplit  ses  fonctions  sans  négli- 
gence ,  sans  usur^tion ,  sans  ambition  ;  et 
Gortant  la  conduite  des  al>eilles  n'est  pro- 
blement  pas  le  résultat  d'une  profonde  in- 
telligence au  droit  public. 

Le  castor,  enfermé  dans  une  cage  avec  des 
morceaux  de  bois  et  du  mortier*  fabrique 
des  constructions  évidemment  inutiles,  puis- 
im*il  n'est  pas  dans  une  rivière  et  possède 
déjà  un  logement.  Son  travail  est  donc  ins- 
tinctif et  aveugle  :  l'homme  proportionne 
toojonrs  son  travail  à  ses  besoins;  le  rai- 
sonnement qui  le  guide  est  libre,  et  non 
latal  et  irrésistible. 

On  répète  que  les  peuples  sauvages,  Hot- 
tentots.  Papous,  sont  inférieurs  en  tnduslrie 
h  certains  animaux  :  aux  castors,  aux  singes, 
aux  éléphants;  on  pourrait  même  aiouter 
aux  fourmis  et  aux  abeilles,  au  ver  a  soie 
loi-même!  Mais  que  signifie  ce  mottndta/rtc 
appliqué  au  travail  produit  et  non  à  l'inten- 
tion directrice?  On  oublie  que  l'intelligence 
humaine  a  des  aptitudes  qui  peuvent  de- 
nicurer  dans  l'enfance  si  les  circonstances 
ue  les  font  pas  valoir,  mais  qui  progressent 


ind^niment  quand  les  circonstances  don- 
nent l'impulsion  éducante.  Plus  un  être 
rivant  montrera  de  supériorité  sans  éduca- 
tion, plus  il  sera  permis  d'assurer  que  cet 
avantage  est  inné,  innineiifei  non  intellec- 
tuel. 

Les  animaux  domestiques  sont  nos  cama- 
rades ,  et  pourtant  ils  n'ont  pu  s'accointer 
avec  nous  par  quelque  chose  dfe  plus  intime, 
de  plus  précis  que  les  habitudes  purement 
vitaUê.  La  pensée  ne  se  greffe  pas  sur  la 
simple  force  vitale,  mais  seulement  sur  l'âme 
intelligente.  Vous  oseriez  associer  aux  spé- 
culations transcendantes  de  l'esprit  humain 
un  Huron,  un  Hottentot,  un  Papou,  conve- 
nablement éduqués,  vous  n'oseriez  pas  en- 
treprendre la  même  tâche  sur  le  singe  le 
plus  adroit,  sur  l'éléphant  le  plus  charmant. 
Vos  puissances  vitales  respectives  pourraient 
se  convenir,  mais  votre  sens  intime  se  senti- 
rait seul  et  n'obtiendrait  ni  écho  ni  sym- 
pathie. 

Voici  les  exemples  classiques  de  l'âme  des 
bêtes  quand  on  ose  rétablir  similaire  à  la 
nAtre.  Notions  du  beau ,  notions  du  vrai , 
notions  du  juste  :  tel  est  l'inventaire  de  Tâme 
humaine ,  voici  les  contre-épreuves  chez  les 
animaux. 

L'éléphant  se  place,  contemplatif  et  pres- 
que adorant,  en  face  du  soleil  qui  se  lève 
oans  les  beaux  paysages  des  pays  tropiques. 
L'éléphant  est  donc  artiste,  il  goûte,  admire, 
vénère  un  spectacle  sublime  ? 

Le  chien  arrive  périodiquement  aux  heu- 
res de  vos  repas  pour  recevoir  la  part  que 
lui  offre  votre  amitié,  votre  habitude.  I^ 
chien  compte  <lonc  juste  les  heures,  suppute 
le  temps  avec  précision  ? 

Le  même  chien ,  humble  et  soumis  quand 
son  maître  le  corrige  i^our  une  faute ,  se 
montre  colère  et  hostile  contre  un  larron  , 
contre  un  ennemi,  contre  un  indifférent  qui 
le  frappe  sans  motif.  Le  chien  connaît  donc 
le  juste  aussi  bien  que  le  vrai  ? 

Plus  on  parlera  de  l'assiduité  aux  époques 
accoutumées ,  plus  on  vantera  chez  les  ani- 
maux la  constance ,  l'infaillibilité ,  plus  on 
gâtera  la  cause.  C'est  précisément  par  cette 
impeccabilité  qu'ils  s'éloignent  de  la  nature 
intellectuelle ,  qu'ils  se  rapprochent  de  la 
nature  physique  et  mécanique.  Le  sens  in- 
time de  l'homme  n'est  pas  capal>1e  de  calcu- 
ler la  marche  des  heures  comme  une  horloge. 
La  force  vitale  montre  souvent  cette  qualité 
périodique  dans  les  fièvres,  dans  le  sommeil 
magnétique,  dans  la  folie.  Le  semblant  d'édu- 
cation dont  les  bêtes  sont  susceptibles  serai  t  un 
argument,  bon  tout  au  plus  contre  l'organisa- 
tion mécanique  imputée  â  ces  animaux  par  les 
cartésiens.  L'éducation  s'applique  à  ta  force 
vitale  comme  au  sens  intime.  Mais  il  n'y  a  res- 
semblance ni  dans  les  procédés ,  ni  dans  les 
résultats.  L'imitation  produira  chez  l'anima^ 
une  simple  reproduction  :  chez  le  singe,  des 
gestes,  chez  l'oiseau  des  sons.  Chez  l'homme, 
rimitation  amène  l'établissement  des  princi- 
})es  abstraits  au  bout  desquels  se  trouve  l'art 
du  comédien  ou  du  musicien.  Hais  hors  du 
Timitationi  quelle  ressemblance  y  a-t-il  entre 


171  ALP  ru 

Qno  nation  et  non  pas  à  l'univers.  Los  V 
cains  écrivaienlavec  un  système  hiéroii;!  v 

3U0  et  n'avaient  pas  encore  de  reprc^sc m 
es  sons.  Les  Mexicains  étaient  des  l)ni  i 
len  progrès  vers  la  civilisation;  mais 
certain  que  les  Aztèques  etTollèquos  i 
des  civilisés  déchus. 

Les  Chinois  sont  des  peuples  trrs-r.' 
et  qui  se  sont  contentés  d'un  alpliahc? 
où  l'idéographie  domine,  mais  on   i 
prouvé  qu'un  alphabet  phonétique  p. 
mantchou  ou  au  thibetain  n'a|)p.uî 
mais  aux  Chinois  sortis  du  ïhilKl.  " 
ractèpos  mystérieux  nommés  koun 
ceptihies  de  soixante-quatre  conil»  . 
chiffre  fort  rapproché  de  celui  des  h 
grand  alphabet  sanscrit,  sont  une  «. 
breuses  inventions   rapportées  ri'. 
cien  règne  d'Hoang-ti.  Aujounl'hi! 

Sue  chinoise  délaiUe  la  pensée  a^ 
esse  des   sourds-muets,  et    l'r 
préoccupe  d'idées  et  d'objets,  et  n 
sons;  fort  bien.  Mais  beaucoiu» 
qui  préfèrent  la  pantomime  ont 
par  parler  un  peu  parce  qu'iN  »^ 
ou  finissent  par  entendre  et  i  •  • 
paresse  ou  routine  à  préférer  le 
signes. 

Les  Arabes  hyraiarites  oui»' 
du  roi  Saba,   une  écriture   i. 
waisd'aulreshymiarites,  en»  ". 
dans  l'Arabie  méridionale,  l  • 
avaient  déjà  un  alphabet  plio  . 
eut  des  hiéroçlyplies  en  n- 
d'autres  alphabets. 

L^Egvple,  éternel  ar^imi» 
(|uilé  de  toute  espèce,  a  l 
iours  employé  un  ali)ii.i. 
liiéroglvpnique,  mais  <.ù  i 
trouvé  le  système  phon.î!. 
savait  pas  ceci,  atlrilme 
aux  Phéniciens  pentiant 
encore  qu*hiéroglyplies.  ; 
la  distinction  des  den\  ^ 
venter  tes  lettres  par 
Kgj'ptien,  Tacite  répètt  . 
linueLucain,  en  reml. 
Assyriens  Vinvention  « 
Li  trait  abrégé  de  li 
dubitable  dans  réen>< 
tienne.  Une  approxim. 
i^té  cherchée  dans   le  • 
rapportant  lalphalx  t   . 
de  ces  deux  exlrèni.  - 
raent  un  |>eu  forcé  rt 
é|HX)ue  où  Ton  cr<»v,i  * 
purement  idéoçrapli  < 
L>rgument  le  p'i 
en  faveur  de  la  p.ir< 
d>1phabot  est  le  n< 
héiiraïques  aieph.  h 
S4>n.  chameau,  oh  .; 
aussi,  n>lre  qu'un 
ol  c*>m|virablo    aux 
ou  de  re>ira!ij:heî" 
•^•ec    le>*jueîiès  »tr 

•Ao*  SrlifH-^^.  Court 


D^ANTHROPOLOGIE. 


AME 


178 


•.iiiie,  dont  le  langage, 

strumentetlesi^ne. 

lA  iangue  ordinaire , 

Mfi>nii)i    une   pour   ses 

uuii  avec  ses  sembla- 

luoavements ,  des 

dk^^Uità  t  la  pantomime 

,.4  uore  pensée.  Qu  est- 

•ai  les  animaux  supé- 

uc  langue  ou  de  nous 

de  s'en  créer  une 

ai'c^ent ,  si  vraimeat 

logos,  c'est-à-dire  un 

icil  au  nôtre  avec  sa 

,  ilution  et  son  échange? 

Je  hgos  ) ,  le  mutisme, 

Jisotument  tous  les  ani- 

Vi\  langage,  une  pensée. 

Te  ,    voilà  ce  qui  élève 

Tç  tous  les  animaux  pour 

"WniENS  D'AMÉRIQUE, 

-  Les  aborigènes  de  TA- 

'■nnsidérés    généralement 

n«   la  famillo  humaine 

Urtincle  de  celle  des  ha- 

monde.  L'isolement  de  ce 

"^  fauche  par  aucun  point 

iplen  monde ,  l'époque  tar- 

M  a  été  connu,  l'absence 

Mratîon  entre  ses  habitants 

notions  du  globe  sont  des 

^t!  ont  dû  contribuer  à  faire 

ftp  d'examen  cette  opinion, 

américaines ,    considérées 

^^^pi^        ~^Me ,  ne  présentent  pas ,  à 

^..,  autant   d'uniformité,,  au- 

iiptance ,  au  moral  et  au  phy- 

^ÊÊfmÊtmSL  ^^  ^'^'^^^   communément,  et 
<|ii|l|piT^gmarc'ation  entre  elles  et  les 
^Zjfll  de  l'espèce  humaine  n'est 
■llcc,  JilBccusée  ni  si  distincte  qu'on 
t^a^U  être.  Toutefois,  il  faut  con- 
"'  certains  caractères  qui  sont 
lair  JBItes  ces  nations  ou  à  presque 
affr^iiste  pour  elles ,  sinon  des 
JtA  moins  de  fortes   indications 
Icoimr^^  commune,  ou  d'une  très-an- 
MMat  Hwlé;  enfin,  que,  lorsque  nous 
'■'S^aw^  jkTensemble  des  peuples  du  nou- 
yé^-'^Wf*  la  nature  humaine  se  montre  à 
■^  ir"MSn  aspetît  particulier.  En  comparant 
~^     tt  les  nations  américaines,  nous 
•,  je  le    répète,  des  motifs  pour 
f|D*elles  ont  dû  former,  depuis  les 
^  âges  du  monde,  un  groupe  déta- 
il ne  devons  pas  par  conséquent 
linidre  h  ce  que  les  recherches  entre- 
tels le  but  de  découvrir  les  relations 
ees  peuples   et  le    reste  du   genre 
^floug  conduisent  iamais  à  la  preuve 
*  Vnt  leur  origine  de  telle  tribu  ou 
%  fltliM  'particulière  du  vieux  conti- 
HflV-  fKWence,  comme  race  distincte. 
-^  dUtt-probablement  de  cette  épo- 
où  les  habitants  de  Tan- 
^{Airèrent  en  diverses  na- 


tions ,  et  où  chaaue  branche  de  la  famille 
humaine  prit  un  langage  et  une  individua- 
lité propres. 

Les  traits  qui  servent  à  caractériser  les 
nations  américaines  pris  collectivement , 
ne  sont  pas  ,  comme  je  l'ai  dit,  aussi  appa- 
rents que  quelques  personnes  le  supposent. 
Ces  nationç  sont  désignées  fréquemment 
sous  le  nom  de  Peaux-Rouges  ;  mais  d'une 
part,  il  y  a  en  Afrique  et  dans  la  Poly- 
nésie des  tribus  également  rouges,  et  qui 
môme  méritent  peut-être  encore  mieux 
cette  épithète  ;  d'un  autre,  les  Américains 
ne  nous  offrent  pas  tous  cette  teinte  dite 
a  ronge  »  c'est-à-dire  cuivrée.  Quelques 
tribus  sont  aussi  blanches  que  beaucoup  de 
nations  européennes  ;  d'autres  sont  brunes 
ou  jaunes;  d'autres  sont  noires,  car  les 
voyageurs  les  dépeignent  comme  ressem- 
blant beaucoup  par  la  couleur  aux  nègres 
d'Airique.  Certains  anatomistes  ont  distin- 
gué dans  les  crânes  humains  ce  qu'ils  ap- 
jjellent  la  forme  américaine  ;  c'est  une  dis- 
tinction qui  n'est  pas  admissible ,  une 
généralisation  erronée,  à  laquelle  ils  sont 
arrivés  en  considérant  comme  universels 
les  caractères  fortement  prononcés  que  leur 

E résentent  quelques  tribus  particulières, 
es  nations  américaines  sont  répandues  sur 
une  immense  étendue  de  pays  ,  habitent 
dans  des  climats  très-différents,  et  la  forme 
de  leur  tête  diffère  suivant  les  lieux.  Ajou- 
tons que,  de  même  qu'on  ne  peut  trouver 
dans  leur  conformation  corporelle  aucun 
caractère  physique  qui  leur  soit  commun  à 
toutes,  on  ne  peut  non  plus  tirer  de  leur 
genre  de  vie  un  caractère  ethnologique  qui 
soit  général.  Tous  les  naturels  de  1  Améri- 
que ne  sont  pas  chasseurs  :  il  y  a  parmi  eux 
beaucoup  de  tribus  de  pêcheurs  ;  il  y  a  des 
tribus  nomades  ;  d'autres  qui  s'appliquent 
à  la  culture  de  la  terre  et  qui  ont  des  de- 
meures fixes.  Une  partie  de  ces  peuples 
étaient  agriculteurs  avant  l'arrivée  des  Eu- 
ropéens ;  d'autres  ont  appris  de  leurs  vain- 
queurs à  labourer  la  terre  et  ont  changé 
les  anciennes  habitudes  de  leur  race,  ce 
qui  prouve  que  ces  habitudes  n'étaient  pas 
un  résultat  nécessaire  de  leur  organisation» 
ou  celui  d'un  penchant  instinctif,  inné  et 
irrésistible.  Si  aonc  nous  voulons  nous  faire 
une  juste  idée  des  particularités  caractéris- 
ticjues  qui  forment  réellement  le  lien  d'u- 
nion entre  les  races  américaines ,  et  les 
constituent  en  un  groupe  bien  distinct,  nous 
ne  pouvons  nous  contenter  d'un  coup-d'œil 
superficiel ,  et  il  est  nécessaire  que  nous 
entrions  profondément  dans  la  question. 

La  preuve  la  plus  décisive ,  la  plus  clai- 
rement marquée  d'une  parenté  entre  ces 
nations  se  trouve  dans  la  structure  carac- 
téristique de  leurs  langages.  C'est  un  sujet 
sur  lequel  les  travaux  des  philologues,  sur- 
tout ceux  des  philologues  Américains ,  ont 
jeté  depuis  Quelques  années  beaucoup  de 
jour.  A  la  vérité ,  Hervas  avait  déjà  réuni 
dans  ce  but  quelques  matériaux  {k^) ,  mais 


ur,  dcl  abbatc  Hbiitas. 


175 


AME 


DICTIONNAIRE 


ASIE 


176 


les  moyens  (réducalion  chez  Thomnie  et  les 
animaux  ?  On  instruit  le  premier  avec  la 
parole,  on  dresse  le  second  par  la  faim ,  les 
privations ,  les  coups  ;  chez  le  cheval ,  qui 
semble  obéir  à  ta  voix  du  maître ,  la  voix 
humaine  excite -t -elle  le  souvenir  d'une 
idée ,  ou  bien  est-elle  un  simple  bruit ,  pré- 
lude d'une  douleur  gue  l'instinct  évite ,  ou 
d'une  perception  voluptueuse  que  Vinstinct 
cherche  ?  Chez  l'homme  un  sens  intime,  in- 
telligent, a  reçu  essentiellement  des  idées 
pari  intermédiaire  du  langage,  véhicule  con- 
ventionnel doiit  la  partie  matérielle  est  sans 
valeur  et  dont  le  prix  est  purement  abstrait. 
Nous  commettons  de  graves  erreurs  en 
estimant  les  notions  de  justice  et  encore  plus 
les  notions  artistiques  des  animaux.  Le  chien, 
que  la  musique  fait  hurler,  éprouve-t-il 
plaisir  ou  douleur  ?  L'éléphant,  qui  regarde 
Je  soleil  levant,  aspirc-t-il  l'air  frais  de 
l'Orient,  le  fumet  de  sa  femelle,  ou  une  sen- 
sation d'artiste  qui  admire  7  L'interprétation 
fait  honneur  à  I  imagination  de  l'homme  qui 
explique  selon  sa  propre  logique  un  phéno- 
mène étranger  à  sa  propre  nature,  à  peu  près 
comme  le  arogman  traduisant  et  arrangeant 
ingénieusement  et  à  sa  manière  un  discours 
tiré  d'une  langue  étrangère  ignorée  ou  assez 
imparfaitement  comprime. 

Enfin ,  les  animaux  les  plus  remarquables 
par  leur  industrie  instinctive  ou  par  leur 
capacité  d'éducation  sont  certainement  infé- 
rieurs par  un  point  aux  hommes  sauvages  les 
i)lus  dégradés.  Les  Papous,  Hottentots,  Har- 
oros ,  ont  un  langage  aussi  bien  que  les 
Romains,  les  Anglais,  les  Français.  Un  lan- 
gage, industrie  assurément  admirable  et 
haute  entre  toutes  les  industries  !  industrie 
qui  n'est  pas  l'instinct  du  castor  ou  du  ver  à 
soie ,  travaillant  toujours  fatalement  et  sans 
éducation  préalable.  Une  langiie  s'apprend 
avec  peine  et  lenteur  ;  la  simple  conservation 
exige  mille  peines ,  suppose  mille  calculs  , 
même  ;  que  dis-je  ?  surtout  quand  cette  con- 
servation est  imparfaite ,  car  alors  l'art  qui 
conserve  est  presque  égal  à  celui  qui  invente 
ou  révèle  une  première  fois. 

Oui,  les  hommes  ont  partout  une  langue , 
et  voilà  leur  profonde  et  éternelle  distinction 
d'avec  les  animaux.  La  langue,  voilà  le  signe 
véritable  de  l'Ame  immortelle,  voilà  sa  mani- 
festation la  moins  équivoque.  La  bête  se 
conserve  par  l'instinct,  qui  est  l'antagoniste  de 
l'intelligence  ;  elle  ne  parle  pas,  ne  manifeste 
pas  des  idées,  et  rien  ne  prouve  que  le  ma- 
niement des  idées  soit  ou  fût  pour  elle  un 
bonheur.  L'homme  se  conserve  par  sa  raison 
seule,  puisque  l'instinct  fait  si  peu  pour  lui. 
li  se  rend  heureux  par  ses  idées  et  par  le 
commerce  qu'il  en  fait  avec  ses  semblables , 
au  moyen  dTe  la  parole.  Le  logos ,  mot  grec 
qui  signifie  à  la  fois  langage  et  pensées,  est 
propre  à  l'homme  ;  les  animaux  n'usent  entre 
eux,  et  à  pi  us  forte  raison  envers  nous,  de  rien 
de  semblable  au  logos.  Il  faudrait  pourtant 
une  communication  pareille ,  directe  et  ex- 
plicite pour  avoir  le  droit  d'affirmer,  l'Ame 
(les  bâtes  ou  la  similitude  de  leur  dynamisme 
au  nôtre. 


Voici  UD  homme  privé  de  langage  par  son 
éducation  ou  plutôt  son  inculture  primitive, 
comme  le  sauvage  de  l'Ave jrron  ;  il  n'a  que 
des  cris  à  la  façon  des  animaux.  Voici  un 
sourd^muet  de  naissance,  ignorant  les  signes 
convenus  à  l'école  de  l'abbé  de  )'Épée.  Allons 
plus  loin  :  Toici  un  accusé  en  cour  d'assise 

3ui  s'obstine  à  se  taire  devant  lés  charges 
'un  délit  ou  d'un  crime.  En  voici  un  autre 
qui,  accusé  aussi,  veut  bien  pafler,  mais  ne 
sait  qHliue  langue  étrangère  ignorée  des 
juges  et  jurés.  Dans  tous  ces  cas  nous  serons 
dans  un  embarras  cruel  pour  assigner  lés 
motifs  des  actions.  Et  nous  aurions  la  pré- 
somption d'affirmer  la  nature  du  moteur 
înterae  chezdes  animant,  dont  le  plus  parfait 
est  fort  au-dessous  même  du  saurage  de 
l'Àveyron  T 

Aussi  les  philosophes  du  siècle  dernier 
n'ont-ils  pas  balancé  a  accorder  un  langage 
aux  animaux.  Mais  leurs  arguments  et  leurs 
essais  dans  ce  genre  n*ont  jamais  remonté 
au-dessus  du  pur  badinage.  Dupont  de  Ne- 
mours et  Bougeant  ont  traduit  la  langue  des 
singes,  des  rossignols  et  même  la  pantomime 
des  araignées,  oonmid  on  vient  de  la  refaire 
pour  celle  des  amours  de  je  ne  sais  quel 
petit  poisson.  Mais  on  comprend  que  les 
animaux,  principaux  intéressés ,  devraient, 
une  fois  au  moins ,  certifier  l'exactitude  des 
textes  et  de  la  traduction.  Un  texte  plus 
connu  et  non  moins  controversable  est  le 
gloussement  de  la  poule  à  ses  poussins. 
«  Dans  ce  cas,  ditK>n,  l'animal  a  montré  dans 
sa  conduite  une  iiiteiition,unbut,desmoyens, 
et ,  par  conséquent ,  un  raisonnement  «t  de 
rintelligence.  Ses  cris  sont  donc  un  véritable 
langage ,  des  sons  spéciaux  avec  une  signi- 
fication arrêtée,  dont  la  valeur  a  été  connue 
de  ceux  qui  en  ont  proflté.  » 

Or  il  est  certain  que  la  poule  aura  le 
même  gloussement  si  elle  est  sortie  d'un  œuf 
éclos  au  four ,  loin  de  la  mère  de  ce  même 
œuf.  Le  gloussement  est  le  même  par  toute 
la  terre  ;  comme  le  chant  du  rossignol,  qui, 
lui  aussi ,  se  devine  tout  d'un  coup  et  sans 
professeur.  Il  n'a  pas  été  arbitrairement 
inventé  ou  modifié  comme  les  langues  hu- 
maines. Quant  aux  intentions ,  au  but ,  au 
raisonnement  apparent ,  voici  d'autres  faits 
pareils  :  l'enfant  vagit,  et  par  là  fait  venir  sa 
nourrice,  qui  le  nettoie,  1  emmarllotte  et  lui 
donne  le  sein.  Le  vagissement  signifierait 
donc  :  je  veux  être  nettoyé,  emmaillotté , 
allaité?  La  plante  pousse  une  racine  dans 
une  bonne  veine  de  terre,  s'élioleens'allon- 
geant  vers  le  soleil  ;  les  molécules  pierrmi- 
ses  se  groupent  en  cristal  régulier  ;  voilà 
bien  des  actes  utiles  dirigés  vers  un  but  par 
une  série  de  mouvements  qui  paraissci.t , 
calculés....  Oui,  mais  par  les  grands  incon-  * 
nus  appelés  instinct ,  force  physiologique ,  '• 
force  d'aflSnité  1  Tout  celant  pas  l'Ame 
humaine,  et,  encore  une  fois,  il  faudrait  que 
le  cristal ,  la  plante ,  l'enfant  vagissant ,  la 
poule  gloussante,  l'éléphant  guèbre  prisser:t 
notre  propre  langage  pour  que  nous  eussiot  s 
le  droit  d'affirmer  touchant  leur  mmeur 
interne,  ce  que  nous  alTirmons  âur  le  nôtre 


m 


AME 


D'ANTHROroiiOGI£ 


AME 


I7t 


à  savirir  :  une  âme  peiuanle»  dont  le  langage» 
le  logos»  est  à  la  fois  rinstrumeat  et  le  S]^e« 
LlMMame  »  privé  de  la  langae  ordlDaure  » 
sait  en  fabriquer  bienidt  une  pour  se$ 
besoins.  Il  établit  relation  arec  ses  sembla- 
Mes  par  des  bruits ,  des  mouvements ,  des 
lamières ,  par  la  télégraphie ,  la  pantomime 
auxquelles  il  confie  sa  propre  pensée.  Qu  est- 
ce  donc  qui  empêcherait  les  animaux  supé- 
rteors  d'apprendre  notre  langue  ou  de  noos 
oommuniqner  la  leur  ;  de  s'en  créer  une 
autre  eo  cas  de  besoin  argent ,  si  vraiment 
les  animaux  avaientun  logos»  c'est-ànlire  un 
priucipe  pensant  pareil  au  nôtre  avec  sa 
manifestation»  son é voluticm et  son  échange? 
Vmiogig  (  absence  de  logos  )  »  le  mntisme» 
voilà  ce  QUI  sépare  absolument  tous  les  ani- 
maux de  l'homme.  Un  lan^e»  une  pensée, 
ufle  Ame  immortelle ,  voilà  ce  qui  élève 
IlMMnme  au-dessus  de  tous  les  animaux  pour 
le  rapprocher  de  Dieu. 

AMÉRICAINS»  INDIENS  D'ASIÉRIQUE» 
RACE  ROCGE  «  etc.  Les  aborigènes  de  i*A- 
mériqoe  sont  considérés  généralement 
comme  formant  dans  la  Camillo  humaine 
une  division  très-diclinete  de  celle  des  ha- 
bitants de  l'ancien  monde.  L*isolement  de  ce 
continent  qui  ne  touche  par  ancun  point 
aax  terres  de  Tancien  monde  »  Tépoque  (ar- 
dîre  à  laquelle  il  a  été  connu ,  Tabsence 
de  toute  communication  entre  ses  habitants 
et  le  reste  des  nations  du  globe  sont  des 
circonstances  qui  ont  dû  contribuer  à  faire 
adopter  sans  trop  d*examen  cette  opinion. 

Les  nations  américaines»  considérées 
dans  leur  ensemble  »  ne  présentent  pas  »  à 
beaucoup  près»  autant  d*uniformîté».  au- 
tant de  ressemblance»  au  moral  et  au  phy- 
sii{ne»  qu*on  le  croit  communément»  *et 
la  ligne  de  démar^-ation  entre  elles  et  les 
autres  branches  de  Tcspèce  humaine  n'est 
pas  si  fortement  accusée  ni  si  distincte  qu  on 
Ta  iNen  voulu  dire.  Toutefois»  il  faut  con- 
venir qu'il  y  a  certains  caractères  qui  sont 
communs  è^toutes  ces  nations  ou  à  presque 
toutes;  qu'il  existe  pour  elles»  sinon  des 
preuves»  du  moins  de  fortes  indications 
<]*nne  origine  commune»  ou  d'une  très-an- 
cienne parenté;  enfin»  que»  lorsque  nous 
considérons  l'ensemble  des  peuples  du  nou- 
veau monde»  la  nature  humaine  se  montre  à 
nous  sous  nnaspec't  particulier.  En  comparant 
entre  elles  les  nations  américaines»  nous 
trouvons»  je  le  répète»  des  motifs  pour 
croire  qu'elles  ont  dû  former»  depuis  les 
premiers  âges  du  monde»  un  grou|)e  déta- 
ché ;  nous  ne  devons  pas  par  conséquent 
nous  attendre  à  ce  que  les  recherches  entre- 
prises dans  le  but  de  découvrir  les  relations 
entre  ces  peuples  et  le  reste  du  genre 
bamain»  nous  conduisent  jamais  à  la  preuve 
qu^ils  tirent  leur  ori^ne  de  telle  tribu  ou 
de  telle  nation  particulière  du  vieux  conti- 
nent; leur  existence,  comme  race  distincte. 
et  isolés,  date  probablement  de  cette  épo- 
que si  ancienne  où  les  habitants  de  l'an- 
cien monde  se  séparèrent  en  diverses  na- 

iiS)  Cmtmlotfo  ddU  lingue,  dd  abbalc  HnvAS. 


lions»  et  où  chaoue  branche  delà  fiunille 
humaine  prit  un  langage  et  une  individha- 
lité  propres. 

Les  traits  qui  servent  à  caractériser  les 
nations  américaines  pris  collectivement, 
ne  sont  pas  »  comme  je  Tai  dit,  aussi  appa- 
rents que  quelques  personnes  le  supposent. 
Ces  nations  sont  désistées  fréquemment 
sous  le  nom  de  Peaux-Rouges  ;  mais  d*une 
part,  il  y  a  en  Afrique  et  dans  la  Poly- 
nésie des  tribus  également  rouges,  et  qui 
même  méritent  peut-être  encore  mieux 
cette  épithète  ;  d*un  autre,  les  Américains 
ne  nous  offrent  pas  tous  cette  teinte  dite 
«  ronge  j»  c'est-4i-dire  cuivrée.  Quelques 
tribus  sont  aussi  blanches  que  beaucoup  de 
nations  européennes  ;  d'autres  sont  brunes 
ou  jaunes;  d'autres  sont  noires,  car  les 
voyageurs  les  dépeignent  comme  ressem- 
blant beaucoup  par  la  couleur  aux  nègres 
d'Alrique.  Certains  anatomistes  ont  distin- 
gué dans  les  crânes  humains  ce  qu'ils  ap- 
j>ellent  la  forme  américaine  ;  c'est  une  dis- 
tinction qui  n'est  pas  admissible ,  une 
généralisation  erronée,  à  laquelle  ils  sont 
arrivés  en  considérant  comme  universels 
les  caractères  fortement  prononcés  que  leur 
présentent  quelques  tnbus  particulières. 
Les  nations  américaines  sont  réfiau^ues  sur 
une  immense  étendue  de  pays ,  habitent 
dans  des  climats  très-diflérents,  et  la  forme 
de  leur  tète  diffère  suivant  les  lieux.  Ajou- 
tons que,  de  même  qu'on  ne  peut  trouver 
dans  leur  conformation  corporelle  aucun 
caractère  physique  qui  leur  soit  commun  à 
toutes»  on  ne  peut  non  plus  tirer  de  leur 
genre  de  vie  un  caractère  ethnologique  qui 
soit  général.  Tous  les  naturels  de  I  Améri- 
que ne  sont  pas  chasseurs  :  il  y  a  parmi  eux 
beaucoup  de  tribus  de  pêcheurs  ;  il  y  a  des 
tribus  nomades  ;  d  autres  qui  s'appliquent 
à  la  culture  de  la  terre  et  qui  ont  des  de- 
meures fixes.  Une  partie  de  ces  peuples 
étaient  agriculteurs  avant  l'arrivée  des  Eu- 
ropéens ;  d'autres  ont  appris  de  leurs  vain- 
queurs à  labourer  la  terre  et  ont  changé 
les  anciennes  habitudes  de  leur  race»  ce 
qui  prouve  que  ces  habitudes  n'étaient  pas 
un  résultat  nécessaire  de  leur  organisation» 
ou  celui  d'un  penchant  instinctif»  inné  et 
irrésistible.  Si  donc  nous  voulons  nous  faire 
une  juste  idée  des  particularités  caractéris- 
tiques qui  forment  réellement  le  lien  d'u- 
nion entre  les  races  américaines  »  et  les 
constituent  en  un  groupe  bien  distinct»  nous 
ne  ponvons  nous  contenter  d'un  coup<l'œil 
superficiel,  et  il  est  nécessaire  que  nous 
entrions  profondément  dans  la  question. 

La  preuve  la  plus  décisive»  la  plus  clai- 
rement marquée  d'une  parenté  entre  ces 
nations  se  trouve  dans  la  structure  carac- 
téristique de  leurs  langages.  C  est  un  sujet 
sur  lequel  les  travaux  des  pliilologucs,  sur- 
tout ceux  des  phiiolo^es  Américains ,  ont 
jeté  depuis  quelques  années  beaucoup  de 
jour.  A  la  vérité ,  Hervas  avait  déjà  réuni 
dans  ce  but  quelques  matériaux  (46) ,  mais 


179 


AME 


DiCTtOiNNAlRE 


AME 


iflu 


le  docteur  Smith-Barlon ,  de  Philadelphie , 
esi  réellement  le  premier  qui  ait  fait  une 
tentative  sérieuse  de  classification  pour  les 
langues  de  rAmérigue  du  Nord  ;  deHumboldt 
et  Vater  ont  continué  son  œuvre  sur  une 
plus  grande  échelle  et  avec  de  beaucoup  plus 
amples  ressources;  toutefois,  c*est  à  M.  du 
Ponceau  que  nous  devons  les  éclaircisse- 
ments les  plus  importants  (kl).  L*histoire 
de  la  philologie  américaine  est  un  sujet 
beaucoup  trop  étendu  pour  que  nous  le 
fassions  entrer  dans  cet  ouvrage,  et  nous 
devons  nous  contenter  d'en  exposer  le  ré- 
sultat général ,  résultat  qui ,  ainsi  que  le 
remarque  le  célèbre  voyageur,  M.  de  Hum- 
boldt,  est  un  fait  de  la  plus  grande  impor- 
tance pour  l'histoire  du  genre  humain. 

ff  En  Amérique,  dit  M.  de  Humboldt,  de- 
puis le  pays  des  Esquimaux  jusqu'aux  rives 
de  rOrénoque,  et  depuis  ces  rives  brûlantes 
jusqu'aux  glaces  du  détroit  de  Magellan,  les 
langues  mères,  entièrement  différentes  par 
leurs  racines,  ont,  pour  ainsi  dire,  une  même 

Î)hysionomie.  On  reconnaît  des  analogies 
rappantes  de  structure  grammaticale ,  non- 
seulement  dans  les  langues  perfectionnées, 
comme  la  langue  de  l'inca,  l'aymara,  le  gua- 
rani, le  mexicain  et  le  cora,  mais  aussi  dans 
des  langues  extrêmement  grossières.  Des 
idiomes  dont  les  racines  ne  se  ressemblent 
pas  plus  que  les  racines  du  slave  et  du  bas- 
c[ue,  ont  des  ressemblances  de  mécanisme 
intérieur  qu'on  trouve  dans  le  sanscrit ,  le 
persan,  le  grec  et  les  lances  germaniques.  » 
Ces  remarques  que  faisait,  il  y  a  bien  des 
années,  M.  de  Humboldt,  ont  été  confirmées 
par  des  recherches  plus  étendues,  dont  la 
conclusion  est  présentée  par  M.  Gallatin, 
dans  les  termes  suivants  : 

ff  Au  milieu  de  la  grande  diversité  que 
présentent  les  langues  américaines,  quand 
on  les  envisage  seulement  sous  le  rapport 
l'e  leurs  vocabulaires ,  il  existe  entre  elles , 
relativement  à  la  structure  et  aux  formes 
grammaticales,  une  ressemblance  qui  a  été 
aperçue  et  signalée  par  les  philologues  amé- 
ricains. Le  résultat  de  leurs  recherches  pa- 
raît conûrmer  Topinion  déjà  soutenue  par 
MM.  du  Ponceau,  Pickeriiig  et  autres  écri- 
vains, savoir,  que  les  langues  parlées  en 
Amérique,  non-seulement  par  nos  Indiens , 
mais  encore  par  toutes  les  peuplades  indi- 
gènes que  Ton  rencontre  depuis  l'océan  Arc- 
tique jusqu'au  cap  Horn,  ont  un  certain  ca- 
chet qui  leur  est  commun  h  toutes,  et  qui  ne 
{)ermet  pas  de  les  assimiler  à  aucune  des 
angues  connues  de  l'ancien  continent  (^8).  » 
On  remarquera  que  les  idiomes  des  Es- 
quimaux se  trouvent  ici  compris  dans  la 
classe  des  langues  américaines ,  et  c'est  en 
effet  l'opinion  à  laquelle  se  sont  arrêtés, 
après  un  mûr  examen,  M.  du  Ponceau  et 
plusieurs  autres  écrivains  qui  se  sont  occu- 
pés de  la  question.  Les  Esquimaux  doivent 
tlonc  être  compris  dans  la  catégorie  des  na- 

(47)  Les  sayants  ouvrages  de  MM.  Pickernig  et 
Gallatin  ont  apporté  de  grands  secours  à  relbiiogra- 
pliic  américaine. 


tions   parmi  lesquelles  fut  originellement 
répandue  la  forme  ancienne  de  lances  pro- 

1>res  au  nouveau  monde.  Us  appartiennent  à 
a  souche  américaine,  auoique  différant  par 
plusieurs  caractères  tres-saillants  de  la  ma- 
jorité des  autres  tribus.  Du  reste,  ils  ne 
sont  pas  les  seules  nations  du  nouveau 
monde  qui  présentent  de  pareils  exemples 
de  déviations. 

H  y  a  des  conclusions  tirées  par  la  science 
ethnographique  de  l'observation  de  phéno- 
mènes, tant  généraux  que  locaux ,  qui  ont 
complètement  renversé  toutes  les  difficultés 
provenant  de  la  multiplicité  des  langues 
américaines.  Et  d'abord  l'examen  de  la  struc- 
ture commune  à  toutes  les  langues  améri- 
caines ne  permet  plus  de  douter  c[u'ellcs 
ne  forment  toutes  une  famille  individuelle, 
tissu  serré  fortement  dans  toutes  ses  parties 
par  le  plus  essentiel  de  tous  les  fils,  1  analo- 
gie grammaticale.  Cette  analogie  n'est  pas 
d'une  espèce  vague  et  indéfinie,  mais  com- 
plexe au  plus  haut  deçré ,  et  affectant  les 
parties  les  plus  nécessaires  et  "les  plus  élé- 
mentaires de  la  grammaire;  car  elle  consiste 
spécialement  en  des  méthodes  particulières 
de  modifier,  en  forme  de  conjugaison,  le 
sens  et  les  rapports  des  verbes  par  l'insertion 
des  syllabes,  et  cette  forme  a  engagé  M.  de 
Humboldt  à  donner  aux  langues  américai- 
nes un  nom  de  famille ,  indiquant  qu'elles 
forment  leurs  conjugaisons  par  ce  qu'il  ap- 
pelait Tagfflutination.  Cette  analogie  n'est 
pas  partielle,  mais  elle  s*étend  sur  les  deux 

Srandes  divisions  du  nouveau  monde ,  et 
onne  un  air  de  famille  aux  langues  parlées 
sous  la  zone  torride  et  au  pôle  arctique,  im 
les  tribus  les  plus  sauvages  et  les  peuples 
les  plus  civilisés.  Cette  merveilleuse  unifor- 
mité^ dit  un  écrivain,  dans  la  manière  parti- 
culière de  former  les  conjugaisons  des  verbes^ 
depuis  une  extrémité  de  l'Amérique  jusque 
Vautre ,  favorise  singulièrement  (hypothèse 
cfun  peuple  primitif  qui  aurait  formé  la  soU" 
che  commune  des  nations  indigènes  de  V Amé- 
rique (49).  Suivant  la  remarque  d'un  autre, 
la  conclusion  la  plus  naturelle  que  l'on 
puisse  tirer  en  voyant  une  affinité  si  extraor- 
dinaire entre  des  langues  séparées  par  tant 
de  centaines  de  lieues,  c'est  que  toutes  ont 
rayonné  d'un  centre  commun  de  civilisa- 
tion (50). 

Secondement,  plus  on  donne  d'attention 
à  l'étude  des  langues  américaines,  plus  on 
les  trouve  soumises  aux  lois  des  autres  fa- 
milles; ainsi,  par  exemple,  cette  grande 
famille  tend  chaque  jour  a  se  subdiviser  en 
larges  groupes  d  idiomes,  ayant  entre  eux 
des  affinités  plus  étroites  qu'avec  la  grande 
division,  dont,  à  leur  tour,  ils  fornnent  une 

Eartie.  Les  missionnaires  avaient  de  bonne 
eure  observé  que  certaines  lances  ik)U- 
vaient  être  considérées  comme  la  clef  des 
autres  dialectes,  en  sorte  que  celui  qui  les 
possédait    apprenait    très  -  facilement    les 

(i8)  Arckœologia  Americana^  vol.  IL 

(49)  Malte-Brun,  p.  217;  p.  2i5. 

(50)  Vater,  p.  Ôi9. 


Ht 


AME 


DANTffilOPOljOCiC. 


AME 


autres.  Cette  remarqae  a  été  qnelqae  part 
faite  par  Henras,  et  les  recherches  subsé- 
<{ueote$  l'ont  pleinement  confirmée.  Aussi 
Kallii^  dans  son  tableau  des  langues  amérî- 
ricaines,  a-t-îl  pu  les  diriser  en  certaines 
{grandes  provinces  Y  ayant  cbârune  de  nom- 
breuses dépendances. 

Voilà  donc  I  objection  contre  Fnniié  des 
nations  américaines,  que  l'on  tirait  de  la 
multitude  de  leurs  langues,  résolue  d*une 
Hianière  satisfaisante  par  Téludc  même  qui 
Tavait  fournie;  et  en  même  temps  disparaît 
la  difikulté  de  rattacher  ces  peuples  h  la 
v>uche  commune  des  habitants  de  Tancien 
monde.  Mais  la  collection  et  la  comparaison 
lies  faits  liés  aux  recherches   linguistiques 
ont  conduit  à  un  autre  résultat  non  moins 
Siiitislidsant  ;  car  tous  remarquerez  qull  nous 
f*<le  encore  à  expliquer  la  dissemblance  des 
f!ialectes  parlés  par  des  nations  ou  des  tribus 
limitrophes,  et  composées  d*un  petit  nombre 
fi'iodÎTidus.  Or  il  a  été  observé  que  ce  plié- 
ni»fKène  n*est  nullement  particulier  à  FAmé- 
rique^  mais  commun  à  tous  les  pavs  non 
civilisés.  Si  nous  n'avions  d^autre  critérium 
lie  funité  d*orîginc  oue  le    langage,  nous 
1  Mourrions  peut-être  éprouver  quelque  em- 
barras sur  ce  point.  Mais  une  autre  science, 
la   cràniologie,  confirme  puissamment  les 
cf>aclusions  oue  je  tire,  et  peut  établir  des 
caractères  à  raide  desquels  les  connexions 
lie    tribus  formant  une  race  unique  sont 
aisément  déterminées.  Nous  observerons  que 
clans  des  cas  où  Ton  ne  peut  douter  de  l'unité 
orî^naire  de  certaines  bordes  sauvages,  il 
s'P'M  formé  cependant  parmi  elles  une  va- 
riété de  dialectes  infinie;  qu'on  nV  peut 
(lé-^oQvrir  que  peu  ou  noint  d'adinité  ;  et  de 
la  nous  tirons  cette  rè^^e  :  que  l'étal  sauva.:xe 
en  isolant  les  familles  et  les  tribus,  et  en 
Armant  le  bras  de  chacun  contre  ses  voisins, 
a  une  influence  essentiellement  contraire  à 
tfHites  les  tendances  de  la  civilisation ,  qui 
rapprochent  et  unissent.  Cet  état  introduit 
fi»-'essairement  une  diversité  jalouse,  lïes 
i  Jomes  inintelligibles,  des  jargons  qui  assu- 
ré nt  l'indépendance  des  ditîérentes  hordes. 

Nalle  part  cette  puissance  de  désunion  n'a 
é*é  plus  atcentiveraent  observée  que  dans 
UfS  tribus  de  la  Polynésie. 

Les  PapouM  ou  nègres  orientaur^  dit  le  doc- 
teur Levden,  sembieni  tous  divisés  en  petits 
Etais^  ou  plutôt  en  petites  sociétés^  qui  nont 
fj  i^  irès-peu  de  rapport  ensemble.  De  là  leur 
f'jn^fageest  brisé  en  une  muttitude de  dialectes 
qtti^à  la  longue^ par  séparation^ par  accident^ 
f  II  par  corruption  orate^  ont  presque  perdu 
tiute  ressemblance  (51).  Les  langues^  dit 
M-  Crawford,  suivent  la  même  marche;  dans 
Céiat  sauvage  elles  sont  très  -  nombreuses  ; 
f^^ms  la  société  perfectionnée  elles  le  sont  peu, 
ISétat  des  langues  sur  le  continent  américain^ 
fo  tmit  une  preuve  convaincante  de  ce  fait^  et 
il  Ht  se  manifeste  pas  avec  moins  dCindépen- 


dance  dans  les  îles  de  F  océan  indien.  Les  races 
nègres  qui  habitent  les  montagnes  de  la  pénin-- 
suie  malaise^  dans  Fêtai  de  la  dégradation  la 
plus  profonde^  quoiquelles  soient  três-pem 
nombreuses^  sont  divisées  en  une  três^ande 
quantité  de  tribus  distinctes  ^  parlant  aulani 
de  langues  différentes.  Parmi  la  population 
éparse  et  grossière  de  File  de  Timor  j  on  croit 
quit  ny  a  pas  moins  de  quarante  langues 
parlées,  Iktns  les  Iles  de  Ende  et  de  FlorCj  on 
trouve  aussi  une  muttitude  dCidiomes^  et  par^ 
mi  la  population  cannibale  de  Bornéo,  il  est 
probable  qu*on  en  parle  plusieurs  centai- 
nés  (o£).  Les  mêmes  faits  s'observent  chez 
les  tribus  de  l'Australie,  qui  appartiennent 
à  la  même  race;  quand  on  examine  les  listes 
des  mots  i^articuliers  à  chaque  tribu,  que  le 
capitaine  King  nous  a  donnée  (53),  la  plus 
grande  dissemblance  existe  entre  eux.  Quel- 

3ues-nns,  cependant,  comme  les  équivalents 
u  mot  <Ei7,  se  retrouvent  dans  tous  ces  dia- 
lectes, et  il  arrive  aussi,  comme  dans  les 
mots  qui  signifient  chevelure,  que  des  tribus 
en  contact  immédiat  dilTèrent  essentielle- 
ment, tandis  qu  on  les  trouve  en  acconi  avee 
celles  d'Iles  fort  éloignées.  Or,  si  ces  causes 
agissent  ainsi  ailleurs,  elles  doivent  être  bien 

(>Tus  puissantes  en  Amérique;  car  là,  comme 
'a  très-bien  observé  de  Humboldt,  la  configura 
ration  du  sol,  la  vigueur  df  la  végétation,  ta 
crainte  quant  les  montagnards,  sous  les  tropi» 
ques,  de  s'exposer  à  la  chaleur  brûlante  des 
plaines,  sont  des  obstacles  à  la  eommunication- 
et  contribuent  à  F  étonnante  variété  de  dialectes 
américains!  Cette  variété,  comme  on  Fa  observé, 
est  plus  restreinte  dans  les  savanes  et  les 
forêts  du  nord,  qui  sont  aisément  traversées 
par  le  chasseur,  sur  les  bords  des  grandes  ri^ 
vières,  le  long  des  côtes  de  FOcéan  et  dans 
les  contrées  où  les  Incas  avaient  établi  leur 
théocratie  par  la  force  des  armes  {5V). 

Ainsi  donc,  je  |>en5eque  dans  celle  bran- 
che lie  ses  recherches,  rclhnographie  a  fait 
son  devoir,  en  reluisant  d'aboni  le  nombre 
immense  des  dialeries  américains  à  uno 
seule  famille,  et  en  expliquant  |iar  l'analogie 
leur  extraordinaire  mullipliciié. 

Oulre  les  ressemblances  dans  le  caractère 
général  de  leurs  îançues,  les  nalions  améri- 
caines offrent  dans  leur  étal  social  el  leur 
condition  morale,  divers  traits  communs 
qui  indiquent  enlre  elles  une  sorte  de  p%- 
renlét  el  qui  servent  à  les  distinguer  des 
races  de  l'ancien  monde. 

Ces  deux  ordres  de  faits  extrêmemcni  re- 
marquables ont  été  diversement  înter|  ré- 
lés;  mais,  quelle  que  soit  Thypoibè^c  qn  on 
adopte  relativement  h  leur  naturu  et  à  leur 
cause,  l'impression  qu'ils  pio luisent  e^t 
toujours  la  même:  c'est  de  nous  iJoniier  uns 
haute  idée  de  rantiquité  de  la  rare  améri- 
caine, de  reculer  très-loin  dans  les  temi^ 
répoqueà  laquelle  ellei'c>lsé|*arée  «lu  reste 
de  Tespècc  humaine.  Un  savant  et  im^cnieux 


<5I    Recherches  msiaUques,  vol.  X,  p.  iOL  WeUeru  coasU  of  Amsttahm.  I^ndon,  t8î6,  vd.  il. 

|.^i»  HUoire  des  indiens  de  VArcbïpet ,  vol.  II,  Apiicml.  ,.      . ..  ,   ...  ,. 

j.j;;.  79.  ('»4)  KMfs  ift-i  toraillnci,  vi.|.  I-,  pag.  1 1- 

i3)  Ssrratite  ofasurreif  of  the  iêiUrirùpUal  and 


483 


AME 


DiCTIONiNAmE 


AMB 


m 


écrivain  qui  a  fait  une  étude  attentive  du 
caractère  des  Américains  aborigènes,  et  qui 
a  su  profiter  habilement  des  fticilités  toutes 
particulières  qu'il  avait  pour  acquérir  sur  ce 
sujet  d*amp1e5  renseignements,  a  été  amené 
à  penser  que  Tétat  de  barbarie  dans  lequel 
nous  voyons  les  nations  du  nouveau  monde» 
n'est  pas  leur  état  primitif;  que  ces  nations 
ne  doivent  point  être  considérées  comme 
conservant  jusqu'à  ce  jour,  la  simplicité 
originelle  aune  nature  inculte;  mais  au 
contraire  comme  nous  offrant  les  restes 
d'une  race  qui  a  été  anciennement  assez 
haut  placée  dans  Téchelle  de  la  civilisation, 
et  qui,  tombée  aujourd'hui  au  dernier  de- 

f;ré  de  décrépitude ,  est  pour  ainsi  dire  sur 
e  point  de  s  éteindre. 

Le  docteur  Martins  a  observé,  parmi  plu- 
sieurs tribus  américaines,  des  traces  a'an- 
ciennes  institutions,  qui  semblent  n'avoir 
pu  nattre  qu'au  milieu  d'une  civilisation 
assez  avancée,  qui  indiquent  un  état  social 
fort  éloigné  de  la  simplicité  primitive  :  ainsi 
il  trouve  des  formes  très -complexes  de 
gouvernement,  des  monarchies,  qui  ne  sont 

{>as  de  purs  despotismes,  des  ordres  privi- 
é^iés,  des  cérémonies  d'investiture  pour 
certaines  dignités,  une  ordination  sacerdo- 
tale ,  un  corps  de  lois  bien  lié  dans  toutes 
ses  parties,  régissant  le  mariage,  les  héri- 
tages, les  relations  de  parenté;  bien  d'autres 
coutumes  enfin ,  gui  ne  contrastent  pas 
moins  que  celles-ci  avec  les  habitudes  sim- 
ples et  irréfléchies  des  nations  restées  tou- 
jours étrangères  à  la  civilisation  (55). 

Le  langage  de  ces  nations,  ainsi  que  le 
remarque  le  savant  voyageur,  abonde  en 
expressions  qui  indiauent  une  certaine  Âi- 
muiaritéavec  lesconailions  métaphysiques, 
les  conceptionsabstraites.Leurs  croyances  re- 
lativement à  un  état  futur,  à  la  nature  et 
aux  attributs  des  agents  invisibles,  diffèrent 
d'une  manière  frappante  de  celles  des  na- 
tions qui  ne  sont  jamais  sorties  de  la  bar- 
barie primitive.  Un  autre  fait  qui,  ainsi  que 
le  remarque  M.  Martins,  tend  a  nous  connr- 
mer  dans  l'opinion  que  les  naturels  du 
nouveau  monde  sont  déchus  d'un  état  de 
civilisation  plus  avancée,  c'est  Vusa^e  qu'ils 
ont,  de  temps  immémorial,  de  certains  ani- 
maux domestiques,  de  certaines  plantes  cul- 
tivées, et  l'idée  qu'ils  se  font  des  moyens 
par  lesquels  ils  sont  venus  origiuairement 
en  possession  de  ces  biens.  L'économie  ru- 
rale de  l'ancien  continent  a  ses  espèces  ani- 
males et  végétales  qui  lui  sont  particulières; 
celle  du  nouveau  monde  a  également  les 
siennes  qui  diffèrent  complètement  des  pre- 
mières. —  Nous  ne  savons  pas  dans  notre 
vieux  monde,  quels  sont  les  types  primitifs 
de  nos  chevaux,  de  nos  chiens,  de  nos  bètes 
à  corne  et  des  diverses  espèces  de  céréales 
que  nous  cultivons  ;  les  nations  américaines 
sont  également  hors  d'état  de  nous  appren- 
dre quelle  est  la  souche  sauvage  du  chien 
muet  des  Mexicains,  du  llama,  de  la  racine 
de  manioc,  du  mais  et  du  quinoa. 

(55)  Mart|]«9  ,   Vber  die    Verganaenheit  nnd  die 
Zukunft  der  AmericaHischen  Mcnschheit, 


Nous  voyons  figurer  dans  los  traditions  de 
l'ancien  monde,  certains  êtres  mylhologi- 

Îues  bienfaiteurs  de  rhumanité,  Céres, 
riptolème,  Bacchus,  Pallas  et  Poséidon,  à 
qui  l'on  doit  le  blé,  le  vin,  l'olivier  sacré  et 
le  cheval  ;  et  nous  en  inférons  que  toutes  ces 
choses  ont  été  connues  parmi  nous  dès  l'an- 
tiquité la  plus  reculée.  De  même,  chez  les 
Américains,  la  tradition  attribue  la  connais- 
sance des  plantes  cultivées,  des  animaux 
domestiques  et  l'art  du  labourage,  h  quel- 

3ue  personnage  fabuleux  qui  descendait 
es  dieux,  ou  qui  était  apparu  soudainement 
au  milieu  de  leurs  ancêtres  :  tels  sont  le 
Manco-Capac  des  Péruviens,  le  Xolotl  etlo 
Xiuhtlatodes  Toltèqueset  des  Chichimecas. 
Maintenant,quana  nous  voyons  les  premiè- 
res conquêtes  faites  sur  la  nature ,  les  arts, 
qui  sont  le  résultat  le  plus  simple  d*un  com- 
mencement de  civilisation  et  qui  appartien- 
nent nécessairement  à  la  première  enfanco 
des  sociétés,  attribués  à  certains  personna- 

Îfes  dont  l'histoire  est  conservée  dans  des 
égendes  mythiques ,  et  que  nous  trouvons 
ces  légendes  différentes  pour  chacune  des 
grandes  divisions  du  genre  humain  ,  nous 
sommes  nécessairement  portés  à  faire  remon- 
ter jusqu'aux  premiers  âges  du  monde  l'é- 
poque de  leur  séparation. 

Enân,comme  preuves  matérielles  à  l'appui 
de  rhvpothèse  du  docteur  Martins  »  on  peut 
citer  les  restes  anciens  de  sculpture  et  d'ar- 
chitecture répandus  dans  le  Mexique ,  le 
Yucatan  et  le  Chiapa  ,  dans  la  haute  plaine 
de  Quito  et  dans  d'autres  parties  de  1  Amé- 
rique méridionale,  ainsi  que  les  grands  ou- 
vrages d'art,  tels  que  les  fortifications  et  les 
vestiges  de  temples  ou  de  palais,  découverts 
tant  dans  Tenessi  que  dans  l'intérieur  du 
Nouveau  Mexique»  non  loin  de  la  rivière  de 
Gila. 

Si  nous  interrogeons  les  traditions  des 
Américains  eux-mêmes,  nous  trouvons  que 
ces  traditiuns  nous  les  représentent  comme 
un  peuple  émigrant  et  descendant  du  noni- 
ouest  vers  le  sud.  Les  Toltèques  ,  puis  les 
Sept-Tribus,  comme  on  le  sappelle,  les  Che- 
chenecks  et  les  Aztèques  sont  tous  repré- 
sentés dans  l'histoire  mexicaine  comme  des 
nations  successives ,  araivant  dans  l'Ana- 
huac  ou  Mexique.  Dans  les  peintures  hiéro- 
glyphiques représentant  les  migrations  de 
ce  dernier  peuple ,  on  le  voit ,  selon  Bortu- 
rini ,  traversant  la  mer  ,  .probablement  le 
golfe  de  Californie,  circonstance  aui  ne  peut 
laisser  de  doute  sur  la  route  qu  il  suivait. 
Ces  traditions  racontent,  en  outre,  Farrivéc 
d'une  colonie  plus  récente,  qui  avança  gra^i- 
dement  la  civilisation  de  ces  contrées.  Manco- 
Capac  est  le  plus  célèbre  de  ces  colons , 
comme  étant  lé  fondateur  de  la  dynastie  et 
de  la  religion  des  Incas.  Un  écrivain  d'ima- 
gination a  basé  sur  cette  circonstance  et 
construit  une  histoire  complète  d'une  con- 
quête du  Pérou  et  du  Mexique  par  les  Mon- 
sols  (56).  11  suppose  que  Manccn-Capac  était 
le  fils  de  Kublaï ,  empereur  Mongol ,  petit- 

(56)  Recherchet  historiaues  de  Hankina  sur  la  con- 
quête du  Pérou  et  du  Me^ciquCt  etc.,  aan$  U  iiif 


AME 


D'ANTUROPOLOGie. 


AMfi 


iSt 


fils  de  Qeogis-Kban,  qui  fui  enroyi  par  son 
père  avec  «ine  flotte  considérable  contre  le 
Japoo.  Cne  tempête  dispersa  la  flotte  ,  au 
point  qu^elle  ne  put  re;;agner  son  pays  ,  et 
œi  auteur  imagine  qu  elle  fut  jetée  sûr  les 
eûtes  de  TAmérique ,  où  son  commandant 
s'établit  comme  chef.  Quelque  ingénieuse 
et  même  {urobahile  que  puisse  être  cette 
eonje«-ture ,  les  preuves  que  Ton  fournit 
pour  rétablir  ne  sont  nullement  satisfaisan- 
tes. Beaucoup  d*analogies  peuvent  sans 
docte  exister  entre  les  Péruviens  et  les 
llon^Is  t  mais  on  peut  facilement  les  faire 
Tenir  d*autres  sources.  Toutefois  les  don- 
nées dironologiques  ,  la  nature  de  la  reli- 
gion qu*ils  établirent  et  les  monuments 
qa*ils  érigèrent  ne  permettent  pas  de  dou- 
ter que  le  Tliibet  ou  la  Tartarie  ne  fussent 
la  partie  originaire  de  Témigralion  deManco- 
Caipac.  Secondement ,  la  computation  du 
temps  parmi  les  Américains  présente  une 
eoîncîdence  trop  mar»|uée  dans  ur.e  matière 
de  pur  caprice,  avec  celle  de  TAsie  orien- 
tale ,  pour  être  purement  accidentelle.  La 
dirisîon  du  temps  en  ^nds  cycles  d  années, 
subdivisées  en  portions  plus  petites  dont 
chacune  porte  un  certain  nom,  est,  sauf  des 
diflerences  insi^ifiantes ,  le  plan  adopté 
parmi  les  Chinois  ,  les  Japonais  ,  les  Kal- 
moucksy  les  Monspls  et  les  Mantchoux,  aussi 
bien  que  parmi  les  Toltèques,  les  Aztèques 
et  d^autres  nations  américaines.  Le  caractère 
de  leurs  méthodes  re^iectaves  est  précisé- 
ment le  même,  surtout  si  Ton  compare  cel- 
les des  Mexicains  et  des  Japonais.  Mais  une 
comparaison  du  zodiaque ,  tel  qu'il  existe 
chez  les  Thibétains ,  les  Mongols  et  les  Ja- 
IMioais,  avec  les  noms  donnés  par  cette  na- 
tion américaine  aux  jours  du  mois,  satisfera, 
fe  pense,  les  plus  incrédules.  Les  signes 
identiques  sont  :  le  ti^p^  le  lièvre ,  le  ser- 
peot,  !e  singet  le  ehien,  et  un  oiseau  ;  signes 
dont  aucune  aptitude  naturelle  n*a  pu  évi- 
demment suggérer  (adoption  sur  les  deux 
continents.  Cette  étrange  coïncidence  est 
encore  complétée  par  le  fait  curieux  que 
plusieurs  des  signes  mexicains ,  manquant 
dansTle  zodiacpie  tartare ,  se  retrouvent  dans 
les  SkoBirashindouâ^  dans  les  positions  exac- 
tement correspomlantes.  Et  ces  signes  ne 
sont  pas  moins  arbitraires  que  les  premiers  ; 
c'est  une  maison  ,  une  canne  è  sucre  ,  un 
couteau  et  trois  empreintes  de  "pied.  Mais 
pcNir  traiter  convenablement  ce  sujet,  il  fau- 
drait entrer  dans  des  détails  beaucoup  plus 
minutieux  (57). 

Enfin,  si  tout  le  reste  nous  manquait,  les 
traditions  si  claires  conservées  en  traits  pré- 
ris  et  Tivantes  parmi  les  Américains,  snr 
lliistoire  primitive  de  Thomme ,  sur  le  dé- 
In^  et  la  di5persion,sont  si  exactement  con- 
formes k  celles  de  Tancien  monde,  qu'elles 
rendent  impossible  toute  hésitation  sur  leur 

I^ood.,  1927. 

(57)  Fi>f .  ks  pbndies  comparatÎTes,  etc^  dans 
le  vol.  n  des  Taes  des  Cordillères. 

(58i  De  HcKBOiDT,  Vues  its  Co:dil!fre%,   îhit'.. 


origine.  Les  Aztèques,  les  Mittèques,les  Fias- 
caltèques  etd  autres  nations  avaientdespein- 
tures  innombrables  de  ces  derniers  événe- 
ments. Tezpi  ou  Coxcox,  comme  on  appelle  le 
Noé  américain,  est  peint  dans  une  anrhe  flot- 
tante sûr  les  eaux,  et  avec  lui  sa  femme,  ses 
enfimts,  plusieurs  animaux  et  diOérentes  es- 
pèces de  grains.  Quand  les  eaux  se  retirè- 
rent, Tezi>i  envoja  un  vautour  qui,  trouvant 
à  se  nourrir  sur  les  corps  des  animaux  novés, 
ne  revint  ftas.  L'expérience  n'ayant  *pas 
mieux  réussi  avec  plusieurs  autres  oiseaux, 
Toiseau-mouche  revint  à  la  fin,  portant  une 
branche  verte  dans  son  bec.  Dans  les  mê- 
mes peintures  hiéroglyphiques ,  la  disper- 
sion de  rhumanité  est  ainsi  représentée. 
Les  premiers  hommes  après  le  déluge 
étaient  muets  ;  et  on  voit  une  colombe  per- 
chée sur  un  arbre  leur  donner  des  langues 
à  tous  ;  la  conséquence  de  cela  fut  que  les 
familles  au  nombre  de  quinze  se  dispersè- 
rent en  différentes  directions  (38).  Cette 
^x)încidence,  qui  me  rappelle  que  je  me  suis 
encore  laissé  aller  à  une  digression  ,  suffi- 
rait à  elle  seule  pour  établir  une  chaîne 
étroite  de  connexion  entre  les  peuples  des 
deux  continents.  Mais ,  dans  le  fait,  si  nouH 
breuses,  si  eitraorJinaires  et  si  minutieuses 
^nt  les  ressemblances  entre  les  trmlitions  de 
Tun  et  de  Tautre  monde,  que  dans  un  ou» 
yrage  dont  je  dois  dire  quelques  mots,  on  a 
inséré  deux  longues  et  savantes  dissertations 
pour  prouver  que  les  J  uifs  d*abord  et  des  chré* 
tiens  ensuite  ont  colonisé  TAmérique  (S9). 

L'ouvrage  auquel  je  fais  allusion  est  la 
collection  vraiment  royale  des  monuments 
inexicains ,  publiés  par  Lonl  Ringboroug^  ; 
c'est  un  tr^r  de  matériaux  pour  ceux  qui 
se  consacrent  à  cette  étude.  Il  semble  im- 
possible de  parcourir  ces  magnifiques  vo- 
lumes sans  être  frappé  des  caractères  va- 
riés de  Tart  qui  y  est  déployé.  Les  figures 
hiéroglyphiques  représentant  la  forme  hu- 
maine, dans  des  proportions  ramassées  ou 
difformes,  n'ont  nen  de  commun  avec  les 
reliefs  sculptés.  Ici  nous  trouvons  de  gran- 
des figures  posées  dans  des  attitudes  guer- 
rières; là,  des  femmes  assises  les  jambes 
croisées  sur  des  monstres  à  double  tète,  avec 
leurs  enfants  dans  leurs  bras,  leur  cou  orné 
de  colliers  de  perles ,  leur  tête  couronnée 
d'une  coiffure  conique  et  quelquefois  en 
forme  d'animaux;  ailleurs  nons  trouvons  la 
tortue  ,  Temblèmc  sacré  de  llnde  ;  dans  un 
autre  endroit ,  nous  voyons  le  serpent  se 
roulant  autour  d*un  arbre  ,  ou  des  hommes 
près  d*être  dévorés  par  des  monstres  infor- 
mes ;  en  sorte  qu'on  s'imagine  examiner  les 
sculptures  de  quelque  caverne  indienne  ou 
d'une  ancienne  pagode  (W) ,  et  j'ajouterai 
que  le  type  physionomiquei. ans  ces  sculptu- 
res n'est  nullement  américain,  mais  rappelle 
vivement  à  Tesprit  1  ancienne  manière  in- 

J59)  Us  AmiiquiUs  mejncaines^  publiées  par  AcLio, 
.  VI,  pag.  ^32-409,  et  409-420. 
(60)  V^.  le  vol.  IV,  part,  i",  ûf^.  20,  36, 27, 2S, 
32;  Spécimen  de  scolplare  nH^ifaine ,  ea  b  pos- 
sessioB  de  M.  Latoar-Albrd,  à  Paris,  fig.  1 5,  part,  h 
ig.  8 


IB7 


AME 


DIGT.ONNÂIRE 


AME 


188 


ditfnne.  Enfin  nous  avons  une  autre  classe 
de  monumenU  également  distincte  et  qui 
semble  s'harmoniser  avec  l'art  égyptien  : 
ce  sont  des  pyramides  construites'  sur  le 
même  modèle  et  en  apparence  pour  le  même 
but  ;  ce  sont  des  figures  serrées  dans  leurs 
vêtements,  de  manière  à  ne  laisser  paraître 
que  les  pieJs  en  bas,  et  les  mains  de  chaque 
côté,  comme  dans  les  statues  égyptiennes; 
tandis  que  la  coiffure  entoure  la  tête  et  des- 
cend de  chaque  côté  en  poussant  en  avant 
u'énormes  oreilles  ;  puis  d'autres  figures 
agenouillées  où  cette  toilette  est  encore 
plus  marquée;  en  sorte  qu'elles  pourraient, 
comme  la  observé  E.  G.  Visconli,  avoir  été 
copiées  sur  le  portique  de  Dendorah  ,  dont 
les  chapiteaux  leur  ressemblent  exactement. 
Dans  les  figures  de  cette  classe ,  la  physio- 
nomie n'est  nullement  la  même  que  dans  la 
l)r3mière,  mais  d'un  caractère  qui  convient 
mieux  au  style  de  l'art  (61). 

Qui  nous  résoudra  cette  énigme ,  et  nous 
dira  si  ces  ressemblances  sont  accidentelles 
ou  si  elles  ont  été  produites  par  quelque 
communication  actuelle?  Assurément  cest 
encore  là  une  terre  mystérieuse ,  envelop- 
pée de  nuages,  et  il  faudra  encore  bien  des 
études  pour  éclaircir  des  anomalies ,  récon- 
cilier des  contradictions  et  placer  nos  con- 
naissances sur  une  base  plus  solide.  Nous 
ne  pouvons  même  surmonter  les  diflicultés 
de  ce  genre  qui  se  rapprochent  le  plus  de 
notre  temps;  nous  ne  pouvons  ,  par  exem- 
ple, expliquer  comment,  ainsi  gue  Muratori 
l'a  prouvé,  le  bois  du  Brésil  était  au  nombre 
des  marchandises  payant  entrée  aux  portes 
de  Modène  en  1306;  ou  comment  la  carte 
d'Andréa  Brianco,  conservée  dans  la  biblio- 
thèque de  Saint-Marc,  à  Venise ,  et  faite  en 
1436  ,  a  pu  placer  une  île  dans  l'Atlantique 
avec  le  nom  même  de  Brasile.  Combien 
plus  de  diflicultés  ne  devons-nous  pas  ren- 
contrer ,  quand  nous  essayons  de  dénouer 
l.»s  nœuds  compliqués  de  l'histoire  primi- 
tive, ou  de  reconstruire  les  annales  des  an- 
ciens temps,  avec  quelques  débris  de  monu- 
ments! 

Soit  que  nous  adoptions  Topinion  de 
M.  Marlins  et  que  nous  considérions  avec 
lui  les  nations  américaines  comme  tombées 
d'un  haut  état  de  culture  intellectuelle  dans 
leur  état  présent  de  barbarie,  soit  que  nous 
essayions  de  trouver  une  autre  explication 
pour  les  phénomènes  qui  ont  conduit  le  sa- 
vant'Bavarois  à  cette  supposition,  nous  de- 
vons reconnaître  qu'il  y  a  dans  Thistoire 
morale  et  intellectuelle  des  tribus  indigènes 
de  l'Amérique  plusieurs  traits  qui  servent  à 
les  distinzuer,  et  qui  leur  donnent  (du  moins 
à  la  grande  inajorité  de  la  race)  un  caractère 
national  (X)mmun.  Leurs  langues,  par  ce  ca- 
chet auquel  nous  avons  déjà  fait  allusion, 
indiquent  peut-être  plus  d'habitude  de  ré- 
flexion, plus  de  capacité  ppur  l'observation 
des  vrais  rapports  que  les  idiomes  grossiers 
de  plusieurs  races  de  l'ancien  continent. 
Les  coutumes  et  les  institutions  nationales  et 


beaucoup  d  autres  traits  auxquels  M.  Martm^ 
a  attaché  tant  d'importance,  s'ils  ne  suffisent 
pas  pour  établir  complètement  son  hypothèse, 
prouvent  du  moins  des  habitudes  de  médita- 
tion, un  développement  de  la  pensée  et  une 
culture  de  l'esfirit  qui  indiquent  un  étattrès- 
différent  de  celui  des  sauvages  en  général. 
Mous  pouvons,  en  outre,  observer  chez  les 
Américains  quelques  caractères  moraux  qui 
servent  de  même  à  les  distinguer  :  une  cer- 
taine vigueur,  une  certaine  énergie  de  ca- 
ractère sont ,  dit-on ,  unies  chez  eux  à  une 
tendance  à  la  cruauté  et  à  un  esprit  de  ven- 
geance. Les  affections  sociales  paraissent 
avoir  moins  d'influence  sur  eux  que  sur  la 
plupart  des  autres  races  humaines  :  les  Bé- 
douins des  déser!s  de  l'Arabie  sont  cruels  et 
vindicatifs  sans  doute,  mais  leurs  mauvaises 
passions  exercent  sur  eux  une  influence  plus 
passagère  que  la  sombre  méchanceté  des 
Américains.  Le  contraste  entre  les  nomades 
de  l'Asie  et  de  l'Amérique  est  frappant  en 
plusieurs  points  ;  il  a  été  tracé  par  un  des 
plus  éloquents  écrivains  de  notre  époque, 
M.  de  Chateaubriand,  qui  avait  eu  occasion 
d'observer  les  deux  races  dans  leurs  solitudes 
natales.  Dans  la  citation  que  je  vais  faire  de 
ce  passage,  mes  lecteurs  remarqueront  peut- 
être  avec  intérêt  la  différence  des  conclu- 
sions auxquelles  sont  parvenus,  en  méditant 
sur  les  mêmes  faits,  le  naturaliste  allemand 
et  le  poète  français. 

«  Ce  qui  distingue  surtout,  dit  M.  de  Cha- 
teaubriand ,  les  Arabes  des  peuples  du  nou- 
veau monde ,  c'est  qu'à  travers  la  rudesse 
des  premiers,  on  sent  pourtant  quelque 
chose  de  délicat  dans  leurs  moours  :  on  sent 
qu'ils  sont  nés  dans  cet  Orient,  d'où  sont 
sortis  tous  les  arts,  toutes  les  sciences,  tou- 
tes les  relisions.  Caché  aux  extrémités  de 
l'Occident,  dans  un  canton  détourné  de  l'uni- 
vers, le  Canadien  habite  des  vallées  ombra- 
gées par  des  forêts  éternelles  et  arrosées  par 
des  fleuves  immenses  ;  l'Arabe,  pour  ainsi 
dire  jeté  sur  le  grand  chemin  du  monde,  en- 
tre l'Afrique  et  "Asie,  erre  dans  les  brillan- 
tes régions  de  l'Aurore,  sur  un  sol  sans  ar- 
bres et  sans  eau.  11  faut,  parmi  les  tribus  des 
descendants  d'Ismaël,  des  maîtres,  des  ser- 
viteurs, des  animaux  domestiques,  une  li' 
berté  soumise  à  des  lois.  Chez  les  hordes 
américaines,  l'homme  est  encore  tout  seul 
avec  sa  fière  et  cruelle  indépendance  :  au 
lieu  de  la  couverture  de  laine ,  il  a  la  peau 
d'ours  ;  au  lieu  de  la  lance,  la  flèche  ;  au  lieu 
du  poignard,  la  massue  ;  il  ne  connatt  point 
et  il  dédaignerait  la  datte,  la  pastèque,  le  lait 
du  chameau  :  il  veut  h  ses  festins  de  la  chair 
et  du  sang.  Il  n'a  point  tissu  le  poil  de  chè- 
vre pour  se  mettre  à  l'abri  sous  des  tentes: 
l'orme  tombé  de  vétusté  fournit  l'écorce  à  sa 
hutte.  Il  n'a  point  dompté  le  cheval  pour 
suivre  la  gazelle,  il  prend  lui-même  1  ori- 
gnal à  la  course.  Il  ne  tient  point  par  son  ori- 
gine à  de  grandes  nations  civilisées;  on  ne 
rencontre  point  le  nom  de  ses  ancêtres  dans 
les  fastes  des  empires  ;  les  contemporains  de 


(61)  Voir  le  spédmcn  de  sculpture  mexicaine,. p.  I,  fis-  '  <*^  suiv.,  48,  £tc. 


189 


AlfE 


DUMTHROrOLOGIE. 


A1IE 


no 


aîeui  sont  de  Tîeux  cbénes  encore  ûef^ouL 
Mcifanments  de  la  nature»  et  non  de  This- 
loire^  les  tombeaui  de  ses  pères  s^élèvent  in- 
eonnos  dans  les  forêts  ignorées.  En  an  mott 
tout  annonce  chez  rAméricain  »  le  sauvage 
qui  n'est  point  encore  jianrena  à  Tétat  de 
«dTÎlisation  9  tout  indioue  chez  TArabe, 
rhonnne  dnlisé  retombé  dans  Tétat  sau- 
rage  (fâ).  t 

Quelques  différentes  que  soient  les  con- 
clusions auxquelles  sont  arrivés  en  définitive 
les  deui  écrivains,  il  parait  qu'ils  ont  par- 
la ^  Fun  et  raatre,  relativement  aux  traits 
saillants  du  caractère  américain,  Fimpres- 
$ion  qu  a  produite,  cbez  tous  les  hommes  ca- 
pables de  réfléchir,  la  contemplation  des 
loémes  phénomènes  ;  tous  ceux  qui  ont  ob- 
servé avec  soin  ces  espèces  de  brutes  que 
Fon  trouve  encore  dans  quelques  coins  re- 
culés de  Fancien  continent,  ces  sauvages  stu- 
pides,  uniquement  occupés  du  soin  de  satis- 
faire leurs  appétits  grossiers  et  incapables  de 
fixer  sur  quelque  autre  chose  que  ce  soit  leur 
attention,  tous  ceux,  dis-je,  qui  ont  observé 
attentivement  ces  hommes  et  les  ont  com- 
parésaux  indigènes  du  nouveau  monde,  ont 
été  frappés  de  la  supériorité  des  Américains 
sous  le  rapport  de  fa  profondeur  et  de  l'é- 
nergie des  sentiments,  de  la  vigueur  de  Ves- 
prit,  de  Faptitude  à  la  réflexion,  du  courage, 
de  la  persévérance.  Ce  qui  les  a  non  moins 
vivement  frappé^ ,  c*est  la  taciturnité  et  le 
défaut  de  sociabilité  de  ces  hommes ,  Fab- 
sence  chez  eux  de  presque  tout  sentiment 
affectueux,  Forgueil  qui  se  montre  aussi 
bien  dans  leur  affectation  d'indifférence  pour 
les  objets  capables  d'éveiller  leur  curiosité , 
que  dans  leur  apparence  d'insensibilité  au 
fuiliett  des  douleurs,  la  profondeur  de  leur 
haine,  Fardeur  de  leur  soif  de  vengeance,  là 
dissimulation  sous  laquelle  ils  cachent  leurs 
projets  infernaux,  enfin  toutes  ces  qualités 
odieuses  qui  ont  porté  quelques  personnes  à 
supposer  que  les  descendants  du  premier 
meurtrier  étaient  allés  chercher  un  refuse 
dans  les  sombres  forêts  de  l'Amérique,  loin 
des  veux  des  hommes,  loin  des  êtres  bien- 
veillants. 

La  crdniologie  des  nations  américaines  a 
lait  tout  d'un  coup  un  pas  immense,  grâce 
aux  savants  travaux  du  docteur  Morton,dont 
le  magnifique  ouvrage  est  bien  connu  de 
tous  ceux  qui  portent  intérêt  aux  recherches 
ethnolo^ques.  Cet  écrivain  a  observé  beau- 
coup de  faits  importants  dont  on  ne  pourra 
dé^rmais  se  dispenser  de  tenir  compte  dans 
l'histoire  physique  des  races  américaines 
considérées  chacune  en  particulier;  mais  les 
types  d'organisation  aue  présentent  ces  ra- 
ces sont  trop  multiplies,  et  les  traits  qui  pa- 
raissent les  distinguer,  trop  fugitifs  ou  trop 
faiblement  marqués  pour  servir  de  base  à 
nue  distribution  des  indigènes  du  nouveau 
monde  en  groupes  ethnologiques.  Je  citerai 
cependant ,  d'après  Fouvrage  du  docteur 
Morton,  les  résultats  généraux  de  la  compa- 

(€2)  Ulmêrmre  de  Parié  à  JérmsaUm. 

(C3  Belathm  é^un  toff^ge  de  la  mer  du  Sud  aux 


raison  qu'il  a  laite  des  crânes  américains 
«  Apres  avoir  examiné,  dit  cet  écrivain, 
un  grand  nombre  de  crânes,  j'ai  trouvé  que 
les  nations  situées  à  Fest  des  monts  Aue- 
ghanis  et  celles  qui  leur  sont  unies  par  des 
nens  de  parente,  ont  la  tête  plus  allongée 
que  les  autres  tribus  américaines.  Cette  re- 
maroue  s'applique  spécialement  à  la  grande 
soucne  Lenapé,  aux  Iroquois  et  aux  Chero- 
kees.  A  l'ouest  du  Alississipi,  nous  retrou- 
vons encore  Fallon^ment  de  la  tête  chez 
les  Mandans,  les  Ricaras,  les  Assiniboines 
et  quelques  autres  tribus  ;  mais,  même  dans 
ces  cas,  la  troncature  caractéristique  de  Fo«> 
ciput  est  toujours  plus  ou  moins  apparente, 
pendant  que  beaucoup  de  nations  à  l'est  de« 
montagnes  Rocheuses,  tels  oue  les  Osages, 
les  Missouris,  les  Daeotas  et  plusieurs  autres, 
nous  offrent  cette  forme  arrondie  de  la  tète 
qui  est  si  caractéristique  de  la  race.  La  même 
conformation  est  commune  dans  la  Floride  ; 
mais  quelques-unes  de  ces  nations  sont  évi* 
demment  de  famille  Toltèque,  comme  Fat* 
testent  leurs  caractères  physiques  aussi  bien 
que  leurs  traditions.  Les  têtes  des  Caraïbes, 
tant  des  Antilles  que  de  la  terre  ferme,  sont 
aussi  naturellement  arrondies,  et ,  d'après 
ce  que  nous  avons  pu  faire  d'observations, 
ce  caractère  persiste  chez  des  races  plus  mé« 
ridionales  encore,  chez  les  nations  situées  à 
Fest  des  Andes,  chez  les  Patagons  et  chez 
les  tribus  indigènes  do  Chili.  Bref,  Te  dé- 
faut de  saillie  de  la  portion  occipitale  du 
crâne  parait  caractériser  un  nombre  plus  ou 
moins  ^and  d'individus  dans  toutes  les  tri- 
bus qui  se  rencontrent  depuis  la  Terre  de 
feu  jusqu'au  Canada.  Si  nous  examinons  par 
derrière  les  crânes  américains,  nous  voyons 
que  le  contour  occipital  est  modérément 
courbé  extérieurement,  qu'il  s'aplatit  vers 
la  protubérance  occipitale  et  se  renfle  à  par- 
tir de  ce  point  jusqu'à  Fouverture  de  Fo- 
reille.  Des  protubérances  pariétales  au  ver- 
tex,  les  parois  crâniennes  se  rapprochent  en 
se  courbant  légèrement,  de  manière  à  donner 
dans  leur  ensemble  une  surface  conique  ou 
plutôt  prismatique. 

«  M.  de  Humboldt  a  remarqué  qu'il  n'y  a 
sur  tout  le  globe  aucune  race  chez  laquelle 
l'os  frontal  soit  aussi  fuyant  et  le  front  aussi 
petit;  il  faut  observer  cependant  que  le  peu 
de  hauteur  du  front  est,  jusqu'à  un  certain 
point,  compensé  par  sa  largeur  qui  est  en 
général  considérable.  Le  front  plat  était  con- 
sidéré par  un  grand  nombre  de  tribus  comme 
une  beauté,  et  cette  étrange  idée  est  ce  qui 
a  conduit  principalement  à  l'habitude  de 
mouler  la  tète  au  moyen  d'une  compression 
exercée  dans  l'enfance. 

«  Quoique  les  cavités  orbitaires  soient 
grandes,  les  yeux  eux-mêmes  sont  plus  pe- 
tits que  ceux  des  Européens,  et  Frezier  (63) 
nous  assure  que  les  femmes  puelches  qu'il 
vit  au  Chili  les  avaient  d'une  petitesse  qui 
les  rendait  complètement  hideuses.  Les  yeux 
sont  profondément  enfoncés  dans  la  tête,  et 

C€ite%  du  CAî/r,  du  Pérou,  frit  fffndaut  U$  umUe% 
i7lièl7IG;  Taris  1^''' 


m 


AllG 


DIGTJONNAIliE 


AME 


iOi 


semblent  l'être  encore  davantage  par  suite 
de  la  saillie  «.les  bosses  sourcilières  qui  sont 
très-bas  placées. 

fi  Parmi  les  Indiens  de  -rAmérique  du 
Nord,  il  est  très-rare  de  voir  se  prononcer 
netlemeat  cette  obliquité  des  yeux  qui  est  si 
générale  chez  les  Malais  et  les  Mongols  ^  mais 
S{)ii  i;t  Martins  l'ont  observée  dans  quelques 
tribus  brésiliennes,etdeHumboldt,danscelles 
dci  rOrénoque  :  parmi  les  Pouris,  le  prince  de 
Wied  a  vu  un  homme  qui ,  sous  ce  rapport, 
comme  sous  beaucoup  aautres,  ressemblait 
d'une  manière  frappante  à  un  Calmouque. 

«  Ce  que  nous  avons  dit  ailleurs  de  la 
forme  des  orbites  osseuses  est  applicable, 
pour  ainsi  dire,  à  tous  les  individus,  sans 
exception  :  le  bord  supérieur  n'est  gue  très- 
légèrement  «ourbé,  pendant  que  l'inférieur 
peut  être  comparé  a  un  cintre  renversé,  et 
que  les  bords  latéraux  offrent  une  courbure 
qui  tient  le  milieu  entre  les  deux  autres.  Ce 
fait  est  particulièrement  intéressant  à  cause 
du  contraste  que  nous  présente  la  race  ma- 
laise, chez  laquelle  l'orbite  est  allongée  et  à 
bords  parallèles.  Cette  dernière  conforma- 
tion cependant  se  trouve  quelquefois  dans 
les  têtes  américaines,  mais  ce  n'est  guère 
que  dans  celles  qui  ont  été  déformées  par  une 
pression  exercée  sur  l'os  frontal. 

ff  Le  nez.  constitue  un  des  traits  les  plus 
prononcés  et  les  dIus  uniformes  du  type 
dé  visage  indien.  Cnez  presque  tous  les  in* 
dividus  il  a  unb  forme  décidément  arquée 
sans  cependant  être  aquilin  ;  il  est  excessive- 
ment rare  de  trouver  parmi  eux  un  nez  plat. 

«  Les  cavités  nasales  correspondent  aux 
dimensions  extérieures  du  nez,  et  l'extrême 
finesse  d'odorat  que  possèdent  les  Améri- 
cains indigènes  a  été  attribuée  au  grand  dé- 
veloppement de  la  membrane  olfactive; 
mais  chez  eux  probablement  la  perfection 
de  ce  sens,  aussi  bien  que  du  sens  de  l'ouïe, 
tient  en  grande  partie  à  la  fréquence  des  oc- 
casions qu'ils  ont  d'en  faire  usage,  et  à  l'at- 
tention qu'ils  apportent  à  recueillir  et  à 
comparer  ses  moindres  indications. 

«  Les  pommettes  sont  grandes  et  saillan- 
tes, et  inclinent  rapidement  vers  la  mâ- 
choire inférieure,  donnant  ainsi  à  la  face 
une  forme  triangulaire.  La  mâchoire  supé- 
rieure est  souvent  allongée  et  très-inclinée 
en  avant,  mais  les  dents  ont  en  général  une 
direction  verticale,  La  mâchoire  inférieure 
est  forte  et  massive  ;  les  dents  sont  grandes 
et  peu  sujettes  à  se  gâter  ;  il  est  rare  d  en  ren- 
contrer qui  portent  des  traces  de  carie,  mais 
il  est  commun  de  les  trouver  fort  usées,  par 
suite  de  la  mastication  de  substances  dures.» 

Tout  intéressantes  et  importantes  que 
soient  ces  observations,  elles  ne  nous  four- 
nissent point  les  moyens  d'établir  des  divi- 
sions parmi  les  races  américaines,  et  de  les 
grouper  conformément  aux  affinités  existan- 
tes entre  les  différentes  tribus.  Nous  voyons 
dans  le  nouveau  continent,  aussi  bien  que 
dans  rancicn,  que  des  tribus  dont  les  carac- 
tères physiques  son tdifférents  rentrent  pour- 
tant dans  les  mêmes  familles  de  nations.  La 
rcmarcpie  que  nous  avons  citée  du  docteur 


Morton  nous  en  offre  un  exemple,  puisque 
les  Mandans,  les  Minetaris.  et  les  Osages 
dont  il  fait ,  d'après  la  forme  de  leurs  têtes , 
une  classe  à  part,  sont  connus  comme  étant 
de  laffrande  famille  des  Sioux,  famille  à 
laquelle  appartiennent  également  les  Baco* 
tas  et  d'autres  tribus  caractérisées  par  une 
conformation  différente  de  la  tête. 

L'affinité  des  langues  fournit  la  seule  base 
solide  pour  les  arrangements  ethnologiques, 
et  c'est  la  méthode  qu'ont  suivie  en  effet  les 
srands  philologues  de  la  race  américaine, 
du  Ponceau,  Pickering  et  Gallatin.  Nous 
devons  suivre  ce  fil  jusqu'au  point  où  il 
nous  conduit,  et,  dès  qu*il  vient  à  nous 
manquer,  nous  devons  nous  contenter  de 
probabilités,  de  ce  degré  d'approximation  vers 
la  vérité  historique  auquel  on  peut  attein- 
dre en  se  laissant  guider  par  l'examen  des 
circonstances  géographiques  et  de  quelques 
autres  données  analogues. 

AMERICAINS  INDIGÈNES,  point  de  vue 
psychologique  apprécié.  Voy,  Races  hu- 
maines 

AMERIQUE  DU  NORD.  Voy.  Esquimaux; 
Atbapascas  ;  Algonquins  ;  Alléghaniens  ; 
Sioux  ;  —  Californiens  ;   Nootka-Côlom- 

BI^NS. 

AMÉRIQUE  DU  SUD.  —  Le  nombre  des 
races  distinctes  dont  se  compose  la  popula- 
tion de  l'Amérique  du  Sud  parait ,  diaprés 
les  observations  les  plus  récentes  n'être  pas 
aussi  grand,  à  beaucoup  près,  qu'on  l'avait 
d'abord  supposé.  A  mesure  que  les  langues 
ont  été  mieux  connues,  on  a  pu  faire  des 
rapprochements  dont  le  résultat  a  permis  de 
réduire  notablement  le  nombre  des  familles. 
Aujourd'hui  nous  sommes  en  état  de  rappor- 
ter avec  quelque  certitude,  à  un  nornbre  de 
groupes  comparativement  fort  petit,  une 
multitude  de  dialectes  qui  avaient  été  long- 

B  autant 

cependai 
langues  de  rAmériqi 
est  encore  dans  l'enfance  :  car,  bien  qu'elle 
permette  dans  plusieurs  cas  particuliers  de 
constater  les  amnités  existant  entre  deux 
nations  séparées  par  un  grand  espace  de 
pavs,  il  s'en  faut  de  beaucoup  qu'elle  nous 
onre  les  ressources  sudisantes  pour  classer 
et  grouper  convenablement  les  races  de  cette 

{wrtie  du  monde.  Le  seul  essai  un  peu  satîs- 
àisant  de  répartition  qui  ait  été  fait  jus- 
qu'ici, repose  sur  une  tout  auire  base,  et 
part  de  données  purement  physiques,  relati- 
ves les  unes  à  la  configuration  du  pajrs,  les 
autres  aux  formes  cor|3orcl1es  des  habitants. 
En  faisant,  avec  discrétion,  usage  de  pareilles 
données,  on  parvient,  comme  le  remarque 
un  écrivain  pnilosophe  qui  s'est  particuliè- 
rement occupe  de  1  histoire  des  nations  de 
l'Amérique  du  Sud,  à  diviser  la  population 
entière  de  cette  grande  i>éninsule  en  un 
petit  nombre  de  groupes  parfaitement  dis- 
tingués les  uns  des  autres  par  leurs  caractè- 
res physiviues,  et  en  même  temps  à  établir  ce 
fait  capital ,  que  les  différences  en  question 
sont  dans  un  rapport  constant  avec  fes  con- 
ditions géa.iraphiqucs  des  divcrscis  régions. 


ISS 


AME 


D  ANTHROPOLOGIE. 


AUE 


IM 


ATUit  d^aUer  pins  loiny  nous  devons 
remarquer  cni*n  n'y  a  anciine  partie  du 
monde  dont  la  géogra^ie  physique  se  des- 
sine par  des  traits  aussi  tranchés  que  celle  de 
l'Amérique  du  Sud,  aucune  dans  Jaquelle 
tes  diverses  r^ons  se  distinguent  aussi 
nettement  entre  elles  par  leurs  caractères 
physiques.  «  L'Amérique  du  Sud,  dont  la 
suiierfieie  est  égaie  à  plus  de  la  moitié  de 
celle  de  VEurope^  s'étend,  dit  M.  d'Orbigny, 
depuis  la  zone  torrtde  jusqu*aux  régions 
glacées  de  la  Terre  de  fea.  Sa  constitution 
orographique  l'élève  du  niveau  de  la  mer 
aux  neiges  perpétuelles  ;  son  sol  est  on  ne 
peut  plus  varw  dans  ses  formes  et  dans  sùn 
aspect.  A  l'oceident,  une  vaste  chaîne  de 
montagnes  qui  s'élève  jusqu'aux  nues,  suit 
les  rives  ;du  grand  Oofon  ;  elacée  à  son  ex- 
trémité méridionale,  sous  la  xone  torride 
elle  offre  partout. les  clim^s  les  plus  di- 
vers :  st^ile*  sèche  et  brûlante  sur  les 


pentes  aliru{ites  de  son  versant  ouest;  tem- 
pérée ou  froide  sur  ses  immenses  plateaux  ; 
couverte  d'une  végétation  sur  les  pentes  lé- 
gèrement inclinées  de  son  versant  est.  A 
Porient  des  collines  basses  boisées,  bornées 
par  l'océan  Atlantique  offrent  une  unifor- 
mité remarquable  d  aspect,  de  composition, 
de  formes.  Au  milieu  de  ces  terrains  si  dis- 
tincts, des  plaines  immenses,  d'abord  froi- 
des arides  et  sèches  sur  les  parties  méridio- 
nales, puis  tempérées,  verdoya  nies,  avec  un 
horizon  sans  bornes  sur  les  pampas;  brû- 
lantes enfin  et  couvertes  de  forêts  sous  la 
zone  torride.  Tels  sont  les  traits  généraux 
de  la  nature  dans  les  lieux  dont  nous  par- 
lons. Nous  verrons  plus  tard  rinQuence 
qu'ils  exercent  sur  les  caractères  physiques 
et  moraux  des  hommes  qui  peu{)lent  ces  di' 
verses  parties.» 

On  peut  diviser  comme  il  suit  les  trente- 
neuf  nations  de  l'Amérique  méridionale  : 


FAMILLE  QClClirE3!TIB.  l  QoîdlIiaS. 

i, 51 5,400.  lAymaras. 

Teini  foncé,  formes  massives,  îniis  pronoocés,  \  Atacamas. 
pli}  s'ionomie  sérieuse.  r  Changea. 


rAMILLE  À5T18IE5!IE. 


145,000. 

Teint  dIqs  dair,  formes  moins  massives,  traits' 
plus  eHeoiinés. 


FAMILLE  AIACCAKICICIB. 

54,000. 


Taracarés. 

Mocéiëaés. 

Tacanas. 

Maropas. 

Apolistas. 


IAocas. 
FuégieBS. 


«t 


RAMEAU 
MERIDIONAL. 


FAMILLE   PAMPÉE55E. 
52,500. 

S'étend  depuis  le  détroit  de  Magellan  jasqa*aa 
lord  de  Pîcolmavo;  teint  brun  marron;  taille 
inde;  nez  court,  cpalé;  traits  prononcés 
lysïonomie  froide,  souvent  féroce. 


%MO,000.  Les  caractères  des 
peBples  de  ce  rameau  sont  plus  va- 
riables que  dans  les  Indiens  duj 
Ror4;  e*e8t  parmi  eux  que  se  trou- 
vent les  nations  les  pics  propres  à 
b  civHisalioA. 

Se0  FmwnlUt. 


FAMILLE  CniQl'lTÉEX^IE. 

19,500. 
Oabile  le  sud-est  de  la  Rolivie  :  teint  brun 
dair;  formes  peu  robustes;  taille  moyenne;  fi- 
gure enjouée  et  vive;  pommettes  non  saillantes; 
icfae  moyenne;  lèvres  minces. 


PatagOBS. 

Puelches. 

I  Charmas. 

Mocobis. 

Mauguayos. 

Abipones. 

L«nguas. 

Samucus. 
(liiiquitos. 
Saravécas. 
jOiukés. 
iCuruminacat» 
Covarécas. 
iCuravés. 
Tapiûs. 
'Cunicaiiécas. 
Paionécas. 
tk>rab€cas. 


/Moxos. 
FAMILLE  M0xÉE?(!(E.  Icbacapuras. 

27,200.  lllononias. 

Habile  vers  les  confins  de  la  Bolirie,  du  Pérou  /Canicbaiias. 
[et  du  Brésil  :  teint  brun  olivâtre,  peu  foncé; -nez  \Moviinas. 
court,  peu  large;  lèvres  et  pommettes  peu  sail-iCayuvavas. 
lanies  :  physionomie  douce,  un  peu  enjouée.      f  Pacaguaras. 

.    Vltéuès. 


t 


FAMILLE  GUARA5IE.^3IE. 

557,000.  iCaraibes. 

S*élend  depuis  la  mer  des  Antilles  jusqu*anlGuaiai»is. 

iode  la  Plala  ;  composée  de  peuplades  sau-\t{otocudjs. 
ra^es  converties  par  les  missionnaires  du  xviiriTupis. 
siècle.  I 


Rio 


Sur  la  ehatne  des  Andes,  sur  les  deux  versants  el  sur  la  côle  du  grand  Océan,  une  Duis- 


%99 


ANA 


OICTIONMAIIie 


AMA 


m 


où  il  est  humide  et  où  les  brouillards  sont 
fréquents.  Les  observations  relatives  à  la 
configuration  de  la  tôte  n  ont  pas  été  négl:- 
gées  par  notre  voyageur,  mo^is  elles  ne  l'ont 
conduit  à  aucune  loi  générale  :  la  forme  du 
crâne  varie  dans  chaque  tribu.  Les  Péruviens 
ont, cependant  communément  la  tète  d'une 
forme  allongée,  légèrement  comprimée  sur 
les  côtés,  le  front  un  peu  saillant,  bas  et 
fuyant  à  sa  partie  supérieure.  Les  Antisiens 
et*  les  Arauoaniens  présentent  h  peu  près  la 
même  forme.  Chez  les  habitants  des  pampas, 
la  tète  est  généralement  arrondie,  presque 
ellipsoïde,  contractée  dans  sa  longueur  et 
peu  comprimée  laléralemcnt,  avec  un  front 
moyennement  saillant  et  non  fuyant.  Les  Chi- 
quitos  nous  présentent  une  exagération  de 
ce  caractère,  et  leur  tète  est  presque  circu- 
laire, tandis  que  celle  des  Moxos  est  plus 
oblongue.  Cette  dernière  forme  est  à  Irès- 

Feu  près  celle  des  Guaranis.  On  sait  que 
habitudede  déformer  artificiellementla  tète 
a  existé  aussi  chez  quelques  nations  de  l'A- 
mérique du  sud.  Cette  déformation  était 
poussée  au  plus  haut  degré  chez  certaines 
nations  du  Pérou,  qui  aujourd'hui  ne  diflfèi-ent 

Eoint  à  cet  égard  du  reste  des  Péruviens. 
esAymaras,  en  effet,  sont  supposés  être 
les  descendants  de  la  nation  à  laquelle  ap- 

Îwrtenaient  les  tètes  si  prodigieusement  dé- 
ormées  qu'on  a  trouvées  sur  le  plateau  de 
Titicaca. 

C'est  encore  une  opinion  tout  à  fait  insou- 
tenable que  celle  qu  a  mise  en  avant  Ulloa, 
ce  grancl  ennemi  des  indigènes  de  l'Améri- 
que du  Sud,  lorsqu'il  a  dit  que  leur  phy$io- 
nomie  est  en  tous  lieux  la  même  :  Visio  un 
Jndio  de  qual^uiéra  région  y  se  puede   decir 

iifue  se  han  vtsto  todos.  Il  n'y  avait  qu'un 
)omme  prévenu  qui  pût  hasarder  ainsi  une 
assertion  si  peu  d'accord  avec  les  faits. 
M.  d'Orbigny,  au  contraire,  assure  qu'un 
Péruvien  diffère  plus  d'un  Patagon,  et  un  Pa- 
ta^çon  d'un  Guarani,  qu'un  Grec  d'un  Ethio- 
pien ou  d'un  Mongol.  L'expression  du  visage, 
chez  ces  nations  n'est  pas  non  plus  la  même  ; 
elle  n'est  pas  uniformément  triste  et  sévère; 
elle  diffère  dans  une  même  nation  sous  Tin- 
fluence  de  conditions  morales  diverses.  «  Les 
Guaranis  du  Paraguay,  de  Corientes  et  de 
Bolivia,  soumis  presqu'en  esclaves  aux  co- 
lons, ont  l'air  triste,  abattu;  l'indifférence 
se  peint  sur  leurs  traits  ;  ils  ne  semblent  ni 
penser  ni  sentir.  Les  Guaranis  indépendants 
ou  Guarayos  nous  montrent  une  ligure 
douce,  intéressante,  pleine  de  fierté  ;  leur 
aspect  dénote  des  hommes  spirituels  » 

"  AMOUKS  DIV£RS«  Yoy.  Affections  vo- 

BALES. 

ANALYSE  DE  LA  PENSÉE.  Voy.  Lan- 
gage. 

ANATOMIE  GÉNÉRALE.  —  Les  différen- 
tes subtances  du  corps  humain,  les  solides 
et  les  liquides,  renferment  des  parties  élé- 
mentaires ,  nommées  éléments  anatomiques. 
Ce  sont  les  dernières  particules  (seulement 
reconnaissables  au  microscope),  auxquelles 
on  peut  ramener  par  séparation  mécanique 


les  différentes  substances  du  corps.  Ces  élé- 
ments sont  très-variés  sous  le  rapport  de 
leur  forme  et  de  leur  composition  chimi- 
que ,  mais  pris  dans  des  conditions  données, 
chacun  d*eux  se  présente  toujours  avec  les 
mêmes  caractères. 

Les  éléments  anatomiques  d'une  même 
espèce,  ou  de  différentes  espèces»  se  com- 
binent d'une  manière  plus  ou  moins  com- 
plexe pour  former  les  tisms. 

Les  tissus  sont  donc  des  agrégats  d'é- 
léments anatomiques  similaires  ou  hé- 
térogènes ,  unis  par  une  substance  vis- 
queuse, gélatineuse  ou  solide,  et  dont 
1  arrangement  est  caractéristique  i)Our  cha- 
que tissu.  ' 

Les  tissus,  en  se  combinant  entre  eux,  for- 
ment les  différents  organes  du  corps.   . 

Les  parties  formées  des  mêmes  tissus 
constituent  des.  groupes,  nommés  systèmes 
organiques  y  par  exemple  le  système  osseux, 
le  svsteme  musculaire ,  le  système  nerveux, 

L'étude  de  l'état  matériel  des  éléraents 
anatomiques,  des  tissus  et  des  systèmes 
organiques  forme  l'obiet  de  l'anqtomi^  géné- 
rale. 

L'anatomîe  générale  étudie  donc  :  V  les 
caractères  physiques ,  chimiques  et  micros- 
copiques des  éléments  organiques.  2"  Les 
tissus  ou  l'arrangement  réciproque  des  élé- 
ments anatomiques  (histologie  ou  iinatomie 
de  texture).  3°  Les  systèmes  organiques, 
étude,  qui  consiste  dans  l'examen  de  la 
distribution  générale  d'un  même  tissu  dans 
toute  l'économie. 

Des  propriétés  physiques,  chihiques  et 

MICROSCOPIQUES  ,  CONSIDÉHËES  d'uNE  MANIÈRE 
GÉNÉRALE  DANS  LES    DIVERSES  SUBSTANCES   DU 

CORPS  HUMAIN. — Dss  propriétés  physiques,-" 
Les  substances  du  corps  obéissent  aux  lois 
générales  de  la  matière  :  i*  Par.  leur  état 
de  cohésion  et  de  densité  :  elles  sont  à  Tètat 
solide  ou  liquide,  et  elles  présentent  les 
degrés  les  plus  divers  de  densité ,  depuis  la 
fluidité  la  plus  complète  jusqu'au  plus  haut 
degré  de  dureté ,  nar  exemnle  Fémail  des 
dentSi  qui  donqe  ues  étincelles  avec  Tacier. 
2*  Par  leur  élasticité:  plusieurs  tissus  jouis- 
sent d'une  élasticité  très-prononcée ,  d'au- 
tres en  sont  entièrement  privés;  voici 
l'ordre ,  dans  lequel  ils  sont  placés  quant  à 
cette  propriété  :  1.  le  tissu  jaune  élastique, 
2.  les   cartilages,    3.  les  flbro-cartilages , 

4.  les  membranes  cellulaires  et  fibreuses , 

5.  les  muscles ,  6.  les  os ,  7.  les  membranes 
muqueuses  et  séreuses,  8.  les  nerfs.  3* Par 
leur  coloration  :  les  substances  du  coi^s  de 
l'homme  présentent  diverses  nuances  de 
coloration,  qui  varient  du  blanc  au  noir  et 
du  jaune  au  rouge  foncé.  4'  Par  leurp^ii^ 
teur  spécifique  f  qui  vr.rie  entre  celle  do  s^ 

?;raisse  (0,892),  et  celle  des  os  et  des  dent^ 
1,8T7).  5*  Par  leur  transparence  :  elles  jouis- 
sent toutes  d'dn  certain  degré  de  transpa- 
rence quand  elles  .sont  examinées  sôus  la 
forme  de  lamelles  ou  4^  couches  Irès-min- 


ÎOl 


A?IA 


fTANTHROPOLOGIE. 


ANA 


ces.  G*  Par  îciir  chaleur  spécifique  cl  par  leur 
condueiibiiiié pour  téleciricaé.  Ces  subslan- 
ces  sont  lions  concluctciirs  de  rélcclricîté  , 
les  iioils  exce|iiés.  7*  Mais  ia  plus  remar- 
aualilc  propriété  des  élémenls  el  des  tissus 
du  corps  est  celle  de  se  trouver  imbibés 

Ciir  Tcau,  qui  leur  communique  do  la  ileii- 
ilité  et  de  Télasticilé. 
Cette  eau  ne  paraît  pas  leur  appartenir 
yekc  affinité  cliimîque,  puisqu'elle  s'évapore 
peu  à  peu ,  et  qu  il  est  |)Ossible  de  Texpri- 
mer  instantanément  par  une  forte  pression 
entre  des  feuilles  de  jiapier  gris;  aussi  peut- 
on  en  augmenter  on  en  diminuer  la  quan- 
tité. L*eau  d'imbibition  remplit  les  espaces 
qui  se  trouvent  entre  les  ])arties  élémen- 
taires, et  elle  est  en  même  temps  retenue 
entre  leurs  molécules  comme  dans  une  dis- 
solution; de  manière  que,  même  au  moyen 
'Aes  meilleurs  microscopes,  on  ne  saurait 
distinguer  des  espaces  remplis d*eau  et  d'au- 
tres occu|iés  par  la  substance  organique. 

Les  corps  inor^nigues  ne  se  laissent 
}«s  imbilier;  ou  bien  1  eau  est  placée  entre 
leurs  particules ,  ou  bien  elle  est  intime- 
ment unie  à  leurs  molécules  et  dans  des 
C reportions  déterminées,  jiar  exemple  dans 
^s  cristaux.  Hais  alors  si  on  les  sècbe , 
l'eau  s'évapore  de  suite  et  brusquement  ; 
tandis  que  dans  les  corps  organisés  imbibés, 
elle  s'évapore  graduellement,  et  sa  guantité 
n'est  pas  dans  une  proportion  déterminée. 
L'eau  qui  imbibe  les  tissus  joue  un  rôle 
important  dans  les  fonctions  de  la  nutri- 
tion ;  elle  sert  de  vébicule  aux  diverses 
sulislances  du  sang  qui  |iénètrent  dans  les 
ti^^sus  |M>ur  servir  au  mouvement  de  com- 
position et  de  déeom|iosition. 

Dvs propriétés  chimiques  communes  à  toutes 
les  substances  du  corps  humain.  —  Les  sub- 
stances de  l'organisme  humain  sont  formées 
d'un  certain  nombre  ûes  mêmes  corps  sim- 
ples que  Ton  rencontre  dans  la  nature  inor- 
^nique. 

A  '/état  de  santé,  on  n'en  a  rencontré 
<|ue  15.  «^  si»ot  :  f  l'oxygène,  £•  l'Iiydro- 
i:ène ,  3^  le  carbone ,  hr  l'azote.  Ces  quatre 
é!/rnieuts  constituent  à  eux  seuls  la  masse 
l»rincipale  des  liquideset  des  r^arties molles, 
en  formant  les  substances  protéïniques  ou 
immédiates  du  corps;  5*  le  soufre,  6'  le 
pliosphore ,  qui  s'unissent  à  la  protéine 
f lour  constituer  l'albumine  et  la  fibrine  ;  le 
M>ufire  seni  existe  dans  la  caséïne ,  uni  à 
La  protéine;  le  phosphore  est  combiné  à 
une  matière  grasse  particulière  du  sang, 
cju  cerveau  et  des  muscles  ;  le  soufre  et  le 
|.bosphore  se  trouvent  enfin  en  assez  grande 
cfuantité  dans  les  phosphates  et  les  sulfates 
alcalins  et  terreux,  qui  sont  répandus  dans 
les  liquides  et  les  solides  du  corps.  T  Le 
cblore  •  uni  à  d'autres  substances  pour  for- 
mer des  sels ,  dissous  dans  presr|ue  tous  les 
liquides  du  coqis  ;  9r  le  fluor,  uni  au  cal- 
cium dans  le  tissu  osseux  et  dentaire;  9"  le 
potassium  ,  10*  le  sodium,  11*  le  calcium  , 
sa*  Se  magnésium,  dans  les  os,  dans  les 
dents ,  et  dans  les  liquides,  à  l'état  de  sels. 
13'    Le    manganèse,  IV  le  silicium.  Ces 

DjCTto3(3i.  i>'ANTnKOPOi.ocii;. 


deux  dans  les  poils  ;  15*  le  fer,  dans  Thé- 
roatine,  le  pigment  noir,  le  cristallin  et  les 
IKiils. 

Combinaisons.  —De  ces  élémenls ,  les  uns 
existent  à  l'état  de  pureté,  les  autres  sous 
forme  de  'ombinaison  binaire  ;  ainsi  l'azote 
et  roxygfcne  se  rencontrent  nurs ,  I  oxygène 
et  le  carbone  sous  forme  de  combinaison 
binaire,  dans  le  sang;  d'où  on  peut  les 
dégager  au  moyen  d'une  |K)mj)c  pneumati- 
que, ou  en  faisant  p-asser  lar  le  sang  d'au- 
tres es|}ècesde  gaz,  ijar  exemple  ,  Tliydro- 
gène.  L*eau  et  les  divers  sels,  dont  on 
constate  la  présence  h  l'aide  de  réactifs  or- 
dinaires ,  sont  d'autres  exemples  de  com- 
binaisons binaires. 

Quelques-uns  de  ces  éléments,  Toxygènc, 
l'hydrogène,  le  carbone  el  l'azote,  se  com- 
portent d*une  manière  toute  jtarticulière 
pour  former  des  composés  organiques.  Ces 
côm|)0$és  oi^niques,  nommés  principes 
immédiats^  n  existent  (|ue  dans  la  substance 
organisée,  et  jusquli  ce  jour  ils  n'ont  pu 
être  reproduits  par  le  chimiste.  Les  uns  sont 
azotés,  ce  sont  :  la  fibrine,  l'albumina  ,  la 
caséïne,  laglobuline,  la  gélatine  et  la  clion- 
drine.  Dans  la  bile  et  Turine  on  trouve 
bien  encore  des  substances  azotées ,  la  bs- 
line,  l'urée,  et  l'acide  urique,  mais  ce  sont 
des  substances  d'excrétion,  cl  elles  ne  sont 
pas  rangées  parmi  les  substances  immédia- 
tes. Les  autres  principes  immédiats  ne  sont 
{tas  azotés  ;  ce  sont  les  graisses ,  le  sucre 
cl  l'acide  lactique. 

Pour  ce  qui  concerne  les  propriétés  chimi- 
ques particulières  à  ces  substances  et  les 
diverses  théories  émises  sur  leur  mode  de 
combinaison,  consultez  les  ouvrages  de 
chimie  oi^anique. 

Des  caractères  microscopiques  des  substan^ 
ces  du corps^  considérés  aune  manière  gêné» 
raie.  —  Sous  le  rapport  de  leur  composition 
intime  ou  microscopique,  la  plupart  des  li- 
quides du  corjis  sont  formés  d  une  substance 
liquide  amorphe  et  transparente  qui  renfer- 
me des  particules  microscopiques  ou  élé- 
ments anatomiques  d'une  forme  bien  déter- 
minée ;  tels  sont  le  sang,  le  mucus,  le  lait 
et  le  sperme  ;  quelques-uns,  l'urine  et  la 
bile,  n  en  contiennent  ]ias. 

Les  |)arties  solides  ou  les  tissus  du  corps 
sont  des  agrégats  ou  des  amas  d'éléments 
microscopiques,  unis  par  une  Quantité  très- 
petite  de  substance  inlermécliaire,  vis- 
queuse, gélatineuse  ou  dure,  qui  a  reçu  le 
nom  de  cytoblastème. 

Dans  les  tissus  ou  les  |»arties  solides,  les 
éléments  anatomiques  sont,  pour  un  espare 
donné,  en  plus  grande  quantité  que  dans 
les  liquides.  Quelquefois  cependant  ces  élé- 
ments ne  sont  p«'is  plus  nombreux  que 
dans  le  sang,  par  exemple,  mais  la  subs- 
tance qui  les  unit  est  solide  ;  tel  est  le  tissu 
cartilagineux. 

De  la  forme  des  éléments  anatomiques.  — 
La  forme  des  éléments  microscopiques  du 
corps  de  l'homme  est  très-variée.  Dans  quel- 
ques tissus,  |iarexehi|ile,  dans  répitliéléons 
on  reconnaît  des  cellules  ^semblables  au3| 


203 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


201 


cellules  tics  ]ilanles  ;  ilans  d'aulrcs  ces  cel- 
lules resscmbleiil  à  des  globules  solides, 
|vir  exemple,  ti«ins  le  sang  cl  dans  le  mucus  ; 
dans  d'aulres  elles  présentent  l'aspect  d'é- 
cailtes,  par  exemple,  dans  Tépiderme.  Dans 
le  plus  graml  nombre  des  tissus  du  corps, 
dans  le  tissu  cellulaire,  le  tissu  jaune  élasti- 

3 ne,  le  tissu  musculaire,  ce  sont  des  fibres  ; 
ans  d'antres  ce  sont  des  cylindres  creux  ou 
des  tubes,  tels  sont.les  nerfs,  les  vaisseaux 
capillaires  et  les  glamles. 

Des  éléments  analomiques  considérés  aux 
différentes  périodes  de  leur  développement.  — 
Quelque  variée  que  soit  la  forme  des  élé- 
ments anatomiques  lorsqu'ils  ont  acquis  leur 
dévelopi)ement  complet,  tous  cependant 
Turésentent,  au  premier  degré  de  leur  déve- 
loppement ,  une  forme  commune  :  celle 
d'une  cellule  ;  de  manière  qu'à  une  certaine 
époque  de  son  existence  l'embryon  ne  pré- 
sente d'autres  éléments  anatomiques  que 
des  cellules.  Pour  comprendre  les  dill'é- 
rents  changements  de  forme  que  les  cellules 
offrent  pendant  leur  transformation  en  élé- 
ments permanents,  ils  est  nécessaire  d'exa- 
miner :  l*"  la  composition  des  cellules  ; 
2°  leur  mode  de  déveloijpement  ;  3°  la  ma- 
nière dentelles  se  transforment  en  éléments 
anatomiques  permanents. 
;  A.  Composition  dune  cellule.  —  Les  cel- 
Tules  se  composent  V  d'une  membrane  cellur 
laircy  transparente,  homogène,  sans  struc- 
ture (semblable  à  une  membrane  de  géla- 
tine) ;  2*  de  leur  contenu^  qui  varie  dans 
les  différentes  cellules  ;  3**  la  plupart  des 
cellules  renferment  un  noyau  qui  est  situé 
hors  du  centre,  attaché  à  un  point  quelcon- 
que de  la  paroi  cellulaire.  Le  noyau  a  une 
forme  ronde  ou  ovale,  sphérique  ou  aplatie; 
il  est  ordinairement  solide,  quelquefois 
creux,  quand  l'intérieur  a  été  résorbé  ;  4^  or- 
dinairement on  distingue  dans  le  noyau  un 
ou  deux  corpuscules,  nommés  nucléoles. 

On  peut  observer  ces  différentes  parties 
sur  réuitbéléon  de  la  bouche. 

B.  Développement  des  cellules.  —  Les  cel- 
lules naissent  au  milieu  d'un  liquide  d'une 
certaine  consistance,  nommé  cvtoblastême. 
Cette  substance  est  composée  d'eau  tenant 
en  dissolution  des  combinaisons  de  pro- 
téine et  de  graisse.  Bientôt  cette  substance 
se  trouble  et  on  y  voit  apparattre  une  foule 
.fe  points  opaques,  extrêmement  petits, 
nommés  granulations  élémentaires  qui  parais- 
sent formées  de  graisse  et  d'une  enveloppe 
de  protéine.  Elles  iouissent  d'un  mouve- 
ment moléculaire  très-vif,  attribué  par  Ro- 
bert Brown  aux  courants  qui  se  développent 
dans  le  liquide  par  l'évaporation.  Parmi  ces 

Sranulations  élémentaires  on  en  rencontre 
'un  volume  plus  considérable,  à  contours 
bien  délimités,  ordinairement  transparents 
au  milieu,  ce  sont  les  nucléoles.  Toutes  ces 
formations  peuvent  être  considérées  comme 
une  sorte  de  cristallisatidn  s'opérant  par 
suite  de  la  condensation  du  liquide. 

Autour  du  nucléole  se  dépose  une  couche 
de  substance,  composée  de  grains  très^fins, 
irrégiilière  .d'abord ,   mais  prenant    bien- 


tôt des  contours  nettement  circonscrits  |  ar 
le  dépôt  successif  de  nouvelles  moiécujcs 
entre  les  anciennes,  jusqu'à  une  distance 
bien  déterminée  du  centre.  Ainsi  se  forme 
un  noyaUf  à  surface  bien  limitée,  mais  or- 
dinairement un  peu  granuleuse. 

Si  le  dépôt  des  nouvelles  molécules  est 
plus  considérable  à  la  ])artie  superficielle  du 
la  couche,  la  surface  peut  se  condenser  en 
une  membrane  ;  la  partie  centrale  est  résor- 
bée et  le  noyau  devient  creux  comme  on 
l'observe  dans  le  tissu  cartil(i;{incux.  La  sur- 
face du  noyau  est  granuleuse  quand  il  est 
solide  ;  elle  est  lisse  quand  il  est  creux. 

La  formation  des  noyaux  qui  ont  plus  d*un 
nucléole  provient  de  ce  que  les  dém^ts  se 
sont  confondus,  au  moment  môme  ou  ils  se 
formaient  autour  do  deux  nucléoles  Irès- 
rapprochés. 

La  membrane  cellulaire  se  forme  d*apres 
le  môme  procédé.  II  se  dépose  sur  la  surfile  o 
extérieure  du  noyau  une  couche  de  granu- 
les très-fins  qui,  d'abord  irrégulièrement  dé- 
limitée, acquiert  ensuite  des  contours  net- 
tement circonscrits,  par  la  dé^iosition  conti- 
nuelle de  nouvelles  molécules  entre  les  pre- 
mières. Cette  couche  se  condense  peu  k  peu 
en  une  membrane,  par  l'interposition  a  un 
grand  nombre  de  nouvelles  molécules.  Cette 
membrane  c'est  la  meiûbrane  cellulaire. 

Tout  au  commencement  de  sa  formation, 
la  membrane  cellulaire  entoure  étroitement 
le  noyau;  puis  elle  s'étend  et  elle  s'éloigne 
de  celui-ci  sans  s'amincir,  quelquefois  même 
elle  s'épaissit  pendant  qu  elle  s'étend  ;  ce 
n*est  donc  pas  par  une  simple  extension 
mécanique  qu'elle  gagne  en  ampleur,  oiais 
par  la  déposition  de  nouvelles  molécules  en- 
tre celles  qui  la  formaient  primitivement. 
De  cette  manière  elle  s'éloigne  du  novau,  et 
l'espace  intermédiaire  se  remplit  de  liquide 
ou  d'une  substance  granuleuse  variable. 

Cette  membrane  cellulaire  se  développe 
d'ailleurs  sur  un  côté  du  noyau,  de  telle 
manière  que  celui-ci  est  fixé  à  un  point  de 
sa  surface  interne,  la  portion  libre  de  la 
membrane  cellulaire  le  recouvrant  comme 
le  ferait  un  verre  de  montre.  Quelquefois 
cependant  il  est  fixé  à  un  point  de  sa  surface 
externe,  comme  dans  les  cellules  du  cristal- 
lin. 11  peut  arriver  que  deux  noyaux  soient 
enveloppés  à  la  fois  par  la  substance  qui  se 
transforme  en  membrane  cellulaire  ;  ainsi 
se  forment  les  cellules  qui  renferment  plus 
d'un  noyau. 

Il  y  a  un  mode  de  développement  des  cel- 
lules qui  diffère  essentiellement  du  précé- 
dent. La  membrane  cellulaire  se  forme  au- 
tour d'un  amas  de  granules  qui  ne  peut  être 
considéré  comme  un  noyau,  puisqu'il  ren- 
ferme lui-même  le  noyau.  La  membrans 
cellulaire  se  forme  donc  par  la  condensation 
de  la  couche  la  plus  externe  d'une  substance 

3ui  devient  ensuite  le  contenu  de  la  cellule. 
►n  rencontre  ce  mode  de  formation  de  'a 
membrane  cellulaire,  .autour  de  son  contenxi, 
dans  le  développement  des  animaux  et  dans 
la  formation  cfe  quelques  produits  patholo- 
giques. 


20 


ANA 


DUNTimOPOLOGIF. 


ANA 


%)t 


li  eiiste  eotrc  la  membrane  cellulaire  et 
le  nojraa  une  différenee  chimique  dont  on 
n'ë  pis  encore  déterminé  la  nature  ;  la  mem- 
tirane  cellulaire  est  détruite  par  Tacide  acé- 
tique, tandis  que  le  noyau  devient  plus 
apparent. 

De  ta  multipUcatiofi  des  eelluks.  —  La 
roui  tiplication  des  cellules  a  lieu  de  plusieurs 
manières  :  1*  par  génération  iniereellulaire. 
De  nouf  elles  cellules  se  forment,  isolées  les 
unes  des  autres,  dans  le  liquide  ou  le  cyto- 
tflastème  interposé  entre  celles  qui  existent 
déjà.  Cest  le  mode  de  multiplication  le  plus 
fréquent  dans  Tor^^nisme  complet;  ainsi 
se  forment  les  nouvelles  cellules  dans  le 
tissu  corné  et  dans  Texsudation  inflamma- 
toire. 2'  Par  aénération  tn4oaèn€j  quand  de 
nouTcUes  cellules  naissent  dans  Tintérieur 
d*une  ceilule^mire  aux  dépens  de  son  conte- 
nu. Les  jeunes  cellules  détruisent,  par  suite 
de  leur  accumulation  et  de  leur  développe- 
ment, la  membrane  de  la  cellule-mère ,  de- 
viennent ainsi  lilires  et  peuvent  à  leur  tour 
jouer  le  r61e  de  cellules-mères.  3*  Par  seg- 
wumiaiion  du  «oyaii.  La  multiplication  des 
cellules  par  segmentation  du  noyau  a  élé 
observée  dans  le  développement  de  l'em- 
bryon et  du  tissu  cancéreux.  Le  no^au  qui, 
dans  ce  cas,  est  ordinairement  vésiculeux , 
tout  en  croissant,  se  divise  en  deux,  en  trois, 
mais  jamais  en  plus  de  quatre  portions; 
chacune  de  celles-ci  devient  le  noyau  d'une 
nouvelle  cellule. 

Lorsau'un  tissu  ne  contient  pas  de  vais- 
seaux, le  développement  des  nouvelles  cel- 
lules n*a  lieu  que  dans  la  couche  la  plus 
rapprochée  des  vaisseaux  du  tissu  voisin  ; 
ainsi  les  nouvelles  cellules  de  Tépiderme 
De  se  forment  que  dans  la  couche  la  plus 
rapprochée  du  derme,  tandis  que  quand  les 
tissus  sont  vasculaires  les  nouvelles  cellules 
se  forment  dans  toute  leur  épaisseur. 

Du  dévtloppemeni  ultérieur  et  de  la  traits* 
formation  ae$  cellules  élémentaires.  — 11  ré- 
sulte de  ce  qui  précède,  que  les  tissus  du 
corps  ont  pour  éléments  primitifs  :  1*  les 
cellules,  2"  leurs  noyaux ,  dr  leur  contenu. 

Ces  éléments,  pour  devenir  parties  élé- 
nentaires  définitives  du  corps,  subissent  di- 
verses aMXiifications. 

f*  Ik»  mcdif  cations  que  subit  le  noyau.  — 
Le  rôle  du  noyau  est  généralement  terminé, 
quand  la  celliue  a  acquis  son  développement 
entier.  Quelquefois  il  continue  à  exister  sans 
subir  aucune  modification ,  par  exemple, 
dans  les  cellules  de  Tépithéléon;  mais  le 
plus  souvent  il  disparaît,,  comme  dans  les 
rellules  de  Téfiiderme^  de  Tongle,  du  tissu 
aiipeux,  du  cristallin,  du  cartilage  ossifiant, 
(le  l'émail  dentaire,  etc. 

D*autres  fois,  le  noyau  change  de  nature 
et  subit  une  modification  chimique ,  par 
exemple,  dansJes  cellules  des  cartilages 
l>eroianents,  où  il  se  transforme  souvent  en 
un  amas  de  gouttelettes  de  graisse. 

Fibres  de  noyaux.  —  Souvent  les  noyaux, 
«surtout  les  noyaux  granuleux,  se  transfor- 
ment en  une  espèce  particulière  de  fibres. 
\\s  s'allongent,  pendant  que  leurs  pucJéoIes 


disp^araîssent,  et  en  même  temps  iis  se  ré- 
trécissent et  se  transforment  en  fibre^i  à 
contours  foncés  qui  reposentsur  les  cellules 
correspondantes,  mais  transformées  en  leur 
forme  définitive.  Ces  fibres,  plus  ou  moins 
longues,  ondulées,  contoum&s  quelquefois 
en  demi-cercle,  se  bifurquent  souvent  et 
s*anastomosent  quelquefois  entre  elles  de 
manière  à  constituer  un  véritable  feutrace. 
Ces  fibres  se  caractérisent,  ainsi  que  les 
noyaux,  en  ce  qu'elles  résistent  à  Faction  de 
Tacide  acétique,  ce  qui  les  distingue  de 
toute  autre  espèce  de  fibres,  excepté  de  celles 
du  poil. 

2*  Des  modifications  du  contenu.  —  Le 
contenu  des  cellules  d*abord  grenu  devient 
peu  à  peu  liquide ,  et  plus  transparent  ;  il 
peut  ensuite  subir  diverses  transformations, 
1.  soit  parce  qu'il  sert  à  la  formation  de  nou- 
velles cellules  ;  2.  soi  t  parce  qu'il  est  remplacé 
par  du  pigment,  substance  granuleuse  d'une 
couleur  noirâtre  ou  brunâtre,  par  exemple , 
rhématine;3.  soit  parce  qu'il  se  transforme  en 
fibres ,  par  exemple,  en  fibres  musculaires  ; 
4.  soit  en  graisseou  en  substance  particulière 

5 l'on  rencontre  dans  les  diverses  sécrétions, 
uelquefois  le  contenu  des  cellules,  par 
exemple,  dans  les  cartilages  du  larynx ,  se 
transforme  en  couches  stratifiées,  interrom- 
pues dans  quelques  points  du  centre  à  la 
circonférence  ,  de  manière  à  $imuler  des 
canaux  poreux.  Dans  l'épiderme,  le  contenu 
des  cellules  subit  un  cnangement  dans  sa 
nature  chimique.  Arrivées  au  plus  haut 
degré  de  leur  développement,  les  cellules 
de  l'épiderme  constituent  des  lamelles  ren- 
fermant une  cavité  remplie  d'un  contenu, 
ainsi  qu'on  peut  Tobserver  après  les  avoir 
ramollies  par  un  liquide.  Traitées  par  lacide 
acétique,  immédiatement  après  leur  forma- 
tion, ces  cellules  se  dissolvent;  tandis  que, 
plus  tard,  lorsqu'elles  se  sont  transformées 
en  lamelles,  eues  ne  subissent  plus  aucune 
modification  sous  l'influence  de  cet  acide. 

3*  Des  modifications  de  la  membrane  celluz 
laire.  —  A.  Des  modifications  dans  lesquelles 
les  cMules  consertent  leur  individualué,  —z 
1.  La  membrane  cellulaire  peut  subir  un 
changement  dans  sa  nature  chimique.  Ainsi 
les  jeunes  cellules  de  Tépiderme  se  dissol- 
vent dans  l'acide  acétique ,  les  anciennes  y 
résistent.  2.  La  cellule  s  aplatit,  par  exem- 
ple, les  cellules  de  Tépilhéléon,  les  globules 
du  sang,  etc.  Cet  aplatissement  a  lien  tantôt 
en  longueur,  comme  dans  Tépithéléon  cylin- 
droule,  tantôt  en  largeur,  comme  dans  les 
cellules  de  l'épiderme  et  de  Fépithéléon  en 
pavé.  3.  La  membrane  cellulaire  envoie  des 

f>roIongements  en  diflérents  sens;  parce  que 
'accroissement  n'a  lieu  que  dans.ces  points. 
3i  les  prolongements  se  dirigent  dans  tous 
les  sens,  la  cellule  prend  la  forme  étoUée, 
comme,  par  exemple,  dans  les  cellules  pig- 
mentaires  de  la  grenouille,  k.  Si  ces  prolon- 
gements sont  très-fins,  très-rapprochés,  situés 
seulement  sur  un  côté  de  la  cellule  et  doués 
d'un  mouvement,  on  les  nomme  cils  vibra* 
tils.  Les  cellules  pourvues  de  ces  cils  sont 
appelées  cellules  vibratiles.  5':  La  m-embrane 


toi 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


SOA 


cellulaire  peut  se  confondre  avec  le  cyto- 
blastème,  par  exemple,  dans  les  cartilages. 
&  Déhiictnce  et  disparition  de  la  membrane 
cellulaire.  • 

La  déhiscence  s'observe  dans  les  cellules 
des  glandes'de  sécrétion;  les  cellules, disten- 
dues par  leur  contenu,  qui  augmente  conti- 
nuellement, crèvent  et  communiquent  alors 
librement,  soit  avec  la  surface  du  corps,  soit 
avec  d'autres  cellules,  ou  avec  des  cavités 
comprises  entre  les  cellules,  et  qu*on  nomme 
conduits  intercellulaires.  La  disparition  de 
la  membrane  s'observe  dans  les  globules  du 
sang;  après  la  résorption  du  noyau,  leur 
membrane  s*amincit  et  finit  par  se  dissoudre 
entièrement  dans  le  liquide  du  sang. 
'  B.  Des  modifications  dans  lesquelles  les  cel- 
lules perdent  leur  individualité.  —  1.  Les 
cellules  se  confondent  entre  elles  suivant 
leur  largeur;  alors  si  elles  se  placent  en 
groupe,  que  les  cloisons  intermédiaires 
soient  résorbées,  et  qu'elles  aient  conservé 
leur  capacité,  il  en  résulte  des  cavités  plus 
ou  moins  complexes.  C'est  ainsi  que  se  for- 
ment les  glandes  en  grappe.  Si  les  cellules 
sont  aplaties  et  qu'elles  perdent  leur  cavité, 
il  en  résulte  des  membranes,  par  exemple, 
la  membrane  de  Demours,  de  la  capsule  du 
cristallin,  et  la  membrane  interne  des  vais- 
seaux. 

2.  Les  cellules  s'allongent  en  plusieurs 
fibres,  par  exemple,  les  cellules  du  tissu 
cellulaire  à  l'état  embryonnaire. 

3.  Les  parois  de  plusieurs  cellules,  placées 
sur  une  même  ligne,  se  touchent  et  se  con- 
fondent; les  cloisons  sont  résorbées,  et  il  en 
résulte  une  cellule  à  cavité  simple,  nommée 
cellule  secondaire.  Ainsi  se  forment  les 
faisceaux  primitifs  des  muscles,  lés  tubes 
des  nerfs,  des  glandes,  les  vaisseaux  capil- 
laires, etc.  Dans  ce  cas,  le  contenu  de  ces 
cellules  secondaires  peut  encore  subir  des 
modifications  ultérieures.  C'est  ainsi  que  les 
fibres  primitives  des  muscles  constituent  le 
contenu  de  cellules  secondaires,  représen- 
tées ))ar  les  faisceaux  primitifs.  Les  change- 
ments par  lesquels  les  cellules  perdent  leur 
individualité  s  observent  de  préiérencc  dans 
les  tissus  à  vaisseaux  sanguins.  —  Yoy. 
Sanq. 

ANATOMIE  HUMAINE.  —  'Avà,  entre, 
rifiMcv,  couper.  Dans  l'acception  la  plus  ordi- 
naire de  ce  mot,  on  entend  par  anatomie 
l'étude  de  la  structure,  de  la  situation  et  des 
rapports  des  parties  dont  se  compose  le 
corps  humain.  C'est  aussi  ce  que  l'on  appelle 
Yanatomie  humaine,  • 

Dans  une  acception  plus  générale  et  plus 
philosophi(}ue,  1  anatomie  iesl  la  science  de 
l'organisation  considérée  dans  les  différents 
êtres,  depuis  le  plus  simple  des  végétaux 
agames  jusqu  au  phanérogame  le  plus  com- 
posé, depuis  le  dernier  des  zoopnytes  jus- 
qu'à l'homme^ 

Mais  la  série  des  corps  organisés  forme 
une  chaîne  immense  dont  une  foule  de  tra- 
vaux accumulés  depuis  plusieurs  siècles 
n'ont  pu  encore  mesurer  toute  l'étendue. 
L'air,  la  terre,  la  profondeur  "des  eaux,  sont 


peuplés  par  des  êtres  vivants,  qui,  par  leurs 
variétés  infinies  d'organisation,  de  forino  ei 
de  grandeur,  attestent  l'inépuisable  fécon- 
dité de  la  nature.  Ainsi,  tandis  que  chez  lo 
mammifère  la  vie  est  entretenue  iiar  le  con- 
cours des  appareils  les  plus  compliqués,  Ton 
trouve,  à  1  autre  extrémité  de  Féchelle,  des 
animaux,  tels  que  l'hydre,  dont  la  vie  de  re- 
lation semble  a  peu  près  nulle,  et  dont  les 
fonctions  nutritives  se  réduisent  à  une  sim- 

i)le  assimilation.  Celui  qui  chercherait  dans 
a  forme  des  vertèbres  le  type  de  ranimalité 
aurait  sans  doute  de  la  peine  à  reconnaître 
un  animal  dans  l'étoile  de  mer,  ou  dans  la 
coralinc,  rangée  tour  à  tour  parmi  les  végé- 
taux et  \qs  animaux.  Enfin  tous  les  degrés 
de  la  grandeur  semblent  avoir  été  comme 
interposés  entre  Ténorme  cachalot,  sembla- 
ble à  une  tic  flottante,  et  l'animalcule  iniii- 
soire,  dont  le  microscope  découvre  des  mil- 
liers dans  une  goutte  de  liquide.  Mais  cet 
animalcule  infusoire  lui-même,  qui  semble 
pour  nos  yeux  l'infiniment  petit,  peut  deve- 
nir à  son  tour  une  masse  gigantesque  relati« 
vement  à  d'autres  êtres  que  des  instiu- 
ments  plus  parfaits  nous  découvriraient 
sans  doute.  Cependant  tous  ces  êtres  jouis- 
sent de  la  vie,  tous  possèdent  la  merveil- 
leuse faculté  de  résister  avec  une  énergie 
variable  aux  lois  générales  qui  régisseLt 
les  corps  inorganiques . 

L*anatomie,  considérée  comme  la  science 
qui  traite  de  l'organisation  de  tous  les  êtres 
vivants,  est  donc  la  plus  vaste  de  toutes  les 
sciences;  l'étude  approfondie  de  quelques- 
uns  de  ces  êtres,  des  insectes,  par  exemple, 
a  suffi  pour  occuper  la  vie  de  plusieurs  sa- 
vants. De  là  la  nécessité  d'établir  dans  la 
science  de  l'anatomiste  plusieurs  grandies 
divisions  qui  ont  chacune  un  but  distinct, 
une  application  spéciale,  et  qui  deviennent 
autant  de  branches  importantes  des  connais- 
sances humaines. 

Deux  divisions  principales  se  présentent 
d'abord  naturellement.  L'une  com}»rcnd  1  Ya- 
natomie appliquée  au  corps  des  animaux  : 
c'est  la  sootomte  (de  C»»v,  animal  y  et  ri^vtn^ 
couper). 

La  seconde  division  comprend  ranalomîe 
appliquée  au  corps  des  végétaux  :  c'est  Ta- 
natomie  végétale,  ou  [)hytotomie  (de  fvrir, 
plante). 

La  phytotomîe  ne  nous  cccupera  point 
ici.  Rappelons  seulement  que  ranatoroie 
végétale  fut  longtemps  entièrement  négli- 
gée. LœuwciihocK,  Malpighi,  Grew  cl  Haies 
décrivirent  tour  à  tour  les  organes  internes 
dâs  plantes,  et  en  dévoilèrent  les  usages,  bb 
nos  jours,  MM.  Richard,  Desfontaincs,  Mir- 
bel,  Gaudichaud,  ont  enrichi  de  précieuses 
découvertes  la  science  de  Torgantsation  vé- 
gétale. Malgré  les  travaux  tie  tant  d'hommes 
Illustres,  la  phytotomie  est  encore  loin  d'être 
aussi  avancée  que  la  zootomie. 

La  zootomie  elle-même  se  subdivise  en 
plusieurs  branches. 

Lorsqu'elle  compare  l'organisation  dans 
les  différentes  classes  d'animaux,  clic  prend 
le  nom  (yanatomie  comparée  ou  comparative. 


S09 


ANA 


DWNTimOPOLOGlE. 


213 


Si  les  animaai  n'existaient  point*  a  dit 
Bulfon,  l'homme  serait  moins  connu.  L*ana- 
tumie  comparée  peut  fournir  en  effet  les  plus 
Tives  lumières  pour  apprécier  la  structure 
ou  Tusa^e  des  différentes  parties  du  corps 
humain.  Dans  cette  étude,  on  imite  jusqu  à 
un  certain  point  le  physicien»  qui,  dans  ses 
expériences  ou  dans  ses  calculs,  décompose 
les  phénomènes,  et  les  étudie  à  son  gré  dans 
leurs  diTers  de^s  de  simplicité  ou  de  com- 
plication. Le  physiologiste  ne  saurait  ainsi 
isoler  des  phénomènes  sur  un  animal  sans 
les  altérer  et  sans  changer  les  conditions  du 

1>roblème  qu  il  se  propose  de  résoudre.  Mais 
a  solution  de  ce  problème  devient  naturel- 
lement plus  facile  dans  les  classes  d*ètres  où 
une  organisation  plus  simple  donne  nais- 
sance à  des  phénomènes  moins  compliqués. 

Les  bonnes  classifications  zoologiques  re- 
posent essentiellement  sur  la  connaissance 
ei  la  comparaison  des  organes  intérieurs  des 
aiiimaui.  M.  CuYier,  par  exemple,  a  pris  Ta- 
natomie  comparée  pour  base  de  sa  ciivision 
du  règne  animal  en  quatre  «randes  classes  : 
savoir,  les  vertébrés,  les  mollusques,  les  ar- 
ticulés et  les  radiaires. 

L^anatomie ,  appliuuée  à  Télude  du  corps 
d^un  seul  animal,  se  désigne  d'après  le  nom 
de  celtti-ei  :  c'est  ainsi  que  Ton  dit  l'anatomie 
de  rhomme,  du  cheval ,  etc.  L*anatomie  des 
animaux  domestiques  preud  le  nom  généri- 
que d*amaiomie  veiérinaire. 

L'anatomie  humaine  elle-même  peut  être 
envisagée  et  étudiée  sous  un  granci  nombre 
de  points  de  vue  différents.  De  là  plusieurs 
espèces  d'anatomies. 

Lorsque  Tanatomie  s'occupe  de  décrire  les 
tissus  anal<^es,  abstraction  faite  des  or- 
gues ou  appareils  d'organes  que  ces  tissus 
concourent  a  former  par  leur  assemblage, 
elle  reçoit  la  dénomination  d'anatomie  géné- 
rale. 

I  Parmi  ces  tissus  ou  systèmes  «  les  uns 
existent  partout,  et  semblent  destinés,  soit  à 
former  la  trame  des  autres  tissus,  soit  à  leur 
apporter  la  nutrition  et  la  vie  :  tels  sont  les 
systèmes  cellulaire ,  vasculaire,  et  nerveux. 
Ijes  autres  systèmes  sont  moins  générale- 
Qient  répandus;  leur  organisation,  leur 
mode  de  vitalité,  leurs  fonctions,  établissent 
entre  eux  les  différences  les  plus  tranchées  : 
tels  sont  les  tissus  muqueux,  cutané,  séreux, 
osseux  ,  fibreux ,  cartilagineux ,  muscu- 
lâiie,  etc. 

Vaguement  entrevue  par  d'anciens  au- 
teurs, l'anatomie  générale  fut  réellement 
créée  par  le  génie  iie  Bicliat. 

VatuUcimie  descriptive  s'occupe  spéciale- 
ment de  faire  connaître  la  structure,  la  si- 
tuation et  les  rapports  des  différents  orga- 
nes. Pour  atteindre  ce  but ,  elle  suit  diffé- 
rentes méthodes ,  et  admet  plusieurs  divi- 
sions. « 

L'étude  des  os ,  dont  l'assemblage  forme 
la  charpente  du  corps  humain,  constitue 
une  première  partie  de  l'anatomie  descrip- 
tive ;  c'est  Yoêtéologie.  On  nomme  sjfndM- 
wuAogie  l'étude  des  ligaments  qui  unissent 
les  05  entre  eux. 


L'étude  des  muscles,  de  ces  parties  essen- 
tiellement contractiles ,  de;tméc»5  à  impri* 
mer  aux  os,  comme  à  autant  de  leviers ,  les 
mouvements  les  plus  variés ,  constitue  la 
myologie. 

Un  ordre  de  vaisseaux  (les  artères)  va  por- 
ter du  cœur  à  toutes  les  parties  les  maté- 
riaux  nutritifs.  D'autres  vaisseaux  (les  vei- 
nes) rapportent  le  san^  vers  le  coeur.  D'au- 
tres enfm  (les  Ijrmphatiques)  charrient ,  soit 
le  liquide  nutritif  ou  ch^e  qu'ils  ontabsorbé 
à  la  surCsce  de  Tintestin  ^le  ,  soit  un  li- 
quide incolore  (la  lymphe)  dont  l'origine  et 
les  usages  ne  sont  point  encore  bien  connus. 
Vangiologie  est  cette  partie  de  ^anatoroie 
qui  s'occupe  de  la  description  des  vaisseaux. 

Les  sensations  à  l'aide  desquelles  l'homAïc 
entretient  des  rapports  avec  le  monde  exté- 
rieur, les  mouvements  imprimés  aux  mus- 
cles parla  volonté,  ne  peuvent  avoir  lieu 
qu'autant  que  les  neris  établissent  une  libre 
communication  entre  le  cerveau  et  les  or- 

Sanes.  D'autres  nerf^ ,  différents  des  préiré- 
ents  par  leur  origine ,  leur  distribution, 
leur  structure  et  leurs  propriétés,  semblent 
spécialement  destinés  à  présider  aux  fcnc- 
tions  nutritives.  La  connaissance  des  nerfs 
est  le  but  de  la  nécrologie. 

Enfin,  une  quatrième  partie  de  l'anatomie 
descriptive,  la  eplanchnologie^  fait  connaître 
les  organes  des  sens,  de  la  voix,  de  la  géné- 
ration ,  et  les  viscères  contenus  dans  les 
cavités  du  crâne,  du  thorax  et  de  l'ab- 
domen. 

L'ordre  que  nous  venons  d'indiquer  n*cst 
pas  le  plus  philosophique ,  aussi  ne  le  suit- 
on  plus  aujourd'hui.  Un  de  ses  inconvénients 
était  d'isoler  des  parties  qui ,  par  la  simili- 
tude de  leurs  fonctions,  doivent  se  trouver 
réunies.  Ainsi,  par  exemple,  l'on  étudiait  le 
cœur  et  le  cerveau  dans  la  splanchnologie  , 
les  vaisseaux  et  les  nerfs  dans  l'angiolo^îc. 
Dans  les  traités  d'anatomie  publiés  dans  ces 
derniers  temps  ,  le  cosiir  et  le  cerveau  sont 
étudiés  comme  centres  Tun  de  la  circulation, 
l'autre  du  système  nerveux ,  avec  les  vais- 
seaux et  les  nerfs. 

Vanatomie  physiologique  étudie  les  orga- 
nes en  même  temps  que  les  fonctions  qu  ils 
remplissent.    ^ 

Vanatomie  descriptive  de  Bichat  est  une 
anatomie  physiologique. 

L'anatomie  descriptive  peut  encore  avoir 
pour  but  spécial  de  guider  l'instrument  du 
chirurgien  a  travers  nos  organes.  Elle  étu- 
die alors  spécialement  les  rapports  et  la  si- 
tuation des  différentes  parties  que  l'instru- 
ment peut  atteindre  :  c'est  ce  qu'on  ap- 
pelle lanatomie  chirurgicale  ou  de  rap- 
ports.  L'on  a  surtout  étudié ,  dans  ces  der- 
niers temps,  cette  espèce  d'anatomie,  et  l'on 
a  tracé  dans  ce  sens  des  descriptions  par- 
tielles des  diverses  régions  du  corps. 

Enfin,  l'anatomie  descriptive  prend  le  nom 
d^anatomie  pittoresque^  lorsqu'elle  est  étu- 
diée par  les  peintres  et  par  les  sculpteurs  » 
dans  le  but  de  connaître  les  parties  exté- 
rieures et  visibles  du  corps ,  leurs  nom- 
breux contourSi  les  modifications  imprimées 


su 


i\X\ 


DiCl  IONNAIKIl 


ANA 


212 


nux  rurincs  par  la  contraction  musculaire , 
les  rapports  des  attitudes  etdes  mouveiueuls 
avec  cette  même  contraction. 

Mars  Tanatomie  n'étudie  pas  seulement  les 
organes  dans  leur  état  sain  ;  elle  nous  apprend 
aussi  à  connaître  les  nombreuses  altérations 
que  ces  mêmes  organes  peuvent  subir  dans 
leur  forme,  leur  volume  ,  leur  développe- 
ment et  leur  structure.  Sous  rinfluence  de 
causes  morbides ,  plus  ou  moins  bien  déter- 
minées, des  tissus  nouveaux  se  développent 
souvent  au  milieu  de  nos  parties.  Parmi  ces 
tisêus  accidentels^  les  uns  ont  leurs  analo- 
gues dai^  l'économie.  C'est  ainsi,  par  exem- 
ple, qu'à  une  époque  avancée  de  la  vie  le 
tissu  osseux  tend  a  envahir  une  foule  d'or- 
ganes, et  spécialement  les  artères  ;  c'est  en- 
core ainsi  que  des  membranes  séreuses,  des 
masses  flbreuses ,  <les  plaques  cartilagineu- 
ses,  des  touffes  do  prJls,  etc.,  se  forment 
quelquefois  de  toutes  pièces.  D'autres  tissus 
accidentels  n'ont  point  leur  analogue  dans 
l'éconon'iie  :  tels  sont  le  tubercule,  le  squirre, 
le  tissu  encéphaloïde ,  la  mélanose.  Tous  se 
j  présentent  sous  deux  états  :  l'^en  corps  durs, 
c'est  leur  état  de  crudité  ;  2**  dans  un  état  de 
ramollissement  plus  ou  moins  complet. 
N'entratnant  souvent  aucun  dérangement 
dans  la  santé,  tant  qu'ils  sont  dans  leur  pre- 
mier état,  ces  tissus  exercent  constamment 
la  plus  funeste  influence  ,  dès  qu'ils  com- 
mencent à  se  ramollir.  Enfin  ,  soit  dans  l'in- 
térieur des  grandes  cavités ,  soit  dans  le  pa- 
renchyme même  des  organes,  naissent  et 
croissent  un  grand  nombre  d'animaux  para- 
sites, variables  par  leur  structure,  leur 
forme,  leur  grandeur  et  leur  nombre. 

L'anatomie,  appliquée  à  l'étude  de  ces 
diverses  lésions  ,  prend  le  nom  d'atuUomie 
pathologique. 

Après  avoir  défini  l'anatomie,  sisnalé  ses 
différentes  espèces,  et  donné  une  idée  géné- 
rale des  nombreux  objets  dont  elle  s'occupe, 
portons  nos  regards  sur  l'histoire  de  cette 
science,  et  indiquons,  dans  une  rapide  es- 
({uisse,  soit  les  hommes  supérieurs  dont  les 
immortels  travaux  ont  surtout  hâté  ses  pro- 
grès, soit  les  erandes  découvertes  qui,  sou- 
vent ducs  au  hasard  ou  aux  recherches  assi- 
dues de  la  médiocrité  laborieuse,  ne  peuvent 
être  fécondées  que  par  le  génie. 

Chez  quel  peuple  chercherons-nous  les  pre- 
mières traces  de  la  culture  de  l'anatomie? 
Chez  l'habitant  de  la  Chine  et  de  l'Inde  •  ces 
antiques  berceaux  de  la  civilisation ,  la 
science  de  l'organisation  ne  parait  avoir 
consisté  aue  dans  quelques  notions  bizarres 
ou  erronées ,  en  rapport  avec  les  préjugés 
religieux  et  politiques.  Sur  les  bords  du 
Ctange  en  particulier,  le  dogme  de  la  métem- 
psycose apportait  un  grand  obstacle  aux  dis- 
sections des  animaux. 

H  semble  que  la  coutume  d'embaumer  ies 
(^idavres  aurait  dû  être  chez  les  Egyptiens 
une  circonstance  favorable  aux  progrès  de 
l'anatomie  ;  mais  ce  peuple  vouait  au  mé- 
pris et  ne  regardait  qu'avec  horreur  les 
nommes  qui  assuraient  aux  cadavres  cette 
sorte    d'immortalité   du  tombeau.  Adora- 


teur des  plus  vils  animaux,  l'Egyptien  eût 
puni  de  mort  celui  qui  aurait  osé  soumel- 
tre  h  un  examen  sacrilé^u  los  restes  inani- 
més de  ces  bizarres  divinités.  On  trouve 
dans  Homère  des  indications  anatoraiques 
assez  précises,  notamment  h  propos  do  !a 
veine  cave  et  des  vaisseaux  du  cou  ;  ninis 
ces  notions  ne  s'élèvent  pas  auilcssiis  ilc 
celles  que  les  l>ouchers  acquièrent  L>i»r  (a 
pratique  de  leur  métier. 

Au  milieu  d'Athènes,  éclairée  iiar  In  phî- 
tosophie,  ce  furent  encore  les  préjugés  reli- 
gieux qui  apportèrent  un  obstacle  invinci- 
ble à  la  culture  de  Tanatomie.  La  vîcloirc 
ne  garantit  pas  du  supplice  les  génén^iix 
athéniens  qui  avaient  employée  poursuivrxî 
Tennemi  un  temps  qu'ils  auraient  dâ  con- 
sacrer à  ensevelir  les  guerriers  tués  dans  le 
combat.  Quelle  peine,  ainsi  que  le  ronianitxe 
Vicq-<i'Azir,  les  Grecs  auraient-ils  donc  ré- 
servée à  ceux  qui  auraient  violé  les  tom- 
beaux? Mais  du  moins  ,  chez  les  (ipccs  *  la 
dissection  des  animaux  ne  fut  point  prrrs- 
rrite;  Démocrite ,  Empédocle,  AIcméon,  fu- 
rent d'habiles  zootomisles.  C'est  sur  des 
animaux  qu'Hippocrate  lui-même  j»artitt 
avoir  étudié  l'anatomie,  et  Timixissiliilité  d*y 
acquérir  des  connaissances  précises  larrcVia 
dans  la  voie  de  la  chirurgie. 

Jusqu'à  réi)oque  des  conquêtes  d* Alexan- 
dre, l'anatomie  fit  peu  de  progrès.  Mais  alors 
les  relations  multmliées  qui  s'établirent 
entre  les  (leuples  aflaiblirent  les  préjugés, 
en  augmentant  la  masse  des  lumières  et  en 
multipliant  le  choc  des  opinions.  Alors  le 
vaste  génie  d'Aristote,  embrassant  riini%*cr- 
^alité  des  connaissances  humaines,  sut  iin- 
primer  à  la  plupart  une  nouvelle  cl  féconile 
impulsion.  En  même  temps  qu'Arislole  écri- 
vait des  traités  sur  la  métaphysique»  la  |»rili- 
tique  et  la  morale  ,  il  cultivait  tontes  les 
branches  des  sciences  nalurelics  «  il  «1  résé- 
quait des  milliers  d'animaux  (ju'Alexaii«lrc 
lui  envoyait  de  toutes  les  parties  de  TAsie. 
V Histoire  des  animaux  fut  le  résultai  de  «-e 
noble  concours  du  pouvoir  et  du  ^énte. 
Aristote  compare  souvent  dans  son  ouvrage 
l'organisation  de  l'homme  et  celle  des  ani- 
maux, cependant  rien  ne  prouve  i|u'i:  a!i 
disséqué  des  cadavres  humaiiis. 

Une  nouvelle  ère  commenta  pour  Tanalo- 
mie  dans  la  ville  fondée  par  Alexamlrc^  siim5 
le  règne  des  premiers  Ploleuiées.  C'est  dans 
Alexandrie  que  les  médecin^ ,  (iroié^6;>  jiar 
ces  princes  ,  furent  pour  la  première  fois 
autorisés  à  ouvrir  des  ladavres  d*lioninies. 
Hérophile,  Erasistrate,  Eiiilènto,  furent  alors 
les  véritables  fondateurs  de  ranaloniio  hu- 
maine, et  l'enricliireul  d'importantes  décou- 
vertes. On  a  &  peine  retenu  le  nom  ile  la 
plupart  de  leurs  successeurs,  qui  né&çli^è- 
rent  rétu<le  île  ranaloniio  pour  les  futiles 
hypothèses  d'une  physiologie  spéculative. 

Aucun  des  médecins  de  Kome  ne  fut  re> 
marquablo  comme  anatomiste.  Galien  lui- 
même  ne  paraît  avoir  examiné  que  des  corp.<> 
d'animaux  ;  c'est  surtnut  d'après  des  dissec- 
tions de  singes  que  ses  descriptions  ont  été 
faites.  II  nous  apprend  c^e,  de  soui  t^m^x^ 


tn 


kW 


DA^TIIROPOLOGIE. 


AXA 


2:4 


Ton  allait  à  Aleiandrie  )K)ur  %oir  des  sque- 
lettesy  encore  a-Uon  dit  que  ces  squelettes 
étaient  de  Uronze. 

Pendant  un  intervalle  de  plus  de  mille 
années,  Fanatomie  cessa  d'être  cultivée  ;  et 
lorsque,  après  cette  désastreuse  époque  d'i- 
gnonince  et  de  liarbarie,  les  sciences  co:u- 
niencërent  à  jeter  de  nouveau  une  fiiible 
iueur,  on  ne  chercha  d*aboid  à  connaître  la 
sM'îence  de  Torganisation  que  dans  les  livres 
de  Galien.  Les  médecins  se  mirent  ensuite  à 
ûif^séquer  des  corps  d*animauT.  Enfin,  en 
1515,  Mondini  de  Luzzi,  professeur  de  Bo- 
logne, disséqua  publiquement,  pour  la  pre* 
mière  fois,  deux  cadavres  humains.  Sou 
exemple  fut  bientAt  suivi  par  un  grand 
nombre  de  médecins.  Mais  tous,  asservis 
aux  idées  de  Galien,  se  traînaient  pénible- 
icent  dans  la  route  tracée  par  ce  grand 
liorame,  et  les  fiiits  étaient  perdus  pour  eux* 
On  en  vit  plusieurs  ne  pas  craindre  d'ad- 
itiettre  que  la  nature  avait  changé  depuis 
Galien,  plutôt  que  d^avouer  que  Galien  s'é- 
tait trompé.  Ce  fut  seulement  dans  le  xvi* 
siècle  qu^un  homme  de  génie,  Vésale,  osa 
liouter  de  Tinlaillibilité  de  Galien,  et  ren- 
verser son  autorité.  Bientôt  Eustachi,  Fal- 
îope,  Varole,  s'illustrèrent  par  Tardeur  avec 
laguelle  ils  se  livrèrent  à  1  étude  de  Tanaio- 
mie  humaine,  et  par  les  nombreuses  décou* 
▼ertes  qui  en  furent  le  résultat.  Cest  à  cette 
même  époque,  où  le  retour  vers  la  culture 
des  sciences  signalait,  en  quelane  sorte,  le 
riveil  de  Tesprit  humain,  que  Cnarles-Qaint 
écrivit  aux  docteurs  en  théologie  de  Tuni- 
Tersité  de  Salamanque,  pour  savoir  si  Ton 
pouvait,  sans  péché  mortel,  disséquer  un 
cadavre  humain  ! 

Cest  véritablement  dans  le  xvi*  siècle  que 
Tanatomie  de  Thomme  fut  créée.  Les  diffé- 
rentes parties  du  squelette  furent  alors  bien 
connues  pour  la  première  fois.  Les  osselets 
de  Foule  furent  découverts  et  décrits. 

Jusqu'à  cette  époque,  les  veines,  plus  ap- 
parentes après  la  mort  que  les  artères,  à 
cause  du  sang  qui  les  remplit  ordinaire- 
ment, avaient  surtout  fixé  Tattention  des 
anatomistes.  Cependant  elles  étaient  encore 
bien  peu  connues,  puisque  l'on  croyait 
eneore,  avec  Galien,  qu  elles  tiraient  toutes 
leur  origine  du  foie.  La  terminaison  des 
reines  su  cœur  fut  enfin  simultanément  dé- 
couveite  par  plusieurs  anatomistes,  et  en 
même  temps  les  artères  commencèrent  à  être 
plus  spécialement  étudiées. 

Ce  n'est  pas  sans  un  vif  intérêt  que  Ton 
▼oit  les  anatomistes  s'élever  peu  à  peu  à  la 
connaissance  du  mouvement  circulatoire  du 
sang,  A  mesure  qu*ik  acquièrent  des  notions 
i^us  exactes  sur  Tensemble  du  système  vas- 
rolaire.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  l'iso- 
lement complet  des  deux  parties  du  cœur  et 
le  mode  de  oistribution  des  vaisseaux  qui  se 
rendent  A  cet  organe  ou  qui  en  partent,  con- 
duisirent Columbus  et  Michel  Servet  è  ad- 
mettre Texistence  de  la  circulation  pulmo- 
naire. Mais  c'était  A  Harvey  oui  était  réservée 
la  gloire  de  démontrer,  par  ta  méthode  expé- 
rimentale ,  un  pliénomène  dont  les  simples 


connaissances  anatomiques  avaient  fiorlé  A 
soupçonner  l'existence. 

Les  muscles  des  différentes  r^ons  do 
corps  devinrent  l'objet  des  plus  minutieuses 
recherches,  et  dès  lors  on  put  jeter  les  fon- 
dements de  la  mécanique  animale.  L'origine 
des  nerfs  fut  reconnue  et  décrite,  la  situa- 
tion, la  forme,  les  rapports  des  riscères  fu- 
rent exactement  aroréciés.  Cependant,  quel- 
ques hommes  s'enorçaient  encore  de  ren- 
verser les  observations  des  modernes  par 
Tautorité  des  anciens.  Césalpin,  par  exemple, 
accumulait  les  raisonnements  les  plus  bi- 
zarres pour  démontrer,  avec  Aristote,  que 
tous  les  nerfs  naissaient  du  cœurl 

Dans  le  xvn*  siècle,  les  connaissances 
anatomiques  acquises  dans  le  siècle  précé- 
dent furent  renoues  plus  précises  ;  on  donna 
des  différentes  parties  du  corps  des  descrip- 
tions plus  exactes  et  plus  métnodiques.  L'<mi 
fit  aussi  de  prMeuses  découvertes  :  l'une 
des  plus  importantes  fut  celle  du  système 
lymphatique,  qu'avaient  entrevu  les  anato- 
mistes d'Alexandrie.  La  connaissance  des 
vaisseaux  lymphatiques  exer^  sur  les  théo- 
ries physiologiques  et  médicales  une  in- 
fluence presque  aussi  grande  que  la  décou- 
verte de  la  circulation  du  sang. 

L'art  des  injections,  poussé  par  Ruysch  au 
plus  haut  degré  de  perfection,  les  recher- 
ches microscopiques  appliquées  A  l'étude  de 
l'organisation,  ouvrirent  de  nouvelles  routes 
A  l'investigation  des  anatomistes. 

On  avait  en  quelque  sorte  épuisé  la  des- 
cription des  formes  extérieures  ;  on  voulut 
alors  pénétrer  la  texture  intime  des  organes. 
Hais  trop  souvent,  dans  ce  genre  de  recher- 
ches, l'on  imagina  au  lieu  d'observer.  Mal- 
pighi ,  ]?ar  exemple,  admettait,  dans  le  cer- 
veau, les  poumons,  le  foie,  la  rate  elles 
reins,  une  structure  glanduleuse,  tandis  que 
Ruysch  regardait  toutes  ces  parties  comme 
essentiellement  vasculaires.  On  chercha 
aussi  A  démêler  le  lacis  inextricable  formé 
par  les  fibres  du  cœor;  mais  on  voit  avec 
peine  qu'étudiées  par  un  grand  nombre 
â*anatomistes,  ces  nbres  furent  différem- 
ment décrites  par  chacun  d'eux. 

Les  organes  des  sens,  et  spéôalemeut 
ceux  de  la  vue  et  de  l'ouïe,  devinrent  Tobiet 
des  plus  savantes  recherches  :  le  cristalUu 
fut  étudié  par  le  célèbre  astronome  Kefder, 
et  le  siège  de  la  Tision  fut  placé,  pour  la 
première  fois,  dans  la  rétine  par  Christophe 
Sbeiner. 

Vers  le  milieu  du  xnu*  siècle,  les  immen- 
ses travaux  de  Haller  montrèrent  les  liens 
intimes  qui-nnissent  l'anatomie  et  la  physio- 
logie. Une  nouvelle  direction  fut  impnmée 
à  ces  deux  sciences.  La  physiologie  surtout 
changea  de  face  ;  et,  dès  qu'on  ne  sépara 
plus  son  étude  de  celle  de  l'anatomie,  elle 
tendit  A  devenir  une  science  positive. 

L*anatomie  et  la  physiologie  conservent 
encore  aujourd'hui  la  forme  qui  leur  a  été 
donnée  par  Haller.  Ce  grand  homme  semble 
avoir  inspiré  les  belles  et  nombreuses  re- 
cherches entreprises  sur  toutes  les  bran- 
ches de  l'anatomie  pendant  les  quarante  de^ 


fis 


ANà 


Dir.TIONNAI.^E 


K^\ 


m 


nières années  qui  viennent  de  s'écouler.  Les 
travaux  de  Hunier,  de  Sieunucring,  iics  deux 
Meckcl,  de  Rcil,  de  S<.'nrp«i»  de  Mciscagiii, 
de  Gall,  de  Bichat,  de  Cliaussicr,  clc,  [lour 
ne  parler  que  «les  moris,  remplissent  ftriuci- 
paiement  cette  période.  Rappelons  enfin  ^ 
GoniBic  Tun  des  plus  beaux  titres  des  anato- 
mistes  do  nos  jours,  les  curieuses  rccher- 
clies  faites  réceinmcnt  en  France  et  en  Alle- 
magne sur  le  développement  des  systèmes 
nerveux,  vasculaire  et  osseux. 

Dès  que  la  dissection  des  cadavres  lin- 
mains  eut  été  permise  aux  anatomistes,  ils 
portèrent  toute  leur  attention  sur  les  orga- 
nes de  riiomme,  et  l'étude  du  corps  des 
animaux  fut  momentanément  abandonnée. 
Ce  n'est  qu'à  une  époque  assez  rapprochée 
do  nous  que  la  zootomie  fut  de  nouveau 
cultivée.  Les  mémoires  de  TAcadémie  des 
sciences,  ceux  des  curieux  de  la  nature,  con- 
tiennent dutiles  travaux  sur  Tanatomie 
comparée.  L'infatigable  Malpighi  fut  Tun 
des  premiers  qui  cherchèrent  a  éclairer  l'or- 
ganisation de  l'homme,  en  la  comparant  à 
celle  des  animaux.  Swammerdam,  Perrault, 
Réaumur,  Geoffroy,  Trembley,  parcouru- 
rent avec  gloire  la  même  carrière.  Plus  tard, 
le  collaborateur  de  BufTon,  le  laborieux 
Daubenton,  enrichit  d'un  grand  nombre  de 
dissections  d*animaux  l'histoire  naturelle  de 
son  illustre  ami.  Peu  de  temps  après,  Vicq- 
d'Azir  conçut  l'étude  de  l'anatomie  compa- 
rée sur  un  plan  beaucoup  plus  vaste  et  plus 
philosophique  qu'aucun  de  ses  prédéces- 
seurs. Doué  d*un  savoir  profond,  d'un  esprit 
pénétrant,  d'ane  éloquence  entraînante,  (|ue 
n'aurait-il  point  fait  pour  la  science,  si  la 
tnort  ne  l'eût  frappé  à  l'entrée  de  la  carrière! 

A  côté  de  tant  de  noms  illustres,  nous 
pouvons  citer  avec  orgueil,  parmi  nos  con- 
temporains, les  noms  des  Cuvier,  des  Lacé- 
1)ède,  des  Duméril,  des  Geoffroy-Saînt-Hi- 
airCf  des  Blainville,  etc.,  qui  par  le  nombre 
et  l'importance  de  leurs  travaux,  ont  si  puis- 
samment contribué  aux  progrès  de  l'anato- 
mie comparée. 

Lorsque  Tanatomie  humaine  commença  à 
fitre  bien  connue,  les  médecins  durent  natu- 
rellement chercher  dans  la  lésion  des  orga- 
nes internes  la  cause  des  fjhénomèues  mor- 
bides. Aussi,  dès  le  xvi*  siècle,  l'on  trouve 
.  quelques  rudiments  de  la  culture  de  Tanato- 
mio  pathologique.  Euslachi  la  préconisait 
dès  lors  comme  l'un  des  plus  sûrs  moyens 
de  perfectionner  le  diagnostic.  Dans  les  deux 
siècles  suivants,  Baillou, Horstius,  Bartholin, 
Tulpius,  Ruysch,  Félix  Plater,  Théophile 
Bonet  surtout,  cherchèrent  à  éclairer  le  dia- 
{^ostic  par  l'examen  des  lésions  cadavé- 
riques. Mais  les  travaux  de  ces  hommes 
célèbres  furent  tous  surpassés  par  les  immor- 
telles recherchas  de  Morgagni.  Avant  lui, 
les  descriptions  étaient  inexactes,  les  faits 
mal  interprétés,  et  la  cause  de  la  maladie 
ea  de  la  mort  placée  dans  des  lésions  qui 
leur  étaient  souvent  tout  à  fait  étrangères. 
Morgagni  sut  le  plus  ordinairement  se  garan- 
tir de  ces  défauts  ;  et  rapprochant  toujours 
les  symptômes  et  les  lésions,  il  donna  aux 


rocb.erches  d'anatomie  pathologique  un  bien 
plus  haut  degré  d*intér6t  et  d*utilité.  Enfui, 
do  nos  jours,  Tanatomie  de  l'homme  malade 
a  ac<|uis  encore  un  |)lus  grand  degré  de  per- 
fection entre  les  mains  des  médecins  fran-* 
çais.  La  description  eiacte  des  différées 
tissus  accidenlels  est  Tun  des  plus  beaux  ré- 
sultats de  leurs  travaux.  L'anatomie  géné- 
rale, en  permettant  d*envisager  les  lésions 
des  organes  dans  les  différents  tissus,  a 
ouvert  aussi,  dans  ces  derniers  temps,  nn 
champ  neuf  et  fécond  aux  recherches  d*auft- 
tomie  pathologique. 

L'étude  de  l'anatomie  présente  plus  d'un 
genre  d'utilité.  Ce  n'est  pas  seulement  aa 
médecin,  c'est  aux  artistes,  aux  savants,  aux 
philosophes,  que  cette  étude  est  souvent 
indispensable. 

Le  médecin  doit  étudier  Tanatomie  sou» 
différents  points  de  vue,  selon  la  partie  de 
son  art  qu  il  cultive.  Se  livre-t-il  spéciale- 
ment à  la  chirurgie,  Vanatomie  des  rapports^ 
telle  que  nous  l'avons  détinie,  ne  saurait  lui 
être  trop  familière.  La  plus  petite  opération 
n'est  pas  pour  lui  sans  <ianger,  si,  dans  un 
membre,  par  exemple,  le  trajet  des  nerfs,  la 
situation  des  vaisseaux,  la  direction  des  fibres 
musculaires,  la  disposition  des  tendons  et 
des  aponévroses,  né  lui  sont  pas  minutieu- 
sement connus.  £tudie-t-il  la  médecine  pro- 
1)rementdite,  il  ne  saurait  trop  méditer  sur 
a  situation,  les  rapports  et  la  structure  des 
différentes  parties  renfermées  dans  les  gran- 
des cavités  du  corps.  Vanatomie  générak 
doit  aussi  lui  fitre  très-familière;  c'est  en 
considérant  les  différences  que  présente 
chaque  tissu  dans  son  organisation,  dans  ses 
propriétés  vitales  et  organiques,  dans  ses 
sympathies,  que  le  médecin  pourra  acquérir 
les  notions  les  plus  précieuses  sur  une  foule 
d'altérations  morbides,  et  sur  leurs  uom- 
breuscs  complications.  Enfin,  Vunatamk  pa- 
thologique deviendra  pour  lui  une  source 
inépuisable  de  recherches  et  d'instruction. 
C*est  incontestablement  à  la  culture  de  Tana- 
tomie  pathologique  que  les  médecins  mo- 
dernes sont  redevables  de  leur  supériorité 
sur  les  anciens,  sous  le  rapport  du  diagnos- 
tic. Une  connaissance  plus  exacte  du  siège 
des  maladies  a  dû  aussi  conduire  à  l'emploi 
de  méthodes  thérapeutiqucsplus  rationnelles. 
Cependant ,  l'anatomie  morbide  n'a  point 
jeté  un  jour  égal  sur  toutes  les  parties  delà 

[pathologie.  Elle  ne  nous  a  point  éclairés  sur 
c  siège  d'une  foule  d'affections  nerveuïcs 
qui  ne  laissent  après  (^lles,  dans  les  organes, 
aucune  trace  de  lésion.  Elle  a  augnienlé 
avec  raison  le  nombre  des  ûèvres  symntonia- 
tiques;  mais  elle  n'a  point  encore  suîlîsam- 
ment  prouvé  que  toutes  les  fièvres  fussent  le 
résultat  d'une  altération  locale;  elle  n'a  pas 
encore  expliqué  la  cause  immédiate  d  un 
grand  nombre  de  morts,  etc.  L'anatomie 
pathologiaue  est  donc  une  des  bases  les  plus 
sûres  sur  lesquelles  puisse  reposer  la  méde- 
cine ;  mais  on  doit  avouer  qu'il  est  beau- 
coup de  phénomènes  morbides  pour  l'ex- 
Ï)lication  desquels  celle  science  est  tout  à 
ait  insullisante. 


flY 


ANA 


DXMIIROPOLOGiE. 


A!<A 


«fil 


La  eonnaîssance  des  fondions  d'un  or- 
gane suppose  nécessairement  la  connais- 
sance de  sa  stroctare.  Ainsi,  savs  anatomie, 
la  physiologie  ne  saurait  exister. 

L'ôlade  de  YatuUomie  piêioresoue  est  très- 
importante  pour  Tartiste  (pii  cnercbe  à  re- 
produire les  formes  humaines  sur  le  marbre 
oa  sur  la  toile.  On  doit  s*étonner  sans  doute 
que  les  anciens,  si  peu  versés  dans  lanato- 
mie»  aient  cependant  conservé  dans  leurs 
belles  statues Texactitude  des  formes  et  des 
saillies  osseuses  ou  musculaires.  Sous  ce 
rapport,  on  ne  saurait  trop  admirer  TApol- 
loi  du  Belvédère,  dont  Tatlitudo  sublime 
n'appartient  plus  à  la  terre;  le  Laocoon, 
dont  la  douleur  semble  se  faire  sentir  dans 
chaque  contraction  musculaire;  le  Gladia- 
leor  combattant,  dont  la  pose  est  si  bien 
coordonnée  avec  le  jeu  des  différents  mus- 
clas qui  soulèvent  la  peau.  Au  reste,  cette 
perfection,  atteinte  par  les  anciens,  prouve 
que cest  plutôt  dans  lobservation  etTétude 
attentive  de  la  nature  que  dans  les  dissec- 
tions qu'un  artiste  doit  puiser  ses  connais- 
sances anatomiqnes.  Michel-Ange,  entraîné 
parla  science  de  ramphithéâtre,£iitsentirle 
maleU  des  muscles  même  dans  les  fibres 
de  femme;  mais  son  génie  donne  à  ces  fib- 
res un  tel  caractère  de  grandeur^  qu  on  tes 
trouve,  pour  ainsi  dire,  plus  belles  que  la 
nature.  Les  artistes  de  la  décadence  croient 
être  aussi  grands  que  le  mattre,  en  se  mon- 
trant anatomistes  comme  lui;  mais  ils  ne 
font  que  des  écorchés  lourds  et  difformes. 

Le  métaphysicien,  qui  analyse  la  pensée 
et  décompose  Tintelligence,  ne  saurait  né- 
gliger sans  intonvéoient  Tétode  de  Tanato- 
mie.  La  connaissance  du  cerveau,  des  nerfs, 
des  organes  des  sens,  devrait  être,  ce  me 
semble,  en  métaphysique,  le  véritable  point 
de  départ.  Les  plus  grands  méla['hjsiciens 
des  siècles  derniers.  Descartes,  Locke,  Ma- 
lebranche,  Condillac,  furent  versés  dans 
ranatofflie. 

Le  physicien  lui-même  trouvera  souvent, 
dans  la  considération  des  organes  des  ani- 
maux, d'importantes  applications  à  faire  aux 
différentes  parties  de  la  physique.  Ce  fut  Tê- 
tu Je  de  la  structure  de  l'œil  oui  porta  Euler 
à  roDcevoir  la  possibilité  des  lunettes  achro- 
matiques. Noos  avons  vu  de  nos  jours  les 
instruments  à  anche,  perfectionnés  à  Taide 
d'une  sorte  de  lancette  analogue  à  l'épi- 
giotte.  11  n'est  pas  impossible  que  rcxamcn 
4e  la  disoosition  de  Torgane  de  louïe  ne 
conduise  les  physiciens  à  des  vues  neuves 
sur  le  méoBinisniie  de  la  production  et  de  la 
propagation  des  sons. 

Enfin,  la  connaissance  de  Tanatomie  ne 
devrait-elle  point  entrer  dacs  le  système  de 
t  »ute  bonne  éducation?  Le  cerveau,  centre 
commun  où  aboutit  la.  perception  et  d*où 
part  la  volonté  ;  les  organes  des  sens  et  de  la 
voix,  si  supérieurs  aux  instruments  d'acous- 
tique, d^optique  et  de  musique,  inventés  i;ar 
les  honunes  ;  les  organes  de  la  digestion,  où 
Taliment  grossier  se  métamorphose  en  un 
suc  nutritif;  les  ])Oumons,  qui  transforment 
ce  suc  en  un  sang  rv*i*aratfur;  le  cœur  el  ses 


vaisseaux,  dont  Tensemble  représente  la 
plus  parfaite  des  machines  hydrauliques  ;  les 
organes  sécréteurs,  où,  sous  Tinfluence 
d'une  sorte  de  chimie  vitale,  s'élaborent  les 
liquides  les  plus  variés  ;  les  os  et  les  mus- 
cles, où  se  trouvent  réunies  les  conditions 
les  plus  parfaites  de  l'équilibre  et  du  mou- 
vement :  ne  sont-ce  pas  là  des  objets  aussi 
dignes  des  méditations  de  tout  homme  ins- 
truit que  la  forme  d*une  plante,  ou  la  décom- 
position d'un  sel?  Espérons  que,  libres  des 
préjugés  vulgaires,  les  philosophes,  les  litté- 
rateurs, tous  ceux  qui  sont  jaloux  d'étendre 
le  domaine  de  leurs  idées  par  la  contempla- 
tion des  œuvres  de  la  nature,  cultiveront  de 
plus  en  plus  Tauatomie. 

A?iAT0Mi£  coMPABÉB. — L'anatomîe  comi)a- 
rée  est  la  science  qui  nous  fait  connaître  l'or- 
ganisation des  animaux.  Elle  a  été  ainsi 
nommée,  parce  aue,  dans  le  principe,  elle 
avait  pour  objet  la  comparaison  de  Torgani- 
sation  de  l'homme  avec  celle  des  animaux. 
Moins  restreinte  auiourd'hui,  rapatomie 
comparée  comprend  l'étude  des  différences 
et  des  analogies  que  présentent  entre  eux 
les  organes  et  les  systèmes  organiques,  non* 
seulement  dans  toutes  la  série  animale,  mais 
encore  dans  la  série  des  développem.ents 
successifs  que  revêt  cba(|ue  espèce  animale, 
avant  d'arriver  à  son  develop][)efflent  com- 
plet. 

I.  Historique.  —  L'origine  de  ranatomie 
com]>arée  remonte  à  une  haute  antiquité.  11 
parait  certain  que  les  prêtres  égyptiens  [pos- 
sédaient sur  cette  science  des  notions  assez 
étendues,  qui  furent  la  source  àlamielle  vin- 
rent puiser  les  philosophes  de  la  Grèce,  qui 
seuls  se  livrèrent  \  son  étude  dans  ces  temps 
reculés.  Les  écoles  de  Pytbagore  et  de  Tha- 
ïes fournirent  quelques  anatomistes,  parmi 
lesquels  il  faut  citer  Ampédocle,  l>émocrite 
et  Anaxaiore,  le  maître  de  Périclès  et  de 
Socratc.  Mais  il  faut  arriver  jusqu'à  Aristote 
pour  trouver  de  véritables  connaissances 
scientifiques  sur  Tanatomic  comparée,  qui 
le  réclame  comme  son  fondateur.  Ce  grand 
homme  porta  dans  l'étude  de  la  nature  un 
esprit  véritablement  scientifique,  recueillant 
les  faits  avec  soin,  les  classant  avec  méthode, 
les  comparant  entre  eux,  et  en  déduisant  les 
conséquences  qui  en  découlaient  naturelle- 
ment. Son  premier  chapitre  de  l'histoire  des 
animaux  est  une  sorte  de  traité  d'anatcroie 
comparée,  fort  remarquable  pour  le  tem;^s 
où  il  fut  écrit,  et  dans  lequel  on  trouve  déjà 
la  division  des  animaux  en  ceux  qui  ont  le 
sang  rouge  et  ceux  qui  ont  le  sang  blanc. 
Après  Aristote,  qui  ne  laissa  pas  d'élèves  di- 
gnes de  lui,  nous  trouvons  Erasistrate,^  l'un 
des  plus  célèbres  anatomistes  de  l'école  d'A- 
lexandrie, lequel  vil  les  vaisseaux  lactés  sur 
les  entrailles  d'un  chevreau.  ^^'^  ^^^^ 
Galien  étudia  l'organisation  de  1  nomire,  en 
disséquant  les  animaux  qui  s'en  rapprochent 
le  plus,  tels  que  l'orang-outang,  es|)èee  rare 
de  sinçes,  qui  vit  dans  les  Indes  orientales. 

Apres  une  longue  suite  de  sièsles,  l'ana- 
tOQiie  comparée,  comme  les  autres  sciences, 
fut  enfin  tirée  de  l'oubli,  su  xiV  siècle.  Vé^ 


«9 


AiA 


DlCTIONNAIIi^ 


ANA 


m 


salo,  Bilan jer  tîe  Carj)»,  LoloraLms  et  sur- 
Irmt  Harvey,  rimmorlel  autour  de  la  dépou- 
verte  de  là  circulation,  renric'iirent  d'un 
grand  nombre  de  faits  nouveaux.  11  est  re- 
marquable de  voir  h  cette  é|îoque,  encore 
l)eu  avancée,  un  anatoiniste  français,  Rioian, 
soutenir  déjà  que  des  os  fossiles  d'une  gran- 
deur prodigieuse,  attribués  à  Teutoboc- 
chus,  roi  des  Cimbres,  avaient  appartenu  à 
un  éléphant. 

A  partir  do  cette  époque,  presque  tous  les 
anatomistes  étudièrent  a  la  fois  l'homme  et 
les  animaux;  tels  sont  :  Sténon,  Malpighi, 
Ruish  et  Swammerdam,  à  qui  nous  devons 
l'histoire  complète  de  Tor^janisation  des  in- 
sectes et  de  leurs  métamorphoses. 

Bientôt  l'emploi  du  microscope  livra  aux 
anatomistes  tout  un  monde  nouveau,  que  les 
recherches  de  Redi  et  do  Leeuwenhoeck  fi- 
rent connaître. 

Haller,  Spallanzani,  firent  servir  l'anato- 
mie  com[)arée  h  la  physiologie;  et  BufTon, 
Daubenlon,  Vicq-d'Azir,  en  firent  la  base  so- 
lide de  la  classification  zoolo^que. 

Enfin,  G.  Cuvier,  qu'un  rare  et  heureux 
concours  decirconstances avait  |)lacé,  comme 
il  le  dit  lui-même,  dans  une  position  telle, 
qu'il  ne  croyait  avoir  aucun  sujet  d'envier 
celle  où  se  trouvait  Aristote,  lorsqu'un  con- 

auérant,  savant  lui-niAme,  lui  prodiguait 
es  trésors  et  lui  soumettait  des  armées  pour 
lui  faciliter  l'étude  de  la  nature,  embrassa 
de  son  puissant  génie  tout  l'ensemble  de  l'a- 
nalomie  comparée,  dont  il  est,  ajuste  titre, 
considéré  comme  le  second  fondateur.  Non- 
seulement  Cuvier  l'a  instituée  comme  scien- 
ce; non -seulement  il  en  a  montré  toute 
l'importance  au  point  de  vue  de  l'histoire  na- 
turelle et  de  la  philosophie;  mais  encore  il 
en  a  le  premier  fait  l'application  raisonnéc 
à  la  géologie. 

Depuis  Cuvier,  de  nombreux  anatomistes 
ont  marché  sur  ses  traces  ;  et  la  science  qu'il 
a  créée  s'est  enrichie  d'un  grand  nombre  de 
faits,  de  détails,  qui  tous  sont  venus  se  ran- 

Ser  dans  les  ordres  qu'il  avait  tracés.  L'étude 
u  développement  des  organismes,  suivie 
avec  plus  de  soin,  a  jeté  une  lumière  nou- 
velle sur  les  mystères  de  la  formation  des 
organes,  sur  les  rapports  intimes  qui  exis- 
tent entre  tous  les  êtres  jouissant  de  l'ani- 
malité, et  sur  quelques-unes  des  lois  qui  ré- 
gissent les  modifications  fonctionnelles  qu'ils 
nous  présentent. 

II.  Caractères  fonctionnels  de  VanimalUé. 
—  Tous  les  êtres  organisés  et  doués  de  la 
vie  offrent  ce  triple  caractère  :  qu'ils  pro- 
viennent par  génération  d'êtres  semblables  à 
eux;  qu'ils  s'accroissent  par  un  double  mou- 
vement d'absorption  de  molécules  nouvelles 
et  d'élimination  de  molécules  anciennes,  ce 
qui  constitue  essentiellement  la  nutrition: 
et,  enfin,  qu'ils  finissent  par  une  véritable 
mort,  en  retombant  sous  tes  lois  qui  régis- 
sent la  nature  inorganique.  Deux  facultés 
générales,  celles  de  se  nourrir  et  de  se  re- 
produire, caractérisent  donc  l'organisation  en 
action.  Si  plusieurs  corps  organisés  n'exer- 
cent que  ces  deux  fonctioms  générales  et 


celles  qui  en  sont  les  accessoires,  il  en  est  un 
grand  nombre  d'autres  qui  remplissent  des 
fonctions  particulières,  lesquelles  non-seu- 
lement exigent  des  organes  qui  leur  soient 
appropriés,  mais  encore  modifient  néces- 
sairement la  manière  dont  les  fonctions  gé- 
nérales sont  exécutées,  et,  par  conséquent, 
les  organes  qui  sont  les  instruments  de  ces 
fonctions. 

De  toutes  ces  facultés  moins  générales  qui 
supposent  l'organisation,  mais  qui  n*en  sont 
|/as  des  suites  nécessaires,  )a  fiiculté  de  sen- 
tir et  celle  de  se  mouvoir  volontairement 
sont  celles  qui  influent  de  la  manière  la  plus 
remarquable  sur  les  autres  fonctions.  Ces 
deux  lacultés  sont  entièrement  liées  :  U 
mouvement  volontaire  suppose  la  sensibilUé; 
car  on  ne  conçoit  pas  la  volonté  sans  désir  et 
sans  sentiment  do  peine  ou  de  plaisir.  Or, 
pourrions-nouspenscr  que  la  nature,  toujours 
si  prévoyante  et  si  pleine  de  sollicitude  |)eur 
toutes  ses  œuvres,  ait  pu  priver  des  êtres 
susceptibles  de  sentir  le  plaisir  et  la  dou- 
leur, du  pouvoir  de  fuir  l'une  et  de  tendre 
vers  l'autre! 

Ces  deux  facultés,  que  nous  possédons  à 
un  haut  degré,  nous  les  attribuons,  par  ana- 
logie, et  d'après  les  apparences,  à  un  grand 
nombre  d'êtres,  que  nous  ai)pelons  des 
êtres  animés  ou  antmauor.L'existence  de  cette 
double  faculté  et  du  double  appareil  orga- 
nique qu'elle  nécessite,  avec  les  modifica 
tons  des  autres  fonctions  plus  ^nérales 
qu'elle  entraîne,  caractérise  esseutiellemenl 
I  animalité. 

En  effet,  tandis  que  les  végétaux,  fixés  au 
sol,  absorbent  immédiatement,  par  leurs  ra^ 
cines,  les  parties  nutritives  des  fluides  qui 
l'imbibent,  i)ar  une  action  tranquille  et  con- 
tinue; les  animaux  qui  ne  sont  point  fixés, 
qui  changent  souvent  de  lieu,  avaient  be- 
soin de  transporter  avec  eux  la  provision  de 
sucs  nécessaires  à  leur  nutrition.  Aussi, 
sont-ils  pourvus  d'une  cavité  intérieure, 
dans  laquelle  ils  placent  leurs  aliments,  et 
dans  les  parois  de  laquelle  s'ouvrent  des 
pores  ou  des  vaisseaux  absorbants,  qui  sont 
pour  e.ux,  suivant  l'expression  deBoerhaave, 
de  véritables  racines  intérieures. 

Pour  les  animaux  munis  d'une  poche  as- 
sez grande  pour  admettre  des  substances  so- 
lides, il  a  fallu  des  instruments  pour  les  di- 
viser, des  liqueurs  pour  les  dissoudre,  etc. 
En  un  mot,  la  nutrition  a  dû  être  précédée 
d'une  multitude  d'opérations  préparatoires 
dont  l'ensemble  constitue  la  dtgesHon. 

Ainsi,  la  digestion  est  une  fonction  d'un 
ordre  secondaire,  propre  aux  animaux  et 
nécessitée  chez  eux  par  la  faculté  de  locomo- 
tion dont  ilsjouissent. 

Des  modifications  non  moins  importantes 
dérivent  de  la  même  cause.  Dans  les  vé- 

E;étaux  dont  la  structure  est  fort  simple, 
e  mouvement  du  fluide  nutritif  parait  se 
faire  sous  l'influence  presque  exclusive 
des  agents  extérieurs  ;  dans  les  animauf . 
au  contraire,  la  complication  et  la  multipli- 
cité de  leurs  organes  exigeaient  des  dispo- 
sitions iiarticulieres  et  des  forces  plus  ini»»- 


«21 


AM 


D*ANTUIiOPOL€GIE. 


AXA 


santés  pour  distribuer  ie  Quide  ré|)arateur. 
De  là  uo  systèoie  de  canaux  ramifiés  qui 
eonslitueni  deui  troncs  communiquant  en- 
semble, de  manière  que  Tun  reçoit  dans  ses 
racines  le  fluide  que  Tautre  a  poussé  dans 
ses  branches»  et  le  rapporte  au  centre,  d*où 
il  •doit  être  chassé  de  nouveau.  A  la  réu- 
nion des  deux  troncs  se  trouve  une  poche 
contractile  manie  de  soupapes  tellement  dis- 
posées qu'elle  pousse  avec  force  dans  les  ar^ 
lères  le  sang  qu'elle  a  reçu  des  veines.  La 
circulation  n*est  pas  un  caractère  essentiel 
de  ranimalité,  puisqu*un  grand  nombre 
d*animaux  en  sont  privés  et  se  nourris- 
sent par  une  sim|ile  imbibition  du  fluide 
préfiaré  dans  le  tube  digestif.  Chez  ceux  qui 
en  ont  une,  le  sang  peut  être  considéré 
romme  le  véhicule  des  matériaux  nutri* 
ttCi  qu*il  reçoit  du  tube  digestif,  des  mem- 
l>ranes  t^umentaires  et  des  poumons,  ma- 
tériaux qu*il  s'incorpore  d'une  manière  in- 
time, et  qu'il  transmet  aux  oi^anes  pour 
leur  eonservation  ou  leur  accroissement. 
Cest  par  les  veines  et  par  un  ordre  {larticu- 
lier  de  vaisseaux ,  les  lymphaiiques^  que  le 
sai^  reçoit  les  matériaux  nutritifs  nouveaux; 
e*est  par  les  mêmes  vaisseaux  qu'il  reçoit  les 
nkolécules  qui,  après  avoir  vécu  dans  nos 
tissus,  s'en  détachent,  pour  être  rejelées  de 
noire  économie. 

Mais,  avant  de  retourner  aux  organes,  le 
sans  veineux  doit  subir  le  contact  vivifiant 
de  fair  atmos|)hériqae  :  il  doit  être  modifié 
par  lareipiro/ton,  fonction  générale,  com- 
mune à  tous  les  êtres  organisés,  et  toujours 
la  même  au  fond,  quoique  tr^-diflëreute 
dans  son  mécanisme.  Chez  les  animaux  qui 
n'ont  pas  de  circulation,  elle  se  (ait  par  la 
surfiue  extérieure  du  corps,  ou  par  des  vais- 
seaux aériens  qui  ]H>rtent  partout  le  fluide 
atmosphérique  au  contact  au  sang  ré|iandu 
dans  les  interstices  des  tissus  or^^iques. 
Ceux  qui  ont  une  circulation  respirent  par 
Qfl  organe  spécial,  poumon  ou  frraiurAïf ,  que 
traverse  le  sang  veineux  et  que  l'air  exté- 
rieor  pénètre.  La  respiration  pulmonaire  ou 
bianduale  est  donc  une  fonction  d'un  troi- 
sième ordre,  liée  à  l'existence  de  la  circula- 
tion et,  rar  conséquent,  aux  facultés  que  nous 
avons  dit  être  le  caractère  de  l'animalité. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  montre 
quelle  influence  les  fatuités  propres  aux 
animaux,  la  ten$ibilité  et  la  iocomoiilité^ 
exercent  sur  les  fonctions  communes  à  tous 
les  êtres  or^nisés,  et  sur  la  disposition  ana- 
lomique  des  instruments  de  ces  fonctions. 
Nous  Terrons  plus  loin  que  toutes  les  fonc- 
tions des  animaux  des  divers  ordres  exer- 
cent une  influence  non  moins  puissante  les 
unes  sur  les  autres,  tant  il  y  a  d'ensemble 
et  (f  harmonie  dans  les  productions  de  ta  na- 
tjire  vivante  ! 

'  fin  somme,  l'animal  vit,  se  meut  et  se  re- 
produit. D'où  l'on  voit  que  toutes  les  fonc- 
tions des  animaux  peuvent  se  diviser  en 
tniis  ordres  :  celles  qui  leur  sont  essentiel- 
les, qui  leur  donnent  le  caractère  de  l'ani- 
maiité,  la  sensibilité  et  le  mouvement  vo- 
lontaire: ce  sont  les  fonctions  anima/es;  celles 


qui  servent  à  leur  nutrition,  à  rer.tretien  de 
la  vie  individuelle  :  ce  sont  les  fonctions 
nutritives^  digestion^  absorption^  circulation^ 
respiration,  transpiration ,  sécrétions  :  enfin 
la  génération,  destinée  à  remplacer  les  in- 
dividus qui  périssent  |*ar  des  indiridus  nou- 
veaux et  a  perpétuer  la  vie  de  l'espèce. 

Après  avoir  indiqué  ces  fonctions,  jetons 
un  coupd'œil  rapide  sur  les  instruments  par 
lesquels  elles  s'exercent. 

Quand  on  iiorte  son  attention  sur  l'orga- 
nisme animal,  on  voit  qu'il  se  compose  de 
parties  solides  et  de  parties  fluides.  Ces  der- 
nières, quoique  variables  en  quantité,  prédo- 
minent toujours  sur  les  premières.  Elles 
comprennent  le  sang,  la  lymphe,  la  séro- 
sité, la  graisse  et  divers  produits  de  sécré- 
tion. 

Les  parties  solides  s*oflrent  à  nous  sous 
des  aspects  très-divers  ;  mais  leur  division 
mécanique  conduit  toujours  en  dernier  résul- 
tat à  iies  lamelles  où  à  des  filaments  qui  pa- 
raissent être  les  particules  organiques  élé- 
mentaires. On  peut  les  rapporter  à  trois  ty- 
t>cs  ou  tissui  élémentaires  :  le  tissu  celluleux, 
e  tissu  nerveux  et  le  tissu  mufcubire. 

Le  premier  existe  dans  tous  les  animaux 
et  dans  tous  les  organes.  On  peut  le  considé- 
rer comme  la  gangue  dans  laquelle  se  déve- 
loppent tous  les  autres  organes  et  comme  la 
base  de  la  plupart  d'entre  eux.  Ainsi  les 
membranes  ne  sont  que  du  tissu  cellulaire 
plus  serré,  dont  les  lames  sont  plus  rappro- 
chées, ce  que  démontre  la  macération  ;  les 
vaisseaux  ne  sont  que  des  membranes  con- 
tournées en  cylindres,  et  presque  toutes  les 
parties  molles  du  corps  semblent  être  un 
assemblage  de  vaisseaux  et  ne  différer  entre 
elles  que  par  la  nature  des  liquides  que  les 
vaisseaux  contiennent,  par  leur  nombre,  par 
leur  direction,  la  constitution  de  leurs  pa- 
rois, etc.  C'est  ainsi  que  l'on  peut  (aire  dé- 
river du  tissu  celluleux  les  tissus  séreux, 
muqueux,  glanduleux,  fibreux,  fibro-cartila- 
gineux,  osseux. 

Le  tissu  nerveux  est  celui  par  lequel  nous 
exerçons  la  faculté  de  sentir.  Il  se  présente 
sojjs  la  forme  de  filets,  partant  de  certains 
centres  et  se  portant  à  toutes  les  parties  du 
corps.  C'est  par  les  nerfs  qui  se  portent  à  la 
périphérie  ae  notre  organisme  que  nous 
avons  la  sensation  du  monde  extérieur. 

Le  tissu  ou  fibre  musculaire  est  l'organe 
du  mouvement.  Cette  fibre  se  contracte  et  se 
raccourcit  en  se  fronçant  sous  l'influence  de 
la  volonté.  Haïs  la  volonté  n'exerce  ce  pou- 
voir que  par  l'intermédiaire  du  nerf,  puis- 
que la  fibre  n'obéit  plus,  lorsoue  celui-ci  est 
coupé.  Elle  se  voit  partout  ou  des  mouve- 
ments de  dilata'tion  et  de  resserrement  sont 
nécessaires  ;  mais  son  principal  usage  est  la 
formation  des  muscles^  qui  ne  sont  autre 
chose  que  des  faisceaux  de  fibres  contrac- 
tiles attachés  par  leurs  deux  extrémités*  à 
des  parties  mobiles.  Lorsque  le  muscle  se 
contracte,  les  deux  points  auxquels  il  s*in- 
sère  se  rapprochent:  tel  est  le  moyen  simple 
par  lequel  tous  les  mouvements  extérieurs  du 
corps  et  des  membres  sont  produits. 


i» 


ÂNA 


dictionnâihf: 


ANA 


221 


Chez  les  animaux  rampants ,  les  muscles 
s'insèrent  à  la  peau;  chez  ceux  qui  sont  ca- 
pables de  courir,  de  marcher  ou  de  sauter, 
ils  se  fixent  à  des  parties  dures  dont  Ten- 
semble  constitue  le  squelette ,  et  dont  les 
différentes  parties,  en  se  réunissant,  forment 
les  articwiations. 

Non-seulement  le  système  nerveux  cen- 
tral, le  cervéaUy  influence  lesgmuscles  par  le 
moyeu  des  nerfs  qu'il  leur  envoie,  mais 
encore  il  reçoit  de  toutes  partir  les  impres- 
sions qui  lui  viennent  du  dehors ,  en  sui- 
vant les  nerfs  qui  partent  de  la  périphérie. 
L'intégrité  du  nerf  sensitif  est  aussi  indis- 
pensable h  la  transmission  de  la  sensation 
que  celle  du  nerf  moteur,  pour  i>orter  aux 
muscles  Tordre  de  la  volonté.  Qu'on  le  jcoupe 
ou  qu'on  le  lie^  la  sensation  cesse  d'être 
perçue..   . 

Le  sens  le  plus  général  est  le  toucher;  il 
existe  chez  tous  les  animaux  et  sûr  presque 
toute  la  surface  du  corps.  Les  autres  sens 
ne  paraissent  en  être  que  des  modifications 
plus  perfectionnées  et  appropriées  à  des  im-" 
pressions  plus  délicates.  Il  est  remarquable 
qu'ils  sont  tous  placés  à  là  tête  et  dans  le 
voisinage  du  cerveau.  Les  organes  qui  en 
sont  le  siège  sont  merveilleusement  adaptés 
aux  qualités  des  agents  dont  ils  sont  destinés 
à  recevoir  l'impression  :  l'œil  présente  h  la 
lumière  des  lentilles  transparentes  qui  en 
rassemblent  les  rayons;  l'oreille  offre  à  Tair 
des  membranes,  des  fluides,  qui  en  reçoi- 
vent les  ébranlements;  le  nez  tamise  en 
quelque  sorte  la  colonne  d'air  qui  le  tra- 
verse pour  en  saisir  les  molécules  odorantes, 
et  la  langue  présente  au  liquide  savoureux 
qu'elle  doit  goûter  sa  surface  garnie  de 
papilles  molles  et  spongieuses. 

Le  système  nerveux  ne  nous  fait  pas  con- 
naître seulement  ce  qui  se  passe  autour  de 
nous,  dans  le  monde  extérieur,  il  nous  aver- 
tit encore  de  ce  qui  a  lieu  en  nous,  dans 
notre  monde  intérieur.  C'est  ainsi  que  nous 
ressentons  certaines  douleurs  internes,  les 
sensations  de  la  fatigue ,  de  la  faim ,  do  la 
soif,  etc. 

De  toutes  les  sensations  qui  naissent  do 
nos  besoins  et  nous  en  avertissent,  celle  de 
la  faim  est  une  des  plus  impérieuses  qui 

{missent  solliciter  l'animal  h  l'action.  Elle 
ui  rappelle  instamment  la  nécessité  de 
fournir  de  nouveaux  matériaux  à  sa  nutri- 
tion. ^ 

Cette  fonction  est  très-compliauée.  Los 
aliments  sont  pris,  divisés,  mâchés,  insali- 
vés  et  introduits  dans  le  tube  digestif,  dont 
ils  traversent  toute  la  longueur.  Dans  Feslo- 
mac,  ils  sont  réduits  en  une  sorte  de  bouil- 
lie homogène  qui  prend  le  nom  de  chyme; 
après  quoi  ils  passent' dans  l'intestin,  long 
canal  contourné  sur  lui-même,  où  ils  se  mê- 
lent aux  fluides  abondants  qu'y  versent  les 
glandes  intestinales,  à  la  bile,  aufluide  pan- 
créatique. C'est  là  qu'ils  éprouvent  une 
élaboration  dernière  qui  les  rend  aptes  à 
fournir  les  éléments  nutritifs.  Ceux-ci  doi- 
vent être  absorbés,  pendant  l'acte  de  la  di- 
gestion, par  des  vaisseaux  très-déliés,  lym- 


phatiques, qui  les  versent  dans  le  système 
veineux  (général. 

Cependant,  ces  matériaux  nouveaux,  in- 
troduits dans  te  système  Veineux,  ne  peu- 
vent lui  rendre  immédiatement  ses  qualités 
nutritives;  ce  sang  doit  enci»re  être  soumis 
À 1  action  vivifiante  de  la  respiration.  Les 
t)rganes  qui  servent  à' cette  importante  fonc- 
tion offrent  de  grandes  difi'érences,  selon  les 
animaux.  Chezceux  qui  sont  privés  de  cir- 
culation, l'air  pénètre,  au  moyen  de  vais- 
seaux connus  sous  le  nom  de  trachées^  dans 
toutes  les  parties  du  corps  et  va  trouver  le 
fluide  nourricier,  qu'il  modiflo  en  quelque 
sorte  sur  place  :  telle  est  la  «•espirali'n 
chez  les  insectes  et  plusieurs  arachnides. 
Chez  les  animaux  plus  élevés  et  pourvus 
d'une  circulation  sanguine,  l'organe  respira- 
toire est  constitué  soit  par  un  groupe  de  vé- 
sicules recevant  l'air  par  un  canal  unique  et 
ramifié,  et  sur  les  parois  desquelles  vien- 
nent se  diviser  à  Tlnfini  tes  vaisseaux  qui 
apportent  le  sang  veineux,  soit  par  des  la- 
mes ou  feuillets  qui  servent  de  stt|>ports 
aux  .'•amifications  vasculaircs  et  qui  plon- 
gent dans  l'eau.  Dans  le  premier  cas,  l'or- 
gane respiratoire  est  un  poumon:  dans  le 
second,  il  porte  le  nortfi  de  branchw. 

A  son  passage  dans  l'organe  respiratoire, 
le  sang  éprouve  une  véritable  combustion; 
il  absorbe  de  l'oxygène  et  perd  ilu  carljone, 
oui  s'exhale  sous  forme  d'acide  carbmiique. 

Plusieurs  autres  princi|>es  sont  encore 
éliminés  du  sang  par  les  sécrétions  uriiial- 
res,  cutanées  et  intestinales.  Ces  différents 
moyens  d'épuration  du  sang  peuvent  jus- 
qu'à un  certain  point  se  suppléer  l'un  I  au- 
tre :  ils  paraissent  donc  tendre  vers  un 
même  but. 

Tous  les  phénomènes  nutritifs  qui  se 
passent  dans  le  corps  de  l'animal  résultent 
en  définitive  d'un  mouvement  continu  de 
composition  et  do  décomposition.  En  même 
temps  que  le  sang  reçoit  les  matériaux  nu- 
tritifs que  les  lymphatiques  ont  puisé  dans 
le  tube  intestinal,  il  entraîne  les  molécules 
qui  se  séparent  des  organes,  et  il  abandonne 
une  multitude  desubslances  qui  se  séparent 
de  lui  dans  les  poumons,  Icfoie,  les  reins,  etc. 
On  donne  le  nom  de  sécrétion  \  rojiératioii 
par  la(iuelle  un  fluide  est  séparé  d'un  autre, 
et  de  (jiande  h  l'organe  chargé  de  celte  sé- 
paration. Ces  glandes  diffèrent  beauconi>, 
quant  h  leur  aspect,  h  leur  forme  et  à  leur 
volume,  mais  toutes  peuvent  être  ramenées 
h  deux  types  élémentaires  :  les  glandes  par 
dépression  et  les  glandes  par  prùjeciion. 
L'élément  sécréteur  est  toujours,  ainsi 'que 
Ta  démontré  Malpighi,  une  membrane  lim», 
très-vasculaire  et  douée  d'une  propriété  qui 
lui  est  propre,  (ju'elle  lient  de  son  tirganî- 
sation,  celle  de  sénarer  de  la  masse  dtisang 
un  produit  variable,  selon  le  but  qu*il  doit 
remplir  et  rorgane»qui  le  sécrète;  or  celle 
membrane  sécrétante^  qui  devait  avoir  une 
étendue  proportionnée  à  la  quantité  de  pro- 
duit qu'elle  devait  fournir,  s  est  disposée  de 
deux  manières,  pour  offrir  le  plus  de  surface 
avec  le  moins  de  volume  poîjisiblc  :  lanttK 


«a* 


ANA 


DANTIlUOrOLOGlE. 


ANA 


22G 


elle  s*est  déprimée  en  petits  sacs,  en  utri- 
cules,  en  tubes  ramifiés  et  pressés  les  uns 
contre  les  autres  :  tel  est  le  cas  des  glandes 
erdiaaires;  tantôt,  au  contraire,  elle  s*est 
développée,  projtiét  à  Textérieur,  en  for- 
mant des  saillies,  des  villosilés,  des  fran- 
ges de  formes  variées.  Ce  second  type  d'or- 
ganes sécréteurs,  les  glandes  projetées^  dé- 
couTertes  récemment  par  M.  Lacaucbie, 
existent  dans  les  cavités  séreuses  et  svno- 
Tîales  et  dans  plusieurs  organes  où  leur 
présence  u  avait  pas  été  soupçonnée. 

Le  foie  sécrète  la  bile,  les  glandes  sali- 
vaires  la  balive,  les  glandes  synoviales  la 
svnovie,  etc.  ;  mais  on  peut  rattacher  aux 
sécrétions  un  grand  nombre  d'autres  trans- 
formations ou  séparations  d'humeurs  ou  de 
fluides.  Ainsi,  par  exemple,  il  est  permis  de 
penser  que  le  cerveau  sépare  du  sang  un 
lloide  particulier,  dont  la  nature  nous  a 
échappe  jusqu'ici  et  qui  serait  l'agent  des 
phénomènes  nerveux.  ^ 

C'est  encore  à  une  sécrétion  qu'il  laut 
rattacher  les  phénomènes  primitifs  de  la 

r génération,  la  formation  de  la  liqueur  pro- 
ifique  et  du  germe.  Les  organes  de  cette 
ftmctîon  sont,  d'une  part,  ceux  oui  prépa- 
rent la  liqueur  prolifique  et  qui  la  portent 
ao  contact  des  germes  ;  d'autre  j>art,  ceux 
ffui  doivent  contenir  et  prot^r  les  germes 
jusqu'à  leur  développement  complet.  Les 
premiers  constituent  le  sexe  masculin,  les 
seconds  le  sexe  féminin.  Lorsque  Tovule  sé- 
erétépar  l'ovaire  a  été  fécondé  par  la  liqueur 
séminale,  il  se  détache  de  l'ovaire  et  s'en- 
isi^e  dans  la  trompe  qui  le  conduit  dans 
i'otéms,  si  ranimai  est  rtripore,  ou  dans 
Voridueiu$9  s'il  est  ovipare.  Dans  le  premier 
cas,  le  petit  germe  tire  sa  nourriture  d'un 
la  ns  de  vaisseaux,  qui  vont  puiser  dans  le 
sang  de  la  mère  les  matériaux  de  son  déve- 
loppement. Dans  le  second  cas,  il  se  nourrit 
d'une  masse  organisée,  le  jaune  de  l'œuf  ou 
rùellÊU^  qui  lui  est  attaché  par  des  liens 
Taseolaires  et  dont  le  volume  est  assez  con- 
sidérable pour  l'amener  à  un  degré  de  dé- 
veloppement tel  qu'il  puisse  vivre  de  la  vie 
extérieure  après  avoir  brisé  sa  coquille. 

m.  Principales  différences  d€  F  organisation 
des  animaux.  —  Nous  venons  de  voir,  dans 
ce  coup  d'oeil  rapide,  jeté  sur  l'ensemble  de 
l'organisation  animale,  que  les  différents 
systèmes  d'organes,  tout  en  atteignant  le  but 
fonctionnel  qui  leur  a  été  assigné,  sont  loin 
de  présenter  a  Tanatomiste  les  md  nés  appa- 
rences, la  même  disposition,  la  même  stmo- 
ture.  Les  différences  frappent,  au  plus  lé^er 
examen,  quand  on  compare  l'organisation 
des  animaux  oui  se  rapprochent  le  plus  de 
lliomme,  du  cnien,  du  cheval,  par  exemple, 
avec  oelle  des  animaux  d'une  organisation 
moins  élevée,  des  reptiles,  des  vers  ou  des 
polvpes.  Cette  comparaison,  objet  principal 
de  l'anatomie  comparée,  nous  fait  reconnaî- 
tre que  les  fonctions  se  perfectionnent  et  se 
complètent  à  mesure  que  les  organismes  se 
diversifient  et  se  compliquent  ;  qu'elles  se 
simplifient,  an  contraire,  à  mesure  que 
l'on  se  rapproche  de  la  limite  inférieure  de 


l'animalité.  Mais,  soit  que  l'on  parte  de 
l'homme  et  des  animaux  supérieurs,  pour 
arriver,  en  suivant  des  dégradations  ^cces- 
sivesy  aux  vers  et  aux  polypes;  soit  que, 

(prenant  l'organisaliôn  dans  son  expression 
a  plus  simple,  on  la  suive  dans  ses  compli- 
cations et  ses  perfectionnements  croissants, 
l'analyse  physiologique  nous  ramène  tou- 
jours à  ces  trois  fonctions  fondamentales 
que  nous  avons  dit  caractériser  l'animalité, 
savoir  :  les  fonctions  animales  (sensibilité 
et  locomotilité  volontaire),  les  fonctions  vi- 
tales ou  végétatives,  et  les  fonctions  de  re- 
f)roduction.  Le  but  est  toujours  le  môme; 
es  moyens  de  l'atteindre  sont  infiniment 
variés,  il  suffira,  pour  en  juger,  de  compa- 
rer, ainsi  que  nous  allons  le  laire,  les  prin- 
cipaux systèmes  d'organes  dans  la  série 
animale. 

Le  système  locomoteur  présente  deux  dif- 
férences générales  importantes  :  tantôt  les 
os  forment  un  squelette  intérieur,  autour 
duquel  se  disposent  les  muscles  qui  doivent 
les  mouvoir;  tantôt  il  n'y  a  pas  de  sque- 
lette intérieur.  Dans  le  premier  cas,  la 
charfiente  de  l'animal  est  essentiellement 
constituée  par  une  colonne,  formée  de  piè- 
ces superposées  et  appelée  colonne  verte-- 
broie:  d'où  la  dénomination  de  vertébrés 
donnée  aux  animaux  qui  en  sont  pourvus. 
Ceux  Iqui  n'ont  pas  de  vertèbres,  ou  les  m- 
vertébrés^  diffèrent  beaucoup  entre  eux  : 
les  uns  sont  entièrement  mous,  comme  les 
vers;  d'autres  ont  le  corps  enveloppé  de 
pièces  dures,  articulées  les  unes  sur  les  au- 
tres, et  forment  un  squelette  extérieur ^ 
comme  les  insectes  et  les  crustacés;  d'autres, 
enfin,  sont  renfermés  dans  des  coquilles, 
comme  les  mollusques. 

Les  organes  des  sensations  ne  présentent 
pas  moins  de  différences,  tant  dans  leur  par* 
tie  centrale  que  dans  leurs  expansions  péri* 
phériques.  Le  système  nerveux  central  offre 
trois  grandes  différences  :  ou  bien  il  forme 
une  masse  allongée,  placée  au-dessus  du 
canal  digestif  et  renfermée  dans  un  étui  os- 
seux, commedans  tous  lesvertébrés;  ou  bien 
il  est  placé  au-dessous  du  tube  digestif  et  ren- 
fermé dans  la  même  cavité,  comme  cliex 
les  mollusques  et  les  articulés;  ou  bien, 
enfin,  il  est  entièrement  confondu  avec  les 
autres  tissus,  comme  chez  certains  animaux, 
placés  sur  les  plus  bas  échelons  de  l'échelle 
animale,  les  zoophytes  eu  polypes^  qui  pa- 
raissent formés  d'une  substance  homogène, 
dan.ç  laquelle  on  ne  trouve  ni  vaisseaux,  ni 
nerfs.  ^ 

Les  expansions  nerveuses  périphériques, 
ou  les  organes  des  sensy  varient  beaucoup, 
guant  à  leur  nombre  et  à  leur  degré  de  per- 
fection. Trois  sens,  le  toucher,  le  goût  et 
peut-être  l'odorat,  paraissent  appartenir  k 
tous  les  animaux.  La  vue  et  l'ouïe  manquent 
aux  zoophytes,  à  plusieurs  vers  articulés, 
à  certains  mollusques.  Peut-être  faut-il  ad- 
mettre que  l'organisation  si  délicate  de  la 
peau  de  ces  animaux  leur  tient,  jusqu'à  uu 
certain  point,  lieu  de  ces  sens  et  leur  per- 
met, selon  l'expression  d'un  savant  naiura- 


iî7 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


i8 


turaiiste ,  de  palper  jusqu'à  la  lumière. 
Lorsque  les  organes  des  sens  existent, 
comme  chez  Thomme  et  tous  les  vertébrés, 
ils  présentent  encore  des  différences  infi- 
nies dans  leur  degré  de  perfection. «L'œil, 
par  exemple,  pr«^sente  aux  rayons  lumineux 
un  appareil  de  lentilles  plus  ou  moins  com- 

f)let,  selon  la  perfection  de  ranimai,  le  mi- 
ieu  dans  lequel  il  rit,^  etc.  L'organe  lui- 
même  peut  être  fixe  ou  jouir  d'une  grande 
mobilité  ;  il  peut  être  protégé,  ou  non,  par 
des  voiles  membraneux,  qui  le  garantissent 
avec  plus  ou  moins  d'efficacité  de  l'action 
nuisible  des  corps  extérieurs.  Des  différen- 
ces analogues  se  remarquent  dans  la  dispo- 
sition des  autres  sens. 

Les  organes  de  la  vie  végétative  n'offrent 
pas  moins  de  variations.  Le  tube  disestif, 

Ïui  en  forme  la  partie  essentielle,  présente 
eux  grandes  différences.  Dans  son  état  le 
plus  simple,  chez  les  zoophytes,  c'est  un 
tube,  ou  un  sac  à  une  seule  ouverture,  qui 
sert  à  la  fois  d'entrée  aux  aliments  et  d'issue 
aux  excréments.  Dans  tous  les  autres  ani- 
maux, il  a  deux  ouvertures  distinctes  affec^ 
tées  à  chacun  de  ces  usages.  Mais,  tantôt  ce 
canal  s'étend  directement  de  la  bouche  à 
l'anus  ;  tantôt  il  décrit  des  circonvolutions 
plus  ou  moins  grandes,  qui  en  augmentent 
singulièrement  retendue  ;  tantôt  il  offre,  sur 
son  trajet,  des  dilatations  variables  pour  le 
nombre  et  la  capacité.  Une  des  différences 
les  plus  importantes  et  qui  influe  le  plus 
sur  le  mode  d'alimentation  de  chaque  es- 
pèce, c'est  que  la  bouche  peut  ètro  armée 
de  dents  capables  de  broyer,  de  couper  ou 
de  déchirer  des  corps  durs,  ou  qu'elle  peut 
en  être  dépourvue  et  ne  permettre  que  l'in- 
troduction de  corps  entiers  ou  de  substances 
fluides. 

Le  produit  de  la  disestion,  le  ehyle^  par- 
vient aux  organes  qu'il  doit  réparer  de  deux 
manières  dinérentes  :  ou  bien  il  transsude 
au  travers  des  parois  du  tube  digestif,  pour 
baigner  toutes  les  parties  du  corps,  ainsi 
qu'on  l'observe  chez  les  zoophytes  et  les 
insectes  qui  n'ont  pas  de  circulation  dis- 
tincte ;  ou  bien  il  est  recueilli  par  des  vais- 
seaux particuliers  qui  le  versent  dans  le 
sang. 

Ce  liquide  est  lui-même  tantôt  incolore , 
blanc  ou  bleuâtre ,  comme  dans  la  plupart 
des  mollusques,  tantôt  rouge,  comme  dans 
les  vertébrés.  Parmi  ces  derniers,  les  mam- 
mifères ont  le  chvle  blanc  et  laiteux,  tandis 
que  les  oiseaux,  les  reptiles  et  les  poissons, 
ont  le  chyle  transparent  et  semblable  à  la 
lymphe  ordinaire. 

Quant  à  la  circulation,  elle  offre  aussi  de 
grandes  différences.  Nous  venons  de  voir 
que  quelques  animaux  n'en  ont  pas.  Ceux 
qui  en  sont  doués  peuvent  Tavoir  simple  ou 
double.  On  dit  qu  elle  est  double  lorsque 
tout  le  sang  veineux  est  oblisé  de  traverser 
l'organe  respiratoire,  avant  de  passer  dans 
l'arbre  artériel  ;  les  oiseaux,  les  mammifères, 
les  poissons  et  certains  mollusques  sont  dans 
ce  cas. 

La  circulation  est  simple  ou  incomplète 


lorsqu'une  partie  du  sang  veineux  rentre  dans 
le  système  artériel,  sans  traverser  l'organe 
respiratoire;  telle  est  la  circulation  des  rep- 
tiles. Des  différences  analogues  se  voient 
dai.>s  le  nombre  et  la  position  des  organes 
d'impulsion  du  sang,  des  coeurs.  Quand  la 
circulation  est  simple ,  il  n'y  en  a  qu'un. 
Quand  elle  est  double ,  il  peut  aussi  n'y  en 
avoir  qu'un,  lequel  est  placé  tantôt  à  lori- 
gine  de  l'artère  pulmonaire  ou  branchiale, 
comme  dans  les  poissons,  ou  à  Torigine  de 
l'aorte,  rcBuraorft^ue,  comme  dans  les  li- 
maçons; mais  il  y  en  a  le  plus  souvent 
deux,  l'un  pour  l'artère  pulmonaire,  l'autre 
lK)ur  l'aorte.  Ces  deux  cœurs  sont  ordi- 
iialreinent  réunis  en  un  seul ,  comme  dans 
l'homme,  et  quelquefois  sé])arés,  comme 
dans  les  sèches. 

Les  organes  respiratoires  nous  présen- 
tent quatl^e  différences  principales  :  ou  bien 
la  respirât  on  s'effectue  par  toute  la  sur- 
iïice  du  corps  et  n'a  pas  d  organes  distincts, 
comme  chez  les  zoophytes  ;  ou  bien  elle  se 
fait  par  des  trachées  ^  sortes  de  vaisseaux 
aériens,  qui  transportent  le  fluide  respi 
rable  dans  toutes  les  parties  du  corps, 
ainsi  qu'on  l'observe  chez  les  insectes, 
que  nous  avons  vus  manquer  de  circula- 
tion; ou  bien  elle  s'opère  par  des  6ran- 
chies;  ou  bien  enfin  par  des  poMmans.  La 
respiration'  branchiale  est  propre  aux  ani- 
maux qui  vivent  dans  Teau  :  elle  s'effectue 
Ear  des  lames,  des  franges,  des  houppes  qui 
aignent  dans  ce  liquide  et  sur  lesquelles 
vient  se  ramifier  lartère  branchiale.  La  res- 
piration pulmonaire  appartient  aux  animaux 
qui  jouissent  au  plus  naut  degré  de  la  vie 
animale  ;  elle  se  fait  au  moyen  d'un  organe 
qui  peut  être  comparé  à  une  grande  vessie, 
que  l'animal  peut  comprimer  ou  distendre, 
sur  les  parois  de  laquelle  vient  s'épanouir 
l'artère  pulmonaire,  et  qui  communique  à 
l'extérieur  par  un  conduit  unique,  làtra- 
chée-artère. 

A  la  respiration  pulmonaire  se  rattache 
intimement  une  fonction  d'une  haute  impor- 
tance au  point  de  vue  du  perfectionnement 
de  la  vie  animale.  Nous  voulons  parler  de 
la  voix.  La  véritable  voix,  qu'il  ne  faut  pa£ 
confondre  avec  certains  sons  ou  bruits  que 
quelques  insectes  peuvent  produire,  en 
mettant  en  mouvement  certaines  parties 
élastiques,  est  propre  aux  animaux  qui  res- 
pirent par  des  poumons.  Eux  seuls,  en  effet, 
peuvent  mettre  en  mouvement  une  colonne 
d'air  capable  de  faire  vibrer  les  lèvres  ten- 
dues d  un  appareil  particulier  qui  porte  le 
nom  de  gloUe  et  dans  lequel  se  forme  le 
son.  Cet  appareil  se  présente  avec  deux 

Î grandes  modifications  :  tantôt  il  est  placé  à 
a  base  de  la  langue,  à  l'extrémité  antérieure 
du  tube  qui  conduit  l'air  aux  poumons  et 
qui  fait  dans  ce  cas  l'oflice  deporte^eiU; 
tantôt,  au  contraire,  il  se  trouve  à  Texlré- 
mité  pulmonaire  de  ce  même  tube,  qui  de- 
vient alors  un  porte-voix.  La  première 
disposition  existe  chez  les  quadrupèdes  et 
les  rept  les  ;  la  seconde  est  propre  aux 
oiseaux. 


3i9 


ANA 


DAM  ilROPOLOGlE. 


ANA 


2S0 


Les  organes  destinés  à  la  reproJuction  de 
Tespè^  nous  offrent  aussi  de  notables  diffé- 
rences. Chez  les  zoophytés,  le  petit  animal 
i^roft  sur  le  corps  ae  Tadulte,  comme  un 
bourgeon  sur  un  arbre.  Chez  les  autres  ani- 
maai,  la  reproduction  s'effectue  par  le  con- 
cours d*oiiganes  spéciaux  qui  constituent 
les  seies.  Le  plus  souvent ,  ceux-ci  sont 
séMrés  et  appartiennent  à  deux  individus 
dinérents;  cnez  quelques  mollusques  les 
deux  sexes  sont  reunis  sur  le  même  indi- 
ridu.  Dans  ce  dernier  cas,  qui  constitue 
l'hermaphrodisme ,  tantôt  la  fonction  s'ac- 
complit au  moyen  des  organes  d'un  seul 
individu,  comme  dans  les  mollusques  bi- 
ralTes;  tantôt  elle  exige  la  réunion  de  deux 
ImliYidus  semblables,  ce  que  nous  voyons 
lians  les  limaçons.  —  Quant  au  produit  de 
la  génération,  ou  bien  il  se  développe  comme 
iiu  bourgeon  qui  se  détache  bientôt,  pour 
jouir  d'une  vie  propre;  ou  bien  c'est  un 
embryon  qui  se  greffe  aux  parois  de  l'utérus 
(lésa  mère,  au  il  ne  quitte  que  lorsqu'il 
est  assez  développé  pour  jouir  d'une  vie 
iDdé{iendante ;  ou  bien  enfin,  c'est  un 
genne,  enveloppé  dans  une  coque,  au  mi- 
fiea  d'une  substance  qui  doit  servir  à  son 
accroissement.  Ces  trois  modes  de  repro- 
duction sont  connus  sous  les  noms  de  géné- 
rations gemmipart^  rtvijpare,  et  ovipare.  11 
Q*e$t  pas  sans  intérêt  de  remarquer  que 
parmi  les  animaux  ovipares,  s'il  en  est 
quelques-uns,' comme  la  vipère,  qui  donnent 
naissance  à  des  petits  vivants,  c  est  que  les 
(Bufs  sont  éclos  aans  Yoviducte. 

Lorsque  le  petit  animal  est  né,  il  présente 
)e  plus  souvent  les  mômes  apparences  que 
dans  l'état  adulte;  mais  il  en  est  qui  doivent 
éprouver  des  changements  considérables 
lie  forme ,  perdre  certaines  parties  et  en 
acquérir  de  nouvelles.  Ces  métamorphoses 
sin^lières  sont  des  plus  évidentes  dans 
les  in$ecie$f  les  grenouilles  et  les  salaman- 
dres. 

La  plupart  des  fonctions  que  nous  venons 
d'examiner  exigent  des  organes  nombreux 
chargés  de  la  préparation  de  certains  liqui- 
des utiles  à  la  fonction,  ou  de  l'élimination  des 
matériaux  qui  doivent  être  rejetés  de  l'or- 
ganisme. Ce  sont  les  organes  sécrétoires  ou 
les  glandes.  Aussi  nombreux  que  variés 
dans  leurs  formes,  ils  offrent  cependant  trois 
différences  générales  qu'il  importe  de  signa- 
ler. Dans  les  zoophytes ,  ils  ne  sont  pas  dis- 
tincts des  autres  organes  ;  dans  les  articulés 
privés  de  circulation,  ils  représentent  des 
tubes  aui  plongent  dans  les  organes,  pour 
rfl  1er  chercher,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi, 
'<*$  éléments  qu'ils  sont  chargés  de  recueil- 
lir; enfin,  dans  tous  les  animaux  pourvus  de 
circulation,  ils  forment  des  masses  d'un  vo- 
lume très-variable  qui  portent  le  nom  de 
glandes. 

Embryogénie.  —  Nous  venons  de  voir  les 
différences  capitales  que  présentent  les  ani- 
maux comparés  entre  eux,  à  leur  état  de 
dételoppement  complet;  mais  l'anatomie 
<^mparee  ne  s'arrête  pas  là  ;  elle  embrasse 
toutes  les  phases  de   chaque  individualité 


animale,  comme  elle  avait  saisi  l'onsemble 
de  toute  l'animalité  ;  elle  étudie  les  moditi- 
cations  organiques  qui  résultent  des  seies 
et  des  Ages ,  elle  prend  chaque  animal  à  la 
première  apparition  de  l'ovule  et  de  fœuf, 
origine  première  de  tout  corps  organisé; 

elle  lesuit  à  travers  les  changementsde  formes 
des  parties  extérieures  de   l'embryon  ;    elle 

()énetredans  son  intérieur  pour  constater 
'apparition  successive  ou  simultanée,  tran- 
sitoire ou  permanente,  de  certains  organes, 
pour  saisir  le  mécanisme  des  métamorpho- 
ses qui  s'opèrent  dans  l'ensemble  ou  les 
parties  des  organes,  dans  leur  structure  in- 
time et  leur  composition  chimique.  Cette 
étude  du  développement  de  l'embryon  cons- 
titue une  science  d'origine  toute  moderne, 
l'embryogénie^  science  du  plus  haut  intérêt 
et  qui  a  fourni  les  bases  les  plus  impor- 
tantes sur  lesquelles  s'est  élevée  l'anatomie 
philosophique. 

L'embryogénie  a  jeté  aussi  une  vive  lu- 
mière sur  une  classe  de  pliénomènes  qui 
jusqu'à  nos  jours  avaient  paru  complète- 
ment en  dehors  des  lois  ordinaires  de  fa  na- 
ture; nous  voulons  parler  des  monstruosités. 
A  son  tour,  l'élude  de  ces  formations  anoi  - 
maies  des  organismes  a  fourni  des  docu- 
ments précieux  à  l'embryogénie,  à  l'ana'o- 
mie  transcendante  et  à  la  physiologie.  L'en- 
semble des  déductions  tirées  de  1  anatomie 
des  monstruosités,  et  que  nous  n'avons  pas 
à  exposer  ici,  constitue  la  Tératologie  (de 
rip9.ç^  prodige ,  monstre^  et  Xoyoc,  discours). 

IV.  Anatomie  philosophique^  transcendante^ 
spéculative.  —  Lorsque  après  avoir  comparé, 
dans  toute  l'étendue  du  règne  animal,  l'or- 
ganisation de  chaque  espèce  et  les  différen- 
tes formes  qu'elle  revêt  clans  la  série  de  ses 
développements,  on  cherche  à  s'élever  à  la 
connaissance  des  lois  qui  régissent  les  rap- 
ports des  organismes,  soit  qu'on  les  consi- 
aère  dans  leurs  évolutions  successives  dans 
le  même  animal,  ou  dans  l'ensemble  du  rè- 
gne, soit  qu'on  les  étudie  dans  leurs  diff<^- 
rents  degrés  de  composition  ou  de  simpli- 
cité, on  entre  dans  le  domaine  de  l'anatomie 
philosophique^  transcendante^  ou  spéculative. 

Cette  science  toute  moderne,  puisque  le 
génie  de  Cuvier  en  jeta  les  premiSfés  et  les 

Ï>lus  solides  bases  dans  les  Considérations  sur 
^économie  animale^  qu'il  mit  en  tété  de  ses 
Leçons  d'anatomie  comparée^  en  1800,  est 
véritablement  philosophique^  lorsqu'elle  re- 
vêt les  caractères  des  sciences  de  raisonne- 
ment, qu'elle  s'appuie  sur  des  laits  bien  ob- 
servés, incontestables ,  et  quo  ses  proposi- 
'ons  en  sont  logiquement  déduites.  Elle 
devient  spéculative  lorsque,  préjugeant  les 
faits  ou  les  dépassant,  elle  arrive  à  des 
conclusions  hypothétiques,  auxquelles  Tob- 
servation  refuse  son  appui. 

Loi  des  conditions  d'existence.  —  Cette 
loi,  formulée  par  l'illustre  fondateur  de  l'a- 
natomie comparée,  est  fondée  sur  le  prin- 
cipe que  tous  les  organes,  agissant  les  uns 
sur  les  autres,  doivent  conserver  entre  eux 
des  rapports  harmoniques.  Cette  loi  éminen  - 
ment  pnilosophique  donna  la  t||{jj£sprin- 


esi 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


25i 


cîpirics   modifiralions  oiganiquos  qui  font 
varier  à  rirrtiiij  Jes  rapports^ des  Cires   aiii^ , 
inés'oi  des  fonction?  i»arlicuîi6pe5  qui  côiïi- 

poscnl  leur  existence.  ,    .    ,      j.«.. 

Nous  avons  indique  \c$  principales  diffé- 
rences que  peuvent  présenter  les  organes 
affectés  à  chaque  fonction  dans  l'ensemble 
du  règne  animal.  Or^  si  Ton  supposait  les 
différences  d'un  organe  unies  successive- 
ment avec  celles  de  tous  les  autres,  on  ob- 
tiendrait un  nombre  très-considérable  de 
combinaisons  organiques,  qui  répondraient 
à  autant  de  classes  d'animaux.  «  Mais  ces 
combinaisons,  dit  G.  Cuvier,  qui  parais- 
sent possibles,  lorsqu'on  les  considère  d  une 
manière  abstraite,  n'existent  pas  dans  la  na- 
ture, parce  que  les  organes  ne  sont  pas  seu- 
lement rapprochés,  mais  qu'ils  agissent  les 
uns  sur  les  autres  et  concourent  tous  en- 
semble h  ua  but  commun.  D'après  cela,  les 
modifications  de  l'un  d'eux  exercent  une  in- 
fluence sur  celles  de  tous  les  autres.  Celles 
dfi  ces  modifications  qui  ne  peuvent  point 
exister  ensemble  s'excluent  réciproquement  ; 
tandis  que  d'autres  s'appellent,  pour  ainsi 
dire,  et  cela  non-seulement  dans  les  orga- 
nes qui  sont  entre  eux  dans  un  rapport  im- 
médiat, mais  encore  dans  ceux  qui  en  parais- 
sent, au  premier  coup  d'œil,  les  plus  éloi- 
gnés et  les  plus  indépendants.  »  Ainsi,  par 
exemple,  quand  il  n'y  a  pas  de  circulation, 
il  ne  peut  y  avoir  d'organe  respiratoire  spé- 
cial ;  il  faut  que  l^a  respiration  se  fasse  sur 
place,  pour  ainsi  dire,  et  par  tout  le  corps. 
Mais  la  circulation,  lors(iuelle  existe,  a  be- 
soin d'organes  moteurs,  et  ceux-ci  recevant 
leur  force  du  système  nerveux ,  il  s'ensuit 
que  l'existence  d'un  poumon  suppose  l'exis- 
tence d'un  système  nerveux.  C'est  sur  cette 
dépendance  mutuelle  des  fonctions  et  ce  se- 
cours qu'elles  se  prêtent  réciproquement 
que  sont  fondées  les  lois  qui  déterminent 
les  rapports  de  leurs  organes,  et  qui  sont 
d'une  nécessité  égale  à  celles  des  lois  méta- 
physiques' ou  mathématiques;   car  il  est 
évident  que  l'harmonie  convenable  entre  les 
organes  qui  agissent  les  uns  sur  les  autres 
est  une  condition  nécessaire  de  l'existence 
de  l'être  auquel  ils  appartiennent;  et  que  si 
une  de  ses  fonctions  était  modifiée  d'une  ma- 
nière  incompatible  avec  les  modifications 
des  autres,  cet  être  ne  pourrait  pas  exister. 
:    La  comparaison  deux  à  deux  des  fonctions 
de  l'économie  animale  montre  cette  vérité 
dans  tout  son  jour.  Prenons  pour  exemple  le 
système  des  organes  digestils,  dans  ses  rap- 
ports avec  les  systèmes  des  organes  du  mou- 
vement et  de  la  sensibilité.  La  disposition 
du  tube  digestif  détermine  d'une  manière 
absolue  le  genre  de  ralimeatation  de  rani- 
mai; il  faut  donc  qu'il  trouve  dans  ses  sens 
et  ses  organes  locomoteurs  les   moyens  de 
reconnaître  et  de  se  procurer  les  aliments 
qui  lui   conviennent,  faute  de  quoi  il  ne 
pourrait  subsister.  C'est  ainsi  qu  un  animal 
qui  ne  peut  digérer  que  de  la  chair  doit, 
sous   peine  de  destruction  de  son  es|)è('c, 
avoir  la  faculté  d'apercevoir  son  gilncr,  de 
le  poursuivre;  de  le  saisir,  de  le  vaincre,  de 


le  dépecer.  Il  lui  faut  donc  une  vue  per- 
çante, un  odorat  fin,  do  ladresse  et  de  In 
fdrce  dans  les  patins  et  les  niûchoiros.  Ainsi, 
jamais  une  dent  tranchante  et  pro|>rc  h  ilé- 
couper  la  chair  ne  se  rencontrera  avec  un 
pied  enveloppé  de  corne  et  impropre  h  sai- 
sir. Aussi  tout  animal  à  sal)Ot  est  herbivore 
et  a  par  conséquent  des  dents  molaires  pro- 
pres à  broj^er,  un  estomac  Irôs-^mplc  et  sou- 
vent multiple,  un  intestin  très-long,  etc. 

En  suivant  ces  comparaisons  dans  tous  les 
organes ,  nous  trouverions  une  harmonie 
constante  entre  toutes  les  modifications  or- 
ganiques ou  fonctionnelles  qu'ils  présentent. 
—  Ces  lois  d'harmonie,  de  coexistence,  ou 
des  conditions  d'existence,  ayant  été  dédui- 
tes de  la  connaissance  de  l'inlluence  récipro- 
que des  fonctions,  et  l'observation  les  ayant 
confirmées ,  nous  pouvons,  dans  quelques 
cas ,  suivre  une  marche  inverse.  Si  nous 
trouvons  entre  deux  organes  des  rapports 
constants  de  forme  ^  nous  pourrons  en  con- 
clure qu'ils  sont  en  rapport  de^  fonction. 
Ainsi,  le  volume  considérable  du'ioie  chez 
les  animaux  qui  respirent  le  moins,  et  la 
privation  totale  où  en  sont  les  insectes,  qui 
ont  la  respiration  la  plus  complète  possible, 
puisque  tout  leur  corps  est,  pour  ainsi  dire, 
un  poumon,  ont  fait  penser  que  le  foie  su[»- 
plée  jusqu'à  un  certain  point  ce  dernier  or- 

Sane,  en  enlevant  comme  lui  au  sang  ses 
eux  principes  combustibles. 

Tout  en  respectant  la  loi  des  conditions 
d'existence  et  sans  jamais  sortir  du  polit 
nombre  de  combinaisons  possibles  entre  les 
modifications  essentielles  des  organes  impor- 
tants, la  nature  s'est  abandonnée  à  louio  sa 
fécondité  dans  les  modifications  de$j»arlios 
accessoires.  Pour  celles-ei,  dit  Cuvier,  il 
n'est  pas  besoin  qu'une  ferme.  Qu'une  dis- 
position soit  nécessaire;  il  semble  même 
souvent  qu'elle  n'a  pas  besoin  d'êire  utile 
pour  être  réalisée;  ilsuîlit  qu'elle  soit  pa«- 
sible^  c'est-à-dire  qu'elle  ne  détruise  pas  l'ac- 
cord de  l'ensemble.  Aussi,  les  modiucalions 
des  organes  les  moins  importants,  de  ceux 
qui  sont  à  la  surface  de  ranimai,  et  oui  sont 
plus  particulièrement  l'objet  de  l'histoire 
naturelle,  sont-elles  innombrables? 

Application  de  cette  toi  à  la  géologie.  Pa- 
lœontologie.  —  Nul  n'a  poussé  aussi  loin 
que  Cuvier  l'étude  de  ces  induences  récipro- 
ques des  fonctions  et  des  organes  les  unes 
sur  les  autres.  C'est  par  la  connaissance  a[i- 
profondie  de  ces  induences  que  cet  homme 
de  génie  a  pu  arriver  à  la  solution  de  ce  pro- 
blème: Une  partied'un  animal  étant  donnée, 
un  os,  une  dent  seulement,  reconstruire 
cet  animal  et  déterminer  les  conditions  au 
milieu  desquelles  il  a  vécu  et  ses  rap.port£ 
avec  les  autres  espèces.  C'est  par  la  même 
voie  qu'il  est  parvenu  à  retrouver  des  esjiô^ 
ces  et  des  genres  entiers  des  créations  anté- 
rieures à  la  nôtre,  et  qui  ont  disparu  dans 
les  derniers  cataclysmes  de  noire  planète. 

Cette  ap|>licalio'ii  de  l'analomic  comparée 
a  pris  le  nom  d'anatomic  yeo/o^/fti^  ou  de  pa- 
i'vontologie.  Elle  nous  a  révélé  tout  un  règne 
animal  dont  nous  ne  trouvons  plus  que  des 


AXA 


D'ANTHROPOLOGIE. 


ANA 


•54 


déhris  à  la  surface  ou  dans  ré|)aisseur  de  la 
croûte  do  globe.  Ces  débris  sont  toutes  les 
parties  dures  qui  ont  pu  résister  à  Taction 
destmctire  des  agents  physiques.  Ce  sont 
des  squelettes,  des  portions  de  squelette,  des 
os,  des  dents,  des  écailles,  avant  appartenu 
à  des  animaux  rertébrés  ;  ce  sont  des  co- 
quilles de  mollusques  ;  certaines  parties  du« 
res  des  crustacés,  et  ces  polypiers  calcaires 
qui  caractérisent  les  terrains  littoraux.  Ce 
n*est  que  dans  des  occasions  rares  que  Ton 
peut  examiner  des  cadavres  entiers  des  ani- 
maux de  Tancien  monde,  comme  certains 
insectes  que  Ton  trouve  dans  Tambre  jaune 
on  le  succin;  ou  comme  le  rhinocéros  et 
Téléphant  découverts  dans  la  Sibérie  et  con-^ 
serves  intacts  pendant  des  milliers  d'années, 
au  moven  des  glaces  formées  par  un  refroi- 
«tissement  subit  de  ces  régions,  refroidisse- 
ment que  Ton  expliaue  par  un  changement 
de  situation  des  pAIes  terrestres.  Aussi  1  a^ 
natomiste  qtii  se  livre  à  cette  étude ,  nV 
gissant  le  pins  souvent  que  sur  des  sujets 
mutilés,  incomplets,  doit  réunir  à  une  grande 
habitude  une  connaissance  exacte  de  tous 
les  détails  et  de  lensemble  de  Torganisation 
actuellement  existante  à  la  surface  du  globe, 
pour  la  comparer  avec  une  organisation  dont 
il  ne  reste  plus  que  des  vestiges. 

Cniié  de  composition  oraanique.  —  Si  Ta- 
nalomie  comparée  recherche  les  différences 
des  organismes,  elle  recherche  aussi  leurs 
ressemblances  et  leurs  analogies.  On  n*a  pas 
tardé  à  reconnaître  que,  parmi  les  combinai- 
sons or]ganiques  nombreuses  que  l'organisa* 
tioD  animale  présente,  il  en  est  beaucoup  qui 
ont  des  parties  communes,  qui  ne  diffèrent 
que  très-peu»  en  sorte  qu'en  plaçant  les  unes 
à  côté  des^utres celles  qui  se  réassemblent  le 
plus,  on  peut  en  établir  une  série  qui  s'éloi- 

F  ne  par  degrés  d'un  type  primitif.   De  là 
idée  de  l'unité  de  formation  et  même  de 
composition  de  tout  le  règne  animal. 

D après  cette  idée,  tous  les  êtres  pour- 
raient être  disposés  sur  une  échelle  com* 
mençant  au  plus  parfait  et  finissant  au  plus 
simnle,  h  celui  qui  serait  doué  des  proprié- 
tés les  moins  nombreuses  et  les  plus  généra- 
les ;  échelle  ou  série  telle  que  l'esprit  passe- 
rait de  l'un  à  l'autre,  sans  presque  apercevoir 
dlntervalle  et  comme  par  nuances  insensi- 
bles. Cette  conception  idéale  de  l'animalité 
suivant  une  progression  croissante  de  l'être 
le  plus  simple  h  celui  qui  est  le  plus  parfait, 
à  l'homme  qui  apparaît  au  sommet  de  la 
création  et  qui  en  est  la  plus  haute  personni- 
fication, est  une  des  plus  belles  conceptions 
d«*  Fanatomie  philosophique  ou  transcen- 
dante. Malheureusement  elle  va  plus  loin 
que  les  faits  et  n'est  pas  d'accord  avec  les 
résultats  de  l'observation. 

Sans  doute,  en  se  tenant  dans  certaines  li- 
mites et  en  prenant  chaque  organe  isolément 
et  le  suivant  dans  toutes  les  espèces  d'une 
classe,  on  le  voit  se  dégrader  avec  une  uni- 
formité singulière  ;  on  Te  trouve  même  en- 
core en  vestige  dans  les  espèces  où  il  n'a 
plus  aucun  usage  ;  en  sorte  que  la  nature 
semble  ne  Yj  avoir  laissé  que  pour  obéir  i 

DicTio?!?!.  d'Axtbbopologie. 


la  loi  de  ne  pas  faire  de  saut,  selon  lexpres- 
sion  de  G.  Cuvier.  Mais  ce  qui  est  vrai  pour 
les  organes  n'est  pas  vrai  pour  les  espèces  : 
tel  organe  est  à  son  plus  haut  degré  de  f  lerfec* 
tion  dans  une  espèce  et  tel  autre  dans  une 
espèce  toute  différente  ;  de  sorte  qu'il  fau- 
drait former  autant  de  séries  qu'on  aurait 
pris  d*organes  pour  terme  de  comparaison. 

Ce  qui  est  incontestable,  c'est  qu'il  existe 
des  groupes  d'animaux  qui  se  rattachent  par 
des  nuances  douces  et  insensibles  et  qui 
paraissent  évidemment  formés  sur  un  même 
type  fondamental.  Tels  sont  les  vertébrés, 
les  mollusoues,  les  insectes.  Tant  qu'on  se 
tient  dans  les  limites  de  ces  groupes,  on 
peut  facilement  suivre  la  transaction  qui 
conduit  du  plus  simple  au  plus  composé; 
mais  quand  il  s'agit  de  lier  entre  eux  cha- 
cun de  ces  groupes,  on  ne  peut  méconnaître 
l'intervalle  ou  le  saut  le  plus  marqué.  (Cu- 
vier.) 

Recherche  des  analogies  organiques.  —  Les 
anatomistes,  qui  ont  poursuivi  l'unité  de 
composition  or 'aniqne,  ont  dû  préliminaire- 
ment  se  livrer  à  la  détermination  des  orga- 
nes semblables  ou  analogues  dans  toute  la  sé- 
rie; détermination  souvent  pleine  de  diffi- 
cultés, à  cause  des  différences  de  stnicture, 
de  force,  de  rapports  et  de  développement 
qu'il  peut  offnr.  Ainsi ,  par  exemple,  les 
anatomistes  ne  s'accordent  pas  sur  la  déter- 
mination de  certaines  parties  de  l'encéphale 
des  poissons  :  les  uns  appellent  couches  op- 
tiques ce  que  d'autres  prennent  pour  les  he* 
mispbères  cérébraux. 

Le  pancréas,  le  foie,  la  rate  sont  souvent 
difficiles  à  distinguer,  même  dans  le  tvpe 
des  vertébrés,  dont  l'organisation  est  si  évi- 
demment conçue  d'après  le  même  plan.  Me- 
ckel  avait  méconnu  la  rate  chez  certains 
ophidiens,  parce  qu'elle  est  soudée  avec  le 
pancréas;  celui-ci,  très-facile  à  reconnaître 
dans  les  trois  premières  classes  des  verté- 
brés, n'existe  plus  qu'en  vestige  dans  les 
poissons,  chez  lesquels  on  le  retrouve  rem- 
placé par  des  tubes  plus  ou  moins  nombreux 
qui  viennent  s'aboucher  vers  le  pylore. 
Lorsque  ces  tubes  manquent,  on  a  considéré 
comme  l'analogue  du  pancréas  quelques  ap- 
parences glanduleuses  de  la  muqueuse  intes- 
tinale. D'où  il  suit  que  cet  organe ,  d'abord 
si  distinct,  tend  de  plus  en  plus  à  se  confon- 
dre avec  le  tube  intestinal,  dont  il  n'est 
qu'une  dépendance  accessoire. 

Les  difficultés  de  ces  déterminations  sont 
beaucoup  plus  grandes  quand  on  descend 
dans  les  animaux  invertébrés.  Ainsi  les 
anatomistes  ne  s'accordent  pas  sur  la  déter- 
mination et  même  sur  l'existence  du  foie 
dans  les  articulés  :  selon  M.  Duvercay,  on 
aurait  pris  de  ^ands  sinus  veineux  pour 
le  foie  des  squilles,  et  il  parait  bien  dé- 
montré par  l'analyse  chimique  que  les  tubes 
aveugles  qui  s'atfouchent  dans  fintestin  des 
insectes,  et  que  l'on  considérait  comme  les 
analogues  du  foie  et  aussi  du  pancréas,  ne 
sont  que  les  analogues  des  reins.  Les  diffi- 
cultés ne  sont  pas  moins  ^andes  pour  les 
autres  organes  de  la  digestion,  surtout  chez 

8 


25$ 


ANA 


CnONNAIRF 


ANA 


» 


les  insectes  et  les  mollusques,  qui  orA  tant 
exercé  la  sagacité  de  Cuvier. 

Chez  les  zoophytes,  où  les  organes  comme 
les  fonctions,  de  moins  en  moins^distincts, 
finissent  par  disparaître  et  se  fonaVe  les  uns 
dans  les  autres  en  une  substance  d*appa- 
rence  homogène,  les  analogies  deviennent 
fort  diflSciles  à  saisir.  Un  emploi  fort  ingé- 
nieux du  microscope  a  servi  dans  ces  der- 
niers temps  à  y  découvrir  Torgane  généra- 
teur mâle  :  on  Va  reconnu  à  la  présence  des 
zoospermes  dans  sa  cavité. 

Ces  exemples  prouvent  combien  il  est  sou- 
vent difficile  de  déterminer  un  même  organe 
dans  la  série,  lors  même  que  Ton  suit  pour  se 
guider  l'analogie  fonctionnelle  ;  en  d'autres 
termes,  lorsque  cet  organe  remplit  les  mêmes 
fonctions.  Mais  on  a  poussé  plus  loin  la 
recherche  des  organes  analogues,  dans  les 
cas  mêmes  où  ces  organes  remplissent  des 
fonctions  différentes. 

Les  anatomistes  qui  se  sont  jetés  dans 
cette  voie  difficile  se  sont  souvent  égarés,  et 
les  déductions  auxquelles  ils  sont  arrivés 
ne  sont  le  plus  souvent  que  des  aperçus  plus 
ou  moins  ingénieux,  suivant  qu  ils  se  sont 
plus  ou  moins  éloignés  de  l'observation,  et 
selon  le  principe  gui  les  a  dirigés  dans  cette 
recherche  ;  parmi  ces  principes  théoriques, 
deux  sont  célèbres  et  méritent  de  nous  ar- 
rêter ;  ce  sont  :  le  principe  des  connexions  et 
celui,  plus  général  et  plus  hypothétique 
encore,  de  la  répétition  des  organismes, 

•  Principe  des  connexions.  —  Ce  principe, 
formulé  et  développé  par  M.  Geoffroy  Saint- 
Hilaire,  repose  sur  la  dépendance  mutuelle, 
tiécessaire  et  par  conséquent  invariable  des 
parties.  Dans  beaucoup  de  circonstances,  il 
est  incontestable  en  application  comme  en 
théorie.  Ainsi  les  organes  des  sens  spéciaux 
se  rattachant  d'une  manière  immédiate,  par 
leurs  nerfs,  au  centre  principal  du  système 
nerveux,  quand  on  trouve  un  globe  ocu- 
laire, on  arrive  avec  certitude,  en  suivant  le 
nerf  optique,  à  la  détermination  du  cerveau. 
Le  foie  étant  une  annexe  physiologique  du 
tube  digestif,  c'est  dans  le  voisinage  de  celui- 
ci  et  dans  l'épaisseur  même  de  ses  parois 
qu'il  faudra  en  chercher  la  présence.  De 
même,  les  organes  de  la  respiration  ayant 
toujours  des  rapports  intimes  avec  les  prin- 
cipaux troncs  vasculaires,  ces  connexions 
feront  reconnaître  l'organe  respiratoire, 
quelle  que  soit  sa  position,  soit  à  l'intérieur, 
soit  h  1  extérieur. 

Dans  les  exemples  que  nous  venons  de 
citer,  il   s'agit  de  connexions  physiologi- 

aues,  dont  le  motif  est  facile  à  saisir  ;  mais 
est  certaines  connexions  que  la  science 
n'a  pas  encore  expliquées  d'une  manière 
satisfaisante;  telle  est,  par  exemple,  la 
situation  du  principal  cordon  des  nerfs,  que 
l'on  trouve  constamment  ài  la  face  abdomi- 
nale du  corps  des  animaux  articulés  au^ 
dessous  du  tube  digestif,  tandis  qu'il  est 

J>lacé  à  la  face  dorsale  et  au-dessus  chez  tous 
es  vertébrés. 

Le  principe  des  connexions,  surtout  lors- 
qu'il se  fonde  sur  des  rapports  fonctionnels, 


peut  être  d^une  véritable  utilité  dans  l'élude 
des  animaux  qui  ont  atteint  un  certain  degré 
de  perfection,  dans  tous  les  vertébrés.  Mm 
il  devient  d'une  application  difficile  et  même 
tout  à  fait  impossible  quand  on  descend 
dans  l'organisation  si  variée  des  animaux 
non  vertébrés.  Ainsi,  et  pour  ne  citer  qu'un 
exemple,  les  organes  reproducteurs  des 
mollusques  et  des  zoophytes  présentent  les 
connexions  les  plus  variées  et  parfois  les 
plus  bizarres.  Chez  quelques  polypes  on 
trouve  l'ovaire  développe  à  rexlerieur, 
comme  dans  les  plantes. 

Loi  de  répétition  organique.  —  Parmi  les 
théories  spéculatives  que  l'anatomie  trans- 
cendante a  appliquées  à  la  recherche  de 
l'unité  de  l'organisation  animale,  celle  de  la 
répétition  des  organismes  est  une  de  ses  plus 
larges  et  aussi  de  ses  plus  abstraites  con- 
ceptions. Elle  a  pris  naissance  en  Allemagne 
et  elle  a  été  développée  par  des  anatomistes 
élevés  à  l'école  philosophique  de  Schilling. 
Elle  est  fondée  sur  ce  principe,  que  chaque 

Sartie  de  l'univers  est  faite  sur  le  mouèle 
e  l'ensemble  et  chaque  division  de  la  partie 
sur  le  modèle  de  celle-ci. 

Tous  les  anatomistes  philosophes  qui  sont 
partis  de  celte  idée  sont  loin  de  s'entendre 
sur  le  modèle  idéal  de  l'univers  et  par  cm- 
séquent  sur  le  type  primitif  qui  se  répèle 
dans  les  organismes.  L'exposition  de  toutes 
ces  théories  faites  d'imagination  nous  en- 
traînerait trop  loin.  Voyons  seulement  à 
quels  résultats  a  conduit  cette  idée  mère, 
appliquée  à  l'anatomie  comparée. 

Quand  on  examine  le  squelette  des  ani- 
maux vertébrés,  il  est  facile  de  reconnaître 
dans  son  ensemble  une  unité  de  plan  et  par 
conséquent  de  pensée  créatrice.  Celte  vérité, 
démontrée  aujourd'hui,  apparaît  dans  tout 
son  jour  quand  on  étudie  comparativement, 
comme  Ta  fait  M.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  le 
squelette  du  fœtus  des  mammifères  et  des 
oiseaux  avec  celui  des  reptiles  et  des  pois- 
sons. On  s'assure  bien  évidemment  que  le 
crâne  est  formé  de  plusieurs  vertèbres  mo- 
difiées, et  qu'il  est  l'analogue  par  conséquent 
d'un  tronçon  de  colonne  vertébrale. 

En  généralisant  les  faits  vrais  dans  cer- 
taines limites,  et  leur  appliquant  la  loi  de 
répétition  or^janique,  on  est  arrivé  à  ce 
résultat,  que  la  tête  répète  h  elle  seule  tout 
l'animal  ;  la  cavité  crânienne  répète  la  ca- 
vité rachidienne,  la  cavité  buccale  i  abdomen, 
les  fosses  nasales  le  thorax,  le  front  répétant 
la  tête  elle-même.  Cet  exemple  suffira  pour 
faire  apprécier  la  valeur  pratique  de  cette 
hypothèse. 

Au  reste,  dans  l'étude  de  ces  ressemblances 
organiques,  il  faut  savoir  s'arrêter  ;  car  si 
l'on  veut  démontrer  l'identité,  ou  seule- 
ment l'analogie  de  toutes  les  parties  com- 
posant le  squelette,  on  est  forcé  d*admetlre 
de  simples  conjectures  pour  l'expression 
de  la  vérité,  et  l'on  se  trouve  dans  un  dédale 
d'opinions  contradictoires.  Ainsi  l'opercule 
des  poissons  a  été  considéré  comme  l'ana- 
logue du  cartilage  tyroïde  divisé,  comme 
les  pariétaux  détachés  du  crâne,  comme  \'os 


£>7 


ANA 


DANTimOPOLOGIE. 


AXA 


^ôn 


m 

jugal,  et  certaines  pièces  de  mâchoire  des 
reptiles,  comme  les  analogues  des  osselets 
(le  Toaie,  et  enfin  comme  n'ajant  pas  d'a- 
nalogue dans  les  autres  Tertébrés. 

Développemetii  graduel  des  organismes.  — 
Nous   rattachons  à  rhjpothèse  précédente 
celle  du  déreloppemeut  graduel  et  successif 
des  animaux.  Car  si  chaque  partie  de  Tanimal 
représente  le  tout  à   son   développement 
complet,  il  pourrait  se  faire  que  chaque 
animal  supéneur représentât  successivement 
et  d*une  manière  temporaire,  dans  la  série 
de  ses  développements,  Torganisalion  des 
animaux   placés   au-nlessous   de   lui    dans 
l'échelle  des  êtres.  D'après  cette  doctrine, 
soutenue  par  de  grands  anatomistes,  non- 
seulement  les  êtres  animés  pourraient  être 
rangés  dans  une  échelle  de  progression  qui, 
partant  du  de^é  le  plus  simple  de  Tanima- 
iité,  conduirait  par  des  nuances  insensibles 
à  sa  plus  haute  expression  représentée  par 
l'organisation  des  mammifères  ;  mais  encore 
tout  animal  supérieur,  avant  d'arriver  à  son 
état  adulte»   revêtirait  successivement  les 
caractères  essentiels  de  tous  les  animaux 
placés  au-dessous  de  lui  dans  Téchelle  dont 
il  devait  monter  tous  ies  degrés.  D'où  il  suit 
que  rhomme  qui  en  occupe  l'échelon  le 
j)las  élevé,  avant  d'atteindre  la  perfection 
orj:anifp]e  qui  le  distingue,  passe  par  tous 
les^  degrés   inférieurs  de   1  organisation  à 
partir  de  celle  du  poljpe,   des  vers,  des 
mollusques,  puis  des  poissons  etdes  reptiles. 
Tel  est  le  principe  fondamental  qui  do- 
mine   l'embryogénie.    Les   recherches    de 
M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  sur  le  s(][uelette 
du  fœtus  des  mammifères  et  dejs  oiseaux, 
qu'il  a  trouvé  représenter  cchri  des  reptiles 
à  l'état  adulte,  viennent  à  l'appui  de  ces 
idées.  Mais  les  métamorphoses  étonnantes 
que  subissent  sous  nos  yeux  certains  reptiles 
batraciens  et  les  insectes  en  ont  paru  four- 
nir la  démonstration  complète.  On  sait  en 
effet  que,  parmi  ces  derniers,  les  lépidop- 
tères ou  papillons  revêtent,  avant  d'arriver 
à  leur  état  parfait,  plusieurs  formes  transi- 
toires. Au  sortir  de  l'œuf  ils  se  présentent 
sous  la  forme  de  larve  ou  de  chenille.  Celle- 
ci    s'enveloppe  d'une  coque  particulière , 
qu'elle  produit  elle-même,  et  dont  elle  tisse 
les  fils  comme  nous  le  voyons  dans  le  rer  à 
soie^  lequel  n'est  autre  chose  que  la  chenille 
d'ao  papillon  du  genre  bombix^  et  devient 
chrysalide.  Après  cette  période  de  réclusion, 
tout  entière  employée  à  l'accomplissement 
iles  changements  organiques  les  plus  mer- 
Teilleux,  après  s'être  dépouillé  de  certains 
organes  pour  en  acquérir  de  tout  différents, 
ranimai  brise  sa  coque  et  s'élance  dans  les 
airs,  brillant  des  plus  riches  couleurs.  A  le 
Toir  sucer  le  miel  des  fleurs,  qui  pourrait 
recoonaitre  la  chenille  hideuse  et  rampante 
<|ai  naguère  dévorait  les  feuilles  et  jusqu'à 
I  écorce  des  plantes  ? 

•  Les  modifications  organiqpies  qui  résul- 
tent de  ces  métamorphoses  ne  portent  pas 
seulement  sur  la  forme  des  organes,  ou  sur 
les  moins  importants  de  ceux-ci  ;  elles 
s'étendent  jusqu'aux  fonctions.  Ainsi,  cer- 


taines larves  qui  vivent  dans  l'eau  jouiront 
de  la  vie  aérienne  lorsqu'elles  seront  deve» 
nues  insectes  parfaits.  D'autres  échangent 
des  mâchoires  puissantes  contre  une  trompe  * 
ou  suçoir  propre  à  aspirer  des  matières 
liquides. 

Des  métamorphoses  aussi  remarquables 
se  voient  dans  un  degré  d'organisation  plus 
élevé,  dans  la  classe  des  reptiles.  Les  gre- 
nouilles et  les  cra{>adfJs  se  présentent  d'ahorJ 
sons  la  forme  d**  têtards  qui  vivent  dans 
l'eau  et  respirent  par  des  branchies.  Bientôt 
le  têtard,  en  suivant  son  dévelo[*pement, 
perd  sa  queue  et  ses  branchies,  pendant  qu'il 
acquiert  de  nouveaux  organes,  propres  à 
l'existence  nouvelle  à  laquelle  il  est  appelé. 

Ces  curieux  phénomènes,  en  démontrant 
la  succession  des  développements  et  la 
transformation  des  organismes  inférieurs  en 
organismes  plus  penectionnés,  méritent  la 

Elus  sérieuse  attention  dans  l'étude  de  l'em^ 
ryogénie.  D'autre  part,  l'embryotomie  des 
animaux  supérieurs  montre  incontestable^ 
ment  que  les  organismes  éprouvent  d'im- 
portantes modifications,  que  certains  organes 
disparaissent  pour  faire  place  à  d'autres. 
C'est  même  sur  cette  donnée  qu'est  basée 
toute  la  doctrine  de  la  production  des  mon»^ 
trûosités  par  défaut.  Le  développement  du 
fœtus  s'airêtant  dans  quelques-unes  de  ses 
parties,  il  représentera  plus  tard  une  des 
phases  de  son  développement  normal. 

Mais  faut-il  conclure  de  ces  faits  qu'un 
animal  supérieur  ne  peut  atteindre  ce  degré 
de  supériorité  organique  qu'en  remontant 
tous  les  degrés  de  l'échelle  animale  ?  Une 
pareille  conclusion  >  dans  Tétat  actuel  de  la 
science,  ne  repose  pas  sur  l'observation,  elle 
la  dépasse.  Comment  démontrer ,  en  effet , 
que  le  fœtus  des  mammifères  ait  une  respi- 
ration branchiale,  avant  de  posséder  une  res- 
piration pulmonaire  ?  11  est  vrai  qu'on  avait 
cru  trouver  des  organes  de  respiration  bran- 
chiale dans  les  très-jeunes  fœtus  de  mammi- 
fères ;  mais  il  a  été  démontré ,  depuis ,  que 
les  fentes  cervicales ,  que  l'on  avait  prises 
pourdes  ouvertures  branchiales,  étaient  fer- 
mées par  l'amnios,  et  qu'elles  n'avaient 
d'ailleurs  aucune  ressemblance  avec  ûts 
branchies.  D'une  autre  part,  il  est  démontré 

3 ne  les  premiers  linéaments  des  embryons 
es  vertébrés  se  composent  de  la  moelle  éui- 
nière ,  laquelle  se  montre  avant  tous  les 
autres  systèmes.  Comment,  dès  lors,  conci- 
lier ce  développement  primitif  et  prédomi- 
nant du  système  nerveux  central  dans  les 
animaux  supérieurs ,  avec  cette  idée  qu'ils 
revêtent  d'abord  les  caractères  des  animaux 
les  plus  simples ,  qui  n'ont  pas  de  système 
nerveux  distinct  ? 

En  somme,  la  doctrine  de  l'unité  dans  l'or- 
ganisation animale ,  cette  grande  et  belle 
conception ,  a  séduit  un  grand  nombre 
d'anatomistes  penseurs,  qui  en  poursuivent 
activement  la  démonstration.  Mais  elle  a  aussi 
rencontré  de  puissants  adversaires ,  parmi 
lesquels  il  suffit  de  nommer  G.  Cuvier. 
Cuvier  n'admettait  pas  l'existence  de  la  série 
animale.  Il  soutenait  que  les  êtres  animés , 


239 


AiNA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


2i0 


loin  de  former  une  ligne  continue  et  sans 
interruption,  en  forment  plusieurs  marchant 
parallèrement  ;  qne  dès  lors  un  seul  plan 
organique  ne  suffit  plus  et  qu'il  en  faut  plu- 
sieurs, puisqu'il,  y  a  plusieurs  gradations 
parallèles.  L'unité,  pour  lui,  réside  dans  les 
fonctions  essentielles  et  générales  qui  con- 
stituent les  conditions  absolues  de  l'anima- 
lité, et  c'est  en  vain  que  l'anatomie  transcen- 
dante la  cherche  dans  les  organes. 

V.  —  Application  de  Vanatomie  comparée  à 
la  classification  des  animaux.  L'anatomie 
comparée ,  en  conduisant  à  l'appréciation 
eicacte  des  ressemblances  et  des  différen- 
ces organiques  que  présentent  tous  les 
animaux ,  est  la  seule  base  solide  de  leur 
classification.  Pour  y  arriver,  il  faut  que 
l'on  puisse  assigner  à  chaaue  classe  et  à  cha- 
cune de  ses  subdivisions  des  qualités  com- 
munes touchant  la  plus  grande  partie  des 
organes.  Pour  établir  les  grandes  divisions, 
il  faut  choisir  des  caractères  importants  qui 
expriment  l'ensemble  de  certaines  combinai- 
sons organiques ,  en  même  temr)s  qu'elles 
excluent  les  combinaisons  organiques  qui 
caractérisent  les  autres  groupes.  11  est  donc 
nécessaire  de  considérer  d'abord  les  organes 
les  plus  essentiels,  ceux  que  les  naturalistes 
appellent  de  premier  rang.  Mais  toutes  les 
modifications  d'un  organe  de  premier  rang 
ne  sont  pas  également  propres  à  fournir  des 
/^ractëres  pour  les  grandes  divisions,  celles 
qui  peuvent  influer  directement  sur  la  fonc- 
tion qu'il  est  destiné  à  remplir ,  et  consé- 
3uemment  sur  les  autres  appareils  en  vertu 
e  la  loi  des  conditions  d'existence^  que  nous 
avons  précédemment  exposée.  "^ Les  groupes 
secondaires ,  les  classes ,  les  familles  ,  les 
genres,  reçoivent  leurs  caractères  des  modi- 
fications d'organes  de  second  ou  de  troisième 


ordre,  ou  des  modifications  moins  essentielles 
d'organes  du  premier  rang. 

C'est  d'après  ces  principes  que  G.  Cuvier 
a  créé  sa  classification.  Cette  classification  est 
donc  fondée  sur  l'organisation  et  basée  sur 
le  principe  des  aflinités  naturelles.  Elle  suit 
l'ordre  descendant,  c'est-à-dire  que  le  type 
le  plus  complexe  est  placé  au  sommet  et  le 
plus  simple  au  bas  deVéchelle.  Cette  marche, 
plus  appropriée  aux  besoins  de  l'étude,  puis- 
qu'elle conduit  du  connu  à  l'inconnu  f  a  été 
généralement  adoptée.  Cependant  on  a  tenté 
d'y  apporter  diverses  modifications  plus  ou 
moins  heureuses  et  qui  ont  eu  peu  de  suc- 
cès. Lamarek  a  cru  devoir  suivre  une  marche 
inverse,  l'ordre  ascendant,  comme  répondant 
mieux  à  l'idée  de  la  génération  successive 
des  êtres.  Toutefois,  ce  renversement  n'a  pas 
notablement  changé  les  groupes  principaux. 
M.  de  Blainville ,  au  contraire ,  a  donné  une 
classification  fondée  sur  des  bases  nouvelles 
et  en  opposition  avec  celles  de  la  classifica- 
tion de  Cuvier.  Selon  cet  auteur ,  le  règne 
animal  doit  être  partagé  en  trois  groupes 

{primordiaux ,  fondés  sur  les  formes  généra- 
es  des  animaux  et  sur  la  relation  de  ces  for- 
mes avec  le  système  nerveux. 

Ces  idées  n'étant  pas  encore  généralement 
admises ,  nous  suivrons  la  classification  de 
Cuvier. 

Tous  les  animaux  connus  peuvent  se  rap« 
porter  à  deux  srandes  divisions  ;  celle  des 
animaux  à  vertèbres  :  vertébrés ,  et  celle  des 
animaux  sans  vertèbres  :  invertébrés,  Ceui' 
ci  se  divisent  en  articulés^  en  mollusques  et 
enrayonnés.  Le  règne  animal  se  trouve  ainsi 
partagé  en  quatre  grands  embranchements , 
dont  le  tableau  suivant  résume  les  princi- 
paux caractères. 


Ayant   un    squelette  intérieur,    formé  de  vertèbres ,   et    renfermant  dans 
un  étui   osseux  un   système  nerveux  cérébro-spinal   très^éveloppé  ;   le }  P*"  Embranchement, 
sang  rouge  ;  des  mâchoires   superposées  ;  des  organes   distincts   pour  \  A.  vertébrés. 
la  vue,  rouie,  Todorat  et   le   goût  ;  jamais  plus  de  quatre  membres ,  et 
des  sexes  toujours  sépares. 


l: 

B 

c 

M 


Corps  formé  de  deux 
moitiés  symétriques. 
Une   chaîne    nerveuse 


Un  squelette  extérieur 
formé  par  des  anneaux 
cutanés.  Système  nerveux 
symétrique  et  iongitudi-^ 
nal.  M&choires  latérales. 
Sang,  en  général ,  blanc, 
mais  non  toujours. 


H"  Embranchement' 

A.  ARTlCULÉa. 


N'ayant  ni  ^rtè^e^  i  sTnlS^lï^énS  ts    J-i^^'S^S' 
1  MMe/««e  intérieur,  m  /  mais  ni  «reanes  l'?*  ""^^  squelette  exté- 

yst^c  nerveux  céxé-U^^^^^^^JI^'X    neur  Corps  mou,  souycnt 


ni 

système 

Ibro-spinal.   Sang  près-  \f"*îjf" 

que  toujours  blanc.         * 


logé  dans  une  coquille.  /III*  Embranchement. 

Système  nerveux  formé  de  ]  a.  mollusques^ 

masses    éparses.     San^ 

blanc.    En    général ,   m 

membres  ni  mâchoires. 
Corps  rayonne;  système  nerveux  nul  ou  rudi* 
mentaire  ;    sang  blanc.  Point  de  système  circula^  [  IV"  Embranehement. 
toire  complet*  Point  d*organes  spéciaux  des  sens.     (  A.  rayonnes. 


A.  Vertébrés.  —  Cet  embranchement  ren- 
ferme les  animaux  dont  la  structure  est  la 
plus  compliquée^  et  dont  les  facultés  sont  les 
plus  variées  et  les  plus  parfaites. 

Le  corps  et  les  membres  des  animaux 
vertébrés  sont  soutenus  par  une  charpente 
solide  t  fbrmée  de  pièces  mobiles  les  unes 
sur  les  autres  et  constituant  le  squelette.  Ce 


squelette  forme  des  cavités  pour  recevoir  les 
principaux  viscères  en  même  temps  qu*il  est 
recouvert  de  parties  molles  et  particulière- 
ment des  muscles  destinés  à  en  mouvoir  les 
diverses  parties.  La  partie  essentieJlo  forme 
la  colonne  vertébrale,  creusée  d'un  canal 
pour  loger  le  faisceau  commun  des  ner&  t 
portant  à  son  extrémité  antérieure  un  ren- 


iil 


ANA 


D'ANTHROPOLOGIE. 


ANA 


2iS 


flemcnt ,  qui  est  la  tète ,  et  se  prolongeant 
Miayent  en  arrière  pour  former  la  queue. 

Les  membres  disposés  par  paires  sont 
ordinairement  au  nombre  de  auaire  »  jamais 
plus  ;  mais  ils  peuTent  être  réduits  à  deux , 
ou  mtoe  manquer  entièrement. 

Le  système  nenreui  central,  très-déve- 
loppé ,  forme  nne  masse  médullaire  renfer- 
mée dans  le  crAne ,  se  prolongeant  plus  ou 
moins  dans  le  canal  Tertébral  et  toujours  pla- 
cée au'dêsêuê  du  canal  alimentaire.  Les  orga* 
nés  des  sens  sont  au  nombre  de  cinq.  Les 
veux  sont  mobiles,  etTodorat  réside  dans  des 
losses  spéciales ,  creusées  à  la  partie  anté- 
rieure de  la  tète. 

Le  système  circulatoire  est  complet  ;  les 
fdobules  du  sang  sont  rouges ,  et  le  cceur 
forme  au  moins  deux  cavités. 

Le  tube  digestif  est  très-compliqué  ;  il  y  a 


toujours  deux  mâchoires ,  placées  Tune  an^ 
dessus  ou  au-devant  de  l'autre  :  des  glandes 
salivaires,  un  foie,  une  rate,  un  pancréas  lui 
sont  anncxt's.  11  y  a  toujours  deux  reins 
destinés  à  la  séparation  de  Turine  ;  et  ces 
deux  reins  sont  constamment  surmontés  des 
capsules  atrabilaires. 

Les  animaux  vertébrés  se  divisent  en  vtct- 
par^^et  en  ortparf^,  selon  que  les  petits 
sortent  vivants  du  corps  de  leur  mère,  ou 
qu'ils  naissent  enfermés  dans  une  coque  avec 
les  matériaux  qui  doivent  servira  leur  déve- 
loppement. Les  premiers  forment  la  classe 
des  mammifères ,  les  seconds  comprennent 
trois  classes  :  les  oiseaux ,  les  reptiles  et  les 
poissons.  Les  vertébrés  forment  donc  quatre 
classes ,  dont  le  tableau  suivant  indique  les 
caractères  différentiels  : 


Onp&rts  ou  orovî- 
«^m.  Point  de  ma- 
Inee,  de  placenta  ni 
de  commaiiicatioo 
Tascolaire  entre 
rembrjon  et  la  mère. 
Point  de  mameiles. 


mons 
dultc. 


Reptiles. 


VtttMffvs.  LVmlrvon  adhère  à  la  matrice,  s>  développe,  et  tire  sa  nourriture  (  » 
d*iin  pbcenu.  Des  numdles.  Des  poils.  l  Mimmiferes. 

San^  chaud.   Circulation  double  et/ 
complète.    Des  ailes  et    des   plumes.  |  Oiscale. 

Respiration     aé- 1  ^^tîl'T  f^i-Î^T"'*i*?^^^  ia.     * 

ncnne  et  des  pou-/,  ^^^iT'f'^'^V'^l'î»"  incomplète 
à    face  a-  \  ^^''^^  ^  plumes  m  d  ailes  proprement 
^      ~  ^  dites.  Peau  nue  on  couverte  d*écailles. 
Respiration   aérienne  à  Tige  adulte  ; 
quelquefois  des  iNnanchies  dans  le  jeime 
âge. 
Respiration  aquatique,  et  des  branchies  pendant  toute  la*£ 
durée  de  la  vie.  Sang  froid.  Des  nageoires.  Peau  garnie  d*é*  c  Poissons. 
cailles.  ( 

nombreux ,  qui  forment  parfois  des  écailles 
cornées  ou  des  piquants. 

Les  ovipares  ou  ovovivipares  comprennent 
des  animaux  très-différents ,  quant  à  leur 
organisation  et  à  leur^ manière  de  vivre, 
mais  offrant  tous  ce  caractère  commun  qu'ils 
se  reproduisent  par  des  œufs,  et  qu*ils  n  ont, 
par  conséquent ,  ni  utérus ,  ni  placenta ,  ni 
mamelles.  Quelques-uns  donnent  naissance 
à  des  petits  vivants  et  pourraient,  au  premier 
abord ,  sembler  vivipares  ;  mais  il  est  facile 
de  s'assurer  qu'ils  produisent  des  œufs,  les- 
quels se  couvent  et  éclosent  dans  le  corps  de 
l'animal ,  d*où  le  nom  d'ovovivipares  donné 
aux  animaux  qui  offrent  cette  particularité. 
—  Parmi  les  vivipares,  les  uns  ont  une  res- 
piration aérienne  etdes  poumons  ;  les  autres 
une  respiration  aquatique  et  des  branchies. 
Les  premiers  ont ,  ou  bien  le  sang  chaud  et 
la  circulation  double,  comme  les  mammifè- 
res :  ce  sont  les  oiseaux  ;  ou  bien ,  le  sang 
froid  et  la  circulation  incomplète  :  ce  sont 
les  reptiles.  Les  seconds  sont  les  poissons. 

Oiseaux.  —  Les  oiseaux  se  rapprochent 
des  mammifères  {)ar  leur  organisation  com- 
pliquée et  l'énergie  de  leurs  facultés  motri- 
ces; mais  ils  s'en  distinguent  essentiellement 
par  leur  mode  de  reproduction.  Ils  forment 
le  type  le  plus  élevé  des  ovipares.  Au  lieu 
de  se  fixer  aux  parois  de  Tulérus  ou  de  l'ovi- 
ducte,  l'embryon  en  est  entièrement  séparé, 
et  sa  nourriture  préjjarée  d'avance  est  ren- 
fermée dans  un  sac  qui  communique  avec 
rintestin  :  c'est  le  ri7f//u*  ou  jaune  de  Yotuf. 

Les  oiseaux  ont  un  cerveau  peu  développe  ; 
ils  n'ont  ni  corps  calleux  ni  pont  de  Varole. 
Leur  respiration  est  aérienne ,  cl  leurs  pou- 


'es.  —  Les  animaux  qui  forment 
cette  classe  tirent  leurs  caractères  essentiels 
de  leur  mode  de  génération.  Leur  embryon 
s  attache  à  l'utérus  au  moyen  d*un  placenta, 
▼éri table  touffe  vasculaire,  par  laquelle  il 
reçoit  de  sa  mère  les  éléments  de  son  déve- 
loppement ,  comme  il  en  recevra  bientôt , 
apires  sa  naissance ,  une  nourriture  délicate 
préparée  par  des  organes  spéciaux ,  les  ma- 
melles. Les  mammifères  sont  placés  à  juste 
titre  en  tète  du  règne  animal ,  en  raison  de 
la  perfection  de  leur  organisation  et  de  leurs 
facultés.  Ils  ont  le  sang  chaud  ,  à  globules 
arrondis  ;  un  cœur  à  deux  ventricules  com- 
plètement séparés  et  à  deux  oreillettes.  Leur 
sang  veineux  traverse  en  totalité  les  pou- 
mons, avant 'de  passer  dans  le  cœur  gauche 
et  les  artères.  —  Leur  circulation  est ,  fwir 
conséouent,  double  et  complète  :  leurs  vais- 
seaux lactés  renferment  un  chyle  blanc  et 
traversent  un  grand  nombre  de  glandes  con- 
gloLées  ou  ganglions  lymphatiques. 

Ils  respirent  par  des  poumons ,  renfermés 
dans  la  poitrine  et  libres  dans  cette  caxiU^ 
Ce'Ie-ci  est  séparée  de  la  cavité  abdomi- 
nale ,  par  une  cloison  musculeuse ,  le  d/a- 
phragme.  Ils  n'ont  qu'un  larynx  situé  à  la 
base  de  la  langue  et  couvert  d'une  épiglotte. 

Lenr  cerveau ,  volumineux  et  plus  com- 
pliqué que  dans  les  autres  classes ,  remplit 
le  crâne  et  présente  certaines  parties  qui  lui 
sont  propres ,  comme  le  corps  calleux ,  la 
Toôte  à  trois  piliers ,  la  protubérance  annu- 
laire. Leurs  yeux  n'ont  que  deux  paupières  ; 
leur  trmpan  contient  quatre  osselets  et  un 
Téritable  limaçon  contourné  en  spirale.  Leur 
peau  est  recouverte  de  poils  plus  ou  moins 


S43 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


tïi 


iûonSf  flxes  contre  les  côtes,  sont  enveloppés 
d'une  membrane  percée  de  grands  trous  qui 
conduisent  l'air  dans  plusieurs  cavités  de  la 
poitrine,  du  ventre ,  des  aisselles ,  et  jusque 
dans  les  os.  La  circulation  est  double  comme 
dans  les  mammifères,  et  les  globules  du  sang 
sont  elliptiques. 

L'estomac  des  oiseaux  est  composé  de  trois 
pojhes  :  \e  jabot,  \e  ventricule  suce enturier  et 
le  gésier  ;  le  rectum,  les  organes  de  la  géné- 
ration et  les  artères  s'ouvrent  dans  u^e  poche 
commune,  qui  prend  le  nom  de.  cloaque. 

Leur  corps  est  généralement  organisé  nour 
le  vol  ;  il  est  couvert  de  plumes  qui  tombent 
deux  fois  par  an.  Leurs  membres  antérieurs 
sont  modifiés  pôurconstituer  les  ailes.  Enfin 
leur  voix,  si  pleine  dé  mélodie  dans  queiC|ues 
espèces,  se  produit  dans  un  larynx  inférieur, 
placé  à  la  partie  inférieure  de  la  trachée,  tout 
près  des  poumons. 

Reptiles.  —  Les  reptiles  forment  la  troi- 
sième classe  des  vertéorés.  Ils  respirent  l'air, 
comme  les  mammifères  et  les  oiseaux.  Mais 
ils  ont  une  circulation  incomplète  et  le  sang 
froid ,  c'est-à-dire  que  leur  température  est 
tîelle  du  milieu  dans  lequel  ils  sont  plongés. 
Le  cœur  né  présente  qu'un  seul  ventricule  , 
lequel  n'envoie  dans  les  poumons  qu'une 
portion  du  sang  veineux ,  1  autre  portion  se 
mêlant  intimement  au  san^  artériel.  Leurs 
globules  sanguins  sont  elliptiques,  comme 
chez  les  oise^iux  ;  et  leurs  poumons,  en  l'ab- 
sence du  diaphragme,  flottent  dans  la  même 
cavité  que  les  autres  viscères  ^  et  ne  se  lais- 
sent pas  traverser  par  l'air ,  comme  on  l'ob- 
serve chez  les  oiseaux. 

Lès  organes  du  inouvement  sont  très-» 
divers  dans  la  classe  dès  reptiles  ;  les  uns 
marchent,  les  autres  volent,  d'autres  nagent, 
et  la  plupart  ne  peuvent  que  ramper.  Leur 
oreille  n'a  pas  de  limaçon.  Leur  peau  est  riue 
ou  couverte  d'écaillés. 

Foissons.^—  Tandis  que  chez  les  oiseaux 
tout  paraît  disposé  pourla  vie  aérienne^  l'or- 
ganisation des  poissons  est  adaptée  à  leur 
yié  aquatigue.  Les  poissons  respirent ,  par 
l'intermédiaire  de  l'eau,  l'air  atmosphérique 
dissous  dans  ce  liquide.  Leurs  branchies , 
fixées  aux  branches  de  l'os  hyoïde  et  placées 
sur  les  côtés  du  cou,  se  composent  d'un  grand 
nombre  de  lames ,  siir  lesquelles  vient  se 
ramifier  l'artère  branchiale.  L'eau  que  les 
poissons  avalent  passe  entre  ces  lames  et 
s'échappe  en  dçhors  par  deux  ouvertures  qui 
I)ortent  le  nom  d'ouïes!  Ils  n'ont,  par  consé- 
quent ,  ni  larynx,  ni  voix.  Le  sang,  envoyé 
aux  branchies  par  le  cœur ,  revient  dans  le 
tronc  aortique,  sans  repasser  par  le  cœur,  et 
se  distribue  partout  pour  revenir  à  cet  organe 
par  les  veines. 

Le  corpé  des  poissons  est  disposé  pour 
nager  ;  outre  les  quatre  nageoires,  qui  repré- 
sentent  les  membres,  ils  en  ont  sur  le  dos, 
sous  le  ventre  et  à  l'extrémité  caudale.  O^iel- 
ques-uus  en  manquent  entièremept.  Leurs 
narines  ne  servent  pas  à  la  respiration  ;  leur 
oreille  est  cachée  dans  le  crâne  ;  leur  peau 
est  nue  ou  couverte  d'écaillés.  Leur  pancréas 
^st  souvent  remplacé  par  des  cœcums  plus 


ou  moins  nombreux  et  ramifies ,  qui  s'-ou- 
vrent  près  du  pylore. 

Enfin ,  quelques  poissons  sont  ovovivipa^ 
resy  comme  la  vipère  chez  les  reptiles.  Mais, 
chez  la  plupart ,  il  n'y  a  pas  même  d'accou- 
plt^raent ,  et  le  môle  féconde  les  œufs  après 
leur  sortie  de  l'oviducté. 

B^  Invertébrés.  —  Les  animaux  invertébrés 
n'ont  pas  autant  de  caractères  communs  que 
les  vertébrés,  et  ils  ne  forment  pas  une  série 
aussi  régulière.  Leur  squelette,  lorsqu'ils  en 
ont  un  ,  est  placé  à  l'extérieur  (  squelette 
extérieur).  Leur  système  nerveux  n'a  pas 
sa  partie  centrale  renfermée  dans  un  étui 
osseux  ;  elle  flotte  dans  la  même  cavité  que 
les  autres  viscères.  Le  cerveau  seul  est  placé 
au-dessus  du  canal  alimentaire ,  tandis  que 
le  reste  du  système  nerveux ,  après  avoir 
formé  un  collier  à  l'œsophage,  se  prolonge  à 
la  face  ventrale.  Ils  ne  respirent  ih»s  par  des 
poumons  vésiculaires ,  et  aucun  d'eux  n'a  de 
voix.  Ceux  qui  ont  des  membres  en  ont  au 
moins  six. 

Les  animaux  invertébrés  forment  trois 
embranchements  :  les  articulés ,  les  mollus- 
ques et  les  rayonnes. 

A.  Animaux  articulés.  —  Les  nombreux 
animaux  compris  dans  cet  embranchement 
n'ont  ni  vertèbres ,  ni  squelette  intérieur  ; 
mais  leur  corps  est  renfermé  en  entier  dans 
un  système  aanneaux  plus  ou  moins  durs 
et  articulés  les  uns  avec   les  autres.   Ces 
anneaux  né  sont  pas  des  os  ;  ils  ne  sont  que 
des  portions  de  peau  endurcies ,  encroûtées 
de  matières  calcaires  ou  cornées  ;  mais  rela- 
tivement 2^  la  pfdtéction  des  viscères  et   à 
l'exercice  de  la  locomotion ,  ils  en  remplis- 
sent  les  fonctions  ;  et  l'on  peut  dire  que  les 
articulés  ont  un  véritable  sqiielette  extérieur. 
'  Leur  système  nerveux  central  se  compose 
d'une  double  chaîne  de  ganglions  ou  lioyaux 
médullaires  ,  disposés  par  paires  de  chaque 
côté  de  la  ligne  médiane  et  placés  à  la  face 
inférieure  du  corps,   au-dessus  du   canal 
digestif.  Tantôt  le$i  ganglions  de  cette  double 
chaîne  nerveuse  restent  distincts  et  ne  com- 
muniquent entre  eux  que  par  des  filets  ;  tan- 
tôt ils  se  confondent  et  ne  forment  plus 
au'une  seule  série  ,  placée  sur  la  ligne  mé- 
iane.  D'autres  ganglions,  situés  dans  l'ex- 
trémité céphalique,  devant  et  au-dessus  du 
canal  digestif,  constituent  le  cerveau  ,  four- 
nissent Tes  nerfs  optiques,  et  communiquent 
Avec  les  ganglions  de  la  chaîne  abdominale 
par  deux  filets  qui  embrassent  l'œsophage  en 
manière  de  collier. 

Les  mâchqirps,  ^u  lieu  d'être  placées  l'une 
devant  l'autre ,  sont  situées  de  chaque  côté 
et  se  meuvent  de  dedans  en  dehors.  Le  foie, 
s'il  existe,  est  représenté  par  des  tubes  plus 
ou  moins  nombreux  qui  s  ouvrent  dans  lin- 

testin. 

Les  membres  peuvent  manquer  ;  mais , 
dans  la  plupart  des  cas ,  ils  sont  au  nombre 
de  six,  et  quelquefois  de  plusieurs  centaines. 
Leurs  yeux  sont  parfois  très-nombreux ,  et 
leur  appareil  auditif  manque  ou  est  à  l'étal 
de  vestige. 


iiS 


AKA 


D'A!fraROPOLOGIC. 


ANA 


%M 


Les  articulés  se  reproduisent  par  des 
œuJs  ;  leurs  seies  sont  séparés. 

Les  articulés  se  dirisealy  comme  lesyerté- 
brés ,  en  quatre  classes  :  les  insectes ,  les 


arachnides^  les  crustacés  et  les  annétides.  Les 
caractères  distinctifs  de  ces  quatre  classes 
sont  résumés  dans  ce  tableau  : 


(/     Des  ti^cfaées.  Systéaie  sanguin  réduit  âi   un 
Resinniion   aérÎMine  sé  1  ^i^P^  vaisseau   dorsal.  En  général  des  meta- 
faisant  à  faide  de  noumons  1  ™o^l>^^^^  Pattes  au  nombre  de  six  ou  de  plus  {  bsccTES. 
onde  trachées  ^^^b»^^}^^^^^''^^  ^  antennes,  et  en  général  des 
iu!S^mJL. ^^^  !^  \     I>es  poumons  on  des  trachées.  Un  système  arté-  ( 

AnAcniMS. 


s\f 


^~f  riel  ramifié,  et  des  Teines.  Pis  dé  métamor-} 
phoses.  Pattes  an  nombre  de  huit.  Ni  antennes  I 
ni  ailes.  ^ 

Respiration  aquatique  sVAectuant  à  faide  de  branchies  ou  seulement  par  / 
certaines  parties  de  la  sorlace  cutanée.  Un  système  circulatoire.  Paites  au  i  r.rcTACÉs. 
nombre  de  dix.  dooze,  quatorze,  et  quelquefois  plus.  Quatre  antennes,  point  I 
d'ailes.  1 

Point  de  pieds  articulés;  ces  oi^anes  formés,  lorsqu'ils  existent,  par  des  tuber- 1 
eûtes  charnus  armés  de  soies  roides,  ou  remplacés  par  des  soies  seulement.  Sang  /  A5!iélidcs. 
rouge.  Respiration  aquatique,  ou  sVflectuant  par  la  surdaioe  cutanée.  ..^.^.^  ( 

plêie  lorsqu*U  n'éprouve  d'autre  changemeLt* 
que  celui  qui  résulte  du  développement  ul- 
térieur de  ses  ailes. 

ilracAittde».  —  Cette  classe  tire  son  nom  de 
Taraignée,  qui  en  forme  le  type.  Elle  se  dis- 
tingue de  celle  des  insectes  par  la  réunion  de 
la  tête  au  corselet,  lesquels  ne  forment  plus 
qu'un  segment;  par  le  nombre  des  pattes, 
I  absence  d'antennes  et  un  développement 
plus  complet  des  systèmes  vasculaire  et  ner- 
veux. Le  cœur  occupe  Tabdomen;  il  a  la 
forme  d*un  gros  vaisseau  longitudinal.  La 
respiration  est  aérienne,  et  se  lait  tantôt  par 
des  trachées,  comme  dans  les  insectes,  ara- 
chnides  trachéennes^  tantôt  par  des  sacs  pul- 
monaires qui  reçoivent,  comme  les  trachées, 
Tair  par  des  stygmates,  placés  à  la  partie 
inférieure  de  Tabdomen,  aracAntdefpu/mo- 
naires. 

Les  arachnides  ont  souvent  plusieurs,  pai- 
res d*yeux  lisses*;  jparfois  elles  nen  ont 
qu'une  ou  même  point.  Leur  bouche  varie 
beaucoup,  selon  leur  genre  de  vie.  Celles  qui 
sont  parasites  sont  munies  d'une  trompe; 
celles  qui  mènent  uue  vie  errante  ont  des, 
organes  masticateur^. 

Leurs  pattes  sont  presque  toujours  au- 
nombre  de  huit,  longues,  grêles  et  terminées 
par  des  crochets.  Les  arachnides  naissent 
par  des  ceufs  et  n'éprouvent  pas  de  mé- 
tamorphoses :  quelquefois  cependant  les  jeu- 
nes n  ont  que  six  pattes. 

Crustacés. — Lesanimauxde  cette  classe  ont 
le  corps  rèvêtude  pièces  écailleuses,  qui  leur 
forment  une  sorte  de  squelette  extérieur. 
Leur  tête,  tantôt  distincte,  comme  dans  les 
insectes,  tautôt  confondue  avec  le  corselet, 
comme  dans  les  arachnides,  porte  presque, 
toujours  deux  antennes,  deux  yeux  composés 
et  mobiles,  et  de  fortes  mAchoires  latérales. 
—  Leur  estomac  est  armé  de  dents  à  Texté- 
rieur;  et  des  tubes  sécréloires  nombreux  ver- 
sent dans  l'intestin  une  humeur  brune  qui 
leur  tient  lieu  de  bilç.  Leur  système  circula- 
toire est  très-distinct  ;  il  est  formé  de  vais- 
seaux et  d'un  cceur  volumineux.  Leur  respi- 
ration aquatique  se  fait  par  des  branchies, 
trèsrvariables  quant  à  leur  forme  et  à  leur 
structure  ;  qudquefois  ces  organes  man 
quent  et  paraissent  remplacés  i^r  les  tégu- 


Insectes.  Ils  forment  en  quelque  sorte  le 
type  des  animaux  articulés.  Leur  corps  se 
crompose  de  trois  segments  distincts  :  la  tête. 
Je  corselet  ou  thorax,  ^  l'abdomen.  La  tête 

ne  les  yeux,  les  aitlennes  et  la  bouche; 
jorax  porte  les  pieds  et  les  ailes  ;  enfin 
l'abdomen  est  comme  suspendu  en  arrière 
du  corselet ,  auquel  il  ne  tient  quelquefois 
que  par  un  pédicule  mince;  il  renferme  la 
plus  grande  partie  des  viscères.  —  Les  an- 
tennes sont  de  petites  verges  articulées,  mo- 
biles et  insérées  sur  la  tète,  au-devant  des 
yeux  ;  elles  sont  au  nombre  de  deux  seule- 
ment. Leurs  yeux  sont  de  deux  sortes  :  *iiii- 
oies  et  tisses^  ou  composés  et  à  facettes.  On 
les  trouve  ordinairement  réunis  sur  le 
même  individu  et  en  nombre  plus  ou  moins 
grand. 

La  bouche  est  formée  de  six  pièces,  diver- 
sement disposées  selon  qu'elle  est  destinée  à 
broyer  ou  couper  les  aliments  solides,  ou  à 
sucer  des  liquides.  Le  thorax  se  compose  de 
trois  anneaux,  portant  chacun  une  paire  de 
pattes.  Les  ailes,  quand  elles  existent,  sont 
au  nombre  de  deux  ou  de  quatre.) 

Les  insectes  ont  une  respiration  aérienne 
tr^-complète.  Elle  s'opère  au  moyen  de 
vaisseaux  très-nombreux,  appelés  trachées, 
lesquels  communiquent  à  l'extérieur  et  se 
ramifient  dans  tous  les  organes  pour  y  por- 
ter le  fluide  et  le  mettre  en  contact  avec  le 
^ang.  Celui-ci  est  blanc  et  répandu  dans  les 
interstices  des  organes.  Le  système  circu- 
latoire, tout  à  fait  rudimeutaife,  ne  se  com- 
pase  que  d'un  seul  vaisseau  dorsal,  agité  de 
«{uelques  mouvements  alternatifs  de  dilata- 
tion et  de  resserrement,  mais  sans  ramifica- 
tions. Toutes  leurs  glandes  sont  constituées 
par  des  vaisseaux  ou  tubes  fermés  par  une 
de  leurs  extrémités  et  flottant  dans  la  cavité 
abdominale. 

Les  insectes  se  reproduisent  par  des  oeufs, 
et  la  plupart  éprouvent,avant  d'atteindre  leur 
état  adiilte,  des  changements  fort  remarqua- 
bles de  forme  et  de  structure,  qui  portent  le 
nom  de  métamorphoses.  La  métamorphose 
est  eompiête  lorsque  Tinsecte  passe  successi- 
vement par  l'état  de  larve  ou  de  chenille,  et 
de  chrysalide  ou  de  nymphe  immobile,  avant 
d'arriver  à  son  état  parfait  ;  elle  est  incom- 


âi7 


ANA 


DICTIONNAIRE 


ANA 


li% 


menis  commune.  Leurs  pattes  thoraciques, 
ou  ambulatoires^  sont  ordinairement  au  nom- 
bre de  cinq  ou  de  sept  paires;  et,  de  plus, 
leur  abdomen  supporte  une  double  série 
d'appendices  appelés  fausses  pattes, 

Annélides.  — -  Les  annélides  sont  rangés 
dans  les  articulés,  parce  que  leur  corps  se 
compose  d'une  longue  suite  d'anneaux  ; 
mais  ils  diffèrent  des  animaux  qui  forment 
les  classes  précédentes,  par  la  n.ollesse  de 
leur  enveloppe  cutanée  et  par  l'absence  de 
membres  articulés.  Leurs  organes  locomo- 
teurs ne  consistent  qu'en  tubercules  charnus, 
garnis  de  soies  roiaes,  ou  même  en  simples 
soies,  ou  enfin  en  ventouses  situées  à  chaque 
extrémité  de  l'animal.  Leur  sang  est  rouge 
et  circule  dans  des  vaisseaux  assez  compli- 
qués. I-a  respiration  se  fait  par  des  bran- 
cnies  ou  par  la  surface  cutanée.  Leur  sys- 
tème nerveux  est  peu  développé.  Enfin,  les 
sexes  sont  réunis,  mais  il  parait  que  l'union 
de  deux  individus  est  uécessaire  a  la  fécon- 
dation. 

B,  —  Animaux  mollusques.  Les  mollus- 
ques diffèrent  des  animaux  vertébrés  par 
1  absence  complète  de  squelette  intérieur  et 
de  canal  vertébral  ;  ils  diffèrent  des  articulés 
par  l'absence  d'anneaux  résistants,  capables 
de  leur  constituer  un  squelette  extérieur. 
Leur  corps  est  charnu,  mou  et  sans  mem- 
bres articulés.  Tantôt  leur  peau  est  complè- 
tement nue;  tantôt  elle  sécrète  une  subs- 
tance calcaire,  destinée  à  prott^ger  Tanimal 
et  qui  porte  le  nom  de  coquille. 

'  Le  système  nerveux  des  mollusques  est 
assez  développé  :  il  se  compose  de  plusieurs 
masses  médullaires,  dont  une,  située  dans  la 
tète,  au-dessus  de  l'œsophage,  prend  le  nom 
de  cerveau.  Leur  sang  est  blanc  ou  bleuâtre  ; 
çt  leur  système  circulatoire  est  complet.  Us 
ont  un  cœur  aortique  et  deux  cœurs  pulmo- 
naires. Ils  respirent  en  général  par  des  bran- 
chies. —  Leur  système  digestif  offre  de  nom- 
breuses variétés  de  dispositions;  mais  leur 
foie  est  généralement  volumineux.  Leurs 
sens  varient  aussi  pour  le  nombre,  les  uns 
ayant  des  yeux  et  des  oreilles,  tandis  que 
d  autres  paraissent  réduits  au  goût  et  au  tou- 
cher. Les  organes  de  la  génération  n'offrent 
pas  moins  de  variétés;  tantôt  les  sexes  sont 
séparés;  tantôt  ils  sont  réunis,  et  dans  ce 
dernier  cas,  qui  constitue  l'hermaphroJisme, 
quelques-uns  peuvent  se  féconder  eux-mê- 
mes, tandis  que  d'autres  ont  besoin  d'un  ac- 
couplement réciproque. 

L  embranchement  des  mollusques  naforme 
qu'une  classe,  divisée  elle-même  en  six  or- 
dres. 

C.  —  Animaux  rayonnes  ou  zoophytes, 
Lfs  êtres  qui  forment  cet  embranchement 
sont  nombreux  et  très-variés;  mais  ils  se 
ressemblent  tous  en  ce  qu'ils  ont  les  parties 
de  leur  corps  disposées  en  étoiles  ou  comme 
les  rayons  d'un  cercle,  au  centre  duquel  se- 
rait leur  bouche.  Leur  structure  est  tort  peu 
compliquée.  Us  n'ont  ni  cœur,  ni  vaisseaux, 
ni  système  nerveux.  Parfois  cependant  on 
(rouve  quelques  vestiges  rudimentaires  de 
ce  dernier.   Quelques-uns  n'ont  [»as  même 


d'organes  spéciaux  pour  la  reproduction. 

Les  rayonnes  sont  divisés  en  cinq  classes, 
savoir  : 

Les  échinodermes ,  dont  l'intestin  est  dis- 
tinct et  flottant  dans  une  cavité  qui  loge,  en 
même  temps,  d'autres  organes  pour  la  res^ 
piration  ;  la  génération  est  une  sorte  de  cir- 
culation. —  Leur  peau  est  ordinairement 
farnie  d'épines  mobiles,  comme  dans  les 
toiles  de  mer. 

Les  acalipsus ,  ou  orties  de  mer  n'ont  ni 
organes  respiratoires  n^organes  circulatoi- 
res distincts.  Leur  Cavité  digestive  ne  com- 
munique au  dehors  que  par  une  ouverture 
qui  sert  à  la  fois  de  boucne  et  d'anus.  Leur 
corps  offre  une  forme  circulaire  et  rayon? 
nante. 

Les  vers  intestinaux^  dont  le  corps  ressem- 
ble à  celui  des  annélides ,  et  qui  n'ont  pas 
d'organes  spéciaux  pour  la  circulation  et  la 
respiration. 

Les  polypes  f  petits  animaux  gélatineux 
dont  l'ouverture  unique  de  la  cavité  diges- 
tive est  entourée  de  tentacules,  et  dont  la 
structure  est  dçs  plus  simples. 

Les  infusoires  enfin ,  dont  la  structure  est 
également  fort  simple  et  que  l'on  découvre, 
à  l'aide  du  microscope ,  dans  les  eaux  sta- 
gnantes. 

L'anatomie  comparée  a  été  l'objet  d'un 
assez  grand  nombre  de  travaux  dont  les  plus 
anciens  remontent  à  une  époque  fort  reculée. 
Ludwig,  qui  s'est  occupé  spécialement  de 
l'histoire  ae  cette  science,  l'a  divisée  en  qua- 
tre périodes.  La  première  comprend  les  tra- 
vaux de  Démocrile,  d'Aristote,  de  Galien,  de 
Pline,  de  Rondelet,  etc.  ;  la  seconde,  ceui  de 
Harvey,  de  Severini,  de  Malpighi,  de  Swam- 
merdam,  etc.  :  elle  s'étend  de  1600  è  1685; 
la  troisième  commence  à  1686  et  finit  en 
1749  :  elle  embrasse  les  travaux  de  Valen- 
tini,  de  Duvernoy,  de  Haller,  de  Monro,  de 
Trembley,  etc.  ;  enfin  dans  la  quatrième, 
qui  dure  encore,  se  trouvent  les  traités  de 
Daubenton,  de  Pallas,  de  Spallanzani,  de 
Hewson,  de  Fontana,  de  Hunter,  de  Muller, 
de  Srarpa,  de  Vicq-d'Azyr,  de  Blumenbacb, 
de  Rudolphi,  de  Cuvier,  de  Treviranus,  de 
Meckel,  d'Oken,  de  Geoffroi-Saint-Hilairo, 
de  Carus,  etc.,  etc. 

Les  travaux  des  deux  premières  périodes, 
intéressants  au  point  de  vue  historique,  ne 
donnent  qu'une  idée  bien  imparfaite  de  ce 

3ue  peut  être  l'anatomie  comparée;  c'est 
ans  ceux  de  la  troisième  et  de  la  ({uatrième 
qu'on  doit  chercher  des  faits  positifs  servant 
de  base  à  des  idées  philosophiques  des  plus 
élevées. 

Pour  ne  pas  grossir  inutilement  cette  in- 
dication bibliographique,  nous  nous  conten- 
terons de  mentionner  les  travaux  les  plus 
remarquables  et  les  plus  utiles  à  ceux  qui 
voudraient  se  livrer  à  l'étude  tie  l'anatomie 
comparée.  —  Aristote.  De  historia  anima- 
lium  libri  X.  —  De  partibus  animaliwn 
Hbri  V.  —  De  generatione  animalium  libri 
V.  —  Valewtini,  Amphitheatrum  zootomi- 
cumj  tabulis  quamplurimis  exhibens  histo- 
riam  animalium^anatomicamj  Giesscn,  1^-^» 


til 


APL 


D'ÂNTHROrOLOCfE. 


APT 


KO 


in-fol.  —  Vicq-d'Aitb,  Système  amUomique 
de»  amimauXf  dans  VEnqfclopédie  méthodi- 
que^ 1.11.  —  CcTiER,  Leçons  dfanatomie 
comparée.  —  BixifBïfBACH ,  Uandbuch  der 
Vergleicheuden  Anatomiey  Gœttiiigue,  1815. — 
Cabcs,  Lehrbuch  der  Zooiomie^eic,<,  Leipzig» 
1818.  —  Mbckel,  Système  der  Vergleicheu- 
den Ânaiomie^  Halle,  Ifôl  et  ann.  suivantes, 
traduit  en  français  par  Riester  et  Sanson.  — 
De  BLAi!nriiXB.  De  C  organisation  desanimaux^ 
ou  Frincipes  de  Fanaiomie  comparée^  Paris, 
ISââ.  —  HoLLABD,  Précis  danatomie  com- 
parée^ Paris,  1837.  —  Ce  dernier  ouTrase, 
exécuté  d*après  les  idées  de  M.  de  Blain ville, 
a  l'avanlage  de  renfermer  sous  un  petit  vo- 
lume tous  les  fiiits  importants  de  l'anatomie 
comparée  et  de  toutes  les  idées  capitales  qui 
en  découlent. 

On  trouvera  in  extenso  dans  notre  Dic- 
tionnaire de  Zoologie^  trois  volumes  in-%% 
llitstoire  naturelle  et  physiologique  des 
cruatre  grands  embranchements  du  règne 
a  limai  dont  nous  venons  de  présenter  un 
aperçu. 

A^iATOMIE  PHILOSOPHIQUE ,  nA58CE?r- 
DATTB  ou  SPÉCULATIVE.  Yoy.  AnATOMIB  COM- 
PABÊE 

ANDAMfeNE.  Voy.  Lthiopique  (Race). 

ANDO-PÉRUVIENS.  Voy.  Pébcvie5S. 

ANE.  —  On  cherche  Yàne  sauvage  dans  le 
koulan  des  Tartares,  ou  kouran  des  Per- 
sans, ou  y  onagre  des  anciens.  Les  écrivains 
srecs  et  latins,  et  les  moriernos  nous  ont 
fourni  assez  souvent  des  détails  sur  cet  ani- 
mal. Pallas  nous  a  laissé  du  koulan  (63), 
une  description  assez  bonne,  dans  laquelle 
il  a  cherché  à  concilier  tout  ce  au*en  ont  dit 
les  anciens.  Le  koulan,  quanta  la  forme,  se 
rapproche  beaucoup  de  Tâne  domestique, 
mais  il  est  plus  grand,  plus  élancé,  sa  cou* 
leur  est  plus  jaunâtre  oue  celle  de  Vâne , 
cependant  celui-ci  prena  quelquefois  cette 
teinte,  surtout  dans  les  pays  chauds.  Le 
koulan  est  farouche  à  Texcès  et  très -léger. 
Dans  les  contrées  tropicales,  Tâne  jouit 
d'une  forme  plus  grande  et  plus  belle  que 
dans  les  pays  froids;  il  y  est  aussi  plus  vif 
et  plus  fort;  et  TÂne  qui,  au  Chili,  est 
resté  dans  la  rie  sauvage,  ressemble  beau- 
coup à  la  souche  primitive. 

ANGIOLOGIE.  Yoy.  Aïiatomus  humaine. 
ANGLES.  Yoy.  Eubopb  ifODEB?fE. 
ANIMAUX  DOMESTIQUES,  leurs  varia- 
tions. Yoy.  Vabiatiotcs. 

ANTHROPOPHAGIE.    Yoy.    NouBErruBB 

ANTIQUITÉS  DU  MEXIQUE.  Yoy.  Mexi- 

dâlMt  et  An ÉBICAIlfS. 

ANTIQUITÉS  DU  PÉROU.  Yoy.  Pébu- 
▼lEiis  et  Amébicains. 

ANTISIEN,  rameau  de  la  famille  uéru- 
Tienoe.  Yoy.  Pébcviens. 

APACHES.  Yoy.  Siôcx. 

APALACHES.  Voy.  ALLioHAHiBiis. 

APLATISSEMENT  de  la  tète  en  usa*^e 


chez  les  Nootka-Columbiens  et  Périiviens, 
etc. ,  Yoy.  ces  mots. 

APTITUDES  RESPECTIVES  DES  RACES. 
—  La  science  européenne,  qui  accepte 
Tinégalité  intellectuelle  des  races,  se  udt 
solidaire  d*une  sorte  d'orgueil  national, 
puisque  les  races  blanches  sont  à  la  fois 
juge  et  partie  dans  la  Question.  Par  ce  trait 
elles  ressemblent  déjà  a  d'autres  races  qui 
se  sont,  elles  aussi,  faites  centre  du  monde 
et  dernier  mot  de  la  perfection  physique  et 
morale.  Les  Chinois  disent ,  en  parlant  des 
Tartares  camus  et  basanés  :  hommes  de 
belle  û^^re  et  semblables  aux  Chinois  ;  les 
Européens  sont  des  barbares  à  œil  cave,  à 
nez  saillant  et  à  cheveux  pâles. 

L'infatuation  morale  des  habitants  de 
l'empire  céleste  ne  manquerait  pas  de  pré- 
texte dans  leur  habileté  politique,  et  dans  la 
grandeur  des  spéculations  d'une  philosophie 
qui  reproduisit  ou  plutôt  devança  toutes  les 
philosophies  de  la  Grèce.  Les  Indous  au 
m^me  titre  peuvent  prétendre  à  un  rang 
supérieur,  car  ils  eurent  l'initiative  du 
transcendantalisme  dans  toutes  les  sciences 
humaines;  et  les  Indous,  au  moins,  tels 
que  nous  les  voyons  aujourd'hui,  sont  une 
race  très-basanée,  au  nord;  au  midi,  aussi 
no.'re  que  les  nègres. 

J'en  dis  autant  dés  Egyptiens,  dont  tout  le 
monde  admire  les  mouvements,  et  dont  la 
civilisation  européenne  est  une  émanation. 
A  la  vérité  les  savants  ont  eu  fort  longtemps 
des  idées  très-confuses  sur  la  conformation 
physique  des  nations  de  TAsie  moderne  et, 
a  plus  forte  raison,  sur  la  couleur  précise 
des  nations  de  l'antiquité.  Les  dernières  ré- 
coltes de  nos  voyageurs  ont  étonné  même 
les  naturalistes  et  anthropologues  séden- 
taires. II  faut  du  temps  pour  que  histo- 
riens, philosophes  et  peuples  arrangent  sur 
ces  données  nouvelles,  et  leurs  idées  et 
leur  langase. 

On  peut  laisser  les  missionnaires  moraves 
s'affliger  sur  les  facultés  des  peuples  océa- 
niens, qui  éprouvent  de  la  difficulté  à  aller 
au  delà  de  la  simple  imitation.  La  copie  est 
l'acheminement  au  dessin  original  ;  la  mé- 
moire, le  commencement  de  la  composition. 
Il  faut  pardonner  aux  blancs  Américains 
l'impéniteuce  finale  à  laquelle  ils  vouent 
les  Peaux  rouges,  dont  ils  prennent  la 
terre  avec  ou  sans  achat.  Eux-mêmes  ont 
appelé  ces  Peaux  rouges  les  premiers  des 
sauvages,  pour  les  profonc^es  et  loches 
combinaisons  de  leurs  ruses  rindicatives. 
L'esprit  de  suite,  même  dans  le  mal,  est 
un  talent  assez  relevé  ;  c'est  par  là  que  Sa* 
tan  s'appelle  l'ange  déchu!  Mill  Toulant 
rabaisser  à  tout  prix  la  vieille  civilisation 
indoue,  la  compare  perpétuellement  aux 
institutions  des  Mexicains  et  Péruviens. 
J'accepte  le  rapprochement  comme  très-hono- 
rable pour  l'Amérique. 

Mais  c'est  sur  la  race  nègre  que  semblent 
s'être  acharnés  de  préférence  les  dédains 


{îSi  Nordisehê  Beitrage,   b.  n,   s.23;  b.  iv  s.  88.  Voy.  aussi,  Mém.  académ.,  Sainl'Péter$bourg ,  où 
ce  ^MBoire  est  écrit  en  français. 


25t 


APT 


DICTlONNAmS 


APT 


i3S 


piteux  ou  violents.  Celle-lh ,  dit-on,  ne  fut 
jamais  civinsée,  Thistoire  d\x  passé  la 
prouvé,  et  ne  le  sera  jamais,  Thiistoire  mo- 
derne le  démontre. 

Nous  verrons  ailleurs  que  la  définition  du 
mot  espèce  y  môme  telle  (jue  Vont  employée 
les  zoDiogucs  les  plus  rigoristes ,  ne  peut 
en  aucun  cas  s'appliquer  aux  variétés  hu- 
maines; Id  Qè^re  ressemble  bien  plus  au 
blanc  par  le  dehors  et  par  le  dedans ,  que 
les  diverses  races  de  eniens  ne  se  ressem- 
blent entre  elles;  et  de  plus  toutes  les  va- 
riétés humaines  donnent  par  le  croisement 
des  métis  féconds.  Les  blancs  qui  ont  flétri 
de  lappellalion  de  mulâtre  (ti6)  les  produits 
de  leur  mé!anp;e  avec  la  race  noire,  y  au- 
raient-ils mêlé  quelque  idée  de  reproche 
d'infécondité  physique  ou  morale?  Les  pré- 
sidents Pétion,  Bover;  les  médecins  Halle, 
Fournier,  Pescay  ;  ïe  ministre  Loiné ,  le  eé- 
néral  Dumas,  Alexandre  Dumas,  son  fils, 
voilà  d'énergiques  et  brillantes  réponses. 
Dans  la  haute  antiquité,  une  civilisation 
que  Lien  des  gens  s'obstinent  à  regarder 
comme  la  première  en  date,  et  à  qui  per- 
sonne ne  contest^  un  magnifique  dévelop- 
pement ;  l'anneau  primitir  des  civilisations 
{i^-ecque,  romaine,  étrusque  et,  par  consé- 
quent, de  celles  de  l'Europe  moderne;  le 
monde  égyptien  fut  aussi  un  produit  métis 
dont  la  race  nègre  put  revendiquer  une 
bonne  moitié.  Je  ne  veux  pas  dire  seulement 
que  quelques  reines  aient  eu  des  nègres 
pour  pharaons  et  réciproquement  beaucoup 
(le  pharaons  des  négresses  pour  épouses. 
L'étude  sérieuse  des  monuments  antiaues 
eti  des  races  actuelles  a  permis  d'établir  (67), 
comme  une  vérité  irréiragable  que  l'Abys- 
sinie  d'abord,  l'Egypte  ensuite,  furent  co- 
lonisées par  une  émigration  qui  greffa  une 
civilisation  lointaine  sur  la  race  du  pays, 
laquelle  n'était  autre  que  la  race  nègre. 

L'absence  de  civilisation  chez  les  nègres 
jiropremenl-dils  n'est  pas  quelque  chose  de 
définitif  en  supposant  que  ce  soit  quelque 
chose  d?  cerla;n.  Passons  sous  silence  les 
essais  infructueux  d*Haïti  et  des  trois  répu- 
blique:$  Farameka,  Lattika  et  Auka  dans  la 
Guyane  (68).  Le  retard  extrême  du  réveil 
d'une  race  peut  tenir  au  non  établissement 
d'une  colonie  des  peuples  civilisés.  Les 
blancs,  qui  s'enorgueillisent  aujourd'hui  de 
leur  supériorité,  non-seulement  ne  durent 
leur  civilisation  qu'à  une  importation  pa- 
reille ;  mais  ont  reçu  cette  importation  fort 
tard.  Qui  sait  si  les  Pélasges  d'Europe  ne  se- 
raient pas  restés  sauvages  comme  les  nègres, 
sans  l'arrivée  des  Egyptiens  et  Phéniciens 
en  Grèce,  en  Italie,  en  Espasne?  Nos  aïeux, 
les  Atlicots  d'Armorique  [69;  étaient  encore 
anthropophai^es  au  v*  siècle.  Encore  aujour- 
d'hui lesCaréliens  et  autres  populations  fin- 

•»  (66)  Vidée  méprisante,  mulu$,  mulrt,  est  certai- 
nement mêlée  à  cette  expression  dans  le  sens 
actuel,  putsqu?  la  charité  y  a  substitué  homme  de 
couleur.  Il  est  possil^e,  cependant,  que  Tétymologie 
p^ûinitive  eût  un  autre  sens.  Les  Espagnols  et  Por- 
lugas  qui  remplovèrent  les  premiers,  disaient  ma- 
/a/o,  que  SiW.  de  Sacy  dérive  de  malavuad,  cngen- 


noises  sont  aussi  abrutis  que  des  sauvages. 

Le  pays  habité  par  les  nègres  énerve  lac' 
tivité  de  l'homme  par  sa  douceur  et  sa  fé^ 
condité.    11  est  meurtier  à  l'étranger  qui 
importerait  une  idée  ou  un  exemple.  Si  l'im- 
portation n'a  pu  s'opérer  qu'imparfaitement 
par  les  races  métives  qui  s'élaborent  depuis 
trente  siècles,  au  nord,  à  l'orient  et  au  sud 
du  continent  Africain ,  espérons  davantage 
maintenant  que  le  génie  remuant  des  Eu-, 
ropéens  modei:nes  a.  pris  possession  défini- 
tive de  toutes  les  régions  tempérées.  Ce 
rapprochement   permettra  aussi    d'étudier 
avec  plus  de  soin  les  races  qui  habitent 
l'Afrique.  Le  teint  pâle  et  les  cheveux  plats 
des  Berbères  les  ont  fait  honorablement  dis- 
tinguer des  Africains  véritables;  les  Nubiens, 
Gallas,  Boschimanes,  Hottentots,  Malgaches 
ont  été^confondus  dans  l'anathème  qui  flé- 
trit le  nègre,  et  pourtant  ces  diverses  poput 
lations  portent  dans  leurs  traits  presque  aur 
tant  que   certains    Berbères   un   certificat 
d'orieme  asiatique.  On  vient  de  rattacher  h 
la  même  origine,  les  Poulies  ou  Fellatas, 
race  entreprenante  et  voyageuse  qui  traverse 
en  tous  sens  le  cœur  de  l'Afrique  et  semble 
appelée  à  y  propager  quelques  idées  d'orga- 
nisation sociale.  La  tardive  révélation  éma- 
nera donc  du  centre  commun  d'où  la  lumière 
a  rayonné  à  tous  les  autres  peuples.  Dans 
l'Amérique  tropicale,  des  causes  pareille» 
à  celles  qui  énervent  les  nègres  d  Afrique 
produisent  déjà  de  semblables  effets  sur  la 
race  blanche.  Des  Chrétiens,  fils  indigènes 
du  Portugal,  ont  été  trouvés  (70)  vivant  sans 
mariage,  sans  monnaie,  sans  sel  et  presque 
sans  vêtements  et  sans  rdigion,  dans  une 
contrée  du  Brésil  oii  les   troupeaux   sont 
d'une  prodigieuse  fécondité,  où  la  vigne 
donne  trois  récoltes  par  an,  où  le  bananier 
et  le  cotonnier  sont  toute  l'année  couverts 
de  fleurs  et  de  fruits. 

Dans  quelques  siècles  d'ici,  les  enfants  do 
pareils  blancs  auront  besoin  de  plusieurs 
générations  éduquées  pour  ressaisir  les  hau- 
tes facultés  de  leurs  aïeux  d'Europe.  Pour- 
quoi s'étonner  quo  ces  facultés  ne  surgissent 
pas  entières  dès  la  première  ou  la  seconde 
génération  des  nègres  de  nos  colonies  ?  Per- 
sonne ne  conteste  au  moins  que  les  enfants 
nés  créoles  ne  soient  supérieurs  par  l'intel- 
ligence à  leurs  pères  importés.  El,  pourtant 
si  le  travail  de  l'école  a  été  complet,  il  man- 
que encore  l'influence  de  la  famille,  la  dis- 
cipline, le  point  d'honneur,  la  persévérance, 
la  dignité,  l'ambition  I 

Avant  que  les  générations  aient  év  lue  le 
cercle  entier  du  progrès,  assez  d'individua- 
lités privilégiées  ont  montré  que,  dans  le 
procès  fait  a  la  race  nègre,  on  avait  tort  de 
confondre  le  fait  de  réducation  avec  l'àpli- 
tude  à  la  recevoir.  Un  seul  exemple  de  suc- 

dré,  croisé  ;  terme  par  lequel  les  Arabes  africains 
désignent  les  métis. 

(67)  Pérégritmiions  en  Orient^  par  Eus.  ds 
Salles. 

(68)  Colombie  et  Guyane,  par  Fami.i. 

(69)  Saint  Jérôue,  ad  J ovin.,,  lib.  n. 

(70)  AuG.  DE  Sai.nt-Hilaire.  V(/y.  au  Baisii. 


APT 


D'âNTUROHNjOGIE. 


ABB 


«VI 


ces  suiErttt  pour  meUre  1  éJacabilité  de  la 
race  oitière  nors  de  doute;  ^  ees  exemples, 
ont  été  nombreux.  On  cite  une  compilation 
de  littérature  nègre  f71):  le  misaionnaire 
Oldendorp  Ta  grossie  aeûuis  d*iin  chuix  de 
sennoDS  composés  par  des  prédicateurs  de 
cette  race.  Commander  ou  assenrir  les  bom- 
iiies  passe  pour  une  combinaison  intelleo- 
lueiie  plus  haute  (jue  de  les  instruire»  et  la 
r^  -e  oè^^  n>  a  jamais  failli;  car  ses  tri- 
bns  n*ont  jamais  manqué  de  chefs;  ses  mo- 
narchies de  roitelets,  ses  républiques  de 
présidents. 

Les  circonstances  au  milieu  desquelles 
sont  apparus  les  noirs  éminents  par  leur 
caractère  ou  par  leur  esprit  sont  précisément 
r-e  que  Fimpartialité  devait  considérer  pour 
apprécier  les  résultats.  Au  lieu  de  cela,  le 
nréjujîé  a  op|iosé  caractère  nè^^re  à  caractère 
iiiano.  Un  journal  socialiste  qui,  à  cela  près, 
e-t  partisan  de  Tégalité  uniTcrselle,  trouvait 
nnuTais  qu'on  citât  Toussaint  Louverture 
co  jime  un  grand  homme  et  lui  opposait  son 
rrtntemporain  et  son  yainqueur  Napoléon. 
C'était,  on  le  Yoit,  demander  à  Saiut-Domin- 
^e  les  ressources  de  l'empire  et  à  une  poi- 
K"ée  d'esclaves  révoltés  et  illettrés  les  talents 
et  la  force  de  la  nation  française.  M.  de  Sal- 
les a  précisé  d*une  façon  plus  équitable  les 
t.THjcs  de  la  comparaison,  en  cherchant  dans 
quelque  soldat  heureux  de  TOrient  et  dans 
un  peuple  blanc  déchu  depuis  plusieurs  siè- 
c!es,  lesparitésde  situation,  les  résultats  dus 
i  l'esprit  et  au  caractère  des  chefs,  et  il  per- 
siste à  croire  que  ces  résultats  ne  sont  ni 
tant  à  rhonnenr  de  notre  peau  blanche  ni  si 
fort  au  désavantage  du  masque  nègre. 

Ou  on  lise  comparativement  la  biographie 
de  Toussaint  Looverture  dans  Y  Histoire  de 
la  rétolulion  de  Saint-Domingue^  par  le  gé« 
néral  Pamphilede  Lacroix,  et  les  biographies 
dlbrahîm-Pacha  et  de  Méhémet-Ali  dans  les 
livres  qui'  ont  dit  la  vérité  sur  TE^pte  ac- 
tuelle, commeceux  de  VeminhacSaint-Maur, 
Uamont,  Fontanier. 

Privhard  a  noté  Taccord  universel  des 
bomm-fs  de  toute  couleur  dans  la  foi  à  une 
antre  vie,  avec  des  peines  et  des  récompen- 
ses ;  dans  le  respect  des  morts,  en  un  mot 
dans  ridée  religieuse;  accord  plus  remarqua- 
ble encore  par  la  nature  intime  de  son  prin- 
cipe d  action  que  par  les  manifestations  de 
5*jn  activité.  Ces  manifestations  peuvent  être 
les  variations  des  traditions;  la  ressemblance 
des  sentiments  intimes  implique  Funilé  des 
hommes  qui  les  reçurent  1 

Quel  dommage  que  Prichard  ait  radicale^ 
mont  affaibli  l'effet  de  ses  arguments  en  y 
mêlant  et  tranchant  par  Taflirmative  la  ques- 
tion de  Fâme  des  Itétesl  L'échelle  des  Ames  est 
une  concession  terrible  aux  partisans  de 
1  é-*rel!e des  organes.  Si  le  nègre  est  inter- 
n*étiia  re  par  les  formes  au  blanc  et  aux  sin- 
*j:  t<,  aoo  âme  sera  aussi  la  moyenne  entre 
i«s  .ieoi  âmes  extrêmes. 

Prichanl  est  un  peu  mieux  inspiré  quand 
il  &e  félicite,  au  nom  de  la  science,  de  l'ac- 

(71  ;  L'aMië  GaÉcoiiE,  LUtiratutes  da  ntqret. 


ce8»ou  des  isaises  noires  au  diristianisme. 
Les  vérités  de  la  morale  dirétienne,  si  conso- 
lantes pour  les  humbles  sont  aussi  d*une 
simplicité  \  la  portée  des  faibles  d  esprit  :  il 
n'est  pas  besoin  de  hautes  facultés  pour  les 
comprendre.  Mais  le  Dieu  qui,  dans  l'Evan* 
gile,  la  dernière  formule  de  sa  manifestation, 
a  cessé  d'admettre  des  peuples  privilèges 
pour  proclamer  tous  les  hommes  frères,  a 
certainement  impliqué  que,  malgré  des  re- 
tards temporaires,  le  jour  des  mérites  et  de  la 
dignité  sociale  luirait  enfin  pour  tous. 

ARABES,  Toy.  SÉnrriQUE. 

ARALCAMENS,  rameau  de  la  famille  pé- 
ruvienne. Voy,  PÉauTiE5s, 

ARAWACS.  Toy.  Caribes. 

ARBRE  A  PAIN.  —   Si  nos  regards  se 
tournent  vers  l'Orient,  nous  voyons  un  ar- 
bre qui  fournit  à  l'homme  une  nourriture 
abondante  sans  travail  ;  c'est  Varbre  à  pain^ 
àutocarpus  incisa.  On  le  cultive  à  Java,  à 
Sumatra,  dans  Vile  Célebs,  aux  Philippines, 
à  Amboine,  à  Banda,  dans  toutes  les  autres 
lies  aux  épices,  et  de  la  mer  du  Sud;  on  le 
cultive  encore  dans  Tlnde  en-deça  du  Gange. 
Il  n'est  plus,  à  proprement  parler,  à  l'état 
sauvage  dans  ces  contrées,  car  il  est  extrê- 
mement douteux  qu'un  autre  arbre,  Fauto^ 
carpuê  inttgri'folii  ou   jaquier,  qui  y  croit 
sans  culture,  qui  donne  àes  fruits  dont  la 
pulpe  est  désagrable  au  goût  comme  l'amande 
amère,  soit,  comme  le  croient  ]i>s  Forster, 
l'arbre  à  pain  dans  son  état  primitif,  quelque 
grande  que  soit  l'analogie  entre  les  deux 
espèces,  que,  d'un  autre  côté,  séparent  des 
caractères   botaniques.   11  est    présumable 
que  l'espèce  entière  de  l'arbre  à  pain  a  passé 
à  l'état  de  culture,  lorsque  l'homme  s'est  éta- 
bli dans  les  contrées  qui  le  produisent.  Il 
en  est  précisément  de  même  pour  le  pal- 
mier, dans  lequel  on  ne  distingue  plus  l'e^ï- 
pèce  sauvage  de  l'espèce  cultivée.  L'arbre 
à  pain  s'élève  à  une  hauteur  de  M)  pieds;  il 
a  la  grosseur  du  corps  d'un  homme,  son 
bois  est  tendre,  et  dans  toutes  les  parties 
jeunes  circule  un  suc  laiteux.  La  fleura  peu 
d'apparence  ;  elle  manque  de  corolle  etde  ca- 
lice. Le  fruit  devient  très-gros,  c'est,  à  pro- 
firement  parler,  un  assemblage  de  plusieurs 
ruits  agglomérés  en  une  seuie  masse;  cha- 
aue  division  partielle  dufruit  forme  une  sur- 
face hexagone,  sous  laquelle  est  une  subs- 
tance pâteuse  et  une  amande  semblable  à  la 
châtaigne.  Cependant,  il  y  a  une  variété  qui 
ne  donne  point  de  graine  ou  oui  n'en  donne 
que  les  rudiments;  elle  est  plus  abondante 
que  la  précédente  et  même  la  seule  qu'on 
trouve  en  plusieurs  endroits.  Il  n'est  pas  rare 
de  voi  r  les  plantes  perd  re  leu  r  graine  par  l'effet 
de  la  culture,  témoin  le  raisin  sans  pépin,  que 
nous  appelons  raisin  de  Corinthe  ou  des  sut- 
/atifx.Lorsquelefniitestàsamaturité  parfaite, 
il  est  d'une  couleur  jaune,  mou  au  touiher, 
contenant  une  pulpe  sans  consistance,  d'une 
odeur  fade.  On  évite  de  le  laisser  arriver  à 
ce  complément  de  maturité,  et  à  cet  effet, 
lorsqu'ayant  atteint  toute  sa  grosseur  il 


â:5 


ARB 


DICTIONNAIRE 


ARB 


SMi 


encore  vert  à  l'extérieur,  et  que  son  paren- 
chyme est  devenu  blanc  et  celluleui,  on  le 
fait  griller  sur  des  pierres  chauffées,  etalors 
il  prend  un  goût  analogue  à  celui  de  la  mie 
de  pain  de  froment.  Un  autre  procédé  qu'on 
emploie  encore,  consiste  à  réunir  les  rruits 
avant  leur  maturité  en  un  grand  monceau; 
quand  ils  ont  uni  commencement  de  fer- 
mentation, on  extrait  la  pulpe  qu'on  place 
dans  une  fosse  où  on  la  laisse  fermenter, 
on  fait  cuire  cette  pâte  ainsi  fermentée,  et 
elle  acquiert  le  goût  de  pain  de  froment.  Les 
autres  parties  de  Tarbre  ont  aussi  leur  uti- 
lité. On  creuse  la  tige  pour  en  faire  des  ca- 
nots, le  liber  fournit  des  vêtements,  et  la 
liijueur  laiteuse  concentrée  par  la  cuisson 
faitdelaglu.  La  culture  de  Tarbreàpain 
est  facile  ;  il  se  propage  non-seulement  des 
rejets  que  poussent  les  racines,  mais  il  se 
nialtiplie  très-facilement  de  boutures,  et 
c'est  même  le  seul  moyen  qu'on  emploie 
quand  on  n'a  pas  d'amandes  pour  semer. 

Ainsi,  nous  voyons  dans  les  contrées  oii 
la  civilisation  prit  naissance,  un  arbre  don- 
nant une  nourriture  facile  et  abondante,  à 
l'ombre  duquel  les  hommes  pouvaient  sq. 
rassembler  et  vivre  aussi  longtemps  que 
leur  fantaisie  le  leur  disait.  On  a  trouvé  près 
de  Java  des  antiquités  que  nous  a  fait  con- 
naître le  célèbre  S.  Stamford  Rafles,  gou- 
verneur du  pays  pendant  la  domination  des 
Anglais.  Ce  qui  donne  à  penser  qu'il  y  eut 
dans  ce  pays  un  peuple  qui  se  lança  de 
bonne  heure  dans  la  voie  de  la  civilisation, 
comme  en  Afrique,  à  Méroë.  Le  moral  d'un 
peuple  est  donc  susceptible  de  culture,  mais 
dans  la  marche  vers  la  civilisation,  il  est  ex- 
posé à  diverses  fluctuations,  tantôt  poussé  en 
avant,  tantôt  refoulé  en  arrière,  suivant  les 
temps  et  les  circonstances. 

ARBRES  FRDITIEUS.  —  La  culture  des 
arbres  fruitiers  remonte  fort  loin  dans  l'an- 
tiquité. Les  poiriers  et  les  pommiers,  avec 
leurs  fruits  brillants,  ont  été  cités  par  Ho- 
mère dans  V Odyssée,  lorsqu'il  décrit  les  jar- 
dins d'Aîcinoiis.  La  culture  des  arbres  frui- 
tiers avait  déjà  fait  de  grands  progrès  dans 
l'antiquité,  comme  nous  pouvons  en  juger 
par  les  diverses  variétés  de  fruits  que  citent 
les  écrivains  qui  ont  traité  de  1  économie 
rurale.  Parmi  les  espèces  cultivées  dans  nos 
jardins,  les  anciens  connaissaient  les  coings 
icydonia),  les  prunes  (prunus),  les  cerises, 
les  amandes,  les  pêches  et  les  abricots  ;  ces 
deux  derniers  fruits  sont  appelés  persica  et 
armeniaca,  du  nom  du  pays  dont  ils  sont 
originaires.  La  culture  des  arbres  ne  date 
pas  seule  d'une  antiquité  reculée,  mais  en- 
core les  moyens  d'améliorer  les  fruits,  c'est- 
à-dire  la  grefle  et  l'écusson.  L'histoire  ne 
nous  a  point  transmis  le  nom  de  l'inventeur 
de  la  greffe  ;  il  se  perd  dans  la  nuit  des 
temps  fabuleux  (72).  On  en  a  attribué  la  dé- 

(73)  Touriiofort  dit ,  en  parlant  du  pays  qui  se 
Irouve  entre  Zars  et  Ziflis  (Voy.  au  Levant,  t.  Il, 
p.  505,  édit.  1717)  :  «  Le  pays  èsl  rempli  de  vigno- 
bles et  de  veraers  naturels,  où  les  noyers,  les  abri- 
cotiers, les  pêchers,  les  pruniers,  les  poiriers,  les 


couverte  au  nasarJ,  comme  Pliue  le  raconte 
assez  mal  (l.  xvii,  c.  ik),  et  Lucrèce  en  ter- 
mes plus  généraux  (v,  v.  1360).  Goguet  a 
recueilli  avec  soin  (De  V origine  des  lois^  des 
arts  et  des  sciences,  et  de  l^rs  progrès  chez 
les  anciens  peuples,  I»  117,  118)  les  passages 
des  auteurs  anciens  qui  ont  rapport  à  la 
greffe,  il  regarde  comme  un  fait  de  grande 
importance  qu'il  n'est  point  parlé  de  la  greffe 
ni  dans  la  Bible,  ni  dans  Homère,  ni  daD.s 
Hésiode,  quoique  Moïse  ait  fait  beaucoup 
de  dispositions  réglementaires  relatives  aux 
arbres  fruitiers.  Mais  peut-être  que  les  ar- 
bres fruitiers  dont  parle  Moïse  n'avaient  pas 
besoin  d*ètre  greffés.  C'est  en  vain  quon 
cherche  dans  Homère  une  mention  de  la 
greffe,  on  devrait  plutôt  l'attendre  d'Hésiode, 
qui,  au  contraire,  garde unsilence  absolu  sut* 
la  culture  des  arbres  è  fruits;  peut-être 
était-ce  parce  qu'elle  était  négligée  dans  le 
pays  qu'habitait  Hésiode,  car  son  poëme 
n'est  écrit  que  dans  ua  intérêt  purement 
local.  Croire,  comme  on  le  fait  commuaé* 
ment,  que  ce  soit  la  greffe  seule  qui  nous 
ait  procuré  les  diverses  espèces  de  fruits  à 
couteau  que  nous  avons,  c'est,  à  mon  avis, 
une  erreur  ;  car  la  greffe  me- paraît  plutôt  un 
moyen  aussi  prompt  que  facile  de  transpor* 
ter  les  bonnes  espèces  de  fruits,  qu*un 
moyen  de  les  obtenir.  11  y  a  entre  le  pom^ 
mier  sauvage  et  celui  qui  est  cultivé  des  dif- 
férences essentielles.  La  feuille  du  premier 
est  petite,  ronde,  lisse  des  deux  côtés  et  lui- 
sante à  la  partie  supérieure.  La  feuille  du 
pommier  de  nos  vergers  est  plus  grande, 
ovale,  un  peu  cotonneuse  en  dessus,  mais 
beaucoup  plus  en  dessous  ;  le  calice  du  fruit 
sauvage  est  presque  glabre,  celui  du  fruit  cul- 
tivé est  cotonneux.  Les  pétales  de  l'espèce 
cultivée  ^ont  plus  larges  que  celles  de  la  se-. 
condc.  Communément  on  voit  une  plante 
perdre  cet  extérieur  cotonneux,  quand  elle 
est  portée  dans  un  terrain  cultivé  et  fertile  ; 
les  pétales  s'élargissent,  mais  on  n'a  jamais 
fait  l'observation  contraire.  Je  crois  donc 
que  l'espèce  sauvage  n*est  point  la  môme 
que  celle  gue  l'on  cultive  ;  ceHe-ci  fut  sau- 
vage aussi,  et  nous  ne  devons  pas  espérer 
trouver  sa  patrie  plus  que  celle  des  céréa- 
les (73)  ;  des  arbres  purent  même,  sans  le 
secours  de  la  culture,  produire  des  fruits 
de  bonne  qualité.  La  greffe  et  les  autres 
procédés  analogues  connus  des  horticulteurs 
purent  servir  à  propager  les  bonnes  variétés 
qu'on  obtint  par  la  culture,  mais  on  n'a  ja- 
mais pu  les  créer  par  ces  moyens.  La  grelîe 
ne  peut  venir  ni  ae  l'Inde,  ni  de  l'Egypte, 
parce  que  dans  aucun  de  ces  deux  pays  il 
no  se  trouve  d'arbres  greffés,  et  que  les  va- 
riétés naturelles  du  mango  dispensaient  de 
chercher  à  en  varier  le. fruit. 

L  analogie  est  beaucoup  plus  çrande  en- 
tre le  poirier  cultivé  et  le  poirier  sauvage 

pommiers  viennent  d^eux-mémes.  »  Il  ajoute  :  «  Oa 
ne  peut  pas  douter  que  ce  ne  soit  un  de  ces  quartiers 
de  la  Géorgie,  où,  suivant  Strabon,  abondent  toutes 
sortes  de  fruits  que  la  terre  produit  sans  culture.  >. 
L'assertion,  quoique  un  peu  nasardée,  mérite  qu'on 
Y  fasse  attention. 


1>7 


ARB 


D^ANTHROPOLOGIE. 


ARB 


25S 


qa  entre  le  pommier  des  bois  et  celui  des 
iardios  ;  il  faut  pourtant  leur  appliquer  aussi 
les  raisonnements  que  nous  arons  laits  pour 
Je  pommier.  On  Toit  en  Grèce  une  espèce 
de  poirier  très-multipliée,  formant  des  buis- 
sons ou  des  arbustes  très-épineux  ;  lafeuiHe 
en  est  très-petite  et  le  fruit  ressemble  beau- 
roop  à  la  poire  sauvaze  ;  on  ne  peut  le  man- 
ger que  lorsqu'il  a  éprouTé  un  commence- 
ment de  putréfaction.  Sibthorb  et  les  auteurs 
de  la  Reîaiian  de  texp/diitùn  en  Morée  le 
regardent  comme  Tespèce  primitive  d*où 
sont  Tenues  toutes  nos  poires  à  couteau, 
mais  il  ne  me  parait  point  exister  d'analogie 
entre  eux. 

Le  coignassier  'puru$  cydonia)  croît  spon- 
tanément dans  les  forêts  du  Caucase  et  dans 
le  sad'est  de  l*£urope  ;  son  nom  lui  vient 
de  la  Tille  de  Cjdon  en  Crète,  ou  peut-^tre 
c*est  le  fruit  qui  a  donné  son  nom  à  la 
Tille.  Rien  ne  peut  nous  faire  croire  que 
ces  fruits  si  beaux  et  si  brillants  que  pro- 
duisaient les  jardins  d*Aleinoùs,  ou  bien 
que  ces  pommes  d*or  du  jardin  des  Hespé- 
rides  dont  la  mythologie  parle  si  souvent, 
fassent  des  coings  ;  car  ces  expressions  peu- 
Tent  s>ppliquer  aussi  bien  à  diverses  varié- 
tés de  pommes  d*un  goût  agréable  qu*au 
fruit  du  coignassier.  Le  prunier  [prunus 
domesiica)  croit  naturellement  dans  les 
Ibréts  de  la  partie  orientale  du  Caucase, 
suivant  Marschal  de  Biberstein.  Le  merisier 
i  fruits  doux  (prunus  atium)  est  indigène 
des  forêts  du  centre  et  de  l'est  d«  l'Europe  ; 
on  le  trouve  jusque  dans  la  (léorgie  ;  ses 
fruits  sont  doux,  quoique  petits,  et  proba- 
blement c'est  de  lut  que  dérivent  toutes  les 
espèces  de  cerises  douces  que  nous  possé- 
dons. La  cerise  aigre  (prunus  cerasus)  peut 
tirer  son  nom  de  Cérasonte,  ville  de  la  côte 
septentrionale  de  l'Asie  mineure  ;  et  Tour- 
nefort  dit  (II,  p.  28)  l'avoir  trouvée  dans  cet 
endroit,  croissant  spontanément  sur  des  co- 
teaux exposés  à  tous  les  vents.  C'est  de  là 
me  Lucullus  l'apporta  à  Rome,  au  rapport 
de  Hine  et  d* Athénée.  Théophraste  ne  parle 
du  cerisier  que  comme  d'un  arbre  forestier  ; 
il  parait  ainsi  que  ce  ne  fut  qu'après  lui  que 
cet  arbre  fut  cultivé  en  Europe  pour  son 
fruit  (n). 

V amandier  lamggdalus  communis)  crott, 
suivant  Marscnal,  dans  les  bosquets  de  la 
Géorgie  orientale.  Le  passage  de  Toumefort 
que  nous  avons  cité  plus  haut,  place  en  Géor- 
gie la  patrie  de  l'abricotier  et  du  pécher  ;  mais 
Marscnal  ne  parle  point  de  ces  deux  arbres 
dans  sa  flore  de  ce  pa  js.  Si  on  en  juge  par 

Hit  Le  passage  de  Théophraste  présente  cne 
paii4e  difliciilté.  Lauteor  commence  par  décrire  le 
bois,  ensoile  Tarbre  ;  tout  ce  qu'il  en  dit  s*applique 
exactement  à  notre  cerisier;  mais  il  termine  en  di- 
sant qoe  le  fruit  ressemble  à  celai  du  dioipyros^  avec 
cetSe  dîflêrence  nue  le  fruit  du  dîospjros  est  dur, 
tandis  qoe  œlal  du  cerisier  est  tendre.  Si  par  dio- 
tpgra$  on  entend  le  diospjfros  tatus  de  Linné,  on  ar- 
rivera à  âne  conséquence  qui  est  tout  le  contraire 
de  ce  que  dit  le  naturaliste  grec.  Il  faut  donc  sup- 
poft?r  floU  y  a  Ici  une  faute  de  copiste.  (  Foy.  les 
noies  de  Schneider  sur  ce  passage.)  Il  est  constant 


le  nom  une  portent  les  denx  arbres,  il  est 
vraisemblable  que  Tun  est  venu  de  la  Perse 
et  l'autre  de  TArménie.  La  culture  de  Toli- 
vier  ne  s^étend  point  au  delà  de  l'Europe 
méridionale,  où  fréquemment  on  le  trouve 
greffé  en  écusson.  Souvent  il  croit  spontané- 
ment dans  les  contrées  où  on  le  cultive  ; 
mais  alors  seulement  c'est  Teflet  du  hasard, 
car  il  est  probable  que  sa  patrie  est  en  Asie. 
11  est  souvent  question  de  Tolivier  dans  la 
Bible;  Minerve,  suivant  la  fable,  planta  le 
premier  qu'on  vit  à  Athènes.  L'Italie  ne  pos- 
sédait primitivement  point  d'oliviers ,  et 
l'hisloire  nous  apprend  au*iis  v  vinrent  par 
la  France  et  l'Espajoie  n5).  L'olivier  sau- 
vage, qui  porte  des  feuilles  petites  et  étroi- 
tes, est  une  simple  variété  et  non  une  es- 
pece. 

Il  est  donc  très-probable  que  la  culture 
des  arbres  fruitiers  commença  avec  la  dé- 
couverte de  la  greffe  et  de  l'écusson  dans 
l'Asie  occidentale ,  la  Géorgie,  l'Arménie  « 
le  nord  de  la  Perse  et  les  contrées  élevées 
de  l'Asie  mineure. 

Le  figuier  existait  déjà  dans  les  jardins 
d'Alcinoûs.  L'Europe  méridionale  est  sans 
doute  sa  patrie.  La  caprification  fut  un 
moyen  connu  des  anciens;  ce  procéJé  n'est 
plus  maintenant  en  usage  qu'en  Grèce  et  en 
Portugal. 

Le  grenadier  (punica  granatum)  crott  sans 
doute  à  l'état  sauvage  dans  le  nord  de  l'A- 
frique ;  il  a  été  importé  de  là  dans  toute 
l'Europe  méridionale,  où  maintenant  il 
croit  spontiitnément  et  sans  culture.  Les  La- 
tins l'appelaient  malus  punica  ^  parce  qu'il 
leur  était  venu  de  la  côte  de  Carthage.  Les 
Espagnols  et  les  Portugais  lui  donnent  le 
nom  arabe  romd.  Valoës  de  t Amérique  nous 
donne  un  exemple  de  la  facilité  avec  la- 
quelle peut  passer  à  l'état  sauvage  une 
plante ,  lorsqu'elle  rencontre  un  terrain  fa- 
vorable, car  il  s*est  naturalisé  en  Portugal 
et  surtout  dans  le  midi  de  l'Espagne,  et 
plus  lard  en  Italie,  et  il  s'j  est  multiplié 
au  point  qu'il  est  devenu  presque  une  mau- 
vaise herbe.  Le  figuier  finde  [cacius  opun- 
tia)  transporté  clans  l'Europe  méridionale  ^ 
s'y  est  acclimaté  de  manière  au'il  y  crott 
sans  culture  (76).  Cette  plante  dont  la  form3 
est  assez  remarauable ,  qui  couvre  les  ro- 
chers de  Palamède  dans  le  voisinage  de 
Nauplie,  aurait  certainement  été  connue  et 
cit^e  par  les  anciens  si ,  alors  comme  au- 
jourd'hui, elle  eût  crû  à  quelques  lieues 
d'Argos  et  de  Mycène  (77). 

L'armée  d'Aleiandre  trouva  la  vigne  cul* 

3ue  la  ville  de  Cérasonte  a  été  ainsi  appdée  à  cause 
n  cerisier,  et  que  le  cerisier  ne  porte  point  le  nom 
de  la  ville. 

(75)  Pl».,  Hht,  nat.^  1.  xv,  c  L 

(76)  Voy. ,  Annales  des  sof^ages ,  1856 ,  t.  IV^ 
p.  51,  un  article  fort  en  rien  x  sur  le  ficus  indien  et  le 
ficus  relJgio$aj  par  M.  Cb.  RiTTcn. 

(77)  Tbéopliraste  (H.  p/.,  i,  7,  5)  décrit  le  figuier 
Imîien.  dont  les  branches  poussent  des  racines  qui 
prennent  leur  direction  dans  le  sol ,  de  telle  sorte 
que  la  planle  parait  tout  environnée  d*un  rbe^rlu  de 
radaes.  Cet  arhre  est  abondant  dans  Tlnde,  et  les 


eso 


ARB 


DICTIONNAIRE 


ARB 


srîo 


tivée  dans  l'Inde  et  elle  rendit  grâces  à  Bac- 
chus;  un  voyageur  moderne  vit  dans  ces 
contrées  des  coteaux  couverts  de  vignes.  La 
vigne  croît  spontanément  dans  l'Europe  mé- 
ridionale, s'etendant  jusqu'à  l'extrémité  oc- 
cidentale; et  Viviani  dit,  dans  une  petite 
notice  sur  les  plantes  queCella  a  rapportées 
de  la  Cyrénaïque ,  que  la  vigne  sauvage  des 
montagnes  de  cette  province  donne  des 
fruits  gros,  sucrés  et  d'un  bon  goût.  La 
vi^ne  sauvage  des  alentours  de  Naples  pro- 
duit des  grappes  dont  les  crains  sont  petits, 
sucrés,  donnant  un  bon  vm;  le  dessous  des 
feuilles,  particulièrement  sur  les  nervures, 
est  rude  au  toucher  et  presque  velu.  En 
Portugal ,  la  vigne  sauvage  donne  des  grap- 
pes dont  les  grains  sont  petits,  acides ,  des* 
quels  on  ne  fait  aucun  cas  ;  les  feuilles  sont 
hsses ,  lors  même  qu  elles  sont  jeunôs.  Les 
feuilles  de  la  vigne  de  Pezo  do  Regoa^  qui 
croit  dans  le  môme  royaume  et  qui  produit 
le  bon  vin  de  Porto,  a  aussi  le  dessous 
des  feuilles  rude  au  toucher.  Les  feuilles  de 
la  vigne  sauvage  à  fruits  aigres,  lorsqu'elles 
sont  jeunes ,  ne  présentent  pour  ainsi  dire 
aucune  division,  tandis  que  celles  de  la 
vigne  à  fruits  sucrés  sont  profondément  in- 
cisées dans  leur  jeune  fige.  Link  conclut 
de  là  que  la  vigne  cultivée  dérive  de  plu- 
sieurs espèces  sauvages  ,  aussi  bien  que  le 
chien  et  peut-être  le  froment  lui-môme.  La 
vigne  de  l'Afrique  septentrionale  fut  peut- 
être  la  première  (ju  on  soumit  à  la  culture, 
car  c'est  elle  qui ,  spontanément  et  sans 
culture ,  donne  les  meilleures  grappes.  Du 
reste ,  la  culture  de  la  vigne  est  aussi  an- 
cienne que  colle  des  céréales,  et  souvent  il 
en  est  question  soit  dans  la  Bible  (78)  soit 
dans  Homère. 

L orange  douce  du  Portugal  (  citrus  auren- 
tiuniy  Risso)  a  été  apportée  par  les  Por- 
tugais de  la  Chine  en  Portugal,  et  de  là  elle 
s'est  répandue  par  toute  l'Europe  :  c'est  un 
fait  qu'on  ne  peut  révoquer  en  doute.  Ces 
fruits  portent  encore  en  Italie  le  nom  de 
portugalli  ;  et  du  temps  de  Tournefort ,  ils 
étaient  encore  rares  en  Grèce.  Les  anciens 
ne  connaissaient  pas  plus  les  oranges  que 
les  autres  productions  de  la  Chine.  La  pomme 
de  Médie,  ic  ciiron^  suivant  Théophraste,  ne 
se  mange  pas  (Hist.  plant.  ^  xiv,  4,  1  et  2), 


botanistes  le  connaissent  sous  le  nom  de  ficus  reli- 
gioM.  Immédiatement  après,  Théophraste  nomme 
une  petite  plante  qui  pousse  près  d'Opux,  dans  le 
voisinage  de  la  mer,  sur  le  rivage  du  gùlfe  de  TEu- 
bée,  dont  les  feuilles  poussent  aussi  des  racines,  et 
qui  parait  bonne  à  manger.  On  a  fait  une  fausse 
application  de  ce  passage  à  Xopuniia,  qui,jpar  suite 
de  cette  erreur,  a  reçu  te  nom  qu'il  porte.  Vopuntia 
d'Amérique  est  une  grande  plante  dont  les  rameaux 
sont  formés  par  les  feuilles  poussant  les  unes  des 
autres  ;  il  n'est  pas  aisé  de  deviner  ce  que  Théo- 
phraste a  voulu  dire  par  le  poussant  des  racines 
aériennes. 

(78)  On  ne  peut,  en  traitant  la  question  de  Tanti- 

auité  de  la  culture  de  la  vigne,  oublier  Thistoire  de 
loé,  qui,  suivant  TEcriturc,  planta  la  vigne,  karam^ 
dont  le  nom  est  encore  aujourd'hui  le  même  chez 
les  Arabes. 

(79)  Deipnosoph,  l.  m,  c.  25-28. 


il  a  une  odeur  agréable ,  et  la  médecine  en 
fait  usage  :  il  ne  dit  point  s'il  avait  une  sa- 
veur sure  ou  amère.  Gallien(Z>e  Alim.facult.^ 
1.  II,  p.  37)  parle  en  termes  clairs  et  pré- 
cis d'un  fruit  acide  qu'il  appelle  xit^w»  ,  et 
qui,  ajoute-t-il,  est  nommé  pomme  de 
Médie  par  ceux  qui  veulent  parler  à  mots 
couverts.  11  s'agit  donc  du  citron  {cUrus 
limonium  Risso).  Tout  le  monde,  dit  Dios- 
coride  (  i ,  167) ,  connaît  la  pomme  de  Médie 
ou  de  Perse,  ou  cedromelui  que  les  Latins 
appellent  citria.   Get  arbre  produit  toute 

I  année  des  fruits  sans  cesse  renaissants.  Le 
fruit  est  allongé,  rugueux,  jaune  doré  , 
agréable  au  goût,  d'une  odeur  forte;  il  a 
des  pépins  comme  une  poire.  11  est  probable 

aue  l'auteur  a  voulu  parler  du  citron.  Les 
éoi)oniques  citent  aussi  un  citrus  et  rien 
ne  vient  contredire  la  conjecture  que  le 
fruit  dont  il  y  est  question  soit  le  citron  < 
quoiqu'on  ne  parle  point  expressément  de 
son  acidité.  Ce  que  Palladius  a  écrit  (  1.  iv  ^ 
t.  10,  16)  concorde  exactement  avec  tout 
ceci;  il  avait  même  observé  ce  qu'a  dit  avant 
lui  Théophraste,  qu'un  fruit  succède  à 
l'autre;  il  dit  qu'il  a  une  saveur  acide. 
Athénée  a  fait  une  savante  dissertation  sur 
la  pomme  de  Médie  (79),  de  laquelle  il  ré- 
sulte d'une  manière  bien  précise,  qu'elle 
était  le  citrus.  Tous  les  témoignages  nislo- 
riques  se  réunissent  donc  pour  prouver  que 
les  anciens  connaissaient  le  citron,  mais  il 
n'en  est  pas  de  même  pour  l'orange,  à  l'é- 
gard de  laquelle  la  question  demeure  in- 
tacte. Il  est  bien  difficile  de  tirer  de  Pline 
quelque  lumière,  à  cause  de  la  confusion 
qui  paraît  résulter  d'une  part  avec  le  pêcher, 
et  de  l'autre  avec  le  cèdre,  nom  que  les 
anciens  donnaient  auxgenevriers  et  surtout 
au  Juniperus  phœnicœa  (80).  Nous  ne  con- 
naissons rien  de  précis  sur  la  patrie  de  ces 
fruits;  les  anciens  la  plaçaient  d*un  com- 
mun accord  en  Médie,  et  leur  souvenir  rap- 
pelle si  bien  celui  des  pommes  d'or  du  jar- 
din des  Hespérides,  qu  Athénée  cite  même 
un  écrivain  d'Afrique  qui  professait  cette 
opinion.  L'orange  est  originaire  de  l'Asie. 
L  Inde  ne  produit  qu'un  petit  citron  acide, 
arrondi,  nommé  en  sanscrit  djambhin  ou 
djanbhiray  et  qu'on  cultive  en  plus  grande 
quantité  encore  que  notre  citron  allongé,  ce 

(80)  Virgile  dit  (Geor^.,»,  v.  126)  : 

Media  ferl  tristes  suceos  tardumqtie  saporem 
Felicis  maliy  etc. 

Ce  passage  a  beaucoup  exerce  les  commentateurs 
Servius  cite  un  certain  Apuleius  qui  disait  que  le 
poète  latin  n^avait  point  entendu  parler  du  rllrtu, 
mais  d*un  arbre  tout  différent.  On  ne  comprend  pas 
trop  ce  qu*a  voulu  dire  Apuleius.  Le  savant  Ifartyn 
ne  lient  aucun  compte  de  la  remarque  de  Servius. 

II  applique  ce  passage  au  citronnier  ;  mais  il  ne  com  - 
prend  pas  trop  le  tordus  sapor.  Voss  traite  cette 
question  d*une  manière  assez  prolixe;  mais  il  ne 
connaissait  point  la  matière  assez  à  fond  pour  dis- 
si^r  Tobscurité  qui  règne  dans  les  expressions  de 
Pline,  et  dans  laquelle  lui-même  s'est  embarrassé.  U 
n'a  point  assez  étudié  les  sources  qu*Âthénée  a  com- 
mentées, surtout  Théophraste. 


tsi 


AIU 


IVANTUROPOLOGIF. 


AP.I 


96i 


1 


m  donnerait  à  penser  qu*il  est  originaire 

e  Jlnde. 

ARGALI.  Voy  Mouton. 

ARIAXE.  —  Prichartl  désigne  ainsi  une 
rareîie  la  famille  humaine,  à  laquelle  on  a 
donné  aussi  le  nom  d*indo-européenne.  La 
rare  ariane  est  la  troisième  des  trois  grandes 
nations  civilisées  de  Tantiquité.  Les  deux 
autres  sont  la  race  syrio-arabe  et  les  Egyp^ 
tiens. 

Des  nations  dont  les  langues  appartien* 
Dent  à  une  même  famrlle,  et  qui,  parconsé-^ 
qaent,  doivent  elles-^mèmes  descendre  d'une 
souche  commune,  s  étendent^  comme  chacun 
lésait,  depuis  les  bouchesdu  Gange  jusqu'aux 
lies  Britanniques,  et  jusqu'à  Textrémité  nord 
de  la  Scandinavie  :  on  les  nomme  collective- 
ment  nations  indo-européennes.  S'engager 
à  les  décrire  toutes  serait  s'imnoser  une 
tâche  bien  pesante  ;  aussi  pour  le  présent 
meborneral-je  à  parler  de  la  grande  bran- 
che qai  a  peuplé  quelques-unes  des  plus 
belles  contrées  de  TAsie. 

Celte  grande  branche  asiatique ,  qui  est  si 
^teodue  qu'on  peut  la  considérer  comme 
une  famille  de  nations,  est  divisée  en  deux 
rameaux  principaux.  La  tradition  ne  nous 
apprend  rien  sur  l'époque  de  leur  séparation 
et  nous  ne  pou vpns  les  suivre  jusqu'à  leur 
naissance  ;  mais  nous  les  voyons,  dès  les 
l'remiers  temps  et  dans  l'enfance  des  na- 
tions, s'élever  ensemble  de  deux  foyers 
irJDcipaux  peu  éloignés  l'un  de  l'autre,  et 
situés  i  l'est  et  à  l'ouest  de  Tlndus.  Il  est 
bon  d  ol>servcr  que  toutes  deux  ont  un  nom 
qui  leur  est  commun  :  le  nom  d'Arians  ou 
d'Arias  (81)  qui  est  à  la  fois,  pour  la  branche 
persane  et  pour  la  branche  indienne,  la  dé- 
siforation  nationale.  Les  anciens  Mèdes  se 
donnaient  le  nom  d'Arii  (82),  nom  qui  a  été 
conservé  dans  l'Aria  et  TAriana  des  géo- 
graphes grecs  (83)  ;  le  pavs  compris  entre 
les  monts  Himalaya  et  Vinahya,  ancien  séjour 
fies  indous  et  qui  est  la  terre-sainte  des 
brahmes,  est  appelé  Aryavarta.  C'est  dans  la 
partie  nord-ouest  de  cette  contrée ,  qui  est 
arrosée  par  le  Saraswati,  que  les  plus  anti- 
ques traditions  des  brahmes  placent  les  an- 
cêtres de  la  race  indienne  (8*)  ;  et  le  saras- 
wati bala-bani,  c'est-à-dire  la  langue  des 
enfants  des  bords  du  Saraswati  est  le  terme 
consacré  pour  désigner  ledialecte  prakrit  (85), 
langue  vulgaire  qui  nous  offre  la  plus  an- 
Henné  moditication  usuelle  de  la  langue  sa- 
vante, de  la  langue  écrite,  c'est-à-dire  du  sans- 
krit. C'est  de  là  qu'a  commencé  l'existence  na- 
tionale des  Indous,  vingt-cinq  siècles  avant 
Tère  chrétienne,  et  c'est  delà  que,  sous  la  hié- 
rarchie des  brahmes  et  sous  leurs  dynasties 
rf»fales  descendant  du  soleil  et  de  la  lune, 

f^\)  Commentaire  mr  le  Yaçna,  par  H.  Eug.  Bra- 
^^,  iii-4%  Paris,  notes  ;  Ritter  ,  Erd  kunde  von 
^«,  Iraoitche  Wclt. 

<^)  IfeioD.^  lib.  vil,  ch.  02. 

i^)j  Staabo?!.,  Géog,,  éd.  Casaub.,  p.  72  i. 

<Ht)  iHsiiîmts  te  Menou,  Uv.  n,  17,  i8;  Wilson, 
rtffjce  da  Visliiiti  Purana  ;  IlUioire  de  tlnde^  par 
"*ii»Tow.,  vol.  I",  p.  588. 

iK)  EfMf  sur  le$  (iiatcttet  samkrit  cl  prakrit^  par 


ils  paraissent  s  être  répanous  progressive* 
men^  dans  le  Rajputana,  TAyodhya  le  Sau-^ 
rashtra,  et  à  Test,  s'être  avancés  jusqu'à  In  • 
dranrest'ha,  ou  Belhi  et  avoir  atteint  Ma- 
gadlia  et  les  provinces  du  Gan^e.  Du  côté  du 
nord,  ils  pénétrent  dans  la  célèbre  vallée  de 
Cachemire ,  bassin  d'un  ancien  lac ,  que 
le  Saint  ou  Muni  Kasyapa  mit  à  sec  en  ou- 
vrant d'un  coup  de  son  cimeterre  le  rocher 
qui  en  formait  l'enceinte. 

Les  montagnards  de  l'Himalaya  formaient 
une  race  aborigène  qui  n'avait  rien  de  com- 
mun avec  la  race  indienne;  mais  il  paraî- 
trait qu'un  petit  rameau  de  cette  dernière 
souche  aurait    été  très-anciennement  im- 

Elanté  sur  les  hauteurs  de  THindu-Kush  ou 
aucase  indien,  non  loin  du  froid  plateau 
de  Pâmer.  Les  descendants  de  ces  premiers 
colons  ont  continué  à  vivre  dans  les  mêmes 
lieux,  inconnus  du  monde  entier  si  ce  n'est 
de  quelques  Musulmans  des  cantons  voisins 
qui  les  (Jésiçnentsous  le  nom  de  Kaprs^  c^est- 
à-dire  intideles.  Ces  hommes  n'ont  guère 
conservé  de  leur  origine  une  leur  langue 
qui  est  un  dialecte  du  sanskrit.  D'ailleurs, 
eu  égard  à  la  blancheur  de  leur  peau,  l'ani- 
mation de  leur  teint,  la  couleur  de  leurs  che- 
veux ,  c'est  aux  Danois  et  aux  Suédois  qu'il 
conviendraitdelescomparer.Lesindi^èncsdu 
Dekham,  pays  séparé  de  rin^ioustan  par  la 
chaîne  du  Vindhya,  forment  unerace  distincte 
et  parlent  un  dialecte  qui  n'appartient  pas  au 
sanskrit,  mais  à  la  famille  de  langues  ta- 
moules.  On  a  été  môme  jusqu'à  supposer 

au'une  partie  des  habitants  d'Aryavarta 
escendait  d'une  ancienne  population  con- 
quise par  les  brahmes.  Cela  peut  être  vrai 
pour  les  parias,  mais  on  ne  peut  supposer 
avec  vraisemblance  que  les  Sudres  qui  sont 
comptés  au  nombre  des  hommes  issus  de 
Brahma,  quoiau'ils  soient  issus  de  ses  pieds, 
proviennent  d  une  tige  tout  à  fait  étrangère; 
et  ce  serait  encore  moins  admissible  pour 
aucune  des  trois  castes  dites  régénérées  (86), 
c'est-à-dire  les  brames ,  les  Xalriyas  et  les 
Yaisyas  appelés  aussi  Aryas,  qui  lormaient 
la  masse  de  la  nation  indienne. 

A  l'est  del'lndus,  non  loin  de  Banian  ou  de 
Baikh,  dans  l'ancienne  Bactriane  (87),  se  trou- 
vait (suivant  Lessen  (88)  et  E.Burnouf,  qui, 
les  premiers,  sont  parvenus  à  tirer  un  sensnis- 
torique  des  fragments  mages  contenus  dan3 
le  Vendidad  et  le  Boundebesch)  le  pays  que 
les  plus  anciennes  traditions  des  Persans  .dé- 
signent comme  la  première  demeure  et  le 
Faradis  de  leur  race.  «  Kdene  Veedjo,  ou 
Iran  pur,  était  un  lieu  de  délices  jusqu'au 
jour  oii  Ahriman,  le  ^énie  du  mal,  créa, dans 
la  rivière  qui  arrosait  Eriene,  le  serpent  de 
l'hiver  (89).  Le  peuple  d'Ormuzd  abandonna 

CoLEnROOKR. 

(86)  C*esb-à-dîre  pour  lesquelles  la  science  est 
comme  une  secon  le  naissance. 

(87)  BuR^ioop,  Commenittire...^  Annotations. 

(88)  Die  hielige  $age  und  das  gesammte  Religieux^ 
ivitem  der  altenBaktrer,  Meder,  und  Pener^  oder  de 
lendvolks^  von  J.-^.  Ruodf.  ;  Frankf.,  18i0. 

(89)  RiTTER  Eidkunde  ton  Aiien ,  Jranische 
Well. 


Î8j 


AU! 


DiCtIONNAIRE 


ARl 


i6i 


alors  sa  première  habitation,  el,  sous  la  con- 
duite de  son  patriarche  Djemshid,  arriva,  en 
traversant  différents  pays,  d'abord  dans  le 
Cughda  ou  la  Sogdiane,  et  enfin  dans  la  Ve- 
rené  ou  la  Perse.  >»  La  portion  la  plus  an- 
cienne du  •Vendidad  est  composée  de  frag- 
ments d'anciens  poëraes,  qui  se  rapportent 
ft  la  tradition  de  cette  émigration.  L*analvse 
des  anciens  documents  historiques  sac- 
corde  ainsi  avec  le  résultat, des  recherches 
philosophiques,  pour  faire  sortir  ces  deux 
grandes  races  arianes,  sinon  d'un  point  com- 
Hïun,  au  moins  de  contrées  presque  conti^ 
guës,  d'où  elles  se  sont  répandues,  la  bran- 
che indienne  vers  l'est  et  le  sud,  et  la  branche 
Eersane  ou  plutôt  tactrientie  vers  l'juesl. 
a  principale  preuve  de  ce  fait  est  celle  qui 
se  lire  de  l'histoire  des  langues,  histoire  sur 
laquelle  je  ne  puis  entrer  ici  dans  aucun 
développement,  et  dont  je  puis  à  peine 
mentionner  les  principaux  résultats. 

Qu'il  nous  suffise  donc  de  dire  que  le  zend, 
le  plus  ancien  idiome  des  Mèdes,  des  Perses 
el  des  Bactriens,  peuples  qui,  ainsi  que  nous 
l'apprenons  de  Strabon  et  de  Néarque,  par- 
laient tous  les  dialectes  d'une  même  langue, 
a  incontestablement  les  rapports  les  plus 
étroits  avec  le  sanskrit  et  le  prakrit,  ou  l'an- 
cienne langue  de  Tlndoustan.  Ces  rapports 
sont  si  intimes  et  si  bien  établis  que  per- 
sonne aujourd'hui  n'a  le  moindre  cloute  sur 
l'affinité  des  nations  qui  parlaient  le  zend. 
Le  zend,  d'une  autre  part,  se  rapproche 
beaucoup  de  l'allemand  et  des  langues  de  la 
môme  famille,  qui  se  parlent  dans  le  nord 
de  l'Europe  (90). 

Après  cette  rapide  esquisse  de  la  portion 
de  l'histoire  qui  est  commune  aux  deux 
branches  de  la  famille  arienne,  je  vais  les 
décrire  séparément. 

L  Dbs  Indous.  —  Les  indigènes  de  l'Inde 
ont  été  admirablement  bien  dépeints  dans 
un  passage  de  Denis  le  Géographe,  dont 
voici  l'introduction  : 

«  A  l'est  s'étend  une  grande  et  délicieuse 
contrée,  c'est  l'Inde,  dont  les  côtes  sont  bai- 
gnées par  le  vaste  Océan  ;  c'est  à  elle  que  le 
soleil,  au  sortir  de  la  mer,  accorde  son  pre- 
mier sourire  ;  c'est  sur  elle  qu'il  répand  ses 
premiers  rayons.  Les  habitants  sont  basanés, 
et  la  couleur  de  leur  chevelure  nous  rappelle 
celle  de  la  noire  hyacinthe.  Leurs  occupa- 
tions sont  diverses.  11  y  en  a  qui  fouillent  le 
TOï  et  vont  chercher  l'or  cache  dans  les  pro- 
fondeurs de  la  mine  ;  d'autres  qui,  adonnés 
à  l'art  du  tisserand,  fabriquent  des  tissus 
avec  un  art  merveilleux  ;  d'autres  qui  façon- 
nent et  polissent  l'ivoire  avec  une  extrême 
délicatesse;  d'autres,  plongeant  dans  les  ri- 
vières ,  vont  chercher  parmi  les  sables  qui 
en  forment  le  lit  le  béryl  flamboyant  ou  le 
diamant  qui  lance  des  éclairs.  Un  sol  fer- 
tile, arrosé  par  mille  fleuves  qui  le  parcou- 
rent en  tous  sens,  répand  avec  profusion 

(90)  AfinUé  du  zend  avec  les  dtalectes  germa- 
niques^ par  Eug.  BuR^ouF  (Nouv.  Journ,  AsiaL^ 
tom.  IX,  4832). 

(91)  Legrntil.  Voyages  aux  Indes;  Paris,  1779- 


ses  trésors  sur  le  peuple  de  ce   pays.  » 

Dans  une  description  sommaire,  telle  qu'il 
serait  si  facile  d'en  faire  une  en  analysant 
les  ouvrages  généraux  qui  traitent  de  l'Inde, 
ie  ne  pourrais  m'étendre  assez  pour  donner 
les  développements  convenables  aux  preuves 
qui  viennent  à  l'appui  de  la  théorie  que 
nous  avons  présentée  ailleurs  sur  l'origine 
des  variétés;  et  cependant  l'histoire  physi- 
que des  Indous  fournit  des  faits  qui  y  sont 
extrêmement  favorables.  Aussi,  au  heu  de 
présenter  une  vue  d'ensemble,  je  me  con- 
tenterai d'emprunter  quelques  détails  à  des 
observateurs  dont  le  témoignage  ne  saurait 
être  suspect.  Voici  dans  quels  termes  divers 
voyageurs  modernes  nous  parlent  du  peuple 
de  rinde  : 

«  Les  Indiens,  dit  Legentil,  sont  en  géné- 
ral beaux  et  bien  faits;  l'œil  noîr^  vif  et  spi* 
rituel;  leur  couleur  est  connue;  on  y  voit 
de  très^belles  femmes,  bien  faites,  ayant  des 
traits  à  l'européenne.  La  caste  des  bramines, 
surtout,  est  une  très-belle  caste,  un  très- 
beau  sangi  dans  celte  tribu,  on  voit  les  plus 
belles  femmes,  les  plus  jolis  enfants,  et  tout 
ce  monde  a  l'air  le  plus  propre  (91).  » 

L'abbé  Dubois  (92),  qui  a  fait  une  longue 
résidence  dans  le  Mysore  en  qualité  de  mis- 
sionnaire, dit  que  les  Indous  sont  basanés, 
mais  que  leur  peau  offre  une  teinte  plus  ou 
moins  foncée,  selon  les  provinces  qu'ils  ha- 
bitent et  selon  le  çenre  de  vie  qu'ils  mènent. 
«  Les  hommes  qui  se  livrent  aux  travaux  de 
l'agriculture,  et  qui  restent  toujours  exposés 
au  soleil,  n'ont  la  peau  guère  moins  noire 
que  celle  des  habitants  de  la  Caffrerie  ou  de 
la  Guinée;  mais  le  teint  de  la  plupart  des 
brahmes  ou  des  personnes  qui,  par  état,  tra- 
vaillent à  l'abri  au  soleil  ou  mènent  une  vie 
sédentaire  n'est  pas  à  beaucoup  près  si  foncé. 
Un  brahme  un  peu  noir  et  un  paria  un  peu 
blanc  sont  regardés  comme  deux  monstruo- 
sités :  de  là  sans  doute  est  venu  le  proverbe  : 
Méfiez-vous  d'un  brahme  noir  et  d'un  paria 
blanc.  La  couleur  des  brahmes  est  celle  du 
cuivre  jaune,  ou  plutôt  d'une  infusion  claire 
de  café;  c'est  la  plus  estimée;  et  les  jeunes 
femmes  au  teint  de  pain  dépice  sont  celles 
qui  attirent  le  plus  les  regards.  J'ai  vu  des 
brahmes,  et  leurs  femmes  surtout,  moins 
basanés  que  bien  des  habitants  du  midi  de 
l'Europe;  mais  tous  les  Indiens  des  deux 
sexes  ont  presque  autant  que  nous  le  dedan5 
des  mains  blanc,  ainsi  que  la  plante  de^ 
pieds. 

«  II  existe  sur  les  montagnes  et  dans  ]e5 
épaisses  forêts  de  la  côte  du  Malabar  quel- 
ques hordes  de  sauvages  dont  le  teint  es> 
beaucoup  plus  clair...  La  cause  de  ce  phéno 
mène  est  sans  doute  due  à  la  température  ef 
à  la  nature  du  pays  qu'habitent  ces  sauva 
ges,  qui  d'ailleurs  passent  toute  leur  vie 
sous  des  arbres  touffus,  dont  l'ombrage  Ip5 
garantit  de  l'ardeur  du  soleil...  Les  Indien.* 

1781,  2  vol.  tn-4« 

(92)  Mœurs,  institutions  et  eérémonieê  des  peucit' 
de  Vinde;  Paris,  1845,  2  vol.  îr-S-. 


Aai 


D*AM11ROHHjOG1C 


ARI 


V6 


od  en  général  les  cheveox  noirs  et  lisses,  le 
frotit  petiU  les  jeux  noirs,  quelqudbis  gris; 
fort  peu  d'embonpoibt,  le  ventre  {riat  Leurs 
jamhes,  toujours  tournées  en  dedans  et  un  peu 
tordues,  oe  qui  Yient  sans  doute  de  Thabitude 
de  s'asseoir  par  terre  en  les  croisant  comme 
DOS  tailleurs,  nont  point  de  mojlets;  ils  re^ 
gardent  mAme  comme  une  difformité  d'en 
avoir*..  Les  Indiens,  surtout  les  brahmes, 
sont  en  général  d*une  complexion  faible  et 
de  beaucoup  inférieure  sous  ce  rapport  aux 
Européens  :  ils  n  ont  ni  la  force,  ni  la  ri* 
gueur,  ni  Tactivité  de  ceuxM:i.  Cette  faiblesse 
de  constitution,  qu'ils  tiennent  en  partie  de 
la  nature,  s^accroit,  pour  le  plus  ^and  nom- 
hre  d'entre  eux»  i>ar  Tétat  de  misère  et  de 
privations  auquel  ils  sont  condamnés.  » 

Les  ludous,  en  effet,  ne  se  nourrissent 
généralement  que  de  graines  ou  d'autres 
substances  insipides.  La  masse  du  peuple 
ne  peut  se  procurer  du  riz  pour  sa  nourri- 
ture ordinaire,  et.au  contraire  elle  est  Mi- 
gée  de  vendre  celui  qu'elle  récolte. 

M.  Orme  a  remarqué  oue  depuis  la  plus 
haute  antiquité  Tlnde  a  été  habitée  par  un 
peuple  qui  n'a  aucune  ressemblance,  ni  pour 
la  n^re  ni  pour  les  mœurs,  avec  les  nations 
contîguës;  et,  bien  qu'à  diverses  époques 
des  conquérants  se  soient  établis  dans  diffé* 
rentes  parties  de  ce  pays,  cependant  les  ha^ 
bitants  primitifs  ont  très-peu  perdu  de  leur 
caractère  propre. 

La  grande  variété  de  couleurs  que  Ton  ob- 
serve chez  les  Indous  a  déjà  été  remarquée 
comme  un  fuit  parallèle  à  celui  qui  s'observe 
en  ^^pte  et  eu  Abjssinie.  Ce  fait  a  été  en- 
visa;^  sous  son  véritable  point  de  vue  par 
l'^véqne  Heber,  qui  en  parle  dans  les  termes 
suivants  :  c  Je  fus  très-frappé  de  la  grande 
diversité  de  couleurs  que  me  présentaient 
les  Indiens.  Dans  la  foiite  dont  j'étais  en- 
touré, je  voyais  des  individus  noirs  comme 
des  nègres,  d'autres  de  couleur  cuivrée, 
d^aotres  qui  étaient  à  fjeine  plus  bruns  que 
les  Tunisiens  que  j'avais  vus  à  Liverpool.  Je 
fis  part  de  mon  étonnemetit  au  principal  du 
Bishop*$  collège^  H.  Mill,  oui  était  venu  à  ma 
rencontre  avec  M.  Cowie,  l'un  des  chapelains 
attachés  aa  service  de  là  Comptenie,  et  il 
me  dit,  lui  qui  connaît  plus  de  llnde  que 
fiersonne  peut-^tre,  qu'il  n'avait  jamais  pu 
s'expliquer  cette  vanété,  qui  est  générale 
dans  tout  le  pays  et  partout  firappante.  Ce 
o>5t  pas  seulement  le  plus  ou  moins  d*ex^ 
position  aux  rayons  du  soleil  qui  cause  ces 
différences,  puisqu'on  les  retrouve  diez  les 
pécheurs,  qui  sont  tous  éjadement  nus.  Ceia 
ne  dépend  point  non  plus  des  castes,  puisone 
même  dans  la  caste  la  plus  noble,  celle  aes 
brahmes,  on  trouve  quelquefois  des  indivis* 
dus  noirs,  et  chez  les  parias,  des  individus 
presque  blancs.  Cette  différence  paraîtrait 
donc  purement  accidentelle,  comme  celle 
qui  se  voit  sous  le  rapport  du  teint  des  Eu- 
ropéens; mais  oe  qui  la  rend  plus  frappante 

(951  Toa,  RMfutkâM^  vol.  I". 
(94)  Liait.    Mac   Hdbdo,  AtcwuA  ùf  Ëaitiwr 
{É9mbm9  Tratuaetwiu)^  vol  I". 

DtCTionn.  D*AnT8aopoi.o«ia. 


id  que  dans  notre  pays,  c'est  qu*une  beau- 
coup plus  grande  partie  du  corps  est  décou- 
verte. » 
.Cependant^  ce  qui  prouve  que  la  couleur 

fénérale  des  Indiens  dépend  beaucoup  de 
influence  du  climat,  c'est  que  dans  le  oofd 
du  pays  les  habitants,  surtout  ceux  des  haiH> 
tes  castes,  sont  blancs  et  très-beaux.  Le  nuH 
jor  Tod  et  tous  les  écrivains  qui  ont  en  à 
parler  des  Rjypoots  du  nordM>uest  de  l'Inde 
nous  les  dépeignent  comme  étant  grands» 
vigoureux,  bien  fidts,  ayant  de  beaux  traits, 
le  nez  aouilin,  les  sourcils  arqués  et  le  teint 
blanc  (dâ).  Les  habitants  du  Kattiwar,  pays 
situé  aans  le  nord  de  l'Inde,  ont  souvent» 
comme  nous  l'apprenons  d'un  homme  qui  a 
été  bien  à  portée  de  les  connaître,  les  che^ 
veux  blonds  et  les  yeux  bleus  {9k). 

Mais  ce  qui  prouve  surtout,  et  de  la  ma* 
nière  la  plus  frappante,  que  la  couleur  des 
Indous  dépend  du  climat,  c'est  ce  qui  s'ob^ 
serve  dans  les  colonies  de  race  indienne,  éta^ 
blies  depuis. des  temps  plus  ou  moins  recu^ 
lés  sur  divers  points  de  la  haute  chaîne  de 
l'Himalaya,  chaîne  qui  forme  la  frontière 
septentrionale  de  Tludoustan. 

Beaucoup  de  familles  indiennes  ont,  à 
différentes  épo(]^ues ,  quitté  le  plat  pays ,  et 
plusieurs  sont  fixées  depuis  des  siècles  dans 
des  cantons  fort  élevés  de  l'Himalaya,  sur* 
tout  près  des  sources  des  rivières  sacrées,  le 
Gange  et  la  Jumna,  qui  sont»  comme  on  sait« 
pour  les  hommes  de  cette  race,  Fobjet  d'une 
vénération  toute  particulière.  Dans  le  voisi* 
nage  de  Gangotri  et  de  Jumnotri,  c'est'è-dire 
des  points  où  naissent  ces  deux  rivières,  les 
Indous,  ainsi  que  nous  Fappraid  M.  Fraser* 
sont  très-blancs,  ont  souvent  les  yeux  bleus, 
la  barbe  et  les  cheveux  frisés,  châtains  ou 
même  roux  de  couleur.  Il  est  à  remarquer 
que  la  température  de  ces  montagnes  est 
assez  froide  pour  exiger  l'usage  de  vète-^ 
ments  de  laine  et  de  couvertures  pendant  la 
nuit  (95). 

Les  habitants  de  la  vallée  de  Cachemire 
sont  Indous  :  ils  parlent  un  dialecte  de 
l'hindi,  qui  est  la  langue  propre  de  l'Inde 
centrale.  Le  climat  de  Cachemire  est  frais  : 
ce  pays  produit  des  fruits  semblables  à  ceux 
de  l'Europe,  les  Cachemiriens  opt  le  teint 
aussi  clair  que  les  Européens  méridionaux. 
Mais  les  Siah  Pâsh  ou  Rafirs,  qui  habitent 
les  hautes  régions  du  Rohistanetle  canton 
de  l'Hindu^Knish  dommé,  d'après  eux»  Ka- 
flristan,  offrent  l'exemple  le  plus  curieux  et 
le  plus  remarquable  aune  branche  de  race 
indoue ,  établie  depuis  nombre  de  siècles 
dans  un  pays  froid,  et  vivant  dans  des  con- 
ditions tout  à  fait  différentes  de  celles  où 
sont  nlacés  les  indigènes  de  l'Indoustan.  Les 
Siah  Pâsh,  comme  1  ont  [m>uvé ,  d'après  une 
étude  de  leur  langue^  le  géographe  Ritter  et 
le  célèbre  philologue  Bopp,  parlent  un  dia-* 
lecte  du  sanskrit,  et  il  n'est  pas  doutent 
qu'ils  ne  soient  une  branche  de  race  in* 


(95)  Tra9eU  m 
FaA8ER,  Esq. 


tke 


,  par  Jaiifj  tt^uLia 


2G7 


Ani 


DICTIONNAIRE 


A  RI 


m 


dtentic.  Ils  adorent  Mahadeo  ,  mais  ne  con- 
naissent point  ]es  autres  dieux  indous,  et 
ont  des  coutumes  qui  leur  sont  propres  (96). 
\  Les  Siah  Pâsh,  d  après  ce  que  nous  ont  ap- 
pris l'honorable  Mou  nt^Stuart  Ëlphiustone  et 
Aleiandre  Burnes,  sont  des  hommes  d'une 
beauté  remarquable  ;  ils  ont  les  sourcils  ar- 
qués et  le  teint  blanc.  Un  jeune  homme  de 
cette  nation,  que  Burnes  eut  occasion  de  voir 
à  Kaboul ,  avait  les  traits  du  visage  d'une 
•  régularité  parfaite  et  rappelant  tout  à  fait 
.Je  type  grec;  ses  yeux  étaient  bleus  et  son 
*eint  très-blanc.  Quelques  autres  individus 
qui  ont  été  observés  par  les  Européens  avaient  * 
les  mômes  caractères  phvsiques. 

H.  Des  Persans.  — •  Une  grande  partie  de 
la  Perse  est  occupée  par  une  peuplade  à  demi 
nomade ,  qui  erre  dans  les  campagnes ,  vit 
sous  des  tentes,  ou  fait  cultiver  la  terre  par 
ses  esclaves  et  ses  domestiques;  ce  sont  les 
tribus  lliyatcs.  Plusieurs  de  ces  tribus  n'ap- 
[wirtiennênt  pas  àla  race  persane  ;  quelques- 
unes  sont  turques,  d*autres  sont  composées 
de  Mongols  ou  d'Afghans,  dont  l'origine  est 
douteuse.  Les  villes  et  leurs  environs  sont 
occupés  par  la  race  pure  des  Persans ,  qu'on 
n'appelle  point  Persans,  mais  Tajiks.  Les 
Tajiks  sont  un  peuple  bien  connu,  qui  s'é- 
teiîd  très-loin  vers  l'est.  Ils  habitent  non- 
seulement  les  villes  de  la  Perse,  mais  aussi 
celles  de  la  Transoxiane ,  et  tous  les  pays 
qui  sont  soumis  aux  TarlaresUsbecks.  Quel- 
ques personnes  supposent  qu'ils  vont  même 
jusquaux  frontières  de  la  Chine,  ou  au 
moins  jusqu'au  ïbibet. 

Chardin,  le  plus  célèbre  de  tous  les  voya- 
geurs qui  ont  visité  la  Perse,  était  arrivé  à 
croire  que  dans  les  temps  anciens  la  race 
peis-ine  était  une  race  laide,  à  physionomie 
dure,  très-semblable  aux  races  mongoles  , 
et  que  la  beauté  qui  distingue  les  Persans 
modernes  leur  vient  du  côté  des  femmes , 
n  les  harems  s'étanl  depuis  longtemps  re- 
crutés de  Géorgiennes  et  de  Circassiennes.» 
Il  s'est  formé  probablement  cette  opinion  en 
voyant  les  1  livrâtes,  mvil  aura  pris  pour  des 
Persans.  Voici  ce  qu  il  en  dit  :  «  Le  sang  de 
Perse  est  naturellement  grossier  ;  cela  se 
voit  aux  Guèbres ,  qui  sont  le  reste  des  an- 
ciens Perses  (97).  Ils  sont  laids,  mal  faits  , 
ayant  la  peau  rude  et  le  teint  coloré.  Cel^a 
se  voit  aussi  dans  les  provinces  les  plus 
proches  de  l'Inde,  où  les  habitants  ne  sont 
guère  moins  mal  faits  que  les  Guèbres,  parce 
qu'ils  ne  s'allient  qu'entre  eux;  mais  dans 
le  reste  du  royaume,  le  sang  persan  est  pré- 
sentement devenu  fort  beau  par  le  mélange 
du  sang  géorgien  et  circassien,  qui  est  assu- 
rément le  peuple  du  mon  le  ou  la  nature 
forme  les  plus  belles  personnes,  et  un  peu- 
ple brave  et  vaillant,  de  môme  que  vif, 
galant  et  amoureux.  Il  n'y  a  presque  aucun 
nomme  de  qualité  en  Perse  (jui  ne  soit  né 
d'une  mère  géorgienne  ou  circassienne,  à 

(9C|  RiTTER  et  Bopp,  ubi  iupra. 

(dn  On  sait  qtie  les  Guèbres  et  les  Parsis  descen- 
dent des  Perses,  adorateurs  du  f«*u,  qui,  après  h 
couqucte  do  U\xr  pays  parles  inusulraaiLs,  prôléreieut 


compter  depuis  le  roi  qui  d'ordinaire  e<l 
Géorgien  ou  Circassien  du  côté  féminin  ;  et 
comme  il  y  a  plus  de  cent  ans  que  ee  mé- 
lange a  commencé  de  se  faire,  le  sexe  fémi- 
nin s'est  embelli  comme  l'autre,  et  les  Per- 
sanes sont  devenues  fort  belles  et  fort  bien 
faites,  quoique  ce  ne  soit  pas  an  point  des 
Géorgiennes.  Pour  les  hommes,  ils  sont 
communément  hauts,  droits,  vermeils ,  vi- 
goureux, de  bon  air  et  de  belle  apparence. 
Sans  ce  mélange  dont  je  viens  de  parler,  les 
gens  de  qualité  en  Perse  seraient  les  plus 
laids  hommes  du  moûde;  car  ils  sont  origi- 
naires de  ces  pays  entre  la  mer  Caspienne 
et  la  Chine,  qu'on  appelle  la  Tartarie,  dont 
les  habitants,  qui  sont  les  plus  laids  hommes 
d'Asie,  sont  petits  et  gros,  ont  les  yeux  et 
le  nez  à  la  chinoise ,  le  visage  plat  et  lar^e, 
et  le  teint  mêlé  de  jaune  et  de  noir  fort  dé- 
sagréable. » 

Rien  ne  pouvait  être  plus  loin  de  la  vérité 
que  la  conjecture  de  ce  digne  et  respectable 
voyageur.  Il  a  été  contredit  par  sir  W.  Ou- 
seley ,  qui  a  montré  que  tous  les  anciens 
auteurs  qui  ont  eu  occasion  de  traiter  cesu- 

i'iii  parlent  uniformément  des  Perses  et  des 
iièdes  comm.e  d'une  race  singulièrement 
belle  et  bien  faite.  On  les  dépeint  comme  des 
hommes  d'une  haute  taille  et  d'un  beau  vi- 
sage, xa»tt  xui  lAtyt^ti, 

Ammien  Marcellin  parle  de  la  Perse  comme 
d'un  pays  ubi  feminarum  pulchritudo  excel- 
lit.  Ces  témoignages  sont  confirmés  d'une 
manière  qui  rend  superflue  toute  autre 
preuve ,  par  les  figures  que  nous  trouvons 
dans  les  nombreuses  sculptures  des  monu- 
ments persans  à  Istahkar,  a  Hamadn  ou  Per- 
sépolis,  à  Ecbatanc,  et  dans  plusieurs  autres 
lieux.  Les  traits  du  visage  ne  nous  offrent 
pas  tout  à  fait  le  tyi^e  grec  ;  c'est  un  ty[  e 

f>ropre,  mais  qui  est  noble  et  digne,  et  si 
'expression  n'en  est  pas  animée ,  si  elle  ne 
semble  pas  indiquer  le  génie,  elle  annonce 
du  moins  l'intelligence  et  la  réflexion.  La 
forme  de  la  tête  est  entièrement  indo-euro- 
péenne, et  n'a  rien  qui  rappelle  le  type  tar- 
tare  ou  mongol. 

Les  Tajiks  modernes,  ou  les  vérilabKs 
Persans,  que  les  Turcs  appellent  Kuzzillî.i- 
shes,  sont,  comme  on  le  sait,*remarqiiah{e- 
ment  beaux;  ils  ont  une  grande  régulariié 
de  traits,  le  visage  ovale,  un  peu  long,  ue 
gi*ands  sourcils  noirs  et  bien  marqués,  cl  de 
grands  yeux  noirs,  des  yeux  de  gazelle,  ce 
qui  est  considéré  chez  les  Orientaux  comme 
la  plus  grande  beauté. 

Ou  trouve  dans  certains  cantons  situ«5s 
près  des  frontières  de  la  Pei*se  cl  coni])r!s 

r>ourla  plupart  dans  les  limites  de  Tancien 
ran,  plusieurs  races  qui  n'aj)parliennonl 
point  à  la  nation  persane  proprement  dite, 
mais  qui  y  tiennent  cependant  "de  plus  près 

3u'à  aucun  autre  grand  peuple  de  rAsie;  ils 
oivenl,  je  pense,  être  rattachés  à  la  race 

Tcxil  à  Tabandon  de  leurs  aniique$  superstitions,  et 
se  réfugièrent  en  p.irtic  dans  les  provinces  nioiiia- 
i^neuses  du  nord-est,  et  eo  partie  dans  Phidc 


m 


AKI 


D\\NTUU01H)L0Gl£. 


A  RI 


270 


ariane.  Ce  sont  les  Afj^hans,  ]«s  Kurdes,  les 
Béloutcbîs,  les  Brahuis,  Uackaais  ou  Armé*- 
DJéns,  et  enfin  les  Ossètes. 

Des  Afghane,  ~  Les  Afghans  se  donnent 
le  nom  de  Ptàstanehj  et  sont  nommés  Patans 
par  les  Indiens.  Ils  sont  connus  des  Persans 
sous  le  nom  d*Àfghanêj  nom  que  les  Euro* 

Éos  ont  adopté.  La  langue  pushtu  est  un 
iecte  dériyé  de  Tancien  zend,  et  par  con* 
séquent  uae  laâgue  sœur  du  persan.  Ce 
pushtu  a  aassi  quelques  traces  de  parenté 
arec  la  langue  des  Kurdes. 

Les  Afghans  habitent  toute  la  région  mon* 
ta^euse  qui  se  trouve  au  nord  des  contrées 
liasses  du  Pei\jab,  c'est-à-dire  des  plaines 
'ie  rkdus;  ce  qui  constitue,  à  proprement 
parler,  leur  pays,  c*est  le  versant  méridional 
de  la  grande  chaîne  de  THindu-Kush,  chaîne 

S'  lorme  le  prolongement  occidental  de 
malaya  et  au  Paropamisus.  Leur  pays 
comprend  aussi  la  chaine  de  Soliman,  et  le 
plateau  qui  est  à  Touest  de  celle-iû.  Les  Af- 
ghans sont  un  peuple  rude  et  guerrier  qui, 
par  ses  mœurs  et  sa  langue,  ne  se  distingue 
pas  moins  des  Persans  que  des  Indiens. 

Les  Afghans,  comme  on  le  sait  aujour- 
d'hui, sont  les  A;ssecanis  d'Arrien,  qui  en 
{tarie  assez  lonsueooent  dans  son  Histoire 
ai  fexpédition  d  Alexandre,  Les  principales 
îiiles  des  Assecanis  étaient  Massaca  et  Peu- 
cèle,  situées  à  peu  de  distance  de  l'Indus. 
Pline  désigne  ce  même  peuple  sous  le  nom 
d'Aspagonid,  et  les  termes  dans  lesquels  il 
parle  de  leur  pays  ne  permettent  pas  de  douter 
que  ce  ne  fût  TAfgaoistan.  Tout  récemment, 
le  professeur  Lassen  a  découvert  le  nom  de 
ce  peuple  dans  un  catalo^e  des  nations  tri- 
liJiaires  du  grand  roi,  qui  est  gravé  en  lettres 
cunéiformes  sur  les  monuments  de  Persé- 
polis  (98). 

Le  climat  de  TAfghanistan  est  un  des  plus 
délicieux  du  monde.  D'après  ce  que  nous 
apprend  M.  Elphinstone,  .Kair  y  est  sec,  la 
i<^ajpérature  moyenne  est  plus  élevée  que 
felle  de  l'Angleterre,  mais  les  eitrémes  du 
cljâud  et  du  froid  sont  plus  prononcés.  Sir 
Alexandre  Burnes  nous  dit  que  ce  pays  pro- 
duit les  fruits  de  rAndeterre  et  ceux  de 
1  Europe  méridionale  :  des  pèches,  des  pru- 
Q^)  des  abricots,  des  poires,  des  cerises,  des 
mûres,  des  raisins  et  des  grenades  ;  les  bois 
•^^nt  peuplés  de  nos  oiseaux  :  on  y  retrouve 
le?»  rossifflQols,  les  merles,  les  gnves  et  les 
^>iirtereires.  Les  poires  et  les  pommes  de 
Aalioul  sont  célèbres,  et  on  dit  que  le  cli- 
°t«l  7  est  délicieux.  Kaboul  est  à  plus  de 
^•OQO  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer 
1^  partie  orientale  de  TAfghauistan  offre  des 
pUmes  interrompues  brusquement  par  des 
cbaloes  de  montagnes  peu  élevées;  dans  la 
fartie  occidentale,  qui  se  compose  princi- 
palement de  plateaux  et  de  plaines  couvertes 
^^  graminées,  le  climat  est  en  général  plus 


ftpre,  et  dans  quelques  parties  il  est  très- 
froid. 

Dans  un  semblable  pays,  on  doit  s'atten- 
dre à  trouver  un  peuple  très-différent  de 
celui  de  Tlndoustan  méridional.  En  effet,  les 
voyageurs  nous  apprennent  que  les  Afghans 
sont  des  hommes  de  constitution  robuste, 
très-musculeux,  ayant  le  nez  proéminent, 
les  pommettes  saillantes  et  le  visage  allon- 
gé. Leurs  cheveux  sont  le  plus  souvent 
noirs,  quelquefois  bruns,  mais  rarement 
roux.  M,  Fraser  (99)  dit  avoir  vu  quelques 
soldats  patans  ou  afghans  qui  avaient  les 
cheveux  roux  et  les  yeux  bleus.  M.  Elphins- 
tone nous  apprend  que  les  Afghans  de  l'est 
ont  généralement  la  peau  de  couleur  très- 
sombre,  à  peu  près  comme  les  habitants  de 
rindoustan,  tandis  que  ceux  de  l'ouest  Tont 
d'une  couleur  beaucoup  phis  claire,  et  ont 
un  teint  qui  annonce  la  santé.  Mais,  aijoute- 
t-il-,  parmi  ces  derniers  comme  parmi  les  Af- 
ghans orientaux,  on  rencontre  des  hommes 
aussi  noirs  que  les  Indiens  et  d'autres  aussi 
blancs  que  les  Européezxs  ;  seulement  les 
blancs  sont  plus  communs  dans  l'ouest  et  les 
noirs  dans  l'est  (100).  Dans  un  autre  pas- 
sage, en  parlant  d'une  tiibu  d'Afghans  des 
environs  de  Dera,  le  même  auteur  dît  :  «  Les 
enfants  y  étaient  en  nombre  incroyable,  et 
presque  tous  beaux  et  blancs.  Les  jeunes 
Biles  ont  le  nez  aquilin,  l'ensemble  du  vi- 
sage agréable  et  qui  rappelle  beaucoup  le 
type  juif.  Les  hommes  sont  généralement 
très-basanés,  bien  que  quelques-uns  soient 
tout  à  fait  blancs.  » 

.  Les  Afghans  se  divisent  en  un  grand  nom- 
bre de  tribus  ou  de  clans  :  le  clan  principal 
est  maintenant  celui  des  Duranis  ;  on  dit 

Îue  c'était  autrefois  celui  des  Èusofzyis.  Les 
hyberis  et  les  Giljis  sont  aussi  de  puis- 
santes tribus,  et  il  y  en  a  encore  beaucoup 
d'autres  dont  il  serait  inutile  ici  de  faire 
connaître  les  noms.  Bien  que  les  Afghans 
appartiennent  tous  à  une  seule  et  même  na- 
tion, et  qu'ils  se  soient  peu  mêlés  avec  les 
étrangers,  ils  diffèrent  beaucoup  entre  eux 
par  les  caractères  physiques,  et  la  différence 
est  même  très-remarquable.  Nous  savons 

Ear  M.  Elphinstone  que  le  peuple  qui  ba- 
lte près  de  l'Indus  est  noir  et  ressemble  aux 
Indous.  Au  contraire,  voici  comme  le  même 
écrivain  nous  dépeint  les  Eusofzyis,  qui  vi- 
vent dans  un  pa^s  élevé  et  montagneux  dont 
le  climat  est  iroid.  x  Ce  sont  généralement 
des  hommes  vigoureux,  mais  qui  présentent 
des  différences  sous  le  rapport  de  la  taille  et 
de  la  couleur.  Ceux  qui  offrent  le  type  le 
plus  commun,  le  type  caractéristique  de  la 
tribu,  nous  frappent  par  leur  teint  blanc  , 
leurs  yeux  gris  et  leur  barbe  rouge  ;  par 
leur  port  tout  militaire ,  par  la  hauteur  et 
l'insolence  de  leurs  manières  (101).  » 
Deë  Beloutchis  et  des  Brahuis.  —  Les  Re- 


Jl  »'éait  Ufik«ngha  ou  Us'ç'nga,  ce  qui  ne 
r«  m  aatre  chose  que  «ffo-f^-a-vo».  —  Voy. 
UwEs,  Âit^PenUchen  kal-in$chriften,  s.  94  ;  et  les 
^iQrqott  do  professeur  IUtter,  Erd  kunde  von 
*•«»,  V.  1. 906. 


(99)  TrawU  in]  the  Himalaya ,  etc, ,  par  Jases 
Baillie  Fraser. 

(100)  Voir  la  noie  précédenle. 

(101)  Hittory  of  Kabul,  by  Mount-Stunrt  RtriifN- 

STOHE. 


%n 


Aftf 


i>ICT10N.NAlU& 


ATH 


27Î 


toutchis  fbmfieni  un  peu)>ie  iiombroux,  dont 
la  vie  est  toute  pastorale  et  dont  les  mœurs 
sont  tfès-sitnples.  Transportant  de  place  en 
place  leurs  ghedans  y  sortes  de  tentes  en  feU' 
tre  Boir,  sotiteaues  par  une  légère  carcasse 
#n  osier,  ils  errent  avec  leurs  troupeaux  dans 
les  hautes  plaines  qui  enWronnent  Kelat. 
On  les  retrouve  dans  presque  toute  cette 
partie  de  la  Perse  orientale  qui  f  Gon>pFise 
entre  rAfghanislan  au  nord ,  et  TOcéan  In- 
dien au  sud,  s'avance  à  l'ouest  depuis  Tin- 
dus  jusqu'au  grand  désert  salé.  Ces  llelout- 
ehis  sont  nt\fi  branche  des  Iliyates  de  Perse 
et  parlent  un  di'alccle  du  persa». 

Dans  les  mêmes  limites  géographiques 
sont  comprises  les  hautes  montagnes  sur 
lesquelles  ont  coutume  d'errer  les  tribus  no- 
mades des  Brahuis,qui  sont  par  rapport  aux 
Indous  duPenjab  ce  que  sont  les  Beloutehis 
par  rapport  m\  Persans,  et  dont  la  langue  a 
«ne  lres-i;rnnde  aliinilé  avec  un  dialecte  in- 
dien bien  c^onnu,  le  penjabi. 

Les  Brahuis  se  tiennent  dans  les  parties 
froides  et  élevées  des  montagnes,  tandis  que 
les  Beloutchis   occupent  des  régions  plus 
basses  et  plus  chaudes  ;  se  trouvant  ainsi 
dans  des  rapports  de  position  géographique 
inverses  de  ceux  où  se  trouvaient  leurs  an- 
cêtres PBSpectii's  t  les  lErdous  et  les  Persans , 
fes  deux  peuples  ont  subi  des  changements 
en  sens  opposé,  ont  pris  un  teint  et  acquis 
un  ensemble  de  caractères  physiques  dttîé- 
rent  de  ceux  de  leurs  ancien» compatriotes, 
mais  en  rapport  arec  le  "climat  de  leur  patrie 
d'adoption.  Les  Beloutchis  sont  encore,  à  la 
vérité,  de  beaux  hommes  à  la  taille  élevée, 
aux  traits  ré^ulierSr  à  la  physionomie  ex- 
pressive; mais  ceux  qui  habitent  les  l>asses 
£  laines  voisines  de  Tlndus  ont,  assure^ -OBPf 
I  peau  de  couleur  très-noire.  Les  Brahuis 
au  contraire,  comme  nous  l'apprend  Pottin- 
ger,  sont  petits,  trapus,  aiec  une  face  ronde 
et  des  traits  plats ,  et  on  en  voit  beaucoup 
qui  ont  la  barbe  et  les  cheveux  bruns  (102). 
Les  Kurdes.  —  Le  Kurdistan ,  ou  pays  des 
Kurdes,  eat  cette  haute  région  montagneuse 
eoupée  de  profomies  valiées^qui  est  située 
entre  le  grand  plateau  de  la  Perse  et  les 
plaines  de  la  Mésopotamie.  Le  Kurdistan 
proprement  dit  s'étend  depuis  le  voisinage 
ties  grands  lacs  d'Ormiahet  de  Vanjusffu'aux 
£rontièpe»d»Louristan.  Parmi  les  habitants 
4l&  Kurdistan  f  il  y  i(  des  chrétiens  de  Syrie 
exilés  de  ce  pays  à  cause  de  leur  attache^ 
nent  à  l'hérésie  nestorienne,  et  qui  parlent 
encore  le  ayriaque;  mais  la  grande  mas.se 
se  compose  de  musulmans  demi-barbares  y 
qui  sont  les  véritables  Kurdes,  et  ceux-<;i, 
comme  le  prouve  la  lan.;ue  qui  leur  est  pro- 
pre^  siint  une  branche  de  la  race  aH*iane.  Ils 
se  divisent  en  un  grand  nain[)re  de  tribus 
qui  ont  toutes  entre  elles  quelques  ditféren  -^ 
ces  pour  la  langue  et  qui  som  plus  ou  moins 
barbares  f  plus   ou   nM)ins  civilisées.   Les 
Kurdes  du  nord  se  partagent  en  tribus  qui 


occupent  les  quatre  grands  districts  de  Bah- 
dinan,  Buktan,  Hakari  et  Rawandiz;  lea  tri- 
bus du  sud  sont  maintenant  sujettes  du 
pacha  de  Suleimaniyeh. 

Les»  Kurdes  sont  représentés  parle  mis- 
sionnaire lioernle ,  a  qui  nous  devons  la 
meilleure  description  du  pays  et  de  ses  ha- 
bitants^ comme  clés  hommes  ati  corps  vigou- 
reux, mais  aux  trails  grossiers.  Ils  sont  IrtV- 
robustes<  ont  de  larges  épaules,  le  teint  très- 
brun,  les  cheveux  noirs,  les  yeux  petits,  la 
bouche  grande,  et  une  expression  de  phy- 
sionomie sauvage. 

De#  Arméniens.  —  Les  Arméniens  sont  re- 
connus pour  une  des  nations  indo-euro- 
péennes. Leur  langue  a  des  affinités  avec  îos 
plus  anciens  dialectes  de  la  race  ariane  ,  et 
leurs  plus  anciennes  traditions  lient  leur 
histoire  à  celle  des  Mèdes  et  des  Perses. 
C'est  utte  branche  issue  du  même  tronc  que 
le  peuple  de  l'Iran ,  mais  qui  en  a  été  séi  a- 
rée  plus  tôt  et  qui  a  formé  un  peuple  à  fuire^ 
Les  Arméniens  sont  très4ermement  attachés 
à  la  religion  chrétienne  et  k  leur  ancienne 
Eglise.  Sur  trois  raillions  d'Ames  dont  se 
compose  à  peu  près  le  peuple  arménien',  il 

Îr  en  a  à  peîTie  cent  mille  qui  se  soient 
aissé  rallier  à  la  communion  romaine  (103J-. 

Les  Ossètes.  —  La  dernière  branche  de  la 
race  ariane  en  Asie  est  celle  des  Ossètes,  qui 
habite  une  petitepartie  de  la  chaîne  du  Cau- 
case, la  grande  majorité  des  habitanis  de 
ces  montagnes  appartenant  d'ailleurs  à  des 
races  très-distinctes  des  Indo-Euronéens. 

Ces  Ossètes  ^  ainsi  que  nous  rapprend 
Pallas,  sont  un  peuple  barbare,  adonné  au 
pillage,  qui  habite  les  régions  montagneu- 
ses situév'S  au  delà  du  Phase  et  ilu  Térek. 
Leur  langue  i^'est  parlée  que  par  eox  ei^clu^ 
sivement,  mais  elle  a  beaucoup  de  mots  et 
d'expressions  qui  se  trouvent  également 
dans  les  langues  ger'manique ,  slave  et  per- 
sane.  Par  les  caractères  extérieurs  les  Os- 
sètes ressemblent  tout  à  fait  aux  paysans 
du  nord  de  la  Russie  ;  comme  eux ,  ils  ont 
généralement  les  chevettx  châtains  ou  blon  Js« 
et  quelquefois  aussi  la  barbe  rouge.  Ils  pa- 
raissent être  de  trè»-anciens  habitants  de 
ces  montagnes. 

ARMÉNIENS.  Foy.  AkiaiIb  et  Eviio>k  mo- 
dernisa 

ARMORICAINS.  Fof/.  Eunors  womnNK. 

ASHANTIS.  Voy,  Glinée  (Nâgres  de). 

ASPHODÈLE.  Toy.  PLAirrES  POTAGÈRES. 

A9SINIB0INES.  Voy.  Siorx. 

ATAGAMAS.  Fof .  PiRVViBtvs. 

ATUAPASGAft  ou  CflIPEWATS.  —  Le 
nom  d'Athapascaes  a  été  donné  par  M.  tial- 
latin  à  une  nation  largement  dissémi née  dan^ 
KAméri^e  du  nord ,  et  que  Mackensic ,  qui 
était  loin  d'en  connaître  toute  l'étendue, 
avait  désignée  sous  le  nom  de  Chipevrays.  La 
dénomination  adoptée  par  M.  Ciàl latin  est 
prise  du  nom  indigène  du  lac  des  Bois  et  des 
pays  environnants,  et  elle  est  très-oosveBa- 


(102)  AceemU  ef  BeUkeUkisian  and  Sinde,  far  le     LUerntnr  nach  den  Werken  der  Mechitariuen  fret 
li^ul.  PoTTiNGSR.  bearbeiut,  von  K.-P.  fkvMA?»;  Leipzig»  I83(î. 

(103)  Versiuh  einer  gesckkhle  der  Armenischem 


273 


ATM 


D^ANTUROPOI^OOIE. 


AT» 


sn 


Mt',  puisque  cette  ré^^on  est  le  centre  du 
territoire  oocopé,  ou  si  l'on  veut,  parcouru 
]<ar  les  tribus  de  cette  race. 

Le  pays  des  Atliapaseas  s'étend  depuis 
les  rives  occidentales  de  la  liaie  d^Hudson, 
à  travers  teut  le  continent  américain,  jus* 
qu'au  pays  des  Roloshiens ,  sur  les  côtes  de 
FOeéan  Pacifique.  Ses  limites  du  c6té  du 
«od  sont  formées  par  la  rivière  Missinipi  ou 
Churefaill,  depuis  son  embouchure  dans  la 
baie  d*Hudson  jusqu'à  sa  source ,  puis  à 
partir  de  ee  point ,  par  une  ligne  imasinaire 
qui  se  porte  presque  directement  à  1  ouest. 
Du  côte  du  nord ,  les  Atbapascas  ont  pour 
frontière  le  pays  des  Esquimaux^  leurs  en-* 
nemb  et  leurs' voisios,  jusqu'à  l'ouest  de  la 
baie  o^ifudson;  ils  occupent  donc  à  peu 
près  tout  rintérieur  du  nord  de  TAmérique. 

Les  tribus  connues  sous  le  nom  d'Indiens 
du  Nord,  les  Indiens  Castors  (Beaverlndîans) , 
les  Indiens  des  montagnes,  les  Tacallas  (Ta- 
cnllies  ou  carriers),  les  Sussées ,  sont  autant 
de  tribus  aihapascas  dont  le  territoire  est 
traversé  mr  les  montagnes  Rocheuses  au 
nord  du  5â*  degré  de  latitude  septentrionale. 

llackensie,  qui  a  décrit  les  Chipe wajs 
ou  Atbapascas,  n*est  nullement  disposé  à 
les  comprendre  dans  le  nombre  des  Améri- 
cains aborigènes.  «  Leur  marche,  dit-il,  est 
de  l'ouest  à  l'esté  et  selon  leurs  propres  tra- 
ditions, ils  sont  venus  d'un  pays  qui  parait 
être  la  Sit)érie  :  sous  le  rapport  des  mœurs 
et  du  costume,  ils  se  rapprochent  beaucoup, 
en  effet ,  des  Asiatiaues  orientaux.  Il  y  a 

iiarnu   eux  une  tradition  courante  qui  les 
ait  Tenir  dans  l'origine  d*un  pays  habité 
par  on  peuple  très  médiant  :  ils  eurent  en- 
suite à  traverser  un  grand  lac  étroit,  peu 
Kofood  et  plein  d'tlés ,  où  ils  souffrirent 
aneoup  de  la  neige  et  de  la  glace  qu'en- 
t  retenait  un  hiver  perpétuel.  A  la  rivière  de 
la  Mine  de  Cuivre  oii  ils  abordèrent  d'abord, 
le  sol  était  couvert  de  cuivre;  mais  ce  métal 
a  été  plus  tard   recouvert  d'une   couche  de 
terre  de  la  hauteur  d*un   homme.  En  ces 
temps  reculés ,  ils  jouissaient  d'une  vie  fort 
longue,  de  sorte  qu'avant  qu'ils  ne  mourus- 
sent leurs  pieds  étaient  usés  par  la  marche,  et 
leurs  gosiers  par  le  passage  des  aliments.  Il 
est  aussi  (|uestion  parmi  eux  d'un  déluge 
qui  couvrit  de  ses  eaux  toute  la  terre  ,   à 
Texception  des  plus  hautes  montagnes  dont 
les  sommets  leur  offrirent  alors  un  refuge.  « 
ATMOSPHÈRE  [ Hygiène). --ÏI  était  géné^ 
ralement  admis  en  tirèce  que  Tair  de  l'At- 
ti'rae  rendait  philosoplie.    La  prodigieuse 
iimaence    de  l'atmosphère  sur  nos  corps 
n'arait  point  échappe  aux  anciens,  et  le 
traité  dteppocrate ,  J^ei  eaux^  des  airs  et 
éa  lieux f  rend  témoignage  de  cette  vérité. 
En  effet,  ce  fluide  qui  nous  enveloppe  de 
toutes  parts,  qui  agit  sur  nous  mécanique- 
ment par  la  pression ,  physiquement  par  sa 
température ,  ehimiquement  par  les  gaz  qui 
le  constituant,  fait  partie  de  notresubstance 
pcr  la  rérivification  du  sanç ,  but  de  la  res- 
pÎFatioii.  Dès  lors  il  est  évident  que  plus  il 
s<Ta  pur,  plus  il  influera  sur  l'économie., 
et  même  sur  l'intelligence.  Aussi,  ce  même 


Hippocrate  a-t-il  dit  :  Aer  sapieniktm  cere^ 
bro  et  moium  meaibris  €xkiM.  (Jte  mar6. 
sacro^  cap.  4.  )  Il  ne  faut  donc  pas  s'éton- 
ner si  les  facultés  de  l'esprit  ont  été  pous* 
sées  à  leur  plus  haut  degîé  de  supériorité 
dans  certains  climats,  et  si  après  trente 
siècles,  malgré  l'étendue  de  nos  connais- 
sances, nous  ne  sommes  encore  que  les 
disciples  de  Platon,  d'Aristote,  des  poètes 
et  des  artistes  grecs.  La  forme  des  ;çon- 
▼ernements,  les  mœurs,  la  civilisation  de 
Fheureux  pays  qu'ils  liabitaient^  dépen- 
daient elles-mêmes  du  climat.  Si  les  nom- 
mes du  Nord  ont  conquis  le  Midi ,  les  opi- 
nions du  Midi  ont  toujours  conqpiis  le  Nord. 
Soyez  convaincu  que  le  génie,  cette  jilante 
céleste,  ne  porte  ses  plus  beaux  fruits  que 
sous  l'influence  d'un  soleil  ardent,  d'une 
atmosphère  pure  et  brillante.  C'est  dans  ces 
climats  chauds  et  tempérés  que  la  nature 
et  la  vie  sont  prodigues  de  leurs  trésors  : 
c'est  là  qu'on  crée;  partout  ailleurs  on  ne 
fiiit  qu*imiter ,  à  l'exception  des  sdences 
physiques,  résultat  d'une  suite  d'observa- 
tions. 

D'ailleurs  une  terre  fertile ,  un  ciel  doux, 
délivrent  l'homme ,  dans  les  contrées  méri^ 
dionales ,  des  soucis  du  présent ,  des  in-^ 
quiétudes  sur  l'ayenir,  et  lui  procurent  cet 
heureux  calme  de  l'âme  si  favorable  à  Tes** 
sor  de  l'imagination  ;  mais  <ians  nos  climats 
brumeux  ^  cœium  nebuih  fœdum  ,  selon  l'ex- 
pression de  Tacite,  il  faut  lutter  sans  cesse 
contre  les  intempéries  de  l'atmosphère; 
dès  lors  l'intelligence  perd  la  moitié  de  sa 
force.  Cette  lutte  est  presque  toujours  au 
désayantage  des  hommes  éminemment  im« 
pressionnables,  souvent  réJuits  à  un  état 
d'énervation  musculaire.  Uobservaton  mé- 
dicale en  fournit  des  preuves  chaque  année 
dans  nos  erandes  villes.  Le  froid  ,  i'humi*r 
dite,  les  brouillards,  les* vents  impétueux  , 
les  rapides  changements  de  température, 
les  pluies  abondantes,  des  hivers  sans  fin , 
des  étés  incertains,  orageux,  des  exhalai- 
sons malsaines,  quels  ennemis  pour  uq 
organisme  délicat,  nerveux ,  irritable, 
souffrant,  épuisé  1  Aussi  voit-on  la  plupart 
de  ces  êtres  débiles  éprouver  à  chaque 
instant  de  violentes  secousses ,  des  maladies 
plus  ou  moins  graves ,  dont  la  cause  re« 
monte  presque  toujours  à  l'état  de  Tatmos* 

f)hère.  Dans  les  grandes  chaleurs  de  l'été , 
a  sensibilité  s'exalte,  mais  la  contractilité 
diminue }  voilà  pourquoi  dans  cette  saisoe 
les  organes  digestifs  manquant  d'énergie  et 
de  vigueur  ;  on  est  prédisposé  aux  flux  de 
ventre,  aux  dyssenteries,  aux  cholérines , 
etc.  L'état  atmosphérique  agit  également 
sur  l'intelligeoce  ;  il  y  a  vraiment  des  jours 
où  l'esprit  ne  .«ent  pas  juste  :  Sapiens  dn- 
minabilur  asiris.  Les  pensées  quelquefois 
faciles,  abondantes,  s'arrêtent  tout  à  coup; 
les  sources  de  l'imagination  s'ouvrent  et  se 
tarissent  d'après  les  degrés  du  baromètre  ou 
du  thermomètre.  L'arrivée  des  équinoxes 
ou  des  solstices  influe  plus  qu'on  nç  croU 
sur  les  cbefs-^d'œuvre  des  arts ,  sur  les  af- 
fections, les  événements  de  la  vie  ,  les  ta- 


i75 


ATM 


MCTI(KHNA.IR£: 


A.TM 


W5 


tastrophes  politiques  flO'^}.  Demandez  aux 
poètes  y  aux  artistes,  a  tous  les  penseurs  y 
si  chez  eux  un  vif  sentiment  d'énergie  > 
d'alacrité  »  qui  fait  désirer  le  mouvement  y 
l'action ,  le  travail ,  ou  bien  un  certain  état 
de  langueur,  de  malaise  inconnu ,  indéfinis- 
sable, ne  se  lient  pas  à  Tétat  atmosphérique. 
II  est  probable  que  Télectricité ,  ce  puissant 
agent  de  la  nature,,  joue  ici  un  râle  impor^ 
tant.  La  polarité  électrique  de  ratmosphère 
correspond  sans  doute  à  la  polarité  éUctro^ 
vitale  de  éhaque  organe ,  et  dans  certaines 
«  circonstances  ;  mais  la  science  ne  peut  en 
établir  les  rapports,  car  Varmature  delà  fibre 
vivante  nous  est  inconnue  ;  nous  ignorons 
quels  sont  les  organes  idio ^électriques  et 
ceux  qui  sont  analectriques^  puis  les  maxima 
et  les  minima  de&  degrés  d'électrisation  de 
chaque  orçane. 

Posons  donc  en  principe  qu'un  climat  tem« 
péré,  une  saison  douce  dû  règne  le  sibilus 
aurœ  tenuis  de  l'Ecriture,  un  air  pur,  tou- 
iours  renouvelé,  constituent  non-seulement 
la  première  des  jouissances  physiques,  mais 
une  des  conditions  indispensables  de  la 
santé.  Si  les  circonstances  le  permettent,  que 
le  médecin  se  hftte  de  conseiller  le  séjour  de 
la  campagne  aux  personnes  faibles  et  d'une 
vive  seasibilité,  dont  l'exaltation  immodérée, 
les  jouissances,  les  travaux^  les  passions,  les 
maladies  ont  U3é)  dévoré  la  vie  ;  elles  y  trou- 
veront deux  biens  inappréciables,  la  paix  et 
la  santé.  Car,  retremper  le  corps  et  rasséré- 
ner r&me,  voilà  le  aouble  but  qu'on  y  ob- 
tient presque  toujours.  La  pureté  de  l'air, 
l'aspeot  de  la  verdure  et  aussi  le  charme 
mystérieux  de  la  campagne,  auquel  nul 
homme,  quel€[ue  besoin  qu'il  se  soit  fait 
de  la  vie  active  des  cités,  ne  se  soustrait 

Jamais  entièrement,  prédisposent  déjà  au 
)ien-ètre.  Le  repos  de  la  nature  a  je  ne  sais 
quoi  qui  se  communique  à  l'esprit  ;  dès  lors  se 
calme  cette  irritation  Ëabitueile,  cette  impa- 
tience maladive,  propres  à  ceux  qui  exer- 
cent fortement  rintelligence.  Un  certain 
apais^nent  des  troubles  du  cœur  se  mani- 
feste; la  sensibilité  y  est  moins  excitée, 
moins  provoquée;  si  les  passions  grondent 
encore^  elles  y  perdent  certainement  de  leur 
ardeur,  de  leur  ftpreté  ;  il  semble  qu'on  y 
parle  de  ses  ennemis  avec  moins  de  ressens 
timent,  de  la  chose  publique  avec  plus  de 
sang«froid>  de  la  fortune  avec  plus  d  indiffé- 
rence. On  ne  voit  plus  que  dans.  le  lointain 
ces  formes  menteuses,  ces  anomalies  so- 
ciales, véritable  tourment  journalier  pour 
certains  esprits.  L'économie  participe  bientôt 
à  cet  état  de  bien-être»  ou  plutôl»^  la  santé 

(t(M)  L*hlstolre  rapporte  que  le  ehaocelier  de 
Chiverny  avertit  le  président  de  Thoa  que,  si  le  duc 
de  Guise  irritait  Tesprit  d'Henri  III  pendant  la  gelée, 
qui  le  rendait  furieux,  il  le  ferait  assassiner  *  ce  qui 
arriva  en  eSet  le  23  décembre  1589. 

On  sait  toute  la  part  qu^avaient  les  saisons  sur  le 
géuie  do  Vilton  et  sur  ses  travaux. 

c  II  me  semble  que  j^  Fesprit  fou  dans  les  grands 
vents.  I  (DiDEBdT.) 

«  Je  suis  toujours  plus  religieux  un  jour  de  soleil.  > 
^BvaoMO 


s'améliorant,.  il  y  a  plus  de  satisfaction  mo- 
rale. Les  organes  gagnent  de  la  force  »  du 
mouvement»  de  la  plénitude  d'action;  les 
nerfs  se  détendent  pour  ainsi  dire,  le  cer- 
veau s'épanouit,  le  sang  se  rafraîchit,  la. 
transpiration  est  plus  é^e  et  plus  active  ; 
le  corps  devient  agile,  viKOureux  ;  on  le  sent 
imprégné  de  chaleur  et  de  lumière,  pénétré 
de  cette  puissance  électrique  dont  les  irra-. 
diations  actives  entraînent,  assemblent  et 
divisent  les  éléments.  La  santé  a  passé  dans 
le  sang  avec  l'atmosphère  où  l'on  est  plongé 
et  dont  on  se  sature.  Enûn,  le  temps  seoible 
moins  rapide,  la  vie  plus  permanente  ;  on  vit 
plus,  on  vit  mieux,  on  vit  pour  ainsi  dire  de 
sa  propre  vie,  car  le  princii)e  en  est  rallumé 
et  doucement  activé.Ûn  habile  docteur,  à  qui 
Ton  demandait  le  meilleur  moyen  de  se  bien 
porter,  répondit  :  C'est  de  se  tenir  en  plein 
air  aussi  longtemps  qu'on  le  peut  sans  fatigue. 
.  Cependant,  i)our  tirer  du  séjour  à  la  cam- 
pagne tout  le  bien  qu'on  en  attend,  plusieurs 
précautions  sont  indispensables.  La  première 
est  de  bien  choisir  le  neu  d'habitation,  c*est^ 
à-dire  que  l'air  y  soit  pur,  car  son  altération 
le  rend  de  moins  en  moins  propre  à  la  san- 

giification,  et  ce  pabulum  vitœ^  comme  dit 
ippocrate,  devient  alors  un  aliment  de  mau- 
vaise qualité,  aliment  dont  on  se  nourrit  à 
chaque  instant,  à  chaque  seconde.  Il  faut 
encore  que  l'habitation  soit  exposée  k  Tin- 
fluence  solaire  ;  rien  de  mieux  pour  la  santé 
(lue  cette  influence,  car  selon  le  proverbe 
italien,  t  où  le  soleil  n'entre  pas,  le  méde- 
cin entre.  »  Faut-il  admettre  aue  les  rayons 
solaires  modifient  les  qualités  de  Tair  en 
rendant  l'oxygène  plus  assimilable  à  notre 
organisation,  ou  bien  encore  que  la  lumière 
agit  alors  fortement  et  imprègne  récouomie 
de  principes  vivifiants?  Peu  importe;  l'es- 
sentiel est  que  l'air  soit  pur,  le  reste  donné 
au  luxe  est  indifférent.  Petit  jardin,  simple 
chaumière,  selon  le  vœu  d'Horace,  sont  in- 
finiment préférables  à  un  château  dans  un 
pays  humide  et  insalubre.  L'humidité  sur- 
tout, soit  chaude ,  soit  froide,  selon  le  cli- 
mat, est  la  pire  chose  qu'il -y  ait,  la  plus  in- 
compatible avec  la  santé,  surtout  quand  la 
constitution  est  délicate.  Le  malheur  est 

3u'on  ue  voit  plus  ces  appartements  élevés 
ans  lesquels  nos  pères  respiraient  à  pleins 
poumons.  L'air  et  la  lumière  ne  se  dislri- 
Duent  plus  qu'au  mètre  et  au  centimètre. 
Dans  ces  nouvelles  maisons  tout  est  sacrifié 
à  la  spéculation,  à  un  comfort  intérieur,  xste^ 
quin  et  petit,  qui  arrange  et  divise  la  vie 
par  compartiments,  comme  si  on  babitail  un 
nécessaire  de  voyage. 


c  L^influence  de  la  lumière  et  de  la  chaleur 
était  surtout  très-remarquable  sur  Fauteur  de  Gii- 
Blas^  à  une  époque  avancée  de  sa  vie.  Il  s'animail 
par  degrés ,  à  mesure  que  le  soleil  approchait  du 
méridien  ;  il  semblait  avoir  conservé  la  gaieté.  Fur- 
banité  de  ses  beaux  ans,  la  vivacité  de  soa  imagiB»* 
tion  ;  mais,  au  déclin  du  jour,  Tactivitéde  son  esprit 
et  de  ses  sens  diminuait  gradueUement,  ei  â  tomraic 
bientét  dans  une  sorte  de  léthargie  qui  dorait  ju6- 

Îu'an  lendemain,  i  {Biographie  wveruUt^  article 


rr 


ATM 


DANTIIROPOLOGIC. 


ATM 


S7a 


La  seconde  précaution  est  d^exercer  modé- 
réiuent  le  corps  et  d'abandonner  tout  travail 
de  lé(e.  A  quoi  bon  d*aller  aux  champs ,  si 
l'on  emporte  avec  soi  les  livres  et  les  soucis, 
si  Tambition,  si  les  traces  de  la  vie  sociale 
vous  poursuivent  sans  cesse,  si  l'on  ne  veut 
I»as  vivre  pour  vivre. 

La  troisième  enfin  est  de  prolonger  son 
séjour  à  la  campagne  le  pius  possible.  La 
complète  aération  du  sang,  le  besoin  de 
mellre  en  rapport  la  température  atmosphé- 
rique et  la  temj)érature  organique,  n'ont  de 
résultat  salutaire  qu'à  la  longue.  Selon 
Thompson,  il  faut  chaque  jour  à  chaque  indi- 
WtJu  18,864  décimètres  d'air  atmosphérique, 
ei  cette  dose  doit  être  respirée  assez  long- 
leffl()s  pour  ihfluer  sur  l'économie.  La  ne-^ 
cessité  Texige-t-elle?  £h  bien!  revenez  aux 
travaux  de  l'esprit,  mais  modérément,  en  les 
Iflterroaipant  par  ceux  de  la  campagne.  La 
rie  rurale  et  littéraire  tout  à  la  fois  est  peut- 
èîre  ce  qu'il  y  a  de  mieux  pour  l'homme. 
Voilà  le  seul  moyen  d'être  raisonnablement 
heureux,  puisque  c'est  là  tout  ce  que  la  sa- 
gesse nous  permet  d'atteindre  ici-bas. 

Toutefois,  lorsque  l'hiver  se  fait  sentir,  il 
ftiit  regagner  la  ville,  à  moins  qu'on  ne  soit 
déterminé  à  habiter  les  champs.  Dans  ce  der- 
nier cas,  on  doit  éviter  le  froid  avec  beau- 
coup de  soin.  Toutes  les  qualités  extrêmes 
v>n(  nuisibles  aux  personnes  délicates  et 
nerreuses,  mais  le  froid  par-dessus  tout.  Ce 
Ait  à  la  suite  d'un  froid  rigoureux  que 
BeelliOYen  perdit  l'ouïe.  Le  froid  est  l'en- 
ncffli  des  nerfs,  vérité  presque  aussi  an- 
cienne que  la  médecine.  Une  température 
basse  fait  non-^seulement  une  imjpression 
douloureuso  sur  la  peau,  mais  elle  engour- 
dit et  paralyse  les  extrémités  nerveuses; 
«lie  arrête  le  mouvement  excentrique  cu- 
tané, (le  là  des  stases  Sanguines^  des  maux 
de  tète,  des  oppressions,  des  crachements  de 
<ang,  des  inflammations  !plus  ou  moins  in- 
tenses, etc. 

Le  monde  ambiant  et  l'intervention  de  ses 
modifications  comprend  aussi  les  mouve- 
vemeats  de  l'atmosphère.  Les  vents,  leur 
direction,  leur  violence,  les  corpuscules 
•{u'ils  transportent,  leur  température,  doi- 
vent être  pns  en  considération.  On  sait  tous 
les  effets  du  plumbeus  ausUr  sur  l'économie. 
11  nest  pas  jusqu'aux  simples  courants  d'air, 
aiu  vents  coulis  si  dangereux  et  si  perQdes 
dans  certaines  occasions,  qui  ne  méritent 
^^'alcment  une  exacte  surveillaoce.  Mais, 
dira-i-on,  faut-il  vivre  dans  d'éternelles  pré- 
cautions  7  Lebèg^e  dePresle,  ce  médecin 
ami  de  Rousseau,  compte  jusqu'à  trois  cent 
vingt-sept  accidents  qui  peuvent  arriver 
<'n  un  seul  jour  ;  comment  les  éviter?  Mieux 
tant  cent  fois  ne  pas  s'en  occuper,  et  se  lais- 
ser aller  au  gré  du  destin.  Sans  doute»  si 
votre  constitution  est  robuste,  inattaquable  : 
encore  ne  sais-je  ;  mais  si  elle  est  lEaible» 
vous  souffrirez,  vous  lansuirez,  vous  suc- 
comberez. Or,  c'est  aux  faibles  principale- 
aient  que  nous  nous  adressons  Leur  but 
doit  être  non-seulement  d'éviter  les  maux, 
mais  encore  de  fortifier  leur  constitution. 


Je  le  répète»  un  des  meilleurs  moyens  pour 
y  parvenir  est  le  séjour  et  le  travail  à  la 
campagne.  Ce  goût  se  répand  aujourd'hui  de 
plus  en  plus,  et  les  médecins  y  applaudis- 
sent ;  grand  nombre  de  personnes  fuient  les 
villes,  où  l'on  est  si  avare  d'air,  d'espace,  de 
lumière  et  de  liberté.  Cependant  il  reste 
encore  beaucoup  à  désirer.  On  fait  raille  ob- 
jections plus  ou  moins  fondées  pour  éviter 
l'emploi  de  ce  puissant  moyen  hygiénique. 
Une  des  principales  est  le  défaut  (le  fortune  ; 
cet  obstacle  n  est  souvent  que  trop  réel, 
mais  avec  des  goûts  simples ,  des  désirs  mo« 
dérés,  on  l'écarte  avec  facilité.   Il  est  plus 
certain  que  de  malheureux  gens  de  lettres 
attachés  a  la  glèbe  administrative,  à  l'ensei- 
gnement, à  des  emplois,  à  des  travaux  in- 
dispensables, sont  condamnés  à  respirer  la 
méphitique  atmosphère  des  villes.   Qu'ils 
échappent  donc  le  plus  possible,  qu'ils  rom- 
pent leurs  liens,  qu'ils  aillent  aux  champs 
secouer  la  poudre  des  bureaux,  ou  déposer 
le  jouç  académique;  ils  y  trouveront  une 
inexprimable  douceur  à  respirer  sans  con- 
trainte. Prtn^emp*  et  liberté  I  s'écriait  Vol- 
ney,  aussitôt  que  les  premiers  beaux  jours 
se  faisaient  sentir.  «  11  m'arriva  une  fois  à . 
Compiègne,  dit  Marmontel  [Mémoires]^  d'ôlre 
six  semaines  au  lait  pour  mon  plaisir  et  en 
pleine  santé.  Jamais  mon  Ame  n'a  été  plus 
calme,  plus  paisible,  que  durant  ce  régime. 
Les  jours  s'écoulaient  avec  une  égalité  inal- 
térable; mes  nuits  n'étaient  au'un  doux  som- 
meil ,  et  après  m'étre  éveille  le  matin  pour 
avaler  une  ample  jatte  de  lait  écumeux  de 
ma  vache  noire,  je  refermais  les  yeux  pour 
sommeiller  encore  une  heure.  L^  discorde 
aurait  bouleversé  le  monde,  je  ne  m'en  se- 
rais point  énru.  »  Eh  bienl  il  est  des  hom- 
mes que  ce  bonheur  ne  séduit  nullement; 
ils  préfèrent  le  réduit  enfumé,  la  rue  bour- 
beuse qu'ils  habitent,  aux  grandes  scènes  de 
la  nature,  aux  jouissances  un  peu  paresseu- 
ses de  la  contemplation.  Vivre  dans  une  at- 
mosphère  attiédie,  tempérée,  respirer   le 
parfum  des  fleurs,  humer  la  fraîche  rosée, 
l'air  pur  et  vif  du  matin,  se  laisser  douce- 
ment aller  au  courant  de  ses  pensées,  rêver 
au  bruit  des  eaux  y  de  la  lyre  et  des  vers^ 
éprouver,  en  un  mot,  ce  je  ne  sais  quoi  qui 
fait  le  charme  de  la  vie  champêtre,  est  pour 
eux  le  premier  des  plaisirs  insipides.  Ils  ai- 
ment mieux  le  tracas  de  la  ville,  le  bruit  et 
le  mouvement,  les  agitations,  les  intrigues 
de  coteries,  en  un  mot,  ils  ont  besoin  de  la 
f  ule.  Ils  ne  s'aperçoivent  point  si  la  nature 
est  riche  et  féconde,  si  le  ciel  est  pur,  si  les 
fleurs  répandent  leur  parfum  ;  le  théâtre  de 
la  vie  humaine,  vu  de  près  dans  sa  réalité, 
oti  quelquefois  ils  prennent  un  râle  dans  la 
pièce,  est  le  seul  moyen  d'embellir  leur  exis- 
tence. Racine  aimait  peu  la  campagne  ;  il  a. 
vécu  de  longues  années,  rue  des  Maçons  et 
dans  la  triste  rue  des  Marais,  au  faubourg 
Saint-Germain.  On  sait  que  madame  de  Staël 
avait  aussi  le  mal  de  fa  capitale;  en  exil 
sur   les    bords  de  la  Loire,  que   de    fois 
n'a-t-elle  pas  regretté  le  ruisseau  de  la  rue 
du  Bac.  Elle  aurait  préféré,  disait-elle,  cent 


Î79 


BAN 


DICTIOMMAH^E 


BAf} 


sad 


louis  de  rente,  rue  Jean^Pain-Mollet  à  Pans, 
à  cent  mille  livres  à  Coppet.  Mais  que  dire  de 
ceux  que  la  chatne  de  1  ambition  enlace  de 
i  toutes  parts  ?  Jamais  ils  ne  comprennent  ce 
-  bonheur  paisible  de  la  campagne;  cette  quié- 
tude de  situation  qui  se  communique  a  la 
pensée,  aux  sentiments,  aux  organes,  aux 
nerfs,  au  sang,  aux  muscles.  II  y  a  un  art 
d'exister  avec  soi-même,  et  cet  art^  ils  Ti- 

Snorent  entièrement.  C'est  une  belle  chosi?j, 
isent-ils ,  que  la  tranouillité,  mais  Tennui 
est  de  sa  ntmitle  ;  en  eflet,  quand  on  vit  ha? 
bituellement  dans  un  tourbillon  de  passions 
et  d'idées  irritantes,  on  ne  s'«iperçoU  guère 
si  la  nature  est  riche  et  féconde,  si  l'air  est 
doux,  le  ciel  pur.  Un  homme  d'Etat  ambi- 
tieux et  maladif  ravouàit  naïvement  :  a  Quand 
je  suis  à  la  campagne,  disait-il,  je  me  sens 
mieux,  ie  respire  a  merveille,  mon  cœur  est 
desstrriy  selon  le  mot  de  madame  de  Sévir 
gné,  mais  le  démon  de  Tambition  me  presse 
puit  et  jour  dçi  son  aiçuiilon.  Il  faut  que  je 
Retourne  m'enivrer  de  pouvoir,  largement 
pi'abreuver  à  cette  coupe  de  mensonges  et 
^t  de  déceptions.  » 

Il  est  pourtant  des  individus  qu'un  mé- 
decin doit  éloigner  des  solitudes  de  1^  cam- 
pagne. Ce  sont  les  imaginations  ardentes, 
exaltées,  les  sensibilités  ramanesques,  dont 
îes  sympathies  inépuisables,  la  soif  inc[uiète 
d'émotions  et  d'enthousiasme  ne  sont  jamais 
satisfaites.  Ces  individus  se  font  un  monde 
à  eux,  et  souvent  leur  esprit  se  perd  dans 
rimmensité  de  l'univers,  en  voulant  le  com- 

E rendre  et  le  mesurer.  Il  y  a  ici  une  ferr 
,  lentat^on  cérébro-intellectuelle  dont  on 
doit  be«(ucoup  se  méfier^.  Il  est  urgent  de 
Veur  interdire  les  lieux  solitaires  qu  ils  re- 
cherchent si  avidement,  bien  plus  encore  si 
le  clio^at  est  irrégulier,  lé  terrain  boule- 
Versé,  les  sites  alpestres.  C'est  à  eux  de 
craindre,  le  fond  des.  bois  et  Imr  vqst$  silencej 
car  la  brûlante  pensée  qui  agite  leur  cer? 
veau,  bien  loin  ae  se  calmer,  y  ^icquie^'t  au 
contraire  la  plus  énergique  activité.  Eloi-- 
pner  d'eux-mêmes  de  tels  malades,  rompre 
la  série  d'idéejs  qui  les  entraîne  et  les  ab- 
sorbe, enlever  le  trop  plein  du  cerveau,  de 
rintelligence,  voilà  l'indication  à  remplir. 
Quant  aux  moyens,  un  travail  matériel  sou- 


tenu, dos  occupations  graves,  une  certaina 
complication  dé  choses  positives,  d'affaires 
instantes,  journalières,  sont  le  régime   I9 

5 lus  convenable.  Le  monde,  ses  folies,  ses 
istractions  à  la  fois  étourdissantes  et  iasi- 
pjideSs  auraient  peut-èitre  plus  d'efficacité 
encore  ;  mais  comment  faire  entendre  cette 
vérité  à  des  hommes  qui  précisément  ont 
pris  le  monde  en  aversion  ?  Cette  difficulté 
est  souvent  insurmontable  pour  le  médecia 
philosopha. 

ATTITUDES.  Yoy.  Giestbs. 

AUDITION.  Voy.  Orbillb. 

AUROCHS.  Vov.  BwuF. 

AVOINE.  —  L  avoine  a  éjé  cultivée  paj^ 
les  anciens  et  par  les  modernes  plutôt  pour 
la  nourriture  du  bétail  que  pour  celle  de 
l'homme.  On  ne  trouve  rien  qui,  dans  une 
antiquité  très-reculée,  indique  l'usage  de  ce 

grain,  car  dans  Homère  on  voit  toujours 
onnér  da  ro|*ge  aux  chevaux  et  jamais^ 
d*avoine.  Mais  on  voit  des  témoignages  de 
son  emploi  dans  des  temps  plus  rapprochés» 
car  Galien  dit  dans  le  traite  si  souvent  cité 
{Df  alim.  facul.,  éd.  Ktihn,  t.  VI,  p.  322)  : 
«  L'avoine  est  abondante  en  Asie,  pa|*ti€u- 
lièrement  en  Mysie,  au  delà  de  Pergame,  où 
H  croît  aussi  beaucoup  d'épeautre.  Elle  sert 
à  la  nourriture  des  bétes  de  somme  ;  les 
hommes  n'en  font  usage  que  lorsqu'ils  ; 
sont  forcés  et  seulement  dans  les  années  do 
disette.  Ce  grain  se  mange  cuit  à  l'eau,  avec 
du  vin  doux  ou  du  moût  qu'on  a  fait  cuire 
et  du  miel,  comme  l'épeautre,  xift.  Le  pain 
u^on  en  fait  est  d'up  goût  désagréable.  » 
a  culture  de  l'avoine  est  rare  dans  l'Bu* 
rope  méridionale;  elle  paratt  avoir  écô 
portée  aux  habitants  de  ces  contrées  par  les 
peuples  germaniquesi  car  Pline  dit  que  les 
Germains  vivaient  de  bouillie  d'avoine  {Hisi. 
nat.^  1.  XVIII,  c.  17).  C'est  en  Ecosse,  dans 
le  nord  de  la  Norwége  et  de  la  Suède,  que 
se  foit  la  plus  grande  consommation  de  paiq 
d'avoine.  Comme  les  anciens  cultivaient  ea 

!  général  fort  peu  l'avoine,  on  peut  croira 
acilement  qu'ils  n'en  connaissaient,  poiul 
les  variétés. 
AYMARAS.  Voy.  Péruviens. 
AZTEQUES.  Yoy.  Mexicains. 


ï 


B 


BALHÈS.  Voy.  Langage. 

BANANIER  ou'Pisang  {Musa  paradisiaca). 
—  Il  s'étend  sur  une  grande  partie  de  l'Asie 
méridionale,  et  s'avance  encore  plus  vers  le 
nord  que  Tarbre  à  pain.   La  plante  croit 

f^romptement,  mais  sa. tige  ne  devient  jamais 
igneuse  y  elle  se  fait  remarquer  par  ses 
feuilles  grandes,  longues,  larges  et  sans  divi- 
sion; ses  fruits  nombreux  ,  de  U  longueur 
0u  doigt  et  de  la  grosseur  d'un  pouce  où 
deux,  sont  réunis  autour  d'une  han^pe  ;  ils 
sont  pulpeux,  d'un  goût  agréable  et  très- 
nourrissants.  Cette  espèce  comprend  plu- 
sieurs  variétés  pour  la  plupart  dépourvue? 
flamandes,  cç  qui  prouve  qu'ils  furent  an- 


ciennement cultivés.  Ces  fruits  font  la  nour- 
riture principale  des  insulaires  de  la  mer  du 
Sud.  La  plante  et  le  fruit  sont  assez  connus 
dans  nos  serres.  Nous  ne  voyons  chez  les  an- 
ciens aucune  mention  de  ce  végétal ,  car  la 
filante  citée  par  Théophraste,  dont  les  feuîl- 
es  ressemblaient  à  des  plumes  d'autruche, 
pouvait  bien  être  une  acrostique,  une  fou- 

Î;ère  arborescente.  Ce  n'est  qu'assez  tard  que 
e  bananier  a  été  introduit  dans  l'Amérique, 
pu  maintenant  il  est  cultivé. 
BARABRAS.  Voy.  Nubiens. 
BASQUES.   Voy.  Aborigènes   et  Ecrope 

MODERNE. 

BAUTAIN.  Voy.  Langage. 


131 


BEA 


DUNTUROPOLOOiE. 


B£A 


983 


? 


BEAUTÉ,  IDEAL.  —  Les  notions  de  beau 

ue  nous  portons  en  nftissant  et  qui  nous  le 
.ont  chercner  en  nous  et  au  dehors  de  nous 
sont  une  garantie  que  le  beau  existe  à  Tétat 
«Lsolu  ;  mais  l'expérience  nous  oblige  à  re- 
connaître que  le  relatif  ou  le  convenu  peut 
se  mêler  à  cette  notion  dans  une  propor- 
tion assez  considérable  pour  rendre  les  ma* 
ûifestations  de  la  beauté  discordantes  à 
quelaues  années  d'intervalle  chez  le  même 
peupiei  à  quelques  lieues  de  distance  »  chez 
éts  peuples  contemporains. 

L'élément  mobile  est  d'autant  plus  capri- 
cieux que  rétat  social  est  plus  raffiné.  Les 
Èiamob  qui  se  teignent  les  dents  en  noir 
pour  ne  pas  ressembler  aux  bêles ,  les  Amé- 
ricains et  Océaniens,  qui  se  coupent  une 
phalange  du  petit  doigt  en  signe  de  deuil, 
les  Hottentots,  qui  font  un  sacritlce  plus 
douloureux,  les  Zélandais  qui  tatouent  une 
sorte  de  blason  sur  leurs  corps,  poursuivent 
unbulplus  intelligible  que  les  Chinois  en 
mutilant  les  pieds  de  leurs  femmes  ou  les 
Euopéens  se  poudrant  les  cheveux. 

 cela  près,  la  fantaisie  des  sauvages  et 
des  civilisés  a  tout  mis  en  question,  excepté 
peat-6tre  d'estimer  la  jeunesse  chez  les 
lemme,  la  force  et  le  courage  chez  l'homme. 
Lhez  celui-ci  le  rayonnement  de  rénerjçie 
morale  et  de  l'intelligence,  chez  celle-là  le 
rayonnement  de  la  volupté  relevée  par  la 
pudeur,  ont  été  compatibles  avec  les  plus 
singuliers  atours,  avec  les  plus  étranges 
parures.  Ni  lèvres  dilatées  par  des  lamp4>ns, 
ni  narines  trouées  par  des  chevilles  ou  des 
pendants,  n'ont  paru  indignes  ni  de  Tima^e 
Tirante  des  dieux  sur  la  terre,  ni,  à  plus  forte 
raison,  des  représentations  de  ces  dieux  par 
les  arts. 

Le  sauvage  ne  sortait  pas  de  sa  tribu  pour 
chercher  le  modèle  de  ses  fétiches  ;  Tlndou 
chargea  de  ses  propres  armes  ses  dieux  ter- 
ribles, et  des  bijoux  de  son  épouse  les  dées* 
sH  plus  douces.  Tous  deux  tâchèrent  à  plus 
forte  raison  d'imprimer  è  ces  dieux  factices 
l'image  de  la  nation  qu'ils  devraient  proté- 

L*ariiste  des  nations  plus  avancées  conti- 
nua le  procédé  ;  aei^lement  le  raffinement 
ayant  rendu  sobre  d'accessoires,  la  fantaisie 
(|»i  devait  toujours  trouver  place,  s'employa 
à  modifier,  à  ennoblir  le  type  national,  tnème 
premier  et  obligé  de  son  travail. 

Il  n*est  pas  impossible  à  l'esthétique  de 
mrre  les  procédés  de  l'art  après  avoir 
trouvé  la  pensée  qui  lui  donnait  1  impulsion. 
Ni  Phidias  ni  2euxis  ne  faisaient  un  simple 
^vncrétisme,  ceci  soit  dit  en  supposant  que 
I  y\éài  grec  n'est  pas  plus  ancien  que  le  siè- 
ele  de  Périclès.  Ils  modifiaient  toujours  un 
peu  le  contingent  emprunté  à  plusieurs  in- 
dividus. La  Grèce  ,  malgré  son  cjel  et  ses 
é^-oles,  n*engeudra  jamais  des  fropts  en  sur? 
Momb,  pas  même  des  liçae^  de  front  et  de 
nez  ri^oarensement  verticales.  Les  artistes, 
q^i  voyaient  de  face  une  belle  tète  peinte 
00  vivante,  étaient  frappés  de  la  gravité 
qo  elle  empruntait  à  la  perspective  aérienne, 
Battant  le  front  et  le  nez  sur  le  même  plan. 


La  tête  vivante  ou  sa  copie  moulée  acquérait 
une  dignité  majestueuse  quand  on  la  faisait 
pencher  en  avant,  en  pivotant  sur  l'axe  des 
trous  auditifs.  Jl  ne  restait  plus  qu'à  réali* 
ser  les  deux  illusions  en  fixant  dans  le 
profil  la  ligne  verticale  et  même  le  surplomb 
tels  qu'ils  étaient  aperçus  de  face. 

Les  artistes  du  commencement  de  notre 
siècle,  en  prétendant  remonter  à  l'art  grec, 
nous  ont  clévoilé  quelques-uns  de  ces  arti-^ 
tices.  La  tête  de  Bonaparte,  premier  consul, 
les  bustes  du  général  Bonaparte  offrent  un 
nez  creusé  à  sa  racine  et  assez  saillant  sur 
la  ligne  du  front  qui  a  une  certaine  fuite. 
'  Napoléon ,  empereur,  a  la  ligne  du  front 
et  du  nez  verticale  :  Chaudet ,  Tiollier,  Da- 
vid, avaient  renouvelé  l'apothéose  des  por- 
Iraits  d'Alexandre,  de  Périclès  et  des  douze 
grands  dieux  de  l'Olympe  grec.  Mais  le  pro- 
cédé était  antérieur  à  Zeuxis  ,  à  Phidias,  à 
Périclès  même. 

Les  monuments  de  l'Egypte  ont  réduit 
presque  toutes  les  inventions  grecques  à 
une  imitation  intelligente  ;  car  beaucoup  dé 
Grecs  visitaient  l'Egypte  dès  le  règne  de 
Psamméticus.  Les  sphmx  de  cette  époque  et 
même  de  plusieurs  règnes  antérieurs  ont 
des  sourcils  plans  ,  un  nez  à  arêtes  articu- 
lées à  angle  droit  avec  le  sourcil  ;  la  ligne 
fronto-nasale  continuée,  avec  une  légère  in- 
clinaison; ce  qui  se  rapproche,  comme  on 
sait,  du  type  national  égyptien.  Les  lèvres 
sont  plus  fortes,  le  nez  est  moins  haut,  l'œil 
moins  enchâssé  que  dans  l'idéal  grec.  L'école 
athénienne  avait  modifié  tous  ces  traits  après 
avoir  fait  pivoter  la  tête  sur  l'axe  auditif. 

Les  sculpteurs  de  Thèbes  et  de  Memphis 
semblent  avoir  donné  un  soin  particulier  à 
la  sérénité,  que  l'on  interprète  parfois  comme 
l'expression  la  plus  haute  de  l'intelligence 
et  de  la  dignité  îiumaine.  Le  calme  pouvait 
ré.ner  sur  toutes  les  physionomies  dans  un 
caJre  social  6\x  tout  homme  ,  même  le  roi , 
avait  son  poste  prévu  et  réglé  comme  uq 
rouage.  Toutefois ,  les  traits  nationaux  re-î 
vendiquent  une  partie  de  l'idéal  rêvé  par 
les  artistes  ou  par  les  interprètes.  Cette  pla- 
cidité est  encore  remarquable  chez  beau^ 
coup  d'Egyptiens  vivants  ;  elle  frappa  M.  de 
Salles  plus  particulièrement  chez  un  pauvre 
fellah  supplicié  au  Caire. 

Elle  est  visible  dans  les  masques  posthu- 
mes de  Napoléon  et  de  Lacenaire.  Celui-ci 
mourut  d'hémorrhagie  comme  le  fellah, 
mais  après  l'agonie  de  la  prison  comme 
Tempereur.  Les  trois  têtes  avaient  en  com- 
mun une  certaine  saillie  de  la  pommette  et 
la  quiétude  de  la  bouche.  La  joue  creuse 
sous  la  pommette  donne  de  l'ascétisme,  les 
lèvres  un  peu  fortes  sont  exemptes  de  ces 
plis  aui  ajoutent  de  l'amertume  ou  de  la  sé- 
vérité à  la  bouche  du  Napoléon  vivant  de 
Canpva  et  de  Chaudet,  plis  que  la  mort  avait 
epcés  en  creusant  la  joue  du  masque  de. 
Sainte-Hélène. 

Ajoutons  que  l'art  égyptien,  regardé  comme 
immobile  par  ceux  qui  en  connaissent  h 
peine  quelques  pièces  détachées  ou  copiées 
négligemment,  montre  des  périodes  très^ 


285 


BEA 


EHCTIONNAIRE 


B£A 


S84 


diverses  et  jusqu'à  des  fantaisies  et  des  dé- 
vergondages, quand  on  visite  en  détail  les 
monuments  originaux  :  Blumenbach  igno- 
rait ceci,  quand  il  s'aidait  de  portraits  des 
dieux  égyptiens  pour  classer  des  types  très- 
divers  des  momies. 

Un  peuple  que  ses  monuments  font  parent 
de  TEgypte  et  de  Tlnde  ,  mais  qui  avait  dès 
longtemps  perdu  le  souvenir  de  ses  aïeux, 
l'Américain  avait  cherché  la  manifestation 
du  génie  héroïque  et  divin  dans  une  combi- 
naison toute  contraire.  Il  inclinait  abusive- 
ment le  front  de  ses  statues,  puis  il  cher- 
chait à  se  disculper  du  mensonge  de  Tart  en 
réalisant  sur  les  castes  nobles  cette  confor- 
mation monstrueuse.  L'épreuve  réussit;  elle 
devint  une  coutume  sacrée  ;  l'Europe  éton- 
née l'a  surprise  continuée  encore  par  quel- 
ques tribus  devenues  sauvages  ! 

Quel  embarras  pour  les  phrénologistes 
ayant  avancé  que  la  mort  ou  fidiotisme  de- 
vait punir  ce  remaniement  sacrilège  d'un 
or^^ane  si  délicat  et  dont  la  fonction  a  donné 
celle  nouvelle  preuve  de  sa  liberté,  de  son 
indépendance!  Ces  sauvages  à  front  déformé 
n'étaient  pas  plus  sots  que  leurs  frères  régu- 
liers. Les  chefs  quichoas  portaient  l'énergie 
du  commandement,  l'habileté  du  pontife,  les 
combinaisons  du  stratège  et  de  l'homme 
d*Etat  dans  cet  encéphale  disloqué! 

Aux  deux  bouts  du  monde  quelque  chose 
de  peu  commun,  oui  of  the  way^  avait  été 
cherché  comme  signe  de  noblesse.  Mais  l'art 
américain  n'avait  pu  choisir  que  l'exaçéra- 
tion  d'un  trait  national;  il  ne  connaissait 
pas  autre  chose.  L'art  grec  n'était  pas  au- 
tochtone, ou  du  moins  il  n'avait  pas  eu  le 
temps  d'oublier  les  fantaisies  étrangères  ;  et, 
en  tout  cas,  son  bon  sens  et  son  génie  lui 
avaient  inspiré  d'ennoblir  le  vrai,  même  dans 
l'échantillon  déjà  recommandé  par  la  beauté. 
Or,  la  beauté  étant  toujours  et  partout  un 
privilège  rare,  les  statues  grecques  ne  peu- 
vent, aider  à  reconstruire  le  type  national 
antique  qu'après  avoir  été  débarrassées  de  ce 
double  éclectisme,  de  ce  double  mensonge 
de  l'art  :  1"  choix  d'un  individu  exceptionel 
par  la  beauté  ;  ^  copie  flattée,  pour  la  rappro- 
cher d'un  type  idéal. 

L'observation  et  l'inspiration  artiste  purent 
d'ailleurs  s'aider  de  quelques  types  étran- 
gers ;  la  race  ariane  amuait  à  la  Méditerra- 
née par  l'Asie  Mineure;  les  Phéniciens  et 
les  Hébreux  fréquentaient  tous  les  ports. 
Le  tj^pe  hébraïque  tel  qu'il  est  adouci  dans 
la  juive  moderne,  le  profil  arian  ou  assyrien 
des  anciens  bas-reliefs  persépolitains,  otTrent 
un  thème  assez  rapproché  de  l'idéal  grec, 
moyennant  un  très-léger  redressement  des 
lignes  naso-frontales. 

La  beauté  circassienne,  géorgienne,  per- 
sane, arabe,  otfre  encore  aujourd'hui  ces 
lignes  durement  busquées  chez  l'homme, 
mollement  chez  la  femme.  Les  races  indien- 
nes du  nord,  Boukhares,  Afghans,  Sicks,  Ca- 
chemiriens,  ont  l'œil  coupé  en  amande,  le 
sourcil  plan  et  l'œil  enchâssé  par  la  saillie  de 
la  racine  du  nez  (nous  parlons  toujours  d'un 
petit  nombre  d'in-lividus  marqués  du  sceau 


privilégié  de  la  beauté).  Ce  n'est  pas  oue  rai- 
son pour  les  faire  descendre  d'une  colonie 
macédonienne,  dont  la  nationalité  fut  occnl- 
tée  en  trois  siècles  par  les  alliances  indo- 
bactriannes 

Dans  toutes  ces  races,  comme  chez  les 
Grecs  modernes,  chez  les  Albanais  et  fort 
probablement  chez  les  Grecs  anciens,  le 
commun  des  martyrs  ressemble  aux  Euro- 
péens modernes,  avec  les  perpétuelles  va- 
riantes, galle,  kimrj^.  Là,  comme  chez  nous, 
ce  thème  se  reproduit  dans  la  même  famille» 
se  permute  de  père  en  fils,  se  partage  entre 
frères.  La  laideur,  comme  la  beauté,  crée 
des  variations  mitoyennes;  on  peut  le  voir 
dans  les  portraits,  dans  les  charges  de  Tari 
moderne  qui  poursuit  un  vrai  ignoble  autant 
que  l'art  grec  poursuivit  un  beau  idéal. 

Si  une  conjecture  est  permise  pour  établir 
Yatavisme  de  ces  deux  types  galle,  kiniry* 
on  peut  dire  que  la  figure  courte  et  ronde*^à 
profil  peu  saillant,  à  l'œil  à  fleur  de  tète 
avec  sourcil  arqué,  fut  l'attribut  primitif  de 
la  femme;  à  son  frère,  à  son  époux  appar- 
tient l'autre  type  toujours  un  peu  dur  et 
sévère. 

L'idéal  grec  n'est  qu'une  des  tangentes  par 
îes({uelles  s'échappent  les  races  sémitiques 
et  japhétiques  en  s'ennoblissant;  nous  ver- 
rons la  même  cause  amener  des  efl*ets  approx  i- 
matifs  dans  presc[ue  toutes  les  races.  Mais 
nous  pouvons  déjà  entrevoir  que  les  castes 
élevées,  sur  lesquelles  l'éducation  agit  depuis 
plusieurs  générations,  doivent  ditferer,  par 
quelques  nuances,  des  castes  populaires^ 
sans  être  pour  cela  de  race  ou  oe  nation 
différente.  Le  temps  de  l'éducation  d'un  in« 
dividu  suffit  pour  changer  la  forme  de  ses 
mains,  s'il  travaille  manuellement.  On  con- 
çoit qu'à  la  longue  les  mains  et  les  pieds  des 
castes  qui  les  exercent  peu,  diffèrent  sensi- 
blement des  mains  et  des  pieds  du  peuple. 
Par  contre,  la  famille  royale  ou  la  caste  supé- 
rieure peut  être  crue  étrangère  quand  soo 
teint  offre  des  nuances  décidément  plus  fon- 
cées que  celui  du  peuple,  comme  a  Ha^^ay 
où  la  noblesse  a  la  peau  noire  et  les  cheveux 
crépus,  comme  dans  l'Egypte  après  l'expul* 
sion  des  pasteurs,  puisque  les  races  royales 
conquérantes  sortaient  de  la  Nubie. 

Ouels  que  soient  les  traits  ou  le  coloris 
d*une  nation,  une  certaine  combinaison  est 
compatible,  je  ne  dis  plus  avec  les  idées  na- 
tionales, mais  même  avec  les  idées  univer- 
selles de  la  beauté.  Les  blancs  des  colonies 
savent  assez  que  la  fille  de  cmileur,  et  même 
la  nésresse,  no  sont  pas  dépourvues  d'attraits. 
Là  ou  le  coloris  sombre  ne  permet  pas  d  ap- 

[)récier  d'autres  détails,  c'est  la  douceur  de 
'ovale  facial  et  la  coupe  de  l'œil  qn'on  re- 
marque. Chez  la  mulâtresse,  le  aez  est  déjà 
européen,  la  bouche  n'est  plus  sauvage  ;  chez 
la  quarteronne,  l'or  a  remplacé  le  bronze 
dans  le  teint.  A  la  quatrième  génération,  la 
pAleur  fait  valoir  la  rêverie  de  l'oail  et  la  ré- 
gularité des  traits ,  régularité  que  Tincarnat 
des  femmes  blanches  masque  lorsqu'il  existe^ 
compense  quand  il  n'existe  pas. 
Un  beau  teint,  dans  l'échelle  chromatique 


MA 


D^AirraROI-OLOGIE 


ULC 


de  tous  les  pays  et  de  toutes  les  races,  est  one 
parure  et  une  beauté  de  premier  ordre.  La 
conleor  de  la  peau  est  aussi  ce  que  les  races 
oUVeut  déplus  remarquable,  et  nous  verrons 
que  pour  être  supertieiel,  ce  caractère  n'en 
est  ràs  moins  permanent.  IVow,  Pbau.) 

BEAUTÉ  ET  EXCELLENŒdu  corps  bu- 
main.  Fbjf.  rinTaoDCcnoa. 

B(*:BÉ.  roy.  Naixs. 

BÊLOUTCHIS.  Foy  Amam. 

BÉNIN.  Vou.  tioixÉe. 

BERBÈRES.  Voy.  AaoamfcRBS. 

BHOTIYAH.  Voy  Nouades. 

BLANCHE  ou  CAUCASIQUE  (Racb).  ^ 
On  éTalne  k  fc56,000,000  le  nombre  d'indivi- 
dus appartenant  à  cette  race  dont  nous  fai- 
sons partie»  et  qui  comprend  aussi  les  des- 
cendants des  anciens  Hébreux,  les  Arabes,  les 
Druses,  les  Maures,  les  Marocains,  les  Abys- 
sins, les  Hindous  en  deçà  du  Gange,  les  ha- 
bitants du  Bengale,  de  la  côte  de  Coroman- 
del,  du  Grand  Mogol,  les  Malabares,  les  Per- 
sans, les  Arméniens,  les  Géorgiens,  les 
Grecs,  les  Espagnols,  les  Anglais,  les  Aller 
mands,  les  Italiens,  les  Russes,  les  Suédois, 
lesDanoiSy  les  Hollandais,  les  Turcs,  etc.;elle 
se  lait  remarquer  par  la  beauté  de  la  forme 
et  des  proportions  de  la  tète,  dans  laquelle 
le  crâne  l'emporte  de  beaucoup  sur  la  face, 
ce  dont  on  peut  se  convaincre  par  la  plus 
simple  inspection  comme  par  l'application 
des  méthodes  oépbalométnques.  Tons  les 
individus  qui  la  composent  ont,  d'ailleurs, 
la  peau  plus  ou  moins  blanche,  les  joues 
rosées,  fe  visage  ovale  ou  presque  ovale 
dans  le  sens  vertical,  le  nez  long,  arqué  et 
mince,  le  front  non  rejeté  en  arrière,  bombé, 
saillant,  les  lèvres  petites,  le  menton  plein 
et  arrondi,  les  dents  droites  et  non  inclinées. 
Ce  n*est  que  chez  eux  aussi  qu'on  trouve 
des  cheveux  blonds  ou  châtains  et  des  yeux 
lileus.  Jamais  leurs  os  ne  sont  nulle  part  irès- 

{ Proéminents,  et  les  pommettes,  en  particu- 
ier,  ne  font  jamais  une  saillie  prononcée. 

L'illustre  auteur  du  R^e  animal  distin- 
gue dans  la  race  blanche  trois  rameaux, 
qu'il  énumère  dans  l'ordre  suivant  :  le  ra- 
meau araméen  ;  le  rameau  indien,  germain 
et  pélttigique  ;  le  rameau  scythe  et  tartare. 
Quoique  cette  division  se  rattache  à  des 
considérations  linguistiques  et  historiques 

BlutAt  qu'à  des  rapprochements  zoologiques, 
[.  d'Omalius  d'Halloy  a  cru  devoir  la  pren- 
dre pour  base  de  son  travail,  parce  qu'elle 
est  la  plus  généralement  adoptée.  Mais  en 
réunissant  dans  un  même  rameau  tous  les 
peuples  parlant  des  langues  considérées 
oomme  ayant  des  rapports  avec  le  sanskrit, 
on  groupe  ensemble  les  hommes  les  plus 
blancs  et  les  plus  noirs  de  la  race  blanche, 
on  range  dans  la  même  division  les  peuples 
qui  se  trouvent  à  la  tète  de  la  civilisation 
moderne  et  d'autres  qui  en  sont  fort  éloi- 
gnés, et  on  fait  disparaître  de  la  science  le 
groupe  européen^  qui  est  généralement  admis 
par  ceux  qui  ne  font  pas  de  classifications 
systématiques. 

Or,  il  a  paru  que  l'on  pouvait  éviter  ces 
inconvénients  en  envisageant  comme  des 


rameaux  particuliers  to  partie  européenne 
et  la  partie  asiatique  de  cet  immense  ra- 
meau, ce  qui  donne  les  quatre  divisions  géo- 
graphiques indiquées  ci-après.  D'un  autre 
rôte,  en  plaçant  le  rameau  européen  en 
tète  de  la  série  on  rompt  toutes  les  affaires 
zoologiques  et  sociales,  puisque  l'on  met 
des  peuples  aussi  bruns  et  aussi  liarbares 
que  les  nomades  du  grand  désert  d'Afrique 
avant  les  peuples  les  plus  blancs  et  les  plus 
civilisés  cle  la  terre.  Cette  disposition  fiaraU 
avoir  été  suggérée  par  la  circonstance  que 
la  civilisation  se  serait  développée  en  pro* 
uiier  lieu  dans  le  rameau  araméen  ;  mais  il 
semble  que  Ton  doit  avoir  bien  plus  d'é* 
ganis  à  I  ensemble  du  développement  de  la 
civilisation  qu'a  son  époque,  carcette  époque 
peut  tenir  à  des  idées  acciilcntelles,  tandis 
que  l'ensemble  doit  tenir  à  des  considéra- 
tions d'aptitude,  c'est-à-dire  k  une  propriété 
que  l'on  peut,  jusqu'à  un  certain  point,  con 
sidérer  comme  résultant  de  l'organisation, 
ainsi  que  l'ont  fait  observer  plusieursphysio- 
logistes.  Ce  ne  doit  point  être  en  effet*  par 
hasard  aue  la  civilisation  n'a  jamais  pu  s'é- 
tendre d  une  manière  bien  fixe  chez  les  peu- 
ples de  la  race  noire.  Or,  lorsque  l'on  fiiit 
attention  à  l'état  où  sont  maintenant  retom- 
bés les  Araméens  et  au  point  où  se  sont 
élevés  les  Européens,  on  doit  admettre  que 
ceux-ci  ont  plus  d'aptitude  que  ceux-là  pour 
la  civilisation  ;  de  sorte  qu'en  plaçant  le  ra- 
meau le  plus  blanc  à  la  tète  de  la  race  blan- 
che, de  même  que  Ton  place  celle-ci  avant 
les  races  colorées,  on  obtient,  par  les  quali- 
tés intellectuelles  comme  pour  celles  dites 
physiques,  une  série  décroissante  aussi  ré- 
gulière que  le  permet  la  disposition  des 
rapports  qui  existent  entre  les  êtres. 

La  race  blanche^  originaire  du  Caucase, 
d'où  elle  se  sera  répandue  sur  tontes  les 
parties  de  la  terre,  a  pour  caractère  spé* 
ciaux  : 

Visage  ovale,  nez  long  et  saillant,  peau 
blanche,  composée  d'un  derme  et  de  deux 
épidermes,  pouvant  se  nuancer  depuis  le 
blanc  rosé  jusqu'au  brun  très-foncé,  et  rou- 
gir et  pâlir  accidentellement  sous  l'influence 
des  impressions  morales.  Cheveux  lençs, 
flexibles,  unis,  variant  du  blond  au  noir. 
Ansle  facial  de  80  à  90  degrés.  Sourcils  ar- 
ques, paupières  minces,  front  ouvert,  dents 
incisives  verticales,  pommettes  peu  saillan- 
tes, lèvre  supérieure  un  peu  raccourcie, 
barbe  touffue,  yeux  bien  ouverts  et  horizon- 
taux, taille  s'élevant  généralement  au-dessus 
de  cinq  pieds,  démarche  assurée.  Cette  race 
occupe  un  espace  mesuré  par  un  arc  du  mé- 
ridien d'environ  50  à  dO  deçrés,  depuis  le 
cercle  polaire  arctique  jusqu  au  delà  du  tro- 
pique du  Cancer.  Ële  a  une  incontestable 
prééminence  physique  et  morale  sur  les 
autres  races. 

Elle  se  partage  en  quatre  rameaux,  l'fure- 
p/en,  le  Mcytkiquef  Yindo-persique  et  Vara-' 

fficffl. 

BLÉ  SARRASIN  (Polygonum  fagopyrum), 
n'est  point  de  la  famille  des  céréales,  mai 
sa  graine  farineuse  lui  donne  une  telle  ani* 


Iȕ 


BCE 


PIGTIONNAIRE 


Bce 


£88 


logie  avec  cette  famille  des  végétaux,  qu'on 
pQut  Tiadiquer  comuia  ea  Csiisant  une  dé- 
.pendance  ;  on  le  cultive  dans  les  guérets  et 
lie  la  même . manière  que  Içs  céréales.  Beck- 
maun  a,  dans  son  Histoire  des  découvertes^ 
exposé  les  documents  historiques  les  plus 
anciens  qui  se  rattachent  à  ce  végétal,  et  il 
a  fait  voir  qu'il  était  ignoré  de  1  antiquité, 
.et  qu'il  n'est  point  ni  ce  qu'on  appelait 
êrysimum^  ni  Vocymum.  Il  cite  l'ouvrage  do 
Bruyérin  Champierre^  Dif^nosophia  seu  sitOf 
.logiay  dans  lequel,  c'est^à^ire  vers  1530,  le 
blé  sarrasin  est  donné  comme  un  grain  venu 
4e  la  Grèce  et  de  l'Asie  en  Europe  depuis 
.peu  de  temps.  Les  Poloqais  le  nomment 
tatarka  et  les  Russes  gretsckika;  les  pre- 
miers, parce  qu'ils  l'ont  reçu  des  Tartares, 
et  les  seconds  des  Grecs.  On  ne  sait  pas  s'il 
y  a  longtemps  qu'il  est  cultivé  dans  le  nord 
de  la  Russie  ou  de  la  Grèce.  11  ne  crott 
point  spontanément  dans  ces  pays,  surtout 
en  Russie  ;  mais  comme  on  le  cultive  l>eau- 
couf)  aussi  en  Chine,  il  pourrait  bien  être 
originaire  de  cet  empire.  11  v  a  une  espèce 
voisine  dont  le. grain  est  également  comes- 
tible, qu'on  nomme  po/^g^num  tartaricum  : 
on  le  trouve  à  l'état  sauvage  en  Sibérie,  sur 
les  bords  du  Jenisséi,  comme  aussi  dans  les 
contrées  situées  au  delà  du  lac  Baïkal  et 
sur  les  bords  de  l'Argoun.  On  recueille  le 
grain  de  la  plante  sauvage  pour  le  man- 
.ger. 

BC£UF,  Taureau,  ZAbi;,  Buffle,  etc.  — 
Le  taureau  est  un  des  animaux  les  plus  im- 
.portants  pour  l'homme  ;  il  lui  est  nécessaire 
dans  la  vie  pastorale  et  dans  la  vie  agricole. 
On  s'est  livré  à  de  nombreuses  recherches 
pour  t&cher  de  trouver  la  souche  sauvage  du 
taureau.  Pendant  longtemps,  on  a  pris  pour 
taureau  sauvage  lé  bison  ou  wysent  des 
anciens  Allemands,  le  zubre  des  Polonais, 
assez  souvent  aussi  appelé  aurochs  (105), 
mais  des  caractères  très-importants  éta- 
blissent de  la  différence  entre  ces  deux 
animaux  ;  le  bison  a  quatorze  côtes,  le  tau-- 
rpau  n'en  a  que  treize  ;  le  premier  a  pendant 
J'hiver  les  parties  antérieures  du  corps  cou- 
vertes de  poils  longs  et  frisés,  il  exhale  une 
odeur  de  musc;  le  poil  de  la  partie  posté- 
rieure est  mou  et  laineux  ;  en  hiver,  sa  cou^ 
leur  est  d'un  brun  foncé  ;  dans  Tété,  il  est 
4^in  brun  chAtain  clair  ;  une  grosse  bosse 
ii'éiève  sur  ses  épaules  ;  les  lèvres,  la  langue 
et  tout  le  palais  sont  d'un  noir  bleuâtre,  et 
la  pupille  est  presque  perpendiculaire.  Gibert 
avait  déjà  observé  qu  une  femelle  de  bison 
avait  refusé  de  s'accoupler  avec  un  tau- 
reau (106).  11  ne  reste  donc  pas  le  moindre 
doute  sur  la  différence  d'espèce  entre  le 
bisoii  et  le  taureau  domestique.  Il  existe 
plusieurs  descriptions  exactes  de  cet  animal 


remarquable,  qui ,  suivant  les  anciens  bis* 
toriens,  était  très-répandu  dans  toute  TEu- 
rope,  mais  qui  maintenant  est  confiné 
dans  la  grande  forêt  de  Bialowicza,  en  Li- 
thuanie,  autant  qu'on  peut  en  juger  (tOT). 
Suivant  lea  observations  du  baron  de  Brinc- 
ken,  il  est  très-vraisemblable  qu'une  autre 
espè(;e  de  taureau  sauvage,  Vaurochs  urus 
proprement  dit,  thur  de  Pologne,  vivait 
dans  les  forêts  de  cette  partie  de  l'Eu- 
rope, probablement  même  aussi  en  Alle- 
magne, en  même  temps  que  le  bison.  Mais 
le  tnur  n'avait  point  (le  crinière,  point  de 
•gibbosité  sur  leséjuiulesi  son  poil  était  lisse, 
sa  couleur  toujours  noire  ;  enfin,  il  res^em- 
l)lait  beaucoup  à  notre  taureau  domestique, 
^t  les 'deux  espèces  ont  pu  s'accoupler  en-i 
iiemble.  Aujourd'hui  l'espèce  parait  entière- 
ment détruite.  Le  baron  de  Brincken  ajoute 
^ue  des  témoins  oculaires  affirmaient,  et 

aue  le  prince  palatin  Ostrorog  avait  consigné 
ans  un  ouvrage  resté  manuscrit,  qu'il 
régnait  entre  l'urus  et  le  bison  une  telle 
antipathie,  qu'on  ne  pouvait  les  laisser  dans 
le  même  parc.  Les  anciens  avaient  déjà  dis- 
tingué l'urus  et  le  bison  (106)  ;  ils  disent 
que  le  bison  portait  une  crinière,  et  César, 
qui  ne  parle  que  de  l'urus,  se  tait  sur  cette 
crinière  (109).  Conrad  Gessner  donne  une 
bosse  au  bison,  et  Buffon  avait  conclu  de  là 
qu'il  y  avait  deux  espèces  d'aurochs,  l'isi^ 
qui  avait  upe  bosse,  et  l'autre  qui  n'en 
avait  point.  Cuvier  combattit  cette  opinion. 
Aristote  décrit  avec  beaucoup  de  détail  lo 
bonasos,  et  tout  ce  qu'il  en  dit  s'afqplique 
exactement  au  bison,  à  l'exception  de  la 
disposition  des  cornes.  L'auteur  dit  qu'il  se 
défendait  contre  ses  eniiemis  avec  ses  ex- 
créments corrosif^,  ce  qui  peut-être  lui  avait 
été  transmis  par  l'accouplement  avec  d'au- 
tres animaux  (110). 

L'Allemagne  est  probablement  une  des 
■patries  du  bœuf.  L'espèce  sauvage  primi-r 
tive  était  anciennement  beaucoup  plus 
répandue  aue  dans  les  derniers  temps  ii{ui 
ont  précédé  sa  destruction  totale  ;  elle  $*é- 
tendait  à  l'ouest  et  au  sud  sur  les  monta" 
sues  ;  maintenant  encore,  la  Pologne  et  la 
Hongrie  sont  les  deux  contrées  où  l'espèce 
bovine  atteint  la  plus  grande  taille  ;  c'est 
probablement  de  ces  deux  pays  que  sont 
sortis  ces  bœufs  grands  et  forts  des  régions 
occidentales. 

Mais  on  ne  peut  guère  supposer  que  le 
bœuf  d'Afrique  soit  sorti  de  cfelui  des  forôh 
de  la  Pologne  ou  de  la  Russie.  Le  bœuf 
d'Afrique,  partout  où  on  le  trouve,  jusqu'à 
l'extrémité  du  cap  de  Bonne-Espérance,  se 
distingue  de  celui  de  l'Europe  par  ses 
jambes  plus  élevées  et  plus  grêles,  et  la 
vache  airicaine  donne  moins  de  lait  que 


(103)  Suivant  A.  Dcshoolins  ,  Dict.  clas.  d'hist. 
nat.j  le  véritable  nom  de  ranimai  serait  aurochs, 
l>os  (ertis,  Linné.  Voy.  aussi  Cuvier,  Descript.  des 
an'rm.  foss.,  t.  IV,  p.  ii9,  où  il  dit  que  Taurochs  de 
iPoIogi^e  a  quatorze  côtes,  et  le  bison  de  l^Amérique. 
J>o$  aniêi-icanus,  en  a  quinze. 
>  (1015)  OpusculapiiymlogicO'XOologica,  p.  70. 


(107)  Mém.  descriptif  de  la  forêt  de  BiulotncM.en 
Lithuanie,  par  le  baron  de  Bruvciîeii  ;  Varsovie,  iftiS, 
n-4%  ch.  2. 

(t08)  PLniE,  Hist.  liai.,  1.  vui,  c.  15. 

(t09)  De  bello  aallico,  l.  vi,  c.  28. 
ilU)  Hist,  antm.y  par  Sch.neider,  lîb.  tx,  c  iS- 


BGC 


DAKTBROPOLOGiC. 


Bce 


«Kl 


oeHe  d*Europft  ;  il  psralt  aussi  plus  docile, 
plus  intelligent  que  le  nôtre  ;  son  poil  est 
lisse,  luisant  et  constamment  rouge.  Lorsque 
les  Européens  firent  la  découverte  des  Uot- 
tentots,  ils  trquvèrent  chez   eux  du  gros 
bétail,  et  ces  animaux  étaient  d'une  telle 
docilité  au*on  s*en  servait  à  la  §perre  (111). 
Le  peuple  des  Gallas,  qui,  ainsi  qu'un  tor- 
rent dévastateur,  s'est  répandu  en  Afi-ique 
comme  autrefois  les  Mongols  en  Asie,  est  un 
peuple  pasteur,  vivant  du  lait,  du  beurre  et 
de  la  cbair  de  ses  troupeaux,  et  de  celle  de 
iKBuf  par  préférence.  Ce  même  peuple  a 
pendant  longtemps  méprisé  ragriculture,  et 
encore  aijg^Hird'bui,  la  plus  grande  partie 
du  pajs  qu'il  occupe  est   restée  inculte. 
Plusieurs    antres  peuplades  de  l'Afrique, 
tellBS  que  les  Foulant,  vivent  encore  du  pro- 
duit de  leurs  troupeaux.  L'éducation  des 
liestiaux  est-elle  bien  ancienne  dans  le  nord 
de  l'Afrique  ?  C'est  ce  que  Je  n'oserais  pas 
dire,  mais  les  monuments  historiques  de 
riDtiquité  la  |>lu$  reculée,  qui  rappellent  la 
nvilisation  des  Egjrptiens,  nous  montrent  le 
taureau  sacré  d'Apis.  L'Afrique  aurait-elle 
été  la  seconde  patrie  de  notre  bœuf  domes- 
tique, et  principalement  de  la  variété  rouge? 
Li  iiMÎIité  avec  laquelle  le  bœuf  est  devenu 
sauvage  au  Brésil,  h  Buénos-Ayres  et  dans 
dAutres  régions  chaudes,  et  sa  multiplica- 
tion prodi^euse,  semble   prouver   que  le 
Ixeuf  est  originaire  des  pays  chauds. 

Le  zébu  ou  iKBuf  bossu  {boë  indicui)  est 
lépandu  dans  l'Inde,  la  Perse,  même  dans 
TArabie  et  l'Afrique  orientale,  comme  ani- 
mal domestique  ;  il  est  habituellement  plus 
|ietit  que  le  Ixeuf  commun  (112),  plus  élancé 
et  plus  agile,  facile  à  dresser  pour  la  mon- 
ture et  le  charroi  ;  son  garrot  est  chargé 
d  une  bosse.  Plusieurs  naturalistes  le  con- 
sidèrent comme  une  variété  du  bœuf  com- 
mun ;  il  y  a,  en  effet,  grande  ressemblance 
entre  la  disposition  des  organes  internes  de 
tous  deux,  mais  ils  diffèrent  par  la  taille,  la 
gibbosité  et  la  voix  ;  déjà,  dans  une  antiquité 
reculée,  il  était  un  animal  domestique,  car 
il  est  figuré  dans  les  bas-reliefs  des  ruines 
de  PersépoHs,  au  milieu  des  peuplades  en 
marche;  craendant,il  porte  dans  les  langues 
anciennes  le  même  nom  que  le  bœuf  com- 
mun. En  sanscrit  comme  en  persan,  on 
rappelle  gau  (ail.,  kuh;  arabe,  isour  ou 
four,  arabe  vulg.)  ;  d'où  est  venu  le  taurus 
des  Latins,  le  «Iter  des  Allemands.  Le  bœuf 
est  pour  les  Indous  un  animal  sacré,  comme 
il  I  était  autrefois  pour  les  Egyptiens  ;  sa 
race  primitive  est  perdue. 

Dans  toutes  les  parties  de  l'Inde  on  trouve 
le  buffle  ayssi  bien  à  l'état  sauvage  qu'à 
t'élat  domestique.  Un  ^rand  nombre  de  rela- 
tions de  vo  vases  contiennent  des  notices  sur 
^H  anknal  alitât  sauvage.  Les  plus  récentes 
<ie  ces  relations  établissent  que  Tamt ,  cette 


espèce  de  bœuf  dont  on  avait  tant  exagéré 
la  grosseur,  n'était  qu'un  buflle  sauvage  (lia). 
Les  collections  danatomie  comparée  du 
Uuséum  de  Beriin  possèdent  le  crâne  d'un 
arni  qui  ne  diffère  en  rien  de  celui  du  bulllo 
domestique.  Les  cornes  à  leur  naissance  sont 
assez  écartées  l'une  de  l'autre;  elles  sont 
aplaties ,  et  portent  à  la  partie  inférieure 
des  anneaux  séparés  par  des  sillons  assez 
profonds  ;  ils  sont  places  à  plat  sur  le  front, 
contournés  comme  chez  le  buffle,  presque 
dans  le  même  plan  en  dehors  et  en  remon- 
tant. Ces  observations  confirment  l'opinion 
que  le  bufile  et  l'ami  ne  font  qu'une  seule 
espèce.  Un  passage  d'Aristote  {Hist.  an., 
1.  II,  ch.  2),  déjà  cite  fort  à  propos  par  Buffon, 
prouve  C[ue  le  buffle  n'était  point  inconnu 
aux  anciens.  Mais  ils  ne  connaissaient  pas 
le  buflle  domestique,  comme  J'a  fait  re- 
marquer Bu  tfon  et 'comme  l'avait  dit  avant 
lui   Bochart    {Hieroxolc,,   1.   ni,   18,    22, 

JK  899  et  910}.  Le  nom  de  bubalus  ou  bubn- 
us  que  lui  donnaient  les  anciens  signifie 
une  gazelle.  C'est  vers  le  moyen  âge  qu'il 
est  question  de  notre  espèce  de  buffle  comme 
d'un  animal  domestique ,  et  l'on  croit 
communément  que  cest  à  la  suite  des 
hordes  d*AitiIa  qu'il  est  venu  en  Hongrie  et 
en  Italie,  où  il  s'en  trouve  encore  une 
grande  quantité  à  l'état  domestique. 

Une  autre  espèce  de  bœuf  se  voit  encore 
dans  les  Indes  Orientales,  chez  les  Kukies, 
peuple  qui  habite  les  montagnes  au  nord- 
est  du  Êengale,  dans  l'Inde  citérieure.  à 
Ceyian  et  à  Java,  où  il  est  à  la  fois  domes- 
tique et  sauvage.  C'est  le  gayals  gouvena  ou 
bantinger  (bos  frontalis^  Lamb.).  Cet  animal 
a  la  taille  et  a  la  structure  massive  du 
buffle,  mais  ses  cornes  sont  bien  plus 
courtes  ;  sa  couleur  brune  va  en  s'éclaircis- 
sant  vers  les  parties  inférieures  du  corps; 
sa  chair  et  son  lait  sont  d'une  qualité  supé- 
rieure (114).  Ainsi,  nous  trouvons  encore 
dans  rinde  méridionale  un  nouveau  foyer 
de  civilisation.  Le  gour  {bosgaour.  Treiil.), 
autre  espèce  de  bœuf,  n*a  pu  encore  être 
amené  à  la  domesticité. 

Le  bœuf  à  crinière  de  cheval  {bo9  gru^ 
niens)  ou  yack,  est  élevé  comme  animal 
domestigue  dans  le  Thibet  et  dans  les  con- 
trées voisines,  où  on  le  trouve  aussi  à  l'état 
sauvage.  Le  poil  long  et  mou  qui  couvre 
son  corps,  et  surtout  les  poils  longs  et  fins 
et  souvent  blancs  de  sa  queue,  le  distin- 

E lient  de  toutes  les  autres  espèces  du  genre^ 
'yak  n'était  point  inconnu  aux  anciens;  la 
description  que  fait  Elien  du  bœuf  irov^vayo/ 

f>arait  s'appliquer  très-bien  à  cet  animal.  On 
'emploie  comme  bète  de  somme,  car  il  est 
fort,  et  il  supporte  bien  la  fatigue;  ses 
longs  poils  servent  à  faire  des  étones,  et  se 
queue  à  faire  des  chasse-moucheê  ou  d^au-* 
très  petits  ornements  de  luxe.  Blumenbacbf 


(111)  KaLMK,  Beuhreibuna  dpr  Vorgebiroe  der  gu- 
len  Hojnungi  th.  i,  s.  160.  Ils  leur  donnaient  le  nom 

(Hi)  Il  y  a  anfisi  deux  autres  vanéics,  une  grosse 
tiWBMkyeaiie. 


(113)  Aêiat.  Research,,  v,  8,  p.  526. 

(114)  Lambekt,  in  Linnean  Traruact.,  vn,  p.  57^ 
t.  IV;  CoLEDROOKC,  iti  Asiat,  Researcheif  yiu,  pa(f< 
51i,  i  ilg. 


toi 


bOT 


DICTIONNAIRE 


WT 


m 


dans  son  Athê  (n*  23),  a  donné  une  bonne 
figure  de  Tyack. 

Les  crAnes  des  bœufs  fossiles  ressemblent 
à  ceux  du  bœuf  commun.  Bojanus  a  démon- 
tré qu'ils  appartenaient  à  une  espèce  aujour- 
d'hui perdue. 

Nous  voyons  donc,  de  manière  à  n'en  pas 
douter,  qu  on  a  apprivoisé  plusieurs  espèces 
de  bœufs  toutes  diiférentes  ;  et  la  domesti- 
cité de  l'une  amena  peut-être  la  domesticité 
de  l'autre.  Les  circonstances  .  extérieures 
s'opposèrent  à  ce  que  ces  espèces  se  fondis- 
sent en  une  seule ,  comme  if  est  arrivé  pour 
le  chien.  Le  zébu  ne  s'est  point  mêlé  avec 
notre  bœuf  comçiun,  dont  il  est  resté  séparé. 
Il  est  vraisemblable  que  la  fusion  des  espè- 
ces polonaise  et  égyptienne  en  une  seule  a 
produit  notre  espèce  commune.  Ainsi,  deux 
pays  s'occupèrent  à  la  fois  de  la  domesticité 
du  bœuf ,  l'Afrique  et  l'Inde  méridionale , 
comme  dans  l'Afrique  et  dans  l'Inde  septen- 
trionale on  s'occupa  de  celle  du  chien.  Les 
peuples  slaves  et  germains,  qui  étaient  des 
colonies  venues  d'Orient ,  n'apprivoisèrent 
peut-être  l'aurochs  que  tard ,  et  seulement 
pour  leurs  besoins. 

BOHÉMIENS.  Voy.  FEurope  moderne. 

BONALD  (de).  Voy.  Langage. 

BOSCHISMANS.  Voy.  Rages  humaines. 

BOSSUET,  beau  chapitre  sur  l'homme 
organique.  Voy.  V Introduction. 

BOTOCUDOS  (115).  —  La  nation  des  Boto- 
cudos,  l'une  des  plus  barbares  qui  soient  au 
monde,  occupait,  au  xvi*  siècle ,  une  grande 
étendue  du  pays  qui  forme,  dans  l'Amérique 
méridionale,  la  Capitaneria  de  Ilheos,  s'éten- 
dant  jusau'à  Porto -Seguro  ;  les  Botocudos 
étaient  alors  de  fâcheux  voisins  pour  les 
colons  portugais  du  Brésil ,  auxquels  ils  fai- 
saient une  guerre  incessante  et  très-meur- 
trière. Aiqourd'hui  ils  sont  repoussés  dans 
l'intérieur  et  ne  se  trouvent  guère  que  du 
Rio-Doceau  Rio-Pardo,  c'est-à-dire  entre  le 
18'  et  le  20'  degré  de  latitude  sud. 

M.  d'Orbigny  dit  que  la  couleur  des  Boto- 
cudos se  rapproche  beaucoup  de  celle  des 
Guaranis,  mais  est  un  peu  plus  claire,  ce  qui 
tient,  suivant  lui,  à  ce  que  les  premiers  vivent 
à  l'ombre  des  forêts.  Leur  teint  est  à  peu 
près  celui  des  Guarayos.  Un  Botocudo  décrit 
par  ce  voyageur  ressemblait  aux  Guaranis 
par  la  taille ,  les  formes  ,  les  proportions  et 
môme  les  traits,  si  ce  n'est  que  les  pommet- 
tes étaient  un  peu  plus  saillantes ,  le  nez  un 
peu  plus  court ,  la  bouche  plus  grande ,  la 
barbe  encore  plus  rare ,  le  regara  plus  sau- 
vage et  les  yeux  plus  petits ,  plus  relevés  à 
l'angle  externe ,  ce  qui  le  faisait  ressembler 
davantage  à  un  Mongol.  Les  Botocudos  sont 
aussi  tfune  couleur  plus  jaune  que  les  Gua- 
ranis et  autres  Indiens  de  l'Amérique  méri- 
dionale. 


Les  Botocudos  ont  été  cannibales  et  étaient 


les  plus  sauvages  de  tous  les  Américains.  Ils 
portaient  pour  ornements  des  colliers  ou 
chapelets  de  dents  humaines  (116).  Depuis 
quelques  années,  on  a  fait  des  tentatives 
pour  les  civiliser  et  les  convertir  à  la  religion 
chrétienne.  Voici  ce  qu'on  lit ,  à  ce  sujet , 
dans  une  des  publications  de  la  Société  pour 
la  protection  des  aborigènes. 

«  Après  avoir  parlé  de  ces  violations  des 
droits  naturels  dont  ont  été  victimes  les  indi* 
gènes  de  la  Guyane  sur  les  confins  extrêmes 
de  l'empire  brésilien,  on  est  heureux  de  pou- 
voir citer  des  faits  d  une  nature  opposée  et 
qui  promettent  à  ces  races  malheureuses  un 
meilleur  avenir,  d'avoir  à  signaler  les  chan- 
gements qui  se  sont  opérés  en  leur  faveur 
dans  les  provinces  plus  voisines  du  gouver^ 
nement,  et  sous  les  auspices  du  îeune  enape* 
reur.  Jusqu'ici  on  n'avait  parlS  des  Boto- 
cudos ,  qui  habitent  le  pays  arrosé  par  le 
Rio-Doce  et  par  ses  affluents ,  que  comme 
d'une  race  dégradée  au  dernier  point.  Sauva- 
ges dans  leurs  mœurs,  constamment  errants, 
complètement  nus  ou  peu  s'en  faut,  ils  lyou- 
taient  encore  à  leur  laideur  naturelle  et  se 
donnaient  une  physionomie  plus  repoussante 
par  l'habitude  qu'ils  avaient  de  se  fendre  la 
lèvre  inférieure  et  les  oreilles,  et  d'introduire 
dans  ces  ouvertures  de  larges  disques  de 
bois  ;  enfin ,  on  les  accusait  d'Être ,  ou  au 
moins  d'avoir  été  cannibales.  Aujourd'hui , 
grâces  aux  efforts  de  Guido-Marlière ,  les 
traits  hideux  de  ce  portrait  tendent  à  s'effa- 
cer. Les  premiers  résultats  obtenus  par  lui , 
très-peu  de  temps  après  que  des  communica- 
tions lui  eurent  été  faites  de  la  part  de  la 
Société  ,  ont  eu  pour  ot^jet  un  Indiien  Boto- 
cudo, Guido-Pocrane.  Cet  indigène,  qui  parait 
doué  de  beaucoup  d'esprit  naturel,  embrassa 
le  christianisme  et  comprit ,  en  très-peu  oc 
temps ,  les  avantages  de  la  civilisation.  Les 
connaissances  (^u'il  acquitfurent  sur-le-champ 
employées  en  laveur  de  ses  compatriotes,  et 
avec  un  succès  vraiment  inespéré  :  déjà  qua- 
tre hordes  de  Botocudos  sont  réduites  aui 
habitudes  de  la  vie  civile,  ont  appris  à  culti- 
ver la  terre  et  en  ont  obtenu  ues  produits 
non-seulement  en  quantité  suffisante  pour 
leur  propre  consommation ,  mais  avec  un 
excédant  qui  leur  a  permis  de  préserver  des 
horreurs  de  la  famine  une  petite  colonie  iso- 
lée d'hommes  de  race  blanche.  Des  lois  rela- 
tives aux  points  les  plus  importants  ont  été 
établies  parmi  eux,  et  Guido-Pocrane,  dans 
le  code  criminel  qu'il  a  proposé  pour  eux,  a 
donné  un  exemple  que  les  législateurs  des 
pays  depuis  longtemps  chrétiens  feraient 
bien  d'imiter,  en  abolissant  complètement  la 
peine  de  mort.  » 

Il  y  a  dans  Tcmpire  brésilien  beaucoup  de 
nations  dont  les  langues ,  quoique  n'ayant 
jamais  été  l'objet  d'une  étude  et  d'une  com- 
paraison sérieuse,  sont  cependant,  en  géné- 
ral ,  considérées  comme  étant  distinctes  les 
unes  des  autres.  En  attendant  qu'on  ait  éclairci 


(116)   Dans  le  premier  volume  du   Voyage  de  F    t^  ^»  urncmenis. 


rs 


BOU 


D  ANTHROFOLOCIE. 


6011 


m 


repoint»  qui  seul  nous  conduirait  à  des  con- 
sé.^uences  un  peu  satisfaisantes  relativement 
aux  rapfïorts  existants  entre  ces  races,  nous 
devons  nous  contenter  des  inductions  qui 
peuvent  se  tirer  de  la  considération  de  leurs 
caractères  physiques.  Il  paraît  que  9  sous  ce 
rapport ,  tous  ces  Indiens  ont  beaucoup  de 
ressemblance  avec  les  Guaranis,  et  M.  d'Or- 
bigny  suppose  qu'ils  appartiennent  au  même 
groupe  de  nations  ;  il  fonde  son  opinion  i>rin'- 
eipalement  sur  les  portraits  que  mM.  Spix  et 
Martius  »  le  prince  M aximiiien  de  Neuwied , 
M.  Rngendas  et  M.  Debret ,  donnent  dans 
leurs  ouvrages ,  portraits  qui  représentent 
des  Bogres  de  la  province  de  Saint-Paul,  des 
«!Iumacans,  des  Puris,  des  Caroados  et  des 
Coropos  La  même  remarqne  s'applique  à 
des  Indiens  de  tribus  moins  connues  et  dont 
nous  n'avons  oue  des  descriptions  incomplè- 
tes ;  tels  sont  les  Macuanis,  les  Penhams  de 
Minas-Geraes,  lesMachacalis,  lesCapoxos,  les 
Cataxos ,  les  Comanaxos  des  frontières  de 
Porto-S^niro  et  de  Babia ,  les  Carivis ,  les 
Sabncas,  les  Murus,  les  Mundrucus. 

Toutes  ces  tribus  et  beaucoup  d*autres , 
dont  il  est  question  dans  l'ouvrage  des  voya- 
cears  que  nous  venons  de  nommer,  ressem- 
blent,  par  leur  type  général  d'organisation , 
aux  races  brasilio-guaranieunes. 

BOUCHE.  Vov.  VlniroducHon 

BOUDDHA.  Voy.  BoronnisuB. 

BOUDDHISME.  —  On  a  assigné  à  la  civili- 
sa tion  chinoise  une  origine  très-éloignée  et 
assez  singulière.  Diodore  s'était  contenté  de 
porter  les  colonies  égyptiennes  en  Assyrie^ 
en  faisant  de  Bélus  un  Thébain,  et  de  ses 
compagnons  de  voyage  les  premiers  prêtres 
ctbaldéens.  Les  monuments  des  rives  du  l^^il 
fournissent  assez  d'allusions  à  des  rapports 
hostiles  entre  les  deux  nations  qui,  dans  les 
temps  de  trêves,  peuvent  bien  avoir  échangé 
des  idées.  Huet,  Kircher,  Rempfer,  Degui- 

Ses,  Langlès,  sont  ailés  chercher  en  Egypte 
i  éléments  de  la  civilisation  indo-  chinoise 
et  ont  fait  de  Bouddha  un  Egyptien.  C'était  k 
la  vérité,  pendant  que  la  pnori té  égyptienne 
était  à  la  mode  et  que  les  livres  sanscrits 
étaient  à  peine  connus  de  nom.  Un  sinolo- 
gue (117),  qui  est  en  même  temps  indianiste, 
y  est  revenu  dernièrement  en  s  appuyant  sur 
un  texte  fort  obscur  et  fort  contestable  (118). 
L'écriture  idéographique,  le  culte  des  aïeux 
et  rimmobililé  du  cadre  social  sont  les  ana- 
logies desquelles  est  sortie  une  opinion  in- 
soutenable 

La  figure  noire  et  les  cheveux  crépus  de 
plusieurs  idoles  de  Bouddha,  vues  dans  l'ar- 
chipel indo-chinois,  ont  fourni  un  argument 
plus  spécieux,  tant  qu'on  n'a  pas  connu  pby 
siquement  les  races  humaines  qui  peuplent 
ces  lies,  et  qui  font  naturellement  à  leur 
image  les  idoles  de  leurs  dieux  et  demi- 
dieux.  Un  bien  plus  grand  nombre  d'idoles 
de  Bouddha  et  même  de  Sammonokodon  ont 
les  cheveux  plats  avec  la  face  basanée,  appa- 
rence physique  bien  plus  semblable  aux  ra- 


ces américaines,  qui  eurent,  elles  aussi, 
des  eouverneujents  immobiles  et  des  hiéro- 

S;lyphes.  Les  Xèqiies  ou  prêtres  des  Moscos, 
es  Caraïbes,  caste  sacerdotale  er/ante,  fai- 
saient de  longues  processions  que  les  Tam-^ 
naz  de  l'Amazone  continuent  encore  au- 
jourd'hui, la  tête  affublée  de  masques  repré- 
sentant divers  animaux,  comme  un  bas-re- 
lief de  Thèbes  ou  d'Ebsamboul.  Est-ce 
une  raison  pour  faire  naviguer  les  Améri- 
cains vers  rEgypte  des  Pharaons,  ou  les 
flottes  de  Sésostris  vers  le  golfe  du  Mexi- 
que? 

La  préocf^upation  de  la  multiplicité  et  de 
la  diversité  des  espèces  d'hommes  et  de  leur 
étemel  éparpillement  sur  la  terre  force  tou- 
jours à  recourir  à  des  communications  se- 
condaires et  difficiles,  chaque  fois  qu'on  dé- 
couvre deux  points  de  ressemblance.  Au  con- 
traire, pour  le  dogme  de  l'unité  primitive 
d'espèce  et  d'habitation,  de  pareils  accidents 
sont  des  repères  prévus  et  commodes;  l'In- 
dien, le  Chinois,  peuvent  offrir  les  traits  phy* 
siques  et  moraux  de  l'Egyptien  ou  de  rAz- 
tèque  aux  deux  extrémités  du  monde  et 
prouver  la  fraternité  première  des  races  et 
des  traditions,  à  peu  près  comme  en  physi- 
que trois  points  établissent  un  niveau. 

«  Moins  oue  personne,  dit  E.  de  Sali  s,  je 
serais  porté  à  nier  de  très-anciennes  com- 
munications entre  TE^rpte,  l'Ethiopie  et 
l'Asie  maritime  orientale  et  méridionale. 
J'ai  cru  trouver  dans  ces  communications  la 
solution  du  problème  relatif  aux  races  mé- 
tives  de  la  vallée  du  Nil.  Les  relations  com- 
merciales, même  timidement  entretenues, 
portent  quelque  jour  un  représentant  des 
deux  intérêts  à  l'extrémité  des  limites  géo- 
eraphiaues  des  deux  échanges.  L'Arabie,  la 
Perse,  la  presqu'île  indienne,  l'Archipel,  les 
vaisseaux  des  Chamites  qui  ne  s'appelaient 
pas  encore  Phéniciens,  rorent  le  tnéâtre  de 
ces  relations,  où  les  deux  parties  finirent  par 
recevoir  chacune  des  idées  après  des  mar- 
chandises; mais  il  y  avait  eu  primitivement 
un  seul  courant  partant  d'une  métropole  et 
marchant  graduellement  vers  des  colonies. 
Poser  la  métropole  en  Egypte,  c'est  mécon- 
naître la  loi  qui  fait  rayonner  l'espèce  hu- 
maine de  l'Asie  centrale,  loi  dont  l'étude  des 
traditions  historiques  et  reli^euses  fournit 
en  attendant  des  preuves  dignes  d'atten- 
tion. » 

Sans  reprendre  ici  tous  les  rapprochements 
établis  par  Creuser,  Norden,  W.  Jones,  entre 
le  paganisme  des  Grecs-Egyptiens  et  le  po- 
lythéisme indou,  on  peut  noter  certaines 
coïncidences,  moins  connues  et  non  moins 
remarquables  :  la  vache  dans  laquelle  Myce- 
rinus  ensevelit  sa  fille  pour  la  purifier  ne 
rappelle-t-elle  pas  les  purifications  et  adora- 
tions indiennes?  Le  vrai  nom  du  fleuve  d'E- 
xpié et  d'Ethiopie,  connu  assez  tard  des  na- 
tions grecques,  mais  ancien  comme  la  civi- 
lisation égyptienne,  est  identique  à  celui  de 
la  principale  branche  de  l'Indus  d'où  Eusèbe 


'117;  M.  Paothier. 


(118)  M.  Staoisbs  JoUen  s*Mt  iascril  fn  faax 
contre  la  trailuction.  {Jaum.  asticl.,  M4i  ) 


ws 


toii 


biCTiONNAItlÉ 


BOtJ 


! 


tire  une  très-ancienne  colonie»  NiUAb  (eaa 
bleue).  Nil  signiflo  bleu  en  sanscrit^  comme 
bleu  ou  indigo  en  langue  sémitique  ;  la  ter-^ 
minaison  indienne  ab  se  retrouve  dans  le 
nom  de  Godab  (119),  affluent  des  Didessa  ou 
Nil  blane.  Ces  deux  mois  ressemblent  prodi- 

fieusement  au  persan  khochab  qui  veut  dire 
onne  tau,  Abraham,  d*abord  appelé  Abram 
et  Brabma;  Aram  et  Armeu  ne  se  trouvent^ 
ils  pas  placés  au  nœud  des  races  de  Sem  et 
de  Japhet,  comme  Menés  et  Menou  au  point 
de  jonction  des  peuples  de  Jaçhet  et  de 
Cham?  Kousch  n*est-il  pas'à  la  lois  le  nom 
de  la  patrie  du  brahmanisme  (rindo-Kouscb^ 
Caucase  indien),  et  de  la  principale  race  ïïfk^ 
jsaUée  issue  de  Cham?  Les  tribus  schatria 
émigrées  de  Tlndo-Bactriane  ont  fourni, 
néus  allons  le  voir,  plusieurs  nations  au 
Caucase  occidental  ;  on  aurait  dû  remarquer 
eu  outre  que  la  troisième  caste,  les  Faûta 
s'appelaient  aussi  Aria,  nom  des  nations  de 
riran  ou  Ariane. 

Tirer  d'Egypte  avant  VExode  la  civilisa- 
iion  indienne  ou  chinoise,  ce  serait  renouve- 
ler le  procès  de  Niebuhr  à  Tite-Live,  mais 
avec  de  bien  pires  chances  :  ce  serait  pré* 
tendre  savoir  rhistoire  d*£gypte  mieux  que 
Moïse  né,  vieilli  en  Egypte  et  armé  de  toute 
la  science  des  Egyptiens  (120).  Après  YExode^ 
on  se  rapproche  effectivement  des  temps  as- 
signés au  plus  ancien  des  Bouddhas,  rélbrma- 
teurs  homonymes  presque  aussi  nombreux 
que  les  zoroastres.  Mais  les  traditions  de 
llnde  font  émigrer  Bouddha  au  nord^^est; 
celles  de  la  Chine  le  font  entrer  par  Touest. 
Ceci  nous  ramène  aux  Tchinas  ou  premiers 
civilisateurs  de  ce  grand  empire. 

Le  code  de  Menou  mentionne  un  très-an- 
cien schisme  suivi  de  Témigration  de  plu^ 
sieurs  tribus  hors  du  territoire  sacré  :  Les 
Yavanas  (Ioniens,  Pelasges  ou  Hellènes), 
les  Sacas  (Saces  ou  Scythes) ,  les  Paradas 
(Parthes),  les  Pahlavas  (Pehlvis),  et  enfin  les 
Tchinoê.  Tous  ces  émigrés  appartenaient  h 
la  caste  militaire  et  allèrent  former  de  gran- 
des nations.  Les  Tchinas  pénétrèrent  en 
Chine  par  le  territoire  de  Chem^Si  et  donnè- 
rent leur  nom  au  territoire  de  Tchin.  Fobi 
ou  Bouddha  devint  leur  chef  spirituel. 

Les  Indianistes  modernes,  comme  embar- 
rassés des  richesses  que  chaque  jour  leur  ré- 
vèle dans  les  livres  sanscrits,  prennent  tour 
à  tour  des  partis  extrêmes  sur  ta  chronologie 
extraite  de  ces  livres  et  sur  les  dates  de  leur 
rédaction.  Il  faudra  bien  pourtant  que  la 
.haute  antiquité  assignée  par  eux-mêmes  à 
Ja  lan^e,  mère  commune  des  idiomes  les 
plus  Vieux>  s  incarne  dans  une  nation  ayant 
parlé  et  propagé  cette  lansue.  Je  fais  cette 
réflexion  à  propos  de  la  date  assignée  par 

il  19)  D^Abbadie,  Lettres  d* Abyssinien 
120)  AcU  VII,  21. 
121)  M.  Adolphe  Pictet  a  liaulcmenent  désap^ 
prouve  cette  tendance  modernisante  de  l'article  /n- 
dien^  dans  ]t  grande  Encyclopédie  allemande  de 
Tbéod.  BcpsBN,  tendance  reproduite  par  M.  Théod. 
Pavie,  Betue  des  Deux-Mondes^  4843.  MM.  Beasen 
et  Pavîe  soRt  fort  peu  d^àccord  avec  M.  Trovcr 
[Joum.  AfMf.,  7  octobre  1845) ^  qui.  admet  dans 


un  ieune  Indianiste  (121)  au  code  des  lois 
civiles  et  religieuses',  dit  de  Menou,  dont 
la  collection  ou  rédaction  ne  remonterait 
qu*au  viii*  siècle  avant  Jésus-Christ.  Quand 
cela  serait  vrai,  une  simple  analogie  mon- 
trera combien  il  faut  reculer  de  ce  point  les 
annales  primitives  de  la  nation.  Le  code  de 
Menou  représente  à  peu  près  le  Diaeete  de 
Justinien^  qui  ne  fut  compilé  qu^  quatorze 
siècles  après  la  fondation  de  Rome.  La  ré- 
daction des  Vedas  ou  premiers  livres  sacrés 
est  au  moins  de  quinze  siècles  antérieure  à 
notre  ère  i  et«  comme  Cuvier  Ta  fort  bien 
noté  pour  la  Genèse  que  Moïse  écrivait  à  peu 
près  vers  le  même  temps^  un  livre  consiiié- 
rable  en  suppose  toujours^  d'antérieurs^ 
chants,  traditions ,  poëmes,  collections  des 
lois,  de  préceptes. 

Mahabarat  et  Ilamayana  sont  Teeuvre  dé 
plusieurs  générations  de  Rhapsodes;  les 
Vedas  ont  été  remaniés  vingt--nuit  fois  par 
de  grands  richis  ou  lettrés. 

Le  code  de  Menou  déûnit  la  terre  sainte 
du  brahmanisme  Tespace  compris  entre 
THimalaya,  le  Vindjha,  la  mer  orientale  et 
Toccidentale.  Ce  pays  s'appelait  A  rya-Rharta, 
la  patrie  des  hommes  honorables.  La  près- 
qu  lie  du  sud  était  nommée  la  forêt  Daodaca. 
Ainsi,  bien  avant  la  rédaction  des  lois  de 
Menou ,  la  grande  nation  indienne  avait 
éprouvé  une  série  de  révolutions  qui  lui 
avaient  fait  perdre  son  territoire  primitif,  la 
Ractriane,  et  avaient  altéré  non-seulement  sa 
discipline  politique  et  religieuse,  mais  ju»- 
qu'aux  formes  extérieure^  et  aux  dogmes  de 
sa  r^lieion.  L'irruption  des  Indous  dans  là 
presqu  lie  est  attribuée  aux  triomphes  des 
sectes  bouddhiques  qui  les  refoulèrent  au  sud 
parmi  les  barbares  Rakchassas,  Y edars  et  Cou' 
roumbars.  Un  peu  plus  tard,  le  bouddhisme 
envahit  toute  la  péninsule,  et  même  Tlle  de 
Ceylan  où  il  est  définitivement  resté  depuis. 
Mais  vers  le  commencement  de  notre  ère, 
le  brahmanisme  parvient  à  expulser  les 
bouddhistes  de  toute  la  presqu'île  et  à  plus 
forte  raison  du  territoire  d'Arya-Bbarta.  Â 
cette  époque  on  rapporte  tous  les  graads 
monuments  religieux.  Deux  siècles  avant 
Jésus-^Christ,  l'architecture  sacrée  taille  les 
srottes  d'EUora,  Mababalipouram^  Eléphanla, 
Salsette,  qui,  malgré  leur  magnificence,  an- 
noncent, dit-on,  un  cuite  pnmitif  et  clan- 
destin. Puis  viennent  les  pagodes  de  Tri- 
chinopoli ,  Maddura ,  Jaggernaut,  Chillam* 
bram,qui,  s'élevant  au  grand  jour,  attestent 
un  nouveau  développement  de  l'art  et  un 
triomphe  définitif  du  culte 

Ces  suppositions  répondraient  amplement 
à  Cuvier,  demandant  comment  les  Grecs  d'A" 
lexaiidre  n'avaient  rencontré  dans  llode  au- 

rfaide  de  grands  Etats  civilisés,  plus  de  5»Û00  tus 
avant  Jésus-Christ.  U  admet  dans  le  Cachemire  des 
Irouhles  occasionnés  par  des  schismes  religieuii 
plus  de  vinct  siècles  avant  notre  ère.  Les  réformct 
avaientdéjà  les  idées  bouddhianes,  si  les  réforinatears 
ne  s*appelaient  pas  Bouddha.  Il  est  utile  d'ajouter  que 
M.  Troyer  n'a  |mis  puisé  ses  opinions  «bina  les  textes 
de  Lcgentil  ou  dans  les  révcs  de  Bailly. 


tt7 


BOU 


D*ANTUIIOPOLOGIL\ 


BOU 


inin  <ics  jaillis  roonuiuenls  qni  ont  dit  depuis 
]*a.Jiuirâlion  des  vovagears.  Il  eût  été  juste 
de  remarquer  que  les  historiens  contempo- 
rains d*Aleian'ire  n  ont  pres<]^ue  rien  laissé 
sur  sa  campa^e  indienne,  qui  d'ailleurs  fut 
-dirigée  vers  le  nord  de  rindus,  pays  froid, 
'neij^eui  et  pluvieui,  où  les  monuments  se 
conservent  trè^mal,  et  où«  pour  cette  raison 
et  pour  d'autres,  on  avait  pu  ju^^er  à  propos 
de  n'en  élever  que  de  très-médiocres,  en 
réservant  les  plus  beaux  pour  un  climat 
conservateur.  La  date  très-modemc  attribuée 
à  ceu\-d,  en  les  rapportant  à  la  seconde  oc- 
cupation de  la  presqu'île  par  le  brahmi- 
ni^iue,  serait  déjà  bien  reculée  si,  comme 
rû?n  ne  s'y  oppose ,  ils  étaient  rapportés  au 
premier  élablissement,  période  de  zèle  et  de 
richesse  aussi  favorable  au  développement 
artiste  qu'une  période  de  réaction.  Mon  but 
est  moins  de  contester  leur  jeunesse  que  de 
Cuire  des  réserves  pour  leur  plan,  lequel,  ex- 
pression des  do^es  mêmes  de  Findianisme, 
devait  avoir  été  réalisé  bien  des  fois ,  soit  à 
ces  lieux,  soit  à  d  autres  où  le  temps,  les  ré- 
volutions politiques,  l'inclémence  de  l'air  en 
avaient  abrégé  la  durée.  C  est  aiusi  que  lors- 
que les  temples  égyptiens  croulent,  on  s'a- 
{»erçoit  que  leurs  pierres  avaient  déjà  été 
employées  à  des  édifices  antérieurs  dont  la 
forme  actuelle  n'avait  été  qu'une  dernière 
é:Jition. 

^.  Lepsius  a  proclamé  l'origine  indoue 
^jc  l'architecture  égyptienne  même  à  ses 
périodes  les  plus  antiques. 

I^  conquête  de  l'Inde  par  Bacchus  est  une 
traduction  grea|ne  des  expéditions  de  Sé- 
V4»tri$  sous  le  drapeau  d  Osiris.  £uri[)ide 
n'avait  conduit  Bacchus  ipi'à  Bactres  ;  c'est 
plus  tard  qu'on  lui  fit  conquérir  l'Inde.  Mais 
Osiris,  Iswara,  Yaho-Sir  sont  un  mythe  in- 
dou  bien  antérieur,  et  les  gens  qui  tirent 
d'Egypte  la  religion  et  l'architecture  des 
linious  oublient  que  les  plus  anciennes  py- 
ramides sont  souvent  attribuées  aux  pas- 
tiMirs,  et  ([ue  ces  pasteurs  étaient  de  la  race 
Ariane  ;  qu'il  y  avait  iianni  eux  des  aslro- 
uooies  capables  de  réformer  l'année  vague 
l»ar  l'addition  des  jours  épagomùnes  et  à 
plus  forte  raison  des  savants  déjà  versés 
iiùns  l'architecture.  On  oublie  qu'une  expé- 
dition venue  du  Rhorasan  ou  de  la  Clialdée 
Mius  la  conduite  d'une  reine  Sémiramis  fut 
maltresse  de  l'Egj'ple  trois  mille  ans  avant 
iésu-s-Christ.  On  oublie  que  les  meilleurs 
rri tiques  d\\lexandrie  font  venir  de  l'Inde 
la  philosophie  et  la  science  égyptienne,  eu 
l<a>r>ant  par  l'Ethiopie. 

Avec  les  avantages  que  leur  font  aujour- 
d'hui les  indianistes,  Langlès,  Kirchcr  et 
Ktfoipfer,  au  lieu  de  Caire  arriver  leur  Bou- 
dha  égyptien  par  Siara  ou  Canton,  lui  fe- 
raient traverser  le  Malal>ar,  le  Carnatic, 
en  répandant  avec  sa  réforme  reli^euse  les 
plans  des  architectures  ég>'ptieunes.  Car  les 
architectures  se  ressemblent  autant  que  les 
reli;pons  et  plus  que  les  races  I  Mais  les 
tra/jitions  de  nationalité  n'ayant  jamais  été 


interrompues  chez  les  brahmes,  ooffloient 
leur  orgueil  artiste,  leur  discipline  reli«> 
gieuse  auraient-ils  condescendu  à  accepter 
les  plans  offerts  par  des  étrangers  qui  eux- 
mêmes  se  targuaient  de  posséder  des  arts  et 
une  religion  nationale?  Us  se  trompaient 
sans  doute ,  et  la  ressemblance  actuelle  au 
lieu  d'être  un  hasard,  provenait  d'une  com- 
munauté d'origine,  oubliée  ou  dissimulée 
par  des  Africains!  Cette  communauté  était- 
elle  oubliée  par  les  brahmes?  Les  Africains 
étaient  des  l)ar!;ares  !  les  brahmes  s'en  sou- 
venaient-ils encore?  Leur  orthodoxie  re- 
poussait des  schismatiques  excommuniés  I 

La  défense  de  sortir  de  la  terre  sacrée 
de  l'indianisme  ou  du  brahmanisme  est  ua 
fait  commun  à  toute  la  durée  de  ce  vieux 
peuple  et  résulte  naturellement  de  ce  qu'il 
s'est  toujours  rei^ardé  comme  un  peuple 
privilégié.  La  menace  et  la  pénalité  présup- 
posent le  délit  qui  avait  été  fréquent  et 
grave  dès  les  temps  les  plus  reculés.  Le 
dénombrement  que  nous  avons  déjà  em- 
prunté aux  lois  de  Menou  est  un  index 
de  tribus  hérétiques  en  même  temps  qu'une 
liste  d'émigrés.  C'est  surtout  parce  qu'on 
s'était  aperçu  que  la  foi  se  corromiiait  vite 
loin  de  la  métropole ,  qu'on  cherchait  à  y 
retenir  les  fervents  et  les  timides;  ou  plutôt 
qu'on  déclarait  étrangers  et  ennemis  les 
aventureux  qui  allaient  poursuivre  au  loin 
d'autres  climats  en  y  portant  d'autres 
mœurs ,  d'autres  dieux  1 

Le  cercle  entier  de  la  civilisation  et  de 
l'histoire  s'est  déroulé  sur  ces  nations  asia- 
tiques que  nous  retrouvons  encore  aujour- 
d'hui fidèles  à  leur  politique  exclusive,  et, 
peu  s'en  faut,  à  leur  système  religieux. 
Seulement,  comme  le  monde  regorge  d'ha- 
bitants et  d'idées .  la  protection  du  sol  sacré 
s'exerce  iiioins  par  la  défense  d'en  sortir  que 
par  le  châtiment  de  l'émigré  qui  tenterait 
iïy  renlrer.  A  la  Chine,  il  est  puni  de  mort! 
Le  Brahme ,  désarmé  du  glaive  temporel , 
a  excommunié  Bwamakat-Tagor  malgré  ses 
richesses ,  il  aurait  excommunié  Rammo- 
hau-  Roy ,  malgré  sa  science  et  malgré  la 
protection  des  Anglais  ! 

Le  double  affront  de  l'étranger  qui  viole 
le  pays  par  la  force,  et  du  national  qui 
insulte  le  pays  par  le  doute  en  le  quittant 
et  j  revenant,  est  un  fait  social  fréquent 
et  bien  antérieur  aux  temps  modernes.  Mais 
les  exemples  des  temps   modernes  aident 

[missamment  à  comprendre  les  analogies  de 
'antiquité.  Les  invasions  des  Afghans  et  des 
Perses  dans  l'Inde  renouvelaient  la  des- 
cente des  peuples  d'Iran.  Les  principautés 
arabes  de  Cannanore  {i22) ,  les  monarchies 
abyssines  de  Malabar  sont  un  dernier  jalon 
du  mélange  des  peuples  aux  bords  de  l'océan 
Erylhréen.  Les  Banians  de  Mokha  et  de  Zan- 
guebar,  avec  leur  métempsycose  et  leurs  va- 
ches sacrées  ne  montrent-ils  pas  la  route 
{»ar  laquelle  leurs  aieux  vinrent  oublier 
'Inde  et  commencer  l'Eigrpte  sur  les  côtes 
et  les  montagnes  d'Ethiopie? 


\\tH  ThéoJ.  Pavie.  nevu£  des  DtuX'Mc'àflc$,  1S45 
Diction ^.  d'Anthropologie. 


aO 


m 


CAP 


IDICTIONNAIHE 


CAF 


:0) 


BRETONS    Voy,  Europe  modernb. 
BROSSES  (Président  DE.  )  Voy.  Langues. 
BROUSSAIS,  réfuté.  Voy.  Encéphale  et 
Physiologie  intellectuelle. 


BRUNE  (Race).  Voy.  Malaise. 
BUCHEZ.    Voy.  Langage. 
BUFFLE.  Voy.  Boelf. 


c 


CABANIS,  réfuté.  Voy.  Physïoloôie  in- 
tellectuelle. 

CAFRES.  —  La  race  nomade  et  guerrière 
qui  habite  les  parties  orientales  de  1  Afrique, 
situées  au  nord  du  pays  des  Hottentots ,  race 
à  laquelle  appartiennent  les  tribus  des  Ama- 
kosas  et  des  Amazulas  bien  connues  par 
leurs  déprè^dations,  n'a  jamais  été  confondue 
par  les  voyageurs  avec  les  races  au  milieu 
desquelles  elle  est  placée,  celle  des  Hotten- 
tots d'un  côté,  et  de  l'autre,  celles  des  nè- 
gres. Les  Cafres,  en  effet,  diffèrent  de  ces 
deux  groupes  de  nations  africaines  par  cer- 
tains caractères  très-frappants,  ce  qui  n'ém- 
pèche  pas  qu'ils  n'aient  en  commun  avec 
elles  d^utres  caractères  assez  importants. 
Les  Cafres,  et  plus  particulièrement  quel- 
ques-unes de  leurs  tribus,  s'écartent  beau- 
coup, par  les  traits  et  par  la  conformation  de 
Ja  tête,  du  type  des  races  prognathes  ;  aussi 
ïes  écrivains  qui  forment  principalement 
leur  opinion  d  après  la  considération  des 
*raits  au  visage,  les  ont-ils  rapprochés  soit 
4es  Arabes,  soit  des  Européens.  Rien  cepen- 
dant n'est  plus  loin  de  la  vérité  que  1  idée 
qu'ont  eue  quelques  personnes  de  leur  at- 
tribuer une  origine  arabe.  Ce  sont  des 
hommes  à  chevelure  laineuse,  et,  dans 
quelques  tribus,  à  peau  noire,  chez  lesquels 
on  trouve  tous  les  caractères  généraux  du 
nègre,  quoiqu'à  un  moindre  degré  que  chez 
les  naturels  de  la  Guinée.  Même  dans  cer- 
taines tribus,  qui  passent  pour  être  plus 
éloignées  du  type  nègre  et  qui  sont  indubi- 
tablement de  race  cafre,  on  trouve  des  in- 
dividus qui,'si  on  les  rencontrait  en  Europe, 
seraient  sans  hésitation  déclarés  de  vrais 
nègres. 

Les  principales  tribus  connues  pour  ap- 
partenir à  la  race  cafre  sont  les  suivantes  : 

1°  Les  Cafres  méridionaux  comprenant 
les  Amakosas,  les  Amathymbas  ou  Tambou- 
kis ,  les  Amepondas  et  d'autres  encore  ; 

2°.  Les  Amazulas,  les  Vatwas  et  d'autres 
belliqueuses  tribus  nomades,  qui  depuis 
peu  de  temps  se  sont  avancées  de  l'intérieur 
vers  le  sud  (  en  supposant  toutefois  qu'elles 
ne  doivent  pas  être  comprises  dans  le  groupe 
précédent  )  ; 

9*  Les  habitants  de  la  baie  Dela^oa  qui 
ressemblent  plus  qu'aucune  autre  tribu  no- 
made ,  à  des  nègres  sauvages  et  dégradés  ; 

4.**  Les  Bechuanas  et  toutes  les  nombreuses 
tribus,  situées  vers  le  nord  et  dans  l'inté- 
rieur, parmi  lesquelles  on  parle  la  langue 
sichuana. 

Les  Amazulas  sont  un  peuple  nomade  et 
guerrier,  appartenant,  ainsi  que  je  viens  de 
le  dire,  à  la  race  cafre,  et  qui  a  vaincu  et 
exterminé  les  anciens  habitants  du  pays  si- 


tué au  sud  de  la  baie  Delagoa.  Ils  formaieirl 
un  royaume  barbare  d'une  grande  étendue, 
dont  TorganisatioM  contrastait  fortement 
avec  le  gouvernement  patriarcal  sous  lequel 
vivent  encore  les  autres  tribus  de  la  même 
race.  Ce  sont  de  beaux  hommes,  et  qui,  à  ce 
que  l'on  assure,  ont  sur  toutes  les  autres 
branches  de  la  race  cafre  une  supériorité 
marauée  relativement  à  la  taille  et  à  la  régu- 
larité des  traits.  Le  capitaine  Owen  dit  que 
ce  sont  «  de  beaux  nègres  srands,  robustes 
et  vaillants,  qui  ont  dans  leurs  manières, 
quelque  chose  de  franc  et  d'ouvert,  et  dans 
leur  port  une  aisance  et  une  noblesse  re- 
marquables. 9 

Les  habitants  de  la  baie  Delagoa  so&l 
aussi  de  race  cafre,  comme  leur  langage 
l'indique,  mais  ils  sont  dégradés  par  1  étal 
de  subjugation  auquel  ils  ont  été  réduits,  et 
aujourd'hui  ils  se  rapprochent  par  leurs 
caractères  physiques  des  nègres  de  la 
Guinée. 

Les  Cafres,  généralement  parlant,  se  mon- 
trent à  nous  comme  un  peuple  très- 
supérieur,  quand  nous  les  comparons  aux 
habitants  des  hameaux  isolés  de  la  Nigritie 
centrale.  On  ignore  encore  d'où  leur  vien- 
nent les  rudiments  d'arts  qui  existent  parmi 
eux,  et  les  germes  du  développement  moral 
et  intellectuel  qu'ils  nous  présentent.  Une 
de  leurs  habitudes  semble  indiquer  une 
source  étrangère  :  ils  pratiquent  tous  sans 
exception  le  rite  de  la  circoncision,  quoi- 
qu'ils ne  se  rendent  point*compte  de  l'origine 
de  cette  coutume,  et  n'aient  à  cet  égard  aucune 
tradition.  11  est  probable  que  c'est  là  un 
reste  d'anciennes  coutumes  africaines,  qui, 
comme  on  le  sait,  ont  été  partagées  autre- 
fois même  paf  les  Egyptiens. 
^  Tandis  que  les  nations  plus  barbares  de 
l'Afrique  vivent  dans  des  hameaux  isolés 
les  Cafres  sont  réunis  en  grandes  sociétés, 
dont  chacune  obéit  à  un  seul  chef.  Tout  eu 
étant  à  demi  nomades,  ils  habitent  dans  des 
villes  d'une  grande  étendue,  et  très-popu- 
leuses, qui  ressemblent  à  de  vastes  camps, 
et  qu'ils  déplacent  en  effet  quelquefois. 
Leur  habillement  est  des  plus  simples,  et 
pour  les  hommes  se  réduit  presqu'à  un 
manteau  ;  les  femmes ,  un  peu  plus  couver- 
tes, ont  des  vêtements  de  peau  tannée. 

Les  Cafres  ont  de  très-grands  troupeaui 
de  bétail;  ils  se  livrent  aussi  à  ragricultiire; 
ils  ont  des  champs,  des  jaixlins  dans  lesquels 
ils  récoltent  du  mais,  du  millet,  des  fèves, 
des  melons  d'eau  ;  ils  font  du  pain  et  de  la 
bière,  et  ils  fabriquent,  avec  un  mélange  de 
sable  et  d'argile,  des  poteries  auxquelles  ils 
savent  donner  la  cuisson  convenable,  lii 
connaissent  l'usage  du  fer  et  du  cuivre,  ei 


SOI 


c\t 


D'ANTlIROrOLOGIE. 


C4F 


soi 


pos^è.!c.U  Vari  de  travailler  ces  métaux  dont 
ils  se  serrent  pour  (aire  non-seulemeat  les 
outils  nécessaires  aux  usages  domestiques, 
mais  encore  divers  ornements. 

Les  Cafres  ne  sont  pas  »  comme  Tont  cm 
qneloiies  écnyains^  entièrement  dénués 
de  religion.  Hs  croient  à  un  être  suprême 
qulls  désignent  sons  le  nom  d'Uhlunga 
«  le  Suprême,  »  et  assez  souyent  aussi  sous 
le  Rom  hottentoi  d'Uiikm^  c*est*à-dire  «  le 
Beau  »  Hs  croient  même  à  Timmortalité  de 
rame,  mais  sans  qu'il  en  résulte  pour  eux 
l'iJée  d'un  état  de  récompense  ou  de  puni- 
lion  après  la  mort.  Us  ont  quelque  notion 
d*ODe  proYidence,  et  font  des  prières  pour 
le  succès  de  leurs  expéditions  de  guerre  ou 
de  chasse.  Us  pensent  que  les  âmes  de  leurs 
ancêtres  Teillent  sur  eux,  et  cpelqnefois  ils 
invoquent  leur  aide,  ils  regardent  le  ton- 
nerre comme  un  résultat  de  Faction  immé- 
diate de  la  Divinité,  et  quand  une  personne 
a  été.  tuée  par  la  fondre,  ils  disent  qu^Ub- 
lunïsa  a  été  parmi  eux  :  dans  ce  cas  il  leur 
arrive  souvent  de  transporter  ailleurs  leur 
habitation,  et  d^offrir  en  sacrifice  un  jeune 
taureau  on  un  bœuf. 

Ils  ont  certaines  superstitions  assez  sem- 
blables à  celles  qui  se  rattachaient  au  culte 
ridicule  rendu  par  les  anciens  l^jptiens  aux 
animaux.  Si  une  personne  a  été  tuée  par  un 
éléphant,  ils  offrent  un  sacrifice  dont  le  but 
(laralt  être  d*apaiser  le  démon  sons  Timpul- 
sion  duquel  Tanimal  est  supposé  avoir  agi. 
Parfois  ils  imaginent  qu'un  sbuluga,  un 
e^^prif,  réside  dans  un  de  leurs  IxBufs,  et  ils 
clierchent  par  des  prières  à  se  le  rendre  pro- 
pif^  cfuand  ils  partent  pour  quelque  expé- 
fiîtion  de  chasse. 

Le  professeur  Lichtenstein  expose ,  dans 
les  ternes  suivants,  les  caractères  physiques 
des  Cafres  : 

«  Les  diverses  tribus  de  cotte  grande  na- 
tion ont  dans  les  formes  générales  du  corps 
et  dans  les  traits  du  risage,  des  caractères 
ifui  leur  sont  communs  à  toutes,  et  qui  ne 
M»  retrouvent  dans  aucune  autre  nation 
africaine.  Ils  sont  bien  plus  grands,  plus 
forts,  et  leui s  membres  sont  beaucoup  mieux 
) proportionnés.  Leur  peau  est  brune,  leurs 
f^hevenx  sont  noirs  et  laineux  ;  leur  physio- 
nomie a  quelque  chose  de  tout  parûculicr 
qni  ne  permet  pas  qu*on  puisse  songer  à  les 
comprendre  dans  aucune  des  races  que  nous 
amn^  mentionnées  ci-dessus.  Ils  ont  le  front 
^îeré  et  le  nez  des  Européens ,  les  lèvres 
épaisses  des  nègres ,  avec  les  pommettes 
hautes  et  proéminentes  des  Holtentots.  Leur 
^anjoige  est  sonore,  suave  et  harmonieux , 
/rec  des  elap^iements  dans  Farticulation. 
I>^ors  radicaux  sont  d*une  ou  de  deux  syU 
lal>i»s  dont  le  son  est  simple,  sans  diphlhôn- 
î-'»ie^;  leur  prononciation  est  lente  et  dis- 
fin*rte,  af*centuée  sur  la  dernière  syllabe. 
I^urs  différentes  tribus  ne  parlent  pas  toutes 
nn  niéme  dialecte ,  mais  celles  qui  sont  le 

1 12^)  fioTirsrcX  yogiqeto  Cêii forma.  Rr^marks 
l*v  iKr  fiaUinilist  oT  Ibc  p^p^lition,  vol.  III,  pag.  51.' 
•  t2()  y^icîm  éf  la  CaH forma  ff  ée  sm  eottqHi$la 


p.us  éloignées  les  unes  des  autres  se  com- 
prennent pourtant  encore.  • 

Les  tribus  bechuanas,  d'après  la  descrip- 
tion qu'on  nous  en  fait,  sont,  sous  le  rap- 
port des  arts  et  de  la  civilisation,  supérieures 
aux  tribus  des  Amakosas.  Elles  haoitent  de 
grandes  villes,  cmt  des  maisons  bien  bftties, 
cultivent  la  terre  et  savent  conserver  les  ré- 
coltes d'une  année  à  l'autre.  Leur  physio- 
nomie les  place  de  même  à  un  degré  au- 
dessus  des  Amakoses  ;  la  teinte  de  leur  peau 
est  plus  claire ,  leurs  traits  se  rapprochent 
plus  de  ceux  des  Européens,  et  sont  souvent 
même  vraiment  beaux. 

An  nord-est  du  pays  des  Batzegurs  les  plus 
méridionaux  de  tous  les  Bechuanas,  le  long 
de  la  partie  élevée  qui  limite  le  bassin  du 
Gariep,  on  trouve  encore  des  peuplades  plus 
avancées  dans  la  civilisation.  Dans  le  pays 
des  Tammahas,  M.  Campbell  vit,  non  loin 
de  Mashow,  ville  qui  ne  contient  pas  moins 
de  dix  mille  âmes,  des  champs  de  blé  de 

Îlusieurs  centaines  d'acre.  Chez  les  Murutsis 
160  milles  géographiques  nord-est-^uart- 
est  de  Litakou,  il  fut  tout  à  lait  surpns  des 
progrès  qu'il  trouva  dans  les  arts  et  l'indus- 
trie; les  Murutsis  cultivent  le  sucre  et  le 
tabac,  fabriquent  des  rasoirs  et  des  couteaux 
avec  un  fer  qui  vaut  presque  de  l'acier,  se 
construisent  des  maisons  en  maçonnerie  et 
les  ornent  de  pilastres  et  de  moulures. 

Plus  loin  encore,  vers  le  nord-est,  sont  les 
Macquaïnas,  peuple  plus  nombreux  et  plus 
riche  que  les  Murutsis.  Ceux-ci  reçoivent 
des  Macquaïnas,  de  la  verroterie  qui  est  la 
monnaie  du  pays;  ces  derniers  les  reçoivent 
eux-mêmes  des  MuHaquam,  ouïes  obtiennent 
indirectement,  parla  voie  du  commerce,  des 
Mahalaselys,  grande  nation  située  au  nord- 
est  des  Macquaïnas.  Les  Mahalaselys,  aussi 
bien  que  leurs  voisins  les  Matebeeylai,  ont 
la  peau  brune  et  les  cheveux  longs.  Ils  por- 
tent des  vèlciuents,  chevauchent  sur  des 
éléphants,  ont  des  maisons  à  escaliers  et 
«  sont  des  dieux.  »  Cette  expression  est  ha- 
bituellement employée  pour  désigner  les 
Européens  avec  lesquels  les  Mahalaselys 
sont  ainsi  assimilés  et  opiacés  sur  un  même 
niveau.  Toutes  les  nations  dont  nous  venons 
de  parler,  depuis  les  Murutsis  jusqu'aux 
Mahalaselys,  ont  l'art  de  mitiger  la  violence 
de  la  petite-vérole,  au  moyen  de  l'inocula- 
tion qu'ils  pratiquent  au  visage,  dans  l'es- 
pace mtersurciliere. 

CALIFORNIENS.  —  Un  voyageur  moderne 
nous  assure  que  dans  la  mission  espagnole  de 
Californie-,  il  se  trouve  fréquemment  jusqu'à 
dix  races  différentes  d'indigènes,  dont  cha- 
cune parle  sa  langue  particulière  (1^)-  ^iais 
des  renseignements  plus  précis  fonaés  sur 
les  observations  des  missionnaires  qui  ont 
longtemps  résidé  parmi  les  indigènes,  rédu*- 
sent  leurs  langues  à  quatre  et  même  défini- 
tivement à  trois,  qui  sont  les  langues-mères 
de  toutes  les  autres  (i^k).  Ce  sont^  les  lan- 

temporal  eêjnritnalif  ktuta  d  tkmpo  preêênte;  inemia 
de  la  hutoria  manuicrita  formada  en  Mejico  aao  dt 
175,  por  el  P.   Tci«6«5  w  i.a  €.  m  J.  ;  MaJiid« 


SOS 


CAF 


DiCTIONNAlRE 


CAR 


504 


gucs  cochinii,  pericu  et  loretto  :  la  pre- 
mière est  la  même  que  la  langue  laymon, 
car  les  Laymons  sont  les  Cochimis  sep- 
tentrionaux ;  la  langue  loretto  a  deux  dia- 
lectes, le  cuaycuru  et  i'uchiti.  Ces  trois 
langues,  ou  si  Ton  veut,  les  trois  nations 
qui  les  parlent  occupent,  en  Californie ^ 
une  étendue  à  peu  près  égale.  Les  tril)us 
particulières  sont  désignées  chacune  par 
quelque  nom  barbare  et  Ton  en  peut  trou- 
ver la  longue  liste  dans  les  histoires  de 
ce  pays,  mais  il  nous  semblerait  fort  inutile 
de  les  reproduire  ici. 

Le  climat  de  la  Californie  est  chaud  et  sec 
à  un  degré  excessif.  Le  sol,  généralement 
stérile,  est,  sur  un  grand  nombre  de  points, 
pierreux  ou  sablonneux,  et  le  manque  d*eau 
s'y  fait  beaucoup  sentir.  En  somme,  ce  cli- 
mat est,  à  tous  les  é^jards,  précisément  Top- 
posé  de  celui  du  climat  qu'on  trouve  dans 
la  région  du  nord-ouest,  où  il  y  a  abondance 
de  collines  boisées,  tantôt  tapissées  de  ver- 
dure et  tantôt  à  demi  ensevelies  sous  la 
neige.  On  sait,  depuis  longtemps,  que  les 
Californiens  sont  d'une  couleur  beaucoup 
plus  obscure  que  les  indigènes  de  l'Améri- 
que en  général.  La  Pérouse  les  compare  aux 
nègres  des  Antilles  (125)  ;  il  dit  ; 

«  La  couleur  de  ces  Indiens  qui  est  celle 
des  nègres,  la  maison  des  religieux,  leurs 
magasins  qui  sont  bâtis  en  briques  et  en- 
duits en  mortier,  l'aire  du  sol  sur  lequel  on 
foule  le  grain,  les  bœufs,  les  chevaux,  tout 
enfin  nous  rappelait  une  habitation  de  Saint- 
Domingue  ou  de  toute  autre  colonie.  »  Dans 
un  autre  passage,  il  s'exprime  encore  plus 
positivement  et  avec  plus  de  détails  :  «  Leur 
couleur,  dit-il,  est  très -approchante  de  celle 
(les  nègres  dont  les  cheveux  ne  sont  point 
laineux;  ceux  de  ce  peuple  sont  longs  et 
très-forts  ;  ils  les  coupent  à  quatre  ou  cinq 
pouces  de  la  racine.  » 

Un  écrivain  estimable  qui  accompagnait 
La  Pérouse  en  qualité  de  naturaliste,  M.  Roi- 
lin,  dit  crue  les  Californiens,  quoique  placés 
ilans  l'hémisphère  nord  à  la  même  distance 
de  l'équateur  que  les  Chiliens  dans  l'hémi- 
sphère sud,  ont  avec  ceux-ci  très-peu  de  res- 
semblance. «  La  taille  des  hommes  est  plus 
haute  et  leurs  muscles  mieux  prononcés; 
mais  ils  sont  moins  courageux  et  moins  in- 
telligents. Ils  ont  le  front  bas,  les  sourcils 
noirs  et  épais,  les  yeux  noirs  et  enfoncés,  le 
nez  court  et  déprimé  à  sa  racine,  les  pom- 
mettes saillantes,  la  bouche  un  peu  erande, 
les  lèvres  épaisses,  les  dents  fort  belles,  ie 
menton  et  les  oreilles  de  forme  ordinaire. 
Ils  sont  d'une  indolence  extrême,  sansindus- 
trie,  peu  curieux,  et  presque  stupides  :  ils 
portent ,  en  marchant,  la  pointe  du  pied  en 
dedans,  et  leur  démarche  peu  assurée  décèle, 
au  premier  coup  d'œil,  leur  caractère  de  pu- 
sillanimité... Les  Californiens  ont  la  barbe 
plus  fournie  que  les  Chiliens.  ^ 

Il  semble  d'après  cette  description  que 
la  couleur  n'est  pas  le  seul  trait  par  lequel 


les  Californiens  se  rapprocnent  des  types 
que  Ton  observe  en  d'autres  points  des  con- 
trées tropicales,  de  ceux  que  nous  présen- 
tent, par  exemple ,  les  nègres  de  la  côte  de 
Guinée,  les  indigènes  de  la  Nouvelle-Guinée 
et  ceux  des  Nouvelles-Hébrides. 

Au  nord  de  la  Californie,  la  côte,  comme 
je  l'ai  dit,  porte  le  nom  de  Nouvelle-Cali- 
fornie. Les  habitants  de  tout  ce  pays  que 
les  Espagnols  depuis  longtemps  revendi- 
quent comme  leur  appartenant,  nous  som 
À  peine  connus.  Cependant,  nous  devons  à 
M.  Choris,  des  dessins  et  des  portraits  de 
quelques  naturels  du  port  de  Saint-François, 
point  qui  appartient  à  cette  province.  Ces 
nommes  paraissent  constituer  une  belle 
race,  et,  par  leur  couleur,  qui  est  très-fon- 
cée, ils  ressemblent  aux  habitants  de  la  Ca- 
lifornie. 

CANARD  et  OIE.  —  Les  divers  ouvrages 
qui  ont  traité  de  l'agriculture  nous  appren- 
nent que  le  canard  lut  élevé  par  les  anciens, 
qu'il  peuplait  leurs  basses-cours  et  leurs 
pièces  d'eaux.  11  serait  difficile  de  fixer  Vé- 
poque  où  le  canard  commença  à  devenir  un 
oiseau  domesticfue,  parce  qu'il  n'est  pas 
pour  l'agriculteur  un  oiseau  d'une  utilité 
aussi  grande  que  les  poules,  qui,  par  leurs 
œufs,  donnent  une  nourriture  abondante. 
Le  Nord  est  la  patrie  du  canard  sauvage; 
mais  dans  ses  migrations,  vers  les  répons 
méridionales.  Les  faits  suivants  établiront 
que  la  domesticité  de  l'oie  ne  commença  pas 
dans  le  Nord.  On  peut,  dans  les  oies  sauva- 
ges de  nos  pays,  reconnaître  deux  espèces  : 
roie  des  moissons,  anas  segetum^  et  Voie 
commune,  anas  anser,  La  première  semble 
plus  nombreuse  que  la  seconde  ;  cependant, 
jamais  on  a  pu  en  faire  un  oiseau  domesti- 
que, quoiqu  elle  n'ait  rien  qui  la  distingue 
de  l'autre,  ni  dans  la  forme,  ni  dans  la  gros- 
seur, ni  dans  les  habitudes. 

CANARIES.  Voy.  Aborigènes. 

CANTABRES.  Voy.  Aborigènes. 

CAP...  mots  dérivés  de  cette  racine.  Voy- 
Etymologie.  " 

CARACTÈRES  ANAT0M1QUES  DE  L'HOM- 
ME. —  1*  On  doit  signaler  en  premier  lieu 
un  ensemble  de  dispositions  anatomiques 
qui  sont  en  rapport  avec  la  destination  bi- 
pède de  l'homme.  Rien  de  mieux  établi  que 
ce  point  de  physiologie  :  nulle  part  ou  n'a 
trouvé  de  tribus  humaines  allant  d  qwUrt 
pattes. 

2°  Une  autre  série  de  caractères  distinc- 
tifs  se  tire  de  la  comparaison  du  cerveau  de 
l'homme  avec  celui  des  autres  espèces  ani- 
males. 

3°  Une  troisième  source  de  différence  en- 
tre l'homme  et  les  autres  animaux  découle 
en  partie  de  la  précédente  ;  eHe  se  rappor  e 
aux  proportions  du  crâne  avec  la  face.  Ces 
proportions  se  mesurent  par  rouverture  de 
l'angle  facial,  par  l'examen  comparatif  des 
aires  du  crâne  et  de  la  face,  et,  jusqu'à  un 
certain  point,  par  l'ouverture  de  ranglc  oc- 


i557,  4^»,  t.  I**.   V«9.  aiiagi  Vatir,  mêktidau*^ 
ih*  IV,  8.  483. 


(1^)  Vinf0§ed€  La  Pénmse;  Paris,  1797,  ton.  D, 

\n'i%  p.  26o. 


5^ 


CAB 


DANTIIROPOLUCIE 


CAR 


3oa 


cipital  de  Daubenton.  On  trouvera  dans  un 
aufre  article  (Taon  occmrjkL,  Cbank)  des 
délails  sur  ces  modes  de  mensuration  ;  éta- 
blissons seulement  ici  les  résultats  au*ils 
nous  donnent.  Nul  animai  n  a  Tangle  laciai 
aussi  ouvert  que  celui  de  Thomme.  L'orang- 
outang,  qui  se  rapproche  le  plus  de  nous  en 
raison  de  la  saillie  de  son  front,  reste  en- 
rore  à  une  bien  grande  distance  des  races 
humaines  le  mouis  bien  partagées  à  cet 
éiZard.  Il  est  même  plus  loin  de  Thomme  que 
lavait  supposé  Camper;  car,  reconnaissant 
que  Tangle  descend  dans  certaines  races  hu- 
maines à  70  degrés,  il  avait  évalué  à  58 
1  angle  facial  de  Torang.  Or  Ovren  a  démon- 
tré que  Tangle  iacial  ne  s'élevait  à  58  que 
sur  les  tètes  de  très-jeunes  orangs ,  et  on 
sait  qu*à  cette  époque  de  la  vie  leur  crâne 
est  très-développé  relativement  à  la  face  ; 
leur  cerveau  atteignant  très-promptement 
son  développement  complet.  M.  Owen  ré- 
duit à  35  degrés  Tangle  facial  de  Torang 
noir  ou  chimpansé,  et  à  dâ  degrés  celui  de 
Torang  roux. 

L  examen  comparatif  des  aires  du  crâne  et 
de  la  bce,  facihté  par  une  coupe  verticale 
autéro  -  postérieure  ,  qui  sé|)are  la  moitié 
droite  de  la  tète  de  la  moitié  gauche,  per- 
met d>mbrasser  d*un  seul  coup  d*œil  I  am- 
pleur proportionnelle  du  crâne  et  de  la  ùkve. 
Chez  l'homme,  la  loge  cérébrale  surmonte 
et  couvre  la  face  ;  chez  les  animaux,  elle  est 
relativement  très-petite.  On  observe  de  plus 
chez  les  animaux  un  changement  de  rap- 
ports entre  ces  parties  ;  la  lose  cérébrale 
étant  rapportée  en  arrière  et  la  âce  en  avant, 
Gomme  si  l'une  avait  tourné  autour  de  l'au- 
tre. Il  résulte  de  là ,  et  c'est  un  des  mille 
arguments  qui,  de  nos  jours,  ont  ruiné  la 
pnrénologie  ou  plutôt  la  crânologie,  il  ré- 
sulte, dis-je,  de  cela,  que  la  ligne  faciale 
peut  être  extrêmement  fuyante,  bien  que  la 
fiartie  antérieure  du  cerveau  s'élève  à  peu 
près  verticalement  :  c'est  ce  dont  on  pourra 
s'assurer  en  regardant  sur  une  tôte  de  che- 
val les  aires  du  crâne  et  de  la  face.  Ces  faits 
avaient  déjà  attiré  l'attention  de  M.  Bou- 
vier. Quant  à  l'angle  occipital  de  Daubenton, 
il  est  excessivement  aigu  chez  l'homme,  et 
6*ouvre  davantage  dans  les  espèces  animales, 
à  mesure  que  le  trou  occipital  se  porte  plus 
en  arrière. 

%*  Les  incisives  des  quadrupèdes  sont  por- 
tée par  deux  os  accolés  l'un  à  l'autre  sur  la 
liçne  médiane,  et  placés  entre  les  os  maxil- 
laires supérieurs;  ces  os,  qu'où  nomme  m- 
iermaxillairety  manquent  dans  l'espèce  hu- 
maine. Il  ne  £aut  pas  exag^^rer  la  valeur  de 
ce  caractère,  car  (os  intermaxillaire  existe 
chez  le  fœtus  huiuain,  et,  d'une  autre  fuirt , 
on  a  eu  l'occasion  de  vérifier  sur  un  chim- 
pansé,. qui  mourut  à  £xeler-Change,  que 
cet  animal  n'a  pas  d'os  inlcrmaxillairc ,  ou 
plutôt  que  chez  lui  il  se  soude  comme  chez 
rliomme.  Déjà  Tyson  et  Daubenton  avaient 
annoncé  qu'on  ne  trouvait  pas  cet  os  dans 
le  chimpansé.  Les  vestiges  de   l'os  inter- 
iiiaiillaire  dans  l'espèce  humaine  ont  é(c 
considérés    par    Âckermann    comme    une 


preuve  que  la  tète  de  l'homme  aurait  offert, 
a  une  certaine  époque ,  la  conformation  de 
celle  de  la  brute.  Il  dit  :  ¥utre  tempera^  qum 
afUediluviana  dicimus^  ubi  ita  despeeta  et 
objecta  erai  kumama^ecieejUi  bruiorwn  ani" 
nuMfUium  naiurœ  non  etquivaleret  iantum^  $ed 
ei  infra  eam  deprimaretur..,.  Il  ajoute  plus 
loin  :  0$  iniermaxillare^  aperto  indicio  ;  aii-- 
quando  tn  homine  maxilloêy  uii  in  brutie  dio- 
gi$  versus  anteriora  proirueas  fuisse.  On  ne 
peut  alléguer  aucun  fait  à  l'appui  de  cette 
opinion. 

5*  Les  dents  de  l'homme  sont  presque  ver- 
ticales ,  placées  en  série  continue ,  et  n'of^ 
frant  pas  de  sensibles  différences  dans  leur 
hauteur ,  tandis  que  les  canines  des  singes 
dépassent  de  beau.^oup  le  reste  de  l'arcade 
dentaire.  Cuvier  cite  un  animal  fossile,  l'a- 
noploierium^  comme  offrant  seul  avecThom- 
me  la  particularité  analomique  dont  il  vient 
d'être  question.  Enfin,  la  saillie  du  menton 
distingue  encore  la  mâchoire  de  l'homme  de 
celle  des  quadrupèdes.  Chez  ces  derniers  , 
les  arcades  dentaires,  organes  de  préhen» 
sion  é^s  aliments ,  dépassent  de  beaucoup 
le  menton. 

6*  Le  sternum  de  l'homme  adulte  est  court 
et  composé  seulement  de  trois  pièces;  celui 
des  autres  mammifères  est  pronortionneHe- 
ment  plus  long,  et  offre  une  [)ièceau  niveau 
de  chaque  intervalle  des  cartilages  costaux. 
Galien,  qui  vraisemblablement  n'avait  dis^é-^ 
que  que  des  brutes,  et  surtout  des  singes, 
avait  donné  sept  os  au  sternum  de  l'homme, 
et  lorsaue  Sylvius  voulut  maintenir  contre 
Vésale  l'infaillibilité  du  célèbre  médecin  de 
Pergame,  il  avança  que  les  hommes,  au 
temps  de  l'ancienne  Rome,  avaient  pu  avoir, 
dans  la  charpente  de  leur  robuste  poitrine, 
un  plus  grand  nombre  de  pièces  au'on  n'en 
trouve  dans  notre  espèce  déeéuérée.  Mais 
celte  assertion  peut  èlre  mise  à  côté  de  celle 
d'Ackermann  touchant  l'os  intermaxillaire. 
Les  squelettes  des  momies  de  trois  mille  ans 
ne  diffèrent  en  aucune  façon  de  ceux  de  no- 
tre temps. 

T  Aucun  mammifère  ne  présente  un  bas- 
sin  configuré  comme  celui  de  l'homme.  Que 
l'on  comiiare,  dans  les  planches  de  Prichard, 
le  bassin  de  Vorang  et  celui  de  l'homme,  on 
verra  que  sur  le  premier  les  os  des  iles  sont 
plus  allongés,  le  sacrum  moins  large,  tous 
les  diamètres  transverses  moins  développés , 
l'arcade  des  pubis  à  peine  indiquée.  £ntrc 
le  bassin  du  chimpansé  et  celui  de  l'homme, 
I.  s  différences  sont  encore  plus  grandes. 

8*"  Les  bras  de  l'homme  n'atteignent  que 
la  partie  moyenne  do  la  cuisse,  ceux  du 
chunpansé  descendent  au-dessous  du  ge- 
nou, et  ceux  de  Toraug  s'étendent  jusqu'à 
son  talon  ou  à  la  cheville,  suivant  la  remar- 
que de  M.  Owen.  Le  pouce  des  singes  est 
moins  développé  que  celui  de  l'homme,  et 
s'oppose  moins^ facilement  aux  autres  doigts, 
et,  suivant  la  remarque  d'Eustache,  ce  pouce 
n  est  que  la  caricature  du  nôtre. 

9"  Le  tissu  cellulaire  de  l'homme,  est  dit- 
on,  plus  mou  qic  ti^hiî  des  autres  animaui, 
mais  j<»  confei>sc  que  je  n'ai  jamais  i»u  con- 


307 


CAR 


DIG  TIONNÂldE 


CAR 


308 


cevoir  comment ,  ainsi  aue  Ta  avancé  BIu^ 
menbachy  et  que  Ta  répète  J.  MeckeJ»  rhomroe 
devrait  à  cette  condition  anatomique  la  fa-i 
cuite  de  vivre  sur  tous  les  points  de  la 
terre. 

10"  On  regarae  comme  caractère  de  la  con- 
formation anatomique  de  Tbomme  Tobli* 
quité  de  son  cœqr,  qui  repose  sur  le  dia- 
phragme au  lieu  de  s  appuyer  sur  le  ster- 
num, l'adhérence  du  péricarde  au  diaphrag- 
me ;  mais  il  faut  avouer  que  certains  singes 
offrent  la  m^me  disposition.  Les  artères  ca- 
rotides de  l'homme  ne  forment  j)oiïit  ce  ré- 
seau Qierveilleux  {reU  mirabile)  qu'on  trouve 
che%  un.  grand  nombre  de  quadrupèdes , 
mais  non  chez  tous.  L'homme  a  quatre  ar- 
tères lyroïdiennes ,  deux  de  chaque  côté  ;  il 
n  y  en  a  que  deux  daos  les  autres  mammi-^ 
fères. 

J'wnprunlerai  a  Mecke?>  qui  lui^^même  a 
mis  Biumenbach  à  contribution,  l'exposé 
des  autres  caractères  anatomiques  de  l'hom- 
me. On  verra  qu'un  bien  peut  nombre  de 
ces  caractères  lui  appartiennent  exclusive- 
ment. 

11*  Dans  les  organes  du  sens  on  a  signalé  : 

iPour  le  sens  de  la  vue^  le  rapprochement 
des  yeux,  mais  ils  sont  encore  plus  voisins 
chez  les  singes  ;  l'absence  ou  l'état  rudi- 
mentaire  de  la  membrane  nictitante;  l'ab- 
sence du  muscle  suspenseur  de  l'œil  ou 
choauoïde^qui  manque  aussi  chez  les  singes. 

Pour  le  sens  de  Vouie^  la  présence  du  lo- 
bule de  l'oreille  et  l'immobilité  de  son  pa- 
villon. Le  lobule  existe  en  petit  chez  quel- 
ques singes,  et  l'immobilité  du  pavillon  est 
commune  à  l'homme  et  au  fourmiller,  elle 
parait  d'ailleurs  être  chez  l'homme  unecon- 
séciuence  du  défaut  d'exercice,  et  ne  se  ren- 
coixtre  que  chez  les  peuples  civilisés. 

Pour  U  sens  de  l'odorat^  l'absence  du  sac 
ou  organe  de  Jacobson,  couché  sur  le  plan- 
cher des  fosses  nasales  de  tous  les  autres 
mammifères;  la  saillie  du  nez  au  devant  de 
la  bouche.  Cette  dernière  particularité  existe 
chez  la  guenon  nasique  et  les  mammifères 
pourvus  de  trompes. 

Pour  le  sens  du  toucher^  enAn,  on  a  signalé 
l'état  lisse  et  uni  de  la  peau  de  l'homme, 
laquelle  est  beaucoup  moins  pourvue  de  poils 
que  celle  do  tous  les  quadrupèdes  et  qua- 
drumanes. A  la  vérité,  les  cétacés  sont  en- 
core plus  glabres  que  l'homme,  mais  ce  n'est 
pas  avec  cet  ordre  qu'on  peut  comoarer  l'or- 
dre ries  bimanes. 

t^  Dans  le  système  musculaire^  on  a  signalé 
l'état  rudimentaire  des  peauciers  ,  et  le 
gFand  développement  des  muscles  des  fesses 
et  de  la  partie  postérieure  de  la  jambe. 

13"  Dans  l'appareil  digestifs  l'appendice 
du  coecum.  constitue  des  caractères  uistinc- 
ti£s  de  la  conformation  de  l'homme. 

Ih*  L'appareil  delà  génération  offre  aussi 
quelques  particularités. 

Ne  pouvant  nous  arrêter  ici  à  faire  res-^ 
sortir  les  merveilles  de  l'organisation  de 
l'homme,  ce  (jui  exigerait,  des  développe- 
ments considérables,  nous  nous  bornerons 
Il  dire  quelques  mots  de  la  conforoialîon  de 


sa  main,  dont  la  perfection  répond  à  celle 
de  son  intelligence.  Composée  d'un  grand 
nombre  d'os  qui  lui  transmettent,  les  uns 
beaucoup  de  solidité,  et  les  autres  une  mo- 
bilité très^rande,  elle  est  pourvue  de  mus- 
cles extrinsèoues  qui  donnent  lieu  à  do'< 
mouvements  ae  totalité  et  à  des  mouvements 
partiels  relatifs  aux  doigts,  et  des  muscles  in- 
trinsèques qui  agissent  exclusivement  sur 
ces  dernières  parties.  Le  pouce,  plus  court, 
plus  gros,  plus  mobile  que  les  autres  doigts, 
est  placé  sur  un  plan  antérieur  à  celui  qu'ils 
occupent,  et  il  leur  devient  ainsi  opposable; 
ce  qui  transforme  la  main  en  un  quadruple 
compas  à  branches  brisées,  compas  qui,  des- 
tiné à  apprécier  les  formes  et  a  saisir  des 
objets  peu  volumineux,  termine  lui-mèmo 
les  branches  du  grand  compas  formé  par  les 
membres  supérieurs,  et  destiné  à  saisir,  à 
embrasser  les  corps  d'un  grand  volume.  Les 
doigts  constituent  de  petits  membres  qui 
sont  au  corps  de  la  main  ce  que  les  grands 
sont  au  corps  proprement  dit,  et  les  parties 
qui  les  constituent  sont  entre  elles  ce  que  le 
bras  et  l'avant-bras  sont  l'un  à  l'égard  de 
l'autre.  Ainsi,  la  première  phalange  et  l'hu- 
mérus exécutent  de  part  et  d'autre  les  grands 
mouvements  ;  la  seconde  est,  par  son  extré- 
mité supérieure,  un  petit  cubitus  qui  s'étend 
et  se  fléchit  sur  la  première,  analo^e,  par 
son  extrémité  inférieure,  à  un  petit  humé- 
rus, etc.  Tous  les  doigts  qui  forment  des 
limites  sont  pourvus  de  deux  extenseurs, 
tels  sont  le  pouce,  l'indicateur  et  le  petit 
doigt,  ces  deux  derniers  limitant  l'espèce  Oe 
palette  qu'ils  forment  avec  les  deux  du  mi- 
lieu. Les  quatre  derniers  doigts  ont  deux 
longs  fléchisseurs,  le  pouce  n'en  a  qu'un,  et 
celui-ci  ainsi  que  le  cinquième  ont  de  plus 
un  court  fléchisseur,  etc.  Enfin,  la  pulpe  i\% 
chaque  doigt,  placée  du  côté  de  la  flexion, 
reçoit  de  gros  vaisseaux  et  des  nerfs  volu- 
mineux qui  lui  transmettent  un  dearé  de  vie 
et  de  sensibilité  en  rapport  avec  Ta  délic-a- 
tesse  du  tact  dont  elle  est  pourvue,  et  l'ongle 
qui  la  soutient  favorise  l'exercice  de  ce  sqiïs 
en  résistant  à  la  pression  qu'elle  exerce  sur 
les  corps  auxquels  elle  s'applique. 

On  a  réuni  dans  le  tableau  suivant  les 
grandeurs  différentes  de  l'angle  facial  dans 
rhorame  et  dans  un  certain  nombre  d'ani- 
maux : 

Les  marbres  précieux  dus  au  ciseau  de  Phi- 
dias et  de  Praxitèle  prouvent  que  les  Grecs 
comprenaient  cette  théorie  de  l'angle  facial. 
Lorsqu'ils  ont  représenté  des  législateurs 
des  sages,  des  poètes,  auxquels  ils  voulaient 
donner  un  caractère  auguste  et  fénéral)le, 
ils  ont  agrandi  l'angle  facial  jusqu'à  90",  et 
ils  ont  encore  augmenté  ces  dimensions  dans 
leurs  statues  de  héros  et  de  dieux  ;  dans  *' 
Jupiter  olympien,  par  exemple,  la  ligne  fa 
ciale  est  en  dehors  de  la  perpendiculaire  e 
forme  un  angle  de  100", 

Dans  l'homme,  la  ligne  faciale  varie  de 
65'  à  85*  pour  les  adultes  ;  chez  les  enfants 
elle  s'étend  jusqu'à  90°  Colle  preuve,  à  dt- 
faut  d'aulres»  pourrait  suflirc  à  prouver  <]ue 
ce  n'est  pas  d'après  la  ligne  faciale  quoa 


309 


CAR 


n*À»THROPOLOGIE. 


CAR 


5ir 


peut  ahsolumeot  mesurer  riatelligence.  Cer- 
urins  singes  ont  la  ligne  faciale  aussi  droite 
que  la  plupart  des  ne^es: 


Européen  enfaal, 
Eoropéen  adulte. 
Européen  décrépit, 
Nèfre  adulte. 
Femme  tMMcbbmaoDe, 
Orauf-outang  jame, 
Oraog-outaiig  adulte. 
Chimpanzé  jeune. 
Gibbon  oendré  jeune. 
Gibbon  oendré  adulte. 
Roussette  brune, 
Ph  jllostame  Tampire, 
Hérisson, 

Ours  bnu  des  Alpes, 
Coati, 
Loutre  commune. 


Chien  doguin. 
Chien  màtio. 
Renard, 
Loup, 
Hjène, 
lionne. 
Léopard, 
Phoque, 

Gibbon  syndaclile  adulte. 
Sapajou, 

Guenon  Tabpoint, 
Ifagot, 

leune  mandrill, 
adulte. 


Hufleuproux, 

Maki  rouge, 

Lori  paresseux. 

Sarigue, 

Kanguroo  géant. 

Lièvre, 

Marmotte, 

Porc-^c, 

Aje-aje, 

llnau. 

Pangolin, 

Balmoussa, 

Cheral, 

Bélier, 

Dauphin, 

Ecfaidj.é, 

(hnîthorhjnque. 


90" 
85» 
«5- 
70» 
?!• 
67« 

67* 
66* 
CO* 
28» 
30» 

sy 

27* 
31* 

«• 

51* 

28* 
3y 
49* 
65» 
57* 
52» 
42* 
35* 

6e* 

47* 
54* 

45* 
21* 
23* 
3(r 
25* 
23» 
44* 
30* 
39» 
29« 
25» 
30» 
25» 
20* 
44» 


Le  poids  du  cerveau  est  au  poids   total 
du  corps  : 


Chez  rHomme,  eiifant, 
le  Jeune  homme, 
rAdulle. 
le  Vieillard, 
le  GH»boo, 
le  Saîmiri 
le&iî, 
rOuîstiU, 
le  Coaîu, 

le  Malbrouck  jeune, 
le  Calliirîehe, 
le  Moue, 
k  Manga!  ejr, 
le  Macaque, 
le  Magot, 
le  Papion, 
le  Moeoco, 
le  Vari, 
le  Module, 


•  ■ 


22 

23 
3a 
35 
48 
22 
25 
2K 
4i 
24 
41 
44 
48 


f05 

IQ4 

61 

84 


Chez  la  Taupe, 
le  Hérisson, 
rOurs, 
le  Chien, 
le  Renard, 
le  Loup, 
le  r.hac 
la  Pantlière, 
la  Martre, 
le  Foret, 

le  Dasyore  Oursin, 
le  Wombat, 
le  Kangourou  géant, 
le  Castor, 
le  Lièvre, 
le  Lapin  jeune, 
le  Lapin  aJuUe, 
rOndaUn, 
le  Rat, 
le  Sarmokil, 
la  Souris, 
le  Mulot, 
rOmilhorsrnque, 
lEchidné, 
rElépbant, 
le  Sanglier, 
le  Verrat, 
le  Cochon  de  Siam, 
le  Cheval, 
fAne, 
le  Cerf, 

le  Chevreuil  jeune, 
la  Brehb, 
le  Bœuf, 
le  Veau, 
le  Dauphin, 
le  Marsouin, 
TAigle, 
le  Faucon, 
le  Merie, 
TAlouette, 

la  Mésange  à  tète  bleue, 
b  Mésange  nooette, 
le  Moineau, 
le  Serin, 
le  Tarin, 
le  Pinçon, 
le  Chardonneret, 
la  Linotte, 
le  Rouge-gorge, 
la  Pie  lemelte, 
la  Pie  mâle, 
le  Geai, 
le  Choucas, 
la  Perruche, 
le  Perroquei, 
le  Pigeon, 
le  Coq, 
rAutruche, 
le  Vanneau, 
lePluYîer, 
le  Canard, 
rOie, 

la  Sarcelle, 
la  Tortue  de  terre, 
la  Tortue  de  mer, 
le  Lazard  vert, 
la  CooleuTre  à  collier, 
la  Grenouille, 
la  Sahmandre, 
le  Requin, 
le  Squale  Roussette, 
le  Thon, 
le  Brochet, 
la  Carpe, 
la  Silure, 
rAngiiille, 


M 
m 

:   36 

:  168 

:  265 

m*      M 

:  305 

M 
■  ■  K 

:  205 

:  230 

M 
•  •  • 

:  îm 

:    247 

:  365 

:  138 

•  •  • 

:  820 

•  •  M 
«•  * 

:  644 

:  800 

M 

■  •  m 

:  290 

mm      M 

:  228 

M 

:   31 

»  m     M 
■  •   •  < 

:  140 

M 
■  •  &  < 

:  124 

•  •  • 

r   Tft 

*  *  4 

:  130 

•  •  M 

:   43 

•  •  M 

•  ■   a 

31 

•  «  M 

:  136 

m  •       ' 

:   50^ 

:  501^ 

•*   4 

:  672 

:  412 

•  •   • 

:  451 

•  •  m 

:  400 

:  254 

■  •  M 
a*   • 

:  290 

•*  4 
■  ■   S   1 

i   94 

M 

:  192 

mm       M. 

:  860 

:  219 

•■  4 

•  ■   A 

:  102 

4 

:   93 

•  •  4 

•  ■   ■ 

:  160 

••  4 

:  102 

4 
•  ■   ■ 

:   68 

4 

:   56 

■  *  4 

:   12 

4 

16 

■  *  4 

m»       M 

:   25 

4 

:   14 

M 

:   25 

M 
mm      1 

:   27 

4 

:   24 

4 

:   24 

■ 

m 

32 

mm      4 
•  •   1 

:   27 

*  ■   4 

:   28 

4 

:   44 

4 

:   48 

4 

:   28 

•  •  4 

:   45 

4 

:   91 

m 
•  ■  m. 

:   25 

•*   4 
•  •   1 

:  1200 

•  V  4 

:   70 

■•  4 

•  •   a 

:  122 

•  •  4 

•  •   a 

:  257 

••  4 

:  360 

M 
mm     m      < 

:   74 

•«  4 

:  2210 

■  *  4 

•  ■  M 

:  5688 

••  4 

:  160 

4 

:  792 

••  4  < 

■  •  ■ 

:  172 

••  4 

;  380 

mm     M 

:  2496 

**  4 

••  1 

:  1344 

4  * 

■  •  mm 

37440 

*■  Ê 

:  1305 

**  4 

;  560 

**  4 
•  •  ■ 

:  1887 

m 

:  I3G6 

dit 


CAIl 


mcTioNfuiaE 


CAR 


Mi 


CARACTÈRE  NATIONAL.  —  Va  priori 
de  réternellediTersUé  des  raees  se  trouve 
au  fond  d'une  thèse  habilement  mise  eu  œu- 
vre par  plusieurs  historiens  ethnographes. 
Ils  ont  tiré  des  effets  dramatiques  de  Toppo- 
sition  des  nîations  aux  nations  comme  d  in- 
dividu à  individu  ;  ils  ont  doté  les  peuples 
de  passions,  de  préjugés,  d^intelligence,  de 
tempérament,  a*idiosyncrasie ,  absolument 
comm^  un  seul  homme.  Au  point  de  vue 
artiste»  lis  ont  eu  parfaitement  raison  (126) , 
teur  succès  le  prouve*  S'ils  sont  justinables 
au  point  de  vue  de  la  philosophie  de  This- 
toire,  c'est  seulement  pendant  une  période 
historique  donnée.  Dans  l'histoire  univer- 
selle, (fans  les  annales  de  l'humanité,  leur 
opinion  supporterait  plus  difficilement 
l'examen. 

Les  Gaulois,  nous  dit-on,  furent  toujours 
ce  que  sont  aujourd'hui  les  Français  :  leur 
caractère  eut  toujours  les  mêmes  qualités 
brillantes  avec  le  cortège  des  mêmes  défauts  : 
bravoure  aussi  admirable  que  leur  intelli* 

S;ence  ;  mais  déplorable  légèreté,  individua- 
isme  vaniteux  et  perpétuel,  manque  total 
d'esprit  de  suite.  Acceptons  humbleoieut  ce 
portrait,  au  risque  de  faire  répéter  le  sorite 
d'EpiiEénide,  le  Cretois,  accusant  ses  com- 
patriotes de  mensonge.  Les  étrangers  l'ac- 
cepteront ave  ^.  moins  de  façon  ;  mais  avec 
Tobligation  de  répondre  aux  objections 
suivantes  : 

Tite-Live  fait  les  Gaulois  plus  qu'hommes 
avant  le  combat,  moins  que  femme»  à  la  fin. 
Dion  Cassius  nous  appelle  frivoles,  faibles  , 
arrogants  ;  Julien  nous  dit  loyaux,  modérés 
et  noblement  fiers. 

LesKimrys  eurent  le  caractère  allemand  : 
lents,  tenaces,  têtus,  aptes  à  Taggrégation  ; 
et  les  Kîmrys,  depuis  le  vi*  siècle  avant  Jé- 
sus-Christ, ont  occupé  une  bonne  moitié  de 
la  France  I  Notons  que  les  Galles ,  mêlés,  il 
est  vrai,  aux  Basaues  sous  le  nom  commun 
d'Aquitains,  ont  lait  la  souche  des  Gascons. 
Les  nations  germaniques,  Franks,  Bourgui- 
gnons, Yisigolhs,  se  superposèrent  auxKym- 
xysei  aux  Galles,  croisèrent  et  recroisèrent 
le  sang  gaulois  déjà  croisé  de  Romain  et  de 
Cimbre.  Faisons  les  fractions  de  la  fraction  : 
la  France  n'était  que  derai-gaële  quand  les 
Germains  redivisèrent  cette  demie  au  moins 
à  deux  reprises  :  voilà  l'élément  gaël  réduit 
^u  huitième  ;  c'est  donc  îe  caractère  germain- 
i.imrys  qui  devrait  dominer  en  France. 

Les  Irlandais  et  £cossais  sont  Gaëls  de 
$ang  plus  pur,  et  pourtant  Ecossais  et  Irlan- 
dais n.e  se  ressemblent  guère.  Les  Anj^lais 
donnent  aux  Irlandais  la  jactance  et  la  légè- 
reté française  ;  leurs  comédies  appellent  les 
Ecossais  Gascons  de  la  Grande*Breta.jne. 

Gascon  a  déjà  des  significations  bien  dif- 
férentes des  deux  côtés  de  la  Manche.  Chez 
nous  la  decnière  édition  de  ce  caractère  re- 
monte à  Henri  IV,  qui  fit  les  honneurs  de 
S'îs  compatriotes ,  pour  consoler  les  Pari- 
siens. Les  nations  du  Nord  auront  juj^é   à 


Paris  le  Gascon  verni  d'élégance,  car.  Polo- 
nais, Saxons,  Suédois,  Busses  échangent  à 
l'envi  les  épithètes  de  Français  ou  de  Gascons 

du  Nord. 

Les  Turcs  donnent  aussi  volontiers  aux 
Persans  le  nom  de  Français  de  l'Asie.  Ces 
antonomases  de  voisins  et  de  rivaux  cachert 
de  l'envie  sous  apparence  flagorneuse  ;  to 
l'estime,  sous  un  air  dénicrant  ;  car  si  la 
ruse  gasconne  est  réelle,  elie  tempère  aui- 
)lement  la  légèreté  parisienne.  J'ignore  au 
,  uste  si  le  Parisien  est  Gaël  ou  Rirary  ;  mais 
'  e  Gascon  n'est  pas  Gaël  par  le  caractère  ac- 
crédité, s'il  l'est  par  le  sang. 

Le  portrait  suivant  du  caractère  français, 
assimile  entièrement  le  Français  au  Gascon, 
mais  n'en  proleste  que  plus  énergiquemenl 
contre  la  légèreté  et  Tétourderie  qui  nous 
est  imputée  : 

n  Demandez  un  service  à  un  Français,  il 
songera  d'abord  à  l'utilité  que  cela  peut  lui 
rapporter  ;  s'il  ne  peut  pas  vous  rendre  ce 
service,  il  vous  le  promettra  ;  s'il  peut  le 
rendrcj  il  ne  le  rendra  qu'avec  répugnance 
et  souvent  pas  du  tout.* Le  Français,  nature 
cupide  et  qui  s'approprierait  le  bien  d*au- 
trui  par  le  souffle  (127).  p 

Le  reproche  de  légèreté  nous  est  fait  sur- 
tout par  les  nations  qui  cherchent  à  nous 
imiter  par  ce  point  ;  celui  d'élourderie  pour- 
rait venir  eles  peuples  qui  ont  le  plus  souf- 
fert de  notre  persévérance.  H  vient  souvent 
aussi  de  nous-mêmes  ;  le  principal  intéressé  se 
dénonce  comme  Henri  IV  en  goui-mandant 
orgueilleusement  ses  frères. 

La  frivolité  est  la  dernière  formule  du 
raffinement  épicurien  de  tous  les  peuples: 
toute  grande  capitale  en  devient  le  sanc- 
tuaire. L'histoire  reproduit  tour  à  tour  les 
mêmes  compliments  ou  les  mêmes  reproches 
en  interprétant  la  confession.  Voici  un  au- 
tre portrait  dû  à  un  observateur  non  moins 
spirituel  que  le  secrétaire  florentin. 

«  J*ai  vu  ce  pays  que  vous  me  vantiez  tant, 
mon  cher  Serviénus ,  je  le  sais  tout  entier 
par  cœur  :  cette  nation  est  légère,  incertaine  ; 
elle  vole  au  changement];  elle  est  querelleuse, 
pleine  de  vanité  et  prête  toujours  à  la  sédi- 
tion (VIS).  »  Ce  ne  sont  pas  les  Gaulois niles 
Romains,  ni  les  Athéniens  que  l'empereur 
Adrien  a  en  vue,  mais  les  Egyptiens! 
Alexandrie,  Ptolémaïdes,  Hermopolis,  Anti- 
noë  avaient  avivé  le  sérieux  des  Egyptiens 
théocrales,  comme  Corinthe  et  Alnèucs 
avaient  émancipé  les  Hellènes  des  lois  de 
Lycurgue  etdeSolon.  Ces  lois  avaientfaitleur 
force;  les  grandes  villes  ajoutèrent  la  ri- 
chesse, la  grâce  et  1^  léi5èrcté. 

'  Le  caractère  des  peuples  dépend  de  ses 
institutions  politiques  et  religieuses  d*a- 
î)ord,  de  ses  mœurs  ensuite.  Les  influences 
de  races  agissent  principalement  par  ies 
souvenirs' des  mœurs  et  des  lois  ;  îiar  les 
tratjitions  d'honneur,  de  discipline  I  Les  lois 
oubliées,  les  mœurs  altérées,  relâchées,  f<»nt 
changer  la  réputation  après  le  caractère,  I-e 


(126)  Aug.  et  Am.  Thieiry,  Nicbuhr. 


(128^  L'eni|)ri'cur  Adrik.n,  Lettres^ 


311 


e&» 


D^AliTIJROPOLOGIE. 


lu 


nom  de  la  même  natioe  ,  après  avoir  été 
un  titre  glorieux,  peut  devenir  une  insulte, 
à  quelques  siècles  dlatcrvallet  à  quelques 
kilomètres  de  distance.  £t  puisque  Furba- 
nité  ne  permet  pas  de  citer  des  races  euro- 
péennes, Arabe  ne  désisne-i-ii  pas  des  tri- 
bus de  guerriers  et  de  laboureurs  ?  Les  Ta- 
kis  ne  sont-ils  pas  de  paisibles  aj^riculleurs 
dans  TA^anistan  (129),  des  courtisans  ab- 
jects dans  les  cités  persanes  et  des  popula- 
tions turbulentes,  fières,  vindicatives  dans 
les  naontagnes  de  la  Perse  oenfraie? 

CARACTÈRES  PHYSIQUES  des  diverses 
nations  de  TEurope.  Yoy,  Eiropb£?i. 

CARACTÈRES  FONCTIONNELS  de  Tani- 
malité.  Fay.  A?iato«ik  comparée. 

CARACTÈRES  PSYCHOLOGIQUES  dans 
les  animaux.  Voy.  Vabiatioxs. 

CARACTÉRISTIQUE  DE  L'HOMME.  — 

AancLS  I"  —  Caractère*  ptychologiques. 
—  Pour  qui  s*en  tient  aux  analogies  des  f<jr- 
mes  et  de  Torganisationt  i'tiomme  est  le  pre- 
mierdes mammifères,  le  premier  desaniinaux 
à  Tertèbres,  le  premier  terme  de  la  série 
animale.  A  ce  iximt  de  vue,  Viiésitalion  ne 
semble  possible  que  sur  la  question  de  sa* 
voir  quelle  distance  sé|)are  ce  premier  éche* 
ion  du  suiTant.  Peur  Linné,  riionune  re- 
présentait seulement  un  genre,  et  ce  {^enrc 
se  rattachait  de  très-i>rès  à  celui  des  singes  ; 
ponr  G.  Cuvier,  la  séparation  était  i^lus 
grande,  et  taudis  que  les  singes  et  quelques 
çroopes  Toisius  composaient  Tordre  des  qua- 
anunanes,  le  genre  komme  formait  à  lui  seul 
Tordre  des  bimanes. 

Mais  les  analo^es  d'organisation  suffi- 
sent-elies  pour  faire  de  Tkomme  un  animal, 
et  rien  de  plus  ?  Je  ne  le  pense  pas.  Pour 
que  Tbomme  ne  fût  décidément  que  le  pre- 
mier des  animaux  vertébrés  mammifères,  il 
faudrait  encore  que  ce  qu*il  y  a  de  plus  si- 
gnificatif dans  la  nature,  sa  vie  psychologi- 
que, ne  fût  iiu*un  simple  développement  de 
la  Tie  supérieure  de  Tanimal.  Or  nous  al- 
lons voir  que  la  psycholo^^ie  humaine  porte 
des  caractères  tout*^à  fait  spéciaux  qui  sor- 
tent Tbomme  des  caiJres  de  Tanimalité. 

Rappelons  d'abord  à  quelle  limite,  par 
conséquent  à  quel  caractère  définitif,  s'arrê- 
tent tes  facultés  les  plus  éminentes  de  Ta- 
nimal. 

Nous  constaterons  chez  lui  au  mot  natubb, 
des  facultés  intellectuelles  qui  viennent 
prendre  place  au-dessus  des  instincts,  saiA 

Iamais  les  remplacer  complètement.  Nous 
ui  reconnaîtrons  des  affections  moins  infé- 
rieures que  les  appétits,  moins  élémentaires 
que  les  sensations. 

Quant  à  Tentendement,  Tanimal  ne  va  pas 
au  delà  de  quelques  opérations  fort  simples 
sur  les  idées  qui  procèJent  de  la  sensation, 
soit  directement,  soit  par  voie  de  réminis- 
cence. C*est  de  Tintelligcnce  et  rien  de  plus, 
de  Tintelligence  à  la  mesure  d'une  très-pe- 
tite sphère  d'activité,  et  dans  laquelle  il  n  en- 
tre que  des  notions  fournies  |iarTexpérience; 
c'est  un  travail  de  |»prrep!ion,  de  jugement 


imp^^Iiat^  et  instantané,  et  l'imagination, 
qui  n'a  d'autre  but  que  de  coordonner  les 
actes  aux  circonstanies  présentes,  lés  ins- 
tincts demeurant  chargés  de  l'avenir.  Ce  but 
atteint ,  le  sentiment  du  besoin  n'existant 
plus,  Tintelligence  se  repose,  ou  bien  elle 
clian^e  d'objet  si  de  nouvelles  circonstances 
l'y  provoquent.  Encore  une  fois,  elle  ne  sort 
pas  du  cercle  des  faits  actuels  et  de  l'intérêt 
du  moment. 

.  Les  affections  de  Tanimal  sont  nécessaire- 
ment proportionnées  à  son  entendement. 
Le  plus  haut  degré  de  développement  qu'el- 
les atteignent  se  trouve  dans  ses  seuliments 
de  rc«*oiinaissance ,  d'allacheuienl  et  de  dé- 
vouement que  nous  offrent  quelques  ani- 
maux dome.sliquos  et  quel^jues  iniividus 
a|)privoisés  des  espèces  sauva^^es.  Dans  ces 
exemples,  Tlionime  devient  Tobjjt  suprême 
des  affections  de  l'animal,  il  en  reirueille  les 
Ijlus  heureux  résultais.  Mais  en  s'arrêlant  à 
l'homme,  comme  en  <e  portant  sur  d'autres 
i>tres,  ces  affeclions  n'en  demeurent  pas 
moins  de  simples  entraînements  sym|iathi- 
ques,  éclairés  et  dirigés  par  un  petit  nombre 
Ue  notions  expérimentales,  et  nous  ne  pou- 
vons voir  dans  les  sentiments  les  plus  désin- 
téressés de  Tanimal  que  les  conditions  d'une 
sociabilité  slalionnaire,  jar  conséquent  quel- 
que chose  qui  se  cunftmd  avec  les  impul- 
Mons  instinctives.  Il  n'y  a  rien  là  qui  n'in- 
téresse immédiatement  ou  TinJividu  ouTes- 
fèce,  ou  l'homme  quand  il  sait  prendre  sur 
animal  l'empire  qui  luiaftpanient;  il  n'y 
a  rien  qui  dépasse  le  domaine  des  percep- 
tions. 

Une  préférence  motivée  peut  décider  l'ac- 
tion extérieure  de  Tanimal  ;  c'est  un  pro- 
grès sans  doute  vers  la  liberté,  mais  il  s'en 
uiut  de  beaucoup  que  ce  soit  la  liberté  elle- 
même  ;  car  la  préférence  une  fois  motivée, 
c'est-à-dire  déterminée  par  l'expérience,  la 
S|K)ntanéité  de  Tanimal  est  entraînée  à  l'ac- 
tion. Celle  spontanéité,  esclave  de  Texpé- 
rience  quand  elle  ne  Test  pas  de  Tinslinet, 
ne  mérite  pas  eucore  le  nom  de  volonté,  car 
le  monde  extérieur,  la  circonstance  |)résentc, 
le  besoin  que  suscite  celle-i*i,  s*imposent 
encore  irrésistiblement  à  l'être  animé. 

Si  quelque  autre  ordre  de  faits  é:ait  néce<:- 
saire  pour  achever  de  caractériser  le  plus 
haut  dévcIopj>ement  de  l'activité  psycholo- 

Î;ique  des  animaux,  je  le  trouverais  dans 
es  signes  expressifs  qu'ils  donnent  à  leui-s 
idées  et  à  leurs  sentiments;  ces  signes  sont 
ou  muets  ou  sonores.  P.  Huber,  voyant  les 
fourmisdans  leurs  allées  et  venues,  se  toucher 
de  leurs  antennes  et  changer  souvent  leur 
direction  pccmière,  après  avoir  re<;u  ou 
donné  cette  es|)èce  de  si^^nal,  prêtait  'à  ces 
insectes  un  langage  mimique  très-varié.  Ce 
qui  est  plus  généralement  connu,  c'est  quo 
le  chien  exprfme  sa  j^iie  en  agitant  sa  queue, 
sa  tristesse  en  la  plaçant  entre  ses  jambes, 
sa  colère  jiar  des  contractions  des  muscles 
roleveurs  d(»s  narines  et  des  lèvres  ;  c'est 
qu<»  lecheViil  dn»e  ou  abaisse  ses  oreilles, 


(419)  Alex.  Bi'R5£s. 


315 


CAR 


DICTIONNAIRE 


GAIt 


3t€ 


ouvre  ses  naseaux,  relève  sa  .evre  supé- 
rieure, frappe  du  pied,  selon  les  sentiments 
qui  le  dominent.  Les  singes  ont  des  grima- 
ces de  bonne  et  de  mauvaise  humeur; 
leurs  paupières  et  leur  bouche  jouent,  sous 
ce  rapport,  un  rôle  assez  connu.  Et  quant 
aux  sons  expressifs,  je  rappellerai  la  manière 
dont  les  oiseaux  varient  et  modulent  leur 
voix,  tour  à  tour  chanteuse  ou  criarde  dans 
la  même  espèce,  ^elon  qu'elle  appelle,  aver- 
tit, témoigne  de  Teifroi  ou  devient  Tinter- 
prèle  du  bien-être  et  de  la  joie.  Qui  ne  sait 
comlnen  le  chien  domestique  modifie  aussi 
la  sienne  à  la  chasse,  à  la  maison,  dans  le 
contentement  ou  la  mauvaise  humeur,  dans 
la  colère,  dans  la  douleur  d*un  châtiment? 
Qui  n'a  entenlu  le  chat  au  temps  de  ses 
amours  sauva.^es,  et  le  môme  animal  implo- 
rant sa  nourriture?  Mais,  en  dernière  ana- 
lyse, que  disent  et  que  peuvent  dire  les  ani- 
Hïaux  soit  à  leurs  semblables,  soitaux  autres 
èîres?  Que  peuvent  exprimer  quelques  ges- 
tes, quelques  jeux  de  physionomie  très-li- 
mités, enfin  quelques  éclats  de  voix  et  quel- 
ques intonations  si  peu  nombreuses  pour 
chaque  espèce,  et  qui  se  rattachent  à  un  pe- 
tit nombre  de  circonstances  bientôt  con- 
nues? Tous  ces  signes  sont  les  interprètes  de 
Tétat  affectif  de  J'animai,  bien  plus  que  de 
ses  idées  ;  ce  sont  des  exclamations  plutôt 
que  des  paroles.  Il  n'y  a  rien  là,  quoi  qu'on 
en  ait  dit,  qui  mérite  le  nom  de  langage  ; 
ce  serait  en  tout  cas  une  langue  tellement 
simple  qu'elle  n'aurait  pas  besoin  d'être  ap- 
prise, et  ce  fait  seul,  que  tout  animal  naît 
avec  l'intelligence  et  la  pratique  des  signes 
expressifs  de  son  espèce,  suflTirait  pour  prou- 
,ver  que  ces  signes  sont  ceux  des  sentiments, 
non  des  notions  intellectuelles  (130).  Or  si 
ranimai  n'a  pas  de  langue  pour  ses  idées, 
combien  celles-ci  ne  sont-elles  pas  imparfai- 
tes et  fugitives!  Ne  pouvant  transmettre  son 
•xpérience  à  ses  descendants,  l'espèce  en 
reste  toujours  au  même  point,  les  individus 
seuls  acquièrent  quelque  connaissance  dans 
les  limites  de  leurs  besoins  ou  de  l'éduca- 
tion qui  leur  est  donnée  pour  les  façonner  à 
notre  usage. 

Voyons  maintenant  ce  que  nous  obser- 
yons  chez  l'homme  :  d'abord  sous  le  triple 
rapport  de  la  faculté  de  connaître,  des  senti- 
ments et  des  déterminations  volontaires, 
fiuis  sous  celui  des  signes  expressifs,  et  de 
eur  influence  sur  les  sociétés  humaines. 

L'intuition  instinctive  n'apparaît  que  mo- 
mentanément dans  la  vie  de  l'homme  et 
dans  une  de  ses  manifestations  les  moins 
remarquables.  En  effet,  l'impulsion  qui  porte 
l'enfant  nouveau-né  comme  les  petits  des 
mammifères,  à  chercher  et  à  saisir  le  sein 
maternel,  mérite  à  peine  le  nom  d'instinct 
guand  on  la  rapproche  des  merveilleuses 
industries  de  certains  animaux.  Pour  trou- 
ver quelque  chose  de  comparable  au  fait  aue 
je  mentionne,  il  faut  descendre  jusquau 
polype,   qui,  étendant  ces  tentacules  dans 


l'eau,  comme  pour  chercner  une  proie,  sai- 
sit le  premier  objet  qu'il  rencontre,  et  l'a- 
vale s  il  -peut  l'amener  à  sa  bouche. 

Mais  SI  l'instinct  s'efface  et  abdique  dans 
la  vie  humaine,  c'est  que  Tentenderaent  est 
en  mesure  de  pourvoir  à  l'avenir  aussi  bien 
qu'au  présent. 

L'entendement  de  l'homme  est  à  la  fois 
intelligence  et  raison;  c'est-à-dire  qu'ici, 
aux  premiers  éléments  de  l'intelligence,  aui 
perceptions  sensoriales,  viennent  s'ajouter 
des  notions  d'un  autre  ordre,  qui  impri- 
ment à  toute  la  psychologie  un  caractère 
nouveau,  agrandissant  l'horizon  intellec- 
tuel ,  donnant  essor  aux  facultés  d'analyse 
et  de  synthèse,  nous  élevant  des  idées  par- 
ticulières et  immédiates  aux  idées  généra- 
les, des  perceptions  aux  conceptions,  de 
l'expérience  à  la  science,  et  nous  révélant 
au-dessus  du  monde  physique  le  monde  mo- 
ral, au-dessus  de  la  création  le  créateur.  Je 
veux  parler  de  ces  notions  simples,  abso- 
lues, universelles,  qui  surgissent  en  nous 
au  f)remier  contact  des  faits,  et  qui  viennent 
éclairer  d'en  haut  ce  que  l'expérience  nous 
apporte  d'en  bas.  Telles  sont  les  notions  do 
casualité,  de  finalité,  de  vérité,  de  justice, 
de  bonté.  Jamais  les  procédés  de  l'inlelli- 
gence  ne  nous  conduiraient  à  ces  idées-là  ; 
il  y  a  plus,  celles-ci  s'imposent  à  l'intelli- 
gence numaine.  Ici  l'âme  se  montre  en  ac- 
tivité sous  un  de  ses  modes  les  plus  carac- 
téristiques, la  perception  rationnelle  et  mo- 
rale, et  nous  allons  voir  comment  cette  per- 
ception féconde  l'intelligence  proprement 
dite. 

Nous  lui  devons  d'abord  deux  notions 
importantes ,  qui  ont  beaucoup  occupé  la 
philosophie  spéculative,  mais  qui  prennent 
a  nos  yeux  une  valeur  toute  particulière, 

Ïuand  nous  comparons  l'homme  à  l'animal, 
es  notions  sont  celles  de  l'espace  et  du 
temps. 

L  espace,  comme  fait  abstrait  et  indépen- 
dant de  la  matière,  n'est  connu  que  de 
l'homme  ;  nous  ne  lui  concevons  pas  de  bor- 
nes, c'est  l'étendue  infinie.  Cette  notion  con- 
duit donc  notre  raison  à  la  double  idée  du 
fini  et  de  l'infini.  L'étendue  étudiée  en  elle- 
même,  nous  offre  un  petit  nombre  de  pro- 
priétés principales,  objets  d'une  science 
exacte,  la  géométrie,  dont  les  applications 
à  l'astronomie,  à  la  géographie,  a  la  méca- 
nique, ont  exercé  une  influence  inappré- 
ciable sur  la  civilisation. 

Le  temps  n'existe  pas  pour  l'animal,  c'est- 
à-dire  pour  un  être  qui  vit  tout  entier  dans 
le  moment  présent  ;  car  se^  réminiscences 
elles-mêmes,  évoquées  par  l'intérêt  actuel, 
s'effacent  avec  celui-ci  et  s'y  absorbent  sans 
donner  le  souvenir,  c'est-à-dire  la  consieure 
de  l'existence  passée.  L'homme,  au  con- 
traire, porte  en  lui  la  notion  du  temps, 
comme  passé,  présent  et  à  venir,  cadre  «^ 
trois  compartiments  où  prend  place  toute 
idée  relative  aux  modifications  qui  se  suc- 


(130)  Ajoutez  que  les  deux   scxos    ne  sont  pas    toujours  également  partagés  à  col  égard,  comme 
nous  le  voyons  chez  les  oiseidix. 


317 


CAR 


D'ANTHROPOLOGIE. 


CAR 


518 


relent  en  nous  et  hors  de  nous.  Associant  à 
la  rue  de  cette  succession  la  pleine  cons- 
cience de  nous-mêmes  et  de  notre  identité, 
nous  pouvons  sortir  du  présent  et  nous 
transporter  dans  le  passé,  reprendre  chacun 
de  nos  souTenirs  ou  anticiper  sur  une  suite 
d'événements  futurs.  Maîtres  en  quelque 
sorte  de  tonte  notre  existence,  planant  an- 
dessus  d'elle,  appréciant  la  solidarité  des 
moments  qui  se  succèdent,  nous  sommes 
mis  en  mesure  de  rendre  cette  solidarité 
heureuse  ou  malheureuse  ;  et  tandis  que  ra- 
nimai ne  se  soucie  pas  du  moment  futur, 
nous  le  devançons  de  nos  désirs,  de  nos  pen- 
sées y  de  nos*  espérances,  et  la  notion  du 
temps  lait  de  nous  des  êtres  d'avenir,  avides 
d'immortalité.  Enfin,  lorsque  de  la  notion 
du  temps  nous  descendons  à  sa  mesure  par 
les  moyeas  que  nous  offre  la  succession  ré- 
gulière de  certains  phénomènes,  tels  que  les 
mouvements  des  astres,  nous  introduisons 
dans  la  vie  des  indiridus  et  des  sociétés  un 
élémentqui  concourt  puissamment  à  la  direc- 
tion de  leur  activité.  La  division  du  jour  et 
celle  de  Tannée  ré^^lant  nos  actes,  en  mul- 
tipliant le  nombre,  en  augmente  la  portée, 
cxK>rJanne  les  faits  de  Thistoire,  et  prépare 
l'avenir  de  Tespèce. 

La  notion  de  eausaliié  ne  nous  permet  pas 
de  voir  un  iait  sans  lui  chercher  une  origine 
et  un  auteur.  De  là  l'élan  qui  nous  porte  de 
la  perception  d*un  phénomène  à  celle  de  sa 
cause;  de  là  ce  besoin  de  connaître  qui 
s'éveille  en  nous  en  dehors  de  tout  intérêt 
d^utilité,  et  oui,  faisant  appel  à  toutes  no< 
facultés  intellectuelles,  leur  fournit  un  sujet 
inépuisable  d'exercice  et  de  développement; 
de  là  enfin  la  notion  rationnelle  d'une  cause 
des  causes,  d'une  cause  première,  de  Dieu. 

A  ridée  de  causalité,  j'ajoute  celle  de  fina- 
Uté.  On  a  lieaucoup  disputé  depuis  Descarles 
sur  ce  qu^on  a  nommé,  avec  assez  peu  de 
bonheur,  les  causes  finales.  £n  théorie,  on 
a  soutenu  et  nié  tour  à  tour  qu'il  fût  raison- 
nable d'expliquer  une  intention  provi- 
dentiede  du  Créateur,  par  le  rapport  harmo- 
ni  |ue  de  deux  laits,  tels  que  la  structure  de 
l'œil  et  Texistence  de  la  lumière.  Buffon  a 
écrit  sur  ce  suiet  des  pages  très-explicites, 
et  il  va  sans  dire  que  la  philosophie  pan- 
théiste ne  saurait,  sans  inconséquence,  accep- 
ter ce  ^enre  d'explication,  ni  par  conséquent  la 
question  à  laquelle  elle  doit  répcmdre  :  Pour-- 
quoi  telle  disposition,  tel  orJre  de  phénomè- 
nes? Que  dans  Tapplication,  on  ait  abusé  du 
principe  de  finalité,  soit  en  prêtant  à  Dieu 
des  motifs  ima;^naires,  soit  en  se  conten- 
tant d'étudier  la  nature  à  ce  point  de  vue,  je 
n>n  disconviens  pas  :  mais,  que  le  principe 
lui-même  soit  faux?  c'est  autre  chose;  et  ici  je 
ne  crains  pas  d*allirmer  que  si  le  principe  est 
faux,  il  faut  en  accuser  non  ceux  qui  le  pro- 
clament, mais  la  raison  humaine,  qui  le 
trr)uve  au  nombre  de  ses  notions  universelles 
et  innées.  Si,  comme  nous  Tavons  vu,  tout 
fait  a  pour  nous  une  c^iuse  connue  ou  igno- 
r<H^,  tout  fait  aussi  a  un  but  ;  si  nous  posons 
irrésistiblement  la  question  du  commctif, 
n  yjs  ne  poMjiis  i>as  moins  ncvcssairemcul 


celle  du  pourquoi,  et  les  mêmes  auteurs  qui 
cherchent  à  nous  prouver  qu'il  est  absurde 
de  raisonner  sur  la  nature,  comme  sur  une 
oeuvre  providentiellement  ordonnée,  s'ou- 
blient à  chaque  instant,  et  nous  |>arlent,  sans 
y  prendre  garde,  des  motifs  de  telle  dispo- 
sition. Bunon,  historien  des  animaux,  n'é- 
chappe pas  plus  à  la  notion  essentiellement 
rationnelle  et  humaine  de  la  finalité,  que 
les  philosophes  dont  il  combat  sur  ce  point 
les  vues,  en  s'autorisant  de  leurs  écarts.  Or 
ce  principe,  comme  notion  inhérente  à  notre 
entendement,  non-seulement  nous  révèle 
dans  la  nature  l'œuvre  d'une  cause  intelli- 
gente ,  mais  stimule  puissamment  notre 
besoin  de  connaître,  nous  engageant  à  étu- 
dier char^^ue  ordre  de  faits  dans  ses  rapports 
d'harmonie  avec  les  autres. 

Déjà  les  notions  préiédentes  nous  ouvrent 
des  perspectives  sur  le  monde  moral;  celles 
du  vrai,  du  juste,  du  bon,  nous  engagent 
décidément  dans  ce  monde,  où,  afTrancuis  de 
l'intérêt  égoïste,  nous  élevons  notre  pensée 
jusqu'à  cette  caubc  des  causes,  à  cet  Être 
infini  qui  domine  de  son  existence  éternelle 
l'espace  et  le  temps,  à  cette  intelligence  sou- 
veraine qui  a  tout  ordonné  avec  sagesse 
dans  l'économie  de  l'univers,  et  qui  person- 
nalise la  vérité,  la  justice  et  la  bonté.  En 
Dieu,  les  notions  rationnelles  trouvent  leur 
objet,  comme  dans  la  nature  les  perceptiou:9 
sensoriales  avaient  trouvéle  leur,  et  l'homme, 
en  possession  des  premières,  devient  un  être 
religieux  ;  telle  est  du  moins  la  destination, 
tel  est  le  caractère  que  lui  assignent  les 
facultés  de  son  entendement. 

Avec  ce  caractère,  avec  la  conscience  d'une 
destination  religieuse  et  d'une  loi  morale, 
l'homme  ne  saurait  aimer  comme  aime  l'ani- 
mal ;  ses^iffeclions  ont  d'autres  motifs,  elles 
s'élèvent  et  se  moralisent  comme  ses  idées. 
Ce  ne  sont  plus  de  simples  mouvements  de 
sympathie  et  d'antipathie,  suscités  par  les 
aperceptions  actuelles  des  sens  et  de  l'intel- 
ligence. Le  cœur  de  l'homme  est  affecté  tour 
à  tour  iiar  des  souvenirs,  par  les  faits  actuels 
et  par  la  prévision  ;  il  connaît  seul  le  regret 
et  l'espérance.  Les  notions  morales,  éclai 
rantses  sympathies,  lui  procurent  les  nobles 
jouissances  de  l'amitié,  de  l'admiration,  de 
l'adoration  ;  il  les  retrouve  encore,  ces  mêmes 
notions,  dans  le  remords,  dans  l'indignation, 
dans  le  mépris.  L'égoïsmc  et  la  passion,  qui 
tendent  à  le  suljjuguer  et  à  étonner  les  ins|*i- 
rations  désintéressées,  n'y  réussissent  jamais 
complètement. 

S'agit-il  enfin  de  prendre  une  détermina- 
tion, l'homme  a  le  sentiment  de  sa  liberté  et 
de  sa  spontanéité,  sentiment  bien  faible  sans 
doute,  et  qui  peut  se  réduire,  après  une 
suite  de  défaites,  à  une  sourde  protestation; 
mais  sentiment  réel  et  significatif,  élément 
indestructible  et  caractéristique  de  la  nature 
humaine,  condition  essentielle  de  la  moralité. 
La  spontanéité  s'élève  ici  à  la  dignité  d'une 
volonté  consciente  d'elle-même.  Les  prin- 
cipes supérieurs  qui  nous  enseignent  le  droit 
absolu  Je  Dieu,  en  même  temj'S  cjue  les  per- 
fodions  qui  doivent  nous  le  faire  aimer, 


519 


CAR 


DICTIONMAiRE 


CAR 


3ii) 


nous  affranchissent  des  sollicitations  infé- 
rieures qui  décident  fatalement  des  actions 
de  l'animal  ;  ils  nous  appellent  à  une  obéis- 
sance libre  et  volontaire.  L'animal  subit  la 
loi  qui  lui  est  imposée,  Thorame  aGce;)te  ou 
refuse  celle  qui  lui  est  proposée.  Son  o'béis* 
sance  Tennobiit  et  glorifie  son  maître. 

Nous  avons  vu  a  quoi  se  réduisent  les 
signes  expressifs  dont  les  animaux  font 
usage;  nous  avoub  vu  combien  ces  signes 
sont  peu  nombreux,  qu'ils  expriment  plus 
souvent  des  sentiments  que  des  idées,  enfin 
qu'ils  sont  donnés  à  chaque  espèce  par  la 
nature  et  aussi  peu  variables  que  les  instincts. 
L'homme,  au  contraire,  a  reçu  sous  ce  rap- 

{)ort  un  don  proportionné  à  toute  sa  psycho- 
o;jie,  un  don  qui  çrandit  et  se  modifie  avec 
lui-même,  qui  participe  de  sa  liberté  et  de  sa 
perfectibilité  tant  individuelle  que  collec- 
tive; l'homme  seul  a  un  langa;;^e.  Ce  langage 
se  compose  de  sons  modulés,  articulés,  de 
mots  qui  ne  sont  pas  donnés  par  la  nature, 
car  ils  varient  d'un  peuple  à  l'autre,  et  se 
modifient  dans  la  suite  des  générations;  puis, 
ces  mots  dans  leurs  combinaisons  composent 
des  phrases  d'une  construction  sinon  arbi- 
traire, du  moins  très-diversifiée,  selon  le 
génie  des  nations.  Ces  mots,  ces  phrases, 
nous  permettent  d'échanger  jusqu'aux  moin- 
dres nuances  de  nos  idées  et  ae  nos  senti- 
ments. Pour  Tesprit  humain,  non-seulement 
toute  chose,  tout  être  a  son  norii,  mais  il  n'est 
pas  d'attribut ,  pas  d'acte ,  pas  de  mode  et 
de  manière  d'être ,  pas  de  notion  générale, 
pas  de  sensation,  pas  de  sentiment  qui 
n'ait  le  sien.  Le  mot  est  le  corps  de  l'idée  : 
non -seulement  il  l'exprime  et  sert  à  la 
transmettre,  mais  il  commence  par  la  dé- 
terminer, et  la  fixe  dans  la  mémoire.  La 
pensée  humaine  la  plus  intime,  la  plus 
secrète,  ne  peut  se  passer  de  celte  forme , 
celle-ci  se  passe  mieux  du  son  qui  lui  sert 
d'interprète.  En  effet,  des  signes  muets  peu 
vent  remplacerlalanguc  vocale,  et  l'écriture, 
qui  la  reproduit  avec  une  parfaite  fidélité, 
en  étend  les  bienfaits  et  transmet  l'héritage 
intellectuel  d'une  génération  à  une  autre 

f;énération.  Ainsi  se  propage  et  s'augmente 
e  trésor  des  idées  et  des  connaissances 
humaines,  ainsi  se  réalise  une  immense  soli- 
darité, ainsi  les  sociétés  qui  se  succèdent, 
peuvent-elles  imprimer  à  l'humanité  un 
mouvement  de  progression  et  d'évolution, 
chacune  d'elle  apportant  un  élément  nouveau 
au  développement  général  et  presqu'indéfini 
de  l'espèce. 

A  quelle  distance  ne  sommes-nous  pas  de 
la  condition  stationnaire  des  espèces  ani- 
males! En  comparant  cette  esquisse  des  traits 
caractéristiques  de  la  psychologie  humaine 
à  celle  des  facultés  les  plus  émincntes  de 
ranimai,  pouvons-nous  hésiter  encore  à 
séparer  l'humanité  de  l'animalité?  A  l'aide 
de  quelle  transition  nous  élèverions-nous  de 
la  faculté  d'associer  quelques  perceptions 
sensoriales  à  l'intuition  des  vérités  absolues; 
de  la  simple  passion  au  sentiment  moral,  de 
la  spontanéité  irréfléchie  à  la  volonté  libre 
et   responsable;  d'une  vie  renfermée  dans 


les  étroites  limites  du  moment  actuel  et  des 
faits  accessibles  aux  sens,  à  une  vie  qui  cher- 
che toujours  l'avenir  et  franchit  toutes  les 
limites?  Je  trouve  jusque  dans  Tirritabilité 
du  polype  les  premiers  éléments  des  aper- 
ceptions  de  l'intelligepce  animale;  mais  où 
voyons-nous,  chez  l'animal  le  plus  élevé, 
les  éléments  de  la  raison,  de  la  moralité,  de 
la  liberté?  Evidemment  l'homme  ne  saurait 
être  le  terme  supérieur  de  la  série  des  ani- 
maux ;  l'humanité  se  présente  à  nous  par  ses 
facultés,  par  sa  sphère  d'action,  par  sa  desti- 
nation, comme  représentant  à  elle  seule  Tun 
des  éléments  généraux  de  la  création,  c'est- 
à-dire  un  règne,  le  règne  définitif  qui  cou- 
ronnera l'édifice.  Parvenue  à  ce  terme,  auquel 
elle  aspire  dans  sa  gradation ,  la  nature 
devient  la  condition  première  et  l'instrument 
d'une  activité  libre,  morale,  religieuse;  elle 
se  trouve  associée  aux  destinées  d'un  éîre 
créé  à  rimage  de  Dieu;  car  Thomme,  héri- 
tier de  ce  magnifique  patrimoine,  ne  dé|>assc 
l'animalité  qu*après  avoir  emprunté  ses 
formes  générales  et  son  organisation  au 
règne  qui  le  précède,  au  premier  des  tyj'cs 
de  ce  règne,  a  la  première  des  classes  de  te 
type.  L'article  suivant  nous  dira  comment  il 
s  est  approprié  et  assimilé  ces  formes  et  cette 
organisation. 

Article  IL  —  Caraeiêres  corporels.  —  Il 
est  trop  évident  que  ie  corps  humain,  par 
cela  môme  qu'il  emprunte  ses  formes  et  son 
organisation  à  la  première  classe  du  règne 
animal,  ne  saurait  nous  oSnr  des  caractères 
aussi    importants    que    ceux   de  l'activité 

F  psychologique.  Une  fois  que  la  nature  de 
'homme  est  hors  de  cause,  il  nous  importe 
peu  que  Sun  organisation,  en  le  rattachant 
aux  mammifères,  mette  plus  ou  moins  de 
distance  entre  cet  être  et  les  premiers  singes. 
€equi  nous  intéresse  dans  les  di&'érencesqiic 
nous  rencontrons  sous  ce  rapport  entre  nous 
et  les  animaux,  c'est  de  voir  par  quel  genre 
de  modifications  l'organisme  du  mammifère 
devient  l'organisme  de  l'homme,  c'est  de 
constater  l'harmonieux  rapport  de  ces  modi- 
fications avec  leur  but,  c'est-à-dire  avec  le 
rôle  du  corps  humain  dans  les  conditions  ac- 
tuelles de  la  vie  humaine.  Du  reste,  il  ré- 
sulte de  cette  harmonie  que ,  si  la  vie  hu- 
maine est  supérieure  à  la  vie  animale,  les 
caractères  corporels  de  l'homme  porteront 
le  cachet  de  cette  supériorité. 

De  tous  ces  caractères,  les  plus  importants 
sont  nécessairement  ceux  que  présentent  les 
organes  des  premières  fonctions  physiologi- 
ques, c'est-h-dire  le  cerveau,  les  appareils  des 
sens,  et  celui  de  la  locomotion  dans  son  ensem- 
ble et  dans  quelques  détails  qui  se  recom- 
mandent plus  spécialement  h  notre  attention. 
Les  centres  nerveux,  renfermés  dans  l.i 
tête,  dans  le  crâne,  et  qu'on  réunit  sous  la 
dénomination  générale  d'encéphale,  appai- 
tiennent,  comme  on  le  sait,  les  uns  aux  di- 
vers modes  de  la  sensation^  les  autres  à  l'in- 
citation et  à  la  régularisation  des  mouve- 
ments, d'autres  enfin  h  ces  fondions  à  la 
fois  intermédiaires  et  supérieures  h  la  sen- 
sation et  au  mouvement,   sous  le  nom  <1^' 


im 


CAR 


D*AMIIROPOLOG1£. 


CAR 


fbnetioDS  psycholo^ques.  C'est  à  ces  der- 
nières qu*est  dévola  ic  cerveau  propremenl 
liiU  masses  hémisphérique  qui  dcTient  Irès- 
prédominante  chez  les  animaux  supérieurs, 
et  surtout  chez  les  mammifères,  lesquels 
!^jntj  à  cet  é^nl,  bien  au-dessus  de  tous  les 
vertébrés  ovipares.  Cette  masse  est  partagée, 
|iar  une  profonde  scissure  médiane,  en  deux 
i><^»riions,  connues  sous  le  nom  d'hémisphè- 
re<  cérébraux;  chacun  de  ces  hémisphères 
oTre,  à  son  tour,  l'indice  d'une  subdivision 
transversale  en  trois  lobes  au  plus,  et  ordi- 
nairement toute  la  surface  de  lorgane  est 
(hin.*ounie  par  un  plus  ou  moins  grand  nom- 
bre de  sillons  d'une  profondeur  variable, 
"•inueux,  et  qui  laissent  entre  eux  des  par- 
li*'S  arrondies  et  saillantes,  nommées  circon- 
volutions. Ajoutons  que  les  hémisphères, 
éiudiés  dans  leur  structure,  nous  offrent  ex- 
térieurement une  couche  de  matière  ner- 
veuse très-coîorée,  pulpeuse,  et  qui  suit  les 
«sinuosités  des   circonvolutions,    que  plus 
profondément  se  trouve  une  masse  blanche, 
plus  ferme,  offrant  laspect  d'un  ensemble 
«le  fibres  qui  ravonuent  vers  tous  les  points 
de  la  circonférence  des  hémisphères  et  s'ar- 
rêtent à  l'écorce  pulpeuse.  CeHe-ci  est  con- 
sidérée comme  la  partie  essentiellement  ac- 
tive de   l'organe,  et  la  substance  fibreuse 
rorame  conductrice  des  incitations  qui  arri- 
vent à  la  première  ou  qui  en  |)artent.  Enfin, 
chaque  hémisphère  est  creusé  d'une  cavité 
ou   ventricule  à  peu  près  de  même  forme 
«{ue  lui,  et,  d'un  némisphère  à  l'autre,  s'é- 
t».-ndent  des  fibres  de  ralliement  qui  forment 
«*iitre   autres   la  grande    lame  transverse, 
nommée  le  corps  calleux.  Ces  détails  sulli- 
riint   pour  l'intelligence    de  ce  que  nous 
avons  à  dire  sur   le  développement  qu'é- 
prouve le  cerveau ,  d'abord  (ians  la  série  des 
mammifères,  puis  du  premier  de  ceux-ci  à 
Thomme.  Avant  de  caractériser  ce  dévelop- 
l»cment,  ie  ferai  une  dernière  remarque  gé- 
n*5rale,  c  est  que  ni  l'anatomie  comparée,  ni 
l'analyse  anatomique  du  cerveau  humain  ne 
cundiîisent  à  considérer  cet  organe  comme 
réunissant  dans  sa  masse  générale  un  grand 
nombre  d'organes  particuliers,  ainsi  que  le 
prétendaient  Gall  et  Spurzheîm.  Le  cerveau 
est  un  ;  les  modifications  de  sa  surface,  et  no- 
tamment celles  que  déterminent  les  circon- 
Tolutions,  n*ont  rien  de  commun  avec  des 
subdivisions,  et   la  base  anatomique  de  la 
phrénologieestune  hypothèse  complètement 
ruinée  aujourd'hui. 

En  parcourant  la  série  des  mammifères, 
nous  voyons  le  cerveau  s'acheminer  vers  les 
caractères  qu'il  offre  dans  l'espèce  humaine; 
malgré  les  oscillations  qui  semblent  inter- 
rompre la  continuité  de  ce  progrès,  celui-ci 
s  accomplit  d'une  manière  graduée  jusqu'aux 
premiers  singes,  aux  orangs.  Mais,  pour  pas- 
ser de  ces  singes  k  l'homme,  nous  fran- 
chissons une  dislance  considérable.  Chez 
rhomme  le  moins  favorisé  sous  ce  rapport, 
les  hémisphères  cérébraux  sont  incompara- 
blement jHus  volumineux  que  chez  l'orang 
OQ  le  chimpanzé.  Non-seulement  ils  ont  plus 
do  longueur,  tant  absolue  c^ue  relative ,  et 


couvrent  entièrement  et  suralionuammenC 
en  arrière  une  autre  masse  nerveuse,  qu'on» 
nomme  le  cervelet  ;  mais  leur  hauteur  se| 
montre  hors  de  toute  proportion  avec  celle* 
du  cerveau  des  singes  supérieurs,  et  cette' 
différence  est  surtout  remarquable  en  avant, 
où  elle  produit  cette  élévation  et  cette 
belle  courbe  de  la  région  frontale,  qui  sont 
un  des  traits  caractéristiques  de  la  tète  de 
l'homme.  Le  développement  relatif  des  trois 
lobes  qui  se  succèdent  d'avant  en  arrière,  le 
volume  des  circonvolutions  principales,  le 
nombre  des  autres,  l'étendue  et  l'épaisseur 
du  corps  calleux,  l'abondance  de  l'écorce  pul- 
peuse, ne  mettent  pas  moins  d'intervalle  que 
les  proportions  générales  entre  l'orgamsa- 
tion  cérébrale  de  l'espèce  humaine  et  celle 
des  premiers  mammifères,  sans  compter  les 
nombreux  détails  que  je  ne  puis  mentionner 
dans  cette  esquisse. 

Les  différences  qui  caractérisent  le  cer- 
veau de  l'homme,  c  est-à-dire  le  premier  de 
nos  organes,  témoignent  |>ourla  plupart  d'un 
développement  hors  de  ligne.  Ce  résultat  est 
important  sans  doute  ;  mais  il  est  bien  incom- 
plet, par  cela  seul  qu'ignorant  en|  quoi  con- 
siste l'action  cérébrale,  nous  ne  pouvons  a(>* 
précier  la  portée  physiologique  et  psychologi- 
que des  grandes  différences  organiques  qui 
nous  fra{>pent  ici. 

Les  organes  des  sens  nous  offrent,  dans 
l'espèce  humaine,  un  premier  carat  tère  d'une 
grande  importance,  ce  qu'on  me  permettra 
d'appeler  leur  développement  harmonique. 
Chez  les  animaux,  il  y  a  toujours  quelcue 
sens  qui  prédomine,  tandis  que  d'autres 
s'effacent  plus  ou  moins ,  et  la  supériorité 
d'un  sens  se  lie  constamment  à  une  particu- 
larité de  mœurs,  et  semble  commander  l'acti- 
vité extérieure.  Ainsi,  l'odorat  si  merveil- 
leux du  chien  et  de  quelques  autres  animaux 
carnassiers  voue  en  quelque  sorte  leur  vie  à 
la  chasse.  L'œil  de  l'oiseau,  avec  sa  puis- 
sante.rétine,  se  rattache  à  la  destination  d'un 
animal  a(!'rien.  Le  cheval,  le  lièvre,  la  chauve- 
souris,  en  généra]  les  animaux  nocturnes  ou 
timides,  sont  doués  d'une  ouïe  très-fine. 
D'un  autre  côté,  si  l'on  en  excepte  les  chau- 
ves-souris, les  mammifères,  avec  leur  peaa 
ou  très  velue,  ou  très-épaisse,  sont  peu  ae- 
cessibles  aux  impressions  tactiles  générales, 
et  il  en  est  peu  qui,  par  une  disposition 
spéciale  d'mie  partie  du  corps,  soient  en 
mesure  d'exercer  le  toucher  actif.  Le  goût 
lui-même  ne  parait  jamais  être  très-pro- 
noncé, et  souvent  l'épiderme  de  la  langue 
acquiert  une  consistance  cornée ,  qui  met 
certainement  obstacle  à  l'impression  des 
substances  sapides 

Aucun  des  sens  de  l'homme  ne  domine  les 
autres,  aucun  d'eux  ne  demeure  en  arrière. 
Notre  œil  n'a  pas  une  rétine  aussi  surabon- 
dante que  celle  de  rai(i;le;  notre  oreille  n'of- 
fre ni  des  cavités  aussi  sonores,  ni  une  con-' 
que  acoustique  aussi  parfaite  que  celles  do 
lièvre  et  de  plusieurs  autres  mammifères; 
nos  fosses  nasales  n'ont  pas  le  développenrent 
de  celles  du  chien,  ni  nos  narines,  1  ai  pareil 
glanduleux    qui  humecte  continuellement 


523 


CAR 


DICTIONNAIRE 


CAR 


3il 


celles  .de  ce   même  carnassier  ;  notre  peau 
n*est  ni  aussi  fine,  ni  aussi  impressionnable 

Sue  celle  des  ailes  de  la  chauve-souris.  Mais 
lez  nous  tous  ces  organes  atteignent  à  peu 
I)rès  le  môme  degré  de  perfectionnement,  et 
eur  ensemble  rachète  ce  qui  peut  manquer 
à  chacun  d'eux. 

Remarquons,  en  second  lieu,  que  l'avan- 
tage naturel  qui  résulte  pour  lanimal  de  la 
perfection  d'un  de  ses  sens  se  réduit  è  ren- 
dre celui-ci  plus  impressionnable;  que  le 
chien  recueille  ainsi  les  moindres  émanations 
odorantes;  le  lièvre,  les  bruits  les  plus  lé- 
gers; que  la  chauve-souris  sent  les  moin- 
dres dinérences  des  densités  de  l'atmosphère. 
Mais  le  chien  ne  cherche  dans  les  odeurs,  lo 
lièvre  dans  les  bruits,  la  chauve-souris  dans 
le  milieu  qu  elle  traverse,  que  des  sensa- 
tions propres  à  les  renseigner,  l'un  sur  la 
proie  qu'il  poursuit,  l'autre  sur  les  périls 
qui  le  menacent,  le  troisième  sur  le  voisi- 
nage des  corps  que  ses  yeux  ne  lui  permet- 
tent pas  d'apercevoir  à  la  nuit  tombante. 
Eclaireurs  d'une  intelligence  bornée,  qui  ne 
préside  qu'à  la  satisfaction  d'un  petit  nombre 
de  besoins  de  l'ordre  le  moins  élevé,  les  sens 
de  l'animal  sont  affectés  d'une  manière  sim- 
ple. L'œil  voit  bien  ce  que  l'animal  a  besoin 
de  voir,  une  proie,  uu  obstacle,  une  place  à 
occuper,  un  ennemi  à  fuir.  L'oreille  entend 
et  distingue  bien  ce  que  l'animal  a  besoin  de 
discerner,  un  bruit,  ou  même  des  sons  sim- 
ples ou  modulés,  mais  significatifs;  l'odorat 
donne  un  avertissement  utile  et  sûrà  l'égard 
d'un  objet  cherché,  ou  d'une  nourriture 
dontl'animal  veut  savoir  si  elle  lui  convient; 
le  goût  interroge  aussi  les  seules  qualités 
essentielles  des  aliments.  Mais  il  n'est  donné 

3u'à  l'homme  de  demander  à  tous  ses  sens 
es  services  qui  aillent  au  delà  dos  besoins 
les  plus  immédiats.  Les  organes  dont  nous 

f)arlons,  et  dont  il  ne  faut  jamais  séparer 
eurs  centres  de  perception ,  servent  chez 
nous  d'autres  besoins  encore,  ceux  de  nos 
iacultés  les  plus  éminentes,  et  môme  déjà 
une  capacité  de  jouissance  bien  supérieure 
à  celle  de  l'animal.  Le  goût  nous  est  moins 
utile  pour  discerner  les  bonnes  ou  mauvaises 
qualités  d'un  aliment,  que  pour  trouver  un 
plaisir  dans  la  satisfaction  d  un  besoin,  ce  qui 
nous  conduit  à  ajouter  j)ar  notre  industrie 
aux  dons  de  la  nature.  S  il  y  a  là  une  tenta- 
tion de  sensualité,  il  y  a  aussi  un  bienfait  de 
Dieu,  et  l'analyse  des  saveurs  par  un  sens 
exercé  est  une  sorte  de  chimie  physiologi- 
que, qui  contribue  à  nos  connaissances  sur 
la  diversité  de  la  matière;  on  sait  tout  le 
parti  que  la  chimie  et  l'art  de  guérir  tirent 
de  cette  analyse.  L'odorat  s'associe  souvent 
au  goût,  et  ces  deux  sens  nous  donnent  des 
impressions  combinées,  qui  se  complètent  et 
se  fortifient  réciproquement.  11  est  probable 
que  l'honmie  seul  paraît  rechercher  ou  fuir 
m  odeurs  pour  le  seul  fait  de  la  jouissauce 
qu'elles  lui  procurent  ou  de  la  répugnance 
qu'elles  lui  inspirent,  et  tout  le  monde  a 
lait  l'expérience  de  leur  influence  sur  notre 
imagination  ;  ce  sont  là  des  effets  d'un  autre 


ordre  que  ceux  que  nous  observons  chez  les 
animaux. 

Quant  à  la  vue ,  l'ho^nroe  a  un  premier 
avantage,  dont  il  ne  jouit  cependant  pas  seul, 
c'est  que  ses  yeux,  au  lieu  d'être  rejolés  sur 
les  côtés  de  la  tôle ,  d'avoir  par  conséquent 
deux  directions  opposées  et  de  donner  des 
images  différentes,  se  dirigent  en  -ivanl, 
regardent  les  mêmes  objets,  et  reçoivent  une 
môme  iniage ,  ce  qui  donne  nécessairement 
plus  d'unité  à  la  sensation.  Nous  saisissons 
dans  un  tableau  d'ensemble  l'harmonie  des 
formes  et  des  couleurs  ;  de  là  encore  des 
jouissances  inconnues  de  l'animal.  La  vue 
n'est-elle  pas  d'ailleurs  un  des  sens  par  les- 
quels nous  acquérons  le  plus  de  notions  sur 
le  monde  extérieur ,  lorsqu'employé  avec  la 
force  d'attention  dont  nous  sommes  capables, 
il  est  dirigé  dans  ses  investigations  par  une 
intelligeçce  aussi  infatigable  que  féconde? 

Chez  l'homme  la  vue  trouve  dans  le  tou- 
cher un  précieux  contrôle  et  au  besoin  un 
suppléant ,  grâce  à  la  finesse  que  ce  dernier 
sens  acquiert  à  l'extrémité  de  nos  doigts,  et, 
grâce  surtout  à  la  souplesse  qui  permet  à  ces 
organes  de  s'appliquer  aux  surfaces  de  for- 
mes diverses  dont  nous  voulons  connaître  et 
l'étendue ,  et  la  conûguralion  et  les  autres 
caractères.  L'importance  du  toucher  actif  se 
lie  plus  directement  encore  au  rôle  de  la 
main  humaine  comme  agent  de  notre  indus- 
trie, et  cette  importance  est  telle  qu'un  phi- 
losophe a  été  tenté  d'attribuer  à  celte  par- 
lie  de  notre  corps  toute  notre  supériorité 
intellectuelle ,  doctrine  qui  ne  supi)orte  pas 
d'ailleurs  l'examen  le  plus  superficiel. 

Enfin,  l'ouïe  établit  entre  nous  et  la  nature, 
entre  nous  et  nos  semblables ,  des  relations 
nombreuses  et  variées,  proportionnées  à 
notre  supériorité  psychologique.  Ce  ne  sont 
pas  seulement  quelques  différences  d'inten- 
sité et  de  timbre,  quelques  tons  principaui, 
que  discerne  notre  oreille  ;  ce  sont  les  moin- 
dres nuances  d'intonation  etderhythme,  et 
ces  rapports  des  sons  simultanés  ou  succes- 
sifs d'où  naissent  les  jouissances  combinées 
de  l'harmonie  et  de  la  mélodie  ;  de  là  ces 
sensations  supérieures,  tour  à  tour  vives  ou 
profondes,  gaies  ou  sérieuses,  qu'éveille  en 
nous  le  premier  des  arts,  celui  que  j'appelle- 
rais l'art  social  par  excellence ,  si  la  parole 
n'avait  pas  aussi  ses  enchantements,  si, 
comme  la  musique ,  elle  ne  savait  pas  aussi 
ravir  à  leurs  préoccupations  personnelles 
les  membres  d  une  grande  assemblée  pour 
confondre  leurs  âmes  dans  une  commune 
émotion. 

Ainsi  les  sens  de  l'homme ,  mieux  équili- 
brés entre  eux  que  ceux  de  l'animal ,  plus 
propres  à  donner  des  impressions  nuancées, 
plus  sensibles  aux  harmonies  et  aux  discor- 
dances ,  moins  exclusivement  voués  au  ser- 
vice de  la  vie  physioloiiique,  plus  modifiables 
par  l'éducation,  et  enfin  plus  perfectibles  par 
cela  seul  qu'ils  sont  les  instruments  d'une 
intelligence  supérieure,  réunissent  dans  leur 
apparente  médiocrité  organique  les  coiicii- 
tions  les  plus  heureuses  pour  proportioniior 
leurs  fonctions  aux  exigences  de  nos  facullé^. 


St5 


CAR 


DANTimOPOLOClE. 


CAR 


5» 


LesaeuT  r^ons  qui  se  partagent  la  tète, 
saroir  le  erAne  et  la  face  «  se  proportionnent 
an  développement  relatif  des  organes  qui  s'y 
trouvent  placés.  Dans  les  animaux ,  c'est  fa 
face  qui  prédomine.  Les  mâchoires ,  et  sou- 
vent aussi  les  fosses  nasales ,  se  projettent 
chez  eux  au-devant  du  crâne  dans  une  direc- 
tion oblique  ;  ce  dernier  est  rejeté  en  arrière, 
et  sa  ligne  frontale  n*est  guère  plus  redressée 
f|ue  celle  du  museau ,  à  laquelle  elle  fait 
suite.  11  est  rare  d*aii1eurs  que  la  surface 
externe  dû  crâne  donne  chez  les  mammifè- 
res une  idée  exacte  du  volume  proportionnel 
du  cerveau ,  cette  surface  offrant  ordinaire- 
ment des  saillies  osseuses  auxquelles  s'atta- 
chent quelques  muscles,  et  qui  relèvent  plus 
ou  moins  ou  le  front  ou  le  sommet  de  la  tète. 
Chez  l'homme,  le  crâne  l'emporte  beaucoup 
sur  la  face ,  sans  offrir  ni  crêtes ,  ni  saillies, 
ni  masses  musculaires,  qui  dissimulent  sa 
forme  réelle  et  les  proportions    vraies  du 
cerveau ,  renfermé  dans  cette  boîte  osseuse. 
Très-élevée  et  arrondie  de  toutes  ))arts,  celle- 
ci  noiis  offre  d'avant  en  arrière  une  ligne  de 
fiai'e  presque  horizontale,  qui  se  termine 
partout  en  se  convertissant  en  courbes  rapi- 
dement descendantes  ;  Tune  d  elles,  la  courbe 
antérieure ,  dessine  un  front  plus  ou  moins 
vertical ,  et  le  profil  de  la  face  la  continue 
dans  la  même  direction.  Ainsi,  la  face,  réduite 
ici  à  des  dimensions  proportionnelles  médio- 
cres, vient  s'abriter  au-dessous  de  la  moitié 
antérieure  du  crâne,  qui  la  domine  tout 
€*ntîère.  C'est  en  queirjue  sorte  exception- 
nellement, par  dégradation  du  type  normal, 
et  d'ailleurs  dans  une  très-faible  mesure , 
que,  chez  certaines  races  humaines,    les 
mâchoires  et  les  dents  antérieures  prennent 
une  direction  un  peu  oblique  ;  celte  projec- 
tion, ce  prognatisme,  pour  nie  servir  de  l'ex- 
I  ression  reçue,  ne  rappelle  que  de  bien  loin 
la  saillie  faciale  des  singes  ,  déjà  bien  moin- 
dre que  celle  de  la  plupart  des  autres  mam- 
mifères. 

Ow'est-ce  que  la  face  ?  La  partie  de  la  tète 
dévolue  aux  organes  des  sens ,  et  plus  spé- 
cialement encore  à  ceux  de  ces  organes  pla- 
cés en  sentinelle  à  l'entrée  des  appareils  de 
lalimentation  et  de  la  respiration  ?  Qu'est-ce 
que  le  crâne  ?  La  région  cérébrale,  la  vérita- 
ble tête  de  rore;anisme.  Ainsi,  chez  l'animal, 
c'est  la  face ,  1  élément  inférieur ,  qui  l'em- 
porte et  qui  se  place  en  avant  ;  tandis  que , 
chez  l'homme ,  l'élément  supérieur  domine 
Kaalre  par  son  étendue  et  sa  position. 

Mais  dans  cet  état  de  subordination ,  la 
figure  humaine  s^anoblit,  ses  formes  gagnent 
à  la  réduction  des  traits  qui  étaient  en  saillie. 
Si  le  système  osseux  subit  une  diminution , 
il  est  aussi  moins  superficiel  ;  entre  lui  et  la 
peau ,  s'interfiosent  des  parties  molles  oui 
arrondissent  les  traits ,  des  mu»cles  qui  les 
mobilisent ,  et  qui  donnent  au  visage  tantôt 
rénergîe  de  la  {)assion,  tantôt  toutes  les 
nuances  du  sentiment.  Aucun  animal  ne 
possède  un  appareil  musculaire  facial  qui 
affproche  de  celui  de  l'homme,  parce  que 
ranimai  n'en  a  (jue  faire. 

i  les  traits  de  détail  caractéristicpes 


de  la  figure  humaine,  les  pms  remarquables 
sont  la  direction  antérieure  des  yeux  ,*  que 
i  ai  déjà  mentionnée ,  la  saillie  du  nez  avec 
la  position  inférieure  des  narines,  la  médio- 
cre ouverture  de  la  bouche ,  et  la  forme  de 
l'oreille  externe.  Celle-ci  présente  sans  doute 
beaucoup  d'analogie  avec  ceWe  des  singes  ; 
mais  chez  tous  les  animaux,  en  même  temps 
que  le  lobule  inférieur  s'elface ,  la  partie 
supérieure  du  [lavillon ,  toujours  déroulée , 
s'allonge  plus  ou  moins.  L'oreille  humaine 
se  caractérise  au  contraire  par  un  lobule 
inférieur  très-prononcé ,  et  supcirieurement 
par  le  rebord  arrondi  qu*on  appelle  l'hélix. 
11  est  remarquable  que  celui-ci  tend  à  se 
dérouler,  et  que  le  lobule  se  raccourcit  chez 
les  races  humaines  les  plus  dégradées. 
Tandis  qu'en  avant  le  crâne  aljrite  la  face, 

3u'il  semble  imposer  à  celle-ci  la  direction 
e  la  li^ne  frontale ,  et  qu'il  donne  ainsi  à 
l'angle  facial  ces  belles  proportions  aux- 
quelles la  statuaire  grecque  a  rendu  hom- 
mage, même  en  les  exagérant,  la  courbe  occi- 
pitale ramène  l'articulation  de  la  tète  avec  la 
colonne  vertébrale  à  une  position  tellement 
avancée,  que,  cette  colonne  étant  placée  ver- 
ticalement, la  tète  se  trouve  fiosée  en  éouili- 
bre  sur  elle.  Ainsi  déjà  les  formes  de  celle-ci, 
et  j'ajouterai  la  direction  de  la  face ,  la  posi- 
tion des  yeux,  l'ouverture  des  narines,  Farti- 
culation  du  crâne,  nous  annoncent  la  station 
verticale  et  bipède.*  Supposons,  en  effet,  notre 
'corps  placé  horizontalement,  tout  est  contre- 
sens dans  la  direction  des  lignes  céphaliques  : 
le  sommet  du  crâne  devient  la  partie  avan- 
cée ,  le  front  et  la  face  sont  en  dessous ,  les 
yeux  regardent  directement  le  soi ,  les  nari- 
nes s'ouvrent  en  arrière.  Nous  allons  voir 
d'ailleurs  que  toutes  les  dispositions  du  trône 
et  des  membres  concourent  à  nous  donner 
cette  attitude  caractéristique  qu'aucun  ani- 
mal ne  partage  réellement  avec  nous,  car  la 
position  naturelle  des  premiers  singes  est 
toujours  inclinée.  Chez  nous  les  courbures 
de  la  colonne  vertébrale ,  la  largeur  de  la 
poitrine ,  Tévasement  du  bassin ,  le  grand 
écartement,  les  disproportions  et  les  formes 
des  membres,  les  différences  qui  distinguent 
leurs  extrémités ,  tout  s'harmonise ,  comme 
nous  allons  le  voir,  pour  redresser  le  corps, 

Eour  l'appuyer  exclusivement  sur  les  mem- 
res  postérieurs ,  et  dégager  les  antérieurs 
de  la  locomotion  générale. 

Et ,  d'abord ,  la  colonne  vertébrale  décrit 
dans  sa  longueur  une  suite  de  courbes  alter- 
nantes, parfaitement  calculées  |iour  mainte- 
nir vertical  un  axe  auquel  se  rattachent  en 
avant  des  masses  organiques  considérables , 
qui  l'entraîneraient,  sans  cela,  en  dehors  de 
son  centre  de  gravité  ;  à  la  flexion  antérieure 
du  cou ,  qui  complète  l'équilibre  de  la  tète , 
succède  la  courbure  postérieure  du  dos,  qui 
modère  la  saillie  de  la  poitrine  ;  puis  la 
colonne  revient  un  peu  en  avant ,  pour  sou-l 
tenir  plus  directement  les  grandes  masses 
viscérales,  k  l'endroit  où  elle  s'articule  elle- 
même  avec  la  ceinture  du  membre  qui  porte 
le  tronc. 
Chez  les  quadrupèdes,   la'  poitrine  est 


827 


CAR 


DIGTIO.XNAIRË 


CAR 


yjà 


étroite ,  mais  elle  gagne  mx  saillie  ce  qu'elle 
percl'en  étalement;  car  il  importe  à  Tagililé 
(le  la  course  horizontale  que  les  membres  ne 
soient  pas  trop  écartés  d'un  côtf  à  l'autre. 
Chezrhomme,  la  poitrine  s'élargit  et  s'avance 
médiocrement  au-devant  de  la  colonne  ver- 
tébrale ,  ce  qui  est  tout  à  la  fois  favorable  à 
ré(iuilibre  dont  je  parlais  tout  à  l'heure  et 
aux  fonctions  spéciales  des  membres  anté- 
rieurs, comme  nous  le  verrons  bientôt.  For- 
tement attaché  à  une  base  de  colonne  qui 
s'est  successivement  élargie  et  qui  s'atténuera 
depuis  ce  moment,  le  bassin  offre,  comme  la 
poitrine ,  un  diamètre  transversal  prédomi- 
nant et  une  longueur  médiocre ,  ce  qui  est 
encore  l'inverse  de  ce  que  nous  voyons  chez 
les  quadrupèdes  et  chez  les  singes.  Ce  bassin 
termine  ainsi  le  tronc  par  deui  hanches 
jetées  en  dehors,  qui  portent  dans  la  station 
verticale  la  masse  des  organes  abdominaux 
les  plus  mobiles.  En  même  temps,  les  mem- 
bres qui  s'articulent  ici,  et  qui  doivent  seuls 
porter  le  poids  du  corps ,  se  trouvent  assez 
écartés  pour  mettre  entre  eux  tout  TelTorlde 
ce  poids. 

Ces  mômes  membres  complètent  par  leurs 
•  caractères  particuliers  les  conditions  de  la 
.station    verticale.   Ils  débutent  par  un  os 
fémoral  assez  long,  dont  la  tôte  articulaire 
est  portée  sur  un  col  oui  descend  oblique- 
ment eu  dehors  avant  de  se  réunir  au  corps 
deTos,  ajoutant  encore -è  l'écartcment  des 
deux  membres.   A  son  autre  extrémité,   le 
fémur  s'articule  avec  l'os  principal  de  la 
jambe,  le  tibia,  par  une  large  surface,  est  de 
manière  que  la  cuisse  et  la  jambe  aient  au 
repos  une  même  direction,   et   non  celte 
demi-ilexion   imposée  aux   mêmes  parties 
chez  les  Quadrupèdes.  Enfin ,  les  pieds ,  sur 
lesquels  s^appuient  verticalement  et  le  corps 
et  les  membres  qui  lui  font  suite ,  se  distin- 
guent par  un  talon  prononcé ,  un  tarse  ou 
coup  cte  pied  haut  et  cambré  en  dedans ,  un 
métatarse  ou  une  plante  large ,  et  une  série 
oblique  ou  décroissante  d'orteils  très-courts, 
tous  placés  sur  le  môme  plan  ;  ce  sont  là  des 
extrémités  h  la  fois  ilexibles  et  bien  posées 
sur  le  sol ,  appropriées  exclusivement  à  la 
station  et  à  la  marche,  et  bien  différentes  par 
conséquent  des  extrémités  postérieures  des 
sinaes,  qui  sont  des  mains  longues,  étroites, 
llécnies  ;  celles  des  orangs ,  en  particulier , 
sont  déjetées  en  dehors ,  de  manière  à  ne 
toucher  la  terre  aue  par  leur  bord  externe. 
Les  muscles  les  plus  remarquables  de  nos 
membres  inférieurs  sont  ceux  iiui ,  des  par- 
ties postérieures  du  bassin ,   vont  s'attacher 
au  fémur  comme  eiîtenseurs  de  la  cuisse, 
puis  ceux  du  mollet,  qui  s'attachent  au  talon 
par  le  tendon  d'Achille ,  et  agissent  comme 
extenseurs  au  pied. 

Quant  au  membre  antérieur  ou  supérieur, 
la  position  naturelle  de  l'homme  lui  a  fait 
quitter  le  sol  et  l'affranchit  de  ses  fonctions 
locomotrices ,  pour  le  consacrer  tout  entier 
au  service  de  l'intelligence.  Nous  avons  déjà 
vu  que  la  main  qui  termine  ce  membre  est 
un  organe  de  toucher  actif;  elle  est  en  môme 
temps,  et  déjà  par  cette  raison-là,  un  habile 


serviteur  de  la  plus  ingénieuse  activité) 
Portée  par  un  membre  à  la  fois  très-libre  et 
appuyé  à  son  origine  sur  une  forte  clavicule, 
ajoutant  à  la  mobilité  du  bras  celle  d'uu 
avant-bras  non-seulement  flexible  sur  le  pre- 
mier, mais  qui  tourne  sur  lui-même,  fleiible 
à  son  tour  sur  l'avant-bras ,  assouplie  elle- 
même  par  le  grand  nombre  des  os  qui  la 
composent  à  sa  naissance,  large  à  la  paume 
divisée  en  cina  doigts ,  qui  ont  à  la  fois  des 
mouvements  d  ensemble  et  des  mouvements 
isolés,  et  dont  le  premier,  le  pouce,  opposa- 
ble aux  quatre  autres,  est  assez  avancé  et 
assez  long  pour  se  porter  très-loin  au-devant 
d'eux ,  la  main  se  meut  en  totalité  dans  des 
directions  variées ,  et  se  prête  par  ses  mou- 
vements partiels  à  tous  les  actes  d'explora- 
tion du  toucher ,  au  maniement  des  plus 
petits  otgets. 

Les  singes  ont  aussi  des  mains,  et  les 
orangs,  les  chimpanzés  les  ont,  commenous, 
divisées  endoigtsassez  longs,  couvertes  d'une 
peau  souple,  nerveuse,  soutenue  par  une 
couche  de  tissus  mous  et  un  peu  élastiques; 
ils  ont  l'extrémité  des  doigts  protégée  par 
des  ongles  plats  qui  n'en  couvrent  que  la  face 
dorsale.  Mais,  chez  ces  singes  comme  chez 
les  autres  quadrumanes,  ce  sont  les  deux 
membres  qui  se  terminent  par  des  mains,  et 
déjà  ceci  nous  indique  une  autre  destination 
de  ces  extrémités.  Puis  leurs  mains  anté- 
rieures, les  seules  que  nous  devions  com- 
parer aux  nôtres,  sont  avant  tout  des  orga- 
nes de  préhension  conformés  pour  saisir 
des  branches.  La  paume  en  est  étroite,  lon- 
gue et  un  peu  fléchie  ;  le  pouce  est  reculé , 
les  doigts  médiocres,  incapables  de  se  mou- 
voir séparément;  en  un  mot,  la  main  du 
singe  est  encore  à  une  grande  distance  de 
celle  de  l'homme. 

Les  appareils  des  fonctions  nutritive^  pré- 
sentent chez  nous  peu  de  particularités  d'une 
certaine  importance;  ils  sont  à  plus  grande 
distance  de  l'activité  psychologique  que 
ceux  de  la  locomotion ,  et  par  conséouent, 
moins  directement  harmonisés  avec  elle.  Il 
serait  dilBcile  de  dire  que  la  nutrition  s'é- 
lève à  une  nouveUe  puissance^  et  qu'elle 
prenne  le  signe  d*une  nouvelle  dignité  en 
entrant  au  service  de  Thomme.  Cependant 
il  ne  faut  pas  méconnaître  ici  quelques  faits 
assez  caractéristiques.  Ainsi,  quant  à  l'aii- 
mentation,  le  système  dentaire,  l'estomac, 
les  intestins  nous  offrent  .chez  l'homme, 
avec  les  conditions  générales  quidistin^ent 
les  (mammifères  supérieurs,  des  conditions 
pius  particulières,  qui  indiquent  la  facuHé 
d'user  de  diverses  sortes  d'aliments»  faculté 
gui,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  est  un 
indice  de  supériorité,  puisqu'elle  annonce 
plus  de  liberté.  L'homme  a  trois  sortes  de 
dents,  comme  les  quadrumanes  et  les  car- 
nassiers, et  il  a,  de  plus,  le  même  nombre  de 
dents  que  les  singes  de  l'ancien  continent. 
Ses  molaires  sont,  comme  celles  de  ces  mê- 
rnes  siiiges,  assez  larges  pour  se  rencontrer 
d'une  mâchoire  à  l'autre,  surface  à  surface; 
en  même  temps,  elles  sont  surmontées  de 
tubercules  mousses.  Avec  de  pareilles  dents. 


yj 


CAR 


D'ANTlIROrOLOGIE. 


CAR 


}t»i 


on  coupe  difficilement  des  chairs  résistantes, 
et  on  broie  encore  plus  malaisément  les  her- 
bes et  les  parties  dures  des  plantes;  on 
écrase  des  fruits  succulents  ou  charnus,  ou 
même  des  noyaux  et  des  amandes  que  ceux- 
ci  renferment;  on  semble  réduit,  en  un  mot, 
î  se  nourrir,  comme  font  les  singes,  sur  les 
grands  arbres  des  régions  équinoxiales.  Il 
semble  donc  que,  par  son  système  dentaire, 
Hiomme  ne  soit,  comme  le  singe,  que  fru- 
givore; que  son  régime,  par  conséquent, 
5oJt  déterminé  et  renfermé  dans  d^étroites 
limites,  et  qu'i  moins  d'habiter  des  pays  où 
la  fructification  ne  connaît  pas  de  repos, 
nous  devions  mourir  de  faim  pendant  les 
loQgshiTers  des  pays  qu'on  nomme  tempérés, 
i  \ms  forte  raison  dans  les  hautes  latitudes. 

Mais  ce  qui  nous  rend,  avec  des  ressources 
alimeotaires  plus  nombreuses,  la  faculté  de 
vivre  partout,  c'est  le  feu,  dont  l'homme 
jeul  connaît  Fusage;  les  peuples  les  plus 
sauvages  savent  i;)rciNduire  et  entretenir  le 
teo;  I  animal  ne  sait  qu'en  jouir  quand  il  ne 
le  redoute  pas.  Avec  cet  agent,  tout  homme 
supplée,  dans  les  climats  rigoureux ,  à  la 
chaleur  que  lui  refuse  le  soleil,  pendant  la 
nuit  à  la  lumière  de  cet  astre,  en  tout 
iimps et  partout  à  l'insuflisance  de  son  ré- 
gime naturel  ;  sans  compter  les  services  qu'il 
retire  de  ce  puissant  modificateur  de  la  ma- 
tière, pour  mettre  en  œuvre  et  façonner 
celle-ci. 

La  respiration  de  l'homme  est  active,  abon- 
dante, favorisée  par  le  développement  de  la 
poitrine  en  largeur  et  en  hauteur;  une  dif- 
lêrence  remarquable  existe  sous  ce  rapport 
entre  nous  et  les  singes  qui  nous  avoisment 
le  dIus. 

Quant  à  la  circulation,  nous  ne  trouvons 
f\f  digne  d'être  signalé  que  le  calibre  des  ar- 
tères qui  se  rendent  au  cerveau  ;  il  est  pro- 
portionné au  volume  de  cet  organe  impor- 
tant. Ces  vaisseaux,  après  avoir  décrit  quel- 
ques sinuosités ,  se  distribuent  au  centre 
ii«*rveux  sans  sulxlivision  préalable  propre  à 
ralentir  Timpulsion  donnée  au  sang  par  le 
four.  Or  cette  double  circonstance  d'une 
arièrc  volumineuse  et  tardivement  subdivi- 
^e  ne  pouvait  s'accorder  qu'avec  une  posi- 
tion ferlicale  du  tronc,  position  qui  neutra- 
I^^^e  par  la  pesanteur  le  danger  oui  résulte- 
rait, pour  un  organe  délicat,  d'un  jet  de 
liquide  lancé  à  courte  distance. 

Nous  venons  d'étudier  l'homme  dans  l'en- 
^mble  de  ses  caractères  essentiels,  dans  les 
traits  qui,  appartenant  à  la  nature  humaine, 
itoute  l'humanité,  séparent  celle-ci  de  l'a- 
nimalité. Nous  avons  vu  que  la  mesure  des 
ditTérences  est  (elle,  que  le  genre  humain 
l'*rme  à  lui  seul  un  règne  ;  que,  s'il  se  rap- 
proclie  des  premiers  animaux  par  son  orga- 
ûiiaiion,  son  activité  a  un  tout  autre  but" et 
«««  autre  portée  que  la  leur;  qu'enfin  il  im- 
priitu)  le  eachet  de  sa  supériorité  à  l'orga- 
Di^mc  qu'il  emprunte.  (Voy.  Hollard,  De 
<  AoMjRf  et  des  races  hunuiines.) 

CARAÏBES.  Voy.  Garibbs. 

CARIBES  ou  caraïbes.  -  La  race  ca- 
nbc  est  considérée  par  M.  d'Orbigny  comme 

DiCTio^rx.  n'ATTHROPOLOtiifi. 


ayant  avec  la  race  guarani  {Voy,  ce  mot)  uno 
étroite  aflinité  qui  se  manifeste  non-seule- 
ment dans  le  langage,  mais  encore  dans  plu- 
sieurs autres  caractères  phjrsiques  ou  etnno* 
graphiques.  Les  Indiens  qui  ont  donné  leur 
nom  à  ce  groupe,  l'un  des  plus  nombreux  et  des 
pluslargementdisséminés  de  l'Amérique  mé- 
ridionale, sont  les  célèbres  Caraïbes  ou  Cari- 
bes,  qui,  au  xvr  siècle,  occupaient  toutes  les 
lies  depuis  Porto-Rico  jusqu'à  la  Trinité,  et 
toute  la  portion  de  la  côte  de  l'Atlantique 
comprise  entre  l'embouchure  de  l'Orénoaiio 
et  celle  de  l'Amazone,  c'est-à-dire  jusqu'à  la 
frontière  du  Brésil.  Les  petites  Antilles,  dont, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  ils  étaient  en 
possession,  ont  été  souvent  à  cause  de  cela 
désignées  sous  le  nom  d'îles  Caraïbes.  Les  Ta- 
manaques,  qui  appartiennent  à  la  même  fa- 
mille, vivent  sur  la  rive  droite  de  l'Oréno- 
que  ;  ils  formaient  jadis  une  nation  puis- 
sante, mais  leur  nombre  est  aujourd'hui  fort 
réduit.  Les  Arawacs  ou  Araocas  vivent  près 
des  bords  des  rivières  de  Surinam  et  do 
Berbice.  Vers  les  parties  supérieures  du 
cours  de  cette  dernière  rivière,  ils  ont  pour 
voisins  les  Caribes.  Les  Guaraunos  habitent 
les  tles  du  delta  de  l'Orénoqué,  où  ils  cons- 
truisent leurs  maisons  sur  les  arbres.  Les 
Guayeries  habitent  l'Ile  de  la  Marguerite  et 
la  péninsule  d'Araya.  Les  Cumanagotos  vi- 
vent à  l'ouest  de  Cumana,  dans  la  mission 
de  Piritu  ;  les  Pariagotos  sont  les  habitants 
de  la  péninsule  de  Paria.  Enfin  les  Chaymas, 
race  dont  les  rapports  ont  été  bien  établis 

Ear  M.  de  Humboldt,  vivent  à  l'ouest  des 
luaraunos,  le  long  des  hautes  montagnes  du 
Cocollar  et  du  Guacharo,  dans  les  missions 
des  capucins  aragonais  de  Cumana. 

Les  Chaymas  habitent  un  pays  éloiçné 
de  plus  de  cent  lieues  des  Tamanaques.  Les 
dialectes  des  autres  nations  mentionnées 
ci-dessus  ont  des  rapports  soit  avec  le  ta- 
manaque,  soit  avec  le  caribe,  et  plus  généra- 
lement avec  le  premier.  L'idiome  des  Cari- 
bes insulaires,  dans  les  Antilles,  diffère  un 
peu  de  celui  qui  se  parle  sur  le  continent; 
mais  ces  tribus  sont  évidemment  des  ra* 
meaux  d'une  même  souche.  Nous  devons  à 
M.  de  Humboldt  des  détails  très-complets  et 
très-intéressants  sur  les  Chaymas,  nation 
moins  connue  que  celle  des  caribes.  Voici 
en  quels  termes  il  nous  fait  connaître  les 
traits  et  l'expression  du  visage  de  ces  In- 
diens : 

«  L'expression  de  la  physionomie  du  Chay- 
mas, sans  être  dure  et  farouche,  a  quelque 
chose  de  grave  et  de  sombre.  Le  front  est 
petit  et  peu  saillant...  Les  yeux  des  Cha}- 
mas  sont  noirs,  enfoncés  et  très-allongés  ; 
ils  ne  sont  ni  placés  aussi  obliauement,  m 
aussi  petits  que  chez  les  peuples  de  race 
mon^^ole...  Cependant  le  coin  de  l'œil  est 
sensiblement  relevé  par  en  haut  vers  les 
tempes  ;  les  sourcils  sont  noirs  ou  d'un 
brun  foncé,  minces  et  peu  arqués  ;  les  pau- 

f>ières  sont  garnies  de  cils  très-Ion^Si  et 
'habitude  de  les  baisser  comme  si  (^^ 
étaient  appesanties  par  lassitude,  ad"" 
regard  chez  les  femmes,  et  fait  parr 

I 


001 


CEL 


DICIIONNAiRE 


CE! 


552 


voilé,  plus  petit  qu  il  ne  Test  effectivement.  » 

Le  même  auteur  nous  apprend  que  la  cou- 
leur des  Chaymas  est  celle  de  toutes  les  au- 
tres tribus  américaines  qui  vivent  dans  des 
latitudes  à  peu  près  les  mêmes  :  ce  n'est 
point  une  couleur  de  cuivre.  *i  La  déno- 
mination d'hommes  rouges  cuivrés  n'aurait 
jamais  pris  naissancfe  dans  l'Amérique  équi- 
noxiale  pour  désigner  les  indigènes.  »  M.  de 
Humboldt  remarque  aussi  que  les  écrivains 
du  xiV  siiècle  ont  parlé  d'hommes  blancs 
\  cheveux  blonds  qui  auraient  été  vus  par 
les  premiers  navigateurs  au  promontoire  de 
Pana.  Le  climat  de  Paria  est  remarquable 
pour  la  grande  fraîcheur  des  matinées,  mais 
cette  cause  ne  sullirait  pas  pour  expliquer  le 
fait  s'il  était  tel  qu'on  nous  le  représente.  11 
paraît,  au  reste,  que  la  différence  de  couleur 
qui  pouvait  exister  entre  ces  Indiens  et 
ceux  des  pays  voisins  a  été  fort  exagérée, 
<omme  on  prut  le  voir  par  le  récit  que  Fer- 
dinand Colomb  a  tiré  des  papiers  de  son 
père.  11  y  est  dit  simplement  que  «  l'amiral 
«  était  surpris  de  Toir  les  habitants  de  Paria 
a  et  ceux  de  l'Ile  de  la  Trinité  mieux  faits, 
«  plus  cultivés  et  plus  blancs  que  ceux 
«  qu'il  avait  vus  jusqu'alors.  » 

CATAWHA8.  Voy.  Alléghaniens. 

CAUCASIENS.  Voy,  Aborigènes. 

CAUCASIQUE.  Voy.  Blanche  (Race). 

CAUSES  FINALES.  Voy.  Caractéristiqce 

DE  l'hOMHE. 

CELTES.  —  Grand  peuple  de  la  Gaule, 
ISSU  de  la  race  indo-germanique,  qui,  à  une 
époque  fort  ancienne,  semble  s'être  répandu 
de  l'est  à  l'ouest  dans  la  partie  centrale  de 
l'Europe,  et  avoir  laissé  sur  sa  roule  diverses 
tribus,  entre  autres  les  Cimmériens  dans  la 
Tauride,  les  Cimbres  dans  le  Jutland,  et  di- 
verses peuplades  de  l'Ill  vrie  ancienne,'avant 
de  se  fixer  en  masses  plus  grandes  dans  la 
iSaule.  Selon  les  uns,  ce  nom  de  Gall  ou  Gaël 
\Gallus)  est  synonyme  de  Celtes  demeurant 
dans  la  Gaule;  suivant  les  autres,  il  désigne 
la  population  indigène  primitive  avec  laquelle 
'les  Celtes,  qui  ne  seraient  alors  autre  chose 
que  les  Kyraris,  partagèrent  le  pays.  De  la 
"uaule,  les  Gallo-Celtes  ou  les  Celtes  et  les 
•Galls  réunis  émigrèrent  en  Germanio,où  ils  oc- 
cupèrent la  Bohême,  puis  la  Bavière;  en  Italie, 
•dont  presque  toute  la  partie  septentrionale 
prit  le  nom  de  Gaule  cisalpine,  et  où  ils  laissè- 
rent les  Lyçiirs  {Ligurie)j  leslsombra  {Insu- 
ïrie)  et  les  Ombra  (Omfrric);  en  Hispanie,  oît 
l'on  trouve  des  Gaëls  purs,  tels  que  les  Cal- 
laiques  (Galice  et  Portugal)  et  les  Celtiques, 
^t  aes  Gaëls  mêlés  aux  indigènes,  les  Celti- 
bères  ;  enfin  en  Bretagne,  oans  le  pays  de 
-Galles  et  en  Hibernie. 

L'intérêt  qui  s'attache  aux  habitants  pri- 
mitifs de  la  Gaule,  d'après  M.  Serres,  ne  con- 
oeme  pas  luiiquement  l'anthropologie.  La 
direction  donnée  depuis  quelques  années 
aux  études  de  l'histoire  de  France  lui  ajoute 
encore  un  intérêt  nouveau,  et  en  quelque 
sorte  tout  particulier  à  notre  nation. 

Les  vicissitudes  sans  nombre  que  la  race 
gauioise  a  eu  à  subir  ont  frappé  tous  les 
historiens;  et  ce  qui,  par-dessus  tout,  a  ex- 


cité leur  mouvement,  c*es(  de  voir  qu'à  toutes 
les  époques  cette  race  s'est  montrée  A  la 
hauteur  des  événements  contre  lesquels 
elle  avait  à  lutter. 

Diverses  causes  ont  été  imaginées  pour 
expliquer  ce  résultat,  et  jamais,  à  notre  con- 
naissance, on  ne  l'a  cherché  là  où  il  ré- 
side, dans  l'organisation  physique  de  la  race 
gauloise  même. 

Le  peu  d'intérêt  qu'excitait  l'anthropolo- 
gie jusqu'à  ces  derniers  temps  est  en  partie 
cause  de  ce  délaissement;  les  monuments 
celtiques  qui  se  trouvent  [en  France  ont  été 
décrits  et  usures  ;  les  vases,  les  instruments 
qu'ils  renferment  ont  puissamment  ex- 
cité l'attention  des  archéologues  et  des  anti- 
quaires. Tout  a  été  dit  à  ce  sujet  ;  tout  a  été 
commenté. 

Quant  aux  Gallois  primitifs  que  cou- 
vraientcespierresmonumentales,c'estàpeine 
si  on  y  a  pris  garde.  Ces  restes  précieux  ont 
été  jetés  au  vent;  ou  si  par  hasard  un  anti- 
quaire a  recueilli  un  crâne,  ce  n'est  pas  sur 
cet  objet  que  son  attention  s'est  dirigée. 

L'impulsion  présente  des  recherches  histo- 
riques a  fait  cesser  cette  insouciance;  on  a 
compris  que  l'appréciation  des  événements 
dont  une  nation  avait  été  le  tbéfttre  avait 
sa  source  principale  dans  la  connaissance 
physique  et  morale  des  races  humaines  qui 
les  avaient  accomplis.  L'appréciation  des  ac- 
tes a  fait  naître  le  besoin  de  l'appréciation 
des  hommes,  et  dès  lors,  l'anthropologie  a 
Repris  dans  l'ensemble  des  connaissances 
humaines  le  rang  élevé  qui  lui  appartient. 

Sous  ce  rapport  le  plus  vif  intérêt  s'atta- 
che à  la  connaissance  physique  des  Gaulois 
primitifs.  Dans  sa  période  nomade,  aucune 
des  races  de  notre  Occident  n'a  accompli 
une  carrière  plus  agitée  et  plus  brillante. 
Ses  courses  embrassent  l'Europe,  l'Asie  et 
l'Afrique,  et  le  nom  de  la  race  gauloise  est 
inscrit  avec  terreur  dans  les  annales  de  pres- 
que tous  les  peuples  :  «  Car,  ainsi  que  le  dit 
M.  Amédée  Thierry,  dans  le  cours  de  cette 
période,  elle  brûle  Rome,  elle  enlève  la  Ma- 
cédoine aux  vieilles  phalanges  d'Alexandre, 
force  les  Thermopyles  et  pille  Delphes;  puis 
elle  va  planter  ses  tentes  sur  les  ruines  de 
l'ancienne  Troie,  dans  les  places  publiques 
de  Milet,  aux  bords  du  Sangarius  et  à  ceux 
du  Nil  ;  elle  assiège  Carthage,  menace  Uem- 
phis,  compte  parmi  ses  tributaires  les  plus 
puissants  monarques  de  l'Orient;  à  deux  rç- 
prises  elle  fonde  dans  la  haute  Italie  un  grand 
empire,  et  elle  élève  au  sein  de  la  Phry^ie 
cet  autre  empire  des  Galates  qui  domina 
longtemps  toute  l'Asie-Mineure.  » 

C  est  à  ces  divers  titres  que  l'on  mit  tant 
d'importahce  à  la  découverte  qui  fut  faite* 
en  18t^5,  d'un  monument  d'origine  celtique  à 
Meudon,  près  Paris,  et  des  ossements  hu- 
mains qu'il  recouvrait  et  dont  il  était  envi' 
ronné.  Ce  fut  un  champ  de  recherches  aussi 
nouveau  que  fécond  pour  déterminer  la  cons- 
titution physique  des  anciens  Gaulois  et  la 
comparer  à  celle  des  habitants  présents  de 
la  Gaule.  Voici  dans  quels  termes,  à  la  suite 
d'un  rapport  de  M.  Robert,  géologue  de  Teî- 


sa 


GEL 


b'ANTHROPOLOrJE. 


ClfA 


sri 


pédition  scîeotifique  du  NorJ,ll.  Serres  ré- 
suniait  les  observations  qu*il  publia  sur  ce 
sujet  important: 

«  1*  J  ai  reconnu  que  ces  os  ont  appartenu 
aux  deux  tjpes  de  la  race  gauloise,  au  tjpe 
gall  et  an  tfpe  kimry. 

«  2*  Tai  constaté  sur  la  fouille  du  monu- 
ment que  ces  deux  tjpes  occupaient,  des 
ranss  différents.  Le  type  gall  était  situé  plus 
profondément,  tandis  que  le  type  kimry  pa- 
raissait placée  plus  superficiellement.  Cette 
remarque  est  générale  ;  car  on  n*a  apporté 
aucun  ordre  dans  renlèrement  des  ossements. 
«  3*  Mais  ce  qui  est  indépendant  de  la 
main  des  hommes,  c*est  la  coloration  diffé- 
rente que  les  os  présentent.  Les  uns  sont 
d*un  gris  ardoisé,  dû  peut-être  à  la  combi- 
naison d*une  partie  de  manganèse  ;  les  autres 
sont  d*un  jaune  paille,  tirant  un  peu  sur  la 
terre  d*Egyplû. 

m  l*  Les  OS  gris  ardoisé  appartiennent  plus 
spécialement  au  type  gall,  qui  est  le  plus 
nombreux.  Les  os  colorés  en  jaune  corres- 
pondent plus  particulièrement  au  type  kim- 
rr.  Jusqu'à  ce  moment  je  b'ai  {Mis  reconnu 
ce  dernier  type  dans  les  os  ardoisés. 

«  5*  Qudgues  fra^aents  de  crAne  ont  une 
épaisseur  bien  supérieure  à  Tépaisseur  or- 
dinaire. Je  rapi)orte  tous  ceux  qui  m*ont  of- 
fert cette  particularité  au  type  gall;  jus- 
qu'à présent  le  type  kimry  ne  me  Ta  point 
offerte. 

«  er  Tai  rencontré  des  os  d^âges  dirers  ; 
les  plus  jeunes  me  paraissent  ayoir  appar- 
tenu à  des  enfants  de  trois  ou  quatre  ans. 
Plosienrs  maxillaires  plus  Agés  off^nt  les 
dents  de  la  première  et  de  la  seconde  denti- 
tion. Nous  n'arons  trouvé  aucun  os  de  fœtus 
à  terme  ou  d'embryon,  quoioue  nous  en 
ayons  fait  une  recherche  spéciale. 

«  7*  Les  os  de  femme  sont  nombreux  ;  je 
n'ai  rencontré  de  sacrums  entiers  que  ceux 
qui  appartiennent  à  ce  sexe. 

«  9*  n  y  a  à  Meudon  cinq  crAnes  bien  con- 
senrés.  Parmi  eux  sont  deux  crAnes  de  femme 
du  type  gall,  un  d*homme  ;  les  deux  autres 
appartiennent  au  type  kimry  :  Tun  a  appar- 
tenu à  un  homme,  1  autre  à  une  femme. 

«  9*  J'ai  dit,  en  commençant  cette  note, 
qaej*aTais  Tespoir  de  pouvoir  reconstruire 
en  grande  partie  deux  ou  trois  squelettes  en- 
tiers. Voici  où  nous  en  sommes  à  ce  sujet  : 
1*  U  ^  a  un  crAne  de  femme  çall  avec  son 
bassin  assez  bien  conservé,  ainsi  que  les  ver- 
tèbres lombaires.  Il  y  a  déplus  le  sternum, 
des  cAtes  et  le  fémur  droit.  Un  examen  plus 
attentif  nous  fera  retrouver  peut-être  ce  qui 
manque,  soit  dans  les  ossements  de  Meudon, 
soit  dans  ceux  que  possèdent  MM.  Robert  et 
]>upotet;2*nousavonsdistinguédu  type  kimry 
un  crâne  d'homme  à  peu  près  complet,  le 
pins  çrand  nombre  des  vertèbres,  la  partie 
supérieure  du  sternum,  les  clavicules  et  une 
partie  du  scapulum,  les  os  coxaux  en  frag- 
mentsavec  des  cavités  cohrioïdes  d'une  gran- 
deur peu  commune,  un  fémur  ayant  47  cen- 


timètres de  longueur,  un  tiiiia  correspon- 
dant; nous  avons  réuni  les  os  des  pieds, 
moins  les  dernières  phalanges,  qui  peut-être, 
ont  appartenu  à  ce  type.  Nous  croyons  avoir 
reconnu  le  sacrum  dans  les  ossements  que 

gssède  M.  Robert  ;  3*  nous  avons  retrouvé 
alement  un  bassin  de  femme  kimry,  dont 
retendue  des  diamètres  surpasse  de  beau- 
coup rétendue  de  ceux  du  bassin  de  la  femme 
du  type  galK  »  Yoy.  Ecrope  modeatce. 
.  CHACO.  Voy.  MÉmTEaBANÉENS. 
CHAGMAS.   Voy   Caaibes. 
CHAINE  DES  ÊTRES.  Voy.  Nattée. 
CHALDÉENS.  Voy.  SéxmQCE. 
CHAMEAU  et  DROMADAIRE.  —Dans  les 

plaines  sablonneuses  et  brûlantesdel'Egyple, 
de  l'Arabie,  de  la  Perse  et  de  llndostan,  on 
élève  le  chameau  à  une  seule  bosse  ou  éroma^ 
daire^  comme  animal  domestique,  et  c'est  un 
de  ceux  qui  sont  le  plus  utiles  aux  habitants 
de  ces  contrées.  Cet  animal  ne  se  trouve  plus 
à  rétat  libre;  mais,  au  rapport  des  anciens» 
on  le  trouvait  à  cet  état  en  Arabie,  chez  les 
Béthumanes  (131).  II  est  très-probable  que 
cet  animal  est  originaire  des  pays  où  on  rem^- 
ploie,  et  Ton  ne  doit  point  setonner  si,  privé 
de  tout  moyen  de  défense,  lespèce  eniière 
a  proiriptement  subi  le  joug  de  l*bomme. 

Le  chameau  à  deux  bosses^  ou  chameau  bac- 
trien^  comme  rappelle  Aristote  {H.  a.,  1.  ii, 
c.  4,  §  k)  pour  le  distyiguer  du  chameau  à 
une  seule  bosse  ou  dromadaire  des  Arabes^ 
aime  les  contrées  montagneuses  plus  froides  ; 
et  il  est  employé  comme  bète  de  somme  par 
les  ILirguises,  sous  une  latitude  assez  avan- 
cée dans  le  Nord.  Suivant  ce  qu'en  disent  les 
tnarchahds  de  la  Bukarie,  et  Pallas  Ta  rap- 
porté d'après  eux,  cette  espèce  existe  à  l'é^ 
tat  sauvage  dans  les  grandes  steppes  des 
Mongols.  Ce  que  raconte  Duhalde  daus  sa 
Description  de  la  Chine  concorde  eiacte- 
ment  avec  cette  déclaration. 

Lorsque  les  Européens  abordèrent  pour  la 
première  fois  en  Amérique,  ils  ne  trouvèrent 
qu  un  très-petit  nombre  d*animaux  domes^ 
tiques.  Le  chien  excepté,  on  n'avait  sur  les 
montagnes  dû  Pérou,  du  Chili  et  du  Mexi- 
que, que  deux  animaux  analogues  au  cha- 
meau, le  lama  et  l'alpaca.  Ce  manque  d^ani- 
maux  privés  était  la  faute  de  la  nature  et 
flon  celle  de  l'homme,  qui  ne  trouvait  point 
d'animaux  dociles  dont  il  pût  tirer  parti  ;  car 
le  lama  et  laTpaca  sont  eux-mêmes  des  ani- 
maux peu  robustes. 

CHANGOS.  Voy.  Péruviens 

CHANT.  Voy.  Voix. 

CHARMA,  son  opinion  sûr  Torigine  du 
langaze.  Voy.  la  5otE  IV  à  la  fin  du  volume. 

CHARDAS.  Voy.  MÊDrrERRANÉE!cs  et  Amé- 
EiQL'E  ne  Stn. 

CHAT.  —  Il  est  probable  que  le  chat 
sauvage  et  le  chat  domestique  appartiennent 
à  la  même  espèce  ;  mais  il  n'est  rien  moins 
que  certain  que  notre  chat  domestique  soit 
le  même  que  celui  de  nos  forêts.  Rien 
chez  les  auteurs  grecs  et  romains  n'indi- 


(ÎM) 


eu  commune,  un  lemur  ayant  «7  cen-     cncz  les  auteurs  grecs  e\  romains  ninoir 
Dans  AcATEuuriDcs,  faroue  que,   malgré  la  peine   que  j*ai  prise,  je  u*ai  pas  pu  trouver  ce  pas- 


S5Î} 


CHA 


DICTIONNAIRE 


CHA 


54.G 


que  que  le  chat  domestique  fût  connu  de 
leur  temps.  Aristote  donne  des  détails  sur 
l'accouplement  de  IWovpoc  »  du  temps  de  sa 
gestation ,  de  la  durée  de  sa  vie  :  mais  il 
«e  dit  pas  un  mot  du  chat  privé.  Pline  cite 
souvent  le  chat ,   mais   toujours  lorsqu'il 
traite  des  animaux  sauvages  ;  il  garde  un 
silence  absolu  sur  le  chat  domestique.  Dans 
les  divers  passages  que  Conrad  Gessner  a 
extraits  des  auteurs   anciens,  et  qu'il  a 
insérés  dans  son  Histoire  naturelle ,  je  ne 
vois  rien  qui  puisse  rappeler   le  chat  do- 
mestique ;  mais  il  cite  un  passage  d'Albert 
le  Grand  dans  lequel  il  est  question  de  cet 
animal.  Les  Arabes  font  aussi  une  distinc- 
fion    entre  les  deux  espèces  de  chat:  on 
peut  là-dessus    consulter  Bôchart  (132).  Il 
est  donc  très-probable  que  ce  ne  fut  que 
vers  le  moven  âge  que  le  chat  commença 
à  se  répanare  en  Europe  et  dans  une  partie 
de  l'Asie.  Ce  fut  probableaient  en  Nubie  ou 
en  Egypte  qu'on  l'apprivoisa.  Les  passages 
dans  lesquels  Hérodote  parle  des  animaux 
sacrés  des  Egyptiens ,    des  soins   dont  ils 
étaient  l'objet  pendant  leur  vie,  des  hom- 
mages divins  qu'on  leur  rendait  après  leur 
mort,  et   les  autres  détails  dans  lesquels 
il  entre  font  voir  bien  clairement  que  le 
chat  était  un  des  animaux  domestiques  des 
Egyptiens    (  1.  ii ,  c.  66 ,  67  ).  Riippel ,  dans 
son   Atlas  zoologiaue  (p.  i,p.  1),  a  fait 
graver  un  chat  de  rîubic ,  sous  le  nom  de 
felis  maniculata ,    qu'il  rezarde'  comme  la 
souche  primitive  de  l'espèce.  Sa   couleur 
est  un  jaune  d'ocre  sale ,  foncé  à  la  partie 
supérieure  ;  les  joues ,  la  gorge  et  les  pieds 
antérieurs    sont    blancs;  les    lèvres  et  la 
pointe  du  museau  sont  noires;  les  pieds 
et    les  cuisses  ont  quelques  raies   noires 
•transversales  ;  le  front  est  sillonné  de  huit 
raies   étroites;  la  queue    est  plus  longue 
.que  celle  du  chat  dTomestique  dont  elle  a 
la  grosseur,  et  elle  porte  à  son  sommet 
deux  anneaux  noirs.  Enrenberg  lyoute  en- 
core une  autre  espèce,   qu'il  nomme  felis 
bubastis ,  qui  diffère  des  précédentes  par 
son  museau  plus  allongé  et  par  une  queue 
plus  courte.  Cet    animal   était  également 
sacré  pour  les  anciens  Egyptiens.  Le  chat 
domestique  des  Egvptiens  appartient  donc 
à  deux  espèces  dinérentes.  Hasselquist    a 
décrit  la  de:Tiière  espèce  dans  son  Voyage 
en  Palestine  (p.  69).  Il  est  conséquemment 
très-vraisemblable  que  notre  chat  domes- 
tique dérive  de  Tune  de  ces  deux  espèces, 
ou  peut-être  d'une  autre  espèce  voisine, 
torigtnaire  des  parties  méridionales  du  globe; 
et  que  le  chat  de  nos  forêts  constitue  une 
espèce  toute  différente.  En  place  du  chat, 
les  Grecs  et  les  Romains  élevaient  la  yo^uî  ou 

(452)  Hierozoicon,  t.  !*',  1.  m,  ch.  44,  où  il  cite 
Xaswini ,  qui  admet  deux  espèces  de  chat,  celui 
ipii  est  domestique  et  celui  qui  est  sauvaj[e.  Danier 
ajoute  même  une  troisième  espèce,  la  ctvetîe.  Sui- 
vant le  même  chap.  de  Bochart,  ces  deux  espèces  de 
chats  auraient  été  connues  du  temps  des  prophètes 
Osée  et  Jérémie. 

(135.)  Flora  Taurico^aucatica,  t.  Il,  p.  425. 

(154)  Les  Grecs  ont  deux  roots  pour  exprimer  le 


mustela  des  Latins,  pour  attraper  les  souris, 
comme  Tindique  le  mot  latin.  Cet  animal 
était  à  moitié  sauvage  ;  et  maintenant  encore 
nous  ne  pouvons  pas  dire  que  notre  chat 
soit  bien  complètement  apprivoisé. 

CHATAIGMER  et  NOYER.  —  Nous  n'a- 
vons en  Europe  qu'un  petit  nombre  d'ar* 
bres  croissant  spontanément,  dont  les  fruit<9 
soient  comestibles.    Dé  ce  nombre  est   le 
Châtaignier^  fagus  castanea^  Linn.  ;  castanea 
vesca^  Gaertn,  qu'on  trouve  dans  toute  l'Eu- 
rope méridionale,  depuis  l'est  jusqu'à  l'ouest, 
et  dans  une  partie  de  l'Orient  ;  îl  est  trè^ 
multiplié  dans  la  partie  septentrionale  de  la 
Grèce  ;  dans  la  partie  centrale,  il  s'élève  sur 
les  montagnes,   et  dans   le  sud  on  ne  le 
trouve  quli  des  hauteurs  considérables.  En 
Italie ,  il  forme  des  forêts  entières  sur  des 
montagnes  du  Piémont,  et  dans  le  pays  de 
Vaud  et  |les  vallées  voisines ,  il  est  la  nour- 
riture principale  de  la  population.  Son  ni- 
veau de  croissance  s'élève  de  plus  en  plus  ; 
enfin ,  il  forme  sur  l'Etna  une  forêt  bien 
connue  ;  c'est  l'arbre  qui  domine  dans  les 
forêts  des  parties  les  plus  chaudes  de  la 
Suisse  etduTyrol  méridional;  îl  forme  la 
base  de  la  nourriture  des  habitants  des  Ce- 
venues  et  du  Limousin.  Souvent ,  les  mon- 
tagnes élevées  de  l'Espagne  et  du  Portugal 
en  sont  toutes  couvertes,  comme  on  voit  à 
Port-Alègre;  lorsqu'il    ne    couvre    pas  le 
sommet  des  montagnes,  il  environne  comme 
une  ceinture  la  partie  moyenne  des  pics 
glacés ,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  la  Sierra  de 
Marào  et  ailleurs.  Suivant  Marschall  de  Bi- 
berstein  (133),  le  châtaignier  crott  dans  la 
Géorgie  occidentale  et  sur  les  sommets  éle- 
vés de  la  partie  orientale  du   Caucase.  Il 
vient  bien  en  Allemagne ,  mais  quand  on 
le  plante;  cependant,  il  est  multiplié  dans 
la  vallée  du  Rhin  et  dans  les  plaines  chaudes 
delà  Franconie.  D'après  les  observations  de 
M.  Humboldt ,    il    lui  faut    une    chaleur 
moyenne  de  9",  3  centigr.  (7%  U  R.  ).  Il  ne 
réussit  point  dans  le  nord  de  l'Allemagne  , 
excepté  sur  les  côtes  tempérées  de  la  mer. 
Ce  serait  une  chose  vraiment  étonnante 
que  les  anciens,   dans  l'énumération  des 
substances  qui   composèrent    la    première 
nourriture  des  hommes,  eussent  omis  un 
arbre  si  utile  et  si  multiplié  dans  les  con- 
trées (ju'ils  connaissaient.  C'est  précisément 
ce  qui  est  arrivé.  Le  gland  de  Jupiter    (  aUc 
|9aAav9c  )  est  la  châtaigne.  Théophraste  le  dé- 
crit comme  un  fruit  qui ,  ainsi  que  celui  du 
hêtre  j  est,  enfermé  dans  une  enveloppe  épi- 
neuse  (ix^vor  Ilist,  plant, ^  m,  10,18),  et  qui 
lui  ressemble  pour  la  saveur  et  le  suc  (134). 
11  place  le  gland  de  Jupiter  à  côlé  des  agues 
et  des  dattes,  pour  le   goût    (i,  12,    1  j. 

mot  suc,  x^^^  ^^  oTToc  ;  le  premier  se  dit  du  suc  ré» 
pandu  dans  rintérieiir  de  toutes  les  parties  du  végé- 
tal, qui  donne  au  fruit  la  saveur.  Ce  suc  peut  donc 
cesser  d'être  apparent  et  ne  plus  exister  qu'à  Peut 
de  combinaison  chimique,  comme  dans  les  fruits 
farineux.  Le  second  est  le  suc  propre^  qui  est  oolorè, 
et  qui  le  devient  surtout  après  qu'il  s'est  épaucbe 
de  l'arbre.  A  celui-ci  appartiennent  les  gomm^  et 
les  résines,  qui  sont  des  ottoî. 


357 


CIIA 


b^ANTlIROPOLOGlE. 


CIIA 


5."» 


LeoTeloppe  du  fruit  hérissé  de  pointes  est 
tm  caractère  distinctif,  parce  qu  il  n'existe 
qae  dans  les  fruiîs  du.Bètre  et  du  chAlai- 
gpier.  Tout  le  reste  de  la  description  que 
Théophraste  donne  du  gland  de  Jupiter  s'ap- 

f)ue  exacteaient  à  la  châtaigne.  L*arbre, 
proprement  parler,  ne  donne  point  de 
fleurs  ( m I  38);  en  cela»  il  ressemble  au 
noisetier,  il  porte  seulement  un  chaton 
{menium^  x«7;£^c^  ni,  55),  et  chaque  an- 
née il  se  dépouille  de  ses  feuilles.  L'arbre 
qui  produit  le  gland  de  Jupiter  est  de  la 
classa  de  ceux  qui  croissent  sur  les  mon- 
ti^nes  élevées  et  qui  n'aiment  point  les 
plaines  (in,  3^  1  )•  Tous  ces  caractères  et  ces 
lo'iications  ne  laissent  aucun  doute  sur  l'i- 
dentité de  la  chÂtaigne  et  du  gland  de  Ju- 
piter. Les  passages  qu'on  lit  dans  les  autres 
<m?ains  confirment  cette  opinion.  Diosco- 
ride  (135)  donne  comme  synonymes  les 
Domsde  gland  de  Sardes,  eu  Lydie,  chA- 
taigne ,  gland  de  Jupiter.  Dans  les  Géoponi- 
çKctfl.  X,  c.  63),  oalit,  au  mot  Châtaigne^ 
(/u  00  l'appelait  aussi  gland  de  Jupiter;  mais 
le  root  latin  juglans  ne  s'applique  point 
à  la  cbitaigne ,  il  indique  la  noix.  Pline 
(I.  xy,  c.  22) ,  en  traitant  du  fruit  jtiy/ana, 
décrit  la  noix  commune  avec  une  exactitude 
qu  on  trouve  rarement  dans  ses  écrits.  Il 
parle  d'une  enveloppe  tendre  (  calyx  pulvi- 
M/ttj.)  et  d'une  écaille  ligneuse  (  Ugneum 
putamen  ).  On  teignait  la  lame  avec  l'écorce, 
et  les  fruits  récents  servaient  à  teindre  les 
cheveux  en  rouge.  Cette  écorco  tache  la 
laaiQ  qui  la  touche.  Les  deux  hémisphères 
de  la  coquille  sont  bordés  par  un  bourrer 
let  qui  indique  la  division;  l'amande  est 
partagée  en  quatre  parties  séparées  par 
de5  cloisons  ligneuses  :  ces  caractères  si 
tranchés  ne  laissent  après  eux  aucun  doute. 
La  noix  ne  vint  que  tardivement  des  mon- 
taises  de  TAsie  en  Europe.  On  ne  trouve 
)<cinlle  uoyer  à  l'état  sauvaeedans  la  Grèce, 
ni  vers  le  Caucase,  suivant*ies  observations 
de  Marshall  de  Biberstein  ;  il  abonde  dans 
les  forêts  du  Liban  suivant  Ehrenberg  ,  et 
probablement  il  est  parti  de  là  pour  se 
répandre  en  Grèce  et  en  Italie.  Le  noyer 
imiti)  dont  parle  Théophraste  (  H.  pi. ,  ui , 
2*  3)  et  qui  croit  spontanément  dans  les 
montagnes  de  la  Macédoine  (  m,  3,1),  sur 
le  Tmoius  et  sur  Tes  Alpes  de  Hysie  (iv,  5, 
^  »  ne  peut  être  le  noyer  commun  {juglans 
l'fgia).  Dn  autre  passage  (m,  iky  k)  où  se 
irouve  le  mot  noyer  (xapûa),  accompagné 
«le  répithèteperaïQue,  mais  dans  un  manuscrit 
^ettl ,  ne  peut ,  à  mon  avis ,  servir  à  faire 
connaître  quel  peut  être  cet  autre  arbre 
'm<th)  avec  lequel  il  compare  le  noyer. 
la  noix  paraît  donc  aussi  ne  point  avoir  été 
l'ien  connue  des  Grecs.  Lorsqu'elle  arriva 
*  la  connaissance  des  Romains ,  ils  lui  don- 
nèrent le  même  nom  qu'à  la  châtaigne ,  c'est- 
Mire  de  a/and  de  Jupiter^  juglans  ^  c*est  le 
nom  qui  lui  est  communément  resté,  tandis 
Muau  contraire  il  ne  sert  que  très-rare- 

(iy>)  Mût.  médie,,  1.  r^  c.  145. 
(t^)  MpRMopAff/.,  L  II,  c.  43. 


ment  à  indiquer  la  châtaigne.  L'expression 
de  noix-châtaigne  l  xao-ravixZy.o?  xctpûof  )  ne  se 
trouve  qu'une  seule  fois  dans  Théophraste 
fviii,  4,  11)  lorsqu'il  dit  que  l'écorce  de 
lotus  est  aussi  noire  que  celle  de  la  châ- 
taigne. Cependant,  il  semble  ici  qu'une 
glose  se  soit  glissée  dans  le  texte,  et"que 
le  naturaliste  grec  ait  voulu  parler  de  la 
noix  cubotque.  Si  donc  il  fallait  supprimer 
dans  le  texte  ce  passage,  Nicandre  serait 
le  premier  qui  aurait  parlé  de  la  châtaigne, 
dans  son  poëme  intitulé  Alexipharmaca 
(v.  268-272).  Il  ajoute  qu'elle  croît  dans  le 
territoire  ae  Castanîs.  Le  scholiaste  dit  : 
Castanis  est  une  ville  de  la  Thessalie  ou  du 
Pont.  Des  scholies  plus  récentes  font  venir 
les  châtaignes  des  montagnes  Castaniques  ; 
Hérodote  et  Strabon,  de  la  ville  de  Caslanana; 
Etienne  de  Byzance  place  une  ville  de  Cas- 
tana  dans  le  voisinage  de  Tarente ,  et  VEty- 
mologicon  maanum  indique  une  ville  de 
Castaiia  dans  le  pays  de  Magnésie.  Toutes 
ces  indications  se  trouvent  dans  les  notes 

Sue  Schneider  a  faites  sur  le  poëme  de 
icandre.  Il  est  très-probable  que  toutes 
ces  villes  doivent  leur  nom  à  la  châtaigne 
et  non  celles-ci  aux  villes.  Il  ne  serait  pas 
sans  intérêt  de  savoir  de  quelle  langue  vient 
le  mot  castanea ,  car  il  n'est  ni  grec  ni  latin. 
La  châtaigne  est  encore  appelée  noix  eu- 
boiquef  et  souvent  on  la  trouve  indiquée 
par  ces  deux  mots  dans  Théophraste;  cepen 
(lant  on  ne  sait  pas  s'il  la  regarde  comme 
étant  une  seule  et  même  chose  avec  le 
gland  de  Jupiter.  Athénée  (136)  cite  un  pas- 
sage de  Mnésithée  l'Athénien  dans  lequel 
il  dit  que  les  noix  euboïques  ou  les  châtai- 
gnes ,  car  on  leur  donne  les  deux  noms  , 
sont  d'une  digestion  difficile.  11  résulte  donc 
clairement  de  cette  citation  que  la  noix 
euboïque  et  la  châtaigne  sont  le  même  fruit. 
Schneider,  dans  la  table  qu'il  a  jointe  à  son 
Théophraste,  demande,  au  mot  Noix  eubot^ 
que  9  pourquoi  ce  naturaliste  a  désigné  la 
châtaigne  par  trois  noms  différents  :  gland 
de  Jupiter,  noix  euboïque  et  noix  de  châ- 
taigne ;  mais  cette  dernière  dénomination 
doit  peut-être  ,  ainsi  que  nous  l'avons  mon- 
tré, être  retranchée  dcThéo})hraste.  Schnei- 
der pense  que  la  culture  a  pu  produire  di 
verses  variétés  que  ces  noms  désignent. 
C'est  précisément  comme  en  France,  ou 
donne  deux  noms  différents  à  deux  simples 
variétés,  marron  et  châtaigne;  mais  lap-' 
plication  de  ce  raisonnement  à  notre 
auteur  me  parait  un  peu  forcée.  Les  anciens 
n'avaient  pas  de  jardins  botaniques ,  pas^ 
d'herbiers;  ils  décrivaient  les  plantes  sans 
les  avoir  sous  les  veux,  se  servant  d'indica* 
tions  qu'ils  recueillaient  soit  de  la  bouche 
du  peuple,  soit  dans  les  livres;  il  put  donc 
arriver  de  là  qu'ils  prirent  pour  différentes 
des  espèces  semblables.  C'est  peut-être  pour 
cette  raison  que  la  description  que  Théo- 
phraste donne  de  la  châtaigne  est  empreinte 
d'une  certaine  hésitation  (137). 

(157|  A.-AV.  Scitlegel  cite,  dans  le  InUUchen  Bi 
bliotheh,  I,  11,  t239et  fKiiv.,  de  semblables  erreurs. 


33') 


ciie; 


WCTtJNWlUE 


CIIE 


3iO 


CHÊNE.  —  On  rencontre  beaucoup  de  dif- 
ficuUés  pour  démêler  ce  que  les  anciens  ont 
dit  sur  le  chêne  ei  son  fruit,  d*autant  plus 
que  les  espèces  de  ce  genre  Q*ont  point  en- 
core été  delernïinées  ,  pour  l'Europe,  d'une 
manière  bien  précise  par  les  botanistes. 
Théophraste  {H,  pL^  m,  8,  2,  sui?.]  parle  du 
cfaêne  d*uqe  manière  détaillée.  Il  dit  que 
«  quelques-uns  admettent  quatre  espèces  ^ 
d'autres  en  admettent  cinq;  on  ne  leur  donne 
point  partout  le  même  nom,  car  ceux  qui  por- 
tent ocs  fruits  doui  sont  appelés  parles  uns 
chêne  domestique  (r;^?/)^^},  et  par  d'autres 
chêne  franc  (jrvuoS/soof).  Il  en  est  de  mémo 
pour  les  autres  espèces.  Les  habitants  du 
mont  Ida  distinguent  les  espèces  suivantes  : 
le  chêne  domestique,  l'œgyiops  ,  le  chêne  à 
feuilles  larges,  le  chêne  à  fruits  doux  ('^nyo;)» 
et  l'haliphloios  (salici  cortica],  y» 

Nous  bornerons  là  ces  recherches,  car 
elles  sont  du  nombre  de  celles  qui  sont 
aussi  incertaines  que  stériles.  Cependant, 
comme  les  anciens  ont  si  souvent  répété 
que  le  gland  fut  la  première  nourriture  de 
1  homme ,  il  devient  nécessaire  de  dire  en- 
core quelque  chose  sur  le  chêne. 

Le  chêne  dont  les  fruits  étaient  bons  à 
manger  portait  chez  les  Grecs  le  nom  de 
fnyoç^  comme  le  prouvent  suiBsamment  les 
passages  de  Théophraste  que  nous  avons 
cités  j  et  d'autres  encore  que  nous  n'avons 
)as  cités.  Pausanias  dit  aussi,  en  parlant  de 
'Arcadie  (c.  1]:  Pelage  est  le  premier  qui, 
en  Arcadie,  ait  découvert  que  le  fruit  du 
chêne  (^fwwv)  pouvait  être  employé  comme 
aliment,  non  de  tous  les  chênes  indistinc- 
tement ,  mais  de  ceux  qu'on  nomme  yi}yojf. 
Ce  mot  grec  est  le  même  que  le  mot  latin 
fagus^  qui  signifie  hêtre.  Ici  se  présente  donc 
le  même  cas  que  celui  qui  s'est  trouvé  pré- 
cédemment, lorsque  nous  avons  vu  que  par 
gland  de  Jupiter  les  Grecs  entendaient  la 
châtaigne ,  et  les  Latins  la  noix.  Le  mot  fa- 
jriis  désigne  *}e  hêtre ,  comme  l'indique  la 
description  que  Plîne  en  donne  (1.  xvi,  c.  5). 
Le  fruit  de  l'arbre  pjtgusj  dit-il,  ressemble  à 
celui  du  noyer,  il  est  enfermé  dans  une  en- 
veloppe triangulaire.  Le  hêtre  est  rare  en 
Italie,  il  y  croît  seulement  sur  les  hautes 
montagnes;  autrefois,  il  y  était  probables- 
ment  plus  abondant  sur  les  montagnes,  mais 
les  forêts  en  ont  été  détruites  (138).  En 
Grèce,  le  hêtre  ne  vient  que  sur  les  hautes 
montagnes  du  Pélion,  du  Pinde  et  de  TA- 
thos.  II  portait ,  en  Grèce,  le  nom  de  o5va 


1 


3 


u'il  a  conservé  jusqu'à  ce  jour    Le  f^yôç 
es  Grecs  n'était  donc  pas  h 


pas  le  hêtre  (139)\ 
mais  un  chêne,  et  peut-être  celui  que  Linné 
a  nommé  quercus  (rgiflopsy  et  que  les  Grecs 
appellent  aujourJliui  valainida  (en  français, 
cliéne  velani,  Ouv.).  Ce  chêne  est  un  arbre 
élancé,  dont  les  feuilles  toujours  vertes  sont 

comme  par  exemple  le  uoui  d'un  métal  pris  pour 
celui  d'un  animal. 

(158)  Maintenant  encore,  en  Italie,  on  brûle  les 
bètrcs  sur  les  montagnes.  C'est  ainsi  qu'en  1852  il  y 
eut  la  moitié  d'une  foi  et  hicehdiée  dans  les  Alpes  de 
Camporaghono  non  loin  de  Fivhzatto^  dans  le  Flo- 
rentin. 


bordées  de  dents  terminées  par  des  éfnne$ 
sétacées,  caractère  qui  le  rend  très-facile  k 
reconnaître.  Le  fruit  est  mangeable,  quoique 
peu  savoureux  ;  ailssi ,  dès  que  les  Grecs 
purent  se  procurer  une  autre  nourriture  que 
tes  glands ,  ils  les  abandonnèrent  aux  pour- 
ceaux. Ce  chêue  est  très -multiplié  eu  Ar- 
cadie, dans  la  vallée  de  l'Eurotas,  auprès  de 
Marathonisi;  près  de  Nauplie  on  en  voit 
aussi  quelques-uns ,  mais  en  petit  nombre. 
En  Albanie ,  on  voit  de  grandes  forêts  de 
chênes  qui  donnent  des  glands  dont  la  cu- 
pule est  d'une  grosseur  extraordinaire ,  et 
qu'on  exporte  en  grande  quantité  sous  le 
nom  de  volonea  pour  les  employer  à  la  pré* 
paration  des  cuirs ,  de  telle  sorte  que  celte 
denrée  forme  une  branche  importante  de 
commerce  pour  la  Grèce.  Touniefort  est  le 
premier  qui  ait  donné  une  description  de 
cet  arbre  dans  la  relation  de  son  voyage  au 
travers  de  l'Archipel ,  après  lui  Pocoke  et 
Olivier  l'ont  décrit  et  même  figuré. 

Il  y  a  encore  dans  l'Europe  méridionale 
et  dans  l'Afrique  septentrionale  un  autre 
chêne  dont  les  fruits  sont  également  bons  à 
manger,  et  d'un  eoût  plus  agréable  que  ceux 
de  l'espèce  précéaente.  Desfontaines  en  fit  la 
découverte  dans  ^Afrique  septentrionale , 
auprès  d'Alger;  il  le  nomme  querciés  ba^ 
lotta.  Il  le  décrivit  dans  une  notice  qui  est 
insérée  dans  le  Journal  de  physique  ,  année 
1701.  Plus  tard,  il  en  a  parlé  dans  sa  Flora 
atlantica.  On  ignorait  alors  que  cet  arbre 
forme  de  grandes  forêts  dans  la  partie  méri- 
dionale du  Portugal  et  dans  les  contrées  de 
l'Espagne  qui  en  sont  voisines.  On  fait  une 
grande  consommation  des  fruits,  qu'on  vend 
même  à  la  porte  de  Madrid  ,  avec  des  châ- 
taignes. Smith,  dans  sa  Flore  de  la  Grèce  ^ 
avance,  d'après  l'herbier  de  Sibthorps,  qu'on 
y  trouve  cet  arbre,  et  les  auteurs  de  la  Rela- 
tion  de  Vexpêdition  en  Marée  disent  qu'il 
existe  dans  quelques  contrées  de  cette  partie 
de  l'Europe.Mais  comme  Smith  n'avait  pas  vu 
si  le  gland  était 'allongé,  il  lui  aura  été  diffî- 
cile  de  distinguer  l'arbre  dont  il  voyait  Té- 
chantillon  d'avec  Tyeuse  {quercus  ï/eJr),  et  C3 
que  les  naturalistes  français  ont  dit  peut 
bien  être  plus  précis.  Au  surplus  ,  il  nous 
suflit  de  savoir  que  les  anciens  ont  connu  \t 
ttmi  du  quercus  balotta.  Strabon  dit,  en  dé* 
crivant  les  mœurs  des  habitants  de  la  Lusi- 
tanie ,  qu'ils  vivent  de  gland  pendant  les 
deux  tiers  de  l'année;  ils  les  font  sécher, 
les  réduisent  en  poudre,  puis  ils  en  obtiens 
neut  un  pain  qu'ils  mettent  en  réserve  pour 
leur  besoin.  Strabon  ajoute  :  Ils  boivent  de 
la  bière ,  et  Coray  dit  dans  ses  notes  :  nro* 
babiement  faite  avec  du  gland,  car  on  1  em- 
ploie à  cette  fabrication,  a  défaut  d^orge.  Ce 
procédé  est  entièrement  inconnu  en  Portu- 
gal. Ce  chêne  est-il  un  de  ceux  décrits  par 

(159)  Vers  la  porte  de  Troie  appelée  Porte  ée 
Scee ,  il  y  avait  un  f iryoc,  dont  il  est  souvcnl  parlé 
dans  VUiade.  Voss  traduit  toujours  par  hêtre,  di  K's 
philologues  croient  que  Voss  suit  une  autorité  en 
cette  matière,  et  veulent  invoquer  les  notes  qu*il  a 
publiées  sur  les  Gcorgiques  ,  ils  tomberont  dans 
lerrcur. 


3il 


ClIE 


D'ÂNTimOPOLOGIE. 


CHE 


sn 


Théophraste  ?  C*e5t  une  question  dont. je  ne 
m'occuperai  pas  ;  avec  des  descriptions  aussi 
incomplètes  que  celles  que  nous  ont  laissées 
les  anciens,  la  détermination  d'espèces  si  voi- 
sines reste  un  problème  insoluble.  Du  reste» 
il  ne  paraît  pas  que  la  balotte  se  soit  étendue 
vers  le  nord  beaucoup  au  delà  de  la 
Morée. 

Les  auteurs  latins  citent  un  arbre  auquel 
i^s  donnent  le  nom  de  esçulus,  qu'on  a  fait 
dériver  d^esca  (nourriture) ,  le  regardant 
comme  )a  traduction  littérale  de  ^oyôc.  Il  ne 
s'ensuit  pas  de  là  que  ce  soit  le  même  arbre, 
comme  déjà  nous  le  savons;  car  cet  arbrB 
ii*étant  cité  que  deux  fois  dans  un  poëme  sur 
ragriculture,  les  Géorgiquesde  Virgile  (1.  ii» 
15  et  291),  sa  détermination  a  donné 
beaucoup  de  mal  aux  commentateurs.  L'An- 
glais Mar^yn  ,  dont  les  notes  explicatives 
sont  les  mei4leures,  quoiqu'il  ne  connût  pas 
les  plantes  de  l'Italie,  prend  cet  esculus  pour 
le  chêne  rouvre  (quercus  rofrtir),  et  le  quercus 
pour  le  chêne  pédoncule  {quercus  peduneu^ 
laia  l'iy)).  Ainsi ,  il  ne  tient  aucun  compte 
de  rétjrmologie  tirée  d'esca^  ni  de  la  qualité 
comestible  du  gland.  Linné  ,  auquel  il  im- 
portait peu  quel  nom  les  anciens  donnas- 
sent aux  arbres,  a  pris  le  nom  de  quercus 
esculus  dans  la  synonymie  de  G.  Bauhin  ; 
et  comme  sa  description  est  courte ,  on  en 
a  fait  diverses  applications ,  car  chez  les 
écrivains ,  ainsi  que  dans  les  jardins  de  bo* 
tanique,  on  voit  souvent  le  même  mot  donné 
à  des  choses  toutes  différentes.  H.  Fée  qui , 
dans  sa  Flore  de  Virgile ,  a  montré  plus  de 
oonnaissance  en  botanique  qu'on  n'en  a 
eommunément,  mais  en  même  temps  une 
critique  moins  sévère,  pense  que  ce  mot 
esculus  peut  indiquer  deux  espèces  ;  car,  sui- 
vant Phne,  cet  arbre  est  rare  en  Italie.  Ho- 
race dit  qu'il  forme  de  grandes  forêts  dans 
la^Baunie  {Terra  di  Bari).  Tenore  de  Naples 
a  éîé  conduit  à  faire  une  très-belle  disserta- 
tion sur  cette  question.  Il  dit  dans  son  petit 
ouvrage  intitulé  Flora  Yirginiala^  p.  111  : 
€  L*existence  du  quercus  robur  de  Linné , 
dans  notre  pays,  est  fort  problématique,  tan- 
dis que  Yesculus  de  Virgile  y  est  très-abon- 
dant ;  il  est  facile  à  distinguer  des  autres 
espèces  de  chêne,  par  sa  taille  colossale,  par 
ses  feuilles  très-larges,  et  Ton  peut  lui  ap- 
pliquer avec  beaucoup  de  justesse  l'expres- 
sion de  Virgile ,  quœ  maxima  frondetj  qui 
lui  convient  très-bien.  Les  glands  de  ce 
cligne  sont  doux  et  comestibles,  nos  paysans 
les  font  griller  comme  des  chAtaignes,  et  ils 
nomment  l'arbre  chéne-chAlaigner.  n  Ce  se- 
rait enrichir  la  botanique  que  d'y  introduire 
cette  espèce  sous  le  nom  de  quercus  fïr- 
giliana ,  en  même  temps  que  l'on  fourni- 
rait une  excellente  donnée  pour  l'explication 
des  auteurs  anciens. 

(140)  Ce  que  dit  Voss  8*accorde  très-bien  avec 
HartvD,  anoiqae  ce  s4Mt  chose  fort  diflërenle. 

(lll)  Sar  les  bords  de  rHypanis  paissent  les  che- 
vaox  saavages.  |0ebod.,  1.  iv,  c.  52.)  Il  y  a  des  che- 
vaux sauvages  dans  ouelques  parties  de  TEspagne 
cHérieare.  (Vaebo!«,  De  re  rnstica^  I.  ii,  c.  1,  |  5.) 
{Celte  leçon  est  douteuse.]  l^e  Nord  produit  ausbi  des 


Ces  fruits  purent  servir  d'aliment  aux  pre- 
miers habitants  des  montagnes  et  des  forêts 
de  l'Europe  méridionale,  quoiqu'ils  ne  don- 
nassent pas  une  nourriture  aussi  abondante 
que  le  fruit  de  l'arbre  à  pain  ou  du  bananier. 

CHENOORS.  Voy.  Nootka—  Colombibhs. 

CHER0KEE9.  Voy.  Alléghahiehs. 

CHEVAL.  —  Quelle  que  soit  la  lacUité 
avec  laquelle  le  cheval  retourne  k  la  vie 
sauvage,  il  est  difficile  de  dire  dans  quelle 

Eartie  du  monde  on  le  trouve  tel.  Dans  nos 
aras,  où  le  cheval  vit  abandonné  à  lui- 
même,  on  voit  qu'il  s'est  beaucoup  rappro- 
ché de  l'état  sauvage.  Suivant  les  auteurs 
anciens,  on  le  trouvait  sur  les  bords  de 
l'Hypanis,  aujourd'hui  le  Boug,  en  Espa- 
gne, etc.  (141).  Maintenant  encore  on  trouve 
des  chevaux  sauvages  dans  l'Ukraine,  sur  les 
bords  du  Boug  et  dans  plusieurs  pairties  de 
l'Asie  occidentale;  mais  le  lieu  où  ils  se  sont 
le  plus  multipliés,  c'est  la  grande  plaine  qui 
est  au  sud  de  la  rivière  ae  la  IMata,  dans 
l'Amérique  du  Sud,  où,  suivant  les  rapports 
des  historiens,  ils  ont  été  transportés  par  les 
Espagnols.  Pallas  croit  que  le  cheval  sauvage 
se  trouve  encore  dans  les  grandes  steppes 
de  l'Asie  et  dans  celles  de  I  Europe  qui  en 
sont  limitrophes  ;  mais  c'est  un  mélange  de 
chevaux  des  peuples  nomades  qui  se  sont 
égarés  :  c'est  pourquoi  ils  varient  beaucoup 
pour  la  couleur.  Il  y  en  a  dans  le  nombre 
qui  diffèrent  tellement  de  l'espèce  commune, 
qu'on  est  forcé  d'admettre  qu'Os  appartien- 
nent à  la  race  véritablement  sauvage  (142). 
Pallas  a  donné  la  description  de  ces  chevaux 
dans  la  relation  de  son  voyage  en  Russie 
(part.  I,  pag.  SU).  Gmelin  jeune  en  a  aussi 
donné  la  description  dans  la  relation  de  son 
voya^  dans  le  même  pays  (part,  i,  144).  Ces 
descriptions  nous  présentent  ces  chevaux 
comme  petits,  avec  le  poil  hérissé,  vifs,  et 
supportant  très-bien  la  fati^e  ;  ils  paraissent 
être  d'une  taille  même  inférieure  a  celle  def- 
plus  petits  chevaux  russes.  Ce  dernier  fait 
contredit  la  loi  générale  que  les  animaux 
sauvages  sont  plus  ^ands  et  plus  forts  que 
les  animaux  domestiques,  loi  que  nous  avons 
signalée  chez  le  buffle,  le  gayal,  le  renne, 
l'âne  et  la  chèvre.  Comme,  dès  l'antiquité  la 
plus  reculée,  les  steppes  furent  parcourues 
par  les  peuples  nomades,  le  retour  du  che- 
val à  la  vie  sauvage  put  s'y  opérer  très-faci- 
lement. Si  donc  nous  voulons  trouver  la 
patrie  du  cheval,  il  faut  la  chercher  dans  le 

Î)ays  où  cet  animal  se  présente  le  plus  par- 
ait, et  particulièrement  là  où  il  jouit  au  plus 
haut  de^é  de  l'agilité,  cette  faculté  qui  le 
caractérise,  qui  rappelle  le  plus  son  état 
sauvage,  c'est-à-dire  l'Arabie  et  le  nord  de 
l'Afrique.  L'Asie  centrale  et  l'Inde  ne  peu- 
vent jamais  élever  cette  prétention,  parce 
que  l'espèce  n'y  atteint  point  un  de^  de. 

chevaux  sauvages.  (Pline,  HisL  nat,,  1.  vin,  c.  i5.) 
Suivant  Abktote,  (De  MirabiL^  v,  9),  on  en  trouve 
en  Syrie;  mais  ce  que  dit  ce  naturaliste  des  cka». 
vaui,  d^autres  Tont  dit  de  Tàne,  comme  le  fait  oIk 
server  Bcckmann. 
(Itâ)  Spu'Ueif.  looiog,^  fasc.  n,  p.  3-€ 


343 


Cllfi 


DiCTlOiNiNAlRE 


CIIB 


344 


supériorité  assez  marqué,  bien  que  les  che- 
Taux  sauvages  soient  devenus  très-nom- 
breux chez  les  nomades  de  TAsie.  Le  cheval 
yst  UQ  animal  qui  se  multiplie  facilement 
dans  les  plaines  vastes,  et  qui  facilement 
aussi  y  passe  à  Tétat  sauvage,  comme  l'Ame* 
rique  du  Sud  nous  en  donne  des  exemples, 
surtout  dans  ses  parties  tempérées.  Le  ter- 
rain diluvien  contient  des  aents  de  cheval 
fossile;  nous  pourrions  peut-être  en  conclure 
que  le  cheval  nous  serait  venu  du  monde 
primitif.  Le  genre,  en  effet,  porte  en  lui  le 
caractère  des  créations  primitives  :  des  for* 
mes  en  quelque  sorte  flottantes  entre  la 
plupart  des  règles  fixées  par  la  nature. 

CHEVEUX  HUMAINS.  —  La  structure  des 
cheveux  n'est  pas  aussi  bien  connue  que 
celle  de  la  peau,  malgré  les  nombreuses  re- 
cherches microscopiques  qui  ont  été  faites  à 
ce  sujet  depuis  la  publication  des  savants 
ouvrazes  de  B.  Ebfe  et  de  J.-G.  Heusin- 
ger  (1(3).  Ces  écrivains  pensent  que  les  che- 
veux de  rhomme,de  même  que  les  piquants 
des  hérissons  et  des  porcs-épics,  et  les  soies 
des  cochons,  sont  composés  de  deux  parties 
distinctes,  c'est-à-dire  a  une  enveloppe  corti- 
cale extérieure  et  d*un  tissu  spongieux  inté- 
rieur. Weber  soutient  que  les  cheveux  hu- 
mains sont  formés  d'une  substance  homo- 
gène, dans  laquelle  il  n'y  a  rien  qui  ressem- 
ble à  ce  qu'on  pourrait  distinguer  sous  les 
ncms  d'écorce  et  de  moelle. 

Le  cheveu  sort  de  son  follicule  par  une 
racine  renflée  ou  un  bulbe  qu'on  a  comparé 
à  un  bourgeon,  et  qui  est  plus  épais  que  la 
partie  tiliforme.  Muller  suppose  aue  la  subs- 
tance du  cheveu  est  formée  par  la  sécrétion 
d*une  matière  cornée  qui  a  heu  à  la  surface 
d'un  cône  vasculaire  contenu  dans  Tinté- 
rieur  du  follicule,  ou  plutôt  qui  n'est  réelle- 
ment qu'un  prolongement  vasculaire  du 
fond  de  ce  follicule  (14i).  Le  cheveu,  dit-il, 
croît  en  longueur,  parce  que,  à  sa  racine, 
une  nouvelle  quantité  de  matière  sécrétée 
s  ajoute  à  celle  qui  Tétait  précédemment  et 
la  repousse;  son  extrémité  est,  en  consé- 
quence, la  première  formée. 

Depuis  que  les  Iravanx  de  Heule  et  de 
Schwann  ont  mis  hors  de  doute  l'organisa- 
tion cellulaire  de  la  peau,  plusieurs  recher- 
ches ont  été  faites  dans  l'espoir  de  découvrir 
dans  les  parties  constituantes  des  cheveux 
une  structure  analogue.  Ainsi  on  trouvera, 
dans  les  Archives  de  Muller,  deut  mémoires 
sur  ce  sujet  :  Tun  de  M.  Gûrlt  (année  1836), 
l'autre  de  M.  le  docteur  Bidder,  de  Dorpat 
(année  18W). 

Le  docteur  Bidder  distingue  dans  la  racine 
du  cheveu  deux  parties  :  le  follicule,  qu'il 
nomme  gatne  (kaarbalg),  et  le  germe  ou 
bourgeon  (haarkeim).  Le  bourgeon  descend 
jusqu'au-dessous  du  point  où  commence  sa 
gatne,  et  à  sa  base,  où  il  se  joint  aux  parties 


molles  environnantes,  il  oflre  une  teinte 
foncée  qui  permet  de  le  distinguer  même  à 
Vceil  nu.  L  extrémité  du  cheveu  présente, 
sous  le  microscope,  une  masse  de  couleur 
sombre,  formée  oe  petits  srains  qui  peuvent 
être  séparés  au  mojren  de  l'acide  acétique,  et 
à  Taide  d'une  division  mécanique  faite  av9C 
soin.  On  voit  alors  qu'elle  se  compose  de 
cellules  ou  cytoblaste$  infiniment  petites, 
mais  distinctes,  contenant  chacune  son  nti- 
cltus.  Les  cellules  sont  unies  entre  elles  nar 
une  substance  tenace,  inorganique,  à  la- 
quelle on  a  donné  le  nom  de  cytoblastime. 
La  gatne  qui  enveloppe  la  substance  du  che- 
veu est  tapissée  par  un  épUhélium  particu- 
lier, forme  de  cellules  transparentes  et  in- 
colores. Il  y  a  passaze  sans  interruption  de 
ce  tissu  à  celui  du  bourgeon,  qui,  comme 
nous  l'avons  dit,  est  de  nature  cellulaire, 
mais  se  distingue  sufiisamment  de  Tautro 
tissu  par  sa  couleur  foncée.  Les  cellules  du 
bourgeon  sont  filiformes,  et  se  montrent 
comme  des  fibres  disposées  parallèlement 
entre  elles  et  unies  par  une  cytoblaslème 
transparente.  Le  cheveu  entier  nous  repré- 
sente donc  un  faisceau  de  fibres  longitudi- 
nales, et  ces  fibres  sont  composées  elles- 
mêmes  de  cellules  filiformes  qui  s'étendent 
du  fond  du  bulbe  jusqu'à  l'extrémité  du  cKl*- 
veu,  mais  qui,  dans  leur  cours,  subissent 
des  changements  notables  de  forme  et  de 
grandeur.  Le  cheveu,  une  fois  développé, 
est  uniforme  dans  toute  sa  masse;  mais  eu 
le  macérant  dans  des  acides  concentrés,  il  se 
ramollit  au  point  qu'on  peut  le  diviser  en 
fils  longitudinaux.  Or,  ces  fils,  examinés  au 
microscope,  se  montrent  eux-mêmes  comme 
autant  de  faisceaux  de  fibres  très-nombreuses 
cl  très-fines  :  ces  fibres  sont  donc  les  compo- 
sants élémentaires  du  cheveu.  Elles  apparais- 
sent comme  des  lignes  brunes,  dont  la  largeur 
est  plus  grande  on  certains  points  que  dans 
d'autres,  et  qui  sont  unies  entre  elles  par  une 
cytoblastème  jaunâtre. 

L'épaisseur  d'un  cheveu  étant  évaluée  à 
un  dixième  de  ligne,  le  nombre  de  ces  fibres 
élémentaires  doit  être  de  250,  sans  compter 
Tespace  occupé  par  la  cytoblastème,  dont 
l'existence  n'est  pas  douteuse,  et  qui  doit 
remplir  les  intervalles  (145).  Mais,  dans  celle 
partie  de  son  travail,  le  docteur  Bidder  a 
rencontré  une  diflîculté  qu'il  avoue  n'avoir 
pu  résoudre,  difficulté  qui  a  rapport  à  la 
grosseur  et  au  nombre  de  ces  fibres  compa- 
rées au  volume  de  l'ensemble  des  cellules 
du  bourgeon,  dont  elles  tirent  leur  origine. 
Relativement  au  siège  lie  la  matière  colo- 
rante dans  le  cheveu,  le  docteur  Bidder 
f>onse  que  la  coloration,  dans  les  parties  in- 
ërieures  du  bourgeon ,  tient  à  la  présence 
du  contenu  brun  des  cellules,  ce  qui  serait 
quelque  chose  de  tout-è-fait  analogue  à  la 
coloration  du  rete  mucosum;  mais,  quant 


(143)  System  der  histologie^  von  Hecsinger  ;  Eisc- 
nach,  4823.  Die  Lehre  von  den  Haaren,  von  D'  Bdr- 
ftABD  Eble;  Wien,  1831. 

(14i)  Mt'LLER,  Physiologie,  vol.  I*',  page  398. 

(115)  Le  docteur  Graot  aremarque  que  Pespace 


occupé  par  les  250  fibrilles  n>st  que  celui  du  dia- 
mètre du  cheveu,  et  qu*i]  en  faut  environ  50,000 
pour  remplir  son  calibre  entier.  Voy,  Grant,  Outli- 
nés  of  comparative  analomy  ;  London,  1841,  în-8*, 
pa^e  847. 


5é9 


CHE 


D^ANTBRWOLOGiB. 


CHE 


516 


au  eorps  du  ebeteu,  il  semlile,  dit  M.  Kd* 
lier,  me  le  si^e  princijpal  de  sa  couleur  est 
dans  la  substance  brune  ou  jaune  oue  nous 
avons  désignée  sous  le  nom  de  ryiohtasième^ 
substance  qui  entoure  les  fibres,  et  par 
conséquent  leur  est  extérieure. 

De  nouTelles  recherches  microscopiques 
auront  pour  résultat,  il  faut  Tespérer,  d*é- 
claircir  ce  qui  reste  obscur  sur  ce  [)oint  et 
sur  quelques  autres  également  relatifs  à  la 
structure  des  cheveux.  Mais,  comme  le  re- 
loaraue  un  savant  et  ingénieux  écrivain  qui 
a  éclairci  plusieurs  points  de  fine  anatomie 
en  faisant  des  rapprochements  entre  les  tis- 
sus analogues  dans  les  différents  êtres  or- 
puisés,.  «  ce  que  Ton  sait  aujourd'hui  sur 
ce  sujet  semble  nous  autoriser  à  croire  que 
chacune  des  cellules  contenues  dans  le  bour- 
geon du  cheveu  donne  naissance  à  un  Gus- 
ceau  de  fibres,  comme  le  fait  la  substance 
corticale  de  la  plume,  et  que,  dans  les  deux 
cas,  les  fibres  sont  réellement  des  cellules 
secondaires  allongées  (146).  » 

De*  différence*  nationale*  dam*  le*  cheteux, 
—  Les  variétés  dans  la  couleur  et  la  struc- 
ture des  cheveux  forment  un  des  traits  les 
plus  remarquables  parmi  ceux  dont  Ten- 
semlile  constitue  pour  chaque  nation  le  ca- 
ractère physique  distinctif. . 

La  couleur  du  poil  des  animaux  varie 
avec  le  climat.  Ebie  observe  que  sous  les 
répons  septentrionales  il  n*y  a  pas  de  che- 
vaux noirs,  et  que  les  lièvres,  les  écureuils, 
les  belettes  y  sont  blancs,  ainsi  que  beau- 
coup d*autres  animaux.  La  remarque,  quant 
à  la  couleur  noire,  n'est  pas  exacte  pour 
toutes  les  espèces  d'animaux ,  ainsi  que  le 
prouve  Texeraple  des  zibelines  qui  nous 
sont  apportées  de  la  Sibérie.  Pour  1  espèce 


U  rdl»senraition  est  vraie  eu  générait 
mais  avec  de  nombreuses  exceptions  ;  c'est 
ce  que  nous  reconnaîtrons  plus  tard  quand 
nous  passerons  en  revue  les  faits  qui  se 
rattachent  à  cette  question. 
Quant  k  la  quantité  des  cheveux  et,  en 

fénéral,  des  poiJs.qui  viennent  sur  le  corps 
umain,  il  y  a,  sous  ce  rapport,  entre  les 
diflérentes  races  humaines,  aes  différences 
bien  connues.  On  peut  citer  les  Mongols  et 
les  autres  peuples  qui  leur  ressemblent  dans 
le  nord  de  l'Asie  comme  ayant  peu  de  che- 
veux et  la  barbe  très-peu  fournie.  Le  même 
caractère  parait  se  trouver  diez  toutes  les 
nations  américaines  qui  se  rapprochent  d'ail- 
leurs, en  quelques  autres  points ,  de  celles 
de  l'Asie  septentrionale.  Blumenbach  et 
H>le  supposent  que  l'habitude  de  s'épiler 
pendant  plusieurs  générations  peut  avoir 
produit  à  la  fin  cette  variété  nationale,  mais 
elle  est  trop  générale  pour  être  attribuée  à 
une  cause  aussi  accidentelle.  Nous  avons 
d'une  antre  part  ouelques  races  chez  les- 
quelles il  y  a  exubérance  du  système  pi- 
leux :  par  exemple,  parmi  les  Aino*,,  ou 
hommes  de  la  race  kurile,  on  voit  des  indi- 
vidus dont  les  cheveux  poussent  jusque 
sur  le  dos,  et  dont  le  corps  est  presque  en- 
tièrement velu. 

Il  est  probable,  au  reste,  que  ces  diver- 
sités nationales  ne  dépassent  point  la  me- 
sure des  variétés  qui  s  observent  entre  dif- 
férentes familles  appartenant  à  une  même 
nation. 

Les  nations  septentrionales  de  l'Asie  et 
de  l'Amérique  ont  généralement  les  cheveux 
plats  et  raides;  il  y  a  néanmoins  quelques 
exceptions.  Les  £uropéens  les  ont  souvent 
plats  et  souples,  et  d  autres  fois  très-frisés 


(116)  Prineipie*  ofaeneral  ami  eomparatire  phf- 
sM/of9«  bj  IK  W.>B.  Caapmteb,  2*  éd. ,  LmkIoii, 
IRil  ;  C.-F.  BcBUACfl,  TraiU  de  phifûologie,  Paris, 
1857,  t.  VII,  p.  231. 

Diaprés  dés  recherches  microscopiques  récentes, 
la  lî^  da  dieveo  se  composerait  de  trois  sobstao- 
ces.  L^one  iolenie,  ceulrale,  greoae,  c*esl  la  sub*^ 
ijiue  mUdmllaire;  Tautre,  plus  externe,  formée  de 
tr•\'^^s  longitudinales,  enveloppe  la  substance  médnl- 
laîre,  c%*st  la  eomebe  corticale.  Celle-d  est  enfin  ta- 
\^<^J^  â  sa  surface  libre  par  des  lamelles  d^épi- 


Ar  la  tmhtiamee  corticale,  —  La  sabstaoee  corti- 
raie  offre ,  dans  toute  sa  longueur*  mais  surtout 
pEies  de  sa  racine,  des  stries  longitudinales  très* 
pcOBOocécs ,  qui  indiquent  sa  structure  fibreuse; 
q*M>>lqoefQis  anisî  b  tige  se  fendille,  sur  son  sommet, 
ra  plasiears  fibres;  mais  cUes  deviennent  trés- 
«îîstÎBctes,  et  se  laissent  séparer,  dans  toute  Féten- 
doe  de^  la  substance  coritcale,  après  que  le  poil  a 
ma«é:é  dans  Facide  ddorhjdrique  on  sulfuriqne. 

Ces  ibres  sont  daires,  à  bonis  obscurs  et  irré- 
gulicrs  ;  elles  sont  droite^,  raides,  cassantes,  Itfges 
<i  plates;  elles  se  divisent  quelquefois  et  s'anasto- 
mosent ensemble. 

ik  réj^ikiléou  du  poil,  —  La  surtaee  de  la  subs- 
taac;  corticale  de  la  tige  est  recouverte  par  un 
^^duitde  petites  sqnammules  semblables  à  celles  de 
fépîderme  ;  dks  sont  disposées  circulairement  : 
cHles  de  la  eoucbe  infénenre ,  c*est-à-dtre  les 
ti|uammules  les  plus  voisines  de  la  racine,  couvrent 
des  tuiles  celles  qui  viennent  immétiaté- 


ment  an-dessus  d*eUes.  Ce  sont  les  contours  des 
sqnammules  qui ,  à  la  surface  de  la  substance  cor- 
ticale, se  présentent  sous  la  forme  de  stries  tracs* 
versales  coupées  par  des  anastomoses  oblioues,  et 
qui  parfois  font  une  légère  saillie  au  bord  du  poil. 
On  peut  les  détacber  en  sqnammules  ouand  on  a 
traité  le  poil  avec  Facide  sulfuriqne  ;  dans  la  po* 
tasse  caustique ,  elles  se  gonfieot,  et  donnent  au 
poil  un  aspect  noueux. 

De  la  nAsiance  médullaire,  —  Placée  au  centre  du 
poil ,  elle  forme  le  tiers  ou  le  quart  de  son  épais- 
seur, et  lui  donne  sa  couleur  propre.  Foncée  dans 
les  |mmIs  colorés ,  elle  est  d*un  blanc  brillant  dans 
les  poils  blancs;  cependant  la  substance  corticale 
n'est  pas  étrangère  à  la  coloration  des  poils,  seule- 
ment elle  a  une  teinte  moins  intense.  La  substance 
méduUaire  ne  manque  presque  jamais  entièrement 
dans  les  poils  épais;  mais  ou  rencontre  souvent  de 
grandes  étendues  qui  en  sont  privées.  EQe  n'existe 
ni  dans  les  poils  follets  ni  dans  ceux  du  duvet. 

La  substance  médullaire  est  formée  de  grant:la^ 
lions  élémentaires  et  de  noyaux  d'une  couleur  fon- 
cée ,  qu'on  peut  considérer  comme  le  contenu  de 
cellules.  Ces  cellules ,  superposées  en  une  rangée 
dont  les  cloisons  Intermédiaires  disparaissent,  don- 
nent naissance  à  une  membrane  sans  structure  qui 
tapisse  le  canal  central  du  poil. 

Le  sommet  du  poil  ou  le  bout  libre  n'est  formé 

2 ne  par  h  substance  corticale ,  dont  la  disposition 
brîllaire  est  beaucoup  moins  distincte  ;  on  y  re^r 
marque  quelques  bmclles  éparses  d'épithéléon. 


317 


GUE 


DICTIONNAIRE 


CHE 


Sit 


el  crépus.  On  cite  quelques  Européens  dont 
les  cheveux  étaient  presque  aussi  crépus  que 
ceux  des  nègres,  et ,  parmi  les  nègres  eux- 
mêmes  9  il  y  a  une  très-grande  variété;  Si 
nous  prenons  Tensemble  des  races  noires 
originaires  de  TAfrique  et  que  nous  les  com- 
parions entre  elles ,  nous,  en  verrons  qui , 
étant  semblables  par  le  teint  et  la  plupart 
des  particularités  physiques,  diffèrent  cepen* 
dant  i)arles  cheveux,  et  offrent  toutes  les 
gradations  possibles,  depuis  la  chevelure 
complètement  crépue,  la  chevelure  laineuse, 
pour  nous  servir  d'une  expression  reçue , 
jusqu'à  la  chevelure  simplement  frisée  ou 
même  ondée.  Cette  remaroue  est  également 
vraie  pour  les  indigènes  aes  lies  ou  grand 
Océan  méridional  :  on  trouve  parmi  eux 
quelques  individus  dont  les  cheveux  sont 
crépus  et  d*autres  dont  les  cheveux  sont 
légèrement  frisés.  Cette  variété  se  rencontre 
même  dans  une  race  prise  isolément,  et  dans 
des  cas  où  on  ne  peut  suspecter  aucun  croi- 
sement. Ce  sont  encore  là  des  faits  qui  mé* 
ritent  notre  attention  et  que  nous  examine- 
rons plus  tard. 

On  a  remarqué  que  les  cils  et  les  sourcils, 
bien  que  plus  frisés  chez  le  nègre  que  chez 
l'Européen ,  n'offrent  pourtant  pas  chez  ce 
dernier  une  apparence  laineuse.  La  structure 
qui  donne  aux  cheveux  du  nègre  cet  aspect 
laineux  doit  être  l'obiet  d'une  investigation 
soigneuse  et  qui  est  d  autant  plus  nécessaire 
que  cette  particularité  est  un  dos  caractères 
qui  ont  fait  soupçonner  une  différence  spé- 
cifique entre  les  noirs  et  les  blancs. 

De  la  naturt  des  cheveux  du  nègre.  Les 
cheveux  du  nègre  ont  été  considérés  comme 
essentiellement  différents  de  ceux  des  autres 
races  humaines.  On  a  coutume  de  dire  que 
chez  les  races  africaines  et  chez  quelques 
autres  tribus  noires,  habitant  principalement 
entre  les  tropiques,  la  tête  porte  de  la  laine  et 
non  pas  des  cheveux  :  afin  de  savoir  à  quoi 
s'en  tenir  sur  ce  point,  il  faut  d'abord  avoir 
une  idée  bien  nette  de  la  différence  qu'il  y  a 
entre  les  cheveux  et  la  laine. 

Le  docteur  Eble  a  examiné  au  microscope 
la  laine  du  mérinos  et  du  mouton  chinois, 
et  il  a  trouvé  que  cette  substance  présente 
des  caractères  particuliers  fort  remarqua- 
bles. Il  dit  que  toute  espèce  de  laine  se  pré- 
sente comme  un  amas  de  filaments  tordus 
et  entrelacés  dans  toutes  les  directions,  et 
que,  de  plus,  chaque  brin  de  laine,  au  lieu 
de  conserver  dans  toute  sa  longueur  un  ca- 
libre uniforme,  offre  ça  et  là  des  renflements 
et  souvent  l'apparence  de  nœuds.  Il  ajoute  : 
«c  Je  pouvais  voir  partout  la  prétendue  moelle 
ou  canal  transparent  qui  se  distinguait  par- 
faitement de  la  substance  corticale;  cepen- 
dant c'est  dans  les  proportions  (ju'ont  entre 
elles  ces  deux  parties  que  consiste  la  prin- 
cipale différence  entre  la  laine  la  plus  fine 
et  la  laine  la  plus  grossière.  La  partie  corti- 
cale m'a  paru  être,  dans  l'une  et  l'autre, 
également  épaisse  et  opaque ,  au  moins  sur 
le  bord  ;  mais  le  canal  intérieur,  dans  la  laine 


commune,  semble  offrir  des  divisions  plus 
nombreuses ,  ressemblant  à  des  cellules 
irré^lières  «  tandis  que  dans  la  laine  du 
mérinos  les  cellules  paraissaient  plus  régu*- 
lièrement  disposées.  Le  canal  parait  ôtro  di- 
visé dans  toute  sa  longueur  par  des  petites 
lames  transverses  très-minces  interposées 
régulièrement.  Le  duvet  de  la  chèvre  du 
Thibet,  dont  on  fait  les  châles  de  Cachemire, 
approche  beaucoup  par  sa  texture  de  la 
laine  du  mérinos.  Le  diamètre  du  brin  est 
seulement  plus  petit,  et  les  lames  transverses 
semblent  ne  pas  être  aussi  régulièrement 
placées.  Chez  le  mouton  chinois,  la  laine  est 
mêlée  de  poils  rudes  et  grossiers  (iW).  » 

M.  Monge  suppose  que  la  propriété  au'a 
la  laine  de  se  feutrer  est  due  a  l'aspérité  de 
la  surface  des  différents  brins,  chacun  d'eu\ 
étant  enquelque  sorte  barbelé  sur  les  bords. 
Cette  conjecture  a  été  faite  également  par 
d'autres  écrivains  ;  mais  c'est  à  M.  Vouait 
qu'appartient  le  mérite  de  l'avoir  démontrée. 
Selon  cet  écrivain,  ce  qui  donne  à  la  laine 
sa  propriété  feutrante^  ce  qui  la  distingue 
essentiellement  des  cheveux,  c'est  la  dispo- 
sition en  scie  que  présente  sa  surface  eilé- 
rieure.  Le  brin  de  la  laine  de  mérinos,  exa- 
miné au  microscope  avec  un  fort  grossisse- 
ment, se  présente  sous  la  forme  d'un  ruban 
à  bords  dentelés.  Si  au  lieu  de  l'observer  en 
l'éclairant  parndessous,  ce  qui  ne  permet  de 
bien  distinguer  que  sa  silhouette,  on  l'écIaire 
par-dessus  à  la  manière  des  corps  opaques , 
on  trouve  que  ces  dentelures  des  bords  tien- 
nent à  ce  que  le  brin  entier,  au  lieu  d'être 
régulièrement  cylindrique,  se  compose  d'une 
série  de  cônes  ou  petits  cornets  renversés 
entourant  une  tige  centrale,  et  ayant  chacun 
son  sommet  reçu  par  la  base  du  cône  qui  lui 
est  supérieur.  Toutes  ces  capsules  ont  leur 
bord  libre  coupé  obliquement  et  dentelé , 
ainsi  qu'on  le  voit  dans  lès  fiçures  ci-jointes. 
Les  poils  soyeux  ou  poils  vrais  ,  bien 
u'ils  soient  couverts  parfois  d'écailles  et 
e  rugosités ,  n'offrent  rien  qui  ressemble  h 
ces  dentelures.  Les  poils  soyeux  du  ti^ie 
sont  couverts  d'écailJes  semblables  à  celles 
qui  couvrent  le  dos  d'une  sole  ;  tandis  aue 
dans  les  poils  laineux  du  même  animal,  les 
dentelures  sont  nombreuses  et  distinctes. 

La  laine  du  lapin  est  fine,  avec  des  dente- 
lures angulaires  très-nettes ,  au  nombre  de 
2,880  par  pouce.  Le  poil  du  même  animal  a 
un  diamètre  qui  varie  de  7^7  à  ri^de  pouce  ; 
il  est  couvert  d'écailles  imbriauées  ,  mais 
qui  ne  donnent  pas  à  ses  bords  l'aspect  den- 
telé. 

La  laine  de  l'ours,  qui  est  très-fine  ,  a 
des  dentelures  qu'on  peut  comparer,  dit 
M.  Youatt,  à  autant  d'épines  naissant  à  des 
distances  irrégulières ,  sous  des  angles  fort 
aigus.  Chez  le  grand  limier  d'Italie  {Itaiian 
wolf'dog)^  qui  a  sous  le  poil  une  portion 
assez  considérable  de  laine  courte,  M.  Youatt 
a  trouvé  que  les  dentelures  de  la  laine  ne 
sont  que  superficielles  et  fort  irrégulière- 
ment placées,  quelques-unes  re^scuibloni  à 


3 


(147)  Die  Lchre,  von  der  Haaren  ,  voiiD'  Ebie,  lome  I". 


5i9 


CIIE 


D*ANTHROPOL(>G]E. 


CfiË 


550 


de  petites  épines ,  et  d'autres  so  présentent' 
sûQS  forme  de  petites  éniinences  arrondies. 
En  ûliservant  un  brin  de  cette  laine  à  la  ma- 
nière des  objets  opaques ,  on  voyait  chaque 
eomet  comme  formé  par  la  réunion  de  deux 
ou  (rois  feuilles  arrondies. 

I)  parait  certain  ,  d'après  les  observations 
deM.  Youatt,  que  dans  la  race  mérinos, 
el  dans  quelques  autres  races  encore  ,  la 
laine  se  compose  de  brins  à  bords  dente- 
lés. Mais  il  j  a  des  laines  fournies  par  diffé- 
rentes races  de  moutons,  dans  lesquelles 
cette  disposition  ne  'peut  être  aperçue,  quel 
que  soit  le  grossissement  qu'on  emploie. 
mus  celle-ei  néanmoins,  le  brin  laineux 
ne  ressemble  en  aucune  façon  à  du  poil ,  il 
présente  une  grosseur  inégale  et  a  des  bords 
rudes  et  irréguUers  ;  tandis  que  le  poil  est 
un  tube  uni,  à  contours  réguliers,  et  dont  le 
calibre  est  presque  égal  dans  toute  sa  lon- 
gueur. 

Ceci  posé ,  si  l'on  examine  avec  soin  au 
microscope  les  cheveux  du  nègre,  on  res- 
tera; ou  je  me  trompe  fort,  pleinement  con- 
vaincu que  ce  sont  de  véritables  cheveux, 
des  cheveux  tortillés,  il  est  vrai ,  et  recour- 
bés sur  eux-mêmes  ,  mais  qui ,  d'ailleurs, 
ne  peuvent  en  aucune  façon  être  assimilés 
à  delà  laine.  Pricharda  fait  sur  ce  point  beau- 
coup d'observations  avec  l'assistance  de 
M.Estlein,  qui  a  une  longue  pratique  du 
lûicroscope  et  se  sert  fort  habilement  de  cet 
iBstniment  ;  il  à  vu  et  examiné  avec  soin,  au 
moyen  d'un  grossissement  d'environ  quatre 
cents  fois,  des  cheveux  appartenant  à  diffé- 
rentes races  d'hommes ,  et  il  les  a  comparés 
^  la  laine  d'un  des  moutons  anglais.  Les 
cheveux  d'un  nègre,  d'un  mulâtre ,  de  plu- 
lieurs  Européens  et  de  quelques  Abyssi- 
niens (li8) ,  ont  été  tour  à  tour  comparés 
avec  la  laine  du  mouton  de  Southdown,  en 
les  éclairant  successivement  à  la  manière  des 
corps  transparents  et  à  la  manière  des  corps 
opaf|ues.  Le  brin  de  laine  avait  une  surface 
très-rude  et  fort  îrrégulière ,  mais  ses  bords 
iiuffraienl  pas,  à  proprement  parler,  de  den- 
Mures  distinctes.  Les  clieveîix  du  nègre, 
qui  étaient  extrêmement  différents  de  cette 
laine  et  de  toutes  celles  que  nous  avons 
mentionnées  plus  haut,  se  montraient  sous 
f'Tme  de  cylindre  à  surface  unie  ;  tous 
liaient  remplis  plus  ou  moins  d'une  subs- 
tance colorante  qui  cependant  ne  détruisait 
l«s  entièrement  leur  transparence  ;  et  cette 
>ulistance  semblait  plus  abondante  dans  les 
'^[îereux  du  nègre  que  dans  les  autres.  Les* 
'»Teux  des  Abyssiniens  étaient  aussi  fort 


(•; 


1**^)  Ces  derniers  lui  avaîcnl  été  envoyés  par 
H.  d'Abaddic,  le  célèbre  voyageur. 

nid)  l>*ti  clicvaiii  et  les  chiens  transportés  dans 
iidile  s<>pii.>iilnonale  y  ont  ac4]uis  une  toison, 
«ûiuuie  ce  cbc\ai  baskir  touffu  et  frisé  que  les  ar- 
JJ^4  ruhies  léguèrent  aux  galeries  du  Muséum  de 
'^^•i*.  Les  4nos  transportés  dans  les  Cordillères  y 
^>iii  devenus  velus  comme  des  ours.  Dans  toute 
l'W.iqve  méridiouale ,  les  chevaux  rendus  à  la 
^né  out  pris  une  robe  uniformément  baie.  Les 
••^fi  (leyifiias  sauvages  ont  la  robe  rouge  brune 
^'1^  parties  supérieuies  du  corps ,  nuire  partout 


noirs,  mais  tellement  diaphanes ,  qu'on  au- 
rait dit  un  ruban  noir  s'allongeant  à  l'inté- 
rieur d'un  tube  cylindrique.  Les  cheveux 
du  mulâtre  ressemblaient,  à  cet  égard,  à 
ceux  de  l'Abyssinien.  Les  cheveux  de  TKu- 
ropéen  semfîlaient  presaue  complètement 
transparents  ;  ils  avaient  l'apparence  de  tu- 
bes vides  tapissés  à  l'intérieur  d'une  sorte 
d'enduit  de  couleur  obscure,  qui  leur  enle- 
vait un  peu  de  leur  transparence.  Les  che- 
veux blonds  d'un  Européen  avaient  le  même 
aspeet,  mais  l'enduit  était  d'une  teinte  moins 
foncée. 

D'après  les  résultats  de  ces  observations, 
il  reste  pour  moi  parfaitement  démontré 
que  le  nègre  a  des  cheveux  proprement  dits 
et  non  pas  de  la  laine.  La  principale  diffé- 
rence entre  les  cheveux  du  nègre  et  ceux  de 
l'Européen  consiste  simplement  an  ce  que 
les  uns  sont  plus  frisés  et  plus  crépus  que 
les  autres ,  et  ce  n'est  réellement  qu'une 
difl'éreiice  du  plus  au  moins  ,  puisque  chez 
quelques  Européens  les  cheveux  sont  aussi 
extrêmement  crépus.  Une  autre  différence, 

3ue  nous  avons  également  sienalée,  consiste 
ans  la  plus  grande  quantité  de  substance 
colorante  ou  pigment  qui  se  trouve  dans  les 
cheveux  du  nègre.  Il  est  très-probable  que 
cotte  particularité  est  avec  la  première  dans 
des  rapports  nécessaires  ,  et  même  qu'ello 
en  est  la  cause.  Nous  ne  pouvons,  à  la  vérité, 
déterminer  comment  l'une  dépend  de  l'au- 
tre ;  mais,  comme  ces  <)ualités  varient  si- 
multanément et  proportionnellement,  nous 
devons  en  inférer  qu'elles  ne  tiennent  pas  à 
des  causes  indépendantes. 

Il  convient  d  ailleurs  de  remarquer  que, 
quand  bien  même  la  production  épidermoï- 
que  qui  revêt  la  tête  du  nègre  aurait  off'ert 
au  microscope  une  structure  différente  de 
celle  des  cheveux  et  tout  à  fait  assimilable  à 
celle  de  la  laine  ,  cela  ne  prouverait  en  au- 
cune façon  que  les  nègres  tussent  descendus 
d'une  souche  distincte  de  la  souche  des 
blancs,  puisque  nous  savons  que  dans  quel- 
ques espèces  d'animaux  il  y  a  des  races  qui 
portent  de  la  laine  ,^  tandis  que  quelques 
autres  sont  couvertes  d'un  véritable  poil.  Il 
est  vrai  gue  dans  beaucoup  de  cas  celle  par- 
ticularité dépend  immédiatement  du  climat 
et  subit  souvent  des  modifications  lorsque  la 
race  est  transportée  dans  un  nouveau  pays; 
mais,  dans  d'autres  cas,  la  particularité  per- 
siste malgré  le  changement  de  circonstances 
extérieures  et  s'élève  presque  au  rang  de 
variété  permanente  {\kd]. 

CHÈVRE.  —  Ce  ruminant  présente  pin- 
ailleurs. Dans  la  domesticité ,  il  natt  parfois  dea 
bœufs  qui  n*acquièrent  jamais  de  cornes,  et  qui  se 
propasent  avec  la  même  d^ormité  dans  les  parties 
très-chaudes  de  l'Amérique.  La  génération  continue 
aussi  une  variété  de  bœuf  nommée,  par  antiphrase, 
pelotte,  et  qui,  au  lieu  du  poil  court,  dur  et  serré  des 
races  ordinaires,  n*a  qu'un  poil  rare  et  lin. 

Le  mélanisme  et  Talbinisme  divisant  des  races 
d*animaux  parfaitement  identiques;  les  poils  droits 
et  la  laine  étant  le  produit  de  la  peau  chez  des  ani- 
maux absolument  pareils  ;  et,  bien  plus,  le  méla- 
nisme et  Talbiniïime,  le  poil  droit  et  la  laine,  paUa- 


351 


OiE 


'DICTfO.NNAIttE 


:!îî 


5?2 


sieurs  Tariétés  da»9  les  diverses  contrées 
qu'il  habite.  La  chèvre  de  Cachemire,  avec 
ses  cornes  en  hélice,  ses  longs  poils  soyeux 
eatre  lesquels  se  trouve  ce  duvet  fin  duquel 
6a  fait  ces  châles  si  précieux  ;  la  chèvre  du 
Tiiibet  et  celle  du  Népaul,  avec  ses  poils 
lins,  et  qui  n'est  iieut-étre  qu'nne  variété  de 
la  précédente;  la  petite  chèvre  d'Afrique 
icapra  depresêa)^  avec  la  chèvre  d'Angora 
(ail.  Kdmelihier)  ne  fait  qu'une  même  espèce  ; 
la  petite  chèvre  de  Whida  et  la  grande  chè- 
vre de  Mamré,  qui  n'ont  pas  de  poils  soyeux  ; 
toutes  ces  variétés,  en  eénéral,   existaient 
déjà  avec  tous  les  caractères  qui  les  distin- 
guent avant  qu'elles  passassent  à  l'état  de 
aocnesticité.  La  soudie  de  notre  cbètre  pa- 
rait présenter  moins  d'incertitude  que  celle 
de  la  plupart  de  nos  animaux  domestiques. 
Varron  parle  des  chèvres  sauvages  de  l'Italie, 
et  il  ajoute  que  c'est  d'elles  que  l'île  Canraria 
tire  son  nom.  {De  re  ruH.,  1.  m,  c.  S.)  Cetti 
soutient  qu'il  se  trouve  dans  l'île  de  Tavo- 
lara  des  chèvres  sauvages  en  grand  nombre, 
et  il  ajoute  :  La  barbe,  les  cornes  et  la  cou- 
leur sont  les  mêmes  che2  la  chèvre  sauvage 
et  la  chèvre  domestique,  la  seule  différence 
consiste  en  ce  que  les  chèvres  sauvages  ont 
le  poil  plus  court,  et   que  leur  taille  est 
très-grande,  de  sorte  qu'une  chèvre  sauvage 
est  égale  à  deux  chèvres  communes  (150). 
11  peut  encore  se  trouver,  suivant  Strabon, 
des  chèvres  sauvages  {p^ùxx^tç)  en  Espagne 
(p.  163  cas.)  Pallas  regarde  le  paieng  du  Per- 
san, ou  le  boucà  bezoard,  qu'il  nomme  capra 
agdgruSf  comme  la  souche  de  la  chèvre  sau- 
vage, et  Gmelin  en  a  apporté  à  Saint-Péters- 
bourg une  tète  accompagnée  des  cornes,  que 
Pallas  a  décrite  avec  précision  ;  Gmelin  a 
donné  aussi  une  description  de  cet  animal , 
qui  n'a  d^autre  défaut  que  celui  d'être  trop 
courte  (151).  Gmelin  ajoute  ce  fait  remar- 

auable,  que  notre  bouc  se  trouve  sauvage 
ans  les  montagnes  de  la  Perse,  et  conse- 
quemment  il  le  distingue  du  ^aseng,  ou 
bouc  à  bezoard  {œgagre).  Elphinston  fait 
aussi  deux  espèces  distinctes  du  paseng  et 
du  bouc  sauvage  (152).  Le  lx>uc  asiatique 
ressemble  exactement,  pour  la  forme  de  la 
tète,  au  bouquetin  du  Mont-Blanc^  dont  il  a 
été  donné  une  description  exacte  et  une 
bonne  figure  dans  la  Ménagerie  du  Muséum^ 
lîv.  II.  Je  ne  doute  point  que  ce  dernier  ne 
soit  le  bouc  sauvage;  la  taille,  la  couleur,  la 
queue  courte  et  les  cornes  le  caractérisent 
très-bien.  Cet  animal  est  probablement  le 
même  que  celui  qu'on  trouve  à  Tavolara  ; 
est-il  aussi  le  même  que  le  bouc  d'Asie  ? 
C'est  ce  qu'apprendront  des  recherches  ulté- 
rieures. l)es  investigations  Jplus  approfon- 

ficanl  souvent  eu  parties  égales  la  peau  du  même 
ndividu  animal,  est-il  logique  de  se  montrer  si  dif- 
ficile sur  des  nuances  de  couleur  dans  la  peau  hu- 
maine, d'auachcr  tant  d*importancc  à  une  chevelu  re 
plate  ou  frisée? 


dies  pourront  faire  dans  «a  suue  déconvrir 
de  nouvelles  espèces,  comme  le  fait  présu- 
mer la  découverte  du  bouquetin  de  Sinai 
(raprasinaitica)  par  Ehrenberg,  qui  l'a  décrit 
et  figuré  avec  beaucoup  d'exactitude. 

CHICKASAHS.  Voy,  Aixé6BAinE!cg. 

CHIEN.  —  Cet  animal  est  indispensable  au 
chasseur,  il  sert  au  berger  pour  conduire  son 
troupeau,  il  garde  la  maison  et  la  cour  de 
l'agncultenr,  il  a  suivi  l'homme  dans  toutes 
les  phases  de  la  civilisation.  Partout  le 
chien  est  un  animal  domestique.  Dans  les 
lies  de  la  mer  du  Sud,  les  Anglais  trouvèrent 
des  chiens  muets  gui  vivaient  de  fruits,  et 
dont  la  chair  était  de  bon  goût.  Les  peu- 

filades  de  la  Nouvelle-Hollande  ont,  malgré 
eur  barbarie,  une  espèce  de  chien  domes- 
tique qui  ne  se  trouve  plus  à  l'état  sauvage, 
le  dingo  ;  il  est  de  la  grosseur  du  chien  de 
berser,  dont  il  a  la  forme  ;  sa  tète  est  celle  du 
mutin,  sa  fourrure  est  épaisse.  Les  Espagnols 
trouvèrent,  en  arrivant  chez  les  Mexicains, 
trois  espèces  de  chiens  apprivoisés  :  l'une 

frande  et  sans  poils,  avec  une  peau  tachetée 
e  bleu  et  de  brun;  la  seconde  était  petite 
comme  le  bichon  (canis  melitceus):  elle  avait 
le  corps  bossu  et  contrefait,  la  tête  petite; 
mais  elle  était  jolie  dans  sa  difformité,  dît 
Hernandès,  qui  en  donne  la  description; 
enfin  un  chien  petit,  trapu,  nommé  ttchich\ 
par   les   naturels,    qui  en    mangeaient  la 
chair  (153).  Toutes  ces  espèces  de  chiens  ont 
disparu  depuis  longtemps  devant  ceux  que 
les  Espagnols  ont  amenés.  Les  Boschismans, 
peuple  très-sauvage  de   l'extrémité  de   la 
pointe  méridionale  de  l'Afrique,  ont  aussi  des 
chiens.  Voici  ce  qu'en  dit  Lichtenstein  :  Les 
chiens  des  Bo^ehismans  ont  avec  le  chacal 
du  Cap  [canis  mesomelas)  une  analogie   si 
frappante,  qu'on  peut  croire  gu*ils  en  sont 
dérivés  (154).  C'est  la  première  assertion 
arrivée  à  ma  connaissance  que  les  chiens 
domestiques  peuvent  provenir  de  plusieurs 
sources  sauvages.  De  quel  animal  serait  sorti 
notre  chien?  C'est  une  question  qu'on  a  sou- 
vent examinée,  et  pour  la  résoudre  on  a  pro- 
posé diverses  espèces  voisines.  Le  loup  sV-» 
offert  le  premier,  mais  le  temps  de  la  gesiA- 
tion  de  la  louve  dépasse  cent  jours,  lar.o  > 
que  la  chienne  ne  porte   que  soixante  à 
soixante-quatre  jours;  en  outre,  ces  animaux 
ne  s'accouplent  que  très-rarement  ou  très- 
difficilement,  et  il  semble  exister  entre  eux 
une  antipathie  naturelle.  Si  l'en  croit  pou- 
rvoir s'en  rapporter  à  l'autorité  d'Aristote, 
qui  dit  que  les  chiennes  portent  trois  mois 
entiers  (155),  on  pourra  soupçonner  qu'il  y 
avait  dans  l'antiquité  une  espèce  de  chien 
plus  rapprochée  du  loup  que  celle  d'aiyour- 

eanorum  historia,  a  Fr,  Hernandez  compilata^  Rom., 
1651.  in-fol.  Les  planches,  p.  466,  sous  le  nom  de 
Ytzoniatevorgoltd.  La  notice,  en  appendice  :  utst, 
anim.  et  mineraL  ho».,  Hisp,,  Vib.  i,  Fr.  Fernandez 
aulh.,  c.  20.  —  Le  U^chiclii  csl  le  raton  crabieo 
'  Um  Naturgeichicte  von  Sardinien,  th.  i,  s.  110.  {Procyoncancrivorus,  <î€oft). 
\l5i)  Pallas,  Spiciteq.  zoolog..  xi,  45;  Ghkliss,         {iU)Reise  nach  dem  } orgeb^rgc  der  guttcn  ///>f- 

(m)  Account  o(  Cabut,  p.  lîi.  (l^^)  '''«'•  «"*««'•»  ^»^'  ^'"'  ^-  *^- 

(153)  Sota  ylvcammy  ammafn  et  minerai.  Mexi- 


cm 


D*A!fnmopoLOGie. 


cm 


954 


jdliui.  On  s'est  ensuite  presque  généralement 
*^  accordé  à  regarder  le  chien  eoaime  pouyant 
i  proTenir  do  chacal  ou  chagal  {canis  aureus]^ 
I  animal  que  Guldenstâdt  a  le  premier  décrit 
.arec  assez  d'exactitude,  mais  dont  il   n'a 
donné  qa*iine  mauvaise  figure.  Ce  qui  a 
porté  à  cette  opinion,  c*est  la  description  que 
Guhlenstâdt  et  Pallas  font  des  habitudes  du 
chacal,  desquelles  ils  concluent  la  disposi- 
tion à  passer  à  Télat  de  domesticité.  Mais 
une  dimcolté  s'est  présentée,  car  le  nombre 
des  chacals  s'est  tout  à  coup  multiplié.  Fré- 
déric CuTier  admettait  une  différence  entre 
le  diacal  de  llnde  («mû  aurew)  et  le  chacal 
à  longues  jambes  du  Sénégal   {cani$  on- 
tkus  (156).  Lorsqu'il  eut  ru  la  bonne  des- 
cn[>don  et  la  figure  exacte  que  Tilésius  a 
données  du  chacal  (157},  il  reprit  la  question 
dans  le  Supplémeni  â  rHisiotre  naiur^lU  de 
Buffan,  1831  ;  il  sépara  le  chacal  de  Guldens- 
tâdt de  son  chacal  indien,  et  lui  donna  le 
ntim  de  cani$  eaucasieus  ;  il  ajouta  le  chacal 
dWl^r  et  le  chacal  de  Nubie  (comù  crezM^ 
ckmar)  que  Rûppel  arait  rapportés.  A  ces 
diverses  espèces  Tient  encore  se  joindre  je 
chacal  de  Morée,  que  M.  Isid.  Geoffroy  Saint- 
Hiiaire  a  décrit,  et  dont  il  a  fait  figurer  un 
crâne  dans  la  Relaiian  de  texpéoÀlion  m 
Morét:  mais  sa  description  laisse  à  désirer. 
Ce  chacal  est  d'une  couleur  plus  foncée  que 
les  autres.  L'auteur  les  regarde  tous  comme 
des  variétés  et  non  comme  des  espèces.  De 
Ehrenliei^  a  donné  une  description  exacte  et 
une  bonne  figure  du  chacal  de  Syrie  {canie 
syruÊcuM)^  qui  diffère  beaucoup  du  chacal  de 
Guldenstâdt  par  la  brièreté  de  son  mu* 
seaa  (158).  A  cette  occasion  l'auteur  fait 
quelques  remarques  sur  les  chiens  domes- 
tiques en  général.  11  dit,  après  avoir  émis 
Toî union  que  le  chieu  privé  est  issu  du  canie 
amreue  .*  ^  il  est  probable  que  chaque  pays 
avait  dans  son  voisinage  la  souche  de  son 
diien  domestique,  et  qu'il  n'v  eut  qu'un 
petit  nombre  de  contrées  dans  lesquelles  les 
formes  se  soient  mêlées  entre  elles  et  variées 
à  l'infini.  L'Afirique  nous  donne  une  preuve 
de  celte  assertion.  Ou  les  voyageurs  se  trom- 
peut,  ou  ils  ont  mal  observé,  lorsqu'ils  di- 
sent qu'il  n'y  a  dans  cette  j^tie  du  monde 
qu'une  seule  espèce  de  chien  domestique. 
Le  chien  d'Egypte,  analogue  au  canis  iupas- 
ter  { canis  authiu  Crezkmari)^  ne  se  trouve 
comme  animal  domestique  en  Egypte  que 
dans  le  voisinage  de  la  mer.  Nous  avons  vu 
en  Nubie,  à  partir  de  la  Haute-Egypte,  dans 
les  villages,  un  chien  tout  différent  du  pre- 
mier. Le  chien  de  la  Nubie  est  plus  petit, 
t>eaoooup  plus  viA  plus  élancé,  sa  couleur 
est  le  rouge  brun.  Les  habitants  de  Dongolali 
l'emploient  à  la  chasse  de  l'antilope  et  du 
lièvre,  exercice  auquel  serait  peu  propre  le 
chien  paresseux  d'Egypte.  Le  chien  de  Don- 


golah  se  rapproche  beaucoup  de  ce  chien 
sauvage  que  j  ai  décrit  sous  le  nom  de  canis 
sabbar^  et  dont  j'ai  raroorté  un  individu  à 
Berlin.  »  C'est  la  mamère  certainement  la 
plus  exacte  <k  considérer  les  animaux  do- 
mestiques en  général. 

CHINOIS.  — Les  vastes  régions  du  sud-est 
de  l'Asie ,  qui  s'étendent  du  côté  de  la  mer, 
depuis  le  delta  formé  par  le  Gance  et  le 
Brabmapoutra,  jusqu'à  Temboucnure  du 
Hoang-Ho  ou  rivière  Jaune  de  la  Chine,  et 
même  plus  loin  vers  le  nord  jusqu'à  celle 
de  TAmour  [ou  Selinga,  sont  habitées  par 
des  races  qui  se  ressemblent  à  tel  point  par 
les  caractères  phvsiques  et  moraux,  et  par  le 
caractère  général  de  leurs  langues,  qu'on 
ne  peut  s'empêcher  de  soup«;ouner  qu  elles 
dérivent  toutes  d'une  même  souche.  On 
dirait  que,  de  même  que  les  rivières  qui 
naissent  dans  les  hautes  contrées  de  l'Asie 
centrale  et  vont,  en  s'écartant  à  mesure 
qu  elles  arrivent  dans  des  pays  moins  élevés, 
se  jeter  au  loin  dans  l'Océan,  ces  nations 
seraient  elles-mêmes  arrivées  dans  les  diffé- 
rents lieux  qu  elles  occupent  à  présent,  en 
descendant  à  diverses  époques  de  la  partie 
sud-est  du  grand  plateau  central  où  l'on 
trouve  encore  aujourd'hui  des  tribus  qui 
ont  avec  elles  une  ressemblance  marquée, 
tant  dans  les  traits  que  dans  le  langage. 

Les  Chinois  proprement  dits,  —  Parmi  les 
nations  diverses  dont  nous  venons  de  par- 
ler, la  nation  chinoise  a  été,  depuis  des 
temps  fort  reculés,  la  ulus  nombreuse  et  la 
plus  puissante.  Les  Chinois,  d  après  le  té- 
moignage de  leurs  propres  historiens,  fu- 
rent dans  l'origine  une  petite  horde  de  bar- 
iiares  errant  dans  le  voisinage  de  la  forêt 
de  Shensi,  au  pied  des  hautes  montagnes 
qui  séparent  le  Thibet  de  la  Chine.  Sans  de- 
meures fixes,  n'ayant  que  des  peaux  pour 
vêtements,  et  ignorant  jusqu'à  l'usage  du 
feu  (ce  qui,  pour  le  remarquer  en  passant  » 
n'a  été  reconnu  vrai  relativement  à  aucune 
peuplade,  si  barbare  qu'elle  fût],  ne  se 
nourrissant  oue  de  racines  et  d  insectes, 
plus  misérables  enfin  que  les  fioscbismans 
et  les  habitants  de  la  Nouvelle-Hollande,  ces 
hommes,  s'il  en  fallait  croire  les  récits  par 
trop  naifs  de  leurs  légendes  sacrées,  se- 
raient arrivés,  en  suivant  les  sages  conseils 
de  leurs  empereurs  ou  patriarches,  à  sortir 
mdueilement  de  cet  état  de  barbarie  et  à 
étendre,  par  des  victoires  répétées,  leur  do- 
mination sur  cette  multitude  de  petits  Etats 
voisins  dont  l'ensemble  compose  aujour- 
d'hui l'empire  chinois. 

Au  temps  de  Confucius,  530  ans  avant  Jé- 
sus-Christ, ils  n'avaient  pas  conquis  le  pays 
qui  est  au  nord  d'Yang-tsi-Kiang  ou  rivière 
Je.  Nankin  (159).  L'empire  chinois  fut  fondé 
proliablement  par  Shihoang-ti,  qui  vivait 


(156)  Bistoire  mUmreUe  des  mammilères^  liv.  ii 
et  xvn. 

(157)  Aei.  Academ,  LeopoU.  Coroi  ,    I.  XI,  pag. 

att;  t.  XLvni. 

fl58)  /nwetef  éeuriptionei  «aimirir/firiN.iIccns^' 
BènL,  1830,  iD4bl. 


(159)  Description  de  la  Chine ^  par  Dliulde;  --- 
HéfeMions  tmr  les  mnciames  ohsertatious  des  Chiwtiê 
el  $ur  tétat  de  leur  empire  dans  les  lenws  reculés^  par 
M.  M  GL'iG!iEs  fils,  lues  à  riosciuit  de  r  ranee.  {Ann. 
des  Voyages^  de  IUltc-Bkiti,  tome  YUl.) 


9&5 


cm 


DICTIONNAmE 


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3r>« 


250  ans  avant  noire  ère  (160).  Il  parait  que 
beaucoup  dos  nations  abori^nes  de  la  Chine 
habitent  encore  les  montagnes  de  l'intérieur 
chi  pays.  Nous  n'avons  sur  ces  tribus  aucun 
renseignement;  la  seule  chose  que  nous  sa- 
chions, c'estque  les  Chinois  les  rangent  parmi 
les  nations  barbares,  on  les  appelle  Miao 
et  Miao-tseu.  Les  Chinois  proprement  dits 
semblent  cependant  appartenir  tous  à  une 
seule  race  qui  s'est  excessivement  multi- 
pliée. Ils  ne  parlent  du  moins  qu'une  seule 
langue,  qui  a  d*ailleurs  des  dialectes  diffé- 
rents (161). 

Les  Korai  ou  Coréens,  —  Les  Coréens, 
cans  une  Classification  fondée  sur  les  affi- 
nités des  langues,  seraient  rangés  auprès 
des  races  tartares,  ou  peut-être  des  races 
sibériennes  (162),  plutôt  qu'auprès  des  races 
chinoises  ;  mais  ils  sont  sujets  de  la  Chine 
et  ressemblent  aux  Chinois  par  leurs  carac- 
tères physiques.  Les  Coréens,  à  ce  que  l'on 
croit,  tirent  principalement  leur  origine 
d'un  pays  situé  au  nord  de  la  province  chi-  • 
noise  de  Pé-ché-li  ;  ils  étaient  depuis  long- 
temps sujets  des  Japonais,  lorsque  les  Chi- 
nois firent  la  conquête  de  leur  pays  (163). 

Les  Chinois,'  les  Coréens  et  les  Japonais 
appartiennent  au  même  type  que  les  nations 
de  la  haute  Asie  ;  mais  ce  type  semble  chez 
eux  s'être  adouci  et  mitigé,  et  .offrir  de 
fréquentes  déviations  du  caractère,  qui*  s'il 
en  faut  cro\re  certains  voyageurs,  est  pres- 
que uniforme  chez  les  Mongols.  Pallas  nous 
apprend  qu'à  Maimalschin,  sur  les  fron- 
tières septentrionales  de  l'empire  chinois, 
beaucoup.de  femmes  ont  le  teint  blanc,  de 
beaux  cheveux  noirs  et  des  traits  agréables. 
Il  ajoute  que ,  conformé  uent  à  l'idée  que  se 
font  les  Chinois  de  la  beauté,  les  femmes  les 
plus  belles  sont  celles  qui  offrent  le  type 
mantchou,  c'est-à-dire  qui  ont  une  face 
iarge,  des  pommettes  saillantes,  un  nez 
épaté  et  d'énormes  oreilles,  remarque  qui 
semble  indiquer  que  ces  caractères  ne  sont 
pas,  à  beaucoup  près,  aussi  généraux  parmi 
les  Chinois  que  parmi  les  Mantchoux. 
M.  Abel  Rémusat,  qui  avait  des  connais-^ 
sances  très  -  étendues  et  très -précises  sur 
tout  ce  qui 'a  rapport  à  la  Chine,  nous  dit 
que  dans  les  provinces  du  centre  les  fem- 
mes sont  blanches  et  offrent  les  mêmes  va-* 
riélés  de  teint  que  Ton  rencontre  chez  les 
femmes  des  parties  centrales  de  l'Euro- 
pe (16i).  Le  missionnaire  Giitzleff  trouve 
que  les  habitants  de  Tienl-sin  ressemblent 
plus  aux  Européens  qu'à  tous  les  Asiatiques 
qu'il  a  eu  occasion  de  voir  (  et  il  paraît  com* 
prendre  dans  le  nombre  les  naturels  de  plu- 
sieurs parties  de  l'archipel  indien j.  «  Leurs 
yeux,  dit-il ,  n'offrent  qu'à  un  faible  degré 
cette  courbure  en  bas  et  en  dedans,  qui  est 


(160)  VoY.  VEs'iuiise  de  lldstoire  de  Chine,  pai 
M.  Davis,  daos  son  excelleiit  ouvrage  sur  les  Chi- 
nois. 

(161)  Abel  RéMUSAT,  Méianget  asiatiques;  Paris 
4Sz5,  i  vol.  in-S**;  —  Mémoires  sur  Cétat  politiqu 
de  la  Chine,  2,500  ans  avant  notre  ère,  selon  le  Chou- 
King,  {Kir  M.  Kurz  (  Nouv,  Journ,  asiatique  )  ;  — 
Coup  d'œil  hist.  sur  la  Chine^  par  le  profcssur  N£U- 


si  caractéristique  de  la  physionomie  chi- 
noise. »  Les  femmes  sont  blanches  et  peu- 
vent sortir  à  pied. 

Les  traits  principaux  qui  caractérisent  la 
i»hysionomie  des  Cninois  sont  :  la  largeur  et 
I*aplatissement  de  la  région  sous-orbitaire 
de  la  face,  l'extension  en  dehors  des  os 
zjgomatiques  et  la  position  angulaire  des 
yeux.  Le  caractère  général  de  cette  physio- 
nomie est  bien  rendu  dans  le  passage  sui- 
vant du  docteur  Siebold,  qui  se  trouve  dans 
ce  qu'il  a  écrit  sur  la  Corée. 

«  L'ensemble  de  leurs  traits  porte,  en 

{général ,  le  caractère  de  la  race  mongole  : 
a  largeur  et  la  rudesse  de  la  figure,  la 
proéminence  des  pommettes,  le  développe- 
ment des  mâchoires,  la  forme  écrasée  de 
la  racine  nasale  et  les  ailes  élargies  du  nez« 
la  grandeur  de  la  bouche,  répaississemciit 
des  lèvres,  l'apparente  obliquité  des  yeux, 
la  chevelure  raide,  abondante,  d'un  hoir 
brunâtre  ou  tirant  sur  le  roux ,  l'épaisseur 
des  sourcils,  la  rareté  de  la  barbe  et  enfin 
un  teint  couleur  de  froment,  rouçe  jaunâ- 
tre, les  font  reconnaître  au  premier  a\)ord 
pour  des  naturels  du  nord  et  de  l'Asie.  Ce 
type  se  retrouve  chez  la  plupart  des  Co-» 
réens  que  nous  avons  vus,  et  ils  conviens 
nent  eux-mêmes  que  c'est  celui  qui  distin^ 
gue  le  mieux  leur  nation.  « 

II  y  avait  cependant  chez  d'autres  indi- 
vidus de  telles  cléviations  de  ce  type  qu'elles 
ont  conduit  le  savant  voyageur  à  soupçon- 
ner la  co-existence  dans  ce  pays  de  deux 
races  qui  se  seraient  mêlées,  il  dit,  relati- 
vement aux  hommes  appartenant  au  pre- 
mier type  qu*il  a  décrit  :  tf  Ils  ont  le  nez 
écrasé  près  des  canthus  internes,  et  terminé 
par  de  larges  ailes  ;  les  yeux  obi  iques,  les  can- 
thus internes  très-éloignés  l'un  de  l'autre , 
et  les  pommettes  saillantes.  Mais,  ajoute-t-il, 
lorsque  la  racine  nasale  est  élevée,  lorsrjue 
le  dos  du  nez  se  prolonge  en  ligne  droite , 
la  figure  du  Coréen  se  rapproche  déjà  du 
type  des  peuples  d'origine  caucasienne,  et 
là  conformation  des  yeux  ressemble  davan- 
tage à  celle  des  Européens  :  les  pommetti  s 
s'effacent  alors,  et  le  profil  fortement  des- 
siné, qui  devient  plus  apparent,  contraste 
surtout  avec  celui  des  Mongols;  à  mesure 
que  la  physionomie  se  rapproche  de  celle  do 
la  première  des  deux  races  coréennes,  la 
barbe  est  plus  légère;  elle  est  plus  épaisse 
chez  les  individus  de  la  seconde  ;  le  sommet 
de  la  tête  est  moins  aplati;  le  front,  au  lieu 
d'être  renfoncé,  offre  des  lignes  droites  et 
pures,  et  tout  leur  aspect  physique  révèle 
une  noblesse  qii*on  est  loin  de  trouver  dans 
les  traits  grossiers  des  Mongols.  » 

La  conjecture  de  Siebold,  relativement  à 
la  co-existence  de  deux  races  dans  ce  pays, 

MANN,  à  Munich. 

(162)  KlaprotR,  Nouv.  Journ,  asiatique,  tom.  III; 
Siebold,  Nachrichlen  ûber  Koorai, 

(163)  Duhalde  ,  K1.APB0TR,  RiTTEM*s  Erékmnée, 
t.  111,  p.  386. 

(161)  Abel  RéMi'SAT,  Recherches  sur  les  lanques 
tartares;  Paris,  1820,  in^4«. 


557 


cm 


DANTIIROPOLOGIE. 


cm 


VJ9 


est  non-seulment  dénuée  de  fondements, 
mais  elle  manque  de  vraisemblance  ;  car  il 
est  reconnu  que  les  caractères  de  nations 
croisées  depuis  long-temps  finissent  par 
s'amalgamer  et  se  confondre.  11  nV  a  au- 
cune raison  pour  ne  pas  attribuer  à* une  dé- 
TÎation  spontanée  les  différences  dont  il  est 
question.  Nous  ayons  vu  que  Barrow  en  a 
obsenré  de  tout  k  lait  analogues  chez  les 
Mantchoux  de  la  Chine  ;  or,  si  dans  chaque 
cas  de  ce  ^nre  nous  Toulons  supposer  que 
les  diversités  dans  les  caractères  physiques 
sont  dues  à  un  croisement  de  races /il  nous 
fau'Jra  admettre  gratuitement  Texistence  de 
lieux  ou  trois  races  dans  chaque  nation  et 
I>re5que  dans  chaque  famille. 

Les  Japonais  apjiartîennent  au  même  type 
que  les  Chinois,  et  leur  ressemblent  à  beau- 
coup d*égards.  Ils  doivent  à  la  Chine  leur 
liTiiisation,  leur  littérature,  et  au  moins 
une  de  leurs  religions  pi^pulaires. 

Le  passage  suivant ,  extrait  du  même  ou- 
Traze  sur  le  Japon,  nous  fait  connaKre  les 
variétés  que  le  savant  voyageur  a  eu  occa- 
sion d'observer  relativement  à  la  couleur  et 
aux  traits  du  visage  parmi  les  habitants  de 
Kiu-Sîn,  une  des  grandes  Iles  qui  forment 
•'empire  de  Nippon  ou  du  Jajiou.  Nous  de- 
vons faire  remarquer  que  la  couleur  des 
cheveux  est  souvent  brune  ou  rouge ,  bien 
qu'on  ait  donné  les  cheveux  noirs  comme 
un  caractère  constant  de  la  race  à  laquelle 
se  rattachent  les  Japonais. 

«  La  population  ou  Fizen,  comme  celle  de 
toute  nie  de  Kiu-Sin,  se  divise  en  habitants 
àes  côtes,  de  Tintérienr  et  des  villes,  qui 
diffèrent  entre  eux  parTaspect  physique,  la 
langue ,  les  mceurs  et  le  caractère.  Les  côtes 
et  les  fle^  innombrables  qui  les  avoisinent 
sont  habitées  par  des  pécheurs  et  des  marins, 
hommes  petits,  mais  vigoureux,  d'une  cou- 
leur plus  foncée  que  celle  des  autres  clas- 
ses. La  chevelure  plus  souvent  noire  que 
l»run  rougeâtre,  et  crépue  chez  quelques  in- 
«lividus  qui  ont  aussi  l'angle  facial  très-pro- 
non'.-é  ,  les  lèvres  gonflées,  le  nez  petit,  lé- 
gèrement aquilin  et  renfoncée  la  racine; 
l'adresse,  la  persévérance,  l'audace,  une 
franchise  qui  ne  va  jamais  jusqu'à  l'effron- 
terie ,  une  bienveillance  naturelle  et  une 
complaisance  qui  touche  à  la  soumission  : 
teSs  son  t  les  traits  caractéristiques  de  ces  habi- 
tants des  côtes. 

«  Ceux  de  l'intérieur  de  Riu-Sin ,  qui  se 
vouent  en  grande  partie  à  l'agriculture, 
sont  d'une  race  plus  grande,  reconnaissable 
à  sa  figure  lai^  et  aplatie,  à  la  proéminence 
des  pommettes  et  la  distance  des  canthus  in- 
ternes, à  son  nez  gros  et  écrasé,  à  sa  granrle 
lM>uche,  à  ses  cheveux  d'un  brun  fonce  tirant 
sur  le  brun  rougeâtre,  et  à  la  couleur- plus 
claire  de  sa  peau.  Chez  les  cultivateurs,  qui 
îoumellement  s'exposent  à  l'air  et  au  soleil , 
la  peau  devient  rouge  :  les  femmes,  gui  se 

Î préservent  des  influences  atmosphériques, 
'ont  ordinairement  blanche ,  et  les  joues 
destjeanes  filles  brillent  même  d'un  vif  in- 
carnat. M 


Le  profil  d'un  crâne  chinois  diffère  tiès- 
peu  du  type  européen. 
Races  de  la  péni$tsiUe  indo^hinoise.  —  La 

I»artie  du  continent  asiatique  qui,  en  se  pro» 
ongeant,  constitue  la  péninsule  de  l'Inde 
au  delà  du  Gange,  est  formée  par  diycrses 
chaînes  de  montagnes  ({ui  se  détachent  de 
l'Himalaya  pour  se  porter  vers  le  sud,  tan- 
dis que  cette  grande  chaîne  elle-même,  pour- 
suivant une  direction  un  peu  plus  orienta'e, 
va  se  terminer  près  du  golfe  de  Toncpiin. 
Entre  ces  chaînes  secondaires,  et  pourtant 
fort  élevées,  coulent  des  rivières  considéra- 
bles qui,  naissant  aussi  de  la  chaîne  princi- 
pale, arrosent  de  longues  vallées,  où  demeu- 
rent depuis  longtemps  plusieurs  nations  in- 
téressantes à  étudier.  La  langue  que  parlent 
ces  nations,  de  même  que  leurs  caractères 
physiques,  donnent  lieu  de  penser  qu'elles 
sont  issues ,  dans  l'origine,  du  même  pays 
oue  les  Chinois.  On  doit  les  diviser  cepen- 
dant en  deux  classes ,  dont  l'une  comprend 
les  habitants  les  plus  anciens  des  parties 
méridionales  de  la  péninsule.  Les  peuples 
qui  appartiennent  à  cette  première  classe  , 
et  qui;  relativement  à  ceux  de  la  seconde, 
peuvent  être  considérés  comme  aborigè- 
nes ,  habitent  principalement  aujourd'hui 
les  sommets  des  montagnes  desjdi  verses  par- 
tics  de  la  péninsule,  et  paraissent  avoir  été 
expulsés  des  terres  basses  et  fertiles  occcu- 

r\es  maintenant  parles  peuples  a[)partenant 
l'autre  classe.  Ceux-ci  sont  plus  civilisés,  et 
sous  le  rapport  des  arts  et  de  l'industrie, 
comme  sous  celui  des  mœurs  et  des  usages,  ils 
tiennent  de  plus  ou  moins  près  aux  Chinois; 
ils  sont  tous  soumis  au  cierge  lamaïte,  et 
suivent  le  culte  de  Bouddha  ou  de  Fo ,  con- 
formément au  rite  chinois.  On  les  considère, 
dans  les  contrées  qu'ils  ont  occupées,  comme 
des  colons  chinois,  quoiqu'ils  différent,  par 
le  langage,  du  peuple  de  la  Chine,  et  doivent 
être  considérés  comme  des  nations  distinc- 
tes. Il  faut  observer  que  les  langues  par- 
lées par  les  différentes  races  dans  la  pénin- 
sule indo -chinoise  appartiennent  toutes  à 
un  même  groupe,  au  groupe  des  langues  di- 
tes monosyllabiques. 

A  la  seconde  catégorie,  c'est-à-dire  à  celle 
qui  comprend  les  nations  les  plus  civilisées, 
on  doit  rapporter  :  1*  les  nations  de  la  race 
d'Anam,  qui  occupent  les  parties  orientales 
de  la  péninsule,  la  Cochinchine  et  le  Ton- 
quin  ;±'  les  habitants  du  Lao  ou  Lia,  et  les 
T'hai  ou  Siamois  (deux  branches  sorties  ori- 
ginairement de  la  même  souche),  qui  occu- 
pent les  parties  raorennes  et  centrales;  3*  en- 
tin  les  hommes  de  la  race  d'Araken  ou  de  Ru- 
kheng,  les  Birmans,  qui  occupent  les  parties 
orientales  et  s'étendent  jusqu'à  la  baie-  de 
Bengale. 

La  première  catégorie ,  celle  des  nations 
aborigènes  ou  du  moins  très-anciennement 
étalilies  dans  la  péninsule,  comprend  les 
Tchampas,  qui  sont  au  sua  du  pays  d'Anam, 
les  Romen  ou  habitants  du  Kambodje,  au 
sud  du  pays  de  Lao,  les  Nion  ou  habitants 
du  Pégu,  au  sud  du  pays  birman,  enfin  plu- 


559 


€iU 


IDICTIONNAIRE 


cm 


S^ 


sieurs  autres  rare$  qui  occupent  de»  cantons 
montagneux  de  Tintérieur. 

Dans  cette  énumération»  j*ai  omis  à  des- 
sein les  nations  de  la  presqu*lle  malaise»  qui 
me  paraissent,  pour  plusieurs  motifs,  devoir 
Atre  considérées  comme  formant  une  classe 
distincte. 

La  grande  analogie  que  Ton  aperçoit,  tant 
pour  Ta  forme  des  mots  que  pour  la  cons- 
truction grammaticale,  entre  ces  langues, 
celle  des  Chinois  et  celle  des  Bhotirjas,  est 
une  forte  présomption  en  faveur  de  Tiden- 
tité  d'origine  de  toutes  ces  nations,  et  s'il 
nous  était  permis  de  faire  à  cet  égard  une 
conjecture,  nous  dirions  que  toutes  les  na- 
tions qui  habitent  les  régions  basses  du  sud- 
est  de  l'Asie,  à  partir  de  l'embouchure  de 
l'Amour  ou  au  moins  du  Hoang-Ho,  jusqu'au 
Brahmapoutra,  sont  issues  de  Tune  des  gran- 
des races  nomades  de  la  haute  Asie,  proba- 
blement de  la  race  Bhotiya,  race  qui  oc- 
cupe le  côté  méridional  du  grand  plateau 
central.  (Voy.  Nomades.) 

La  meilleure  description  de  ces  nations  est 
celle  qu'en  a  faite  M.  Finlayson,  voyageur 
philosophe  et  éclairé.  Le  résumé  sommaire 
que  nous  allons  donner  de  ses  observations 
s'applique  h  toutes  les  races  que  nous  avons 
mentionnées  ci-dessus,  et  aussi  d'une  ma- 
nière générale  aux  Chinois,  dans  lesquels  le 
savant  vojjageur  voit  les  prototypes  du 
groupe  entier. 

M.  Finlayson  commence  par  faire  remar- 
quer que  les  caractères  physiques  de  ces  di- 
verses tribus  sont  loin  d^être  uniformes  et 
constants.  «  On  trouve,  dit-il ,  dans  chaque 
nation,  une  multitude  d'individus  dont 
les  formes  ont  quelque  chose  de  si  in- 
décis, qu*on  ne  peut  les  rapporter  à  aucun 
des  types  admis.  »  Après  cette  remarque, 
oui  seule  suffit  pour  écarter  toute  idée  de 
1  existence  de  plusieurs  races,  il  ajoute  : 
«  Pour  le  but  que  nous  nous  proposons  en 
ce  moment,  nous  devons  considérer  seule- 
ment les  individus  chez  lesquels  la  forme 
particulière  au  groupe  est  le  mieux  caracté- 
risée. Mais  comme  Içs  différents  traits  dontse 
compose  cette  physionomie  nationale  ne  se 
trouvent  guère  tous  développés  à  un  haut 
degré  dans  un  même  individu,  c'est  au 
moyen  d'observations  multipliées  gue  nous 
pourrons  arriver  à  nous  faire  une  idée  de  la 
tendance  prédominante. 

«  Chez  toutes  ces  tribus,  la  stature  est  à 
peu  près  la  même;  les  Chinois  sont  peut-étr« 
un  peu  plus  grands  que  les  autres,  les  Ma- 
lais un  peu  plus  petits;  tous  sont  d'une 
faille  moins  élevée  aue  les  Européens.  La 
taille  moyenne  pour  les  Siamois  est  de  cinq 

Iûeds  trois  pouces  (mesure  anj^laise).  Chez 
es  nations  appartenant  à  ce  groupe,  la  peau 
offre  une  teinte  plus  claire  que  chez  la  plu- 
part des  peuples  do  Tlude  en  deçà  du 
Gange;  elle  est  presque  constamment  d'une 
couleur  jaune,  qui,  dans  les  classes  élevées, 
et  particulièrement  chez  les  femmes  et  les 
entants,  prend  encore  une  nuance   plus 


décidée  par  certains  cosnnHiqnes  qui  lui 
donnent,  pour  ainsi  dire,  la  couleur  ue  l'or. 
La  peau  est  d'ailleurs  remarquablement  sou- 
ple, douce  et  brillante. 

a  II  y  a  chez  la  race  entière  une  disposi- 
tion remarquable  à  l'obésité  (Ifô).  Les  sucs 
nutritifs  ont  une  tendance  à  se  porter  rers 
la  périphérie,  d'où  résulte  l'accumulation, 
dans  les  mailles  du  tissu  cellulaire,  d'une 
quantité  plus  qu'ordinaire  de  matières  adi  • 
pcuse^.  Le  système  musculaire  offre  géné- 
ralement une  texture  molle  et  lâche  ;  il  est 
très-rare  de  lui  trouver  un  gi-and  dévelop- 
pement ou  de  le  voir  se  prononcer  à  l'ex- 
térieur par  des  contours  arrêtés,  comme 
cela  a  lieu  dans  les  beaux  types  de  la  forme 
humaine.  Chez  les  laboureurs  et  les  ou- 
vriers, surtout  parmi  les  Chinois,  les  mus- 
cles deviennent  parfois  très -volumineux, 
mais  sans  acquérir,  pour  l'ordinaire,  la  rï^ 
gueur  et  l'élasticité  que  l'exercice  développe 
dans  les  muscles  des  Européens.  Au  premier 
aspect,  on  croirait  ces  homm^  plus  forts 
qu'ils  ne  sont  réellement;  quoique  plus 
petits  que  les  Européens,  ils  ont  souvent  les 
membres  aussi  gros,  particulièrement  les 
cuisses.  £n  général,  ils  sont  ce  qu'on  peut 
appeller  une  race  trapue. 

«  La  face  est  remarquablement  large  et 
plate;  les  pommettes  sont  saillantes,  larges, 
développées  sur  les  côtés ,  et  à  contours 
arrondis  ;  Tespace  intersourcilier  est  plat  et 
plus  large  que  dans  le  commun  des  hom« 
mes;  les  yeux  sont  généralement  petits, 
chez  toutes  les  nations  indc-:;hinoisos,  comme 
aussi  chez  les  Malais  ;  les  bords  libres  des 
paupières  sont  peu  écartés,  mais,  chez  les 
Chinois  surtout,  ils  se  rencontrent  sous  un 
angle  très-aigu,  et,  du |  côté  extérieur,  ils 
forment  une  fente  presque  linéaire.qui  re- 
monte vers  les  tempes  ;  la  mâchoire  infé- 
rieure est  forte  et  remarquablement  déve- 
loppée dans  la  partie  située  au-dessous  de 
l'arcade  zygomatique,  ce  qui  rend  la  face 
carrée  ;  le  nez  est  plutôt  petit  gue  plat,  les 
ailes  n'en  étant  pas  extraordinairement  dis- 
tendues; chez  les  Malais,  il  est  souvent  élargi 
vers  la  pointe;  la  bouche  est  grande,  et  les 
lèvres  sont  épaisses;  la  barbe  est  remar«> 
quablcment  rare,  et  se  réduit  à  quelques 
poils  clair-semés;  le  front,  quoique  large 
d'un  côté  à  l'autre,  est  en  général  très-l>as, 
et  la  naissance  des  cheveux  est  à  une  petite 
distance  des  sourcils.  La  tète  a  une  forme 
particulière;  le  diamètre  antéro-postérieur 
étant  beaucoup  moins  long  que  dans  les  au- 
tres raceSt  la  lorme  générale  est  presque  cy- 
lindrique; le  trou  occipital  est  souvent  placé 
tellement  en  arrière,  que  du  sinciput  à  la 
nuque  on  descend  pour  ainsi  dire  en  ligne 
droite.  Le  sommet  de  la  tête  est  en  général 
aplati.  Les  cheveux  sont  épais,  rudes  et 
plats  ;  leur  couleur  est  toujours  noire.  Le^ 
membres  sont  eros,  courts  et  vigoureux,  et 
les  bras  sont  nors  de  proportion  avec  le 
tronc;  parmi  les  Malais,  surtout,  les  bras 
sont  remarquablement  longs.  Le  piei  est 


(i6S)  Dans  uo  autre  passage,  il  fait  à  cet  é^ard  une  exception  pour  les  Cocbiiicbînois. 


zc\ 


coc 


DANTHROPOLOG  E. 


CRA 


yvi 


coflunonément  petit,  mais  la  main  est  plus 

nde  que  c^lle  des  habitants  du  Bengale  ; 
-ODC  est  carré,  presque  aussi  large  au- 
dessus  des  reins  qu  à  la  hauteur  des  muscles 
IHH'toraux.  11  y  a  sous  ce  rapport  une  diffé- 
rence très-notable  entre  ces  peuples  et  les 
Indiens,  qui  sont  généralement  remarqua- 
(fies  par  la  finesse  de  leur  taille  à  la  cein- 
ture. Le  bassin  est  très-large  eitérieure- 
ment,  et  il  parait  que  sa  cavité  est  aussi  plus 
grande  que  dans  les  autres  races  (166).» 

D*après  cette  description,  il  semblerait  oue 
la  race  serait  par  sa  structure,  toute  fait 
propre  aux  exercices  pénibles  et  lat)orieux; 
mais  elle  manque  de  rénergie  qu*ôn  trouve 
dans  les  travailleurs  européens.  Les  diver- 
ses nations  dont  elle  se  compose  ont  la  plu- 
part une  grande  aptitude  pour  les  arts  mé- 
caniques et  une  très-notable  patience  pour 
rexé«-ution  d'ouvrages  délicats,  et  c*est  par 
ce  côté  qu*elles  sont  remarquables  beaucoup 
plus  que  par  leur  capacité  intellectuelle; 
quelques-unes  cependant  nous  présentent 
une  égale  paresse  de  Tesprit  et  du  corps.] 

CHIPEWATS.  foy.  Athapjiscas. 

CHJQCITOS.  Voy.  Méditerrahéens. 

CHITIMACHES.  Voy.  Alléghakieïis. 

CHOU.  Voy.  Platites  potagèbes. 

CHRISTIANISME,  chez  les  Esquimaux, 
Hottentots ,  nègres ,  etc.  Voy.  Races  hu- 
maines. 

CIMBRES  oir  Kiubt.    Voy.  Ecbopb  ho- 

DEB?IE. 

C1NGALA1S.  Voy.  Aborigènes. 
CIRCULATION.  Voy.  riTTBODccnoîf . 
CLASSIFICATION   des   races  huvaihes. 
Fay.  Races  HmAHiEs. 
CLASSIFICATION  des  A5nf  AUX.  Foy.ANA- 

TOVIB  COMPARÉE. 

CLATSOPS.  Voy.  Nootka-Colcmbiens. 
COCHON.  —  Suivant  l'opinion  de  tous  les 
naturalistes,  le  cochon  privé  vient  du  san- 
glier ;  les  anciens  le  croyaient  aussi,  comme 
nous  rapprend  Varron  (De  re  rustic^  I.  n , 
e.  I).  Cependant  ces  deux  animaux  diffèrent 
par  des  caractères  importants.  Le  sanelier 
est  plus  grand,  plus  épais,  et  d'une  couleur 
noire.  Le  marcassin  .est  noir,  rayé  de  blanc; 
le  front  est  plus  bombé  que  dans  le  cochon 
privé,  le  groin  plus  allongé,  les  oreilles  plus 
courtes  et  plus  arrondies,  et  les  organes  in- 
ternes ont  des  rapports  différents.  Ainsi,  il 
paraît  que  ce  n'est  pas  avec  le  sanglier  de 
nos  forêts  que  notre  cochon  privé  a  le  plus 
d'affinité,  mais  qu'il  dérive  d'une  espèce  vi- 
rant dans  l'Orient,  ^osse,  mais  inoffcnsive, 
et  dont  il  est  question  dans  diverses  rela- 
tions de  voyages  (167).  Ehrenberg  ne  trou- 
vait aucune  différence  entre  le  cochon  sau- 
vage del'i^gypte  et  celui  de  nos  contrées 
septentrionales.  Le  cochon  Siamois  vient  de 
la  partie  orientale  de  l'Asie  :  il  forme  sans 
doute  une  espèce  particulière,  qui  est  très- 
importante  pour  la  Chine. 

Geoffroy  Saint-Hilaire,   dans  une  savante 
Ibsertation  placée  à  la  suite  de  la  Relation 

(166)  FvL.ifSoVs  Embassy  ta   Siam  and  Bue^ 
Çf .  250. 

Dicno!i3f.  D  Anthropologis. 


de  Texpéd'uion  en  Mcr/e ,  a  chercne  a  mon- 
trer que  le  sanglier  d'Erymantbe  était,  d'a- 
près les  anciens  monumenls ,  une  espère 
particulière,  non  décrite  et  maintenant  per- 
due. Assertion  bien  hasardée. 

CŒUR.  Voy.  L'1ntbod€ctio?(. 

COLOMBE.  Voy.  Pigeon. 

COMPARAISON.  Voy.  E^ctvBkut. 

CONCOMBRES  et  .MELONS.  Voy.  Plan- 
tes POTAGÈRES. 

CONGO.  Voy.  Ma51-Cokgo 

CONNEXIONS  (princif  e  des  connexions). 
Voy.  Ahatovie  compabée. 

CONSTANT  (Benjamiiv).  Voy.  Largage. 

CONSTITUTION  INTÉRIEURE  ,  ses  di- 
versités. Voy.  Variations. 

COPHTES.  Voy.  Egyptienne  (Race)  et 
AmrssfNiEifs. 

COSMOGONIE.  Voy.  Natcbe. 

COURSE.  Voy.  Mouvehents. 

COUSIN.  Voy.  Langage. 

CRANE  (  Ethnographie  ).  —  Les  variétés 

3ui  s'observent  dans  la  forme  et  la  structure 
es  organes  intérieurs  et  particulièrement 
dans  la  charpente  osseuse,  en  y  comprenant 
le  crâne  sont  considérées  par  la  plupart  des 
écrivains  qui  se  sont  occupés  des  diversités 
de  l'espèce  humaine,  comn^e  fournissant  les 
caractères  principaux  des  différentes  races^ 
et  comme  constituant  les  marques  de  sé- 
paration qui  peuvent  le  mieux  serrir  pour 
établir  les  distinctions  spécifiques.  Les  dif- 
férences dans  la  forme  générale  du  corps, 
dans  la  proportion  de  ses  diverses  parties, 
dans  le  volume  de  la  tète ,  dans  le  déve- 
loppement du  cerveau,  ont  été  considé- 
rées comme  des  caractères  plus  essen- 
tiels et  plus  importants  que  les  phéno- 
mènes extérieurs  relatifs  à  la  couleur  ou  à 
la  structure  de  la  peau  et  des  cheveux.  On  a 
supposé  qu'ils  étaient  sujets  à  moins  d'irré- 
gularités ou  de  changements  anormaux. 

Les  variétés  relatives  à  la  forme  générale 
dépendent  surtout  des  différences  que  pré- 
sente la  charpente  osseuse;  or,  comme 
parmi  les  différences  du  système  osseux  il 
n'en  est  point  de  plus  frappantes  oue  celles 
qui  ont  été  observées  dans  la  lorme  du 
crAne;  on  a  tenté  à  plusieurs  reprises,  de- 
puis Camper  et  Blumenbach,  de  diriser  l'es- 
pèce humaine  par  groupes,  en  prenant  ce 
caractère  pour  base  principale  de  distinc- 
tion. Quelques  auteurs  n'ont  fait  que  peu 
de  divisions,  d'autres  en  ont  fait  de  nom- 
breuses, et  à  peine  trouve-t-on  deux  écri- 
vains qui  soient  en  cela  d'accord.  Il  est  un 
point  sur  lequel  la  plupart  d'entre  eux 
se  sont  trompés.  Ils  ont  généralement 
admis  en  principe  que  toutes  les  nations 
qui  se  ressemblent  par  la  forme  de  la  tête 
se  tiennent  nécessairement  de  plus  pr^s 
qu'elles  ne  tiennent  à  aucune  oes  autres 
nations  qui  diffèrent  d'elles  sous  ce  rap- 
port, et,  en  conséquence,  ils  ont  considéré 
les  groupes  formés  d'après  ce  caractère 
comme  constituant  autant  de  races  diffé- 

(167)  Otter,    Voyage  eu  Peru  ,"t.  V\  p.  2.  — 
D.  Maillet,  Descriptiûn  de  VÉgfpte^  t.  D,  p.  176. 

12 


305 


CRA 


DICTlONiNAlRE 


cnA 


564 


rentes.  Ceci  paraîtrait  tout  à  fait  lé^time, 
si  Ton  avait  commencé  par  prouver  que 
toutes  les  différences  organiques  observées 
dans  le  genre  humain  sont  absolument  per- 
manentes et  sont,  de  fait,  les  marques  dis- 
tinctives  d'espèces  séparées.  Mais,  tant  qu'il 
est  encore  permis  de  croire,  malgré  tout  ce 
qu'on  a  dit  pour  prouver  le  contraire,  que 
ces  différences  peuvent  être  de  simples  va- 
riétés dues  à  Taction  d'inOuences  extérieures 
sur  les  différentes  branches  issues  d'une 
même  souche  originelle,  il  n'y  a  point  d'in- 
vraisemblance à  supposer  que  des  causes 
analogues,  agissant  sur  plusieurs  tribus 
différentes ,  ont  produit  en  elles  des  effets 
semblables,  et  par  conséquent  on  n'est  point 
autorisé  à  considérer  une  simple  ressem- 
blance, dans  quelques  caractères  anatomi- 
ques,  comme  preuve  irrécusable  d'une  pro- 
che consanzuinité.  Ainsi,  lorsque  nous  trou- 
vons dans  aifférentes  parties  du  monde  des 
populations  qui  se  rapprochent  les  unes  des 
autres  par  la  forme  de  la  tête,  ou  pewr  telle 
autre  particularité  de  même  ^enre,  nous  ne 
devons  pas  nous  hâter  d'affirmer  qu'elles 
appartiennent  à  une  même  race,  ou  qu'elles 
sont  étroitement  liées  à  leur  origine  (1681. 

Si,  de  toutes  les  méthodes  d'après  lesquelles 
ont  peut  subdiviser  en  groupes  l'ensemble 
des  nommes,  il  eu  est  une  qui  soit  parti- 
culièrement propre  à  jeter  du  jour  sur  l'his- 
toire naturelle  de  l'espèce,  c'est  certaine- 
ment celle  qui  sera  fondée  sur  un  rapport 
entre  les  caractères  physiques  des  diffé- 
rentes populations ,  et  les  plus  importantes 
des  conditions  extérieures  auxquelles  ces 
populations  sont  soumises.  Eu  parcourant 
l'esquisse  ethnographique  que  nous  allons 
donner,  on  verra  clairoment  que  les  variétés 
de  couleur  dépendent  en  partie  du  climat, 
de  l'élévation  du  pays  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer ,  de  la  distance  plus  ou  moins 
grande  à  laquelle  il  se  trouve  de  la  côte,  eti*.. 
Ces  mêmes  conditions,  on  ne  peut  guère  en 
douter,  exercent  aussi  une  action  sur  la 
configuration  du  corps  humain  ;  mais  on  a 
remarqué  que  les  formes  du  corps,  chez  les 
différentes  races,  paraissent  se  modifier  plu- 
tôt sous  l'influence  du  genre  de  vie  et  des 
habitudes  que  sous  celle  du  climat,  et  cette 
remarque  a  quelque  chose  de  vrai,  quoique 
jusqu'à  présent  on  ne  l'ait  guère  appuyée 
que  sur  des  conjectures  ;  prouver  par  de 
bonnes  observations,  dans  le  cas  de  1  espèce 
humaine,  la  réalité  de  ces  rapports  entre  les 
formes  et  les  habitudes,  serait  réellement 
une  très-belle  découverte. 

«  Si  j'osais  indiquer  ici  quelques-uns  de 
ces  rapports ,  dit  Prichard ,  ce  serait  en  re- 
marquant d'une  manière  très-générale,  et 
sans  prétendre  que  la  loi  ne  soit  pas  sujette 
h  beaucoup  d'exceptions,  qu'il  y  a  dans  l'es- 

f)èce  humaine,  relativement  à  la  forme  de 
a  tête  et  à  quelques  autres  caractères  phy- 
siques, trois  variétés  principales,  lesquelles 


prédominent  1  une  chez  les  peuples  sau- 
vages et  chasseurs,  l'autre  chez  les  races 
pastorales  et  nomades,  l'autre  enfin  chez  les 
nations  civilisées. 

«  Dans  les  tribus  les  plus  grossières,  corn-» 
posées  de  chasseurs  ou  d'habitants  des  fo^ 
rets,  qui  ne  comptent  pour  leur  nourriture 
que  sur  les  productions  spontanées  du  sol 
ou  les  produits  incertains  de  la  chasse,  dans 
c^s  tribus,  dis^je,  parmi  lesquelles  il  faut 
ranger  les  nations  les  plus  dégradées  de 
l'Afrique  et  les  sauvages  de  l'Australie,  on 
voit  prédominer  une  forme  de  tète  que  je 
nommerai  forme  prognathe:  ce  mot,  qui 
fait  allusion.à  l'allongement  ou  proéminence 
des  m&choires,  rappelle,  en  effet,  le  trait 
principal  de  leur  pnvsionomie*  A  ce  pre- 
mier caractère,  d'ailleurs,  s'en  rattachent 
quelques  autres  que  }  aurai  bientôt  occasion 
de  signaler. 

«  Une  seconde  forme  de  tète,  très-distincte 
de  la  première,  appartient  surtout  aux  races 
nomades  qui  promènent,  dans   de  vastes 

E laines,  leurs  troupeaux  de  gros  et  de  menu 
étail,  et  aux  tribus  qui  errent  misérable- 
ment sur  les  bords  de  la  mer  Glaciale,  vi- 
vant en  partie  des  produits  de  leur  pèche  et  en 
partie  de  la  chair  de  leurs  rennes.  Les  Esqui- 
maux, les  Lapons,  le'sSamoïèdes  et  les  Kamt- 
chadales,  appartiennent  à  cette  division,  aussi 
bien  que  les  nations  tartares,  c'est-à-dire  les 
Mongols,  les  Tungouses  et  les  races  turques 
nomades.  Dans  FAfrique  méridionale,  un 
peuple  autrefois  nomade,  qui  errait  avec 
ses  troupeaux  de  bœufs  dans  les  vastes 
plaines  de  la  Cafrerie^  les  Uottentots,  qui  se 
rapprochent  des  Tungouses  par  leur  ma- 
nière de  vivre,  ont  aussi  la  face  large,  le 
crâne  pyramidal,  et  Ressemblent  encore  par 
plusieurs  traits  de  leur  organisation  aux 
nations  du  nord  de  l'Asie.  D'autres  tribus 
du  sud  de  l'Afrique ,  ainsi  que  plusieurs 
races  indigènes  du  nouveau  monde,  nous 
présentent  ég^^lement  quelque  chose  d'appro- 
chant de  ce  caractère  de  tôles. 

«  Les  races  les  plus  cultivées,  celles  qui 
vivent  par  l'agriculture  et  les  arts  de  la  ci- 
vilisation, toutes  les  nations  de  l'Europe  et 
de  l'Asie  qui  sont  le  plus  avancées  sous  le 
rapport  intellectuel,  ont  une  forme  de  tôle 
dinérente  des  deux  formes  que  nous  venons 
de  mentionner  :  c'est  la  forme  elliptique  ou 
ovale  qui,  chez  eux,  est  caractéristique. 

<K  Nous  aurons  plus  tard  occasion  de  citer 
de  nombreux  exemples  de  nations  qui  ont 
passé  d'une  de  ces  formes  de  tête  à  une  au- 
tre, et  nous  trouverons  ces  altérations  chez 
les  peuples  qui  ont  modifié  leur  manière  de 
vivre.  Je  n'en  citerai  pour  le  moment  qu*un 
seul  cas  :  les  tribus  nomades  de  Turcs  ré- 
pandues dans  l'Asie  centrale  offrent  à  un 
très-haut  degré  la  configuration  pyramidale. 
Les  Titres  depuis  longtemps  civilisés  qui 
aescendent  des  premiers  conquérants  du 
Maweralnahar  et  du  Rhorasan ,  de  même 


(168)  Ainsi;  lorsque  Barrow  a  conclu,  principale-  Chinois,  il  a  évidemment  ûré  une  conséquence  qui 
meut  a^après  quelques  ressemblances  dans  les  for-  a  besoin  û'ôtre  appuyée  sur  de  nouvelles  preuves. 
mes  de  la  tête,  uue  les  Hottentots  descendent  des 


SCS 


CR\ 


D'ANTi.ROrOLOGlE. 


CH.\ 


5f»6 


mie  les  Seijoucides,  q«lj  depuis  huit  siècles, 
soot  établis  dans  Teinpire  ottoman  et  dans 
Fempire  persan,  sont  complètement  trans- 
fbrniés  et  ont  pris,  dans  la  configuration  de 
leur  tête  le  caractère  européen.  Quelques 
écnraios  ont  attribué  à  l'introduction  des 
csclaTes  circassiennes  dans  les  harems,  ce 
fhangeraent  de  structure  physique  observé 
chez  la  race  turque;  mais  cette  cause  n'au- 
rait d'influence  que  sur  les  riches  et  sur 
les  grands,  la  masse  de  la  population 
n'ayant  point  formé  d'unions  hors  de  son 

ripre  sein  :  la  différence  de  moeurs,  comme 
différence  de  religion,  a  tenu,  dans  les 
pays  ottomans,  les  Turcs  vainqueurs  séparés 
dei  Grecs,  premiers  occupants  du  pays; 
tandis  qu'en  Perse  les  Tajiks,  ou  Persans 
Ti'rilables,  appartiennent  à  une  secte  diffé- 
rente de  musulmans,  et  sont  encore  un  peu- 
ple distinct  des  Turcs  qui  les  gouvernent, 
e(  gui  virent  en  général  dans  des  plaines 
eioLnées  des  villes  (169).  » 
Nous  allons  maintenant  donner  de  plus 
amples  détails  sur  les  variétés  ci-dessus  re- 
msrqtïées  dans  la  forme  du  crâne,  et  faire 
rû0/7j///ieles  méthodes  d*investi^ation  qu'ont 
5uifi  Jes  écrivains  les  plus  célèbres  qui  se 
5001  occupés  de  ce  sujet. 

La  forme  prognathe  du  crAne  est  très-for- 
temeot  prononcée  chez  quelques  tribus  de 
lAfnaae  occidentale,  et  se  montre  à  un 
pnDdre  de^é  chez  plusieurs  peuples  de 
i'Afrir/ue  onentale ,  qu'on  désigne  ordinai- 
rement sous  le  nom  de  nègres;  cependant 
00  oe  peut  dire  qu'elle  soit  universelle  chez 
iesoè^'res;  si  l'on  étend  cette  dénomination 
î  tous  les  peuples  qui  ont  à  la  fois  la  peau 
Boire  et  les  cheveux  laineux  ou  crépus.  On 
roit  aussi  des  crânes  prognathes  dans  Tocéan 
Mental  :  les  nègres  pélagiens  des  grandes 
'^sde  la  mer  du  Sua,  aussi  bien  que  les 
Ufourous  et  les  australiens,  par  la  forme 
fédérale  du  crâne  rentrent  dans  cette  caté- 
|(^e,  et  cependant  leurs  tètes  diffèrent,  sous 
Fantres  rapports ,  des  tètes  prognathes  des 
itiOQs  africaines.  Je  décrirai  par  la  suite, 
'wtes  ces  variétés  ;  pour  le  présent,  je  ne 
î»rkrai  que  des  nègres  de  la  Guinée  ou  de 
Airique  occidentale.  Chez  toutes  les  nations 
[91  habitent  le  pays  compris  entre  la  longue 
'uloe  des  montagnes  de  Kong  et  le  bord 
^- la  mer,  pays  qui  s'étend  de  l'est  à  l'ouest, 
^^tiis  le  cap  Pal  mas  jusqu'au  fond  de  la 
iie  de  Bénin ,  la  forme  prognathe  est  très- 
iîtement  marquée. 

<^n  a  souvent  dit  que  la  forme  de  la  tête 
^i  les  nègres,  se  rapproche  de  celle  qu'on 
k^^^rredansleschimpanzésetd'autres  grands 
D,:es.  Il  y  a  dans  cette  assertion  quelque 
•o>eiJe  vrai;  mais  la  ressemblance  porte 
'un  trait  fort  peu  important,  et  consiste 
H'iuement  dans  la  proéminence  des  mâ- 
"'•res;  elle  est  nulle  pour  ce  qui  concerne 
-rêne  Droorementdit  c'est-à-dire  la  boite 

^l!»9.  (  L*apprça  moral  que  renferme  celteclassi- 
'•MO,  c*Ps(-à-(tire  la  mobilité,  rennoblissement  ou 
•«-;rj<faSioo  des  formes,  suivant  le  degré  d'édu- 
tta,  fait  Iionoeur  à  la  sagacité  et  à  la  bonne  vo- 


osseu«;e  qui  contient  le  cerveau,  Jfe  compa- 
rerai néanmoins  les  formes  de  la  tète  osseuse 
chez  les  grands  singes  et  chez  l'homme,  afin 
de  bien  faire  comprendre  la  nature  de  ce 
rapport,  qui  est  le  plus  facile  à  saisir  quand 
on  établit  le  rapprochement  avec  le  cnim- 
panzé  et  l'orang. 

On  peut  se  faire  une  idée  assez  exacte  de 
l'ensemble  des  caractères  de  la  tète  osseuse, 
si  on  l'examine  successivement  sous  trois  de 
ses  aspects:  de  proGI,  par  dessus  et  par  des- 
sous. On  réunit  ainsi  les  données  iournies 
par  trois  méthodes  distinctes  d'investigation, 
dont  chacune  à  son  tour  a  été  préférée  par 
unanatomiste  bien  connu  pour  s  être  occupé 
de  ces  questions  :  le  professeur  Camper  re- 
commandait l'étude  de  la  face  latérale  et 
mesurait,  comme  on  lésait,  l'ouverture  du 
profil,  au  moyen  de  l'angle  formé  par  ses 
deux  célèbres  lignes  faciales;  le  professeur 
Blumenbach  attacha  t  surlout  de  l'impor- 
tance à  la  forme  du  contour  et  à  retendue 
de  l'aire  qu'on  obtient  en  regarJant  la  tèle 
par  sa  partie  supérieure,  l'œil  étant  placé  à 
quelque  distance  au-dessus  du  vertex;  enfin 
plus  récemment,  le  professeur  Owen  a  mon- 
tré, ce  qui  n'avait  pas  été  suffisamment 
aperçu  avant  lui,  tout  le  parti  qu'on  peut 
tirer  de  la  comparaison  des  crânes  vus  par 
dessous,  et  après  que  la  mâchoire  inférieure 
aété  enlevée.  Nous  mettrons  à  profit  ces  trois 
méthodes ,  afin  de  porter  dans  la  comi^arai- 
son  que  nous  ferons  des  races  humaines^ 
une  idée  complète  des  caractères  de  la  tète. 

1*  Profil  ou  vue  latérale  de  la  tête  osseuse  : 
lignes  faciahs  de  Camper,  —  Camper  fut  le 
premier  anatomiste  qui  tenta  de  distinguer 
et  de  décrire  avec  soin,,  les  différences  de 
forme  qui  s'observent  quand  on  compare 
les  tètes  osseuses  dans  les  diverses  races 
humaines.  Cet  écrivain  imagina  une  méthode 
graphique,  au  moyen  de  laquelle  il  croyait 
pouvoir  faire  ressortir,  par  une  seule  me- 
sure, les  différences  essentielles  dans  la  capa- 
cité des  crânes,  et  il  regardait  ce  procédé 
comme  applicable  non-seulement  aux  diver- 
ses races  humaines,  mais  aussi  aux  espèces 
inférieures.  Voici  en  quels  termes  il  expose 
sa  méthode  : 

ti  Le  caractère  fondamental  sur  lequel 
repose  la  distinction  des  nations  peut  être 
rendu  sensible  aux  yeux  au  moyen  de  deux 
lignes  droites.  Tune  menée  du  méat  auditif 
à  Ta  base  du  nez,  l'autre  tangente  en  haut  a 
la  saillie  du  front,  et  en  bas  à  la  partie  la 
plus  proéminente  de  la  mâchoire  supérieure. 
L'angle  qui  résulte  de  la  rencontre  de  ces 
deux  lignes,  la  tète  étant  vue  de  profil,  con- 
stitue, on  peut  le  dire,  le  caractère  distinctif 
des  crânes,  non-seulement  quand  on  com- 
pare entre  elles  les  diverses  espèces  d'ani- 
maux, mais  aussi  quand  on  considère  les 
différentes  races  humaines.  Il  semble  que  la 
nature  elle-même  se  soit  servie  de  cet  angle 

lonté  de  Taulf^r;  mais  sa  géométrie  ne  sera  pas 

I)Ius  acceptée  par  les  voyageurs,  que  les  angles  et 
es  carrés  de  ses  devanciers,  i  (E.  db  Salles,  Uist, 
gén.  des  rac.  /»««.,  p.  207,/" 


r« 


CUA 


MCTX):e^AIK£ 


CRA 


3B5 


*  ^ 


I 


i»-7?.  't-^zi^  \^  ^^fe^res  inf^rrieures  i'is- 
f  1  a -I  p.  i*  ti-elles  fori£i€squi  se  renconlit-nl 
itis  t'tre  e*;^*rce.  AinM,  od  Terra  que  IfS 
*4:**  .:'•  LVr;»'ix  offrent  ranzlcîeplos  p^tiuet 
f  îe  r^  anzîe  derienC  de  pi  as  en  plo^  srand  à 
rr.^'ire  q  jé  l'animal  se  rapprcK-hedaTanla^e 
'*e  la  f'/rixie  harnaîne.  Il  t  a»  f»3rexemp!»% 
•irr.i  le«  «in^e^,  nn*^  e^j-ê'-e  cîiez  laquei.o 
ari:r  e  fe'ri^l  a  i2  dejrr^^:  c.ez  un  autre  aiii- 
fun\  <i^  la  m^rne  ferfjîiîe,  qui  est  no  des 
♦•ifi^-es  le*  plus  seinhiatfîeç  a  l'homme,  cet 
a;jJe  e*l  eiaclement  de  30  degrés.  Immé- 
<;;qtefnenl  après,  rient  la  tèîe  du  nè/re 
africain,  qui,  ainM  que  celle  du  Kalmouk, 
pré^nle  un  an^le  de  70  degrés;  enfin  dans 
la  t^te  des  hommes  de  l'Europe,  l'angle  est 
de  80  de^és.  C'est  de  celte  différence  de  dix 
i\^',LT(:%  aùe  dépend  la  beauté  plus  grande  de 
TEuropeen,  ce  qu'on  peut  appeler  sa  beauté 
rx^mparalÎTe;  quant  à  cette  beauté  absolue, 
qui  nous  frappe  à  un  si  baut  degré  dans 

Selques  «Buvres  de  la  statuaire  antique 
^mme  dans  la  tète  de  rÂpollon  et  dans  la 
Méduse  de  Sisocles),  elle  résulte  d*une 
ourerture  encore  plus  grande  de  Tangle 
qui,  dans  ce  cas,  atteint  jusqu'à  cent  de- 
grés. » 

La  théorie  gue  Camper  fonda  sur  cette 
mesure,  et  qui  consistait  à  établir,  pour  les 
différents  orares  d'êtres  virants,  une  sorte 
d^échelle  descendante,  à  les  montrer  comme 
composant  une  chaîne  non  interrompue  dans 
laquelle  le  nè^re  formait  l'anneau  intermé- 
diaire entre  1  Européen  et  l'orang-outang, 
cette  théorie  y  dis-je,  a  été  complètement 
renrersée,  en  ce  gui  concerne  le  crâne  hu- 
main, par  les  curieuses  et  intéressantes  dé- 
courertes  du  professeur  Owen. 

Il  est  essentiel  de  remarquer  que  Tyson, 
Camper  et  d'autres  anatomistes  plus  moder- 
nes, gui  ont  écrit  sur  la  structure  des  oran^s, 
ont  fondé  leurs  obserrations  sur  des  indi- 
vidus qui  n'avaient  pas  encore  atteint  tout 
leur  développement;  d'où  il  résulte  que  leurs 
remarques  sur  l'angle  facial,  les  dents  et  les 
proportions  relatives  du  crâne  et  de  la  face, 
sont  erronées,  lorsqu'on  les  applique  à  rani- 
mai adulte,  et  que,  comme  Ta  prouvé  clai- 
rement M»  Owon  ,  il  s'en  faut  de  beaucoup 
gue  la  transition  de  l'homme  aux  premiers 
singes  soit  aussi  graduelle  qu'ils  l'ont  sup- 
pose. 

On  sait  que,  dans  un  état  peu  avancé  de 
développement,  il  y  a,  entre  les  organismes, 
des  ressemblances  beaucoup  plus  grandes 
que  celles  qu'on  trouvera  en  comparant 
entre  eux  ces  mêmes  organismes  arrivés  à 
l'état  parfait,  et  propres  à  toutes  les  fonctions 
auxquelles  la  nature  les  a  destinés.  Ainsi, 
dans  le  fœtus  humain,  nous  trouvons  un  os 
intermaxillaire  distinct  tout  comme  chez  les 
singes  et  autres  animaux  inférieurs,  tandis 
que,  chez  l'homme  fait,  l'absence  de  cet  oà 
comme  pièce  séparée  constitue  j  aux  yeux  des 
zoologistes ,  une  des  particularités  anatomi- 

Ïues  qui  caractérisent  notre  espèce.  Il  n'est 
onc  point  surprenant  qu'ayaïit  examiné  le 


cT^ne  d'oc  jeune  ebimpanzé  dans  le  momeLt 
où  il  n'y  avait  de  déreioppées  que  les  dent^ 
de  lait.*  on  lui  ait  trouré  une  très-grande 
ressemblance  arer  le  crâne  humain.  Le  car- 
reau <ln  smze  atteint  tout  son  rolume  de 
trè>-tonne  heure  :  il  n*est  point  deslinô 
(iffmme  celui  deThommeà  un  développeroeni 
ultérieur;  par  conséquent,  à  Tâge  où,  f*ar 
suite  de  raerroissement  de  lappareil  den- 
taire, les  mâchoires  s'élargissent  ets^allon* 
g^nt,  et  où  il  y  a  en  même  temps  dérelop- 
pement  de  l'arcade  zygomalique»  comme  il 
n'y  a  point  agramii^sement  corresponiant 
diî  cerreau  et  par  suite  de  la  bofte  ossciL^e 
qui  le  renferme,  les  proportions  du  crâne 
arec  la  fice  deriennent  très^lifférentes  de 
ce  qu'elles  étaient  d'abord. 

Dans  le  jeune  âge  où  la  portion  crânienne 
est  très-déreloppée  relatirement  à  la  portion 
fa.'iale  et  maxillaire*  la  tète  de  Forang  s*ap- 
proche  à  plusieurs  égards  de  la  forme  bu* 
maine  :  Tangle  facial  est  très-ouverl»  !e  trou 
of'cipital  est  plus  central,  et  les  arcades  zygo* 
matiques,  sont  presque  entièrement  com- 
prises dans  la  moitié  antérieure  de  la  base 
du  crâne. 

Tous  ces  traits  de  ressemblance  sont  sin- 
gulièrement altérés  lorsqu'on  compare  les 
crânes  d*adultes.  On  reconnaît  alors,  comme 
M.  Owen  l'a  démontré,  que  des  caractères 
très-fortement  marqués  distinguent  la  tète 
des  animaux  quadrumanes  de  celle  des 
hommes.  Chez  les  premiers,  le  crâne  pro* 
prement  dit  est  une  botte  arrondie,  propor- 
tionnellement fort  petite ,  qui  est  placée  en 
arrière  de  la  foce  et  non  au-dessus. 

Les  différences  dépendantes  de  l'âge  sont 
très-importantes  à  considérer  chez  les  singea, 

![uand  il  est  question  de  l'angle  &cial .  D'après 
es  mesures  de  Camper,  cet  angle,  comme 
nous  l'avons  dit,  va  jusqu'à  80  degrés  dans 
la  tète  de  l'Européen  -  il  est  beaucoup  moin- 
dre dans  certains  crânes  humains,  et,  selon 
notre  auteur,  on  ne  l'a  trouvé  que  de  70  de- 
grés chez  les  nègres.  Dans  le  crâne  de  l'oran^r, 
cet  angle  a  été  estimé  à  6^,  63  ou  60  degrés  ; 
mais  ces  mesures  étaietit  prises  sur  de  jeunes 
sujets.  M.  Owen  a  constaté  que  l'angle  facial 
de  l'orang  noir  ou  chimpanzé  n'est  que  de 
35  degrés,  et  celui  de  l'orang  roux  de  30  de- 
grés seulement.  • 

La  différence  qui  existe  à  cet  égard  entre 
l'homme  et  les  premiers  singes,  est  donc  si 
considérable,  qu'il  n'y  a  rien  qui  puisse  lui 
être  comparé  dans  les  diversités  les  plus 
grandes  que  présentent  entre  elles  les  races 
Humaines.  Aussi  doit-on  considé:^r  plut^! 
comme  curieuses  que  comme  importantes 
pour  la  solution  d'aucune  grande  question,  les 
recherches  qui  nous  conduiraient  à  recon- 
naître que  dans  une  de  ces  races  le  crAne 
tend  à  se  rapprocher  un  peu  du  type  qiie 
nous  présentent  les  crânes  du  chimpanzé  ou 
de  l'orang.  Toutefois,  les  faits  qui  ont  été 
indiqués  par  Sœmmering  et  par  d'autres 
anatomistes,  méritent  d'èlre  pris  enconsi- 
ration. 

%"  De  la  configuration  du  crâne  vu  oar  en 
Aau/.— Blum en bach  nous  dit  que  sa  méthode 


CRA 


D^ANTHROFOLOGIE. 


CRA 


S70 


est  Je  résultat  des  observations  qu'il  a  eu 
occasion  de  faire  dans  le  cours  d*unc  longue 
et  constante  étude  des  crânes  des  différents 
peuples,  dont  se  compose  son  importante 
collection.  U  fait  remarquer  que  la  compa- 
raison de  la  largeur  des  tètes,  surtout  du 
Tertei ,  fait  ressortir  les  principales  diflé* 
renées  dans  la  configuration  générale  du 
crâne,  les  différences  les  plus  fortement 
marquées.  U  ajoute  que  Vensemble  du  crâne 
est  susceptible  de  tant  de  Tariétés  dans  sa 
forme  (les  parties  qui  contribuent  à  déter- 
miner le  caractère  national,  présentent  des 
proportions  et  des  directions  si  différentes), 
qu*il  est  impossible  de  soumettre  toutes  ces 
diversités  à  un  arrangement  fondé  sur  une 
mesure  unique  de  ligne  ou  d*angles;  de 
sorte  que,  pour  comparer  et  classer  les  crâ- 
nes selon  leurs  variétés  de  formes,  il  con- 
vient de  les  examiner  suivant  la  méthode 
qui  permet  d'embrasser  d'un  seul  coupd'œil 
le  plus  grand  nombre  de  particularités  carac- 
téristiques.  «  Or,  dit-il ,  le  meilleur  mojen 
pour  arriver  à  ce  résultat,  c'est  de  placer  la 
série  des  crânes  que  Ion  veut  comparer, de 
roanière  à  ce  que  les  os  molaires  se  trouvent 
enr  une  même  ligne  horizontale,  comme 
cela  a  lieu  quand  ces  crânes  reposent  sur  la 
mâchoire  inférieure ,  puis  de  se  placer  der- 
rière, en  amenant  Tœil  successivement  au- 
dessus  du  teriex  de  chacune  :  de  ce  point, 
en  effet,  on  saisira  les  variétés  dans  la  forme 
des  parties  qui  contribuent  le  plus  au  carac- 
tère national,  soit  qu'elles  consistent  dans  la 
direction  des  os  maxillaires  et  molaires,  soit 
qu'elles  dépendent  de  la  largeur  ou  de  l'étroi- 
tesse  du  contour  ovale  présenté  par  le  vertex, 
soit  enfin  qu'elles  se  trouvent  dans  la  confi- 
guration aplatie  ou  bombée  de  l'os  fron- 

Lorsque  toutes  les  différentes  formes 
observables  dans  le  crâne  humain  sont  com- 
parées entre  elles,  de  la  manière  qu'il  vient 
d'être  indiqué,  il  7  a,  suivant  Blumenbach, 
dans  le  contour  qu'elles  nous  présentent, 
trois  variétés  bien  tranchées  et  qui  se  dis- 
tinguent bien  nettement  l'une  de  l'autre.  11 
nous  donne  pour  type  de  ces  trois  variétés 
de  forme  les  crânes  d'un  Géorgien,  d'un 
Tungouse  et  d'un  nègre  de  Guinée,  et  les 
désigne  sius  les  noms  de  formes  caucasique, 
mongole  et  éthiopienne  (170). 

3*  Mesure  de  la  base  du  crâne,  —  Des  trois 
aspects  sous  lesquels  la  tète  osseuse  peut 
être  observée,  il  n'en  est  aucun  qui  nous 
permette  mieux  de  juger  de  sa  configuration 
générale,  que  celui  qui  nous  la  fait  voir  par 
sa  iMise,  l'importance  de  ce  mode  d'examen 

(170)  Le  eerveao,  qu'on  pfélend  saisir  dans  la 
Bcsnre  de  Tangle,  peut  étie  trapu,  c'est-à-dire  b» 
rt  la/ye  ;  rejeté  en  arrière ,  eonmie  daos  Tidéal 
pérwiea,  en  oonsenraiit  toujours  loème  volume, 
Mévie  poids,  méoie  puissance.  Aussi  la  formule  de 
Cai^per,  si  elle  est  restée  identique  pour  le  but,  à-t- 
elle clé  maniée  et  remaniée  quant  aux  moyens. 
Piod  a  dooMé  d*un  angle  postérieur  Tangle  de  Cam- 
per, en  cherchant  le  symptôme  de  la  foUe  ou  de  sa 
jrédisposHiota.  Btumenluich  a  inscrit  dans  on  carr* 
e  cràoe  v«  da  s*nciput;    Oven  trace  la  même 


a  été  démontré  de  la  manière  la  plus  com- 
plète par  M.  OweUy  dans  son  excellent  mé- 
moire sur  la  structure  de  Torang  et  du  chim- 
panzé; et  en  çffet»  retendue,  les  proportions 
relatives  et  les  particularités  des  dinéreutes 
parties  du  crâne  s'aperçoivent  bien  mieux 
par  ce  mode  de  comparaison,  trop  négligé 
jusqu'à  présent,  que  par  toute  autre  mé- 
thode. 

On  peut  observer  dans  ce  système,  que  le 
diamètre  antéro-postérieur  de  la  base  du 
crâne,  est  toujours  plus  long  chez  Torang 

Sue  chez  l'hommf.s  et,  dans  cette  (]ifférence 
e  longueur,  ce  oui  doit  frap^ier  surtout, 
c'est  la  position  oe  Tarcade  zygomatique, 
relativement  aux  autres  parties  que  présente 
le  plan  de  la  base  du  crâne.  Dans  toutes  les 
races  d*hommês,  et  même  chez  les  idiots, 
cette  arcade  tout  entière  se  trouve  comprise 
dans  la  moitié  antérieure  de  la  base  crâ- 
nienn;^.  Dans  la  tète  du  troglodyte  ou  chim- 
panzé^ adulte,  comme  dans  celle  du  satyre  eu 
orang,  elle  se  trouve  dans  la  région  moyenne 
du  crâne,  et  occupe  juste  un  tiers  de  la 
longueur  totale  du  diamètre  antéro -pos- 
térieur. 

Un  autre  caractère  extrêmement  remar- 
quable, mais  à  l'occasion  duquel  ont  été 
grandement  trompés  les  anatomistes  qui 
n  ont  comparé  l'homme  qu'avec  des  oran^ 
non  adultes,  c'est  la  position  du  trou  occipi- 
tal, position  qui  pourtant  constitue  un  traii 
bien  important  à  considérer,  non-seulement 
à  cause  de  ses  rapports  avec  le  caractère 

fénéral  des  formes  de  l'individu,  mais  aussi 
cause  de  ceux   qu'il  a  avec   les  habi- 
tudes. 

Ce  troj,  dans  les  tètes  humaines,  occupe 
presque  le  milieu  de  la  base  du  crâne,  ou 
plutôt  il  est  placé  immédiatement  en  arrière 
du  diamètre  transversal  ;  tandis  que  chez  le 
chimpanzé  adulte,  il  se  trouve  au  milieu  du 
tiers  postérieur  de  la  base.  Un  troisième 
caractère  distinctif  de  ces  singes,  c'est  le  plus 
grand  développement  des  os  qui  forment  la 
voûte  palatine,  ce  qui  fait  que  les  dents  sont 
beaucoup  plus  grandes  et  plus  écartées,  et 
ne  présentent  pas  cette  continuité  qui  est 
généralement  considérée  comme  un  des  ca- 
ractères di<itinctifs  de  l'homme.  Le$  inter- 
valles qui  se  trouvent  compris  entre  les 
incisives,  les  dents  laniaires  et  les  fausses 
molaires,  reçoivent,  comme  dans  les  ani- 
maux inférieurs,  les  dents  de  la  mâchoire 
opposée. 

Enfin,  chez  nos  singes,  la  base  du  crâne 
est  plate,  en  raison  du  défaut  de  développe- 
ment de  la  partie  inférieure  du  cerveau,  les 

figure  en  regardant  le  cràne  par  sa  base;  Cuvier 
veut  comparer  Taire  du  cerveau  ou  du  crâne  avec 
celle  de  la  face. 

Tous  ces  procéJés  peuvent  avoir  une  valeur  reia  - 
tive  et  transitive  pour  classer  une  collection  de  pa- 
thologie, d*analomie  comparée  et  même  d*ethnogra  • 
phie.  L^étude  directe  des  populations ,  comparées 
entre  elles;  d^individus,  comparés  en  masse  nom- 
breuse, fussent-ils  de  la  même  nation  et  de  la  même 
iribo,  renverse  toutes  les  suppositions  et  tous  lea. 
artifices  du  caiinet^ 


57f 


GlU 


DiCTIONiNAiUE 


CRA 


5:2 


fbrmes  de  la  boite  osseuse  accusant  celles 
de  Torgane  qu'il  renferme,  organe  dont  le 
déTeloppement  est  beaucoup  plus  grand 
chez  1  homme  que  chez  les  espèces  inié- 
rieures. 

Une  esquisse  de  la  base  du  crflne  nous 
donne  la  position  du  grand  trou  occipital , 

[)Osition  qui  a  toujours  été  considérée  par 
es  anatomistes  comme  très-importante  à 
considérer  pour  la  comparaison  de5  diffé- 
rentes races  numaines.  Dauben:on  a  observé 
que  ce  trou  est  placé  pl"j!5  en  arrière  dans 
ïa  tête  des  animaux  quo  dans  la  tête  de 
l'homme.  Chez  Thomme,  ainsi  que  nous  l'a- 
vons dit,  il  se  trouve  près  du  milieu  de  la 
base  du  crâne ,  où,  selon  l'indication  plus 
exacte  de  M.  Owen,  il  est  placé  immédiate- 
ment en  arrière  du  diamètre  transversal, 
c'est-à-dire  d'une  ligne  perpendiculaire  au 
diamètre  anléro-postérieur,  et  qui  le  divise 
en  deux  parties  égales.  Dans  la  tête  du  chim- 
panzé adulte,  le  grand  trou  occipital  occupe 
le  milieu  du  tiers  postérieurde  la  base.  Dans 
les  jeunes  sujets  qui  seuls,  pendant  long- 
tem|j$,  avaient  été  pris  comme  terme  de  com- 
paraison ,  ce  trou  est  placé  beaucoup  plus 
en  avant,  et  presque  au  milieu  du  diamètre 
antérO'postérieur;  toutefois,  il  est  encore 
évidemment  situé  plus  en  arrière  que  dans 
la  tète  de  l'homme.  Sœmniering  avait  cru 
apercevoir  quelque  différence  a  cet  6^avd 
entre  les  crânes  des  Européens  et  ceux  des 
nègres  ;  il  la  considérait  à  la  vérité  comme 
très-légère,  et  ne  s'exprimait  même  sur  ce 
point  qu'avec  doute;  mais  tous  les  auteurs 
modernes  qui  ont  cité  son  observation  sans 
se  donner,  à  ce  qu'il  paraîtrait,  beaucoup  de 
peine  pour  la  vérifier,  l'ont  répétée  dans  des 
ternes  bien  plus  forts. 

M.  Prichard  a  examiné  avec  le  plus  grand 
soin  la  situation  du  trou  occipital  dans  beau- 
couD  de  crânes  de  nègres  ;  dans  tous  il  a  vu 
cpi'îl  se  trouvait  exactement  derrière  la  ligne 
transversale,  qui  coupe  par  la  moitié  le  dia- 
mètre antéro-postérieur  de  la  base  du  crâne; 
or,  c'est  là  précisément  que  M.  Owen  a  in- 
diqué la  position  générale  du  trou  occipital 
dans  le  crâne  humain.  Chez  les  nègres  qui 
ont  l'arcade  dentaire  ou  plutôt  le  bord  alvéo- 
laire très-protubérant,  la  moitié  antérieure 
de  la  ligne  dont  nous  venons  de  parler  se 
trouve  par  là  légèrement  allongée  ;  mais  si 
l'on  tient  compte  de  cette  particularité,  la 
différence  devient  insensible  ;  dans  tous  les 
cas,  elle  est  très-peu  considérable,  et  on 
peut  en  apercevoir  éjgalement  dans  d'autres 
races  d'hommes,  si  \%n  examine  des  crânes 
qui  ont  la  mâchoire  supérieure  proémi- 
nente. 

Si  on  abaisse  du  sommet  de  la  tète  une 
ligne  perpendiculaire  au  plan  de  la  base,  on 
verra  que  le  trou  occipital  est  placé  immé- 
diatement derrière  le  point- de  rencontre,  et 
c'est  ce  qu*on  peut  observer  dans  les  têtes 
de  nègres  aussi  bien  que  dans  celles  des  Eu- 
ropéens. 

Crânes  pj/ramidaux.  — -  Ni  l'angle  facial 
Aq  Camper,  ni  la  projection  verticale  de 
lilumenbach,   ne   peuvent  faire   ressortir 


complètement  les  particularités  caradéristi'* 
ques  des  crânes  pyramidaux,  c'est-à-dire  des 
crânes  appartenant  aux  hommes  à  face  en 
losange.  Ces  caractères  se  voient  beaucoup 
mieux  dans  les  figures  oii  la  tête  est  prise 
de  face.  Dans  les  têtes  bien  conformées  des 
Européens,  ces  deux  lignes  sont  parallèles 
entre  elles,  ce  qui  tient  à  ce  que  le  front 
est  beaucoup  plus  large  que  diez  les  Esqui- 
maux et  chez  les  races  qui  leur  ressemblent 
par  la  forme  du  crâne,  tels  que  les  Mongols 
et  autres  nomades  du  nord  de  l'Asie.  Le  ca- 
ractère le  plus  frappant  de  la  tète  chez  tou- 
tes ces  nations  c'est  sa  grande  projection  la- 
térale dépendante  du  développement  de  !  ar- 
cade z3^gomatique.  L'os  malaire  qui  forme 
la  partie  moyenne  du  bord  inférieur  de 
rorbile  ne  se  projette  pas  en  avant  et  en 
bas  au-dessous  de  l'œil,  comme  dans  la  tète 

Erognathe  du  nègre,  mais  il  se  dirige  d'a- 
ord  en  dehors,  puis  se  recourbe  en  arrière 
pour  aller  rejoindre  une  projection  corres- 
pondante du  temporal,  et  les  deux  réun»s 
forment  un  large  arceau  fortement  courbé. 
Les  orbites  sont  grands  et  profonds.  La  i>ar- 
tie  supérieure  de  la  face  étantsingulièrement 
aplatie,  le  nez  étant  également  plat,  et  l'es- 
pace compris  entre  les  veux  se  trouvant  à 
1)eu  près  sur  le  même  pîan  que  les  os  raa- 
aires,  l'espace  triangulaire  qui  se  trouve 
compris  entre  deux  droites,  peut  être  com- 
paré à  une  des  faces  d'une  pyraijiide.  Le 
visage  entier,  au  lieu  du  contour  ovale 
qu'il  a  chez  la  plupart  des  Européens  et  chez 
beaucoup  d'Africains,  présente  une  sorte  de 
losange. 

Un  caractère  de  la  plupart  des  têtes  pyra- 
midales ou  plutôt  de  la  forme  du  visage  c[ui 
résulte  de  cette  conformation  du  crâne,  c'est 
l'obliquité  des  yeux  ou  plutôt  de  leur  ouver- 
ture :  les  yeux  étant  supposés  fermés,  les 
deux  fentes  des  paupières,  au  lieu  de  se  trou- 
ver en  droite  ligne,  sont  comme  placées  sur 
deux  lignes  convergentes.  L'ebliquilé  ne 
tient  pas  à  un  défaut  de  parallélisme  dans 
les  ornites,  ou  à  ce  que  les  axes  transverses 
de  ces  cavités  ne  seraient  pas  sur  le  prolon- 

Sement  l'un  de  l'autre,  mais  elle  résulte 
e  la  structure  même  des  paupières  :  la  peau 
étant  étroitement  tendue  sur  la  grande  saillie 
que  forme  l'osmalaire,  au-dessous  de  l'angle 
externe  de  l'œil,  et,  au  contraire,  n'ayant 
rien  qui  la  soulève  du  côté  interne,  puisque 
les  os  du  nez  sont  peu  relevés  et  que  l'espace 
inter-orbitaire  est  presque  de  niveau  avec  le 
bord  inférieur  de  l'orbite,  il  en  résulte  que 
l'axe  transverse  de  l'œil  semble  être  dirigé 
obliquement  en  dedens  et  en  bas. 

La  forme  ovale  ou  elliptique  du  visage  est 
propre  aux  Européens  et  aux  Asiatiques  mé* 
ridionaux  qui  leur  ressemblent;  les  arcades 
zygomatiques  et  les  mâchoires  étant*  moins 

Srotubêrantes,  la  silhouette  de  la  tête  vue 
'en  haut  n'a  point  d'angles  saillants  et  pré 
sente  un  contour  ovalaire.  Mais  dans  cet 
ovale,  ou  plutôt  dans  cette  ellipse,  il  s*en  faut 
de  beaucoup  que  le  rapport  des  deux  diamè- 
tres soit  constant  ;  eu  d'autres  mots,  cct- 
taines  nations  ont  la   tête  plus  arrondie» 


%1Z 


CRÂ 


D^AXTUROPOLOCIK. 


CR£ 


374 


die»  d*aaa^s   l'ont  plusj allongée  (  iTl }. 

Lo  grani  déreloppement  que  présentent, 
relativement  an  volume  du  cerveau,  les  ar- 
caJes  zygomatiques,  les  mâchoires  et  les  os 
de  la  face  en  général,  annonce  dans  les  têtes 
pro^athes  un  agrandissement  correspon- 
ii3nt  de  l'espace  occupé  par  les  organes  des 
sons  ;  ainsi,  par  ses  résultats,  cette  confor- 
mation est  celle  qui  convient  le  mieux  à  la 
condition  des  peuples  nomades  ou  chasseurs. 
En  admettant  donc  que  1  une  ou  l'autre  de 
ces  deux  conditions  ait  été  primitivement 
celle  de  Tespèce  humaine,  il  y  a  lieu  de  sup- 
{loser  que  les  premiers  hommes  devaient 
ressembler  aux  Esquimaux  ou  aux  nè- 
gres. Hais  c'est  là  une  question  historique 
uont  nous  n'avons  pas  pour  le  moment  à  nous 
oxuper. 

Les  caractères  physiques  des  races  que 
n>us  venons  de  nommer  offrent  de  l'analo- 
gie avec  ceux  des  animaux  sauvages  et  non 
encore  modifiés  par  la  culture.  Mais  comme 
ou  fait  que  les  traits  distinctifs  des  espèces 
qui  n*ont  point  encore  perdu  leur  indépen- 
dance, peuvent,  après  s*étre  en  partie  effa- 
cées sous  l'influence  de  la  domesticité ,  re- 
paraître par  suite  do  retour  à  la  vie  sauvage, 
iJ  est  réellement  peu  important  pour  nous 
de  savoir  si  les  cara2tères  particuliers  aux 
nues  humaines  les  plus  ^ssières  sont  ap- 
{lartenu  à  la  forme  primitive  de  Tespèce ,  ou 
h  ils  sont  le  résultat  d'une  dégradation  :  or, 
la  dégradation  d'une  race,  loin  d'être  un  fait 
exceptionnel ,  aurait  eu  lieu  chez  toutes  les 
nations  que  nous  voyons  aujourd'hui  à  l'é- 
tat de  iiaroarie,  si  l'on  admettait  avec  quel- 
ques écrivains ,  mais  contrairement  à  1  opi- 
nion généralemcul  ret;'je  ,  que  le  genre  hu- 
main a  commeacé  par  un  état  d  élévation 
morale  et  intellectuelle  dont  plus  tard  il  se- 
rait déchu. 

Ceux  qui  soutiennent  cette  dernière  hy- 
pjlhèse  n'ont  pas  besoin  d'ailleurs,  pour  la 
uéi'enJre,  de  recourir  au  témoignage  des 
histoires  sacrées  et  profanes  ;  ils  peuvent 
oujecter,  contre  la  vraisemblance  de  fhypo- 
t.iese  contraire,  ce  fait  remarquable  que  les 
nations  le  plus  bas  placées,  telles  que  les 


Esquimaux  et  les  tribus  nomades  de  i  Afri- 
que et  de  l'Amérique ,  ne  montrent  aucune 
tendance  à  se  civiliser,  ce  qui  semble  indi- 
quer que  l'espèce  humaine ,  si  elle  eût  été 
originairement  sauvage ,  serait  restée^à  tout 
jamais  privée  des  bienfaits  d'une  culture 
morale  et  intellectuelle.  D'un  autre  côté,  il  y 
a  beaucoup  d'exemples  très-connus  de  na- 
tions qui  sont  devenues  barbares  après  avoir 
été  dans  un  état  de  civilisation  assez  avancé, 
et  il  est  très-facile  de  concevoir  quelles  sont 
les  causes  qui  ont  pu  amener  de  pareils  ré« 
sultats.  Au  reste,  quelque  valeur  que  Ton 
attache  à  ces  arguments ,  il  suilit  de  savoir 
que  l'opinion  en  faveur  de  laquelle  on  les  a 
allégués  n  a  rien  qui  soit  physiquement  dé- 
montré impossible,  et  ainsi  en  comparant  les 
différentes  formes  du  crâne  humain,  rien  ne 
nous  empêche  de  prendre  pour  point  de  dé- 
part le  type  des  races  les  plus  perfectionnées, 
et  d'y  rapporter  toutes  les  variétés  qui  se 
montrent  dans  les  tribus  nomades  et  sauva- 
ges ;  il  nous  est  tout  aussi  permis  de  procé- 
der dans  cette  direction  que  dans  la  direc* 
tion  contraire,  etla  première  méthode  même 
a  un  certain  avantage  ,  en  ce  qu'elle  nous 
offre,  pour  les  rapports  et  les  rapproche- 
ments à  établir,  un  terme  de  comparaison 
bien  défini  et  bien  connu. 
^  CilANE  du  singe  comparé  à  celui  de 
l'homme.  Voy,  Cranb. 
CRANES  des   Américains.  Voy.    AiiéBi- 

CAINS. 

CRÉTINS.  —  On  donne  le  nom  de  crétins 
à  des  individus  idiots  ou  imbéciles,  généra- 
lement paresseux,  apathiques,  gourmands  et 
lascifs.  L,eur  aspect  a  quelqae  chose  de  re- 
l>oussant;  ils  tivent  dans  la  saleté.  11  y  en  a 
d  aveugles,  de  sourds-muets;  ils  portent 
presque  tous  des  goitres  volumineux  :  leurs 
chairs  sont  molles  et  flasques  ,  leur  peau 
flétrie  e.  ridée,  jaune,  pâle,  couverte  de 
crasse,  d'une  couche  terreuse  de  gale,  de 
dartres  ;  leurs  paupières  sont  gonflées,  les 
yeux  rouges  et  cnassieux,  saillants  et  écartés. 
Le  ar  bouche  béante  laisse  découler  la  salive  ; 
leur  langue  est  épaisse  et  pendante  ,  leur 
figure  aplatie,  violacée ,  bouffie  ,  leur  mâ- 


(171)  V ampleur  du  cràns^  %a  capacitif  ne  sont 
pi»  les  mèm^  dans  loites  les  races  humaines,  si 
uojs  en  croyons  ce  qa*ont  écrit  à  ce  sujet  presque 
bja>  1^  anatooiisles.  On  a  sarlout  opposé  le  ci*ane 
de  TEuropé^  à  celui  du  né^re.  Voici  les  remarques 
df  Sjemmerinj  à  cet  égard  :  c  J*ai  mesuré,  du-il, 
pto^iears  crânes  de  nègres  el  presque  tjus  mes 
crânes  européens,  dans  le  but  de  comparer  leur  ca- 
pjc«Lé  respeclîTe  ;  y  ai  trouvé  :  1*  qu  une  ligne,  coo- 
ûjiie,  de  la  racine  du  nez,  le  l^ng  de  la  suture  sa- 
f  Uate,  jusjqa*ao  bord  du  trou  ovale,  était  plus  courte 
tiiez  le  nêi;re,  ta  face  ayant  b  même  longueur  ; 
±*  que  la  cireoorérence,  prise  en  passant  au-dessus 
des  sourcils  et  des  os  temporaux ,  étaii  moindre 
aosfii,  el,  Si",  qa''aiican  dei  diamètres  transverses 
n'égalait  les  diamèlres  correspondants  des  létes  en- 
ropéennes.  »  Qui  ne  prononcerait,  diaprés  cela,  que 
le  dioe  el  le  eenreao  du  nègre  restent  au-dessous 
des  proporitOD&ieconnneâ  an  cerveau  deTËuropé^n? 
A«Joarj*bai  encore,  cela  se  répèle  sans  qu*on  élève 
l<  HMiindre  doute  à  cet  c^ard,  et  cependant  Ù  y  a 
du  ani  qjc  ente  c."oyaacc  a  eut  cioibatlu?  jjar 


Tiedemann.  Sj  manière  d^opérer  était  certainemeol 
meilleure  que  celle  de  Sœmmering.  11  pesait  d*abord 
la  téle  dont  il  voulait  déterminer  la  capacité,  puis 
it  ta  remplissait  de  miilet  cLla  pesait  de  nonveau. 
Cette  expérience,  faite  sur  quarante  cl  un  individus 
appartenant  à  ta  race  éthiopienne,  et  s:ir  soixante  el 
oaze  crânes  de  b  race  caucasique,  loi  a  montré  que 
b  cavité  qui  recèle  le  cerveau  du  nègre  n*a  pas 
moins  de  capacité  que  celle  affectée  au  cerveau  de 
riiluropésn.  Bien  qu*lljniilton  ait  obtenu  des  ré- 
sultats semblables  a  ceux  que  je  viens  de  roeoUon- 
ner,  j^éprouve ,  en  k's  consignant  ici ,  je  ne  sais 

Îuelle  crainte  qu'ils  ne  soient  ou  qu'ils  n'aient  été 
émentîs.  Comme  le  crâne  du  nègre  est  incontesta- 
blement pkis  étroit  en  travers,  il  faut  qn'il  gagne, 
en  longueur  et  dans  la  sens  vertical,  et  surtout  par 
révasement  de  sa  base,  ce  qu'il  perd  dans  le  |iremiei 
sens.  En  reconnaissant  un  allongement  du  diamélrb 
antéro-postérieur  du  crâne  du  nè^,  je  repousse, 
comme  o  i  le  voit,  une  dos  assertions  de  Sœmme^ 
ring. 


575 


CRE 


DlCliONxNAiUJ!; 


CRG 


570 


k 


choire  inférieure  allongée,  leur  front  assez 
souvent  déjeté  en  arrière.  Leur  taille  s'élève 
rarement  au  delà  de  1,299  milliro.;  leur 
existence  ne  s*étend  jamais  guère  à  plus  de 
trente  années. 

Il  a  été  jusc{u'à  présent  assez  difficile  d'in- 
diquer la  véritable  cause  du  crétinisme  ;  on 
Ta  attribué  tantôt  à  Tusage  des  eaux  de  sour- 
ces ci'ues  et  plâtreuses  (ce  qui  expliquerait 
Fétymologie  du  mot  crétin^  creta,  craie)  ;  tan- 
tôt k  l'air  épais ,  stagnant ,  corrompu  qu'on 
respire  habituellement  dans  certaines  val- 
lées; tantôt,  enfin ,  à  la  misère  ,  à  la  débau- 
che et  à  la  mauvaise  qualité  des  aliments. 

Un  jeune  et  savant  médecin ,  M.  le  doc- 
teur Marchant,  né  dans  les  Pyrénées,  ce 
pays  qui  présente  à  l'observateur  les  dis- 
semblances les  plus  frappantes  dans  la  con- 
formation physique,  les  habitudes  morales 
et  les  facultés' intellectuelles  de  ses  habitants, 
a  voulu  mettre  à  profit  son  séjour  au  milieu 
des  populations  pyrénéennes  pour  étudier 
ces  types  si  divers  et  si  étranges,  montrant  la 
nature  humaine ,  tantôt  dans  toute  sa  ri- 
chesse ,  sa  vigueur,  sa  beauté ,  son  intelli- 
gence; tantôt  dégradée,  abrutie,  traînant 
une  misérable  existence  en  proie  aux  infir- 
mités les  plus  dégoûtantes. 

L'étude  des  causes  du  crétinisme  et  du 
goitre  a  été  l'objet  principal  de  M.  Marchant, 
et,  d'après  ses  recnerches,  il  a  cru  pouvoir 
établir  une  série  de  propositions. 

Après  avoir  suivi  la  population  pyrénéenne 
dans  toute  la  longueur  de  lachaine,  il  a  posé 
comme  résultat  que  la  conformation  physi- 
que de  ses  habitants  varie  selon  la  position 
géographique  des  villages  ;•  elle  est  plus 
avantageuse  sur  les  hauteurs  et  dans  le  voi- 
sinage de  la  plaine  qu'elle  ne  l'est  dans  les 
vallées  profondes  et  entourées  de  hautes 
montagnes.  Ainsi  le  type  physique  des  habi- 
tants du  centre  de  la  chaîne  est  moins 
régulier,  moins  beau  que  le  type  physique 
des  Pyrénées  qui  occupent  l'extrémité  orien- 
tale, et  surtout  l'extrémité  occidentale  de  cette 
chaîne  de  montagnes  ;  entre  ces  deux  extré- 
mités et  le  centre,  la  taille  de  Thomme  et  sa 
constitution  se  trouvent  dans  certains  rap- 
ports déterminés  avec  l'élévation  des  mon- 
tagnes et  la  profondeur  des  vallées  qu'elles 
circonscrivent. 

Entre  la  confor^mation  physique  des  Py- 
rénéens et  leur  aptitude  intellectuelle  existe 
un  rapport  direct ,  constant ,  et  qui  ne  se 
trouve  en  défaut  que  pour  des  localités  pla- 
cées dans  des  conditions  exceptionnelles, 
telles  que  les  eaux  thermales.  Deux  grandes 
catégories  peuvent  être  établies  dans  cette 
population  :  l'une  habite  les  hauteurs  et  le 
voisinage  des  plaines;  l'autre  les  vallées 
basses  et  profonies. 

Les  montagnards  de  la  première  catégorie 
sont  généralement  bien  constitués.  Ils  se 
distinguent  moins  par  leur  stature  élevée 
que  par  les  proportions  parfaites  qu'ils  pré- 
sentent dans  les  formes  du  corps  et  des 
membres.  Chez  eux  le  crâne  est  volumineux 
ot  se  courbe  aven  harmonie  dans  toutes  ses 
lignes,  Jandis  f^ue  le  front,  très-large,  se 


prolonge  vers  un  sommet  élevé  ;  leur  visage 
est  très-allongé,  et  il  se  termine  par  un  men- 
ton en  pointe;  leur  nez  est  prononcé,  aminci 
et  en  général  aquilin;  ils  ont  des  yeux  noirs, 
bien  fendus  ,  très-grands ,  et  des  sourcils  ar- 
qués, épais  ,  et  qui  le  plus  souvent  se  réu- 
nissent à  la  racine  du  nez.  Ils  ont  la  peau 
généralement  fine  et  douce  ,  des  cheveux 
noirs  ou  brun  foncé,  une  barbe  épaisse  ;  ils 
deviennent  chauves  de  très-bonne  heure, 
mais  plus  particulièrement  au  sommet  du 
front.  Ces  Pyrénéens  sont  forts,  très-agiles 
et  très-capables  de  lutter  avantageusement 
contre  les  causes  des  maladies.  Ils  sont  doués 
d'un  ardent  amour  de  la  liberté  ;  c'est  à  peine 
si  de  nos  jours  ils  se  soumettent  aux  obliga- 
tions des  lois  du  royaume  sur  les  points  qui 
régissent  d'une  manière  directe  les  intérêts 
de  leurs  localités. 

La  nature  n'a  pas  traité  moins  favorable- 
ment les  femmes  que  les  hommes  de  ces 
contrés  pyrénéennes.  La  beauté  de  celles  du 
Béarn,  des  pays  Basques ,  du  Bigorre  et  da 
Roussillon  est  devenue  proverbiale,  La  gé- 
nérosité, la  bienfaisance  et  la  fidélité  sont 
pour  les  Pyrénéens  des  vertus  particulières. 
Jamais  leur  liberté  ou  leur  couraze  ne  furent 
échangés  contre  de  l'argent.  L  esprit  poé- 
tique de  ce  peuple,  son  imagination  exaltée 
ou  romanesque ,  sa  douceur  et  sa  sociabi- 
lité l'ont  rendu  très-religieux.  Comme  oid- 
bre  à  ce  tableau ,  M.  Marchant  a  fait  ressor- 
tir quelques  défauts  propres  à  ces  habitants. 
Ils  sont  ardents  et  impétueux  pour  les  plai- 
sirs, auxquels  ils  sacrifient  trop  souvent  les 
lois  du  devoir  et  de  la  justice.  Très-légers, 
mobiles  dans  leurs  projets,  incapables  d'at- 
tention soutenue ,  emportés  et  vaniteux,  ils 
se  distinguent  des  autres  habitants  du  midi 
de  la  France  par  une  habitude  d'expressions 
figurées,  par  des  phrases  longues,  rapides  et 
sans  intervalles.  Tant  d'exagération  ,  un 
idiome  m&le  et  expressif,  ne  suffisent  pas 
cependant  à  ce  peuple  ;  il  s'eûbrce  en  oulro 
de  parler  par  les  mains ,  la  figure ,  les  jeux, 
et  par  des  intonations  très-variées  de  la 
voix. 

Comparons  maintenant  à  ce  tableau  celui 
que  présentent  les  Pyrénées  de  la  seconde 
catégorie,  c'est-à-dire  ceux  qui  habitent  les 
vallées  basses  et  profondes.  Tout  annonce 
ici  une  race  d'hommes  dégénérée  ;  leur 
taille  est  généralement  au-dessous  de  la 
moyenne,  et  les  membres  disproportionnés, 
donnent  à  leur  personne  une  apparence  com- 
mune et  trapue.  Les  jambes  de  ces  monta- 
gnards sont  courtes  et  grosses  ,  tandis  qfue 
leurs  extrémités  thoraciques  semblent  avoir 
une  longueur  démesurée.  Leurs  pieds  sont 
plats,  larges  et  très-gros  ;  ils  sont  fortement 
débordés  en  arrière  par  le  calcanéum,  qui,  à 
en  juger  par  la  largeur  du  talon  ,  serais  en 
môme  temps  plus  étendu  transversalement 
chez  ces  individus  que  chez  ceux  de  la  pre- 
mière catégorie.  Leur  visage  estlarçe,  court, 
très-plat  ;  remarquable  par  la  saillie  des  os 
malaires  et  la  longueur  des  arcades  zyçoma- 
tiques;  leur  bouche,  entourée  de  lèvres 
épaii>ses  et  pendantes,  désagréablement  ou- 


in 


CRE 


D'ANTiJlOPOLOCIE. 


GRO 


578 


Tcrtes  entre  un  nez  épali!  et  un  menton 
court,  arrondi ,  fuyant  de  nas  en  arrière  ; 
leur  crâne,  moins  volumineux  que  chez  les 
premiers,  manque  toujours  de  symétrie  et 
présente  des  gradations  saillantes. 

C'est  dans  cette  partie  de  la  population  , 
dont  le  tempérament  est  généralement  lym- 
phatique el  scrofuleui,  que  les  goutteux 
et  les  crétins  se  trouvent  presque  exclusi- 
Temenl.  On  peut  même  ajouter  que  les  in- 
diridus  qui  sont  épargnés  par  la  preibière 
de  ces  affections  ont  tous,  en  général,  le  cou 
très-gros  et  très-court.  Les  caractères  intel- 
lectuels et  moraux  de  ces  populations  sont 
dans  un  rapport  exact  avec  leur  conforma- 
lion  physique.  Rien  ne  rappelle  ici  cette  ac- 
tinie incessante,  cette  fierté  des  habitants  de 
la  première  catégorie.  Tout,  au  contraire, 
chez  ces  malheureux  respire  l'indolence  el 
Tapathie  la  plus  absolue  ;  c'est  à  peine  s'ils 
pensent  à  s  abriter  contre  les  intempéries 
des  sflsons ,  efà-se^  garantir  des  nombreu- 
ses influences  locales  capables  d*allérer  gra- 
remeni  leur  santé.  Leurs  facultés  intel- 
kluelles  sont  très-bornées  ;  mais  en  revan- 
che ces  montagnards  sont  rusés,  rampants, 
très-enclins  au  vol  et  à  la  débauche. 

I>e  ce  coup  d'œil  d'ensemble  sur  les  popu- 
lations pyrénéennes,  M.  Marchant  croit  pou- 
Toir  établir  qu'une  conformation  irrégulière, 
qu'un  délaut  d'harmonie  entre  les  membres 
et  le  tronc ,  ne  seraient  que  les  premières 
empreintes  du  crétinisme.  Cette]  affection 
n'est  pour  lui  qu'une  exagération  ,  un  degré 
plus  avancé  des  traits  physiques  et  intellect 
tuels  qui  distinguent  les  Pyrénéens  de  la 
seconde  catégorie. 

Mais  cette  étude  étiologique  est  rendue 
très-difficile  par  le  nombre  el  la  diversité 
des  conditions  hygiéniques  défavorables  qui 
entourent  les  habitants  chez  lesquels  s'ob- 
servent le  goitre  et  le  crétinisme.  N'y  a-t-il 
qu'une  seule  cause ,  ou  bien  faut-il  tenir 
ï^orapte  de  l'ensemble  de  ces  conditions? 
M.  Marchant  adopte  la  dernière  opinion, 
iprès  avoir  renversé  toutes  les  causes  uni- 
ques admises  par  les  divers  auteurs  ,  telles 
que  rinflucnce  des  races ,  de  certaines 
eaux,  etc.  Un  fait  très-curieux,  que  l'auteur 
a  développé  avec  soin,  est  celui-ci  :  Dans  les 
Pvrénées,  partout  où  la  végétation  est  très- 
nche  et  très-puissante,  la  constitution  phy- 
sif^uc  de  l'homme  se  dégrade.  N'y  a-t-il 
qu  un  simple  rapport  de  coïncidence  ,  ou 
bien  une  végétation  trop  vigoureuse  peut- 
elle  exercer  une  influence  fâcheuse  sur  les 
l^opulations  aui  vivent  au  milieu  d'elle? 
M.  Marchant  nésite  à  se  prononcer. 

L'exposition  des  localités  et  des  habita- 
tions ne  lui  semble  pas  exercer  une  grande 
influence  c^mme  cause  de  goitre  et  du  cré- 
tinisme ;  cette  exposition  est  souvent  la 
même  dans  des  villages  et  des  maisons  dont 
If'S  uns  abondent  en  goitreux  et  en  crétins, 
tandis  oue  les  autres  sont  épargnés  par  ces 
il^'ux  affreuses  maladies;  cette  exposition 
eM  quelquefois,  au  contraire,  diflérente  dans 
Husicurs  localités  habitées  par  des  popula- 
tions qui  présentent  entre   elles  les   plus 


grandes  analogies  physiques  intellectuelles 
et  morales. 

Maïs  l'humidité  du  sol ,  celle  de  l'atmos- 
phère, lui  semblent  jouer  un  très-grand  rôle 
dans  la  production  du  goitre  et  du  créti- 
nisme ;  il  assure  que  cette  condition  hygié^ 
nicrue  peut  être  considérée  comme  une  de 
celles  qui  coïncident  le  plus  fréquemment 
dans  les  Pyrénées  avec  la  présence  du  goi- 
tre et  du  crétinisme,  quoiqu'elle  manque 
cependant  dans  quelques  villages  dont  les 
habitants  sont  décimés  par  ces  affections. 
La  malpropreté,  la  misère,  une  alimentation 
de  mauvaise  nature  ou  insuffisante  ,  étant 
des  conditions  hygiéniques  communes  à 
toutes  les  localités  des  Pyrénées ,  l'auteur 
ne  peut  pas  les  regarder  comme  des  causes 
déterminantes  du  goitre.  Les  influences  in- 
contestables sur  la  santé  de  l'homme  doi- 
vent faire  ranger  ces  conditions  hygiéni 
ques  parmi  les  causes  prédisposantes. 

Ennn,  une  des  causes  auxquelles  il  attri-* 
bue  la  plus  grande  importance  dans  la  pro-» 
duction  du  goitre  et  du  crétinisme ,  c'est  la 
funeste  habitude  où  sont  les  habitants  de . 
chaque  village  de  ne  s'allier  que  fort  rare- 
ment à  ceux  d'un  village  voisin  :  de  là  doit 
nécessairement  résulter,  à  la  longue,  la  dé-» 

Gradation  de  la  population  ;  et  cette  cause  a 
té  assez  puissante  pour  qu'il  ne  soit  pas 
très-rare  de  rencontrer  des  crétins  parmi 
les  descendants  de  quelque  famille  noble  et 
riche  présentant  les  conditions  hygiéniques 
favorables  pour  résister  aux  causes  de  cette 
maladie. 

CRIS.  Voy.  Voix. 

CROISEMENT  et  TRANSITION.  —  On 
sait  assez  que  deux  races  mises  en  contact 
par  une  conquête,  un  commerce,  une  traite, 
se  croisent  par  le  mariage  et  produisent  une 
génération  métive.  L'union  de  deux  races 
peu  difl'érentes,  le  Celte  et  le  Germain,  le 
Germain  et  le  Slave,  produit  des  nuances 
peu  saisissables.  Les  effets  du  croisement 
ont  été  étudiés  là  où  deux  facteurs  très-djs- 
parates  donnaient  des  [produits  plus  pronon- 
cés :  aux  colonies,  le  Caucasien  le  plus 
blond  s'unit  à  la  négresse  la  plus  noire  ;  et 
les  préjugés  du  pays,  en  flétrissant  la  caste 
africaine,  ont  crée  un  puissant  intérêt  à 
classer  et  préciser  les  castes  intermédiaires, 

Moreau  de  Saint-Mér^  et  Franklin  les  dis« 
linguent  par  les  ap[)ellations  suivantes  :  mu-^ 
lâtre,  quarteron,  métif,  mameluk,  quarte-^ 
ronné,  sang-mèlé.  Ces  six  degrés  résultent 
du  mélange  continu  du  blanc  avec  la  né- 
gresse d'abord,  puis  avec  les  dérivés  succes- 
sifs du  croisement,  mulâtresse,  quarteronne, 
métive,  etc.  Les  castes  de  couleur,  dans  leur 
retour  vers  le  nègre,  ont  noté  avec  la  même 

{précision  leur  gamme  descendante  ;  le  mu- 
fttre  et  la  négresse  donnent  le  griffe  ;  mulâ- 
tre et  griffe  le  marabou  ;  griffe  et  négresse 
le  sakatra.  Sur  le  continent  américain,  on  a 
classé,  quoique  plus  vaguement,  les  produits 
croisés  d'européen  et  d'inuien,  d'indien 
avec  africain.  En  Portugais,  le  fils  du  blanc 
avec  l'indienne  s'appelle  mamcluco;  le  fils 
du  mamcluco. avec  l'indienne,  chulo  ;  lo 


S73 


CRO 


DICTIONNAIRE 


CRO 


m 


no'r  africain  ardc  l'indienne  fait  le  curibCH 
cas»  appelé  à  Saint-Paul  cafuso ,  en  Colom- 
bie zambo,  et  dans  d*autres  pays  espagnols, 
sombolero.  Le  somholero  et  la  mulAtresse 
font  le  saccalaqua.  M.RouUin  parle  aussi  du 

Croduit  de  Teuropéen  avec  une  sorte  d'al- 
inos  américain,  produit  qui  s*appelle  salta- 
tras.  En  Sénégambie,  le  métis  ou  nègre  et 
du  foulle  5*appelle  toucolor. 

Les  races  blanches  sont  en  contact  avec 
des  mongols  fort  basanés  dans  toute  l'Asie 
centrale.  Mais  les  etiets  du  croisement  n*ont 

Sas  été  enregistrés  parla  science.  Le  nom  de 
arismy  s'applique,  dans  la  langue  russe, 
aux  produits  d'un  pareil  mélange,  sans  pré- 
ciser le  de^é  eiact  de  la  parenté.  Dans  far- 
chipel  inuo^hinois,  oCi  la  yolupté  euro- 
péenne a  trouvé  des  aliments  aussi  faciles  et 
plus  variés  qu'aux  Antilles,  les  produits  doi- 
vent être  curieux  par  leur  multiplicité,  ins- 
tructifs par  leurs  apparences.  Les  diction- 
naires espagnols  et  tiollandais  n'en  ont  pas 
encore  formulé  la  filiation.  La  philanthropie 
anglaise  n'a  pas  voulu  accroître  la  liste  déjà 
«inùnie  des  parias  indiens:  aussi  tout  en 
cédant  à  la  fantaisie  européenne  stimulée  par 
l'ardeur  des  tropiques,  elle  s'est  du  moins 
abstenue  d'appellations  plus  flétrissantes  et 
plus  précises  que  half^casty  middU-race, 
country-born.  M.  de  Salles  a  vu  à  Londres 
de  nombreux  et  magnifiques  échantillons  de 
ce  mélange  du  sang  britannique  avec  pres- 
que toutes  les  castes  ou  nations  indiennes, 
siks,  mahrattes,  radjpout,  télinga,  malabare, 
orissa,  bengali,  visapour,  cingalais,  myso- 
rien. 

Dans  beaucoup  de  pays,  on  a  constaté  la 
beauté  et  la  vigueur  de  ces  races  croisées. 
Les  Hollandais  et  les  Hottentots  ont  engen- 
dré, au  Cap,  do  véritables  géants.  Les  deux 
nations  qui  vivent* à  la  Nouvelle-Zélande, 
ont  donné  naissance  à  un  type  quasi-juif 
pour  les  traits  et  la  couleur  ;  dans  les  deux 
pays,  les  femmes  ont  adouci  par  la  beauté 
la  force  de  l'autre  sexe.  Entre  races  très-ba- 
sanées, ce  double  résultat  n'en  existe  pas 
moins  ;  seulement  il  estmoins  frappant  pour 
l'œil  européen,  sensible  surtout  à  un  type  de 
beauté  qui  se  rapproche  du  sien. 

Entre  autres  particularités  offertes  par  les 
métis  des  races  noires  ou  fuligineuses,  on  a 
noté  la  luxuriante  chevelure  des  Cafusos 
d'Amérique  et  des  Papous  de  l'archipel  indo- 
chinois.  Ces  deux  métis  sont  issus  d'un  nè- 
gre laineux  et  d'une  femme  très-basanée  à 
cheveux  plats,*américaine  dans  un  cas,  ma- 
laise dans  l'aufre.  Laraca  nègre,  d'où  émane 
le  Papou  est  celle  de  la  Nouvelle-Guinée,  que 

{plusieurs  naturalistes  ont  retrouvée  dans  les 
les  de  la  Sonde,  Moluques,  et  à  la  presqu'île 
de  Malacca.  La  chevelure  demi-laineuse  des 
Papous  et  des  Cafusos  forme  autou?  de  leur 
lêlj  u  :e  mafse  de  plusieurs  pieJs  de  circon- 
fér.'pce.  On  l'a  remarquée  aussi  chez  des 
métis  des  races  malgaches  exportés  aux  îles 
de  France  et  Bourbon ,  sous  le  nom  de  tètes 
de  mar  jii  es.  Les  Béni-Ababdé  et  les  Bécha- 
ries  d'Egypte  et  Nubfo  offrent  aussi  une  fête 
{gonflée  par  cette  plique  énorme,  que,  mu- 


sulmans peu  scrupuleux,  ils  ont  négligé  de 
raser  et  de  cacher  sous  un  turban.  Beaucoup 
de  têtes  entnrbanées  d'Abyssiuie,  Nubie  et 
Egypte,  se  couvriraient  de  chevelures  pareil* 
les,  si  elles  adoptaient  le  négligé  sauvage  des 
Bécharies  ;  car  les  concubines  négresses 
abondent  partout,  même  chez  les  Tibbous 
et  les  Scheggià,  qui  se  vantent  de  conser* 
ver  leur  sang  arabe  purde  toute  mésalliance, 
sous  leur  peau  noire  et  luisante  comme  une 
botte  Terme. 

La  lonsue  vallée  du  Nil,  placée  aux  con- 
fins de  l'Afrique  et  de  l'Asie,  est  depuis  bien 
longtemps  le  point  de  réunion  des  peu- 
ples de  ces  deux  mondes,  et  une  race  metive 
se  surajoute  incessamment  au  type  national. 
Ce  mouvement  est  aussi  ancien  gueles  temps 
historiaues  ;  les  monuments  peints  et  sculp- 
tés le  démontrent  encore  mieux  que  les  mo- 
mies, puisque  celles-ci  n'ont  conservé  in- 
tact que  le  squelette.  Les  traits  mous,  la 
peau,  la  chevelure  sont  détériorés.  Les  con- 
clusions de  Blumenbach,  tirées  de  l'examen 
des  momies,  sont  rendues  parfaitement  in- 
signifiantes par  la  minime  quantité  des  piè- 
ces du  procès  ;  mais,  soit  hasard,  soit  ins- 
tinct, Blumenbach  a  exactement  indiqué  les 
races  qui  coopéraient  %  la  population  de  TE- 
gypte  antique;,  indou,  nègre,  nubien.  Cette 
dernière  ne  peut  être  que  le  métis  issu  de 
l'union  des  deux  autres. 

Cuvier  et  ceux  qui  le  répètent  de  con- 
fiance, ont  trouvé  une  race  caucasienne  à 
rinspection  des  momies.  On  ne  peut  pas 
fonder  grand  chose  sur  la  valeur  du  squ^ 
lette  apprécié  indépendamment  des  traits  et 
de  la  peau.  11  y  a  des  crânes  et  des  traits 
caucasiens  chez  les  Yolofa  et  les  Achantis,  et 
tout  le  monde  mêle  aujourd'hui  les  Indous 
à  la  race  caucasienne. 

Les  cheveux  roux  et  par  fois  plats  trouvés 
sur  quelques  momies,  ont  laissé  croire  à  une 
harmonisation  avec  une  peau  au'on  avait  la 
meilleure  volonté  de  trouver  blanche,  avant 
de  se  douter  que  la  couleur  des  peintures  de 
Biban-el-Moulouh  et  d'Elethya  était  sincère 
pour  les  hommes  et  pour  les  femmes  de  l'E- 
gypte antique.  Ces  mêmes  peintures  nous 
apprennent  la  forme  et  la  couleur  précise 
des  chevelures  aplaties  par  les  banclelcttes 
et  roussies  par  Talcali  du  natron  ou  \^v  la 
friture  du  goudron  parfumé.  Là  où  Téti* 
quette  n'a  pas  rasé  les  cheveux,  comme  chez 
les  prêtres,  ne  les  a  pas  dissimulés  sous  un 
casque  ou  une  autre  coiffure,  on  reconnaît 
parlaitement  une  chevelure  noire,  crépue, 
qui  retombe  sur  les  épaules  comme  une  pe^ 
ruque  à  la  Louis  XIV,  et  parfois  se  hérisse 
drue  sur  le  front  et  les  tempes,  comme  \^ 
plique  des  Bécharies.  La  race  métive  remé* 
langée  avec  la  nation,  ne  la  changeait  pas 
sensiblement,  car  le  type  de  celle-ci  était 
déjà  quelque  chose  d'intermédiaire  au  nègre 
d'Afrique  et  au  basané  yeminois  ou  indoa. 
Ceci  est  encore  un  corollaire  légitime  de  la 
vue  des  monuments  ;  c'est  aussi  l'induction 
d*une  loi  de  fusion  chromatique  des  races, 
loi  qu'on  a  cru  important  de  ne  pas  confon- 
dre avec  les  effets  du  croisement. 


5SI 


CIIO 


DWOTHROPOLOGIE. 


CRO 


S» 


Les  {larlisans  de  la  multiplicité  des  espè- 
ces se  serrent  du  croisement  pour  interpré- 
ter  les  ^«dations  d*une  espèce  à  l'autre. 
Deux  races  existent  de  tout  temps  :  les  Scy- 
thes au  nord  de  la  mer  Caspienne  et  de 
t'£uxin,  les  Mandechous  à  Test  de  l'Âltaî  ; 
les  Tar tares  qui  sont  un  mezza  termine  en- 
tre les  deux  races,  basanés  avec  des  traits 
européens,  ou  blancs  avec  des  traits  man- 
dchous, sont  le  produit  métis  de  Tunion  des 
deux  races. 

Cet  argument  a  intimidé  quelques  unitai- 
res au  point  de  mêler  aux  excellentes  rai- 
sons qu*OD  peut  y  opposer,  des  raisons  très- 
laiiiles  et  presque  la  négation  du  fait  de  la 
production  des  métis  intermédiaires  aux 
deux  parents.  Le  rouge  ou  le  cuivré,  dit 
M.  ^iseman,  ne  sont  point  l'intermédiaire 
du  blanc  et  du  noir.  Pourtant  si  Teuropéen 
est  blanc  rosé  et  le  nègre  rouge  noir,  rouge 
brun  est  juste  la  moyenne  entre  les  deux 
teintes.  Si  l'européen  est  olive  clair,  c'est-à- 
dire  jaune,  jaune  foncé,  vert  ou  bronzé  sera 
le  r&ultat  chromatique  des  mélanges.  Le 
basané  ou  jaune  brun  avec  du  noir  doit  pro- 
duire do  fuligineux  ou  bistré. 

Nos  adversaires  ne  se  sont  pas  avisés  d'un 
autre  rapprochement  bien  capable  aussi  de 
donner  a  réfléchir.  Le  nom  par  lequel  on 
désigne  quelques-uns  des  degrés  métis  est 
le  plus  souvent  le  nom  d'une  nation  ou 
d'une  race  dont  ce  métis  reproduit  les  appa- 
rences. Karismy  ^  qui  veut  dire  mulâtre 
Mongol  blanc,  désigne  aussi  une  nation  tar- 
tare  du  Caucase  ;  marabout  est  le  titre  des 
chefs  maures  de  la  rive  droite  dû  Sénégal  ; 
mameluk  veut  dire  égyptien  ;  habsch  ou 
abyssin  est  le  nom  générique  de  tous  les 
hommes  de  couleur  en  pays  arabe  et  afri- 
cain. Ces  dénominations  reposent  sur  de 
simples  analogies  d'apparence.  Le  bons  sens 
pratique  pourrait  bien  avoir  noté  que  le 
croisement  n  est  qu'une  épreuve  brève  par 
laquelle  les  deux  races  sunissent  les  trans- 
formations réalisables  sur  l'espèce  par  d'au- 
tres moyens  plus  lents.  Ces  moyens,  agis- 
sant depuis  le  commencement  du  monde, 
avaient  déjà  produit  leurs  résultats  extrê- 
mes, même  avant  les  temps  historiques  ;  ils 
avaient  pu  a  fortiori,  évaluer  tous  les  résul- 
tats intermédiaires  constatés  par  la  piste  tra- 
ditionnelle des  émigrations  et  des  langues, 
f»ar  la  trace  matérielle  de  la  patrie  et  des 
apparences  physiques. 

Cherchant  de  bonne  foi  la  vérité  tout  en- 
tière, n'en  repoussons  aucune  partie:  le 
cmlsement  est  un  fait  évident  et  large,  puis- 

3  ne  les  races  croisées  forment  un  sixième 
c  la  population  aux  Ëtats-Unis,  un  cin- 
quième au  Brésil,  un  tiers  au  Mexique.  Si, 
îfàr  une  révolution  politique  et  géologique, 
1  £uro|»e  cessait  de  fournir  l'élément  blanc 
qui  doit  un  jour  dominer  l'indien  au  Mexi- 
que, le  nègre  au  Brésil,  comme  il  le  domine 
riéjà  aux  Etats-Unis,  la  fusion  des  trois  races 
donnerait  une  moyenne  basanée  qui  se  rap- 
procherait un  peu  du  type  américain,  même 
par  la  chevelure  plane,  tôt  de  rAméricain  et 
(le  l'Européen.  Mais  avant  que  cet  amal- 


fjBme]  fAt  complet  Y  les  influences  qui  ont 
jadis  produit  le  type  américain  auraient  pris 
part  au  nivellement. 

Croisement,  race,  climat,  voilà  donc  les 
éléments  respectifs  dont  il  faut  faire  la  part 
en  analysant  une  nation  qui  oflre  des  appa- 
rences intermédiaires  à  deux  autres,  ou  bien 
une  nation  qui  offre  des  types  mélangés. 
Le  croisement  peut  revendiquer  une  part 
considérable  là  seulement  où  la  nation  qu'on 
examine  est  peu  nombreuse  ;  mais  la  situa- 
tion de  l'Egypte,  delà  Nubie  etdel'Abyssinie, 
est  unique  au  monde.  Ligne  étroite  et  longue 
sur  les  confins  de  deux  grands  continents, 
centre  de  fluxion  des  populations  aventu- 
reuses d'Asie  et  d'Europe  et  d*esclaves  im- 
Sortés  par  la  traite,  la  vallée  du  Nil,  bornée 
ans  toute  sa  longueur  par  des  déserts,  n'a 
jamais  nourri  plus  de  dix  millions  d'habi- 
tants. Une  étroite  lisière  de  cing  cent  lieues 
de  longueur  peut  facilement  s'imbiber  des 
couleurs  des  étoffes  voisines.  Au  contraire, 
la  Tar  tarie,  ou  plutôt  les  tartaries  sont  des 
régions  immenses  et  immensément  peu- 
plées. Les  traites  ne  s'y  pratiquent  pas  ;  les 
conquêtes  refoulent  plutôt  qu  elles  n'amal- 
gament des  peuples  sans  habitations  fixes  ; 
et,  en  tout  cas,  l'on  pourrait  répéter  ici  la  ré- 
serve faite  maintes  fois  contre  la  propagation 
des  langues  par  les  invasions  :  une  poignée 
d*étrangers  ne  change  ni  le  sang  ni  la  langue 
d*un  grand  peuple.  Si,  au  contraire,  l'émi- 
eration  a  été  large  et  a  duré  longtemps,  c'est 
Je  dépaysement  qui  a  altéré  lentement  les 
formes  et  la  couleur  du  peuple,  pendant  que 
le  croisement  changeait  rapidement  les  ap- 
parences de  l'aristocratie. 

Il  faut  donc  n'admettre  qu'avec  réserve  des 
assertions  comme  celles-ci  :  les  Morduans 
sont  brunis  par  le  mélange  du  sang  tartare  ; 
les  Noghaïz  Turcs  ont  changé  de  figure  par 
le  mélange  du  sang  mongol  ;  les  Turcomans 
et  les  Ousbeks  sont  devenus  demi  Ralmouks. 
Le  mélanse,  fût-il  certain,  n'a  pas  été  porté 
au  point  de  produire  tous  les  effets  qu'on  lui 
prête.  Nous  avons  près  de  nous  une  démons- 
tration de  cette  thèse. 

Les  Turcs ,  qu'on  suppose  sans  preuves 
avoir  été  basanés  et  même  Mongols  ou  Mand- 
chous d'apparence,  se  sont ,  dit-on,  embellis 
et  blanchis  par  leur  mélange  avec  les  belles 
esclaves  Géorgiennes  et  Circassfennes.  Les 
Turcs ,  vainqueurs  des  Grecs ,  étaient  peu 
nombreux,  sans  doute  ;  mais,  enfin,  trois  ou 
quatre  millions  se  sont  bien  répandus  dans 
les  deux  côtés  du  Bosphore.  Le  fanatisme  et 
la  pauvreté  tinrent  toujours  le  peuple  isolé 
de  l'alliance  chrétienne.  Les  riches  et  les 
grands,  minori  té  presque  insimifiante,  euren  t 
seuls  le  privilège  de  ces  belles  esclaves  du 
Caucase  chèrement  achetées.  Comment  cette 
alliance  des  grands  aurait-elle  ennobli  le 
sang  du  peuple  ? 

Chardin  a  accrédité  un  préjugé  sembla- 
ble relativement  à  l'influence  des  harems  de 
Perse.  Il  a  commencé  par  supposer  que  la 
race  turque,  régnant  actuellement  en  Perse, 
était  tartare  de  la  plus  laide  espèce  «  de  ces 
hommes  originaires  des  pays  entre  la  mer 


ésa 


cao 


DICTiONr^AlRE 


CRO 


3Sl 


Caspienne  et  la  Chine,  petits  et  gros,  nez  à  la 
chinoise ,  visage  large  et  plat ,  teint  mêlé  de 
jaune  et  de  noir.  »  Il  a  sans  doute  vu  des 
Tartares  pareils ,  mais  non  parmi  les  grands 
seigneurs  persans,  tous  embellis  par  des 
mères  Géorjziennes  ou  Circassiennes.  Lo 
portrait  des  Guèbres  n'est  guère  plus  beau  ; 
quoique  tracé  de  visu  :  «  Les  Guèbres  ou  Par- 
ses,  restes  des  anciens  Perses  ,  sont  laids, 
mal  faits ,  pesants ,  ayant  ]a  peau  rude  et  le 
teint  colore.  »  Il  n'y  a  là  aucun  trait  qui 
n3  puisse  s'appliquer  aux  basses  classes  des 
pays  les  mieux  dotés  du  côté  de  la  forme  «t 
de  la  couleur. 

Les  Guèbres  sont  en  Perse  une  classe  mé- 
prisée et  abjecte,  comme  les  Juifs  dans  quel- 
ques parties  de  l'Europe  et  des  pays  musul- 
mans. A  Bombay,  au  contraire,  où  lesGuèbres 
sont  riches  et  considérés,  ils  luttent  avec  les 
Anzlais  dans  les  querelles  théolodques  et 
litter.ires,  dans  la  propagande  des  livres 
saints  ,  le  luxe  des  cimetières  et  des  éouipa- 

f;es  ,  le  luxe  des  choses  saintes  et  monuaines 
172);  la  physionomie  de  cet  ancien  peuple  a 
repris  la  noblesse  et  la  beauté.  Les  hommes 
sont  grands  et  forts ,  les  femmes  élégantes 
avec  de  longs  yeux ,  des  sourcils  arques ,  un 
teint  blanc  imperceptiblement  doré,  que, 
chez  les  hommes,  le  grand  air  olive  ou  safrane 
un  peu.  Les  Guèbres  qu'on  voit  à  Bagdad  et 
à  Alep  ont  les  traits  Indo-Européens,  avec 
un  teint  de  café  cru.  Un  académicien  des 
sociétés  asiatiques  a  revendiqué ,  pour  les 
Perses  antiques,  cette  beauté  que  leurs  des- 
cendants eSIeurissent  de  nouveau  là  où  lo 
cadre  social  en  a  permis  révolution. 

Les  Radjiks  qui ,  dans  de  pareilles  condi- 
tions ,  sont  encore  une  très-belle  race ,  des- 
cendent, selon  toute  apparence,  de  cette  par- 
tie de  la  nation  antique  qui  se  convertit  à 
l'islamisme.  Les  lliates,  rattachés  par  de  très- 
vagues  ouï-dire  à  une  origine  mongole,  sont 
tout  simplement  le  peuple  pasteur  et  agri- 
culteurdes  campagnes.  Celui-là  paraît,  comme 
toujours ,  plus  laid  que  les  habitants  des 
villes.  Les  Radjiks  n'avaient  donc  pas  besoin 
d'être  embellis,  el  si  tous  les  riches  copient, 
au  prorata  de  leur  fortune,  le  luxe  de  Feth- 
Aly-schah,  qui  eut  plusieurs  milliers  de  fem- 
mes dans  son  harem  ,  il  est  difficile  que  la 
traite  les  pourvût  exclusivement  avec  les 
esclaves  du  Caucase.  Au  contraire ,  l'aspect 
de  l'aristocratie  moscovite  donnerait  créance 
à  l'idée  de  Maltebruu,  qu'elle  est  le  résultat 
du  mélange  des  chefs  des  Huns  Mongols  avec 
les  peuples  slaves. 

Les  émigrations  ont  plus  d'influence  que 
*e  croisement  sur  les  bigarrures  ofifertes  par 
les  peuples  de  Caboul  et  de  l'Inde.  Parmi  les 
Afghans  très-basanés,  limitrophes  des  Indous, 
on  rencontre  des  hommes  noirs  comme  des 
Malabares,  Les  Afghans  occidentaux  sont,  au 


contraire,  d'une  teinte  de  plus  en  plus  claire, 
et  l'on  rencontre  parmi  eux  des  individus 
d'un  blanc  aussi  parfait  que  des  Européens. 
Des  blancs  pareils  se  voient  aussi  parfois 
chez  les  Afghans  orientaux ,  mais  ils  j  sont 
aussi  rares  que  les  individus  d'un  fuligineux 
indou  parmi  les  Afghans  occidentaux.  Le 
commerce  appelle  dans  ces  hauts  plateaux 
beaucoup  de  musulmans  de  l'Inde  méridio- 
nale. Les  motifs  religieux  et  les  pèlerinages 
font  voyager  les  Indous  dans  toutes  les  direc- 
tions, et  les  castes  basanées  du  nord  ne 
répugnent  pas  à  des  alliances  avec  leurs  frè- 
res plus  sombres  du  midi  de  la  péninsule. 

Les  quatre  castes  fondamentales  se  mêlèrent 
très-anciennement  et  donnèrent  naissance 
aux  castes  accessoires  ou  parias.  Celles-ci, 
sorties  de  Jubal  et  deTubalcaïn,  exploitèrent 
les  arts  et  métiers  sous  des  noms  infinis  de 
corporation  et  sous  des  livrées  variées  comme 
les  climats  de  leur  patrie  et  le  croisement  de 
leur  atavisme.  Les  unions  adultères  n*ont  nas 
cessé  entre  les  quatre  castes,  ni  entre  celles- 
ci  et  le  tiers-état  artisan  ;  qu'on  mêle  par  la 
pensée  toutes  ces  influences ,  et  l'on  pourra 
se  figurer  l'inépuisable  surprise  des  yeux 
européens,  à  la  vue  du  peuple  Indou  dans  la 
rue ,  le  bazar  d'une  capitale ,  où  à  quelque 
pélerinajge  comme  celui  du  Jaghernard.  La 
variété  infinie  de  couleurs  y  devient  cent 
fois  plus  frappante  par  la  presque  nudité 
d'un  peuple  déchu,  vivant  sous  un  ciel  ardent. 

Les  doutes  que  nous  venons  d'émettre  sur 
l'influence  des  harems  turcs  et  persans  ne 
nous  porteront  pas  à  attribuer  le  noircisse- 
ment des  Portugais  à  quelques  siècles  passés 
dans  le  climat  de  l'Inde.  Les  Portugais,  fort 
peu  nombreux,  se  sont  alliés  aux  femmes  du 
pays  et  ont  gagné  des  prosélvtes ,  double 
mouvement  ou  leur  peau  blanche  fut  bientôt 
occultée.  Les  castes  maintenues  par  le  pri- 
vilège et  le  préjugé  ont  lutté  plus  longtemps 
contre  l'action  des  alliances ,  mais  en  subis- 
sant l'action  du  climat  sur  une  peau  déjà 
basanée  et  sur  une  race  proche  parente  des 
types  méridionaux.  De  là  ce  fait  :  à  latitude 
égale,  les  brahmes  sont  un  peu  plus  clairs 
que  les  autres  castes ,  fait  qui  n'est  pas  cor; 
tredit  par  cet  autre  ;  les  brahmes  du  midi 
sont  beaucoup  plus  basanés  que  ceux  du 
nord.  Les  disparates  notées  dans  un  mênie 
pays  seraient  aisément  expliquées  parlori- 
gine  de  l'individu  ,  par  ses  alliances  ou  par 
son  expatriation. 

Les  castes  indiennes  furent ,  selon  tonle 
probabilité  ,  le  produit  d'une  série  de  con- 
quêtes rayonnant  du  nord  au  sud  ;  il  est 
encore  plus  probable  que  la  différence  de 
couleur,  movenaisédeaistiction,  aida  autant 
que  la  généalogie  à  graduer  les  rangs  sociaux. 
Le  mot  caste  est  portugais  ;  vama ,  qui  lui 
correspond   en    sanscrit,  signifie  couleur 


(172)  Le  Guèbre  sir  Jaroctji,  fait  chevalier  par  la 
reiie  Victoria,  a  souscrit  pour  une  valeur  de 
750,(y00  fr.  pour  des  impressions  de  controverse  et 
/^p  tbéoloj^ie  parsis.  Un  autre  Guèbre  fit  jefer  à  la 
iu:T  plusieurs  milliers  de  Uvres  de  sucre,  dans  une 
(les  rct:s  où  sa  religion  adore  les  éléments.  Le  grand 


cimetière  guèbre  est  une  tour  remplie  de  crochets 
de  fer  et  percée  de  fenêtres.  Les  oiseaux  de  proie  t 
\iennent  dévorer  les  cadavres  qu^on  précipite  d'en 
haut  sur  les  crochets.  Celte  tour,  ainsi  que  le  pin 
temple   parsi ,   sont  d'une  architecture  l«s- 


ou 


coquette  (Théod.  Pavie.) 


3» 


DEC 


DAXTimOPOLOGIE. 


DES 


396 


Ainsi  les  préjuges  orç^ueilleux  de  T Amérique 
moderne  expliqueraient  le  cadre  social  de 
l'antiquité  indienne  et  égyptienne. 

Un  contrat  de  Tépoque  lagide  donne  le 
signalement  des  parties  contractantes  ;  ce  sont 
des  ouvriers  et  un  maître  fabricant  de  cuir 
ammonien  qui  ren  Jent  un  fonds  de  terre.  Le 
maître  Pamouthel,  de  couleur  noire ,  beau , 
lon^  de  corps ,  de  visage  rond ,  nez  droit. 
Semouthis  Pannei,  de  couleur  jaune ,  visage 
roihU  nez  un  peu  aquilin ,  lH)ufli.  L'acheteur 
Néchoutès,  pel4t,  teint  jaune,  a^^éable,  visage 
long ,  nez  droit ,  une  cicatrice  au  milieu  du 
front. 

Les  Grecs  blancs  font  comme  les  blancs  de 
nos  colonies  ;  ils  notent  soigneusement  les 
nuances  des  gens  de  couleur.  Les  Ëgyptiens» 
bruns  et  plus  embarrassés  se  contentaient 
de  noter  les  généalogies ,  comme  les  Indous 
modernes. 

Llnde  est  de  tous  les  pays  le  plus  commo- 
dément situé  pour  y  observer  la  loi  du  chro- 
wèmtiswu  fonce,  comme  la  gamme  claire  se 
précise  dans  les  lignes  isothermes  d*£urope. 
La  transition  insensible  des  races,  leur  fusion 
gradoeile  les  unes  dans  les  autres  et  par  le 
teint  et  par  les  traits,  est  le  point  le  plus 
capital  de  Tethnographie,  le  fait  le  plus  cer- 
tifié par  les  voyages.  Du  Caucase  indien  vers 
lequel  nous  avons  vu  converger  toutes  les 
traditions  et  toutes  les  langue^  on  peut  faire 
aussi  rayonner  les  lignes  sur  lesquelles  les 
races  permutent  leurs  traits  et  leurs  couleurs 
par  des  transitions  imperceptibles. 

Les  cheveux  Européens  dans  leurs  âges 
divers  passent  du  blond  filasse  aux  teintes 
blonde ,  rousse ,  chitain ,  brune  noire.  Une 
chevelure  vierge  du  ciseau  porterait  cette 
gamme  entière,  qu*il  est  aisé  de  se  figurer. 
L* Asie ,  tète  du  monde ,  a  vu  ruisseler  tous 
.es  peuples  comme  une  luxuriante  cheve- 
.ure;  les  peuples,  diversement  étages  sur 
les  continents  et  les  îles,  offrent  au  même 
instant  le  répertoire  complet  de  ses  couleurs. 

S*il  y  a  quelque  part  des  lacunes,  des  sauts 
bnis(][ues,  un  désert  où  FOcéan  les  motive, 
les  migrations  les  expliquent.  Et ,  pourtant, 
les  mille  isolements  de  l'archipel  Océanien 
n  ont  jeté  de  grandes  perturbations  ni  dans 
les  races  ni  dans  les  langues  ;  la  loi  d*afiinité 
et  de  continuité  est  à  plus  forte  raison  visible 
là  où  les  communications  se  suivent  sur  les 
terres ,  se  facilitent  par  des  fleuves  ou  des 
bras  de  mer. 

L'Afrique  et  rAmérioue,  dont  on  faisait 
des  épouvantails  pour  1  unité  de  la  famille 
humaine,   des  accidents   exceptionnels  et 


inexplicables  pour  le  cadre  de  ses  variétés , 
rentrent  merveilleusement  dans  la  règle, 
depuis  que  les  observations  certaines  de 
voyageurs  instruits  ont  Iwilajé  les  contes 
d*aventuriers  ou  les  hypothèses  de  ca!>inet. 
Ce  sont  des  hommes  indifférents  à  la  ques-* 
lion  de  Tunité,  ses  ennemis  peut-èlre  ;  mais 

2 ni  naturalistes  exacts ,  nous  ont  pous'^é  à 
lire  de  TAfrique  ni  plus  ni  moins  que  de  la 
presqu'île  de  ^Ualacca,  un  dcparte;uent  de  la 
grande  province  océanienne  ;  iJe  TAnjérique 
tout  entière,  un  simple  ap[>en  lice  des  races 
indoues  et  mongoles.  Au  nord  de  rAméri- 
que ,  les  nuances  de  raee  et  de  langue  ne 
manauent  pas  pour  nouer  le  lien  avec  les 
peuples  de  Sibérie,  du  Kamtchatka,  du 
Jamn,  des  Aléoutes. 

Nous  n'avons  pas  voulu  profiter  du  nom  de 
Sake  (Scythe  )  porté  par  une  seule  tribu  iro- 
quoise. 

A  l'Afrique,  les  nuances  asiatiques  ne 
manquent  pas  plus  à  Torieut  que  les  rac- 
cords Européens  au  nord.  Le  chromatisme 
peut  rayonner  en  tout  sens  de  Maroc  à  Guar- 
dafui ,  du  Mogreb  au  Cap,  des  Nubiens  cl  ez 
les  Yolofs;  partout  transition,  harmonie, 
jusqu'à  cet  appendice  méridional ,  jaune  ce 
peau,  avec  des  yeux  obliques  et  la  dimension 
mignonne  de  pieds  et  de  mains  oui  r^pelle 
à  la  fois  des  races  mongoles  d  Asie  et  les 
races  tupis ,  caraïbes  et  cbacos  de  l'Améri- 
que du  sud  1 

CUMANAGOTOS.  Voy.  CàRniES. 

CYTISE.  —  C'était  une  pfante  fourragère 
très-renommée  chez  les  anciens.  Aristote 
dit,  dans  un  seul  endroit,  que  le  cytise  donne 
beaucoup  de  lait,  Théophrastç  et  Dioscoride 
en  parlent  aussi  avec  détail,  mais  sans  rien 
dire  de  sa  culture  comme  fourrage.  Aristo- 
maque  d'Alexandrie  écrivit  sur  le  cytise  un 
livre  dans  lequel  il  le  vante  comme  une 
plante  excellente  pour  la  nourriture  du  bétail  ; 
Démocrate  et  ceux  qui  vinrent  après  lui  tin- 
rent le  même  langage.  11  est  très-probable 
que  c'était  le  meaicago  arhortà  de  Linné , 
car  on  parle  de  sa  tige  ligneuse  ;  cette  plante 
croit  spontanément  et  en  abondance  sur  les 
montagnes  pierreuses  de  la  Grèce.  Rien  dans 
les  écrits  des  anciens  ne  nous  montre  que  le 
cytise  fût  cultivé  en  grand  comme  plante 
fourragère;  Pline  s'étonne  de  sa  rareté  en 
Italie ,  et  Columelle  n*en  traite  que  dans  un 
appemlice,  probablement  d'après  un  auteur 
plus  ancien.  Si  le  savant  auteur  des  idylles 
chantait  le  cytise  à  la  cour  de  Ptolémée ,  si 
après  Ini  Virgile  en  parle  souvent ,  ce  n'est 
pas  une  raison  pour  croire  qu'ils  l'eussent  vu. 


D 


DANIELO.  Voy.  Langage. 
DATTIER.  Voy.  Palxieb. 
DECANDOLLE,  son  opinion  sur  ITiy'ori- 
dîté.  Voy,  Ge^re. 
DEGENERA TION  des  animaux.  Voy,  Va- 

BUTIOXS. 


DE  GERANDO.  Voy.  Langage. 
DEISME.  Voy.  Natlre. 
DELAWARES.  Voy,  Algo^çquins. 
DESCARTES,  inconvénients  de  sa  théorie 
sur  la  vie  et  sa  cause.  Voy.  Nature. 

DESTINEE    DES    RACES    HUILAINES, 


w 


DES 


DICTIONNAIRE 


DES 


M 


PROGRES.  —  Progrès  est  aujourd'hui  le 
mot  d'ordre  de  toutes  les  intelligences  vives, 
et  nous  nous  plaisons  à  le  reconnaître,  ces 
intelligences  sont  pour  la  plupart  stimulées 
par  des  cœurs  généreux.  Il  serait  donc  deux 
fois  regrettable  d'être  en  dissentiment  avec 
elles  et  «ur  les  commencements  de  l'huma- 
nité, et  sur  le  rôle  respectif  des  races  di- 
verses dans  l'oeuvre  immense  des  généra- 
tions passées  et  futures.  Comment  faire 
pourtant  ?  les  plus  sincères  amis  du  progrès 
sotot  forcés,  par  la  logique  même  de  leur 
croyance,  de  faire  commencer  le  dévelop- 
pement social  par  la  plus  abjecte  barbarie  ; 
aue  dis-ie  ?  par  l'état  bestial,  car  la  grande 
iagonale  qui  doit  rencontrer  Dieu  en  con- 
tinuant l'ascension,  se  confond  avec  la  brute 
à  l'autre  extrémité. 
On  nous  dit  assez  explicitement  : 
«  Des  singes  quadrumanes  ou  bimanes 
eurent  un  jour  une  dernière  faculté  sura- 
joutée aux  facultés  antérieures.  Ils  eurent 
îa  pensée,  la  parole,  la  prévoyance;  ce  grand 
événement  est  raconté  dans  les  traditions 
orientales  sous  le  mythe  d'Adam.  Ces  bi- 
manes étaient  déjà  de  plusieurs  couleurs , 
mais  le  progrès  fut  le  lot  privilégié  des  races 
blanches.  » 

Aiosiy  Dieu  aurait  fait  de  la  liberté  et  de 
l'égalité  le  point  de  mire  de  nos  efforts,  en 
imposant  aux  deux  tiers  de  la  création 
une  organisation  fatalement  incompatible 
avec  elles  I  Dieu  a  donc  pour  toujours  dis- 
proportionné les  moyens  et  le  but?  On  se 
récrie  contre  le  Dieu  jaloux  de  Moïse  don- 
nant à  un  petit  peuple  le  privilège  de  la  ré- 
vélation, et  l'on  voue  froidement  à  l'igno- 
rance à  perpétuité,  à  l'im pénitence  finale,  à 
la  mort  entière,  toutes  les  races  noires  ou 
basanées  ?  Oui,  pendant  que  les  blancs  mon- 
tent triomphalement  à  la  brèche,  ces  cas- 
tes parias  comblent  les  fossés  de  leurs  cada- 
vres accumulés  ;  leurs  agonisants  se  tordent 
sous  nos  yeux  dans  les  angoisses  de  la  dou- 
leur, sans  doute  pour  pratiquer  le  dévoue- 
ment et  exercer  notre  précieuse  sensibilité  I 
L'inégalité  des  races  est  après  tout  comme 
l'inégalité  des  rangs  dans  le  <;adre  social,  la 
condition    de  l'ordre,    du    travail    et  du 

Srosrès  ;  la  condition  du  génie,  de  la  pitié, 
e  1  abnégation,  toutes  choses  et  mérites  que 
l'égalité  anéantirait .... 

Voilà  donc  des  égalitaires  partisans  des 
castes ,  des  privilèges  et  de  l'inégalité. 
Voilà  des  humanitaires,  deshéritant- du  lot 
social  les  deux  tiers  des  hommes.  Avançons 
avec  courage  sans  nous  inquiéter  de  si 
légères  contradictions  .... 

Les  races  basanées  et  noires  sont  donc 
destinées,  non  pas  à  être  initiées,  mais  ab- 
sorbées par  la  race  blanche  ou  adamique  ? 

De  quel  droit  alors  réprouver  la  guerre  au 
nom  d  une  douteuse  fraternité  ?  La  guerre 
est  le  plus  puissant  moyen  d'absorption.  Il 
ne  s'agira  plus  que  de  bien  regarder  aux 
teintes  de  la  peau  ;  les  peuples  de  l'Europe 
s'apercevront  quelque  jour  qu'ils  sont  fort 
bruns  au  miJi,  fort  blancs  au  nord.  Les 
A  n;;Io -Américains  viennent  de  renouveler  la 


même  observation  sur  les  races  espagnoles 
du  Mexique,  après  l'avoir  .  énergiquement 
appliquée  aux  Peaux-Roûges  de  leurs  forêts 
et  de  leurs  prairies.  Mais  reprenons  avec 
calme  le  raisonnement  par  sa  base. 

Les  annales  de  tous  les  peuples  comment 
cent  par  l'état  sauvage  fort  mal  déguisé  sous 
des  mythes  ;  Adam  et  Eve  s'occupent  de  la 
nourriture  et  des  vêtements,  Abel  est  pas- 
teur, Caïn  agriculteur;  Enos,  appelé  Feu  par 
Sanchonialon,  est  le  mythe  des  abris  per- 
manents et  du  foyer  domestique.  Halbu- 
sala,  Emphis  se  séparent  et  colonisent. 
Lamech  construit  des  villages  et  des  parus. 
L'histoire  chinoise  reproduit  la  plupart  de 
ces  patriarches  que  les  boudhistes,  comme 
les  rationalistes  pnéniciensou  çrecs,  avaient 
accommodé  en  mythe  sisnificatif. /eoii-ir^o, 
il  y  eut  des  cabanes  ;  Soui  gin^  l'homme  a 
l'instrument  pour  le  feu. 

Trouver  dans  la  suite  des  patriarches  la 
démonstration  du  progris  était  réservé  aui 
interprètes  venus  après  Evhcmère,  Baun)ier 
et  Depuis  I  Ils  ont ,  à  plus  forte  raison , 
reconnu  l'état  sauvage  dans  les  annales 
moins  habilement  rédigées  que  celles  des 
nations  sémites.  Mais  il  restait  à  prouver 
que  ce  commencement  des  annales  était 
vraiment  l'origine  de  la  nation ,  l'origine  de 
la  race  I  Sans  cette  preuve  on  a  le  droit  de  da- 
ter ces  annales  d'une  renaissance,  et  de  croire 
celle-ci  précédée  d'une  décadence  assez 
longue  pour  avoir  fait  oublier  une  splendeur 
passée.  Disons  mieux,  les  souvenirs  de  ce 
passé  glorieux  sont  reconnaissables  dans 
toutes  tes  annales  à  travers  les  exagérations 
de  l'orgueil  et  les  ambages  d'une  tradition 
sans  monuments.  Ces  souyenirs  peuveni 
être  fortifiés,  reconstruits  de  toutes  pièces 
quand  nous  retrouvons  des  monuments  ou- 
bliés par  une  postérité  dégénérée  comme 
les  sauvages  américains. 

Les  fanatiques  du  progrès  blanc  s'obsti- 
nent à  ignorer  que  les  races  i)hénicieDoes, 
indiennes  et  égyptiennes,  désignées  par  la 
Bible  sous  les  noms  de  Cham  etKouscb, 
étaient  presque  aussi  basanées  que  les  peu- 
ples d'Amérique.  Or,  les  sociétés  cbamites, 
kouschites  eurent  une  précoce  floraison 
tandis  que  le  blanc  Japhet  est  demeuré  si 
longtemps  stationnaire.  Si  les  races  brunes 
sont  étrangères  au  progrès  et  on(  manifesté 
de  si  bonne  heure  quelque  chose  d'appro- 
chant, cela  ne  pouvait  tenir  qu'au  maintien 
des  traditions,  moins  oubliées  là  que  chez 
leurs  frères.  Nous  ne  pouvons  nier  la  déca- 
dence chez  ces  Chamites  dont  plusieurs  ont 
disparu  comme  les  Phéniciens,  et  dont  la 
plupart  sont  dégradés,  comme  les  Nubiens 
et  Abyssins,  presque  au  niveau  des  nègres. 
Par  malheur  ces  races  basanées  et  noires 
ne  semblent  pas  prêtes  à  l'absorption  dont 
la  race  blanche  les  menace  par  son  pro^rèsde 
six  ou  sept  mille  ans.  Ces  races  noires  et 
basanées  forment  encore  aujourd'hui  plo* 
des  deux  tiers  de  l'humanité  :  700  millions 
sur  un  milliard. 

Ce  que  les  blancs  gagnent  en  Europe  et 
aux   Etats-Unis   d'Améhque    compense  à 


Vis 


D'AKTHRWOLOGIE. 


DES 


590 


œ  qu  ils  perdent  en  Perse,  dans  le 
Caucase  et  la  Turquie.  Les  pays  tropiques 
paraissent  'défayorables  à  leur  accUmate- 
ment,  tandis  que  ces  pays  aident,  avec  une 
merreilleuse  puissance,  au  développement 
des  raoescolorees  autochtones,  importées  ou 
oiétiyes.  Les  Etats-Unis  méridionaux,  le 
Mexique,  TÂmérique  équatoriale,  le  Brésil 
n'ont  çuère  qu*un  tiers  de  blancs  pour  deui 
tiers  de  nègres,  américains  ou  mulâtres. 
Trois  cents  ans  de  colonisation  portugaise, 
espaznole,  hollandaise  et  anglaise  n'ont 
placé  dans  Flnde  et  Tlndo-Chine  qu'une 
très-insignifiante  proportion  de  blancs,  ba- 
lançant à  peine  les  continuelles  importa- 
tions de  la  métropole  européenne. 

Et  enfin  le  progrès,  ce  levier  savamment 
manoeuvré  pour  prédire  notre  avenir  éthéré 
et  certifier  notre  commencement  abject  ;  ce 
progrès,  premier  terme  du  çrand  syllogisme, 
aurait  lui-même  besoin  de  Taire  ses  preuves 
avant  de  s^alBrmer.  Le  progrès  se  divise  en 
matériel  et  moral  :  le  premier  préoccupe 
notre  époque  en  proie  à  une  activité  à  tout 
prii^  Hais  cette  activité  eût-elle  un  but  pré- 
ci';  et  louable,  ne  neut-étre  perpétuellement 
croissante.  L^  métaux  les  premiers  décou- 
verts et  manipulés  par  l'homme  sont  de- 
venus précieux  par  leur  épuisement.  En 
quoi  fera-t-on  les  nouveaux  rail-ways,  quand 
le  prix  du  fer  aura  centuplé  par  la  rareté  de 
son  minerai  ?  sans  doute  avec  le  bois  des 
forêts  épuisées.  Avec  quoi  cbauffera-t-on  les 
chaudières,  locomotives  et  fourneaux,  quand 
bois  et  houille  seront  achevés  ?  La  France 
d^oeaplée  des  forêts,  ne  recèle  pas  dans  ses 
enffsîlles  assez  de  bouille  pour  alimenter 
H>n  industrie  pendant  deux  siècles.  De  quoi 
se  nourriront  les  hommes  quand  deux  ou 
trois  milliards  peupleront  la  terre,  l'eau,  et, 
je  le  suppose,  les  villages  et  vaisseaux  flot- 
tant dans  l'air,  où 'Ton  aura,  je  l'admets, 
établi  des  stations  et  des  routes  T  il  faudra 
bien  que  les  épidémies  et  les  famines  recom- 
meni^ent  leurs  anciens  travaux  de  nivelle- 
ment ;  que  l'industrie  se  paralyse,  que  des 
temps  d  arrêt  permettent  aux  forêts  de  pous- 
ser, aux  tonrbières  de  se  remplir,  aux  ca- 
naux de  s'embourber,  aux  rail-ways  de  se 
rouiller,  aux  villages  et  locomotives'  aérien- 
nes de  retombera  terre  ;  à  moins cjue  l'Océan 
lie  mette  à  sec  de  nouveaux  continents  avec 
•le  nouvelles  richesses  des  trois  règnes,  ou 
bien  convertisse  ses  eaux  salées  en  des 
li]uiùes  capables  de  satisfaire  la  faim  et  la 
soif  de  notre  postérité. 

Pour  le  passé,  la  marche  progressive 
m*inspire  les  mêmes  scrupules  que  dans 
l'avenir;  je  n'ai  jamais  bien  compris,  par 
exemple,  en  quoi  les  constructeurs  de  vil- 
la^^es  de  la  neuvième  génération  (Lamech) 
étaient  plus  avancés  que  Hénoch  ou  Gain, 
constructeurs  de  villes.  L'interprétation  de 
la  série  des  dix  patriarches,  d*après  la  sigui- 
tication  de  leurs  noms  et  actes,  tient  au  sys- 
tème déjà  apprécié  dans  le  mythe  de  Napo- 
léon-Soleil. 

Par  le  côté  moral,  la  question  du  progrès 
ovTre  de  bien  autres  difficultés.  Le  besoin  le 


plus  noble  de  la  nature  humaine  y  est-il 
satisfait  autant  que  dans  l'activité  matérielle  T 
Le  parallèle  philosophique  du  monde  anti- 
que avec  la  société  grecque  a  montré  le 
cercle  suivant  :  cosmisme  ,  ('anthéi^me  , 
déisme,  voilà  les  pas  en  avant.  Déisme,  pan- 
théisme, comisme,  voilà  les  pas  en  arrière. 
Ce  va-et-vient  s'est  répété  cent  fois  depuis 
gue  le  monde  est  monde  ;  mais  je  doute  que 
jamais  les  principaux  artisans  d'un  mouve- 
ment quelconque,  soit  masses,  soit  indi- 
vidus, aient  confessé  qu'ils  voulaient  reculer 
de  parti  pris.  Ainsi,  c'est  avec  les  plus 
louables  intentions  que  les  progress's  es  par 
excellence  prêchent  aujourd'hui  le  culte 
des  intérêts  matériels  en  relevant  les  ban- 
nières panthéistes  de  Spinosa  et  de  l'éma- 
nation indoue. 

Notre  orgueil  évalue  l'avenir  par  l'imagi- 
nation :  cela  dispense  de  Tévaluer  par  Ja 
raison  et  par  Texpérience.  On  nie  la  science 
matérielle  du  vieux  monde  pour  avoir  le 
droit  de  le  ral^aisser.  On  prend  en  pitié  des 
patriarches  sans  chemin  de  fer,  des  Bramah  ' 
et  des  Menés  sans  macliines  à  vapeur.  Mais 
a-t-on  classé  déGnilivement  Tart  indien  qui 
tailla  la  surface  et  les  entrailles  des  monta- 
gnes de  granit  ?  L'art  qui  dressa  les  obélis- 
ques et  les  pyramides,  (]ui  creusa  des  tun- 
nels à  Babylone  ?  On  n'oserait  pas  préciser 
en  tout  cas  de  combien  de  degrés  les  spé- 
culations philosophiaues  de  la  moderne  Ger- 
manie sont  moins  nébuleuses  et  plus  appli- 
cables que  ne  le  furent  celles  de  leurs  aïeux 
Indiens  ou  Chinois,  deux  ou  trois  mille  ans 
avant  Jésus-Christ.  On  nWrait  pas  classer 
une  organisation  du  travail  accumulant  les 
ouvriers  à  la  ville  pour  v  faire  connaissance 
avec  les  cabarets  et  les  hauts  salaires  de  six 
mois  de  Tannée  ;  quitte  à  faire  connaissance 
avec  la  faim  et  les  grèves  qui  en  remplissent 
le  reste  ;  et  tout  cela  plutôt  que  de  demeu* 
rer  aux  champs  avec  des  salaires  modérés, 
mais  assurés  pour  toute  l'année. 

L'expérience  gouvernementale  semble  en- 
fermer le  mouvement  social  dans  la  marche 
à  trois  temps  où  nous  avons  déjà  vu  osciller 
la  philosophie  :  république ,  despotisme , 
monarchie.  De  celte  trilogie  aussi,  l'his- 
toire grecciue  avait  donné  la  formule  pra- 
tique, et  ta  sagesse  grecque,  la  parabole, 
dans  certain  apologue  d'Esope.  Le  ciespote 
hydre  fut  intelligible  dans  tous  les  temps  ; 
quant  à  la  bavarde  insolence  des  grenouilles 
et  à  l'impassible  roi  soliveau,  si  le  progrès 
moderne  n'eu  {leut  réclamer  l'invention,  il 
a  toujours  beaucoup  aidé  à  comprendre  ces 
vieux  mythes. 

Les  beaux  arts,  manifestation  la  plus  com- 
plète du  travail  mental,  sont  regardés  aussi 
comme  la  mesure  la  plus  ceriaine  et  la  plus 
précise  du  développement  moral  des  tra- 
vailleurs ;  car  un  artiste,  écrivain,  peintre, 
sculpteur,  résume  l'inspiration  ou  la  criti- 
que de  son  siècle.  Si  le  progrès  perpétuel 
doit  être  évident  quelque  part,  ce  sera  sur- 
tout dans  les  beaux-arts  comjparés  entre  eux 
aux  diverses  époques.  Or,  cest  pié.isément 
sur  ce  terrain  des  bcaux-arls  que  je  cous-> 


Sdl 


DES 


DICTIONNAIRE 


MN 


m 


taie  la  croyance  la  plus  unanime  au  cercle 
fatal,  cercle  de  deux  ou  troii  siècles,  mon- 
trant, pendant  la  première  période,  l'admi- 
rable énerijie  de  Fin lelH^ence  humaine,  mais 
montrant  aussi,  pendant  la  période  descen- 
dante, les  bornes  que  cette  intelligence 
trouve  en  elle-même  et  surtout  dans  les 
passions  qui  raccompagnent.  Si  la  valeur 
artistique  des  siècles  de  Périclés,  Auguste, 
Léon  X,  Louis  XIV,  Napoléon  et  Louis-Phi- 
lippe est  sérieusement  acceptée  par  quel- 
qu  un  comme  une  progression  croissante, 
c'est  tout  au  plus  au  point  de  vue  que 
voici  : 

Les  découvertes,  dans  le  monde  matériel, 
qui  ont  encore  devant  elles  un  long  avenir, 
et  par  conséquent  un  progrès  long  et  cer- 
tain, trouvent  pour  cette  raison,  créance  plus 
complète  dans  l'opinion.  Ces  découvertes 
matérielles  peuvent  aider  beaucoup  à  la  ma- 
nifestation des  beaux-arts.  Nos  encres,  plu- 
mes, papier  sont  plus  commodes  que  les  ta- 
blettes de  cire  des  Romains;  nos  couleurs  à 
l'huile,  à  Taquarelle,  pluff  expt^ditives  que 
les  couleurs  deZeuxisetde  Cimabuë.  On 
sent  bien  que  là  n'est  pas  la  véritable  ques- 
tion du  progrès;  nous  n'aurons  pas  un  Mi- 
chel-An^e  ou  un  Raphaël,  ou  un  Virgile,  ou 
un  Homère,  par  cela  seul  que  tout  un  peuple 
saura  lire  et  écrire,  ou  que  le  tiers  d'une 

S;énération  pratiquera  le  daguerréotype  ou 
e  dessin  linéaire. 

Le  progrès  devrait  bien  nous  expliquer 
une  contradiction  que  beaucoup  de  siècles 
sceptiques  offrent  dans  l'histoire,  mais  ja- 
mais au  degré  offert  par  le  xviii'  siècle  lui- 
même.  Pendant  que  les  religions  étaient  dé- 
laissées comme  dfes  mythes  vieillis,  combat- 
tues comme  aberrations  d'une  logique  en- 
fin régénérée  et  répug;nant  à  tout  ce  qui  est 
irrationnel  et  inintelligible,  Mesmer,  avec  le 
magnétisme  animal,  faisait  irruption  dans 
la  science,  Swedemborg,  Saint-Martin,  Ca- 
gliostro,  irruption  dans  les  théories  sociales 
avec  rijluminisrae.  On  peut,  sans  témérité, 
avancer  que  la  plupart  des  loges  maçonni- 
ques étaient  des  chapelles  secrètes  du  culte 
nouveau,  qui  eut  ainsi  une  part  et  une  part 
assez  forte  dans  la  fermentation  et  l'explo- 
sion de  89.  La  science,  malgré  sa  gravité  et 
ses  préférences  pour  les  certitudes  affectant 
les  sens  extérieurs,  a  reçu,  par  les  attaques 
répétées  du  magnétisme,  une  tendance  rê- 
veuse qui  rappelle  l'alchimie,  tendance  qui 
a  fait  ciétrôner  les  Aristote  par  les  Platon, 
menacés  à  leur  tour  par  les  Pythagore,  les 
Paracelse  et  les  Cardan.  Il  va  paraître,  s'il  n'a 
déjà  paru,  un  Journal  de  médecine  théolo- 
gique où  le  magnétisme  animal,  accepté 
comme  un  fait  certain,  est  expliqué  par  la 
lutte  des  anges  et  des  démons.  La  magie  de 
l'antiquité  et  du  moyen  âge  est  redevenue 
une  banalité  de  la  vie  pour  les  bien-portants 
comme  pour  les  malades.  11  existe  donc  dans 
l'âme  humaine  un  besoin  de  foi  et  de  mys- 
ticisme qui  ne  saurait  être  suspendu  même 
pendant  un   instant  très-court.  Il  faut  lui 

{)ajrer  tribut,  même  aux|époques  se  targuant 
e  plus  de  leur  esprit  positif!  Dupais,  Volney, 


Cabanis,  esj^rits  forts  dans  une  ^ise  chré- 
tienne, étaient  d'humbles  dévots  dans  une 
loge  maçonnique  ou  près  du  baquet  de  Mes- 
mer. La  crojrance  à  l'existence,  à  la  possi- 
bilité du  rationalisme  absolu  est  donc  une 
erreur  dans  la  philosophie  de  l'histoire?  Le 
déplacement,  l'obstruction  du  mysticisme 
est  donc  un  danger  social  T  La  relision  est  le 
lit  naturel  du  torrent  qui  ravage  Si  science 
et  bouleverse  les  intérêts  sociaux  quand  on 
essaye  de  le  dériver,  de  l'arrêter  par  des 
barrières. 

Progrès,  tel  que  la  philosophie  de  This- 
toire  commande  de  le  définir,  c'est  le  rayon- 
nement de  la  science  des  minorités  sur  l'i- 
Snorance  des  masses,  c'est  le  rayonnenaent 
'un  peuple  civilisé  sur  des  voisins  rudes, 
sur  des  populations  barbares,  sur  des  peu- 
plades sauvages.  Ce  flux  d'idées,  de  modes 
d'appétits  et  de  fantaisies,  produit  un  mou- 
vement immense  et  continu  :  spectacle  tou« 
jours  curieux,  satisfaisant,  puisque  l'agita- 
tion est  le  besoin  le  plus  certain,  le  plus  uni- 
versel de  la  nature  humaine!  Spectacle  sou- 
vent admirable  et  consolant,  puisque  le  hien- 
être  moral  et  physique  des  masses,  d  un 

})eup1e,  de  plusieurs  peuples,  en  peut  être 
a  conséquence^  Tel  est  le  progrès  indéfini 
dont  tout  le  monde  parle  aujourd'hui  et  au- 
quel je  crois  comme  tout  le  monde,  ni  plus 
ni  moins. 
Le  progrès  infini  serait*tout  autre  chose; 

Eour  celui-lè,  il  faudrait  changer  la  nature 
umaine;  il  faudrait  changer  la  lettre  et 
l'esprit  de  son  code,  le  dernier  venu  et  le 
plus  magnifique,  lequel  a  positivement  dé- 
claré que  le  bonheur  absolu  ne  serait  pas  de 
ce  monde.  11  faudrait  espérer  que  la  com- 
plexion  humaine  accfutt  quelques  facultés 
de  plus,  en  se  dépouillant  de  quelqu'une  de 
ses  passions,  de  quelqu'un  de  ses  péchés  ca- 
pitaux. Jusque-la  le  procès  infini,  au  lieu 
de  déborder  le  christianisme,  sera  un  sinh 
pie  retour  à  ç[uelque  chose  de  très-vieux,  le 

f)anthéisme  indou,  qui   promit  d'alsorber 
'homme  en  Dieu  comme  terme  extrême  de 
ses  transformations. 

Pour  que  le  progrès  d'indéfini  devint  infini, 
il  faudrait  de  plus  que  jamais  la  science  des 
minorités  ne  fût  erronée  quand  les  masses 
l'absorbent  docilement  ;  que  jamais  la  science 
réelle  et  juste  des  n  inorités  enseignantes 
ne  fût  contrariée,  étouffée  par  les  passions 
ou  la  fausse  science  des  multitudes.  Il  fau- 
drait que  la  propagande  des  idées  ne  fût  ja- 
mais détournée  de  son  but  par  celle  des  pîas- 
sionset  des  intérêts;  que  la  pliilanthropie, 
importée  en  Amérique,  aux  Indes,  enChmc, 
ne  fût  pas  amortie  ou  pervertie  parlemcr- 
cantilisme  ou  l'ambition  politique...  Progrès 
indéfini  peut  donc  être  un  heureux  et  fré- 
quent accident  de  l'humanité;  si  nous  vivons 
dans  une  de  ces  époques  privilégiées,  \^ 
races  noires  et  basanées  en  auront  leur  perl 
et  pourront  aussi  dignement  que  nous  ren- 
dre grâce  à  la  Providence. 

DIEU  manifesté  par  la  création  de  F-hom- 
me.  Voy.  I'Introductiow. 
DINDON  ou  Coq  d'I?(dr,  meleagris^  gailo- 


5tC 


BIS 


D\\NTI1R01H>L0GIE. 


DUR 


394 


^ro^  est  on^iiaire  ue  TAmërique  du  Nord, 
habite  les  forêts  ;  c'est  un  excellent  gibier. 


les  anciens  ne  connaisaient  point,  avec  cette 
exactitude  et  cette  précision  qu*on  Tante 
dans  ses  écrits.  On  pourrait  seulement  ajou- 
ter à  ce  que  dit  Beckmann  ces  deux  témoi- 
gnages historiques  :  le  dindon  fut  importé 
dans  llnde  rers  le  temps  de  Dschangir,  qui 
succéda  à  Âkbar  le  Grand  sur  le  trône  des 
Grands  Mogols,  enriron  en  Tan  1637  (173). 
Il  arrira  en  Angleterre,  avec  divers  autres 
ot^ets,  dès  Tannée  162i,  s'il  en  faut  croire 
un  ancien  poème  (174). 

D1SP£RS10N  DÈS  RACES.  —  La  croyance 
aux  espèces  diverses  et  autochtones  est  em- 
liarrassée  d'expliquer  la  dispersion  de  la 
funille  humaine  partant  d*un  seul  lieu,  et 
son  augmentation  en  procédant  d*un  seul 
couple,  liais  l'industrie  et  Tactivité  humaine 
expliquent  aussi  aisément  le  premier  fait, 
que  la  statistique  rend  compte  du  second. 
Soit  qu'on  accepte  l'individu  et  la  longévité 
d'Adam,  soit  qu'on  prenne  son  nom  et  sa 
vie  de  plus  de  mille  ans  comme  résumant 
une  drnastie,  ou  plutôt  le  groupe  primitif 
de  la  iamille  humaine,  trois  générations  par 
siècle  et  quatre  enfonts  par  génération  don- 
nent, dès  le  IX'  siècle,  c  est-a-dire  à  la  vingt- 
cinquième  génération,  un  chiil^e  afiprochant 
de  la  {K^ulation  actuelle  de  la  Chine.  A  la 
vingt-neuvième,  le  chiffre  dépasse  déjà  la 
l>>pulation  actuelle  de  toute  la  terre  ;  la  tren- 
tième dépasse  un  milliard. 

n  faut  modifier  beaucoup  cette  donnée, 
même  dès  la  quatorzième  génération  :  16,38i, 
chiffre  représentant  une  des  fortes  tribut 
d'arabes  ou  d'autres  peuples  pasteurs.  Alors 
le  besoin  d'émigrer  pour  chercher  des  ali- 
ments; le  travail,  la  discorde,  la  maladie,  le 
souci,  diminuent  la  prospérité  des  ménages, 
les  ehances  de  vie  des  enfants,  et  la  famille 
peut  se  réduire  à  une  moyenne  de  cinq  : 
(lère,  mère  et  trois  enfants.' C'est  un  sixième 
à  retrancher  de  chaque  génération  selon  le 
compte  ci-dessus.  Les  chances  sont  meil- 
leures encore  après  le  déluge,  puisque  alors 
c*est  par  plusieurs  familles  que  la  terre  se 
repeuple  simultanément  En  dix  siècles 
elles  peuvent  avoir  occupé  les  trois  grands 
oootinents  qui  se  touchent  et  qu'on  appelle 
avec  tant  de  raison  l'ancien  monde.  Les  fies 
et  continents  de  diiCciles  accès  n'auront  été 
jieuplés  que  dans  les  périodes  postérieures, 
après  un  certain  développement  de  l'industrie 
maritime»  ou  après  une  pléthore  poussant  la 
population  à  émigrer.  Nous  verrons  par 
exemple  en  parlant  des  Américains,  que  par 
jes  traits  de  la  physionomie  et  par  les  lan- 
gues, ils  se  rapprochent  des  tjpes  de  l'Asie 
centrale,  ce  oui  donne  le  droit  de  présumer 
qa*ils  n'ont  émigré  par  le  n^rd  ou  par  le  lil- 

(173^  AfumA^keri,  transi,  by  Cledwui,  toin.  1"% 

(174)  The  gardeu  mnd  ménagera  of  the  loolo^cal 
S^rietf^  n.  fo,  p.  209. 

DlCTV)7!l.  D'AfTTHROPOLOGIB. 


toral  d'Orient  que  dans  une  période  compa- 
rativement récente. 

En  pensant  aux  doutes  qui  afiligent  encore 
tant  de  points  de  la  science,  on  peut  se  con- 
soler des  embarras  relatifs  aux  races  dont  la 
synonymie  n'est  pas  encore  bien  retrouvée 
dans  la  Genèse.  Les  hommes  voulant  puiser 
uniquement  à  cette  source  ne  doivent  pas 
oublier  que  Ho'ise  n'a  poursuiri  la  généa- 
logie du  genre  humain  parCaîn,  que  jusqu'à 
la  sixième  génération.  Qu'ils  tiennent  compte 
des  changements  de  noms  et  de  séjour  des 
générations  successives.  Plusieurs  critiques 
ont  pensé  que  cans  le  langage  tropique  des 
Orientaux,  un  nom  d'individu  désignait  le 
plus  souvent  un  peuple.  La  rareté  des  noms 
de  femme  et  le  pluriel  employé  pour  beau- 
coup de  noms  propres  donnent  du  poids  h 
cette  opinion  (175). 

Cuvier  a  aflinné  sans  preuves  que  les 
trois  races  qu'il  admet,  blanche,  jaune,  noiie 
étaient  déjà  séparées  d'habitation  et  de  type 
à  l'époque  du  déluge.  Cette  assertion  n'est 
prouvée  que  pour  une  époque  de  beaucoup 
postérieure,  surtout  en  ce  qui  concerne 
llial)itatiou.  On  a  lait  voir  que  les  change- 
ments amenés  par  le  climat  et  le  croisement 
ont  pu  trancher  profondément  les  variétés 
humaines  avant  les  temps  historiques,  ce 
qui  a  favorisé  des  modifications  postérieures 
et  incessantes,  puisque  les  émigrations  et 
les  croisements  continuent. 

DISTRIBUTION  de  l'espèce  HrvAixE  sur 
le  globe.  Voy.  Géographie  ethivographiqce. 

DROITIER,  GAUCHER;  explication  de  ce 
phénomène   dans   l'homme.   Voy.   Mogtb» 

MENT. 

DROMADAIRE.  Voy.  Claveau. 

DURÉE  DE  LA  VIE  ET  ACCROISSEMENT 
DU  CORPS.  —  La  lenteur  de  notre  crois- 
sance parait  due  au  grand  développement 
fjue  prend  d'abord  notre  système  nerveux, 
(tous  les  animaux  devenant  d^autant  plus 
tôt  adultes  qu'ils  ont  un  plus  petit  cerveau)... 

L'expérience  alait  connaître  que  l'homme» 
plus  encore  que  les  mammifères,  pouvait 
vivre  six  à  sept  fois  le  temps  qu'il  mettait 
à  s'accrottre  jusqu'à  la  puberté.  Comme  il 
devient  pubère  vers  Tâge  de  quatorze  ans  en- 
viron, sa  vie  peut  s'étendre  jusqu'à  cent  ans 
et  bien  au  delà... 

Sur  neuf  cents  millions  d'hommes  que 
peut  nourrir  notre  globe  il  en  est  à  peine 
quelques  milliers  de  riches  et  heureux,  tan- 
dis que  tout  le  reste  croupit  dans  l'infortune 
et  se  nourrit  du  pain  de  l'afDiction. 

Paracelse  promet  l'âge  de  Mathusalem  à 
quiconque  prend  de  ses  arcanes  {Aurora 
medicinœ^  liv.  iv,  cap.  4),  et  il  succomba 
sous  la  crapule,  dans  un  cabaret,  à  quarante- 
sept  ans. 

L'unique  source  de  toute  longévité  ne  sau- 
rait donc  être  que  la  modération  et  l'égalité 
du  moral  comme  celle  du  physique,  dans 

(175)  Mitsraim,  Lehabira,  Loadîm,  PbatrouMio, 
AnaDim,  Nâphtiiim,  Caslucbim,  Caphtorim.  Confër. 
Char!.  LE!«oRiiAifT,  Caurt  (ThUt.  anc.^  1837«  ei 
Cenhêj  chap.  x. 


5i)S 


DUR 


DICTIONNAIRE 


DLR 


m 


le  régime,  etc.  Mediumlenuere  bealiy  medio 
tmissimus  ibis   :  quidnuid  ejzcedii   tnodum 

pervdet  in$tabiH  loco Il  y  a  des  familles 

lie  centenaires,  tanrlls  que  plusieurs  autres 
ont  la  vie  fort  courte^  comme  les  Turgof, 
qui  ne  passaient  pas  la  cinquantaine.  Dans 
la  famille  de  Thomas  Parr,  au  contraire,  on 
avait  observé  quatre  générations  d'hommes 
de  cent  douze  a  cent  vingt-quatre  ans;  on 
en  cite  de  semblables  en  Pologne,  en  Angle- 
terre, en  Suisse.  Joseph  Surrington,  mort  en 
1797,  en  Norwége,  à  l'âge  de  cent  soixante 
ans,  laissa  un  Qls  Agé  de  cent  trois  ans. 

Les  personnes  naturellement  fort  grasses 
ne  jouissent  pas  d'une  longue  vie  {Hipp., 
Aphor.y  aph.  W,  sect.  11). 

Une  VOIX  grave  ou  mâle,  une  tête  forte 
sans  être  trop  volumineuse  ni  siir  un  côu 
trop  court,  un  corps  velu,  caractère  d'une 
virilité  vigoureuse,  annoncent  encore  la  lon- 
gue vie,  pourvu  qu'on  n'en  abuse  pas. 

Il  y  a  telle  infirmité,  telle  maladie,  oui 
conservent  la  santé  et  la  longévité,  en  déli- 
vrant de  toute  autre  affection. 

Stahl  et  d'autres  médecins  allemands 
(Alberti,  Dissertât,  de  Bœmorr.,,  longevi" 
tatœ  causa)  regardent  le  ftux  héraorrhoidal 
comme  le  régulateur  de  la  santé  et  le  pro- 
longateur des  jours.  Boerhaave  avait  la  même 
connancc  dans  la  fièvre  quarte. 

Aucun  homme  eunuque  doftt  on  ait  con- 
naissance n'a  passé  l'âge  de  cinquante  à 
soixante  ans.  Toute  énervation,  toute  com- 
plexion  trop  lymphatique  alourdit  la  marche 
de  l'organisme  et  entraîne  sa  destruction. 

D'après  les  âges  historiques  oui  ont  suc- 
cédé aux  temps  fabuleux,  fa  vie  humaine  or- 
dinaire semble  avoir  toujours  été  évaluée 
de  soixante-dix  à  quatre-vingts  ans,  en  gé- 
néral, par  toute  la  terre.  Sans  rappeler  les 
immenses  calculs  faits  «en  diverses  contrées, 
nous  nous  bornerons  aux  résultats  les  mieux 
constatés  et  les  plus  récetits.  Sussmilch  cal- 
cule qu'en  Angleterre,  en  Franceet  dans  d'au- 
tres régions  circorivoisines  de  l'Allemagne, 
il  meurt  une  personne  sur  2i  par  an.  11  trou-^ 
vait  quesur  1,000  personnes  une  seule  ar- 
rivait à  quatre-vingt-ndix-sept  ans,  et  qu'il 
en  fallait  1,^00  pour  y  rencontrer  un  cente- 
naire. A  Londres,  sur  21,000  morts  environ 
chaque  année  pendant  les  vingt-cinq  der- 
nières années,  on  trouvait  de  2  à  6  centenai- 
res ou  même  davantage. 

A  Paris,  sur  21,882  décès,  en  183&,  il  se 
trouvait  9  personnes  de  quatre-vingt-quinze 
à  cent  ans;  il  n*en  parut  que  2  sur  19,800  en 
1835,  et  6  sur  21,&^i9  en  1836  :  ce  n'est  pas 
un  centenaire  sur  3,000.  Il  est  très-remar- 
quable que  parmi  ces  grands  âges  les  fem- 
mes y  soient  presque  toujours  deux  à  trois 
fois  plus  fréquentes  que  les  hommes;  é'est 
qu'elles  ont  une  existence  sans  doute  plus 
ménagée.  Il  y  a  moins  de  centenaires  dans 
les  pays  des  nautes  montagnes,  comme  en 
Suisse,  où  se  trouvent  pourtant  beaucoup  ' 
de  vieillards,  moins  avancés  en  âge;  mais 
l'air  trop  vif  y  fait  succomber  les  plus  âgés 
des  maladies  de  poitrine. 

Sur  100  personnes,  6  seulement  passent 


l'âge  de  soixante  ans.  D'après  la  comparai- 
son de  plusieurs  tables  de  mortalité  da  Dupré 
dé  Sarnt-Maur,  dans  des  villages  de  la  Bour- 
gogne, on  voit  que  le  quart  des  enfanis 
(fun  an  périt  avant  l'âge  de  cinq  années  ré- 
volues, le  tiers  de  la  population  avant  dix 
ans  révolus,  la  moitié  avant  trente-ciuq  ans 
rév(>lus„  les  deux  tieirs  avant  cinquante- 
deux  ans  révolus,  et  les  trois  quarts  ayant 
soixante  et  un  ans  révolus. 

A  Paris,  où  il  naît  à  peu  près  ch^iM'an- 
née  20,000  enfants,  la  moitié  de  ce  nombre 
seulement  parvieut  à  vingt  ans^ et  entiers 
à  peine,  ou  0,800,  atteignent  l'Age  de  qua- 
rante-cinq ans.  11  périt  près  du  quart  des  en* 
fants  pendant  la  première  année,  en  cniQ|v 
tant  l'effet  de  la  petite  vérole  et  les  enfaiHs 
trouvés  qui  succombent  dans  les  hôpitaux; 
il  n'en  parvient  pas  un  tiei*s  à  l'âge  de  deux 
ans.  :  toutefois,  cette  mortalité  effrc\yanto 
diminue  aujourd'hui,  tant  par  les  bienfait*^ 
de  la  vaccine  que  par  les  soins  donnés  ac- 
tuellement par  les  administrateurs  desiia- 
blissements  de  charité. 

Dans  les  campagnes  et  lés  petites  villes 
oik  Texistence  court  moinsdeTisquès,  laviv 
moyenne  d'un  enfant  d*un  an  est  de  Ironie- 
trois  ans,  car  il  peut  raisonnablement  osp^ 
rer  atteindre  cet  âge.  A  vkigt  ans  le  jeune 
homme  peut,  avec  probabilité,  compter  sur 
la  même  durée  de  trente-trois  ans.  A  soi^^anie- 
six  ans  un  homme  a  tout  autant  de  chance^ 
de  vie  et  de  mort  que  l'enfant  qui  vient  it 
naître  :  de  même,  dit  Buffbn,  un  honiinr 
âgé  de  cinquante  et  un  ans,  ayant  emoiv 
seize  années  d'espérance,  il  y  a  deui  h  l'a- 
rier  contre  un  que  son  (ils  qui  vient  de  naî- 
tre ne  lui  survivra  pas  :  il  y  a  trois  cuuin^i 
un  pour  un  homme  de  trente-six  ans,  et  quai 
Ire  contre  un  pour  un  hàinme  de  yil^t^ 
deux  ans;  un  père  de  cet  âge  pouvant  csjf 
rer  avec  autant  de  fondement  Irente-deii 
ans  de  vie  pour  lui  que  huit  poursùnlVi 
nouveau-né. 

Certains  â^es  compromettent  plus  Te^v 
tencè  que  d'autres:  ainsi  les  révolution 
qu'éprouvé  le  corps  dans  son  àccroissemen 
ou  ses  périodes  le  mettent  souvent  en  dan 
gcr  de  périr;  par  exemple,  l'âge  de  la  F' 
midre  dentition ,  fatal  à  tous  les  mamuiiGj 
res,  l'est  aussi  à  l'enfance  de  l^omme  ve 
deux  ans  ;  la  seconde  dentition  à  sept  an 
la  puberté  entre  douze  et  ({uiiize  pour  l* 
filles  et  les  garçons,  Téruption  de  la  l>arb 
ot  la  formation  complète  du  corps  vers  vin^ 
ot  un  ans  ;  Tâge  de  la  force,  de  vingt-huit  i 
trente-cinq  ans,  est,  comme  là  période  ]M 
cédente,  un  temps  sujet  aux  affections  aj 
guës,  soit  de  poumon  soit  d'autres  or^anesi 
enfin  le  commencement  de  la  décroissanj 
vers  quarante-deux  ans,  le  temps  criliqu 
chez  les  femmes  de  quarante-cinq  à  nij 
quante  ans  ;  la  perte  de  la  faculté  génér 
tive  dans  la  plupart  des  hommes  de  soixaul 
h  soixantOKîinq  aiis.  . 

L'âge  de  dix  ans,  également  éloigné  j 
deux  époques  septénaires  dé  révolution  ^ 
le  plus  sain  de  1  adolescence  :  il  n'y  mcul 
guère  qu'un  individu  sur  130  ;  mais  à  ((U< 


317 


DUR 


1>*ANT11110P0L0G1Ë. 


DUR 


398 


i^le  ans  il  péril  un  individu  sur  53;  les 
proportions  sotit  bien  plus  fortes  encore  à 
mesure  mi*oh  aTancc  en  Age. 
Après  le  temps  critique  la  femme  a  plus 
(l'espérance  de  vie  que  Vbomme  ;  et  l'on  voit 
un  plus  ^rand  nombre  de  vieilles  femmes 
(jue  de  vieux  hommes.  Toutefois,  dans  les 
âges  citraordinairement  avancés ,  après 
cent  ans,  on  rencontre  plus  d'hommes  que 
de  femmes. 

On  observe  encore  que  les  femmes  céli- 
bataires on  les  religieuses  sont  plus  exposées 
à  )a  mort  que  les  nommes  célibataires.  En 
is'énéral,  dans  nos  climats»  on  compte  un 
Dinrtsur33à  35  Vivants:  ainsi  en  multi- 
pliant le  nombre  des  morts  d'un  pays  quel- 
nmque  de  l'Europe  par  32  ou  35>  on  a  le 
laaf  lie  la  population  à  peu  près  eiactement; 
♦n  observant  que  la  mortalité  est  plus  con- 
sidérable à  Paris  et  dans  toutes  les  grandes 
ïiilcsqae  dans  les  Villages  et  les  bourgs. 
Prenez  miHe  enfants  &  leur  naissance  ; 
à  peine  ont-ils  vii  la  lumière,  qu'il   en  périt 
*23;  la  dentition  en  emporte  plus  de  50 ,   et 
les  WDnilsions,  les  vers,  les  coliques   du 
prpfliierâge  en  enlèvent  plus   du  quart  ou 
i.'ïï;  la  petite  vérole  en  rait  mourir  au  moins 
^,  la  rougeole  7  ;  ajoutons  que  les  accou* 
rhements  difficiles  coûtent  la  vie  à  environ 
8  femmes. 

La  phthisie  et  I*asthme  moissonnent  en 
Angleterre  près  du  cinquième  de  la  popu- 
laîion  ou  19i  sur  1000  personnes.  Les  affec- 
ii';iis  inflammatoires  frappent  de  mort  plus 
•îu  septième,  ou  150  sur  1000.  Graiint  pense 
que  des  fièvres  aiguës  détruisent  deux*  neu- 
vièmes de  la  population,  et  les  maladies 
(ironiques  ^. 

Les  Allemands,  les  Polonais  y  les  Hollau'* 
'iaisnc  sont  si  souvent  malades  que  par 
Ifurs  abus  de  régime  et  les  ingurgitations 
perpétuelles  de  chair  et  de  boissons,  qui 
un^iargent  leur  estomac. 
f*oue  gulœ  metas^  et  erit  tibi  longior  œtas. 
Les  lieux  montagneux  du  nord  de  l'Eu-* 
w|>eetde  l'Asie  semblent  être  la  patrie  de 
ta  longévité.  On  remarque  que  presque 
l'^ns  les  Islandais  arrivent  à  une  extrême 
▼iHllesse,  de  même  que  les  Finlandais.  Les 
:^miQs  de  1833,  de  1835  et  de  1837,  ont  cité 
(i^'  nombreux  exemples  de  vieillards  de 
'«•niTinjt-cinq,  de  cent  trente,  de  cent 
tf^nle^mq,  de  cent  quarante-cinq ,  et  même 
'  ti  de  cent  cinquante  ans,  observé  en  Russie. 
Les  journaux  espagnols  nous  ont  fait 
'^>nnaltre  deux  exemples  très-remarquables 
'ie  longévité.  L'un  est  relatif  à  une  négresse 
'jbre  de  la  Havane,  qui  est  morte  à  l'âge 
ll^  cent  vingt-cinq  ans,  et  qui  a  laissé  une 
nlîede  quatre-vingt-dix-neuf  ans.  Jusqu'à 
^  fin  elle  avait  conservé  l'usage  de  ses  fa- 
''^Ités,  lisant,  écrivant  et  enfilant  son  ai- 
guille sans  lunettes.  L'autre  a  trait  à  une 
M-mme  de  Cruzt  de  Pontévedra  morte  âgée 
'^f  cent  neuf  ans. 

^i  des  statures  très-élevées  et  fluettes  sont 
««avorables  à  la  longéyité,  des  statures  trop 
«mavsées  et  rabougries  ne  lui  sont  pas 
^oms  contraires.  Cependant  un  corps  plutôt 


court  que  trop  haut,  plutôt  sec  i^juc  trop  gr«»s, 
plutôt  muscuieux  et  solide  que  mou,  ui>e 
poitrine  large,  sont  plus  convenables  au 
prolongement  de  l'existence  que  d'autres 
complexions. 

Fontenelle  disait  que  [>our  vivre  sain  et 
longuement  il  fallait  avoir  bon  estomac  et 
mauvais  coeur;  on  comprend  que  nous  n\nu- 
rions  pas  rappelé  cet.étrange  axiome,  s'il  n'é- 
tait devenu  célèbre  par  le  nom  deson  auteur. 

D'après  des  recensements  faits  avec  Iw 
plus  grand  soin  de  l'âge  auquel  sont  morts 
un  grand  nombre  d'individus ,  et  la  compa- 
raison du  nombre  des  décès  avec  celui  des 
naissances,  on  est  parvenu  à  constater  que 
le  quart  environ  des  enfants  meurt  dans 
les  premiers  onze  mois  de  la  vie,  le  tiers 
avant  vingt-trois  mois  ;  la  moitié  à  peu  près 
avant  d'avoir  atteint  Tâge  de  huit  ans.  Les 
deux  tiers  du  ^enre  humain  périssent  avant 
la  trente-neuvième  année  ;  les  trois  quarts 
avant  la  cinquante-unième  ;  en  sorte  que, 
comme  l'observe  Buffon,  de  neuf  enfants 
qui  naissent  un  seul  arrive  à  soixante-dix 
ans  ;  de  vingt-trois  un  seul  à  quatre-vingts 
ans  ;  tandis  que  sur  29  un  seul  se  traino 
jusqu'à  quatre-vingt-dix. 

TABLE  DES  PROBABILITÉS  DE  LA  DURÉE  DE  LA  VIE. 


AGE 

DURÉE 

AGE 

DITRÉE 

AGE 

DURÉE 

delà 

tvie. 

delà  vie» 

de  la  vie. 

MS. 

•on. 

mois. 

ans. 

•no* 

moU. 

ans. 

ana. 

iac»:i 

0 

8 

0 

29 

28 

6 

58 

12 

1 

33 

0 

30 

28 

0 

50 

11 

8 

2 

38 

0 

31 

27 

6 

00 

11 

1 

3 

40 

0 

32 

26 

11 

61 

10 

0 

4 

41 

0 

33 

26 

5 

62 

10 

0 

8 

41 

6 

34 

25 

7 

63 

9 

6 

6 

42 

0 

55 

25 

0 

64 

9 

0 

7 

42 

3 

36 

24 

5 

65 

8 

6 

8 

41 

6 

37 

23 

10 

66 

8 

0 

0 

40 

10 

38 

23 

3 

67 

7 

6 

iO 

40 

2 

39 

22 

8 

08 

7 

0 

il 

39 

6 

40 

22 

1 

69 

6 

7 

l!2 

38 

9 

41 

21 

6 

70 

6 

2 

i3 

38 

1 

42 

20 

11 

71 

5 

8 

14 

57 

5 

43 

20 

4 

72 

5 

4 

15 

56 

9 

44 

19 

9 

73 

5 

0 

16 

36 

0 

45 

19 

3 

74 

4 

9 

17 

35 

4 

46 

18 

9 

75 

4 

6 

48 

34 

8 

47 

18 

2 

76 

4 

5 

19 

34 

0 

48 

17 

8 

77 

4 

1 

30 

33 

5 

49 

17 

2 

78 

3 

11 

21 

32 

il 

50 

16 

7 

79 

3 

9 

22 

32 

4 

51 

16 

0 

80 

3 

7 

23 

31 

10 

52 

15 

6 

81 

3 

K 

24 

31 

3 

53 

15 

0 

82 

3 

3 

25 

30 

9 

54 

14 

6 

83 

-5 

2 

26 

30 

2 

55 

14 

0 

84 

3 

1 

27 

29 

7 

56 

13 

5 

85 

3 

0 

28 

29 

0 

57 

12 

10 

Il  résulte  de  ce  calcul,  qui  repose  sur  des 
éléments  recueillis  avec  le  plus  grand  soin, 

3u'on  peut  espérer  raisonnablement,  c'esl-à 
ire  parier  un  contre  un  qu'un  enfant  qui 
vient  de  nattre,  ou  qui  a  zéro  d'âge,  vivra 
huit  ans  ;  qu'un  enfant  oui  a  déjà  vécu  un 
an,  ou  qui  a  un  an  d'âge,  vivra  encore 
trente-trois  ans  ;  qu'un  enfant  de  deux  ans 
révolus  vivra  encore  trente-huit  ans  ;  qu'un 
homme  de  vingt  ans  révolus  vivra  encore 
trente- trois  ans  cinq  mois;  qu'un  homme 


5)9 


EDU 


DICTIONNAIRE 


EDU 


4)0 


de  Irenle  ans  vivra  encore  vingt-huit  ans; 
et  ainsi  de  tous  les  autres  Ages. 
'  Buffon  fait  encore  remarquer  que  Tflge  au- 
quel on  peut  espérer  une  plus  longue  du- 
rée de  vie  est  Tâge  de  sept  ans,  puisqu^on 
peut  parier  un  contre  un  qu*un  enfant  de 
cet  Âge  vivra  encore  quarante-deux  ans  trois 
mois  ;  2r  qu*à  Tâ^e  de  douze  ans  on  a  vécu 
le  quart  de  sa  vie,  puisqu'on  ne  peut  lé^- 
timement  espérer  que  trente-buit  ou  trente- 
ireuf  ans  de  plus  ;  de  même  qu*à  Tâge  de 
vin<;t-buit  ou  vingt-neuf  ans  on  a  vécu  la 
moitié  de  sa  yie;  puisqu'on  n*a  plus  que 
vingt-buit ans  à  vivre;  et  enfin  qu'avanl 
cinquante  ans  on  a  vécu  les  trois  quarts  de 
sa  vie,  puisqu'on  n'a  plus  que  seize  ou  dix- 
sept  ans  &  espérer.  Mais  ces  vérités  physi- 
ques, si  mortifiantes  en  elles-mêmes,  peu- 
vent se  compenser  par  des  considérations 
morales  ;  un  homme  doit  regarder  comme 
nulles  les  quinze  premières  années  de  sa 
vie  ;  tout  ce  qui  lui  est  arrivé,  tout  ce  qui 
s'est  passé  dan^ce  long  intervalle  de  temps  ^ 
est  effacé  de  sa  mémoire,  ou  du  moins  a  si 
peu  de  rapport  avec  les  objets  et  les  choses 
qui  l'ont  occupé  depuis ,  qu'il  ne  s'y  inté- 
resse en  aucune  façon  ;  ce  n'est  pas  la  même 
succession  d*idées,  ni  pour  ainsi  dire  la 
même  vie  ;  nous  ne  commençons  à  vivre  mo- 
ralement que  quand  nous  commençons  à 
ordonner  nos  pensées,  à  les  tourner  vers 
lin  certain  avenir,  et  à  prendre  une  espèce 
de  consistance,  un  état  relatif  à  ce  que  nous 
devons  être  dans  la  suite.  En  considérant  la 
durée  de  la  vie  sous  ce  point  de  vue,  qui  est 
•le  plus  réel,  on  trouve  dans  la  table  ci-<îon- 
tre  au'à  l'Âge  de  vin^t-cina  ans  on  n'a  vécu 
que  le  quart  de  sa  vie,  qu'à  l'âge  de  trente- 
huit  on  n'a  vécu  que  la  moitié,  et  que  ce 
n'est  qu'à  l'Age  de  cinquante-six  ans  qu'on 
a  vécu  les  trois  quarts  de  sa  vie 

Le  terme  moyen  de  la  vie  est  de  huit  ans 
dans  un  enfant  qui  vient  de  nattre  ;  à  mesure 
qu'il  avance  en  Age  son  existence  devient 
plus  assurée ,  et  lorsqu'il  a  passé  sa  pre  - 
mière  année,  il  peut  raisonnablement  espé- 
rer de  vivre  jusqu'à  la  trente-troisième  an- 
née. La  vie  s'affermit  de  plus  en  plus  jus- 
qu'à sept  ans.  Age  auquel  Tenfant  qui  a 
résisté  aux  orages  de  sa  première  dentition 
peut  compter  sur  quarante-deux  ans  et  trois 
mois  de  vie.  Après  cette  époque  la  somme 
des  probabilités,  jusqu'alors  graduellement 
accrue,  éprouve  une  dimunition  progressi- 
vement décroissante,  en  sorte  que  Irafant 
qui  a  atteint  sa  quatorzième  année  ne  doit 


plus  espérer  que  trente-sept  années  et  cin<| 
mois,  1  homme  de  trente  ans,  vin^t-huit  aus 
encore,  et  enfin  celui  de  quatre-vtnçts{udlr(^ 
ans  trois  années.  De  la  quatre-vingt-cin- 
quième à  la  quatre-vingt  dixième  la  probabi- 
lité reste  stationnaire,  mais  passé  ce  tenip^ 
l'existence  est  on  ne  peut  plus  précaire,  et 
se  traîne  péniblement  jusqu'à  sa  fin. 

Dans  les  recherches  qui  ont  eu  pour  objet 
la  connaissance  exacte  de  tous  les  éléments 
de  la  population,  on  a  presque  toujourscon- 
sidére  celle-ci  dans  l'état  constant  où  elle 
est  maintenue  par  la  seule  compensation  des 
naissances  et  des  décès.  Fourier  s'est  pro- 

r)sé  d*appliquer  les  théories  mathématiques 
la  détermination  de  tous  les  éléments  de 
la  population  d'un  pays  où  elle  est  en  partie 
formée  d'un  grand  nombre  d'hommes  qai 
n'y  ont  pas  pris  naissance.  U  a  trouvé,  par 
des  observations  faites  en  France  pendant 
trente  années,  que  la  durée  moyenne  de  la 
vie,  ou  la  somme  des  Ages  au  jour  du  décès 
divisée  par  le  nombre  de  ces  décès,  est  de 
vingt-huit  et  demi.  La  vie  probable,  à  par- 
tir des  diverses  Ases,  augmente  d'abord  très- 
rapidement  avec  l'Age  du  nouveau-né;  elle 
diminue  ensuite  continuellement.  Il  en  est 
de  même  de  la  durée  moyenne. 

L'Age  moyen,  ou  la  somme  des  Ages  de 
tous  les  habitants  divisée  par  leur  nombre , 
«st  d'environ  vingt-neuf  ans. 

L'Age  probable  ou  celui  qui  est  tel  qu'une 
moitié  des  vivants  a  un  Age  supérieur  et 
l'autre  un  Age  inférieur,  a  pour  valeur  ap- 
prochée vingt-cinq  ans  et  demi. 

La  durée  moyenne  des  générations  est 
plms  diflicile  à  estimer.  Elle  dépend  ea 
grande  partie  de  l'Age  moyen  des  «lariages. 
En  Grèce  les  hommes  ne  pouvaient  se  ma- 
drier qu'à  trente  ans  :  cette  durée  était  en- 
luée  a  trente-trois  ans  et  un  tiers  ;  elle  ne 
peut  s'appliquer  à  d'autres  pays.  Dans  nos 
climats  elle  parait  différer  peu  de  trente  et 
un  ans. 

Pour  mesurer  l'effet  de  la  mortalité  aux 
divers  Ages  on  compare  le  nombre  total 
des  personnes  qui  ont  un  Age  donné  a« 
nombre  des  personnes  qui  meurent  à  cet 
Age.  Le  rapport  varie  pour  les  différents 
Ages;  mais  il  n'est  point  indiqué.  Un  résul- 
tat important  du  travail  de  M.  Fourier.  c'est 
que  la  valeur  de  la  durée  ntoyonne  de  la 
vie  ne  dépend  point,  comme  plusieurs  au- 
tours politiques  Tont  pensé,  des  nombres 
respectifs  des  naissances  et  des  décès. 


E 


ÊDUCABILITE  DES  RACES  (PaiORrrÉ  m 

LA  CIVILISATION,  ÉTAT  SAUVAGE).  —  L'éduca- 

bilité  sociale  des  races  et  des  individus  n'é- 
tant contestée  que  dans  le  degré,  non  dans 
le  principe,  l'avenir  des  races  les  plus  mal 
partagées  est  encore  consolant,  puisque  les 
nartisans  de  l'inégal iié  des  aptitudes  sont, 


par  coTilre,  les  croyants  les  plus  fervents  dn 
progrès  indéfini  de  l'humanité  entière.  Peut- 
être  se  flattentrils  de  recueillir  les  principaux 
profits  de  ce  travail  par  droit  de  direction  et 
d'initiative,  car  la  race  blanche  ou  adamimi^ 
est,  disent-ils,  l'éducateur  sous  lequel  les 
races  noires  et  même  les  basanées  ne  se- 


ÎM 


EDU 


D*ANTIIROPOL0GIEL 


EDU 


iOï 


raient  jamais  sorties  de  i  état  sautage  (176). 

■  faut,  one  fois  de  phis ,  reconnaître  ici 
qoe  rerrenr  n'est  qu'on  côté  de  la  vérité,  à 
laquelle  les  bous  esprits  de  tous  les  partis 
sont  obli^  de  rendre  hommage,  à  leur  insu 
ou  à  leur  escient!  Acceptons  ce  dogme  d^ln 
ensdgnement  mutuel  de  la  ciYilisation , 
dogme  oui  est  la  résultante  perpétuelle  de 
nos  reenerehes  historiques  ;  mais  en  le  sé- 
I«arant  de  deux  idées  accessoires,  hautement 
iJémenties  par  rhistoire  :  1*  que  la  race 
blanche  n'a  jamais  eu  besoin  d  éducateur; 
S*  que  les  éducateurs  ont  toujours  été  des 
blancs. 

i*  L'histoire  des  nations  européennes  qui 
duiTent  tant  aux  Grecs  et  aux  Romains  nous 
ttiontrent  la  part  de  la  tradition  incompara- 
blement plus  forte  que  celle  de  rinitiative. 
Les  deux  grands  peuples  anciens  étaient 
précisément  dans  la  même  situation  vis-à- 
vis  d'autres  peuples  antiq[ues.  Étrusques,. 
ScTtlie?,  Thraces,  Phéniciens,  É^-ptiens, 
Imliens.  If.  de  Maistre,  si  sévère  pour  le 
uêoiegrec.  Ta  rctluît  aucourtagede  la  science 
entre  JWsie  et  l'Europe  1  L\istronomie ,  la 
géométrie  loi  innrent  d*É^ypte  r  la  philoso- 
phie, la  musique,  de  TA^ie  mineure.  Si  M. 
tie  Maistre  eût  vu  les  temples  grecs,  après 
ceux  de  Thèbes,  les  chapiteaux  à  palmes  et 
à  lotus  à  côté  du  chapiteau  d'acanthes,  il 
aurait  de  plus  belle  crié  au  plagiat,  &  la  sté- 
rilité, peut-être  même  en  marchandant  la 
«^ncession  de  goût  et  d'élé^^ance  I  Le  génie 
•rancune  oation  ne  résisterait  h  une  pareille 
.inalyse.  La  gloire  de  chaque  peuple  ne  sub- 
sistera sans  ivirtaçe  qu'à  la  condition  de  se 
|»erdre  dans  la  nuit  des  temps;  d'avoir  oublié 
ou  fait  oublier  ses  maîtres.  Depuis  ((ue 
l'histoire  existe ,  il  n'est  plus  permis  aux 
initiés  d'égorger  les  initiateurs:  qu'importe 
une  petite  souffrance  d'orgueil  national, 
auprès  de  cet  hommage  à  la  vérité,  à  la  cha- 
rité universelle  1 

â*  Rien  ne  s'oppose  à  croire  blancs  les 
anciens  Thraces  ou  Scythes;  mais  il  faut 
n*avoir  jamais  vu  les  monuments  Egyptiens 
au  les  tombes  étrusques  pour  gratiûer  d'une 
peau  blanche  ces  Egyptiens,  éducateurs  de 
la  Grèce,  et  ces  Phéntciens,  éducateurs  des 
Étrusques,  Gaulois  et  Ihères.  La  civilisation 
qui  éleva  les  merveilleux  monuments  de 
Tancienne  Amérique  appartenait  à  une  race 
«lont  Itis  modernes  Américains  sont  la  con- 
tinuation. La  civilisation  chinoise  eut  son 
principe  dans  une  émigration  indoue  »  et ,  à 
en  juger  des  tem|)s  passés  par  le  présent,  les 
■lattres  étaient  encore  plus  basanés  que  les 
élèves.  Enfin,  quoiquil  en  coûte  à  noUe 

<t76)  Boftf-Sii^rr-YiTieE^T,  Vkomme, 
{ IT7)  Cesl  Topinion  de  Fréd.  Sciielgel,  Wiseman, 
n  de  bien  iTaolres.  Pëetrahr,  qnl  nie  aitssi  Torigiiie 
et  la  cfnGsaiîoo  dans  Félai  suvage,  afiimie  que  ce 
'  sr  éui  fCtsi  jainais  desceadu  JQsqa*à  l^ïb- 
ét  fai  parole.  Ceci  esl  une  prolesUtîoa  cou- 
le  contre  les  doctrines  du  iviu'  siècle,  et  îm- 
ptîqoe  b  crojapce  à  uue  tradition  connue.  Mais, 
par  une  coaindictîon  inexplicable  dans  un  esprit  si 
clrrè,  et  pourtant  fréqner.le  dans  ses  ouvrages, 
^  -iKibi  admet  la  uiulliplicité  des  civilisations  au- 


amour-propre  et  à  notre  épiderme,  œtte 
même  race  indoue  parait ,  selon  toutes  les 
conjectures ,  avoir  été  l'institutrice  des 
Scythes,  nos  aieux. 

Ai-je  besoin  de  rappeler  que  plusieurs  de 
ces  hordes  scythes  vivent  ou  plutôt  végètent 
encore  à  l'état  pastoral  dans  les  steppes  de 
l'Asie  septentrionale ,  comme  tant  de  tribus 
sémites  dans  les  déserts  de  l'Asie  méridio- 
nale, et  comme  quelques  peuples  finois  en- 
dormis  au  centre  même  de  l'Europe,  tandis 
que  des  prédicateurs  à  chevelure  laineuse , 
propagent  le  Karan  au  cœur  de  l'Afrique. 

Si  toutes  les  races  ont  été  ou  peuvent  être 
alternativement  maîtres  et  élèves ,  aucune, 
quelles  que  soient  ses  aptitudes ,  n'a  puisé 
en  elle  seule  tous  les  éléments  de  son  édu- 
cation. Tout  précepteur  ayant  été  préalable- 
ment enseigné,  la  première  inithitive  doit, 
avoir  été  une  révélation  !  L'homme,  créé  par 
Dieu,  sortit  des  mains  du  Créateur  œuvre 
parfaite,  adulte  de  corps  et  d'esprit. 

Nous  sommes  arrivés  au  même  résultat 
par  l'étude  des  langues,  instrument  premier 
et  dernier  de  l'éducation  des  peuples,  et  dans 
lequel  au  moins ,  leur  égalité  d'aptitude  est 
incontestable,  puisque  sauvages,  barbares, 
|K»1icé5,  blancs,  noirs  et  basanés,  ont  con- 
servé vivant  ce  magnifique  héritage.  Les 
Guaranys ,  les  Cherokis  aussi  bien  que  les 
Grecs  et  les  Latins  se  sont  trouvés  prêts 
pour  recevoir  la  civilisation  et  le  christia- 
nisme. 

Le  principal  honneur  de  la  conservation 
ou  plutôt  ae  la  rénovation  incessante  des 
langues  rerient  moins  à  l'individu  qu'aux 
masses.  C'est  l'œuvre  de  l'esprit  d'associa- 
tion, attribut  perpétuel  de  fhumanité,  trait 
de  la  plus  grande  ressemblance  entre  les 
hommes  de  tous  les  temps  et  de  tous  les 
lieux.  Si  l'aile  de  l'oiseau  implique  la  résis- 
tance de  l'air,  si  la  forme  ou  poisson  dé- 
montre la  fluidité  de  Tonde,  la  sociabilité  de 
l'homme,  ses  notions  innées  de  Leau,  de 
vrai ,  de  juste ,  impliquent  avec  la  même 
évidence  sa  destinée  véritable.  Quelle  que 
soit  la  dégradation  momentanée  de  quelques 
hommes,  la  civilisation  est  leur  but  ulté- 
rieur; elle  fut  leur  cadre  originaire. 

Ce  n'est  pas  dans  l'état  sauvage  qu'il  faut 
aller  cherctier  la  vraie  origine  de  l'espèce 
et  les  fondements  du  contrat  social  (177). 
L'homme  a  toujours  eu  des  devoirs  en  même 
temps  que  des  droits  !  L'éprolsme  voudrait 
exciper  de  ceux-ci,  en  éludant  ceux-là; 
l'immoralité  s'efforce  de  garder  les  droits 
pour  soi  en  versant  les  devoirs  sur  autrui  ! 
Toujours  l'association  humaine,  fûi-eile  ré- 

tochtones,  ec,  loin  d*aceepter  le  fait  si  évident  et  si 
continu,  féducation  d*un  peuple  barbare  ou  sau- 
vage par  rimportalioD  d'une  dvilisalion  étrangère, 
il  dédare  qu'une  pareille  impoiiatioo  fait  toujours 
périr  le  peuple  qui  la  reçoit.  Il  cîle  en  exemple  des 
peuples  d^Amériqiie  et  d'Africpie,  les  Natchez,  les 
Galifomiens,  les  Uotlenlols,  qui,  probablement,  ont 
assez  mal  compris  et  assez  mal  accueilli  la  cÎTilisa- 
tion  importée.  Il  y  ajoute  les  Guaranys,  que  la  civi« 
lisalion  espagnole  a  constitués,  et  quVUe  em|iéchera 
de  périr. 


Ml 


EGA 


PJGTIONNAIRE 


EG 


(01 


duite  à  une  famille,  asenti  que  tout  bonheur 
fut  donné  avec  une  compeus'^tion,  tout  plai- 
sir avec  une  charge,  la  récolte  après  le  tra- 
vail ,  Famour  aveo  la  paternité  et  la  mater- 
nité, la  liberté  avec  la  re*:ponsabilité  1 

La  déjjradation  sauvage  qui  trouble  mais 
n*étcint  jamais  complètement  ces  nations, 
n'est  que  la  chute  de Thomme  vers  la  nature 
animale  au  préjudice  de  sa  nature  morale. 
Cette  alliance  avec  deux  mondes  prouve  le 
conflit  au  milieu  duquel  sa  liberté  fat  sus- 
pendue. Par  elle  aussi  1^  terre  tout  entière 
jfut  ouverte  à  son  activité. 

EDWARDS  (F.),  observations  sur  les  idées 
de  cet  auteur.  —  Von.  Galles  et  Kimrts  et 

CaBACTÈRES  fHTSIOLOGIQUES  DES  RACES  UUr 
MAINES. 

ÉGALITÉ.  —  On  a  dit  que  l'admission 
d'une  race  unique  et  primitive  met  à  l'omni- 
potence divine  des  bornes  inconvenantes. 

Il  me  semble  d'abord  bieq  aisé  de  com^- 
prenJrj^  que  la  n)ulti[)licité  et  conséquem- 
uient  l'inégalité  primitive  des  races,  au  lieu 
de  montrer  la  grandeur  du  Dieu  créateur, 
trahiraient  au  contraire  son  imprévoyance 
et  son  injustice. 

Les  partisans  du  di^oit  du  plus  fort  trouve- 
raient un  ar^ment  capital  dans  un  système 
({ui  scinderait  l'hymanité  en  plusieurs  castes 
physiauement  inégales  en  aptitudes  et  en 
droits  I  Le  jqur  quil  serait  décidé  que  les 
nègres  ne  sont  qu'un  échelon  supérieur  aux 
singes,  la  légitimité  de  leur  esclavage  serait 
défmitivement  démontrée;  on  étendrait  bien- 
tôt Id  copséquence  à  la  race  mongole  dont 
en  ce  moment  môme  la  politique  européenne 
commence  la  conquête,  et  dont  par  consé- 
quent l'exploitation  pourra  avoir  à  se  jusli- 
ner  bien  tût.  Quand  même  la  science  ne  nous 
éclairerait  pas,  quand  même  on  rejeterait 
l'affirmation  des  traditions  sacrées,  la  morale 
et  l'induction  seraient  des  guides  suffisants 
pour  nous  montrer  qu'une  cr^Sation  multiple, 
produisant  des  races  inégales  au  physique  et 
au  moral  est  une  idée  inconciliable  avec  la 
bonté,  avec  la  justice  divine.  La  charité 
chrétienne  trouvera  un  appui  dans  la  vérita- 
ble science  ethnographique  pour  mettre  hors 
de  contestation  un  dogme  trop  longtemps 
dédaigné  par  l'orgueil,  méconnu  par  l'igno- 
rance, puisqu'une  simple  nuance  dans  le 
degré  d'éc^ucation  fut  si  souvent  assimilée  à 
une  différence  radicale  d'éducabilité.  Los 
noirs  d'Afriçjue,  les  rouges  d'Amérique,  les 
jaunes  d'Asie  ont  mis  en  esclavage  des  hom- 
mes de  leur  propre  couleur.  Les  blancs  leur 
avaient  donné  l'exemple,  puisqu'ils  avaient 
fait  des  esclaves  et  des  serfs  avec  des  popu- 
lations blanches  avant  d'asservir  les  popular 
tions  basanées.  Quand  on  a  visité  les  pays 
où  la  race  blanche  est  dégradée  et  mêlée  à  la 
race  noire,  on  voit  clairement  qu'il  n'y  a  pas 
tant  à  se  glorifier  d'élre  blancs  ni  tant  à  mé- 

B'iser  les  nègres.  «  J'ai  eu  à  mon  service,  dit 
.  E.  de  Salles,  des  Turcs,  des  Arabes,  des 
Coi>hles,  des  Darfouriens,  des  Barabras  ;  je 
,les  ai  trouvés  tous  également  imprévoyants 
et  rusés,  paresseux,  menteurs  et  voleurs. 
Tribte  assimilation  de  leur  décadence  so- 


ciale 1  J'ai  vu  d'assez  près  les  grands  hom- 
mes de  cette  barbarie  qu'on  ap^le  la  ciri* 
lisation  musulmane  et  je  ne  les  ^i  pas  estimés 
supérieurs  en  génie  à  Toussainl-LouTOi- 
ture,  à  Dessalines,  à  Christophe,  malgré  la 
différence  de  leurs  angles  raciaux  respe^ 
tifs,  » 

Les  naturalistes  n'ont  pas  encore  doiu^ 
uKie  précision  géométrique  à  ce  mot  :  dégra- 
dation physique.  S'ils  avaient  la  préteulion 
de  mettre  en  rapport  obli^  de  cause  à  effet 
(causalité)  telle  moditicatio|i  physique  avec 
telle  dégradation  morale,  nous  renouTcllc- 
rions  les  objections  logiques  et  les  mille 
preuves  expérimentales  qui  ont  ruiné  le 
système  phrénologique  de  GallI  11  suffit  de 
trouver  un  seul  nègre  éduc^ble  à  la  façon 
des  blancs  pour  affirmer  l'égalité  des  aptitu- 
des chez  les  deux  races  1  Ces  exemples  ae 
sont  pas  rares.  Depuis  le  fameux  Mulej-is- 
maël,  les  empereurs  de  Maroc  ont  trouii 
parmi  les  nègres  plus  d'up  visir  Iialùlc 
^  Saint-Domingue  a  fait  connaître  les  noms  d 
*  actes  d'administrateurs  capables  et  de  sol- 
dats heureux.  L'abbé  Grégoire  et  le  missiou- 
naire  Oldendorp  ont  colhgé  une  Libliolhè- 

Îue  déjà  consitférable  de  nègres  littérateurs, 
es  Polynésiens  n'ont  pas  d'industrie  pb 
avancée,  de  fétichisme  moins  grossier, de  sttu- 
venirs  plus  longs  que  les  Cafres  et  les  Yolots* 
une  certaine  ressemblance  avec  les  Malais 
avec  les  Américains ,  ^  suffi  pour  les  classer 
au-dessus  des  nègres.  Si  la  civilisation  astèque 
et  toltèque  fut  quelque  chose  de  compara- 
ble aux  vieux  cadres  politiques  de  l'Iudet  (i<* 
l'Egypte  et  de  la  Chine,  le  dédain  pourb 
civilisations  stalionnaires  nous  met  un  peu 
au  niveau  des  Chinois  modernes  qui  Q*esti- 
sient  et  r^e  comprennent  l'esprit  et  la  heault' 
qu'à  la  façon  de  leurs  pavsl 

EGAUTÉ  DES  IIAC^S.   Voy.   Etuiopwi» 
(aàCE). 

EGYPTIENNE  (RACE).  —  Quoique  I4 
hitant  de  temps  immémorial  des  contrée 
très-voisines  et  presque  coatiguës  l'une  i 
l'autre,  les  anciennes  races  égyptiennes 
arabo-syriennes  {Voy.  SÉHrriQUE)  offrent 
contraste  le  plus  fortement  marqué.  D  ui 
part,  nous  voyons  les  Arabes,  peuple  pjel 
d'énergie,  et  en  proie  à  une  activité  Hi(|uiè'' 
changer  à  plusieurs  reprises  son  ceure 
vie.  Tantôt  nomade,  cherchant,  loin  ( 
lieux  habités,  des  pâturages  pour  ses  lr( 
peaux  ;  tantôt  fixé  au  sol  par  des  habitua 
agricoles,  remplissant  le  pays  de  viliaj 
populeux,  de  villes  et  do  cités  fortilié< 
tantôt  enfin,  apimé  par  l'amour  delà  gloiref 
l'ardeurduprosélylisme,  se  répandant  juscf' 
dans  les  contrées  les  plus  lointairies.  Du 
autre  part,  les  Egyptiens  nous  présenti 
une  nation  jouissant  en  un  profond  re\io$ 
toutes  les  recherches  du  luxe,  vivant  mot 
ment  au  milieu  de  l'abondance  que  lui  |< 
cure  un  sol  riche,  fécondé  par  le  limon 
son  grand  fleuve,   ne  quittant  jamais 

{)ays  pour  une  terrç  étrangère,  et  ne  sojj 
rant  que  par  force  l'introduction  du  nioti 
dre  changement  dans  son  mode  d'exist* 
et  dans  ses  habitudes. 


D'AXTIiROFOLOGIE. 


EGY 


406 


Skiqs  le  lapport  du  caractère  intellectuel, 
des  tendances  métaphysiques,  des  croyances 
el  des  |>ratiques  religieuses,  les  deux  na- 
tjoas  diffèrent  également  Uune  adore  un 
esprit  innsible  et  éternel,  dont  la  parole 
toute-puissante  fit  sortir  Tunivers  du  néant  : 
Quand  les  étoile^  dumaiin  se  réjouissaient  cT 
que  les  fis  de  Dieu  chnntaieni  en  iriom- 
phe  (178;  ;  Fautre  décore  avec  splendejar  des 
temples  inagni^pies,  dans  lesquels»  par  une 
étran^  iiîfiituation,  elle  place  quelque  ani- 
mal uninoode,  un  serpent,. une  tortue,  un 
crocodile,  un  singe,  qu^elle  honore  par  des 
ri  tes  mystérieux  et  par  un  burlesque  céré- 
monial (179).  La  destinée  de  ces  deux  races 
4  été  ^^ment  différente.  On  peut  dire  de 
Contes  deux  qu'elles  existent  encore  :  Tune 
a  dans  ses  descendants ,  voyageurs  toii^aurs 
actifs  et  infatigables,. des  représentants  ri- 
vants; Taytre  dort  dapssa  terre  natale,  ?aste 
sé|ialcre  où  reposent  embaumées  les  néné- 
rations  snccessiTes  de  trente  siècles,  .Dom.- 
mes,  femmes,  enfants,  avec  leurs  animaux 
domestiques,  attendant  au  sein  de  ce  sol 
oonserraleur^  Fépoque  depuis  longtemps 
éooaiéepour  beaucoup  d*entrp  eux,, qui  der 
Tait  les  apiener  pour,  subir  le  dernier  juge- 
ment devant  le  tribunal  de  Sérapis  ou  dans 
le  palais  d^Obimaadyas.  Les  caractères  phy- 
simies  de  ces  deux  races  présentent  aussi  des 
différences  trapchécs  :  au  lieu  des  traits  eili- 
\6s^  de  la  physionomie  mobile,  animée  et  exr 

|»re$sive,.des  formes  sveltes  et  agiles  de 
*Arabe,.on  voyait  dai)$  le  pays  des  Phar 
raons  dei  formes  pleines ,  mais  délicates  et 
voluptueuses,  des  visages  calmes  et  posés, 
des  traits  doux  et  arrondis,  des  yeux  lon^^, 
of>apés  en  amande,  à  moitié  fermés,  languis- 
sants et  relevés  aux  angles  extérieurs,  commç 
si  la  lumière  et  la  chaleur  du  soleil  les  fati- 
guaient habituellement;  des  joues  landes, 
des  lèvres  épaisses  et  saillantes,  une  bouche 
grande,  mais  souriante,^  un  teint  foiicé  et 
d'an  rouge  cuivré;  tout  l'ensemble  offrant, 
ainsi  qu'un  de  nos  plus  exacts  voyageurs  Ta 
ol>servé,  le  caractère  de  TAfricain  pur  saug, 
«JODt  le  nègre  n>st  que  le  représentant  exa- 
géré, le  terme  extrême  (180). 

U  Q*y  a  point  de  peuple  ancien  sur  le  ca- 
ractère, le$  mœui:3  et  les  us^es  duquel  nous 
possédions,  à  beaucoup  près,  autant  de  do- 
cuments aue  sur  le  peuple  égyptien,  et  ce- 
pendant il  n*y  en  a  pas  dont  Thi^toire  phy- 
sique ait  été  lobjet  aune  aussi  grande  diver- 
sité d'opinions.  Volney  et  plusieurs  autres 
ont  soutenu  que  les  Egyptiens  étaient  de  vé- 
ritables nègres.  D'autres  prétendent  qu'ils 
appartenaient  à  la  race  caucasienne,  et 
étaient  tout  k  fait  semblables  de  formes  aux 
Européens.  Denon,  dont  je  viens  de  citer  le 
témoignage,  me  parait  avoir  trouvé  le  juste 
milieu.  Cette  diversité  d'opinions  peut  s'ex- 
pliquer par  la  diflicnlté  quon  éprouve  à 
tnre  accorder  les  différents  récits  que  nous 
ont  laissés  les  anciens,  et  les  autres  rcnsei- 

(178)  /oé,  uxTin. 

M 79)  Clbvuis  AixxA.^ft».,  Pœdag,,  lib.  m;  — 
OiKc^cs  ëér.Cehmm^  lib.  m,  ptifr<^  lil. 


giiements  qui  ont  pu  être  reeuei.lis  de  diffé- 
rents côtés. 

Hérodote  qui  avait  voyagé  en  Egypte,  et 
qui ,  par  conséquent ,  pouvait  parler  des 
hommes  de  ce  pays  d'après  sa  propre  obser- 
vation, n'a  pas  songé  à  nous  donner  de  leur 
personne  une  description  qui  eût  été  eu 
effet  inutile  pour  les  Grecs,  dont  les  EjO'p- 
tiens  étaient  suffisamment  connus,  mais  ce 
qu'il  en  dit  indirectement  est  très-caracté- 
nstique.  Ainsi,  après,  avoir  fait  mention 
d'une  tradition  qui  faisait  descendre  le 
peuple  de  Colchiîde  d'une  colonie  sortie 
d'Egypte  «  il  ajoute  que  cette  opinion  est 
corroborée  par  le  fait  que  les .  Coldiidiens 
étaient  fisluyyotiviç  et  •vUr^f^K,  à  peau  nUrfi 
et  à  cheveuxtaineux.  Ce  sont  là  précisément 
les  caractères  distinctifs  des  nègres.  Dans 
un  autre  passage  il  dit  que  le  pigeon  qui, 
suivant  la  tradition  commune»  s  envola  vers 
Dodone  et  y  fonda  Toracle,  était  représenlt'; 
comme  noir,  circonstance  qu'il  interi>rète  en 
supposant  que  «x  l'oracle  fut  fondé  |>ar  uni; 
captive  de  la  Thébaïde,  qui  était  Egyptienne, 
et  par  conséquent  noire.  »  D'autres  auteurs 
grecs  s'expriment  de  môme  sur  ce  point. 
Eschyle y^oans  les  Suppliâmes,  parle  d'une 
barque  que  l'on  découvre  du  sommet  d'une 
éminence  voisine  du  rivage;  la  ])ersonne 
qui  observe  cette  barque  annonce  que  les 
nommes  qui  la  montent  sont  Egyptiens,  re- 
connaissaîdes  à  leur  peau  noire. 

Fviotat  icvxûf  h  ircirXMfMrwv  toct«« 

Je  remarque  aussi  les  matelots  dont  Us 
membres  noirs  ressortaiejfit  sur  leurs  vêle' 
ments  blancs. 

On  trouve  d'autres  passages  daps  les  au- 
teurs anciens  où  la  couleur  des  Egyptien^ 
est  indiquée  par  une  expression  qui  peut 
s'employer  également  pour  désigner,  un  noir 
complet  ou  le  brun  du  Nubien.  Nous  voyons 
dans  un  des  dialogues  de  Lucien  le  portrait 
grotesque  d'un  jeune  Egyptien  que  Pon  re- 
présente comme,  appartenait  à  l'équipage 
d'un  vaisseau  marchand  mouillé  dans  le  port 
du  Pirée.  On  dit  de  lui  :  Ajoutez  à  sa  couleur 
noire  quil  ataii  de  grosses  livres  saillantes, 
des  jaadfes  três-menues,  et  que  ses  cheveux^ 
dont  les  mèches  (risées  étaient  relevées  der^ 
rière  la  tête,  annonçaient  quil  était  esclave, 

La  description  qu'Ammien-Maccellin  fait 
des  Egyptiens  ne  s'accorde  plus  avec  les 
précédentes  :  JEgifptiiy  plerique  subfuscuU 
sunt  et  atrati  maguque  tnœstiores^  qracilenti 
el  aridi.  En  disant  que  les  Egyptiens  sont, 
pour  la  plupart,^ de  couleur  foncée  ou  d'un 
bnui  tirant  sur  le  noir,  l'auteur  fait  au  moins 
entendre  que  cette  teinte  n'était  i>as  chez 
tous  la  même ,  puisque  les  termes  de  subfu- 
sculi  et  d'a/rolt  sont  très-différents  de  ceux 
nigri  ou  o/rt. 

On  a  découvert  deux  anciens  contrats  de 
vente  égyptiens  qui  renferment,  à  cet  éganl, 
de  curieux  renseignements  (181).  Tous  deux 

(180)  Dehoiv,  yofogi  en  Égtfpie. 

(181)  Le  ^ac  simile  d*un  de  ces  doconiftols  est  a 
Beiiin  ;  roriginal  de  Vautre  est  â  Paris. 


407 


EGY 


DICTIONNAIRE 


EGY 


408 


appartiennent  à  l'époque  des  Ptolémées, 
4t  le  nom  des  personnes  qui  s*y  tronrent 
mentionnées  iuaique  qu'elles  étaient  Egyp- 
tiennes d*origine.  Les  personnes  intéressées 
dans  ces  contrats  sont  dépeintes  d*après  leur 
aspect  extérieur  et  leur  couleur.  Dans  l'un 
de  ces  documents,  le  vendeur  qui  a  nom 
Paminthes  est  appelé  ^tliyxp^y  ^^  Tacheteur 
fiM/0''iç  ;  ce  gui  peut  être  traduit  par  brun 
fonce  et  par  jaune  ou  couleur  de  miel.  La 
même  épithète  est  donnée  dans  l'autre  ma- 
nuscrit a  l'acheteur  qui  a  nom  Osarrerès. 
La  forme  du  nez  et  des  traits  est  aussi  cons- 
tatée, mais  rien  dans  les  termes  ne  donne 
l'idée  d'une  physionomie  de  nègre. 

De  tous  ces  témoignages,  nous  pouvons, 
sans  trop  hasanler,  conclure  que  les  Egyp- 
tiens étaient  un  peuple  de  couleur  foncée , 
et  en  même  temps  qu'il  existait  parmi  eux  de 
grandes  variétés,  ce  qui  se  voit  de  nos  jours 
chez  tes  Abyssiniens  et  les  Indous.  On  peut 
remarquer  que  dans  des  climats  extrêmes, 
comme  ceux  de  l'Europe  et  de  la  Nigritie,  où 
l'influence  des  agents  extérieurs  a  une  puis- 
sante action  sur  toutes  les  races  d'hommes, 
leur  couleur  n'offre  que  très-peu  de  varié- 
tés. L'homme  est  blanc  ou  noir  selon  qu'il 
vit  sous  l'équateur  ou  loin  des  tropiques; 
mais  dans  les  régions  intermédiaires  on 
trouve  à  la  fois,  dans  la  même  nation,  des 
individus  noirs  et  des  blancs.  C'est  ce  qui  se 
voit,  je  le  répète,  dans  l'Inde  et  dans  l'Abys- 
sinie,  et  pour  ces  deux  pays,  ce  fait  a  attiré 
l'attention  des  voyageurs,  qui,  d'ailleurs, 
n'ont  su  comment  1  expliquer.  Une  variété 
semblable  paratt  avoir  existé  chez  les  habi- 
tants de  l'ancienne  Egypte. 

Il  y  avait  cependant  chez  les  hommes  de 
ce  pays  une  couleur  de  peau  dominante  et 
qui  a  quelque  chose  de  très-remarquable. 

Autant  que  nous  pouvons  nous  en  faire 
une  idée,  d'après  les  nombreuses  peintures 
trouvées  dans  leurs  temples  et  dans  leurs 
splendides  tombeaux,  j^eintures  dont  quel- 
ques-unes sont  parfaitement  conservées  ^ 
nous  trouvons  qu'ils  avaient  le  teint  cuivré, 
rouçeâlre  ou  couleur  de  chocolat  clair,  et 
qu'ils  devaient  ressembler  aux  individus  les 

{ûxxs  rouges  des  tribus  de  Foulahs  et  de  Ga- 
res qui  existent  maintenant  en  Afrique. 
Cette  couleur  se  voit  dans  les  nombreuses 
planches  de  la  Description  de  FEgypte  et 
dans  les  figures  coloriées  que  nous  a  don- 
nées Belzoni  ;  on  la  trouve  encore  dans  les 
têtes  peintes  sur  les  coffres  en  bois  de  syco- 
more qui  servaient  de  sarcophages,  et  dans 
presque  toutes  les  figures  égyptiennes.  Par 
cotte  couleur  rouge,  l'artiste  a  voulu  évi- 
demment rendre  avec  exactitude  le  teint  de 
l'Egyptien;  il  ne  l'a  pas  employée  h  défaut 
d'une  nuance  plus  claire,  telle  que  la  cou- 
leur de  cliair,  et  ce  qui  le  prouve,  c'est  que, 
lorsqu'il  a  voulu  représenter  le  corps  vu  à 
travers  un  voile  fin  et  transparent,  la  teinte 
dont  il  s'est  servi  est  presque  semblable  à 
celle  qu'on  emploierait  pour  rendre  le  teint 
des  Européens  ;  il  aurait  donc  pu  s'en  servir 
dans  tous  les  cas,  s'il  n'avait  pas  préféré  une 
couleur  plus  foncée,  comme  imifant  mieux 


la  couleur  de  la  race  oui  lui  fournissait  ses 
modèles.  Les  figures  le  femmes  se  distin- 
guent quelquefbis  par  une  teinte  plus  jaune, 
approchant  du  fauve. 

Les  traits  des  Egyptiens  sont  aussi  très- 
bien  exprimés  dans  leurs  peintures  et  leurs 
sculptures,  qui  nous  offrent  en  général  un 
type  particulier  et  très-romarquable  pour  la 
physionomie  et  la  conformation  du  corps. 
J'ai  déjà  cité  le  passage  dans  lequel  Denon 
exprime  l'impression  que  produisit  en  lui  la 
vue  de  ces  figures.] 

Personne  n'a  apporté  plus  de' soin  que 
Blumenbach,  dans  l'investigation  des  carac- 
tères de  la  race  égyptienne  ;  il  a  examiné 
un  grand  nombre  de  momies  en  les  com- 
parant aux  produits  de  l'art  ancien,  et,  dans 
[>lusieurs  de  ses  ouvrages  ,  il  a  exposé 
'opinion  à  laquelle  l'a  conduit  cette  étude 
comparative.  Il  est  arrivé  à  conclure  que 
de  Paw,  Yinekelmann  et  d'Hancarville  s'é- 
taient singulièrement  trompés  quand  ils 
avaient  cru  trouver  dans  les  antiquités  égyp- 
tiennes la  preuve  qu'il  n'y  avait  pour  toute 
la  race  qu  un  seul  type  de  physionomie. 
Selon  lui ,  les  peintures  et  les  sculptures 
nous  offriraient  trois  types  principaux,  anx- 

3uels  se  rapporteraient  avec  plus  ou  moins 
e  déviation,  les  figures  individuelles,  savoir  : 
le  type  éthiopien,  l'indien  et  le  berbère.  «  Lo 
premier,  dit-il,  coïncide  avec  la  description 
des  Egyptiens,  faite  par  les  anciens  :  il  es> 
caractérisé  surtout  par  des  mâchoires  proé 
minentes,  des  lèvres  épaisses,  un  nez  large 
et  plat  et  des  yeux  saillants.  »  Le  secouJ 
diflere  considérablement  du  premier;  ses 
caractères  particuliers  sont  :  t  un  nez  long 
et  étroit  ;  des  paupières  minces  et  allongées» 
dont  l'ouverture,  légèrement  oblique,  se 
relève  à  partir  de  la  racine  du  nez  en  allant 
vers  les  tempes;  des  oreilles  haut  placées 
dans  la  tête  ;  le  tronc  court  et  mince  et  de 
très-longues  jambes.  »  Comme  exemple  de 
cette  configuration,  il  cite  la  figure  de  femme 

Seinte  sur  le  dos  du  sarcophage  de  la  momie 
u  capitaine  Lethieullier,  figure  qui  ressem- 
ble décidément  aux  Indous.  «  Lo  troisième 
genre  de  figures  égyptiennes  participée  quel- 
ques égards,  des  deux  premiers.  Il  est  carac^ 
térisé  par  une  certaine  turgidité  des  parties 
molles,  des  joues  pleines,  un  menton  court, 
de  grands  yeux  saillants,  et  un  embonpoint 
général.  »  Ce  dernier  type  est  celui  qui  se 
présente  le  plus  fréquemment  dans  les  pein- 
tures égyptiennes  ;  il  y  a  lieu  de  croire  par 
conséquent  qu'il  était  le  plus  commun  dans 
ce  peuple,  et  qu'il  constituait  ce  qu'on  pour- 
rait appeler  sa  physionomie  nationale.  Blu- 
menbach pense  qu'il  se  rapproche  beaucoup 
de  celui  des  Barabras  ou  Berbères. 

Les  Cophtes  sont,  comme  on  le  sait,  les  des* 
cendants  des  anciens  Egyptiens.  LTîgjfite, 
à  la  vérité ,  reçut  quantité  de  colons  grecs 
et  romains;  mais,  selon  toute  apparence, 
ces  nouveaux  arrivants  se  fixèrent,  pour  la 
plupart,  dans  le  Delta,  et  dans  un  petit  nom- 
bre (le  villes  grecques  et  romaines.  La  race 
égyptienne  dut  ainsi  s'y  conserver  presque 
pure  dans  les  provinces  intérieures,  comme 


m 


EGT 


D*AMTllR0i'OLOGlE. 


ëGY 


4ia 


le  proarc  en  elTcl  la  conservation  de  la  langue, 
qui  se  maintint  dans  ses  trois  dialectes  avec 
ufl  léger  mé]an;;c  de  mots  grecs,  jusqu'à 
l'époque  de  la  conquête  d*Egypte  par  les 
musulmans.  Postérieurement  h  cette  époque, 
la  pojmlalion  chrétienne  a  trouvé  dans  sa 
religion  un  obstacle  à  toute  fusion  avec  les 
étrangers. 

PlusieursToyageurs  ont  trouvé  aux  Cophtes 
un  certain  type  de  fi^re  approchant  du  type 
nègre.  Volney  dit  qu'ils  ont  la  peau  d'un 
jaune  très-foncé  et  que  leur  teint  ne  res- 
semble ni  )  celui  des  Gre^s  ni  à  celui  des 
Arabes.  11  ajoute  qu* ils  ont  le  visage  bouffi, 
(legrosyeui,  le  nez  plat,  les  lèvres  épaisses 
et  0D(  beaucoup  de  ressemblance  avec  les 
Diulâtres.  La  description  des  Cophtes  par  le 
bvon  Larrey  est  très-semblable  K  celle-ci. 
Ijes  principaux  caractères  qu'il  remarque 
mt:  tVn  visage  plein,  des  yeux  allongés 
qui  sont  oonpés  en  amandes,  les  pommettes 
uilltates,  les  narines  dilatées,  les  lèvres 
épaisses  et  les  cheveux  et  la  barbe  noires  et 
(repas.  »  M.  Puznet,  savant  médecin ,  dont 
leséerils  (182)  témoignent  beaucoup  de  sa- 
^!é  et  d'esprit  de  critique,  M.  Pugnet, 
«i*-jf»,  a  lente  de  partager  les  Cophtes  ou 
OoQbtes,  comme  il  les  appelle,  en  deux 
fiasses  distinctes  :  ceux  dont  les  ancêtres  se 
mi  mêlés  aux  Grecs  et  aux  Romains ,  et 
ipuï  qui  sont  de  pure  race  égyptienne.  11 
ilii  que  rien  n'est  plus  frappant  que  le  con- 
traste entre  les  formes  grêles  et  maigres  des 
Arabes,  et  les  grandes  et  belles  proportions 
<i«  Ooubtes.  <  A  l'extérieur  chétif  et  mi- 
sérable des  premiers  ceux^i  opposent  un 
9ïr  de  majesté  et  de  puissance;  à  ta  rudesse 
de  leurs  traits,  une  affabilité  soutenue  ;  à  leur 
abord  inquiet  cl'soucieux,  une  figure  très- 
épanouie.  »  Cette  description  s'appligue  aux 
4ux  classes  de  la  race  Cophte;  la  suivante  à 
*^lle  que  l'on  suppose  être  descendue  sans 
mélange  des  anciens  Egyptiens  du  temps 
uV5  Pharaons.  «  Les  ECTptiens,  dit  notre  aur 
I  nr,  sont  en  général  d'une  taille  au-dessus 
lit-  la  moyenne,  leurs  formes  se  prononcent 
rûonreusement,  la  couleur  de  leur  peau  est 
f  nn  rouge  obscur  ;  ils  ont  le  front  large,  le 
menion  arrondi,    les  joues   médiocrement 
i'ieines;  le  nez  droit,  les  ailes  nasales  forte.- 
Bî-ni  sinueuses;  Jes  yeux  grands  et  bruns; 
ta  briufhe  peu  fendue,  les  lèvres  grosses;  les 
îfnu  blanches ,  les  oreilles  hautes  et  très- 
^Harhées,  enfln  les  sourcils  et  la  barbe  ex* 
roulement  noirs.  » 

M.  Denon  dit  au'il  a  été  frappé  de  la  res^ 
ambiance  des  Cophtes  avec  les  anciennes 
w^lplures  égyptiennes  dont  les  caractères 
îTindpaux  sont  :  «  un  front  plat,  des  yeux 
^  moitié  fermés  et  relevés  aux  angles,  des 
i^'mmetles  élevées,  un  nez  large,  plat  et 
f^^'*-<'oort ,  une  bouche  grande  et  aplatie, 
'Ucéek  une  très^grande distance  du  nez ,  des 
*'»res  épaisses,  peu  de  barbe,  un  corps  mal 
'">portionné ,  des  jambes  arquées ,  molles 

îHî)  Mémoires  sur  les  fièvre*  de  mauvais  cnrae^ 
-•^*<tt  ietant  des  Antilles;  Lyon,  180 i,  1n-8". 


de  contour  et  des  pieds  longs  et  plats.  » 
M.  Ledyard,  dont  le  témoignages  (['autant 
plus  de  valeur,  qu'il  ne  le  donne  à  l'appui 
d'aucune  théorie,  nous  dit  :  <c  Je  soupçonne 
que  les  Cophtes  ont  été  l'origine  de  la  race 
nègre;  le  nez  et  la  bouche  sont  tout  à  fait 
ceux  du  nè^re;  les  cheveux,  du  moins  d'après 
ce  que  j'ai  pu  voir  chez  les  habitants  de  ce 
pays  (les  Cophtes),  sont  crépus,  non  comme 
ceux  des  nègres,  mais  comme  ceux  des  mu- 
lâtres. » 

Les  crânes  d'Egyptiens ,  quon  observe 
dans  les  momies,  nous  offrent  généralement 
la  forme  qui  appartient  à  toutes  les  races 
très-anciennement  civilisées,  je  veux  dire  la 
forme  ovale.  Mais  il  y  a  sous  ce  rapport  do 
grandes  variétés,  suivant  les  individus.  La 
plupart  de  ces  crânes  ressemblent,  il  est 
vrai,  dans  plusieurs  points,  à  des  crftnes 
d'Européens;  mais»  dans  quelques  autres, 
on  a  vu  ou  cru  voir  un  rapprochement  avec 
le  caractère  africain. 

II  y  a  dans  le  musée  du  Collège  des  chi- 
rurgiens de  Londres  un  crâne  égyptien  qui, 
i>our  le  poids  et  la  densité  des  os,  rappelle 
es  crânes  pesants  de  certains  nègres  de  Gui- 
née. Sa  forme  est  européenne,  à  cela  près  que 
l'arcade  alvéolaire  de  la  mâchoire  supérieure 
est  un  peu  plus  proéminente.  Ceci,  joint  à 
une  structure  correspondante  des  parties 
molles,  peut  avoir  donné  à  l'ensemble  des 
traits  beaucoup  du  caractère  nègre.  Sœmme- 
ring  a  décrit  les  têtes  des  quatre  momies 

3u'il  a  examinées.  Il  y  en  avait  deux  qui  ne 
.  ifléraient  sous  aucun  rapport  des  tètes  d'Eu- 
ropéens; la  troisième  avait  la  forme  afri- 
caine, reconnaissable  en  ce  que  l'attache  du 
muscle  temporal  s'y  fait  sur  une  surface 

Elus  grande  (jue  chez  les  Européens.  Blumen- 
ack  a  publié  (183)  les  gravures  des  trois 
crânes  égyptiens.  Un  de  ceux-là,  comme  il  l'a 
observé,  diffère  notablement  des  crânes  des 
nègres  de  (luinée,  mais  a  quelque  chose  du 
caractère  éthiopien,  et  ressemble  au  portrait 
de  Tabbas  Gregorius.  Un  autre  ressemble 
tellement  au  crâne  d'un  Indien  du  Bengale, 

3u'ou  ne  peut  découvrir  entre  eux  aucune 
ifférence  matérielle. 

De  tous  les  reijiseignements  que  nous  avons 
pu  réunir  sur  ce  çujet,  il  semble  résulter 
que,  chez  les  anciens  Egyptiens,  bien  qnc  le 
crâne  présentât  la  forme  ovale  et  complète* 
ment  développée  qui  est  conunune  à  tous 
les  peuples  avancés  en  civilisation»  il  y  avait 
pourtant  dans  le  tj^pe  physic[ue  de  cette  race 
plusieurs  traits  qui  indiquaient  une  sorte  de 
parenté  avec  les  peuples  africains.  La  face 

{)leine  et  comme  nouifie,  les  joues  grosses^ 
es  lèvres  épaisses  et  retroussées,  la  forme 
{particulière  de  la  bouche  et  des  yeux,  la  cou- 
eur  cuivrée  de  la  peau  qui ,  chez  quelques 
individus,  devient  plus  foncée  et  passe  pres- 
que au  noir,  tandis  que  chez  d^autres  elle 
est  rougeâtrc  comme  celle  des  F oulahs,  et 
çeulemeut  un  peu  plus  claire  que  celle  des 

« 

(18S)  ColUciionu  suœ  craniorum  dtrersamm  geiv- 
tium  illustratœf  Decas,   a.  vu;  Gdf**"        ^^^ 
|8iu,  in-i". 


411 


EMC 


MCTIONI^AmE 


EMB 


m 


Berbères }  voilà  les  traits  dans  lesquels  se 
montre  cette  ressemblance.  La  pesanteur  de 
certains  crânes  égyptiens,  et  la  densité  de 
tours  09«  la  proéminence,  déjà  signalée,  de 
Tarcade  alvéolaire»  la  fbrme  parlicultère  dos 
jambes  et  l'aplatissement  des  pieds,  doivent 
èiro  pris  aussi  en  considération.  En  exami- 
nant Vensemble  des  faits  qui  prouvent  les 
*apportfrav6ela  race  africaine,  nous  devons 
lemr  compte  de  toutes  les  circonstances  re« 
latives  aux  habitudes  morales,  aux  supersti- 
tions particulières  et  aux  principes  géné- 
taiix  ae  la  langue  gui  n'était  pas  particulière 
nux  Egyptiens,  mais  leur  était  commune  avec 
plusieurs  autres  nations  du  même  conliTiei^t. 
S'il  est  vrai  que  les  Egyptiens  se  rapçro^. 
cbent  par  plusieurs  traits'^de  leur  constitua 
tion  physique  des  autres  peuples  aft'icainSt 
comme  le  pensaient  Ledyard  et  Denon,  et  si 
l'on  admet  que  les  traits  dans  lesquels  coa-t 
siste  cette  ressemblance  se  sont  développés 
chez  eux  sous  l'influence  de  certaines  cir- 
constances extérieures  auxquelles  leur  race 
a  été  soumise  pendant  des  milliers  d'années,^ 
on  pourra,  avec  grande  vraisemblance,  supr 
poser  que  les  mêmes  causes  agissant  sur  des 
nations  à  peine  sorties  de  la  barbarie^  et  par 
cela  même  beaucoup  plus  sujettes  à  lin- 
fluence  du  climat  et  aes  autres  agents  qui 
modifient  les  caractères  physiques  et  moraux 
des  races,  produnrof^t  un  effet  oeaucoup  plus 

f;rand  et  plus  général.  Cette  remarque,  d'ail- 
eurs,  n'est  présentée  ici  que  comme  une 
coiyecture. 

EMMiYOLOGIE,     TRANSPORMATlOIfS    Elf- 

BRY0L06iQi]E«.  —  Lorsqu'ou  cherche  à  se 
former  une  idée  du  plan  suivi  par  la  nature 
dans  la  constitution  du  règne  animal ,  il  ne 
sufiit  pas  d'étudier  les  organismes  dont  le 
développement  est  achevé  et  de  comparer 
entre  elles  les  espèces  à  leur  état  parfait  ;  il 
faut  aussi  suivre  pas  à  pas  la  puissance 
créatrice  dans  la  production  des  exemplai- 
res nouveaux  de  chacune  de  ses  œuvres 
zoolo^iques,  et  de  la  sorte  assister,  pour 
ainsi  dire,  à  la  formation  des  êtres  dont  on 
voudrait  déterminer  le  caractère  et  les  rap- 
ports essentiels. 

Pendant  longtemps  ,  cependant ,  les  natu- 
ralistes croyaient  pouvoir  négliger  les  ob-> 
servations  embryologiques.  On  pensait  assez 
généralement  que  le  jeune  animal ,  dès  le 

Eremier  moment  de  son  existence ,  ressem- 
le  en  tout,  sauf  le  volume  ,  à  ce  qu'il  de- 
vient plus  tard  ;  on  le  représentait  comme 
une^sorte  de  portrait  en  miniature  de  l'ani- 
mal adulte,  et  on  supposait  qu'au  début  de 
la  vie  le  germe  de  tout  être  animé  renferme 
déjà  la  totalité  des  organes  dont  sera  pourvu 
l'individu  que  ce  germe  va  former;  on  ad- 
mettait que  ces  parties ,  encore  trop  ténues 
ou  trop  délicates  pour  être  saisies  par  nos 
sens,  n'avaient  qu'à  se  raffermir  et  à  grandir 
pour  donner  à  l'organisme  sa  constitution 
définitive  ;  en  un  mot,  que  c'est  par  un  phé- 
nomène de  simple  évolution  que  l'embryon 
devient  un  animal  parfait  dans  son  espèce. 
Suivant  cette  théorie,  l'être  en  voie  de  for- 
mation aurait  été  comparable  à  une  de  ces 


plaques  dagueirieniies  qui ,  frappée  par  la 
lumière  ,.  porte  déjà  à  sa  surface  toutes  les 
empreintes  du  merveilleux  dessin  doat  elle 
doit  bientôt  se  couvrir,  mais  n'en  laisse 
rien  apercevoir  jusqu'à  ce  que  la  vapeur  do 
mercure  soit  venue  dqnner  corps  à  cette 
image  virtuelle  et  en  faire  peu  à  peu  ressor- 
tir tous  les  détails.  Préférer  Texamen  d'une 
esquisse  vague  et  microscopique,,  lorsqu'on 
a  sous  les  yeux  Le  même  tableau  peint  avec 
des  teintes  vigoureuses  et  sur  de  grandes 
proportions ,  ce  serait  se  créer  à  plaisir  des 
difficultés  inutiles  ;  et ,  par  conséâpent  ».  on 
compi;end  facilement  que  sous  rinQuence 
d*une  semblable  doctrine  les  naturalistes 
devraient  être  en  générai  peu  disposés  à  étu- 
dier Tor^anisation  des  animaux  dans  des 
êtres  à  Tetat  d'embryon.  Or,  jusqu'en  ces 
derniers  tempsKla  théorie  de  la  formation  des 
coeps  vivants  par  le  simple  développement 
de  {)arties  préexistantes  était  adoptée  par 
presque  tous  les  maîtres  de  la  science,  et  on 
y,  ci^yait  si  bien  que  l'on  ne  reculait  devant 
aucune  dQS  conséquences  qui  en  découlent, 
l'emboîtement  indéfini  dQS  germes,  par  exem- 
ple, idée  dont  l'imagination-  la.  plus  hardie 
sçmbledevxMcs'cffrayeretdont  notre  esprit 
nps^UE^it  embraisser  l'immense  étendue. 

Tous  les  zoologistes ,  il  est  vrai,  n'accep- 
taiQnt  pas  ces  doctrines  g^ésiques  ;  l'illm- 
tre  Hqrvey,  par^  exemple  ,\se  ciefus^Ut  à  voir 
dans  la  cicatriculo  d'ùa  œuf  le  corps  tout 
entier  du  jeune  poulet,  et  à  ses  yeux,  l'or- 
ganisipe  eu  yoje  de  formation  se  montrait 
comme  un  édifice  dont  la-  construction  ne  se 
feit  pas  d'un  seul  jet ,  mais  s'effectue  pac 
portions ,  et  dont  la  masse  augmente  au 
moyen  d'adjonctions  successives,  jusqu'à  ce 
qu'enfin  le  plein  préconçu  par  l'acchitecte  ait 
été  rempli  dans  toute  son  étendue.  Une  uou« 
velle  théorie  embryologique ,  celle  de  la 
constitution  du  corps  vivant  ipar  épigénrse^ 
prit  ainsi  B(|issQnce  ;  mois ,,  m^l  comprise 

{)eut-êlre,  elle  resta  longtemps  stérile,  et  les 
ajts  importants  d(»nt  l'élaya  Gaspard  Woll 
ne  suflicent  pas  à  y  donner' cours  dans  la 
science.  De  nos  jours  encore,  nous  l'avons 
vu  repoussée  par  le  plus  grand .  do  nos 
zoologistes;,  depuis  cinquante  ans  cepen<> 
dant  tout  tendait  à  la  faire  prévaloir;. cha- 
que fois  que  l'on  étudiait  avec  soin  les 
S)remières  périodes  du  travail  génésique  on 
lécouvrait  quelque  nou vielle  preuve  delà 
formation  des  or^nismes  par  l'adjonction 
succiissive  de  parties  créées  de  toutes  pièces  ; 
et  bientôt  il  devint  manifeste,  non-seulement 
que  l'embryon,,  en  le  contemplant  ainsi  peu 
à  peu,  offre  dans  son  ensemble  des  caractères 
différents  aux  diverses  périodes  de  son  exis^* 
tence,  mais  aussi  que  chacun  de  ses  organes 
en  se  développant  chance  de  forme  et  de 
structure  ainsi  que  de  volume ,  et  subit  de 
véritables  métamorphoses. 
^  On  comprit  dès  lors  tout  l'intérêt  qui  de- 
vait s'attacher  aux  recherches  d'embryolo- 
gie ;  aussi,  voyons-nous  qu'après  être  res- 
tée pendant  bien  des  siècles  presque  station-» 
iiaire,  cette  branche  de  l'histoire  des  ani- 
maux a  fait  tout  à  coup  de  rapides  progrès. 


413 


D*ÂNTHROPOLOG!E. 


EUB 


414 


Un  gran  J  nombre  d*obsenraleurs  habiles  ont 
pris  pour  5ujel  de  leurs  înTestigalions  la 
>érie  des  phénomènes  génésiques  que  nous 

{présentent  les  oiseaux ,  les  mammifères  et 
es  batraciens  ;  on  a  recueilli  aussi  dirers 
faits  relatiù  an  déreloppement  des  animaux 
inférieors,  et  quelques  naturalistes  philoso- 
phiques se  sont  appliqués  à  saisir  le  carac- 
tèfe  des  changements  qui  $*opèrent  dans  la 
constitution  des  êtres  animés  en  Toie  de 
formation  et  à  ebercber  les  lois  auxquelles 
ces  modifications  sont  soumises. 

De  glandes  et  belles  décourertes  sont  Te- 
rnies couronner  les  traTaux  dirigés  yers  ce 
bot  éTevé;  mais,  en  défrichant  le  terrain 
Tîer^de  Tembryolo^pe  comparée,  les  hardis 
pionniers  de  la  science  n*ont  pas  toujours  su 
se  défendre  des  illusions  auxquelles  les  es- 
prits inyentiCs  sont  souvent  exposés;  et  plus 
d*un  natairaliste  «  s*exa(;érant  la  portée  du 
{•etîl  nombre  de  laits  dont  il  avait  été  té- 
moin, s*est  arrêté  devant  un  coin  du  tableau^ 
croranten  avoir  embrassé  renseroble,  et 
sWf  trop  hâté  de  conclure.  Bien  des  idées 
laosses  ont  été  ainsi  introduites  dans  nos 
écoles  ;  et  les  théories  que  Ton  a  cru  pou- 
voir présenter  comme  lois  générales  et  ab- 
s«>lnes  delà  zoogénie,  se  sont  rapidement 
écroolécs  sous  le  poids  des  faits  nouveaux 
d«>nt  elles  ne  sont  pas  l'expression.  Cepen- 
dant ces  h jpothèses  avaient  presque  toujours 
en  elles  quelque  chose  de  vrai,  et  pendant 
un  temps  elles  ont  pu  servir,  chacune,  à  lier 
et  à  coordonner  cies  ot>servations  qui,  en 
restant  éparses,  seraient  demeurées  impro 
«juctîTcs;  la  science  serait  donc  ingrate  si, 
amt  en  faisant  justice  de  Terreur,  elle  n'ac- 
cordait un  large  tribut  d*éloges  aux  hommes 
dont  Tintelligence  puissante  a  su  créer  des 
instraments  qui  hier  encore  lui  étaient  pré- 
rieuXy  Inen  qu'aujourd'hui  elle  en  repousse 
Tusage. 

An  nombre  de  ces  théories  qui,  nées  d  ob- 
serralions  incomplètes,  sont  fausses  dans 
leurs  principes,  mais  ont  servi  pendant  un 
temps  aux  progrès  de  la  science,  il  faut  ran- 
ger la  doctrine  de  la  constitution  du  règne 
animal  tout  entier  par  une  suite  d'arrêts  de 
développement  dans  la  série  des  créations 
nr:s»mqueSf  employées  par  la  nature  pour 
produire  chaoue  individu  de  Tespèce  la  plus 
élevée  et  la  plus  parfaite. 

L'idée  mère  de  cette  hypothèse  paratt  ap- 
partenir à  Kielmayer,  l'un  des  fondateurs  de 
retteécoleallemandedes  philosophes  delà  na- 
ture, qui,  pendant  un  demi-siècle,  a  joué  un 
erand  rôle  dans  presque  toutes  les  sciences. 

On  savait,  par  les  expériences  déjà  ancien- 
nes de  Redi,  ae  Vallisnieri  et  de  Swammcr- 
dam,  que  les  mouches,  les  abeilles  et  un 
grand  nombre  d'autres  insectes  naissent  dans 
un  état  d'imperfection  extrême;  ^u'en  sor- 
tant de  l'œuf  ils  ont  Tapparence  d  un  ver,  el 
que  c'est  après  avoir  vécu  un  certain  iem\ts 
sous  cette  forme  au'ils  acquièrent  des  pattes, 
'les  ailes  et  tous  les  caractères  de  l'insecte 
l'arfaiL  Swammerdam  pensait,  il  est  vrai, 
«lue  ces  larves,  ainsi  que  la  chenille,  ne  sont 
a  jtie  chose  que  des  in«ec?e5  ordinaires  en- 


yeloppés  et  déguisés,  pour  ainsi  dire,  sous 
un  masque  vermiforme;  mais  les  partisans 
de  la  théorie  de  l'épigénèse  devaient  voir 
dans  ces  métamorphoses  un  phénomène 
d'adjonction  organique  ;  et  lorsqu'on  cher- 
chait le  caractère  du  changement  qui  s'opère 
ainsi  dans  l'insecte  en  voie  de  formation,  on 
ne  pouvait  être  que  frappé  de  la  ressem- 
blance qui  existe  entre  ces  êtres  embryon- 
naires et  les  vers  proprement  dits  :  aux  yeux 
d'un  observateur  superficiel,  la  mouche  et 
l'abeille  devaient  passer  par  fêtât  de  yer 
avant  oue  de  devenir  insectes.  Les  belles 
rechercnes  de  Swammerdam  avaient  montré 
aussi  comment  la  grenouille  se  constitue  pri- 
mitivement sous  la  forme  d'une  sorte  de  pois- 
son et  devient  ensuite  un  animal  terrestre, 
lorsqu'après  la  disparition  des  branchies  et 
de  la  longue  queue  dont  elle  était  pourvue 
dans  le  jeune  âge,  son  organisation  se  com- 
plète par  le  développement  des  poumons 
et  des  pattes,  qui  lui  sont  nécessaires  pour 
respirer  dans  l'air  et  se  mouvoir  sur  le 
sol.  Là  paiement,  il  semblait  que  c'était 
en  continuant  le  travail  çénésique  nécessaire 
pour  la  formation  du  poisson,  que  la  nature 
donnait  naissance  au  batracien.  Enfin,  ûes 
ressemblances  bien  grossières,  il  est  vrai, 
mais  de  nature  à  en  imposer  au  premier 
abord,  avaient  été  signalées  entre  les  jeunes 
embryons  des  animaux  élevés  et  les  types 
zoolo^ques  inférieurs.  Le  poulet,  par  exem- 
ple, était  représenté  comme  se  constituant 
d'abord  sous  la  forme  d'un  petit  corps  vermi- 
culaire  ;  et  lorsque  plus  tanl  il  acquiert  des 
membres,  ces  appendices  semblaient  être 
d'abord  comparâmes  à  des  nageoires  plu- 
tôt qu'à  des  pattes  et  à  des  ailes. 

Des  bits  aussi  singuliers  devaient  néces- 
sairement frapper  l'esprit  des  hommes  mé- 
ditatifs :  et,  an  premier  abord,  on  pourrait 
croire  qu'en  effet  l'insecte  est  un  ver  per- 
fectionné par  l'adjonction  d'ailes  et  de  pat- 
tes ;  la  grenouille,  un  poisson  dont  le  déve- 
loppement a  été  poussé  au  delà  du  tenne 
assigné  au  type  ichthyologique;  et  le  pou- 
let, un  être  dont  l'organisme  est  élevé  peu  à 
peu  de  l'état  de  ver  ou  de  poisson  jusqu'à  ce 
qu'enfin  il  soit  devenu  oiseau.  Généralisant 
ces  ap{)arences  vagues,  on  pouvait  même 
être  facilement  conduit  à  supposer  que  c'est 
là  en  effet  la  marche  suivie  par  la  nature 
dans  la  création  de  tout  être  animé,  et  qu'a- 
vant d'arriver  au  terme  de  son  développe- 
ment, l'organisme  des  espèces  élevées  passe 
par  les  divers  modes  de  constitution  propre 
aux  classes  inférieures. 

Dans  cette  théorie,  l'animal  le  plus  par- 
fait, l'homme  lui-même,  commencerait  à 
exister  sous  la  forme  d'un  ver ,  deviendrai! 
ensuite  mollusque,  puis  poisson,  et  subirait 
une  série  de  métamorphoses  dont  les  divers 
termes  auraient  [vour  représentants  les  diffé- 
rents types  inférieurs  oe  la  création  zoolo- 
gique. 

A  l'époque  où  vivait  Kielmayer,  on  con- 
naissait SI  peu  la  structure  des  animaux  in- 
férieurs, et  la  science  était  si  pauvre  en  ré- 
sultais eml?ryo'ogiques  bien  constates,  qua 


M5 


EMBs 


DICTIONNAIRE 


EMB 


416 


ridéede  cette  sorte  de  progression  géuésique 
à  travers  tous  les  types  du  règne  animal  pou- 
vait séduire  i*iniagination  des  naturalistes; 
mais  lorsque  les  observations  précises  ont 
commencé  h  se  multiplier,  on  a  vu  que  celte 
Ji^pothèse  n'était,  pas  l'expression  dfe  la  vé- 
rilé.  En  effel,  il  était  facilede  se  convaincre 
qu'il  n'existe  entre  la  larve  apode  d'un  in- 
secte et  ua  animal  de  la.  classe  des  yers  que 
des  ressemblances  grossièi*es,  et  que  l'em- 
bryoui  du  poulet  n'est  à  aucune  époque  de 
son  existence  constitué  à  la  manière  de  ce^ 
mêmes  vers ,  des  poissons  ou  des  reptiles. 
Xa  doctrine  des  philosophes  allemands  sem- 
blait donc  devoir  disparaître  de  la^  science; 
mais,  au  lieu  de  périr,,  elle  se  modifia  seule- 
ment, et  sous  cette  forme  nouvelle^^nous  l'a- 
vons vue  grandir  rapidiiment  et  exercer  bien- 
tôt sur  toute  las  zoologie- une  influence  con- 
sidérable. 

Un  de  nos  naturalistes  les  plus  célèbres, 
Geoffroy  Sain t-Hi lai re,  guidé'par  les  pressen- 
timents du  génie  plutôt  que  par  les  lumiè- 
res de  l'expérience,,  venait  de  s'engager  dans 
une  voie  peu  explorée  jusqu'alors^  mais  fé- 
conde en  découvertes  précieuses;  abandon- 
nant la  recherche  des  difiérences  qui  distin- 
tuent  les  animaux  enitc  eux,  il  s'appliquait 
démêler  au  milieu  des  variations  sans  nom- 
bre (le  fonnes  et  d'usages  que  présentent  les 
organismes,  les  matériaux  communs  de  la 
machine  animéj  et  la  disposition  essentielle 
de  ces  éléments  généraux.  î^  constitution  de 
la  charpente  osseuse  chez  les  divers  verté- 
brés fixa  d'abord  son  attention;  et,  cherchant 
à  retrouver  dans  la  tète  de  l'oiseau  et  du 
iK>isson  les  représentants  des  pièces  so- 
lides dont  se  compose  le  crâne  et  la  face 
chez  l'homme,  il  s'aperçut  bientôt  que  dans 
le  jeune  âge  ces  analogies  sont  bien  plus  évi- 
dentes que  chez  les  animaux  adultes;  en  re- 
montant jusqu'à  la  période  embryonnaire,  il 
])ut  découvrir  chez  l'oiseau  et  le  mammifère 
des  caractères  ostéologî(|ues  qui  s'efTacent 


le  squelette  du  poisson  ressemble  au  sque- 
lette d'un  vertébré  supérieur  dont  le  dévelop- 
pement se  serait  arrêté  avant  terme,  et  le 
s  juelette  d'un  oiseau  à  un  squelette  de  ver- 
tébré inférieur ,  qui  se  consoliderait  par  la 
réunion  plus  parfaite  de  ses  éléments  cons- 
titutifs. 

On  comprit  dès  lors  tout  l'intérêt  qui  de- 
vait s'attacher  h  l'étude  comparative  des  êtîes 
en  voie  de  formation  et  des  types  divers  que 
nous  offrent  les  organismes  parfaits,  rutiiité 
de  cette  comparaison  pour  la  détermina- 
tion des  parties  analogues  dai.?  *eur  essence, 
maïs  différentes  par  leur  forme,  et  la  néces- 
sité de  recherches  semblables  pour  arriver  à 
«les  idées  justes  touchant  le  plan  général  de 
la  création  zoolo^ique.  L'analomie  comparée 
s'enrichit  ainsi  d'un  levier  nouveau  dont 
l'emploi  ne  peut  plus  être  négligé  aujour- 
d'Iiui,  et  l'impulsion  donnée  par  les  travaux 
do  (icoffroy  Saint-Hilairo  ne  tarJa  pas  h  faire 
naître   un  grand   mouvement  scienlifique. 


MM.  Tiedmann^  Serres,  Rolande,  Prévost  et 
Dumas,  Bœr,  Kathke,  et  plusieurs  autres 
physiologistes,  dotèrent  la  zoologie  de  beaux:. 
travaux  sur  le  mode  de  développement  de^ 
principaux  systèmes  dont  se  compose  l'or- 
ganisme des  vertébrés;  etGeoffiPoy lui-même, 
fmis  le  fils  et  l'émule  de  ce  naturaliste  phi- 
osophe,.M.  Isidore  Geoffroy  Saint-ililaire, 
soumirent  à  une  investigation  du  même  or- 
dre les  produits  anormaux  de  l'espèce  hu- 
maine et  de  quelques  autres  animaux  supé- 
reurs.  Ces  observateurs  constatèrent  ainsi 
certaines  ressemblances  entre  les  formes 
transitoires  des  principaux  organes  chez 
l'embryon  du^  mammifère  ou  de  l'oiseau,  et 
les  formes  permanentes  de  ces  mémos  par- 
ties chez  les  reptiles,  les  batraciens  ou  les 
poissons  r  et  il  devint  dès  loes  assez  naturel 
ne  se  demander  si  les  diOérences  essentiel- 
les enire  tous  ces  animaux  ne  consistent 
pas  dans  des  arrêts  de  développement  qui ,. 
chez  les  espèces  imparfaites ,  fixeraient  les 
formes  préparatoires  des  parties  dont  le  dé- 
veloppement s'achève  chez  les  esuèces  supé- 
rieures.. 

Ainsi  Tiedmann,  en  étudiant  avec  persé- 
vérance le  système  nerveux  de  l'homme  aux 
diverses  périodes  de  la  vie  utérine,  entrevit 
de  grandes  ressemblances  entre  les  formes 
transitoires  de  notre  cerveau  et  la  strurfurc 
d^  l'encéphale  d'animaux  pla<^és  plus  ou 
moins  bas  dans  le  règne  animal.  Vers  la 
même  époque,  M.  Serres  multiplia  beaucoup 
les  termes  de  cette  comparaison  cumeuse,  en 
formula  les  résultais  d'une  manière  pins 
pré'cise,  plus  générale,  et  arriva  à  cette  con- 
clusion, que  le  système  nerveux  do  l'homme, 
fiour  se  développer,  parcourt  successiveiiienl 
es  principaux  degrés  d'organisation  aux- 
quels il  s'arrête  pour  toujours  chez  les  ani- 
maux inférieurs. 

Les  recherches  de  Merkel,  de  Rolande,  *îe 
BoBE,  de  Uathke  et  de  plusieurs  autres   ob- 
servateurs ont  conduit  quelques  physiolo- 
gistes à  admettre  l'existence  d'analogies  non: 
moins  remarquables  entre  les  états  transi- 
toires de  l'appareil  circulatoire  des  mammi- 
fères ou  de  Toiseaii  en  voie  de  formation,  et 
les  caractères  permanents  de  ce  même  sys- 
tème chez  les  poisstms  et  chez  les  reptiles.  A 
l'époque  de  la  naissance,  le  cœur  et  les  gros 
vaisseaux  offi?ent  effectivement  dans  l'espèce 
humaine  une  disposition  qui  c^t  à  certains 
égards  comparable  à  ce  qui  existe  chez  les 
reptiles  adultes,^  puisque,  chez  tous,  le  cœur 
pulmonaire  communique  avec  le  cour  arté- 
riel, soit  directement,, soit  par  l'intermédiaire 
des  crosses  de  l'aorte  ou  du  canal  veineux. 
Pendant  un  instant  on  pensa  aussi  que 
l'embryon  des  mammifères  et  de  l'oiseau 
présente  dans  le  jeune  âge  un  appareil  bran- 
chial comme  en  ont  les  poissons  ;  car,  trom|)é 
par  quelques  ressemblances  va,^ues  déforme 
et  de  position,  on  prît  les  premieps  veslises 
des  mâchoires  et  de  l'os  hyoïdien  pour  des 
arcs  branchiaux. 

Un  anatomiste  a  cru  pouvoir  aller  plus 
loin  encore  et  assimiler  l'organisation  des 
mollusques  ft  celle  de  Tœuf  humain  à  peine 


ia 


EUS 


D'ANTimOPOLOGIE:. 


EMB 


418 


{ 


iléreldppé»  mais  dont  la  membrane  caduque 
serait  devenue  permanente  et  se  serait  en 
quelque  sorte  ossifiée  pour  constituer  la  co- 
(juùle  de  ces  animaux.  Le  même  auteur 
allirme  que  le  lomliric  terrestre,  considéré 
la  point  de  vue  anatomique»  répète  dans  ses 
diverses  métamorphoses  le  polype  d*abord, 
puis  le  ténia  ;  à  une  troisième  oeriode  Thé- 
iMulhcMde,  et  dans  une  quatrième  et  der- 
nière, Tarénicole.  Pour  ce  philosophe,  il  en 
suerait  aiu;»i  du  rè^e  animal  tout  entier;  les 
iDvertébrés  inférieurs  ne  seraient  que  des 
eœbrjODS  permanents  des  invertébrés  les 
lus  parfaits;  les  uns  et  les  autres  auraient 
edh  représentants  dans  les  organismes  des 
embryons  des  vertébrés  et  de  Thomme,  dont 
(.'$  formes  fugitives  et  passagères  seraient 
analogues  aux  formes  arrêtées  et  periua- 
heniesdes  zoophyteSy  des  uiollusquesou  des 
iQîcctes.  Eoûn,  les  organes  des  animaux  les 
l>!as  élevés,  c'est-à-dire  des  mammifères,  rc- 
^^rsiciit  ensuite  les  caractères  de  ceux  des 
[Kiissuos,  des  reptiles  et  des  oiseaux.  En  un 
juot,  ioT^nogénie  de  l'être  le  plus  parfait 
.^raiU'après  M.  Serres,  une  anatomie  oom- 
juri^e  transitoire,  comme  à  son  tour  Tana^ 
\om  comparée  serait  Télat  fixe  et  perma- 
nm  (Je  i'or^nogénie  de  Thomme  ;  le  règne 
animal  considéré  dans  ses  organismes  ne 
'>mi{  donc  qu'une  longue  chaîne  d'embryons 
/i'jnnés  d'espace  en  espace,  et  arrivant  enfin 
^  rhumnie^  ou  plutôt  tous  les  animaux  ne 
waicot  en  quelque  sorte  qu'un  seul  et  même 
animai  en  voie  de  formation,  dont  les  di- 
vr5es  parties  s'arrêteraient  dans  leur  déve- 
l<t;iement ,  ici  plus  tôt,  là  plus  tard,  et  dé- 
Unuineraienl  ainsi  à  diaque  temps  de  repos 
i«;  raractère  d'une  classe,  d'une  famille  ou 
il'un  genre. 

()n  comprend  facilement  que  si  cette  opi- 
oi^^n  éiait  fondée,  les  espèces  innombrables 
loiu  se  compose  le  règne  animal  se  lieraient 
^llcmeul  entre  elles  de  fii^on  à  constituer 
uw-  série  linéaire,  et  (jue  l'idée  de  la  chaîne 
ies  êtres  deviendrait  l'expression  d'une 
^anle  et  belle  vérité.  L'unité  de  plan  dans 
^ création  zoologiqne  tout  entière  serait  un 
^uicqui$,et  le  rang  à  assigner  à  chaque  ani- 
t  >4l  iJans  ce  vaste  ensemble  nous  serait  donné 
ft  la  date  de  la  période  organogénique,  oui, 
-^nji  le  développement  de  l'embryon  nu- 
•i^in,  en  représentait  la  structure. 
*  iiOrsque  j'étais  jeune,  dit  M.  Milne  Ed- 
wards, séduit  par  la  simplicité  et  la  grandeur 
(>'  (es  vues,  j  ai,  comme  beaucoup  d'autres, 
^brassé  avec  ardeur  la  théorie  de  la  cons- 
itutjon  du  règne  animal  par  l'effet  d'une 
'^ne  d*arrèts  de  développements  ;  mais  en 
'TUiçant  dans  la  voie  de  1  observation,  je  me 
*vis  bientôt  aperçu  que  ie  m'en  étais  laissé' 
^^istr  par  des  ressemblances  superficielles 
'  <if^  apparences  trompeuses. 
<  £n  effet,  l'étude  approfondie  des  ani- 
'•aQi  inférieurs  m'a  bientôt  convaincu  de 
s  bosselé  de  toutes  ces  comparaisons  ;  et 
<t  ferlant  ensuite  mes  investigations  sur  le 
Me  de  développement  des  organismes,  j'ai 
^û  a^iandonner  une  à  une  toutes  les  bases  de 
^ite  doctrine.  » 


11  nous  suffit  des  notions  les  plus  élémen- 
taires d'anatomie  comparée  et  d^^mbryologic 
pour  nous  convaincre  qu'un  animal  supérieur 
ne  présente  à  aucune  période  de  son  dévelop- 
pement l'ensemble  de  caractères  propres  aux 
types  zoologiques  inférieurs;  que  lliomme,. 
par  exemple,  n'est  pas  dans  le  sein  de  sa 
mère  un  mollusque,  puis  un, poisson  et  un 
reptile,  avant  que  de  posséder  le  mode  d'or- 
ganisation propre  à  l'espèce  humaine.  ïl 
n'est  aujourd'hui  aucun  naturaliste  qui  son- 
gerait à  soutenir  une  opinion  semblable,  et 
nous  n'avons  pas  à  nous  y  arrêter  ici. 

Mais  alors  quel  sens  faut-il  attacher  à  cette 
comparaison  entre  l'ensemble  des  créations 
zoologiques  et  la  série  des  modifications  que 
subit  l'embryon  d'un  animal  supérieur? 
Comment  res}>èce  humaine  représenterait- 
elle,  dans  ses  états  transitoires,  les  modes 
d'organisation  si  variés  des  classes  infé* 
rieurcs  ? 

L'organisme  d'un  animal  on  voie  (Je  for-, 
malion  offrirait-il  successivement  les  carac- 
tères que  les  zoologistes  considèrent  comme 
étant  essentiels ,  dominateurs  dans  chacun 
des  types  dont  il  serait  le  représentant 
transitoire  bien  qu'il  n'en  revête  jamais  la 
forme  générale  ? 

Il  suiiit  encore  d'un  petit  nombre  de  faits 
bien  connus  des  naturalistes  pour  prouver, 
que  l'embryon  d'une  espèce  supérieure,  en 
s  arrêtant  dans  différentes  phases  de  son  dé- 
veloppement, ne  présenterait  jamais  le  ca- 
ractère essentiel  d  une  classe  inférieure  quel- 
conque. Un  anatomiste  célèbre,  dont  je  re- 
grette de  [ne  pouvoir  adopter  ici  toutes  les. 
vues  ingénieuses,  M.  Serres,  a  cité„  comme 
offrant  un  exemple  remarquable  de  celte 
sorte,  de  progression  zoologique  de  l'em- 
bryon en  voie  de  formation ,  Je  lombric  ou 
ver  de  terre,  qui,  d'après  lui,  revêtirait  suc- 
cessivement les  caractères  anatomiques  du 
polype,  du  ténia  et  de  l'arénicole  avant  que 
d'arriver  au  mode  d'organisation  qui  est 
propre  à  son  espèce.  Mais  rien  de  semblable 
n'existe  chez  le  jeune  lombric  ;  jamais  il  ne 
possède  ni  le  système  respiratoire,  ni  les 
vaisseaux  sanguins,  ni  l'appareil  digestif, 
ni  les  organes  locomoteurs  a'un  arénicole; 
jamais  il  ne  présente  un  seul  des  caractères 
généric[ues  du  ^énia,  et  à  aucune  époque  de 
son  existence  il  ne  ressemble  à  un  polvpe. 
Je  ne  comprends  même  pas  ce  qui  a  pu  iaire 
naître  l'idée  de  ce  rapprochement. 

Il  a  été  posé  en  principe,  ai-je  dit,  que  les 
organismes  inférieurs  des  invertébrés  ont 
leurs  représentants  dans  les  formes  fugitive» 
çt  passagères  de  l'embryon  humain.  Mais  les 
résultats  de  l'observation  sont  en  désaccord 
flagrant  avec  cette  théorie  embryogénique. 
Ainsi  l'animal  vertébré,  en  se  constituant, 
ne  présente  à  aucune  période  de  son  exis- 
tence le  mode  de  groupement  des  organes 
qui  donne  aux  radiaires  leur  caractère , essen- 
tiel ;  il  n'offre  jamais  la  sesmentation  annu- 
laire qui  est  si  remarquanle  chez  les  ani- 
maux articulés  ;  on  ne  lui  reconnaît  pas 
davantage  la  structure  particulière  aux  pjoI' 
lusques.  Enfin,  si  ce  vertébré  ep  ^'^^^  -'*»  <r>r* 


4{'J 


RMC 


DICTIONNAIRE 


EMET 


liO 


ination  appartien.  à  Tespèce  humain.?,  il 
n'offrira  jamais  les  caractères  en  vertu  des- 
quels un  poisson  est  un  poisson,  un  serpent 
est  un  reptile  et  une  poule  est  un  oiseau. 
En  restreignant  même  davantage  le  champ 
de  la  comparaison,  on  n'arrive  pas  à  d'autres 
résultats.  Ainsi>  à  aucune  période  de  sa  vie 
embryonnaire,  l'organisme  de  Thomme  ne 
présente  les  caractères  auxquels  le  zoologiste 
reconnaîtra  un  animal  de  Tordre  des  ron* 
geurs ,  un  pachyderme ,  un  ruminant ,  ou 
même  un  quadrùpfiane. 

La  concordance  entre  les  types  zoologi- 
ques inférieurs  et  la  structure  primitive  et 
transitoire  des  animaux  les  plus  parfaits 
n'existe  donc  pas  dans  la  nature.  Mais  si 
cette  comparaison  entre  l'embryon  d'un  ani- 
mal supérieur  et  les  formes  permanentes  des 
espèces  moins  élevées  est  reconnue  fausse 
en  ce  qui  concerne  l'ensemble  de  l'orga- 
nisme, elle  pourrait  encore  être  vraie  pour 
chacun  des  grands  appareils  considérés  iso^ 
lémént.  ' 

En  restreignant  de  la  sorte  la  théorie  de  là 
concordance  des  métamorphoses  embryogé- 
niques  et  des  types  zoologiqués  inférieurs, 
neut-on  dire  avec  raison  :  X'organogénie 
humaine  est  le  tableau  mouvant  des  états 
organiques  qui  nous  offrent  d'une  manière 
permanente  les  classes  inférieures  du  règne 
animal? 

Non,  telle  ne  me  paratt  pas  être  la  ten- 
dance générale  de  la  nature;  et  ce  serait,  je 
pense ,  donner  de  la  structure  des  organes 
des  animaux  inférieurs  une  idée  fausse  que 
de  la  représenter  comme  étant  semblable  à 
celle  des  organes  encore  incomplets  d'un 
embryon  humain.  La  puissance  créatrice 
peut  employer  des  procédés  semblables  pour 
constituer  deux  animaux,  dont  l'un  reste 
imparfait  tandis  que  l'autre  acquiert  une 
jjrande  supériorité  physiologique  ;  et  pour 
imprimer  au  premier  son  cachet  propre,  elle 
s'éloignera  moins  de  l'état  transitoire  com- 
mun a  tous  les  deux  que  pour  achever  l'or- 
ganisation du  second  :  celui-ci,  à  l'état  d'em- 
brvon,  sera  alors  moins  différent  de  l'animal 
inférieur  qu'il  ne  le  serait  à  l'âge  adulte;  et 

i>ar  conséquent  c'est  avec  raison  que  Geof- 
roy  Saint-Hilaire'  a  comparé  les  poissons  à 
l'embryon  du  mammifère  ou  de  l'oiseau, 
lorsqu  il  a  voulu  saisir  les  analogies  dans  la 
composition  de  la  charpente  solide  du  corps 
(les  divers  vertébrés.  Cette  méthode  a  con- 
duit également  M.  Serres  à  des  résultats  im« 
I>ortants  pour  l'anatomie  comparée  du  cer- 
veau, et  elle  est  indispensable  pour  la  solu- 
tion d'une  multitude  de  questions  du  plus 
haut  intérêt;  mais  une  étude  attentive  des 
phénomènes  génésiques  et  de  la  structure 
permanente  des  animaux  inférieurs  fait  voir 
que  ce  n'est  pas  un  simple  arrêt  de  dévelop- 
pement dans  la  série  des  transformations 
organiques  du  type  zoologique  le  plus  élevé 
qui  détermine  le  caractère  de  chacun  des 
grands  appareils  chez  les  animaux  inférieurs. 
Aiflsi  le  système  nerveux  d'un  vertébré 
ne  présente  jamais  le  mode  d'organisation 
caractéristique   de  ce  même  système  chez 


un  mollusque  ou  uh  articulé.  Chez  ces  der- 
niers, les  principaux  centres  méJuHaires, 
unis  entre  eux  par  des  commissures  et  des 
connectifs  plus  ou  moins  longs  ^  foi'mem, 
comme  on,  le  sait,  une  sorte  de  cDliiet  autour 
de  l'œsophage,  et  sont  situés  les  uns  au-des- 
sus, les  autres  au-slessous  du  tube  digestif. 
Chez  les  vertébrés,  au  contraire,  touslesfovers 
d'innervation  sont  placés  du  côté  dorsal  de 
ce  canal  et  j  constituent  l'aie  céfébto^pinal. 
Or,  dès  l'origine,  ce  système  cérébro-spinal 
occupe  dans  l'économie  la  place  uu'il  doit 
conserver,  et  il  n'a  jamais  avec  rappeil 
digestif  les  rapports  de  position  qui  exislcnl 
entre  cet  appareil  et  l'ensemble  des  gan- 
glions nerveux  du  mollusoue  ou  de  l'arli- 
cuié.  Le  plan  d'après  lequel  ces  parties  sont 
disposées  n'est  dohc  pas  le  même  chez  ie 
vertébré  et  chez  TinVertébré;  à  cet  égard, 
ainsi  aue  pour  l'ensemble  de  son  organisa- 
tion, remoryon  du  premier  ne  représente 
pas  dVne  manière  transitoire  l'état  pemia- 
nont  du  second.  Il  en  est  de  même  quant  à 
la  composition  de  ce  système.  Lesanato* 
mistes  ne  sont  pas  d'accord  sur  la  déterrai^ 
nation  des  parties  qui  enti*ent  dans  la  (or- 
mation  de  la  chatne  ganglionnaire  des  in- 
vextébrés  ;  mais  quelle  que  soit  Thypolliè^p 
que  l'on  adopte,  on  arrive  au  même  résultat 
en  ce  oui  touche  à  la  théorie  de  la  concor- 
dance des  formes  embryonnaires  et  des  types 
zoologiques  inférieurs.  Effectivement,  pour 
les  uns  les  ganglions  céphaliques  de  Tinsefic 
seront  l'analogue  du  cerveau  de  Yhom<\ 
et  la  moelle  allongée  de  celui-ci  aurait  pour 
représentants  les   ganglions  post^oasopha^ 
g[iens  du  premier;  or  une  pareille  disjomN 
tion  des  éléments  de  l'axe  cérébro«sp>ina 
n'existe  chez  le  vertébré  à  aucune  périod 
de  la  vie  embryonnaire,  et  cet  axe  offre  et 
l'origine  une  structure  qui  n'existe  dans  le 
gançlions  d'aucun  invertébré.  D'autres  ana 
tomistes,  adoptant  les  vues  ingénieuseMJ 
M.  Serres,  considèrent  tous  ces  ganglions  d 
l'invertébré  comme  étant  les  analogues*  nd 
pas  du  cordon  cérébro-spinal,  mais  des  ^ac 
glions  qui  se  voient  sur  la  racine  posléricu 
des  nerfs  rachidiens  du  vertébré.  Mais,  s 
en  est  ainsi,  à  quelle  période  du  développa 
ment  trouverait-on  chez  ce  dernier  une  â 
position  analogue?  Quand  verrait-on  dai 
l'embryon  humain  un  système  nerveux  coi 
posé  de  nerfs  rachidiens  avec  leurs  gangliCN 
radicaux,  et  point  de  cordon  rachidien 
d'encéphale?  On  sait,  au  contraire,  que  vh\ 
le  vertébré  l'axe  cérébro-spinal  se  moni 
dès  les  premiers  moments  du  travail  or^ 
nique,  et  tout  porte  à  croire  qu'il  common 
à  se  former  avant  que  l'ensemble  des  ne 
périphériques  ne  se  soit  encore  constitué. 

Je  le  répète  donc  :  à  aucune  période  de 
vie  embryonnaire  le  système  nerveux 
vertébré  ne  présente  les  caractères  essenli 
du  système  nerveux  du  mollusque  ou 
l'articulé,  et  ne  peut  être  considéré  corn; 
en  offrant  transitoirement  la  disposition. 

L'encéphale  d'un  mammifère  ne  passe  | 
davantage  par  l'état  caractéristique  du  (I 
veau  d'un  poisson  ou  d'un  oiseau.  En  ell 


421 


CMB 


0'AMTHROPOLOGie. 


lii 


chez  Tembryon  des  mamtiiif&res  on  ne  voit 
jamais  aucune  trace  de  ces  lol>es  inférieurs 
cffiî  soBt  si  remarquables  chez  le  poisson  et 
i'het  les  batraciens;  et  l*encéphale  de  ces 
vertébrés  supérieurs,  longtemps  avant  que 
de  rappeler  raguement  la  forme  générale 
d*Hn  cerreau  d'oiseau  adulte,  possède  déjà 
un  corps  calleux  et  d'autres  parties  dont 
lencéptiale de  Toiseau  sera  toujours  priyé. 

Il  est  élément  facile  de  montrer  que  le 
squelette  en  se  constituant  chez  un  animal 
supérieur  ne  présente  pas  d'une  manière 
tran^tfoîre  la  disposition  anatomique  qui 
caractérise  la  charpente  solide  dans  les 
classes  inférieures  du  règne  animal.  En  eflett 
chez  le  Tertébré  cet  appareil,  au  moment  de 
sa  première  apiMirilion»  de  môme  que  pen- 
dant tout  le  reste  de  la  vie,  est  radicalement 
différent  du  squelette  tégumeutaîre  d'un 
articulé  ou  de  la  coquille  d'un  mollusque  ; 
le  testeomé  ou  calcaire  d'un  insecte  ou  d'un 
mistacé,  ainsi  que  lai  coquille  du  mollusque 
est  une  dépendance  de  la  peau  et  ne  peut 
être  considéré  que  comme  l'analogie  de  la 
tofliaoe  épidermique  des  yertébrés  ;  tandis 
ff ne  le  squelette  de  ces  derniers,  logé  pro- 
frmJément  dans  l'économie  et  n'ayant  au- 
cune relation  avec  la  peau,  est  composé  de 
Crties  dont  on  ne  yoit  point  de  traces  cnez 
i  anîmaui  inférieurs.  Or  il  n'eiiste  à  cet 
égard  aucune  différence  entre  l'embryon  et 
ranimai  adulte,  l'ajouterai  aussi  que  le  sque- 
lette de  l'embryon  humain,  quoique  com-* 
posé  de  pi&^es  osseuses  distinctes  qui  doi- 
yent  bientôt  se  confondre  plus  ou  moins 
complètement  et  qui  restent  toujours  sép»* 
fées  chez  quelques  yertébrés  inférieurs, 
n'est  jamais  semblable  au  squelette  d'un 
poisson,  d'un  reptile  ou  d'un  oiseau;  aux 
yeux  de  l'anatomiste  obseryateur  il  n'en 
sera  jamais  réquiyalent. 

Serait-il  plus  vrai  de  dire  que  l'appareil 
circidatoire  en  se  constituant  dans  l'embryon 
des  animaux  les  plus  parfoits,  passe  par  tous 
les  états  que  ce  même  système  nous  présente 
d'une  manière  permanente  dans  les  types 
znok^iques  inférieurs?  Non,  pas  davantage. 
Uans  l'embryon  humain,  par  exemple,  la 
eircalation  ne  se  fait  jamais  comme  chez  un 
insecte,  un  crustacé,  ou  un  mollusque  ;  les 
or^nes  affectés  à  cette  fonction  ne  présen- 
lt*nt  pas  l'ensemble  de  caractères  profires  à 
l'appareil  circulatoire  des  poissons  et  à  au- 
cune période  du  développement  ils  ne  peu- 
vent être  confondus  avec  leurs  analogues 
chez  un  reptile  quelconque. 

L'appareil  respiratoire  d'un  mammif^  se 
«-'jnstitue  également  sans  passer  par  les  dis- 
positions variées  que  nous  offrent  les  orsa- 
nés  dont  les  usa^  sont  les  mêmes  chez  les 
div^^rs  animaux  inférieurs.  M.  Serres  pense 
que  les  branchies  dorsales  des  triionies,  et 
des  éolides,  les  branchies  latérales  des  pa- 
telles et  des  oscabrionsy  enCn  la  chambre  res- 
piratoire creusée  dans  le  manteau  de  la  plu- 
part des  gastéropodes,  ne  sont  que  des  degrés 
rari^  des  vaisseaux  omphalonnésentériques, 
des  villosités  du  chorion  des  mammifères  el 
de  Fallantoide  des  vertébrés  supérieurs.  J'a- 


voue qu'il  m'est  im|)ossibIe  de  deviner  sur 
quoi  re]K)se  cette  opinion,  et  je  crois  même 
qu'il  serait  inutile  de  la  discuter  ici  ;  i^r 
lors  même  qu'elle  réunirait  en  si  fateur 
assez  de  iiiits  pour  être  adoptée  par  quel- 
ques zoologistes,  elle  ne  saurait  les  conduire 
à  voir  dans  l'organisme  naissant  du  mammi- 
fère ou  de  l'oiseau  les  représentants  du  sys- 
tème trachéen  d'un  insecte  oû'd'un  myria- 
pode,  par  exemple,  ni  même  les  branchies 
d'un  poisson  ;  et  par  conséquent  en  ce  qui 
concerne  les  instruments  de  la  respiration, 
il  resterait  toujours  démontré  que  Forganogé- 
nie  des  animaux  supérieurs  n'off^  pas  une 
représentation  fugace  des  structures  demeu- 
rées permanentes  dans  les  rangs  inférieurs 
du  règne  animal. 

Les  organes  sécréteurs  et  l'appareil  de  la 
refiroduction  sont  dans  le  même  cas.  En  un 
mot,  quel  que  soit  le  système  d'organes  dont 
on  étudie  les  métamorphoses  chez  l'embryoD 
d'un  animal  supérieur,  on  n'y  retrouve  ja- 
mais le  tableau  mobile  des  formes  qui  sont 
Gxes  et  permanentes  dans  les  divers  types 
zoologiques  dont  le  rang  est  moins  élevé. 
On  voit  que  la  tendance  générale  de  la  na- 
ture n'est  pas  de  se  servir  des  modes  de 
structure  propres  à  ces  types  inférieurs 
comme  d'autant  de  préliminaires  dans  le 
travail  constitutif  des  oi^anismes  plus  par- 
faits ;  souvent  elle  met  en  usage  des  procé- 
dés analojpies  pour  obtenir  des  matériaux 
ànatomiques  dont  l'essence  et  les  formes  déû' 
nitives  doivent  être  trèsndiffércfltes,  mais  il 
est  bien  évident  qu'elle  ne  se  borne  pas  à 
avancer  de  plus  en  plus  vers  la  perfection  en 
suivant  un  seul  et  même  plan. 

L'hypothèse  d'un  simple  arrêt  de  déve- 
loppement dans  la  série  des  changements  que 
subissent  les  organes  en  voie  de  formation 
chez  les  animaux  les  plus  élevés,  ne  sufGl 
donc  pas  pour  nous  rendre  compte  des  mo- 
difications sans  nombre  dont  Tanatomie  com- 
parée nous  révèle  l'existence  dans  les  parties 
correspondantes  de  l'économie  animale  chez 
les  animaux  inférieurs. 

La  doctrine  de  la  concordance  des  formes 
embryonnaires  des  animaux  supérieurs  et 
des  formes  définitives  des  espèces  inférieures 
ne  saurait  doncêtre  admise,  ni  pour  l'ensem- 
ble de  l'organisme,  ni  pour  les  traits  distinc- 
tifSs  ou  caractères  dits  dominateurs,  ni  pour 
les  grands  ap^jareils  considérés  isolément. 

Les  études  embryologiques,  loin  de  four- 
nir, comme  on  Tavait  espéré,  une  démons- 
tration de  l'unité  de  plan  dans  le  rè^ne  rani- 
mai tout  entier,  et  de  rendre  ]^a1iiableren- 
chalnemeiUde  tous  les  êtres  animés  en  une 
lon^c  série  linéaire  qui  s'étendrait  depuis 
la  monade  jusqu'à  1  homme,  conduisent 
même  au  résultat  le  plus  opposé.  Elles  nous 
montrent  la  diversité  des  types  fondamentaux 
dès  le  début  de  la  vie  embryonnaire  et  nous 
apprennent,  mieux  que  ne  saurait  lelaîre 
Fatiatomie  comparée  ordinaire,  combien  l^^ 
I>lans  u'érgairisation  employés  dans  la  cons- 
titution du  règne  animal,  diffèrent  entre 
eux  par  leurs  linéaments  généraux  aussi  bien 
que  [lar  les  détails  de  leur  mise  en  ceuvre. 


423 


EMB 


DICTIONNAIRE 


EMB 


m 


Ainsi»  non'seu.ement  la  structure  (Vun 
vertébré  adulte  n'est  pas  réductible  au  plan 
auatomique  d  un  mollusque  ou  d*un  articulé 
et  Tembryon  du  premier  ne  représente  ja- 
mais d'une  manière  transitoire  le  mode  d'or- 
l^anisation  permanent  chez  ces  derniers  ; 
mais  l'unité  dertypc  n  cibiste  pas  même  chez 
les  embryons  de  ces  animaux  comparés  entre 
euK  à  une  période  quelconque  de  leur  déve- 
loppement. Dés  qu  un  vertébré  commence  à 
se  constituer  il  porte  en  lui  le  cachet  de  sou 
embranchement  et  diffère  essentiellement  uc 
tout  animai  vertébré,  sait  adulte,  soit  em- 
bryonnaire. 

En  eff^et,  lorsque  la  matière  plastique  qui 
doit  constituer  un  mammifère,  un  oiseau, 
un  reptile  ou  un  poisson,  laisse  apercevoir 
les  premiers  résultats  du  travail  organogé- 
nique  dont  elle  est  le  sié^^e,  une  ligne  lon,^i- 
tudinale  se  dessine  sur  le  blastoderme  et 
marque  la  place  du  futur  aie  cérébro-spinal  ; 
chez  l'embryon  d'un  mollusque,  d'un  arti- 
culé ou  d'un  ver,  cette  li^ne  rachidienne  ne 
se  montre  pas  ;  et  la  raison  de  cette  diti'é* 
rence  primordiale  est  facile  à  comprendre, 
puisque  Tanalogue  de  Taxe  cérébro-spinal 
du  vertébré  ne  doit  jamais  exister  chez  uu 
animal  invertébré 

La  portion  de  l'organisme  oui  se  constitue 
en  premier  chez  les  animaux  de  remi)ran- 
cliement  supérieur  est  donc  précisément  une 
partie  qui  manque  toujours  dans  la  structure 
de  l'invertébré  ;  et  cette  partie  primordiaie 
de  l'animal  vertébré  est,  sans  contredit,  un 
des  éléments  les  plus  importants  de  son  éco- 
nomie, un  des  traits  les  plus  caractéristiques 
jde  son  mode  de  constitution. 

Toutes  les  observations  s'accordent  h  mon- 
ti'er  que  le  jeune  embryon  de  vertébré,  en 
$e  développant  davantage,  acquiert  bientôt 
les  premiers  éléments  d'un  autre  système 
organique  dont  les  animaux  inférieurs  sont 
toujours  privés;  car  à  peine  la  ligne  rachi- 
dienne est-elle  devenue  un  sillon  ou  un  ca- 
nal, qu'on  voit  se  former  de  chaque  c6té,  le 
long  de  ses  bords,  une  série  de  pièces  solides 
destinées  h  composer  les  vertèbres. 

Il  est  également  à  noter  que  les  rapports 
du  |>etit  être  en  voie  de  formation  avec  la 
masse  vitelline  dont  il  doit  tirer  ses  maté- 
riaux constitutifs  sont  différents  chez  le 
vertébré  et  chez  les  animaux  inférieurs. 
L'embrvon  du  premier  est  eu  relation  avec 
le  vitellus  par  fa  face  ventrale  de  son  corps, 
et  les  connexions  entre  ces  parties  n'occu- 
pent que  la  région  abdominale.  Une  disposi- 
tion semblable  n'a  été  observée  chez  aucun 
invertébré.  Chez  les  articulés,  le  jeune  em- 
bryon reposé  sur  la  masse  vitelline  par  la 
face  dorsale  de  son  corps,  c'est-à-dire  par  !e 
côté  où  se  trouve  le  centre  nerveux  princi- 
pal ,  celui  que  l'on  compare  d'ordinaire  au 
cerveau  des  animaux  supérieurs.  Quelques 
anatomistcs  ont  cru  pouvoir  expliquer  cette 
différence  primordiale  en  supposant  que 
l'articulé  était  un  vertébré  renversé  sur  le 
dos.  Mais  cette  hypothèse  ne  suffît  pas  pour 
ramener  l'organisation  de  ces  deux  types  à 


un  même  plan.  En  effet,  les  ra^^orls  de 
msition  deviendraient  ainsi  les  mAmes  entre 
le  vitellus,  le  canal  digestif  et  les  ganglions 
thoraciques  de  l'articulé,  d'une  part,  et  le 
vitellus,  l'intestin  et  la  moelle  éi)imère  du 
vertébré ,  d'autre  part  ;  mais  tandis  que  les 
centres  nerveux  céphaliques  de  ce  dernier 
sont  situés  du  même  côté  du  tube  digestif 
que  la  moelle  épinière,  les  ganglions  céré- 
broïdes  de  l'articulé  se  trouvent  du  côté  oi> 
posé,  c'est-à-dire  entre  le  vitellus  et  le  canal 
alimentaire.  Le  principe  de  l'invariabiliié 
des  connexions  organiques,  sur  lequel  on 
aurait  à  s'a[)puyer  pour  établir  des  analogies 
entre  les  diverses  parties  du  corps  d'un  ver- 
tébré  marchant  sur  le  ventre  et  d  un  inver* 
tébré  marchant  sur  le  dos,  viendrait  donc  è 
faire  défaut  en  ce  qui  touche  aux  systèmes 
les  plus  importants  de  l'organisme,  et  cela 
dès  le  début  du  travail  génésique;  car,  si 
l'on  représente  par  les  lettres  a,  b,  c  le  ce^ 
reau  et  ses  dépendances,  le  tube  digestif  el 
le  vitellus,  on  voit  que  dans  l'œuf  du  verté- 
bré la  position  relative  de  ces  parties  est  in- 
diquée par  lorJre  de  succession  de  ceslellrts 
elles-mêmes,  tandis  que  chez  l'embryon  de 
l'articulé  on  aurait  la  série  a,  c,  b. 
.  Chez  les  mollusques,  la  séparation  entre 
)e  vitellus  et  les  parties  permanentes  de  ^o^ 
ganisme  du  jeune  embryon  est  en  général 
beaucoup  moins  complète  ;  mais  toutes  h 
fois  qu'elle  devient  manifeste,  elle  préseote 
des  caractères  particuliers,  et  ne  se  lai^M! 
ramener  ni  à  l'un  ni  à  l'autre  des  types  doui 
il  vient  d'être  question.  Ainsi,  chez  les  cé- 
phalopodes, où  la  distinction  entre  le  corjs 
de  l'embryon  en  voie  de  formation  et  l« 
masse  viteXine  est  aussi  tranchée  çiue  chei 
les  oiseaux  ou  les  reptiles,  on  voit  que  ce 
n'est  ni  par  le  dos  ni  par  la  faee  inférieure 
de  l'abdomen  que  ces  parties  sont  en  con- 
nexion, mais  bien  par  la  région  buccale  m 
pharvngienne  du  jeune  mollusque. 

L'état  primitif  de  l'embryon  d'un  mam- 
mifère ou  d'un  oiseau,  d'un  céphalopode  d 
d'un  crustacé,  ou  d'un  insecte,  est  tout  aussi 
différent  que  le  sera  plus  tard  le  mode  d'or 
ganisation  déflnitif  de  ces  animaux.  L*eiu 
bryologie,  de  même  que  Tanatomie  co(Q|» 
fée,  nous  conduit  par  conséquent  à  admette 
qu'il  n'v  a  pas  unité  de  pimi  dans  la  consti 
tution  de  tous  les  animaux,  et  que  la  natur 
a  créé  ces  êtres  d'après  plusieurs  types  fon 
damentaux  bien  distincts. 

Dans  l'état  actuel  de  la  science,  il  serai 
peut-être  prématuré  de  vouloir  détermine 
le  nombre  de  ces  types  primitife.  Il  est  ce 
pendant  facile  de  se  convaincre  que  la  natur 
a  été  fort  sobre  dans  l'emploi  de  ce  mojei 
extrême  de  diversification;  et  ici  encore,  le 
données  fournies  par  l'embryologie  s'accor 
dent  pleinement  avec  les  résultats  fondés  su 
l'étude  auatomique  des  animaux  adultes. 

Ainsi,  en  prenant  pour  guide  l'anatomi 
comparée  seulement,  Cuvier  avait  reconn 
que  tous  les  mammifères,  les  oiseaux,  )e 
reptiles  et  les  poissons  sont  constitués  d*f 
près  un  même  plan  général;  que  les  niodifi 
cations  de  structure  qui  s'y  rencontrent  soi 


» 


EMB 


D'ANTHROPOLOGIE. 


Em 


tl$ 


ui/lme  légères,  et  que  les  différences  h  raison 
desquelles  le  zooloi^ste  divise  ces  animaux 
en  classes  el  en  fiimiljes  distinctes  ne  déjjen* 
déni  qae  du  développement  ou  de  Taddition 
de  quelques  parties  qui  ne  changent  rien  à 
Jesvence  du  plan  fondamental  (18«).  Les  Ira- 
vaui  importants  de  Geoffroy  Saint-Hilaire 
sont  venus  confirmer  et  étendre  cette  vérité» 
c^rils  ont  fait  voir  que,  dans  tout  Tembran- 
chement  des  vertébrés,  l'uniformité  de  corn- 
mition  est  beaucoup  plus  grande  qu*on  ne 
Tarait  pensé. 

EnGn,  les  observations  de  tous  les  cm- 
biyologistes  de  nos  jours  nous  apprennent 
quWectivement  c*est,  pour  ainsi  dire,  d^lne 
même  ébauche  organique  que  la  nature  tire 
it)ur  k  tour  un  mammifère,^  un  oiseau,  un 
reptile  ou  un  poisson  ;  car  dans  les  premiers 
temps  de  leur  existence  tous  ces  êtres  se 
ressemblent  si  complètement  qu'on  ne  sau- 
rait deviner  à  quelle  classe  ils  doivent  ap- 
ï-artenir.  L'embryon  du  vertébré  qui  com- 
mm  à  se  développer  porte  déjà,  comme 
n<>aM'iîons  vu,  le  caractère  de  son  embran- 
émeni^  et  ne  saurait  être  assimilé  ni  à  un 
loopbrie,  ni  à  un  mollusque,  ni  à  un  arti- 
fTilé;  mais  il  ne  présente  encore  aucun  dos 
wrières  en  vertu  desquels  il  sera  un  mam- 
oilnre  plutôt  qu'un  oiseau ,  ou  un  reptile  , 
ou  un  poisson.  Sa  forme  est  d'abord  une 
lume  commune   à  tous  ces  animaux,  c'est 
un  vertébré  el  un  vertébré  seulement;  mais 
p«f  les  [jrogrts  du  travail  embryogéniquc, 
^Hiù  aniformité  de  composition  diminuera 
•'c  plus  en  plus   entre  les  divers  animaux 
'l'ii  dérivent  ainsi  d'un  type  commun  ;  le 
M  restera  Je  même  à  certains  égards,  mais 
*ic<  différences  or^janiques  d'une  grande  ira- 
j^jrlance  viendront  bientôt  séparer  le  pois- 
^>D  'Ja mammifère  ou  de  l'oiseau;  puis  d'au- 
tres différences,  raoins  profondes,  s'établi- 
ront entre  diverses  espèces  d'une   même 
clause  ou  d'une  même  famille. 

L'eaitjrjond'uncrustacé,d  un  insecte,  d'un 
«wchiïide,  d'un  niyriapode,  ou  même  d'un 
''tmélide,  offre,  dans  les  premiers  temps  de 
'inexistence,  un  mode  d'organisation  qui 
>  ^Jurait  être  confondu  avec  la  structure 
Jî' vertébré  naissant,  mais  qui  est  coni- 
'çcnà  tous  les  articulés;  les  caractères  les 
•'u>  saillants  de  rembranchemcnt  des  anne- 
*^  sy  dessinent  de  bonne  heure,  et  ne  per- 
•'^tlenl  pas  de  le  confondre  avec  un  cm- 
-rvon  de  mollusque  ;  c'est  plus  tard  que  les 
arar;ères  de  classes  se  manifestent,  et  par 
*^^équent  il  semblerait  aussi  que  tous  ces 
Wiffiaux  ne  sont  que  des  dérivés  d'un  même 
)pe  fondamental. 

Nos  connaissances  relatives  à  l'embryolo- 
^^des  mollusques  et  des  zoophytes  sont  en- 
^«^  trop  incomplètes  pour  qu  il  soit  possi- 
«6  de  démontrer  de  la  même  manière  la 
arenté  réelle  des  animaux  dont  se  compo- 
'Di  lun  et  Fautre  de  ces  groupes  zoologi- 
ue^;  et  peut-être  arrivera-t-on  à  trouver 
■^^  les  cèplialopodes  ne  dérivent  pas  du 
^e  type  fonda  mental  que  les  gastéropodes 


et  surtout  les  ascidies;  peut-être  aussi  verra- 
t-ou  (juc  les  infusoires  proprement  dits  et 
que  les  spongiaires  ne  sont  dans  l'origine 
comparables  ni  à  l'embryon  naissant  d'un 
mollusque,  ni  à  un  zoophyte  en  voie  de  for- 
mation. S'il  en  était  ainsi,  on  serait  conduit  à 
reconnaître  un  plus  grand  nombre  de  types 
ou  formes  zoologiaues  essentiels  queCuvier 
n'en  avait  établi,  d'après  des  considérations 
purement  analomiques.  Mais,  dans  l'état  ac- 
tuel de  la  science,  cette  diversité  primor- 
diale est  loin  d'être  démontrée,  et  par  consé- 
quent nous  ne  devons  pas  l'admettre;  car, 
ainsi  que  nous  l'avons  répété  plus  d'une 
fois,  l'une  des  tendances  les  plus  constantes 
delà  nature  consiste  à  économiser  les  moyens 
qu'elle  met  en  œuvre  pour  obtenir  des  résul- 
tats variés,  et  par  conséquent  nous  devons 
croire  à  l'emploi  d  un  même  plan  organi- 
que, partout  où  l'existence  d'un  plan  nou- 
veau n'est  pas  manifeste. 

L'embryologie  nous  montre  donc  t<»ulos 
les  espèces  animales  comme  se  produisant 
à  l'aide  de  l'un  des  organismes  rudimentai- 
res  dont  l'embryon  naissant  du  vertébré,  de 
l'insecte,  du  mollusque  ou  du  polype  nous 
offre  Texemple;  mais  elle  nous  enseigne 
aussi  que  chacun  de  ces  types  primordiaux 
peut  se  développer  de  plusieurs  manières 
différentes,  et  que  dans  le  mode  d'emploi  de 
ce  fonds  commun  pour  chaque  embranche- 
ment zoologique,  la  nature  peut  adopter  des 
plans  secondaires  bien  distincts. 

Ainsi,  l'embryon  du  mammifère  qui,  dans 
le  principe,  ne  différait  pas  de  l'embryon  de 
tout  autre  vertébré,  cesse  bientôt  de  ressem- 
bler au  poisson  et  au  batracien  en  voie  do 
formation.  La  route  génésique  qui  était  d  Sa- 
bord unique  pour  tout  l'embranchement,  se 
bifurque  en  quelque  sorte  pour  conduire 
d'un  côté  à  la  création  d'un  poisson  ou  d'un 
batracien,  de  l'autre  à  la  production  d'un 
reptile,  d'un  oiseau  ou  d  un  mammifère.  Dès 
lors,  le  plan  d'après  lequel  se  construisent  tn 
poisson  et  un  mammifère,  tout  en  conser- 
vant une  même  disposition  générale,  se  mo- 
difie diversement  pour  chacun  de  ces  rni- 
maux,  et  on  voit  dériver  du  type  primitif  du 
vertébré  deux  types  secondaires,  d'après  les- 
quels seront  construits,  d'une  part  le  i)oi»- 
5on  et  le  batracien,  d'autre  part  les  reptiles, 
les  oiseaux  et  les  mammifères.  Puis  la  voie 
génésique  dans  laquelle  s'engagent  à  la  fois 
tous  les  vertébrés  des  trois  classes  supérieu- 
res, se  bifurque  à  son  tour,  et  l'une  de  ses 
divisions  est  suivie  par  les  reptiles  et  les  oi- 
seaux, tandis  que  1  autre  n'admet  que  des 
mammifères.  La  première  de  ces  bifurcations 
correspond  à  l'instant  où  l'org^anisme  nais- 
sant produit  la  tunique  amniotiaue  et  l'al- 
lantoïde  chez  les  vertébrés  supérieurs,  et 
poursuit  son  développement  chez  le  poisson 
et  le  batracien  sans  être  le  siëse  d'aucun  tra- 
vail orgauogénique  semblable;  la  seconde 
est  marquée  d'anord  par  la  formation  des 
viilosités  du  chorion,  mais  se  caractérise 
mieux  encore  par  l'apparition  des  parties  d« 


(Ul)  tk^pf  animaîy  première  éiilîon  (ISf  7),  1. 1*^,  pag.  57. 

f/ti;'i*10KK.  D'A?nrHROPOLOG1B. 


U 


4» 


ESC 


DICTIONNAIRE 


ËNC 


44S 


Tencéphale  dont  les  mammifères  sont  pour- 
vus, et  dont  les  oiseaux,  ainsi  que  les  rep- 
tiles, font  toujours  privés. 

Indépendamment  des  divers  plans  fonda- 
mentaux bien  distincts  aue  la  nature  met  en 
œuvre  pour  constituer  le  règne  animal ,  il 
existe  donc  un  certain  nombre  de  types 
secondaires ,  et  il  ne  serait  pas  plus  vrai  de 
dire  que  le  mammifère,  par  exemplB,  est  un 
|)oisson  perfectionné,  qu  il  ne  serait  exact  de 
représenter  le  vertébré  comme  une  consé- 
quence du  perfectionnement  d'un  mollusque 
ou  d*un  annelé.  Le  mammifère  et  le  poisson 
sont  tirés  d*un  lypc  primordial  commun  ; 
mais ,  lorsque  l'organisme  conformé  d'après 
ce  tjrpe  général  est  prêt  à  prendre  un  cachet 
particulier,  il  n'est  encore  caractérisé  ni 
comme  poisson  ni  comme  mammifère  ;  et 
quand  il  revêt  Tune  de  ces  formes  secondai- 
res, il  ne  passe  jamais  à  l'autre  par  les  pro- 
grès de  son  développement. 

La  multiplicité  des  types  zoologiques,  soit 
primordiaux ,  soit  secondaires ,  me  semble 
<lonc  un  résultat  acquis  à  la  science  ;  et , 
aujourd'hui ,  moins  que  jamais ,  il  ne  serait 
permis  de  considérer  le  règne  animal  tout 
entier  comme  représenté  par  le  développe- 
ment d'un  seul  et  même  animal  dont  le  tra- 
vail organogénique  s'arrêterait  à  des  pério- 
des diverses  de  la  vie  embryonnaire.  Quel 
que  soit  le  point  de  vue  auquel  on  se  place 

f>our  étudier  cette  question ,  on  voit  que 
'ensemble  des  animaux  ne  formr  pas  une 
série  linéaire  9  s*étendant  depuis  la  monade 
ou  réponse  jusqu'à  l'homme,  et  que  les 
métamorphoses  ueâ  organisuîcs  sup4ineLirî 
en  voie  de  formation  ne  représentent  pas 
davantage  les  divers  chaînons  de  cette  série 
imaginaire. 

ENCÉPHALE.  —  Les  partisans  du  maté- 
rialisme regardent  l'encéphale  comme  le 
siège  ou  plutôt  comme  l'organe  de  l'enten- 
dement, parce  que  c'est  dans  cet  appareil  que 
se  rendent  toutes  les  impressions  extérieu- 
res ;  que  c'est  de  lui  que  partent  tous  les 
mouvements  d'expression  et  de  volition,  et 
enGn ,  parce  que  ses  lésions  pathologiques 
produisent  souvent  des  altérations  remarqua- 
bles dans  les  facultés  intellectuelles.  Démon- 
trons donc  que  ces  facultés  ne  lui  api)artien- 
nent  point. 

Les  actes  intellectuels  sont  : 

1"  Là  perception ,  ou  l'action  de  recueillir, 
de  percevoir,  percipere^  les  impressions 
reçues  par  les  organes ,  de  les  convertir  en 
images  ou  en  sensations  ; 

2*  La  comparaison ,  ou  la  perception  suc- 
cessive de  plusieurs  impressions ,  pour  en 
apprécier  les  rapports  et  les  différences  ; 

3'  Le  jugement ,  qui  consiste  dans  cette 
appréciation,  d'où  résultent  des  notions  plus 
«m  moins  exactes ,  plus  ou  moins  complètes 
sur  les  objets  comparés,  ou  les  idées  ; 

k""  Là  mémoire^  ou  l'action  de  rendre  pré- 
sentes à  l'esprit  des  impressions  perçues,  ou 

(185)  Ainsi  le  chasseur»  qui  poursuit  ardemment 
8011  gibier,  ne  sent  pas  les  piqûres  que  lui  font  les 
plantes  épineuses  ;  ainsi  le  soldat,  entraîné  par  son 


des  idées  formées  depuis  un  temps  plus  ou 
moins  éloigné  ; 

5*  Enfin,  Vimaginaiion^  ou  la  combinaison 
d'images,  ou  d'idées,  déjà  fonnées ,  pour  en 
composer  des  peintures  neuves  et  plus  ou 
moins  vives. 

Examinons  en  particulier  chacune  de  ces 
opérations  intellectuelles ,  et  prouvons  que 
l'encéphale  ne  peut  les  effectuer. 

IL  La  matière  encéphalique  ne  peut  perce- 
voir. —  L'encéphale ,  par  cela  seul  qu'il  est 
matériel ,  est  formé  d'un  certain  nombre  de 
parties  constitutives  ou  élémentaires  ;  il  est 
donc  composé.  Mais ,  puisqu'il  est  composé, 
il  ne  pourrait  percevoir  sans  exercer  à  la 
fois  autant  de  perceptions,  et  par  censé- 

auent,  sans  produire  autant  de  sensations  ou 
'images  qu'il  entre  de  parties  dans  sa  com- 
position. Or,  la  perception ,  soit  qu'on  la 
considère  comme  une  fonction ,  soit  que  ^ 
d'après  les  matérialistes,  on  la  regarde  comme 
un  état ,  une  modification  du  cerveau ,  est 
évidemment  une ,  les  images  ou  les  sensa» 
tions  qui  en  résultent  sont  simples  ;  donc  ni 
l'une  ni  l'autre  ne  peuvent  appartenir  à  cet 
organe. 

En  second  lieu ,  la  perception  est  active  » 
volontaire,  libre  ;  nous  pouvons  à  notre  gré 
percevoir  ou  ne  pas  percevoir  les  impies - 
sions  présentes,  cnoisir  l'une  préférablement 
à  l'autre,  repousser  celle-ci  et  nous  attacher 
à  celle-là.  En  fixant  notre  esprit  sur  un  objet 
quelconque,  nous  pouvons  aussi  ne  pas  voir 
ce  qui  nous  entoure,  bien  que  nos  yeux 
demeurent  ouverts  ;  ne  pas  sentir  les  corps 
qui  se  trouvent  en  contact  avec  nous,  miàme 
lorsqu*ils  nous  blessent  (185),  ne  pas  enten- 
dre les  sons  qui  frappent  notre  oreille, 
demeurer  insensibles  aux  émanations  odo- 
rantes et  même  à  l'action  des  substances 
sapides ,  quoique  nos  sens  de  l'odorat  et  du 
goût  en  éprouvent  une  vive  impression  ;  le 
phénomène  intellectuel  qu'on  nomme  065- 
tractiony  etoù  l'homme  exclusivement  occupé 
de  l'otget  qui  fixe  sa  pensée ,  n'entend  »  ne 
voit  rien  de  ce  qui  se  passe  autour  de  lui  » 
celui  de  l'extase,  où,  malgré  toutes  les 
impressions  que  peuvent  recevoir  les  orga- 
nes ,  il  ne  s'effectue  aucune  perception  ,  "en 
sont  des  preuves  évidentes.  Nous  pouvons 
encore  suspendre  ou  prolonger  à  volonté  une 
perception ,  et  la  convertir  en  une  attention 
u  une  plus  ou  moins  longue  durée.  Hais  la 
matière  encéphalique  est  passive  ;  elle  ne 
peut  agir  par  elle-même  ;  elle  n'est  pas  libre, 
tous  ses  mouvements  sont  soumis  à  Taction 
des  agents  qui  doivent  l'exciter  ;  de  plus,  elle 
ne  peut  pas  ne  point  recevoir  les  impressions 
de  ses  agents  ;  elle  ne  peut  point  non  plus 
en  suspendre  ni  en  prolonger  les  effets  ;  donc 
ce  n'est  point  elle  qui  exerce  la  fonction  per- 
ceptive. 

En  troisième  lieu ,  si  la  perception  apparr 
tenait  è  l'encéphale,  comme  il  n  y  a  dans  cet 
appareil  que  cfu  mouvement,  et  que  ce  mou- 
courage,  ne  s'aperçoit  de  ses  blessures  qa*aprês  tes 
combats. 


EMC 


D'ANTHROMLMIE. 


EIHC 


Oê 


refflent  no  peut  rarier  que  dans  sa  direction 
et  soo  intensité ,   choses  qui  ne  peuvent 
nullement  changer  la  nature  des  effets  pro- 
(juîtsparle  mobile,  il  s'ensuivrait  nécessai- 
Kmentque  toutes  les  sensations  et  les  images 
seraient  identiques  ,   et  qii*el]es  ne  différe- 
raient entre  elles  que  parla  rapidité  de  leur 
(Jéreloppement,  c'est-à-dire,  en^un  mot,  que 
nousneprouTerions  jamais  quune  seule  et 
même  sensttion,  et  que  nous  ne  percevrions 
qu'une  njônie  image.  Or,  il  est  d'une  évidence 
incontestable  que  ces  produits  de  la  percep- 
tidu  f  outre  qu'ils  se  développent  avec  un 
>iegréégal  de  promptitude ,  sont  réellement 
lie  nature  dissemblable  ;  que  les  sensations 
(|ui  résultent  dès  impressions  visuelles  sont 
vntièreffleDt  différentes  de  celles  qui  pro- 
TJeooefltdes  impressions  tactiles  ;  que  celles* 
(i  diffèrent  essentiellement  des  sensations 
«lui  naissent  de  l'action  des  corps  sapides  ou 
m  éiuanatious  odorantes  ;  enfin ,  que  les 
"«nsations  qui  se  rapportent  à  un  même 
»en$  offrent  entre  elles  des  différences  de 
nature  très-remarquables;  et  que,  par  con- 
séqmu  la  perception  est  entièrement  étran- 
K^re  à  l'encéphale.  Ajoutons  encore  que,  par 
la  force  d'inertie  que  possède  la  matière,  la 
fereeption  produite  par    son  mouvement 
'ievfïit être  continuelle,  et  si  l'on  suppose 
(}ue  ce  mouvement  s'arrête  de  temps  à  autre 
\mr  mettre  un  terme  aux  perceptions ,  ou 
l'est  par  gradation  insensible  comme  tout 
mouvement  matériel,  et  alors  les  perceptions 
lieraient  s'éteindre  d'une  manière  graduelle, 
f^^m  n'est  point  ;  ou  bien  il  s'arrête  subite- 
ment par  l'effet  d*un  choc  opposé,  et  alors  les 
perceptions  devraient  s'arrêter  brusquement 
au^si,  ou  être  remplacées  par  une  perception 
oouTelle,  déterminée  par  un  nouveau  mou- 
îemeii!,  ce  qui  n'est  pas  moins  contraire  aux 
hits. 

Si  Ion  objectait  que,  bien  qu'il  n'y  ait 
ine  du  mouvement  dans  la  matière  eneé- 
piialiqne ,  les  produits  de  cette  matière  jieu- 
wt  iire  très-différents ,  puisque  les  fluides 
^ùv)nt  le  résultat  des  lonctions  du  foie, 
'*^ reins,  etc.,  où  il  n'y  a,  non  plus  que 
«"1  iBouTement,  bien  loin  d'être  toujours 
^nii([ues,  offrent  au  contraire,  sous  le 
■»p(>or(de  leur  nature,  dlnnombrables  va- 
""'«téN,  nous  répondrions  que  c'est  là  assi- 
u'ier  les  fonctions  de  l'encéphale  à  celles 
^''orî^anes  sécréteurs ,  et  que  cette  assimi- 
Mifm  n'est  nullement  admissible.  En  effet , 
^t  organe  a^ent  d'une  sécrétion  reçoit 
>>Asson  tissu,  par  l'intermédiaire  des  vais- 
^9iïi  artériels,  le  fluide  qu'il  doit  modi- 
^*  ^t  le  résultat  de  cette  modification,  quel 
'J  tl  soit,  est  toujours  une  substance  maté- 
»^II«.Or,  l'encéphale  ne  reçoit  de  ses  agents 
^  transmission  que  des  impressions  et  des 
^jurements,  comme  on  le  voit  surtout  dans 
'  toucher  et  Taudition  ;  et  des  mouvements 

ii^i  Oa  ne  pourra  jamais  voir  de  la  matière 
^^  le»  images  de  la  forme  et  des  dimensions  des 
'f'irt;  dans  le»  sensations  que  produisent  en  nous 
^  «tUKrmls  Hais  de  leur  surfnce,  tels  que  le  poli 
^  ti  mde^sc,  par  exemple  ;  dans  celles  que  déter- 
^ini  lear  eonaîMance ,  la  transnisMon  4e  leurs 


ou  des  impressions  ne  peuvent  se  convertir 
eu  un  produit  matériel  ;  donc  évidemment 
la  perception  ne  peut  être  assimilée  à  une 
fonction  sécrétoire. 

Le  même  raisonnement  peut  être  opposa 
à  l'opinion  eitravagante  dans  laquelle  on 
considère  le  cerveau  comme  agissant  sur 
les  impressions  que  les  nerfs  lui  transmel- 
tent,.de  la  même  manière  que  l'estomac  sur 
les  aliments  que  l'œsophage  lui  amène ,  et 
les  perceptions  comme  le  produit  de  cette 
sorte  de  aigestion.  En  eflet,  les  impressions 
sont  des  actions,  leurs  eflets  sont  des  états, 
de  simples  modiiications  organiques,  et  nul- 
lement des  substances  matérielles  sur  les- 
quelles le  cerveau  puisse  agir;  et,  d'une 
autre  part,  les  perceptions  n'oflrent  rien 
en  elles-mêmes  qui  ait  quelque  rapport  avec 
un  produit  matériel. 

Dira-t-on  que  les  artères  de  l'encéphale 
lui  fournissent  les  matériaux  de  ses  fonc- 
tions ,  que  c'est  dans  le  fluide  sanguin  ,  a\y- 
porté  par  ces  vaisseaux,  que  cél  appareil 
nerveux  puise  les  éléments  des  prouuits  de 
son  action  perceptive?  JMais,  dans  c^nte  sup- 
position, non  moins  ridicule  que  la  précé- 
dente, la  perception  ne  s'exercerait  plus, 
sur  des  impressions  remues,  et  dès  lors  elle 
ne  produirait  ni  sensations  ni  images;  elle 
ne  serait  donc  plus  là  perception.  D'ailleurs, 
étant  une  action  essentiellement  organique, 
elle  n'aurait  qu'un  seul  produit,  un  résultat 
identique ,  comme  toutes  les  fonctions  ana- 
logues ;  et,  de  même  qu'il  n  y  a  qu'un  fluide 
biliaire ,  il  n'y  aurait  qu'une  seule  image  , 

Ju'une  seule  sensation,  modifiées  seulement 
e  temps  à  autre ,  comme  tous  les  produits 
des  organes  sécréteurs,  parles  causes  qui 
influent  sur  l'organisme ,  ce  qui  est  d'une 
évidente  absurdité. 

Opposerait- on  à  cela  que  la  perception  a 
dans  l'encéphale  autant  d'organes  particu- 
liers qu'il  y  a  de  sensations  et  d'images ,  et 
3ue  c'est  à  l'action  de  ces  organes  que  sont 
ues  toutes  les  variétés  des  résultats  de  la 
perception?  Mais  nous  aurons  toigours  à  ré* 

t tondre  :  1*  que  ce  que  nous  avons  dit  de 
'encéphale  considéré  dans  son  ensemble 
est  applicable  à  chacune  de  ses  parties  : 
2*  que  la  matière  est  composée,  tandis  que 
la  perception  est  une,  et  que  ses  produits 
ofi'rent  une  incontestable  simplicité  ;  3"  que 
la  matière  est  passive,  qu'elle  ne  se  meut 
jamais  d'une  manière  spontanée ,  et  qu'elle 
est  toujours  soumise  aux  agents  qui  en  dé- 
terminent les  mouvements,  tanais  que  la 
perception  est  active,  spontanée,  libre,  en- 
tièrement volontaire;  k''  que  les  produits 
de  la  matière  ne  peuvent  être  que  matériels» 
tandis  que  les  sensations  et  les  images  ne 
peuvent  être  considérées  comme  des  sub- 
stances matérielles  (186)  ;  et  l'on  sera  forcé 
de  conclure  que  l'encéphale ,  soit  qu'on  le 

vibrations;  dans  celles  qui  causent  en  nous  le  plai- 
sir ou  la  deuleur.  Car,  dans  toutes  ceâ  circonstan- 
ces, aucun  élément  matériel  n^est  transmis  h  Tencé- 
phale.  D'ailleurs,  ces  sensations  sont  simples,  et  h 
matière  est  composée. 


m 


KKG 


mcnôNNAmt 


EMC 


considère  comme  un  organe  exerçant  une 
ieule  et  même  fonction ,  soit  qu*on  le  sup- 
pose composé  d*un  plus  ou  moins  grand 
nombre  d*organes  différents  exerçant  cha- 
cun une  action  particulière ,  ne  saurait  être 
par  lui-même  ragent  de  la  fonction  per- 
ceptive. 

Enfin ,  si  l'on  se  retranche  à  dire  que  la 
perception  n'est  qu'un  mouvement  matériel 
communiqué  par  les  impressions  des  objets 
sensibles,  nous  répondrons  qu'un  mouve- 
ment quelconque  étant  toujours  le  même 
dans  sa  nature  et  ne  variant ,  comme  nous 
l'avons  déjà  dit,  que  par  sa  direction  ou 
son  intensité ,  ne  peut  produire  des  effets 
aussi  différents,  dans  leur  essence ,  que  le 
sont  les  sensations  et  les  images  si  variées 
que  fait  naître  la  perception  ;  et  il  demeu- 


qui  atirioue  le  développe- 
ment normal  des  idées  ,  et  leur  développe* 
ment  anormal  ou  la  /o/te,  à  l'accélération 
des  mouvements  de  la  fibre  nerveuse  encé- 
phalique ,  et  à  une  sorte  de  vibration  qui 
.s'établit  dans  les  molécules  de  son  tissu  ? 
(Rroussais,  De  Virritation  et  delafolû^ 
p.  ^58,  M9  et  &63.)  N'est-il  pas  évident 
q^u'ily  aici  entité, ontologie  pure;  vicescien* 
tifique  que  cet  auteur  reproche  si  amère- 
ment à  tous  ceux  qui  l'ont  précédé  ?  Et  re- 
lativement à  la  folie,  qui  pourrait  compren- 
dre l'explication  toute  matérielle  qu  il  en 
propose?  (Loc.  dl.,  p.  Ml.)  Comment,  au 
\«lébut  de  cette  affection,  un  mouvement 
normal  peut-il  suspendre  de  temps  à  autre 
un  mouvement  anormal  ?  D'abord ,  il  faut 
supposer  l'existence  de  deux  mouvements 
différents  simultanés  dans  un  même  organe, 
ee  qui  est  absurde.  Ensuite,  il  faut  admettre 
qu'un  mouvement  moins  rapide,  oui  est 
celui  de  l'état  normal ,  peut  suspendre  un 
mouvement  d'une  rapidité  plus  considérable, 
qui  est  celui  de  l'état  anormal  ou  de  la  folie, 
ce  qui  ne  l'est  pas  moins.  Enfin  il  faut  con- 
clure i)our  dernière  absurdité  que,  puis- 
que l'état  anormal  ne  diffère  de  l'état  nor- 
mal que  par  une  activité  plus  grande  de 
mouvement  dans  la  masse  encéphalique ,  la 
Mie  n'est  dans  son  essence  que  la  raison 
portée  à  Texcès  ;  assertion  étrange  et  qui 
pourtant  n'est  que  la  rigoureuse  consé- 
quence do  la  théorie  qui  attribue  le  déve- 
loppement des  idées  a  l'excitation  ou  au 
mouvement  vibratile  de  la  matière  encé- 
phalique. 

En  quatrième  lieu  si  la  perception  était 
une  fonction  matérielle ,  si  elle  se  rédui- 
sait à  une  excitation  de  l'encéphale,  comme  le 
dit  Broussais  (toc.  etV.,  p.  213,214),  nous 
devrions,  dans  les  circonstances  où  nos  sens 
éprouvent  tous  à  la  fois  un^  impression 
extérieure ,  avoir  plusieurs  perceptions  si- 
multanées, car  chacune  des  régions  encé- 
phaliques ,  en  rapport  avec  nos  appareils 
Sensitifs,  se  trouverait  alors  dans  un  état 
['excitation.  Pourquoi  donc  n'en  avons-nous 
sia  tine  î  Dira-t-oo  par  là  que  la  plus  forte 


révulse  les  plus  faibles  ?  Mais  cela  ne  p^ut 
pas  avoir  lieu ,  1*  dans  les  circonstances  où 
toutes  les  impressions  'extérieures  ont  la 
même  intensité  ;  2*  dans  celles  où ,  au  con- 
traire ,  nous  ne  percevons  pas  une  impres^ 
sion  beaucoup  plus  vive  que  celle  qui  nons 
occupe ,  comme  lorsque  nous  devenons  in- 
sensibles  h  une  douleur,  même  aiguë t  pen* 
dant  la  réflexion.  La  loi  de  la  révulsion  est 
donc  ici  en  défaut.  Mais  d'ailleurs,  la  révul- 
sion, quelque  rapide  qu'on  la  suppose,  ne 
saurait  s'opérer  d  une  manière  subite  ;  il 
reste  touiours  pendant  un  certain  temps , 
lorsqu'elle  s'effectue  ,  des  traces  de  l'exci- 
tation primitive.  Donc  ici  la  perception  la 
plus  vive  devrait  être  accompagnée  d*autres 
perceptions  plus  faibles,  et  il  y  aurait  tou- 
jours simultanéité  de  perceptions.  Mats  cela 
n'est  point  ;  nos  perceptions  gont  toujours 
isolées,  successives  ;  elles  n'existent  jamais 
simultanément  ;  donc  elles  ne  dépendent 
point  d'une  excitation  encépl^alique  et  ne 
peuvent  être,  en  un  mot ,  aucun  état  maté- 
riel. Donc*  l'être  auquel  elles  appartien- 
nent n'est  point  lui-même  une  substancd 
matérielle. 

En  cinquième  lieu ,  nous  percevons  les 
objets,  non-seulement  parles  impressions 
qu*ils  font  sur  nos  orgases,  mais  encore 
parcelles  des  signes  qui  les  représentent, 
tels  que  l'écriture  et  les  sons  arjticulés.  On 
me  fait  par  écrit  ou  de  vive  voix  la  des- 
cription d'un  objet  qui  auparavant  m'élait 
entièrement  inconnu,  et  il  s'en  forme  dans 
mon  esprit  une  image  fidèle.  Or,  si,  dans 
cette  circonstance ,  ma  matière  encéphali- 
que percevait  réellement,  elle  ne  trouTcrait 
pour  cet  acte  que  des  vibrations  dans  Ii 
parole ,  et  des  lignes  droites  ou  courbas 
dans  le  langage  écrit  ;  mais  oes  vibrations 
et  CCS  lignes ,  signes  variables  et  conven- 
tionnels ,  n'expriment  rien  par  ellesHnémes, 
comme  on  le  voit  dans  les  individus  qai 
n'en  connaissent  point  la  valeur;  elles  n*oot 
de  signification  que  celle  que  l'intelligence 
leur  donne  en  les  appliquant  aux  olgets  ;  il 
faudrait  donc  que  mon  encéphale  leur  don- 
nât  lui-même  leur  signification  particulière; 
mais  cet  appareil  n'est  propre  qu'à  receroir 
des  impressions  comme  tous  les  autres  tis- 
sus or^^aniques ,  et  ici  ces  impressions  ne 
pourraient  être  suivies  d'aucune  action  per- 
ceptive autre  que  celle  de  certaines  vibra- 
tions ou  de  certaines  lignes  divcrseraent 
figurées ,  puisqu'elles  n'ont  par  elles-mêmes 
aucune  signification  réelle  ;  donc  la  percep- 
tion ne  saurait  lui  appartenir. 

Serait-ce,  en  effet,  Vorgaae  cérébral  qui 
sentirait,  dans  un  discours  parlé  ou  écnt> 
ce  qu'il  y  a  de  sim{de ,  de  naïf,  de  touchant, 
d'élevé,  de  sublime  dans  le  stjie  de  l'au- 
teur ?Serait-ce  lui  qui  distinguerait  les  qua- 
lités diverses  du  génie  de  nos  grands  poêles, 
2ui  apprécierait  en  quoi  diffèrent  entre  eui 
orneille.  Racine,  Crébîllon  et  Voilaire, 
lui  pour  qui  il  ne  peut  y  avoir,  comme  nous 
l'avons  d^'à  dit,  que  des  mouvements  de 
vibration  dans  k  parole  et  des  oppressions 
Uimintuses  dass  tes  caractères  écrita?  Nou» 


BMC 


D'A^TtlIIOl'OLOGIE. 


ËNC 


4H 


ii  est  impossible  qu^uiie  pareille  idée  puisse 
être  partagée  par  des  esprits  que  la  raison 
éclaire,  et ee  serait  faire  imure  à  nos  lec- 
teurs que  de  nous  étendre  plus  longuement 
sur  cet  objet. 

Les  ooèmes  réflexions  s*appliqu^nt  aux 
moureiDeots  ph vsionomiques,  aux  gestes  et 
aui  attitudes  ;  il  n'y  a,  en  effet  »  dans  ces 
foDdiODS  d'expression  que  déplacement  de 
parties  mobiles.  Or»  la  matière  cérébrale  ne 
peut  j  receroir  que  des  impressions  lumi- 
MUses  du  mourement.  Qui  est-ce  donc  qui 
distingue,  dans  les  positions  ou  les  déplace- 
ineots  dîTers  du  corps  et  des  membres,  dans 
les  contractions  musculaires  de  la  face,  dans 
uo  simple  regard,  les  sentiments  et  les  pen- 
sées, sinon  un  être  doué  d'intelligence,  ot 
qui  par  eonsétpient  n'est  point  matériel  ? 

Coosidérons  encore  que  nous  acquérons 
dans  un  instant,  par  l'intermédiaire  d'un  in- 
ternrèle,  rintelligence  d'un  mot  écrit  ou 
porté  que  nous  ne  comprenions  pas  aupa- 
KTanl;  il  faudrait  donc  supposer  que  notr« 
jpfttrtil  encéphalique,  qui  n'était  pas  pro- 
pre k  cette  perception ,  a  été  modiflé  tout  à 
itHipdaus  sa  substance  par  quelques  vibra- 
tiOQs  sonores,  et  est  devenu  capable  de  cet 
acte  intellectuel  ;  mais  qui  pourrait  admettre 
uiie  supposition  pareille? 

Remarquez  ici  l'absurdité  de  la  théorie  de 
I excitation  de  la  matière  encéphalique  sur 
laquelle  le  docteur  Broussais  a  fondé  son 
ystème  de  matérialisme  {De  Firritaiion  et 
it  k  folie).  Si,  en  effet ,  les  perceptions  n'é- 
taient qu'une  excitation,  un  mouvement  vi- 
liratile  de  l'appareil  nerveux  intra^rdnien 
lof.  nV.,  pages  213,  21b),  comment  pour- 
rions-nous transmettre  les  nôtres  aux  autres 
individus,  et  recevoir  les  leurs  au  moyen 
»le  la  parole?  N'est-il  pas  évident  que  le 
langage  articulé ,  qui  ne  perd  rien  de  sa 
rertuaignificalive,  quoiqu'il  soitproféré  sur 
le  môuie  ton  et  avec  la  même  intensité  de  son, 
of  produirait  dans  l'un  et  l'autre  cas  que  des 
îihrations  toujours  identiques ,  et  par  con- 
'«i]uent  constamment  une  saule  et  même 
l'^fception?  Cela  n'est-ii  pas  manifeste,  sur- 
Mtà  féjard  des  homonymes? 

Vous  en  dirons  autant  des  caractères 
^rits  qui  n'ont  pas  sans  doute  une  vertu  ex- 
citante plus  considérable  les  uns  que  les 
a'Kres,  et  qui  évidemment  ne  donneraient 
in'u  qu'à  une  seule  perception. 

Mais  chaque  mot  parlé  ou  écrit ,  quelque 
[**^îcmblance  qu'il  ait  avec  d'autres,  ou  par 
le '^on,  ou  par  les  caractères  qui  le  repn?- 
•enterit,  a  pour  nous,  comme  pour  ceux  à 
'lui  nous  parlons  ou  à  qui  nous  écrivons, 
lio  sens  particulier  que  la  con texture  du  dis- 
cours rend  manifeste;  d'où  il  faut  nécessai- 
rement conclure,  d'abord ,  que  nos  percep- 
tions ne  sont  pas  une  excitation  de  la  ma- 

'187)  On  conçoit  «ne  chaque  impression,  arrivant 
*  m  maciére  eocéphallaue  par  les  petits  filets  ner- 
^««1  «entîtirs  om  la  lui  transmettent,  se  coin- 
l>t«e,  dans  cette  matière,  d'un  certain  nombre  d*im- 
^•^^^*WM  partielles  en  rapport  avec  ces  mêmes  filets, 
'*  lai  y  demenTOot  Isolées  ;  et  ce  nui  est  vrai  pour 
Bft^  impression  Te»!  aussi  pour  plusieurs  inipa*»- 


tière  encéphalique  ^  puisqu'une  cause  tou 
jours  identique  ne  peut  produire  des  eflfets 
différents,  et  en  second  lieu  qu'elles  ne  peur 
vent  appartenir  qu'à  un  être  spirituel,  puis- 
qu'il &ut  de  l'intelligence  pour  percevoir  et 
comprendre  le  langage  articulé  ou  écrit, 
alors  même  que  les  objets  divers  qu'ils  ex- 
priment sont  représentés  par  des  sons  et  des 
caractères  semblables  ;  et  que  cette  intelli- 
gence, qui  suppose  des  perceptions  variées , 
même  à  la  suite  d'impressions  de  même  na« 
ture,  ne  peut  être  l'attribut  d'un  être  ma- 
tériel. 

£n  sixième  lieu,  je  sens  que  je  perçois  ; 
je  perçois  donc  mes  perceptions.  Or,  pour 
nue  cet  acte  appartint  à  l'encéphalQ,  il  fau- 
drait évidemment  que  cet  appareil  réa^U 
sur  lui-même.  Mais  la  natière  n'est  point 
capable  de  cette  réaction.  Chacune  de  ses 
parties  peut  bien  réagir  sur  celles  qui  lui 
sont  unies,  qui  se  trouvent  en  contact  avec 
elle,  mais  non  point  sur  elle-même,,  puis- 
qu'un organe  ne  réagit  que  sur  des  impres- 
sions ,  et  qu'il  ne  peut  impressionner  sa 
propre  substance.  D'un  autre  côté,  la  réac^ 
tion  perceptive  est  un  acte  spontané,  libre^. 
volontaire,  tandis  que  les  actions  maté- 
rielles sont  sous  la  dépendance  des  agents 
qui  les  déterminent;  donc  l'encéphale  nu 
peut  exercer  la  perception. 

Nous  ajouterons  à  toutes  ces  démonstra* 
tions  un  autre  ordre  de  preuves  non  moina 
concluantes.  Nous  voulons  parler  des  pres- 
sentiments, de  ces  prévisions  merveilleuses, 
de  ces  étonnantes  perceptions  d'événements 
à  venir  plus  ou  moins  éloignés,  dont  ri  y  a 
tant  d'exemples  incontestables,  et  qui  prou- 
vent évidemment  que  l'homme  i>eut  perce- 
voir sans  impressions  extérieures,  et  par 
conséquent  fans  l'influence  de  son  appareil 
encéphali(iue. 

La  perception  est  l'élément  de  tous  les 
autres  actes  intellectuels,  car  ces  actes  ne 
s'exercent  réellement  que  sur  des  sensations 
ou  des  images.  Nous  pourrions  donc  incon* 
testablement  conclure  des  précédentes  con- 
sidérations qu'ils  n'appartiennent  point  à 
l'encéphale,  mis  pour  dissiper  jusqu'au 
moindre  doute  à  cet  é^rd,  et  porter  la  con- 
viction dans  l'esprit  le  f>lus  prévenu,  noys 
rendrons  cette  vérité  plus  évidente ,  s'il  est 
possible,  par  des  démonstrations  directes. 

§  II.  Vappareil  encéphalique  ne  peut  com- 
parer.—La  comparaison  de  plusieurs  sensa- 
tions ou  de  plusieurs  images  ne  peut  être 
faitequepar  un  être  simpk^  qui  les  perçoive 
chacune  isolément  et  d'une  manière  succes- 
sive, qui  soit  comme  un  centre  où  chacune 
d'elles  vienne  aboutir.  Or  la  matière  est 
composée  ;  donc  elle  ne  peut  être  ce  centre, 
cette  unité  percevante  qui  peut  seule  exer- 
cer   la    comparaison  fl87)  ;>  donc    cette 

siens  successives.  Mais  la  comparaison  oe  peut 
s*ciercer  sans  qu1l  y  ait  rapprochement,  réunion 
de  ces  impressions  dans  un  être  auquel  elles  abou- 
tissent; cet  être  doit  donc  être  timple.  Or,  la  ma« 
tière  est  composée  ;  ce  n^est  dooc  pas  elte  qu' 
particut  la  comparaison. 


135 


ENC 


fHOTfOfIMAmE 


ENC 


436 


fonction    lui    esl    entièrement  étrangère. 

Hemarquons  encore  que,  comme  la  per- 
ception, la  comparaison  est  active,  sponta- 
tanée,  libre,  volontaire,  qu'elle  peut  être 
répétée  par  Tèlre  qui  l'exerce  un  plus  ou 
moins  grand  nombre  de  fois,  et  se  changer 
en  ce  que  Ton  appelle  réflexion^  se  porter  à 
notre  gré  sur  tels  objets  plutôt  que  sur  tels 
autres;  tandis  que  la  matière  est  passive, 
qu'elle  ne  se  meut  que  par  les  impressions 
matérielles  qui  agissent  sur  elle;  qu'elle  ne 
peut  changer,  modifier,  intervertir  d'elle- 
même  ses  mouvements  ;  et  nous  en  conclu- 
rons de  nouveau  qu'elle  ne  peut  exercer  la 
fonction  comparative. 

Noiis  avons  démontré  que  si  la  percep- 
tion appartenait  à  Tencéphale,  les  sensations 
et  les  images  seraient  identiques,  et  ne  dif- 
féreraient entre  elles  que  par  la  rapidité  de 
leur  développement;  nous  pouvons  conclure 
de  là  que  si  cet  appareil  comparaity  son  ac- 
tion n  amènerait  aucun  résultat,  puisqu'elle 
s'exercerait  sur  des  éléments  entièrement 
semblables  entre  eux.  Nous  ne  pourrions 
apj)récier  les  différences  qui  existent  entre 
les  corps  divers  qui  agissent  sur  nos  sens  : 
or,  nous  distinguons  très-bien  ces  corps  les 
uns  des  autres  par  les  propriétés  que  nous 
y  observons  ;  donc,  encore  une  fois,  la 
comparaison  ne  peut  être  une  fonction  ma- 
térielle. 

Ajouterons-nous  que  s'il  en  était  autre- 
ment, le  mouvement  de  la  matière,  par  la 
force  d'inertie  qu'elle  possède,  ne  s'mter- 
romçant  point,  la  comparaison  ne  devrait 
aussi  jamais  s'interrompre?  ou  bien,  que 
si  ce  mouvement  s'arrêtait,  ce  ne  pourrait 
èive  que  d'une  manière  lente  et  graduelle , 
ou  brusquement  par  un  choc  opposé,  et  que 
dés  lors  la  comparaison  ou  cesserait  d'une 
manière  lente  et  par  gradation  aussi ,  ou 
bien  se  trouverait  subitement  suspendue  et 
remplacée  par  une  comparaison  nouvelle , 
dépendante  d'un  nouveau  mouvement  ma- 
tériel? 

De  même  que  nous  percevons  les  objets 
par  les  signes  qui  les  représentent,  de  même 
aussi  nous  les  comparons  entre  eux  au 
moyen  de  ces  mêmes  signes.  Or,  ces  signes 
représentatifs,  la  parole  et  le  langage  écrit, 
n'ont,  comme  nous  l'avons  déjà  fait  obser- 
ver, aucune  valeur  par  eux-mêmes;  leur  si- 
jjnifîcalion  est  purement  conventionnelle , 
ils  ne  peuvent  agir  sur  la  matière  que  par 
des  vibrations,  ou  par  des  lignes  de  directions 
différentes  ;  et  de  la  comparaison  que  celle- 
ci  en  ferait,  il  ne  pourrait  résulter  que  des 
sons  différents  ou  des  figures  diverses,  et 
rien  qui  se  rapportât  aux  propriétés  ou  aux 
qualités  des  objets  comparés.  Or,  la  compa- 
raison qui  a  lieu  à  la  suite  de  la  perception 
des  sons  articulés  ou  des  caractères  écrits  , 
fait  connaître  ces  propriétés  ou  ces  qualités; 
donc  elle  est  étrangère  àia  matière. 

Enfin,  nous  avons  la  conscience  de  cette 
fonction,  nous  sentons  que  nous  comparons, 
nous  comparons  même  nos  comparaisons 
entre  elles;  ainsi  je  compare  à  la  comparai- 
son que  je  fais  maiiilenant  ,  celle  que  j'ai 


faite  hier;  je  réagir  donc  sur  moi-uitme; 
c'est  mon  moi  intérieur  qui  s'examine,  m 
s'étudie  dans  ses  actes.  Or,  la  matière  est  in- 
capable de  cette  réaction ,  de  plus  elle  n'est 
pas  libre,  tandis  que  mon  mot  intériewr 
donne  ici  une  preuve  évidente  de  sa  lifaiertè; 
donc  encore  la  comparaison  n'appartient 
pas  à  la  matière  encéphalique. 

§  III.  V encéphale  ne  pe»^  jug^r.  —  Cette 
fonction  n'est  pas  moins  étrangère  à  Ta^ypA- 
reil  encéphalique  que  la  comparaison.  Nous 
éprouvons  véntablement  une  sorte  de  honte 
à  démontrer  une  vérité  que  les  lumières 
seules  du  sentiment  et  de  la  raison  com- 
mune rendent  si  évidente.  Ce()endant,  comme 
nous  écrivons  pour  ceux  qui  ne  se  sont  pas 
encore  occupés  de  cette  matière,  nous  pour- 
suivrons nos  démonstrations,  en  demandant 
toutefois  pardon  aux  esprits  éclairés  qui  li- 
ront cet  ouvrage  de-  les  fatiguer  jpar  une 
discussion  qui  doit  leur  paraître  si  mutile. 

Puisque  la  perception  et  la  comparaison 
ne  peuvent  être  exercées  par  la  matière  en- 
céphalique, le  jugement,  qui  n'est  au  fond 
que  le  résultat  de  ces  deux  fonctions  intel- 
lectuelles, ne  peut  non  plus  lui  api>ar- 
tenir. 

D'ailleurs  il  est  tirt,  spontané,  libre,  volon- 
taire comme  elles;  comme  elles  aussi  il  ne 
peut  être  produit  par  un  mouvement  maté- 
riel ;  il  s'exerce  sur  des  signes  convention- 
nels représentatifs  des  objets,  et  qui  n'ont 
d'autre  valeur  que  ceux  que  l'intelligence 
leur  prête  comme  sur  les  objets  eux-niéraes 
que  ces  signes  représentent  ;  il  s'exeree 
aussi  sur  des  choses  abstraites  ou  sur  des 
objets  absents,  qui  n'agissent  point  par  con- 
séquent sur  nos  organes  ;  enfin,  il  peut  èlre 
perçu  par  le  mot  intérieur^  puisque  nous 
pouvons  juger  nos  jugements  ;  donc  évidem- 
ment il  est  entièrement  étranger  à  l'encé- 
phale. Mais  poussons  plus  loin  notre  exa- 
men; entrons  dans  de  plus  grands  détails  à 
cause  de  l'importance  de  la  matière,  et  en 
même  temps  que  nous  verrons  à  quelles  ab- 
surdités une  opinion  contraire  pourrait  nous 
conduire,  la  vérité  brillera  à  nos  yeux  de 
tout  son  éclat.  Continuons  aussi  à  em|»lover 
la  forme  syllogistique  ;  elle  est  la  plus  élé- 
mentaire comme  aussi  la  plus  propre  à  por- 
ter directement  la  conviction  dans  les  esprits 
par  Tenchalnement  et  la  saillie  des  preuves, 
et  à  abréger  par  là  la  discussion. 

Vl\  n^BSt  aucune  fonction  intellectuelle 
où  l'unité  soit  plus  évidente  que  dans  le  ju- 

f;ement ,  et  la  simplicité  dans  l'être  qui 
'exerce.  En  effet,  nous  pouvons  produire  une 
infinité  de  jugements,  mais  ces  jugements 
sont  toujours  successifs  et  jamais  simulta- 
nés ;  de  sorte  que  dans  tous  il  n'y  a  jamaw 
qu'un  moi  qui  juge,  et  ce  moi  est  par  consé- 
quent un.  Or,  la  matière  encéphalique  n  es. 
point  une,  n'est  point  simple;  elle  esl,  ai 
contraire,  composée  ;  elle  ne  peut  comparer 
et  là  oii  il  n'y  a  point  de  comparaison,  il  n* 
peut  y  avoir  de  jugement.  Donc  cette  deruière 
fonction  lui  est  étrangère. 

2°  Si  cette  matière  jugeait  par  elle^^nie, 
ce  ne  pourrait  être  aue  par  la  nature,  la»" 


A51 


uic 


D^AOTHROPOLOGIE. 


8NC 


4sm 


rai^meot  de  ses  parlies,  ou  le  moarement 
iotime  de  ses  élémeots. 

llaisy  en  premier  lieu,  si  ia  nature  et  Tar* 
laogemeiii  des  parties  de  l'encéphale  ou  sa 
texture  pou?aieat  produire  le  jugement, 
«*omme  cette  nature  et  cet  arrangement  sont 
toujours  les  mêmes»  il  en  résulterait  que  le 
jugement  serait  continuel  et  toujours  iden- 
tique, ou  bien  il  faudrait  supposer  que  cet 
arrangement  et  cette  nature  changent  à  cha- 
que jugement  exercé,  à  chaque  idée  conçue, 
ce  qui  serait  absurde.  Il  s  ensuirrait  aussi 
nécessairement  qu*il  se  formerait  simul- 
tanément un  plus  ou  moins  grand  nombre 
de  jugements  particuliers,  tous  différents  les 
uns  des  autres,  et  en  rapport  arec  les  yarié- 
tés  de  texture  qu^offirent  les  diff^érentes  ré- 
gions du  cerTclet,  du  mésocéphale,  ou  du 
cenreau.  Enfin,  il  faudrait  admettre  que  le 
jugement  persiste  après  la  mort  survenue 
^aDS  désorganisation  de  Tencéphale^  Or, 
l' le  jugement  Tarie  selon  la  nature  des  ob- 
jets soumise  la  raisoa  humaine;  2*  il  est 
»a,  et  jamais  plusieurs  jugements  ne  sont 
simultanés^  3*  enfin,  jamais,  que  nous  sa- 
ehioos,  des  cadavres  où  Tencéphale  se  mon- 
«re  intact  n^ont  exercé  cette  fonction  intellec- 
tuelle. Doue  la  matière  encéphalique  ne  sau* 
rait  y  être  propre  par  sa  nature  et  Tarran- 
gement  de  ses  éléments. 

Ed  second  lien»  le  mouvement  de  ces  mê- 
mes éléments  ne  peut,  non  plus  donner  à 
celte  matière  la  faculté  de  juger.  £n  effet, 
on  ne  peut  distinguer,  dans  un  mouvement 
quelconque,  que  le  mobile,  la  quantité  de 
mouvement  dont  il  est  animé,  le  terme  d*où 
il  part»  le  lieu  où  il  va,  et  sa  situation  nou- 
velle après  son  mouvement. 

Or,  le  mobile  ne  peut  ici  produire  le  ju- 
^ment,  car,  comn\e  nous  Pavons  déjà  dit, 
étant  composé  d*un  plus  ou  moins  grand 
nombre  de  parties,  il  donnerait  lieu  à  autant 
lie  Jugements  ou  de  parties  de  jugements 
qu  il  j  aurait  d'éléments  actifs  dans  la  ma- 
tière jugeante  ;  et  lejugement,  bien  loin  d*être 
vn,  simple^  se  trouverait  composé,  divisible, 
mesurable;  ce  qui  est  contraire  à  sa  nature. 

Le  mouvement  de  la  matière  encéphali- 
que, soit  par  sa  quantité,  soit  par  sa  direc- 
tion, soit  enfin  par  sa  durée,  ne  peut  donner 
lîeu  au  jugement,  parce  quil  ne  chanze 
rien,  n'ajoute  rien  à  la  nature  de  nos  élé- 
ments organiques,  incapables  de  ju^er  par 
eux-mêmes,  comme  nous  venons  de  le  voir, 
et  qu*il  n*est  que  leur  transport  d'un  lieu 
dans  un  autre.  D'ailleurs,  si  le  mouve- 
ment était  l'agent  de  celte  fonction  intellec- 
tuelle ,  nos  idées  seraient  toujours  les 
mêmes,  et  elles  ne  différeraient  entre  elles  que 
par  la  promptitude  de  leur  développement; 
ou  bien  elles  présenteraient  successivement 
autant  de  variations  (|u'il  y  en  a  dans  la  di- 
rection et  la  quantité  de  mouvement  des 
molécules,  organiques,  et  rien  ne  serait  par 
conséquent  plus  rapidement  variable  que  nos 
ju^^ements.  Nous  aurions  aussi  des  idées 
droites,  obliques,  courbes,  circulaires,  ellip- 
tiques, etc.;  ce  qui  est  d*une  merveillemc 
absunlilé. 


De  plus,  et  ce  qui  n'est  pas  moins  absurde, 
les  idées  que  nous  avons  de  Texistence  de 
Dieu,  tous  les  ^ands  principes  de  morale, 
toutes  les  ventés  nécessaires  à  l'existence 
des  peuples,  ne  seraient  ^ue  les  proiduits 
fortuits  de  la  direction  particulière  qu'affec- 
teraient les  molécules  organiques  en  se  mou- 
vant, ou  de  la  quantité  de  mouvement  dont 
elles  seraient  animées,  ce  qui  leur  dterait 
évidemment  tous  les  caractères  de  vérité. 

Ajoutons  encore  que,  soit  par  la  direction 
variée,  soit  par  les  Quantités  différentes  de 
mouvement  des  molécules  organioues,  la 
pensée  ne  serait  gu'un  amas  d'idées  ai  verses, 
confuses ,  sans  liaison  entre  ellçs,  et  offrant 
de  continuelles  variations;  qu'elle  irait  en 
s'affaiblissant,  comme  le  mouvement  oui  la 
produirait  ;  que  l'on  ne  pourrait  point  l'arrê- 
ter à  volonté,  car,  par  la  force  de  l'inertie 
que  possède  la  matière,  son  mouvement  ne 
s  arrête  jamais  spontanément;  que  chaque 
molécule  organique  se  mouvant,  pour  ainsi 
dire,  à  part,  chaque  partie  jugerait  séparé- 
ment, et  qu'il  j  aurait  une  infinité  de  ju- 
Î céments  simultanés  ;  que  ces  mêmes  mo« 
écules  ne  se  mouvant  point  dans  le  même 
sens,  car  autrement  elles  n'agiraient  point 
les  unes  sur  les  autres  et  ne  formeraient 
pouit  un  corps,  mais  se  mêlant,  s'enlrecho- 

3uanl,  ce  qui  amène  des  repos  momentanés 
ans  certains  points,  le  jugement  se  trouve^ 
rait  suspendu  çà  et  là  par  intervalles,  la  même 
partie  jugeante  dans  un  temps  ne  le  serait 
plus  dans  un  autre,  et  le  jugement  ne  serait 
jamais  complet. 

Enfin,  le  terme  d'où  part  le  mobile,  le 
lieu  où  il  va,  son  déplacement  par  le  mou- 
vement qui  l'anime,  sont  des  circonstances 
qui  lui  sont  étrangères,  qui  n'influent  nul- 
lement sur  sa  nature,  et  qui,  par  conséquent, 
ne  peuvent  le  rendre  propre  à  produire  le 
jugement. 

Il  résulte  évidemment  de  toutes  ces  con- 
sidérations que  cette  fonction  intellectuelle 
ne  peut  être  le  résultat  ni  de  la  nature,  ni  de 
l'arrangement  des  éléments  de  la  matièie 
encéphalique,  ni  de  leur  mouvement. 

3*  L'assimilation  du  jugement  à  la  di-^ 
gestion,  ou  à  une  sécrétion  organique,  n'est 
pas  moins  absurde  que  les  précédentes  sup- 
{iOsitions. 

En  effet,  les  produits  de  la  matière  ne  peu* 
vent  être  que  matériels;  car  qui  dit  uri ion 
maiérielU  exprime  l'action  d'un  corps  s'exer- 
çant  sur  des  éléments  matériels  aussi,  qu'elle 
modifie  d'une  certaine  manière;  et  il  n'est 
point  d'action  physique  que  l'on  puisse  con^ 
cevoir  hors  de  ces  conditions.  Si  donc  la  ma* 
tièrecérébraledonnaitnaissanceau  jugement, 
et  par  suite  aux  idées,  ces  idées  résulteraient 
évidemment  de  l'action  de  cette  matière  sur 
des  éléments  matériels,  et  seraient  comme 
eux  matérielles.  Elles  offriraient  donc  toutes 
les  propriétés  des  corps;  elles  seraient  visi- 
bles, palpables,  etc.,  comme  les  autres  pro- 
duits organiques,, tels  que  li^  bile,  la  sa- 
live, etc.;  elles  auraient  des  dimensions,  des 
formes,  une  consistance*  et  se  montreraient 
div.cr^semcut  colorées.  Ainsi  il  y  aurait  des 


■DCTNmiAllK 


EffC 


m 


,  i»rge^9  épab»es,  minces, 
r-jSAUt:^,  tirré^;  il  j  eo  aurait  aussi  de  so- 
'^*'U/^^jt  >7uides,  de  galeuses  ;  on  en  verrait 
i^roa/es^  de  rerfêSt  de  blanches,  de  noi- 
ret*  etc.;  elles  seraient  même  susceptibles 
de  nooTement  i  Mais  les  idées  n*ont  aucun 
des  attributs  de  la  matière  ;  elles  ne  sont 
donc  point  matérielles,  et,  par  conséiluent, 
elle«  M  («eurent  être  le  produit  d'un  être 
matéric'L  Doncle  Jugement  ne  peut  être  une 
fonction  de  rencophale  (188). 

AjoutonN(|uo,danscettoro6mesupposition, 
cetAp|»arcil  nerveux  ne  recevant  que  dos  im- 
pressions, et  ne  (mouvant,  par  conséauenf, 
produire  des  iu^ementsquosurccqu'il  é()rou- 
verait,  il  s  ensuivrait  nécessairement  que 
mnn  no  concevrions  Jamais  \qs  idées  moratesy 
qui  n*ont  |K)int  la  matière  pour  objet,  et  qui 
en  sont  nnlièreniont  indépendantes,  comme 
cnllosde  l'Iionnnur,  de  la  gloire,  de  la  vertu, 
du  la  Justice,  do  Tordre,  dos  devoirs,  etc.,  ni 
les  idéfê  gMraUê  ou  coU0ctiv$$^  qui  ne  nais- 
sent point  directement  do  la  matière,  telles 
que  colloN  i\\kifmp$  on  général,  du  pass/,  du 
prédint^  do  Turf Mir,  do  IV/rs,  de  la  substance^ 
du  nombre;  ni  rntln  les  idéi$  abstraites^  ou 
ndlo^i  divH  qualitiVs  dos  cortis  considérées  hors 
divi  svd»tanros  qui  les  possèilent. 

Homar<iuea,  oo  qui  est  de  la  plus  grande 
ituporlaiHHs  quo«  |vir  Tabsence  des  idées 
momies^  nous  a  aurions  |)oint  de  vérités  de 
eot  ohln\  «Vr«lrV  (]ui  sont  le  principe  de  vie 
dos  S(HM(Mév«  ;  ou  bien,  si  elles  pouvaient  nat- 
th^  dans  noire  esprit,  elles  ne  seraient  que 
jovt  ivr^Kluils  variables  d'une  fonction  maté- 
riollis  soumise  à  ItHites  les  influences  qui 
aaixv^onl  sur  rorgani^uius  et  cesseraieni  par 
^H^is^pioat  d*^lrt^  do^  vérités. 

CousùU^rx^t  auNsi  que%  par  I  aliseace  des 
••!<♦*  $t^etiàlt$%  il  n\v  aurait  wur  nous  au- 
ouu<^  iiMiti*  pbxsique:  car  nvKv  de  U  >rtSriîê 
t^xl  K^  rw^ulUH  \le  la  v\mqviraison  de  IVïrv^ 
ixi^V  ^>vu<^r«K\  av\v  le  mi^m  itrre.  De  p!us*  r.* 
|HMiNàul  quifik  \K\^  îUxinKlua.'iît^^  iHva$  nau- 
ru^us  jHMui  \>>s  if!ii,y*  îTïw^frx*''^  q^iVti^  le 

*vUo  x^^  uo  sV^urviit  t^\K<rer. 

Kuàiu  |v^r  r^KvouxX»  oos  i^'v*  #K<-*«.:#5t, 
HOUX    0*^  i>xuuahrv«iî^  |XMwt  U^iy^.vctv  <> 

V  II  tv^l  d\\ïhMi:ïx^s}ue;,tivrvVf*î,v^u.nfVji:i- 
vxsuoul  aux\<v<'^srx^>ro.vK:cs;vjir  T^  ct^<:v^. 

sw^^^  l\xr;<^  Sxxnsar;;v\;\^>  ^^u  i<>:!iVjir3>\r'r^ 
tST'l^^  hv^  jxHix  a'v<nr;o;::rà  ?^  ivwji::iK-y'  5'r.•>^- 

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si  le  développement  des  idées  était  dû  ï 
Texcitation  ,  a  un  mouvement  moléculaire 
de  ta  matière  cérébrale  (Broussiis,Dc  l'irri- 
tation et  de  ta  fotîe,  p.  458,  459,  4e3),  il  fau- 
drait, pour  que  les  nommes  pussent  être  en 
rapport  entre  eux  par  le  moyen  de  la  pa- 
role, que  les  mots  que  les  uns  profèrent  dé- 
veloppassent dans  Vencéphale  des  autres 
des  excitations  ou  des  mouvements  vibraliiis 
parfaitement  semblables  à  ceux  qui  consti- 
tuent les  idées  qu*ils  veulent  leur  commu- 
niquer. Or,  comme  d'une  part  les  vibrations 
sonores  du  langage  articule  sont  susceptibles 
de  variétés  infinies,  de  ton  et  de  timbre, 
dans  les  divers  individus;  et  que,  d*une au- 
tre part,  l'activité  vitale  de  le  lorlièreorça- 
nique  varie  aussi  dans  chacun  d'eux,  selon 
une  foule  de  circonstances ,  telles  que  la 
constitution  individuelle,  les  climats Jcs 
saisons,  le  genre  de  nourriture ,  etc.;  iIs^ 
rait  évidemment  impossible  que  ces  eicila- 
iions  ou  ces  mouvements  pussent  se  déve- 
lopper avec  assez  d'exactitude  pour  produire 
les  idées  communes;  d'où  l'on  voit  que  ja- 
mais nos  rapports  sociaux  n  auraient  pu 
s'établir. 

Mais  ces  rapports  existent  dans  toute  leur 
plénitude  par  le  secours  des  sons  articuk^s; 
toutes  les  variétés  de  la  pensée  se  dévei<j[j- 
pent  au  dedans  de  nous  par  l'influence  de  rc 
merveilleux  langage;  donc  elles  ae  dépen- 
dent fioint  de  Texci^ation  de  l'appareil  ner- 
veux inlra-crânien. 

Faisons  observer  à  cet  égard  rinconsé* 
quence  du  docteur  Broussaîs  qui ,  par  uoe 
étonnante  contradiction  avec  son  système , 
admet  un  traitement  moral  parmi  lesmoveos 
qu  il  propose  contre  la  folie  (op.  dt,^  p.  ïi\]> 
lAkmment,  en  eflTet,  fera-t-il  naître ,  dans  la 
tête  ces  aliénés ,  des  idées  conformes  aui 
siennes  •  c  est-à-dire  des  mouvements  ri- 
l^raliies  semblables  à  ceux  qui  agitent  son 
terreau?  Ce  ne  pourra  être,  sans  doute,  que 
par  i'interméiiiaire  de  la  parole.  Or,  le  cer- 
veau des  aliénés  a ,  à  coup  sûr ,  une  vibra- 
t!jse  ciflerente  de  celle  de  l'encéphale  du 
ctvteur  Broussaîs,  et  par  conséquent  il  dc 
iv^urra  t  produira  «  au  moyen  des  vihra- 
îi'.vss  lia  lan^à:e  articulé,  des  idées  seaibla- 
^  es  aux  $ieniie5.  D'où  l'on  voit  que,  d*3f jrè'J 
Nt  iheohe,  le  traitement  moral  serait  d  une 
inu:î,î:eo>aip:ète;  ce  qui  est  en  opposition 
c:nfifte  av^^c  îW  laiis. 

Ite2:^:\)u<px  eov»rele  mot  morat  qui  ne 
r"^uî  s  *xv  rier  ^a  aucune  manière  avec  une 
i  >^vt^  ;:.a:  *  r  :  ts^ue,  mais  que  !a  force  de 
ià  v^r;:e  arracce  à  leur  insu  aux  plus  grands 
r^ftro$a?»<  cTtciaicfrâOî^ie.  Remarquons  au5M 
.'-.lie  l^^u>isa:<  aw-ue  p,  3±f  '  que  les  m'^ 
i;  ;cf  jv»<  jv-ri^  K:<i«e  idée  de  justice.  Or, 
r --.f  jj?r^  i  ATri  >  •  cui  est  ixe ,  immuable . 


vTfr.<ri**  c.cLrs* 


à  tovs  les  individus  ne 
i  e!>cvvip.  r^fcr-^r-  .:^  *me  «n  HKHivemenl  or- 
'>^.3e*  5v>-j=:i<  4  ïLi-1*  ei  mille  influence?, 


î  ^v*  >->iî 


c*: 


tti: 


><3f»^. 

.     »   <%-s4  VT 

vort  5*  se 

ffc^yr  ^>»s  oetli"  <{f 

4  -i'-'V 

ii>4tt  «a  ^jL 

YMC^^ssneift 

v^aLk  de  la  calicr^ 

*:•  '^ 

^iih?»«^ 

m 


D*ANTfmOIH)LOGlC. 


E!<IC 


44% 


0t  par  conséquent  susceptible  d*une  infinité 
ileranations?...  Que  devient  alors  la  théorie 
de  Texcitation  ?  Nous  le  demandons  k  tout 
esprit  raisonnable. 

5'  De  même  que  nous  percevons  nos  per- 
ceptions 9  nous  percevons  et  nous  jugeons 
DOS  jugements;  nous  en  sentons  la  fausseté 
ou  la  justesse,  et  notre  intelligence  les  recti- 
fie ou  les  maintient,  selon  Tidée  qu'elle  s*en 
forme;  nous  concevons  nos  fautes  passées, 
Dous  revenons  de  nos  erreurs  ,  nous  ren- 
trons dans  le  sentier  de  la  justice  après  Ta- 
Toir  Ahandonné,  etc.  Or,  toutes  ces  opéra- 
lions  exiijent  évidemment  une  réaction  du 
moi  intérieur  sur  lui-même,  que  la  matière 
ne  peut  opérer. 

^  Sirencéphalejugeait,commeil  n'est  au- 
cun de  nos  organes  qui  agisse,  qui  se  meuve 
«[•'iDianément,  et  que  leurs  fonctions  ne  sont 
oéterminées  que  par  les  stimulants,  soit  in- 
ternes, soit  externes,  qui  les  impression - 
toeni,  il  s'ensuivrait  nécessairement  que  le 
jogemeot  serait  involontaire ,  et  conslam- 
meal  subordonné  à  l'action  des  modifica- 
teurs des  fonctions  organiques.  Or,  le  juge- 
meat  est  libre  ;  nous  jugeons  indépendam- 
ment de  toutes  les  influences  qui  agissent 
sur  notre  organisation  ;  nous  pouvons  exer- 
cer successivement  une  infinité  de  juge- 
ments différents,  et  fixer  à  volonté  notre  es- 
prit sur  tel  objet  plutôt  que  sur  tel  autre  ; 
<ionc  le  jugement  ne  peut  être  Tattribut  de 
notre  appareil  encéphalique. 

7*  S*il  en  était  autrement,  nous  ne  pour- 
rions jamais  éloigner  notre  pensée  des  im- 
pressions matérielles ,  et  nous  livrer  à  la 
méditation.  Or,  nous  pouvons  librement 
exercer  notre  jugement  sur  un  qbjet  quel- 
conque; et  quoique  nos  sens  éprouvent 
l'action  des  objets  qui  nous  entourent,  nous 
pouvons  y  demeurer  insensibles,  comme 
lorsque  nous  méditons  profondément,  et 
qu'aucune  impression  ,  soit  extérieure ,  soit 
intérieure,  ne  peut  nous  distraire;  donc  le 
)0{;ement  n*est  point  une  fonction  de  l*encé- 
t^e. 

9'  Si  cet  appareil  nerveux  était  Tagent  de 
f^tte  fonction,  elle  serait  subordonnée  aux 
nppressions  qu'il  reçoit,  car  la  matière  n'a- 
»:il  ipe  par  les  influences  qu'elle  éprouve.  Or, 
tes  impressions  ne  peuvent  être  que  pré- 
sentes; passées,  elles  n'existent  plus;  futu- 
res, elles  ne  sont  point  encore.  Il  n'y  aurait 
donc  que  des  jugements  sur  des  objets  pré- 
sents, et  l'homme  alors  ,  ne  pouvant  conce- 
voir ni  ridée  des  événements  passés,  ni  celle 
di*s  événements  à  venir,  se  trouverait,  par 
'Cla  même,  sans  prévoyance.  Biais  l'homme 
préeoU  ;  instruit  par  1  expérience  du  passé, 

2uileonçoit,  oue  sa  mémoire  lui  rappelle,' 
•  i^iré  par  les  lumières  de  sa  raison,  sur  la 
«atare  des  événements  présents,  il  lit  sou- 
vent dm  l'avenir,  dont  il  a  l'idée  ,  et  qui 
alors  n'a  plus  pour  lui  d'obscurité;  donc  le 
ju.zerneat  ne  peut  appartenir  à  la  matière 
tocéphalique. 

9^  Si  cette  matière Bxerçait  réellement  cette 
F  Bciioû  intellectuelU  ,  comme,  d'une  par-t, 


les*modiflcations  qu'éprouvent  nos  organes 
ihfluent  évidemment  sur  la  quantité  ou  ia 
nature  des  produits  de  leurs  fonctions ,  et 
que,  d'une  autre  part,  ces  modifications  sont 
variables,  il  s'ensuivrait  nécessairementque, 
tantôt,  sous  l'influence  prolongée  dune 
même  cause  modifiante,  soit  Qu'elle  agtt 
directement  sur  notre  encéphale,  soit 
qu'elle  portât  son  action  sur  d'autres  orga- 
nes ayant  avec  lui  des  rapports  synergiques 
plus  ou  moins  intimes,  nous  n'exercerions 
que  le  même  jugement,  nous  ne  concevrions 
que  les  mêmes  idées  ;  tantôt ,  au  contraire, 
nos  jugements  et  nos  idées  ofi'riraient,  dans 
leur  nombre  et  dans  leur  nature,  des  chan- 
gements successifs  plus  ou  moins  nombreux, 
plus  ou  moins  brusques ,  selon  les  variétés 
d'action  des  modificateurs  de  notre  orga- 
nisme. Ainsi,  par  exemple,  un  changement 
de  température  plus  ou  moins  prompt,  plus 
ou  moins  considérable,  le  passage  du  repos 
au  mouvement,  ou  du  mouvement  au  repos, 
l'état  de  plénitude  ou  de  vacuité  de  l'esto- 
mac ,  la  nature  des  aliments  et  des  boissons, 
tout  ce  qui  accélère  ou  ralentit  la  circulation 
sanguine ,  et  mille  autres  causes  diverses , 
détermineraient  constamment  dans  le  nom- 
bre et  la  nature  de  nos  jugements  et  de  nos 
idées  des  variations  remarquables.  Notre 
pensée  serait  une  sorte  de  kinémomitre  qui 
représenterait  fidèlement  tous  les  mouve- 
ments intérieurs  de  notre  organisation,  elle 
prendrait  mille  états  divers,  ou  plutôt  mille 
natures  différentes,  selon  les  modifications 
variées  qu'éprouveraient  nos  organes,  et 
elle  ne  serait  jamais  qu'un  accident.  Or,  nos 
jugements  et  nos  idées  se  montrent  évidem- 
ment indépendants,  dans  leur  nature,  des 
influences  que  nos  organes  éprouvent;  ce 
n'est  que  dans  quelques  circonstances  par- 
ticulières, dans  certaines  maladies,  qu'ils  so 
trouvent  modifiés,  mais  indirectement  par 
l'encéphale  ;  donc  la  matière  encéphalique 
ne  peut  présider  à  l'exercice  du  jugement 
et  à  la  production  des  idées. 

10*  Le  jugement  se  perfectionne  parlVxer- 
cîce;  l'être  qui  l'exerce  est  donc  susceptible 
d'éducation.  Or,  si  la  matière  encéphalique 
en  est  l'agent,  cette  matière  peut  donc  être- 
instruite  a  juger  avec  justesse.  Mais  en  quoi 
]>eut  consister  l'instruction  de  la  matière  ;: 
quels  sont  les  moyens  de  la  perfectionner î" 
Nous  l'ignorons  ;  et  il  s'ensuivrait  de  là  que- 
nous  devrions  aussi  ignorer  le  perfectionne-^ 
ment  de  l'intelligence  humaine;  ce  qui  est 
contraire  aux  faits. 

Au  reste,  l'éducation  d'un  organe  ne  pour* 
rait  avoir  pour  objet  que  la  régularisation  do- 
ses mouvements  ;  or,  nous  avons  démontré 
que  les  mouvements  matériels  étaient  étran 
gersaui  fonctions  intellectuelles;  donc  ce 
n'est  point  la  matière  qui  se  perfectionne 
dans  le  perfectionnement  du  Jugement  ;  donc, 
enfin,  elle  ne  saurait  le  produire. 

Mais  l'observation  rigoureuse  des  faits 
démontre  incontestablement  que  l'éducation 
intellectuelle  n'est  nullement  pb v*«»»*  «*«* 
térielle,  qu'elle  n'a  pour  objet  " 


189 


ENC 


EMC 


m 


idées  longues,  iarges,  épaisses,  minces, 
rondes,  carrées;  il  y  en  aurait  aussi  de  so- 
lides, de  liquides,  de  gazeuses  ;  on  en  verrait 
de  rouges»  de  vertes,  de  blanches,  de  noi- 
res, etc.  ;  elles  seraient  même  susceptibles 
de  mouvement  !  Mais  les  idées  n*ont  aucun 
des  attributs  de  la  matière  ;  elles  ne  sont 
donc  point  matérielles,  et,  par  consét^uent, 
elles  ne  j^euvent  être  le  produit  d'un  être 
roatérleL  Doncle  jugement  ne  peut  être  une 
fonction  de  rencéptiale  (188). 

Ajoutonsque,danscetteraémesupposition, 
cet  appareil  nerveux  ne  recevant  que  des  im- 
pressions, et  ne  pou^  ant,  par  conséguenf, 
produire  despugemenlsquesurcequ*il  éprou- 
verait ,  il  s  ensuivrait  nécessairement  que 
nous  ne  concevrions  jamais  les  idées  morales, 
qui  n'cmX  point  la  matière  pour  objet,  et  qui 
en  sont  entièrement  indépendantes,  comme 
colles  de  l'honneur,  de  la  gloire,  de  la  vertu, 
de  la  justice,  de  Tordre,  des  devoirs,  etc.,  ni 
les  idées  générales  ou  collectives^  qui  ne  nais- 
sent point  directement  de  la  matière,  telles 
que  celles  du  temp$  en  général,  du  passé,  du 
présent^  de  Yaventr,  de  Yêtre^  de  la  gubsiance, 
du  nombre;  ni  enQn  les  idées  abstraites,  ou 
filles  des  qualités  des  corps  considérées  hors 
des  substances  qui  les  possèdent. 

Remarquez,  ce  qui  est  do  la  plus  grande 
importance,  que,  par  l'absence  des  idées 
moralesy  nous  n'aurions  point  de  vérités  de 
cet  ordre,  vérités  qui  sont  le  principe  de  vie 
des  sociétés  ;  ou  bien,  si  elles  pouvaient  naî- 
tre dans  notre  esprit,  elles  ne  seraient  que 
les  produits  variables  d*une  fonction  maté- 
rielle, soumise  à  toutes  les  influences  qui 
agissent  sur  l'organisme,  et  cesseraient  par 
conséquent  d'être  des  vérités. 

Considérez  aussi  que,  par  l'absence  des 
idées  générales,  il  n'y  aurait  pour  nous  au- 
cune vérité  physique;  car  l'idée  de  la  vérité 
est  le  résultat  de  la  comparaison  de  Yétre, 
idée  générale,  avec  le  non  être.  De  plus ,  ne 
pensant  que  des  individualités,  nous  n'au- 
rions point  ces  idées  générales  qu'exige  le 
commerce  de  la  vie  sociale,  et  sans  lesquelles 
cette  vie  ne  saurait  exister. 

EnGn,  par  l'absence  des  idées  abstraites, 
BOUS  ne  connaîtrions  point  les  propriétés 
générales  des  êtres,  connaissance  non  moins 
essentielle  à  l'existence  du  corps  social. 

4°  Il  est  démontré  que  la  perception,  relati- 
vement aux  objets  représentés  parles  gestes, 
ks  attitudes^  les  mouvements  physionorai- 
ques,  parles  sons  articulés  ou  les  caractères 
écrits,  ne  peut  appartenir  à  la  matière  encé- 
phalique; il  en  estdemême,à  plus  forte  rai- 
son, du  jugement  qui  produit  la  connaissance 
do  ces  mômes  objets,  ou  les  idées  qui  s'y 
rapportent,  et  qi^i,  par  conséquent,  doit  at- 
tacher aux  signes  qui  les  représentent  toutes 
leurs  significations?  ce  qui,  évidemment, 
est  au-dessus  du  pouvoir  ae  la  matière. 

Mais  remarquons  encore  sur  ce  point  que,, 

(18^)  Broussais,  qui  a  prévu  ces  objections,  et 

Sut  en  a  senti  toute  la  force,  n*a  point  adopté  cette 
iéorie«  et  il  a  abandonné  Cabani»  à  qui  elle  appar- 
lieut  Moia.  ne  voulant  pas  reiiooccr  au  materia- 


si  le  développement  des  idées  était  dû  k 
l'excitation ,  a  un  mouvement  moléculaire 
de  la  matière  cérébrale  (BROussAis,Df  Virri- 
tation  et  de  la  folie,  p.  458,  tô9,  463),  il  fau- 
drait, pour  que  les  nommes  pussent  être  en 
rapport  entre  eux  par  le  moyen  de  la  pa- 
role, que  les  mots  que  les  uns  profèrent  dé- 
veloppassent dans  l'encéphale  des  autres 
des  excitations  ou  des  mouvements  vibratifs 
parfaitement  semblables  à  ceux  qui  consti- 
tuent les  idées  qu'ils  veulent  leur  commu- 
niquer. Or,  comme  d'une  part  les  vibrations 
sonores  du  langage  articulé  sont  susceptibles 
de  variétés  infinies ,  de  ton  et  de  timbre , 
dans  les  divers  individus;  et  que,  d'une  au- 
tre part,  l'activité  vitale  de  le  aiptière  orga- 
nique varie  aussi  dans  chacun  d'eux,  selon 
une  foule  de  circonstances  ,  telles  que  la 
constitution  individuelle,  les  climats, les 
saisons,  le  genre  de  nourriture  ,  etc.  ;  il  se- 
rait évidemment  impossible  que  ces  excita- 
tions ou  ces  mouvements  pussent  se  déve- 
lopper avec  assez  d'exactitude  pour  produire 
les  idées  communes;  d'où  l'on  voit  que  ja- 
mais nos  rapports  sociaux  n*auraieut  pu 
s'établit. 

Mais  ces  rapports  existent  dirns  toute  leur 
plénitude  par  le  secours  des  sons  articulés; 
toutes  les  variétés  de  la  pensée  se  dévelop- 
pent au  dedans  de  nous  par  l'influence  de  ce 
merveilleux  langa;;e;  donc  elles  ne  dépen- 
dent point  de  Texci^alion  de  l'appareil  ner- 
veux intra-crânien. 

Faisons  observer  à  cet  égard  Tinconsé- 

2uence  du  docteur  Broussafs  qui ,.  par  une 
^tonnante  contradiction  avec  son  système, 
ad  ni  et  un  traitement  moral  parmi  les*  moyens 

2u'fl  propose  contre  la  folie  (op.  cit.^  p.  oil). 
omment,  en  effet,  fera-t-il  nattre,  dans  la 
tète  iÏBs  aliénés  ,  des  idées  conformes  aui 
siennes  ,  c'est-à-dire  des  mouvements  vi- 
bratiles  semblables  è  ceux  qui  agitent  son 
cerveau?  Ce  ne  pourra  être,  sans  aoute,  que 
par  l'intermédiaire  de  la  parole.  Or,  le  cer- 
veau des  aliénés  a  ,  à  coup  sûr  ,  une  vibra- 
tilité  différente  de  celle  de  l'encéphale  du 
docteur  Broussais,  et  par  conséquent  il  ne 
pourra  y  produire,  au  moyen  des  viljra- 
tions  du  langage  articulé,  des  idées  sembla- 
bles aux  siennes.  D'où  Ton  voit  que,  d'après 
sa  théorie,  le  traitement  moral  serait  d  une 
inutilité  complète;  ce  qui  est  en  opposition 
directe  avec  les  faits. 

Remarquez  encore  le  mot  moral  qui  ne 
peut  s'accorder  en  aucune  manière  avec  une 
théorie  toute  physique,  mais  que  !a  force  de 
la  vérité  arrache  à  leur  insu  aux  plus  grands 
partisans  dumatérialiw«îme.  Remarquons  aussi 
que  BrouSsais  avoue  (p.  321)  que  les  fous 
n'ont  pas  perdu  toute  idée  de  justice.  Or, 
une  idée  pareille ,  qui  est  flie  ,  immuable , 
générale,  commune  à  tous  les  individus  do 
1  espèce,  peut-elle  être  un  mouvement  or- 
tranioue,  soumis  à  mille  et  mille  influences» 

lisme,  il  sV^lvu  forcé  de  se  réfugier  dans  ceile  rfe 
Vcxciîation  ou  du  mouvement  vib:atllc  de  la  malicit 
encéphalique. 


m 


&"<€ 


D^ANTHftOPOLOGlC 


E!<IC 


ML 


et  par  conséquent  susceptible  d*une  infinité 
(Jerariations?...  Que  devient  alors  la  théorie 
de  Texcitation?  Nous  le  demandons  k  tout 
esprit  raisonnable. 

5*  De  même  que  nous  percevons  nos  per- 
replions ,  nous  percevons  et  nous  jugeons 
DOS  jugements;  nous  en  sentons  la  fausseté 
ou  la  justesse,  et  notre  intelligence  les  recti- 
fie ou  les  maintient,  selon  Tidée  qu'elle  s*en 
forme;  nous  concevons  nos  fautes  passées, 
Dous  revenons  de  nos  erreurs  ,  nous  ren- 
iions dans  le  sentier  de  la  justice  après  Ta- 
Toir  abandonné,  etc.  Or,  toutes  ces  opéra- 
liuDs  exi|jent  évidemnoent  une  réaction  du 
ino)  intérieur  sur  lui-mèoie,  que  la  matière 
ne  peut  opérer. 

6*Sirencépbalejugeait,commeil  n'est  au- 
cun de  nos  organes  qui  agisse,  qui  se  meuve 
^[K)^laDément,  et  que  leurs  fonctions  ne  sont 
aéierminé^s  que  par  les  stimulants»  soit  in- 
ieioes,soit  externes,  qui  les  impression- 
ineoi,  il  s*ensuivrait  nécessairement  que  le 
jugeaieot  serait  involontaire ,  et  constam- 
went  sabordonaé  à  l'action  des  modifica- 
teurs des  fonctions  organiques.  Or,  le  juge- 
nieot  est  libre;  nous  jugeons  indépendam- 
mea(  de  toutes  les  influences  qui  agissent 
5ur  notre  organisation  ;  nous  pouvons  exer- 
cer successivement  une  infinité  de  juge- 
ments différents,  et  fixer  à  volonté  notre  es- 
prit sur  tel  objet  plutôt  que  sur  tel  autre  ; 
donc  le  jugement  ne  peut  être  Tattribut  de 
Dotre  appareil  encéphalique. 

7*  S'il  en  était  autrement,  nous  ne  pour- 
rions jamais  éloigner  notre  pensée  des  im- 
pressions matérielles,  et  nous  livrer  à  la 
méditation.  Or,  nous  pouvons  librement 
eiercer  notre  jugement  sur  un  qbjet  quel- 
conque; et  quoique  nos  sens  éprouvent 
i'aclioQ  des  objets  qui  nous  entourent,  nous 
mrons  y  demeurer  insensibles ,  comme 
lorsque  nous  méditons  profondément ,  et 
qu'aucune  impression  ,  soit  extérieure ,  soit 
intérieure,  ne  peut  nous  distraire  ;  donc  le 
itt^ement  n'est  point  une  fonction  de  Tencé- 
Ne. 

^  Si  cet  appareil  nerveux  était  Vagent  do 
c^Uo  fonction,  elle  serait  subordonnée  aux 
impressions  qu'il  reçoit,  car  la  matière  n'a- 
git que  par  les  influences  qu'elle  éprouve.  Or, 
ces  impressions  ne  peuvent  être  que  pré- 
sentes; passées,  elles  n'existent  plus;  futu- 
f^t  elles  ne  sont  point  encore,  il  n'y  aurait 
<ionc  que  des  jugements  sur  des  objets  pré- 
>**nts,  et  l'homme  alors  ,  ne  pouvant  conce- 
*^r  ni  ridée  des  événements  passés,  ni  celle 
il<*>  évt^nements  à  venir,  se  trouverait,  par 
fela  oiéroe,  sans  prévoyance.  Mais  l'homme 
pfhoii  ;  iDStruit  par  1  expérience  du  passé, 
*juil  conçoit,  aue  sa  mémoire  lui  rappelle,' 
flairé  par  les  lumières  de  sa  raison,  sur  la 
Mtare  des  événements  présents,  il  lit  sou- 
'ent  daaa  l'avenir,  dont  il  a  l'idée  ,  et  qui 
iiursii*a  plus  pour  lui  d'obscurité;  donc  le 
j'iz^fneat  ne  peut  appartenir  à  la  matière 
tn':«|>halique. 

^  Si  cette  matière  exerçait  réellement  cette 
î'  action  întellectuelk  ,  comme,  d  une  paK, 


les'modiflcations  qu*éprouvent  nos  organes 
ihfluent  évidemment  sur  la  quantité  ou  la 
nature  des  produits  de  leurs  fonctions ,  et 
que,  d'une  autre  part,  ces  modifications  sont 
variables,  il  s'ensuivrait  nécessairement  que, 
tantôt,  sous  l'influence  prolongée  dune 
même  cause  modifiante,  soit  Qu'elle  agtt 
directement  sur  notre  encéphale,  soit 
qu'elle  portât  son  action  sur  d'autres  orga- 
nes ayant  avec  lui  des  rapports  synergiques 
plus  ou  moins  intimes,  nous  n'exercerions 
que  le  même  jugement,  nous  ne  concevrions 
que  les  mêmes  idées  ;  tantôt ,  au  contraire, 
nos  jugements  et  nos  idées  ofl'riraient,  dans 
leur  nombre  et  dans  leur  nature,  des  chan- 
gements successifs  plus  ou  moins  nombreux, 
plus  ou  moins  brusques ,  selon  les  variétés 
d'action  des  modificateurs  de  notre  orga- 
nisme. Ainsi,  par  exemple,  un  changement 
de  température  plus  ou  moins  prompt,  plus 
ou  moins  considérable,  le  passage  du  repos 
au  mouvement,  ou  du  mouvement  au  repos, 
l'état  de  plénitude  ou  de  vacuité  de  l'esto- 
mac ,  la  nature  des  aliments  et  des  boissons, 
tout  ce  qui  accélère  ou  ralentit  la  circulation 
sanguine,  et  mille  autres  causes  diverses, 
détermineraient  constamment  dans  le  nom- 
bre et  la  nature  de  nos  jugements  et  de  nos 
idées  des  variations  remarquables.  Noire 
pensée  serait  une  sorte  de  kinémomitre  qui 
représenterait  fidèlement  tous  les  mouve- 
ments intérieurs  de  notre  organisation ,  elle 
prendrait  mille  états  divers,  ou  plutôt  mille 
natures  différentes,  selon  les  modifications 
variées  qu'éprouveraient  nos  organes,  et 
elle  ne  serait  jamais  qu'un  accident.  Or,  nos 
jugements  et  nos  idées  se  montrent  évidem- 
ment indépendants,  dans  leur  nature,  des 
influences  que  nos  organes  éprouvent  ;  ce 
n'est  que  dans  quelques  circonstances  par- 
ticulières, dans  certaines  maladies,  qu'ils  se 
trouvent  modifiés,  mais  indirectement  par 
l'encéphale  ;  donc  la  matière  encéphalique 
ne  peut  présider  à  l'exercice  du  jugement 
et  à  la  production  des  idées. 

10*  Le  jugement  se  perfectionne  parl'exer- 
cîce;  l'être  qui  l'exerce  est  donc  susceptible 
d'éducation.  Or,  si  la  matière  encéphalique 
en  est  l'a^ient,  celte  matière  peut  donc  être- 
instruite  a  juger  avec  justesse.  Mais  en  quoi 
peut  consister  l'instruction  de  la  matière  ;: 
quels  sont  les  moyens  de  la  perfectionner ?- 
Nous  l'ignorons  ;  et  il  s'ensuivrait  de  là  que- 
nous  devrions  aussi  ignorer  le  perfectionne-^ 
ment  de  l'intelligence  humaine;  ce  qui  est 
contraire  aux  faits. 

Au  reste,  l'éducation  d'un  organe  ne  pour- 
rait avoir  pour  objet  que  la  régularisation  do- 
ses mouvements;  or,  nous  avons  démontré 
que  les  mouvements  matériels  étaient  étran 
gers  aux  fonctions  intellectuelles  ;  donc  ce 
n'est  point  la  matière  qui  se  perfectionne 
dans  le  perfectionnement  du  Jugement  ;  donc, 
enfin,  elle  ne  saurait  le  produire. 

Mais  l'observation  rigoureuse  des  faits 
démontre  incontestablement  que  l'éducation 
intellectuelle  n'est  nullement  physique,  ma» 
térielle,  qu'elle  n  a  pour  objet  que  le  pcifoo^ 


i43 


KNG 


MCTKKNNAmE 


ËJSC 


4i4 


tonnemcntd  actes  purement  spiritacls  (189)  ; 
donc  ce  n'est  point  l'encéphale  qu'elle  con- 
cerne; donc,  encore  une  fois,  ce  n'est  point 
à  cet  appareil  nerveux  qu'appartient  le  ju- 
gement. 

Remarquez  encore  que  la  comparaison , 
la  distinction,  le  choix  de  ce  qui  est  bon  ou 
mauvais,  utile  ou  nuisible  dans  l'éducation 
(lu  jugement ,  sont  nécessaires ,  et  nous 
avons  démontré  que  la  matière  ne  saurait 
comparer  ;  donc,  avec  la  matière  seule,  l'é- 
ducation, le  perfectionnement  du  jugement 
seraient  impossibles;  donc,  enfin,  il  y  a  a\\ 
dedans  de  nous,  pour  cette  éducation,  quel- 
que chose  de  plus  qu'un  instrument  maté- 
riel. 

Les  fonctions  organiques  s'altèrent,  s'af- 
faiblissent par  l'exercice;  les  organes  se  dé- 
tériorent en  vieillissant  (190);  le  jugemenf, 
au  contraire,  se  perfectionne  par  les  progrès 
de  l'âge  ;  la  prévoyance,  la  prudence,  apana- 
ges de  la  vieillesse,  fruits  tardifs  du  temps, 
on  sont  la  preuve  évidente.  11  n'est  pas  rare 
même  de  voir  l'homme,  dans  le  moment  fu- 
neste où  il  fie  lui  reste  plus  qu'un  souffle 
de  vie ,  où  son  organisation  expirante  va 
bientôt  rentrer  dans  l'ordre  des  substances 
inorganisées,  où  tous  les  mouvements  de  la 
matière  languissent  et  sont  près  de  s'arrêter 
pour  toujours,  il  n'est  pas  rare, dis-je,  de 
voir  alors  l'homme  montrer  une  sagacité 
surprenante,  et  son  iugeraent  se  faire  re- 
marquer par  une  insolite  |:rofondeur;  donc, 
évidemment ,  cette  fonction  ne  peut  être 
exercée  par  la  matière  encéphalique. 

Qui  ignore  que  les  enfants  les  plus  ché- 
lifs,  ceux  dont  l'organisation  est  la  plus 
frêle,  qui  vivent  habituellement  dans  un  état 
<le  langueur,  sont  souvent  ceux  dont  le  ju- 
gement présente  une  sagacité  au-dessus  de 
leur  âge?  En  général,  tous  les  enfants  pré- 
coces sont  faibles  de  corps;  or,  ce  phéno- 
mène ne  peut  s'accorder  avec  l'opinion  qui 
attribue  à  la  matière  la  faculté  déjuger,  car, 
par  l'harmonie  qui  règne  dans  notre  organi- 
sation, par  ce  consensus  qui  fait  que  chaque 
organe  est  influencé  par  tous  les  autres, 
toutes  les  fonctions  doivent  s'exercer  d'une 
manière  d'autant  plus  régulière  que  les  or- 
ganes sont  plus  développés  et  plus  parfaits. 

11°  Les  fonctions  d'un  organe,  considérées 
ilans  leur  activité  ou  dans  leur  dur^'C,  sont, 
et  cela  ne  peut  être  autrement,  proportion- 
nées à  sa  structure  et  à  sa  puissance  vitale, 
et  par  conséquent  renfermées  rigoureuse- 
ment dans  certaines  limites  qu'elles  ne  sau- 

(189)  Rémarquez  que  ce  perrectionnemcnt  ne 
s'effectue  qn*au  moyen  de  la  parole  et  de  récriture,  et 
que  ces  deux  e3q)ressious,  ces  deux  agents  de  trans- 
mission de  la  pensée  n*ont  rien  de  matériel  dans 
leur  essence  ;  preuve  évidente  que  rintelligenoe  est 
entièrement  étrangère  à  la  matière  encéphalique. 

(190)  Anaiomie  comparée  du  cerveau ,  par  le 
D^  Serres,  1. 1",  p.  iOl,  12^,  462,  165. 

(191)  Nos  sens  ne  nous  transmettent  que  des  im- 
pressions bornées.  Les  muscles  ne  peuvent  dépas- 
S4^r,  dans  leurs  contractions,  certaines  limites;  Ve^ 
loHiac  ne  peut  digérer  qu*une  certaine  quantité  d*ali- 
uieuts;  les  poumons  ne  peuvent  respirer  qu'une 


raient  franchir  (191).  Si  donc  l'encéjiihalejV 
geaitf  nos  jugements  et  les  idées  qui  en  nais- 
sent seraient  bornés  comme  les  actions  ma- 
térielles d'où  ils  proviendiaient.  Mais  nos 
jugements  ne  connaissent  point  de  limites, 
et  nous  concevons  V infini;  donc  ils  n'appar- 
tiennent point  à  l'appareil  encéphalique. 

Que  si,  rentrant  dans  la  stérile  discussion 
do  la  divisibilité  infinie  de  la  matière,  qui  a 
tant  occupé  l'esprit  humain,  on  objectait 
qu'étant  oivisible  à  l'infini,  cette  matière  est 
par  cela  même  infinie,  et  que  par  consé- 
quent ses  actions  sont  sans  limites,  nous 
répondrions  que  la  matière  n'en  pourrait 
pas  davantage  concevoir  l'infini,  car  elle  est 
composée  y  et  l'idée  de  l'infinie  est  tt/itf.elle 
ne  peut  agir  que  par  l'effet  d'impressions 
matérielles,  et  ridée  de  l'infini,  qui  est  une 
abstraction,  est  produite  indépendamment 
de  l'influence  de  tout  excitant  matériel,  elr. 
Uemarquez  d'ailleurs  que  la  divisibilité  inli- 
nie  n'est  point  Taltribut  de  la  matière  or^M- 
nisée;  que  les  organes  sont  composés  d'un 
nombre  détermine  d'orjatiti/es  gui,  comme 
watjêre^  peuvent  bien  être  divisés,  si  Ion 
veut,  à  1  infini,  mais  qui,  comme  organul($^ 
ne  pouvant  remplir  leurs  fonctions  sans 
l'agrégation  des  éléments  qui  les  composenl, 
sont  réellement  finiSf  et  forment,  par  con- 
séquent, des  organes  finis. 

12"  Remarquons  encore  que  si  l'encéphale 
pensait,  il  ne  pourrait  juger  que  de  ce  qui 
se  passe  dans  sa  substance;  car  tonte  son 
aiition  s'exerce  dans  son  intérieur  à  la  suite 
de*  impressions  que  reçoivent  ses  molécules, 
il  sVnsuivrait  que  toutes  nos  conceptions 
semblables  aux  fonctions  sécrétoires,  se  pas- 
seraient dans  notre  organisation;  aucune 
idée  ne  serait  rapportée  au  dehors  ;  la  dis- 
tinction des  objets  n'aurait  point  lieu  (192); 
nous  ne  connaîtrions  pas  même  la  place 
qu'ils  occupent,  et  nous  ne  pourrions  nous 
en  approcher.  Et  comme,  par  le  défaut  de 
réaction  de  la  matière  sur  elle-même,  nous 
ne  pourrions  rien  comparer  avec  nos  besoins 
de  ce  qui  est  hors  de  nous  qui  pourrait  nous 
aider  à  les  satisfaire,  ni  combiner  nos  idées 
ni  en  déduire  des  conséquences,  ni  apprécier 
notre  faiblesse  et  y  suppléer  par  les  produits 
des  arts,  et  qu'enfin  tout  ne  serait  en  nous 
qu'impression,  il  s'ensuit  évidemment qu au- 
cune idée  générale  ne  serait  conçue, qu'aucua 
art  industriel,  aucune  science,  ne  seraient 
inventés,  cultivés,  et  c[ue  le  corps  social,  cl 
par  suite  l'homme  lui-même,  ne  sauraienl 
exister  (193). 

quantité  déterminée  d*air;  le  foie,  les  reins,  eUt.,M 
peuvent  sécréter  qu*une  certaine  quantité  de  bile, 
de  fluide  urinaire.  Tout  est  donc  borné  daos  notre 
organisation  ;  et  il  est  évident  t|ue  rencépfaaie  luh 
niétnc,  comme  instrument  matériel ,  et  d'aillears 
comme  recevant  des  impressions  bornées,  est  sujet 
à  b  même  loi. 

{{9i)  Nous  ne  pourrions  point  nous  distinguer  et 
nous  reconnaître  les  uns  les  autres,  et  par  consé- 
quent la  vie  sociale  ne  pourrait  exister. 

(193)  Pour  ce  qui  concerne  particulièrement  l'art 
de  la  médecine,  tout  n'étant  en  nous  qirimpressioa, 
et  rien  ne  se  r,npportant  au  dehors,  uous  oc  f«Mf* 


m 


E^C 


D'ANTHROPOLOGIE. 


EKC 


i/fl 


£ 


m 


13*  Si  le  jugement  était  exercé  par  Tencé- 
pliale,  il  ne  serait  que  l'effet  de  certaines 
impressions  ;  car  il  ny  a  point  d*atttre  cause 
(fax  puisse  mettre  en  jeu  une  fonction  maté- 
rielle. Or,  ces  impressions  étant  toujours 
Traies  en  eIIes4nêmesJesillusions  ne  seraient 
point  apparentes,  et  se  trouveraient  confon- 
dues avec  les  réalités,  et  ily  aurait  une  infi- 
nité d*erreurs  dans  Tintelligence  humaine , 
r^^^mme  on  le  voit  dans  ceux  qui  n*ont  point 
encore  eiercé  leur  jugement  sur  les  effets 
trompeurs  des  phénomènes  naturels,  tels  que 
h  illusioDS  d  optique ,  d'acoustique  ,  etc. 
Mais  nous  redressons  tous  les  jours  dans 
r.Mire  esprit  des  erreurs  que  nos  sens  y  pro- 
hûisenl  ;  et,  d'un  autre  côté,  ce  redressement 
ue  peut  être  attribué  à  la  matière  encéphali- 
'jne,qoi  ne  peut  point  réagir  sur  ellc-iiiôrae, 
qui  ne  lait  que  recevoir  des  impressions,  oui 
pïi  même  la  cause  de  ces  erreurs  par  les 
illusions  qu'elle  nous  transmet;  donclejuge- 
\\m\  ne  peut  être  exercé  que  par  un  être 
diuie toute  autre  nature  que  cette  matière. 
IV  Si  l'on  persistait  à  l'attribuer  à  l'encé- 
■We,  nous  demanderions  l'époque  à  laquelle 
es  éléments  constitutifs  de  cet  organe  ont 
mmencé  à  l'exercer.  Ce  ne  peut  donc  être 
^îu'après  avoir  été  réunis  par  la  puissance 
vitale,  qu'ils  sont  devenus  matière  organi- 
fje.  Mais  cette  matière  ne  peut  posséder 
l«r  elle-même  la  faculté  de  juger,  car  elle 
n*  larail  pas  auparavant.  Elle  ne  peut  donc 
l'avoir  ac'quise  que  dans  les  modifications 
que  lui  ont  fait  éprouver  les  forces  de  Ir,  vie. 
Uais  remarquez  que  notre  organisation  et 
le^iciirps  extérieurs  qui  servent  à  l'entretien 
ile  son  eiistence  ont  des  propriétés  commu- 
nes, sont  formés  des  mêmes  éléments  chimi- 
'jttes,  et  ue  diffèrent  entre  eux  que  par  les 
froportions  diverses  des  substances  qui 
tnlrent  dans  leur  composition.  Ainsi  nos 
<»r;anes  renferment  de  l  eau,  de  l'hydrogène, 
•^«' l'oiygène ,  de  l'azote,  du  carbone,  des 
"^jdes  métalliques ,  différents  sels ,  etc. , 
"Mnrae  les  corps  qui  nous  servent  de  nour- 
nîore ,  comme  l'air  que  nous  respirons , 
f^^nime  la  matière  en  général  qui  nous 
•nloure  ;  et,  de  même  que  celle-ci,  ilséprou- 
î^niriofluencedu  calorique,  de  l'électricité, 
•i<?  la  lumière,  de  la  force  de  cohésion,  etc.  ; 
')e  sorte  qu'il  y  a  réellement  entre  eux  et 
«^'ttemalièredes  rapports  évidents  de  nature. 
lldcTrait  donc  y  avoir  aussi  des  rapports 
'l'entendement ,  et  la  matière  devrait  nous 

^03s  distinguer  le  siège  des  lésions  organiques  gui 
Mttisent  la  douleur,  ni  d*aucun  autre  phénomène 
^^lojpquô  perceptible,  et  la  scicwcc  médrcalc,  qui 
'^foodîéc  sur  ces  phénomènes,  n'aurait  jamais  elé 

'194)  Démontrons  mathématiquement  cette  vérité, 
""préseaions  par  1  l'int^lUgcnce  ,  et  par  M  la  ma- 
^  organisée,  queUe  que  soit  la  perfection  de  son 
"^otsation  ;  par  o  IHnteUigence  de  la  matière  non 
''^isée ,  qui  en  est  évidemment  entièrement  dé- 
^rxjie,  et  par  m  celte  même  matière. 

ui  apposant  que  IHnteUigence  soit  en  raison  di- 
"ctede  la  pcifcction  de  l'organisme  et  en  dépende, 
Ij^we  le  prétendent  les  malé:  ialisles,  qui  sulor- 
•niM^Bt  les  facultés  intellectuelles  au  développe- 
«iitd(»rap{nireil  encéphaliquo,  on  aura  lu  propor- 


offrir  un  certain  degré  d*intoliigcnce.  Mais 
puisqu'il  n*en  est  rien,  n*est-on  pas  en  droit 
de  conclure  que  cette  intelligence  est  entiè- 
rement étrangère  à  toute  substance  maté- 
rielle, et  qu'elle  appartient  exclusivement  à 
un  principe  spirituel  ? 

flemarouezquerinfluencevitalenedoitôlre 
ici  comptée  pour  rien.  En  effet,  la  matière  qui 
nous  environne  est  évidemment  tnûUf///^e»^f9 
de  sorte  qu'il  y  a,  sous  ce  rapport,  TinQni  entre 
elle  et  nous.  Si  donc  Ton  supposait  que  la 
puissance  organisante  lui  communique  la 
laculté  de  penser,  il  faudrait  nécessairement 
que  cette  puissance  lui  fit  éprouver  pour  cette 
communication  des  modifications  infinies  ; 
car,  pour  faire  disparaître  une  dilférencu 
infinie,  il  faut  évidemment  un  travail  modi- 
ficateur infini  ;  d'où  l'on  voit  que ,  dans 
cette  hypothèse ,  l'orgamsation  ne  s'achève- 
rait jamais,  et  que  jamais  aussi  nous  ne  pos- 
séderions l'intelligence  (194).  Mais  il  n'en  est 
point  ainsi  ;  l'organisation  de  notre  substance 
matérielle  s'effectue ,  le  développement  de 
nos  organes  a  un  terme,  et  l'entendement  est 
notre  attribut  ;  donc  il  est  étranger  à  l'orga- 
nisation de  la  matière. 

i5"  Nous  concevons  Tunité,  ce  qui  est  sim- 
ple ,  ce  qui  forme  un  être  isolé ,  distinct  de 
tout  ce  qui  l'entoure;  or,  la  matière  étant 
composée  ne  f  eut  recevoir  que  des  impres- 
sions composées  comme  elle  ;  elle  ne  peut 
donc  concevoir  ce  qui  est  un  ;  ce  n'est  donc 
pas  elle  quiju^c. 

16'  Si  les  idées  étaient  une  excitation  encé- 
phalique, comme  le  dit  Broui^sais  (  De  rirri' 
talion  et  de  lafolie^  pag.  213,  214),  il  faudrait 
nécessairement ,  puisque  la  pensée  se  com- 
posed'un  nombre  plus  ou  moins  considérable 
u'idées  qui  se  succèdent,  qu'il  se  développ/lt 
dans  l'encéphale  une  suite  non  interrompue 
d'excitations  différentes.  11  faudrait  aussi  que 
chacune  de  ces  excitations  se  suspendit  pour 
laisser  agir  celle  qui  doit  la  suivre  ;  autre- 
ment plusieurs  idées  existeraient  simultané- 
ment» ce  qui  est  impossible. 

Mais,  d'une  part,  comment  ces  excita- 
tions différentes  pourraient-elles  naître  suc- 
cessivement et  à  volonté  ?  et,  d'une  autre 
part,  comment  chacune  d'elles  pourrait-elle 
s'interrompre  de  la  même  manière?  Est-ce 
là  la  marche  d'une  excitation?  Ce  pouvoir 
d'agir  avec  intelligence,  avec  liberté,  est -il 
l'attribut  de  la  matière  ? 

17'  Lorsque  nous  réfléchissons,  que  nous 

lion  suivante  :  1  :  o  ::  M  :  m  ;  d^où  Ton  déduira 

I  =  o.XM  =  i»  =  o. 
m  m 

On  voit  par  là  que  rintelligencc,  considérée  comme 
projuit  de  Torganisation  de  la  matière,  ne  peut  dire 
que  0.  Et  comme,  quelle  que  fût  la  durée  de  Taction 
de  la  puissance  organisatrice ,  les  facultés  de  Veu- 
tendement  seraient  toujours  o,  il  s^ensuit  nécessai 
rement  que  les  effets  de  cette  action  seraient  tou- 
jours nuls,  et  que,  par  conséquent ,  Torsanisation 
de  la  matière,  qui  ne  pourrait  être  achevée  que 
lorsqu'elle  aurait  prçduit  Tintelligence,  puisque  ce 
devrait  être  là  le  tei-me  de  sa  perfection,  par  cela 
seul  qu'elle  n'arriverait  jamais  à  son  but,  ne  pour- 
rait jamais  être  complète.  Ce.  raisonnemcf  est  ap- 
plicable à  toutes  nos  atttres  facultés. 


447 


E?iC 


MCTIONMAIRfi 


fitiC 


iil 


riisonnons,  que  nous  associims  des  idées 
après  aToir  fait  choix  des  unes  et  rejeté  les 
autres,  sont-ce  des  mouvements  molécu- 
iaires  encéphaliques  qui  président  à  cette 
•opération  ?  Le  système  de  Broussais  Vexiçe  ; 
car,  selon  cet  auteur,  la  perception,  le  ju- 
gement, les  idées  sont  ues  excitations  de 
Kappareil  nerveux  intra-crAnien.  11  faudrait 
donc  admettre  ici  plusieurs  mouvements 
différents  successifs,  puisque  la  variété  des 
i  iées  dépend  de  modes  divers  des  exci$ations 
vérébrales  ;  ce  qui  assimilerait  le  cerveau  h 
un  instrument  à  cordes  rendant  des  sous 
diiférenls  selon  ses  divers  degrés  de  tension. 
De  plus,  bien  que  la  matière  ne  soit  pas 
libre,  qu'elle  n  agisse  que  par  les  impul- 
sions qu'elle  reçoit,  il  faudrait  supposer 
q\xk  diaque  changement  d*idées ,  dans 
le  choix  qu'on  eiffait,  un  mouvement  en 
suspend  spontanément,  librement  un  autre, 
pour  être  à  son  tour  arrêté  par  une  autre 
excitation,  et  cela  sans  excitant  extérieur, 
comme  lorsque  nous  méditons  sur  ^les 
fibstractions,  sur  des  objets  de  philosophie 
et  de  morale,  sur  les  casualitcs  ou  les  rap^ 
ports  des  effets  aux  causes,  en  un  mot  sur 
lies  iJécs  où  nos  sens,  tant  externes  qu'in- 
ternes, se  montrent  évidemment  étran- 
gers !.,. 

Mais  enfin,  dans  ces  réflexions,  dans  ces 
choix  dMJées,  dans  ces  raisonnements  ar- 
rêtés, il  faudrait  toujours  un  mouvement 
supérieur,  libre  par  lui-même,  directeur  de 
tous  les  autres,  qui  les  dominât,  qui  les 
réglât,  qui  comprit  la  nature  de  chacun 
d'eux  pour  suspendre  les  uns,  provoquer 
ou  accélérer  les  autres  ;  or  ce  mouvement 
])eut-il  exister  dans  la  matière,  qui  est  pas- 
sive, inintelligente  ?  et  peut-on  ne  pas  voir 
dans  cet  exercice  des  facultés  intellectuelles 
les  actes  d'un  être  purement  spirituel  ? 

18"  Les  perceptions  relatives  aux  objets 
extérieurs  et  celles  qui  ont  pour  objets  lôs 
modiQcations  organiques  internes  sont  liées 
entre  elles  par  des  rapports  intimes,  comme 
Ta  très-bien  observé  Broussais  (De  V irrita- 
tion  et  de  la  folie^  pa,j;e  136)  ;  aussi  la  faim 
et  la  soif  ne  seraient  que  des  sensations 
vagues  et  sans  but,  si  nous  n'avions  pas 
l'idée  des  boissons  et  des  substances  ali- 
mentaires ;  et ,  réciproquement,  sans  ces 
deux  sensations,  nous  ne  pourrions  conce- 
voir l'idée  de  ces  boissons  et  de  ces  subs- 
tances. 

Mais  ces  liens  intimes  qui  unissent  les 
tensations  provenant  des  impressions  exté- 
rieures et  celles  qui  naissent  des  besoins 
viscéraux  ne  peuvent  être  formés  que  par 
un  être  qui  en  ait  la  conscience,  qui  les 
compare  entre  elles,  qui  les  distingue  les 
unes  des  autres,  qui  les  juge,  qui  en  sente 
les  convenances  réciproques,  et,  par  consé- 
quent, qui  soit  un.  Or,  les  parties  de  l'en 
céphaie  qui  reçoivent  certaines  de  ces  im- 
pressions ne  reçoivent  pas  les  autres,  car 
les  neris  sensitiis  externes  et  les  internes 
iii*ont  pas  la  même  origine  ;  de  [dus  cet 
appareil  nerveux  est  composé ,  il  ne  peut 
]:ercevoir,  il  ne  peut  comparer  ;  donc  il  faut 


nécessairement  un  autre  être  pour  coo^ 
donner  entre  elles  les  impressions  externe 
et  internes,  pour  établir  leurs  rapports  et 
produire  les  idées  qui  y  sont  relatives,  et 
cet  être  est  évidemment  un  être  qui  a'tst 
point  matière^  un  être  intelligent  et  pure- 
ment spirituel. 

19"  Les  abstractions»  les  idées  générales, 
les  idées  collectives,  représentent  des  ohjeis 
qui  sont  sans  réalité  dans  la  nature,  et  qui 
n'ont  d'autre  existence  que  celle  que  nous 
leur  prêtons.  Elles  ne  proviennent  donc 
point  d'impressions  extérieures,  et  par  con- 
séquent d  un  mouvement  vibratile  de  la 
substance  du  cerveau.  Que  si  Broussais  sou- 
tient que  le  mouvement  qui  les  produit  est 
déterminé  par  celui  d'où  naissent  les  idées 
individuelles  et  réelles  auxquelles  se  raïu- 
chent  les  abstraites,  les  générales  et  les  col- 
lectives, nous  lui  répondrons  :  1*  que  ces 
deux  mouvements  ne  pouvant  différer  Tuq 
de  l'autre  que  par  leur  rapitJité,  ce  qui  ue 
peut  influer  sur  la  nature  de  leurs  produiLs 
ces  ordres  si  différents  d'idées  ne  peuvent 
on  provenir  ;  2*  que  ces  deux  mouvements 
sont  indépendants  l'un  de  l'autre,  puisque 
nous  abstrayons  et  que  nous  çénéralison6 
sans  impression  d'objets  extérieurs;  d'où 
il  suit  que,  pour  que  le  dernier  se  dév^ 
loppât,  il  faudrait  nécessairement  que  la 
matière  encéphalique  se  mit  en  vibration 
librement,  volontairement  et  d'une  manière 
spontanée.  Mais  cette  matière,  comme  tout 
être  matériel,  est  passive,  et  ne  peut  m 
mouvoir  que  par  les  impulsions  qu'elle 
vev^Qïi  ;  donc  ce  n'est  pas  elle  qui  abstrait  et 
qui  généralise;  donc  enfin  ces  opératioir^ 
intellectuelles  ne  peuvent  appartenir  quà 
un  être  immatériel. 

20"  Si  le  jugement  n'était  qu'une  excita- 
tion du  cerveau,  à  quel  mode  de  cet  élal 
vital  appartiendraient  les  idées  de  vertu  et 
de  justice,  et  celles  de  vice  et  d'iniquité! 
Il  faudrait  nécessairement  admettre  ici  dm 
modes  absolument  contraires,  car  rien  n'e$t 
plus  opposé  que  ces  deux  ordres  d'objets. 
Mais  comment  un  mode  d'excitatioû  pour- 
rait-il être  contraire  à  un  autre  mode? 
Seulement  sans  doute  par  la  rapidité  ou 
l'intensité  du  mouvement  vibratile  (|ui  le 
constitue,  puisque,  selon  Broussais,  1  exci- 
tation se  réduit  à  ce  mouvement.  Mais  cette 
modification  ne  pourrait  influer  sur  sa  na- 
ture, car  un  mode  de  mouvement  quelcon- 
que ne  peut  influer  sur  celle  du  corps  qui 
meut  ;  d'où  il  suit  nécessairement  que  toutes 
ces  idées  se  confondraient  en  une  seule,  qut 
serait quoi?....  C'est  an  docteur  Brous- 
sais à  nous  le  dire. 

De  quel  prix,  au  reste,  serait  la  vertu,  te 
fondement  premier  de  l'ordre  social,  e| 
quel  horreur  pourrait  inspirer  le  vice,  qw 
en  est  la  ruine,  puisqu'ils  ne  seraient  Tune 
et  Tautre  au'un  état  particulier  d'une  sutis- 
tance  matérielle,  et  se  montreraient,  par 
conséquent,  indépendants  de  la  volonté  A^ 
l'individu? 

21-  Si  les  idées  n'étaient  que  des  excita- 
lion.**',  des  étals  particuliers  de  la  matier* 


èê9 


ITASTnoraLOGIC. 


E?IC 


irt 


eoeéphaliqst»  il  j  aurait  loojouri  en  nous 
phtsienrs  pereeplions  «imnllanées,  paûqne 
m»  sent  sont  toiyoïiffs  impfessioonés  sioniN 
taBénent.  Nous  eiercerions  dooc  à  la  fois 
phisieQn  comparaisons  et  plusieurs  jaçe- 
ments,  et  nous  eonrevrions  (ie  même  pui- 
sieors  idées  ;  car  ponrqnoi  nne  région  encé* 
phaÛqne  qoeiconqoe  jagerait-elle  préftra- 
MeiDMit  à  nne  antre?  Pourquoi  celle-ci 
resterait-^e  en  repos,  tandis  que  celle-là 
5e  nieCIfait  en  action  ?  Mais  nos  jugements 
et  nos  idées  ne  sont  jamais  simultanés  ;  il3 
ne  foat  qœ  se  suooéJer  les  uns  anx  autres, 
ils  ne  dépendent  donc  point  d*un  état  d*ex- 
ritatiott  de  1  encéphale  ;  ils  n'appartiennent 
donc  point  à  un  être  composé.  Or  cet  appa- 
reil n  est  pas  sémple  ;  il  est  formé,  pour,  ce 
qui  concerne  les  dirers  sfSlimes  organiques 
scBsilÉb,  de  parties  diverses,  qni  sont  cha- 
rone  FabootissaDt  particulier  d*un  de  ces 
sixièmes  ;  et  si  Fon  supposait  qu'il  existât 
un  ccnire  matériel  où  se  rendent  les  irapres- 
siena  naa  ces  parties  reçoivent,  et  qni 
exerce  m  comparaison  et  le  jugement,  nous 
cMflMmtreffîoos  de  même  que  ce  centre  est 
lompuié,  par  eela  aeul  qu'il  est  matière  ; 
direrses  répons  encéphaliques, 
aocan  m  gant  particulier  ne  peut  jn^  ; 
cette  faeulté  n'appartient  pomt  à 


1 

8i  les  perceptions,  les  idées  et  la 
voioolé  étaient  une  excitation  cérébrale,  il 
fmdmit  nécessairement  qu*H  se  développât 
deux  excitations  epriosées  dans  les  cas  où 
une  idée  est  contrebalancée  ou  même  an- 
nulée par  une  autre  idée,  comme  lorsqu'on 
rougit  d'un  penchant  vicieux,  ou  qu'on  le 
svBHHHiie.  Mais  comment  une  excitation 
p«ul-elle  en  anéantir  une  autre?  Par  révul-* 
MHi,  dira  Broussais.  Mais  dans  les  circons- 
tances où  ces  deux  excitations  remportent 
alternativement  l'une  sur  l'antre,  ommc 
lorsque  alternativement  nous  cédons  à  une 
liée  et  nous  la  repoussons,  il  fiiat  donc  sup- 
poser qoll  s'opère  dans  l'encéphale  des  re- 
misions alternatives,  et  d'une  extrême  rapi- 
dité. Quel  sera  Fesprit  juste,  le  pbjsioto- 
gîste  de  bonne  foi,  qui  pourra  admettre  une 
supposition  pareille?  Cne  excitation  révul- 
sive esl^llo  lilH^,  volontaire  ?  8e  dissipe- 
t*elle  avec  la  rapidité  de  l'éclair? 

An  reste,  ne  sait-on  pas  que  les  penchants 
frtijsiques  les  plus  violents  sont  souvent  sur- 
monta par  de  simples  idées  morales,  (|or 
n'ont  pas,  à  beaucoup  près,  la  même  vivacité 

r\  eelles  qui  naissent  des  besoins  exagérés 
Torganisation  ?  Il  faudrait  donc  convenir 
me,  dns  ee  cas,  rexcltation  la  plus  faible 
la  emporté  sur  la  plus  forte,  et  qu'une 
idée  est  devenue  prédominante  sans  révul- 
sion ;  ce  Qui  démontre  manifestement  la 
vanité  de  la  théorie  de  l'excitation  céré* 
brale. 

»  ■wniiiaii  dil  Uh  fârriMMS  aie  la 
fèUe^  pans  tta,  M4)  que  le  jugement  se 
rédoit  à  la  mremif^m  de  la  fereeiHam^  qu'il 
s'exécute  oans  le  cerveau,  quil  est  une 
excitation  de  sa  substance,  quç  ndée  ne 
sjurait  être  autre  chose  que  cette  excitation. 


Mais  dans  le  dérelop|iement  des  idées  sans 
l'action  d'impressions  extérieures,  comme 
eelles  que  nous  formons  par  la  mémoire, 
rien  qui  vienne  de  dehors  n'excite  le  cer- 
veau ;  il  faut  donc  que  cet  oi^ne  s'excite 
hii-mème.  Mais,  pour  s>xciter ainsi,  il  faut: 
V  qu'il  le  veuille  ;  2*  qu'il  le  puisse. 

C^,  en  premier  lieu,  pour  le  vouloir* 
f  *  ii  faml  qu'il  pense  à  le  vouloir^  et  que, 
ptr  conséquent,  il  soit  excité.  Mais  il  ne 
l'est  pas,  il  ne  peut  l'être,  puisque  rien 
n'agit  sur  lui  ;  donc  il  ne  peut  avoir  la  vo- 
lonté de  vouloir  s'exciter  ;  donc  il  ne  peut 
percevoir  ;  2*  il  faut  qull  soii  libre  ;  mais  la 
matière,  dans  ^elque  état  qu'elle  se  trouve, 
n'a  point  la  liberté  pour  attribut,  elle  est 
essentiellétaient  passive,  et  ne  fait  qu'obéir 
aux  impressions  qu'elle  reçoit  ;  donc  encore 
elle  ne  peut  vouloir  s'exoiter. 

En  second  lieu,  pour  que  le  cerveau 
puisse  s'exciter  lui-même ,  il  faut  nécessai- 
rement qu'il  agisse  sur  sa  pro{  re  substance, 
il  fout  qu'il  sorte  de  lui-même  pour  s'im* 
préssionnerl...  car  l'excitation  d'un  corps 
n'est  que  l'eflét  de  l'action  d'un  autre  corps, 
situé  nors  du  premier  (à  ouelles  consé- 

Suences  absurdes  un  faux  système  peut  con- 
uire  I).  Il  ne  peut  donc  agir  sur  lui-même, 
et,  par  conséquent,  s'exciter.  Si  donc  d'une 
part  il  ne  peut  le  vouloir ,  et  que  de  l'autre 
il  ne  le  puisse ,  il  est  évident  qu'il  ne  s'ex  - 
cite  point  lui-même  dans  la  perception  des 
objets  que  la  mémoire  retrace,  et,  puisque 
nous  pensons  jsans  cette  excitation  ,  il  laut 
en  conclure  que  la  perception  en  général , 
que  les  jugements ,  que  les  idées  ne  sont 

S  oint  urne  exeiiaiion  de  sa  sabsiance^  et  en- 
n   que  ces   objets  lui  sont  entièrement 
étrangers. 

Considérons  aussi  que  nous  passons  k  vo- 
lonté, avec  la  rapidité  de  l'éclair,  d'une  per- 
ception, d'une  iaée  et  d'une  volonté  à  une 
aotre.Si  donc  la  perception,  l'idéeetla  volonlé 
étaient  une  excitation  encéphalique,  il  fau- 
drait d'aliord  nécessairementadmettre  que 
chaque  perception ,  chaçiue  idée ,  chaque  vo- 
lonté est  un  mode  particulier  d'excitation  : 
car  comment  sans  cela  pourraient-elles  di- 
férer  les  unes  des  autres  ?  et,  en  second  lieu, 
que  chacun  de  ces  modes  se  «Kssipe  et  est 
remplacé  par  un  autre  avec  la  rapidité  de 
la  pensée.  La  première  supposition  ne  peut 
être  admise,  car,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit ,  l'excitation  oui  n'est  qu'un  mouve- 
ment vibratile ,  d  après  Broussais ,  et  qui 
ne  peut  varier  que  par  l'inlensité  on  la  ra- 
pidité de  cemouvMnent ,  ce  qui  n'en  change 
nullement  la  nature,  ne  peut  constituer 
des  objets  aussi  variés  que  les  perceptions, 
les  idées  et  la  volonté.  Quant  à  la  seconde , 
elle  est  plus  absurde  encore ,  s'il  est  pos- 
sible; comment, en  effet,  peut-on  concevoir 
qu'une  excitation  de  la  matièra  cérébrale 
se  dissipe  pour  être  remplacée  par  une  au* 
tre ,  avec  la  rapidité  de  ces  actes  intellec* 
tuels?  Est-ee  là  la  marche  des  excitations 
orgmiques  ? 

Concluons  de  tout  cela  que  le  matéria* 
lisme  de  Broussais  repose  sûr  des  bases 


451 


ENC 


DICTiONNAiRE 


Eric 


ISI 


teileiBCiit  fragiles  9  qu*ii  s*écroule  de  lui- 
même  dès  qu'on  yient  à  l'examiner. 

2h^  Terminons  ces  trop  nombreuses  dé- 
monstrations par  le  raisonnement  suivant  : 

La  matière  cérébrale  ne  peut  point  se  ju- 
ger elle-même ,  et  par  conséquent  se  con- 
naître, r  parce  qu'elle  n'est  pas  nimple^  et 
Sue  si  elle  se  jugeait,  il  y  aurait  autant 
e  jugements  simultanés  qu'elle  a  de  par- 
ties ou  d'éléments  constitutifs  ;  2*  parce 
qu'elle  ne  peut  s'impressionner  elle-même , 
mais  seulement  recevoir  des  impressions 
de  la  part  des  corps  extérieurs ,  ni  réagir 
sur  sa  propre  substance  ;  opérations  néces- 
saires pour  qu*eile  pût  se  sentir ,  se  per- 
cevoir ,  se  comparer  à  d'autres  êtres,  et 
enfin  s'apprécier.  Donc  les  matérialistes,  s'ils 
ne  sont  que  matière  y  ne  peuvent  connaUre 
quelle  est  leur  véritable  nature;  et  s'ils 
aOirment  qu'ils  ne  sont  formés  que  d'élé- 
ments matériels,  ils  démontrent,  par  cela 
seul,  que  l'être  qui  en  eux  porte  ce  juge- 
ment n  est  point  et  ne  peut  être  une  subs- 
tance matérielle,  et  leur  opinion  même 
est  une  des  démonstrations  les  plus  éviden- 
tes que  nous  puissions  leur  opposer  (195). 

J  IV.  L'appareil  encéphalique  ne  peut  se 
ressouvenir.  — Après  avoir  démontré,  par 
tant  de  preuves  incontestables,  que  la  per- 
ception, la  comparaison  et  le  jugement 
ne  peuvent  être  exercés  par  l'encépliale, 
aurions-nous  besoin  de  nous  appesantir 
beaucoup  sur  ce  qui  doit  établir  que  la 
mémoire  ne  lui  appartient  point?  Cette 
fonction  n'est  que  la  perception,  la  coiu|;a- 
raison ,  ou  le  jugement  de  sensations  éprou- 
vées, ou  d'images  produites  au  dedans  de 
nous  ;  elle  n'est  que  la  répétition  de  ces 
mômes  fonctions  précédemnieBt  exercées; 
et,  par  conséquent,  tout  ce  que  nous  avons 
d  t  relativement  à  celles-ci,  pour  prouver 
que  la  matière  encéphalique  y  demeure 
éiran^èrc,  lui  est  enlièrement  applicable. 
Toutefois  nous  opposerons  aux  matérialis- 
tes l'argument  suivant  : 

Si  la  mémoire  était  exercée  par  l'organe 
cérébral ,  elle  ne  pourrait  être  que  1  effet 
d'impressions  persistantes  ou  du    retour 

(195)  Les  malériaUstes,  joignant  à  Taveuglement 
ringratitude,  oublient  qu'Us  sont  redevables  de  leur 
existence  à  ce  bieufait  du  spiritualisme  qu'ils  s'ef- 
forcent d'anéantir.  Supposez,  en  effet,  que  tous  ks 
hommes,  profondément  imbus  des  opinions  du  ma- 
térialisme, en  adoptassent  toutes  les  conséquences, 
et  considérez  sans  eifroi,  si  vous  le  pouvez,  ce  que 
deviendrait  alors  le  corps  social.  L*iDju8tice,  le  par- 
jure, la  fraude,  l'adoltère,  .l'inceste,  les  empoison- 
nements, les  meurtres,  tout  ce  que  le  mot,  qui  rap- 
porte toiit  à  soi,  aue  rien  alors  ne  pourrait  retenir, 
peut  enfanter  de  funeste,  ne  se  répandra ieutrils  pas 
sans  contrainte  sur  toute  la  surface  de  la  terre?  Et 
Tespèce  humaine ,  qui  ne  se  soutient  que  par  les 
lois  morales  ,  pourrait-elle  tarder  à  s'anéantir? 
Mais,  rénondra-t-OR,  les  loi«  humaiiies  seraientrellea 
«ans  poKsiaee,  et  ne  s'opposeraieni^lles  pas  ans 
maux  dont  vous  aoua  menaces?...  Les  lois  Im- 
iSiaines!  quel  pouvoir  pourraîenl^lies  exercer  sur 
une  société  généralement  et  pleinement  corrompue, 
surtout  dans  les  circooslances  infinies  où  il  est  si 
facile  de  se  dérober  aux  punitions  qu'elles  infligent? 


d*uu  mouveircnt  de  perception  dans  les 
molécules  du  cerveau  qui  auraient  dMi 
reçu  ces  impressions  ou  qui  auraient  été 
animées  de  ce  mouvement.  Mais  nain 
matière  organique  se  renouvelle  sans  cesse, 
et ,  après  un,  certain  temps ,  le  cerveau, 
comme  tous  les  autres  organes,  se  troute 
composé  d'éléments  nouveaux.  Donc  alors 
les  molécules  qui  pourraient  seules  rappcw 
1er  le  souvenir  du  passé  n'existent  plus, 
elles  ont  été  éliminées  avec  les  restes  de 
la  matière  encéphalique.  Cependant  notre 
souvenir  s'étend  jusque  dans  notre  eufuice, 
et  c*est  seulement  relativement  aux  événe* 
ments  du  premier  âge  que  se  montre  fidèle 
la  mémoire  du  vieillard.  11  est  donc  ab- 
surde de  supposer  qu'elle  est  l'attribut  de 
la  substance  cérébrale. 

Autre  considération  :  St  la  mémoire  n'é- 
tait ,  «omme  le  dit  Broussais ,  qu'une  ei- 
citation  ou  un  mouvemeat  vibratiie  de  la 
matière  cérébrale,  il  faudrait  supposer, 
lorsqu'elle  se  développe  apastanécnent  et 
par  une  série  d'idées  suecessives  qui  se 
rappellent  las  unes  les  autres ,  qu'il  s'éta- 
blit dans  le  cerveau  (  en  admettant  toute* 
fois  que  les  molécules  de  cet  organe  plus- 
sent se  mouvoir  par  eltes-iaAaias ,  ce  qui 
n  est  point  J  une  suite  de  mouveioaits  $u^ 
ccssifs  et  dépendants  les  uns  des  autres, 
correspondant  chacun  k  une  idée  particu- 
lière ;  mais  un  mouvement  communiqué 
ne  diffère  point ,  quant  à  sa  nature,  du 
mouvement  qui  i'4  produit  ;  d'eu  l'on  peut 
rigoureusement  conclure  que,  dans  cette 
hypothèse,  il  ne  naîtrait  de  tous  oes  mou- 
vements encéphaliques  qu'une  seule  et 
môme  idée,  et  que,  par  conséquent,  la 
mémoire  ne  pourrait  s'exercer. 

Remarquez  d'ailiettrs  que  l'on  ne  peut 
supposer  ici  aucue  impression  reçue  ai 
aucun  mouvement  matériel  développé  dout 
expliquer  l'exercice  de  cette  fonction.  Quel 
serait,  en  effet,  l'agent  matériel  qui,  laos 
cet  acte ,  déterminerait  l'action  de  la  subs- 
tance encéphalique  7  Les  fonctions  des  sens 
n'y  concourent  en  rien,  excepté  dans  les 
circonstances   oh  une   sensation  présente 

Remarquez  d'aillenrs  qiie  ces  leia  ae  poumieBt 
exister  avec  le  maténalisme;  car,  pour  les  créer, 
il  aurait  fallu  abjurer  cette  funeste  opinioa  dans 
laquelle  il  n'y  a  ni  bien  ni  mal,  m  vice  ni  vertu,  ai 
punition  ni  récompense. 

U  suit,  évidemment,  de  œ  que  nous  venons  de 
dire,  que  le  corps  eocial  n^eiisieraît  bientôt  plus,  oa 
pl«tét  qu'il  n'ïNifail  jatmis  pu  s'éUbHr  avec  le  maié- 


Mais  si  le  spiritualiaiM  M  tettenent  easeatid  t 
Tbomme,  que,  sans  coite  bieofaisaïUe  doctrine,  cet 
être  ne  saurait  exister,  il  est  donc  dans  sa  nauire  ; 
ce  n'çst  donc  point  une  invention  de  son  esprit,  uo 
produit  de  son  imagination,  en  un  mot  un  $if$tème, 
maïs  bien  «ne  impmlaBle  et  U  plvs  nportaDie  des 
vé:-ité«. 

iCattft,  fîafc  te  apifit«aftHareat<««i  tarceb 
seul  4«*tt  eoaconft  è  TeuslMM»  ëe  rai^ice  bu- 
maine,  ie  matënaliftipa,  ^i  .ea  eatniiieraît  iuéfiU' 
Licment  la  dcstructioa,  ae  saurait  Tétrc.  Oa  doit 
donc  le  considérer^  dans  Ica  individus  qpi  le  y*^ 
fessent,  comme  un  égarement  de  la  raison. 


45S 


EKC 


D*A!VrimOP0L0GIE. 


F.NC 


4r>i 


rappeMe  le  sourenir  d'une  idée  précéJem- 
Dient  conçue;  mais  alors*  Tinfluence  de  ces 
orçincs  n  est  qu'indirecte ,  et  ce  sont  des 
idées  qui  ne  sont  point  des  objets  matériels, 
qui  facilitent  l'exercice  du  souvenir.  Puis 
•foDC  que  les  idées,  même  les  idées  abslrai- 
ips,  proYoquent  cette    fonction,  et  que, 
d'une  autre  part,  une  action  organique  ne 
peut  être  déterminée  que  par  des  impres- 
sioDs  matérielles  ,  il  demeure  évident  que 
la  mémoire  ne  pieut  apjpartenir  à  un  être 
matériel ,  et,  par  conséquent,  qu'elle  est 
étrangère  k  l'encéphale. 
Considérons  encore  que  la  mémoire  pu  le 
rapport  d'idées  déjà  conçues  est  une  sorte 
de  faction  du  mot  sur  lui-même,  que  la 
iDatière  est  incapable  de  cette  réaction  , 
au'elle  ne  peut  éprouver  que  des  impres- 
sions qui ,  n'agissant  sur  elle   que  lors- 
iju'elles  s'effectuent ,  ne  pourraient  donner 
lieu  qu'à  des  idées  sur  des  objets  présents, 
et  jamais  rappeler  directement  à  notre  es- 
phUes idées  déjà  conçues  ;  ce  qui  suffit, 
re  nous  semble ,  pour  démontrer  pleino- 
imtqne  la  mémorre  ne  peut  être  exercée 
piruû  instrument  matériel. 
5o«$  pourrions  ajouter  que  la  mémoire 
w( adiré,  spontanée,  libre,   volontaire, 
qu'elle  peat  s'eiercer  successivement  sur 
no"  infinité  d'objets  différents ,  et ,  à  notre 
mS  sur  tels  objets  plutôt  que  sur  tels  au- 
trç>i  qu'elle  est    susceptible  d'éducation, 
woine  le  prouve  la  mnémonique;  qu'elle 
s'opère  par  l'influence  des  caractères  écrits 
«Q  des  sons  articulés,  signes  représentatifs 
mi  siimification  par  eux-mêmes  et  n'ayant 
que  celle  que  l'intelligence  leur  prête  ;  qiie 
les  produits  de  la  mémoire  ne  sont  point 
Qiatériels,  etc.,  etc.;  tandis  que  la  matière 
oTç^anique  est  passive,  ne  se  meut  poifit 

Îmtanément,  mais  par  la  seule  influence 
}  agents  qui  Teicitent  et  oui  en  déter- 
ninent  les  mouvements  ;  qu'elle  ne  peut  ni 
«n^^îer,  ni  changer,  ni  modifier  ellc-uièmè 
fadjon  qu'elle  exerce  ;  qu'il  n'y  a  pour  elle 
Ve'Ies  impressions  significatives  dans  lé- 
fi'ure  et  dans  la  parole  ,  et  que ,  par  con- 
^p^ût,elle  n'est  point  susceptible  d'édu- 
fUm  relativement  à  l'exercice  de  la  nié- 
*Hre,  puisque  c'est  sur  la  parole  et  les 
waeières  écrits  que  cette  éducation  repose; 
1»e  ces  produits  ne  peuvent  être  que  nia- 
^fiels,  etc.,  etc.  Mais  tous  ces  objets  ont 
^^  amplement  développés  dans  l'examen 
j^  la  perception ,  de  la  comparaison  et  du 
,tt?ement,  fonctions  qui  se  reproduisent 
«isn»»  la  mémoire  (196). 

<1%)  AjoutODs  à  ces  considérations  une  démons- 
^lino  ériiienle,  puisée  dans  les  faits  pathologiques. 
f^M*  IfS  affeciions  encéphaliques ,  avec  perte  de 
'^wittince,  crnnme  Tépilepsie,  par  exemple,  les 


'^'1  êvitkmiBeBi  avoir  perçu ,  jusé  ce  qu'il  a 
'l^'iniiré,  puisque  c*est  lui  qui  a  été  le  siège  de  la 
••aWie,  et  par  coiiséqueut  en  avoir  le  souveiâr. 
''Vendant  il  n'en  est  rien.  Cela  ne  déraontre-t-il 
ï^([ne  ta  mémoire,  comme  les  autres  fonctions  de 


§  V.  L encéphale  ne  peut  imaginer. — L'ima- 
gination est  un  acte  intellectuel  par  lequel 
nous  combinons  entre  elles  des  images  déjà 
produites,  des  idées  conçues,  pour  en  créer 
des  idées  et  surtout  des  images  nouvelles,  ce 

3ui  lui  a  valu  le  nom  qu'elle  porte.  Elle  a 
onc  sa  source  dans  la  mémoire  ;  et  puisque 
celle-ci  ne  peut  être  exercée  par  l'appareil 
encéphalique,  comme  nous  venons  de  le  dé- 
montrer, il  demeure  évident  que  iHmaiçina- 
tion  ne  lui  appartient  pas  davantage. 

Comment,  en  effet,  pourrait-on  supposer 
que  cette  faculté,  le  plus  brillant  apanage  de 
1  homme,  réside  dans  un  instrument  maté- 
riel? Comment  une  fonction  libre,  volon- 
taire, pourrait-elle  appartenir  à  un  organe, 
à  un  instrument  passir,  assujetti  à  toutes  les 
causes  qui  en  déterminent  les  mouve- 
ments (197)? 

Eh  quoi  I  le  génie  de  l'homme,  qui  anime 
et  embellit  tout  ce  q^u'il  embrasse,  qui  ré- 
pand la  chaleur  et  la  vie  même  dans  les  êtres 
inanimés,  qui,  dans  son  vol  hardi,  sYlèvo 
au-dessus  de  tout  ce  qui  existe,  plane  dans 
Timmensité  de  l'espace,  soumet  à  son  em- 
pire toute  la  nature,  étonne  ou  ravit  par  la 
sublimité  ou  la  beauté  de  ses  conceptions, 
sei*ait  l'attribut  de  quelques  éléments  orga- 
niques? Tous  les  chefs-îil'œuvre  des  beaux- 
arts  ,  par  une  merveille  plus  inconcevable 
encore  que  la  spiritualité  de  l'être  qui  les  a 
créés,  se  réduiraient  aux  simples  effets  de 
quelques  mouvements  matériels...?  Quoil 
les  riches  fictions  d'Homère,  les  divins  trans- 
ports de  Pindare,  les  doux  accents  de  Vir- 
Î;ile,  les  sublimes  inspirations  de  Corneille, 
a  poésie  si  harmonieuse  de  Racine,  ne  se- 
raient que  les  rt5sultats  d'une  digestion  céré- 
brale? Le  génie  de  Phidias,  Je  Praxitèle, 
d'Apellé,  la  noble  et  douce  sévérité  du  pin- 
ceau de  Raphaël,  les  grâces  qui  naissaient 
sous  celui  de  l'Albane,  l'énergie  et  l'éléva* 
lion  des  Carraches,  la  rii^hesse  si  savamment 
étalée  de  Rubens,  les  compositions  si  poéti  - 
ques  de  Poussin,  et  de  nos  iuurs,  celle  des 
David,  des  Girodet,  des  Guérin,  des  Gros, 
des  Gérard,  ne  nous  offriraient  que  les  pro* 
duits  d'une  sécrétion  organique?  Mous  ne 
devrions  voir  dans  les  savantes  composi- 
tions de  Mozart,  dans  la  gracieuse  mélodie 
de  Cimarosa,  dans  la  m^yestueuse  harmonie 
de  Haydn,  dans  celle  si  brillante  de  Rossini 
et  dans  la  fraîcheur  des  chants  de  Boieldieu, 
que  les  résultats  de  quelques  mouvements 
cérébraux,  et,  dans  ces  artistes  célèbres,  que 
des  espèces  de  cylindres  d'orgues  à  mani- 
velle...? Dans  quels  esprits  raisonnables,  ou 

rentendement,  lui  estétrangèreT 

(197)  Comment  d^aîllenrs  la  matière,  q«l  ne  peu 
a^ir  que  par  des  impressions  présentes,  pourrailroUe 
ici  entrer  en  action  par  des  impressions  passées,  et 
qui  par  conséquent  ne  cent  plus,  et  ue  peuvent  Tcx- 
citer. 

Considérons,  de  plus,  que  le  délire  qui  est  produit 
par  une  passion  violente,  par  une  exaltation,  un 
trouble  de  Timannation,  survient  souvent  sans  au- 
cune altération  de  la  matièfe  cérébrale  ;  ce  qui  dé- 
montre évidemment  que  cette  matière  est  étrangéra 
à  Texercice  de  cette  fonction. 


45S 


ENF 


di(:tio>{xaiii€ 


EN? 


iJi 


libres  oe  tout  joug  systématique,  de  si  folles 
idées  pourraient-elles  se  former?  Et  quels 
seraient  les  hommes  de  bonne  foi  qui  vou- 
draient partager  une  pareille  extravagance?. . . 
Non,  le  génie,  ce  subi  irae  attribut  de  1  homme, 
ne  peut  appartenir  à  un  instrument  maté- 
riel. 

IsNDAMÈNES.  Voy.  Alfouroc  ,  Malaise 
(Race). 

ENFANCE.  —  Si  quelque  chose  est  capa- 
ble de  nous  donner  une  idée  de  notre  fai- 
blesse, c'est  l'état  où  nous  nous  trouvons  im- 
médiatement après  la  naissance.  Incapable  de 
faire  aucun  usage  de  ses  organes  et  de  se 
servir  de  ses  sens,  l'enfant  qui  natt  a  besoin 
de  secours  de  toute  espèce,  c'est  une  image 
de  misère  et  de  douleur;  il  est  dans  ces  pre- 
miers temps  plus  faible  qu'aucun  des  ani- 
maux; sa  vie  incertaine  et  chancelante  pa- 
rait devoir  finir  à  chaque  instant;  il  ne  i)eut 
se  soutenir  ni  se  mouvoir;  à  peine  a-t-il  la 
force  nécessaire  pour  exister  et  pour  annon- 
cer par  de:2  gémissements  les  souffrances 
qu*il  éprouve,  comme  si  la  nature  voulait 
1  avertir  qu'il  est  né  pour  souffrir,  et  qu'il  ne 
vient  prendre  place  dans  l'espèce  humaine 
que  pour  en  partager  les  infirmités  et  les 
peines. 

Ne  dédaignons  pas  de  jeter  les  yeux  sur 
nn  état  par  lequel  nous  avons  tous  cou> 
mencé;  voyons-nous  au  berceau,  passons 
même  sur  le  dégoût  que  peut  donner  le 
détail  des  toins  que  cet  état  exige,  et  cher- 
chons pa"  quels  degrés  celle  machine  déli- 
cate, ce  corps  naissant  et  à  peine  vivant, 
vient  à  pt^endre  du  mouvement,  de  la  con- 
sistance et  des  forces. 

L'enfant  qui  naît  passe  d'un  élément  dans 
un  autre  ;  au  sortir  de  l'eau  qui  l'environ- 
nait de  toutes  parts  dans  le  sein  de  sa  mère, 
il  se  trouve  exposé  à  l'air,  et  il  éprouve  dans 
l'instant  les  impressions  de  ce  fluide  actif; 
l'air  agit  sur  les  nerfs  de  l'odorat  et  sur  les 
organes  de  la  respiration  ;  cette  action  produit 
une  secousse*,  une  espèce  d'éternuement  qui 
soulève  la  ca^Mcité  de  la  poitrine,  et  donne 
à  l'air  la  liberté  d'entrer  dans  les  poumons  ; 
il  dilate  leurs  vésicules  et  les  gonfle,  il  s'y 
échauffe  et  s'y  raréfie  jusqu'à  un  certain 
degré,  après  quoi  le  ressort  des  fibres  dila- 
tées réagit  sur  ce  fluide  léger  et  le  fait  sortir 
des  poumons.  Nous  n'entreprendrons  pas 
d'expliquer  ici  les  causes  du  mouvement 
alternatif  et  continuel  de  la  respiration; 
nous  nous  bornerons  à  parler  des  effets. 
Cette  fonction  est  essentielle  à  l'homme  et  à 
plusieurs  espèces  d'animaux;  c'est  ce  mou- 
vement gui -entretient  ki  vie;  s'il  cesse,  rani- 
mai périt  ;  aussi  la  respiration  ayant  une 
fois  commencé,  elle  ne  finit  qu'à  la  mort  ; 
et  dès  que  le  oHas  respire  pour  la  première 
fois,  il  continue  à  respirer  sans  interruption. 
Cependant  on  peut  croire  avec  quelque  fon- 
dement que  le  trou  ovale  ne  se  ferme  pas 
tout  à  coup  au  moment  de  la  naîasance,  et 
que  par  conséquent  une  partie  du  sang  doit 
continuer  à  passer  par  cette  ouverture  :  fout 
te  sang  ne  doit  donc  pas  entrer  d'abord  dans 
lês  peumons  ;  et  peut-être  pourrait-on  priver 


de  lair  l'enfanl  nouveau-né  pendant  un  temps 
considérable,  sans  que  cette  privation  lui 
causât  la  mort. 
L'air  trouve  ordinairement,  en  entrant 

f>our  la  première  fois  dans  les  poumons  de 
'enfant,  quelque  obstacle  causé  par  la  li- 
queur qui  s'est  amassée  dans  la  trachée- 
artère;  cet  obstacle  est  plus  ou  moins  grand 
à  proportion  de  la  viscosité  de  cette  liqueur  ; 
mais  l'enfant,  en  naissant,  relève  sa  lete  qui 
était  penchée  en  avant  sur  sa  poitrine,  et  par 
ce  niouvement  il  allonge  le  canal  de  la  tra- 
chée-artère ;  l'air  trouve  place  dans  ce  canal 
au  moyen  de  cet  agrandissement,  il  force  la 
liqueur  dans  l'intérieur  du  poumon,  et,  eo 
dilatant  les  bronches  de  ce  viscère,  il  distri- 
bue sur  leurs  parois  la  mucosité  qui  s'oppo- 
sait à  son  passage  ;  le  superflu  de  cette  humi- 
dité est  bientôt  r^esséché  par  le  renouvelle- 
ment de  l'air  ;  ou  si  l'eniant  en  est  incom- 
modé, il  tousse,  et  enfin  il  s'en  débarrasse 
Ear  l'expectoration  ;  oh  la  voit  couler  de  sa 
ouche,  car  il  n  a  pas  encore  la  force  de 
cracher. 

Comme  nous  ne  noua  souvenons  de  rien 
de  ce  qui  nous  arrive  alors,  nous  ne  pou- 
vons guère  juger  du  sentiment  que  produit 
l'impression  de  l'air  sur  l'eniant  nouveau- 
né;  il  paraît  seulement  que  les  gémisse- 
ments et  les  cris  qui  se  font  entendre  dans  le 
moment  qu'il  respire  sont  des  signes  peu 
équivoques  de  la  douleur  que  l'action  de 
Tair  lui  fait  ressentir.  L'enfant  est  en  elTeL 

Jusqu'au  moment  de  sa  naissance,  accoutumé 
[  la  douce  chaleur  d'un  liquide  tranquille, 
et  on  peut  croire  que  l'action  d'un  fluide 
dont  la  température  est  inégaie  ébranle  trop 
violemment  les  fibres  délicates  de  son  corps; 
il  parait  être  également  sensible  au  c!)au4 
et  au  froid,  il  gémit  en  quelque  situation 
qu'il  se  trouve,  et  la  douleur  parait  être  sa 
première  et  son  unique  sensation. 
La  plupart  des  animaux  ont  encore  les 

J>eux  lermés  pendant  quelques  jours  après 
eur  naissance  :  Tenfant  les  ouvre  aussitôt 
qu'il  est  né,  mais  ils  sont  fixes  et  ternes;  on 
n'y  voit  pas  ce  brillant  qu'ils  auront  dans  l»i 
suite,  ni  le  mouvement  qui  accompagne  la 
vision.  Cependant  la  lumière  qui  les  Trame 
semble  faire  impression,  puisque  la  prunelle, 
qui  a  déjà  jusqu'à  une  ligne  et  demie  ou 
deux  de  diamètre,  s'étrécit  ou  s*élargit  à  une 
lumière  plus  forte  ou  plus  faible,  eu  sorte 
qu'on  pourrait  croire  qu'elle  produit  déjà 
une  espèce  de  sentiment;  mais  ce  sentiment 
est  fort  obtus  :  le  nouveau-né  ne  distingue 
rien  ;  car  ses  yeux,  même  en  prenant  du 
mouvement,  ne  s'arrêtent  sur  aucun  objet; 
l'organe  est  encore  imparfait,  la  cornée  eM 
ridée,  et  peut-être  la  rétine  est-elle  aussi 
trop  molle  pour  recevoir  les  images  des 
objets  et  donner  la  sensation  de  la  vue  dis- 
tincte, n  parait  en  être  de  même  des  autres 
sens,  ils  n'ont  pas  encore  pris  une  certaine 
consistance  nécessaire  à  leurs  opérations: 
et  lors  même  qu'ils  sont  arrivés  à  cet  état,  il 
se  passe  encore  beaucoup  de  temps  avant 
que  l'enfant  puisseavoir  des  sensations  juslP> 
et  complètes.  Les  sens  sont  des  espèces  dto- 


157 


ENP 


D*ANTimOPOLOGIE. 


iMi 


îraments  dont  il  tant  apprendre  à  se  servir. 
Ceioi  de  la  Tne*  qui  parait  être  le  plus  noble 
et  le  plus  admirable,  est  en  même  temps  le 
moins  sûr  et  le  pins  illusoire  ;  ses  sensations 
ne  produiraient  que  des  jugements  faux, 
s*ils  n*étaient  k  tout  instant  rectifiés  par  le 
témoignage  du  toucher.  Cependant  ce  sens 
même,  n*est  pas  encore  panait  dans  l'enfant 
an  moment  de  la  naissance.  Il  donne»  à  la 
yérité,  des  signes  de  douleur  par  ses  gémis- 
sements et  s«s  cris ,  mais  il  n'a  encore  au- 
cune expression  {)oor  marquer  le  plaisir  ;  il 
ne  commence  è  nre  qu'au  bout  de  quarante 
jours  :  c*est  aussi  le  temps  auquel  il  com- 
mence à  pleurer,  car  auparavant  les  cris  et 
les  gémissements  ne  sont  point  accompa- 
gnés de  larmes.  Il  ne  paraît  donc  aucun  signe 
de  fiassions  sur  le  visage  du  nouveau-né  ;  les 
fKirties  de  la  face  n*ont  pas  même  toute  la 
ronsistance  et  tout  le  ressort  nécessaires  è 
c^iie  espèce  d'expression  des  sentiments  de 
Tâme  :  toutes  les  autres  parties  du  corps, 
enfx>re  bibles  et  délicates,  n'ont  aue  des 
m  ^u  vements  incertains  et  mal  assures  ;  il  ne 
pp'ir  pas  se  tenir  debout  ;  ses  jambes  et  ses 
cuisses  sont  encore  pliées  par  l'babitude 
aTi'il  a  contractée  dans  le  sein  de  sa  mère; 
il  n'a  pas  la  force  d'étendre  les  bras  ou  de 
saisir  quelque  chose  avec  la  maiu  :  si  on 
ral>andonnait,  il  resterait  couché  sur  le  dos 
sans  pouvoir  se  retourner. 

En  réfléchissant  sur  ce  oue  nous  venons 
de  dire,  il  parait  que  la  douleur  que  Tenfant 
ressent  dans  les  premiers  temps,  et  qu'il 
eiprime  par  des  gémissements,  n'est  qu  une 
sensition  corporelle ,  semblable  à  celle  des 
animaux  qui  gé  nissent  aussi  dès  qu'ils  sont 
nés,  et  que  les  sensations  de  l'âme  ne  com- 
mencent à  se  manifester  qu'au  bout  de  qua- 
rante jours;  car  le  rire  et  les  larmes  sont 
fies  produits  de  deux  sensations  intérieu- 
res, qui  toutes  deux  dépendent  de  l'action 
de  rlrao.  La   première  est  une  émotion 
azréable  qui  ne  peut  naître  qu'à  la  vue  ou 
par  le  souvenir  aun  objet  connu  ,  aimé  et 
désiré;   l'autre  est  un   ébranlement  désa- 
gréable, mêlé  d'attendrissement  et  d'un  re- 
tour sur  nous-mêmes  :  toutes  deux  sont  des 
passions  qui  supposent  des  connaissances  , 
des  comparaisons  et  des  réflexions;  aussi  le 
rire  et  les  pleurs  sont-ils  des  signes  particu- 
liers à  l'espèce  humaine  pour  exprimer  le 
plaisir  ou  la  douleur  de  Tâme,  taudis  que  les 
rris,  les  mouvements  et  les  autres  signes  des 
douleurs  et  des  plaisirs  du  corps,  sont  com- 
muns à  l'homme  et  à  la  p1u|>art(les  animaux. 
Mais  revenons  aux  fiarties  matérielles  et 
aux   Sections  du  corps.   La  gran^leur  de 
l'enfint,  né  à  terme,  est  ordinairement  de 
TÎn^-un   pouces  :  il  en  naît  cependant  de 
l^K^aaooup  plus  petits,  et  il  7  en  a  nr.énae  qui 
n*oDt  que  quatorze  pouces,  quoiqu'ils  aient 
atteint  le  terme  de  neuf  mois;  queli^ues 
aotresau  contraire  ont  plus  de  vingt-un  pou- 
ces. La  poitrine  des  enfants  de  vin  jt-un  pou* 
ces«  mesurée  sur  la  longueur  du  sternum,  a 
près  de  trois  pouces,  et  seulement  deux  lors- 
que Tenfant  n'en  a  que  quatorze.  A  neuf 
luois  lefoBittS  pèse  ordinairement  douze  li- 

DICT193I5.  d'A^ITUROPOI  IGIS. 


yres,  et  quelquefois  jusqu'à  quatorze  ;  la  tête 
du  nouveau-né  est  plus  grosse  à  proportion 
que  le  reste  du  corps,  et  cette  disproportion, 
qui  était  encore  beaucoup  plus  grande  dans 
le  premier  âge  du  foetus,  ne  disparaît  qu  a- 
prës  la  première  enfance.  La  peau  de  l'en- 
fant qui  naît  est  fort  fine  :  elle  parait  rou^ 
geâtre,  parce  qu'elle  est  assez  transparente 
pour  laisser  paraître  une  nuance  faible  de  la 
couleur  du  sang  ;  on  prétend  même  que  les 
enfants  dont  la  peau  est  la  iilus  rouge  en 
naissant  sont  ceux  qui  dans  la  suite  auront 
la  peau  la  plus  belle  et  la  plus  blanche. 

La  forme  du  corps  et  des  membres  de  l'en- 
fant qui  vient  de  naître  n'est  pas  bien  expri- 
mée :  toutes  les  parties  sont  trop  arrondies;  el- 
les paraissent  même  gonflées  lorsque  l'enfiint 
se  porte  bien  et  qu'il  ne  manque  pas  d'em- 
bonpoint. Au  bout  de  trois  jours  il  survient 
ordinairement  une  jaunisse  ,  et  dans  ce 
même  temps  il  ^  a  du  lait  dans  les  mamelles 
de  l'enfant,  quon  exprime  avec  les  doigts; 
la  surabondance  des  sucs  et  le  gonflement 
de  toutes  les  parties  du  corps  diminuent 
ensuite  peu  à  peu  à  mesure  que  Tenfiml 
prend  de  l'accroissement. 

On  voit  palpiter ,  dans  quelques  enfants 
nouveau-nés  ,  le  sommet  de  ia  tête  à  l'en- 
droit de  la  fontanelle,  et  dans  tous  on  v  peut 
sentir  le  battement  des  sinus  ou  des  artères 
du  cerveau,  si  on  j  porte  la  main.  Il  se  forme 
au-dessus  de  cette  ouverture  une  espèce  de 
croûte  ou  de  gale,  quelquefois  fort  épaisse, 
et  qu'on  est  obligé  de  frotter  avec  des  bros- 
ses pour  la  faire  tomber  à  mesure  qu'elle  se 
sèche  :  il  semble  que  cette  production  qui  se 
lait  au-dessus  de  l'ouverture  du  crâne  ait  quel- 
que analogie  avec  celle  des  cornes  des  ani- 
maux, qui  tirent  aussi  leur  origine  d'une  ou- 
verturedu  crâne  et  de  lasubstance  du  cerveau. 

La  liqueur  contenue  dans  l'amnios  laisse 
sur  Tenfant  utte  humeur  visqueuse  blan- 
châtre ,  et  Quelquefois  assez  tenace  pour 
qu'on  soit  obligé  de  la  détpcmper  avec  quel- 
que liqueur  douce,  afin  de  la  pouvoir  enle- 
ver. On  a  toujours  en  France  la  sage  pré- 
caution de  ne  laver  Tenfant  qu'avec  des 
liqueurs  lièdes  :  cependant  des  nations  en- 
tières, celles  même  qui  habitent  les  climats 
froids  ,  sont  dans  Tusage  de  plonger  leurs 
enfants  dans  l'eau  froide  aussitôt  qu'ils  sont 
nés,  sans  qu'il  leur  en  arrive  aucun  mal  ;  on 
dit  même  que  les  Lapones  laissent  leurs  en- 
fants dans  la  neige  jusqu'à  ce  que  le  froid 
les  aitsaisis  au  point  d'arrêter  la  respiration, 
et  qu'alors  elles  les  plongent  dans  un  bain 
d'eau  chaude;  ils  n'en  sont  pas  même  quit- 
tes pour  être  lavés  avec  si  peu  de  ménage- 
ment au  moment  de  leur  naissance,  on  les 
lave  encore  de  la  même  façon  trois  fois  cha- 
que jour  pendant  la  première  année  de  leur 
vie,  et  dans  les  suivantes  on  les  bai^e  trois 
fois  chaque  semaine  dans  l'eau  froide.  Les 
peuples  du  nord  sont  persuadés  que  les 
bains  froids  rendent  les.  hommes  plus  forts 
et  plus  robustes ,  et  c'est  par  cette  raison 
qu'ils  les  forcent  de  bonne  heure  à  en  con- 
tracter l'habitude.  Ce  qu'il  y  a  de  vrai ,  c'est 
que  nous  ne  connaissons  pas  assec  jusqu'oi^ 


'  t 


15 


459 


ENF 


DICTIONNAIRE 


ENF 


i60 


peuvent  s*étendre  les  limites  de  ce  que  no- 
tre corps  est  capable  de  souffrir ,  d'acquérir 
ou  de  perdre  par  l'habitude;  y»ar  exemple,  les 
Indiensdel'isthmederAmérique  se  plongent 
impunément  dans  l'eau  froide  pour  se  rafraî- 
chir lorsqu'ils  sont  en  sueur;  leurs  femmes 
les  y  jettent  quand  ils  sont  ivres,  pour  faire 
passer  leur  ivresse  plus  prompteraent;  les 
mères  se  baignent  avec  leurs  enfants  dans 
l'eau  froide  un  instant  après  leur  accouche- 
ment \  avec  cet  usage  que  nous  regarderions 
comme  fort  dangereux,  c^s  femmes  périssent 
très-rarement  par  les  suites  des  couches,  au 
lieu  que  ,  malgré  tous  nos  soins ,  nous  en 
voyons  périr  un  grand  nombre  parmi  nous. 
On  ne  fait  point  téter  l'enfant  aussitôt 
qu'il  est  né;  on  lui  donne  auparavant  le 
temps  de  rendre  la  liqueur  et  les  glaires  qui 
sont  dans  son  estomac  ,  et  le  meconiuin  qui 
est  dans  ses  intestins  :  ces  matières  pour- 
raient faire  aigrir  le  lait  et  produire  un 
mauvais  effet.  Ainsi  on  commence  par  lui 
faire  avaler  un  peu  de  vin  sucré  pour  forti- 
fier son  estomac  et  procurer  les  évacuations 
qui  doivent  le  disposer  à  recevoir  la  nourri- 
ture et  à  digérer  ;  ce  n'est  que  dix  ou  douze 
heures  après  sa  naissance  qu'il  doit  téter 
pour  la  première  fois. 

A  peine  l'enfant  est-il  sorti  du  sein  de  sa 
mère,  à  peine  jouit-il  de  la  liberté  de  mou- 
voir et cl'étenJre   ses  membres,  qu'on  lui 
donne  de  nouveaux  liens  :  on  l'emmaillotte, 
on  le  couche  la  tôle  fixe  et  les  jambes  allon- 
gées ,  les  bras  pendants  à  côte  du  corps;  il 
est  entouré  de  linges  et  de  bandages  de  toute 
espèce  qui  ne  lui  permettent  pas  ae  changer 
de  situation  ;  heureux^i  on  ne  Ta  point  serré 
au  point  de  l'empêcher  de  respirer,  et  si  on 
a  eu  la  précaution  de  le  coucher  sur  le  côté, 
afin  que  les  eaux  qu'il  doit  rendre  par  la 
bouche  puissent  tomber  d'elles-mêmes ,  car 
il  n'aurait  pas  la  liberté  de  tourner  la  tête 
sur  le  côté  pour  en  faciliter  Técoulementl 
Les  peuples  qui  se  contentent  de  couvrir  gu 
de   vêtir  leurs  enfants  sans  les  mettre  au 
maillot  ne  font-ils  pas  mieux  que  nous?  Les 
Siamois ,  les  Japonais,  les  Indiens ,  les  nè- 
gres, les  sauvages  du  Canada,  ceux  de  la  Vir- 
Sinie  ,  du  Brésil,  et  la  plupart  des  peuples 
e  la  partie  méridionale  de  l'Amérique,  cou- 
chent les  enfants  nus  sur  des  lits  de  coton 
suspendus,  ou  les  mettent  dans  des  espèces 
de  berceaux  couverts  et   garnis  de  pellete- 
ries. Ces  usages  ne  sont  pas  sujets  à  autant 
d'inconvénients  que  le   nôtre;  on  ne  peut 
pas  éviter,  en  emmaillotlant  les  enfants,  de 
les  gêner  au  point  de  leur  faire  ressentir  de 
la  douleur  ;  les  efforts  qu'ils  font  pour  se 
débarrasser  sont  plus  capables  de  corrompre 
l'assemblage  de  leurs  corps ,  que  les  mau- 
vaises situations  où  ils  pourraient  se  mettre 
eux-mêmes  s'ils  étaient  en  liberté.  Les  ban- 
dages du  maillot  peuvent  être  comparés  au 
corset  que  des  jeunes  filles  et  des  femmes 
portent  :  cette  espèce  de  cuirasse  ,  ce  vête- 
ment incommode,''qu'on  a  imaginé  pour  sou- 
tenir la  taille  et  l'empêcher  de  se  déformer  , 
cause  cependant  plus  d'incommodités  et  de 
difformités  qu'il  n'en  prévient. 


Si  le  mouvement  que  les  enfants  veulent 
se  donner  dans  le  maillot  peut  leur  êlre  fu- 
neste ,  Tinaciion  dans  laquelle  cet  élat  les 
retient  peut  aussi  leur  être  nuisible;  le  dé- 
faut d'exercice  est  capable  de  retarder  l'ac- 
croissement des  membres,  et  de  diminuer 
les  forces  du  corps.  Ainsi  les  enfants  qui 
ont  la  liberté  de  mouvoir  leurs -membres  à 
leur  gré  doivent  être  plus  forts  que  ceux  qui 
sont  emmaillottés  :  c  était  pour  cette  raison 
que  les  anciens  Péruviens  laissaient  les  bras 
libres  aux  enfants    dans   un  maillot  fort 
large;  lorsqu'ils  les  en  tiraient,  ils  les  met- 
taient en  liberté  dans  un  trou  fait  en  terre 
et  garni  de  linges,  dans  lequel  ils  les  des- 
cendaient jusqu'à  la  moitié  du  corps  :  de 
cette  façon  ils  avaient  les  bras  libres,  et  ils 
pouvaient  mouvoir  leur  tête  et  fléchir  leur 
corps  à  leur  çré,  sans  tomber  et  sans  se  blés- 
ser;  dès  qu'ils  pouvaient  faire  un  pas ,  oo 
leur  présentait  la  mamelle  d'un  peu  loia 
comme  un  app&t  pour  les  obliger  à  mar- 
cher.  Les  petits   nègres    sont  ^uolquefois 
dans  une  situation  bien  plus  fatigante  pour 
téter  ;  ils  embrassent  l'une  des  hanches  de 
la  mère  avec  leurs  genoux  et  leurs  pieds,  et 
ils  la  serrent  si  bien,  qu'ils  peuvent  s'y  sou- 
tenir sans  le  secours  des  bras  de  la  mère;  ils 
s'attachent  à  la  mamelle  avec  leurs  mains , 
et  ils  la  sucent  constamment  sans  se  déran- 
ger  et  sans  tomber,  malgré  les  différents 
mouvements  de  la  mère  ,  qui ,  pendant  ce 
temps,  travaille  à  son  ordinaire.  Ces  enfants 
commencent  à  marcher  dès  le  second  liaoiS) 
ou  plutôt  à  se  traîner  sur  les  genoux  et  sur 
les  m^ins  :  cet  exercice  leur  donne  pour  U 
suite  la  facilité  de  courir  dans  cette  situa- 
tion presque  aussi  vite  que  s'ils  étaient  sur 
leurs  pieds. 

Les  yeux  des  enfants  se  portent  toujours 
du  côté  le  plus  éclairé  de  l'endroit  qu'ils 
habitent;  et  s'il  n'y  a  que  l'un  de 
leurs  yeux  qui  puisse  s'y  fixer,  l'autre,  n'é- 
tant pas  exercé,  n'acquerra  pas  autant  de 
force  :  pour  prévenir  cet  inconvénient,  il 
faut  placer  le  berceau  de  façon  qu'il  soit 
éclairé  par  les  pieds,  soit  que  la  lumière 
vienne  a  une  fenêtre  ou  d'un  ilambeau.  Dans 
cette  position  les  deux  yeux  de  l'enfant  peu- 
vent la  recevoir  en  même  temps,  et  acquérir 
par  l'exercice  une  force  égale.  Si  l'un  des 
yeux  prend  plus  de  force  que  l'autre,  l'en- 
fant deviendra  louche  ;;carl  inégalité  de  force 
dans  les  yeux  est  la  cause  du  regard  louche. 
La  nourrice  ne  doit  donc  donner  à  l'enfant 
que  le  lait  de  ses  mamelles  pour  toute  Bou^ 
riture,  au  moins  pendant  les  deux  premiers 
mois,  il  ne  faudrait  même  lui  faire  prenJre 
aucun  autre  aliment  pendant  le  troisième  et 
le  quatrième  mois,  surtout  lorsque  son  teni- 

Eérament  est  faible  et  délicat.  Quelque  ro- 
uste  que  puisse  être  un  enfant,  il  pourrait 
en  arriver  de  grands  inconvénients,  si  on 
lui  donnait  d'autre  nourriture  que  le  lait  de 
la  nourrice  avant  la  fin  du  premier  mo^s. 
En  Hollande,  en  Italie,  en  Turquie  et  en 
général  dans  tout  le  Levant,  on  ne  donne  aui 
enfants  que  le  lait  des  mamelles  pendant  un 
an  entier;  les  sauv(i;^es  du  Canaua  les  allai- 


m 


ENF 


D*ANTHIIOPOLOGIE. 


ENF 


46t 


t6Dt  jusqu'à  Tftge  de  quatre  ou  cinq  ans ,  et 
quelqoeiois  jusqu'à  six  ou  sept  ans.  Dans 
ce  pays-ci»  comme  la  plupart  des  nourrices 
n'ont  pàs  assez  de  lait  pour  fournir  à  l'ap- 
pétit de  leurs  enfants,  elles  cherchent  à  lé- 
pargner,  et  pour  cela  elles  leur  donnent  un 
aliment  composé  de  farine  et  de  lait ,  même 
fiés  les  premiers  jours  de  leur  naissance. 
Cette  nourriture  apaise  la  faim  ;  mais  Testo- 
mac  et  les  intestins  de  ces  enfants  étant  à 
peine  ouverts  et  encore  trop  faibles  pour 
digérer  UA  aliment  grossier  et  visqueux  »  ils 
umSnntt  détiennent  malades»  et  périssent 
quelauefois  de  cette  espèce  d'indigestion. 

Lclail  des  animaux  peut  suppléer  audé- 
faDt  de  celui  des  femmes  ;  si  les  nourrices 
en  manquaient  dans  certains  cas,  ou  s'il  y 
avait  quelque  chose  à  craindre  pour  elles 
de  la  part  de  l'enfant,  on  pourrait  lui  don- 
ner à  teter  le  mamelon  d'un  animal ,  afin 
qui]  reçût  le  lait  dans  un  degré  de  chaleur 
toujours  égal  et  convenable ,  et  surtout  afin 
que  sa  propre  salive  se  mêlât  avec  le  lait 
puurâj  faciliter  la  digestion,  comme  cela 
5^  (âii  par  le  moyen  de  la  succion ,  parce 
f ue  )es  muscles,  qui  sont  alors  en  mouve- 
sieaU  font  couler  la  salive  en  pressant  les 
flaDdes  et  les  autres  vaisseaux.  J'ai  connu  à 
la  campagne  quelcjues  paysans  qui  n'ont  pas 
eu  d'autres  nourrices  que  des  brebis ,  et  ces 
laj'sans  étaient  aussi   vigoureux   que   les 
autres. 

Après  deux  ou  trois  mois,  lorsque  l'en- 
fant a  acquis  des  forces,  on  commence  à  lui 
donner  une  nourriture  un  peu  plus  solide  ; 
011  fût  cuire  de  la  farine  avec  du  lait  :  c*est 
une  sorte  de  pain  qui  dispose  peu  à  peu  son 
rstomac  à  recevoir  le  pain  ordinaire  et  les 
autres  aliments  dont  il  doit  se  nourrir  dans 
)a  suite 

Pour  parvenir  à  l'usage  des  aliments  soli- 
des, on  augmente  peu  a  peu  la  consistance 
<if*s  aliments  liquides  :  ainsi,  après  avoir 
nourri  l'enfant  avec  de  la  farine  délayée  et 
euite  dans  du  lait,  on  lui  donne  du  pain 
trempé  dans  une  liqueur  convenable.  Les 
enfants,  dans  la  première  année  de  leur  Age, 
^t  incapables  ae  broyer  les  aliments  :  Tes 
(ieuts  leur  manquent;  ils  n'en  ont  encore 
Çoe  le  germe  enveloppé  dans  des  gensives 
^i  molles ,  qne  leur  faible  résistance  ne  fe- 
fall  aucun  effet  sur  les  matières  solides.  On 
îoit  certaines  nourrices,  surtout  dans  le 
peuple,  qui  mâchent  des  aliments  pour  les 
laire  avaler  ensuite  à  leurs  enfants.  Avant 
que  de  rédéchir  sur  celte  pratique,  écartons 
tonte  idée  de  dégoût ,  et  soyons  persuadés 
qu'à  cet  âge  les  enfants  ne  peuvent  en  avoir 
aucune  impression;  en  effet,  ils  ne  sont  pas 
Dioins  avides  de .  recevoir  leur  nourriture 
^*:  la  bouche  de  leur  nourrice  que  de  ses 
f^amelles;  au  contraire,  il  seml)ie  que  la 
fiature  ait  introduit  cet  usage  dans  plusieurs 
pays  fort  éloignés  les  uns  des  autres;  il 
^^t  en  Italie,  en  Turquie,  et  dans  presque 
*^»ite  l'Asie  ;  on  le  trouve  en  Amérique , 
'ians  les  Antilles  au  Canada,  etc.  Je  le  crois 
f-Tt  utile  aux  enfants,  et  très-convenable  h 
l'ur  état;  c'est  le  seul  moyen  de  fournir  à 


leur  estomac  toute  la  salive  qui  est  néces- 
saire pour  la  digestion  des  aliments  solides. 
Si  la  nourrice  mAche  du  pain ,  sa  salive  lé 
détrempe  et  en  fait  une  nourriture  bien 
meilleure  que  s'il  était  détrempé  avec  toute 
autre  liqueur;  cependant  cette  précaution 
ne  peut  être  nécessaire  que  jusqu  à  ce  qu'ils 

fuissent  faire  usage  de  leurs  dents  pour 
royer  les  aliments  et  les  détremper  de  leur 
propre  salive. 

Les  dents  que  Ton  appelle  incisives  sont 
au  nombre  de  huit,  quatre  au-devant  do 
chaque  mâchoire  :  leurs  germes  se  dévelop- 
pent ordinairement  les  premiers  ;  commu- 
nément ce  n'est  pas  plus  t6t  qu'à  Tâge  de 
sept  mois,  souvent  k  celui  de  huit  ou  dix 
mois,  et  d'autres  lois  à  la  fin  de  la  première 
année.  Ce  développement  est  quelquefois 
très-prématuré  ;  on  voit  assez  souvent  des 
enfants  naître  avec  des  dents  assez  grandes 
pour  déchirer  le  sein  de  leur  nourrice  ;  on 
a  aussi  trouve  des  dents  bien  formées  dans 
des  fœtus  longtemps  avant  le  terme  ordi- 
naire de  la  naissance. 

Le  germe  des  dents  est  d'abord  contenu 
dans  1  alvéole  et  recouvert  par  la  gencive; 
en  croissant,  il  pousse  des  racines  au  iond 
de  l'alvéole,  et  il  s'étend  du  côté  de  la 
gencive  *  le  corps  de  la  dent  presse  peu  à 
peu  contre  cette  membrane,  et  la  distend 
au  point  de  la  rompre  et  de  la  déchirer  pour 
passer  au  travers.  Cette  opération,  quoique 
naturelle  ne  suit  pas  les  lois  ordinaires  de  la 
nature,  qui  agit  a  tout  instant  dans  le  corps 
humain  sans  y  causer  la  moindre  douleur, 
et  même  sans  exciter  aucune  sensation;  ici 
il  se  fait  un  effort  violent  et  douloureux  qui 
est  accompagné  de  pleurs-  cit  de  cris,  et  qui 
a  quelquefois  ^es  suites  fâcheuses  :  les  en- 
fants perdent  d'abord  leur  gaieté  et  leur  en- 
jouement; on  les  voit  tristes  et  inauiets  : 
alors  leur  gencive  est  rouge  et  gonflée ,  et 
ensuite  elle  blanchit  lorsque  la  pression  est 
au  point  d'intercepter  le  cours  du  sang  dans 
les  vaisseaux  ;  ils  y  portent  le  doigt  a  tout 
moment  pour  tâcher  d'apaiser  la  déman- 
geaison qu'ils  y  ressentent.  On  leur  facilité 
ce  petit  soulagement  en  mettant  au  bout  de 
leur  hochet  un  morceau  d'ivoir  ou  de  corail, 
ou  de  quelaue  autre  corps  dur  et  poli  ;  ils 
le  portent  d  eux-mêmes  a  leur  bouche,  et 
ils  le  serrent  entre  les  gencives  à  l'endroit 
douloureux  :  cet  effort  opposé  à  celui  de  la 
dent  relâche  la  gencive  et  calme  la  douleur 
pour  un  instant;  il  contribue  aussi  à  l'amin- 
cissement de  la  membrane  de  la  gencive, 
3ui ,  étant  pressée  des  deux  côtés  à  la  fois, 
oit  se  rompre  plus  aisément  ;  mais  souvent 
cette  rupture  ne  se  fait  qu*avec  beaucoup 
de  peine  et  de  danger.  La  nature  s'oppose  a 
elle-même  ses  propres  forces;  lorsque  les 
gencives  sont  plus  fermes  qu'à  Tordinaire 
par  la  solidité  des  fibres  dont  elles  sont  tis- 
sues,  elles  résistent  plus  longtemps  à  la 
pression  de  la  dent  :  alors  l'effort  est  si 
^rand  de  part  et  d'autre,  qu'il  cause  une 
inflammation  accompagnée  de  tous  ses 
symptômes;  ce  qui  est,  cpnime  on  le  sait» 
capable  de  causer  la  mort.  Pour  prévenir 


4€5 


ENF 


DICTIONNAIRE 


ES? 


m 


ces  accidents,  on  a  recours  à  Tart  ;  on  coupe 
la  gencive  sur  la  dent  :  au  moyen  de  cette 
petite  opération,  la  tension  et  HnOamma- 
tion  de  la  gencive  cessent,  et  la  dent  trouve 
un  libre  passage. 

Les  dents  canines  sont  è  côté  des  incisi- 
ves au  nombre  de  quatre;  elles  sortent  ordi- 
nairement dans  le  neuvième  ou  dixième 
mois.  Sur  la  fin  de  la  première  ou  dans  le 
courant  de  la  seconde  année,  on  voit  paraî- 
tre seize  autres  dents,  que  l'on  ap|5elle 
molaires  ou  mâchelières^  quatre  à  coîé  de 
chacune  des  canines.  Ces  termes  pour  la 
sortie  des  dents  varient  :  on  prétend  que 
celles  de  la  mâchoire  supérieure  paraissent 
ordinairement  plus  tôt;  cependant  il  arrive 
aussi  quelquefois  qu'elles  sortent  plus  tard 
que  celles  de  la  mâchoire  inférieure. 

Les  dents  incisives,  les  canines  et  les  qua- 
tre premières  mâchelières  tombent  naturel- 
lement dans  la  cinquième,  la  sixième  ou  la 
septième  année  ;  mais  elles  sont  remplacées 
par  d*autres  qui  paraissent  dans  la  septième 
année,  souvent  plus  tard,^  et  quelquefois 
elles  ne  sortent  qu'à  Tâge'  de  puberté  :  la 
chute  de  ces  seize  dents  est  causée  par  le 
développement  d'un  second  germe  placé  au 
fonddel  alvéole,  qui  en  croissant  les pousseau 
dehors.  Ce  germe  manque  aux  autres  mâ- 
chelières :  aussi  ne  tombent-elles  que  ]>ar 
accident ,  et  leur  perte  n'est  presque  jamais 
réparée. 

II  y  a  encore  quatre  autres  dents  qui 
sont  placées  à  chacune  des  deux  extrémités 
des  mâchoires  ;  ces  dents  manquent  à  plu- 
sieurs personnes,  leur  développement  est 
plus  tardif  que  celui  des  autres  dents  ;  il  ne 
se  fait  ordinairement  qu'à  l'âge  de  puberté, 
et  quelquefois  dans  un  âge  beaucoup  plus 
avancé.  On  les  a  nommées  dents  de  sagesse; 
elles  paraissent  successivement  l'une  après 
l'autre,  ou  deux  en  même  temps,  indifférem- 
ment en  haut  ou  en  bas;  et  le  nombre  des 
dents  en  général  ne  varie  que  parce  que 
celui  des  dents  de  sagesse  n'est  pas  toujours 
le  même  :  de  là  vient  la  différence  de  vinst- 
huit  à  trente-deux  dans  le  nombre  total  des 
dents.  On  croit  avoir  observé  que  les  fem- 
mes en  ont  ordinairement  moins  que  les 
hommes. 

Quelques  auteurs  ont  prétendu  que  les 
dents  croissaient  pendant  tout  le  cours  de 
la  vie ,  et  qu'elles  augmenteraient  en  lon- 
gueur dans  l'homme,  comme  dans  certains 
animaux,  à  mesure  qu'il  avancerait  en  âge, 
si  le  frottement  des  aliments  ne  les  usait 
pas    continuellement.   Mais  cette   opinion 

f>aralt  être  démentie  par  l'expérience;  car 
es  gens  qui  ne  vivent  que  d'aliments  liqui- 
des n'ont  pas  les  dents  plus  longues  que  ceux 
qui  mangent  des  choses  dures  ;  et  si  quel- 
que chose  est  capable  d'user  les  dents,  c'est 
leur  frottement  mutuel  les  unes  contre  les 
autres  plutôt  que  celui  des  aliments.  D'ail- 
leurs on  a  pu  se  tromper  au  sujet  de  Tae- 
croissement  des  dents  de  quelques  animaux, 
eu  confondant  les  dents  avec  les  défenses. 
Par  exemple,  les  défenses  des  sangliers 
croissent  pendant  toute  la  vie  de  ces  ani- 


maux ;  il  en  est  de  même  de  celles  de  l'élé- 
phant; mais  il  est  fort  douteux  que  leurs 
dents  prennent  aucun  accroissement  lors- 

au'elles  sont  une  fois  arrivées  à  leur  gran- 
eur  naturelle.  Les  défenses  ont  beaucoup 
plus  de  rapport  avec  les  cornes  qu'avec  les 
dents  ;  mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d'exa- 
miner ces  différences,  nous  remarquerons 
seulement  que  les  premières  dents  ne  sont 
pas  d'une  substance  aussi  solide  que 
l'est  celle  des  dents  qui  leur  succèdent.  Ces 
premières  dents  n'ont  aussi  que  fort  peu  de 
racine  ;  elles  ne  sont  pas  infixées  dans  la 
mâchoire ,  et  elles  s  ébranlent  très-aisé- 
ment. 

Bien  des  gens  prétenJent  gue  les  cheveux 
gue  l'enfant  apporte  en  naissant  sont  tou- 
jours bruns,  mais  que  ces  premiers  cheveux 
tombent  bientôt,  et  qu'ils  sont  remplacés 
par  d'autres  de  couleur  différente.  Je  ne 
sais  si  cette  remarque  est  vraie  :  presque 
tous  les  enfants  ont  les  cheveux  blonds,  et 
souvent  presque  blancs  ;  quelques-uns  les 
ont  roux  ,  et  d'autres  les  ont  noirs  ;  mais 
tous  ceux  qui  doivent  être  un  jour  blonds, 
châtains  ou  bruns,  ont  les  cheveux  plus  ou 
moins  blonds  dans  le  premier  âge.  Ceux  oui 
doivent  être  blonds  ont  ordinairement  les 
yeux  bleus;  les  roux  ont  les  yeux  d'un  jaune 
ardent,  les  bruns  d'un  jaune  faible  et  brun, 
mais  ces  couleurs  ne  sont  pas  bien  mar- 
quées dans  les  yeux  des  enfants  qui  vien- 
nent de  naître  :  ils  ont  alors  presque  tous 
les  yeux  bleus. 

Lorsqu'on  laisse  crier  les  enfants  trop 
fort  et  trop  longtemps,  ces  efforts  leur  cau- 
sent des  descentes  qu'il  faut  avoir  grand 
soin  de  rétablir  promptement  par  un  ban- 
dage ;  ils  guérissent  aisément  par  ce  se- 
cours ;  mais  si  l'on  négligeait  celte  incom- 
modité, ils  seraient  en  danger  de  la  garder 
toute  leur  vie.  En  permettant  aux  enfants 
de  boire  de  temps  en  temps  un  peu  de  vin, 
on  préviendrait  peut-être  une  partie  des 
mauvais  effets  que  causent  les  vers ,  car  les 
liqueurs  fermentées  s'opposent  à  leur  géné- 
ration; elles  contiennent  fort  peu  de  parties 
organiques  et  nutritives,  et  c'est  principale- 
ment par  son  action  sur  les  soliaes  cjuelc 
vin  donne  des  forces  :  il  nourrit  moins  le 
corps  qu'il  ne  le  fortifie.  Au  reste,  la  plu- 
part des  enfants  aiment  le  vin,  ou  du  moins 
s'accoutument  fort  aisément  à  en  boire. 

Quelque  délicat  que  l'on  soit  dans  l'en- 
fance, on  est,  à  cet  âge ,  moins  sensible  au 
froid  que  dans  tous  les  autres  temps  de  la 
vie  :  la  chaleur  jintérieure  est  apparemment 
plus  grande.  On  sait  que  le  pouls  des  enfants 
est  bien  plus  fréquent  que  celui  des  adultes; 
cela  seul  suffirait  pour  faire  penser  que  la 
chaleur  intérieure  est  plus  grande  dans  la 
môme  proportion ,  et  Von  ne  peut  guère 
douter  que  les  petits  animaux  n'aient  plas 
de  chaleur  que  les  grands  par  cette  *même 
raison  ;  car  la  fréquence  du  battement  du 
cœur  et  des  artères  est  d'autant  plus  çrande 
que  l'animal  est  plus  petit.  Cela  s'observe 
dans  les  différentes  espèces  aussi  bien  que 
dans  la  même  espèce;  Je  pouls  d'un  enfant 


4tô 


ENF 


D  ANTHROPOLOGIE. 


tNK 


<CS 


ou  d'an  homme  de  petite  stature  est  plus 
frétiueDtque  celui  d'u-ne  personne  adulte  ou 
d'uQ  homme  de  haute  taille  ;  le  pouls  d'un 
bœuf  est  plus  lent  que  celui  d  un  homme,  et 
cdui d'un  chien  est  plus  fréquent;  et  les 
Memenis  du  cœur  d'un  animal  encore  plus 
petit,  comme  d*un  moineau,  se  succèdent  si 
promptement,  qu'à  peine  peut-on  les  comp- 
ter. 

La  vie  de  Tenfant  est  fort  chancelante  jus- 
qu'à ]*âgede  trois  ans  ;  mais  dans  les  deux 
ou  trois  années  suivantes  elle  s*assure ,  et 
Tenfant  de  sii  ou  sept  ans  est  plus  assuré 
de  vivre  qu'on  ne  Test  à  tout  autre  âge. 

Il  Y  a  quelque  chose  d^assez  remarquable 
im  Taccroissement  du  corps  humain  :  le 
tous,  dans  le  seu  de  la  mère,  crott  toujours 
déplus  en  plus  jusqu'au  moment  de  la  nais- 
sance ;renfant,  au  contraire,  croît  toujours  de 
uvjÎQs  eu  moins  jusqu'à  l'âge  de  puberté,  au- 
ijQi'l  11  croit,  pour  ainsi  dire,  tout  à  coup,  et 
arrireen  fort  peu  de  temps  à  la  hauteur  qu'il 
ûoii  jToir  pour  toujours.  Je  ne  parle  pas  du 
premier  temps  après  la  conception ,  ni  de 
wroisseraent  qui  succède  immédiatement 
^  la  formation  du  fœtus.  Je  prends  le  fœtus 
â  un  mois;  lorsque  toutes  ses  parties  sont 
|lv¥eloppées,  il  a  un  pouce  de  hauteur  alors  ; 
i  'kuï  D]ois;  deux  pouces  un  quart  ;  à  trois 
iJi'jis,  trois  pouces  et  demi  ;  à  quatre  mois  , 
ciQij  pouces  et  plus  ;  à  cinq  mois  six  pouces 
cl  demi  ou  sept  pouces  ;  à  six  mois ,  huit 
imces  et  demi  ou  neuf  pouces  ;  à  sept  mois, 
ojize  pouces  et  plus  ;  "à  nuit  mois,  quatorze 
pouces;  à  neuf  mois,  dix-huit  pouces.  Tou- 
!♦>  tes  mesures  varient  beaucoup  dans  les 
jlîfféfenis  sujets  ,  et  ce  n'est  qu'en  prenant 
miormes  moyens  qu'on  les  a  déterminées. 
Si  les  mères  nourrissaient  leurs  enfants, 
j*  y  a  apparence  qu'ils  en  seraient   plus 
forts  et  plus  vigoureux  :  le  lait  de  leur 
Jitîre  doit  leur  convenir  mieux  que  le  lait 
Qime  autre  femme;  car  le  fœtus  se  nourrit 
Mûsjiesein  de  la  mère  d'une  liqueur  lacteuse 
î^i  e^t  fort  semblable  au  lait  qui  se  forme 
«ans  les  mamelles.  L'enfant  est  donc  déjà, 
f^j' r  ainsi  dire ,  accoutumé  au  lait  de  sa 
^(e,a\i  lieu  gue  le  lait  d'une  autre  nourrice 
^*t  uoe  nourriture  nouvelle  pour  lui,  et  qui 
p^t'juelcpiefois  assez  différentede  la  première 
Nr  qu  il  ne  puisse  pas  s'y  accoutumer  : 
»r  on  voit  des  enfants  qui  ne  peuvent  s'ac- 
^/inmoderdu  lait  de  certaines  femmes  ;  ils 
Mûrissent,  ils  deviennent  languissants  et 
^à'ïes.  Dès  qu'on  s'en  aperçoit ,   il  faut 
^Mre  une  autre  nourrice  :  si  l'on  n'a  pas 
*ite  attention ,  ils  périssent  en  fort  peu  de 

Us  enfants  commencent  à  bégayer  à  douze 
'J  '/ainze  mois  :  la  voyelle  qu^ilk  articulent 
^  iHïis  aisément  est  l'a  parce  qu'il  ne  faut 
■^ur  cela  qu'ouvrir  les  lèvres  et  pousser  un 

*  ;  l  e  suppose  un  petit  mouvement  déplus, 
»  langue  se  relève  en  haut  en  même  temps 
'«♦•  jes  lèvres  s'ouvrent;  il  en  est  de  môme 
^  11,  la  langue  se  relève  encore  plus,  et 
-W'forlje  des  dents  de  la  mâchoire  supé- 
•*  ure;  Yo  demande  que  la  laujiue  s'abaisse,* 

*  'lue  les  lèvres  se  serrent;  il  faut  qu'elles 


s'allongent  un  peu  et  qu'elles  se  serrent 
encore  plus  pour  prononcer  l'w.  Les  prs;* 
mières  consonnes  que  les  enfants  pronon- 
cent sont  aussi  celles  qui  demandent  lo 
moins  de  mouvement  dans  les  organes  :  le 
^,  Vm  et  le  p  sont  les  plus  aisées  à  articuler  : 
il  ne  faut  pour  le  6  et  le  p  que  joindre  les 
deux  lèvres  et  les  ouvrir  avec  vitesse,  et 
pour  Vm  les  ouvrir  d'abord  et  ensuite  les 
loindre  avec  vitesse  :  l'articulation  do  toutes 
les  autres  consonnes  suppose  des  mouve- 
ments plus  compliqués  que  ceux-ci,  et  il  y 
a  un  mouvement  de  la  langue  dans  le  c ,  le 
d,  le  j,  r/,  In,  le 7,  IV,  la  et  le  i:  il  faut 
pour  articuler  Vf  un  soin  continué  plus 
longtemps  que  pour  les  autres  consonnes. 
Ainsi,  de  toutes  les  voyelles,  l'a  est  la  plus 
aisée,  et  de  toutes  les  consonnes,  le  6 ,  le  p 
et  l'm,  sont  aussi  les  plus  faciles  à  articniler; 
il  n'est  donc  pas  étonnant  que  les  premiers 
mots  que  les  enfants  prononcent  soient  corn- 

{>osés  de  cette  voyelle  et  de  ces  consonnes,  et 
'on  doit  cesser  d  être  surpris  de  ce  que  dans 
toutes  les  langues  et  chez  tous  les  peuples 
les  enfants  commencent  toujours  par  bégayer 
baba^  marna f  papa;  ces  mots  ne  sont ,  pour 
ainsi  dire ,  que  les  sons  les.  plus  naturels  k 
l'homme,'  parce  qu'ils  sont  les  plus  aisés  à 
articuler;  les  lettres  qui  les  composent,  ou 
plutôt  les  caractères  qui  les  re[)résenlent  ^ 
doivent  exister  chez  tous  les  peuples  qui 
ont  l'écriture  ou  d'autres  signes  pour  repré- 
senter les  sons. 

On  doit  seulement  observer  que  les  sons 
de  quelques  lîonsonnes  étant  à  peu  près 
semblables,  comme  celui  du  b  et  du  p,  celui 
du  c  et  de  1'*,  ou  du  A  et  dû  g  dans  de  cer- 
tains casi  celui  du  d  et  du  /,  celui  de  l'^et 
de  Vv  consonne,  et  celui  du  g  et  de  17  con- 
sonne ou  du  g  et  du  A,  celui  de  17  et  de  l'r» 
il  doit  y  avoir  beaucoup  de  langues  où  ces* 
diflFérentes  consonnes  ne  se  trouvent  pas  ;• 
mais  ii  y  aura  toujours  un  6  ou  un  p,  un  & 
ou  un  a,  un  c  ou  bien  un  A  ou  un  g  dans 
d'autres  cas,  un  d  ou  un  r,  un  fo\i  un  v 
consonne,  un  ^ou  un  j  consonne,  un  /  ou  un 
r;  et  il  ne  peut  guère  y  avoir  moins  de  six 
ou  sept  consonnes  dans  le  plus  petit  de  tous 
les  alphabets,  parce  que  ces  six  ou  sept  sons* 
lie  supposent  pas  des  mouvements  bien 
compliqués,  et  qu'ils  sont  tous  très-sensi- 
blemeni  différents  entre  eux.  Les  enfants 
qui  n'articulent  pas  aisément  l'r,  y  substi- 
tuent r/,  au  lieu  du  i  ils  articulent  le  (/, 
parce  qu'en  effet  ces  premières  lettres  sup- 
posent dans  les  organes  des  mouvements 
plus  difficiles  que  les  dernières;  et  c'est  de' 
cette  différence,  et  du  choix  des  consonnes 

fïlus  ou  moins  difficiles  à  exprimer,  que  vient 
a  douceur  ou  la  dureté  d'une  langue.  Mais 
il  est  inutile  de  nous  étendre  sur  ce  sujet. 
Il  y  a  des  enfants  qui  à  deux  ans  pronon- 
cent distinctement  et  répètent  tout  ce  qu'on 
leur  dit;  mais  la  plupart  ne  parlent  qu'à' 
doux  ans  et  demi,  et  très-souvent  beaucoup 
plus  tard.  On  remarque  que  ceux  qui  com- 
mencent à  parler  fort  tara  ne  parlent  jamain 
aussi  aisément  que  1er  *-< 

parlent  de  bonne  her 


4C7 


EPE 


DIOTiOXMAIRE 


ESQ 


W 


prendre  à  lire  avant  trois  ans  ;  j*eu  ai  connu 
quelaues-uns  qui  avaient  commencé  à  arp- 
prendre  à  lire  à  deux  ans ,  qui  lisaient  à 
merveille  à  quatre  ans.  Au  reste,  on  ne  peut 
ffuère  décider  s'il  est  fort  utile  d'instruire 
les  enfants  de  si  bonne  heure  :  on  a  tant 
d'exemples  du  peu  de  succès  de  ces  éduca- 
tions prématurées,  on  a  vu  tant  de  prodiges 
de  quatre  ans,  de  huit  ans,  de  douze  ans,  de 
seize  ans,  qui  n*ont  été  que  des  sots  ou  des 
hommes  forts  communs  a  vingt-cinq  ou  à 
trente  ans,  qu'on  serait  porté  à  croire  que  la 
meilleure  de  toutes  les  éducations  est  celle 
qui  est  la  plus  ordinaire,  celle  par  laquelle 
on  ne  force  pas  la  nature,  celle  qui  est  la 
moins  sévère,  celle  qui  est  la  plus  propor- 
tionnée f  je  ne  dis  pas  aux  forces,  mais  à  la 
faiblesse  de  l'enfant. 

ENFANTS,  comment  ils  apprennent  k 
parler.  Vov,  Langage. 

ENTOZOAIRES.  Yoy    Génébation  spon- 

TAN^E. 

ÊPEADTRE.  —  Cette  céréale  diflfère  des 
autres  espèces  de  froment,  parce  que,  môme 
après  la  maturité,  les  balles  ne  se  détachent 
point  du  grain,  et  qu'elles  y  restent  au  con- 
traire adhérentes.  Ainsi ,  avant  que  d'em- 
ployer l'épeaulre  à  la  fabrication  au  pain,  il 
uut  en  détacher  la  balle  par  un  moyen  quel- 
conque. En  Allemazne,  on  se  sert  de  mou- 
Uns,  entre  les  meules  desquelles  on  laisse 
un  intervalle;  anciennement  on  employait 
des  pilons.  L'épeautre  parait  avoir  été  culti- 
vée dans  l'antiquité.  Le  mot  chiUah  de  la 
Bible,  auquel  repond  le  mot  arabe  chiniah^ 
a  été  pris  par  quelques  commentateurs  dans 
le  sens  d'épeautre^  mais  il  signifie  aussi  /V*o- 
mtnt^  et  maintenant  encore ,  dans  tout  1*0-^ 
rient,  on  cultive  le  froment.  Les  Grecs 
avairat  deux  mots  pour  indiquer  l'épeautre  : 
ilv^«  et  t(^  ;  car  Gallien  dit  d'une  manière 
positive  IDe  al.  fac.9  lib«  i,  ch.  2)  que  rifn  a 
une  enveloppe  comme  le  SkMpa  et  l'orge;  on 

esut  encore  y  joinre  le  mot  (f cà  qui,  suivant 
érodote  (1. 11,  c.  3),  est  synonyme  de  ô).vo«. 
Les  Egyptiens  ne  fisiisaient  usage  que  de  l'é- 
peautre ,  dédaignant  le  froment  et  l'orge, 
luais  ils  faisaient  avec  ce  dernier  grain  une 
boisson  fermentée.  H  n'est  guère  possible 
de  préciser  à  quelle  espèce  d^eautre  doi- 
vent s'appliquer  ces  mots  ou  quelques-uns 
d^entre  eux.  Dans  l'Iliade,  on  ne  trouve  que 
deux  fois  le  mot  Slvpa  (5,196,  8,  560),  mais 
toujours  pour  indiquer  un  aliment  à  l'usage 
des  chevaux  (198),  du  nombre  desquels  est 
encore  l'épeautre.  Dans  l'Odysée,  au  con- 
traire ,  nous  ne  trouvons  que  le  mot  Çcm 
aussi  dans  deux  endroits  {h^  ih5et  6M),  em- 
ployé une  ibis  comme  aliment  pour  les  che- 
vaux, et  une  autre  comme  eraminée  ea  géné- 
ral (199).  Au  temps  d'Hérodote,  on  employait 
les  deux  mots  ccunme  synonymes,  ainsi  que 
Tattestent  les  deux  passages  précéderhment 
cités.  Dans  Hiiupocrate ,  on  ne  trouve  que 
(tué»  et  jamais  àvpa,  et  c'est  seulement  dans 

^198)  Ou,  aoivant  le  schoUastfe,  une  espèce  de  grqin 
V¥Uim  4»  Vi^r^e^ 


le  livre  qui  traite  des  maladies  des  femmes 
où  il  est  cité  avec  plusieurs  autres  médica- 
ments  d'une  lùanière  générale.  Dans  le  siè- 
cle de  Gallien,  on  ne  connaissait  plus  la  vraie 
signification  de  (f  c&  comme  le  prouve  l'exa- 
men des  livres  précédemment  cités.  Enfin, 
le  mot  (tM  revint  dans  la  langue  vulgaire 
lorsque  les  auteurs  des  Géoponiquet  écrivi- 
rent leur  ouvrage  ;  il  indiquait  la  grande 
épeautre  comme  xifii  indiquait  la  petite.  J'ai 
fait  toutes  ces  citations  pour  montrer  les  yi- 
cessitudes  auxquelles  les  mots  peuvent  être 
exposés  dans  leur  application  à  une  seule  et 
même  chose.  J'ai  voulu  montrer  aussi  oue 
souvent  la  connaissance  de  la  valeur  véritable 
d'une  expression  employée  par  un  écrivain 

«eut  servir  à  fixer  l'époque  à  laquelle  il  a  vécu. 
lous  voyons  aussi  combien  ilfaut  de  recher- 
ches critiques  et  de  tâtonnements  pour  arriTer 
è  tirer  un  parti  utile  des  écrits  des  anciens  en 
histoire  naturelle.  Les  Romains  connurent 
l'épeautre  dès  les  temps  les  plus  reculés, 
c'est  la  céréale  la  plus  anciennement  cultivée 

r^ar  eux,  comme  dit  Pline  {Hist.  «a/., 
.  xviii,  c.  8).  Ils  l'appelaient  far^  ador^  ado- 
reum^  semen  adoreum :  on  lui  donnait  aussi 
tout  simplement  le  nom  de  semen.  Mainte- 
nant encore  le  nom  de  l'épeautre  varie  sui- 
vant les  divers  pays.  J'ai  ailleurs  examiné  h 
Satrie  de  l'épeautre  et  cité  le  témoignage  de 
liehaux,  qui  a  trouvé  en  Perse  l'épeautre 
croissant  spontanément;  ce  témoignage  uni- 
que n'a  pas  une  grande  valeur. 
ÉPIGENÈSE.  Voy.  Génêbàtion. 
EPITHÉLËON  ou  ErrresLiuM.   Voy.  Cm- 

VBUX  HUMAINS  Ct  PeàU. 

ESPÈCES.  Voy.  Genre. 

ESQUIMAUX  ou  KARALIT8.  —  Il  n'y  a 
que  deux  races  parmi  les  aborigènes  dn 
nord  de  l'Amérique  que  l'on  puisse  suivre 
sur  presque  toute  la  largeur  cfu  continent, 
depuis  l'Océan  Pacifique  jusqu'à  l'Atlantique: 
ce  sont  les  deux  races  septentrionales  des  Es- 
quimaux et  des  Athapascas.  Il  y  a  chez  les  uns 
et  chez  les  autres  plusieurs  dialectes  diffé- 
rents, mais  tous  ces  dialectes  ont  entre  eux 
des  rapports  qui  paraîtront  surprenants,  si 
l'on  considère  la  vaste  étendue  au  pays  sur 
lequel  ils  sont  parlés. 

Les  Esquimaux,  bien  que  menant  la  vie 
de  chasseurs  pendant  la  courte  durée  de  leurs 
étés,  sont  obligés  de  tirer  de  la  mer  leur 
principale  subsistance  ;  aussi  est-il  rare  qu'on 
en  trouve  à  plus  de  100  milles  des  côtes. 

Le  nom  d*Esquimaux  est,  selon  Charle- 
voix,  dérivé  d'un  mot  algonquin  ou  abena- 
qui,  qui  signifie  :  Mangeurs  de  poisson  cru. 
Ils  se  donnent  h  eux-mêmes  divers  noms  dans 
les  différents  lieux,  mais  la  dénomination 
de  Karalits  est  la  plus  générale.  Les  Esqui- 
maux habitent  les  rivages  de  toutes  les  mers, 
golfes  et  iles  de  l'Amérique  septentrionale 
situés  au  nord  du  60*  degré  de  latitude  sep- 
tentrionale, depuis  la  côte  orientale  du  Groen- 
land par  les  20*  de  longitude  jusqu'au  détroit 

(\99)  Dans  les  deux  passages,  le  sdMrfiaale  Vet- 
pliaoe  toujours  par  oivpm.  Dans  le  prenueri  * 
Çiw  est  mêlé  avec  l«  xp^vx«v« 


449 


fc.SQ 


D'ANTHROFOLOGIIù 


CTil 


470 


de  Behringv  par  les  167*.  Dans  TAllantique, 
ils  s'élenrJent  tout  ie  lon^  dos  côtes  du  La- 
brador jusqu*au  détroit  de  Belle-Ile  et  dans 
le  golfe  du  fleuve  Saint-Laurent.  A  Touest 
du  même  continent,  on  peut  les  suivre  le 
long  des  côtes  de  TOcéan^Pacifiaue  jusqu'à 
l^eitrémité  de  la  péninsule  d'Alaska,  et  de  là 
jus(iu'auprès  du  mont  Saint-Elias,  où  ils  ont 
p  iur  voisins  les  Kolushiens.  Les  tribus  des 
konœ^es  et  des  Tschuzzgazzis  sont  les  plus 
méridionales  que  Ton  connaisse  dans  cette 
direction  (200J,  c*est-à-dire  celles  qui  s'é- 
cartent le  plus  du  cercle  polaire  le  long  de 
la  côte  occidentale  de  l'Amérique  du  nord. 
M.  Gallatin  estime  que  la  côte  habitée  par 
les  £squimauiL  n*a  pas  moins  de  5,^^  milles 
de  développement ,  sans  compter  les  golfes 
profonds  et  les  détroits. 

Nous  avons  décrit  ailleurs  la  formede  crâne 
particulière  aux  Esquimaux;  quant  à  leurs 
autres  caractères  physiques,  ceux  que  Crantz 
fait  connaître  en  i^iant  des  Groënlandais 
conviennent  à  toute  la  race.  11  dit  que  leur 
taiiJe  est  généralement  au-dessous  de  cinq 
pieds;  mais  il  ajoute  qu'ils  sont  bien  faits  et 
que  leurs  membres  sont  bien  proportionnés. 
«  lis  ont  communément  le  visage  lar^e  et 
plat,  les  pommettes  hautes,  mais  les  joues 
rondes  et  pleines;  leurs  yeux  petits  et  noirs 
sont  dépourvus  de  vivacité;  leur  nez,  sans 
être  iilat,  est  petit  et  fait  peu  de  saillie  ;  leur 
boucne  est  petite  et  ronde,  et  la  lèvre  infé- 
rieure est  un  peu  plus  épaisse  que  la  supé- 
rieure. Ils  ont  tous  de  lon.;s  cheveux  épais, 
roides  et  d'un  noir  de  charbon,,  mais  pas  de 
bartie,  parce  qu'ils  se  l'arrachent.  Ils  ont  les 
membres  forts,  mais  les  mains  et  les  pieds 

G  lits;  la  tète  grosse,  la  poitrine  élevée  et 
>  épaules  larges;  ils  soni  généralement  en- 
clins à  Kobésité.  » 

Charlevoix  a  donné  une  description  des 
Esquimaux  (201)  qui  est  très -bonne  et  qui 
reiuerme  des  détails  ciirieux.  Voici  en  quels 
termes  il  s'exprime  :  ^  il  est  certain  que,  de 
tous  les  pejjples  connus  de  l'Amérique,  il 
n'en  est  point  qui  remplisse  mieux  que  ce- 
lui-ci la  première  idée  que  l'on  a  eue  en  Eu- 
rope des  sauvages.  Il  est  presque  le  seul  où 
les  hommes  aient  de  la  barbe,  et  ils  l'ont  si 
épaisse  jusqu'aux  yeux,  qu'on  a  peine  à  dé- 
couvrir quelques  traits  de  leur  visage.  Ils 
ont  d'ailleurs  je  ne  sais  quoi  d'affreux  dans 
l'air,  de  petits  yeux  effarés,  des  dents  larges 
et  fort  sales,  des  cheveux  ordinairement 
noirs,  quelquefois  blonds,  fort  en.  désordre, 
et  tout  l'extérieur  Ibrt  brut.  Leurs  mœurs 
et  leur  caractère  ne  démentent  point  cette 
mauvaise  physionomie.  Us  sont  féroces,  fa- 
rouches, aéûants,  inquiets,  toujours  portés  à 
faire  du  mal  aux  étrangers. 

«  Leurs  cheveux  blonds,  leurs  barbes ,  la 
blancheur  de  leur  peau,  le  peu  de  ressem- 
blance et  de  commerce  qu'ils  ont  avec  leurs 
plus  proches  voisins,  ne  laissent  aucun  lieu 
de  douter  qu'ils  n'aient  une  origine  diffé- 

<fOO)  S§nop9U  ûf  the  indian  inbe$  of  Norik 
ricn^  bv  Albert  Gillati!<.  {Archa:olooia  Ameri- 
,  voL  d,  pag.  10.) 


rente  de  celle  des  autres  Américains.  »  foy. 
Races  HiiiAi!fE8. 
ETAT  SAUVAGE.    Voy,  EnucABiLiri  des 

mages. 

ETHIOPIQUE  (Race)  ou  eace  nowe. 
—  Cette  race,  qui  comprend  ii,000,000 
d'individus,  est  celle  qui  parait  s'éloigner 
le  plus  de  la  race  caucasique.  Confinée  au 
midi  de  l'Atlas,  elle  renferme  tous  les  peu- 

Ï»les  des  côles  de  l'Afrique  australe,  les  Jo- 
offes,  les  Poules  ou  Foulis,  les  peuplades 
duSéné^^al,  deSierra-Leone,  de  Maniguette, 
de  Loan^^o,  d'Andra,  du  Renin,  du  Congo, 
de  Majombo,  des  Mandingues,  d'Angola,  de 
NifÇritie,  du  Monomotapa,  de  Ren^uela,  de 
Macoco,  du  ]^lonoëmugi ,  de  la  Cafrerie,  de 
Mozambique,  de  Zanguebar,  de  Melindre,  et 
probablement  de  Tombouctou. 

On  reconnaît  les  individus  qui  la  com- 
posent à  leur  tronc  mince  et  étroit,  surtout 
dans  les  régions  des  lombes  et  du  bassin  ; 
à  la  longueur  disproportionnée  de  leurs 
membres  thoraciques,  surtout  dans  la  région 
des  avant-bras;  à  la  petitesse  de  leurs  mains^ 
à  la  largeur  de  leurs  pieds,  grands  et  apla- 
tis; à  l'élroitesse  et  à  la  compression  de  leur 
tète,  dont  le  derrière  se  continue  insensi- 
blement avec  la  nuque  ;  à  la  saillie  formée 
en  avant  de  la  face  par  leurs  joues  ;  à  leur 
nez  large  et  épaté  ;  au  reculement  de  leur 
menton  écrasé;  à  l'épaisseur  de  leurs  lè- 
vres, qui,  surtout  la  supérieure,  sont  ren- 
versées et  gonflées  ;  à  1  arrondissement  du 
pavillon  de  leurs  oreilles;  à  leur  front  ar- 
qué et  incliné;  à  leurs  dents  incisives  su- 
périeures, dirigées  obliquement  en  avant; 
au  défaut  de  proportion  entre  leur  crâne  et 
leur  face,  l'avantage  du  volume  restant  à 
cette  dernière  ;  à  la  teinte  noire  intense  de 
leur  peau,  qui  est  habituellement  huileuse» 
et  de  leurs  cheveux  qui  sont  courts,  crépus 
et  laineux  ;  au  peu  d'épaisseur  de  leur  barbe , 
à  leurs  jambes  arquées,  qui  sont  pour  ainsi 
dire  dépourvues  de  mollets;  au  peu  de  vo- 
lume de  leurs  fesses;  à  la  flection  habir 
tuelle  de  leurs  genoux,  qui,  comme  leurs 
pieds,  sont  tournés  eu  dehors. 

L'embarras  où  se  trouve  la  science  à  l'é- 
gard de  la  classification  des  populations  afri- 
caines est  difficile;  l'embarras  où  se  trouve 
la  science  à  cet  égard  tient,  d'une  part,  à 
l'insuffisance  de  nos  connaissances  actuelles 
sur  la  constitution  physique  de  ces  nations; 
d'une  autre  part,  à  la  difficulté  d'établir  ôes 
rapprochements  ethnographiques  sur  des 
écnantillons  de  langage  recueillis  en  grand 
nombre,  et  dont  les  connexités  ou  les  dif- 
féreuces  muiuelles  ne  sont  pas  iaciles  à 
saisir. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  devons  roentioc* 
ner  les  recherches  qui  ont  été  faites  poiif 
distribuer  d'une  façon  méthodique  .es  ttl- 
bus  à  cheveux  lisses ,  les  Advènes  et  M  tii^ 
bus  à  cheveux  crépus. 

Dans  la  grande  division  des  tribnf  !c:'c« 

(201^  nistcire  et  deseripêion  générale  ilf  >  fct- 
velle  k  Tance,  5  vol.  iii-4*. 


471 


ETIl 


DlCrrOiNNAiRË 


ETH 


17) 


triques  (à  cheveux  lisses)  on  peut  recon- 
naître comme  probablement  autochtones: 
V  le  type  Berber,  au  teint  olivâtre ,  au 
nez  droit»  aux  lèvres  minces,  au  visage 
arrondi,  qui  occupe  les  répons  monta- 
cneuses  du  nord  et  les  parties  centrales 
de  Sahara,  sous  les  dénominations  diverses 
de  Schelouhb ,  Berèber,  Quobâyl,  Touârya, 
Sourgfl,  etc.  Ces  peuples  se  donnent,  en  gé- 
néraly  eux-mêmes  les  noms  de  Amazygh  ou 
nobles,  de  Amâzerq  ou  libres  ;  2'  le  type 
qobthe.,  au  teint  jaune  foncé,  au  nez  court 
et  droit,  aux  grosses  lèvres,  au  visage 
boufQ,  qui  tend  à  s*effacer  chaque  jour 
davantage  du  sol  de  TEgypte.  Peut-être  ne 
devrait-on  pas  compter  parmi  les  aborigènes 
le  type  kouschyte,  au  teint  noir,  au  nez 
presque  aquilin,  aux  lèvres  minces,  au 
Tisane  ovale,  qui  peuple  TAbyssinie  et  une 
partie  du  littoral  de  la  mer  Rouge,  sous  les 
noms  de  Hhabeschyn ,  Danftq^l ,  Schihou, 
Ababdeh  ;  la  plupart  de  ces  divisions,  sinon 
toutes,  se  dénommant  elles-mêmes  Agazyan 
ou  les  pasteurs.  Indigènes  ou  étrangers, 
toujours  est-il  que  TAlrique  seule  les  pos- 
sède aujourd'hui;  quelques  rameaux  déta- 
chés s'en  retrouvent  sur  la  côte  du  Zangue- 
bar  et  parmi  les  populations  berbères. 

Entre  les  Advènes  il  faut  ranger  :  1"*  les 
races  arabes  répandues  sur  les  côtes  orien- 
tales jusqu'à  Sofalah  et  Madagascar,  dans 
toute  l'Egypte,  sur  la  lisière  boréale  le  long 
de  la  Méditerranée,  sur  le  littoral  atlantique 
jusqu'au  Sénégal,  et  étendues  à  une  assez 
grande  profondeur  dans  le  désert,  dont  elles 
occupent  les  profondeurs  austro-orientales  ; 
2"  la  race  turque,  clairsemée  dans  le  pays 
de  la  côte  septentrionale  ;  3*  les  races  euro- 
péennes qui  ont  formé  des  colonies  dissé- 
minées sur  toute  la  périphérie  et  dans  les 
lies  ;  4*enQn  sur  la  plage  orientale  de  Mada- 
gascar seulement,  des  colonies  du  rameau 
malais. 

Dans  la  grande  division  des  espèces  oulo- 
trique  (à  cneveux  crépus),  dont  aucun  n'est 
Advène  sur  le  sol  africain ,  il  faut  distin- 
guer 1"  la  race  hottentote  à  peau  brunâtre 
comme  la  suie,  au  nez  entièrement  épaté, 
aux  lèvres  grosses  et  avancées,  aux  pom- 
mettes saillantes,  au  visage  de  singe,  qui 
habite  l'extrémité  sud-ouest  de  l'Afrique. 
Chez  la  femme,  un  trait  remarquable  est  le 
développement  d'une  portion  de  peau  élar- 
gie qui  forme  une  sorte  de  tablier  naturel, 
et  celui  des  fesses ,  dont  l'énorme  saillie 
semble  destinée  à  supporter  l'enfant  pen- 
dant l'allaitement;  2Ma  race  cafre,  au  teint 
gris  noirâtre  ou  plombé,  au  nez  aroué, 
aux  grosses  lèvres,  aux  pommettes  saillan- 
tes ,  qui  occupe  au  nord-est  des  Hottentots 
une  portion  de  l'Afrique  australe,  ainsi  que 
la  pointe  sud  de  Madagascar;  S''  les  races 
nègres,  à  peau  noire  plus  ou  moins  foncée, 
au  nez  généralement  épaté,  aux  lèvres  gros- 
ces  et  saillantes,  au  visage  court,  aux  che- 
veux laineux,  qui  sont  répandus  depuis  les 
limites  des  Hottentots  et  des  cafres  jusqu'à 
celles  des  populations  léiotriques.  Les  ca- 
ractères spécifiques  sont  diversement  com- 


binés chez  les  différentes  races  qui  forment 
cette  division  ethnographiaue  ;  ainsi  le 
Ouolof,  le  plus  noir  de  tous  les  nèsres,  est 
celui  dont  le  nez  est  le  moins  épaté,  les  lè- 
vres les  moins  grosses;  le  Moutchicongo, 
au  contraire,  d(yit  le  teint  est  beaucoup 
moins  foncé,  a  le  nez  presque  plat,  des  lè- 
vres énormes ,  et  la  femme  possède  à  un 
degré  moindre  les  monstrueuses  propor- 
tions de  la  Hottentote  ;  k'^  enfin  la  race 
felâne,  à  couleur  fannée  ou  cuivreuse,  au 
nez  saillant,  aux  lèvres  minces,  au  visage 
ovale,  (mi  sous  les  noms  de  Fellahs,  Fou- 
lahs,  tellanis,  ou  plutôt  sous  celui  de 
Peuls,  que  ces  peuples  se  donnent  eux- 
mêmes,  occupe,  au  milieu  des  races  nègres, 
une  zone  large  et  onduleuse,  depuis  les 
rives  du  Sénégal  jusqu'aux  montagnes  du 
Mandara,  et  peut-être  beaucoup  plus  loin. 
Toutes  ces  races  se  sont  plus  ou  moins  fon- 
dues les  unes  dans  les  autres  sur  les  limites 
mutuelles  de  leurs  cantonnements  géogra- 
phiques respectife. 

«  Lorsqu  on  aura  mieux  étudié  les  hom- 
mes bruns  de  l'Afrique,  a  dit  M.  de  Hum« 
boldt,  et  cet  essaim  de  peuples  qui  habitent 
l'intérieur  et  le  nord  de  1  Asie,  et  que  des 
voyageurs  systématiques  désignent  vague- 
ment sous  le  nom  de  Tatars  et  de  Tschou- 
des,  les  races  caucasienne,  mongole,  amé- 
ricaine, malaise  et  nègre,  paraîtront  moins 
isolées,  et  l'on  reconnaîtra  dans  cette  grande 
famille  du  genre  humain  un  seul  type  or- 
ganique, modifié  par  des  circonstances  qui 
nous  resteront  peut-être  à  jamais  incon- 
nues. y> 

Nous  ne  pouvons  rapporter  ici  tout  ce  qui 
a  été  dit  sur  la  cause  de  la  coloration  de  la 
peau;  mais  nous  mentionnerons  les  recher- 
ches curieuses  par  lesquelles  M.  le  profes' 
seur  Flourens  a  éclairé  cette  importante 
question.  Ce  savant  et  profond  anatomiste 
a  étudié  comparativement  la  peau  d'un  In- 
dien Charmas,  d'un  nèçre  et  d'un  mulâtre, 
et  en  même  temps  a  recYierché  des  aiiale^es 
de  structure  dans  la  peau  de  la  race  blancne. 
C'est  par  le  procédé  régulier  de  la  macéra- 
tion bien  conduit  qu'il  a  ctisjoint  et  sé|  are 
les  lames  ou  couches  qui  surmontent  le 
derme  dans  ces  diverses  races.  Or,  d'après 
ses  dissections,  il  existe  entre  le  derme  et 
l'épiderme,  sans  compter  le  corps  capillaire, 
quil  se  propose  d'étudier  ultérieurement, 
quatre  couches  distinctes  :  1"  une  première 
membrane  de  nature  celluleuse,  disposée 
par  mailles  ou  en  réseau,  et  qui  ne  parait 
servir  qu'à  lier  la  suivante  au  derme  ;  2*  une 
seconde  membrane  de  la  nature  ou  du  moins 
de  l'aspect  des  membranes  muqueuses  ordi- 
naires, portant  le  pigmentum  à  sa  surface 
externe  :  c'est  le  corps  muqueux  propre- 
ment dit;  sa  face  interne  est  tout  hérissée 
de  prolongements ,  lesquels  traversent  les 
trous  de  la  membrane  celluleuse,  et  vont  se 
fixer  au  derme  :  ces  prolongements  sont 
très-remarquables;  ils  forment  la  gaîue  des 
poils,  se  portent  jusque  sous  leur  racine, 
paraissent  constituer  la  lame  interne  de  leur 
bulbe,  et  n'existent  que  là  où  il  y  ades  poils; 


ETU 


DANTDROPOLOGIE. 


ETH 


l>S 


3"  la  troisièDie  couche  est  le  pigmentam,  oa 
la  matière  colorante,  qui  n'est  point,  comme 
les  autres,  une  yraie  membrane,  mais  une 
couche  sécrétée  par  la  seconde  membrane  ; 
V  la  quatrième  couche  recouvrant  le  pis- 
meutum,  appartient  à  Tépiderme,  dont  elle 
constitue  la  seconde  lame  ou  lame  interne. 
M.  Flourens  a  trouvé  toutes  ces  parties 
dans  la  peau  des  trois  races  colorées  soumi- 
ses à  son  étude.  Sur  la  peau  du  blanc,  dans 
le  mamelon,  il  a  même  retrouvé  un  germe 
de  la  couche  pigmentale,  toute  semblaole  à 
celle  de  rAméricain  et  du  nègre  ;  elle  était 
unie  à  la  lame  ou  membrane  de  Tépiderrae 
interne,  et  cette  lame  interne  présentait 
Je  même  des  prolongements  qui  la  fixaient 
au  derme. 

On  conçoit  d'ailleurs,  d'après  la  structure 

de  la  peau  des  races  colorées,  comment  un 

Tifsicatoipe  n^nlevant  que  les  deux  épider- 

mes,  le  pigmentum  subsiste;  on  conçoit 

Hiéme  que  le  pigmentum  puisse  être  enlevé 

et  se  reproduire  tant  que  la  membrane  qui 

en  est  le  siège  n'est  point  altérée  ;  mais  si 

la  membrane  est  enlevée  et  si  le  derme  est 

atteint,  la  cicatrice  qui  succède  à  la  blessure 

doit  être  blanche. 

H.  le  docteur  Forichon  a  fait  remarquer 
«^ec  justesse  qu'en  considérant  cette  inanité 
'.e  nuances  que  nous  offre  la  couleur  des 
races  humaines,  on  arrive  à  cette  conclu- 
Mon,  que  non-seulement  l'on  ne  peut  pas 
aujourd'hui  assigner  la  couleur  primitive 
•]•?  l'espèce  humaine,  et  déterminer,  par 
conséquent,  la  race  qui  en  est  le  plus  éloi- 
nnée  ;  mais  qu'on  est  même  conduit  à  recon- 
miire  qu'il  est  dans  la  nature  de  cette  espèce 
d'être  sujette,  comme  beaucoup  d  animaux, 
à  prendre  des  variétés  de  teintes  fort  diffé- 
rentes. 

Pour  constater  le  défaut  d'uniformité  et  le 
f  >eu  de  constance  de  la  couleur  de  la  peau, 
1 1  n'est  pas  besoin  de  se  transporter  du  pôle 
à  réquateur,  et  d'attendre  que  l'on  ait  ren* 
r^juir^  des  peuples  de  couleur  opposée;  il 
5  ufTit  d'observer  que  dans  un  point  très-li- 
mité occupé  par  la  race  blanche,  on  trouve 
•:  65  familles  ou  des  individus  à  teint  olivâtre, 
tandis  gue  tout  près  d'eux  d'autres  sont 
d'une  blancheur  qui  porte  en  même  temps 
et  sur  la  peau  et  sur  la  chevelure,  etc. 

Pour  alx^nier  le  point  anatomiuue,  à  auoi 
tient  en  effet  le  pnénomène  de  la  couleur 
'>.*5  téguments?  A  la  production  d'une  sé- 
crétion. C'est  toutsimplement  le  dépôt  d'une 
r.i.itière  inoi^anique,  versée  plus  ou  moins 
'ii'^mdamment  à  la  surface  de  la  peau.  Or, 
n'^^iijs  ferons  remarquer  en  passant  que  les 
^^-  rétîons  sont  de  toutes  les  fonctions  de 
l'économie  les  plus  sujettes  à  éprouver  des 
Xi-'»iifications;  la  qualité  de  leur  produit 
p€rut^  à  l'égard  de  plusieurs,  être  compléte- 
m^ni  dénaturée,  et  chez  toutes  la  quantité 
e>t  sujette  à  varier.  La  sécrétion  de  la  bile, 
snrtout,  est  celle  qui  est  le  plus  facilement 
et  le  plus  fréquemment  troublée.  Qui  ne 
sait  pas  qu'après  un  emportement,  une 
frajeur,  même  celle  que  peut  causer  un 
songe,  les  éléments  de  cette  oroduction,  or- 


dinalremeni  versés  dans  le  tube  intestinal, 
sont  tout  à  coup  répandus  dans  l'économie, 
et  que  la  peau  alors  en  est  particulièrement 
colorée.  Sans  nous  arrêter  en  ce  moment  à 
rechercher  d'après  ces  faits  si  la  peau  n'est 
I>as  chargée,  dans  l'économie,  d'une  fonc- 
tion dépuratoire,  puisque,  comme  les  sé- 
crétiotis  de  ce  genre,  elle  porte  à  la  périphé- 
rie du  corps  une  matière  inorganique,  nous 
nous  bornerons  à  observer  que  la  sécrétion 
de  la  matière  colorante  de  la  peau  est  très- 
sujette  elle-même  à  varier  d'intensité.  L'âge, 
les  passions,  l'état  de  grossesse,  les  mala- 
dies, peuvent  la  suspendre,  la  diminuer  ou 
Taccrof  tre,  et,  par  une  disposition  originelle, 
telle  ou  telle  partie  des  téguments  peut  sé- 
créter plus  ou  moins  de  pigmentum.  La  ma- 
tière colorante  est-elle  en  petite  quantité, 
le  sujet  a  une  peau  très-blanche,  les  yeux 
bleus  et  la  chevelure  blonde.  Augmente* 
t-elle  un  peu,  c'est  la  couleur  châtain 
qu'elle  produit;  si  elle  est  plus  abondante, 
les  yeux  et  les  cheveux  sont  noir<,  et  la 
peau  est  brune.  Nous  avons  déjà  dit  que, 
quoique  cette  matière  colorante  existe  dans 
la  peau  de  toutes  les  races  humaines,  ce 
n'est  cependant  que  dans  les  nègres  que  sa 
substance  se  montre  d'elle-même.  Ce  qui 
donne  lieu  de  soupçonner  que  la  couleur  du 
nègre  ne  tient  pas  seulement  à  la  teinte  plus 
foncée  de  cette  matière,  mais  qu'elle  peut 
dépendre  aussi  de  la  quantité. 

Le  pigmentum  manque  chez  le  fœtus  jus- 
qu'à une  époque  très-avancée  de  la  vie  in- 
tra-utérine ;  et  chez  les  peuples  noirs,  bruns 
ou  cuivrés,  la  peau  est  encore,  quelque 
temps  après  la  naissance,  de  même  couleur 
que  chez  les  enfants  de  la  race  blanche  : 
les  négrillons  ne  naissent  pas  noirs  comme 
leurs  [lères,  ce  n'est  que  plus  tard  qu'ils  se 
colorent;  ils  sont  d'abord  d'un  blanc  jau- 
nâtre. 

M.  de  Humboldt  rapporte  que  dans  le 
nord-est  de  l'Amérique,  on  rencontre  des 
tribus  chez  lesquelles  les  enfants  sont  blancs 
et  ne  prennent  qu'à  l'âge  viril  la  couleur 
bronzée  des  indigènes  du  Pérou  et  du 
Mexique. 

Du  reste,  le  pigmentum  n'entre  pas  si  es- 
sentiellement dans  la  constitution  du  nèzre, 
que  la  suppression  de  ce  pro<iuit  ne  s  ob- 
serve assez  iréaucmmenlcbez  des  individus 
de  sa  race.  11  n  est  ras  rare  de  trouver  des 
nègres  chez  lesquels  la  matière  colorante 
n'est  produite  que  dans  dértaines  proportions 
des  téguments,  tandis  que  dans  d'autres 
parties  la  peau  est  parfaitement  blanche.  Les 
nègres  qui  présentent  celte  particularité 
remarquable  sont  appelés  hommes  pies, 
i  Voici  donc  àquoi  se  réduit  ce  phénomène, 
qui  parait  d'abord  si  étonnant  dans  la  colo- 
ration du  nègre  :  à  une  sécrétion,  à  la  pré- 
sence d'une  matière  inorganiaue  qui,  par 
sa  nature,  peut  être  produite  plus  ou  moins 
abondamment,  et  qui  peut  même  être  sup- 
primée entièrement,  so:t  que  l'on  considère 
l'albinisme  originel  comme  un  arrêt  de  dé- 
veloppement portant  sur  l'organe  sécréteur 
lui-même,  ou  seulement  conuue  une  sup- 


475 


ETfl 


DICTIONNÀIUË 


ETO 


«78 


pression  de  la  matière  colorante,  dernière 
opinion,  qui  paraît  préférable  et  qu'il  faut 
au  moins  adopter  pour  Talbinisme  qui  sur- 
vient chez  les  adultes. 

Gr&ce  aux  progrès  de  la  raison  humaine 
et  au  perfectionnement  des  sociétés  moder- 
nes, on  n'en  est  plus,  de  nos  jours,  à  con- 
tester aux  nègres  une  commune  origine  avec 
nous.  Renonçant  pour  jamais  à  Teffroyable 
définition  que  le  code  romain  donne  de  l'es- 
clave, non  tam  viles  quam  nulli  sunt^  la  phi- 
losophie et  la  pc.Mtique  ont  prononce  de 
concert  raffranchissement  de  tout  un  peu- 
ple, de  toute  une  race  éparse  dans  les  colo- 
nies des  deux  Indes.  Elles  ont  ainsi  donné 
raison  aux  recherches  de  la  science,  qui 
établissent  l'unité  organique  de  l'espèce  hu- 
nia«ne,  et  qui  expliquent  lïnfériorité  intel- 
lectuelle de  certains  peuples  par  l'influence 
exclusive  mais  continue  au  climat,  de  la  ma- 
nière de  vivre,  des  rapports  sociaux,  et,  sur- 
tout, par  l'absence  cie  la  civilisation,  cette 
source  si  féconde  de  lumières  et  de  perfecti- 
bilité. 

Quoi  qu'on  en  ait  voulu  dire,  en  effet,  il 
est  évident  que  la  Providence  n'a  pas  limité 
les  aptitudes  intellectuelles  des  familles  de 
la  race  noire.  Si  l'on  s'arrête  à  l'état  stalion- 
naire  de  leur  esprit,  à  travers  tant  de  siè- 
cles, on  est,  il  est  vrai,  porté  à  leur  suppo- 
ser une  infériorité  morale;  mais  aui  nous  dit 
que  ce  ne  soit  pas  l'effet  du  défaut  d'exer- 
cice de  leur  intelligence,  et  qu'il  n'en  soit 
pas  de  leur  cerveau  comme  de  leurs  bras, 
ordinairement  moins  développés  que  leurs 
jambes,  qu'ils  exercent  davantage. 

Et  que  sont,  après  tout,  ces  races  humai- 
nes par  lesquelles  on  n'a  eu  si  longtemps 
que  violences  et  iniquités  ?  Ce  sont  des  êtres 
comme  nous,  que  1  abjection  dans  laquelle 
ils  viven.  n*empêche  pas  de  ressentir  les 
horreurs  de  leur  sort,  et  dont  le  cœur  bout 
du  désir  de  se  venger  des  humiliations  et 
des  outrages  de  la  servitude. 

Ce  sont  des  esclaves,  dira-t-on;  ils  sont 
noirs,  leur  nez  est  épaté,  leurs  cheveux  sont 
crépus,  leur  odeur  est  étrange;  ce  sont  des 
êtres  intermédiaires  entre  l'homme  et  les 
animaux,  des  êtres  voués  au  joug  par  leur 
infériorité  native...  Mais  quoi  I  au  heu  d'ar- 
cepter  si  légèrement  des  sophismes  dictés 
par  l'orgueil  et  la  cupidité,  que  ne  cherche- 
t-on  dans  l'inégalité  des  degrés  de  civilisa- 
tion la  différence  de  conformation  entre  les 
races  ? 

Bien  ne  prouve  mieux  la  justesse  de  cette 
explication  que  la  perfectibilité  constante 
de  la  race  noire.  Toutes  ses  tribus,  en  effet, 
ne  sont  pas  restées  à  l'état  sauvage  ;  quel- 

3ues-nnes  mêmes  sont  entrées  dans  les  voies 
e  la  civilisation.  Les  voyageurs  qui  ont 
exploré  récemment  l'Afrique  centrale  ont 
rencontré  des  villes  et  des  villages  peuplés 
de  nègres  très-laborieux,  hospitaliers  et 
parfaitement  policés.  La  puissante  nation 
des  Achanties  (dans  la  Nigritie  maritime), 
par  exemple,  a  pris  depuis  quelques  années 
un  rapide  et  [)rilîant  essor,  et  les  Anglais, 
vaincus  par  oUo,  ont  été  sur  le  point  d'aban- 


donner tous  leurs  établissements 'jsur  la 
Cftte  d'Or. 

Comment  d'ailleurs  refusera  la  race  noirc- 
ies facultés  divines  d'une  intelligence  qui 
s'est  révélée  par  de  si  éclatantes  soudainelà 
chez  des  individus  qui  lui  appartiennent?... 
Michel  Lando,  à  Florence,  Mazaniello,  i 
Naples,  furent-ils  des  chefs  plus  élonnanis 
d'une  révolution  populaire  que  Toussaint 
Louverture,  Dessalines,  Christophe  et  m 
d'autres  Spartacus,  qui,  nés  dans  les  chaî- 
nes, s'élancèrent  d'un  bond  au  premier  rang, 
et,  sans  autre  guide  que  les  inspirations 
d'un  génie  inculte,  se  montrèrent  à  la  fois 
hommes  de  guerre,  politiques  h&biles  et  lé- 
gislateurs profonds. 

A  l'appui  des  réflexions  qui  précèdent  je 
dois  rappeler  que  les  travaux  cle  la  physio- 
logie lûoderne  s'accordent  tous  à  constater 
l'égalité  du  développement  de  l'organe  céré- 
bral chez  tous  les  peuj»lcs;  le  savant  pmfes- 
seur  Tiedmann  a  mis  ce  fait  hors  de  douic 
dans  un  mémoire  publié  |  arlui  à  IWasinn 
des  débats  soulevés  dans  le  parlement  britan- 
nique par  la  question  de  l'émancipation  des 
nègres.  Nous  ne  pouvons  résister  au  dibir 
de  donner  un  extrait  de  cet  ouvrage  remar- 

3uable,  dont  les  matériaux  ont  été  trouvés 
ans  les  grands  musées  de  l'Allemagne,  de  Ja 
France,  de  l'Angleterre,  de  l'Ecosse  eliie 
l'Irlande. 
L'auteur  s'est  posé  ces  deux  questions: 
1"  Le  cerveau  au  nègre  diffère-t-il  du  cer- 
veau de  l'Européen? 

2°  Le  cerveau  du  nègre  ressemble-t-4]  plus 
à  celui  de  l'orang  que  le  cerveau  de  YEmv 
péen? 

Nous  ne  dirons  rien  du  poids  absolu  du 
cerveau,  attendu  qu'il  est  difficile  de  trou- 
ver une  moyenne  exacte  de  ce  poids,  0001- 
parativement  au  poids  absolu  du  corps.  Ceit*^ 
moyenne  était,  chez  quatorze  individus  de 
3  livres  (livres  de  12  onces)  et  10  onces  oa 
46  onces.  Quant  à  son  poids  relatif,  nii» 
avons  déjà  montré  que  l'homme  est  dé\m( 

f)ar  plusieurs  animaux  :  l'éléphant,  la  l'H- 
eine,.quelques  espèces  de  singes  et  de  m- 
geurs,  et  la  plupart  des  oiseaux  ont,  propor- 
tionnellement au  poids  de  leur  corps,  un 
cerveau  plus  volumineux  que  l'homme. 

Mais  de  tous  les  animaux,  l'homme  est 
celui  qui  a  le  cerveau  le  plus  développé  pn>- 
portionnellement  à  la  moelle  épinièreetaui 
nerfs  qui  en  partent. 

Poids  du  cerveau  du  nègrre.— D'après  Sefli- 
mering,  le  cerveau  de  deux  jeunes  jiè-re> 
pesait,  l'un  42  onces  3  gros,  l'autre  45  oULt> 
et  f  ;  cet  anatomiste  observe  qu'il  u'a  pa? 
toujours  trouvé  le  cerveau  aussi  développi^ 
chez  l'Européen.  Mascagni  cite  un  cerveau 
nègre  qui  pesait  42 onces;  Astley  Coopèrent 
trouvé  un  pesant  49  onces,  Tiedmann  coih 
clut  de  ces  faits  et  de  ses  propres  observa- 
tions, que  l'opinion  des  auteurs  qui  préten- 
dent que  le  cerveau  du  nègre  pèse  woioj 
que  celui  de  l'Européen  n'est  rien  moins  que 
prouvée.  , 

Capacité  crânienne  du  nègre  comporte  a 
celle  des  autres  races.  —Celle  évaluation cit 


ETH 


D*A!«THROPOLOCIC 


ETH 


4:9 


sans  contredit  la  plus  rigoureuse  de  tontes. 
Laute'ur  commençait  par  peser  des  têtes 
bien  sèêhes,  après  en  aToir  bouché  exacte- 
ment tontes  les  ouTertures,  puis  il  les  rem- 
plissait de  grains  de  millet  et  les  pesait  de 
nauTeau. 
Voici  les  résultats  obtenus  : 

Race  fiègrt. 

Hommes  :  53  nègres,  cafNicité  variant  en- 
Ire  5^  CHiees  2  gros  33  grains»  et  31  onces 
55  gros  16  grains. 

4  Cafres,  entre  43  onces  et  37. 

7  Hottentots,  entre  42  onces  et  33. 

5  Mulâtre,  entre  48  onces  et  34. 
Femmes  :  12  né,n^ssest  entre  38  onces 

€  gros  dOgrainSyCt  24  onces7  gros 39 grains. 
1  Cafre,  39  onces  1  gros. 
4  Holtentotes,  entre  35  et  31  onces. 
i  Mulâtre,  34  onces  6  gros  et  IG  grains. 

Race  caucasique. 

Chez  cent  quatre-ringt-dix  hommes  la  ca- 
pacité a  Tarie  entre  57  onces  3  gros  56  grains 
{Cosamte  dm  Don)^  et  27  onces  6  Kros  30  grains 
(Bindau),  — Chez  ringt  et  une  femmes  elle  a 
Tarie  entre  40  onces  6  gros  20  grains  (Hol- 
Immdaùe}^  et  28  onces  4  gros  24  grains  (Hin- 
doue  .  L*auteurlait  remarquer  la  petitesse 
du  crâne  des  Hindous  en  général,  obserTa- 
tiou  déjà  laite  par  Patterson,  qui  disait  que 
le  crâne  de  THindou  est  à  celui  de  l'Euro- 
\é^n  comme  2  est  à  3. 

Ract  mangolique. 

Chez  quarante-six  hommes,  entre  49  on- 
ces 1  gros  S  grains  (E$quimaux)  et  13  on- 
ces 5  gros  24  grains  {Ba$chkir)\  chez  trois 
femmes,  entre  36  et  31  onces. 

Bac€  américaine. 

Chez  trente  hommes,  entre  59  onces  (un 
Boiacudo)  et  36  onces  1  gros  44  grains  (/n- 
diem  de  Jaway);  chez  quatre  femmes,  entre 
40  onces  5  gros  22  mins  (Shenok)  et  31  on- 
ces 43  grains  (une  Éoiocuao) 

Race  mataise. 

Chez  quatre-Tingt-dix-huit  hommes,  entre 
49  onces  1  gros  45  grains  (indigène  de  Tile 
Hmaheime),  et  22  onces  2  gros  (lie  d*Amboine); 
et  chez  dix  femmes  entre  41  onces  f/nra- 
maiset^  et  19  onces  2  gros  49  grains  (lemme 
de  Lmâker). 

RéÊuUatt  comparatifs. 

La  capacité  crânienne  a  Tarie  entre  59  on- 
ces (un  ÂMoéric^n)  et  13  onces  (un  Mon- 

Sur  quatre  cent  trente  hommes  de  toutes 
ies  rares,  la  capacité  crânienne  s  est  trouTée 
^Sans  le  plus  grand  nombre  entre  42  et  32  on- 
s;  saToir: 

Chez  64  sujets  sur  70  de  la  race  éthiopique; 
144      —      186      —      caucasiquc; 
29      —       45      —      mon^olique; 
20      —       31      —      américaine; 
63      —       98     —       malaise. 


n  7  a  eu  au-dessus  de  42  onces  : 

5  hommes  de  la  race  éthiopique  ; 
42  —  caucasique; 

10  —  mon^le; 

7  —  américaine  ; 

21  ^  malaise, 

et  au-dessous  de  32  onces  :  1  nègre,  1  cauca- 
sic|ue ,  3  américains ,  7  mongols  et  13  ma- 
lais. 

Pour  les  femmes,  la  capacité  crânienne  a 
Tarie  entre  41  et  19  onces. 

Sur  56  femmes  elle  s'est  trouTée  le  plus 
souTent  entre  38et30  saToir  : 

Chez  17femmessurl8delaraceéthiopique; 
19      —         22    —    caucasique; 
3      —  3    —    mongole 

S      —  4    —    américaine; 

7      —         10    —    malaise.' 

Au-dessus  de  38  onces  :  1  négresse,  2  cau- 
casiques  et  3  malaises  ; 

Au-dessous  de  30  onces:  1  négresse, 
1  caucasique  et  3  malaises. 

Ainsi ,  pour  ce  qui  concerne  la  capacité 
crânienne,  il  n'est  pas  exact  de  dire  que 
celle  du  nègre  soit  toujours  inférieure  à 
celle  de  l'Européen. 

L'auteur  étuoie  ensuite  le  cenreau  du  nè- 
gre, puis  celui  de  Torang-outang.  Il  fait 
Toir  qu'il  n'existe  aucune  différence  essen- 
tielle entre  le  premier  et  celui  de  l'Euro- 
péen, et  qu'il  est  faux  de  dire  que  les  nè- 
gres ont  la  moelle  épinière  plus  épaisse  et 
les  nerfs  plus  Tolummeux. 

Quant  au  cerTeau  de  l'orang-outang  : 

i*  II  esi  plus  petit  que  celui  de  l'homme, 
et  sous  le  rapport  de  son  poids  absolu  et 
sous  le  rapport  de  son  poids  considéré  rela- 
tiTcment  k  la  masse  du  corps. 

2*  Ce  même  cenreau  est  le  plus  petit, 
considéré  proportionnellement  aux  nerfe. 

3*  Les  hémisphères  sont  plus  petits  pro- 
portionnellement à  la  moelle  allongée,  à 
la  moelle  épinière,  au  cerTclet,  aux  tu- 
bercules quadréjumeaux  et  aux  corps  striés. 

4*  Les  circouTolutions  sont  moins  nom- 
breuses et  les  anfractuosités  moins  pro- 
fondes. 

Conclusions.  —  1*  Le  cenreau  de  nègre 
est,  terme  moyen,  aussi  Tolumineux  que 
celui  de  l'Européen  et  des  autres  races; 
seulement,  chez  les  Européens  et  les  Ma- 
lais le  poids  du  cerTeau  dépasse  le  plus  sou- 
Tent la  moyenne. 

2*  Les  nerfs  crâniens  ont  le  même  Tolume 
que  chez  l'Européen,  contrairement  à  l'opi- 
nion de  Scemmering. 

3*  La  moelle  épinière,  la  moelle  allongée, 
le  cerTeau  et  le  cenrelet  ont  la  même  dis- 
position et  la  même  structure  que  chez 
l'Européen;  seulement  les  hémispnères  du 
cenreau  sont  un  peu  moins  épais. 

4*  Le  cerTeau  du  nègre  ne  ressemble  pas 
plus  au  cerTeau  de  l'orang-outang  que  celui 
de  l'Européen,  si  l'on  excepte  la  dispositi^m 
un  peu  plus  symétrique  des  circouTolu- 
tions  du  cerTeau  du  nègre  ;  ce  qui  ir'est 
pas  encore  reconnu  comme  un  caractère 
constant. 

La  dirirision  de  la  race  noire  en  ra- 


47a 


Lin 


D:crtO.NNAlRË 


£Tlf 


éùû 


nieaux  a  été  éC&blie  d'après  la  dislribu-     po^^enl.  Ce  soni  les  rameaux  Occidental  tt 
tiou  géographique  des  tribus  qui    la  corn-     Oriental. 

"  FAMILLE  FELLÂ5E. 

9,000,000. 

,    Habite  ia  Sénëgarobie.  TéiDt  tiasané;  cheveux  assex  longs.  Pro- 
I  près  à  la  civilisaliou. 

FAMILLE  CAFRB. 

45,000,000. 
Cheyeux  laineux  et  leint  noir;  mais  des  formes  cm  se  rappro- 
chent de  la  race  blanche, 

FAMILLE  IIOTTENTOTE. 

8,000,000. 
Teint  jaunâtre,  au  lieu  d*élrc  noir. 

FAMILLE  ?rÈr.RC. 

15,000,000. 
Forts ,  robustes,  dociles  et  indolents.  Télé  étroite  ;  crâne  ré- 
Créci. 


R.VME  VU  OCCIDENTAL. 

47,000,000. 
Habite  la  partie  de  F  Afrique  située 
au  sud  du  granit  désert  de  Sahara  ; 
il   forme   les   populations   qui   sout 
traiisporlées  en  Amérique. 

Quatre  Familles. 


.    Voy.  HoTTEîfTOTS,  Cafbes,  etc. 

La  famille  nègre  forme  la  plus  grande  par- 
tie de  la  population  de  F  Afrique  ;  elle  s'é- 
tend dans  le  Soudan,  la  Sénégambie  ,  la 
Guinée,  le  Congo  et  la  majeure  partie  du 
centre  de  la  péninsule  méridionale.  Ce  sont 
aussi  les  nègres  qui  composent,  en  général, 
les  populations  noires  transportées  dans 
d*autres  contrées. 

Cette  race  doit  être  extrêmement  féconde 
dans  sa  patrie  ;  car  la  quantité  d'esclaves  que 
l'on  en  a  exportés  pour  l'Amérique,  et  que 
l'on  exporte  encore  pour  les  pays  où  ce 
commerce  criminel  n'a  pas  été  détruit,  est 
réellement  prodigieuse,  et  cependant  les 
contrées  habitées  par  les  nègres  sont  encore 
très-peuplées.  Ils  sont  généralement  doci* 
les  et  indolents  ;  mais  ils  sont  forts  et  ro- 
bustes ,  et  deviennent  laborieux  lorsqu'ils 
sont  forcés  de  travailler. 

La  plupart  sont  encore  soumis  aux  su- 
perstitions du  fétichisme  le  plus  grossier  ; 
d'autres,  surtout  dans  le  nord,  ont  embrassé 
l'islamisme  ;  quelaues-uns  ,  dans  le  Congo , 
ainsi  que  ceux  uAmérique,  sont  censés 
avoir  embrassé  le  christianisme  ;  mais  cette 
conversion  ne  consiste  souvent  qu'en  une 
adoration  de  la  croix ,  comme  fétiche,  sans 
rattacher  à  ce  glorieux  symbole  les  souve- 
nirs mystérieux  et  les  idées  consolantes  oui 
en  sont  inséparables  pour  les  véritables 
croyants. 

Les  mulâtres  sont  des  individus  nés  d'une 
négresse  et  d'un  blanc  ou  d'une  blanche  et 
d'un  nègre  ;  ils  ne  diffèV'ent  des  nè^^res,  en 
général,  que  par  une  coloration  noire  beau- 


coup moins  foncée.  Le  mélange  successif 
des  mulâtres  et  des  nègres  a  donné  lieu  à 
des  complications  de  variétés  assez  inexlri- 
cables,  qu'un  auteur  cité  par  Buffon  a  déjà 
essayé  d  éclaircir  dans  le  passage  suivant. 

«  Il  faut  absolument,  dit-il ,  quatre  géné- 
rations mêlées  pour  faire  disparaître  euliè- 
rement  la  couleur  des  nègres,  et  voici  Tor- 
dre que  la  nature  observe  dans  les  quatre 
générations  mêlées  : 

a  l*"  D'un  nègre  et  d'une  femme  blanche 
naît  le  mulâtre  à  demi  noir,  à  demi  blaoc,à 
longs  cheveux. 

«  2"  Du  mulâtre  et  de  la  femme  blanche 

(provient  le  quarteron,  basané,  à  cbeYeui 
ongs. 

«  3*  Du  quarteron  et  d'une  femme  blan- 
che sort  l'octavon  ,  moins  basané  que  le 
quarteron. 

a  i!k°  De  l'octavon  et  d'une  femme  blanche 
vient  un  enfant  parfaitement  blanc. 

«  H  faut  quatre  filiations  en  sens  inver^« 
pour  noircir  les  blancs. 

«  l''  D'un  blanc  et  d'une  négresse  sort  le 
mulâtre  &  lones  cheveux. 

«  2'  Du  mulâtre  et  de  la  négresse  yieat 
le  quarteron,  qui  a  trois  quarts  de  noir  et 
un  quart  de  blanc. 

«  3"  Du  quarteron  et  d'une  négresse  pro- 
vient l'octavon,  qui  a  sept  huitièmes  de  noir 
et  un  huitième  ce  blanc. 

«  4.'»  De  cet  octavon  et  de  la  négresse  vieet 
enfin  le  vrai  nègre  ,  à  cheveux  entortillés.  » 

Virey  a  résumé  ses  idées  sur  cette  ques- 
tion difficile  dans  le.  tableau  clair  et  pré- 
cis que  nous  reproduisons. 


PARENTS. 

BUnC  et  noT. 
Blanc  et  midâtre. 
Noir  et  mulâtre. 
Blanc  et  terceron. 
Noir  et  terceron. 
Blanc  et  quarteron. 
Noir  et  quarteron. 


PRODUITS  ou  CASTES. 


Mulâtre. 

Terceron  Snltatras. 
Griffe  ou  Zambo. 
Quarteron. 
Quarteron  Saltatras. 
Quinleron. 
Quinteron  Saltatras. 


DEGRÉ  DU  MÉLAXGC. 

iy2  blanc  ift  noir. 

5;^  blanc  i;4  noir. 

5;4  noir  1/4  blanc. 

7/8  blanc  ii8  noir. 

7/8  noir  1;9  blanc. 
15/16  blanc  1;  16  noir. 
i5/lG  noir  i/ 16  blanc. 


Le  rameau  oriental  de  la  race  noire  cora-     occidentale  de  TOcéanie  et  le  sud-esl  u<î 
prend  tous  les  nègres  qui  habitent  la  partie     l'Asie. 


ISI  ETO  D^ANTUBOPOLOJE. 

Le  tableau  soivant  en  donne  les  subdimions. 

FAMILLE  PÂPOCEICtB 

I  350,000. 

RAM£.V(J  ORIENTAL.       /    Ces  peophdes  sont  en  rapports  nom- 

I  breiix  avec   les  Uédais  et  1  n»  Tabouens  ; 
\  ioulefois ,  eUes  soot  féroces  et   canai 
)  baies, 
nabite  b  partie  occidentales 

lit*   rOtéanie  ,  au  sud-est  de  )  favilic  i^Di'iitiXE. 

FAsie.  lu  TÎTent  en  tribns  sait-/  050,000. 

T-^z*^,  qoi  ont  chacane  an  lan-l     Peuplades    refonlét'S   dans  des   mon- 

gj^e  diflerenL  \  iagn«*s  d*aceès    diflicile  ;    ell<*s   sont  en  ] 

Vbostitités  continuelles  avec  les  peuples/ 
Woisins.  I 


ETO 


4Si 


i, 000,000. 


Deux  fmmiiU», 


Les  peuplades  qui  constituent  la  famille 
papauemne  n^habitent  que  de  petits  lies  ou 
i»r>  eûtes  des  grandes  Iles  dont  Tintérieur  est 
oTUfié  par  Tautre  famille.  On  y  distingue 
*>u\  sulKlirisions  :  Tune  qui  se  rapproche 
«ies  Malais^  ce  sont  les  Papous,  dans  1  archi- 
^\  de  la  Nouvel le-Guinée  ;  Tautre  qui  se 
nj[>proctie  des  Tat)Ouens,  et  qui  occupe  les 
1.**^  Fidji,  les  Nouyellcs-Hébrides,  la  Nou- 
\  l'île  CaiéJonie  et  rarchipel  de  Salomon. 

Les  Papous  sont  uneassz  belle  Tariété  de 

Jif' zres  océaniens,  quoiqu'ils  aient  des  mem- 

f.r^-s  Irès-grèles;  leur  taille  est  moyenne  et 

>'!ir  peau  d*un  noir  luisant  ;  leur  cheTelure, 

tr'-^-é^taisse  et  très-frisée  «  leur  donne  un 

a^f^ecl  repoussant  ;  on  leur  trouve  beaucoup 

r  ressemblance  avec  les  noirs  Ghanjalas  de 

.  Abyssînie.    Ces  sauvages,  moins  abrutis 

;  :e'les  autres,  montrent  une  grande  adresse 

'  jouirerner  leurs  |iiro;:pies,  qui  sont  ornées 

•  \'  5'ulptures  élégantes;  ils  ont  des  temples 

et    lies  idoles  auxquelles  ils  rendent   un 

'  -i.ie  reli^eux.  Les  Malais  et  les  Chinois 

(o*retiennent  avec  les  Papous  un  commerce 

^^^rz  actif,  et  en  retire  surtout  des  oiseaux 

■.*T  i^arailis,  des  trépangs,  des  loris  vivants, 

'.*'S  écailles  de  tortue,  du  tabac,    et  -surtout 

.c5  esclaves. 

Les  FiJjiens,  quoique  assez  avancés  dans 
a  civilisation,  sont  de  féroces  aniropopha- 
u'€s;  ils  ont  des  lois  ,  des  arts,  et  forment 
[ '^rfois  un  corps  de  nation.  L^arairal  d*Ur- 
V  lile  les  met  au  premier  rang  parmi  les 
;  ruples  des  races  océaniennes ,  et  vante 
.  fur  progrès  dans  la  navigation. 

La  famille  andamêne  réunit  les  noirs  orien- 
t»ux,  qui  présentent  d'une  manière  tranchée 
.r^  caractères  distinctifs  de  leur  race.  Les 
;-rfiplades  sont  presque  in/'onnues,  parce 
i'eiles  sont  presque  toutes  refoulées  dans 
'.rrs  montagnes  d'accès  diflicile,  où  elles  vivent 
en  état  d 'hostilité  continuelle  avec  les  peu- 
l''-*-s  voisins. 

A  peine  trouve-t-on  chez  ces  peuplaJes 

'-^premiers  germes  de  celte  industrie  qui 

^'i!ea  fait  de  l'homme  le  véritable  maître 

>?  toi?s  les  êtres  animés;  dans  le  naturel  de 

4  Nouvelle-Uollande  elle  s*est  limitée  à  la 

'  .!jfection    de   quelques    instruments    de 

r -^rre,  dechasse  et  de  |éche.  Du  reste,  il 

^^t  demeuré   com|)tétement   étranger   aux 

i^-'Mndres notions  d'agriculture,  d'économie 

''^'rnestigue  et  même  de  nautique.  Dans  les 

'':L«is  les  plus  avancées  il  est  seulement  ar- 


Fîdjîens. 
Néocalé  binions. 
Néoliébridicns. 
Salomon  ieiii;. 
Papous. 

A.  dos  A(!am.ins. 

A.  de  lifido^bine. 

A.  de  Lu /.on. 

A.  de  la  Nouvt-llMioinée. 

A.  de  la  Nouvelle  Hollande. 

A.  de  Van-Diémen. 


rivé  au  point  de  se  construire  des  buttes  en 
écorces  ou  en  branchages. 

Au  physique  cette  variété  de  l'espèce  hu- 
maine est  aussi  maltraitée  quau  moral. 
Stature  petite  et  débile,  membres  grêles  et 
sensiblement  disproportionnés  avec  le  reste 
du  corps  :  ventre  souvent  proéminent  de  la 
manière  la  plus  disgracieuse  ;  nez  très-écrasé, 
narines  larges  ;  yeux  petits  et  enfoncés  dans 
leur  orbite,  lèvres  épaisses,  mâchoires  sail- 
lantes, bouche  d'une  largeur  démesurée, 
front  souvent  comprimé  du  haut  en  bas, 
barbe  noire,  touffue  et^  hérissée ,  voilà  ses 
traits  les  plus  ordinaires*  Quant  au  teint ,  il 
varie  de  la  couleur  de  cuivre  très-foncé  jus- 
qu'au noir  peu  intense  ,  de  manière  à  pré- 
senter le  plus  souvent  la  nuance  fuligineuse 
Les  cheveux ,  souvent  longs  et  lisses,  sont 
quelquefois  frisés  ,  mais  ne  deviennent  ja- 
mais tout  à  fait  laineux,  comme  dans  le  nè- 
gre africain.  Cependant  ce  tableau  repous- 
sant du  type  général  Néo-Zélandais  subit 
parfois  des  modiGcations.  Certaines  tribus 
dans  l'intérieur  de  la  Nouvelle-Galles  du 
Sud ,  du  côté  du  lac  George,  malgré  leur 
petite  taille,  ont  des  traits  moins  difformes, 
surtout  des  membres  beaucoup  mieux  pro- 
portionnés. Oxley  cite  comme  bien  supé- 
rieurs aux  naturels  de  Port-Jakson  ceux  de 
la  baie  Moreton  ;  suivant  Tuckey,  les  habi- 
tants du  Port- Western  seraient  dans  le  même 
cas ;d'Urville  rend  un  semlilable  témoignage 
des  sauvages  de  la  baie  Jervîs.  Tant  qu'elles 
sont  jeunes,  les  femmes  ont  des  traits  moins 
rebutants  et  des  formes  plus  simples  et  plus 
gracieuses  que  les  hommes  ;  mais  ce  peu  de 
fraîcheur  dis|iarait au  premier  enfautqu'elles 
mettent  au  monde  ,  et  bientôt  elles  devien- 
nent plus  hideuses  même  que  les  hommes. 
Les  deux  sexes  se  frottent  habituellement  la 
peau  avec  de  l'huile  de  p^oisson,  ce  oui  leur 
fait  contracter  une  odeur  insuf^iorlable.  Pour 
ce!a  ils  se  contentent  souvent  de  laisser  rô- 
tir dans  leur  chevelure  les  entrailles  d'un 
rK>is$on  à  l'ardeur  du  soleil ,  jusqu'à  ce  quo 
iliuile  en  découle  sur  leur  visage  et  sur 
tout  leur  corps.  Quelque  dégoûtantes  qu  elles 
soient,  ces  onctions  ont  au  moins  poor  eux 
l'avantage  de  les  garantir  des  piqûres  des 
moustiques,  qui  fourmillent  en  plusieurs 
endroits. 

La  vue  de  ces  insulaires  est  singulière- 
ment perçante,  et  ilsontde  très-belles  dents  ; 
sans  être  robustes,  ils  sont  agiles  et  alertes. 


4SS 


ETH 


DICTIONNAIRE 


ETH 


434 


ils  grimpent  avec  une  facilite  surprenante  k 
la  cime  des  plus-grands  arbres,  pour  y  cher- 
cher des  écureuils  volants  et  des  opossums* 
on  recueillir  du  miel  et  des  cheniHes. 

Ceuï  qui  habitent  les  côtes  trouvent  de 
grandes  ressources  alimentaires  dans  ies  co- 
quillages et  les  poissons  que  leur  fournit  la 
mer.  Mais  ceux  de  Tinlérieur  sont  obligés 
de  se  contenter  de  racines  de  fougères  «  de 
quelques  tubercules,  et  des  oiseaui  qu'ils 
peuvent  surprendre  ;  ils  ont  souvent  recours 
aux  serpents,  aux  lézards,  aux  chenilles  et 
aux  vers,  qu'ils  se  contentent  le  plus  sou- 
vent d'exposer  un  moment  à  la  flamme  de 
leur  foyer  avant  de  les  dévorer.  Quand  ils 

f)euvent  prendre  un  kangourou  dans  leurs 
ilets,  ou  le  tuer  à  coups  de  lance,  c'est  une 
bonne  fortune  pour  eux,  mais  cela  arrive 
rarement.  Le  cadavre  d'une  baleine  échouée 
leur  offre  matière  à  d'amples  festins ,  et  ils 
ne  la  quittent  que  lorsque  la  chair  est  tom- 
bée dans  un  état  compjet  de  putréfaction. 
Habituellement  nus ,  ils  portent  quelque- 
fois de  courts  manteaux  en  peaux  de  kan- 
gourou, grossièrement  cousues  ensemble, 
mais  qui  laissent  entièrement  à  découvert 
tout  le  devant  du  corps.  Leurs  ornements 
consistent  en  os  d^  poisson  ou  d'oiseaux, 
plumes,  morceaux  de  bois,  touffes  de  poil, 
et  dents  d'animaux  qu'ils  fixent  dans  leur 
chevelure  au  moyen  d'une  sorte  de  gomme. 
Chez  la  plupart  d'entre  eux ,  un  os  traverse 
la  cloison  des  narines.  Leur  plus  brillante 
toilette  a  lieu  quand  ils  se  barbouillent  de 
noir,  de  rouge  ou  de  blanc ,  lorsqu'ils  se 
préparent  pour  le  combat  ou  pour  quelque 
cérémonie  importante.  La  forme  et  la  cou- 
leur des  dessins  sont  en  oulre  des  marques 
distinclives  des  tribus.  Ils  ont  un  ornement 
plus  durable,  mais  en  même  temps  plus  pé-. 
nible  à  acquérir  ;  c'est  le  tatouage  en  relief 
opéré  sur  leur  corps  au  moyen  d'entailles 
profonJes,  dont  le?  cicatrices  forment  diver- 
ses sortes  de  fi,^ures.  Ces  marques  sont  des 
distinctions  fort  honorables.  En  certains  en- 
droits, notamment  aux  environs  du  Port- 
Jackson,  les  jeunes  gens  doivent  perdre  une 
des  dents  de  devant ,  et  le  privilège  d'arra- 
eher  ces  dents  parait  être  dévolu  à  une  classe 
particulière  d  individus  qui  prennent  le  ti- 
tre de  kerredaï.  Cette  opération  est  accom- 
pagnée de  cérémonies  bizarres ,  qui  annon- 
cent que  c'est  une  sorte  d'initiation  aux  oc- 
cupations et  aux  fatigues  de  leur  existence. 
En  outre,  ce  n'est  qu  après  l'avoir  subie  gue 
les  jeunes  gens  sont  admis  à  tous  les  privi- 
lèges de  l'âge  viril.  De  leur  côté,  les  jeunes 
îilles,  dans  un  â^e  encore  tendre,  doivent 
subir  l'amputation  de  deux  phalanges  du 
(>etit  doigt  de  la  main  gauche.  Un  but  mys- 
tique préside-t-il  aussi  a  ce  sacrifice,  ou  bien 
est-ce  simplement,  comme  les  naturels  l'af- 
firmaient à  l'amiral  d'Urville,  pour  faciliter 
aux  femmes  le  maniement  de  leurs  lignes 
dépêche?... 

Pour  les  tribus  les  moins  sauvages ,  les 
habitations  consistent  en  huttes  en  forme  de 
ruches,  conslruiles  avec  des  morceaux  (1'.î- 
corce  coRvcrAcaut  au  somm?t.  Celte   pre- 


mière charpente  est  recouverte  dHine  cou- 
che de  terre,  puis  d'une  autre  couche  d'her- 
bes marines  qui  rend  ces  ^îtes  impénétrables 
à  Tcau;  là  tous  les  individus  de  la  même 
famille  se  retirent  et  dorment  pèie-roèle 
confondas.  Plus  souvent  ces  huttes  ne  sout 
que  de  simples  ramées  en  bran'^hages  cou- 
verts de  feuilles  de  xanthorrhéa.  Quelque- 
fois même  l'habitant  des  bois  se  contente 
d'une  simple  é  orce  arrachée  à  l'arbre  roi- 
sin  qui  sert  à  l'abriter  contre  les  injures 
de  l'air. 

Quelques-uns  ,  nouveaux  Troglodytes , 
mettent  à  profit  les  grottes  que  leur  offre  la 
nature.  Sur  la  petite  île  Clark ,  ]  rès  du  cap 
Melville,  le  naturaliste  Ganningham  exa- 
mina l'une  de  ces  grottes  ,  dont  les  parois, 
enduites  d'une  couche  d*ocre  rouge,  présen- 
taient diverses  figures  de  requins,  marsouins, 
tortues,  lézards,  astéries ,  ptroques,  gourdes 
et  quelques  quadrupèdes.  Ces  figures,  au 
nombre  de  plus  de  cent  cinquante,  étaient 
passablement  exécutées,  au  moyen  dépeints 
d'une  terre  blanchâtre  et  argileuse  réduite 
à  l'état  de  pâte.  L'habile  naturaliste  cite  avec 
raison  cet  échantillon  de  dessin  comme  un 
pas  remarquable  des  Néo-Zélandais  ?ers  les 
arts.  Les  naturels  dardent  le  poisson  aric 
une  sorte  de  foène ,  ou  bien  ils  le  [.renoent 
dans  de.  larges  enceintes  en  pierres  on  en 
palissades  de  branches  fichées  en  terre,  gar- 
nies d'ouvertures  très-larges  en  dehors,  très- 
étroites  en  dedans.  Le  poisson  y  entre  aiec 
le  flot  et  s'y  trouve  retenu  à  la  marée  basse. 
Dans  les  rivières,  ils  font  la  pèche  à  la  li^ie 
et  aux  filets. 

Leurs  armes  habituelles  sont  des  lances 
en  bois  dur,  qu'ils  décochent  avec  un  peiit 
bâton  de  deux  ou  trois  pieds  de  lonç,  garni 
d'un  adent  à  l'une  de  ses  extrémités,  ll^: 
envoient  ces  lances  avec  tant  de  dextérité 
qu'ils  frappent  souvent  leur  but  à  cinquante 
et  soixante  pieds  de  distance.  De  ces  lanre^. 
les  unes  sont  simplement  acérées ,  d'autm 
sont  barbelées ,  quelques-unes  sont  aroiées 
de  morceaux  de  coquilles  et  d'arôtes.  Leurs 
casse-tètés  ou  waddis  peuvent  asséner  des 
coups  redoutables.  Un  projectile  fort  curieux, 
et  qui  parait  exclusivement  propre  i  |^^ 
peuplades,  est  le  boumerang.  C'est  uneesp^s 
de  sabre  de  bois  ,  de  deux  pieds  et4lemiil>: 
long,  légèrement  courbé  dans  son  milieu,  '^'e 
manière  à  ce  que  ses  deux  moitiés  offrent 
deux  plans  dinérents.  Lancé  dans  une  dire<'' 
tion  oblique  de  bas  en  haut,  il  s'élère  ï  un? 

f;rande  hauteur  en  tournant  rapidement  sur 
ui-môme,  puis  il  vient  retomber  avec  toute 
la  force  de  sa  pesanteur  et  de  sa  vitesse  am- 
lérée.  L'homme  qui  l'a  lancé  peut  seul  >aTOir 
où  il  devra  retomber.  Leurs  ustensiles  5? 
réduisent  aux  haches  et  aux  couteaux.  1^ 
hache,  qui  leur  sert  en  même  temps  de  mar 
teau ,  est  formée  de  deux  cailloux  durs  ef 
pesants ,  dont  Tun  est  grossièrement  aiguise 
sur  un  de  ses  côtés ,  et  soudés  tous  d^u^  * 
un  manche  de  bois  avec  la  résine  du  xan- 
thorrhéa. Le  couteau  corniste  en  trois  ou 
quatre  fragments  tran'^hants  de  quartz  W^ 
le  lon^;  du  maiidie  de  la  môme  manière.  Par 


ÀgS 


F.TH 


D^AirriIROPOLOGIE. 


ETU 


iH 


ce  fait  cel  iastrament  remplit  plutôt  Toflice 
d'une  sae  que  d'un  couteau  :  cependant  il 
leur  suffit  pour  découper  les  morceaux  de 
chair  ou  de  poisson  qu'ils  reulent  partager. 
Ces  instruments  sont  quelquefois  ornés  sur 
leurs  manches  de  ciselures  grossières  dont 
les  dessins  Tarient  suÎTant  les  tribus. 

Ils  allument  le  feu  en  faisant  retourner 
rapidement  une  pièce  de  bois  sec  sur  un  trou 
pratiqué  dans  un  autre  morceau  d'un  bois 
tre>-5'_'e.  Comme  c'est  une  opération  pénible, 
iis  ont  tiesoin  de  conserver  leur  feu  :  dans 
ce  but ,  certaines  peiiplailes  emploieiit  les 
cAnes  de  baoksia,  qui  ont  la  propriété  de 
brOier  très-lentementsanss^éleindre.  Un  des 
îu.iTi Jus  de  la  iribu  est  toujours  pounru  de 
l'un  Je  ces  cônes  embrasés,  avec  leauel  il 
i-r-t  le  feu  aui  broussailles  et  aux  nerbes 
^r  hes ,  d'où  il  réiulle  de  vastes  incendies 
qui  attaquent  les  plus  grands  arbres  et  les 
t\  arb^nnent  dans  une  f:rande  étendue  de 
b  urs  stipes.  Cette  opération  a  pour  les  natu- 
T*:\s  on  double  avantage,  d'abord  de  détruire 
ou  du  moins  d*écarter  les  reptiles  venimeux 
et  Itrs  insectes  nuisibles ,  ensuite  de  dégager 
l^s  bois  et  de  leur  faciliter  la  poursuite  du 
gibier. 

Les  naturels  de  la  Nouvelle-Galles  du  sud 
ont  un  bon  esprit  nommé  Koyan^  et  un 
mauvais  esprit  appelé  Potoyan,  Koyan  est 
une  sorte  de  génie  tutélaire ,  qui  leur  rend 
toutes  sortes  de  bons  services  ;  mais  ils  crai- 
gnent fort  Potoyan ,   qui  leur  joue  les  plus 
mauvais  tours.  La  peur  de  le  rencontrer  fait 
qu'ils  ne  marchent  jamais  durant  la  nuit  ; 
et,  pour  se  garantir  ue  ses  approches,  ils  ont 
toujours  soin  d'entretenir  du  feu  près  d'eux. 
€n  silDement  bas  et  )rolon^é annonce  l'arri- 
vée de  Potouan.  Aussi  les  premiers  colons , 
Tiour  se  débarrasser  des   importunités  de 
leurs  hôtes  sauvages ,  imitaient  quelquefois 
la  mélo^liedu  reJouîable  esprit,  lis  naturels 
se  garderaient  bien  de  siffler  au-(iessous 
d'une  roche ,  de  pour  de  la  voir  tomber  sur 
îf  ur  tète  ;  ils  se  ganîeraient  de  foire  rôtir 
des  poissons  durant  la  nuit,  ce  qui  ferait  venir 
des  vents  défavorables. 

Les  naturels  des  plaines  Bathurst  croient 
a  l'existence  uu  Wanti^  monstre  amp'iiiiie, 
semblable  aux  crocodiles  qui  habitent  les 
rivières,  et  en  sort  quelquefois  pour  enlever 
les  enfants  et  les  dévorer.  Sur  terre  le  Coti- 
>«>,  autre  monstre  à  forme  humaine,  suivant 
eux  ,  habite  certaines  cavernes.  Redoutable 
pour  les  noirs  qu'il  peut  tuer,  il  épargne  les 
blancs. 

Ces  peuplades  ont  des  langages  extrême- 
ment bornés  ;  le  chef  d'une  tribu  y  jouit 
d'une  autorité  arbitraire  et  illimitée. 

Sans  vouloir ,  dit  M.  Forichon ,  former 
ancune  conjecture  sur  l'ori^ne  de  la  race 
nè;^re  ni  d'une  autre ,  supposons  cependant 
que,  lors  de  'a  dispersion  aes  peuples,  anté- 
rieurement à  toute  civilisation,  une  peuplade 
on  seulement  un  certain  nombre  d'individus 
aient  été ,  par  une  cause  quelconque ,  jetés 
des  continents  de  l'Asie  sur  les  terres  incul- 
Xtrs  de  l'Afrique  ou  de  l'Océanie ,  peut-être 
sur  les  deux  contrées  è  la  fois ,  ces  hommes 


auront  pu  se  trouver  Coût  a  coup  sur  un  sol 
dépouillé  de  toutes  productions  utiles ,  sans 
moyens  de  se  soustraire  aux  ardeurs  d'un 
climat  oppressif  et  réduits  à  se  nourrir  d'ali- 
ments de  mauvaise  nature. 

Pense-t-on  que  de  pareilles  conditions 
d'existence  n'auraient  j)as  pu  apporter  dans 
la  constitution  de  ces  individus  une  modifi- 
cation plus  ou  moins  grave  ?  Gr,  l'hypothèse 
que  nous  faisons  à  ce  sujet  n'est  pas  sratuite, 
puis<]ue  la  plupart  des  peuples  de  la  Mêla- 
naisie  sont  encore  dans  les  circonstances  que 
nous  supposons.  Rappelons  seulement,  sous 
le  rapport  alimeutaîre,  l'observation  sui- 
vante :  <(  A  la  Nouvelle-Hollande  la  nature 
se  montre  si  ingrate ,  disent  les  naturalistes 
de  VAsirolabe^  que  nous  avons  vu  au  port  du 
Roi-Georges  l'homme  se  nourrir  de  reptiles, 
d'insectes ,  de  poissons  morts.  A  la  baie  du 
Chien-Marin  il  est  forcé  de  boire  de  l'eau  de 
mer  pour  se  désaltérer.  On  conçoit  bcile- 
ment  l'action  d'une  cause  aussi  déprimante. 
Mais  tandis  que ,  dans  la  supposition  que 
nous  venons  de  faire ,  des  individus  auront 
été  transportés  sur  une  terre  funeste ,  soit 
par  le  naufrage  d'une  pirogue,  soit  dans  une 
guerre  ou  i^r  une  cause  quelconque ,  d'au- 
tres peuples  se  seront  répandus  dans  les  belles 
contrées  de  l'Europe  et  de  l'Asie ,  où  ils 
auront  trouvé  avec  un  sol  riche  de  produc- 
tions de  toute  nature  un  climat  tempéré. 
Sous  des  influences  si  avantageuses,  les  nom- 
mes, en  recevant  plus  d'énergie  phvsique , 
auront  eu  plus  d'activité  inlellectuelle  ;  dès 
lors  ils  auront  conséquemment  {appris  à  se 
construire  des  habitations  commodes ,  à  se 
vêtir  convenablement ,  etc.  ;  et ,  favorisés 
ainsi  par  les  meilleures  circonstances  clima- 
tériques ,  ils  auront  marché  vers  la  civilisa- 
tion. Les  premiers  ,  au  contraire ,  dans  des 
coniitions  tout  opposées,  seront  restés  dans 
un  élatstationnaire  ;  et  il  est  probable  qu'op- 
primés par  le  climat  ils  auront  marché  dans 
un  sens  contraire,  en  inclinant  plus^ou  moins 
vers  la  dé,^dation.  v 

Or,  on  ne  peut  supposer  que  des  influen- 
ces aussi  différentes  n'aient  pas  imprimé 
leur  cachet  au  phvsique  des  nations ,  puis- 
qu'il est  de  fait  que  le  développement  de 
1  organisme  animal  et  végétal  est  partout  en 
rapport  avec  les  circonstances  de  la  nature 
qui  le  {gênent  ou  le  favorisent  plus  ou  moins. 
Les  avantages  d'un  site  plus  ou  moins  heu- 
reux se  font  reconnaître ,  même  au  sein  de 
la  Mé!anaisie,  sur  plusieurs  peuplades  noires. 

«  Si,  dans  le  vaste  archipel  oe  Viti,  disent 
les  naturalistes  de  VAsiroiabet  la  race  noire 
a  pris  dans  sa  constitution  physique  un  déve- 
loppement égal  à  celui  de  la  race  jaune,  elle 
le  doit,  il  nous  semble,  à  l'agréable  latitude 
sous  laquelle  elle  vit,  à  une  température  qui 
n'accable  pas  ses  habitants  par  une  chaleur 
humide,  énervante ,  et  qui  n'étoufle  ]*as  les 
productions  utiles  à  la  nourriture  de  l'homme 
sous  le  luxe  d'une  végétation  équatoriale.  » 

C'est,  on  le  voit,  une  nouvelle  application 
de  la  grande  vue  de  Buffon  sur  I  uniié  de 
rhomme.  Toutes  les  preuves  morales  et  ma- 
térielles de  cette  unité  accumulées  dans  les 


4» 


ETI 


DiCTlOriNAlUE 


ETI 


traraux  modernes,  semblent  avoir  été  pres- 
senties par  ce  puissant  penseur,  qui  écrivait 
dès  1749  :  *  Tout  concourt  à  prouver  que  le 
genre  humain  n'est  pas  composé  d'espèces 
essentiellemenldisparates  entre  elles,etqu'au 
contraire  il  n'y  a  eu  originairement  qu'une 
seule  espèce  d'hommes,  qui,  s'étant  multi- 
pliée et  répandue  sur  toute  la  surface  de  la 
terre,  a  subi  différents  changements  par 
l'influence  du  climat ,  par  la  différence  de  la 
nourriture ,  par  celle  de  la  manière  de 
vivre  (202).  » 

ÉTIOLEMENT.  —  Les  plantes  végétant  à 
l'ombre  jaunissent  et  blanchissent.  L'in- 
fluence immédiate  de  l'ombre  sur  la  peau 
humaine  se  manifeste  comme  chez  le  végé- 
tal par  la  pâleur.  Elle  modifie  promptement 
et  supcrflciellemcnt  l'individu  ;  elle  modifie 
lentement  et  profondément  la  race.  Chez 
l'Européen,  cité  à  propos  du  hâle,  la  lumière 
affecte  les  parties  du  corps,  qui  sont  dénu- 
dées ;  les  mains  et  la  face;  les  autres  parties, 
protégées  par  des  vêlements,  ne  changent 
pas  sensiblement  de  teinte.  Les  mêmes  indi- 
vidus, hAlés  par  une  campagne  militaire, 
{)ar  un  voyage  de  science  ou  de  plaisir,  se 
avent  bientôt  en  séjournant  à  la  ville  ;  et  là 
même,  les  citadins  des  deux  sexes  sont  en- 
core plus  blancs  sous  le  linge  qu*aux  parties 
exposées  à  la  vue.  Dans  le  même  pays,  les 
habitants  des  campagnes  sont  plus  hÂlés  uue 
ceux  de  là  ville;  aux  latitudes  un  peu  dis- 
tantes, les  peuples  de  la  province  ou  de  la 
nation  diffèrent  de  teinte  dans  une  propor- 
tion sensiblement  en  rapport  avec  Tinteusité 
de  la  lumière  solaire. 

La  race  caucasienne  scy  the  d'Europe,  offre 
trois  variétés  de  couleurs;  le  brun-olive  avec 
l'œil  noir,  chevelure  et  barbe  noire;  le  châ- 
tain à  barbe  fauve,  œil  azuré;  le  blond  à 
barbe  blonde,  chevelure  cendrée,  œil  bleu 
de  ciel.  Lebrun,  au  midi  de  l'Europe;  le- 
châtain,  dans  l'Europe  tempérée  ;  le  blond, 
dans  l'Europe  froide,  correspondent,  singu- 
gulièrement  à  la  triple  répartition  des  inva- 
sions Scythes:  Celte  au  midi,  Germain  au 
milieu,  Slave  au  nord  et  à  l'est.  Les  nuances 
de  teintes  suivent  exactement  les  zones 
isothermes  qui,  selon  M.  de  Humboidt,  ga- 
gnent obliquement  du  nord  de  l'Europe  au 
Uki'Ài  de  l'Asie.  La  race  slave-Onnoise  descend 
vers  la  mer  du  Nord  et  la  Caspienne  autant 
au  sud  que  les  Celtes  des  Pyrénées. 
•  Les  peuples  d'Europe  nous  ont  occupé  les 
premiers,  parce  qu'ils  sont  mieux  connus, 
ensuite  parce  que  les  peaux  blanches,  mi- 
roirs limpides,  laissent  voir  plus  facilement 
les  altérations  imprimées  (mr  la  lumière  et 
la  chaleur.  Mais  |iour  être  moins  percep- 
tibles, les  phénomènes  du  hâle  et  de  Pélio- 
lement  ne  s'arrêtent  pas  là.  La  race  scythe- 
arabe  n'a  qu'une  moitié  de  ses  rej^résentants 
en  Europe  et  en  Asie  centrale ,  le  reste  des- 
cend vers  l'Océan  indien  en  continuante  mar- 
quer, par  des  teintes  brunes  croissantes,  les 
ardeurs  graduelles  des  climats.  Les  Indous 
de  l'Himalaya  sont  presque  blonds;  ceux  du 


Deckan,  du  Coromandel ,  du  Malabar,  de 
Ceylan,  sont  nlus  fonces  que  plusieurs  tri- 
bus nègres.  Les  Arabes  olives  et  presque 
blonds  en  Arménie  et  Syrie,  sont  basanés 
dans  l'Yémen  et  le  pays  de  Mascate.  Ceux 
qui  ont  passé  la  mer  Rouge  sont  devenus 
noirs  comme  les  nègres  qui  les  avoisinent 
et  qui  ont  un  peu  croisé  leur  sang.  Aussi, 
n'acceptons-nous  leurs  prétentions  au  litre 
d'Arabe  qu'avec  des  réserves  qui  seront 
examinées  ailleurs. 

Les  Egyptiens,  qui  relèvent  aussi  beau- 
coup de  cette  grave  question  du  croisement, 
n'en  offrent  pas  moins  une  gamme  chroma- 
tique ascendande  du  blanc  au  noir,  en  par- 
tant des  bouches  du  Nil  et  rebroussant  vers 
ses  sources.  Même  remarque  pour  les  Twa- 
riks  du  versant  méridional  de  l'Atlas,  qui 
sont  simplement  olivâtres,  tandis  que  leurs 
frères  de  l'intérieur  de  l'Afrique  sont  noirs. 

La  famille  américaine,  basanée  partout, 
même  à  ses  deux  extrémités  glaciales,  tra- 
duit cependant  à  sa  façon  l'influence  trfe- 
variée  et  très-profonde  des  climats  de  ses 
deux  presciu'îles.  L'opinion  de  d'Ulloa,  sur 
le  rouge  uniforme  de  la  peau  américaine, 
est  une  assertion  erronée.  Les  Charruas 
étaient  presque  noirs;  les  Californiens  sont 
d'un  noir  verdâtre;  les  Mexicains  n'ont  oue 
la  teinte  olive.  L'Amérique  du  Nord  offre 
plusieurs  peuples  à  couleur  encore  plus 
claire  :  les  Mandans,  qui  ont  les  cheveui 
châtains  et  une  peau  gui  accrédite  une  ori- 
gine danoise  ou  galloise  ;  les  natifs  voisins 
du  port  Mulgrave,  qui  offrent  le  teint  des 

ropulations  brunes  au  midi  de  l'Europe  ;  à 
autre  extrémité,  dans  l'Amérique  méridio- 
nale, les  Abipones  des  Chacos  reproduisent, 
selon  d'Azara,  la  même  nuance  qui,  chez  les 
femmes,  prend  te  blanc  mat  de  la  pâte  de 
pain. 

Les  monuments  antiques  de  l'Egypte  nous 
montrent  cette  nuance  des  sexes  encore 
plus  prononcées  par  la  différence  d'habitu- 
des et  par  les  ressources  du  bien-être.  Les 
hommes  sont  toujours  représentés  rouge- 
brun  ;  ils  vivaient  en  plein  air;  les  femmes, 
toujours  renfermées,  n  ont  que  le  teint  jaune. 
Un  fard  jaune  dont  la  coquetterie  aurait  re- 
couvert le  corps  entier  de  la  femme,  même 
la  plante  des  pieds,  est  un  rêve  de  quelques 
archéologues  embarrassés  de  la  différence 
de  teinte  que  les  deux  sexes  offrent  dans  les 
monuments. 

La  civilisation  d'une  grande  partie  des 
nations  mongoles  a  montré  au  plus  haut 
degré  la  part  de  l'étiolement  dans  les  modi* 
fications  de  la  peau  d'une  race  très-basanée, 
barrow  assure  que  les  Tartares  mandchous 
sont  embellis  et  même  blanchis  dans  la 
Chine.  Rémusat,  Pallas,  Gutsiaff,  décri?enl 
des  femmes  chinoises  remarquables  par  un 
teint  blanc  digne  de  l'Europe.  Siebold  parle 
de  femmes  japonaises  à  face  très-blanche, 
relevée  par  un  incarnat  vif  et  même  acconi- 
pagnée  (.echeveuxipeu  foncés,  hesfac-simil» 
que  l'art  chinois  fournit  à  nos  caiiinots  de 


(202}  Hiêtoire  naîurelle  de  rhomme,  t.  Y,  p.  291  ;  édit.  Rapct  (1818). 


411 


ETl 


D*ANTimOPOLOGl£. 


RTY 


490 


coriofiités,  monlrenl  les  hommes  à  teint 
bure  DDat,  et  les  femmes  à  teint  blanc  mat 
aussi;  mais  Tariable  entre  la  nuance  du  suif 
ou  de  la  porcelaine.  Les  teints  bruns  ou 
oiÎTes  d'Europe  se  comportent  à  peu  près  de 
cette  façon  dans  les  nlles.  Les  juives  du 
Caire  ou  de  Sjrie,  toujours  cachées  sous  des 
Toiles  ou  dans  des  maisons,  ont  le  teint  bla- 
fard des  poupées  chinoises  et  de  (juelques 
comédiens.  Les  abris,  les  maisons  que  plu- 
sieurs insulaires  de  TOcéanie  possèdent  déjà 
depuis  quelques  générations,  commencent  à 
produire  leur  effet  surle  teint  des  hommes, 
et  plus  encore  des  femmes,  que  la  coquet- 
terie a  bientôt  eiercées  à  1/iygiène.  Dans 
les  races  jaunes  des  lies  de  la  Sonde  et  des 
l]es  MaldiTes,  les  femmes  abritées  ont  le 
teint  d^une  pAleur  de  cire  ou  de  suif.   Le 
teint  bâié  se  plombe  ou  prend  la  couleur 
bouguinée,  que  les  Hollandais  du  Cap  attri- 
buent à  la  race  boschismane,  par  analogie 
avec  la  nuance  des  Bouguis  de  File  Célèbes. 
Ea  Chine,  le  teint  blême  était  déjà  consi- 
déré comme  une  beauté,  plus  de  dix  siècles 
a^aai  Jésus-Christ.  Voici  le  portrait  d*une 
hancée  chinoise,  conservé  par  une  épitba- 
lame ,  dans  le  Chiking  :  «  Ses  mains  sont 
aussi  délicates  que  les  pousses  nouvelles  des 
plantes.  La  peau  de  son  visage  est  comme 
de  la  graisse  gelée:  son  col  est  comme  un 
ver  blanc.  »  Les  voyageurs  moJernes,  et 
surtout  le  dernier  de  tous,  ont  expressément 
noté  le  teint  clair  et  même  rosé  des  Chinois 
et  Chinoises  dans  les  provinces  du  nord,  en 
l'opiiosaut  à  la  couleur  bronzée  et  basanée 
des  provinces  du  midi.  Enfin,  la  peau  des 
nègres  eux-mêmes  accuse,  dès  la  seconde 
ïTénération,  une  sensibilité  visible  aux  in- 
fluences du  climat.  Seulement  il  faut  cher- 
cher ce  phénomène  avec  plus  d*attention  que 
^ur  les  peaux  blanches. 

L^éliolement  ioue  donc  un  rôle  très-im- 
|v>rtant  dans  Téiaboration  de  la  beauté  fémi- 
nine. Les  belles  femmes  comme  les  beaux 
fruits ,  sont  un  produit  de  Tindustrie  hu- 
maine; surtout  dans  les  climats  ardents. 
J>inprunte  cette  réflexion  et  les  lignes  sui- 


-  vantes,  au  Journal  d'un  voyageur,  qui  les 
écrivait  sous  une  tente  de  Bédouins  arabes , 
en  présence  de  plusieurs  jeunes  femmes 
affreuses.  Le  grand  air  et  le  gros  soleil  em- 
prisonnent ce  sexe  dans  une  peau  noire  et 
rude.  La  marche  et  le  travail  lui  donnent  des 
pieds  et  des  mains  d*homme;  les  sentiments 
grossiers ,  l'intelligence  en  friche,  laissent 
tomber  la  partie  mobile  des  traits  de  la 
figure;  rendent  la  bouche  lai^e  et  ignoble 
comme  celle  des  brutes.  11  ÙLtii  étioler  la 
peau  par  Tombre  des  vêtements,  reposer  les 
mains  et  les  pieds  par  la  paresse,  stimuler 
le  cœur  par  les  passions,  Tesprit  par  la  cul- 
ture et  la  circonspection,  pour  ennoblir  les 
traits  et  aflmer  les  lèvres.  Encore  fiiut-il  une 
série  de  générations,  pour  que  ces  résultats 
se  dessinent  et  que  la  femme  traduise  par 
la  beauté  telle  que  nous  la  comprenons,  la 
sève  âpre  et  forte  que  lui  transmirent  ses 
aïeux.  On  sent  que  Tinfluence  trop  Ions 
temps  continuée,  doit  finir  par  dégrader  la 
femme ,  comme  elle  finit  par  abâtardir  le 
fruit;  la  civilisation  est  une  serre  chaude. 

11  faut  que  fundes  deux  parents  au  moins, 
continue  la  vigueur  primitive  du  type,  sous 
{leine  de  voir  les  produits  se  rabougrir,  la 
stature  s'abaisser,  la  peau  prendre  une  teinte 
maladive,  les  bras  maigrir  fuir  le  repos,  les 
traits  se  ruiner  ])ar  Je  souci.  L'id&l  de  la 
beauté  féminine  se  rencontre  précisément 
sur  les  limites  de  la  vie  sauvage  et  de  la  vie 
raffinée  :  dans  la  Circa^sie,  la  Géorgie,  la 
Mingrélic,  l'Arménie,  le  Miorasan,  le  Ca- 
boul, le  Cachemire,  pays  où  le  froid  imjposa 
des  vêtements  et  des  abris  solides  :  mais  oii 
l'homme  a  continué  ses  habitudes  fières  de 
[lasteur  et  de  guerrier. 

ÉTYMOLOGIE  (203).  —  «  Ce  mot  est  com- 
posé du  grec  Hjq^,  parole^  et  irvccoc,  rrat.  Ce 
dernier  mot  s'est  formé  de  l'oriental ,  tym 
ou  Iwm,  qui  signifie,  perfection ^  justice, 
vérité,  sans  laquelle  il  n'y  a  rien  de  pariait. 
Etymologie  signifie  donc  parole  rraie^  mot 
jtt«5èe(ea:ac/:eueconsisledansiaconfiarMiiiir« 
parfaite  de  la  valeur  des  mots,  de  leurs  rap- 
IK>rls  avec  leurs  objets,  de  leur  origine,  de 


râ05)  Cet  article  est  emprunté  â  Court  de  Gâielin. 
Il  T  a  des  notions  très-justes  et  fort  bien  expliquées 
«lahs  ce  qu^il  dit  de  Tart  étymologique. 

Scukmfteni,  il  donne  a  cet  an  une  plus  grande 
^\um*Àiia  qu'il  ne  convient,  en  ce  que,  pour  lui, 
réiyniologie  d*nn  mot  est,  en  définitif,  la  réduction 
<^e  ce  moi  à  une  prétendue  langue  prîmitive,  natu- 
Tr-ii^  ,  positire ,  nécessaire ,  unique  et  impéris- 
suUe. 

En  courant  après  celte  chimère,  Gébelin  a  donné 
qnriqoes  él  jmofogies  aussi  fausses  que  dénuées  de 
;«ry-oTfs  ;  mais  il  a  fait,  sur  la  nature  et  la  filiation 
•>r  certains  mots,  de  véritables  découvertes.  Surtout, 
•  a  oouooora  à  donner  une  grande  Impulsion  à 
iéusde  et  à  Fanalyse  des  lan;nies. 

Dans  Sears  travaux  sur  Tétymologie ,  beaucoup 
f* auteurs  ont  cherché  principaiement  à  connaître 
I  -^  raJicaas  de  chainie  mot  et  leurs  familles,  dans 
ii  ju;  Ltitgoe  donu^;.  Ils  ont  tâché  ensuite  de  décou- 
I  rir  de  quel  idiome  chaque  mot  a  été  emprunté  ;  à 
;  ailles  langues  il  était  commun.  Enthousiasmé  de 
»a  langue  primitive*  Pauleur  trouve  que  c*était  tii  un 
Lhaxnp  beaucoup  trop  resserré,  par  là  même  plus 

J>ICTIO!l!f .'  D*A!CTBBOPOLOQtK. 


dangereux  qu^utile...  Ii  vent  mi*on  remonte  à  la 
fnremière  cause  des  mois.  Cesl  là  ce  qui  est  le  plus 
souvent  impossible  ;  ce  «lui  fait  dégénérer  les  re- 
cherches de  ce  geure  en  conjectures  gratuites,  et 
souvent  en  erreurs  qu^on  peut  vérifier. 

Par  la  méthode  que  Tauteur  réprouve,  on  a  analysé 
avec  fruit  Tiiébreu,  le  grec,  le  latin,  le  teuton,  etc. 

M.  Buttet,  en  se  tenant  aux  étymologies  pro- 
chaines, a  donné  du  français  des  origines  le  plus 
souvent  exactes;  il  a  deviné  quelquefois  ,  par  son 
bon  esprit,  des  vérités  certaines  dont  il  ignorait 
i(u^on  pût  donner  des  preuves  convaincantes.  De 
même ,  avec  beaucoup  de  succès  et  d*utiiité,  les 
grammairiens  de  Hnde  ont  décomposé  tous  les  mot» 
variables  du  sanskrit,  et  les  ont  réduits  à  un  assez 
petit  nombre  de  radicaux,  h  plupart  monosyllabi- 
ques, ou  censés  tels. 

Ne  méprisons  point  ces  travaux,  qui  <mt  tant  fa- 
cililé  rétttde  et  rintelligcnce  de  ces  lamraes,  et  leur 
comparaison  avec  les  autres  idiomes.  En  essayant 
quelque  chose  de  mieux,  on  quitte  la  bonne  route, 
celle  des  faits  certains  :  on  peut  donc  aisément 
s'égarer. 

16 


411! 


r:T\ 


DICTIONNAÎRE 


KTY 


m 


leurs  révolutions.  Connaître  un  mot,  c'est 
eu  effet  connaître  les  causes  qui  lui  firent 
assigner  le  sens  dont  il  est  revêtu,  la  langue 
dont  il  est  originaire,  la  famille  à  laquelle  il 
tient,  les  altérations  qu'il  a  éprouvées. 

€  L'art  étymologique  consiste  dans  les  prin- 
ci])es  et  les  règles  au  moyen  desquelles  on  dé- 
couvre toutes  ces  choses. 

«  On  voit  par  là  que  nous  prenons  ce  mot 
dans  un  sens  beaucoup  plus  étendu  que  tous 
ceux  qui  ont  fait  des  recherches  sur  les  éty- 
mologies.  Jusqu'ici,  en  s'occupant  de  l'éty- 
iBologie  d'un  mot,  on  cherchait  uniquement 
h  connaître  de  quelle  langue  il  avait  été  em- 
prunté et  à  quelles  langues  il  était  commun. 

«  Mais  c'était  un  champ  beaucoup  trop 
resserré,  et  par  là  même  plus  dangereux 
qu'utile.  En  ne  comparant  que  quelques 
langues,  on  n'a  que  des  rapports  incomplets; 
on  ue  peut  apercevoir  ni  les  mots  primitifs, 
ni  ceux  oui  appartiennent  à  une  même  fa- 
mille ;  et  lorsqu  on  a  découvert  l'origine  d'un 
mot  dans  une  autre  langue,  il  reste  toujours 
à  demander:  Mais  d'où  vient  cette  langue? 
mais  d'où  viennent  toutes  les  langues?  mais 
quelle  fut  la  première  cause  des  mots? 

«  Tels  sont  cepenJant  les  avantages  de 
lart  étymologique  : 

«  1"  L'étymologie  donne  à  chaque  mot  une 
énergie  étonnante,  nuisqu'il  devient  par  elle 
une  vive  peinture  de  la  chose  qu'il  désigne. 
Ce  n'est  que  l'ignorance  où  nous  sommes  de 
l'origine  d'un  mot  qui  fait  que  nous  u'aper- 
cevons  nul  rapport  entre  lui  et  son  or>jct; 
qu'il  nous  paraît  par  consévjuent  froiJ,  in- 
différent, tel  qu'il  pourrait  disparaiîre  sans 
que  nous  y  perdissions  rien  ;  qu'il  n'exerce 
que  notre  mémoire.  L'étvmologie,  nous  ra- 
menant au  contraire  à  loriijine  des  mois, 
nous  remettant  dans  l'état  primitif,  dans  l'é- 
tat où  se  trouvaient  leurs  inventeurs,  elle 
devient  une  description  vive  et  exacte  des 
elioses  tlésigné.»s  par  ces  mots  ;  on  voit  qu'ils 
furent  faits  pour  elles,  qu'on  ne  pouvait 
mieux  choisir  :  notra  esprit  saisit  ces  rap- 
ports, notre  raison  les  approuve,  et  on  re- 
tient sans  peine  ces  mots  qui  étaient  un 
l'Oids  accablant  lorsqu'on  s'en  occupait  ma- 
chinalement. 

«  2'  Ce  ne  sont  pas  seulement  des  mois 
(ju'on  apprend  par  là,  mais  en  même  temps 
<{es  choses.  Un  recueil  d'étymologies  serait 
déjà  un  abrégé  de  toutes  les  sciences,  et  une 
grande  avance  pour  en  commencer  l'étude  : 
il  offrirait  toutes  ces  définitions  que  les  sa- 
vants mettent  à  la  tête  de  leurs  ouvrages  ; 
on  y  verrait  de  plus  les  raisons  qui  firent 
choisir  leô  mots  pour  exprimer  les  idées 
qu'ils  présentent. 

«  3"  L'étymologie  fournit  une  facilité  sin- 
gulière pour  apprendre  les  langues,  en  ce 
qu'elle  réduit  les  mots  au  plus  petit  nombre 
possible,  en  les  classant  par  familles  et  les 
•rapportant  au  mot  principal  dont  ils  soitent. 
Parce  moyen,  un  très-petit  nombre  de  mots 
suffit  pour  savoir  tous  ceux  dont  sont  com- 
posées les  langues,  qui  r>e  sont  que  des  dé- 
rivés des  premiers,  des  combinaisons  con- 
nues d'éléments  simples  et  connus. 


«  Cet  avantage  est  inestimable,  à  cffuse  de 
la  multitude  de  mots  qu'il  f»at  apprendre^ 
lorsqu'on  est  appelé  à  étffdier  les  langues; 
aussi  la  mémoire  la  plus  ferme  et  la  plus 
heureuse  succombe-t-elle  à  la  fin  sous  ce 

f)oids  énorme,  si  l'on  ne  sait  la  soulager  par 
es  moyens  les  plus  efficaces  ;  mais  il  n'y  en 
a  aucun  qu'on  puisse  comparer  à  cette  mar- 
che étymologique;  car  celle-ci,  présentant 
d'un  coup-d  œil  tous  les  dérivés  et  tous  les 
composés  d'un  même  mot  dans  toutes  les 
langues,  elle  fait  que  nous  les  saisissons  tous 
à  la  fois;  que  l'attention  nécessaire  pour  en 
retenir,  un  nous  en  fait  retenir  mille;  que 
ce  ménagement  de  nos  forces  les  multiplie 
en  quelque  sorte  à  l'infini  ;  que  nous  faisons 
ainsi  en  peu  de  temps  et  sans  peine,  ce  qui 
exigeait  auparavant  des  efforts  prodigieux. 
«  k"  Un  autre  avantage  très-précieux  qu'on 
retire  de  l'art  étymologique,  c'est  de  suivre 
la  progression  des  idées  qu'ont  acquises  le^ 
hommes.  Les  mots  ne  furent  faits  que  pour 
les  idées;  on  a  donc  suivi,  pour  les  foroier, 
la  marche  des  idées  :  on  retrouvera  donr 
dans  l'arrangement  des  mots  par  familles,  et 
dans  le  rapprochement  des  mots  primitifs 
la  manière  dont  les  hommes  ont  proeéi 


le 


dans  leurs  idées,  celles  qu'ils  eurent  les  pr.- 
mières,  celles  qui  naquirentde  celles-ri,  celics 
qu'ils  durent  à  la  nature  ou  qui  furent  l'effet 
ce  leur  habileté  et  de  leurs  réflexions. 

«  De  là  deux  avantages  inestimables  pour 
retenir  les  mots  ;  liaison  des  idées  qui  Ic^ 
firent  naître;  dérivation  de  ces  mots:  par 
l'un,  on  voit  les  mots  qui  doivent  exister; 
par  l'autre,  on  voit  au'ils  existent  et  coui- 
menl  ils  furent  formes. 

«  En  comparant  ensuite  les  langues  à  cet 
égard,  on  voit  celles  gui  ont  tiré  le  plus  «ic 
parti  de  ces  premiers  éléments,  celles  où  l'on 
a  combiné  le  plus  d'idées,  où  l'on  a  porté  le 
plus  loin  l'art  de  réfléchir,  d'inventer  ou  de 
perfectionner.  ' 

«  Négliger  l'art  étymologique,  c'est  donc 
renoncera  la  portion  la  plus  satisfaisante 
des  langues  ;  c'est  préférer  une  roule  longue, 
tortueuse,  insipide,  pénible,  à  un  chemin 
uni,  lumineux,  agréab.e,  assuré. 

«  5"  On  voit  encore  par  là  ce  que  chaque 
peuple  a  ajouté  ou  changé  à  la  langue  pri- 
mitive, et  ce  qu'ils  ont  emprunté  les  uns 
des  autres  en  fait  de  mots;  et,  connaissant 
ainsi  les  liaisons  que  les  peuples  ont  eues 
entre  eux,  on  roinonte  plus  aisément  à  leur 
origine,  on  peut  mieux  les  suivre  dan.« 
leurs  diverses  émigrations  et  dans  leurs 
subdivisions  en  plusieurs  corps  de  nations; 
on  pénèire  mieux  (inns  leurs  traditions, 
dans  leurs  opinions,  dans  leurs  dogmes. 

«  C  E'ifin  on  s'assure  parce  moyen  si  une 
langue  est  perfectionnée  ou  non,  et  com- 
ment on  pourrait  la  conduire  à  un  plus  haut 
degré  de  i)erfection.  Une  langue  ne  peut  être 
piu-iailo  qu'autant  qu'elle  sert  à  exprimer 
toutes  les  idées  possibles  et  tous  les  objets 
des  connaissances  humaines  ;  à  cet  éi;ard, 
aucune  langue  ne  peut  so  dire  parfaite:  car 
il  s'en  faut  bien  que  les  hommes  aient  par- 
couru le  cerclé  des  connaissances  «lont  i\^ 


4n3 


ETT 


DANTimOPOLOGIE. 


ETT 


491 


sont  eapablcs;  U  leur  reste  une  immeosité 
J'objets  à  connaître,  à  approfondir,  à  recti- 
fier. Toutes  les  ]«in.^es,  d'ailleurs,  ne  se 
prélent  |ias  atec  te  nrême  facilité  à  la  muK 
plication  des  mots.  La  langue  française,  par 
exemple,  est  d'une  austérité  sans  é^ale;  elle 
ne  sVsl  enrichie  que  de  dépouilles  étran- 
gères ;  elle  n  a  presque  rien  de  son  propre 
fonds. 

«  il  n*est  pas  étonnant  que  nos  aïeux,  les 
peuples  du  nord  qui  ne  vivaient  que  de  pil- 
ule, aient  fait  la  m^me  chose  à  l'égard  de 
leur  langue;  quMls  aient  mis  à  contribution 
toutes  celles  de  leurs  voisins  :  Tun  était  en- 
core plus  aisé  que  lautre :  mais commenous 
souffrons  de  leurs  fausses  opinions  sur  les 
moyens  par  lesquels  on  peut  acquérir  de  la 
gi'oire  .[20i)  et  être  utile  à  la  patrie ,  nous 
souffrons  également  des  moyens  resserrés 
par  lesquels  ils  cherchèrent  à  donner  de  re- 
tendue a  leur  lan^e.  Notre  idiome  a  perdu 
f^ette  fécondité  aJmirable  qui  fut  Tapanage 
d':?  la  première  langue  ;  l'art  étymologique, 
en  nous  ramenant  aux  principes  du  langage, 
f^eut  seul  rétablir  notre  langue  dans  ses  pre^ 
miers  droits,  et  nous  fournir  les  moyens 
propres  à  compléter  nos  familles  de  mots,  et 
à  suppléer  tous  ceux  qui  pourraient  nous 
man  |uer. 

€  I  I.  Principes  de  Fart  étymologique^  re- 
la'.irement  aux  langues  en  général,  —  Plus  la 
o^jnnaissance  des  etymologies  est  utile,  plus 
il  importe  de  rélever  sur  une  base  solide; 
4'fH'ï  est  d'autant  pins  nécessaire  que  rien 
l 'est  plus  aisé  que  de  s'égarer  dans  la  re- 
cherche des  etymologies,  et  d'apercevoir  des 
rajiports  entre  des  mots  qui  n'en  ont  aucun 
e!  '{ui  appartiennent  à  des  familles  trèsHéloi- 
Knées  l'une  de  l'autre.  Parcourons  les  prin- 
cipes les  plus  essentiels  dont  on  peut  con- 
vi-nir  à  cet  égar  1,  et  les  règles  qui  en  résuî- 
t.nt. 

«  PsEMiEm  PRINCIPE.  —  Les  langues  ne  sont 
que  des  dialectes  d'une  seule,  —  Rien  de  plus 
c<j!umun  gue  le  mot  langues;  rien  peut-être 
fip  plus  difficile  à  déterminer  que  les  carac- 
l#-res  d  une  langue,  surtout  pour  la  distin- 
guer d'une  autre.  On  jiarle  de  langues  mères, 
«Je  langues  G  Iles,  d'idiomes,  de  patois,  de 
jirgons,  de  dialectes,  sans  qu'on  ait  peul- 
étré  jamais  eu  de  notions  bien  distinctes  de 
ce  •ja'on  doit  enten  re  par  ces  diverses  ex- 
j»res«^îons.  Ces  idées  sont  relatives  à  l'él'^n- 
tue  du  pays  dans  lecjuel  se  fiarle  une  lan- 
gue, aux  variétés  qu  elle  éprouve  dans  cette 
é!endue,  au   rang  qu'elle   tient    dans  les 
sciences. 

«  l'ne  langue  ne  peut  se  parler  dans  une 
s:rr»n«ie  étendue  de  pays  et  par  un  grand 
noaiîjrc  de  nations,  sans  éprouver  de  Irè?- 
î.ran.îes  altérations,  soit  dans  les  mots,  soit 
clans  leur  prononciation,  soit  dans  leur  ac- 
cent :  c'est  toujours  la  même  langue,  mais 

f^Oi)  Ce  qne  Tautcar  ne  fait  ici  quMoaiqacr 
oliMTorémenl,  il  Fa  dérdoppé,  d'une  maoïére  tIvc  et 
«aillante,  dans  son  Histoire  de  Nùbuckodonoior^ 
Momie  primitifs  t.  VIII,  p.  6^70.  Voy,  aussi  noie  7, 
p.   4(12    t.  1"  des  MétnoireSf  în-l*,  concernant  U 


une  langue  qui  se  subdivise  en  un  grand 
nombre  de  branches;  et  ces  branches  por- 
tent le  nom  de  dialectes.  Les  dialectes  sont 
donc  les  nuances  intérieures  on  nationales 
d'une  langue. 

«  Lorsqu'une  langue  est  parlée  par  un 
grand  nombre  de  nations  différentes,  chez 
qui  elle  a  éprouvé  de  grandes  altérations,  en 
sorte  qu'elfe  y  re<;$emble  beaucoup  moins  à 
elle-même,  celte  langue  se  subdivise  en  un 
grand  nombre  d'autres  qui  sont  ses  filles,  et 
elle  en  est  la  mère.  Les  la^gies  filles  sont 
donc  les  nuances  extérieures  ou  étrangères 
d^une  langue.  Ainsi  l'ancienne  langue  teu- 
tonique  ou  germanique,  s'étant  étendue  dans 
l'Anglelerre,  dans  la  Flandre,  dans  le  Dane- 
mark, dans  la  Suède,  est  devenue  une  lan- 
uue  mère  dont  chacune  de  celles-ci  sont  lef 
filles. 

«  Mais  cette  même  langue  germanique  se 
parlant  dans  PAIlema^ne  entière  qui  est  une 
contrée  très-vaste,  elle  y  a  éj  rouvé  divers 
changements,  qui  font  que  la  langue  germa- 
nique du  nord  de  l'Allemagne  n'est  pas  la 
même  que  la  langue  du  midi  de  l'Allemagne  : 
et  chacune  de  r  as  langues  germaniques  du 
nord  et  du  midi  varie  encore  suivant  les  pro- 
vinces ou  les  pays  dans  lesqua*s  elle  règne. 
Mais  comme  ces  dernières  différences  sont 
légères ,  on  les  appelle  dialectes  :  ainsi,  les 
langues  germaniques  du  nord  et  du  midi  de 
l'Allemagne  ne  sont  que  des  dialectes  de  la 
langue  germanique  ou  teutone  ;  tandis  que 
l'anglais,  le  suédois ,  etc.,  qui  en  diffèrent 
beaucoup  plus,  forment  autant  de  langues 
filles  de  l'ancienne  langua  teutone. 

*i  II  y  aura  donc  beaucoup  plus  de  dialec- 
tes que  de  langues  filles ,  et  beaucoup  plus 
de  langues  filles  que  de  langues  mères. 

1  Les  langues  mères  elles-mêmes  ne  sont 
que  des  dialectes  ou  des  filles  de  la  première 
de  toutes  les  langues,  de  la  langue  primitive, 
qui  s'altéra  à  mesure  qu'elle  s  étendit  sur  la 
terre,  et  qui,  ayant  formé  nombre  de  dialec- 
tes, disparut  en  quelque  sorte  lorsque  ces 
dialecics  se  subdivisèrent  en  un  grand  nom* 
hvQ  de  langues,  et  devinrent  ce  qu'on  appelle 
langues  mires. 

«  Lorsqu'une  province  ou  un  canton  parle 
une  langue  absolument  différente  de  celle 
qu'on  parle  dans  tout  le  pays ,  cette  langue 
s  appelle  idiome  ou  jargon  (â05)  :  et  lorsque 
le  peuple,  corrompant  la  langue  du  pays,  se 
fiût  un  langage  à  part,  qui  n'est  point'parlé 
par  les  chefs  de  la  nation  et  par  ses  écri- 
vains, on  appelle  ce  langage  populaire  pa- 
tois. 

c  Ainsi,  le  peuple  des  halles  parle  patois, 
tandis  que  les  Bas-Bretons  et  les  Ba^'qnes  par- 
lent chacun  une  langue  ou  un  idiome  qui 
leur  est  particulier,  et  différent  de  la  lan:^e 
nationale,  fille  elle-même  de  langues  plus 
anciennes. 

(20ô)  Pour  une  plus  juste  application  de  ce  mol, 
Voy.  les  Synonymes  de  Beaizee,  au  mot  Langage, 
—  Vous  y  trouverez  aussi  que  le  patois  n>st  point, 
en  loi-même,  un  bnzage  corrompu;  lue  c'est,. gc- 
néraioment,  un  reste  de  Tancicn  la:!gage  national 


405 


r.TY 


DICnONNAIRB 


ETY 


*3i 


ft  On  réserve  enfin  le  nom  de  langue»  sa- 
tantei  pour  celles  qu*ont  rendues  célèbres 
les  ouvrages  de  leurs  savants  et  de  leurs 
beaux-esprits. 

a  Que  toutes  les  langues  ne  soient  que  des 
dialectes  d'uns  seule,  c*est  ce  qui  se  démon- 
tre par  les  rapports  primitifs  de  toutes  les 
langues,  preuve  de  fait  au-dessus  de  tout 
doute;  et  parce  que  la  langue  primitive, 
puisée  dans  la  nature,  ne  put  jamais  s'a- 
néantir en  aucun  lieu  ;  qu  eUe  dut  se  trans- 
mettre nécessairement  à  toutes  les  généra- 
tions et  devenir  le  fonds  commun  sur  lequel 
s'élevaient  toutes  les  langues  particulières, 
dialectes,  patois ,  idiomes ,  langues-mères, 
langues-filles  nées  de  celles-là. 

«  Second  pbincipe.  —  Les  différences  qui 
régnent  entre  les  langues  ne  peuvent  empê- 
cher de  reconnaître  quelles  ont  la  même  ori'- 
fnne.  —  Si  les  différences  qui  régnent  entre 
es  langues  étaient  telles  qu  elles  ne  permis* 
sent  aucune  comparaison  entre  ces  langues, 
tout  ce  que  nous  disons  tomberait  en  ruine  ; 
mais  on  ne  peut  en  a11éj;uer  aucune  de  cette 
nature.  Aucune  de  ces  uifférences  n'anéantit 
le  rapport  des  langues  :  elles  se  réduisent 
toutes  à  des  différences  :  l^'de  prononciation; 
2^  de  valeur;  3*  de  composition;  k*  d*arran-- 
gement.  Il  n'est  aucune  langue  qu'on  ne 
puisse  ramener  à  la  primitive  en  rendant 
raison  de  ses  mots  par  l'une  ou  l'autre  de 
ces  causes  :  et  l'on  sent  très-bien  qu'aucune 
d'elles  n'est  suffisante  pour  dénaturer  un 
mot  au  point  de  n'en  pouvoir  retrouver  l'o- 
rigine, fors  même  qu'elles  se  trouveraient 
réunies  toutes  à  la  fois  sur  le  même  mot. 

«  Teoisièue  PEI5CIPB.  —  La  première  lan^ 
gue  n'est  composée  que  de  monosyllabes  pris 
dans  la  nature^  peignant  des  objets  physiques 
et  source  de  tous  les  mots.  —  Ce  qui  prouve 
encore  mieux  l'origine  commune  des  lan- 
gues, c'est  qu'elles  se  fondent  toutes  en 
un  petit  nombre  de  mots  radicaux,  sources 
de  tous  les  autres  ;  et  que  ces  mots  ont  tous 
les  mêmes  caractères  :  ils  sont  tous  d'une 
seule  syllabe  (206);  ils  désignent  tous  un 
objet  physique,  et  d'eux  seuls  dérivent  tous 
les  autres  mots,  surtout  les  mots  qui  expri- 
ment des  idées  morales  ou  intellectuelles,  et 

(206)  L'imitation  de  la  nature  et  le  seul  besoin 
de  Feuphonie,  ont  dû  produire  partout  des  radi- 
caux polysyllabiques  dès  leur  origine.  Beaucoup  de 
mots  faits  par  onomatopée,  sont  polysyllabiques.  Le 
seul  besoin  d'exprimer  le  roucoulement  de  la  co- 
lombe, le  fracas  varié  du  tonnerre,  le  ramage  des 
oiseaux,  le  bruit  des  cataractes,  le  long  murmure  des 
courants  d'eau,  le  son  de  la  trompette,  etc.,  etc., 
dut  produire  des  radicaux  polysyllabiques,  ne  pei- 
gnant qu'un  seul  objet.  11  y  a  des  langues  presque 
sans  inflexions  ;  mais,  quelles  que  soient  les  auto- 
rités contraires,  on  ne  connati  uas  une  seule  langue 
qui  soit,  à  dire  vrai,  mpnosylla nique,  non  pas  même 
la  langue  chinoise.  Voy.,  tome  III  des  Mine»  de 
V Orient^  la  Dissertation  dA  M.  le  professeur  de 
RéMUSAT,  utrum  tingua  Sinica  sU  vere  monoiytla-' 
bica. 

(207)  Il  faut  être  circonspect  à  parler  d'un  tout, 
lorsque  To»  n'en  connaît  qu'une  faible  partie.  Je 
trouve,  dans  la  langue  sanskrite,  bien  des  mots  qui, 
ne  désignant  ni  vent  ni  souffle ,  signiflent  &me  et 


qui  ne  sont  que  ces  premiers  mots  physi- 
ques pris  dans  un  sens  figuré.  C'est  ain  i 
que  dans  toutes  les  langues  (207)  îe^  niot 
qui  désignent  Vesprit  ou  l'dme,  riéqgnen. 
tous  au  sens  propre  le  vent  ou  le  sovffle, 

«  Mais  d'où  viennent  ces  rappoits  potre 
toutes  les  langues  ,  si  ce  n'est  de  la  nk-as- 
site  à  laquelle  tout  obéit;  si  ce  n'est  de  a 
qu'il  est  impossible  aux  hommes  d'inventer 
une  langue  ;  qu'ils  sont  obligés  de  la  prend,  c 
dans  la  nature  ;  que  celte  nature  leur  four* 
nit  des  sons  simples  à  énoncer,  et  des  olj^jels 
physiques  à  désigner? 

«  Ql  ▲TRiÈHB  PRi!(CiPft.  —  Lu  comparaison 
du  plus  grand  nombre  possible  de  langues 
peut  seule  conduire  à  la  langue  primitive  (t 
4  la  vraie  étymologie  dechaque  mot.  —Puis- 
que les  mots  primitifs  sont  altérés  dans  tou- 
tes les  langues  et  de  diverses  manières,  on  ne 
saurait  en  retrouver  la  trace  par  la  compa- 
raison de  quelques  lances  seulement  :  il  laut 
pour  cet  effet  en  réunir  le  plus  grand  nom^ 
t>re  possible  :  l'on  voit  alors  toutes  les  formes 
qu'a  revêtues  un  même  mot,  et  toutes  les  ré- 
volutions qu'il  a  éprouvées  :  en  scrtequela 
plus  récente,  et  par-là  même  la  moins  res- 
semblante à  l'état  primitif -de  ce  mot,  s'en 
rapproche  de  la  manière  la  plus  sensible  au 
moyen  de  tous  les  intermédiaires  :  ils  for- 
ment ainsi  une  chaîne  qui  rien  ne  peut 
rompre,  et  qui,  se  répétant  sans  cesse  pour 
chaque  mot,  forme  de  l'ensemble  étymolo- 
gique un  tout  qui  offre  la  plus  grande  lu- 
mière possible. 

«  Cinquième  principe.  —  Plus  les  moti 
sont  d'un  usage  familier^  et  plus  ils  éprourtnt 
d'altérations.  —  Ce  n'est  que  l'usage  qui 
altère  les  mots  ;  il  est  pour  eux  ce  que  io 
frottement  est  aux  étoffes,  à  la  pierre  même; 
ainsi,  plus  un  mot  est  commun,  et  plus  il  sq 
dénature  à  la  longue  :  il  n'est  donc  pas  élon* 
nant  que  les  langues  vivantes  aient  si  peu 
de  rapport  aux  anciennes,  puisque  tous  les 
mots  en  doivent  être  prodigieusement  alté- 
rés. C'est  ainsi  que  le  mot  octo  s'est  altéré 
en  Auic/,  et  ensuite  huit  (208),  tandis  que 
nous  avons  conservée  octo  dans  octogénaire. 
Le  mot  miscere  s'est  altéré  en  mescler ,  méf- 
ier et  enfin  mêler.  Le  mot  otium^  en  Voisi  et 

esprit;  par  exemple  :  naràjiva  (viede  rbomiiK''^» 
boidhàjiva  (vie  do  corps);  àruLi  (sans  forme,  sa:i^ 
figure)  ;  àshariri  (sains  corps)  ;  et,  en  allemand^  9^i>N 
esprit,  signifié,  au  sens  primuif,  mouvement  vif,  feoi 
Imnière. 

(208)  Ififtl  ou  Atttd,  vient  de  /lotfîel,  ouiet,  mV^ 
oct;  et,  toujours  en  remontant,  de  octo,  mot  btio 
pris  du  grec,  et  c)ui  tient  ài  aschta,  du  sanskrit,  I(^ 
quel  se  retrouve  également,  sous  des  formes  nides 
et  primitives,  dans  asckte  en  zend,  ascht  en  peiti  et 
en  Kourde,  hasht  en  parsi,  hesht  en  persan,  ohm 
en  mœsogotique ,  et  sous  d*autres  formes  très- 
analogues  en  danois,  suédois,  irlandais,  anglais, 
allemand,  hollandais,  etc.  Le  même  accord  de  cirs 
langues  peut  se  remarquer  sur  les  autres  noms  de 
nombre ,  et  sur  bien  d'autres  noms  encore.  -^ 
Miscere  a  fait  misculare ,  puis  meseohre ,  pû^ 
mesclare  ;  d*où  vint  aux  Castillans  mesdar,  au 
Français  mescler,  et  puis  mêler.  Miscere  est  un  pro- 
duit du  grec,  misgein;  et  ce  dernier  mot  tient  auf 
radicaux  du  sanskrit,  misr*  et  mil\,  qui  prodaisireat 


w 


ETT 


D^ANIUROPOLOCii:. 


ETT 


41» 


enfin  eo  loisir  où  on  ne  reconnaît  plus  la 
racine  d'oisif.  Le  mot  sigilium^  en  segel , 
scéd^  scei  et  enfin  sceau^  tandis  que  la  lettre 
/  s*est  conservée  dans  «ce//fr.  Mais  la  prin- 
ci  [«aie  masse  des  langues  consiste  dans  les 
mots  les  plus  familiers  :  les  langues  sont 
donc  altérées  dans  tous  les  mots  les  plus  es- 
sentiels :  il  n'est  donc  pas  étonnant  qu'on 
n*ait  pu  reconnaître  leurs  rapports  au  mi- 
lieu d*un  si  grand  nombre  de  travestisse- 
ments :  il  n'est  pas  étonnant  non  plus  que 
nous  puissions  retrouver  ces  rapports,  au 
travers  de  tant  d'altérations  entassées  les 
unes  sur  les  autres,  en  rassemblant  tous  ces 
travestissements,  en  les  éclaircissant  les  uns 
))ar  les  autres,  en  ne  nous  en  laissant  point 
imposer  par  eux,  en  n'y  voyant  que  des  ef- 
fets nécessaires  de  l'usage ,  et  en  vovant  de 
quelle  manière  chaque  mot  a  dû  n^ssai- 
remeot  s'altérer. 

«  {.  U..  Principes  de  Pari  éiffmalogique^re- 
laiirement  à  la  forme  des  mots.  —  La  forme 
ces  mots  consiste  dans  les  lettres  dont  ils 
sont  composés  et  dans  Tarran^ement  de  ces 
Jeitres:  mais,  à  cet  égard.  Te  même  mot 
change  sans  cesse  en  passant  d'une  langue 
dans  une  autre  :  fervor  devient  ferveur;  octo 
devient  kuici ,  puis  huit  ;  cœlum  ciel  ;  et  (209) 
ce  aue  nous  prononçons  poivre^  se  prononce 
en  latin  piper  ;  tout  comme  nous  disons 
f  o//e,  lorsque  les  Grecs  disent  golpos. 

«  Ainsi,  de  même  que  les  langues  chan- 
gent sans  cesse,  chacun  des  mots  dont  elles 
«^ont  composées  ,  prennent  successivement 
ie:»  formes  les  plus  variées. 

•  Ces  altérations  cependant  doivent  sui- 
vre des  règles  constantes ,  au  moyen  des- 
quelles on  pourra  toujours  remonter  à  la 
rremière  origine  de  ces  mots,  et  les  suivre 
travers  toutes  leurs  métamorphoses.  En 
efTet,  comme  les  mots  n'ont  jamais  été  arbi- 
traires, leurs  altérations  n'ont  jamas  pu  l'ê- 
tre :  elles  ont  toujours  eu  des  causes  physi-- 
quesdont  il  est  aisé  de  rendre  raison. 

«  Les  changements  de  formes  qu'éprou- 
vant les  mots,  peuvent  se  réduire  à  trois 
classes  :  changements  de  voyeliesy  change- 
ments de  consonnes ,  et  changements  de 
place  entre  les  lettres  qui  composent  un 
mot  ;  de  là  trois  principes  d'étymologie. 

«  PsEifiEB  PBi^ciTE.  —  Le  changement  ou 
les  altérations  dans  les  voyelles  n'empêchent 
pas  de  reconnaître  Vorigine  des  mots.  —  Le 
cbani^ement  le  plus  simple  et  le  plus  commun 
«|u*éprouve  le  mot,  c'est  celui  qui  a  rapport 
à  la  Toyelle  qui  le  compose.  L'on  peut  dire 
qu'à  cet  égarJ  l'usage  n'en  a  jamais  res- 
)*ecté  aucune,  et  que  chaque  mot  s'est  suc- 
ce>sivement  associé  à  toutes  les  voyelles,  ou 
a  la  plus  grande  partie.  Nous  avons,  par 
exemple,  changé  presque  toutes  les  voyelles 

I  -s  bifiiiitift  wâsfiimm  cl  «i7iIm«.  Misi^  tient  encore 
â  fci  radne  msskkom^  wiasaek,  qo*on  peut  reiroQver 
est  rbaldaiqve,  en  bébren,  en  syriaque,  en  arabe,  etc. 
—  Qnant  à  Msir,  il  tient  à  nos  vieni  mois  ioiiikte^ 
,  il  /otsl,  il  ioisoit^  fic,^  qui  dérivent  oer- 

ide  iicere^  lacet. 

-009)  Piper  est  veno  de  Flnde,  comme  le  poivre 
f*tnj/t  est,  en  sanskrit,  lin  des  noms  les  pins 


des  mots  latins  :  de  leurs  a  nous  avons  fait 
ai  et  e  :  /mne,  pain  ;  /bme,  faim  ;  mare^  mer. 
De  leurs  e  nous  avons  fait  oi  et  i:  serus, 
soir  :  cera^  cire.  De  leurs  i  nous  avons  fait 
des  a  et  des  e:  lingua^  langue:  firmus 
ferme.  Nous  avons  changé  leurs  o  en  plu- 
sieurs autres  voyelles  :  en  fu,  Aoro,  heure  ; 
honory  honneur.  En  u,  octOj  huict,  huit.  £n 
ou,  totusj  tout.  En  iit,  ron'um,  cuir,  etc. 

«  Les  II  des  LaUns  sont  souvent  des  o  en 
français  :  urtica^  ortie  ;  numerus^  nombre  : 
des  ot  :  iiux,  noix. 

«  Ces  mêmes  mots,  en  passant  chez  d'au- 
tres peuples,  furent  associés  également  à 
des  voyelles  qui  n'étaient  ni  la  voyelle  qu'of- 
fre ce  mot  en  latin,  ni  celle  qu'il  offre  en 
français  :  ainsi  nox  ou  nuit^  sont  nigth  eu 
anglais,  nacht  en  allemand,  fio//e  en  ita- 
lien, etc. 

c  La  raison  de  ces  changements  de  voyel- 
les est  très-simple  :  elle  est  tirée  de  la  na- 
ture même  des  voyelles.  Leur  prononciation 
est  si  légère,  si  déliée,  celle  de  l'une  a  tant 
de  rapport  à  la  prononciation  des  voyelles 
du  même  ordre,  qu'on  les  confond  sans* cesse 
les  unes  avec  les  autres.  Si  vingt  personnes 
répèlent  ou  écrivent  un  mot  étranger  qu'el- 
les entendent  pour  la  première  fois,  elles 
différeront  toutes  relativement  à  ses  voyelles. 

«  Il  résulte  de  là  qu'une  personne  qui  ne 
voudrait  point  reconnaître  les  rapports  dn 
deux  mots,  uniquement  parce  que  ces  mot5 
n'auraient  psis  la  même  voyelle,  agirait  con* 
tre  toute  raison,  et  ne  pourrait  jamais  com- 
parer deux  langues  entre  elles. 

«  £n  effet,  malgré  ce  changement  de 
voyelles,  le  mot  ne  laisse  pas  d'être  le  même 
ou  d'appartenir  à  la  même  famille,  puis 
qu'ils  ont  une  signification  commune,  e* 
que  les  consonnes  et  le  son  générique  qui 
en  résulte  sont  semblables. 

«  Sbcoxd  PRi?rciPB.  Le  changement  ou  les 
altérations  d'une  partie  des  consonnes  d'un 
moty  n  empêchent  pas  de  reconnaître  Vorigine 
des  mots.  —  Quoique  les  Latins  disent  pellis 
et  sapory  tandis  que  nous  prononçons  «oreur 
et  peau,  autrefois  peU  d'où  viennent  peler  et 
pelisse^  on  n'en  reconnaît  pas  moins  que  ces 
mots  français  sont  les  mêmes  que  les  mots 
latins  auquels  ils  répondent,  puisque  la  si- 

( unification  et  une  partie  des  consonnes  sont 
es  mêmes,  et  que  le  son  générique  qu'offrent 
ces  mots  rentre  dans  la  même  classe,  qu'on 
s'aperçoit  sensiblement  qu'ils  ne  sont  quo 
ùes  nuances  d'un  même  son. 

«  Ceci  est  encore  fondé  sur  la  nature  des 
consonnes.  11  n'existe  que  sept  ordres  de 
consonnes,  et  chacun  d'eux  est  composé  de 
consonnes  faibles  et  fortes,  dont  le  son  ne 
diffère  que  par  le  plus  ou  moins  de  force.: 
ainsi,  pour  peu  qux>n  ne  saisisse  pas  ce  degré 

ttsilés  de  oeue  épicerie.  Il  signifie,  en  sanskrit,  ce 
qni  /oti  Mre.  De  la  lanfpie  indienne,  ce  terme  a 
passe,  avec  quelque  allération,  dans  le  chaldaïqae, 
rarabe,  etc.  Il  a  fail ,  en  srec,  peperi  ;  en  blin, 
prper,  d*oii  nous  sont  veous  pme  et  poisre;  comme 
de  hibere  nons  avons  fait  hesere^  benre,  bere^  enfin 
boite;  comme  de  pi*ci$^  poisson. 


ifî) 


ETt 


DlCllO.NNAIltE 


CTT 


m 


(ie  lorce  dans  toute  son  étendue,  on  suhsli- 
lucra  une  consonne  à  une  autre,  une  ibrlc 
à  une  faible,  ou  une  faible  à  une  forte.  Dans 
saveur,  par  exemple,  nous  avons  substitué 
la  consonne  faible  r,  h  la  consonne  forte  p, 
r?ious  avons  fait  médaille  du  mot  metallum^ 
en  changeant  la  forte  t  en  la  faible  cf,  et 
nous  disons  dent  lorsque  le  flamand  pro- 
nonce tanly  et  le  danois  dand. 

«  C'est  cette  subslition  continuelle  d'une 
consonne  forte  à  une  faible,  qui  avait  empo- 
ché de  reconnaître  les  rapports  entre  les 
mots  dont  plusieurs  langues  scs(Tvont,pour 
exprimer  ce  que  nous  entendons  par  le  mot 
PAR'ole,  et  qui  tiennent  tous  à  la  même  ra- 
crine  que  parole  ei  parler,  la  racine  par  qui 
signifie  action  d'exprimer  ses  idées  par  le 
langage  ou  la  parole.  Tels  sont  :  En  celle  et 
en  teuton,. 6ar,  parole  chantante,  chant;  en 
hébreu,  bar,  énoncer,  déclarer;  en  celte, 
f(n\  parole;  en  breton,  a-var,  parole;  en 
nlleniand,  mahre,  ^iiscours;  en  irlanJais, 
Oearhy  parole  ;  en  hébreu,  de-ber  ou  de-ver j 
parole  ;.en  latin,  rcrbumy  mot,  parole  (210). 

«  Ou  voit  aisément  le  rapport  de  tous  ces 
ujots,  quoique  la  première  consonne  chan.^e 
presque  toujours,  qu'elle  soit  tantôt  p,  tan- 
tôt 6,  r,.7w,  f.  i-Le  sens  de  tous  ces  mots  est 
constamment  le  môme  ;  c'est  toujours  la  pa- 
role qu'ils  déisignent,  ou  des  idées  relatives  à 
la  parole.  2"  De  trois  caractères  essentiels 
(ionl  ce  mot  est  composé,  les  deux  derniers 
sont  les  mCTraes  dans  toutes  ces  langues,  du 
moins  la  consonne  finale  r  :  c'est  toujours 
ar,  ou  er,  3°  Les  consonnes  qui  occupent  ici 
la  première  place,  ces  p,  6,  r,  jf,  wi,  sont  des 
consonnes  du  môme  ordre,  qui  se  pronon- 
cent toutes  des  lèvres,  et  appelées  à  cause 
de  cela  labiales  :  elles  sont  donc  en  quelque 
façon  un  son  unique,  qui  ne  diffère  que  par 
le  plus  ou  moins  de  force  ;  des  nuances  d  un 
môme  son  qui  n'emp6<:îhent  pas  de  recon- 
na4lpe  dans  ee  Tnbt  un  son.  constant;,  tout 
comme  les  nuances  du  rouge  ou  du  vert 
sont  toujours  du  rouge  ou  du  vert.  Ainsi 
p,  6,  r,  /;  m,  sont  également  la  labiale^  con- 
sacrée avec  une  voyelle  et  la  consonne  r,  à 
exprimer  ce  que  nous  entendons  parle  mot 
parole. 

K  Troisième  principe.  —  Le  changement 
de  place  de  quelques  lettres  d^un  mot,  n'em- 
pêche   pas  de  reconnaître  son  origine,  — 

(210)  Ajoutez  le  mot  sanskrit  6/mr(ia/ia,  parleurs,, 
poètes,  panégyristes,  historiens. 

(211)  Court  de  Géberin  adonne,  particulièrement, 
sur  cette  première  règle,  des  détails  curieux  et  con- 
vaincants. Cette  même  règle  est  aussi  frès-dévelop- 
pée  dans  VEtymologicum  magnum  de  M.  Walter- 
Writer,  publié  à  Cambridge,  iu-4'',  1800,  et  encore 
dans  la  même  ville,  en  481  i,  in-4%  2  vol.  Ce  der- 
nier auteur  établit,  pour  bases  de  la  science  étymo- 
I  )gique,  outre  cette  première  règle,  une  doctrine 
tout  h  fait  neuve,  mais  qui  n>st  pas  aussi  univer- 
selle, aussi  infaillible  qu'il  le  croit.  Elle  consiste  k 
dire  c^ue  tous  les  mots  sont  tirés,  primitivement,  de 
ce  qui  a  rapport  à  la  terre  et  à  ragricuUure.  Au 
reste,  Touvrage  de  M.  Wbiter  est  plein  des  étymolo- 


i*  Souvent  les  lettres  fondamentales  d'un 
mot  chang}nt  de  place,  en  se  IransmcUanl 
d'une  lan;5ueàune  autre.  Alexander^  Alexan^ 
dre  ;  October,  octobre  ;  dor  en  celte,  et  thro 
en  chaldaique,  une  porte;  glava  en  escla- 
von,  et  calva  en  latin,  tête. 

a  Cependant  on  reconnaît  également  le 
rapport  de  ces  mots,  parce  que  la  ditfiTcnce 
qui  résulte  de  cette  transposition  n'est  pas 
assez  considérable  pour  prévaloir  sur  Teu- 
semble  des  autres  raf>ports. 

'  «  2**  Souvent  encore  on  ajoute  une  voyelle 
à  la  tête  des  racines  primitives,  en  sorte  que 
la  lettre  qui  devait  ôlre  la  première  n'est 
que  la  seconde.  Ainsi  notre  ancien  mot  estât, 
que  nrms  é^crivons  éiat,  vint  de  status^  par 
1  addition  de  la  voyelle  c. 

«  3**  Souvent  aussi  on  ajoute  des  couson- 
jies  à  la  fin  ou  au  commencement  des  mots  : 
d'awrc,  oreille,  de  sole,  soleil.  Nous  disons 
doré  au  lieu  de  dire  oré,  eu  latin  aurato, 

«  k"  Rienxie  plus  commun   que  la  su;- 

Î)ression  de  quelque  lettre.  De  temps,  on  a 
ait  ^cms,  de  vostrc,  vAlre. 

'<  5"  Enfin,  on  unît  continuellement  deuï 
ou  plusieurs  mots  radicaux  pour  n'en  for- 
mer qu'un  seul.  Quelquefois  on  reconnaît 
^QiW^  peine  les  mots  qu'on  a  réunis.  Chin- 
dent  r  justaucorps,  poUemanieau,  passepar* 
tout. 

«  Souvent  on  ne  reconnaît  plus  les  mots 
qui  ont  servi  à  cette  composition.  Soupçon- 
nerait-on ces  mots  au,  alors,  encore,  ruban, 
d'être  des  mots  composés  par  la  réunion  de 
deux  ou  trois  mots?  Rien  de  plus  vrai  ce- 
pendant :  au  est  pour  al  qui  est  formé  de 
à  le.  Alors,  vient  de  à  Vore  ou  à  Vheure,  En- 
core, est  pour  en  ce  hore,  en  celte  heure. 
Ruban,  mot  altéré  de  reu-band^  est  conaposé 
du  mat  bande  et  de  rcu  qjji  signifie  roM^^ 
éi'ltitant. 

*i  §  III.  Règles  à  suivre  dans  la  recherche  des 
étymologies.  —  Puisque  la  science  des  ély- 
molo^ies  repose  sur  un  petit  nombre  de 
principes  clairs  et  incontestables,  on  peut 
en  ramener  la  pratique  à  quelque  rèjjles 
simples,  déterminées  par  ces  principes,  et 
qui  assureront  la  recberche  i\os  étymologies 
et  leur  donneront  la  plus  grande  certitude. 
Telles  sont  les  principales  de  ces  rèjjles: 
!•  Ne  pas  s'arrêter  (211)  aux  voyelles  des 
mois  pour   en  reconnaître   les    rap^orl^; 

gîes  les  plus  savantes  et  souvent  le  mieux  proruêi's, 
concernant  les  principales  langues  de  rEurcue,  à* 
l'Asie  occidentale,  du  nord  et  de  Toricnt  de  rAirlq'K. 
On  y  trouvera  aussi  des  opinions,  quelquefois  trop 
systématiques,  mais  les  plus  curieuses  et  les  plus 
multipliées,  sur  la  permutation  des  consonnes. 

Dai^s  les  recherches  étymoldgiques,  les  veyeHrs 
sont  à  peu  près  indifférentes  ;  certaines  dusses  do 
consonnes  se  permutent  sans  cesse  entre  elles.  Il  y 
a  même  des  permutations  prouvées  d'une  classe  ('•«' 
consonnes  à  rautre(a).  Qu'est-ce  donc  que  la  srirni' 
étymologique,  appuyée  sur  de  simples  similitude:»  0( 
formes  actuelles,  et  sur  des  possibilités  de  rein»' 
ehemcnt,  d'addition,  de  translation  et  de  transfor- 
mation? C'est  l'instrument  des  plus  folles  erreurs; 


(A)  Il  suit  de  c«s  fai^,  et  de  queltrics  autres,  qne  des  idiomes  trèsHJissemblsbles  dans  Icor   maté.iol,  peu* 
^fiii  r^irc  foriis  c'l'igi'luir  mu.!  *\'\ïtï^  m'ute  Uiigue. 


5'l 


ETY 


DANTimOPOLCGlE. 


KTY 


&0S 


I 


f  Ne  pas  coîifondre  les  lettres  accessoires 
d'un  mot  avec  les  lettres  primitives  et  fon- 
damentales ;  3"  Ramener  les  mots  à  des  ra- 
ilicani  composés  ordinairement  de  deux 
fonçonnes  séparées  par  une  voyelle  forte  ; 
V  Classer  tous  l*»s  mots  jar  familles  ;  5"  Su- 
bonionner  au  sens  pbvsique  d'un  mot  tous 
lo<  sens  moraux,  spirituels  ou  figurés  au'il 
offre;  6*  Ne  supposer  aucune  altération  dans 
un  mot  qu'on  ne  puisse  justifier  par  l'usage 
pf  par  l'analogie  ;  7'  Eviter  toute  étymolc- 
eie  forcée,  ou  qui  ne  porte  pas  la  convictieu 
flTPC  elle  (212). 

«  EXEMPLES    DE  QUELQUES  ÉTYMOLOGIES. — 

Considàery  regarder  attentivement  un  ob- 
i;  au  figuré,  réflé/Jiir  en  5oi-mènie.  Tel  est 
<eDS  actuel  et  générique  de  ce  mot  ;  mais 
m<  50D  premier  usage,  il  a  dû  seulement 
<i:ni!ipr,  regarder  te  ciel,  Considerare ,  ra- 
lioe  sidus.  Expression  formée  sur  l'atten- 
liiui  avec  laquelle  un  astronome  regarde 
tineror.f'.ollaiion  à  traversunlong  tube  pour 
tR mettre  les  étoiles  ensemble,  constellare^ 
frn-siderare  ;    car   les   anciens,  sans  avoir 
r./7ime  nous,  l'invention  des  verres  de  lu- 
n-i'e?  ne  laissaient  pas    que    de  se  ser- 
vir pour  regarder  les  astres    d'un    long 
fnyau  qui  en  dégage  les  faux  rayons.    Le 
terme  qui  exprime  cette    idée  morale  no 
|<*ul  être  que  très-ancien ,  puisqu'il  est  d'un 
M  commun  usage  h  l'esprit  de  l'homme.  Il 
nciis  montre  par  là  combien  l'étude  de  l'as- 
trunomie  est  ancienne  rarmi  les  hommes. 
♦'elle  expression  métapnorique  vient  sans 
*ioutedes  Chaldéens,  soit  par  dérivation, 
s^il  par  traduction.  Car  je  ne  prétends  pas 
dire  nue  le  mot  cortêiderare  soit    l'ancien 
mol  dont  on  s'est  d'abord  servi,  mais  seu- 
lement qu'il  en  doit  être    une  traduction 
liKi^rale.  J'ai  cité  un  second  exemple  éga- 
lement tiré  de  la  racine  $idu8  très-propre  à 
feire  Toir  que  cette  élyraologie  singulière 
iH'st  nullement  imaginaire.    C'est  le  mot 
^''Wr  syncopé  du  latin   desideriumj  qui  si- 
cniiiant  dans  cette  langue  plus  encore  le 
f'^rpt  de  la  perte  que  fe  souhait  de  la  pos- 
^♦•*Mf>n,  s'est  particulièrement  étendu  dans 
n'»'re  lan-^e  à  ce  dernier  sentiment  de  l'Ame. 
î^  particule  privative  de  précédant  le  verbe 
tidfrare  nous  montre  que  de-siderare,  dans 
w  signification  purement  littérale,  ne  vou- 
lait dire  autre  chose,  Cju'étre  privé  de  la 
tne  (ks  aftres  o%t  du  soleil^  se  trouver  dans 
^'  ri'^^ret  du  jour  et  l'embarras  de  l'obscu- 

I  <M  la  source  élonnamment  féconde  des  inus;ons 
'  *  I»l't>»  i  orupeuses  :  voilà  ce  que  rexpérience  a 
p'UTé^^n  Fiance,  en  Angleterre,  en  Âlltmugno,  en. 
'•ite,  etc. 

^i\%  M  l  »s  conjectures  étymologiques  sont  ap- 
l*  »>♦*•*>  par  des  exemples  mnlli plies  et  clironologi- 
'•i'mkïi  suivis  de  proche  en  proche,  dans  Tidiome 
"^  i «spression  prot4émaUque  a. sa  famille,  et  de 
^><  (•  dans  les  langues  surtout  les  plus  analogues  à 
(^  MttoflM»,  plus  anciennes  que  li!i,  ou  qui  soient  du 
uwiftîi  s««s  coDlcroporalnes;  enlîn  ,  si  les  faits  de 
"i^toire,  si  les  usages  et  les  opinions  sont  tiou- 
•  *»  'Il  liaimonie  avec  ces  déductions  philologiques  ; 
'•  -'v  CI»-*  conjectures,  dévc1oi>pces,  fortifiées  par  des 
»  ''l'ic*'  jtidicieux  et  u'unc  érudition  vaste  et  pro- 


rité.  Le  terme  qui  exprimait  la  perle  d'une 
chose  si  souhaitable  pour  l'homme,  s'est 
généralisé  pour  tous  les  sentiments  du  re- 
gret, et  ensuite  pour  tous  les  sentiments  de 
désir  qui  sont  encore  plus  généraux;  car 
le  regret  n'est  que  le  souhait  de  ce  que 
l'on  a  perdu  ;  et  le  désir  regarde  aussi  bieo 
ce  que  Ton  voudrait  obtenir,  que  ce  qu'on  ne 
possède  plus.  Ces  deux  exemples  sont  d'au- 
tant plus  frappants  que  les  deux  expressions 
coîi'siderare  et  de-siderare  n'ayant  rien  de 
commun  dans  l'idée  qu'ils  présentent,  ni 
dans  laffection  de  l'âme,  et  se  trouvant  cha- 
cun précédé  d'une  proposition  qui  les  ca- 
ractérise, on  ne  pourrait  les  tirer  ainsi  tous 
deux  a  sidère  y  si  le  dévelopicment  de  l'opé- 
ration de  l'esprit,  dans  la  formation  des 
mots,  n'avait  été  tel  qu'on  vient  de  le  dé- 
crire. Ajoutons  que  ces  deux  expressions 
jîrises  dans  leur  sens  purement  littéral- 
viennent  naturellement  à  la  bouche  d'un 

[)euple  sauvagequi  vit  en  plein  air  :  et  n'ôu- 
ïlions  jamais  que  c'est  toujours  à  ce  temps 
qu'il  faut  remonter  quand  on  veut  trouver 
la  véritable  origine  des  choses;  surtout  celle 
des  expressions  de  cette  espèce ,  qui  ne  sont 
généralisées  qu'après  avoir  été  reçues  dans 
un  sens  particulier,  matériel  et  tout  à  fait  à 
portée  des  esprits  peu  exercés.  Le  composé 

Înœ-sidereLlio  s'est  conservé  à  peu  près  dans 
e  sens  propre  ;  car  il  signifie  que  les  sai- 
sons du  froid  et  du  chaud  sont  plus  avan- 
cées qu'elles  n'ont  coutume  de  l'être  dans 
l'ordre  ordinaire  de  le  nature  :  au  lieu  que 
le  simple  sideratio  ne  se  dit  que  d'un  mal 
subit  et  épidémique  qui  attaque  tout  à  coui» 
les  animaux  et  les  végétaux  ;  chose  que  dans 
les  temps  d'ignorance  on  attribuait  h  l'in- 
fluence des  astres. 

«  Pour  fortifier  la  même  observation  j'ai 
encore  cité  le  mot  contempler ,  à  peu  près 
synonime  de  considérer^  et  dont  Toriginc 
est  la  même.  Conlemplari  de  la  racine  tem- 
plum.  Or  le  mot  temple  qui  signifie  aujour- 
d'hui un  lieu  sacré  et  fermé,  ne  signifiait^ 
au  contraire  dans  son  origine  qu'un  granà- 
espace  ouvert  soit  dans  le  ciel  soit  sur  la 
terre,  libre  de  toutes  parts  à  la  vue.  Varron, 
1.  VI,  le  définit  ainsi  :  Cœlum  qua  tuimur^ 
dictum  templum.  Les  expressions  templum 
œtheris  ,  œthereatempla  sont  usitées  chez  les 
plus  anciens  Grecs  et  Latins.  Ainsi  considé- 
rer et  contempler^  c'est  également  regarder 
le  ciel.  Le  mot  temple  très-générique  dans. 


fonde,,  peuvent  devenir  des  probabilités  très-pres- 
santes, ou  même  prendre  leur  rang  parmi  les  vérités 
démontrées. 

(212)  Youdrait-on  nous  pcrme^ttre  de  hasarder, 
pour  supplément,  les  deux  règles  suivantes?  8*  Mul- 
tiplier les  rapprochements  des  formes  diverses  du 
mot,  dans  l'ordre  chronologique,  autant  qu'on  le 

tïfut.  9*  Puiser  ces  formes,  premièrement,  dans 
'idiome  où  est  pris  immédiaiement  le  mot  qu'il 
s'agit  d'expliquer  ;  puis ,  consulter  les  langues  re- 
connues pour  être  mères,  ou  sœurs,  ou  fllles  de  ce 
même  idiome;  et,  enfin,  mais  avec  grande  défiance^ 
les  langues  mômes  «lui  parnltruient  lui  être  ctran- 
gêroà. 


505 


ET  Y 


DICTiONiNAlUE 


ETt 


soi 


son  oriffine*  l'est  devenu  un  peu  moins  lors- 
qu'on la  restreint  à  signifier  un  espace  ou- 
Tert  en  plein  air ,  où  les  anciens  peuples 
sauvages  s'assemblaient  autrefois,  comme 
ils  s'assemblent  encore  en  Amérique ,  pour 
prier,  pour  adorer  le  ciel  et  les  astres.  Car 
dans  les  premiers  siècles  on  ne  faisait  point 
de  prières  dans  un  lieu  fermé.  Mais  quand 
Tusaze  a  changé  totalement  à  cet  égard,  la 
signification  du  mot  temple  s'est  particula- 
risée tout  à  fait  dans  le  sens  où  nous  l'a- 
vons depuis  longtemps. 

c  Admirer ,  mirari ,  se  dit  de  tout  ce  que 
Ton  considère  avec  une  surprise  mêlée  de 
plaisir;  et  aussi  de  tout  ce  que  Ton  re- 
garde avec  attention,  surtout  s'il  s'attire  du 
respect,  et  s'il  éblouit  la  vue  ou  l'âme.  Dès 
lors  n'est-il  pas  facile  de  voir,  que  parmi 
tant  de  mots  latins  dont  on  sait  que  l'ori- 
gine se  trouve  dans  les  langues  d'orient , 
le  terme  mirari^  servant  à  exprimer  un 
sentiment  de  l'âme  tel  que  celui  que  nous 
venons  de  décrire ,  a  été  formé  sur  le  mot 
oriental  mtAr,  le  soleil  j  qui  est  en  effet 
le  plus  admirable  de  tous  les  objets  de  la 
vue,  et  celui  du  culte  des  anciennes  na- 
tions 7  De  là  sont  dérivés  les  mots  miracle^ 
miroir^  mire^  merveille^  etc. 

«  J'ai  dit  aussi  que  moniiion  avertisse- 
ment, monere  avertir,  venait  de  moun^ 
Luna{celtice  Mon  arœce  Miivio,  persice  maen, 
analice  moon,  etc.).  Il  faut  le  prouver.  Rap- 
pelons ici  les  usages  antiaues.  Les  pre* 
miers  peuples  n'avaient  d  autre  méthode 
ou  d'autre  instrument  propre  à  mesurer  la 
durée  du  temp<«  que  d'observer  le  cours 
des  astres.  Ils  se  servaient  surtout  du  cours 

f>lus  limité  de  la  lune,  dont  les  phases 
eur  donnaient  à  cet  ésard  une  erande  com- 
modité. La  nouvelle  lune  après  le  déclin 
commençait  une  nouvelle  période  de  temps 
appelée  mensis  (de  Mqv]  mois,  qu'on  cé- 
lébrait par  une  fête  appelée  néo-ménie^  nova 
luna.  On  tenait  en  sentinelle  sur  un  lieu 
élevé  une  personne  chargée  d'observer  la 
lune  et  d'avertir  (monere)  le  peuple ,  aussi- 
tôt que  sa  lumière  commencerait  à  redeve- 
nir visible.  C'était  la  pratique  des  Hébreux, 
et  de  bien  d'autres  nations.  Tous  ces  faits 
sont  parfaitement  connus.  J'en  conclus  après 
les  meilleurs  étjrmologistes ,  que  le  terme 
servant  à  signifier  le  plus  usité  de  tous  les 
avertissitments  s'est  étendu  à  tous  autres  ; 
que  le  mot  générique  monere ,  exprimant 
une  idée  intellectuelle  et  purement  relative 
à  l'opération  de  Tâme ,  ne  pouvant  dès  lors 
avoir  une  racine  qui  ne  soit  tirée  d'un  ob- 

i'et  physique,  on  la  trouve  dans  la  racine  mon^ 
una.  On  y  retrouve  la  convenance  de  son  , 
de  figure  et  de  raison ,  puisque  la  lune  ser- 
vant aux  hommes  des  premiers  siècles  de 
mesure  du  temps  et  de  la  durée,  était  pour 
eux  le  moniteur  perpétuel  et  journalier 
Aussi  les  Latins  nommaient-ils  moneta  la 
même  divinité  qu'ils  appelaient  Luna^ 
Diana ,  f  la  déesse  journalière  (  de  dies)  ] 
Jana  et  Juno ,  la  déesse  et  la  reine  des  airs. 
Elle  avait  son  temple  à  Rome,  où  l'on  éta- 
blit la  fabrique  nos  pièces  d'argent  ayant 


cours  pour  l'échange  des  choses  usuelles, 
qui  retint  le  nom  de  moneta  ^  monnaie;  mais 
le  sens  de  monnaie  n'a  plus  de  rapport  à 
celui  de  monition;  comme  celui  de  moniiion 
n'en  a  plus  à  celui  de  mois.  L'idée  a  couru 
de  branches  en  branches  ;  tandis  que  la  fi- 
gure moins  altérée  nous  indique  encore 
que  les  branches  peuvent  se  ra[)porter  à  un 
même  tronc ,  et  que  l'observation  nous  le 
démontre.  Le  nom  purement  latin  de  Mi- 
nerve^ une  de  leurs  divinités,  vient  aussi 
de  la  même  origine ,  et  se  rapporte  à  la 
même  cause.  Son  nom  signifie  la  déesse  de 
Yavertittement  ou  du  conseil.  On  n'en  peut 
douter  quand  on  voit  que  dans  le  vieux W 

Î;age  que  parlaient  au  temps  du  roi  Numa 
es  prêtres  saliens ,  oui  avaient  dans  leur 
rituel  des  hymnes  en  Vhonneur  de  Minerve, 
promenervare  signifie  promonere.  Ainsi  quel- 
ques mythologistes  n  ont  pas  eu  tort  de  dire 
que  Minerve  était  la  même  que  Diane.  On 
voit  ici  pourquoi  Minerve  était  regardée 
comme  la  déesse  de  la  prudence ,  du  bon 
conseil,  de  l'avertissement;  rôle  qu'elle  joue 
dans  les  poèmes  anciens,  et  comment  les 
premières  origines  de  chaque  divinité  se 
rapportent  toujours  ,au  sabéisme  ou  culte 
des  astres. 

«  Réfléchir  de  remflectere^  à  la  lettre  c'est 
plier  en  deux^  comme  si  l'on  repliait  ses  pen- 
sées les  unes  sur  les  autres  pour  les  rassem- 
bler et  les  combiner.  Comment  aurait-on  pu 
peindre  autrement  que  par  cette  image  com- 
parative la  duplication  et  la  combinaison  des 
pensées  ?  Répliquer ,  re-plicare ,  c'est  de 
même  redoubler  ses  paroles.  Réfléchir  s'ap- 
plique aux  pensées,  répliquer  au  discours,  et 
remarquer  aux  objets  :  c  est  distin^er  ua 
objet,  le  particulariser,  le  circonscnre  en  le 
séparantdesautres;  de  la  racine marcAr,  borne, 
confin,  limite.  Peut-être  pourrait-on  m'ob- 
jecter  à  la  rigueur  que  les  mots  ci-dessus  pli 
et  marque  ne  sont  pas  des  noms  de  substan- 
ces physiques  et  réelles,  mais  de  modes  et 
de  relations.  Mais  il  ne  faut  pas  presser  ceci 
selon  une  métaphysique  trop  rigoureuse. 
Les  qualités  et  les  accidents  des  substances 
réelles  peuvent  bien  être  rangés  ici  dans  la 
classe  dii  physique,  à  laquelle  elles  appar- 
tiennent bien  plus  qu'à  celle  des  purs  êtres 
moraux. 

«  Autres  exemples  de  noms  d'opéritioks 
intellectuelles,  de  relations,   d'habtrc- 

DE8,   etc.,   FORMÉS   SUR  DES  IMAGES    VISIBLES 

ET  MÊME  PAR  ONOMATOPÉE.  —  Délibérer^  de- 
liberare^  c'est  tenir  en  balance  ;  de  la  racine 
/tfrra,  balance.  Cette  peinture  physique  est 
très-bonne  et  directement  appliquée  à  de 
telles  opérations  de  l'esprit.  Mais  le  mot 
libra^  balance  est  fait  sur  le  mot  /t6fr,qui  de 
même  que  codex^  signifie  dans  son  origine 
un  morceau  de  boiSf  soit  qu'on  s'en  senril 
pour  poids,  soit  qu'on  s'en  servit  pour  plan- 
che suspendue  sur  laquelle  on  mettait  deni 
corps  en  équilibre.  Le  latin  libella ,  règle  de 
bois  propre  à  poser  les  corps  de  nivean  a 
produit  l'anglais  level  et  le  français  nir«w, 
nivellement. 
<c  II  y  a  des  termes  moraux  si  bien  iabri- 


ETY 


b*ANTimOrOLOGiE. 


ETY 


501 


Ses  pour  faire  rapporter  la  juste  application 
ce  qui  est  eiterne,  à  Topération  des  sens 
inlérieufs,  qu'on  pourrait  croire  que  leur  fa- 
brique est  le  produit  d*une  observation  com- 
bioée  et  philosophique,  s*iln*était  plus  natu- 
rel encore  de  la  prendre  pour  Teffet  rapide 
d*uDe  grande  justesse  d*instinct.  Tel  est  le 
mot  raiio^  raisony  qui,  selon  la  force  de  la 
signification  ori^nelle,  équivaut  aux  expres- 
sions suivantes,  la  vérité  de  la  chose^  Vexis- 
ime  réelle  de  la  chose^  en  un  mot,  la  chose 
M/Af,  en  la  considérant  comme  transportée 
du  dehors  au  dedans  de  Tesprit.  Cette  iuste 
cooformité  de  Tidéc  intellectuelle  avec  rob- 
iet  physique  est  ce  qui  constitue  précisément 
la  Térfté,  c'est-à-dire  la  ration ,  et  le  fondement 
de  la  raison  tant  dans  le  fait  que  dans  les 
monnemente  ou  conséquences  qui  décou- 
lent du  fait.  Voici  quelle  a  été  la  fabrique 
duiDotra/io.  Du  substantif  générique  re«, 
Tfrum,  les  Latins  ont  fait  le  verbe  rert,  pour 
siiOiifier  faire  passer  quelque  chose  dans  son 
nprU^  la  connaître  comme  vraie  et  existante^ 
la  troire  telle  :  comme  nous  dirions  littéra- 
ie;Dent  et  absolument  (si  le  mot  était  reçu 
difls  notre  langue)  choser  dans  sa  tèle,  y 
mettre  un  objet,  en  avoir  Tidée  toute  telle 
qu  il  est.  De  reri  on  on  a  fait  le  participe 
r^iusj  et  le  terme  abstrait  ra/to,  raison.  On 
oe  pouvait  mieux  peindre  la- force  de  cette 
opération  de  Tentendemcnt  qu*en  y  appli- 
quant le  mot  re«,  pour  faire  entendre  crue  la 
r9ison  c'était  la  chose  même  toute  réelle  et 
toute  Traie.  C*est  bien  aussi  ce  que  signifie 
le  mot  réalité  tiré  du  même  primitif.  Ce 
((Q  est  la  réalité  dans  la  nature,  la  raison 
lest  dans  Tesprit.  Ceci  parait  encore  con- 
firmé par  le  verbe  grec  fiu  dicoj  loquor;  car 
por/er  c'est  nommer  les  choses. 

t  Excellence  cesi  une  course  plus  rapide 
(ne  celle  d'un  autre  coureur  :  image  sauvage 
îoi  représente  fort  bien  quel  est  entre  plc- 
^if'urs  personnes  celui  qui  surpasse  les  au- 
trest  et  qui  mérite  d'être  préféré.  Le  mot 
oriental  M,  celer^  velox  a  produit  le  verbe 
;rec  ^iku»  nrovenio^  appello^  et  en  latin  le 
^erbe  simple  celercj  avancer^  agiter^  remuer. 
^  là  on  a  fait  les  verbes  composés  prœ- 
Mertj  être  avancé  le  premier  j  et  ex-cellere^ 
^(re  avancé  hors  de  rana^  être  assis  plus  haut  : 
equi  est  une  marque  de  prééminence  parmi 
es  hommes  assemblés.  Jusque-Jà  le  mot 
^tait  encore  à  peu  près  dans  son  sens  phy- 
ique.  Quand  on  Ta  voulu  étendre  au  sens 
i''>ral,  on  a  dit  ex  cellent  pour  le  meilleur j 


Tobjct  préférable  à  tout  autre  du  même  j^enra. 
Quand  on  a  voulu  s'en  tenir  à  la  significa- 
tion purement  littérale,  de  cello  on  a  fait 
pro'Cella  pour  signifier  tempête  rapide^  agita 
tion  violente. 

«  Donnons  un  exemple  d'un  objet  phvsique 
et  réel  dont  le  nom  serve  de  racine  a  celui 
d'une  considération  de  l'esprit  purement  re- 
lative, et  d'une  relation  d'un  genre  singulier, 
telle  qu'est  par  exemple  la  parenté  entre 
plusieurs  personnes.  Frère,  en  latin  frater^ 
en  anglais  broiher^  et  ainsi  de  même  en 
quantité  d'autres  langues.  Tous  ces  mots  pa- 
raissent venir  de  la  vieille  racine  celtiaue 
fera,  venter f  utcrus;  de  sorte  que  le  mot  /ro- 
ter,  dans  sa  propre  signification  est  syno- 
nyme di'uterinus;  l'idée  relative  coatenue 
dans  le  mot  frère^  se  trouve  ainsi  exprimée 
par  une  dérivation  tirée  d'un  objet  physique. 
On  peut  encore  remarquer  en  passant  sur  ce 
mot  que  la  terminaison  rer  paraît  appropriée, 
dans  beaucoup  de  langues,  aux  mots  qui  ex- 
priment des  rapports  venus  par  génération 
charnelle.  Savoir,  outre  le  générateur  com- 
mun venter j  pater,  père  ;  mater^  mère  ;  fra^ 
ter,  brother,  frère;  sister,  sœur,  dochter^ 
ùvyiTop  docter,  daughter,  fille,  etc. 

«c  J'ai  dit  qu'empêcher  c'était  à  la  lettre  /i>r 
les  pieds:  et  qu'expédier  c'était  les  délier. 
Cela  s'explique  tout  seul  par  le  latin  impe- 
dire,  pedes  intricare,  et  eapedire,  pedes  libé- 
ra e.  Celle  image  est  très-naturelle,  très- 
pittoresque  :  car  il  n'y  a  guère  de  meilleur 
moyen  d  emf:êcher  un  homme  d'agir,  ou  de 
lui  en  rendre  la  facilité.  Mais  à  combien 
d'empêchements  et  d'expéditions  cette  allégo- 
rie n'a-t-elle  pas  été  transférée?  Les  Latins 
s'en  servent  dans  un  sens  moral  tout  à  fait 
détourné  lorsqu'ils  disent  expedit  pour  i7  est 
à  propos:  d'où  nous  avons  fait  expédient.  Ne 
disons-nous  pas  aussi  délivrer  expédition 
d'un  acte  de  notaire,  pour  en  donner  copie 
aux  parties  intéressées  ? 

«  Il  n'y  a  sorte  d'image  matérielle  qu'on 
ne  s'avise  de  transporter  par  métaphore  en 
signification  intellectuelle.  Cal  est  une  racine 
qui  désigne  la  dureté  des  corps  (213);  de  là 
vient  caillou,  gallet,  Caledonia,  Ciliciu,  calus, 
calx,  calcare,  etc.  Le  grand  usage  de  manier 
des  corps  durs  rend  les  mains  calleuses,  et  la 
callosité  des  mains  indique  ce  grand  usage. 
II  n'enrapas  fallu  davantage  aux  Latins  pour 
fabriquer  là-dessus  le  verbe  callere,  lorsqu'ils 
ont  voulu  exprimer  que  l'esprit  avait  une 
pratique  usitée,  et  une  connaissance  par- 


tî\Z)  •  f$alad  en  phénicien  (durescere)  ;  challek 
^ii),  XftXe$  (lapHlu%)  ;  calculuê  (caillou  plat),  d*où 
^1  cafcnler,  parce  qu*on  s*c&l  premièrement  servi, 
>vir  calculer,  de  petites  pierres,  en  guise  de  jetons  ; 
M  eo  celtique  (durus);  challex,  au  pays  de  Gex, 
Lnufie  rocher  ;  coHU,  colline  ;  caiare  en  italien 
>N»idre  d*un  rocher,  glisser  d*unc  pente  raidc)  ; 
dUt  ((-ailloQ  p*at  du  rivage  de  la  mer)  ;  ca/,  en  gé- 
«>I«  rivage  maritime;  rivage  garni  de  rochers  et 
^  pUeU  ;  de  \h  viennent,  à  ce  que  je  crois,  les  noms  de 
^^1^,  Cdla;,  GaUi,  Kdc)jTos  roàaeraL  J*c$lime  que 
'^  de  là  que  toute  la  région  qui  faisait  rextrémité 
^  rE«TOpe,  sur  la  grande  mer  Océane,  a  été  nom- 
wc  GoiUa,  Cetlica,  CaljU  (le  pavs  de  Caux)  ;  Cn/- 


lœcia  (la  Galice)  ;  Wallia  (le  pavs  de  Galles)  ;  Wal- 
lones  (les  Flamands)  ;  Cala-is  (Portus  Icciuê)  ;  Por- 
tugal {Porf-Cal,  ce  qui  est  une  espèce  de  pléonasme 
assez  commun  en  géographie)  ;  Cilicia  (lapidoêa); 
Cale-donia  {durayel  lapidosa  regio);  callus,  caliis 
(sentier  battu-  d'où  viennent  eallere,  calliditas); 
calXy  calceuê  (d*où  viennent  caligœ,  caleçon,  chans" 
ser);  calcar,  cuico,  calco  (d'où  vient  calquer);  culx, 
ehaux^  calciner,  calva  (crùne,  tète  chauve,  tète  nue), 
d*où  viennent  calotte  et  calot  (coquille  de  noix). 
Calvi-monê  (rocher  pelé,  Chaumônt)  ;  gelu,  glocies, 
cfarea  (gravier);  glaiic  (terre  dure):  caillou,  ca» 
?it5,  ctc,  etc. 


507 


ETY 


IvICTIONNAlUE 


ETY 


m 


faîle  de  quelque  science  Ils  onl  présenté 
]*ima;$e  d  un  espril  endurci  par  Fusa^e , 
comme  un  sentier  (callis)  est  endurci  pour 
avoir  été  l)altu  et  fréquenté.  Ils  ont  encore 
étf  ndu  rîma^T,  en  disant  calliditas  pour  ex- 
j  rimer  le  prompt  et  le  subtil  discernement 
acquis  par  la  pratique  habituelle  des  choses. 
GepenrJant  alors  l'image  est  déjà  bien  loin 
de  son  original. 

^  Voyez  encore  comment  ces  façons  do 
parler,  avoir  de  Vinclination  pour  quelqu'un^ 
pencher  en  sa  faveur^  sont  vraiment  des  ima- 
ges |>lîysi(juos  de  choses  morales,  et  com- 
ment on  exprime  les  mouvements  de  l'âme 
par  les  mots  penchant  et  incliner^  qui  sont  la 
fi;5ure  (!es  mouvements  corporels.  C*est  aussi 
une  ft/ft  bonne  peinture  naturelle  que  d'a- 
voir nommé  coquetterie  le  caractère  d'esprit 
d'une  femme  qui  agare  vingt  amants,  comme 
le  coq  a  .^ace  et  fait  l'amour  à  plusieurs  pou- 
les à  la  fois.  Ce  mot-ci  servira  d'exemple 
pour  les  termes  moraux  venus  par  onoma- 
topée, qui  cet  la  source  d'où  il  seml)le  le 
plus  difficile  de  les  voir  sortir.  Certainement 
Je  nom  celtique  coq,  de  notre  oiseau  gaUur^ 
a  été  formé  par  imitation  naUirelle  du  glous- 
sement de  cet  oiseau.  Il  n'en  faut  pas  d'autre 
preuve,  sinon  que  d'autres  peuples  très-in- 
connus aux  Celles  l'ont  ainsi  nommé  natu- 
rille  no  t,  et  qu'une  poule,  en  langue  des 
sauvages  Australiens  de  la  Nouvelle-Guinée, 
se  dit  coof/.  Caqueter,  caquet,  viennent  de  la 
m *mo  racine,  pour  désigner  un  babil  conti- 
nuel et  importun,  tel  que  le  gloussement 
continuel  des  poules.  Les  deux  termes  ca- 
queter et  coqiteter  sont  presque  semblables, 
parce  cju'ils  viennent  de  la  môme  racine, 
(juoiqu  ils  exprimonl  des  idées  fort  différen- 
tes. La  dernière  n'a  plus  rien  de  l'onomalo- 
péo  ni  de  l'imitation  du  cri,  et  cependant 
elle  en  vient,  ainsi  qu'une  infinité  d'autres, 
dont  la  liaison  n'est  pas  facile  à  démêler. 

«  Caprice,  qui  se  dit  d'une  disposition 
d'esjjril  bizarre  et  déréglé  dans  ses  saillies, 
ne  signifie  à  la  lettre  que  chevelure  crépue, 
tête  hérissée,  en  italien  capo  rinio.  En  effet, 
cet  extérieur  est  assoz  souvent  un  signe 
duns  telle  disposition  d'esprit.  On  a  jalis 
nommé  Hnrepois  ou  Hurepoil  une  contrée 
voisine  de  Paris,  à  cause  des  façons  grossiè- 
res <les  liabitants  de  ce  canton,  à  poil  levé, 
hérissé  et  mal  (.eigné.  {Voyez  Faucuet,  An- 
tiqnit,,  1.  iv.)  Pelleté,  famille  éteinte  en  Nor- 
man iie,  dont  un  cardinal,  effréné  ligueur, 
portait  pour  armoiries  une  tète  à  poil  levé  et 
hérissé  :  le  dernier  de  cette  famille  est  mort 
fou.  Pour  preuve  que  caprice  vient  de  capo 
riccio,  on  doit  remarquer  que  la  dernière 
moitié  est  caractérisée,  et  la  môme  que  dans 
liî  mot  hérissé,  (jui  vient  de  l'anglais  hair 
(capillus)  et  de  rujht,  riccio,  ou  erectus. 

«  Détire,  égarement  de  l'esprit,  folie  ;  deli- 
rare,  n'est  autre  chose  que  labourer  un 
champ  de  travers,  au  lieu  de  bien  suivre  les 
sillons  en  lignes  droites.  Racme  lira,  sillon. 
Lirare  est  un  vieux  mot  latin  qui  signifie 
labourer  un  champ  par  raies  ;  il  vient  de 
Torionial  nir,  sillonner,  labourer.  DelirarcF.Q 
disait  des  bœufs  nui,  eu  traçant  dca  si!!r»ns, 


s'écartaient  des  raies  déjà  tracées.  On  a  de» 
puis  appliqué  ce  mot  aux  écarts  de  l'esprit.... 
/•'ffii/f ,  de  faux  et  de  falsitas,  venus  eux- 
mêmes  de  falsus  et  de  faliere.  Fait  est  un 
ancien  mot  germanique  qui  signifie  propre- 
ment tomber;  nous  en  avons  suivi  l'idée 
dans  notre  idiotisme  français,  tomber  en 
faute.  Le  verbe  germanique  parait  sorti  ûe 
la  racine  générique  fal,  bal,  qu'on  Irou-^e 
appropriée  à  désigner,  en  quantité  de  lan- 
gues, ce  qui  est  en  haut,  en  l'air,  élevé,  su- 
périeur, soit  physiquement»  soit  morale- 
ment, soit  allégoriquement.  Les  Latins  ont 
emprunté  le  verbe  fall,  dont  la  sigriificalion 
est  physique,  pour  exprimer  une  idée  lûo- 
rale  fort  étendue,  en  disant  faliere  pour /rom- 
per,  ne  pas  tenir,  comme  on  le  croyait;  mé- 
taphore prise  d'un  appui  peu  solide,  qui 
trompe  en  tombant  d'en  haut,  lorsqu'on 
croyait  s'appuyer  dossu5.  Les  Germains  s'en 
sont  aussi  servis  en  ce  sens,  en  disant  fœllm 
pour  decipcre,  d'où  vient  notre  mot  félonie. 
Les  deux  idées  sont  rassemblées  dans  le  mol 
ff'lé,  par  lequel  on  exprime  qu'un  vase  d'ar- 
gile s'est  fendu  en  tombant  et  ne  tieni  pas 
Tcau.  On  a  dit  fahus,  faux^  de  tout  ce  qui 
trompe  et  ne  se  soutient  pas.  Ainsi  le  ternie 
fuux,  pris  moralement  pour  tout  ce  qui  n'c«t 
ni  assuré  ni  vrai,  signiGe,  pris  pliysiquo- 
ment,  ce  qui  tombe,  ne  se  soutient  pas,  et  ne 
reste  nas  tel  qu'on  l'avait  placé. 

a  Astuce,  artifice  de  l'esprit,  astuda,  ne 
devrait  littéralement  signifier  qahabinttkn 
dans  une  ville,  étant  dérivé  du  grec  «Trv, 
urbs,  civitas.  Ainsi  astutus,  dans  son  origine, 
ne  serait  qu'urbanusy  comme  si  Ton  eût  dit 
civitior  et  peritior  quam  sunt  rustici.'kauïo;, 
Cîvilis,  urbanus,  putcher.  Mais  le  même  mot 
éttrru  signifie  mansiones,  venant  de  fïxk'i,s[o, 
maneo,  qui  sort  immédiatement  du  caractère 
primitif  ou  clef  or^^anique  st  ^  appropriée 
par  la  nature  h  désigner  l'immobilité  et  la 
lixilé 

«  Flatterie,  est  un  souffle  adoucissant, 
flare,  flatus.  Le  flatteur  est  celui  qui  souffla 
aux  oreilles  d'un  autre  des  choses  fausses 
oui  lui  peuvent  être  agréables.  Flare  ymi\ 
clo  la  première  clef  simple  et  organique  //, 
caractéristique  et  imitaiive  du  mouvement 
des  choses  fliddes,  telles  que  l'air  et  l'eau. 

«  Doute,  dubium,  incertitude  de  l'esprit, 
se  peint  par  la  racine  duo,  qui  désigne  l'em- 
barras entre  deux  pensées  :  dubium  a  duobas 
incipit,  dit  un  ancien  grammairien  latin. 

«  Souci,  peine  de  l'ame,  n'est  à  la  lettre 
q[u'une  blessure  corporelle.  Le  français  ne 
s  en  sert  qu'au  sons  figuré;  le  latin  l'emploie 
également  au  propre  et  au  figuré  :  saucm 
pour  vulneratus  et  pour  mœstus, 

Fugit  cum  saueius  aram 

Taunn^  et  incertam  excussit  cei-vic^  securim. . 
At  regina  gravi  jam  dudum  saucia  cura... 

(Virgile.) 

(Jnde  est  saucta  aAiore; 

Sam  vlerutnque  cadunt  in  vulnus... 

(  Lucrèce.  ) 

Mais  le  grec  iremploie  la  racine  vr.w  qne 
pour  vulftero;  et  ces  mots  grecs,  arM^T/c»^^ 


.••^ 


ETT 


DANTliROPOLOCIE. 


KTY 


^H^ 


5»nil  formés  sar  la  def  primitive  et  organi- 
que sr^  qui  désigne  en  j:éncral  le  creux, 
i'eicavationt  reidbncement,  la  diminution 
d'un  corps  en  le  creusant,  ce  qui  est  Teffét 
d'une  blessure.  Voilà  comment  se  foirent 
}vs  termes  intellectuels  en  rassant  de  lan- 
pies  en  langues  :  du  primitif  organique  et 
Btrcessaîre  au  sens  propre,  et  du  propre  au 
figuré;  si  bien  qu'en  quelques  siècles  on  en 
P'tJ  tout  à  fait  la  rue  et  la  connaissance 
dans  leur  sens  littéral. 

«  En  iaiin  ealtunitas  et  œrunna  signifient 
fin  malheur^  une  infortune.  Mais  dans  son 
ori'jînc  le  premier  a  signifié  la  disette  de 
praîns;  et  le  second,  la  disette  de  l'argent. 
Calamiias^  a  ealamis^  g^éle ,  tempête  qui 
rompt  les  tiges  du  XAé^œrunma^cb  œre.  Nous 
appelons  en  fran<^ais  ierre  en  chaume  une 
î*-rre  qui  n'est  point  ensemencée ,  qu'on 
h>>e  reposer;  et  dans  laquelle,  après  avoir 
fO'ipé  Képi,  il  ne  reste  plus  que  le  tuyau 
'^ciajitus}  attaché  à  fa  racine.  Comme  une 
t'-rre  en  chaume  est  une  terre  qui  se  repose, 
lie  là  vient  qu'on  a  dit  chômer  une  fête,  pour 
h  célébrer,  ne  pias  travailler  ce  jour-là,  se 
r^îioser.  De  là  vient  le  mot  calme  pour  re-- 
[•-i^,  tranquillité.  Mais  combien  la  significa- 
t;^»n  du  mol  calme  n'est-elle  pas  différente  de 
«  «.-redu  moifatanuté!  et  quel  étrange  chemin 
n  •  n!  pas  fait  ici  les  expressions  et  les  idées 
G«'^  hommes. 

«  En  la  même  langue,  incolumis^  sain  et 
«^Tif,  qui  est  sine  columna?  expression  tirée 
«  'îin  ! 'aliment  qui,  étant  en  Lon  état,  n'a  pas 
i  *'^»!n  d'étais.  Diviser,  ditidere ^  vient  de  la 
r.i  ine  celtique  <fir,  c'esî-à-dîre  rivière  :  le 
V'Tiue  relatif,  divis'-r^  a  été  forzé  sur  un  ob- 
j.  t  physique,  à  la  vue  des  rivières  qui  sépa- 
r*'nt  naturellement  les  terres;  de  même  que 
rie  riraiesj  qui  se  dit  dans  le  sens  propre  des 
iK-^tiaui  qui  s'abreuventà  unen:êaie  rivière, 
i*u  des  possesseurs  de  fonds,  qui  tirent  d'un 
même  ruisseau  rirri;?ation  de  leurs  champs, 
on  en  a  fait  au  Gpxré,  rivaux^  rivalité^  pour 
^i^nifier  la  jalousie  en!re  plusieurs  préten- 
dants à  une  même  chose.  Si  inter  riraies^  id 
•-<!  guiper  eumdem  rivum  aquam  duruntj  sit 
rontentio  deaquœ  ufu,  etc.  (Ulpia?!.,  leg.  t, 
tf.  De  aqua  quotidiana.)  Rivales  dicebantur 
q*ii  in  agris  rirwn  haberent  communem,  et 
hTfipter  eum  sœpe  disceptarent.  (.\cmo?r  in 
nn.  poet.  HoRAT.) 

«  AtTME    EXEMPLE    D'éTTHOLOGIB    PAR     LA 

KFCHEBCBEDC  RADICAL.  —  Racîne  Cap,  qui 

•  «-Nigiie  en  général  l'action  physique  de  sai- 
'  ir  quelque  chose  dans  le  creux  de  la  main, 
i-'^->t-àHlire  prendre.  —  Cap  io  est  le  verbe 
«.o  Faction  simple.  —  Cap  to  exprime  qu'on 

*  iiercheà  prendre^  qu'on  y  e<ît  disfH)sé,  qu'on 
'^"y  étudie,  qu'on  en  fait  liabitude,  Captare^ 
rhercher  à  surprendre^  épier ^  tâcher  de  trom- 
per et  dfaltraper:  en  sens  li  airé,  flatter ^  avoir 
du  manège.  Chaque  verhe  sous  celte  nou- 
Tf.ie  forme  aura  ses  mots  propres,  pour 
l'i-^ent,  l'action,  l'attribut  et  la  manière  ou 
fc'lvcrbe.  Captator^  captatio^  captiosus ,  ra- 
ptioseieK  l'ondétourneralesens  f*ropre  pour 
appliquer  les  termes  par  extension  à  toute 
..i  «ia^M*  lie  c?  qui  e^^l  nui*-îhh'  P'«r  rurprh 


pié^c  et  tromperie.  —  Cap  esso  exprime  la 
fréquence  et  î'ardeur  avec  laquelle  on  se 
porte  à  Faction  de  prendre.  Capessere ,  em- 
poigner; prendre  avec  toute  la  main^  et  au 
ti^uré,  prendre  grand  soin  de  quelque  chose. 
«  Exeirple  du  verbe  accru  par  préposition. 
Valeur  sig^iificative  de  chaque  préposition. — 
Accipio  (ad-capio^  où  le  simple  est  joint  à  la 

t)répasition  ad^  qui  signifie  le  mouvement 
ocâl  que  l'on  se  donne  siour  une  fin,}  ex- 
prime que  l'on  est  arrive,  que  l'on  fait  un 
mouvement,  que  Fon  se  présente  pour  pren- 
dre. Accipere ,  accepter ,  recevoir;  et  en  sens 
figuré,  apprendre.  Ce  verbe  composé  a,, 
comme  les  précé<ients  et  les  suivants,  ses 
dérivés  déduits  de  fa  forme  propre;  comme 
accipiter^  oiseau  de  proie,  oiseau  qui  prend. 
Les  Latins  nommont  aussi  cet  oiseau  acre- 
ptor.  —  Accepta  lad-capto)  est  le  fréquen- 
tatif iïaccipio.  Il  énonce  la  volonté  libre  et 
contente  de  celui  qui  reçoit;  car accfp/er  est 
plus  que  recevoir  :  on  dit  recevoir  une  bles- 
sure et  accepter  un  présent.  —  Anticipa 
(of/ff-rapio,  joint  à  la  préposition  qui  dési- 
gne la  priorité  de  temps  ou  de  lieu)  exprime 
Sue  l'on  pretid  d'avance,  avant  qu'on  ne 
onne.  Anticipare^  prendre  d^avance^  antici- 
per^  devancer^  prévenir.  Au  figuré  anticipa- 
tio^  connaissance  prématurée  des  choses.  — 
Concipio  Icum-capiOr  joint  à  la  prénosition 
qui  désigne  l'ensemble  et  l'assemblage  de 
plusieurs  choses)  exprime  que  Fon  prend 
plusieurs  choses  à  la  fois,  et  aussi  que  Fon 
prend  une  chose  avec  soi  pour  la  conserver 
en  soi.  Concipere^  comprendre^  concevoir^ 
soit  inlellectuellement,  soit  corporelîemenl; 
engendrer^  en  parlant  de  la  femelle  qui  a 
reçu  en  son  sein  le  germe  du  mâle.  De  là 
vient  conceplus,  conception  productions  de 
la  terre  ou  de  l'esprit  :  conceptaculum  ter- 
rain propre  à  produire,  lieu  où  les  choses 
sont  produites.  La  terminaison  cm/mw,  habi- 
tuelle au  latin,  est  é([uivalente  à  /octis,  et 
peut  tirer  son  origine  du  verhe  colo.  Bien 
des  gens  jienHîent  à  croire  que,  comme  tou- 
tes les  terminaisons  ont  leur  signification 
propre  et  adaptée  à  une  certaine  formule 
d'expressions,  elles  ont  aussi  leur  dériva- 
tion propre,  non  arbitrairement  fabri(;[uée, 
mais  tirée  de  quelque  terme  général.  Si  cela 
est  ainsi  (ce  que  je  ne  voudrais  pas  assurer 
dans  tous  les  cas,  quoique  la  proposition 
soit  vraie  dans  un  grand  nombre  de  cas},  il 
en  faut  conclure  qu'une  bonne  partie  des 
mots,  qu'on  serait  tenté  de  regarder  comme 
simples,  sont  en  effet  composés  sur  deux  raci- 
nes distinctes  et  effectives,  comme  ici  cepta- 
culum^  de  cap  et  de  col.  —  Circumcipio  joint 
à  la  préposition  qui  désigne  la  forme  ronde 
et  le  local  à  Fentour  (cirm,  circum^  circus^ 
circulusy  cinuitus)  exprime  que  l'on  prend 
autour  ce  qui  environne.  —  Decipio  {de^a- 
pio.  Joint  à  la  préposition  qui  désigne  Fex- 
clusi'  Il  et  la  soustraction)  exprime  que  l'en 
empêche  de  prendre,  que  l'on  fait  manquer 
de  prendre.  Decipere^  décevoir ^  tromper ^  «I- 
trapery  surprendre.  De  là  decipubim^  decv- 
pula.  piège,  machine  qui  trompe,  trébuchet, 
sourûtrrc.  La  terminaison  ula  parait  avoir 


SIt 


ETT 


DlCTIONMAmE 


ETI 


$li 


été  faite  sur  le  grec  ^In^maieriayrei;  de  sorte 
que  decipula  est  resj  ens^  machina  quœ  deci- 
pU,  —  Disceplo  {dis-caplo,  joint  à  la  prépo- 
sition qui  désigne  la  séparation  et  la  distinc- 
tion) exprime  que  l'on  prend  les  choses  à 
part  les  unes  des  autres,  ou  de  part  et  d'au- 
tre, sans  les  mêler.  Disceptare^  au  fissuré, 
discutery  disputer,  examiner  de  part  et  d'au- 
tre,  juger  avec  exa.nen.  —  Excipio  (ioint  à 
la  préposition  qui  désigne  ledehors  du  lieu) 
exprime  :  1"  l'exception ,  c'est-à-dire  qu'en 
prenant  les  autres  choses  on  laisse  celle-ci, 
tellement  qu'elle  reste  hors  de  la  prise.  Ex- 
cipere,  excepter;  c'est  à  peu  près  l'opposé 
de  concipere.  2'  Le  transport  de  lieu  à  heu , 
ou  de  personne  à  personne  ;  la  chose  prise 
venant  d'un  autre  lieu  ou  d'une  autre  per- 
sonne. Excipere,  recevoir,  recueillir,  ramas- 
ser  ;  excipulus,  récipient,  vase,  panier.  Ex- 
cipere  exprime  une  action  opposée  à  accipere; 
en  ce  que  dans  accipere,  prendre,  le  mouve- 
ment est  censé  venir  de  celui  qui  prend;  et 
dans  excipere,  recevoir,  le  mouvement  est 
censé  venir  de  celui  qui  donne.  C'est  là 
le  sens  strict  et  primordial  ;  mais  dans  le 
discours  ordinaire  on  néglige  ces  petites 
différences,  et  l'on  emploie  les  termes  l'un 
pour  l'autre.  —  Incipio.  Ce  verhe  offre  une 
remarque  singulière.  Quoique  formé  par 
une  analogie  de  langage  sur  le  modèle  des 
précédents,  avec  une  préposition  qui  dési- 
gne le  dedans  du  lieu,  il  ne  vient  pas  de  ca- 
pio  et  de  la  racine  cap,  en  tant  qu'elle  veut 
peinJrc  le  creux  de  la  main,  mais  d'une  au- 
tre racine  cap,  qui  signifie  tête  :  caput,  le 
commencement,  le  premier  bout  d'une  chose 
quelconque.  Car  mcïpere ne  signifie  nullement 
prendre  dedans  mais  commencer,  être  au  pre- 
mierbout;  ainsi  il  est  évident  qu*il  vient  d'm 
capite.  (/n/erci'ptojoinià  la  préposition quidé- 
signe  une  différcncedV^^ace,  unedistancede 
temps  ou  de  lieu)  exprima  que  Ton  prend 
entre  un  temps  et  un  temps,  entre  un  lieu  et 
un  lieu;  ce  qui  suppose  qu'on  a  pris  hors  du 
temps  et  du  lieu  convenus.  Intercipere ,  tn- 
tercepter,  prendre  par  surprise,  s'emparer. 
De  là,  intercapedo ,  intervalle  où  Ton  peut 
prendre.  —  Occupo  {ob-capio,  joint  à  la  pré- 
position qui  désigne  qu'on  s'est  mis  à  des- 
sein au  devant  de  la  chose]  exprimô  qu'on 
prend  de  dessein  prémédite,  en  se  mettant 
en  place  pour  prendre.  Occupare,  se  rendre 
maitre,  saisir,  s* emparer,  usurper,  prévenir, 
anticiper.  Ante-occupare,  prœoccupare  ajoute 
encore  à  l'idée  un  accessoire  plus  fort,  un 
plus  grand  degré  d'avance.  Au  figuré,  préoc- 
cupation, prévention,  sentiment  qui  a  pris^ 
qui  s'est  emparé  d'avance  de  l'esprit.  Par  la 
raison  que  occupare  exprime  prendre  à  des- 
sein, occupatio  signifie  l'action  d'opérer  sur 
la  chose  pmepour  un  certain  dessein;  oc- 
cupation, exercice,  emploi.  —  Occipio  vient 
(Tob-caput  comme  incipio.  Occipere ,  com- 
mencer; nouvelle  preuve  qu'en  étymolo§ie, 
c*est  surtout  la  signifi  ration  du  mot  qu'il  faut 
consulter.  —  Percipio  (joint  à  la  pré|)osition 
qui  désigne  la  traversée ,  le  mouvement  lo- 
cal à  l'intérieur)  exprime  que  l'on  prend  en 
passant.  Percipere,  percevoir j  recueillir,  re- 


cevoir, comprendre.  Perception  récolte;  et  au 
figuré,  récolte  que  fait  l'esprit,  perception^ 
intelligence,  connaissance  que  fesprit  re(;oit 
des  objets  extérieurs.  La  langue  française 
redouble  la  préposition  sur  ce  mot,   et  dit 
apercevoir;  c'est  prendre  connaissance  des 
objets  par  les  sens ,  ou  par  la   pensée.  — 
Prœcipio  ^oint  à  la  préposition  qui  désigne 
la  priorité  de  personnes  ou  d'action)  ex- 
prime que  l'on  prend  le  premier.  Prœcipere^ 
anticiper,  et  au  figuré,  prévoir.  Mais  il  y  a 
un    autre  prœcimo,    qui   vient  de    caput 
comme  incipio,  Prœcipere,  en  ce  sens,  c  est 
commander;  alors  le  verbe   est  formé  sur 
prœceptum,  ou  prœ-caput.   Primum  caput, 
c'est-à-dire  premier  chef,  principal  c)mpitre^ 
précepte,  chose  qu'il  faut  faire  en  premier 
lieu,  commandement ,  instruction ,  maxime. 
De  même  prœceptio,  instruction ,  enseigne- 
ment ;  prœceptor,  précepteur  qui  enseigne , 
prœcipuus ,  principal ,  premier  chef;  prtn- 
ceps,  principium,  principalis ,  etc.,  et  aussi 
deinceps  [de  capile  in  capite),  c'est-à-dire  en- 
suite. Et  encore  prœceps,  prœcipito ,  prœci- 
{ntatio,  etc.,  tous  mots  qui,  dans  leur  sens 
ittéral,  désignent  qu'on  se  jette  la  tête  la 
première.  —  Recipio  (joint  à  la  préposition 
qui  désigne  l'itération)  exprime  qu'on  prend 
ce  qu'on  avait  déjà  prtf  une  autre  fois.  71e- 
cipere,  reprendre,  recevoir.  —  Recepto  est  un 
augmentatif,  receptare,  retirer,  receler.   Be- 
ceplus,  retraite,  receptaculwn,  lieu  de  re- 
traite, réceptacle.  —  Suscipio  (super-capio^ 
avec  la  préposition  qui  désigne  une  plus 
grande    hauteur  locale)  exprime  que  Ton 
met  sur  soi  ce  que  l'on  prend,  image  par  la- 
quelle on  peint  que  l'on  se  charge  de  1  action 
de  prendre,  que  l'on  en  fait  sa  propre  affaire. 
Suscipere,  prendre  sur  soi,  se  charger:    en 
français  nous   disons  d'un  seul  mot  entre- 
prendre. Outre  ces  prépositions ,  il  y  en  a 
plu2»ieurs  autres  que   Ion  joint  à  chatoie 
verbe,  selon  que  son  action  le  rend  suscepti- 
ble d'être  modifié  par  les  rapports  qu'elles 
désignent.  L'usage  s'est  contt^nté  de  join<lre 
au  verbe  capio  celles  qui  lui  conviennent  le 
plus  ordinairement.  Il  y  a  même  des  prépo- 
sitions composées  de  deux  autres,  comnio 
prœter  qui  désigne  le  mouvement  local   de 
passer  au  travers  sans  s'arrêîer  et  d'aller 
plus  loin,  composé  de  prœ  et  du  son  radical 
tr  servant  à  exprimer  le  mouvement  de  pas- 
ser au  dedans  avec  quelque  raj)idité  trans, 
transire,  trahere,  traverser,  etc.  Prùpitr  dé- 
signe le  mouvement  local  de  passer  tout  le 
long  à  côté,  non  par-dedans.  On  s'en  sert  au 
figuré  pour  désigner  la  cause  occasionnelle 
et  [Tochaine:  propler,  à  cause  de;  et   c*esl 
ainsi  qu'on  détourne  souvent  le  sens  [irimi- 
tif  des  prépositions. 

a  Exemple  de  r accroissement  par  com- 
position. —  Parlicipo  (partem-capio)  ex- 
prime disertement  qu'on  prend  une  partie 
de  la  ciiose,  et  qu'une  autre  personne  prend 
l'autre  partie.  Participare,  participer,  coin- 
muniquer.  Ce  verbe  est  ainsi  que  les  sui- 
vants, composé  de  deux  mots  effectifs.  Parti- 
ceps,  compagnon,  complice. 

Aucupo,  aucupor  (aves-caperc),  prendre  des 


s:3 


ELU 


D'A.NT!morOLl.CîE. 


ELR 


M  S 


oiêtaux:  et  aa  tijuré  recksrcker  arec  $oin^ 
se  donner  de  la  peine  pour  prendre.  Auceps^ 
oiseleur:  Aucupium ,  rhasse  à  f oiseau ,  re- 
cherche pénible.  —  Suncupo  (nonun^apere)^ 
nommer^  appeler.  — Municipio  [munus-capere) 
prendre  cnarge  ou  emploi  public  comme  ci- 
toyen. De  là  munieipium  pour  dire  une  ville 
qui  esi  gouvernée  |tar  ses  propres  magistrats, 
il  signifie  aussi  le  droit  de  prendre  un  tel 
emploi ,  d*exercer  une  telle  fonction  pu- 
blique. MunicepSy  munieipalis ,  munictpa- 
îim,  etc.,  expriment  les  personnes,  les  attri- 
buts, les  manières  relatives  à  cette  fonction. 
—  Mancipo  ^manu-capere)  prendre  avec  la 
ihain^  se  saisir  soi-même  ou  ensaisincr  un 
autre,  lui  Tendre.  Mancipium^  dans  la  signi- 
li  .atiun  restreinte,  signifie  un  esclave ,  un 
captif,  un  prisonnier  de  guerre  pris  avec  la 
ujain.  Emancipare^  c'est  lui  rendre  la  liberté, 
l'ûtHr  de  sa  ii  ain;  ce  qui  se  dit  aussi  des  mi- 
neurs, et  des  fils  de  famille,  è  cnii  Ton  rend 
un  droit  d*agir  librement  qu*ils  n  avaient  pas  ; 
Emamciper.  Manceps  signifie  un  entrepre^ 
memr^  un  ouvrier  qui  prend  un  ouvrage  pu- 
blic à  faire.  —  Forceps  (Je  forte-capere  ou 
plutôt  de  foras-capere)^  instrument  propre  à 
prendre  pour  tirer  dehors;  tenailles^  ci- 
seaux. • 

EUROPE  MODERNE.  Origine  des  nations 
qui  thabileni.  —  Pour  amener  jusqu*à  nos 
j(»urs  et  à  notre  pays  le  fil  des  traditions  et  la 
marche  des  peuples,  il  resterait  à  dresser 
l'inventaire  des  nations  vivant  aujourd'hui 
sur  fa  terre.  Si  les  faits  et  les  déductions 
ffjyés  dans  Tartiele  Scythes  sont  vrais  et 
t'-^tinies ,  le  débrouillement  des  nations 
d*£urope  est  bien  facile;  il  pourrait  se  ré- 
duire au  simple  dénombrement. 

Nous  acceptons  le  classement  établi  par 
Fré  iéric  Scbœll  (^iV)  compilateur  modeste 
et  libraire  instruit  qui  nous  importa  les  pre* 
iiiîers  travaux  de  l'ethnographie  allemande, 
un  I  eu  trop  tôt  pour  être  remarqués.  La  ré- 
|:»artition  politique,  outre  qu'elle  est  mobile 
comme  les  révolutions,  divise  la  même  race 
ou  agglomère  des  races  diverses;  la  réparti- 
tion |>ar  langues  est  à  la  fois  plus  rationnelle 
et  plus  stable;  elle  fournit  les  quatorze  clas- 
ses suivantes  :  Basques,  Celtes,  Cimbres, 
(xer.nains.  Latins,  Slaves,  Hongrois,  Finnois, 
Turcs,  Grecs,  Albanais,  Juifs,  Arméniens, 
Zin^ares. 

Les  Basques,  Biscayens  on  Escualduiiac 
occupent  en  France  les  déj^artements  des 
Hautes  et  Basses-Pyrénées  ;  en  Espagne  les 
quaîres  provinces  de  Navarre,  Alava,  Biscaye, 
Cvuipascoa.  Les  Espagnols  disent  Basconga^ 
dos  :  Pline  avait  dit  Vascones  que  nous  avons 
altéré  en  Gascon.  On  voit  que  les  pays  où 
«^ubbiste  encore  la  langue  basane  correspond 
h  celui  ou  César  place  les  CeHes  Aquitains. 
Les  Gel  tibères,  les  Ibères  primitifs  occupèrent 


I: 


les  Gaules  jusqu'à  la  Loire  et  aux  AIp.  s 
méridionales,  la  péninsule  Espagnole  tout 
entière,  les  lies  Baléares ,  la  Sardaigne,  Ja 
Corse,  ritalie,  la  Sicile;  car  beaucoup  de  noms 
de  la  géographie  antique  de  tous  ces  pays 
s'expliquent  par  des  éty mologies  basques  ;  et 
pour  les  hommes  compétents  (2f  5),  cette  trace 
du  passage  et  du  séjour  de  la  race,  n'est  pas 
moins  certaine  que  ces  annales  explicites. 
Une  nation  si  étendue  et  si  nombreuse  jpeut 
avoir  été  subjuguée  politiquement,  avoir  été 
amalgamée  par  les  mariages.  Si  ces  caractères 
physiques  s]>éciaux  étaient  différents  de 
ceux  des  races  conquérantes  ou  alliées,  il  en 
aurait  subsisté  quelques  vestiges  dans  la 
physionomie  aussi  bien  que  dans  la  langue 
de  ces  derniers  re[irésentants. 

Les  Celtes  ou  Gaèles  habitent  les  lies  Bri- 
tanniques et  les  départements  français  do 
Tancienne  province  ue  Bretagne  où  ils  sont 
mêlés  avec  les  Cimbres  ou  kimry.  Depuis  le 
V'  siècle  avant  Jésus-Christ,  ces  deux  nations 
sœurs  par  la  race  et  la  langue,  se  sont  tou- 
chées, poussées,  comliattues,  sans  se  confon- 
dre (if  fij.  Les  Belges,  peuple  Cimbre  apj  elé 
Germains  par  César,  avaient  envahi  l'Armo- 
ri(|ue  après  avoir  occupé  tout  le  nord  de  la 
Gaule,  i^s  Gaëls  Armoricains  s  embarquè- 
rent et  gagnèrent  File  montagneuse  ou  Al- 
bion, sans'  être  pour  celaà Tabri  des  poursui- 
tes des  Belges,  qui  passèrent  la  mer  à  leur 
tour.  Alors  les  Armoricains  gagnèrent  Tir- 
lande  et  TEcosse. 

Jusqu'au  x'  siècle  les  Irlandais  ont  été 
nommés  Scots  ou  Scuiis^  fugitifs.  Plusieurs 
tribus  de  Scots  passèrent  en  Ecosse  au 
vr  siècle  et,  unis  aux  Pietés  et  aux  CaiéJo- 
niens  ou  Gaël-Edon^  Gaëls  de  forêts,  ils 
donnèrent  à  leurs  pays  le  nom  de  ScotJanJ 
vers  le  ix*  siècle.  Dans  les  hautes  montagnes 
nommées  A!!>anièh,  se  parle  encore  le  Gaëi- 
Erse  albanien,  qui  est  le  fonds  des  chants 
ossianiques. 

Au  V*  siècle  les  Pietés  et  les  Scots  mena- 
çaient la  Grande-Bretagne  abandonnée  par  les 
légions  romaines  ;  les  Belges-Bretons  appe- 
lèrent les  Saxons  à  leur  secours  et  n'eurent 
qu'un  ennemi  de  plus.  Il  fiillut  fuirau  sud- 
ouest  de  nie  et  même  s'embarquer.Les  comtés 
deGallesetdeCornouaillesreçurenlalorsleur 
r^opulation  actuelle deBretons-Kimry;  la  mer 
transporta  le  reste  en  Armorique,  qui  en  prit 
le  nom  de  Bretagne.  Aux  deux  bords  de  la 
Manche  ces  deux  populations  se  compren- 
nent encore  un  peu.  Les  Gallois  et  les  Corn- 
wallois  s'appellent  Kimry.  Le  mot  de  Waics 
me  paratt  la  corruption  de  Gaël  plutôt  que  le 
Wales  (étranger)  donné  )  ar  les  Anglo-Sa- 
xons.  Les  Bretons  Armoricains  se  nomment 
aussi  Kimry  :  mais  le  terme  Breizard  est  pré- 
féré par  eux.  Le  fond  des  dialectes  Gallois  et 
Breton  est  germain  mêlé  de  lalin  et  de 
celte.  Le  celle  est  conservé  plus  pur,  c'esl- 


'i\\)  Tableau  des  pempUs  ^t  habiUtU  t Europe^ 
t!iisé*  d'après  les  langues  qu'ils  parlent^  et  tableau 
ars  religion*  mCils  profesunt,  par  FréJ.  Scboell; 
I'ari>.  I8li,  chez  Tautenr,  libraire. 

\tio\  W.  Hamboldt,  Ani.  Thierrv. 


(216)  VUUloire  des  Gaules  par  Am.  Tbicmt 
doone  avec  une  grande  précision  la  distribuliuu 
des  Gaéis  et  Kimry,  dans  les  Gaules  et  la  Grande- 
Bretagne  de  celle  époque.  (Vol.  ,1",  p.  46.j 


lau 


D»i/I  €NNAIKE 


ïTim 


St8 


è-dirc  pius  sanskrist  ckns  KErse  dlrlande  el 
d'Ecosse. 

Les  Germains,  Germant  dos  Latins  (217) 
se  nomment  eux-mêmes  Teut  ou  Teutsch. 
Germain  peut  venir  de  Wehr  ou  Guer  qui 
en  gaël  et  en  allemand  si^^niQe  guerre;  man 
veut  dire  homme.  Les  Scan  iinaves  ne  sont 
qu'une  l>ranciic  de  ces  'leuLs  ou  Teutons 
échelonnés,  au  coramenccmont  denotreère, 
depuis  les  bouclws  du  Danube  jusqu'à  la 
Baltique.  Allemand  (totalité,  réunion  d'hom- 
mes) est  le  souvenir  d'une  confédération 
formée  entre  le  Rhin  cl  le  Moin  pour  re- 
pousser une  attaque  de  l'empereur  Caracalla. 
Les  peuples  germaniques  ou  allemands  ac- 
tuels sont  les  Suisses,  colonie  germanico- 
scandinave;  grefl'éesurdes  Celtes-Melvéliens, 
les  Rhénans,  Alsaciens  el  Suabes,  les  Saxons, 
les  Flamands,  les  Hollandais. 

Les  Germains  sont  mêlés  en  Illyrie  aux 
Wendos  ou  Slaves  et  aux  Grecs;  aux  Slaves 
en  Bohème,  Moravie  et  Silésie  ;  aux  Hongrois 
en  Hongrie,  aux  Russes,  Lettons  et  Lives  en 
Livonie,  Eslhonie^  Ingrie  et  Courlande.  La 
langue  allemande  a  plusieurs  dialectes  :  le 
soiiabe,  si  rude  en  Suisse,  qu'il  n'est  pas  com- 
pris au  nord;  le  bavarois  parlé  par  la  Ba- 
vière, Autriche  et  Illyrie  est  moins  estimé 
que  le  franconien  des  deux  rives  du  Mein. 
Le  saxon  occupe  le  nord  de  l'Allemagne 
jusqu'aux  limites  du  bas  allemand.  Le  saxon 
ou  allemand  supérieur  a  été  écrit  et  épuré 
par  Luther;  les  Hanovriens,  Savions  et  Prus- 
siens le  pratiquent  ;  les  granils  seigneurs  li- 
voniens,  courlandais  et  esthoniens  le  par-^^ 
lent  avec  plus  d'élégance.  Les  Hollandais  des- 
cendent des  Francs,  Frizons  et  Saxons  de 
Charlemagne.  Leur  langue  a  prévalu  dans 
les  livres,  seulement  a^Tès  le  xvr  siècle, 
époque  de  la  grande  vogue  du  flamand,  au- 
tre dialecte  du  bas  allemand. 

La  Scandinavie  est  composée  des  îles  et 
presqu'îles  entre  la  Baltique,  la  mer  du  Nord 
et  la  mer  Glaciale.  Sa  portion  la  plus  consi- 
dérable est  occupée  par  les  Suédois  et  Nor- 
wégiens,  Les  premiers ,  sous  le  nom  de 
Suèves ,  furent  mentionnés  par  Tacite  et 
Lucain.  C'étaient  des  Goths  ou  Germains  qui 
s'établirent  sur  la  province  du  Rhin  ;  celle- 
ci  en  prit  le  nom  de  Souabe.  Les  Suèves  for- 
mèrent des  royaumes  en  Espagne  avec  les 
Vandales  et  les  Goths.  Les  Suédois  moder- 
nes s'appellent  Suenske. 

Les  Norwégiens  ou  Norske  parlent  une 
Tangue  peu  différente  du  suédois  et  dont 
Jisiandais  fut  un  dialecte  après  que  les  Nor- 
wégiens eurentcolonisé  l'Islande.  Ce  peuple, 
renommé  par  ses  incursions  maritimes 
sous  le  nom  de  Normands,  hommes  du 
nord,  fonda  des  Etats  en  Angleterre,  en 
France,  en  Russie ,  à  Naples ,  en  Sicile.  Les 
voyages  dans  l'Europe  des  troubadours,  poli- 
rent sa  langue  dans  laquelle  fut  écrit  YEdda^ 
recueil  de  Sagas  ou  traditions  poétiques. 
Aujourd'hui,  en  Norwége,  les  campagnes 
seules  parlent  norwégien  ;  les  villes  parlent 

(217|  César,  Tacilc  et  Pline. 

(218)  Nonobstant  ropinioii  du  comte  Joseph  de 


danois ,  depuis  la  fm  du  xiv*  siècle  époque 
oii  la  Norwége  fut  unie  au  Danemarck 

Les  Danois  Dansks  s'appelèrent  Jutien$ 
jusqu'au  vi*  siècle.  Leur  langue  est  im  dia- 
lecte allemand  voisin  du  frison  «t  du  saxon. 

Les  langues  et  invasions  scando-germa- 
niquos  nous  ramènent  vers  la  Grande-Bre- 
tagne. Le  norwégien  est  encore  aujourd'hui 
l)arlé  aux  îles  Orcades  el  F^roë  dont  les  ha- 
uitanii.  s'appellent   Noms.    Les  Angles  et 
Sa-cous,  établis  en  Angleterre  en  450,  y  for- 
mèrent sept  petits  royaumes  dénommés,  d'a- 
près leur  orientement  Sussex ,  Esseï,  Midd- 
lessex  (Saxon  du  sud  ,  de  l'est,  du  milieu), 
comme  les  (lOths  se  dénommaient  Oslrogotlis, 
Visigoths  d'après  leur  position  sur  le  Dnies- 
ter. Au  vin*  siècle,   la  langue  gothique  ou 
saxonne  fut  remplacée  par  le  danois,  après 
une   conquête  Scandinave.  Le  saxon   res- 
tauré après  Edouard  le  Confesseur  demeura 
niê!é  de  danois.  Le  français    fut  la  langue 
officielle,  après  la  conquête  des  Normands, 
sous  Guillaume  le  Conquérant.  Le   sa\ou 
redevenu  langue  des  affaires  publiques  sous 
Edouard  111,  était  mêlé  d'une  grande  pro- 
portion de  fran{;ais.   Ce  mélange  a  formé 
l'anglais  actuel. 

Le  français  forme  la  transition  des  peu- 
ples et  des  langues  germaniques  aux  na- 
tions et  langues  néo-latines,  puisque  un 
cinquième  au  moins  de  notre  langue  mo- 
derne vient  des  dialectes  bas-alleinan^ls, 
franc  et  frison  ('218]  ;  et  que  notre  terri- 
toire fut  dès  le  V  siècle  couvert  au  nor.l 
de  Franks,  de  Bourguignons  à  l'est ,  de 
Visigoths  au  miJi.  En  huit  cents  ans  les  lon- 
gues (ÏOc  et  <VOui  furent  complètement  ué- 
gagées  par  le  peuple,  fixées  par  les  iroula- 
dours  et  trouvères,  polies  par  les  cours  do 
Champagne,  de  Flandre,  de  Normandie ,  <  e 
Provence,  d'Occilanie,  de  Catalogne.  L'i- 
diome roman  intermédiaire  au  tuties-iu»* 
des  Franks  et  aux  langues  d'Oc  et  d'Oui  est 
déjà  beaucoup  plus  latin  que  germanique 
dans  le  serment  des  rois  Carlovingiens. 

Le  latin  était  toujorjrs  demeuré  langue 
des  affaires,  de  la  religion,  de  la  science, 
et  ce  ne  fut  que  sous  François  1"  que  la 
langue  d'Oui  remplaça  le  latin  dans  les  tri- 
bunaux et  cours  de  justice.  L'extinction 
des  comtes  de  Toulouse,  le -passage  des 
comtes  de  Barcelonne  au  trône  d'Aragon , 
des  comtes  de  Provence  au  trône  de  Sicile 
firent  tomber  la  langue  d'Oc  à  l'hurable 
condition  de  patois.  Les  patois  picard  et 
poitevin  sont  devenus  la  langue  d'Oui,  et  la 
langue  française  moderne  qui  est  privée  de 
lafaculté  de  fairedesmots  nouveaux  de  toute 
pièce;  privée  de  déclinaisons  des  pas- 
sifs ,  de  comparatifs  ;  qui  est  troublée  par 
des  participes  demi-adjectifs  ;  par  la  multi- 
plicité des  significations  du  même  mol  si 
favorable  aux  faiseurs  de  calembourg:-' ; 
troublée  par  la  similitude  des  désinences  si 
chérie  des  rimcurs;  mais  qui  rachète  tous 
ces    inconvénients    par  une  construction 

Maîstrc,  qui  fait  le  français  exclusivement  ctite« 
romuiu. 


¥xn 


ï>AMIIi.OPOLOG!E. 


EIR 


5:8 


ferme,  analyti |ue  et  limpiilc,  capable  cîe 
ju^er  rapidenient  toute  proposition  soule- 
naLle  par  les  ambiguïtés  (les  autres  langues; 
le  faux  douteux ,  ou  le  faux  Traisemblable 
dans  ces  langues  devient  tout  simplement 
f<3ui  dans  la  t^radnction.  Deux  grands  efforts 
sont  faits   dans  les  temps  modernes  pour 
rpjetpr  le  français  dans  le  droit  ou  plutôt 
le  ti avers  commun  aux  autres  langages^;  ce 
font  en  France  l'anarchie  littéraire  et  par* 
tout  les  formules  des  diplomates  qui  se  ser- 
vent de  notre  langue  comme  parlage  officiel. 
Le  français  est  aussi  Vidiome  national  des 
Belles ,  des  Savovards  et  de  quelques  Suis- 
ses issus  de  Gaulois  et  de  Bourguignons.  Il 
e>t  parlé  par  une  moite  des  Grisons  ;  l'autre 
iiioitié  descendant  comme  ,sps  frères  des 
Rhètes  celtiques  parle  patois  souabe  ou  par 
tois  italien. 

La  lanjue  romane  s'évolue  à  plus  forte 
mison  dans  Tllalie,  métropole  de  l'empire 
*''*)>  Césars,  et  où  le  laîin  rustique  avait  pé- 
fjt'îré  dans  le  plus  petit  hameau;  le  la'fin  ur- 
iain  dans  la  plus  mince  cité.  Le  latin  rusti- 
que était  une  transformation  du  celte,  ac- 
luinplie  avec  quelques  variantes  dans  les 
(^au'es  et  dans  Tes  deux  péninsules.  Le  latin 
i:r.âin  était  le  rustique  rénové  parle  pélasge 
ou  i-Tec,  surtout  par  les  dialectes  éolien  et 
«iorien  des  colons  de  l'Italie  movenne  et  mé- 
ri  iionale.  Au  moyen  âge,  le  lafin  de  l'Italie 
et  .îes  îles  fut  modifié  par  les  Germains,  les 
Ara*.,**s,  les  Normands,  les  Aragonaîs.  La 
roaissance  toscane  constitua  définitivement 
ïîne  langue  italienne  correcte  avec  quelques 
a-piralions  tudesques  amollies  par  les  go- 
M  rs  rornains. 

LV<pa  iuol,  où  les  lettres  gutturales  sont 
en  r^e  j»fus  nombreuses  que  dans  le  floren- 
t  n,  les  doit  aux  Goths  autant  qu'aux  Arabes. 
h  e.^t  même  permis  de  croire  que  les  accents 
s  -  trouvaient  primitivement  dans  les  idiomes 
i.  Ares  ou  dans  les  importations  pœno-phéni- 
rit-nnes  ;  car  en  linguistique  comme  en  agri- 
culture, la  récolte  est  produite  en  raison  de 
??  ;rraine  semée  et  du  fonds  qui  la  nourrit. 
L'n  philologue  espagnol  a  argué  de  cette  idée 
I  '^•'jr  soutenir  l'existence  d'un  latin  rustique 
«.e-jà  national  en  Espagne  avant  la  conquête 
r'»snaine,  et  ayant  préparé  les  voies  y)Our  le 
îniin  romain,  si  rapidement  germé  et  persis- 
tant encore  aujourd'hrj  dans  l'espagnol  à  uîi 
pîu-s  haut  degré  qu'en  aucun  autre  idiome 
ii'-^o-latia.  En  effet,  h  peine  quatre  cents  ra- 
cines latines  sont  demeurées  en  dehors  du 
f-;)stîJlan,  ou  sept  cents  racines  à  peine  sont 
étrangères  au  latin.  Le  basque,  le  celte,  le 
drlhaginois,  le  suève,  le  visigoth,  le  van- 
dale et  l'arabe  les  ont  successivement  im- 
|jorlées. 

Lia  langue  portugaise  n'est  gue  le  dialecte 
espa^oi  galiicien  fixé  et  poli  par  une  cour 
i;epuis  le  xn'  siècle. 

Sur  des  terres  où  le  latin  rencontrait  des 
îiiomes  autres  que  les  patois  celtes,  il  a  fait 
srjr^'r  des  idiomes  romans  d'une  autre  phy- 
^i..'noniie  :  le  valaque  aux  bouches  du  Da- 
nulio;  le  letîon  en  Lithuanie,  Samogithie, 
tloi.rîanJe,  Livonie.  Il  a  même  un  peu  dé- 


teint sur  l'albanais  des  i^kipcs.  En  Pologne, 
Transylvanie  et  Honjrir,  ou  le  latin  url^aîn 
est  demeuré  langue  otîiioile,  il  a  déhor  6 
jus.  jue  sur  le  peuple,  qui  le  parle  conjoin.e- 
nient  avec  les  idiomes  slaves  nationaux. 

Les  peuples  slaves  étaient  soumis  aux 
Golhs  aès  le  iV  siè -le  ;  déplacés  par  l'irrup- 
tion des  Khozars  et  des  Huns,  ils  allèrent 
vers  la  Vistule  se  u;é!er  aux  Sarmates,  leurs 
frères;  ils  occupent  l'Orient  et  le  nord  de 
l'Allemagne  après  la  destruction  des  Thurin- 
giens  par  les  fils  de  Clovis. 

Vers  l'an  623,  un  grand  commerce  unissait 
l'empire  des  Franks  à  l'empire  ^rec  et  à  la 
mer  Noire  par  la  vallée  du  Dar.ube.  lu 
Frank,  fameux  à  la  fois  comme  spéculateur 
et  protecteur  militaire  des  caravanes,  était 
nauf 'de  Sens  et  s'appelait  Samo.  Vainqueur 
des  Avares  et  couronné  roi,  il  centralisa  les 
Slaves  en  un  grand  empire,  qui  s'étendait  des 
provinces  illyriennes  à  la  Vistule.  Sous  les 
successeurs  immédiats  de  Samo,  l'empire 
fractionné  a  commencé  les  Etats  slavons  du 
moyen  âge,  la  Moravie  et  Bohême,  la  grande 
Servie  saxonne,  etc.  Une  partie  des  Slaves 
aJopta  l'alphabet  grec  avec  la  liturgie  orien- 
tale ;  le  reste  se  fit  catholique  avec  l'alpha- 
bet romain  ou  goth.  Le  grammairien  Reiff 
compte  comme  dialectes  slaves  le  russe,  le 
polonais,  le  bohémien  divisé  en  czek  (pro- 
noncez ichek)  morave  et  hongrois,  ou  sla- 
vaque  ;  l'illynen  parlé  par  les  Bulgares,  Bos- 
niens, Serbes,  Esclavons,  Daimates  ;  le  croate 
parlé  en  Styrie,  Carinthie,  Carniole,  Lusace, 
Cotbons,  Caschan,  Lukau. 

Schœzer,  après  Nestor  l'Annaliste,  a  tiré 
les  Warègues  de  la  Baltique  :  origine  corro- 
lK)rée  par  les  noms  Scandinaves  de  tous  les 
premiers  chefs  warègues  auxquels  se  sou- 
mirent les  Russes  de  Novgorod  et  Kiew. 
Ewers,  au  contraire,  fait  des  Russes  un  peu- 
ple khozar  identique  aux  Roxolans  (Russes 
alains)  de  Strabon,  de  Pline  et  de  Ptolomée. 
Les  historiens  grecs  appellent  Ross  un  peuple 
Scythe  de  la  mer  Noire,  dont  les  flottes  atta- 
quèrent Constantinople  en  856.  Ils  nomment 
aussi  des  Varangues  (Barraggoi)  parmi  les 
nations  qui  fournissaient  la  garde  de  l'em- 
pereur; c'était  quelque  voisin  barbare  d'où 
a  pu  venir  le  nom  de  Warèj^ue.  Vater  de 
Kœnigsberg  a  essayé  de  combiner  les  deux 
systèmes  en  se  préoccupant  sans  doute  de 
là  fraternité  des  peuples  répandus  depuis 
l'Euxin  jusqu'à  la  Baltique.  Seulement  il 
rattache  les  Roxolans  aux  Goths  d'Herman- 
ric,  au  lieu  de  les  rapporter  aux  Khosars. 
Schœll  donne  la  préférence  à  la  version  de 
Schœzer,  et  il  a  été  suivi  par  Reiff,  Rabbe 
et  Kharamzin. 

Les  Hongrois,  qui,  par  leur  langue  sla- 
vaque  et  magyare,  tiennent  des  Slaves,  des 
Turcs  et  des  Finnois,  ont  des  origines  en- 
core plus  controversées  que  les  Russes.  Les 
Allemands  les  ont  souvent  confondus  avec 
les  Huns,  Ounoi  des  Grecs,  Hiouug-nou  des 
annales  chinoises  expliquéespar  Deguigncs. 
L'iâentité  des  Huns  et  Hioung-nou  a  été  ac- 
ceptée et  propagée  par  Gibbon  et  iaiblement 
contestée  par  Fauriel,  qui  ne  mentionne  pas 


s:9 


ELR 


LlCTKKNNAlUE 


EUR 


5)0 


les  recherches  de  Desmoulins,  précisées  de- 
puis par  E.  Biol.  En  voici  le  résumé  : 

Les  premières  colonies  ou  premiers  chefs 
des  Hioung-Nous  sont  rapportés  par  les  an- 
nales chinoises  aux  fils  de  Kie,  dernier 
souverain  de  la  dynastie  Hia;  le  grand  em- 
empire  des  Hioung-Nou  fut  détruit  au  pre- 
mier siècle  de  notre  ère  par  ses  propres 
déchirements  et  par  les  efiforts  des  Chinois. 

Cent  ans  après  Jésus-Christ,  une  portion 
de  la  famille  des  Huns  s'établit  dans  la 
S02diûne  sous  le  nom  d'Euthélites,  Naph- 
taUtes  et  de  Huns  blancs,  ce  qui  en  suppose 
d'autres  basanés  ;  comme  on  l'a  noté  avec 
raison,  des  Araméen^  blancs  de  l'Asie  Mi- 
neure. Une  partie  des  Hiouni^-Nou  (2i9) 
chassée  de  proche  en  proche  vers  le  nord- 
ouest,  avait  fini,  au  iir  siècle,  par  s'établir 
dans  les  contrées  de  l'Artisch  et  de  l'Obi 
supérieur  iusq,u'a  l'Oural  et  aux  sources  du 
Jaik  C'était  le  royaume  du  Aue-Po  de  l'his- 
toire chinoise.  Tout  à  coop,àla  fin  du  iV  siè- 
cle, au  moment  où  le  royaume  s'éteint  silen- 
cieusement dans  les  annales  de  la  Chine, 
apparaissent  sur  l'Euphrate  et  le  Tanaïs, 
avec  des  nations  finoises  arrachées  à  leurs 
forôts,  ces  Huns,  dont  la  figure  inconnue 
épouvante  les  Goths  du  grand  Hermanric, 
les  Romains  de  l'Asie  et  jusqu'à  saint  Jé- 
rôme dans  son  ermitage  de  Bethléem. 

Au  reste,  le  problème  relevait  fort  bien 
d'un  naturaliste,  car  il  s'agissait  de  savoir 
si  Attila  était  de  race  tongouse  chinoise,  et 
si  toute  son  armée  lui  ressemblait  physi- 
quement. On  peut  afiirmer  la  première  pro- 
position, d'après  le  portrait  d'Attila  que 
nous  emprunterons  aux  témoins  oculaires. 
A  la  seconde  question,  il  faut  répondre  par 
la  négative,  car  les  races  blanches  étaient, 
dans  l'armée  d'Attila,  plus  nombreuses  que 
les  Mongols  pur  sang.  Desmoulins  a  scruté 
les  races  diverses  qui  fournirent  leur  con- 
tingent à  cette  terril)le  invasion,  il  pouvait 
y  avoir,  outre  les  Finois,  de  ces  Bulgares 
qui  adoptèrent  plus  tard  la  langue  illy- 
rienne  ;  il  y  avait  certainement  de  ces  Kho- 
sars  (-220)  dont  le  nom  est  encore  recon- 
naissable  dans  Kosaque  ;  il  y  avait  de  ces 
Turcs  Ouigours  dont  le  nom  aware  réuni 
à  celui  des  Huns,  Hunawaria^  Hungaria  a 
été  retenu  par  la  Pannonie. 

Ce  pays  fut  successivement  occupé  par 
les  Slaves  Vendes,  Windiles  ou  Vandales, 
par  les  Goths,  les  Huns,  les  Gépides,  les 
Turcs  Ouigours.  Le  peuple  hongrois  actuel 
est  slave  par  la  langue  dite  slavaque;  les 
nobles  ou  Hongrois,  proprement  dits,  sont 
Turcs  par  leur  physionomie;  leur  langue 
est  un  iûiome  tartare  ayant  beaucoup  de 
rapports  avec  le  turc ,  avec  le  lapon  et  le 
finois;  ils  s'appellent  madgyares  comme  les 
Tartares  que  nous  avons  déjà  mentionnés. 
Au  IX*  siècle  ils  s'étaient  avancés  du  Dnie- 


per aux  Krapachs  lorsque  Amoul,  roi  d*AI- 
magne,  les  appela  pour  les  opposer  aui 
Moraves. 

Les  peuples  de  langue  finoise  sont,  outre 
les  Hongrois,  les  Finlaadais,  Lives,  Esthc»- 
niens,et  Lapons.Desmoulins,  qui  a  minutieu- 
sement poursuivi  cette  race,  ou  plutôt  cette 
langue,  l'a  retrouvée  en  Asie,  chez  les  Tché- 
remisses,  Votiaks,  Morduants,  Ersdad.  Les 
Vojjouls  de  rUgorie  appelés  Ugres  par  les 
anciennes  chroniques  russes,  parlent  U 
même  langue  que  les  Transylvams  cyèkes, 
qui  passent  pour  des  restes  des  anciens 
Huns.  Donc,  beaucoup  de  tribus  comprises 
sous  le  nom  de  Huns  parlaient  un  idiome 
finnois.  Les  Ounois  mentionnés  au  u'  siè- 
cle, par  Denis  Periégète,^comme  les  plus 
orientaux  des  Scythes  ,  n'étaient  que  les 
plus  occidentaux  des  Hioung-Nou.  LesKusses 
qui  désignent  les  Finnois  par  le  noffl  de 
Tchoud,  leur  donnent  aussi  le  sobriquet  de 
Biéloglas,  œil  blanc.  Le  teint  fort  clair  de 
beaucoup  de  Finnois  s'accompagne  d'un  (bB 
d'un  bleu  très-pâle.  Mais  un  iris  de  la  même 
teinte  est  encore  plus  remarquable  sur  une 
poau  foncée,  comme  est  celle  de  plusieurs 
nations  slaves,  russes,  brunies  par  le  mé- 
lange des  Huns.  L'antiquité  grecque  avait  for- 
mulé un  pareil  étonnement  en  arrangeant 
un  jeu  de  mots  sur  le  nom  de  Sarmales 
(  sauro-mates ,  œil  de  lézard }.  ReifT  dérire 
Sarmate  de  Syromède,  après  Desbrosses 
et  Diodore  qui  ont  jeté  au  nord  de  l'Ëuiin 
des  colonies  ou  des  fugitifs  mèdes. 

Les  Turcs  qui  ont  commencé  à  la  fin  du 
moyen  âge  le  rôle  des  Goths  et  des  Huns, 
étaient  sortis  de  l'Altaï  ;  leur  idiome  tartare 
s'est  mêlé  d'arabe  et  de  persan  pendant  les 
incursions  de  la  race  au  sud  de  la  Caspienne 
et  de  la  mer  Noire.  Elle  a  adopté  quelques 
mots  grecs  et  albanais  depuis  qu'elle  occupe 
l'Archipel  et  la  Roumélie. 

Les  Grecs  modernes  s'appelaient  Romains 
dans  les  pays  soumis  aux  Turcs.  Le  titre 
d'Hellène  a  repris  faveur  dans  la  Grèce  d'O- 
thon.  Pendant  l'insurrection  qui  se  termina 
par  l'organisation  de  ce  petit  royaume,  les 
souvenirs  classiques  des  Peslages  et  d'Hel- 
lènes de  l'antiquité  furent  invoqués  mainte- 
fois  pour  augmenter  l'intérêt  inspiré  par  les 
etforlsd'unpeuple  brisant  ses  fers.  Les  Turcs 
trouvèrent  des  apologistes,  sinon  de  leur 
oppression ,  au  moins  de  leurs  droits  de 
souverains,  dont  la  légitimité  reposait  sur 
une  longue  prescription  après  conquête. 
HolTman,  qui  se  mêlait  déjà  d'ethnograpbiei 
fortifia  l'argument  en  disant  que  si  une  in- 
vasion barbare  était  déplorable  quand  elle 
tombait  sur  un  peuple  élégant  et  policé, 
deux  fois  éducateur  de  l'Europe,  la  cor- 
quête  devait  faire  ressortir  tous  ses  aroiis 
contre  l'insurrection  de  simples  barbares. 
Les  Hellènes  étaient  éteints  ;  les  Grecs  nro- 


(249)  Ils  étaient  déjà  fameux  et  terribles  dans  les 
annales  chinoises,  600  ans  avant  Jésus-Christ.  Voy, 
Ëd.  BiOT,  Journ.  Asiat.^,  nov.  1845. 

(â20)  Les  écrivains  arab-ts  parlent  des  Khosars 
comme  d'une  grande  nation  turque,  étendue  du  Volga  à 


la  mer  Noire,  avant  le  vu'  siècle,  nsen  distinguent  <k 
blancs  et  de  noirs.  La  môme  variété  s^observp  chez 
les  Kosaques.  Voy,  Sïlv.  de  Sact,  Chreitcmctû 
arabCy  t.  II. 


5it 


EtR 


D^AMTHROPOLOGIE. 


EDR 


ta» 


dernes  n^étftient  que  des  Albanais  ayant 
adopté  et  corrompu  la  langue  grecque. 

Les  Toyages  en  Grèce  de  Stakelberç  et  les 
traits  fort  peu  classiques  des  Grecs  qui  voya- 
geaient en  Suro|)e  rendaient  Targument 
spécieux.  La  physionomie  grecque  antique 
et  moderne  nous  occupera  ailleurs.  Quant 
aux  all^tions  du  touriste  allemand,  elles 
reposent  sur  le  bit  réel  de  plusieurs  inva* 
siens  slaves  (221)  accumulées  sur  la  Tbrace  ; 
mais  non  rapides  au  point  d*aYoir  anéanti 
les  populations  hellènes»  fsurtout  au  bord 
de  la  mer  et  dans  FÂrchipeL 

La  religion  grecque^  qui  donna  une  écri- 
ture et  une  éducation  à  la  moitié  des  Slaves, 
a  conservé  la  langue  et  la  littérature  des 
Grecs  modernes.  Kodrika ,  |  fimariote  ins- 
truit, imprima,  à  Paris,  des  échantillons  des 
quatre  styles  émts  usités  par  ses  com- 
patriotes. Le  littéraire  emploie  les  mots 
anciens  avec  les  formes  de  la  grammaire 
actuelle.  Coray  en  a  laissé  un  modèle  pré- 
cieux dans  sa  prélace  de  l'édition  d'Qy- 
pocrate.  Le  style  commercial  est  plein  de 
liraoçais  et  d^italien  qui  se  retrouvent,  quoi- 
que avec  moins  de  profusion,  dans  le  style 
politique  du  Fanar.  Le  haut  ecclésiaetique^ 
tradition  des  derniers  temps  byzantins, 
est  trop  peu  intelligible  pour  être  prêché 
dans  les  églises.  Les  idiomes  parlés  sont 
bien  plus  loin  du  grec  ancien ,  Kodrika  en 
compte  une  douzaine  ;  il  aurait  pu  en 
«imettre  autant  qu'il  y  a  de  {H^vinces  et 
dtles. 

Les  Albanais  Skippes,  ou  Schipetars,  sont 
les  Arnaout  des  Turcs.  Ils  descendent  des 
fipirotes  et  Ulyriens  mélangés  de  Tartares 
albaniens  du  nord  du  Caucase.  Leur  langue, 
qui  s*est  impr^née  du  latin,  a  absorbé 
une  plus  grande  proportion  de  grec  et  de 


Nous  compléterons  ce  tableau  avec  les 
trois  nations  errantes  en  Europe  :  les  Juifs, 
les  Arméniens,  les  Zingares. 

Les  Juifs  descendent,  sans  aucun  doute, 
des  Hébreux  dispersés  par  Titus  et  Adrien, 
et  membres  de  cette  antique  famille  sémite 
établie  entre  FAsie-Mineure,  l'Arménie,  la 
Médie,  la  Méditerranée,  !a  mer  des  Indes 
et  l'Afrique.  L'assertion  de  Strabon  touchant 
la  proche  parenté  des  langues  sémites  a  été 
vérifiée  par  Albert  Schultens.  Eichom,  puis 
Adelung,  ont  fait  prévaloir  la  désignation  de 
langues  sémitiques  pour  ces  familles  appe- 
lées araméennes  par  Leibnitz.  Ces  dialectes 
sont  l'araméen  au  nord,  le  chananéen  au 
milieu,  l'arabe  an  sud.  L'araméen  comprend 
le  chaldéen  et  le  syrien  ou  syriaque;  le 
chananéen  embrasse  le  samaritain,  le  phi- 
listin, le  phénicien,  le  punique  et  l'hébreu. 
L*éKyptien  vulgaire  et  hiératique  ainsi  que 
Tétniopien  furent  probablement  des  dialectes 
rapi>rochés  du  phénicien.  L*arabe  se  divise 
en  arabe  vrai,  maure,  abvssin,  maltais  et 
foaoolien  ou  arabe  de  Ilndostan. 


L'alphabet  arabe,  aujourd'hui  répandu  de- 
puis Maroc  jusqu'aux  lies  de  la  Sonde,  et 
depuis  Madagascar  jusqu'à  la  Sibérie,  pro- 
vient du  caractère  estrangélo-syriaque  in- 
troduit en  530  à  la  Mecque  et  à  Médine. 
L'alphabet  syriaque  venait  du  chaldéen  ou 
babylonien,  qui  avait  succédé  au  samaritain. 
La  Langue  de  Babylone,  mélangée  à  l'hébreu 
antique,  donna  naissance  au  chaldéen  ou 
araméen,  qui,  dans  la  Syrie  grecque,  forma 
l'idiome  syriaque  ou* nouveau  chaldéen. 
Le  caractère  hébraïque  a  été  poursuiri  jus- 
que dans  le  démotiqne  égyptien,  sorte  de 
langue  vulgaire  dont  l'hiératique  était  un 
dialecte 'relevé,  comme  le  latin  par  rapport 
au  roman. 

Après  la  captivité,  l'hébreu  du  PentateU" 
que  n'était  plus  compris  par  le  peuple  et 
même  par  le  clergé,  puisqu  il  y  eut  des  in- 
terprètes d'office  dès  le  temps  d'£sdras.  Le 
syriaque  n'a  cessé  d'être  parlé  qu'au  temps 
des  croisades. 

Les  Juifs  demeurés  en  Judée  s'étaient  mis 
eu  rapport  avec  leurs  frères  émigrés.  Ils 
commencèrent  à  s'appeler,  d'après  leurs  po- 
sitions respectives,  Juifs  d'Orient  et  Juifs 
d'Occident  (223,).  Ces  derniers,  répandus  dans 
l'empire  romain,  obéissaient  spirituelle- 
ment à  un  patriarche  ;  oeux  d'Orient  avaient 
un  prince  de  la  captivité.  Les  lois  impériales 
abolirent  le  patriarche,  et  les  Juifs  n'eurent 
plus  que  des  diefs  de  synagogue  appelés 
primats.  Les  princes  de  la  captivité  subsis- 
tèrent jusqu  au  xi*  siècle  à  Babvione,  puis 
à  Baalad,  et  entretinrent  des  écoles  célèbres 
à  Babylone  et  à  Tibériade,  où  se  tint  la  fa- 
meuse assemblée  des  docteurs  appelés  mas- 
soreths.  Les  réformes  grammaticales  com- 
mencées là  se  continuèrent  en  Espagne 
quand  le  prince  de  la  captivité  eut  été  ex- 

Sulsé  de  la  Cbaldée  ;  ces  travaux  successifs 
onnèrent  naissance  à  l'hébreu  rabbinique, 
encore  aujourd'hui  étudié  par  tous  les 
Juifs  instruits. 

L'Espagne  est  le  pays  où  la  renaissance 
juive  ait  fait  les  efforts  les  plus  suiris  et  les 

S  lus  brillants.  Les  Juifs  y  étaient  nombreux 
e  très-bonne  heure  :  l'édit  d'Antonin  le 
prouve.  Us  y  devinrent  ce  qu'ils  n'ont  ja- 
mais été  depuis  :  agriculteurs  et  propriétai- 
res. Grenaaie  était  une  magnifique  vide  juive 
à  l'arrivée  des  Maures,  et  800  ans  après,  les 
Juif^  possédaient  le  tiers  de  la  Péninsule 
avec  des  tribunaux  nationaux.  Les  écoles  de 
Saleme ,  de  Cordoue ,  de  Tolède,  fournirent 
aux  rois  et  aux  Papes  des  médecins  et  même 
des  ministres.  Maimonide  écrivit  une  phi 
losophie  qui  posait  la  raison  et  la  liberté  hu- 
maines en  face  de  l'autorité  divine.  Benja- 
min de  Tolède  entreprenait  d'immenses 
voyases.  Ce  luxe  fut  expié  par  de  longes  et 
cruelles  persécutions  ;  il  y  eut  de  véritables 
croisades  contre  les  Juifs  pour  leur  extcr- 
quer  l'or  dont  on  avait  besoin  pour  les  croi- 
sades sarrazines.  Le  quemadoro  ou  bûcher 


i^\)  Ao  vnr  siède,  des  Sbves  fiénétpèrest  jas-        (222)  Charles  Butler  Bcrœ  Bitlicœ.  tnàmi  par 
qu^a  PélopoDèse,  et  adoptèrent  Talphabet  grec.     Boutara,  181 1. 

DicnosN.  d'A5thropolo6ie.  17 


528 


EUfl 


MCTIONNAIHE 


EUR 


(24 


de  Séyille  dévora  plus  de  quatre  mille  vio- 
times  en  trente-sept  ans  ;  huit  cent  mille  du- 
rent fuir,  malgré  le  baptême  auquel  plusieurs 
s^étaient  soumises.  Trois  Papes  (223;  firent  la 
fortune  d*Anp>ône  en  y  rappelant  les  Juifs 
;)aptisé$.  La  Hollande  émancipée  se  remplit 
de  Juifs  de  la  Péninsule  qui,  sous  le  nom  de 
Portugais,  priment  encore  tous  les  Juifs 
allemands  et  polonais.     . 

Ceux-ci  ont  conservé  le  caractère  oriental 
dans  les  moeurs  et  le  costume  ;  ils  se  disent 
descendants  des  Galiléens;  les  Portugais 
émanent  de  Benjamin  et  de  Juda.  On  évalue. 
h  quatre  millions  la  nation  entière  des  Juifs 
vivant  aujourd'hui,  non  pas  seulement  en 
Europe  et  Asie  occidentale,  mais  en  Abyssi* 
nie,  en  Maroc,  en  Chine,  IndO'-Chine  et  juS'* 
qu'en  Amérique. 

Les  Arméniens,  qui  sont  en  Europe  et  Asie 
des  courtiers  commerciaux  rivaux  des  Juifs, 
ont  perdu  leur  nationalité  depuis  plus  long*' 
t«mps.  Leur  littérature,  précieuse  parce 
qu'elle  a  conservé  la  traduction  de  quelques 
livres  anciens  dont  les  originaux  sont  per« 
dus,  n'a  un  alphabet  spécial  que  depuis  le 
XIV'  siècle.  Auparavant  ils  écrivaient  leur 
langue  dans  l'alphabet  des  nations  auxqueU 
les  ils  étaient  mêlés.  Ia  langue  arménienne 
est  un  dialecte  sanskrit  ressemblant  beau* 
coup  au  grec.  Elle  a  toujours  été  parlée  con- 
curremment avec  quelques  autres  langues, 
autrefois  comme  aujourd'hui.  C'est  ce  qui 
excuse  Strabon  de  1  avoir  classée  parmi  les 
dialectes  syriens  ou  sémites  (224). 

Les  Zingares  ou  Bohémiens  font  durer  au 
milieu  de  notre  civilisation  un  curieux 
échantillon  de  la  vie  nomade.  Mendiants, 
baladins,  diseurs  de  bonne  aventure,  ma-^ 
quignons,  tondeurs,  forgerons,  vétérinaires; 
ils  s'abritent  momentanément  près  de  nos 
cités  ;  birouaquant  dans  nos  campagnes  en 
ayant  oublié  la  tente  de  leurs  aïeux,  issus 
pourtant  d'un  climat  plus  serein  et  plus 
doux.  Leur  langue,  analysée  par  Grohman, 
David  Richardson,  Pallas,  Butner,  Pott,  res- 
semble beaucoup  à  l'indoustani  et  a  fait 
croire  à  une  émigration  d'Orient  pendant 
les  conquêtes  de  Tiraour.  Une  nation  de 
l'embouchure  de  l'Indus  s'appelle  encore 
Tchingana,  origine  très-vraisemhle  du  nom 
allemand  de  Zingare  prononcé  Tchingare. 
Sint,  nom  qu'ils  se  donnent,  rappelerait  le 
fleuve  de  leur  patrie.  Ils  s'aopellent  en- 
core Kola,  noir,  et  Rouma,  nomme.  Les 
Persans  les  nomment  Indous  noirs;  une 
partie  de  l'Allemagne,  Tatares  ;  l'Espagne  et 
l'Angleterre,  Egyptiens.  Leur  teint  basané, 
leurs  yeux  asiatiques  guident  ces  hypo- 
thèses. 

Une  grande  colonie  de  Zisgares,  établie 
en  Moldo-Valaquie,  a  accrédité  une  autre 
version.  Constantin  Copronyme  ayant  pris 
en  755|Molitèue  et  Théodosiopolis ,  vules 
d'Arménie,  en  ramena  avec  lui  des  Syriens^ 


Ethiopiens  et  Nubiens,  à  qui  ildonna  des  ha- 
bitations dans  la  Thrace.  Ils  eurent  le  crédit 
de  placer  à  leur  tête  un  chef  nommé  Athîn- 

f;han,  en  formant  une  nation  vassale,  mais 
ibre,  sous  les  empereurs  grecs;  les  Turcs 
les  réduisirent  en  esclavage.  Ils  sont  au 
nombre  de  300,000  environ  dans  les  deux 
provinces  (225)  ;  quelques  boyards  opulents 
ont  5  ou  6,000  de  ces  serfs  ;  k  couronne  en 
a  30>000.  Ils  ont  la  peau  bronzée,  les  chc^ 
veux  crépus^  ils  parlent  un  mélange  de 
turc,  de  bulgare,  de  valaque.  Par  ce  dernier 
trait  les  Zingares  du  Danube  sont  assimilés 
aux  Gitanos  des  Pyrénées  et  d'£s]>agne  parmi 
lesquels  a  vécu  un  Anglais  qui  a  pubné  ses 
observations  ^(226).  Ces  Gitanos  entendent 
fort  bien  la  langue  moldave  apprise  exprès 

Ear  cet  Anglais,  et  le  4iom  de  Roma  oa 
oumany  qu  ils  se  donnent  ne  «serait  que  le 
synonvme  de  Valaques  ou  Grecs-Romains. 
La  Bohême  peut  avoir  été  le  chemiii  par  ]e^ 
quel  les  nomades  valaques  se  sont  répandus 
en  Europe,  et  en  ont  gardé  en  France  le  nom 
de  Bohémiens. 

Resterait  à  expliquer  commetit  Tempe* 
reur  put  importer  d'Arménie  des  hommes 
basanes  que  la  science  bysantine  déchue 
«ppela  au  hasard  Ethiopiens  et  Nubiens. 

Vers  les  régions  voisines  du  Haut-£u^ 
phrate  d'où  venaient  les  Chaldéens,  diseurs 
de  bonne  aventure  à  Rome,  M.  E.  de  Salles 
a  retrouvé  des  nomades  parlant  couram* 
ment  turc  et  arabe,  et  ayant  un  jargon 
secret.  Leur  physionomie  et  leur  nom  de 
Tchingané  s'adaptent  fort  bien  à  une  ori- 
gine du  Sind.  Schoell  croit  retrouver  aussi 
le  pariah  indou  dans  les  mœurs.  Ils  aiment 
les  habits  rouges  et  les  danses  lascives  ;  ils 
forgent  sur  une  enclume  de  pierre  et  vivent 
dans  les  bois  et  les  champs.  Notons  que  ces 
deuxdemiersexpédientssoiitàrusagedelous 
les  industriels  privés  de  maisons  et  d'enclii* 
mes  de  fer.  Les  danses  lascives  sont  goûtée» 
par  rimpudicité  de  tous  les  sauvages  et 
même  par  la  pruderie  de  beaucoup  de 
civilisés.  Quant  à  la  prédilection  pour  les 
vêtements  rouges  ^  ce  n'est  que  le  sentiment 
naturel  de  l'harmonie  des  couleurs  qu*on 
peut  suivre  en  gamme  chromatique  ascen» 
dante  depuis  la  brune  piquante  d'Europe 
jusqu'à  rotaïtienne  olivAtre,  à  TEgyptienne 
bistre  et  à  la  négresse  carbonisée. 

EUROPÉEN   (  B.4MBAI]    DE  LA    RACK   AaiANB 

KN  Europe),  comprefnd  les  familles  teu* 
tonne,  celtique,  latine,  grecque  et  slaT«v 
et  la  population  qu'elle  renferme  s'élève  à 
260,000*000. 

Trois  nations  célèbres,  la  race  s^^ro-arabcr 
la  race  égyptienne  et  la  race  ariane  (  Voy. 
ces  mois)^  paraissent  être  les  seules  qui  aient 
possédé,  dans  les  temps  anciens,  Tusage  des 
lettres,  et  qui  aient  transmis  à  la  postérité^ 

f)ar  des  monuments  écrits,  le  souvenir  de 
eur  existence.  Il  semble  imopobable  que 


(225)  Clément  VU,  Paul  lU  ;  Voy.  Sepkordin,  ou 
Juifi  d*Espagn0  et  Portugal ,  par  James  Fin»    en 
anglais. 
-  (àâl)  VoLNEV,  NoHvellei  recberehes^ 


(225)  Urquhart  dit  200,  Boaé  tëO  m. 

(226)  Barhow  ,  CyfnUs  in  Spain ,  the  ZiMâii , 
2  vol.;  Londres,  1841. 


» 


&II 


l>'ANTilROK)LOGI£. 


EUR 


5» 


es  nations  soient  amv^es^  chacune  séparé- 
Qent,  à  la  possession  de  eôt  art  important. 
iejieadant  les  savants  illustres»  qui  dans  ces 
ernières  années  ont  travaillé  atec  tant  de 
uxès  à  éclairer  la  question  des  formes 
r  entales  deTécriture^  ne  sont  pas  parvenus 
découvrir  la  moindre  liaison  entre  les  sys- 
^mes  alphabétiques  de  l'Egypte,  des  Phéni* 
iens,  des  Assyriens  et  des  Indous«  De  ce 
ne lart  de  récriture  n'était  connu  dans  ces 
reoiiers  temps  qu'en  Egypte  et  dans  l'Asie 
léridiooale,  nous  ne  devons  pas  en  conclure 
ne  les  autres  nations  n'avaient  aucun  degré 
e  ciTilisalion  et  étaient  dépourvues  des  arts 
jâ  embellissent  la  vie  de  Thomme.  L'his- 
oire  des  Grecs  dans  les  temps  homériques, 
1  l'état  de  perfection  auquel  leur  langage 
^tiildéjà  arrivé,  nous  prouvent  l'existence 
l'une  cttlture  intellectuelle  assez  avancée, 
(  ose  époque  antérieure  à  la  connaissance 
H  tettrvs,  ou  du  moins  à  l'usage  habituel 
^t  Vémture. 

Les  nations  européennes,  prises  dans  leur 
menibk,  sont,  comme  on  l'admet  généra* 
kmût  aujourd'hui,  une  erande  colonie  ou 
m  série  de  colonies  de  la  race  ariane  ou 
Diio^eurûpéenne.  II  serait  impossible  de 
régenter  ici  d*une  manière  complète  les 
Htsqaiont  conduit  à  cette  conclusion.  Mais 
lierai  connaître  sommairement  le  procédé 
se  ToD  a  suivi  et  les  résultats  généraux 
non  ea  a  obtenus.  La  principale  preuve 
^p^e  sur  la  comparaison  que  l'on  a  faite 
lire  les  langues.  Pour  donner  au  lecteur 
M  idée  de  ce  genre  de  travail,  je  tem  re- 
•rquer  que  lorsqu'on  établit  un  rapproche- 
eot  eotre  des  langues  dans  lesquelles  on 
^pçonne  qu'il  existe  une  certaine  liaison, 
I  peut  rencontrer  deux  séries  très-distinctes 
(phénomènes,  et  qui  conduisent  à  des  con* 
<pieRces  fort  différentes.  SU  s'agit  de  na- 
}n5  dont  les  pays  sont  limitrophes,  ou  de 
itions  qui  ont  été  longtemps  liées,  soit  par 
^its  rapports  commerciaux,  soit  par  des 
Pfl^  politiques,  leurs  langues  porteront  des 
Kvsde  cette  connexion  dans  le  grand  nom- 
ade mots  communs  aux  deux  vocabulai- 
|M27).  C'est  ce  genre  de  rapports  qui  existe 
ve  les  langues  anglaise  et  française,  et  s'y 
Mire  à  un  très-haut  degré.  On  conçoit  d^ail» 
KTsqiiesi  des  relatioasaussi  intimes  etaussi 
t>longées  avaient  eu  lieu  entre  deux  na* 
^  4ui  dans  le  principe  eussent  été  à  des 
^  de  civilisation  très-différents.  Tune 
»>édant  des  arts  et  ayant  la  connaissance 
Mie  foole  d'objets  complètement  inconnus 
Taiitre,  le  nombre  de  mots  qui  seraient 
•teés  successivement  de  la  première  langue 
JU  la  seconde  eût  été  encore  plus  cousi- 
ne, liais  des  ressemblances  de  cette 
we,  si  f^andes  qu'on  pût  les  supposer, 
vtt^nt  encore  loin  d'approcher  en  impor- 
J«  de  ce  qu'on  peut  appeler  des  ressetn- 
•nces  de  iimille,  c'est-a-dire  des  ressem- 

H^J'ai  choisi  cet  exempte  comme  un  des  plus 
T^'  On  peot  objecter  que  sans  doute  le  fran- 
|nct  ranglftis  n'appartiennent  iK>int  à  de«  famiUes 
(  nnims  •nginaireneoi  distinctes.   Cependant 


blances  qui  indiquent  une  communauté 
d'origine  entre  les  peuples  auquels  appar*' 
tiennent  les  deux  langues  comparées ,  des 
ressemblances  telles  que  celles  qu'on  oh* 
serve,  par  exemple,  quand  on  lait  le  rappro- 
chement entre  1  anglais  et  Tallemand. 

Le  premier  et  le  plus  important  caractère 
qui  indique  une  pareille  relation  de  parenté 
entre  des  langues ,  c'est  l'analogie  dans  la 
construction  grammaticale  et  dans  les  lois 
de  combinaison  des  mots  entre  eux,  on  dans 
ce^  qu'on  peut  appeler  le  mécanisme  de  la 
parole.  Il  y  a  des  exemples  de  langues,  pour 
lesquelles  on  est  fondé  à  admettre  une  com- 
munauté d'origine ,  et  qui ,  de  toutes  les 
marques  de  parenté,  n'ont  conservé  absolu- 
ment que  celle-là.  Cependant  il  arrive  géné- 
ralement que  lorsqu  il  y  a  affinité  gramma- 
ticale entre  des  langues,  il  existe  aussi  une 
ressemblance  plus  ou  moins  grande  dans 
certaines  parties  de  leur  vocabulaire.  Quel- 
quefois, à  la  vérité ,  cette  ressemblance  ne 
portera  que  sur  un  petit  nombre  de  mots , 
mais  ces  mots^là  seront  d'un  ohire  particu- 
lier :  ainsi,  ce  seront  ceux  qui  servent  à 
représenter  les  idées  d'un  peuple  à  l'état 
d'existence  le  plus  primitif;  ce  seront  des 
termes  qui  expriment  les  relations  de  £i- 
mille,  tels  quep^,  mêre^  frère^  êCfur^fSkj  etc.  ; 
des  noms  pour  les  objets  les  plus  irappants 
de  l'univers  visible;  des  motspourifistinguer 
les  différentes  parties  du  corps,  oomme  la 
iéu,  les  pieds^  les  veux^  les  maina:  des  noms 
de  nombre  jusquli  5,  10  ou  20;  des  verbes 
qui  expriment  les  sensations  et  les  actes 
corporels  les  plus  généraux ,  tels  que  voir, 
entendre,  manger^  boire,,  dormir.  Or,  comme 
on  n'a  jamais  connu  de  nation  qui  n'eût 
l'usage  de  semblables  expressions,  et  comme, 
d'autre  part,  il  est  prouvé,  par  l'observation 
aussi  bien  que  par  le  raisonnement,  que  ja- 
mais un  peuple,  si  barbare  qu'il  soit,  ir aban- 
donne ces  mots  primitifs^  qui  forment  en 
[quelque  sorte  le  fond  de  sa  langue,  pour 
>renâre  ceux  d'un  idiome  étranger,  toutes 
es  fois  que  nous  veirons  des  dialectes  se 
correspondre  dans  ces  parties  de  leur  vocabu- 
laire, nous  serons  en  aroit  de  conclure  qu'ils 
ne  formaient  à  l'origine  qu'une  seule  langue* 
ou  la  langue  d'un  seul  peuple.  Cela  posé, 
nous  ajouterons  que  les  travaux  des  philolo- 
gues ont  complètement  démontré  Fexistence 
de  cette  sorte  d'affinité,  de  ces  rapports  de 
parenté  entre  les  langues  des  diverses  races 
dont  les  descendants  forment  la  grande  masse 
de  la  population  actuellede  l'Europe.  Or  cette 
affinité  que  l'on  a  reconnue  entre  les  îangues 
de  la  plupart  des  nations  de  l'Europe,  s'éten- 
dant  également  aux  langues  des  peuples  de 
l'Orient,  que  nous  avons  signalés  comme 
appartenant  à  la  race  ariane  (  Voy.  ce  mot% 
nous  sommes  en  droit  d*en  conclure  que  ces 
nations  européennes  sont  des  colonies  venues 
de  l'Asie,  et  appartiennent  à  la  souche 

Tanglo-saxon  et  le  français-normand  étaient  si  dilT^ 
rents,  que,  sons  le  point  de  vue  pratique,  CPt  exem- 
ple peut  servir  aussi  bien  que  tout  autre  que  j*attnMS 
{hi  prendre. 


Sf7 


EUB 


DICTIONNAIRE 


EUR 


ariane,  laquelle,  h  une  époque  fort  antérieure 
aux  premiers  temps  de  rhisloire européenne, 
arait  d^à  étendu  au  loin  ses  branenes  vers 
rOccident  et  vers  le  Nord.  Dans  quelles  cir- 
c(Mistances  et  par  quelle  route  ces  peuples 
ont-ils  passé  en  Europe?  C'est  ce  que  nous 
ne  pouvons  que  conjecturer.  Il  est  très -pro- 
bable que'ies  nations  qui  ont  peuplé  l'Europe 
septentrionale  y  sont  arrivées  par  les  pays 
sitoés  au  nord  de  la  mer  Caspienne.  De  la 
Bactriane  elles  ont  dû  s'avancer,  en  traversant 
le  Turkestan,  entre  le  Pont^Euxin  et  l'extré- 
mité méridionale  de  la  chaîne  des  monts  Ou- 
vrais, jusque  vers  Tembouchuredu  Danube; 
de  là  elles  se  seront  répandues  dans  la  Sarma- 
'tie  et  les  pays  situés  plus  au  Nord.  Les  na- 
tions de  FEoirope  méridionale,  les  races 
italienne,  hellénique  et  illyrienne,  seront 
sans  doute  arrivées  dans  TOccident  par  un 
chemin  diiSTérent,  probablement  par  l'Asie 
Mineure,  et  en  traversant  l'Hellespont  ou  le 
Bosphore.  Il  n'est  pas  .probable  qu^aucun 
grand  corps  de  peuple  ait  jamais  pris  la 
route  intermédiaire,  et  franchi  le  Caucase, 
puisque  nous  savons  que  cette  çhatne  de 
montagnes  a  été  occupée,  depuis  les  temps 
les  plus  reculés,  par  des  tribus  de  race  tout 
à  fait  distincte  de  la  race  indo-européenne. 
Il  y  a,  il  est  vrai,  parmi  les  nations  du  Cau- 
case, ainsi  que  nous  l'avons  déjà  âit(Koy. 
Abiaue),  une  petite  tribu  de  famille  ariane, 
ce  sont  les  Ossetes^;  mais  cette  horde  est  trop 
insignifiante  par  le  nombre  des  hommes  dont 
elle  se  compose,  et  par  l'étendue  de  pa^s 
qu'elle  occupe,  pour  avoir  joué  un  rôle  de 
quelque  importance  dans  les  grands  déplace- 
ments des  peu[>les. 

Si  nous  essayons  d'énumérer  les  différentes 
nations  que  l'on  doit  considérer  comme  des 
ramifications  delà  souche  indo^uropéenne,  et 
qu«^  nous  prenions  comme  lès  plus  anciennes 
^celles  qui  sont  le  plus  éloi^^nees  du  point  de 
départ ,  ou  de  la  route  suivie  par  les  émi- 
grations ,  nous  devrons  commencer  par  les 
nations  celtiques  de  l'ouest  de  l'Europe,  en 
y  comprenant  les  deux  branches  qui  sont 
représentées  dans  les  temps  modernes , 
l'une  par  les  Irlandais,  les  Ecossais  et  les 
Manks  (228),  et  l'autre  par  les  Gallois  et  les 
Armoricains  ou  Bretons.  Après  eux,  dans  le 
Nford,  vient  la  famille  germanique,  famille 
qui,  d'après  les  recherciies  des  philolo^es, 
parait  se  composer  de  deux  groupes  princi- 
paux :  !•  les  Normands  /hommes  du  Nord ) , 
ancêtres  des  Islandais^  aes  Norwégiens,  des 
Suédois  et  des  Danois  ;  2"  la  souche  teutoni- 
que  proprement  dite>  dans  ses  trois  subdi- 
visions, qui  sont  :  les  Saxons  ou  Allemands 
occidentaux,  les  Suèves  ou  hauts  Allemands, 
et  les  Goths  ou  Allemands  orientaux.* 

La  branche  de  souche  indo-européenne, 
qui  vient  après  les  rameaux  germaniques, 
se  compose  de  peuples  qui  parlent  les  dia- 
lectes de  Tancien  prussien  ou  langue  pruthé- 
nienne.  Ces  dialectes  sont  le  celte,  le  lithua- 
nien et  le  pruthénien  proprement  dit,  langue 
qui  se  rapproche  infiniment  plus  de  l'original 


sanskrit  qu'aucune  autre  langne  de  TEu- 
rope.  Les  peuples  qui  parlaient  ces  dîalecti^ 
avaient  une  mythologie  oropre  et  une  hié- 
rarchie très-ancienne ,  très-puissante ,  tout 
aussi  fameuse  dans  le  Nord  que  Tétaient  dtQf 
rOrient  et  dans  l'Occident  celle  des  braihmes 
et  des  druides. 

.  Les  Slaves  ou  la  race  esclavonne  forment 
une  quatrième  famille  indo-européenne  ;  se^ 
deux  grandes  branches  sont  les  Slaves  de 
rOuest  ou  Slaves  proprement  dits,  qui  <^ai* 
prennent  les  Polonais ,  les  Bohémiens,  les 
Obotrites  et  les  tribus  des  bords  de  la  Balti- 
que ;  puis,  la  branche  orientale,  qui  com- 
prend les  Russes,  les  Servions  et  d'autres 
nations  alliées  de  très-près  à  celles-d. 

Les  peuj^les  du  midi  de  l'Europe  se  ntU- 
chent  aussi  à  la  même  souche.  Toutes  le^ 
nations  italiennes,  à  l'exception  dé  celle  k« 
Rasenniens  ou  Toscans,  appartenaient  à  rm 
seule  raco,  et  leurs  différents  dialectes,  rom- 
brien,  l'osque  ou  sahin,  le  latin,  et  le  siciliep 
ou  œnotrien,  ne  sont  que  des  variétés  d'iim 
seule  langue.  Quant  aux  Rasenniens,  ils  dif- 
féraient par  les  caractères  physiques  de  lou' 
le  reste  des  anciens  Italiens>  et  ils  parlaiça* 
une  langue  qui  parait  n'avoir  eu  que  irès^ 
peu  d'ainnité  avec  les  autres  dialectes  de  k 
Péninsule.  Ces  nations  italiennes  ne  son' 
point  despendues,  comme  on  Ta  d'abon' 
supposé,  d'un  mélange  de  Grecs  ou  Peiasge^ 
avec  les  aborigènes  barbares,  mais  elles  for- 
ment une  branche  à  part  de  la  race  «riane 
et,  d'après  Tépoque  de  leur  migration,  elléï 
doivent  être  considérées  comme  les  plus  an- 
ciennes de  cette  division.  Les  autres  race.« 
du  sud  de  l'Europe  qui  appartiennent  à  l« 
même  grande  souche  sont  les  Thraees,  te 
Arnautes,  les  Albanais,  ou  plus  probable- 
ment les  Skipetares»  descendus  des  Epirote; 
et  des  UlyrienSy  puis  enfin  la  célèbre  race 
des  Hellènes. 

Une  question  qu^il  serait,  intéressant  à( 
discuter,  si  l'on  pouvait  espérer  de  tronvei 
pour  cela  des  données  suffisantes,  serait  cellf 
qui  aurait  pour  objet  de  déterminer  si  te 
nations  arianes  trouvèrent,  à  leur  arrivée  er 
£urope>  des  pays  déjà  habités^  ou  bien  de$ 
contrées  désertes  dans  lesquelles  eHes  purea' 
s'établir  paisiblement  et  sans  que  la  posses^ 
sion  leur  en  fût  disputée.  La  première  hypo- 
thèse parait  la  plus  probable»  puisque  nom 
savons  que  les  pays  les  plus  éloignés  du  poio* 
de  départ  de  ces  nationS)  ceux  ou  elles  arriTè 
rent  en  dernier  Ii«u,  étaient  déjà  habités.  Le^ 
Euskaldunes  paraissent  avoir  été  en  posses- 
sion de  l'Espagne  avant  l'arrivée  des  tribal 
celtiques  dans  ce  pays.  En  effet,  si,  comme 
certaines  personnes  1  ont  supposé,  les  Celte^ 
étaient  arrivés  les  premiers^  et  que  les  tribu.' 
ibériennes  né  fussent  entrées  dans  le  pay^ 

3ue  plus  tard,  il  n'est  guère  probable  que  et 
emier  peuple,  dont  la  valeur  militaire  na 
jamais  pu  être  comparée  avec  ceUe  des  Cel- 
tes, eût  été  capable  de  s'emparer  de  la  chaîne 
des  Pvrénées,  où  nous  savons  qu'il  était  éta- 
bli à  l'époque  de  la  conquête  romaine. 


(128)  Habitant  jeHla  deMan. 


m 


Elft 

péeitnes  ignoraient  probablemenl  Tusage  du^ 
lér  et  des  autres  métaux,  puisque  ces  mé* . 
taux  ont  dans  chaque  langue  des  noms  dif*. 
férents  et  qui  ainsi  doivent  avoir  été  adoptés 
po^rieurement  à  Fépoque  de  la  sénaration^ 
kien  ne  se  ressemble  moins  que  les  mots 
goldj  x^vcôcf  et  aurum^  que  silvtr  et  argen^ 
tum  ;  que  ferrum  et  vApoç.  Ces  considéra- 
tions d'ailleurs  ne  son!  pas  le^  seules  qu'on 
Suisse  faire  valoir  pour  prouver,  que  Tusage 
es  métaux  ét^t  inconnu  aux  premières  co- 
lojiies  de  TOccident.  Quan^t  a  Tusage  des 
lettres,,  il  est  clair  qu'il  était  complètement 
iniBonni^de  la  race  ariane*  au  moins  des 
peupless  de  ce^e  race  qui  passèrent  en  Eu- 
rope ;  ceux-ci  le  reçurent,  bien  des  siècles 
après,  des  Phéniciens,  à  qui  Ton  attribue 
cette  admiral^le  invention,  et  qui  du  moins 
certainement  ont  le  mente  de  Tavoir  com- . 
m.uniquée  aux  nations  de  rOccident.  Mais 
bien  qu'inhabiles  dans  les  arts  les.  plus  uti- 
les de  la  vie,  les  peuples  arians  apportèrent 
avec  eux  une  culture  iitfellectuelle  beaucoup 
plu$  avancée  que  celle  des  races  allophylien- 
nés.  Ils  avaient  une  poésiç  nationale  et  une 
lapgue  beaucoup  plu^  cultivée,  un  cercle 
d'idées  beaucoup  plus  étendu  que  ne  sem- 
blaient le  comporter  leur  condition  exté- 
rieure et  leurs  habitudes.  Us  avaient  des 
bardes  ou  scaldes,  ro/et ,  «roi^ot,  hommes  ins- 
pirés qui  célébraient  l'histoire  des  temps 
passés  en  y  rattachant  des  révélations  sur  le 
futur,  et  un  ensemble.de  dogmes  fondés  sur 
une  méthi^hysique  très-compliquée.  Parmi 
ces  dogmes  qui  fie  transmettaient  d'âge  eu 
âge  et  d'un  jieuple  à  l'autre,  comme  la 
croyance  primitive  et  le  trésor  de  la  race, 
il  en  est  un  ou'on  trouve  dans  les  parties 
les  plus  reculées  de  l'Oondent,  tout  aussi 
bien  que.  dans  rOrient,  et  oui  y  joue  un  rAle . 
important,  car.il  implique,  la.  croyance  à  un 
étal  futur  de  récompenses  ou  de.punitions, 
et  l'idée  d'un  gouvernement  moral  an 
monde  :  c'est  le  donne  de  la  métemps^chose. 
Suivant  un  autre  de  leurs  donnes  qui  se  rat- 
tachait jusqu'à  un  certain  point  au  premier» 
l'univers  matériel  avait  subi  déjà,  et  devait 
subir  encore  une  ^série  de  catastrophes  par 
le  feu  et  par  l'eau, .  renaissant  (Tailleurs, 
après  chaque,  époque  de  destruction,  avec 
une  beauté  uDuvelle,.  et  faisant  recommen- 
cer l'âge  xl'or,  mais  toujours  destiné  à  deve- 
nir, après  un  terme  fttal,  la  proie  de  la  cor- 
ruption et  le  théâtre  d'un  nouveam  catar 
dysme.  Un  troisième  point  capital  dans  cet 
ensemble  de  doctrines  consistait  à  ne  voir 
dans  tous  les  êtres  animés  que.  des  émana* 
tionsde  l'âme  universelle  du  monde,  qui. 
devaient  un  jour  retourner. dans  son  sein  et 
s'y.  confondre.  Cette  iiiée,  comme  on  le  voit, 
touchait  de  bien  près  aux  idées  panthéistes 
et  était  sujette  aux  mêmes  objections. . 

Chez  la  plupart  des  nations  indo-euro- 
péennes, la  conservation  des  dogmes  rrli- 
gieux,  des  traditions  patriarcales  et  de  la 
poésie  nationale,  au  lieu  d'être  abandonnée 

(tt9)  Lt  prolesseor  Rask  a  empolvé  dans  ce  sens     on  n'a  auciwe  certilada  qu*eUes  se  rattachent  aoiL 
^  teraw  Kfiâ#;  mais  pour  ptasieuri  é%  ces  Raiiaiis     races  scvtbiqaes. 


EUH 

L'Espagne  fut  le  dernier  refuge  de  cette 
race,  qui  avait  été  probablement  expulsée, 
par  les  nations  italiennes  et  par  les  Celt^, 
de  ritalie  et  de  la  Gaule.  Dans  le  nosd  de 
l'Europe,  les  nations  germaniques,.03i  plutôt 
les  Konnaods,  trouvèrent  les  pays  qui  bor-« 
dent  la  Baltiove  occupés  paroles  JotuQs,  peu- 
ple de  race  nnnoise  ou  illyrienne,  qui  pro- 
bablement était  venu  aussi  de  l'Orient,  mais 
d*nne  partie  diflérente  de  l'Asie,  et  dont  l'é- 
migration devait  être  encore  plus  ancienne» 
I>e  mglle  souche  ce  peuple  s'etait-il  déiachét 
Quelles  ooiyectures  un  peu  vraisemblables 
peat«on  faire  à  cet  égard?  C'est  ce  que  noua 
examinerons  dans  un  autre  article. 

On  a  appelé  aUopkyliens  les  nations  qui,, 
soit  en  Kirope,  soit  en  >Àsie,  sont,  de  même 
<{ue  celles-ci ,  distinctes  des  nations,  de  race 
indo-enropéenne.  Le  terme  Mophyliens^  qui 
fait  allusion  à  cette  origine  distincte,  me 
parait  préférable  aux  autres  termes  qu'on  a 
voulu  employer  pour  désigner,  les  mêmes 
peuples;  u  aidu  moins  sur  eux  l'avantage  de 
ne  pooDoir. introduire  en  ethnologie  aucune 
notioQ  erronée  (229). 

Avant  de  procéder  à  une  description  spé- 
ciale des  diverses  nations  comprises  dans 
1  une  on  l'antre  classe,  il  sem  bon  de  compan 
rer  en  masse  les  peuples  aUophyliens  aux 
peuplesde  la  famille  indo-européenne» 

Les  nations  allophyliennes  paraissent  s'ê- 
tre répandues  de  très-bonne  neure  jusque 
dans  les  pa^es  les  plus  reculées  de  l'an- 
cien continent,  au  nord,  à  l'est  et  à  l'ouest 
des  pen|ries  indo-européens  qu'ils  semblent 
avoir  précéda  en  tons  lieux  ;  de  sorte  que, 
par  rapport  à  ces  colonies  indo-européen- 
nes, leur  position  est  tout  à  fait  celle  de 
peuples  aborigènes  qui  ne  peuvent  résister 
a  TinTasion  de  tribus  plus  puissantes,  et 
qui  souvent  sont  rdbulés  par  elles  dans  des 
contrées  fort  lointaines  ou  obligés  de  se  rér 
fugier  dus  des  montagnes  presque  inao* 
cessibles.  Si  nous  comparons  les  vaincus 
aux  vainqueurs  sous  le  rapport  des  facultés 
intellectuelles,  nous  trouTons  que  les  derr 
Qiers  étaient  g^iéralement  supérieurs  aux 
autres.  Quelques  tribus  avaient,  à  la  vérité^ 
conservé  ou  acquis  une  certaine  férocité  de 
uMBurs  et  des  hatûtudes  de  barbares,  mais 

00  pouvait  encore  retrouver  diez  elles 
des  traces  non  douteuses  d'un  ancien  déve- 
loppement intellectuel;  par  exemple  une 
eertaine  perfection  dans  rinstmment  de  la 
prisée  et  des  communications  sociales,  c'est- 
à-dire  une  lansuedéjà  cultivéow  Si  nous  re- 
eherchons  queis  progrès  les  Indo-Européens 
pou vaient  avoir  ndts  dans. les  arts  utiles  à 

1  époque,  où  ils  quittèrent  leur  commune 
patrie  pour  se  répandre  dans  le  monde,  l'é^ 
tude  de  leurs  langues  sera  notre  principal 
guide,  et  les  résultats  de  ce  mode  d'investi- 
gation seront  de  prouver  qu'-à  l'époque  dont 
nous  parions,  les  arts  industriels  étaient, 
chez  ces  peuples,,  encore  très-peu  avancés. 

premiers  ancêtres  des  nations  indo-euro- 


55i 


EUR 


DICTIONNAIRE 


EUR 


&9) 


au  hasard  des  sjuveuirs  et  des  récils  popu- 
laires, était  confiée  à  une  classe  particulière. 
Les  hommes  qui  appartenaient  a  cette  classe 
étaient  l'otyet  d'une  grande  vénération,  car 
on  Yoyait  en  eux  les  médiateurs  entre  les 
puissances  invisibles  et  les  créatures  bumai« 
nés,  les  dépositaires  des  légendes  sacrées  et 
les  interprètes  des  volontés  des  dieux,  vo- 
lontés révélées  à  une  première  génération 
et  transmises  aux  générations  suivantes, 
soit  par  des  traditions  orales,  soit  par  des 

}>oëmes  divins,  soit  enfin  par  des  éçnts  dont 
e  sens  n'était  connu  que  des  seuls  initiés. 
Dans  beaucoup  de  cas,  ces  hommes  saints 
formaient  une  caste  héréditaire:  tels  étaient 
les  druides,  les  mages,  etc. 

Chez  les  nations  allophyliennes  nous  ne 
trouvons  rien  de  semblable ,  mais  nous 
voyons  régner  une  sensuelle  et  grossière 
superstition  qui  attribue  des  facultés  mysté- 
rieuses et  une  véritable  vie  à  des  objets 
inanimés.  Ce  n'est  pas  aux  mains  d'une 
caste  savante  qu'est  confiée  une  religion 
dans  laquelle  om  ne  connaît  que  les  talis- 
mans, les  charmes,  les  conjurations  :  au  lieu 
des  doctes  enfants  de  Brahma,  nous  trouvons 
des  chamans  ou  sorciers  qui  frappent  l'es- 
prit de  leurs  crédules  sectateurs  en  feignant 
des  évanouissements  et  des  convulsions,  en 
poussant  des  cris  horribles,  en  se  faisant  des 
nlessures  et  se  livrant  à  mille  actes  désor- 
donnés, de  manière  à  faire  croire  au'ils  sont 
possédés  par  les  démons  ;  tels  étaient  les 
sorciers  des  Finnois  et  des  Lappes,  les  an- 
gekoks  des  Esquimaux,  et  tels  sont  aujour- 
d'hui les  chamans  dans  toutes  les  parties  de 
l'Asie  boréale  où  le  bouddhisme  ni  l'isla-* 
misme  n'ont  point  encore  pénétré. 

L'histoire  de  ces  nations  sera  traitée  dans 
un  article  spécial  ;  pour  le  présent ,  je  m*oc* 
cuperai  de  laire  connaître  en  peu  de  mots 
les  caractères  physiques  des  nations  indo« 
européennes. 

Caractères  physiques  des  nations  européen' 
nés.  On  trouve  dans  les  ouvrages  des  au- 
teurs grecs  et  latins  certains  renseignements 
indirects  au  moyen  desquels  nous  pouvons, 
jusqu'à  un  certain  point ,  nous  faire  une 
idée  des  caractères  physiques  des  anciens 
habitants  de  l'Europe.  Ce  que  nous  en  ap- 
prenons de  cette  manière  ne  coincïde  pas  tout 
a  fait  avec  ce  que  nous  observons  aujour- 
d'hui dans  les  mêmes  races,  et ,  en  considé- 
rant comme  exact  le  témoignase  des  an- 
ciens, il  a  dû  se  produire  chez  elles  une  al- 
tération considérable.  La  possibilité  qu'une 
modification  dans  les  caractères  phvsiques 
des  nations  en  question  se  soit  opérée  sous 
l'influence  de  causes  extérieures  agissant 
pendant  une  longue  suite  de  siècles  n'a  d'ail- 
leurs rien  qui  répugne  à  la  raison. 

il  y  a  encore  une  autre  source  de  laquelle 
nous  pouvons  espérer  obtenir  des  informa- 
tions a  ce  sujet  ;  je  veux  parler  des  osse- 
ments contenus  dans  les  anciennes  sépultures 
qui  se  trouvent  en  diverses  parties  de  l'Eu<- 
rope  :  nous  avons  déjà,  comme  on  Ta  vu ,  tiré 

(i30)  Abhandl^  der  Berlin.  Akad.,  lSi8-i819. 


rand  parti  d'un  pareil  moyen ,  pour  arriver 
la  connaissance  des  caractères  physiques 
des  anciens  Egyptiens.  {Voy.  es  mot).  Ces  res- 
tes des  temps  passés  sout ,  à  la  vérité,  beau- 
coup plus  rares  et  plus  incomplets  en  Eu- 
rope que  dans  TEgypte  ;  cependant,  si  noaa 
les  prenons  tous  ensemble,  nous  les  trou^ 
vous  encore  assez  nombreux,  et  il  y  a  cer- 
tains pays  où  l'on  peut  dire  quik  sont 
très-communs.  Le  nord  de  l'Italie,  et  parti- 
culièrement les  provinces  habitées  par  les 
anciens  Toscans,  abondent  en  magnifiques 
sépultures,  dont  le  professeur  R.'-O.  Huiler 
nous  a  donné  des  descriptions.  D'après  ce 
qu'il  en  dit,  il  est  évident  que  ces  tombes 
sont  l'ouvrage  d'un  peuple  dont  les  caractères 
physiques  différaient  beaucoup  de  ceux  qae 
nous  offrent  leurs  descendants.  Nous  ex- 
trayons les  observations  suivantes  d'-uQ 
mémoire  que  M.  Muller  a  fait  paraître  dans 
les  Mémoires  de  V Académie  des  sciences  di 
Berlin  (230). 

Les  Etrusques  avaient,  autant  qu'on  en 
peut  juger,  le  visage  plein  et  arrondi ,  les 
yeux  grands,  le  nez  épais  sans  être  long,  le 
menton  fort  et  un  peu  proéminent.  Us 
étaient  de  petite  taille,  avec  la  tète  propor-> 
tionnellement  grande ,  les  bras  courts  et 
gros,  le  corps  épais  et  lourd,  en  un  mot, 
nous  retrouvons  en  eux  les  obesos  et  piV 
gués  Etruscos. 

Les  corps  des  hommes  sont  sans  barbe, 
e'est-à^ire  qu'ils  ont  le  meiitoq  tout  à  fait 
rasé  ;  ils  sont  vêtus  d'une  toge  ou  tunique 
qui  est  quelquefois  ramenée  sur  la  partie 
postérieure  de  la  tète.  Ils  ont  généralement 
une  guirlande  de  feuilles  sur  la  tète  ;  qnel-. 
ques-uns  tiennent  dans  la  main  gauche  une 

Ïietite  coupe  et  dans  la  droite  une  patère. 
Is  reposent  dans  une  posture  aisée,  le  corps 
un  peu  relevé  à  la  partie  supérieure  et  ap- 
puyé sur  le  coude  gauche,  dans  Tatlituad 
des  gens  qui  quittent  satisfaits  le  banquet 
de  la  vie.  Le  petit  doigt  de  la  main  gauche 
est  comnrunément  orné  d'un  anneau.  Les 
femmes  sont  couchées  dans  la  même  posi- 
tion que  les  hommes.  Elles  portent  une  tu- 
nique quelquefois  serrée  au-dessous  du 
sein  par  une  large  ceinture  munie  d'une 
agrafe  circulaire,  et  un  péplum  qui,  assez 
souvent,  recouvre  la  partie  postérieure  de 
la  tôte.  Dans  une  main ,  elles  tiennent  une 

Kmme  ou  quelque  fruit  semblable ,  et  dans 
utre  un  éventail.  Ces  figures  sont  sculp^ 
tées  en  ronde^bosse  sur  le  couvercle  du  sa^ 
cophage  qui  est  en  pierre  ou  en  terre  cuite; 
sur  ces  derniers,  qui  sont  ornées  d'une  va- 
riété de  couleurs,  les  figures  elles-mèmei 
sont  peintes.' Les  cheveux  y  sont  rendus  par 
une  teinte  d'un  hrui)  jaunâtre  ;  les  yeux 
sont  bruns  et  l'armure  ouïe  bouclier  sont 
d'un  noir  tirant  sur  le  bleu,  par  lequel  on  a 
voulu  rendre  sans  doute  la  couleur  du  fer. 
On  trouve  des  tumulus  sépulcraux  sur  un 
grand  nombre  de  points  de  l'Europe  or  m- 
dentale  et  septentrionale,  et  dans  le  nord  de 
l'Asie,  jusqu  au  fleuve  Yenissei  ;  ces  tom* 


KE 


D'A^TlIROrOLOGlE. 


£LR 


5S4 


beaux  eootfeonenl  les  restes  de  races  éleiii- 
les  depuis  longtemps  ou  de  races  qui ,  dans 
le  cours  des  siècles ,  ont  cbansé  de  mœurs 
et  de  pajs,  de  manière  à  ce  qu  on  ne  puisse 
plus  les  reconnaître  dans  leurs  descendants. 
Us  abondent  sur  les  tiords  de  l'Irtish  e(  du 
Yenissei ,  où  la  facilité  qu*apporlent  pour 
les  oommunieations  d'aussi  graiides  rivières 
avait  alors  accumulé  une  population  très- 
nombreuse  Jlanslenorddel  Asie,cestumulu$ 
sont  attribués  aux  Tchudes,  nation  barbare, 
d'origine  étrangère  et  ennemie  de  la  race 
slave.  Ils  diflèi^ent  i^rtainement  de  cette 
dernière  race,  et  ne  diffèrent  pas  moins  de 
celle  qui  Ta  précédée  dans  les  mêmes  lieux , 
de  la  race  tatare;  caries  tombes  des  Tatares 
et  tous  les  édifices  élevés  par  eux  indiquent 
l'usage  d'instruments  de  rer«  et  Tart  de  tra- 
vailler les  mines  de  ce  métal  a  toujours  été 
]nmr  les  nations  tatares  un  art  favori.  Des 
tirneoients  d  or  et  d'argent  d'un  travail  gro»- 
^ier,  mais  en  quantité  aliondante ,  sont  ce 
que  ToD  trouve  dans  les  tombes  sibériennes. 
L'art  de  Ikbriquer  des  ornements  en  métaux 
précieui  semble  avoir  précédé  de  plusieurs 
siècles  l'usage  du  fer  dans  les  pays  du  nord 
de  l'Asie. 

Dans  les  plaines  où  se  trouvent  ces  tom- 
bes ,  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  des  cer* 
c\es  de  pierres  levées,  comme  celles  qu'en 
£urope  on  désigne  communément  sous  le 
nom  de  pierres  druidiques ,  et  qui  ne  sont 
fias  d'ailleurs  exclusivement  propres  aux 
pars  où  l'on  sait  qu'a  régné  le  druidisme. 

Dans  l'ouest  et  dans  le  nord  de  l'Europe  ». 
il  y  a  un  nombre  prodigieux  de  tertres  tu- 
mulaires  ou  Aonroir^  On  en  a  eiaminé  un 
grand  nombre,  tant  dans  les  Ues  Britanniques 
qu'en  Danemark  et  en  Scandinarie,  et  il  est 
u>rt  à  regretter  qu'on  n'ait  pas  un  exoosé 
iiiétho^lique  6es  résultats  de  ces  rechercnes. 
£a  Angleterre,  particulièrement,  on  n'a  rieu 
fait  (l'un  peu  général  sur  ces  monuments 
considérés  par  rapport  à  notre  archéologie 
nationale ,  sur  laquelle  cependant  ils  se- 
raient propres  à  jeter  du- jour.  Ce  qui  pa- 
rait dailleurs  résulter  des  investigations 
récentes  du  professeur  Eschricht  ,  c'est 
<|ue  les  restes  sépulcraux  des  anciennes 
uations  européennes  peuvent  être  rapportés 
à  trois  périodes.  La  première  est  celle  dans 
la  |uelle  les  tumulus  élevés  pour  les  morts 
ue  contiennent  point  encore  d'ustensiles  ou 
u'omements.  en  métal  (231).  Des  anneaux, 
des  grains  de  collier  et  d'autres  ornements 
qui  ,  dans  les  contrées  voisines  de  la  Balti- 
<}ue,  sont  souvent  en  succin^des  instru- 
ments en  os,  des  tètes  de  flèches  en  silex  ou 
en  arêtes  de  poisson,  des  haches  en  pierre 
ou  en  silex,  et  divers  objets  faits  de  ces  mê- 
mes matériaux  que  nous  tronvons  avoir  été 
partout  employés  avant  la  découverte  des 
aiélaux  ,  voilà  ce  qu'on  rencontre  commu- 
nément dans  ces  sortes  de  tombes.  Tout  en 
elles  indique  l'état  d'enfance  des  arts  utiles 
qui  devaient  être  arrivés  à  peu  près  au  même 


point  où  nous  les  trouvons  chez  les  insulai- 
res de  la  mer  du  Sud. 

Les  caractères  ostéologîques  des  crânes  et 
des  autres  parties  du  squelette  que  l'on 
trouve  dans  les  tombeaux  appartenant  à  cette 
époque,  ont  quelque  chose  de  particulier  : 
ce  sont  ceux  d'une  très-ancieune  race  ba- 
layée depuis  longtemps  du  sol  par  une  autre 
race  qui  l'y  a  remplacée. 

On  peut  remarquer,  en  passant,  que  c'est  à 
cette  classe  qu'appartient  la  grande  majorité 
des  barrow»  qui  ont  été  fouillés  dans  divers 
points  des  lies  Britanniques.  Ils  sont  même 
si  nombreux  que  les  archéologues  croient 
généralement  que,  jusqu*à  l'époque  de  l'in- 
vasion romaine,  les  tombes  des  Celtes  étaient 
toutes  ainsi.  Cependant  on  en  a  trouvé,  tant 
dans  la  Grande-Bretagne  qu'en  Irlande ,  qui 
appartiennent  à  la  classe  suivante. 

La  seconde  classe  de  tumulus  appartient 
évidemment  à  une  époque  postérieure  à 
celle  dont  il  vient  d'être  Question.  11  n'est 
pas  rare  d'y  trouver  des  fplaques  d'or  ,  des 
anneaux  d  or  ou  de  cuivre ,  différents  orne- 
ments de  bronze  ;  quelquefois  on  y  a  décou- 
vert des  épées  ou  des  lames  en  airain,  mais 
jamais  d'instruments  en  fer  ou  de  sculptu- 
res qui  indiquassent  l'usage  d'instruments 
de  ce  métal. 

Les  tombes  appartenant  à  la  troisième 
classe  renferment  des  instruments 'en  fer; 
elles  sont  évidemment  d'une  époque  plus 
récente  que  celles  qui  contiennent  des  ob- 
jets en  or  ou  en  cuivre. 

Les  tertres  tumulaires  présentent  encore  « . 
suivant  qu'ils  appartiennent  à  l'une  ou  à 
l'autre  des  trois  catégories  que  nous  venons , 
d'indiquer,  quelque  chose  m  différent  dans 
leur  disposition  intérieure;  mais  c'est  un 
point  sur  lequel  il  serait  faors  de  propos  de 
s'arrêter  dans  un  ouvrage  de  la  nature  de 
celui-ci. 

Le  but  que  je  me  suis  proposé  en  rappe- . 
lant  ces  faits  est  d'appeler  l'attention  sur  la 
série  ostéologique  que  l'on  pourrait  établir 
au  moyen  des  restes  que  nous  offrent  ces 
différents  iwnuluê.  Il  y  a  toute  raison  de 
croire  qu'en  recueillant  et  classant  couve-- 
nablement  les  ossements  trouvés  dans  les 
trois  classes  de  sépultures  dont  nous  venons 
de  parler,  on  arriverait  à  former  une  série 
historique  qui  nous  donnerait  les  princi- 
paux caractères  des  races  appartenant  aux 
trois  époques  correspondantes. 

En  Danemark  ,  comme  nous  l'apprenons 
par  les  remarques  du  professeur  E^hricht , 
les  crânes  et  autres  os  que  l'on  trouve  dans 
les  bamnts  de  la  plus  ancienne  série  ont 
quelque  chose  de  particulier.  Le  crâne  est 
ample  et  bien  développé  ;  le  front  est  bombé 
et  assez  spacieux  ;  les  os  du  nez  sont  proé- 
minents. De  plus,  dans  une  tête  dont  M.  F$«^ 
chricht  a  donné  la  description ,  les  arcaces 
zygomatiques  sont  grandes  et  coudées  vers 
le  milieu ,  de  sorte  que  deux  lignes  qui 
partiraient  de  leur  bord  externe  et  s'appuie- 


t&î)  Le  MBoirp  ils  profiesiaur  Etchriclii  a  été  poMié  dact  vn 


daoois  iotitolé 


Fol' 


883 


EUR 


DICTIONNAIRE 


EUR 


S5C 


raientsur  le  crAne,convergerAientYers  le  ver* 
texyce  qui  donne  au  crâne  un  peu  de  la  forme 
pyramidale.  On  peut  remarquer  encore  aue 
les  yeux  étaient  enfoncés ,  avec  'ies  arcaaes 
sourcillères  très -saillantes  et  des  orbites  très- 
profondes.  Un  autre  caractère  très-remar* 
auable  de  ces  crânes,  c'est  leur  forme  arron- 
ie  qui  approche  de  la  figure  sphérique. 

Par  ces  deux  derniers  traits,  les  crânes  des 
plus  anciens  tumulus  se  rapprochent  jusqu'à 
un  certain  point  de  la  forme  particulière  aux 
nations  du  nord  de  l'Asie  ,  c'est-«à-dire  aux 
Mongols,  aux  Esquimaux,  etc.  ;  cependant 
les  traits  plus  importants  que  nous  avons 
signalés  d'abord  ne  permettent  pas  de  les  rapr 
porter  à  un  autre  type  qu'à  la  lorme  de  tète 
ovale  et  développée  qui  est  commune  aux 
nations  de  l'Europe  et  de  l'Asie  occidentale. 
Ce  sont  probablement  des  crânes  apparter 
nant  aux  races  celtiques,  et  ceu^  des  tumu- 
lus danois ,  en  particulier ,  des  crânes  de 
Cimbres. 

Les  tombes  qui  contiennent  des  ornements 
en  métaux  précieux  paraissent,  ainsi  nue 
nous  l'avons  dit ,  dater  d'une  époque  plus 
récente,  mais  on  ne  sait  pas  bien  si  elles  ont 
été  construites  par  des  hommes  appartenant 
à  la  même  race  que  les  premiers.  Celles  où 
l'on  trouve  des  instruments  en  fer  sont  de 
date  postérieure  à  l'arrivée  des  nations  ger- 
maniques ,  nations  qui ,  à  ce  qu'il  parait , 
connurent  très-anciennement  1  usage  de  ce 
métal. 

Il  ne  parait  pas  que,  pour  la  couleur  de  la 
peau,  il  y  eût  une  différence  bien  marquée 
entre  les  Celtes  et  les  Germains;  quant  à  la 
couleur  des  cheveux  ,  il  parait  que  chez  ces 
derniers  le  roux  était  plus  commun ,  tandis 
que  chez  les  autres  le  blond  clair  était  la 
teinte  dominante  ;  cela  a  été  nié  par  plu- 
sieurs écrivains  modernes,  mais  le  témoi- 
gnage des  anciens  est  positif  à  cet  égard.  Je 
ne  répéterai  pas  ici  la  longue  liste  d'auteurs 
cités  par  Pricnard  en  preuve  de  ce  fait  (232), 
mais  je  me  contenterai  de  donner  un  pas^ 
sage  d'Ammien  Marcellin  qui  avait  vécu  en 
Gaule  et  devait ,  par  conséquent ,  savoir  de 
quelle  couleur  étaient  les  Celtes. 

n  Les  Gaulois,  dit  Ammien,  sont  presque 
tous  de  haute  taille,  très-blancs  ,  avec  des 
cheveux  rouges  et  des  yeux  aux  regards  fa^ 
rouches;  ils  sont  d'un  naturel  querelleur, 
hautains  et  insolents  dans  leurs  manières. 
Une  troupe  entière  d'hommes  d'autres  pays 
ne  tiendrait  pas  tète  à  un  Gaulois  ,  surtout 
s'il  a  pour  second  dans  la  bataille  sa  robuste 
femme  aux  yeux  bleus,  qui ,  les  veines  du 
cou  enflées,  serrant  les  dents ,  brandissant 
en  l'air  ses  gros  bras  blancs  ,  se  servant 
même  comme  armes  offensives  de  ses  pieds 
aussi  bien  que  de  ses  poings ,  fait  pleuvoir 
les  coups  aussi  raide  que  les  pierres  lancées 

(352)  Ainsi  on  lit  dans  le  huitième  livre  de 
VÀnéide  : 

Galli  per  domos  aderant ,  arcemque  tenebant, 
AuREÂ  C45SARIE8  0LLI8,  atque  aurea  venU  ; 
Vir^U  lucent  saguliê;  tum  iactea  colla 
Auro  innectuntur  :  duo  quisque  Alpina  coruscant 


par  la  catapulte.  Le  son  de  leur  voii  a  presr 

Sue  toujours  quelque  chose  de  terrible  et 
e  menaçant,  même  quand  ils  parlent  sans 
colère.  Tous  les  âges  sont,  parmi  eux,  répa^» 
tés  propres  à  la  guerre.  Un  vieillard  prend 
les  armes  avec  un  cœur  aussi  ferme  qu'ua 
homme  dans  la  fleur  de  l'âge,  et  ses  mem- 
bres endurcis  par  le  firoid  et  par  le  travail 
le  portent  encore  avec  vigueur.  Us  mépris 
seqt  le  danger,  et  l'on  ne  voit  point  parmi 
eux  des  hommes  comme  ceux  qu'en  Italie 
nous  appelons  par  dérision  mavci ,  qui  se 
coupent  le  pouce  par  peur ,  afin  d'échapper 
au  service  militaire.  Les  Gaulois  aimeot 
beaucoup  le  vin  et  ont  inventé  plusieurs 
autres  boissons  enivrantes  (233)  ;  on  Yoit 
quelauefois  chez  eux  des  hommes  apparte<! 
nant  a  la  plus  basse  classe,  dont  l'habitude 
de  l'ivrognerie  a  hébété  les  sens  »  et  doot 
elle  a  fait  de  véritables  idiots.  » 

Les  Germains  sont  représentés  comme 
ayant  la  tète  forte  et  le  front  large  ;  il  est  par- 
tout question  de  leurs  cheveux  roux  et  de  leurs 
yeux  bleus;  et  ces  caractères  leur  sont  as- 
signés comme  constants,  non -seulement  oar 
les  poëtes ,  mais  par  les  écrivains  les  plus 
exacts  en  ce  oui  concerne  les  faits.  Ainsi 
Ammien  Marcellin  mentionne  les  conm  ru- 
tilante ex  more  des  Alemanni  >  c'est-è-<iir( 
des  Germains  du  haut  Rhin 

11  parait  certain  que  par  la  couleur  de  \i 
peau,,  par  celle  des  cheveux,  de  la  barbe,  e] 
des  yeux ,  les  anciennes  races  qui  peui^li^ 
rent  les  parties  septentrionale  et  occiden- 
tale de  1  jËurope  appartenaient  toutes  à  (r 
que  nous  avons  appelé  la  variété  blonde  eu 
parlant  des  différences  de  teint  qui  s'obser- 
vent de  nos  jours  chez  les  Européens ,  or, 
ce  n'est  nullement  aujourd'hui  le  cas  pour 
la  grande  masse  des  populations  qu'on  su])- 
pose  en  être  descendues.  Daas  une  chroiii- 
que  poétique  que  le  docteur  O'Connor  con- 
sidère comme  le  plus  ancien  poëme  hislori- 
que  existant  dans  la  langue  gaélique ,  le 
barde  s'adresse  au  peuple  e^  cçs  termes  : 

A  eolca  Albain  uile 

A  shluagh  fêta,  folt-buidhc. 

ce  qu'on  a  traduit  ainsi  ; 

Vo»  docti  Albani  omneê, 

VoM  exerciluê  peritorum  fiavo^omatoru». 

Cette  apostrophe,  à  ce  que  l'on  suppose, 
était  adressée  aux  montagnards,  à  la  cour  de 
Malcolm  III,  A.  D.  1057.  La  tradition  nou* 
représente  constamment  les  Gaels  connue 
des  hommes,  à  cheveux  blonds.  Çuivapl  ie5 
anciennes  légendes  qui  contiennent  i'in>- 
toire  des  rois  de  Firbolg ,  un  de  ces  rois 
était  nommé  Fiacha  Cinnfionnan.  Or ,  «nn- 
fionnan  signifie  tètes  blanches,  et  comme  le 
remarque  Keating ,  le  célèbre  historien  ir- 

Cœsa  manu,  tcutis  proUeti  corpora  longit. 
Et  Claiidien  {in  Rufinum)  dit  : 

Inde  truce»  flavo  comitanlur  eorpore  f»aUi 

(235)  Probablement  du  cidre,  de  la  bière,  du  né 
thégliir. 


SS7 


ECR 


DWNTHROFOLCeiE. 


EIR 


landais,  le  peuple  était  désigné  par  ce  nom , 
parce  que  la  plupart  des  Irlandais  à  cette 
époque  étaient  remarouables  par  la  couleur 
très-claire  et  presque  manche  de  leurs  che- 
teax. 

Si  les  Beo$sais,  au  temjis  du  roi  Malcolm, 
étaient  une  race  blonde ,  ils  ont  aujourd'hui 
perdu  ce  caractère,  aussi  bien  que  leurs  com- 
patriotes les  Calédoniens  ,  et  que  les  Ger- 
n^ains  et  les  Gaulois  du  continent.  Les 
montagnards,  maintenant,  ne  peuvent  être 
en  aucune  façon  considérés  comme  apparte- 
nant à  la  tariété  bhnd^.  Dans  certains  dis- 
tricts particuliers  et  dans  quelques  Tallées 
duliaut  jpajs,  on  a  remarqué  que  la  majorité 
des  habitants  a  les  cheveux  roux  ;  mais  cela 
a  été  observé  pour  des  points  trèsncircons- 
erits,  et  où  il  n  y  a  d'ailleurs  rien  qui  puisse 
faire  supposer  une  colonisation  étrangère. 
Dans  presque  toute  la  partie  occidentale,  les 
montagnards  ont,  en  général,  des  cheveux 

tlats,  d'un  brun  foncé ,  avec  un  teint  assez 
run ,  mais  avec  des  yeux  gris.  Un  homme 
À  cheveux  très-noirs  et  bouclés ,  avec  des 
veux  noirs,  se  remarque  tout  de  suite  comme 
iaisant  contraste  avec  la  masse  de  la  popu- 
lation ;  dans  les  lieux  où  ces  cas  exception- 
nels sont  fréquents,  on  rencontre  également 
des  cas  de  Texception  opposée ,  c*est^-dire 
des  hommes  à  peau  oecidément  blanche 
arec  des  cheveux  blonds  on  roux. 

n  paratt  parfaitement  prouvé  que  la  cou- 
leur dominante  aujourcThui   dans  les  Iles 
Britannigues  diffère  d'une  manière  notable 
d'»  celle  de  toutes  les  races  qui  ont  concouru 
h  former  la  population  actuelle.  Nous  avons 
vu,  en  eOeS,  que  les  anciennes  tribus  celti- 
ques a))partenaient  à  une  raee  blonde ,  et 
tels  étaient  aussi  les  Saxons  ,  les  Danois  et 
les  Normands;  enfin  les  Calédoniens  et  les 
Gaels  é'iiient  encore  des  hommes  à  peau 
S»lanche  et  à  cheveux  blonds,  et  cependant  il 
s'en  faut  de  beaucoup  que  chez  les  descen- 
dants mêlés  de  ces  races  aux  yeux  bleus  ,• 
cv's  particularités  forment  un  caractère  cons- 
tant. Au  reste,  les  Bretons  avaient  dérié  de 
la  couleur  des  Celtes  dès  le  temps  de  Stra- 
bon  ;  car  cet  écrivain  remarque  qu'ils  sont 
moins  blonds  que  les  Gaulois,  qu'ils  ont  une 
plus  haute  taille,  mais  qu'ils  ne  sont  pas 
aussi  bien  faits  de  corps  et  ne  paraissent  pas 
aussi  dnpos.  En  preuve  de  cette  assertion  il 
dit  :  «  Nous  avons  vu  à  Rome  de  jeunes 
hommes  de  Bretagne  qui  surpassaient  d'un 
demi-pied  en  hauteur  les  hommes  de  la 


Elus  grande  taille,  mais  qui  avaient  les  jam*> 
es  cagneuses  et  le  corps  mal  proportionné... 
Leurs  manières,  ajoutcrt-il ,  ressemblaient , 
dans  quelques  points,  à -celles  des  Gaulois, 
tandis  que  dans  d  autres,  elles  étaient  plus 
simples  et  plus  barbares.  > 

Ce  n'est  pas  seulement  chez  les  deseen-. 
dants  de  vieux  Bretons  que  nous  pouvons 
observer  de  semblables  changements;  les 
Germains  ont  aussi  varié  de  complexion. 
Dans  les  rilles  surtout,  le  peuple  est  loin  de 
nous  représenter  Tandenne  race  aux  che-. 
veux  roux  ;  ce  n'est  pas  même  r^  qu'on  peut 
appeler  une  race  de  blonds.  Or,  comme  ce 
changement  s'est  opéré  plus  particulière^ 
ment  dans  les  rilles,  nous  sommes  jusqu*à 
un  certain  point  autorisés  à  conclure  qu'il 
dépend  en  partie  des  habitudes,  de  la  ma- 
nière de  vivre  et  de  la  nourriture.  Les  rilles 
sont  des  lieux  chauds  et  secs,  comparative- 
ment à  la  campagne;  la  campagne  elle- 
même,  telle  que  l'ont  fiiite  les  défrichements 
et  les  travaux  de  l'agriculture,  est  beaucoup 
plus  sèche  et  plus  chaude  que  n'étaient  les 
lorêts  et  les  marécages  dont  se  composait 
presque  entièrement  l'ancienne  Germanie. 
L'altération  du  caractère  physirpie  de  la  po- 
pulation doit  être  attribuée  à  l'altération 
qui  a  eu  lieu  dans  les  conditions  extérieures 
sous  Tinfluence  desquelles  rit  la  race  pré- 
sente (234). 

Des  caractères  physiques  des  Slaves.  —  Nous 
ne  possédons  pas  sur  les  Slaves  d'observa- 
tions faites  avec  assez  de  soin  pour  être  en 
état  de  déterminer  s'il  y  a  chez  eux  quel- 

Sues  particularités  caractéristiques  qui  les 
istingucnt  des  autres  Européens;  mais  si 
ces  particularités  existent ,  elles  ne  doivent 
pas  être  de  nature  à  frapper  beaucoup  ,  ni 
très-aisées  à  apercevoir.  Il  existe  entre  les 
diverses  tribus  de  cette  race  des  différences 
qui  paraissent  dépendre  uniquement  du  cli- 
mat et  des  circonstances  locales,  et  qui  ce- 
pendant sont  beaucoup  [plus  grandes  que 
celles  qu'on  pourrait  signaler  entre  les  na- 
tions slaves  prises  en  ^nasse  et  les  autres 
nations  européennes.  Dans  les  provinces  du 
sud-est ,  les  Slaves  ont  la  |)eau  brune ,  les 
cheveux  et  les  yeux  noirs  :  tels  sont  les 
Croates,  les  Serviens  etpes  Slaves  proprement 
dits  ou  Esclavons.  Les  Polonais  ne  présen- 
tent pas  la  même  uniformité,  mais  on  trouve 
chez  eux  beaucoup  d'hommes  dont  les  che- 
veux et  les  yeux  sont  de  couleur  foncée.  Les 
hommes  de  cette  nation  sont  en  général 


(234)  Les  iMient  Gemaiiis  avaient  toos  les  jeux 
hlesÊS  et  les  chereax  blonds  oa  roox,  c*esl-à-dire 
Boe  coDSlitation  de  Mouds  des  mieux  prononcées. 
Aujourd'hui,  dit  Nîebhar,  dans  ooe  grauide  partie  de 
FAllema^ne,  rien  n*est  moins  commun  qu'une  telle 
cofBplexM».  Je  pois  assorpr,  d'après  ma  propre  ob- 
MTTatiOD,  que  les  Germains  de  nos  jours  sont  loin 
d*étre  «ne  race  bkmde.  J'ai  vu,  à  Frandori-sur-ie 
lieu ,  on  nombre  eonsidérable  d'hommes  réonis 
daas  une  immense  salle,  et  j'ai  remanpié  qn'à  Tex- 
erpûoet  de  dem  oo  trois  individus,  qui  écaieni  des 
Anflais,  H  n'y  aTaît  pas,  dans  le  nombre,  un  seul 
b'fame  qui  n  eAt  les  cheveux  de  couleur  foncée.  Le 
choraficr  Bnnsen  ma  dît  qu'il  avait  cherché  en  Tain 


les  cberdures  dorées  et  les  yeux  d'azur  des  anciens 
Germains,  el  qu'il  n'avait  jaûnals  pu  trouver  les  ori- 
ginaux des  portraits  que  les  anciens  ont  donnés  de 
ses  compatriotes  jusqu'au  temps  où  il  visita  la  Scan- 
dinavie; là,  il  se  trouva  au  milieu  des  Germains  de 
Tacite.  Evidemment,  Niebhnr  a  raison  de  soutenir 
que  les  caractères  physiques  de  la  population  ont 
changé  :  quelques  modifications  dans  les  drcois- 
tances  extérieures  sous  rinfluence  desquelles  la  race 
a  existé  ont  amené  une  modification  dans  ses  ca  • 
ractéres  phvsiques.  Le  c!inial  de  la  Germanie  a,  de 
fait,  chance  notablemeul  depuis  que  le  pays  a  été 
dépouillé  de  ses  forêts.  iPaïf  hakd.) 


»^ 


Wfk 


dlCTIONNAllŒ 


ELR 


U^ 


grands  et  bien  faits.  Les  Russes  du  nord 
çont  trè^-blancs.  M.  Tooke  remarque  que 
les  paysans  russes  ont  souvent  les  cheveux 
chAtain-clair,  blonds  ou  roux  ;  or  ce  carac- 
tère chez  eux  n'est  pas,  comme  quelques 
auteurs  Too.t  supposé,  le  résultat  d  un  croi- 
sement avec  la  race  Qnnoise  ;  il  est  beaucoup 
trop  général  pour  dépendre  d'une  cause  par- 
Xielie  et  acciuQntelle  comme  celle-là.  Ce  qui 
prouve  bien  que  lia  complexion  des  Russes 
du  Nord  n'est  point  le  résultat  d'un  mélange 
avec  des  étrangers,  et  particutièrement  avec 
des  Finnois ,  c'est  que  d'autres  nations  sla- 
ves qui  n'ont  jamais  vécu  dans  le  voisiqage 
d'aucune  tribu  (innoise  offrent,  et  à  un  plus 
haut  degré  encore,  la  même  particularisé; 
c  est  ce  que  nous  montrent,  par  exemple,  les 
l^lovaks. 

Les  Slovaks  soBt^  comme  nous  l'avons  vu^ 
les  anciens  habitants  slaves  de  la  Parinonie 
ou  Hongrie.  Ils  occupaient  fort  ancfenne^ 
ment  ce  pays  %  et  probablement  ils  sont  les 
descendant!  des  anciens  Sarmales  Ja^izes 
qui  en  étaient  en  possession  au  temps  d  Am«> 
mien.  Quoi  qu'il  en  soit  de  cettQ^  supposi-^ 
tion ,  on  sait  qu'ils  peuplaient  la  Paunonie 
^  l'époque  où  elle  fut  envahie  par  les 
Magyars ,  Ugriens  ou  Hongçx)is«  Ce  peuple ,. 
qui  a  don,né  son  nom  au  pays,  chassa  le$  Slo- 
vaks  des  provinces  centrales  qui  sont  les 
plus  fertiles,  et  les  repoussa  dans  les  terres 
ingrates  et  montagneuses  voisines  de  la 
chatnedes  Karpathes  ,  où  leuçs  descendants 
sont  restés  jusqu'à  ce  jour.  Les  Slovaks,  qui 
forment  encore  une  partie  considérable  de 
la  population  de  la  Hongrie  ^  ont  été„  il  y  a 
peu  (Tannées  ,  l'objet  des  observations  d  iin 
voyageur  anglais  auquel  nous  devons  de 
bons  renseignements  sur  leurs  caractères 
physiques  et  sur  leurs  habitudes.  Nous  sa- 
vons, d'après  ce  qu'il  nous  a  appris ,  que  ce 
sont  en  général  des  hommes  de  mo/enne 
taille,  mais  fortement  bâtis;  leur  teint  est 
blanc,  leurs  traits  sont  lourds  et  grossiers , 
à  demi  voilés  par  c^e  longs  cheveux  d'un 
blond  filasse.  Dans  quelques  districts  on 
rencontre  des  individus  dont  les  traits  sont 
beaux  et  les  proportions  élégantes.  Les  fem^; 
mes  des  paysans  sont  jolies  pendant  leur 
première  jeunesse ,  :mais  les  rudes  travaux 
auxquels  elles  sont  condamnées  et  l'exposi- 
tion au  soleil  leur  enlèvent  bientôt  toute 
leur  beauté.  Les  hommes  sont  indolents  et 
paresseux,  et  fort  inférieurs  aux  Magyars 
sous  Je  rapport  de  l'énergie  et  de  J  acti» 
vite. . 

Cette  description  des  Slovaks  modernes» 
coïncide  tout  à  fait  avec  ce  aue  Procope  nous 
apprend  des  Antes  et' des  Sclavènes  de  son 
temps.  «  Ces  deux  peuples,  dit-il,  parlent 
la  même  languciqui  est  une  langue  très^bar^ 
bare,  et  ils  ont  aussi  dans  Taspect  extérieur 
la  i)lus  grande  ressemblance  ;  car  ils  sont , 
les  uns  commu  les  autres,  de  grande  taille, 
et  remarquablement  robustes;  ils  ont  aussi 
la  même  couleur  de  peau;  quant  à  la  cou* 
Jeur  de  leurs  cheveux,  elle  n  est  ni  très-fon- 


cée ni  très-p&le,  et  chez  tous  elle  tire  plut6t 
vers  le  rouge.  » 

Caractères  physiques  des  Grecs.  —  Chacun 
sait  que  la  plus  belle  forme  du  crâne  hu- 
main, le  plus  beau  dévelop})ement  du  froat, 
est  celui  que  nous  offrent  certains  produits 
de  l'ancien  art  grec.  On  a  même  supposé 
que  les  sculpteurs  célèbres  qui  nous  ont 
laissé  ces  tètes  au  noble  profil  ne  s'étaient 
pas  contentés  de  copier  les  beaux  types  gue 
la  nature  pouvait  leur  offrir,,  et  qu'ifs  avaient 
exagéré  certains  caractères,  c*est  à-dire  qu'ils 
avaient  idéalisé  leurs  Ggures;  mais  cest 
une  opinion  qui  a  été  réfutée  victorieuse- 
ment par  Blumenbach,  tant  dans  les  Mémoh 
res  (IfiGœUingue  que  dans  les  notes  dejsa 
sixième  d'cade  (235).  Voici- comment  il  dé* 
crit  un  crâne  grec  de  sa  collection  :  Fora.a 
calcariœ  subgtobosq^majrUlçe  superioritoi- 
sibussub  nartum  ajferturis  fere  ad  perptudi- 
culiun  coadunatiSfJugalibus  ossibus  mod'ue 
et  concinne^  declivibus,  ariificum  laudalU 
proxima:  signis.  Cette  tête  grecque  et  uoe 
autre  qui  appartient  à  la  race  toujours  bar- 
bare et  toujours  ignorante  des  GéorgieBs 
sont,  nous  Jit-il,  les  plus  belles  de  toute  ià 
collection  ».  composée  de  17Q  ccjSines  de  ua- 
tioas  différentes. 

Dans  la  tête  de  l'Apallon  du  Belvédère, 
nous  avons  probablement  un  bon  modèle 
de  la  physionomie  nationale  des  Grecs  an- 
ciens,. 

Chez  les  Grecs  ^  la  couleur  de  la  peau  et 
des  cheveux  variaient  autant  que  chez  les 
autres  Européens  ,  comme  nous  le  savons 
pertinemment  par  les  auteurs  auciens.  Les 

épithètes  de  («yOoi,  irv^/S^è,  xuav-x^^ixaif  y^viir 

ïr4r!f ç,  aux  cheveux  blonds,  roux  ou  noirs , 
aux  yeux  bleus...  et  beaucoup  d'autres  ei- 
pressions  semblables ,  nous  prouvent  quil 
existait  autrefois  chez  les  Grecs  la  même  ya- 
riété  de  couleur  <jue  l'on  observe  aujour- 
d'hui chez  les  nations  du  sud  de  l'Europe , 
.surtout  dans  les  pays  où  le  climat  est  mo^ 
diQé  par  certaines  configurations  du  sol  ou 
par  l'élévation,  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer.  Les  Grecs  modernes  paraissent  avoir 
cela  de  commun  avec  leurs  ancêtres  et  avoir 
également  hérité  de  cette  beauté  de  formw 
pour  laquelle  ceux-ci  étaient  célèbres.  Pou- 
queville  nous  assure  que  les  modèles  qui 
ont  inspiré  Apelles  et  Phidias  se  retrouvent 
encore  parmi  les  habitants  de^  la.  Morée. 
«K  Ils  sont  généralement  grands  et  bien  faits, 
leurs  yeux  sont  pleins  de  feu ,  leur  bouche 
est  admirablement  bien  formée  et  garnie  des 
plus  belles  dents.  Cependant,,  quoiquon 
puisse  dire  généralement  de  tous  qu'ils  sont 
beaux,  il  y  a  parmi  eux  des  degrés.  Lesfero* 
mes  de  Sparte  sont  blondes,  sveltes,  et  ont 
de  la  noblesse  dans  le  maintien.  LeS  femmes 
du  Taygète  ont  le  port  de  PaJlas  lorsqueile 
portait  au  milieu  des  combats  sa  redoutable 
égide.  La  Messénienne  se  fait  remarquer  f)«f 
son  embonpoint;  elle  a  les  traits  réguliers» 
de  grands  yeux  et  do  loo.^s  cheveux  noirs. 
L'Arcadienne,  cachée  sous'de  grossiers  vW 


(S&(3)  Colkclhnes  suœ  cruniorum  diversarum  genlium  illuslraéœ,  decas  tij  GœUiiigue,  lâiO,  |>.  <J- 


\l 


su 


PàG 


B^AMTHIUIPOLOGIE. 


WAÙ 


f^ 


méats  de  laine,  laisse  à  peine  apereeyoir  la 
régularité  de  ses  fonnes,  mais  son  yisage  ex- 

Enoie  Tinnocence  et  la  pureté  de  1  Ame, 
bastes  arant  le  mariage,  les  femmes  de  Mo* 
rée  devenues  é|M>uses  prennent  un  caractère 
de  vertu  qui  va  jusqu'à  Faustérité.  Bu  temps 
de  Pouquevilie,  les  lémmes  grecques  étaient 
extrêmement  ignorantes  et  sans  aucune  cnl* 
ture  intellectuelle,  dit  -il ,  la  musique  et  la 
danse  paraissaient  leur  avoir  été  enseignées 
par  la  nature.  Ce  qu'il  y  a  de  bop  dans  le 
caractère  des  Grecs  parait  être  dû  eh  partie 
à  la  manière  indulgente  dont  ils  sont  traités 
dans  leur  jeune  âge.  Dans  ce  pays,  les  en^ 
ianls  s'élèvent  et  grandissent  dans  une  com- 
plète liiierté,  comme  ces  plantes  vigoureuses 
qui  naissent  spontanément  d*uu  sol  fertile  ; 
ils  ne  sont  jamais  traités  durement  comme 
le  sont,  dans  des  {>ajs  plus  civilisés ,  les  en*9 
tauts  des  classes  inférieures  et  leur  figure 
pe  porte  jamais  I4  trace  d'un  sentiment  de 
peine.» 


Le  même  [auteur  a  dépeint  les  nabitauta 
de  Sparte  :  «t  Les  Laconiens,  dit-il,  difièrent 
de  port  aussi  bien  que  de  mœurs  de  leurs 
voisins  les  Arcadiens  ;  ces  derniers  portent 
la  panetière  et  la  boulette  et  mènent  una 
vie  toute  pastorale;  les  babitauQts  de  Sparte ^^ 
au  contraire  ,  ont  la  passion  des  combats  ; 
leur  caractère  est  vii^  et  turbulent ,  peu  de 
chose  suffit  pour  les  irriter.  »  M.  Pouque*t 
ville  parle  des  longs  cheveux  blonds  des 
femmes  de  Sparte,  de  leur  air  imposant  et 
de  leur  pert  ma^jestueux  ,  de  F^léganee  de 
leurs  formes,  de  Ta  régularité  de  leurs  traits, 
de  Texpression  animée  de  leurs  grands  veux 
bleus  bordés  de  longs  cils.  Les  hommes^^ 
parmi  lesquels  on  trouve  quelques  blonds,, 
sont  de  haute  stature  ;  leurs  traits  sont  mâles 
et  réguliers  ;  ils  ont  conservé  quelque  chosa 
des  Doriens  de  Tancienne  Sparte. 

EVOLUTION  (SvsTKME  j>e  i/).  Toy.  Géhé^ 

BATIO?!. 

EXCLAMATIONS.  Toy.  Voix. 


F 


FACULTÉS  DE  LHOMUE.  -»  Dépourvu, 
dans  son  organisation ,  d'armes  oiTensives  et 
défensives  ;  moins  fort ,  moins  agile ,  moins 
vite  à  la  course  que  les  nombreux  carnas- 
siers qui  meuacept  son  existence  ;  privé  de 
toute  défense  naturelle  contre  .l'inclémence 
des  saisons  et  les  rigueurs  des  climats; 
avant  besoin  de  modifier  tout  ce  gui  lui  est 
nécessaire  ou  utile,  Fhomme  ne  vit  et  ne  se 
soutient  dans  la  nature  que  par  son  intelli- 
gence, il  est  donc  né  pour  ronnaiire  (236). 

Les  animaux  sont  dirigés  par  des  impul- 
sions instinctives  qui  assurent  leur  conser- 
vation ;  ils  naissent  dans  un  élat  de  perfec- 
tion absolue  et  n*ont  rien  à  apprendre  des 
autres  individus  de  leur  espèce  ;  ils  peuvent 
donc  exister  isolément.  L'homme,  au  con- 
traire, est  dépourvu  d'instinct,  et  à  part  quel- 
ques mouvements  du  corps  que  des  pres- 
sants besoins  eipgent  et  que  la  nature  a,  par 
cela  même,  dérobés  à  un  jugement  trop  tar- 
dif (i37) ,  la  raison  seule  préside  è  tous  ses 
actes.  Mais  il  naît  ignorant ,  imparfait;  il  ne 
s*instruit  et  ne  se  perfectionne  qu'avec  ses 
semblables;  il  ne  saurait  donc  vivre  isolé(238). 
Ce  n'est  en  effet  que  par  ses  rapports  avec 

(236)  S*il  est  né  poor  connallre,  il  est  né  poar 
penser  :  donc  l^bomme  qui  médite  n*est  polnl  un 
mwimai  dépntvé^  comme  Ta  dit  le  philosophe  de  Gé- 
nère. (Diu.  $ur  t origine  et  les  fandemenU  de  ri- 
mégmliié  pmrmi  le»  hommes.) 

(237)  Tels  sont  les  moavemente  de  succion  du 
ooaveaa-Bé,  rabaissement  subit  de  la  paupière  supé- 
rieure lorsque  rœit  est  menacé  de  quelque  atteinte, 
le  laoovemeal  des  ni«nbres  supérieurs  en  avant 
dans  les  chutes  selon  cette  direction. 

<:238)  Si  Tespéce  humaine  vivait  disoersée  comme 
les  bmtes,  et  que  les  individus  qui  la  composent 
ii*ees6ent  entre  eux  aucune  relation,  il  est  évident 
«lamelle  B*aurait  point  de  bneage  articulé ,  ou  du 
■loiiis  sa  langue  serait  renfermée  dans  de  très- 
éimites  llmiies.  L*homme  penserait  par  le  secours 
à^^  images  pluiét  qnc  par  celui  des  root^,  et  son  in- 


eux  et  par  la  transmission  qu^ils  lui  font  de 
leurs  lumières ,  qull  acquiert  et  étend  ses 
connaissances,  qiiïl  subjugue,  détruit  ou 
relègue  au  loin  ses  nombreux  ennemis,  qu'il 
se  met  à  fabri  de  Tâpreté  des  frimas ,  ^ui\ 
modifie  selon  ses  besoins  tout  ce  qui  1  en- 
toure; la  vie  sociale  est  donc  pour  lui  une 
rigoureuse  nécessité. 

Aussi  Tbomme  nVt-il  jamais  été  trouvé 
seul,  àmoins  quequelque  acx;ident  insurmon- 
table  ne  Tait  arraché  de  la  société  dont  il  iai* 
sait  partie,  et  si  alors  il  a  pu  exister  pendant 
un  temps  plus  ou  moins  long  sépare  de  ses 
semblables ,  ce  n*est  que  par  un  reste  des 
secours,  soit  physiques ,  soit  intellectuels, 
qu'il  avait  puisés  auprès  d'eux.  Les  peuples 
qu'on  appelle  sauvages  et  qu'on  regarde  avec 
si  peu  déraison  comme  dans  Vétat  de  nature^ 
se  trouvent,  au  contraire,  dans  une  situation 
entièrement  anti-nalurelle^  et  d'autant  plus 
opposée  à  leur  destination  primitive  qu'ils 
diffèrent  davantage  par  leur  peu  de  lumières 
des  sociétés  les  plus  parfaites  (239). 

Ce  sont  des  êtres  dégénérés,  dégradés,  des 
débris  malheureux  d'anciens  corps  sociaux 
dispersés  par  quelques  grandes  catastrophes 

telligence  serait  extfémement  bornée.  Or,  comnio 
il  n*a  ni  Tinstiiict  conservaleur  des  animaux,  ni, 
dans  son  organisation,  les  moyens  d*échapp^  aux 
nombreux  dangers  qui  renvironnent,  il  s*euMiit  né- 
cessairement qn*il  ne  pourrait  exister. 

(239)  L'homme,  conune  nous  venons  de  le  voir, 
est  né  pour  comuntre^  c'est-à-dire  pour  donner  à  son 
inleUigence  tout  le  développetnent  dont  elle  est 
SHscoAible.  Or,  ce  dévelcppement  ne  |»eui  s*efiectner 
que  dans  la  vie  sociale.  Uonc  celle  vie  est  son  état 
naturel;  donc  plus  il  en  est  éloigné,  plus  aussi  il  se 
trouve  dans  une  situation  opposée  a  sa  véritable 
nature;  donc,  enfin,  le  véritable  homme  de  la  nm- 
inre  est  Phomme  civilisé^  éclairé,  et  son  état  le  pins 
parfait  est  celui  on  il  jomt  à  toutes  les  connaissan- 
ces qu'il  peut  acquérir,  celle  de  tous  ses  dévoies,  et 
où  il  les  remplit  avec  la  plus  sévère  exactitude. 


us 


FAC 


MCnONNAIBE 


PAC 


Ml* 


1 

pudes  doscendants  de  quelques  familles  qui, 
dans  des  temps  plus  ou  moins  reculés,  aban- 
donnèrent volontairement  leurs  souches 
primitives  ou  qui  en  furent  forcément  sé- 
parées par  laj)uissance  des  événements.  Leur 
mtolligehcepeudéyeloppée, leur  civilisation 
pbscuré  anupiicent  qu'ils  ont  perdu  en 
grande  partie  les  traditions  sociales  (240) ,' 
tandis  que ,  d*une  autre  part,  leurs  moeurs , 
leurs  usages,  leurs  arts  industriels,  leurs 
lois,  leurs  institutions,  soit  politiques ,  soit 
religieuses,  montrent  des  restes  d'Une  civi-. 
Ksation  antique,  quelques  rayons  d'une  lu- 
mière évideiâmènt  transmise,  et  qui  par 
conséquent  a  eu  un  fbyèr  primitif. 

Au  reste  chacune  de  ces  peuplades  forme- 
un  coqis  social  particulier:  donc  on  ne  peut 
voir  en  elles  Thomme  isolé.  De  plus,  chacun 
de  ces  corps  marche  sans  cesse,^à  son  insu 
et  comme  m.algré  lui,  vers  une  civilisation 
plus  parfaite  ou  l'entraînent  ii:résistiblemen( 
une  sorte  d'instinct  moral ,  le  besoin  inné 
des  lumières  avec  une.  activité  plus  ou 
moins  gçande,  selon  que  les  circonstances, 
locales  lui  sont  plus  ou  moins  favorables; 
d'oi^  il  faut  nécessairement  conclure  que  cet 
état ,  au'on  appelle  ^/a/  de  nature ,  et  dans 
lequel  Fhomme  serait  condamné*  à  uheétér-. 
Belle  stagnation  intellectuelle,  à  un  état  fixe, 
slationnaire,  d'entendement  et  d!industrie  , 
est  une  situation  véritablement  cbiiiiéiique 
et  n'existe  point  réellement. 

De  la  vie  en  société  découle  une  autre  des- 
tinée, la  plusimportante.de  toutes.  L'homme 
devant  „  comme  toais  les  êtres,  jouir  de  \et 
plénitude,  de  bonheur  attachée  à  sa  iinture, 
est  nécessairement  destine  à  connaître  les 
moyens  les  phis  puissants  et  les  plus  effica- 
ces pour  l'obtenir.  Or  ces  moyens  sont  les 
lois  morales  qui  lui  tracent  ses  devoirs 
envers  soi\  Créateur  et  k  l'égard  de  ses  sem- 
blables^etsans  lesquelles  la  société  humaine 

(240)  Si  ces  traditions  8*interroropaient  complète» 
ment  entre  deux  générations,  la  génération  nais- 
sante tomberait  tout  à  coup  au  niveau  et  même  au- 
dessous  de  la  brute ,  car  elle  n'aurait  point,  comme 
celle-ci,  des  facultés  instuctives  qui  la  dirigi^raient. 
Pour  bien  voir  ce  qu'elle  deviendrait  alors,  on  n'a 
qu'à  la  priver,  par  la  pensée,  de  ce  qu'elle  doit  ac- 
quérir par  les  traditions  sociales,  et  on  la.  trouvera 
franpée  de  mort. 

(iA\)  Pour  bien  comprendre  combien  les  lois  mo- 
rales sont  en  rapport  avec  la  nature  de  l'homme,  il 
faut  considérer  tous  les  désordres  qui  naîtraient, 
dans  le  corns  social,  si  elles  cessaient  d'exister. 
L'homme,  libre  de  tout  joug,  avec  ses  penchants, 
serait  un  être  d'une  monstruosité  effrayante,  et  dont 
l'existence  accuserait  sans  cesse  l'Intelligence  su- 
prême, si  cette  existence  pouvait  se  maintenir  sans 
les  lois  morales.  Ces  lois  sont  aux  intelligences  ce 

Sue  Fagrégation  est  aux  subsunces  matérielles;  et, 
e  même  que,  sans  cette  force  coercitive,  les  molé- 
cules des  corps  s'évanouiraient  dans  l'espace ,  de 
même,  sans  tes  lois  morales,  les  intelligences  qui 
composent  le  corps  social  ne  pourraient  exister 
ici-bas. 

Les  animaux  sont  soumis  à  leurs  impulsions  in- 
stinctives, et  ne  peuvent,  dans  leurs  actes,  dépasser 
l^'s  limites  des  moyens  que  leur  fournit  leur  organi- 
sation. Ainsi,  l'ours  ne  pourra  jamais  incendier  la 
lanière  de  l'ours,  ni  employer  contre  lutTactioB 


ne  serait  qu'anarchie,  que  déchirements, 
que  désordre  et  par  conséquent  ne  pourrait 
exister.  Ces  lois  sont  au  corps  social  ce  que 
le  principe  de  la  vie  physique  est  aux  orga- 
nes ;  et  de  même  qqe,  lorsque  celui-ci  alMn- 
donne  l'organisation  en  totalitéou  en  partie, 
le  trouble  y  naît  et  la  mort  s'y_  mamfesle; 
dQ  même  aussi,  Iqrsque  les  lois  morales  sont 
en  oubli ,  touç  les  clesordres  qui  dégradent 
et  affaiblissent  l'espèce  humaine  se  déve- 
loppent, et  si' cet  oubli  était  général, com- 
1)let  et  partagé  par  la  majorité  des  individus, 
é  corps  social  tout  entier  ne  tarderait  pas 
à  se  diBSOudre  (â41); 

Mais  ces  lois ,  pour  être  respectées  et  sui- 
vies, doivent  émaner  d'une  autorité  supé- 
rieure à  celle  de  1  *homme  (2b2)  ;  sans  cela  elles 
n'auraient  aucun  empire  sur  lui,  car  J'homme 
ne  peut 'exercer  aucua  pouvoir  isur  le  coeur 
de  1  homme  (2i3).  Donc  cet  être  est  destiné 
h  connaître  là  cctuse  première  j  rautoritétu- 
préme^  le  maître  souverain  des  ^^re»,  quia  pu* 
seul  les  lui  dicter,  (2U).  Dira-1-oa  que  son 
intérêt  le&lui  a  imposées,  ou  bien  que  Tat- 
trait  de  la  vertu,  1  horreur  du  vice ,  les  re- 
mords du  crime,  l'honoeur,  ont  suffi  pour 
l'engager  à  se  les  donner  à  lui-même ,  et  i 
les  observer?  Mais  d'abord  tous  ces  senti- 
ments, et  les  intérêts  hupiains  eux-mêmes , 
ont  pris  leur  source  dans  là  connaissance 
antérieure  de  ces  lois  :  caria  vertu  n'est  qiic 
leur  observation  rigoureuse;  le  vice, leur 
infraction  ;  le  remords,  le  sentiment  pénible 
qui  natt  dans  l'Ame  quand  on  les  viole; 
1  honneur,  la  gloire  que  l'oB  attache  à  les 
observer,  et  les  véri  tables  intérêts  de  rhomnie 
ne  se  trouvent  que  dans  leur  complète  ap- 

Slication  h  toutes  les  circonstances  sociales: 
onc  ces  sentiments  et  ces  intérêts  n'ont  pu 
les  produire.  En  second  lieu,  l'observation 
du  cocps  social  démontre  incontestablement 
que^  malgré  l'existence  des  lois  morales,  et 

perfide  et.  n^eurtrière  des  substances  vénéneuses,  et 
il  trouve  toujours  dans  son  adversaire  une  défeme 


,._  moyens  nors  ae  lunnicme,  qui 
la  nature  entière,  et  qui  peut  attaquer  son  sembla- 
ble dans  mille  circonstances  où  celui<i  se  trouve 
hors  d'état  de  parer  ses  coups.  Les  IqIs  monH 
étaient  donc  essentielles  pour  mettre  un  frein  m 
passions  désordonnées,  et  s'opposer  aux  acUOM 
criminelles  qn'dles  pouvaient  solliciler. 

Ces  consiaérations  démontrent  clairement  quels 
sont  les  véritables  principes  sur  lesquels  doit  reposer 
réducation  de  Thomme.  . 

(242)  Les  lois  humaines  ne  sont  que  les  lois  di- 
vines interprétées  et  soutenues  par  des  infliclioDi 
plus  ou  moins  graves,  selon  les  délits;  infliciions 
propres  à  maintenir  dans  les  limites  de  leurs  de- 
voirs ceux  qui  pourraient  les  oublier  ou  les  mécon- 
naître. 

(245)  Le  cœur  de  Phomme  ne  plie  que  sous  1 1«- 
tonte  divine,  et  se  révolte  contre  toute  puissioc» 
humaine  qui  veut  lui  imposer  des  lois,  parce  qoe 
l'Etre  des  êtres  a  seul  le  droit  de  lui  dire  :  tm^ 
ma  ioi  ;  prête  Voreiiie  aux  paroles  de  ma  bwf^^ 
(Prov.  V,  7;  psaL  lxxvii,  I.)  .     ..  i 

(244)  I>e  là,  tout  à  la  fols,  la  néecssile  et  u 
preuve  d'une  révélation. 


S43 


FAC 


UAMTHKUPOLOtilC 


FAC 


546 


Jes  liimières  qu'elles  ont  répandues  dans  son 
înlelHgence,  rbonune  considère  soutent, 
terame  son  seul  intérêt,  la  satisfiidiou  de 
ses  désirs  et  de  toutes  les  passions  qui  l'agio 
tent;  oue  Fimagedela  vertu  s*efface  aisé- 
ment dans  son  âme,  par  les  impressions  va- 
riées et  profondes  des  nombreux  objets  qui 
les  font  naître  ;  que  le  vice  y  perd  sa  laideur, 
-et.s'j  embellît  même  sons  l'influence  d*nne 
imagination  en  délire;  oue  l'aiguillon  du 
Temords  s'y  émousse  par  l'nabitudedu  crime, 
et  que  les  cceurs  les  plus  pervers  sont  ceux 

3'  ui  le  ressentent  le  moins  ;  enfin  que  la  voix 
e  llionnçur  ne  s*y  fait  nas  toujours  enten- 
dre, et  qu'elle  demeure  le  pins  souvent  im- 
-puissante  dans  les  orages  des  passions.  Com- 
ment donc  l'homme,  fibre,  mattre  de  toutes 
ses  actions,  aurait-il  pu,  aurait-il  voulu 
mènie,  dans  les  temps  primitifs ,  où  sa  na- 
ture morale  était  la  même  qu*aujourd*hui, 
comme  Fattestent  tous  les  monuments  histo- 
Yiques,  s*imposer  volontairement  des  lois 
gênantes ,  contenir  de  son  plein  gré  tous 
ses  désirs  dans  les  plus  étroites  limites  et 
mettre,  de  son  propre  mouvement»  un  frein 
lyraonique  à  ses  penchants  les  plus  chers? 
'  Mais  éclaircissons  pleinement  ce  point 
important  de  l'histoire  de  l'homme,  et  dé- 
montrons, par  un  argument  qui  nous  sem- 
ble sans  réplique,  que  les  lois  morales  ne 
sont  point  une  de  ^%  conceptions. 

Si  ces  lois  sont  réellement  d'origine  hu- 
maine ,  eHes  furent  établies  ou  par  le  pre- 
mier homme,  ou,  dans  la  suite  des  temps, 
par  un  plus  ou  moins  grand  nombre  d'hom- 
mes réunis. 

Mais  d'abord,  si  elles  le  furent  par  le  pre- 
mier homme,  ce  ne  put  être  que  -lorsque  sa 
*ace  se  fut  multipliée,  et  que  le  dérèglement 
des  moeurs  eut  commencé  à  se  manifester; 
car  auparavant  rien  ne  le  sollicitait  àcetacte; 
et  il  ne  pouvait  créer  des  lois  pour  des  dé- 
sordres qui  n'existaient  point  encore,  que 
ftar  conséquent  il  ne  connaissait  point,  et 
même  qu'il  ne  pouvait  prévoir.  Or  tout  dé- 
règlement moral  sui^pose  un  ordre  antérieu- 
rement établi,  qui  le  fait  reconnaître,  et  qui 
le  eenstitue  ce  au*il  est;  car  un  désordre 
n'est  ainsi  qualifie  aue  par  sa  comparaison 
è  des  lois  d'ordre  préexistantes.  Donc,  avant 

ff  4i»)  Le  eonir  de  rhomme,  conme  nous  faveos 
déjà  dit,  ne  plie  jamab  sous  le  joag  de  rhomme. 
n  pe«t  bieD,  dans  ses  déterminations,  céder  i  la 
force;  mais  sa  volonté  proteste  tacitement  contre 
toute  puissanœ  hamaine  qui  veoi  rencbalner. 
Jamais  riiomme  ne  fléchil  le  ^nou  de?ant  son 
semblable,  sans  sentir  son  orgneil  se  soulever  coih 
Ire  cette  attitude  humiliante,  et  sans  que  la  bonle 
»e  vienne  aussildt  colorer  memetit  son  front;  et  an 
r  ïsr  fénéreox  préférerait  ia  mort  i  cet  acte  d'abais- 
jement,  s*il  duait  qu'il  s'y  soumit  pour  conserver 
an  TÎe.  Cepcmbnt  Tbomme  se  prosterne  volontaire- 
ment, avec  respect,  avec  amour,  devant  XEirtm 
frémt;  et,  loin  d'en  sentir  son  onueil  Uessé,  il  al- 
tadie,  au  contraire,  une  sorte  de  gloire  i  rendre 
ses  hommages  publics,  et  il  y  trouve  un  charme 
d*nataat  plus  inefible  qu'il  met  plus  d'humililé 
dans  ses  adorations.  Or,  tout  cela  ne  démontre-t-U 
point  que  rbomme  né  reconnaît  d'autre  dépen- 
dance que  celle  dans'  laquelle  il  se  trouTe  envers 


les  désordres  moraux  primitifs  que  Ton  sup^ 
poserait  avoir  sollicité  le  premier  homme  à 
établir  les  lois  morales ,  ces  lois  existaient 
réellement  :  donc  il  n'a  pu  les  créer  lui* 
même. 

Et  d'ailleurs ,  de  quel  droit  les  aurait-il 
imposées  à  ses  entants  7  Comment  ceux-ci 
auraient-ils  obéi  à  un  législateur  sans  titre 
(car  le  titre  de  père  n  aurait  point  sutfi, 
puisqu'un  père  n'a  d'autres  droits  sur  ses 
enfants  que  ceux  que  les  lois  morales  lui 
accordent),  et  qui  serait  venu  arbitrairement 
contrarier  leurs  penchants  naturels  (245)  7 

En  seœnd  lieu ,  outre  que  tous  les  monu- 
ments historiques  prouvent  que  l'existence 
de  ces  loisest  de. toute  antiquiféet  remonte  à 
l'origine  des  r.hoses,  les  mêmes  raisons  dé- 
montrent qu'elles  n'ont  pu  être  créées,  dans 
la  suite  des  temps ,  par  nn  plus  ou  moins 
grand  nombre  d'hommes  réunis  en  une  seule 
et  même  société ,  ou  formant  plusieurs  asso- 
ciations particulières.  Nous  ajouterons  que, 
dans  cette  supposition ,  il  se  serait  écoulé 
un  temps  plus  ou  moins  considérable  pen- 
dant lequel  l'homme  s'en  serait  trouvé  dé- 
fourvu.  Or  cette  législation  salutaire,  que 
on  trouve  en  vigueur  chez  tous  les  peu- 
ples ,  est  le  principe  de  vie  du  corps  social , 
et  par  suite  de  l'espèce  entière  ;  donc  la  so- 
ciété humaine  abandonnée  sans  frein  à  tous 
%^%  penchants  vicieux  et  ^  toutes  ses  !pas- 
sions  désordonnées ,  n'aurait  pu  vivre  sans 
elle.  Mais  elle  a  existé;  donc  les  lois  morales 
existaient  aussi  ;  donc  enfin  l'homme  n'a 
pu  les  créer  dans  un  temps  plus  ou  moins 
éloigné  de  la  société  primitive  (2b6). 

Nous  dirons  de  plus  que,  si  les  lois  mo- 
rales avaient  été  établies  en  différents  temps 
et  en  différents  lieux  par  des  associations 
humaines  particulières  et  isolées  les  unes 
des  autres,  outre  que  les  noms  de  leurs  in- 
venteurs seraient  connus ,  elles  porteraient 
inévitablement  l'empreinte  des  sources  di- 
verses où  elles  auraient  pris  naissance,  et 
on  apercevrait  dans  leurs  variétés  sur  les 
différentes  régions  du  çlôbe  toute  la  diver- 
sité qui  caractérise  les  intelligences  humai- 
nes et  qui  se  manifeste  dans  leurs  produits. 
Or,  d'une  part,  on  n'attribue  à  aucun  hom- 
me la  gloire  d'une  institution  si  importante, 

son  Créateur;  que  son  cœur  ne  peut  receroir  des 
lois  que  de  la  Puissance  souveraine,  et  que  par  con- 
séquent les  lois  momies  n'ont  pu  être  établies  par 
aucun  pouvoir  humain? 

(246)  Autre  manière  de  raisonner  :  k»  lois  roo- 
ralps  sont  le  principe  de  vie  des  sociétés  humaines. 
Si  ces  sociétés  les  avaient  créées,  elles  se  seraient 
.donc  donné  la  vie;  mais  si  elles  s'éuient  donné  ki 
vie,  elles  n'auraient  donc  pas  eïisté  auparavant.  Et 
si  elles  n'existaient  pas,  comment  anraient-cUes  pu 
se  donner  la  vie?  Puis  donc  qu'elles  n'ont  pu  se  la 
donner,  il  demeure  évidemment  démontré  que  les 
lois  morales,  qui  en  constituent  le  principe,  ne  sont 
point  leur  ouvrage. 

Autre  raisonnement  :  tout  être  a  été  créé  avec 
ses  moyens  d'existence,  car  sans  ceb  il  n'aurait  pu 
èirt;  donc  un  être  ne  peut  rien  inventer  de  ce  qui 
lui  est  essentiel.  Or  les  lois  morales  sont  euentieUeê 
à  rbomme:  donc  il  n'a  pu  les  créer. 


Ui 


FAC 


brctlÔNNÂIRÈ 


^AC 


5ii 


tandis  cme  Ton  connaît  les  auteurs  d'une 
infinité  de  dénouTertes  qui  le  sont  beaucoup 
moins  ;  et  »  d'une  autre  part ,  cette  institu- 
tion offre  chez  tous  les  peuples  une  uni- 
formité frappante;  partout  on  observe  les 
mêmes  principes  fondamentaux ,  que  l'igno- 
rance ou  les  passions  altèrent  seulement 
dans  leurs  applications  particulières  (247). 
Donc  elle  ne  peut  être  émanée  que  d'une 
Volonté  unicpie,  que  d'une  seule  intelli^ 

Sence  ;  et  comme  ni  le  premier  bomme^  ni 
'autres  hommes  après  lui  ne  peuvent  l'a'^- 

(247)  Le  cœitr  de  rhomme  étant  le  même  dans 
tous  les  temps  et  dans  tous  les  lieux^  U  ikllait  né^ 
cessairement  que  le  code  moral  qui  devait  le  diriger 
fût  toujours  et  partout  identique  ;  ce  qui  en  démOv^ 
tre  incontestablement  Yumié, 

(248)  Puisque  les  lois  morales  ne  sont  pas  Ton- 
Vrage  ae  Thomme,  et  qu'il  les  a  remues  de  son  au^ 
teur  dés  Torigine  des  cnoses,  il  s*ensuit  nécessaire- 
ment qu*il  ne  peut  les  connaître  que  par  la  tradi- 
tion :  or,  cette  tradition  ne  peut  avoir  heu  que  dans 
la  vie  sociale  ;  donc  la  connaissance  de  ces  lois  né* 
cessite  cette  vie,  comme  cUe  en  est  à  son  tour  une 
rigoureuse  condition. 

Autre  conséquence  t  de  ce  que  Tbomnae  D*a  pu 
les  établir  et  de  ce  qu'il  ne  peut  exister  sans  elles, 
il  en  résulte  évidemment  que  le  premier  homme  a 
dû  les  connaître  dans  toute  leur  étendue,  et  que 
par  conséquent  Tétàt  primitif  de  Tespèce  humaine  a 
été  une  civilisation  parfaite  sOus  le  rapport  moral. 
Nous  disons  sous  le  rapport  moral,  et  nous  distin- 
ffuons  cette  civilisation  primitive,  que  les  premiers 
nommes  devaient  offrir  dans  toute  sa  perfection»  de 
hi  civilisation  industrielle,  qui  ne  pouvait  se  per- 
fectionner qn^à  la  longue,  par  Tobservation  des 
phénomènes  naturels. 

En  effet,  les  lois  morales  données  aux  premiers 
hommes  étant  les  liens  puissants  qui  devaient  les 
maintenir  réunis,  ou,  pour  mieux  dire,  constituant 
le  principe  de  v$e  de  cette  société  primitive,  et  for- 
mant une  chaîne  non  iYiterrompue,  et  dont  toutes  les 
Ï parties  sont  dans  une  dépendance  mutuelle,  il  faK 
ait  nécessairement  qu'elles  fussent  connues  dans 
tout  leur  ensemble  :  donc  la  civilisation  morale  fut 
aussi  parfaite  dans  les  tem^s  primitifs  qu'elle  peut 
l'être  de  nos  jours. 

Ooant  à  la  civilisation  industrielle,  elle  était 
obscure  encore ,  parce  Qu'elle  était  moins  essen- 
tielle; mais  elle  sumsait  à  la  satisfaction  des  besoins, 
ulors  |»eu  nombreux.  Dans  la  suite  des  temps,  l'ob- 
servation des  phénomènes  de  la  nature  se  multiplia  ; 
tes  découvertes  naquirent  ;  l'habitude  des  jouis- 
Bances  créa  de  nouveaux  besoins  ;  la  civilisation  in- 
dustrielle s'accrut,  et  peu  i  peu  Finteltigenice  hu- 
Inaine  ac(|ttit  tout  le  développement  que  nous  lui 
Vovons  aujourd^hui. 

Mais,  bien  que  cette  civilisation  industrielle  soit 
litîle  à  l'homme,  <|u'eUe  tienne  évidemment  à  sa  na- 
ture, la  civilisation  morale  est  d'une  bien  plus 
fp^nde importance  pour  lui;  car  le  corps  social 
^eut  exister  sans  une  inteUigenœ  considérablement 
développée,  et  avec  une  industrie  suffisante  à  ses  vé- 
litables  besoins,  tandis  au'il  ne  tarderait  pas  à  jjé-- 
tir  si  la  civilisation  morale  s'y  éteignait,  c'est-à-dire 
^i  les  lois  qui  la  constituent  venaient  à  y  perdre  tout 
leur  empire  (a). 

Vainement  alléguersiit-on  quHl  est  des  peuplade 
totalement  aonities,  libres  de  tout  joug,  vivant  sans 
lois  morales,  comme  les  animaux ,  et  ne  différant 
d'eux  que  par  hi  forme  de  leur  corps  et  leurs  traits 

(a)  N*ob8erve-l-oo  pas  parmi  eux  l'obéissance  h  des 
vhrb,  quelques  insliliiiioi»  poli'ii(ues,  le  calumet  de 
paix  et  le  calumet  de  guerre,  quelques  règlemenls  com* 
inerciaux  pour  les  écliaage«?  etc. 


▼oir  créée,  ainsi  que  nous  Tavons  démontré 
plus  haut,  il  s*en  suit  nécessairement  qu'elle 
est  tout  à  fait  étrangère  aux  conceptions 
humaines. 

EnQn  nous  ferons  remarquer  que  ces  lois 
sont  applicables  à  toutes  les  erreurs i  à  tous 
les  dérèglements  du  cœur  humain,  qu'elles 
embrassent  la  nature  de  Thomme  tout  en- 
tière; c^  qui  prouve  assez  qu*elles  émanent 
d*un  entendement  bien  supérieur  as 
sien  (2tô). 

Maisg  la  vie  sociale ,  \h  connaissance  des 

i>hysionomiques.  Nous  répondrons  que  Ces  n[»pi)rts 
de  voyageurs  sont  Texagération  d'un  état  réel. 

Sans  doute ,  il  existe ,  soit  dans  les  dé^  di 
Nouveau  Monde,  soit  dans  ceux  de  TÂfrique,  Mil 
enfin  dans  quelques  fies  de  te  mer  du  Sud ,  des 
hordes  infortunées,  fort  éloignées  encore  d^ane  dri' 
lisation  qu*elles  ont  perdue-,  et  qui  se  trouTest,  si 
l^on  veut,  près  des  limites  de  Tespèce  animale,  soos 
le  rapport  de  Ventendement  ;  mais  ces  êtres  sont 
intelligents,  ils  éprouvent  des  affections  morales, 
ils  ont  le  lanj^age  articulé ,  autrement  ils  n'apptf- 
tiendraient  point  à  Tespèce  humaine.  Si  donc  lis 
pensent,  s^ils  sentent  et  s^its  parient^  ib  ont  aéo»^ 
sairement  des  rapports  entre  eux.  Ces  rapports  sont 
sans  doute  peu  nombreux^  parce  que  leur  inlelt- 
gence  est  peu  développée  et  leurs  langues  peu  été» 
dues,  mais  enûn  ils  existent  (6).  Or,  ces  relaiioos 
constituent  la  vie  sociale  ;  mais,  sans  les  lob  mo- 
rales., elles  ne  sauraient  avoir  lieu,  puisque  ce  som 
ces  lois  qui  les  conservent  ;  et,  sans  ces  rapports,  H 
ne  pourrait  j  atoir  de  société  pour  eux,  et  pire»- 
séquent  de  vie  individuelle ,  puisque  rexislena  da 
individus  est  attachée  à  celle  de  Tespèce.  Donc  «ei 
peuplades,  qui  d'ailleurs  adorent  le  Grand  Et^,^ 
croient  À  des  récompenses  et  4  des  peines  fvUires 
démontrent^  et  par  leurs  nftpports  sociaux,  et  même 
par  cela  seul  qu^elles  existent,  qu^elles  connaissent» 
quelque  peu  civilisées  qu*elles  soient,  ces  lois  ^ 
tectrices,  et  qu'elles  jouissent  de  leurs  bienfaits. 

A  la  vérité,  cette  lumière  s'est  obscurcie  dans  leirr 
intelligence  d^énéiée;  aussi  nous  oÂ^nt-^ls,  it 
morale  ce  que  sont  au  physique  ces  peuples  huI- 
heureux,  auxquels  un  sol  avare  refuse  une  alimea- 
tation  suffisante,  qui  respirent  un  air  impur,  dont 
les  miasmes  délétères  minent  sourdement  feur  o^ 
ganisation,  et  qui  traînent,  au  milieu  de  Tépoise- 
ment  de  la  fatm  et  des  maladies,  une  vie  lang^ais^ 
santé  et  pénible.  Mais  si,  dans  la  dégradation  &è^ 
rable  où  ils  sont  tombés,  eUe  ne  peut  les  éclairer 
assez  pour  les  élever  au  nng  qu'elles  ont  perdu,  elle 
répand  encore  un  éclat  suffisant  pour  les  présenitr 
d'une  destruction  totale. 

Remarques,  à  cet  égard,  que  les  sodéiés  les 
pius  florissantes  sont  celles  oà  les  tels  morales  sont 
te  plus  connues  et  le  mieux  observées  »  et  que  tooi^ 
société  humaine  qui  se  dégrade  en  les  oubliant, 
doit  ou  se  régénérer  ru  périr.  Dlra-l-on  que  les  l«» 
humaines  pourraient  suffire  à  sa  conservation?  Mab 
ces  lois  ne  sont  que  les  lois  morales  Interprétées; 
<»,  si  celles-ci  cessaient  d'exister,  1m  lois  humaîDei 
s'évanouiraient  avec  eHes. 

Au  reste,  quand  bien  même  il  serait  possiUe  (^ 
quelques  êtres  dégénérés  vécussent  sans  le  secottis 
des  lois  morales,  serait-ce  Ui  qu'U  faudrait  cberclKf 
le  type  de  Tespèce  humaine!  Xeur  existence  dnf 
celante,  traînée  dans  la  turpitude  de  tous  les  àètt- 
glemeiits  humains,  serait-eue  le  modèle  que  Ton 
prendrait  pour  la  vie  naturelle  de  rhomme?  Depiis 
quand,  dans  Thistoire  de  oet  être,  les  monstres  sont- 

ib)  Témoins  tout  les  peuples  que  l'oubli  detlois  a»* 
raies,  et  la  corruption  qui  ea  wi  la  suite,  ont  fait  dL«|i 
rattre  de  la  surface  de  la  lerrr,  et  que  Ton  ne  eooaU 
plus  que  parle  oom. 


M 


FAC 


D^ANTBROPOLOGIE^ 


FAC 


553 


lois  morales  qai  la  prot<*^eiit  et  de  l'Etre 
soQTerain  dViù  elles  émanent,  ne  sont  pas 
les  seuls  attributs  de  rhomme.  Il  est  encore 
destiné  à  étudier  et  à  connaître  les  proprié- 
té des  êtres  qui  Tenrironnent,  les  rapports 
qu'ils  ont  entre  eux  et  avec  lui;  car,  sans 
cette  connaissance,  d*où  dépend  aussi  la 
Yie  en  société ,  il  ne  pourrait  les  distinguer 
les  uns  des  autres ,  m  les  modifier  convena^* 
Tcnablement  selon  ses  besoins,  puisque 
leur  distinction  repose  sur  leurs  caractères 
particuliers,  et  leurs  modifications  diverses 
sur  leurs  propriétés  respectives. 

Enfin  la  connaissance  des  propriétés  des 
rorps  est  la  source  de  nos  relations  civiles, 
industrielles  et  politiques.  Or  ces  relations 
doivent  être  soumises  à  certaines  règles, 
sdns  cela  elles  n'offriraient  que  désordre  et 
confusion;   elles   s'anéantiraient  par  cela 
Toème,  et  le  corps  social  se  dissoudrait,  {>ar 
la  seule  destruction  de  ces  liens   puissants 
«nii  eoQcourent  à  en  unir  toutes  les  parties, 
l!  faut  donc  nécessairement  que  l'homme  se 
trée  des  lois  particulières,  pour  régler  et  as- 
5nrpr  ainsi  ces  rapports  importants;  qu*il 
fixe,  par  exemple,  tout  se  qui  se  rattache  à 
\^  salubrité  publique,   la  construction  des 
liabitations,  leurs  positions,  leurs  commu" 
nîcations  réciproques,  etc.;  tout  ce  qui  con- 
cerne les  j>roduits  industriels,   les  relations 
rommerciales  d'individu  à  individu,  de  ville 
à  Tille,  de  peuple  à  peuple,  etc.;  et  c'est  en« 
core  là  une  de  ses  destinées. 

Reniarquez  que  bous  disons  qu'il  faut 
que  l'homme  tt  crée  ces  lois  sociales,  tan- 
dis que,  relativement  aux  lois  morales,  nous 
avons  dit  plus  haut  ou'il  fallait  qu'il  les 
connût.  C'est   que   celles-ci ,  destinées   à 
s'opposer  à  la  fougue  des  passions  désor^ 
données  dent  les  lois  humaines  ne  peuvent 
que  réprimer  plus  ou  moins  les  actes^  de- 
vaient nécessairement  émaner  de  la  Puis- 
sance suprême  pour  êtrepleinement  efficaces. 
Mais  il  n'en  est  pas  de  même  des  premières  : 
elles  ont  pour  omets  des  choses  étrangères 
aux  affections  de  rime  et  seulement  relatives 
aux  besoins  du  corps;  elles  ne  sont  que  des 
conrentions  auxquelles  l'homme  peut  aisé- 
ment se  soumettre,  des  rèdements  qu'il  peut 
Cacilement  créer;  bien  loin  de  devoir  être 
immuables  et  générales  comme  les  lois  mo- 
rales, elles  peuvent  et  doivent  même,  au 
contraire,  varier  selon  les  temps  et  les  lieux; 
elles  ne  sont  point  d'une  nécessité  rigoureuse 
pour  tous  les  individusde  l'espèce,  puisqu'ils 
n'ont  pas  tous  ou  les  mêmes  besoins  'physi- 
ques, ou  les  mêmes  objets  pour  les  satisfaire; 
et  c'est  pour  tous  ces  motifs  que  Tlntelli- 
geoce  suprême  en  a  confié  la  création  au  dis- 
cernement humain.  Aussi   l'homme  peut-il 
à  son   gré,  et  sans  danger  pour  l'espèce, 
changer,  altérer,  modifier  ses  lois  sociales, 
- —  '^-  q^•J|  n^  p^Qj  ÇQ  aucune  manière 


changer  les  lois  morales;  d'al)0rd  parce 
qu'elles  sont  au^essus  de  son  pouvoir , 
parce  qu'il  n'en  a  pas  le  droit,  et  que  les 
changements  gu'il  y  introduirait  ne  seraient 
point  consentis  par  l'espèce;  en  second  lieu, 
parce  qu'elles  sont  dans  un  rapport  parfait 
avec  sa  nature,  et  qu'il  faudrait  qu'il  ne  fût 
plus  ce  qu'il  est,  pour  que  ces  lois  pussent 
être  modifiées;  en  troisième  lieu,  enfin  « 
parce  qu'elles  sont  principe  de  rie,  que  slj 
les  altérait  il  mourrait ,  et  que  l'instinct  de 
sa  conversation  le  force  irrésistiblement  à 
le3  conserver  intactes,  et  telles  que  le  Créa^ 
teur  les  lui  dicta. 

Ainsi  donc,  savoir^  vivre  en  société,  con- 
naître les  lois  morales  et  la  puissance  sou- 
veraine qui  les  lui  imposa,  connaître  aussi 
les  propriétés  des  corps  qui  l'environnent  et 
les  rapports  qu'ils  ont  entre  eux  et  avec 
lui  ;  enfin- s«  créer  des  lois  civiles,  industriel- 
les et  politiques,  relatives  à  ces  propriétés  et 
à  ces  rapports:  telles  sont  les  destinées  de 
l'homme.  Examinons  maintenant  les  facul'* 
tés  au  moyen  desquelles  il  les  remplit. 

Puisque  l'homoie  doit  vivre  en  société,  il 
faut  nécessairement  qu'il  soit  doué  d'intelli-* 
gence;  car  comment  établirait-il  entre  lui 
et  ses  semblables  les  rapports  qui  consti-* 
tuent  la  vie  sociale,  s'il  n'était  intelligent? 

Mais  ses  facultés  intellectuelles  se  lient  en-* 
core  à  toutes  ses  autres  destinées.  C'est  par 
elles  qu'il  s'élève  jusqu'à  son  Créateur  y 
qu'il  connaît  les  lois  morales  qui  en  sont 
émanées 9  qu'il  comprend  les  rapports  de  ces 
lois  avec  1* existence  du  corps  social  et  le 
bonheur  des  hommes,  qu'il  découvre  les 
propriétés  de  tous  les  êtres  qui  l'entourent^ 
et  les  moyens  de  les  modifier  de  la  manière 
la  plus  convenable  à  ses  besoins,  k  ses  corn-* 
modités,  ou  à  ses  agréments;  enfin  c'est  par 
elles  qu'il  se  crée  à  lui-^même  les  lois  civiles* 
industrielles  et  politiques,  qu*entraine  la 
connaissance  de  ces  propriétés  et  de  ces 
moyens.  Ces  facultés  sont  tellement  essen- 
tielles à  l'espèce  humaine,  qu'elle  cesserait 
d'exister,  pour  ainsi  dire^  à  l'instant  même, 
si  tout  à  coup  la  main  du  Tout^Puissant  les 
lui  retirait  {i\9). 

A  la  vie  sociale  se  rattache  aussi  un  autre  or^ 
dre  de  facultés  non  moins  importantes  que  les 
précédentes  ;  nous  voulons  parler  des  facul-* 
tés  affectives,  au  moyeti  desquelles  l'homme 
éprouve  ces  sentiments  plus  ou  moins  vifs, 
plus  ou  moins  profonds,  plus  ou  moins  du-* 
râbles,  qui  l'entraînent  vers  ses  semblables* 
qui  l'y  attachent,  et  qui  forment  les  liens 
les  plus  doux  et  les  plus  étroits  du  corps  se 
ciai.  Privé  de  ces  facultés,  ce  corps  ne  sau'' 
rait  évidemment  se  soutenir;  les  individu^ 
s'isoleraient  les  uns  des  antres,  puismie  riert 
ne  les  forcerait  de  se  rapprocher;  l^omme 
n'éprouverait  ni  l'amoiir  de  $o%^vUm$y  qui 
assure  la  conservation  de  l'espèce  par  celle 


3s  lecotiiras 


r  posséder  les  fonnes  primordiales 
oi^^DKatioB?  Il  faudrait  alors  reprder  les 
eîviiisés  conme  des  êtres  d^énéres,  et  coih 
ces  hordes  abruties  comme  le  type  primitif 
Quelle  coodosioa  I 


(249)  Poar  s*en  convaiiicre,  on  n*a  qu^i  coosidé^ 
rer  les  infortunés  frappés  d*un  idiotisme  compleir 
et  qui  ne  peuvenl  vivre  que  par  le  secours  de  kara 
semUalrfes^ 


551 


fAC 


DICT10?«NAIRE 


FAC 


de  l'individu,  ni  ïamaur  paternel,  ni  Vamour 
filial,  liens  primitifs  de  loule  société  hu- 
maine, ni  cet  amour  sacré  de  la  patrie  qui  est 
un  des  plus  puissants  rap[>orts  de  la  Tie  so- 
ciale, m  enfin  tous  les  sentiments  secondai- 
res qui  naissent  de  ces  affections  primitives,  et 
il  n'exercerait  par  conséquent  aucune  de  ces 
vertus  précieuses  qui  en  dérivent  aussi,  et 
qui  sont  les  plus  solides  appuis  de  la  société 
humaine. 

A  rintelligenceef  à  la  sensibilité  morale  se 
trouvent  étroitement  liées  d'autres  facultés 
essentielles  à  leur  manifestation  ;  ce  sont  les 
facuUéi  ,  d'expression,  qui  produisent  les 
mouvements  ph ysionomiqucs ,  le  geste,  la 
voix  et  la  parole ,  signes  manifestes  de  la 
destination  de  l'homme  pour  la  vie  en  so- 
ciété. Ces  facultés  lui  donnent  les  moyens 
de  former  toutes  ses  pensées,  de  se  les  re- 
présenter à  lui-même ,  de  les  peindre  à  ses 
semblables  avec  la  plus  grande  fidélité,  et 
d'exprimer  tous  ses  sentiments,  dans  toutes 
leurs  variétés  et  selon  toute  leur  énergie; 
elles  le  font  jouir  de  tout  le  bonheur  attaché 
à  cette  communication  précieuse,  et  enfin 
elles  assurent,  par  les  rapports  qu'elles  éta« 
blissent  entre  les  individus,  l'existence 
même  de  l'espèce. 

Que  serait  l'homme,  en  effet,  né  pour 
penser  et  pour  sentir,  sans  la  faculté  de 
produire  au  dehors  des  signes  représentatifs 
de  ses  conceptions  et  des  sentiments  qu'il 
éprouve  ?  Frappé  d'un  mutisme  complet ,  il 
se  trouverait,  par  cela  même,  hor^  de  tout 
rapport  avec  ses  semblables.  D'une  part,  sa 
pensée  serait  nulle,  ou  du  moins  très- 
fcornée,  car  il  ne  pourrait  fixer,  combiner 
ses  idées,  les  multiplier,  les  étendre,  les  rap- 
peler à  son  souvenir,  ni  les  communiquer 
aux  autres  ;  en  un  mot ,  il  ne  pourrait  penser 
comme  l'exige  sa  nature;  son  intelli(^cnce 
stérile  ne  surpasserait  point  celle  des  ani^ 
maux,  et  l'espèce  tout  entière,  par  le  dé- 
faut des  relations  sans  lesquelles  elle  ne 
saurait  exister,  ne  tarderait  pas  à  disparaî- 
tre. D'une  autre  part,  doué  de  l'aptitude  à 
ces  relations  nécessaires,  pressé  par  le  be- 
soin d'en  éprouver  la  douce  iniluence,  et 
dévoré  du  cfésir  de  les  établir,  il  se  verrait 
forcé  de  renfermer  tous  ses  sentiments  au 
dedans  de  lui-même,  et  ce  qui  doit  faire  le 
bonheur  de  sa  vie  en  deviendrait  le  plus 
cruel  tourment.  D'où  l'on  voit  que  les  fa- 
cultés d'expression  se  trouvent  en  narmonie, 
non-seulement  avec  la  vie  individuelle  et  le 
bonheur  parliôulier  de  l'homme,  mais  en- 

S 250)  Par  cela  seul  que  rhomme  est  intelligent, 
levait  être  libre,  car  a  quoi  lui  servirait  Tintelli- 
gence,  c^est-à-dire  la  faculîc  de  connaître  ce  qui  )ui 
est  utile  ou  nuisible,  sans  la  liberté  morale  1  Ne  8c- 
rait-eUe  pas,  même  pour  lui,  le  plus  cruel  des  sup- 

K lices ,  puisqu'elle  Téciairerait  sans  cesse  sur  des 
iens  qu'il  ne  pouiTait  atteindre  et  sur  des  maux 
(|U*il  ne  poucTAÎt  éviter?  Pourrait-il  ,  sans  cette 
lfl)erté,  accomplir  ses  hautes  destinées,  étudier  et 
connaître  la  nature,  en  modifier  les  productions 
selon  ses  besoins,  appliquer  enfin  à  tout  ce  qui 
Tentoure  cette  merveilleuse  intelligence,  qui  est  son 


core  avec  la  vie  sociale,  à  laquelle  il  est 
destiné. 

Puisque  l'homme  #ail,puisqu'fl  est  doué 
de  l'intelligence,  et  de  la  faculté  d'exprimer 
ses  sentiments  et  ses  pensées ,  il  fallait  né- 
cessairement qu'il  Toulûi  ;  nouvelle  faculté 
d'une  nécessité  absolue  pour  rindividu  et 
pour  l'espèce,  et  sans  laquelle  rhomme, 
sujet  passif  des  impressions  extérieores, 
de  ses  sentiments,  et  de  ses  pensées,  ne 
serait  point  sorti  dé  lui-même,  et  serait  de- 
meuré constamment  inactif;  situation  in- 
concevable^ oui  n'aurait  pu  s'allier,  ni  avec 
la  vie  indiviauelle,  ni  avec  la  vie  en  société. 

Mais  cette  volonté  ne  devait  point  être  le 
résultat  inévitable,  ni  des  impressions  i^ 
çues,  ni  des  sentiments  éprouvés,  ni  des 
pensées  produites;  car  autrement  l'homme 
n'aurait  été  qu'une  sorte  de  machine  orga- 
nisée, dont  les  volitions  se  seraient  trouTées 
à  la  merci  de  toutes  les  influences  extérieu- 
res^ de  tous  les  sentiments,  de  toutes  les  pen- 
sées, et  en  aurait  par  conséquent  offert 
toutes  les  variations.  Il  fallait  donc  néces- 
sairement que  sa  volonté  fût  libre,  que  la 
réflexion  seule  la  provoquât ,  que  rbomme 
ne  se  décidât  à  vouloir  que  par  une  con* 
naissance  approfondie  des  motifs  qui  de* 
vaient  le  déterminer,  c'est-à-dire  par  sa  rai- 
son (250). 

Touteiois,  malgré  lés  lumières  de  celte 
raison,  l'homme,  séduit  par  les  illu$iofl5 
des  passions,  pouvait,  même  à  son  insu, 
dévier  des  sentiers  de  la  justice  »  et  par  m- 
séquent  il  n'y  aurait  point  marché  d  un  pas 
ferme  et  assuré.  Il  lui  fallait  donc  d'autres 

fiides,  plus  éclairés,  plus  sûrs,  moins  sujets 
l'erreur,  et  il  a  été  doué  de  Y  instinct  morol 
et  de  la  conscience:  facultés  précieuses,  qui 
se  trouvent  en  rapport  avec  les  lois  moralesi 
et  dont  l'une,  qui  est  analogue  à  rinstincl 
qui  dirige  les  mouvements  du  corps  dans 
les  dangers  subits  auxquels  il  se  trouve  ei- 

1)0sé,  fait  distinguer  promptement,  et  sans 
e  secours  de  la  réflexion,  le  bien  du  mai, 
le  juste  de  l'iryuste;  tandis  que  l'autre,  coni- 
çarable  à  cette  sensation  die  bien^^ti^e  qi>e 
lait  éprouver  l'exercice  régulier  des  fonc- 
tions organiques,  ou  à  la  douleur  qui  oalt 
de  leur  dérangement,  est  ce  doux  senti- 
ment qui  accompagne  toute  action  louable^ 
ou  ce  tourment  intérieur  qui  suit  inévita- 
blement une  action  basse  ou  criminelle,  et 
auquel  on  a  donné  le  nom  de  remords  ;  c'est 
assez  dire  quels  rapports  intimes  les  unis- 
sent à  la  vie  sociale ,  et  comment  ils  en  sont 
un  des  plus  fermes  appuis. 


_, comocBi 

pourrait-il  la  connaître  si  eUe  n'était  nas?  En^** 
ajoutons  que  les  lois  morales,  civiles,  industrieJJes<H 
politiques,  en  sont  encore  une  preuve  non  moios  ctî- 
dente.  En  effet,  les  premières  lui  auraient*  écê  inv- 
tiles  ;  il  n'aurait  pas  eu  besoin  qu'on  lui  traçât  en 
devoirs,  s'il  n'avait  point  été  libre  ;  et  il  n'ionii 
point  créé  les  autres,  s'il  n'avait  pu  de  lui-même  s'j 
assujettir. 


S0 


FAC 


D*AT«THnOPOLOGIE. 


T/kC 


554 


EDfln,  puisgae  llKHome  veuit  et  qu*il  peut 
^e  (i  terminer  à  tons  les  actes  <^ue  soUiciieut 
ses  rapports  avec  les  êtres  qui  Tentoureni, 
etj>ar  conséquent  à  ceux  de  locomotion  *  il 
bmi  nécessairement  qu'il  pût  provoquer 
et  diriger  conTenablement  les  mouvements 
de  son  organisation  relatifs  à  ces  actes,  car 
toutes  ses  déterminations  auraient  été  inu- 
tiles, s'il  n'avait  pu  se  déplacer. 

Telles  sont  les  destinées  et  les  facultés  de 
I*homme;d*unepartilest  népour«ot?otr,  pour 
viTre  en  société,  pourconnaltre  les  lois  mora- 
les rmi  doivent  assurer  les  bienfaits  de  cette 
skAlnteiUgenee  suprême  qm  les  lui  imposa, 
1rs  propriétés  des  corps  au  milieu  desquels 
il  doit  rivre,  et  les  rapports  de  ces  corps, 
«'vit  entre  eux,  soit  avec  lui  ;  enfin  pour  se 
iréer  à  lui-même  les  lois  qui  doivent  régler 
rt  maintenir  ainsi  les  relations,  soit  indivi- 
duelles, soit  générales,  qui  naissent  de  cette 
dt'niière  connaissance,  et  sans  lesquelles  le 
Wji?  social  ne  saurait  exister  ;  et,  d'une 
astre  pirt ,  il  possède  Tintelliràice  ,  il 
épuredessentioients  qui  rentrainent  vers 
*^*  semblables,  ou  qui  ly  attachent  ;  il  est 
d'Mié  de  la  faculté  d'exprimer  fidèlement  au 
iiéors  et  ses  sentiments  et  ses  pensées, 
d'une  volonté  libre  que  la  raison  éclaire  et 
rai^éche  de  s'égarer,  et  que  dirigent  plus 
(ûrement  encore  et  l'instinct  moral  et  la 
coflscieoee,  et  enGu,  de  la  faculté  de  provo- 

(251)  Ha  âimné  ia  ierré  aux  enfanU  des  hom- 
■0.  { Psai.  €xv.  )  Et  IHeu  teur  dit  :  Croirez  et 
^ttf,liei^  remplisêez  la  terre  ^  et  soumettez-la  à 
^re  empire.  (C*n.,  i,  28.) 

i-'iil  Puisque  rhomme  est  né  pour  la  vie  sociale, 
AtriTc  sur  laquelle  il  doit  vnrre,  et  qiil  par  consé- 

Cnt  doit  servir  à  ses  besoins ,  est  évidemment 
inée  à  être  modifiée  par  ses  mains,  selon  que 
«  besoins  Texigent.  Il  suit  de  là  qne  Tétat  de  cette 
vr^  2^\ét$anvaçe  n'est  point  un  état  naturel^ 
<^aa  contraire  uu  état  contre  nature^  ainsi  que 
tUdes  peuples  non  civilisés;  car  il  n'y  a  de  na- 
vi'l  dans  les  êtres  que  ce  qui  est  conforme  à  leur 
wiuble  destination. 

Vie  sont  en  effet  les  régions  de  celte  terre  qui 
l'oot  point  encore  éprouvé  Tinfluenee  de  rintelU- 

Ccf*  buniaine?  Des  parties  très-imparfaites,  ou 
Un  encore  brutes ,  d'un  magnillque  ouvrage 
¥^\^  Mi  perfectionner.  Qu*ofl'reiii-^Ues  à  nos  re- 
^^f  Limage  du  désordre  et  du  chaos.  On  sent,  à 
wr  a'ipect,  qu*elles  n'ont  point  encore  atteint  le 
*^A(i  Kfur  création,  et  qu'elles  attendent  la  main  de 
^nnuf.  Si  nous  demeurons  émus  dans  leurs  soli- 
^,  c  pîU  moins  par  leur  beauté  réelle  que  par  les 
tofliiasies  qu'elles  nous  présentent  avec  les  régioits 
^1  ivtvs,  (lui,  |Mir  l'effet  de  l'iialiitude,  n'agissent 
^^  <)ie  faiblement  sur  nous  ;  et  les  émotious 
Ib'**!!!^  noas  font  éprouver  tiennent  plutôt  à  une 

•  t»»  iTLoiTeur  qu'inspire  toujours  le  désordre,  qu'à 

•  *^liin«;iii  de  plaisir. 

Qu*-  peuvent  Inspirer,  en  effet,  sinon  des  senti- 
^i^  pénibles,  des  ferèts  impénétrables  que  Ton  ne 
■nit  taterser  que  le  fer  et  la  flamme  à  la  main,  et 
M' rerelent,  dans  leurs  sombres  profondeurs,  une 
^rtsphrre  empoisonnée;  des  fleuves  inondant  de 
n^eaui  vagabondes  des  régions  immenses,  in- 
'^i^i  de  reptiles  venimeux,  et  répandant  au  loin 
inertiim  et  ta  mort  ;  des  carnassiers  redoutables, 
^"^  K  animaux  nuisibles,  se  multipliant  outre  me^ 
urr  par  Pabsence  de  l'bomme  ,  menaçant  de  dé- 

•  ire  a  b  longue  les  animaux  faibles  et  tiroiiics 

DtcTioiiN.  d'Anthhopologir 


quer  et  de  diriger,  selon  ses  besoins,  les 
mouvenaents  de  ses  instruments  locomo- 
teurs. 

Mais  pour  mettre  dans  un  plus  grand 
jour  et  ces  nobles  destinées,  et  ces  facultés 
admirables,  exposons,  dans  un  tableau  ra- 
pide, l'ensemble  du  corps  sooial  ;  c'est  I 
que  nous  verrons  l'homme  jouissant  de 
toutes  ses  prérogatives,  exerçant  toute  la 
puissance  dont  il  a  été  revêtu,  et  remplis- 
sant, dans  la  création,  le  rôle  important  que 
lui  a  assigné  VJnlelliger^e  suprême. 

Si  nous  considérons,  sous  le  rapport  mo- 
ral, les  sociétés  les  plus  éclairées,  nous  les 
verrons  éprouver,  dans  toute  leur  vivacité, 
les  sentiments  sociaux  qui  doivent  rappro- 
cher et  unir  entre  eux  les  individus  de 
l'espèce,  suivre  la  morale  la  plus  pure,  pra- 
tiquer les  plus  sublimes  vertus,  donner 
l'exemple  de  tous  les  héroïsmes,  élever  leurs 
regards  vers  le  ciel,  reconnaître  et  adorer 
le  vrai  Dieu^  en  un  mot,  montrer  dans  toute 
sa  perfection  la  nature  sublime  de  l'homme. 
Si  nous  les  considérons  ensuite  sous  le 
rapport  intellectuel,  nous  les  verrras  attes* 
ter  toute  la  puissance  de  cet  être  sur  la  terre, 
que  l'Eternel  lui  fivra  pour  y  régner  en 
souverain  (251),  et  pour  la  perfectionner 
comme  une  création  que  ses  mains  divines 
^'avaient  encore  qu'ébauchée  (252). 

En  ce  temps  là,  le  Tout-Puissant,  par  cela 

qui  ne  peuvent  leur  échapper,  et  menacés  de  périf 
à  leur  tour,  soit  par  la  violence  d'animaux  plus 

Suissants,  soit  en  s'entre  détruisant  eux-mêmes  ? 
luelles  agréables  émotions  peuvent  faire  naître  des 
vallées  sans  issues,  des  montagnes  escarpées  inter- 
rompant toute  communication  entre  les  riions  di- 
verses, et  recelant  inutilement  dans  leur  sein  les 
métaux  les  plus  utiles  et  les  plus  précieux  ;  des  vé- 
gétaux croissant  pêle-mêle,  s'épuisant  bientôt  dans 
une  végétation  désordomiée  ;  offrant ,  dans  leurs 
branches  à  demi  pourries,  mêlées  avec  celles  qui 
sont  encore  jeunes  et  verdopntes,  la  hideuse  image 
de  la  vieillesse  décrépite  unie  à  la  jeunesse  et  à  la 
fraîcheur,  et  montrant,  dans  leurs  fruits  acerttes  ou 
imparfaits ,  quMls  n'ont  point  encore  rempli  leurs 
destinées  ;  la  terre,  en  un  mot,  présentant  une  con- 
fusion extrême,  produisant  comme  au  hasard,  con- 
sumant en  ijuelque  sorte  sans  direction  et  sans  but 
cette  fécondité  merveilleuse  dont  la  pénétra  le  Créa- 
teur, et  livrée  à  une  sorte  d'anarchie  analogue  à 
celle  qui  règne  dans  un  Etat  privé  de  son  légitime 
souverain?...  Non,  ce  n'est  point  là  la  terre  telle 
qu'elle  doit  être,  et  tout  démontre  qu'elle  attend  le 
génie  de  l'homme  pour  la  diriger  et  l'embellir.  Non; 
ces  régions  sauvages  ne  peuvent  avoir  des  attraks 

3ue  pour  les  imaginations  épuisées,  que  le  spectacle 
e  la  nature  cultivée  ne  peut  plus  émouvoir,  et  qui, 
cherchant  partout  des  sensations  violentes,  ne  se 
plaisent  qu'au  milieu  des  horreurs  du  chaos. 

Résumons  :  la  culture  de  la  terre,  et  toutes  les 
modifications  que  l'intelligence  humaine  lui  fait 
éprouver  ainsi  qu*à  ses  produits,  sont  une  consé- 
quence Inévitable  des  destinées  de  Thomme,  aux- 
quelles elles  se  trouvent  étroitement  liées.  Elles 
rentrent  dans  les  desseins  de  la  Providenee,  et  sont 
tfne  suite  naturelle  du  développement  des  facultés 
intellectuelles  de  sa  créature  de  prédilection;  de 
sorte  que,  intelligence  humaine  et  nature  modifiée^ 
perfecttonnée ,  sont  deux  choses  unies  entre  elles 
comme  la  cause  l'est  à  l'effet.  Il  suit  de  là,  nous  la 
répétons ,  parce  que  cette  idée  jette  un  grand  jour 

16 


555 


FAC 


DICTIONNAIRE 


FAC 


seul  qu'il  avait  donné  rintelligoncc  à 
l'homme,  sembla  lui  adresser  ces  prophé- 
tiques paroles  :  Va,  créature  privilégiée^  va^ 
cultive^  perfectionne^  embellis  celte  terre  que 
tu  doisj  à  la  vérité ^  arroser  des  sueurs  de 
ton  front  (253),  mais  que  tu  féconderas  par 
la  puissance  de  ton  génie.  Remplace-moi  sur 
cette  couvre  de  mu  volonté:  sois-^y  un  autre 
moi-même  ;  toutes  les  forces  motrices  de  la 
nature  sont  dans  tes  mains  ;  dirige-les  à  ton 
gré,  elles  obéiront  à  ton  intelligence.  Perfec- 
tionne un  ouvrage  que  je  n'ai  créé  que  pour 
toif  et  qu'il  entre  dans  mon  plan  de  soumet- 
tre ain»i  à  ta  puissance.  Féconde^  fixe^  et 
tnanifeste  ta  pensée  par  la  parole  que  je  t'ai 
donnée  ;  multiplie  et  perfectionne  ta  parole 
par  ta  pensée^  et  que,  par  cette  influence  réci- 
proquBj  ton  intelliaenc^  s'étende,  et  que  ton 
pouvoir  sur  toute  la  nature  y  puise  son  acti- 
vité. Observe,  étudie  les  phénomènes  de  cette 
nature  que  je  t'ai  soumise^  tu  trouveras,  dans 
les  lois  que  j'y  ai  établies  les  fondements  des 
sciences  physiques  et  des  arts  industriels,  qui 
te  prêteront  leur  secours  dans  toutes  tes 
couvres.  Dès  lors  tu  établiras  des  communica- 
tions libres  tntre  les  diverses  régions  du 
globe;  tes  rochers  s'abaisseront  sous  ta  main 
puissante  ;  tu  abattras  des  forêts  ;  tu  perceras 
des  rout4s  sûres  et  faciles  a  travers  leurs  pro- 
fondes solitudes  ;  tu  dirigeras  le  cours  des 
fleuves,  et^  tu  leur  fixeras  des  limites  qu'ils  ne 
franchiront  point  ;  tu  assainiras  toutes  les 
régions  qu'il  te  piaira  d'habiter  ;  tu  ouvriras 
le  flanc  des  montagnes,  tu  pénétreras  dans 
leurs  enlrailles^  et  tu  en  retireras  les  métaux 
utiles  ou  précieux  qui  serviront  d'instru- 
ments à  ton  génie  ;  tu  traceras  à  la  foudre  des 
routes  qu'elle  suivra  silencieusement,  et  mon 
tonnerre  ne  sera  plus  pour  toi  que  la  voix  de 
ma  puissance,  qui  éclatera  dans  l'immensité 
de  i  espace  pour  me  rappeler  à  ton  souve- 
nir (254).  lu  dirigeras  a  ton  gré  la  fécondité 
de  la  nature  entière,  que  je  mets  dans  tes 
mains  ;  tu  en  multiplieras^  tu  en  modifieras, 
tu  en  perfectionneras  tous  Us  produits  ;  tu 
dompteras  et  tu  soumettras  à  ton  empire  les 
animaux  les  plus  impatients  du  joug  (255); 

sur  les  destinées  de  Tbomme  et  de  tout  ce  qui  Ten- 
toure,  que  ce  que  Ton  appelle  état  naturel  de  ta 
terre  est  évidemment  un  élat  contre  nature,  ou  si 
Ton  veut,  un  ^at  d'imperfection,  d'attente,  et  qu'il 
n'y  a  réellement  pour  elle  d'état  naturel  et  parfait, 
que  celui  où  elle  se  trouve  modiiiée  par  Tbomme  de 
manière  à  fournir  pleinement  à  tous  ses  besoins. 
L'homme  ne  peut  être  ce  qu'il  est,  être  intelligent 
sans  que  la  nature  entière  éprouvé  son  influence  ; 
donc  l'état  où  elle  se  trouve,  sous  son  empire,  est 
son  élat  naturel.  Elle  lui  a  été  livrée,  par  le  Tout- 
Puissant,  comme  une  création  brute  qui  devait  être 
polie  et  perfectionnée  par  son  sénie,  ne  portant  avec 
elle  que  sa  merveilleuse  fécondité. 

(2a5)  Depuis  six  mille  ans,  cet  irrévocable  arrêt 
de  l'Étemel  reçoit  son  exécution  pleine  et  entière. 
Jetez  les  yeux  sur  la  surface  de  la  terre  :  tandis  que 
tous  les  êtres  vi^nts  pourvoient  sans  peine  à  l'en- 
tretien de  leur  existence,  presque  toute  l'espèce  hu- 
maine ne  peut  soutenir  la  sienne  qu'à  l'aide  des  plus 
rudes  travaux.  Le  reste,  tourmenté  de  désirs,  rongé 
de  soucis,  souvent  de  remords,  ne  souffre  pas  moins 
à  sa  manière. 

(254)  Ecoutez  attentivement  et  en  tremblant  sa 


550 


ils  te  seront  soumis^  parce  que  je  ne  kt  ai 
doués  que  de  facultés  instinctives,  H  que  fai 
voulu    te    les  livrer    comme    des   instru- 
ments  (256);  tu  favoriseras  et  tu  étendrm 
leur  reproduction  selon  tes  besoins  ;  tu  relé- 
gueras au  loin,  par  la  puissance  deles  ormw, 
ceux  qui  pourraient  te  nuire,  ou  tu  en  limi- 
teras a  ton  gré  la  multiplication.  Mais,  pour 
toi,  tu  te  multiplieras  sur  cette  terre  comme 
le  sable  des  rivages  (257)  ;   tu  en  habittnu 
toutes  les  régions  ;  tu  t'étendras  du  nord  au 
midif  du  coucftant  à  l'aurore^  afin  que  tu 
saches  quelle  t'appartient  ;  les  astres,  dont 
tu  mesureras  les  distances^  dont  tu  étudieras 
et  dont  tu  connnaitras  le  cours,,  te  dirigeront 
sur  la  surface  des  mers^  où  je  commanderai 
aux  vents  d'accélérer  ta  marche.  Ni  l'immen- 
sité des  océans,  ni  les  tempêtes^  ne  pourront 
l'arrêter  ;  et  la  terre  tout  entière  deviendra 
ta  conquête.  Tu  y  bâtiras  des  cités  opulentei, 
et  en  même  temps  que  tu  protégeras  ton  ejû- 
tence  par  le  secours  des  sciences  physiques  et 
des  arts  industriels^  tu  l'embelliras  par  le$ 
beaux-arts. 
Mais  que  ta  haute  puissance,  que  tu  ne  tien$ 


assez  grande  pour  t' élever  jusqu'à  Paulewrie 
ton  être,  pour  te  faire  comprendre  et  admi- 
rer les  merveilles   de  ma  puissance,  situ 
lis  dans  les   deux    les  témoignages  de  m 
gloire  f258)  ;  enfin  si,   f  élevant  par  la  fiu 
noble  aes  prérogatives  au-dessus  de  toutet  Ut 
créatures  vivantes,  j'ai  voulu  qi*e  tu  connustes 
celui  qui  t'a  créée,  n'oublie  pas,  car  tu  es 
libre,  de  descendre  au  dedans  de  toi-même, 
de  régler  non-seulement  tes  volontés,  tes  dé- 
terminations,  tes    actes ,   mais  jusqu'à  tet 
désirs  et  tes  pensées,  selon  les  lois  que  je  t'ai 
imposées  pour  ta  propre   félicité^   selon  la 
raison  que  tu  possèdes,  et  l  instinct  moral  et 
la  conscience  que  j*ai   mis  dans  ton  cœur. 
Que  les  passions  désordonnées  n* obscurcissent 
point   les  lumières    de   ton  intelligence,  ne 
f  entraînent  point  dans  les  sentiers  de  tin- 
justice;  et  garde-toi  surtout  de  t'y  égarer  au 

voix  terrible...  Il  tonnera  par  la  voix  de  sa  aren- 
deur,...  il  se  rendra  admirable  par  la  voix  de  son 
tonnerre..,  {Job^  xxxvn.) 

(255)  Tu  domineras  sur  tout  ce  qui  nage  dans  Us 
eaux,  sur  tout  ce  qui  vole  dans  tes  airs^  sur  tout  ce 
qui  se  meut  sur  la  terre.  (Gen.,  i,  28.) 

(256)  Si  les  animaux  avaient  été  intelliKents  ei 
libres  ;  s'ils  avaient  pu,  par  le  secours  de  rintdii- 
gence,  sortir  d'eux-mêmes,  et  puiser  au  dehors  des 
moyens  d'attaque  et  de  défense ,  comme  rhonuiie, 
jamais  celui-ci  n'aurait  pu  les  assujettir  et  en  dispo- 
ser à  son  gré.  Ce  n'est  donc  que  parce  qu'ils  n'ont 

3ae  l'instinct,  parce  qu'ils  se  trouvent  sous  Tempire 
e  leurs  organes ,  qu'il  peut  les  employer,  à  son 
choix  et  selon  ses  besoins,  comme  des  instrumeots 
que  l'Eternel  a  mis  dans  ses  maiiis.  Harmonie  ad- 
mirable, qui  montre  évidemment  les  prérogames  et 
la  puissance  de  l'homme,  et  la  source  de  son  empitt 
sur  tous  les  animaux. 

(257)  Je  multiplierai  ta  race  comme  la  poussière  di 
la  terre.  (Gen.,  xni,  46.) 

(258)  Les  deux  racontent  la  gloire  de  Dieu,  ft 
le  firmament  publie  les  ouvrages  de  ses  maiMt, 
{Prov.,  xvrii.) 


557 


FAC 


D'ANTHROPOLOGIE. 


FAC 


5&S 


point  de  vouloir  me  méeonmAiref  et  de  démen- 
tir ta  céleste  origine  par  la  folie  de  F  impiété. 
L*bomme  a  rempli  ces  glorieuses  desti- 
nées. Le  domaine  de  sa  pensée  s*étendit  par 
liiiûaenee  de  sa  parole ,  et  sa  parole,  à  son 
t'>ur,  se  régularisa,  se  multiplia,  se  perfec- 
tionna par  l'influence  de  sa  pensée.  Une  in- 
finité de  rapports  des  êtres  entre  eux  et 
avec  lui  furent  étudiés,  connus,  appréciés, 
€l  les  arts  industriels  naquirent.  L  observa- 
tion des  phénomènes  de  la  nature,  Tétude 
de  leurs  relations  avec  leurs  causes,  produi- 
sirent les  sciences  physiques,  qui  ne  sont 
que  des  conséquences  générées  naturelle- 
ment déduites  d'un  plus  ou  moins  grand 
nombre  de  bits  bien  observés. 

Dès  lors  l'homme  réagit  sur  la  nature  en- 
tière de  toute  la  puissance  de  son  intelli- 
gence, qu'il  a  gravée  partout  en  caractères 
éclatants.  De  l'alliance  intime  qu'il  a  formée 
enU%  les  arts  industriels  et  les  sciences  phy- 
siques, et  de  leurs  influences  réciproques, 
sont  nées  toutes  les  productions,  toutes  les 
inventions  utiles  pour  la  satisfaction  de  ses 
i>e$oins.  C'est  par  cette  heureuse  alliance 
f|u'il  a  pu  modifier  à  son  gré  la  surface  du 
globe,    établir  des  communications  libres 
entre  ses  régions  diverses,  mesurer  les  cieux, 
parcourir  dans  tous  les  sens  l'immensité  des 
mers,  s'élever  même  dans  l'atmosphère,  cul- 
tiver, multiplier,  perfectionner  les  végétaux 
les  plus  propres  &  lui  fournir  des  aliments 
a^al>les  etsalubres,  des  matériaux  incor- 
ruptibles |M>ur  ses  vêtements,  ses  meubles, 
ses  habitations,  ses  édifices  ;  c'est  par  cette 
alliance  qu'il  put  soumettre  à  son  empire, 
élever,  maintenir,  améliorer  les  races  des 
animaux  utiles,  détruire  ou  reléguer  au  fond 
des  déserts  ceux  qu'il  avait  à  redouter,  reti- 
rer du  sein  de  la  terre  les  minéraux  utiles 
on  précieux,  les  purifier,  les  modifier,  leur 
<Jonner  mille  formes  diverses,  applicables  à 
>es  besoins  ou  à  ses  agréments  ;  c'est  par 
«ette  alliance  enfin  qull  a  pu  s*étudier  lui- 
même  ,  pénétrer  dans  les  ressorts  les  plus 
secrets  de  son  organisation,  connaître  les 
lois  de  la  vie,  les  causes  et  la  nature  des 
troubles  qu'elles  éprouvent,  des  désordres 
organiques  (}ui  en  sont  les  résultats,  et  les 
remèdes  qui  leur  conviennent. 

Après  avoir  ainsi  conquis,  modifié,  per- 
fectionné la  nature  entière,  et  assuré  son 
existence  au  milieu  des  êtres  que  le  Tout- 
Fuîssant  a  livrés  à  son  pouvoir,  l'homme  l'a 
evnUelVie  par  les  productions  des  beaux-arts, 
qu'il  a  fécondés  par  son  sénie.  L'architec- 
ture lui  a  construit  des  habitations  salubres, 
rooimodes  et  élégantes,  et  des  palais  somp- 
tueux ;  la  peinture  et  la  sculpture  lui  ont 
fourni  les  moyens  de  transmettre  d'âge  en 
é^e  les  traits  vénérables  de  la  vertu,  et  de 
rendre  présents  à  la  postérité  la  plus  reculée 

^259)  D  B*est  point  d*lioniine  dissolu,  quelque  per- 
*ni  q«*il  soit,  ^ai  ne  ressente  de  Thorrear  ponr  te 
T  ice  qu'il  aperçoit  dans  les  antres,  et  ipii  ne  mi^se, 
ct.j  moins  intérieurement,  lescompagnonsmèmedesos 
«l^bauche^,  conune  aussi  il  n*en  est  point  qui  ne  vc- 
fî»-re   la  \pnii. 

I  ±iiO)  L'impie  a  dit  dans  son  cœur  :  Dieu  nVil  poiul,,. 


les  événements  les  plus  remarquables  et  les 
hauts  faits  les  plus  éclatants.  Il  a  trouvé  dans 
l'harmonie  et  dans  les  diverses  modulations 
des  sons  une  peinture  touchante  ou  énergi- 
que des  émotions  qu'il  éprouve,  tandis  que 
la  poésie,  par  ses  différents  rhythmes,  ses 
fictions  ingénieuses  et  ses  brillantes  expres- 
sions, célèbre  dignement  ses  sentiments,  ses 
vertus  et  sa  gloire. 

Hais  l'homme  ne  s'est  point  contenté  de 
cultiver  le  domaine  des  arts  industriels,  des 
sciences  physiques  et  des  beaux -arts  ;  une 
autre'  étude,  non  moins  digne  de  lui,  a  captivé 
son  Ame.  D  a  pénétré  dans  sa  propre  intelli- 
gence, il  a  sondé  tous  les  replis  de  son 
cœur,  il  a  connu  tous  les  rapports  qui  le 
lient  à  ses  semblables  ;  il  s'est  connu  lui  • 
même,  il  a  senti  toute  retendue  de  sa  li  • 
berté  morale  ;  et  de  là  sont  nées  les  lois 
diverses,  civiles,  industrielles  et  politiques 
<;^u'il  s'est  créées,  et  auxquelles  il  a  voulu 
s  assujétir. 

Toutefois,  le  sentiment  de  cette  liberté 
ne  lui  a  point  fait  perdre  le  souvenir  de  sa 
dépendance  à  l'égard  de  l'auteur  de  son  être; 
il  n'a  jamais  oublié  Ylntelligeûce  suprême 
qui  créa  son  intelligence.  Sans  doute  il  se 
laisse  souvent  entraîner  |iar  les  passions 
qui  l'agitent  ;  mais  la  voix  de  la  conscience 

2 ni  se  lait  entendre  au  fond  de  son 
me,  son  retour  dans  le  sentier  de  la  justice, 
rhorrcur  que,  même  dans  ses  d^ordres ,  il 
ressent  pour  le  vice,  et  le  mépris  qu'il  lui 
témoigne,  la  vénération  qu'il  a  pour  la  vertu 
et  les  hommages  qu'il  lui  rend  (259),  sont 
autant  de  preuves  manifestes  qu'il  n'a  point 
perdu  le  souvenir  des  lois  morales,  primi- 
tives ,  et  qu'il  ne  méconnaît  point  son 
Créateur.  Si  quelque  être  dégradé,  après 
avoir  fait  violence  a  sa  raison  et  à  sa  con- 
science, et  avoir  dit  dans  son  cœur  :  Il  n'y  a 
point  de  Dieu  (260),  a  la  hardiesse  cou)iable 
de  manifester  cette  horrible  pensée,  l'esj'èce 
humaine  se  soulève  tout  entière,  montrant 
d'une  main  la  voûte  des  cieux,  tenant  de 
l'autre  la  tradition  des  siècles,  et  proteste 
hautement  contre  cette  stupide  impiété  1 

Teî  «&tle  magnifique  spectacle  qu  offre 
à  nos  regards  l'homme  considéré  sous  son 
véritable  point  de  vue.  Seul  être  intelligent 
au  milieu  de  tous  les  autres  êtres  qu'il  as- 
sujettit à  son  empire ,  tout  le  proclame  le 
mattre  souverain  de  la  création. 

Mais  ces  brillantes  facultés,  cette  puis- 
sance qui  n'a  point  de  rivale  dans  la  nature, 
tiendraient-Helles  essentiellement  à  sa  subs- 
tance matérielle?  Son  organisation  en  serait- 
elle  exclusivement  le  siège?  En  un  mot, 
l'homme,  avec  toutes  ses  prérogatives,  se 
réduirait-il  à  cette  organisation  qui  seule 
en  lui  frappe  nos  sens  ?  Voy.  les  art.  Encé- 
phale et  Physiologie  ixtellectcelle. 

(Psai.  xni.)  Remarquez  cette  expression  :  Limpie  a 
dit  dan9  $oh  cœur;  c*est-à-dire  qu'il  a  désiré  qu*il  n> 
eût  point  de  Dieu,  pour  se  llTrer  arec  plasde  liliertéà 
ses  passions  déréîçlées;  mais  qu*il  n'a  pu  le  dire 
dans  son  esprit^  où  son  intelligence  loi  démontre 
pleinement  le  contraire. 


55» 


f£0 


DICTIONNAIRE 


FEU 


5)0 


FACULTÉS  INTELLECTUELLES  chez  les 
races  humaines.  Voy,  Races  humaines. 

FACULTÉS  INTELLECTUELLES,  ne  peu- 
veut  appartenir  à  l'appareil  encéphalique. 
Voy.  Encéphale. 

FELATAHS.  Voy.  Sénégambie.  . 

FÉTICHE,  origine  de  ce  mot.  Voy.  Rages 

HUMAINES. 

•FEU.  —  Ce  ne  fut  qu'avec  le  secours  du 
feu  que  l'homme  put  vivre  dans  les  régions 
qui  sont  en  dehors  et  à  quelque  distance  des 
tropiques,  ou  sur  les  montagnes  élevées. 
L'homme,  au  moins  dans  la  période  actuelle 
de  civilisation ,  eut  le  désir  de  faire  usage 
d'aliments  cuits.  L'observation  semble  même 
établir  que ,  s'il  ne  faisait  usage  que  d'ali- 
ments crus,  il  n'arriverait  pas  à  un  âge  aussi 
avancé  que  celui  qu'il  atteint  communément. 
La  connaissance  de  Tusage  du  feu  est  un  des 
caractères  qui  distinguent  l'homme  de  la 
brute  ;  et  souvent  on  a  répété  que  le  singe 
savait  se  chauffer ,  mais  gu'il  ne  savait  pas 
conserver  le  feu.  L'expérience  que  l'homme 
a  acauise  pour  conserver  le  feu,  ou  la  possi- 
bilité qu'iî  a  de  se  le  procurer ,  suppose  la 
faculté  de  déduire  une  règle  de  l'observation 
d'un  fait ,  et  quand  on  a  pu  le  faire  une  fois, 
on  peut  le  répéter  plusieurs  fois.  Il  n'est  pas 
lin  voyageur  qui ,  dans  ces  derniers  temps , 
ail  trouvé  un  peuple  vivant  dans  une  îmo- 
rance  absolue  du  feu.  Les  habitants  de  la 
Nouvêlle-Hollande  étaient  plongés  dans  le 
dernier  degré  d'abrutissement  lorsque  Cook 
découvrit  la  côte  orientale  de  cette  partie  du 
monde  ;  ils  ne  savaient  même  pas  se  cons- 
truire des  huttes  pour  se  garantir  de  l'intem- 
périe des  saisons,  et  toute  leur  industrie 
se  bornait  à  dresser  des  abris  du  côté  où 
venaient  plus  communément  les  pluies  et  les 
ouragans  ;  on  ne  voyait  pas  chez  eux  la 
moindre  trace  de  çouvernement ,  et  les 
familles  vivaient ,  soit  isolées,  soit  réunies 
plusieurs  ensemble ,  mais  sans  loi  et  sans 
règle.  Us  ne  cultivaient  aucun  végétal  pour 
leur  nourriture,  et  ne  pouvaient  attraper  les 
kanguroos  pour  manger  leur  chair.  Ils  étaient 
donc  réduits  à  vivre  misérablement  des 
mollusques  qu'ils  trouvaient  sur  le  rivage  ; 
le  plus  souvent  ils  mouraient  de  faim.  Mais 
la  rumée  qui  s'élevait  çà  et  là  fit  connaître 
aux  Anglais  que  le  pays  était  habité.  Les 
deux  Forster  ont  représenté  les  Pcschrahs  de 
la  terre  de  Feu,  à  la  pointe  sud  de  l'Améri- 
que ,  comme  le  peuple  le  plus  misérable  Je 
la  terre,  relégués  dans  un  pays  triste,  où,  h  la 
vérité ,  l'été  n'est  point  trop  brûlant  ni  Tlii- 
ver  trop  rigoureux,  mais  où  l'on  voit  tomber 
h  la  fois  dans  le  cœur  même  de  l'été  la  neige 
et  la  pluie.  Et,  pourtant,  ces  malheureux 
avaient  la  connaissance  du  feu  ;  ils  ne  quit- 
taient point  leur  foyer ,  et  leurs  pays  reçut 
le  nom, qu'il  porte  du  feu  qu'on  y  voyait  par- 
tout. Ces  deux  peuples ,  et  cela  doit  se  dire 
plus  encore  des  habitants  de  la  Nouvelle- 
Hollande  que  des  Peschrahs ,  que  les  voya- 

(261)  Histoire  de*  Uet  Marianne^  ou  des  Larrons 
nouvellement  convertis  à  la  retiqion  chrétienne,  olc.  • 
Paris,  Pépie,  170U   SmA^. 


geurs  plus  modernes  ne  nous  représentent 
point  comme  aussi  brutes  ;  ces  deux  peuples, 
dis-je ,  sont  de  tous  les  hommes  ceux  dont 
les  facultés  intellectuelles  sont  restées  dans 
l'état  le  plus  infime  et  le  plus  abject  ;  ils  sont 
beaucoup  au-dessous  de  ces  sauvages  de 
l'Amérique  du  Sud,  aujourd'hui  beaucoup 
mieux  connus  que  précédemment. 

On  a  cependant  répété  souvent  ce  conte 
qu'il  y  avait  des  peuples  ignorant  complète- 
ment l'usage  du  feu.  Goguet ,  dans  son  esti- 
mable ouvrage  sur  YOrigine  des  lois,  des  arts 
et  des  sciences^  etc. ,  dit  :  «  Les  habitants  des 
îles  Mariannes ,  qu'on  découvrit  en  1521 , 
n'avaient  aucune  idée  du  feu.  Jamais  étoii- 
nementne  fut  égal  à  celui  qu'ils  manifestè- 
rent lorsqu'ils  virent  du  feu  pour  la  pre- 
mière fois ,  après  la  descente  de  Magellan 
dans  une  de  leurs  tles.  Ils  prenaient  dans  io 
commencement  le  feu  pour  une  espèce  d  ani- 
mal qi^i  s'attachait  au  bois  pour  Je  dévorer. 
Les  premiers  qui  s'approchèrent  du  foyer  se 
brûlèrent  ;  ils  communiquèrent  aux  autres 
leur  frayeur  ;  ils  n'osaient  plus  regarjJer  le 
feu  que*^(te  loin,  dans  la  crainte,  disaient-ils, 
que  c<ît  animal  ne  les  mordît  et  ne  les  bles- 
sât de  son  horrible  souille,  car  c'était  la  pre- 
mière idée  qu'ils  avaient  conçue  de  la  flamme 
et  de  la  chaleur.  »  Ce  |)assage  est  extrait 
d'une  Histoire  des  îles  Mariannes  par  un  mis- 
sionnaire nommé  Gobien  (261),  quivisitaces 
îles  environ  deux  cents  ans  après  leur  ééeou- 
verte.  On  le  lit  encore  dans  V Histoire  géné- 
rale des  Voyages ,  où  l'auteur  le  cite  comme 
venant  de  Pigafelta.  C*est  un  fait  bien  connu 
que  Magellan  périt  en  combattant  dans  une 
des  Philippines ,  où  il  avait  pris  parti  pour 
un  des  chefs  qui  était  en  guerre  avec  un  de 
ses  voisins.  Le  souvenir  de  ce  voyage  aurait 
été  entièrement  perdu  ,  dit  Ramiisio ,  si  on 
gentilhomme  vicenlin,  nommé  Antonio Piga- 
fetla,  écrivain  habile,  n'en  eût  conservé  une 
relation  ,  pour  répondre  au  désir  du  grand 
maître  de  l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusa- 
lem (262) ,  Viliers  de  l'IIe-Adani.  On  n'a 
imprimé  de  cette  relation  qu'un  extrait  en 
français ,  qui  est  bien  connu.  Ramusio  l'a 
traduit  en  italien ,  et   l'a  inséré  dans  son 
Recueil  des  Voyages  (263).  La  reiation  elle- 
même  resta  longtemps  ignorée  dans  la  biblio- 
thèque Ambrosienne  de  Milan,  et  elle  ne  fui 
publiée  qu'en  1800  par  le  conservateur  de 
cette  bibliothèque,  Amoretli.  Aussitôt  elle  fui» 
comme  on  peut  le  croire ,  traduite  en  |)lu- 
sieurs  langues  et  même  eu  allemand.  Piga- 
felta rapporte  de  quelle  manière  Magellan 
fut  accueilli  en  arrivant  dans  ces  îles.  On  ie 
reçut  d'abord  d'une  manière  fort  amicale; 
mais  l»ientôt,on  lui   vola  une  embarcation. 
Magellan  punit  ce  larcin  assez  cruelleaieni 
par    Tincendie    de    quarante    h  ciiuiuantc 
(•ahanes  et  le  meurtre  de  sept  insulaires. 
Il  ne  dit  pas  un  mot  sur  l'ignorance  (jan> 
laquelle    ces  peuplades   auraient   pu  être 
de  l'usage  du  feu  ;  et  quoiqu'il    entre  dans 

(2(>2)  Alors  en  possession  de  Tile  de  RhoJes. 
(iG5)  Dette  navigationi  c  Viagat,  rnrolti  «la  t'Avr- 
•10  ;  Veiiezirt,  Giuiili,  tDG3-85-8J  ;  ô  vol.  iu-ftM. 


Stil 


FEU 


D^WTUROPOLOGIE. 


FEU 


562 


licaucoap  de  détails ,  il  garde  le  silence 
sur  cette  particularité  remarquable  Outre 
ce  fait  alloué  comme  preuve,  et  dont  la 
fausseté  est  bien  démontrée,  Go^et  cite  en- 
core plusieurs  autres  peuples  oui  ne  devaient 
point  connaître  Tusage  du  leu  ;  mais  les 
preuves  qu'il  donne  sont  d'une  nature  telle, 

S  l'on  ne  peut  y  ajouter  aucuneconfiance  (264). 
n  est  amené  insensiblement  sur  la  trace  de 
Tori^ne  des  fables.  Goguet  ajoute  à  ce  que 
nous  avons  déjà  cité,  que  ce  fut  chez  les 
Grecs  ^e  ces  Gelions  prirent  naissance  ;  il 
s  appuie  d*un  petit  traité  de  Plutarque  sur 
Tutilitéqu'on  fieut  tirer  de  ses  ennemis  (265). 
Un  satjre,  dit  Plutargue,  sans  doute  d'après 
quelque  poète,  voulait  embrasser  et  baiser  le 
feu  qu'il  voyait  pour  la  première  fois;  mais 
Prométhée  lui  cria  :  Bouc ,  tu  brûleras  ta 
barbe  ;  il  brûle  tout  ce  qu'il  touche.  Goguet, 
dont  la  science  était  plus  étendue  que  pro- 
fonde, n'a  point  compris  le  sens  de  ce  pas- 
sade de  Plutarque  ;  aussi  il  en  fait  une  mau- 
vaise application.  Il  en  est  sans  doute  de 
même  du  Père  Gobicn  ,  qui  aura  bien  pu 
apprendre  des  Guahans  une  ancienne  fable 
qu*il  raconte  tout  différemment  et  à  sa  ma- 
nière. Ce  n*est  pas  le  seul  eiemple  où  un 
voyageur  aura  voulu  voir  en  réalité  ce  que 
les  anciens  ne  présentaient  que  comme  des 
fictions,  ainsi  que  M.  de  Humboldt  l'a  dé- 
montré dans  la  crtiqiiede  la  fable  des  Ama- 
zones de  l'Amérique  du  Sud. 

La  découverte  du  feu  remonte  aux  temps 
iabuleux,  c'est-à-dire  à  l'enfance  du  genre 
humain,  temps  duquel  il  n'a  pas  conservé 
plus  de  souvenir  que  chaque  individu  n'en  a 
gardé  de  sa  propre  enfance.  Et  c'est  avec 
raison  qu'on  a  suppléé  à  l'histoire  par  la  fa  * 
ble  et  la  poésie,  parce  que  toutes  les  décou- 
Tortes  se  font  dans  une  sorte  d'enthousiasme 
poétique  qu'il  appartient  à  la  poésie  seule 
de  décrire.  Prométhée  dérobe  le  feu  du  ciel 
dans  une  tige  de  férule  (Wêp^uÇ),  c'est-à-dire 

M4)  Je  rapporterai  les  citations  saivantes  :  t  Les 
kuHtaiits  des  Philippines  et  des  Canaries  étaient  an- 
dennement  aussi  dépoorvus  d*instniction  que  les 
peuples  dont  nous  parlons.  (  Hi$$.  des  Vagage$^  il, 
p.  129;  Hoaji,  Ik  orig,  Americ,^  1.  i,  c.  8;  1.  ii, 
c.  9.)  M.  de  Hnmbotdt,  qui  a  réuni  et  discuté  avec 
beaucoup  de  soin  les  documents  historiques  sur  les 
premiers  habitants  des  lies  Canaries,  les  Guanches, 
n*en  dit  pas  an  mot.  Ces  peuples  n'étaient  donc 
point  dans  on  état  de  civilisation  aussi  peu  avancé 
qn*on  le  suppose.  Pigafetta  ne  dit  rien  de  semblable 
sur  les  Philippines  :  t  On  assure,  en  outre,  que  dans 
les  Iles  Las  Jordanos^  Tusage  du  feu  était  autrefois 
hicounu.  >  (IM,)  f  Cette  Ile  appartient  â  la  Chine.  • 
Dans  le  voisinage  d*une  nation  adonnée  au  com- 
merce et  très-civilisée,  le  fait  est-il  probable?  il  dit 
la  même  chose  de  plusieurs  peuplades  de  TAmé- 
riqne  {Mœurs  des  samvayes^  i,  p.  40),  et  entre  au- 
tres des  Amieuanas,  nation  découverte  depuis  peu 
clans  TAmërique  méridionale.  {LetL  ifcfif.,  aX,  pâg. 
321.)  Ceue  nation  habile  loin  de  la  mer,  dans  une 
plaine  élevée,  où  les  rivières  ne  sont  point  encore 
navijpbles.  (La  Co5da]ii5E,  Reiai,  riv,  des  Anuiz., 
p.  106.)  La  Condamtne  ne  8*avança  point  jusque-là. 
1>^  peuples  montagnards  de  TAmérique  sont  bien 
plus  policés  Que  ceux  des  forêts  basses.  Tous  les 
peuples  du  Brésil  connaissaient  très-bien  l'usage  du 
leo.  c  L'Afrique  contient,  de  nos  jours,  des  peuples 


dans  la  tiged'umeombellifère  dont  la  moelle 
desséchée  brûle  eomme  l'amadouvier  sec. 
Là  ferula  eommuniSf  Lin.  croit  en  abondance 
dans  la  Grèce,  particulièrement  dans  rael- 
hide  moderne.  Hésiode  a  deux  fms  raconté 
cette  fable  dans  les  (XEuvres  des  jours^  à 
partir  du  vers  47,  et  dans  la  Théogonie^  à 
partir  du  vers  507,  et  dans  chacun  de  ces 
livres  d'une  manière  différente.  Dans  le 
premier,  il  s'agit  seulement  du  vol  du  feu  , 
qui  cause  au  souverain  des  dieux  et  des 
hommes  une  colère  telle  ,  qu'il  envoie  Pan- 
dore au  genre  humain  :  dans  le  second,  c'est 
Prométhée  qui  le  premier  trompe  Jupiter, 
en  ne  lui  offrant  en  sacrifice  que  des  os  en- 
veloppés dans  une  peau.  Le  dieu  ,  irrité  de 
cette  supercherie,  se  fâche  ;  il  refuse  à  Pro- 
méthée le  feu  ;  celui-ci  le  vole  et  ce  fait 
amène  la  création  de  Pandore.  Prométhée 
était  un  titan  ,  et  le  combat  des  dieux  et  des 
titans,  des  monstres ,  des  géants ,  et  autres 
enfants  de  la  terre,  font  la  hase  de  lancienne 
mythologie  grecque  et  indienne.  La  poésie 
prend  parti  tantôt  pour  les  dieux  ,  tantôt 
,  pour  les  titans ,  comme  le  fait  Hésiode. 
Suivant  la  théogonie  ,  Pandore  est  la  pre- 
mière femme  d  où  est  sorti  tout  le  genre 
humain  (266).  Nous  voyons  là  une  altération 
de  l'histoire  de  la  première  femme  qui,  dans 
le  paradis  perdit  le  premier  homme.  Mais 
la  Table  modelée  pour  arriver  à  expliquer 
l'orisine  du  feu  est  particulière  aux  Grecs  : 
la  découverte  du  feu  fut  la  connaissance  de 
l'arbre  de  la  science  du  bien  et  du  mal. 

Les  livres  des  Phéniciens ,  que  nous 
connaissons  sous  le  nom  de  Sanchonia- 
ton  (i67),  disent  qu'Eon  et  Protogonos 
donnèrent  le  jour  a  des  enfants  mortels 
nommés  Lumière^  Feu  et  Flamme;  ils  déœu- 
vrirent  le  feu  parle  frottement  du  bois,  et  ils 
en  enseignèrent  l'usage  aux  hommes.  Cette 
manière  de  se  procurer  du  feu  n'était  point 
spéciale  aux  anciens  (268^ ,  car  c'est  encore 

qui  n*ont  aucune  notion  de  remploi  du  feu.  i  (Mer-^ 
eure  de  France^  avril  1717,  p,  6i.)  U  est  nécessaire 
de  signaler  les  erreurs  qui  se  sont  glissées  dans 
plusieurs  ouvrages,  surtout  dans  des  ouvrages  desti- 
nés à  TenseignemenL 

(265)  Opera^  éd.  Reiske,  t.  Tl,  p.  322. 

(266)  Ce  vers  n^est  point  intercalé  dans  le  texte; 
car  Pausanias  (Alite.,  c.  24)  dit  clairement  que, 
suivant  Hésiode,  Pandore  est  la  première  femme. 

(267)  SjOicbonutoiiis  Fra^menta^  éd.  S.  C.  Orel- 
lius;  Lips.,  4826,  p.  16. 

(268)  Théophraste  (Bist.  Plant.,  L  v,  c.  3,  4,  élit. 
Schneid.)  dit,  en  parlant  du  bois  de  tilleul  :  t  II  pa- 
raît contenir  beaucoup  de  chaleur;  ce  qui  le  prouve, 
c'est  qu*il  émoosse  Uk  instruments  de  fer  avec  les- 
quels on  le  travaille  ,  parée  que,  par  sa  chaleur,  IL 
en  affaiblit  la  trempe.  Le  lierre  conserve  aussi  la 
clialeur,  ainsi  que  le  laurier,  et  en  général  tout  ce 
qui  peut  être  employé  à  la  confection  des  instru-^ 
ments  destinés  à  procurer  du  feu.  (Siùrà  irv^io. 
TtMTflu.)  Muestor  ajoute  encore  le  sycomore  {wnrn- 
fu»oc).  Tout  ce  <(ui  croit  dans  Teau  est  très-froid» 
comme  tout  ce  i|ui  est  visqueux  (yWypoc),  le  bois 
de  saule  et  celui  de  la  vigne,  >  etc.  Il  est  clair  que 
ce  qui  est  qualifié  ici  de  froid ,  est  ce  oui,  par  le 
frottement  ne  laisse  dégager  aucune  chaleur.  Dans 
le  principe,  Schneider  soupçonnait  une  faute  4^  co- 
piste, parce  que  le  mou  (fidlaaÔTVf  )  dont  parie  Tbéc- 


563 


FW 


DICTIONNAIOE 


FEV 


504 


celle  qui  communément  est  employée  par 
les  sauvages.  Les  anciens  connurent  la  ma- 
nière d'obtenir  le  feu  par  la  percussion  du 
caillou,  et  Pline  en  attribue  la  découverte  à 
un  certain  Pyrodes,  fils  de  Cilix»  personnage 
mythologique  comme  l'indique  son  nom. 
Cette  manière  d'obtenir  le  feu  a  été  long- 
temps usitée  chez  les  peuples  les  plus  civi- 
lisés, car  je  ne  pourrais  dire  à  quelle  époque 
eut  lieu  la  découverte  du  fusil  ou  briquet  eu 
acier.  Cet  art»  aidé  des  secours  de  la  chimie , 
a  fait  dans  ces  derniers  temps  des  progrès 
tels  qu'il  n'en  avait  pas  fait  de  pareils  dans 
l'espace  de  plusieurs  siècles. 

Cilons  encore  un  passage  d'un  ancien  sur 
la  découverte  du  feu.  On  lit  dans  Diodore 
(1.  II,  c.  13)  :  «  Quelques  prêtres  disent  qu'Hé- 
faistos  fut  le  premier  roi  d'£^pte  ,  il  dé- 
couvrit l'usage  du  feu ,  ce  qui  lui  valut  la 
couronne  Un  arbre  avait  été  frappé  de  la 
foudre ,  et  par  suite  un  incendie  se  déve- 
loppa dans  la  forêt  ;  le  hasard  amena  Hefais- 
tos  en  ce  lieu  pendant  Thiver,  il  y  ressentit 
les  effets  bienfaisants  de  la  chaleur.  A  me- 
sure que  le  feu  s'affiblaissait.  Refais tos  je- 
tait du  bois  pour  alimenter  le  feu.  Par  ce 
moyen  il  en  entretint  la  durée ,  il  appela 
d'autres  individus  pour  leur  faire  partager 
le  bienfait  de  sa  découverte.  On  voitdansce 
mythe  une  explication  plus  que  subtile.  » 

C'est  donc  un  phénomène  remarquable, 
que  ni  dans  l'antiquité  ,  ni  dans  les  temps 
modernes  ,  on  n  ait  pas  trouvé  un  peuple 
qui,  d'après  des  témoignages  bien  authen- 
tiques, ait  ignoré  l'usage  du  feu  et  le  moyen 
de  se  le  procurer,  quoiqu'on  voie  encore 
aujourd'hui  bon  nombre  de  peuples  dont 
l'état  intellectuel  est  tel,  qu'on  puisse  douter 

S[u'ils  aient  jamais  pu  faire  la  découverte  du 
eu.  Toutes  ces  raisons  contribuent  donc  à 
donner  de  la  vraisemblance  à  l'hypothèse 
qui  fait  dériver  tous  les  peuples  d'une  sou- 
che unique,  et  que  les  peuplades  sauvages 
sont  des  individus  déchus  d'un  état  de  civili- 
sation peu  développé  il  est  vrai ,  mais  qui 
l'était  plus  cependant  que  celui  oCi  nous  les 
voyons  aujourd'hui. 
FÈVE  (Vicia  fàba).  —  La  patrie  de  la  plu- 

f^artdes  légumineuses  qui  peuvent  servir  à 
a  nourriture  de  l'homme ,  nous  est  incon- 
nue, et,  lorsqu'en  parlant  de  ces  plantes ,  on 
dit  qu'elles  croissent  spontanément  dans  les 
guércts,  on  pourrait  pousser  la  question  plus 


loin  et  demander  oà  elles  croissaient  avant 
qu'il  y  eût  des  champs  cultivés.  Nous  retom- 
bons  ici  dans  tfn  embarras  aussi  [jrand  que 
lorsque  nous  traitions  de  la  question  de  la 
patrie  des  céréales  ;  ici  se  trouve  donc  aussi 
une  plante  sortie  d'une  contrée  oui  n  a  point 
encore  été  explorée  avec  assez  de  soin ,  ou 
bien  dans  laoueile  tous  les  végétaux  sauva- 
ges comestibles  ont  été  extirpés  ;  ou  peut- 
être  en  troisième  lieu  l'influence  de  certaines 
modifications  ont  pu  amener  la  destruction 
de  ces  végétaux,  car  il  n'est  guère  vraisem- 
blable que  les  plantes  aient  pu  se  modifier 
d'elles-mêmes,  comme  Haller  le  pensait,  car 
s'il  en  eût  été  ainsi,  personne  n'aurait  pensé 
à  se  donner  la  peine  de  les  cultiver. 

L'élude  de  l'nistoire  de  quelques-unes  di 
ces  plantes  est  importante  pour  celle  de 
l'homme,  d'autres,  au  contraire,  ne  sont  que 
d'un  faible  intérêt. 

La  fève,  vicia  faba^  peut  être  placée  en  pre- 
mière ligue,  comme  le  faisaient  les  anciens. 
Columelle  en  parle  le  premier ,  et  Pline  dit 
qu'elle  mérite  de  grands  honneurs.  Il  est 
incontestable  que  le  xvafior,  la  faba  des  Latins, 
est  notre  fève  commune.  Suivant  Théophraste 
(  Hiit,  pL^  c,  1) ,  c'est  un  fruit  à  cosse  ;  et  la 
seule  de  toutes  les  légumineuses ,  elle  a  une 
tige  droite  ,  ses  feuilles  sont  arrondies ,  elle 
en  porte  plusieurs  en  sortant  de  terre,  parre 
que  lesdeuri  cotylédons  y  demeurent  cachés; 
tout  ce  qu'il  en  dit  concorde  avec  les  feii5. 
Un  caractère  bien  certain,  c'est  la  tache  noire 

Îue  portent  les  ailes  de  la  fleur.  Chez  les 
omains,  il  n'était  pas  permis  au  flamen  dto- 
lis  de  toucher  aux  fleurs  de  la  fève ,  parée 
qu'on  y  voyait  les  lettres  malheureuses ,  Ht- 
terœ  lugubres  (^69).  C'est  aussi  à  cause  de  cette 
tache ,  dit  Diuymus  ( Geopon. ,  i,  n,  c.3d), 
que  Pythagorea  défendu  l'usage  des  fève>. 
La  fève  était  connue  dès  l'antiquité  la  plus 
reculée,  car  il  est  parlé  dans  17/iade(cxm,v. 
589)  des  fèves  à  peau  noire.  Les  flèches  que 
lance  He tenus  contre  Ménélas  rebondissent 
sur  sa  cuirasse  comme  voient  les  fèves  ou 
les  pois  ix)ussés  parle  vent.  Alors,  coraffie 
aujourd'hui,  lorsqu'on  voulait  faire  du  pain, 
on  ajoutait  de  la  larine  de  fève ,  lomentum. 
La  patrie  de  la  fève  nous  est  inconnue. 
Linné,  après  l'avoir  avancé,  la  place  ensuite 
en  Egypte,  trompé  sans  doute  par  l'erreur 
dans  laquelle  sont  tombés  les  anciens  au 
sujet  du  nelumbium  speciosum.  Il  dit  ensuite 


phrasce  ne  peut  donner  aucune  chMeur.  Mais  le 
liège,  lorsqu'on  le  coupe,  échauffe  beaucoup  la  lame 
du  couteau,  et  peut-élre  esirce  cet  arbre  que  Théo- 
phraste veut  indiquer  par  le  mot  f'àvpx,  qu'on  tra- 
duit toujours  par  liiietil.  Pline  dit  (Itb.  xvi,  c.  M)  : 
c  Si  Ton  frotte  ensemble  deux  morceaux  de  bois,  le 
frottement  déterminé  la  production  du  feu,  que  re- 
çoit facilemeut  Tamadouvier  desséché  ou  des  ifuillcs 
sèches.  Mais  rien  n*est  meilleur  que  le  laurier  pour 
exercer  le  frottement,  et  le  lierre  pour  en  recevoir 
Teffct.  On  se  sert  utilement  aussi  du  bois  de  la  vigne 
sauvage  autre  que  la  labrusmie  (labrusca) ,  vigne 
vierge  qui  grimpe  après  les  arbres  comme  le  lierre. 
Tout  ce  qui  crott  dans  IVau  est  froid,  i  etc.  On  voit, 
par  les  expressions  de  Pline,  qu'il  avait  Théophraste 
b.)us  les.  veux,  et  qu'il  Ta  expliqué  à  sa  manier^ 


Lorsqu'il  parle  de  l'amadouvier,  c'est  sans  doute 

{>arce  qu'il  confond  entre  elles  la  manière  d'obtenir 
e  feu  avec  le  caillou  et  celle  de  l'obtenir  par  le  frot- 
tement du  bois.  Dans  une  nouveUe  édition  dece  oi- 
turaliste,  accompagnée  d'une  traduction  française  eo 
tète  de  laquelle  figurent  plusieurs  noms  recoffluuih 
dables,  on  Ut  la  remarque  suivante  (  Paris,  1831, 
t.  XVI,  p.  522) ,  frigidissima  auwque  oquatiei 
c  Ce  préjugé  est  emprunté  à  Théophraste.  (Biii 
Piflfil.,  v,i4.)  C'est  ainsi  que,  naguère,  les  œo- 
dernes  accordaient  au  nénuphar  des  propriétés  re- 
frigéranles,  parce  qu'on  le  trouve  constamment  dan» 
les  eaux  dont  la  température  est  plus  hi$se(k^ 
celle  de  l'air  ambiant,  i  11  n'est  vraiment  pas  pcmus 
de  faire  des  réflexions  aussi  puériles. 
(269)  Pmn.    1.  wiH,  r.  12. 


FEY 


D^ANTHROroLOGIE. 


FRO 


596 


au*oa  la  troare  à  l'état  sauvage  sur  les  bords 
de  la  mer  Caspienne  (270},  dans  le  roisioage 
des  frontières  de  la  Perse,  et  il  s*appuie  d'un 
botaniste  nommé  Lercke.  Hais  aucun  des 
botanistes  qui  ont  parcouru  cette  contrée 
n*en  dit  un  seul  mot  :  cependant,  comme  une 
espèce  très-Toisine,  rtrta  narbonensis ,  croit 
spontanément  dans  ce  lieu ,  ou  a  bien  pu  les 
confondre.  On  lit  dans  Pline  (1.  xtiii,  c.  12) 
que  les  fères  croissent  spontanément  dans 
plusieurs  pays  ;  d*abord ,  dans  quelques  lies 
de  la  mer  du  Nord  ,  yers  le  cap  Cimbrique 
(cap  Jutland)  ;  ce  qui  leur  avait  valu  le  nom 
délies  aux  fèves  (fabartœ)  ;  ensuite ,  dans  la 
Mauritanie  boisée  ;  mais  la  fève  de  ce  pays 
diffère  de  Tautre  en  ce  qu'on  ne  peut  la  faire 
cuire  comme  celle  d'Egypte»  sans  doute  qu'il 
s*agit  ici  de  quelque  fruit  autre  que  la  fève  ; 
Tient  ensuite  la  description  du  nelumbium 

Speeiosum^  copiée  dans  Théophraste.  Il  serait 
ilBcile  de  préciser  quelle^fut  pour  ces  lies 
la  cause  du  nom  Intulœ  Fabariœ.  N'aurait-on 
}K>int ,  par  hasard ,  confondu  avec  la  plante 
qui  a  çiuelque  analogie  avec  elle ,  le  pisum 
mariiimumT  opinion  gue  je  n'émets  que 
comme  une  simple  conjecture. 

Les  anciens  distinguaient  deux  espèces  de 
lèves,  la  fête  grecque  et  la  fève  égyptienne.  La 
première  est  véritablement  notre  fève ,  et  la 
seconde  est  le  nelumbo  élégant ,  comme  il 
résulte  bien  clairement  de  la  description  fort 
exacte  qu'en  fait  Théophraste  {H.  pi,,  iv,  9). 
La  description  de  Dioscoride  concorde  bien 
avec  la  première.  Le  réceptacle  ressemble  à 
des  gâteaux  d'abeilles  ;  les  grains  ou  espèces 
de  noii  sont  un  peu  saillants ,  et  leur  partie 
supérieure  est  à  nu,  ce  qui  fait  un  caractère 
bien  précis,  puisque  dans  tout  le  règne  végé- 
tal ,  cette  plante  est  la  seule  où  l'on  observe 
cette  disposition.  La  fève  d'Ë^pte  croit,  sui- 
vant Théophraste ,  non-seulement  près  de 
Torone,  dans  l'Ile  d'Eubée ,  mais  encore  en 
Syrie  et  en  Cilicie.  Dans  ce  dernier  endroit , 
les  fhiits  n'atteignent  point  une  maturité 
complète ,  peut-être  parce  que  la  plante  n'y 
était  fioint  dans  son  pavs  natal ,  mais  qu'elle 
T  avait  été  transportée  à  dessein  ou  par 
Kasard.  Le  nelombo  a  disparu  de  TÉgypte,  et 
on  ne  sache  pas  qu'on  l'ait  vu  en  Nubie  ou 
en  Abyssinie.  Son  existence  en  Egypte  n'est 
point  prouvée  seulement  par  la  description 
qu'en  a  laissée  Théophraste ,  mais  encore 
parce  que  toutes  les  antiquités  égyptiennes 
en  portent  la  figure  si  bien  tracée  qu'on  ne 
peut  la  méconnaître.  Il  a  cessé  pareillement 
de  crottre  en  Grèce ,  nous  ignorons  si  on  le 
trouve  encore  en  Syrie  et  en  Cilicie;  il 
pousse  sur  les  bords  de  la  mer  Caspienne. 
Prosper  Alpin  a  pensé  que  la  plante  qui  pro- 
duisait le  lotos  des  anciens  était  le  nymphœa 
lotus,  lin.,  et  le  nymphœa  eœrulea,  qui,  tous 
deux  j  croissent  dans  le  Nil  ;  ce  botaniste  a 

(270)  Cest  sans  doale  d'après  cette  aolorité  que 
les  auteors  du  Dictionnaire  dassi^pu  d*hi$Unre  mUw- 
relie  Toai  plac^  aussi  sur  les  bords  de  la  mer 
CaspieuDe«  V  Fève. 

(i7i)  Voir  rouTrage  de  Link,  fntitulë  Ahhand' 
Imn^em  mher  die  àlîere  Cetekiehte  Geirecdearten,  dans 


causé  beaucoup  d'erreurs.  L*Égypte  a  perdu 
un  grand  nombre  de  plantes  et  d'animaux 
qu'elle  possédait  primitivement ,  elle  nous 
fournit  ainsi  un  exemple  de  la  destruction 
qui  peut  frapper  les  plantes  sauvages  et  les 
animaux ,  souches  primitives  des  animaux 
domestiques^ 

FIUATION  DES  LANGUES.  Foy.  Lahcues. 

FINALITÉ.     Voy.    Caractéristiq€B    db 

L*HOM1fB. 

FINNOIS.   Toy.  Nomades  et  Europe  mo- 


FLCIDE  HÉMATO-NERVEUX.  Yoj.  Ma- 

GXÉTISIIE  HUMAI!«. 

FONCTIONS  MÉCANIQUES  et  non  méca- 
niques dans  les  animaux  et  les  végétaux. 

Voy.  riNTRODCCTIO!!. 

FORCES,  qu'est-ce?  Voy.  PHTsrotoGiB  ti^- 

TELLECTUBLLE. 

FOULAHS.  Voy.  Séhégambib. 

FRANÇAIS.  Voy.  Europe  moderne. 

FROMENT.  —  La  culture  des  céréales , 
c'est-à-dire  de  ces  graminées  dont  la  graine 
farineuse  fournit  une  nourriture  substan- 
tielle, est  très-généralement  répandue  (271). 
On  en  fait  le  pain  qui  fut  dans  l'antiquité, 
comme  il  l'est  encore  de  nos  jours,  la  princi- 
pale nourriture  des  peuples  civilisés.  Parmi 
ces  céréales,  le  froment,  trilicum,  sativum  ou 
vulgaredes  botanistes,  occupe  le  premier  rang, 
n  est  cultivé  depuis  longtemps ,  cependant 
rien  ne  prouve  que  le  chittah  de  la  Rible,  mot 
qu'on  retrouve  dans  le  chineh  des  Arabes, 
soit  plutôt  notre  froment  que  notre  épeautre, 
car  on  cultive  beaucoup  encore  ces  deux 
céréales  dans  l'Orient.  Galien  (272)  a  déjà 
mis  en  doute  si  Homère ,  dans  ses  poèmes , 
avait  parlé  du  froment ,  et  si  le  mot  wvp6ç 
indiquait  bien  réellement  le  froment,  car 
ftvpùç  se  dit  de  la  nourriture  des  chevaux,  et 
l'on  sait  que  le  froment  leur  est  nuisible  : 
Hector  dit  (//.,  cvni ,  v.  188)  que  souvent  on 
donnait  à  ses  chevaux  du  impôc.  On  serait 
tenté  de  croire  que  ces  chevaux  étaient  d'une 
nature  différente  que  les  autres,  car  Audroma* 
que  leur  fait  boire  du  vin ,  à  moins  que  les 
vers  dans  lequel  il  est  question  de  cet  usage 
du  vin  n'aient  été  placés* maladroitement 
dans  cet  endroit  ;  aussi  Wolf  a-t-il  cru  devoir 
renfermer  entre  deux  parenthèses.  Dans  un 
autre  passage,  il  est  aussi  question  des  che- 
vaux de  Biomède  et  du  blé  qui  faisait  leur 
nourriture ,  mais  il  n'est  point  parlé  du  vin. 
11  faut  donc  se  rattacher  à  cette  opinion,  c'est 
que,  dans  un  temps  reculé ,  irvpk  se  prenait 
aans  un  sens  général  pour  indiquer  toute 
espèce  degraminée  servant  à  l'alimentation; 

!)lus  tard ,  il  ne  désigna  plus  que  le  froment 
273).  Il  en  est  de  même  pour  le  mot  alle- 
mand kom ,  grano  chez  les  Italiens  :  le  mot 
hirse  nous  présente  un  exemple  analogue , 
car  il  indioue  toujours  une  graine  ronde , 


les  Acus  de  VAcodéme  de  Berlin,  1816,  p.  122,  et  pour 
1826,  pa^.  67. 

Ifli)  De  aliment,  facult.,  1.  i,  c.  1. 

(275)  Le  scoliaste  dit  qoe  par  ir^poc  il  faut  en- 
tendre 7tcg$iy  orge^  qaï  est  la  nourrilure  ici  la  plua 
couveuamc. 


5t7 


CAL 


DICTIONNAIRE 


GAL 


KS 


petite^  et  pourant  servir  d'aiiment,  produite 
par  des  graminées  d'espèces  très-dinérentes. 
C'est  ainsi  que  Tusage  modiQe  la  signification 
des  mots ,  comme  nous  en  avons  plusieurs 
exemples.  Ainsi,  ir^pèç  est  employé  dans  une 
acception  générale  ;  plus  tard ,  cette  accep- 
tion est  limitée  au  froment,  comme  le  prou- 
vent divers  passages  des  auteurs  anciens  ; 
plus  tard  encore,  ce  même  mot,  devenu  d'un 
usa  16  trop  général ,  a  cessé  d'être  employé , 
et  il  a  été  remplacé  par  le  mot  aîroc*  qui, 
indiquant  d'abord  le  pain,  a  désigné  ensuite 
le  froment,  devenu  ainsi  synonyme  de  wvpiç. 
Dans  les  Géoponiques  on  trouve  communé- 
ment aîT»;  usité  au  lieu  de  itupôç.  Les  gram- 
mairiens et  les  savants  se  servent  du  mot 
TTu/jof ,  et  les  praticiens  de  (rtrcc,  qu'on  ne  lit 
jamais  dans  Théophraste  ni  Dioscoride  avec 
cette  acception.  En  sanskrit,  le  froment  s'apr 
pelle  godnuma  ou  sumana  ;  le  mot  latin  dérive 
du  verbe  terere  (  broyer  )  ;  le  mot  allemand 
vient  de  toeiss  (blanc),  par  opposition  à  rog- 
gen ,  etc.  Il  est  arrivé,  à  l'égard  des  plantes 
primitivement  cultivées,  la  même  chose 
qu'aux  animaux  réduits  de  bonne  heure  à 
1  état  domestique,  que  ce  fut  tantôt  une  cir- 
constance, tantôt  une  autre  qui  détermine  le 
choix  de  leurs  noms.  Nous  en  avons  un 
exemple  remarquable  dans  le  nom  donné  à 
la  pomme  de  terre  {solanum  tuberosum). 

te  n'est  pas  seulement  dans  l'Europe  qu'on 
cultive  le  rroment,  mais  encore  dans  les  par- 
ties tempérées  de  l'Asie ,  et  dans  le  nord  de 
rAfri(j[ue  ;  les  Européens  l'ont  importé  en 
Amérique,  dans  l'Afrique  méridionale  et  dans 
la  Nouvelle-Galles  du  sud.  Il  ne  serait  point 
sans  utilité  pour  l'histoire  de  l'humanité  de 
connaître  la  patrie  du  froment,  le  pays  d'où 
sortit  cette  plante  si  utile  pour  se  répandre 
sur  la  plus  grande  partie  du  globe.  C  est  un 
problème  difficile  a  résoudre.  Les  hommes 
étrangers  à  la  science  confondent  trop  facile- 


ment les  autres  espèces  de  graminées  avec 
le  froment,  et  quand  les  savants  rencontrent 
une  plante  analogue  croissant  spontanément, 
ils  sont  embarrassés  pour  décider  si  elle  a 
toujours  été  telle,  ou  bien  si,  primitivemeul 
cultivée ,  elle  s'est  ensuite  abÂtardie.  Lors- 

Su'on  veut  indiquer  la  fertilité  d'un  pays,  on 
it  (pie  le  froment  y  croît  sans  culture.  Lts 
anciens  oui  placé  la  patrie  du  froment  dans 
la  Sicile,  en  Crète,  en  Egypte,  en  Babylonie, 
et  sur  les  bords  de  l'Indus.  Parmi  les  docu- 
ments relatifs  à  cette  question  que  nous 
trouvons  chez  les  modernes ,  un  seul  mérite 
qu'on  V  fasse  attention.  Olivier  dit  positive- 
ment dans  la  relation  de  son  voyage  (III,  ï^\ 
oue  dans  la  Mésopotamie  ,  sur  les  bords  de 
1  Euphrate ,  à  peu  de  distance  d'Anali ,  il 
a  trouvé  le  froment ,  l'orge  et  l'épeautre  à 
l'état  sauvage  ;  et  ailleurs  il  dit  que  c'est 
à  une  journée  au  nord  d'Hamadan  (27^). 
Mais  qui  pourra  nous  assurer  que  ces  plan- 
tes ne  provenaient  point  de  froment  ancien- 
nement cultivé  dans  ces  contrées  ?  L'opinion 
3ui  place  la  patrie  du  froment  et  de  l'épeautre 
ans  l'Asie  centrale  paraît  jouir  d'un  grand 
degré  de  vraisemblance.  Les  anciens ,  qui 
avaient  poussé  assez  loin  l'économie  en  géné- 
ral ,  connaissaient  le  froment  d'été ,  celui 
d'hiver,  ainsi  que  plusieurs  autres  espèces 
ou  variétés  (275). 

L'économie  chez  eux  n'était  point  sim- 
ple affaire  d'habitude  ou  de  routine,  mais 
elle  avait  pris  rang  parmi  les  sciences,  et» 
pour  s*en  convaincre ,  il  suffit  de  se  rap- 
peler cette  multitude  d'économistes  citfe 
Sir  Columelle  en  tète  de  son  ouvrage. 
ais  les  diverses  espèces  de  froment  culti- 
vées dans  les  divers  pays  passent-elles  des 
uns  dans  les  autres  ;  et  comment  s'opère  ce 
passage  ?  C'est  une  question  qui  n  a  point 
été  assez  approfondie  et  qui  demande  beau- 
coup d'observations  et  de  recherches. 


G 


GAELS.  Vof.  Europe  MODEaNB. 

GALL.  Voyez  CAftACTiRES  physiologi- 
ques, etc. 

GALL  ou  Gabl.  Voy.  Celtes. 

GALLAS.  — Cette  race  très-répandue  dans 
les  parties  orientales  de  l'Afrique  intertro- 
picale est  devenue,  durant  le  siècle  dernier, 
très-formidable  par  son  accroissement,  et 
aujourd'hui  elle  menace  d'un  anéantisse- 
ment complet  l'empire  abyssinien.  Considé- 
rée sous  le  rapport  des  caractères  physiques, 
elle  se  range  dans  le  nombre  de  ces  races 
qui  tiennent  le  milieu  entre  le  type  arabe 
et  .le  type  nègre.  Nous  n'avons  eu  jusqu'à 
ces  derniers  temps,  sur  les  Gallas  que  bien 
pou  de  renseignements  satisfaisants,  et  nous 
no  savons  même  presque  rien  de  leur  his- 

(i7i)  Enqfdop,  miihod, ,  art.  Boiamque,  t.  Il, 
pav.  560. 

(575)  L*iosuffisance  des  détails  que  nous  ont 
iraiisiuis  les  anciens  su**  ces  variétés  ne  nous  per- 


toire  ;  mais  nous  ne  tarderons  pas  à  recevoir 
sur  tout  ce  qui  les  concerne  d  amples  infor- 
mations, s'il  est  donné  à  un  savant  voya- 
geur qui  parcourt  en  ce  moment,  pour  ia 
seconcle  fois,  l'Abyssinie,  de  revoir  notre  Eu- 
rope, si  M.  Antoine  d'Abbadie  ne  succombe 
pas  dans  sa  courageuse  entreprise  et  peut 
nous  faire  jouir  du  fruit  de  ses  excellectei 
observations. 

Les  Gallas  sont,  dans  leur  ^a^rs  natal,  des 
hommes  étrangers  à  toute  civilisation,  d^ 
vrais  barbares,  menant  pour  la  plupart  uns 
vie  pastorale  et  nomade;  ils  sont  répandus 
dans  les  vastes  plaines  qui  s'étendent  au$udd« 
l'Abyssinie.  Suivant  le  capitaine  Owen,  toiU 
l'intérieur  du  pays  qui  correspond  à  la  côo 
orientale  de  1  Afrique   est  occupé  par  dt^s 

met  pas  de  les  comparer  avec  celles  qu'on  cultive 
aujourd'hui,  parce  que  même  celles-ci  n'ont  point 
été  délerroinces  d'une  manière  bien  précise. 


m 


CAL 


DÂNTHROPDLOGie. 


GAL 


570 


tribus  de  féroces  Gallas,  qui  s  aYancent  au 
sud  jusqu*à  la  rivière  de  Juba,  tandis  que  ]a 
côte  elle-môme  est  habitée  par  les  Somâlis  ; 
ces  derniers,  dont  les  mœurs  sont  au  con- 
traire douces  et  humaines,  sont  musulmans, 
et,  dans  les  ports  de  mer,  ils  s'adonnent  au 
commerce  et  à  la  navigation. 

D'après  ce  que  nous  apprennent,  sur  les 
langues  parlées  par  ces  dinerentes  peuplades, 
les  Tocabulaires  recueillis  par  ^It  et  par 
d  autres  voyageurs,  nous  avons  de  fortes  rai- 
sons de  regarder  comme,  descendus  d'une 
même  souche  que  les  Gallas,  non-seulement 
les  SomAlis,  maisaussi  lesDanakils  qui,  confi- 
nant de  même  avec  les  Abyssiniens,  habitent 
la  partie  de  la  côte  située  plus  au  nord 

La  contrée  occupée  aujourd'hui  par  les 
Gallas  embrasse  l'Abyssmie  du  coté  de 
I  ouest,  de  l'est  et  du  sud-est,  et  s'avance 
même  dans  l'intérieur  entre  les  montagnes 
neigeuses  du  Sbaa  et  du  Gondar.*  Elle  eon- 
fioe  avec  la  province  de  DankAli,  le  canton 
(Je  Hururr,  le  pays  des  Somâlis,  et  avec  les 
proTinces  de  i^endjero,  de  Gurague,  de  Gaffa 
et  de  Narea.  Au  reste  son  étendue  n'est  pas 
bien  exactement  connue.  Il  parait  que  ce 
pays  se  compose  principalement  de  plateaux 
dont  le  sol  est  f^nd  et  le  climat  doux  et 
salubre.  On  sait  qu'il  s'y  trouve  des  monta- 
f<:nes  qui  ne  sont  pas  moins  élevées  que  cel- 
les du  Shoa  :  elles  sont  habitées  par  les  It- 
toos,  les  Allas  et  autres  tribus  gallas. 

La  nation  galla  se  subdivise  en  grand 
nombre  de  branches  :  M.  Isenberg,  pendant 
son  séjour  dans  le  Shoa,  a  recueilli  les  noms 
de  plus  de  cinquante  de  leurs  tribus,  toutes 
ou  presque  toutes  des  environs  de  cette  pro- 
rince (2j6).  11  jr  en  a  encore  d'autres  dont 
on  ignore  jusqu  au  nom.  Ces  diverses  tribus 
sont  indépendantes  les  unes  des  autres, 
mais  elles  sont  unies  par  l'origine  et  par  le 
lan.^a^^.  Le  gouvernement  des  femmes 
existe  encore  chez  eux,  conformément  à 
Tancienne  coutume  éthiopienne  :1a  tribu  des 
Moolofalladas  est  gouvernée  par  une  reine 
nommée  Tohâmé,  femme  d'un  caractère  tout 
à  Cait  belliqueux.  Chez  les  tribus  gallas  des 
provinces  orientales,  il  y  a  une  espèce  de 
gouTernement  patriarcal. 

Quelques  tribus  ont  embrassé  l'islamisme, 
mais  la  plupart  sont  restées  attachées  à  l'an- 
cien paganisme  africain.  «  Leur  religion , 
dit  Isenberg,  ressemble  à  celle  des  Cm*es: 
iU  adorent  un  être  suprême  qu'ils  nomment 
Wak,  dont  les  prêtres,  appelés  kalishas, 
portent  à  la  main  un  fouet  et  un  grelot , 
comme  les  bouffons  publics  ou  zekarotsh 
du  Tugra^ •  Us  portent  autour  du  cou  une 
torsade  faite  d'intestins  de  chèvres,  font  des 
gestes  bizarres  dans  lesquels  le  peuple  voit 
quelque  chose  de  mystérieux  et  de  prophé- 
tique, et  profèrent  cies  sons  inarticulés,  des 
paroles  inintelligibles.  De  même  que  les 
cliamans  des  Sibériens  et  les  prêtres  de  quel- 
ques nations  plus  civilisées,  ils  prédisent 
l'avenir,  interprètent  les  songes  et  le  vol  des 


oiseaux  (  ils  font  des  coniurations,  jettent 
des  sorts  et  pratiquent  la  médecine,  de  même 

Sue  les  anciens  Grecs,  les  Etrusques  et  les 
omains,  ils  tirent  des  présages  de  l'inspec- 
tion des  entrailles  des  victimes.  Les  Gallas 
s'adressent  quelquefois  directement  à  leur 
dieu  Wak  pour  obtenir  le  succès  dans  leurs 
entreprises,  ou  pour  appeler  ses  malédic- 
tions sur  leurs  ennemis  ;  ces  sortes  d'invo- 
cations n'ont  d'ailleurs  chez  eux  rien  de 
constant  et  de  régulier.  Us  ne  se  font  pas  de 
ce  dieu  une  idée  bien  constante,  mais  ils 
croient  qu'il  se  révèle  aux  prêtres  dans  des 
songes.  Leur  manière  de  prêter  serment  a 
quelque  chose  de  très-particulier  :  ils  s'as- 
seyent au-dessus  d'une  losse  couverte  seu- 
lement d'un  cuir,  et  demandent  au  sort  de 
les  faire  périr  dans  une  fosse  semblable ,  si 

i'amais  ils  étaient  infidèles  à  leur  promesse. 
Is  ont  des  cérémonies  pour  les  funérailles  , 
et  ils  croient  à  une  vie  future  dans  laquelle 
chacun  sera  rétribué  suivant  ses  œuvres.  Ils 
s'occupent  de  la  culture  des  terres  et  de  l'é- 
ducation du  bétail.  Us  connaissent  l'art  de 
forger  les  métaux,  et  sont  très-adonnés  à  ce 
genre  d'industrie.  » 

Quoique  les  tribus  gallas  soient,  comme 
nous  l'avons  dit,  complètement  indépen- 
dantes les  unes  des  autres,  il  existe  entre 
elles  de  certains  liens  :  ainsi  de  toutes  les 
provinces  il  rient  des  Gallas  en  pèlerinage 
vers  un  arbre  sacré  qu'ils  nomment  Wada- 
nâbé,  et  qui  se  trouve  sur  les  bords  du  Ha- 
wash,  au  sud  du  Shoa.  Cet  arbre  est  l'obiet 
d'un  culte  véritable,  et  on  lui  adresse  des 
prières  pour  obtenir  les  richesses,  la  santé 
et  tous  les  biens  de  ce  monde.  U  n'est  pas 
permis  aux  femmes  d'en  approcher. 

Caractères  physiques  des  Gallas,  —  La  plu- 
part des  voyageurs  qui  ont  visité  l'Abyssi- 
nie  ont  jugé  superflu  de  nous  faire  connaî- 
tre les  caractères  physiques  dès  Gallas. 
Bruce  se  contente  de  dire  qu'ils  ont  le  teint 
brun  et  de  longs  cheveux  noirs  ;  il  ajoute 
que  plusieurs  de  ceux  qui  habitent  les  val- 
lées sont  complètement  noirs.  Isenberg  dit 
que  les  hommes  ne  sont  pas  plus  blancs 
que  les  Abyssiniens,  mais  que  les  femmes 
sont  citées  pour  la  teinte  claire  de  leur 
peau. 

U  y  a,  dans  les  Voyages  de  lord  Valentia , 
deux  ou  trois  portraits  qui  sont  beaucoup 
plus  conformes  à  l'idée  que  nous  pouvons 
nous  faire  du  type  ordinaire  des  visages 
gallas,  ou  qui  du  moins  s'accordent  mieux 
avec  les  descriptions  du  docteur  Rùppell  et 
de  M.  d'Abaddie. 

Le  docteur  Riippell  donne  une  description 
courte,  mais  caractéristique  d'un  certain 
type  de  configuration  qui,  comme  il  en  fait 
la  remarque,  est  commun  à  plusieurs  na- 
tions de  la  partie  orientale  de  TAfrique, 
parmi  lesquelles  il  cite  en  particulier  les 
nations  de  race  galla  et  celle  de  race  shohu 
ou  hazorta,  dont  il  a  été  précédemment 
question.  «  Leur  visage ,  dit-iJ,  est  plus  ar- 


P« 


(176)  M.  Isenberg  donne  ces  noms  que  je  ne  n^      longue  liste  de  mots  barbares  n^ofliirait  aucun  infé- 
oJuirai  pas  id,  ^rce  qu'il  me  semble  que  cette      et  a  mes  Icctcui-s. 


«71 


GAîi 


DlCTIOiNNAIRE 


GAL 


SIÎ 


T^ndi  qoe  celui  des  autres  nations  abyssi- 
niennes ;  leur  nez  est  droit ,  mais  court  et 
séparé  «lu  front  par  une  dépression  [vertie^ 
fung);  leurs  lèvres  sont  un  peu  épaisses, 
mais  pas  autant  que  celles  des  nègres  ;  leur 
chevimire  est  touffue,  fortement  frisée  et 
presque  laineuse;  leurs  yeux  sont  petits, 
profonJénaent  enchâssés,  mais  très- vifs; 
ie:r  taille  est  assez  élevée,  et  ils  ont  en  gé  - 
néral  le  corps  assez  gros.  » 

Les  Gallas,  d  après  ce  qu'on  vient  de  lire, 
paraissent  donc  appartenir  à  ce  groupe  de 
races  qui  ont  pour  caractères  communs  une 
chevelure  presque  laineuse ,  un  visage  ar- 
rondi, des  traits  épais  et  courts,  de  grosses 
lèvres  et  une  peau  presque  noire,  races  qui, 
dans  l'Afrique  orientale,  remplissent  l'inter- 
valle, forment  la  transition  entre  le  type 
syro-arabe  et  celui  des  nègres  occidentaux. 

GALLES  et  KIMRYS.  —  Les  traits  de  la 
figure,  quoique  dus  à  des  organes  mous, 
empruntent  leur  'charpente  générale  au 
système  osseux  de  la  tète.  Les  deux  classes 
d'organes  réunies  forment  le  sommaire  des 
physionomies  nationales  qu'une  teinte 
peinte  ou  sculptée  reproduit  d'une  façon  sa- 
tisfaisante. Les  musées  ou  collections  de  ce 
genre,  qui  commencent  à  devenir  ^  la  mode, 
ont  un  mérite  incontestable  et  actuel ,  si  on 
les  considère  conime  réunion  d'individus. 
Ils  peuvent  accréditer  des  préjugés  et  pro- 
pager des  erreurs  s'ils  font  prendre  un  indi- 
vidu ou  des  individus  peu  nombreux  pour 
des  types  de  races  Cette  dernière  temlance 
est,  par  malheur ,  assez  générale  et  assez 
naturelle  :  nous  aimons  à  juger  le  lointain 
sur  le  premier  échantillon  venu  ,  et  la  diffi- 
culté de  s'en  procurer  plusieurs  fait  géné- 
raliser  ce  représentant  offert  nar  le  hasard. 

Le  Muséum  a  eu  longtemps,  a  ans  sa  collec- 
tion de  crânes  nationaux ,  la  tête  unique 
d'un  Malais  mort  au  Havre  où  il  était  venu 
comme  matelot.  Maintenant  les  races  malai- 
ses et  océaniennes  y  sont  représentées  par 
des  centaines  de  bustes  moulés  et  de  crâ- 
nes ,  qui  à  Tavantaga  de  la  multiplicité 
{'oignent  celui  d'avoir  été  choisi  par  des 
lommes  instruits,  au  milieu  des  populations 
dont  ces  échantillons  résumaient  les  traits 
nationaux.  H  serait  désirable  que  ce  pré- 
cieux noyau  fût  doublé  d'une  collection  de 
types  de  ces  mêmes  races  choisies  par  des 
voyageurs  parcourant  l'intérieur  des  terres 
au  lieu  de  s'arrêter  dans  les  ports  ;  et  encore 
l'ont  peut  affirmer  sans  témérité  que  la  vue 
de  cette  double  rangée  n'équivaudrait  pas  à 
l'instruction  résultant  de  quelques  jours 
passés  au  milieu  des  populations  elles- 
mêmes.  Voilà  l'idéal  de  voyages  et  de  voya- 
geurs qu'il  faut  opposer  aux  savants  de  ca- 
binet spéculant  sur  des  livres  ou  sur  un  pe- 
tit nombre  de  pièces. 

(â77)  Edwards  altribuait  les  yeux  obliques  au 
type  Guvier,  qu'il  appelle  même  kimry.  Le  kimry 
doit  être  plus  germain  que  le  galle.  L^opinion  ne  s'est 
pas  trompée  en  caractérisant  la  tète  allemande. 

Les  Italiens-Lombards  modernes,  en  constatant 
leur  ressemblance  aux  vieux  Gauloîs-Ombres  dont 
ils  descendent,  ont  ainsi  décrit  la  copie  et  Toriginai, 


Lacépède  a  classé  les  Turcs  dans  la  famille 
des  Samoyèdes  ;  Cuvier  crut  les  Galles  véri- 
tablement  nègres  ;  Desmoulins  a  placé  des 
nègres  dans  le  Népaul  ;  Prichard  a  cru  les 
Falatchas,  qui  sont  aujourd'hui  très-sembla- 
bles aux  Abyssins,  image  parfaite  de  Tancien 
type  hébreu  ;  Prichard ,  Desmoulins,  Wise- 
man,  ne  semblent  pas  s'être  jamais  fait  une 
idée  nette  du  type  mongol  et  des  nations 
ta  r tares,  et  ont  toujours  confondu  ces  na- 
tions avec  ce  type. 

Néanmoins  ces  savants  peuvent  èlre 
doués  d'un  talent  réel  d'observateur  auquel 
il  manque  l'occasion  de  s'appliquer  en 
grand  ;  occasion  que  peuvent  lui  fournir  la 
mode  d'observer  les  faits  domestiques,  el 
l'intérêt  attaché  à  des  types  européens. 
Desmoulins,  sans  sortir  de  Paris,  analys<i 
avec  sagacité  les  nombreuses  variétés  de 
phvsionomies  européennes  :  Slaves,  Finnois, 
Celtes,  Turcs.  Il  était  aidé  par  sa  croyance 
à  la  multiplicité  des  espèces ,  les  variétés,  \ 
plus  forte  raison  ne  pouvant  lui  échapper 

Une  préoccupation  plus  justifiable  senil 
moins  nien  Eclwards,  qui  avait  voyagé  en 
Europe  et  même  en  Amérique ,  d'où  il  était 
originaire ,  mais  gui,  dans  ses  travaux  an- 
térieurs, avait  pris  l'habitude  de  se  im 
intermédiaire  enire  deux  castes  de  travail- 
leurs, les  physiologistes  et  les  physiciens. 
Un  rôle  secondaire  en  dispensant  d'idées 
propres  peut  porter  jusqu'à  la  crédulité  la 
confiance  vouée  à  autrui.  La  tendance  élail 
périlleuse  quand  il  fallut  mettre  phys\que 
ou  physiologie  au  service  des  aperçus  his- 
toriaues. 

Eawards  avait  accepté  une  partie  des  opi- 
nions de  Desmoulins,  la  persistance  des  ty- 
pes malgré  les  effets  du  croisement  el  des 
climats  ;  mais  il  poursuivit  exclusiremeni 
la  reconstruction  des  types  galles  et  kimry 
sans  s'inquiéter  de  Slaves,  de  Finnois  et  dti 
Gerraaiiiques.  Ses  travaux  imprimés  à  ce 
sujet  eurent  une  vogue  que  la  conversation 
de  Tauteur  diminua  quelquefois  en  montraDl 
des  personnages,  incarnations  vivantes  des 
deux  types  :  les  deux  frères  Cuvier  el  le 
grand  mathématicien  Poisson.  Les  type? 
étaient  bien  choisis  et  distincts  ;  d'une  |>«rt 
la  tête  longue,  le  profil  saillant,  le  nezaqui- 
lin  ;  de  l'autre,  la  face  plate  et  courte,  le> 
pommettes  larges,  le  nez  droit  ou  ret^ou^^f1 
mais  court  de  saillie  et  de  hauteur. 

Ce  dernier  type  est  ce  qu'on  nomme  tuI- 
gairemenl  tête  allemande:  il  est  assez  com- 
mun dans  la  France  du  Nord  pour  que  ie^ 
voyageurs  anglais  aient  dit  que  nous  avions 
la  face  tartare.  Les  faces  larges  avec  \^; 
yeux  écartés,  un  peu  louches  (2T7),  parfii? 
même  obliques,  sont  fort  communes  en  Alli^ 
magne  et  en  Russie.  La  France  a  conni» 
deux  princesses  de  la  famille  et  du  san^^I'' 

Taieul  elle  neveu  :  i  Ripo  gallico  in  ispeddmii^^ 
contado  (le  Milanais)  colla  testa  oblunga,  la  jr^ 
larga  ed  alta^  il  naao  ricurvo  in  bauo^  ii  if^^^ 
prominente.  (Milano  e  il  suo  territario,  roagnifiqw'oii- 
vrage.  ofiTert  aux  membres  du  sixième  Congrès  >rtca- 
tiftque,  en  1844.) 


m 


G£i 


D^ANTUROPOLOGIK. 


f.7l 


Habsbourg,  încarnstloiis   manifestes  de  ce 
tjpe  auquel  iJ  n*a  manqué  qu*un  teint  oli- 
Tltrepour  avoir  Tapparence  mongole.  Si 
EdwarJs  arait  observé  d*autres  races,  s*i]  se 
tùx  seulement  rappelé  ses  impressions  de 
jeunesse,  parmi  les  Américains  nègres  et  eu- 
ropéens des  Antilles,   il  eût   reconnu  que 
bien  loin  d*ètre  une  particularité  spécule 
aux  deux  rameaux  scy  thés ,  le  galle  et  le 
kifflrr,    Cuvier  et  Poisson    étaient  la  va- 
riante perpétuelle  de  toutes    les  races.  Je 
Tai  retrouvée,  dit  M.  de  Salles,  dans  des  ra- 
ces nègres,  chez  des  tribus  nubiennes,  chez 
des  Indiens  musulmans ,  chez  des  Malais 
vovageurs,  chez  des  Abyssins,   races  aussi 
mélangées  que  la  France  et  Tltalie.  Burck- 
hanlt,  visitant  des  tribus  arabes  isolées  de^ 
f»uis  des  siècles  dans  leurs  déserts,  note  à 
chaque  pas:  cette  tribu  a  des  faces  larges  à 
grosses  pommettes  ;  celle^^i  a  la  face  étroite 
ti  longue  avec  des  nez  romains.  Les  navi- 
gateurs font  les  mêmes  exclamations  aux 
lirfs  Marquises ,  à  Taîti,  à  la  Nouvelle-Zé- 
lande ;  les  voyageurs  par  toute  l'Amérique. 
Enfin,  les  races  maintenues  pures  de  tout 
contact  par  des  idées  religieuses,  les  Perses, 
les  Indous,  les  Samaritains,  offrent  les  mê- 
mes variantes.  Chez  les  Juife,  que  nous 
ronnaissons  mieux ,   la  galle  domine  sans 
(ioute,  mais  le  kimry  est  encore  assez  fré- 
quent. 

Si  les  certitudes  de  Thistoire  tenaient  k  la 
|iennanence  de  quelques  combinaisons  de 
traits,  d*où  viendraient  les  Anglais  avec  leur 
masque  si  long  par  la  hauteur  du  nez  et  des 
micboires,  traits  dont  ni  Kimrys  ni  Saxons  ne 
peuvent  être  les  coefficients  ?  Par  rimportanie 
abusive  accordée  aux  traits  de  face,  Edwards 
coupe  profondément  la  race  scythe  en  deux 
iijoitiés,  dont  lune,  le  kimry,  s*appror:he 
davantage  du  type  mongof;  il  confond 
au  lieu  de  préciser,  car  il  a  négligé  les  res- 
sources du  coloris. 

Ainsi  la  préoccupation  exclusive  du  sque- 
lette à  la  face  ou  ailleurs  ne  donnera  qu*er- 
renrs  ou  incertitudes  ?  Des  ty|)es  du  monde 
entier  se  choisiraient  facilement  dans  la  po- 
pulation d'une  de  nos  villes  et  même  d  un 
simple  village,  et  les  naturalistes  à  système 
•létfjmétrique  seraient  trompés  sur  les   mou- 
las décolorés.  La  France  abonde   en  nègres 
blancs  et  en  Kalmouks  blonds.   Le  vulgaire 
et  les  voyageurs  ne  s'y  trompent  pas,  parce 
qu'ils  ajoutent  les  indications   de  la   peau 
•ri  de  la  chevelure  à  celles  du  squelette.  Il 
f^ui  donc  imiter  ce  bon  sens  pratique  et  ne 
ytiuaïs  isoler  une  race  des  particularités 
l'^urnies  par  Textérieur. 

GAUCHER,  DROITIER  ;  explication,  loy. 

V J  D I- V  EXE  !IT . 

GALXÔIS.    Voy.  Celtes. 

GEANTSr  —  Au  rapport  de  Manéthon ,  Sé- 
<^«^tris,  ce  puissant  roi  d'Egypte,  qui  porta 
^e>  armes  jus«|Me  chez  les  Scythes  et  les 
Thraces,  et  qui,  ile  retour  dans  sa  pairie, 
lit  creuser  une  foute  de  canaux  et  élevir 
de?  monuments  ^gantesques  par  les  peu- 
v'^  varncus,  avait  lui-même  la  taille  d'un 
*>ros. 


11  portail  quatre  coudées  trois  palmes*  et 
deux  doigts,  qui  font  â,Ofô  millim. 

Rudsbekc ,  dans  son  voyage  intitulé  At^ 
lantiêy  dit  avoir  vu  lui-mtoe  un  paysan 
suédois,  dont  la  taille  était  de  huit  pieds  de 
Suède,  c'est-à-dire  2,370  millim. 

L'empereur  Maximien  était  originaire  de 
la  Thrace  ;  entré  comme  simple  soldat  dans 
les  armées  romaines,  ce  jeune  barbare  fran- 
chit rapidement  tous  les  grades,  et  à  la  mort 
de  Septime  Sévère  il  fut  proclamé  par  les 
troupes ,  émerveillées  de  sa  taille  et  de  la 
vigueur  de  son  bras.  En  effet  Maximien 
avait  huit  jpieds  quatre  pouces  romains,  ou 
2,336  milnm.  On  raconte  de  lui  des  cho- 
ses extraordinaires  :  il  pouvait  briser  avec 
la  main  des  pierres  trèsAiures,  arracher  de 
jeunes  arbres,  traîner  des  chars  pesamment 
chargés.  Il  buvait  par  jour  une  amphore  de 
vin  (vingt -six  litres)  et  mangeait  trente 
ou  quarante  livres  de  viande. 

Dans  la  guerre  qu'il  entreprit  contre  la 
Grèce,  Xerxès  roi  de  Perse,  fit  couper  la 
presqu'île  du  mont  Athos,  pour  livrer  pas- 
sage à  sa  flotte.  Cet  ouvrage  prodigieux 
s'exécutait  sous  la  direction  de  deux  sei- 
gneurs persans,  Burbarès  et  Artachée.  Ce 
dernier  y  mourut  de  maladie:  c'était  un 
homme  d'une  taille  remarquable,  et  il  ne 
s'en  fallait  que  de  quatre  doigts  qu'il 
atteignit  cinq  coudées  royales.  Artachée 
avait  donc  2,d^9  millim.  Sa  mort  affligea  Xer- 
xès, et  l'armée  persane  lui  éleva  un  monu- 
ment, après  lui  avoir  fait  de  magnifiques 
funérailles. 

Ryckius  parle  d'un  Hollandais  qui  n'avait 
pas  moins  de  huit  pieds  et  demi  du  Rhin. 
Cette  taille  est  représentée  par  3*666  millim. 

Le  géant  qu'on  a  vu  à  Paris  en  1733,  et 
qui  avait  2,179  millim.,  était  né  en  Finlande, 
sur  les  confins  de  la  Laponie  méridionale, 
dans  un  villase  ]ieu  éloigné  de  Tornéo. 

Le  géant  de  Thoresby,  en  Angleterre, 
était  haut  de  2,^06  millim. 

Le  «éant  portier  du  duc  de  Wurtemberg, 
en  AlTemasue,  était  haut  de  sept  pieds  et 
demi  du  Rhin,  2,341  millim. 

Trois  autres  géants  vus  en  Angleterre 
étaient  hauts,  l'un  de  2,433  millim.,  l'au- 
tre de  2,454  millim'.,  et  le  troisième  de 
2,496  millim. 

Le  géant  Cajanus,  en  Finlande,  était 
haut  de  sept  pieds  huit  pouces  du  Rhin , 
ou  2,596  millim. 

Un  paysan  suédois  avait  la  même  gran- 
deur de  *2,596  millim. 

Un  garde  du  duc  de  Rrunswick-Hanovre 
était  haut  de  2,761  millim. 

Le  géant  Gelli ,  de  Trente  dans  le  Tyrol , 
était  haut  de  2,652  millim. 

Un  Suédois,  garde  du  roi  Prusse,  était 
haut  de  2,761  millim. 

Tous  ces  géants  sont  cités,  avec  d'autres 
moii;a  grands,  par  M.  Schreber,  Hiit,  det 
quudrup.:  Erlang,  1775,  tom.  T'. 

Goliath,  de  Gcth,  altUudinit  $tx  cubilo^ 
rum  et  palmi(I  Reg,f  xvii,  4).  En  donnant 
à  la  coud'ée  dix-huit  pouces  ie  hauteur*  le 
t;éuiU  Gc!ialh  avait  3,032millim.  de  £;raniJeur. 


57- 


€EN 


DICTIONNAIRE 


GEN 


RTS 


Solus  quippe  Og  rex  Bazan  restiterat  de 
stirpe  gigantum  :  monstratur  lectus  ejus  fer- 
rnis  qui  est  in  Rabath.,.  notem  eubitos  hor 
bens  longitudinis  et  auatuor  latxtudiniê  ad 
mensuram  cubiti  virilis  manus  IDeuteron,^ 
III,  11.) 

Lecat,  dans  un  Mémoire  lu  à  Tacadémie 
de  Rouen,  fait  mention  des  géants  cités 
dans  l'Ecriture  sainte  et  par  les  auteurs  pro- 


Çéant  qui 

voir  à  Rouen  en  1735,  qui  avait  2,761  millim. 
11  cite  la  fille  géante  vue  nar  Goropius,  qui 
avait  3f*2ïS  millim.  de  hauteur;  le  corps 
d'Oresto,  qui,  selon  les  Grecs,  avait  onze 
jîie  Is  et  demi  (Pline  dit  sept  coudées,  c'est- 
à-dire  3,U0  millim.). 

Le  géant  Gabara,  presque  contemporain 
de  Pline,  qui  avait  plus  de  3,^kS  miIIim., 
aussi  bien  que  le  squelette  de  SecondilJa  et 
de  Pusio,  conservés  dans  les  jardins  de  Sal- 
lustc.  Lecat  cite  aussi  TEcossais  Funnam, 
qui  avait  3,735  millim.  Il  fait  aussi  men- 
tion des  tombeaux  où  Ton  a  trouvé  des  os 
de  géants  de  4,8'?2,  5,81^7,  6,V96,  7,3V4.  et 
7,99'!.  millim.  de  hauteur;  mais  il  parait  cer- 
tain que  ces  grands  ossements  ne  sont  pas 
des  os  humains,  et  qu'ils  appartiennent  à 
de  grands  animaux,  tels  que  Véléphant,  la 
girafe,  le  cheval  •  car  il  y  a  eu  des  temps  où 
Ton  enterrait  les  guerriers  avec  leur  cheval, 
peut-être  avec  leur  éléphant  de  guerre. 

GÉBELIN  (Court  de).  Voy.  Langues  et 
Etymologie. 

GÉMISSEMENT.  Voy.  Voix. 

GÉNÉRALISATION.  Voy.  Langage. 

GÉNÉRATION  (Système  de  révolution, 
Mtfstème  de  Vépigénèse).  —  Toujours  mysté- 
rieuse et  toujours  attrayante,  la  Question 
de  la  génération  fut  tranchée  en  des  sens 
différents,  suivant  que  telle  ou  telle  décou- 
cou verte  vint  élucider  quelqu'un  de  ses  di- 
vers actes.  Mais  tant  d'hypotnèsesqui  furent 
faites,  loin  de  servir  la  science,  n'eurent 
pour  résultat  aue  d'embarrasser  sa  marche 
et  de  reculer  le  terme  où  la  vérité  pourrait 
être  enfin  reconnue.  11  serait  oiseux  de  les 
rapporter  toutes,  ou  même  seulement  les 
principales;' car,  à  la  fin  du  xviii*  siècle, 
leur  nombre  ne  s'élevait  pas  à  moins  de 
trois  cents.  Nous  nous  contenterons  de  dé- 
montrer qu'elles  se  rattachent  toutes,  pour 
le  fond ,  à  deux  systèmes  essentiels  et  de 
dire  comment  on  pourrait  croire  raisonna- 
blement à  Tun  ou  a  l'autre. 

La  question ,  qui  a  toujours  dominé  l'étude 
du  développement  de  l'embryon  et  par  suite 
la  théorie  de  la  génération,  est  celle  de 
savoir  si  les  organes  des  animaux  préexis- 
tent à  bur  développement,  ou  s'ils  se 
forment  de  toutes  pièces  et  naissent  de  la 
nialière  organisable  aîuorphe;  si  la  produc- 
tion d^étres  nouveaux  n'est  quun  ac- 
croissement de  leurs  germes  eux-mêmes 
qui  grandissent  et  sedévelo(>pent,  ou  si  elle 
est  une  sorte  de  création  indéfiniment  et 
continuellement  renouvelée.  Pi»  là  les  hy* 
polhèses  opposées  de  la  préexistence  et  de 


répigénèse,  auxquelles  on  peut  ratlaiher 
toutes  les  autres. 

1.  Le  système  de  la  préexistence  et  de  l'é- 
volution des  germes  a  revêtu  plusieurs  fer- 
mes :  il  s'est  modifié  et  pour  ainsi  dire 
localisé  suivant  la  manière  de  voir  des  phj. 
siologistes  qui  Font  adopté  :  ou  le  fœtus  pré- 
existe en  matière  et  en  forme,  et  la  fécon- 
dation le  détermine  seulement  à  se  déTc- 
lopper  ;  de  là  l'hypothèse  de  la  préformation 
ou  préexistence  proprement  clite,  dans  la- 
quelle  le  germe  est  supposé  être  la  minia- 
ture même  de  l'iiidlvu  futur  et  produire  cq 
dernier  en  s'agrandissant  dans  tous  les  sens; 
ou  bien  il  n'existe  qu'en  matière,  le  travail 
de  la  fécondation  et  du  développement  sert 
à  lui  faire  acquérir  la  forme  ;  c'est  une  sim- 
ple métamorphose.  Ajoutons  que  la  plupart 
de  ceux  qui  ont  admis  la  préexistence  ont 
dû  la  limiter  à  l'un  des  êtres  procréatear^; 
car,  si  le  germe  n'était  pas  déià  tout  formé 
dans  le  mâle  ou  dan>  la  femelle,  sa  forma- 
tion devrait  résulter  de  la  fusion  des  élé- 
ments reproducteurs  de  l'un  et  de  Taulre, 
elle  serait  une  conséquence  de  la  féconda- 
tion, une  création  nouvelle  postérieure  à 
Faccomplissement  de  cet  acte,  en  un  mot, 
le  contraire  d'une  préexistence.  Les  p&rti- 
sans  des  préexistences  ont  donc  généralement 
supposé  que  le  germe  était  tout  formé  dans 
un  seul  sexe,  et  que  l'élément  générateur 
de  l'autre  sexe  était  tout  simplement  une 
sorte  de  nourriture  nécessaire  pour  en&Yo- 
riser  le  développement.  Enfin  la  préeiisr 
tence  a  été  considérée  comme  datant  de  la 
création  même  de  l'espèce  (  syngénèse  à  la- 
quelle se  rapporte  le  système  de  ^emboll^ 
ment),  ou  comme  antérieure  seulement  à 
la  fécondation  (épigénèse,  mot  (^ue  nous  Ter- 
rons plus  tard  avoir  une  signification  plus 
étendue  et  qui  a  été  détourné  de  sonseoi 
primitif). 

La  préformation  ou  préexistence  proprt- 
ment  dite  suppose  que  la  formation  du  nou- 
vel être  est  antérieure  à  tout  acte  reproduc- 
teur. Cette  hypothèse  est  inadmissible;  car, 
loin  de  trouver  dans  l'œuf  un  individu  pré- 
formé, le  jeune  embryon  naît  de  la  combi- 
naison de  deux  éléments,  chacune  de  ses 
parties  se  forme  peu  à  peu,  et  successive- 
ment aux  dépens  de  la  matière  organisabie 
amorphe  résultant  de  cette  combinaison  ou 
de  l'absorption  des  liauides  envirounaotJ. 
Nous  aurons  d'ailleurs  a  revenir  bienlôl  sur 
ce  fait  avec  plus  de  précision. 

Néanmoins  l'erreur  précédente  fui  si 
enracinée,  que  Fabrice  d'Aquapendente. 
Malpi2hi,Haller,  eux-mêmes,  tout  en  décri- 
vant Papparition  des  divers  appareils  em- 
bryonnaires dans  l'œuf  de  la  poule,  uen 
admirent  pas  moins  la  préexistence  du  poi^- 
let;  aussi  furent-ils  obligés  de  suppo>er 
l'embryon  assez  petit,  tenu  et  transparent 
pour  échapper  complètement  à  robserwlion 
Si  l'on  en  clécouvre  les  divers  organes  peu  « 
peu,  cela  tient,  disent-ils,  à  ce  que,  à  mesure 
qu'ils  grossissent,  ces  organes  devienneni 
plus  consistants,  plus  opaques.  Mais  lous 
CCS  organiques  existent  depuis  longtemps» 


577 


GEN 


D^ANTHROPOLOGIKL 


GEN 


57S 


l'iiitliTido  eotier  est  prefurmé;  seulement 
il  esl  *.ofiiiltaieiH  petit,  et,  pour  ainsi  dire, 
euTeloppé  ;  le  dé?eloppement  embryologi- 
que n'est  au  fond  que  l'agrandissement ,  le 
Lépioiement,  le  déplissement  du  foetus 
[tréexistaul  et  de  ses  enre1op[>es  ;  il  est ,  en 
un  mot 9  non  une  création,  mais  une  simple 
tcoluiian. 

Pendant  que  ce  système  jouissait  de  la 
plus  grande  faveur,  fes  remarquables  expé 
riences    de    Trembley  Tinrent   démontrer 
l'existence,  dans  l'organisme,  d'une  nouvelle 
et  admirable  ^fculté  :  celle  de  reproduire, 
d«-  régénérer  une  partie  de  lui-même.  Tous* 
les  faits  organogéniques  que  nous  connais 
sTins  aujourd'hui  fussent-ils  ignorés,  com 
ment  faire  accorder  Tidée  des  préexistences 
avec  Tobservalion  des  régénérations?  Si  l'on 
refuse  à  un  animal  la  puissance  d'en  créei 
un  antre,  et  si  l'on  suppose  que  celui-c 
ne  saurait  exister  sans  avoir  été  préformé , 
créé  d'avance  et  dès  l'origine  même  de  l'es- 
pèce,   comment   concevoir  que,   privé  de 
quelqu'un  de  ces  organes,  il  puisse  le  re- 
produire, non-seulement  une  première  fois, 
mais  à  plusieurs  reprises,  et  dans  certaines 
esDf-i^es,  d'une  manière  presque  indéfiiiie? 

Il  fallait  de  toute  Pâécessité  abandonner  la 
préexistence  ou  nier  la  régénération  ;  aussi 
n'a-l-on  pas  hésité  à  nier  cette  dernière»  en 
tant  que  génération  ou  création  nouvelle. 
Au  lieu  de  voir  dans  ce  phénomène  la 
i>feuve  d*une  force  de  reproduction  partielle, 
intermédiaire,  pour  ainsi  dire,  à  la  feculté 
de  nutrition  ou  d'assimilation,  et  à  la  puis- 
sance de  reproduction  totale  ou  de  généra- 
tion d'un  individu  ;  Bonnet  et  Haller  (278) 
ont  été  jusqu'à  le  considérer,  à  s  m  tour, 
comme  un  développement,  une  évol'jtion 
de  parties  qui  devaient  être  elles-ir*^*cs 
préexistentes.  Ainsi  ils  ont  supposé  l'exis- 
tence de  germes  disséminés  à  1  infini  dans 
le  corps;  si  les  organes  subsistants  viennent 
à  être  détrtvits,  les  çermes  latents  acquiè- 
rent plus  de  nournture,  croissent  et  les 
remplacent.  Mais  où  placera-t-on  ces  germes, 
quel  nombre  en  admettra-t-on?  De  combien 
d'espèces  faudra-t-il  en  supposer?  Si  l'on 
coupe  la  main  d'une  salamandre,  elle  se 
reproduit,  il  j  a  donc  un  germe  de  main; 
si  l'on  coupe  son  avant-bras,  tout  son  men- 
bre  «?upérieur,  ils  se  repro(Juisent  aussi ,  il 
V  a  donc  un  germe  d'avanl-bras ,  un  germe 
de  bras,  un  çerme  de  membre  supérieur. 
Si  l'on  coupe  le  n  embre  déjà  reproduit,  il  se 
reproduit  une  seconde  fois,  il  en  est  de 
même  une  troisième,  une  quatrième  et 
même  un  nombre  indéfini  de  fois  ;  faudra-t- 
ii  dune  supposer  deux  germes,  trois  germes, 
un  nombre  infini  de  germes  pour  la  même 
f*artie.  Ou  comprend  à  peine  que  Je  système 

f  ^78)  Eiementa  pkyûologiœt  t.  Ylll«  P*  171. 

^^79;  BcRDJUifl,  Pùtfiiol.,  t.  fl,  p.  295,  traduction 
ri«.'  Joardan. 

>^80)  Essait  de  physique,  t.  ID,  p.  480;  Amster- 
dam, 1727. 

i:Sâl)  Obterroiiaru  nouvelle*  sur  h  génération^ 
/■•  romposiiûmet  la  décomposition  des  substances  ani- 
»..    t€  I  ^î  rJqé:a(es,  obsi'rr.  aJrcssêes  à  Folkc>,  pré- 


des  préexistences  ait  pu  tenir  contre  de 

}>areils  faits  ;  et  pourtant  ceux-là  mêmes  qui 
es  observaient,  sans  en  excepter  Spallan- 
zani ,  en  étaient  les  premiers  défenseurs. 

Le  système  des  métamorphoses^  la  seconde 
forme  générale  sous  laquelle  a  été  i-résen- 
tée  l'idée  des  préexistences,  soutenu  dans 
l'antiquité  par  Heraclite  (279),  et  dans  les 
temps  modernes  par  Ci.  Perrault  (280),  a  été 
surtout  développé  p^ar  Buffon. 

Suivant  ce  (îernier,  dont  nous  aurons 
occasion  de  faire  connaître  l'hypothèse 
en  parlant  des  générations  spontanées,  il 
existe  une  matière  particulière  de  laquelle 
tous  les  êtres  vivants  tirent  leur  nourriture 
(molécules  organiques).  Dès  que  l'organisme 
est  arrivé  à  matuiité  par  la  nutrition,  il  se 
sépare  de  tous  les  organes  et  de  toutes  les 
parties  de  chaque  organe,  (moules  inté- 
rieurs) des  molécules  organiques  qui  leur 
ressemblent  et  qui  en  sont  des  modèle^  *en 
petit.  Si  les  molécules  arrivent  dans  une 
partie  d'où  elles  ne  puissent  plus  sortir, 
elles  prennent  la  forme  d'entozoaires  ;  de 
même  que,  si  elles  se  trouvent*  hors  du 
corps,  dans  des  circonstances  fovorables, 
sous  l'influence  de  la  putréfaction,  etc.,  elles 
produisent  des  infusoires  (génération  spon- 
tanée). Chez  les  animaux  dépourvus  de 
se\es^  ces  mêmes  molécules  produisent  de 
nouveaux  individus  dans  toutes  les  parties 
du  corps  indistinctement  ;  mais,  chez  ceux 
oui  ont  des  sexes,  elles  se  rendent  dans 
1  ovaire,  etc  ;  pendant  l'accouplement,  les 
molécules  du  mâle  et  de  la  femelle  se  mêlent 
ensemble,  puis  elles  s'unissent  d'après  les 
lois  de  la  même  affinité  qui  règne  entre  les 
organes  d'où  elles  proviennent. 

Needham  (281),  Bonnet  (282)  [bien  au*à 
un  a~.itre  point  de  vue  le  premier  fût  epi- 
génésiste  et  le  second  partisan  de  l'ovisme 
et  de  l'emboîtement] ,  admettaient  aussi  ces 
idées  de  panspermie,  de  mouvements  des 
molécules  indestructibles  et  de  métamor- 
phose. Les  hypothèses  de  Tréviranus  (283), 
Wrisl)erg  (284),  Oken  (285),  Walther  (286), 
étaient  semblables  par  le  fond,  quoique 
différentes  par  la  forme. 

On  n'a  jamais  pu  donner  une  démonstra- 
tion satisfaisante  d'un  système  qui  n'est, 
comme  on  le  voit,  qu'une  supposition  sans 
fondement.  D'ailleurs  ce  système  lui-même 
n'est  pas  la  solution  du  problème  :  supposer 
les  germes  répandus  partout  et  ne  formant 
ou  déformant  les  corps  que  par  leur  associa- 
tion, leur  disjonction,  leur  transformation, 
ou  leur  passage  à  travers  les  organismes 
formés,  ce  n'est  pas  plus  résoudre  la  ques- 
tion que  d'admettre  les  germes  de  chaque 
espèce  créés  d'avanre  et  contenus  tous 
ensemble  dans  le  premier  individu  de  Tcs- 

sideiit  de  b  Sociclé  royaie  de  Londres  ;  Paris, 
1748. 

(282)  Considérations  sur  les  corps  organisés^  3  i, 
62,  63,  90. 

(285)  Biologie,  t.  H,  p.  405. 

(284)  Obs.  de  animal,  inlvs.,  p.  CO. 

(îSo)  Die  Zevgftng,  p.  02. 

(i8C)  Physiclugie  des  numcfien,  p.  611. 


579 


GEN 


DIGTfOiNNAlRB 


GEN 


580 


pèce.  La  orce  de  transformation,  de  pas- 
sage»  de  mouvement,  de  jonction,  d'associa- 
tion de  ces  molécules,  est  aussi  difficile  à 
comprendre  que  celle  d'évolution  ;  et  Tune 
et  l'autre  ne  sont  pas  plus  simples  à  admettre 
que  la  force  de  reproduction,  de  génération, 
de  création  en  un  mot. 

Le  propre  de  la  nutrition  est  d'assimiler 
la  matière  inorganique  et  d'en  faire  de  la 
matière  organisée,  de  créer  celle-ci  de  celle- 
là  :  or,  la  reproduction  des  parties,  la  géné- 
ration d'individus  nouveaux,  ne  sont  que 
deui  modes  du  même  {phénomène.  On  ne 
peut  ni  les  en  séparer,  ni  les  expliquer  au- 
trement. Ils  dépendent  d'une  puissance  de 
création  identique,  continue,  persistant  avec 
les  formes  et  les  conditions  organiques. 

Mais,  avons-nous  dit,  ceux  qui  admettent 
la  préexistence  soit  par  préformation,  soit 
par  métamorj)hose,  les  premiers  surtout, 
ont  été  conduits  invinciblement  à  localiser, 
en  quelque  sorte,  cette  préexistence  pour 
les  êtres  supérieurs,  c'est-à-dire  à  en  placer 
l'objet  dans  l'un  ou  dans  l'autre  sexe.  De 
là  deux  formes  nouvelles  d'un  système  uni- 
que dans  le  principe  :  l'ovisme  et  le  sper- 
matisme,  issus  l'un  et  l'autre  du  Hasard  des 
découvertes  auxquelles  devait  les  rattacher 
une  contingence  inévitable. 

Dans  le  nombre  des  ovistes  il  faut  comp- 
ter principalement  Swammerdam,  Malpighi, 
Vallisnieri,  Haller,  Spallanzani  et  Bonnet, 
attachés  à  ce  système  purement  hypo- 
thétique ,  malgré  les  admirables  travaux 
d'observation  oui  auraient  dû  les  conduire 
tous  à  des  conclusions  bien  différentes.  Hal- 
ler (287)  ne  pouvait  pas  trouver  de  meil- 
leures raisons  à  l'appui  de  son  opinion,  que 
d'admettre  que  l'œuf  entier  est  une  partie 
du  corps  de  la  mère,  et  que,  les  animaux 
formant  une  chaîne  non  interrompue  depuis 
le  polype  jusqu'à  l'homme,  si  le  polype  se 
développe  directement  de  la  substance  d*un 
seul  autre  polype,  il  ne  peut  en  être  diffé- 
remment pour  l'homme;  c'est-à-dire  que  ce 
dernier  doit  se  développer  directement  et 
uniquement  sur  sa  mère.  Ne  pouvant  conci- 
lier avec  cette  première  supposition  les  res- 
semblances du  ûls  avec  le  père,  non-seu- 
lement dans  la  génération  ordinaire,  mais 
dans  la  production  des  hybrides  et  des  mu- 
lets, le  même  physiologiste  (288)  était  forcé 
de  soutenir  cette  hypothèse  par  une  autre.  11 
admettait  donc  avec  Bonnet  (289)  que  l'élé- 
ment mâle  est  une  nourriture,  et  qu'à  ce 
titre  elle  n'est  pas  sans  importance;  car  sa 
nature  peut  introduire  des  modifications  con- 
sidérables dans  le  développement  du  petit 
être  qui  est  censé  préexister  dans  l'ovaire. 

Nous  savons  aujourd'hui  si,  comme  le 
croyaient  Swammerdam  (290)  et  Spallanzani 

(287)  Elementa  phyîiologiœ,  t.  \III,  p.  93. 
(288    Ouv.  ciL,  t.  Vin,  p.  175. 
(289)  Conêidér.  sur  les  êtres  organ.,  §  66,  34. 
(290|  Prodr,  gêner»,  p.  21;  —  Hist.  gen.  insect,^ 

(291)  Exp.  paiêr  servir  à  t histoire  de  la  Genèse. 

(292)  Dissert,  epist,  de  forni,  pulli  in  opo,  pag.  2; 
Luudon,  1673. 


(291),  la  tache  noirâtre  de  i  œui  oe  grenouille 
non  fécondé  est  véritablement  l^mbryon. 
Comment  donc  Malpighi  (292),  Croone  (293), 
et  tant  d'autres,  tout  en  esquissant  les  pre- 
miers linéaments  du  poulet,  pouvaient-ils 
méconnaître  l'époque  de  ces  formations  et 
admettre,  contre  le  témoignage  de  leurs  sens, 
la  préexistence  dans  l'œuf  de  ce  petit  être  à 
la  créatidn  duquel  ils  assistaient. 
.  Pour  les  spermalistes^  parmi  lesquels  nous 
devons  signaler  Mohrenheim  (294) ,  Dar- 
l¥in(295),et  généralement  tous  ceux  qui 
s'occupèrent,  avant  notre  époque,  des  sper- 
matozoïdes (296),  tels  que  Leuwenhoek, 
Hartsœker,  L.  Hamm,  Boerhaave,  Keil, 
Cheyne,Ch.Wolf,  Lieutaud,  Gautier,  Audry, 
les  mêmes  objections  se  présentaient,  notam- 
ment celle  de  la  ressemblance  du  fruit  avec 
sa  mère. 

Là  ne  se  bornaient  pas  les  hypothèses  is- 
sues de  la  préexistence.  Quel  que  soit  le  lieu 
d'où  l'on  fasse  provenir  l'individu  nouveau, 
de  l'œuf  ou  de  l'élément  mÂle ,  ou  de  tous 
les  deux  à  la  fois,  si  l'on  admet  sa  préfor- 
mation, il  faut  bien  supposer  aussi  quil 
était  contenu  non-seulement  dans  les  pa- 
rents ,  mais  dans  les  parents  des  parents ,  et 
l'on  arrive  ainsi  de  toute  nécessité  au  sys- 
tème de  l'emboîtement.  En  effet,  si  les  ger- 
mes de  tous  les  êtres  ont  été  créés  simuJta- 
jiément,  c'est-à-dire  par  syngétiêse  (expres- 
^sion  opposée  à  celle  d  épigenèse),  on  nepeul 
faire  à  leur  sujet  que  deux  hypothèses  se 
rapportant  elles-mêmes  directement  à  ceUos 
des  métamorphoses  et  de  l'évolution.  La 
syngénèse  suppose-t-elle  le  mouvement  dts 
germes,  leur  entrée  et  leur  sortie  des  corps 
en  un  mot  la  métempsycose  matérielle.  S'il 
est  permis  d'accoupler  ces  deux  mots ,  elle 
conduit  à  la  métamorphose^  à  la  dissémination 
des  germes  f  à  la  panspermie  (BuQbn).  Sinon 
elle  entraîne  l'hypothèse  de  l'inclusion  des 
germes  les  uns  dans  les  autres ,  depuis  le 
premier  homme  créé  jusqu'aux  derniers  de 
ceux  qui  doivent  disparaître  de  la  terre  ;  en 
un  mot,  le  système  de  VemboUement  (tnro/K- 
tio ,  par  oi^)position  à  evolutio). 

S'il  est  inutile  de  combattre  la  pansper- 
mie et  les  idées  déjà  citées  de  Buflbn  sur  U 
dissémination  des  germes,  les  moules  inté- 
rieurs, la  génération  des  infusoires  et  celle 
des  autres  animaux ,  il  l'est  presque  autant 
de  réfuter  le  système  de  l'emboltemeot. 
Suivant  que  les  idées  d'ovisme  ou  de  sper- 
matisme  ont  prévalu  dans  la  science,  la 
première  femme  ou  le  premier  homme  aurait 
dû  porteries  germes  innombrables  de  l'espiN  v 
humaine  tout  entière.  Si  cette  opinion  nV 
vail  été,  encore  vers  la  fin  du  dernier  siècle, 
soutenue  par  Bonnet  et  admise  même  par 
Haller  (297),  elle  ne  mériterait  seulement  [vas 


(293)  Dans  Birch,  t.  ill,  p.  36. 

(294)  Dû 


Dissert. ,  sistens  novam  coneeptioms  kisi»- 
riàm,  p.  12. 

(295)  Zoonomiœ,  t.  Il,  p.  276. 

(296)  Voy.  Haller,  f/em.  phusioL,  i,  VU,  p.  557; 
t.  Vlll,  p.  84  et  suiv. 

(297)  Ouv.  cit.,  t.  Vm,  p.  157. 


581 


GES 


D'ANTHROPOLOGIE. 


GEN 


5gi 


(i*ètre  mentionnée.  L'expérience  ne  Taurait 
jamais  créée,  car  elle  est  aussi  contraire  aui 
•ionnées  de  Texpérience  qu'aux  résultats  de 
^observation.  Elle  dériva  donc  de  la  philo- 
sophie, et  Ton  peut  dire  que  Bonnet  rem- 
prunta à  Leibnitz.  En  effet,  d'après  Leibnîtz, 
hors  rintenrention  toute-puissante  du  Créa- 
teur, rien  ne  commence,  rien  ne  finit  ;  dans 
l'onJre  naturel  des  choses,  il  n*j  a  point  de 
uénération,  de  même  qu'il  n'y  a  point  de 
Uiéme  :  Tètre  que  nous  croyons  voir  se  former 
seulement  sous  nos  veux  était  invisible  ; 
quand  nous  disons  qu'il  naît,  il  ne  fait  (jue  se 
développer;  tous  les  êlres  existent  et  préexis- 
tent, tous  datent  d'une  même  époque,  à 
iatjuelle  le  premier  être  formé  contenait  en 
^A  tous  les  germes  de  son  expèce  emboîtés 
les  uns  dans  les  autres  :  tous  les  hommes 
actuels  ont  été  dans  leurs  ancêtres  jusqu'à 
Adam. 

Tout  en  rejetant  les  hypothèses  de  l'évolu- 
tion et  de  l'embottement,  c'est-à-dire  de  la 
préexistence  des  êtres  à  un  état  plus  ou 
moins  pariait  dans  le  corps  de  leurs  parents, 
on  peut  supposer  que  la  matière  du  germe 
soit  préformée,  mais  que  cette  matière  ait 
besoin  de  subir,  au  lieu  d'un  simple  accrois- 
sement, une    véritable    élaboration    pour 
atteindre  le  terme  d'une  organisation  nou- 
velle. Tel  est,  à  proprement  parler,  le  sys- 
tème de  Vépigénêse^  dont  les  principaux  fon- 
dateurs sont  Needham,  Wolff  et  Blumenbach. 
Bans  ce  système,  on  admet  qu'au  lieu  de 
•se  développer  en  grandissant,  ou  de  dériver 
de  quelquune  des  parties  principales   et 
préexistantes  d'un  embryon  en  miniature, 
toutes  les  portions  des  divers  appareils  et 
des  divers  organes  se  produisent,  se  dévelop- 
pent d'elles-mêmes  dans  la  matière  amorphe 
organisable,  se  raccordent  entre  elles,  et  cons- 
tituent enfin  l'individu  nouveau.  Hais  comme 
Tétat  actuel  de  la  science  ne  permet  plus  de 
méconnaître  que  le  germe  est  réellement  une 
production  de  l'individu   sur   lequel  il  se 
développe  ;  que,  chez  les  animaux  doués  de 
sc\es^  il  n'est  véritablement  constitué  qu'a- 
près la  fécondation,  le  système  de  l'épigé- 
)  nèse  s'associe  naturellement  à  celui  de  la 
|K>$tfurmation ,    avec   lequel  ou   l'a  même 
«quelquefois  confondu,  et  cette  association 
f  onstitue,  on  peut  le  dire«  la  vraie  théorie  de 
la  génération. 

It.  Le  système  de  la  poslformation  du 
grrme^  et  de  répigénêse  suppose  donc  que  le 
^ermê  résulte,  chez  l'homme,  de  la  fusion 
f  *réalable  de  l'élément  mâle  et  de  l'élément 
f  4^melle,  que  la  matière  organique  ainsi  cons- 
ti  tuée  est  seule  propre  à  devenir  le  siège  du 
travail  de  développement  embryonnaire,  et 
«I  ue  ce  développement  lui-même,  sans  pro- 
f*»'^Jer  d'une  partie  plutôt  que  d'une  autre, 
s'exerce  sur  la  matière  organisable,  de 
Tuanièreà  les  former  toutes  simultanément 
on  successivement,  la  diversité  infinie  des 
{>tiénoiBènes  étant  d'ailleurs  sui>ordonnéc 


toujours  à  une  admirable  unité  de  plan. 

On  ne  peut  pas  dire  que  tel  système  ou 
appareil  embryonnaire  soit  produit  par  l'un 
ou  par  l'autre  de  ces  éléments;  que,  par 
exemple,  le  spermatozoïde  forme  le  système 
nerveux  et  animal  du  nouvel  être,  tanclis  que 
l'élément  femelle  formerait  son  système  di- 
gestif ou  organique.  Il  y  a  entre  l'œuf  et 
1  élément  mâle  une  fusion  beaucoup  plus 
intime,  et  dont  le  t^aractère  nous  est,  à  vrai 
dire,  inconnu.  Mais  ce  gue  l'on  voit  indubi- 
tablement, c'est  la  création,  en  quelque  sorte 
indépendante,  des  divers  organes  aux  dé- 
pens du  fonds  commun  de  matière  organi- 
sable qui  résulte  de  cette  union.  Ces  organes 
sont,  dans  le  principe,  tout  différents  de  ce 
qu'ils  seront  plus  tard  ;  il  en  «st  qui,  après 
avoir  accompli  certaines  fonctions,  dispa- 
raîtront sans  retour  pour  faire  place  à  d'au- 
tres, et  amener  le  germe,  de  progrès  en 
progrès,  à  l'état  d'embryon,  de  fœtus,  d'ani- 
mal parfait. 

Wolff  i298)  fut,  à  proprement  parler,  le 
créateur  de  l'épigénèse,  en  affirmant  qu'il 
voyait  les  organes  se  créer,  les  vaisseaux  se 
former,  les  parties  solides  enfin  naître  petit 
à  petit  du  liquide  organisable.  Les  travaux 
de  tous  les  embryologistes  de  notre  époque 
confirmèrent  et  étendirent  considérablement 
ces  observations,  que  Serres  (299)  s'est  ef- 
forcé de  rapprocher  pour  établir  la  vérité 
du  système  de  l'épigénèse,  et  l'opposer  à 
celui  des  préexistences.  Seulement  il  im- 
porte peu  à  la  valeur  de  ce  système  que  la 
direction  du  développement  embryonnaire 
soit  centripète,  comme  Serres  l'a  soutenu, 
au  lieu  d  être  centrifuge  ;  et  elle  n'est  en 
réalité  ni  l'un  ni  l'autre. 

Quant  à  Vessence  de  la  génération^  eHe 
nous  est  sans  doute  inconnue  au  même  titre 
que  celle  de  la  nutrition,  dont  la  reproduc- 
tion partielle  et  la  procr^tion  ne  sont,  pour 
ainsi  dire,  que  des  dérivations  ou  des  modes 
plus  élevés.  La  force  qui  reproduit  un  être 
organisé  n'est  pas  plus  mvstérieuse  que  celle 
qui  entretient  sa  vie.  Elle  détermine  à  elle 
seule  et  dans  le  même  but,  les  phénomènes 
nutritifs  et  les  phénomènes  générateurs.  La 
force  essentielle  de  Wolff  (300)  n'explique 
rien  de  plus. 

Faut-il,  avec  le  même  physio1og[iste  (901), 
regarder  la  fleur  comme  une  feuille  modi- 
fiée, incomplète,  dont  \o,  formation  se  rattache 
au  défaut  de  sucs  qdi  cessent  d'afiluer  à 
l'extrémité  terminale  de  la  plante,  et  le  pol- 
len comme  une  substance  nutritive  portée 
au  plus  haut  point  de  perfection,  arrivant 
du  dehors  à  la  partie  susceptible  de  végéter 
et  déterminant  en  elle  le  retour  de  la  végé- 
tation, de  même  que  le  sol  dans  lequel  est 
déposé  un  bourgeon  détermine  la  végétation 
de  celui-ci  ?  Faut-il,  toujours  avec  Wolff, 
poursuivre  l'analo^e  et  voir  dans  l'ovaire  lo 
point  où  la  végétation  s'arrête,  une  sorte  de 
bourgeon  terminal  dont  le  développement 


j^SS)  Tkearia  gtneratiams^  p.  98  et  suW.;  flani*, 
l'<4. 
<â99)  Précis  d'auat.  transcend,  ;  Paris,  ISi2. 


(nOO)  Ouv,  fi«.,  p.  W. 

<3Uit  Oacv.  nf.,  p.  55,  81,  155. 


583 


GEN 


DICTIONNAIRE 


GEN 


m 


a  été  suspendu,  et  qui  n'attend  que  l'in- 
fluence delà  fécondation  pour  recommencer  à 
croître  de  nouveau,  lorsque  Télément  mâle 
y  aura  remis  la  nutrition  en  vigueur  ? 

Mais  au  lieu  d'être  des  produits  incom- 
plets, les  éléments  reproducteurs  paraissent 
iHre  au  contraire  des  formations  d'un  ordre 
{)lus  élevé  ;  au  lieu  d'être  le  terme  de  la 
végétation  des  individus  sur  lesqueh  ils  se 
développent,  ils  sont  plutôt  le  point  de 
ciépart  d'une  végétation  nouvelle,  plus  ac- 
tive, capables  non-seulement  de  vivre,  mais 
de  s'individualiser  et  de  reproduire  à  eux 
seuls  un  nouveau  tout  organisé  et  vivant. 
C'est  bien  moins  des  dinérences  que  des 
analogies  qu'il  faut  voir  entre  le  bourgeon 
et  la  ifleur.  Si  le  bourgeon  suffit  à  la  mono- 
^énie,  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  repro- 
duction des  animaux  qui  ont  des  sexes  ; 
cliez  ces  derniers,  le  bourgeon  pourrait  re- 

f)roduire  l'individu,  comme  il  arrive  cbez 
es  végétaux,  mais  non  pas  l'espèce.  La 
fécondation  a  pour  but  la  formation  d'une 
sorte  de  bourgeon  commun,  qui  participe 
des  qualités  du  mftle  et  de  la  femelle  ;  car 
le  mâle  et  la  femelle,  par  les  éléments  qu'ils 
fournissent,  prennent  une  part  égale  à  sa 
constitution. 

La  génération  est  donc  une  continuation, 
un  excès  de  la  nutrition,  mais  en  un  sens  dé- 
terminé, c'est-à  dire  dirigé  en  vue  de  l'ac- 
croissement de  l'espèce  et  non  plus  de  l'in- 
dividu. 

La  puissance  qu'ont  les  animaux  de  se 
compléter,  en  reproduisant  les  organes  qu'ils 
ont  perdus,  marque  l'intermédiaire  entre  la 
faculté  de  conserver  leur  vie  et  celle  de  se 
reproduire  en  totalité.  La  vie  entretenue 
dans  rindividu  par  la  nutrition  semble  se 
continuer  dans  l'espèce  par  un  dérivé  ou 
mode  particulier  de  la  nutrition  elle-même. 
En  un  mot,  la  reproduction  est  à  l'espèce  ce 
que  la  nutrition  est  à  l'individu  (302). 

Tandis  que  cet  excès  de  niltrition  en  un 
sens  déterminé,  dont  le  but  est  la  rénova- 
tion de  l'individu,  peut  s'opérer  sur  la  plus 
grande  partie  de  la  surface  du  corps,  chez 
les  êtres  inférieurs,  il  se  localise  dans  quel- 
que point  déterminé  chez  les  animaux  d'un 
rang  plus  élevé  et  d'une  organisation  moins 
imparfaite.  Enfin  chez  les  êtres  supérieurs, 
les  éléments  propres  à  assurer  la  continua- 
tion de  la  vie  de  l'espèce,  de  concert  avec 
l'indépendance  du  germe,  ne  sont  pas  seu- 
lement localisés,  ils  sont  encore  portés  par 
-deux  individus  distincts,  sont  doués  proba- 
blement dé  propriétés  différentes,  et  aeraan- 
dent  à  être  joints  pour  se  compléter.  Le  but 
principal  de  cette  division  du  travail  repro- 
ducteur, dans  la  génération  par  le  concours 
des  sexes,  parait  être,  comme  le  fait  remar- 
quer J.  Millier  (303),  d'élever  le  produit  au- 
(fessus  des  limites  de  l'individu,  pour  le 
faire  arriver  à  celles  du  genre  et  de  1  espèce. 

GÉNÉhATlON  SPONTANÉE.  —  La  géné- 
ration est  la  fonction  par  laquelle  les  êtres 

(502)  Lallemand,  Ann,  des  se.  nat.,  t.  XV,  p.  307, 
a*  série. 


vivants  se  reproduisent.  C'est  par  elle  que 
les  animaux  créés  se  perpétuent  et  que  leurs 
espèces  se  conservent. 

Cette  fonction  s'accomplit,  dans  l'espèce 
humaine ,  à  l'aide  d'une  série  d'actes  dans 
lesquels  les  deux  sexes  interviennent.  CVst 
de  là  même  manière ,  c'est-à-dire  à  Taide 
de  deux  sexes,  que  se  reproduisent  un  grand 
nombre  d'animaur,  soit  que  leurs  sexes  res- 
tent séparés  et  distincts  c^mme  chez  riionimn 
soit  qu'ils  se  trouvent  réunis  chez  un  seul 
individu,  lequel  peut  alors  rerapUr  à  lafoiî 
le  rôle  du  mâle  et  celui  de  la  femelle. 

Mais,  chez  plusieurs  autres  êtres,  dont  l'or- 
ganisation est  moins  parfaite,  il  n'y  a  pas  de 
sexes.  L'individu  unique ,  qui  dans  ce  cas 
constitue  l'espèce,  peut  se  reproduire  par 
des  œufs  ou  aes  spores ,  susceptibles  de  se 
développer  d'eux-mêmes  ;  par  des  gemnit^ 
ou  bourgeons,  qui  se  développent  en  pirtie 
avant  de  se  détacher  de  la  mère  ;  ou  iuke 
par  la  scission  d'une  partie  du  tout,  plus  du 
moins  considérable,  et  qui  se  complète  pen- 
dant ou  après  l'acte  de  sa  séparation.  Ces 
trois  modes  coexistent  chez  certains  êlre> 
inférieurs,  et  même,  à  ce  qu'il  paraît,  ^ 
rencontrent  quelquefois  chez  des  animaoi 
dont  les  sexes  sont  distincts. 

On  a  admis  enfin,  mais  sans  preuves  suffi- 
santes, que  plusieurs  animaux,  surtout  le> 
plus  inférieurs,  peuvent  se  créer  de  toa(e< 
pièces.  On  a  cru  que  l'assemblage  d'aloœp> 
inorganiques,  ou  de  particules  promani 
d'êtres  organisés,  morts  ou  vivants,  poutail 
donner  naissance  à  des  animaux  variabl(^ 
de  forme  et  de  structure  suivant  les  circoih 
stances  ;  ne  provenant  pas,  comme  lesaulreN 
de  parents  semblables  à  eux  ;  susceptibles 
en  un  mot,  de  se  former  spontanément  par- 
tout où  se  trouveraient  réunies  des  comli- 
tîons  favorables  à  leur  développement. 

11  convient  d'examiner  d'abord  ce 
faut  penser  de  cette  hvpothèse,  et  corameDt 
il  faut  interpréter  les  faits  et  les  expériencti 
qu'on  a  invoqués  en  sa  faveur. 

La  question  des  générations  spontanées  ou 
de  l'hétérogénie,  la  question  la  plus  vasle  lîe 
rhistoire  naturelle,  et  les  conséquences  f* 
doit  amener  sa  solution,  ne  vont  à  rien  iDu:r.> 
qu'à  intéresser  les  doctrines  les  plus  élevé*» 
de  l'ordre  social.  11  ne  faut  point  se  le  é" 
simuler,  l'homme  de  la  société,  quoi  qu'ffl 
ait  dit  le  philosophe  de  Genève,  est  toujours 
l'homme  de  la  nature,  et  quand  vous  agitai 
une  grande  question  naturelle,  vous  devi 
rencontrer  nécessairement  la  société.  Or 
voici  où  nous  mène  l'admission,  d'ailleii^^ 
incompréhensible,  des  générations  sponta- 
nées. S'il  peut  exister  des  êtres  sans  parents 
qu'est-il  besoin  de  rechercher  s'il  y  a  jama'^ 
eu  un  premier  père?  Et  cette  question  étani 
omise,  il  n'est  plus  nécessaire  de  reconnat|rt' 
qu'il  y  a  eu  une  création  ;  il  suffit  de  rroirt 
que  tout  est  dans  tout  ;  que  «  l'univers,  I'cb- 
semble  des  choses,  la  somme  des  phéno- 
mènes, est  la  réalité  phénoménalisée  ;  entin. 

(303)  Manuel  de  phystoL,  t.  H,  p.  658,  traJ.  ^^ 
Jourdan. 


5S3 


GKN 


D'AMTIIROIHMjOCIE. 


GE5I 


5S6 


que  la  réalilé  agissante,  Texislenee  absolue, 
la  force  infinie,  la  Téritable  cause  de  Tuni- 
fers,  ce  qu*on  a  appelé  naiura  naiurans^ 
l'âme  du  monde,  est  Diea.  »  (Bi:bdach,  Traité 
de  physiologie  9  t.  I,  P-  2.)  D*où  il  fiiudraiC 
niDirlure  que  le  panthéisme  est  la  plus  ra- 
tionnelle de  toutes  les  doctrines  relatiTes  à 
la  constitution  et  à  la  conservation  de  Tu- 
uirers. 

On  doit  entendre  par  génération  spontanée^ 
ou  par  les  expressions  équivalentes  de  gé- 
nération primUitty  nrinUgène^  originaire^  di- 
recte, équivoque^  é^kétérogénie  (Bùrdach),  de 
êponiéparité  (Dugës),  «  tonte  production 
d'èlre  vivant,  dit  Bûrdach  (30i),  qui,  ne  se 
rattachant  ni  pour  la  substance,  ni  pour  Toc- 
f8>ion,  à  des  individus  de  la  même  espèce, 
a  pour  point  de  départ  des  corps  d'une  autre 
espèce  et  dépend  a  un  concours  d*autres  cir- 
e«instances.  C'est  la  manifestation  d*un  être 
nouveau  et  dénué  de  parents,  par  conséquent 
une  génération  primordiale,  une  création. 
Noos  la  reconnaissons,  ajoute  le  même  phj- 
sioIOfpste,  partout  où  nous  voyons  paraître 
un  corps  organisé,  sans  apercevoir  un  autre 
eotpê  ae  même  esfièce  dont  il  puisse  procé- 
der, ou  découvrir  dans  celui-ci  aucune  partie 
apte  h  opérer  la  propagation.  • 

Aujourd'hui,  d'aprâ  les  expériences  que 
nous  citerons  plus  tard,  il  semble  absurde 
de  soutenir  que  de  la  matière  inorganigue 
|itiisse  naître  spontanément  un  être  organisé, 
(t  renouveler  ainsi  la  fameuse  byfiolhèse 
des  atomes  d*Epicure.  Aussi,  la  plupart  des 
partisans  actuels  de  la  génération  spontanée 
pensent-ils  que  c'est  seulement  de  la  matière 
ori^nisée  que  peuvent  nattre  de  nouveaux 
animaux,  soit  qu'ils  se  créent  dans  des  corps 
oi^nisés  morts  et  en  décomposition,  soit 
<pi  ils  prennent  naissance  dans  Tintérieur 
des  eo^  vivants.  Le  plus  grand  nombre 
borne  même  à  ce  dernier  cas  la  possibilité 
4e  la  ^nération  spontanée  ;  car,  pour  les 
infusoires,  la  question  paraît  plus  avancée 
que  pour  les  entozoaires,  chez  la  plupart 
desquels,  d'ailleurs,  on  a  pu  aussi  saisir  un 
antre  mode  de  génération.  Mais,  avant  d'en- 
trer dans  l'examen  de  ces  faits,  il  est  bon  de 
Îirésenter  un  tableau  des  vicissitudes  par 
rsquelles  a  passé  cette  suppositîoh,  et  de  la 
carrière  qu'elle  a  fournie  dans  la  science , 
avant  d'arriver  jusqu'à  nous. 

fjoin  d'être  nouvelle,  la  doctrine  des  gé- 
nérations spontanées  remonte  à  la  plus 
haute  antiquité;  on  peut  même  dire  qu  elle 
fut  nne  erreur  ^néralement  répandue  chez 
les  anciens.  Epicure,  on  le  sait ,  prétendait 
que  la  terre  avait  tout  produit.  Aristote  (305) 
n'allait  pas  si  loin,  mais  il  disait  encore 
qoe  «  tout  corps  sec  qui  devient  humide, 
e€  tout  corps  humide  qui  se  sèche,  proiSuit 
des  animaux,  jiourvu  qu'il  soit  susceptible 
«le  les  nourrir.  >  Ainsi ,  il  faisait  prove- 
nir plusieurs  poissons  du  limon  ou  du  sa- 


ble (906)  ;  les  chenilles,  ces  petits  vers  qui 
se  transforment  en  animaux  volants,  des  f 
feuilles  vertes ,  et  notamment  des  feuilles 
de  chou  (307)  ;  les  poux ,  de  la  chair  (306)  ;  les 
puces,  de  la  fermentation  des  ordures  (309)  ; 
les  vers,  de  la  chair  corrompue  et  du  fro- 
mage, etc.  En  un  mot,  tous  les  animaux 
dont  la  génération  lui  était  inconnue ,  il  les 
faisait  naître  des  endroits  où  on  les  trouve.  11 
attribuait  la  puissance  formatrice  h  la  cha- 
leur, à  l'air,  k  l'humidité,  jouant  le  même 
rôle  aue  les  humeurs  et  la  chaleur  animale 
dans  fa  génération  par  sexes.  Avant  lui ,  et 
même  longtemps  après,  on  attribuait  encore 
à  la  terre  la  formation  des  serpents,  des 
rats,  des  taupes  ;  à  la  boue  des  étangs,  celle 
des  grenouilles  et  des  anguilles  ;  k  la  car- 
casse d'un  bceuf  ou  d'un  autre  animal ,  celle 
des  abeilles  ;  aux  fruits  véreux,  aux  bois, 
aux  viandes  pourries,  celle  des  vers,  des 
mouches  et  de  divers  insectes.  Cette  idée 
de  la  création  journalière  d^êtres  vivants 
venus  de  la  corruption  ,  née  à  l'origine 
même  de  la  philosophie,  est  souvent  expri- 
mée par  les  anciens  et  se  trouve  reproduite 
dans  un  grand  nomt^-e  de  leurs  ouvrages. 

Hais,  comme  il  sera  facile  de  le  démon- 
trer, à  mesure  qu'on  a  approfondi  la  ques^ 
tion,  on  a  vu  la  plupart  des  cas  présumés 
de  génération  spontanée  s'expliquer  l'un 
après  1  autre  d'une  manière  plus  naturelle, 
et  rentrer  successivement  dans  la  règle 
commune. 

C'est  seulement  an  xvn*  siècle  que  des 
idées  vraies  sur  ces  générations  douteuses 
commencèrent  à  se  substituer  aux  erreurs 
des  anciens.  Un  si  grand  progrès  fut  dû  à  la 
fameuse  Académie  dei  Ctmtnto^  oui  ne  dura 
que  neuf  années,  mais  se  rendit  immor- 
telle. 

Redi,  l'un  des  illustres  membres  de  cette 
académie,  démontra,  â  l'aide  de  nombreuses 
expériences  sur  la  génération  des  insectes, 
que  les  vers  ne  naissent  pas  spontanément 
des  chairs  putréOées.  KjiaX  recouvert  d'une 

gize  des  viandes  en  voie  de  putréfaction, 
edi  remarqua  qu'il  ne  s'y  développait  plus 
de  vers,  mais  il  vit  les  mouches,  attirées  par 
l'odeur,  venir  voltiger  autour  d'elles  et 
pondre  leurs  œufs  sur  la  gaze  même,  dans 
les  points  les  plus  rapproâiés  de  la  chair 
qu'elles  ne  pouvaient  atteindre.  Le  mérite 
(le  ces  expériences  nous  échappe  aujourd'hui, 
parce  que  nous  ne  concevons  pas  que  la 
corruption  puisse  engendrer  un  animal  par- 
fait comme  un  insecte  ;  mais  leur  impor- 
tance était  grande,  il  y  a  deux  siècles.  L'ex- 
périence que  Redi  avait  faite  sur  la  viande, 
en  la  mettant  dans  des  vases  clos  ou  la  re- 
couvrant de  gazes  très-fines,  il  la  répéta  avec 
un  pareil  succès  pour  le  fromage  et  |>our 

{plusieurs   antres   matières  qui  donnaient 
ieu  à  la  contesiation,  et  dès  lors  il  fut   évi- 
dent, pour  tous  les  bons  esprits,  que  c'é- 


f^l)  TréUé  de  phgsiolôme,  traduction  de  loor- 
«5aii,  ft.  I'',p.  S. 

(305)  Mattfire  de»  mtàmutux ,  Irad.  de  Camus, 
u  1*^*,  «1.  515;  Paris,  1785. 

ricno!^^.  nWxTBBOPJLOGie. 


(306)  Orne,  ctf.,  p.  363. 

(307)  Oot.  fil.,  p.  «87. 

(308)  Ont.  cif.,  p.  311. 

(3«M>)  OuT.  cit.,  p.  roa. 


id 


587 


GEN 


DICTIONNAIRE 


4*EN 


m 


talent  les  insectes  et  non  les  m&tîères  cor- 
rooipnes  qui  produisaient  les  vers. 

Telle  était  la  conclusion  de  cet  observa^ 
teur  (310)  :  car  il  dit  que  «  les  vers  qui  nais- 
sent dans  les  chairs  y  sont  produits  par  les 
mouches  et  non  par  ces  chairs  mêmes.  » 

Redi  (311)  fut  aussi  le  premier  à  démon- 
trer que,  chez  les  entozoaires  eui-mèmes, 
0U9  comme  il  les  appelle  «  chez  les  animaux 
qui  vivent  dans  d'autres  animaui,  on  trouve, 
comme  pour  tous  les  autres,  des  mâles, 
des  femelles  et  des  œufs  ;  qu'en  un  mot, 
chez  eui,  la  génération  ne  s'effectue  pas 
d'une  manière  différente  de  celle  qu'on  ob- 
serve communément. 

Cependant  Redi,  tout  en  dévoilant  et  dé- 
truisant de  nombreuses  erreurs,  en  commet 
lui-même  quelques  autres  :  il  semble  ad- 
mettre, par  exemple,  mais  à  regret ,  que  les 
animaux  des  çalles  d'arbres  pourraient  bien 
venir  par  génération  spontanée. 

Valisnieri  (312)  continua  Redi ,  en  décou- 
vrant la  génération  par  sexes  chez  plusieurs 
autres  insectes,  notamment  les   cestres  :  de 

1)lus,  il  fit  pour  les  entophy  tes,  c'est-à-dire  les 
arves  vivant  au  sein  des  végétaux ,  ce  que 
Redi  avait  fait  pour  les  entozoaires. 

Mais  c'est  Swammerdam  (313)  qui  nous  a 
révélé  le  plus  de  merveilles  sur  la  généra- 
tion des  insectes  :  après  avoir  si  bien  observé 
et  décrit  leurs  métamorphoses,  on  conçoit 
qu'il  ne  pouvait  pas  admettre  leur  formation 
spontanée. 

Plus  tard,  Réaumur  popularisa  les  belles 
découvertes  de  Redi,  Valisnieri,  Swammer- 
dam. «  Pour  ce  qui  est  notamment  des  fruits 
véreux,  il  y  a  deux  cents  ans,  dit  Réau- 
mar  (314),  gu'on  n'avait  point  surpris  dans 
leur  opération  ces  mouches  qui  déposent 
leurs  œufs  dans  les  fruits;  et  quand  on 
voyait  un  ver  dans  une  pomme,  c'était  la 
corruption  qui  l'avait  engendré.  Maintenant 
il  est  bien  prouvé  au  contraire,  que  le  ver 
est  la  cause  de  la  corruption  du  fruit.  » 

Qn  verra  bientôt  que  vers  la  même  épo- 
que, où  Redi,  Swammerdam  et  Valisnieri 
portaient  les  premiers  coups  à  l'hypothèse 
des  générations  spontanées,  Harvey  con- 
cluait, de  ses  nombreuses  observations,  son 
axiome,  devenu  si  fameux  depuis  :  Omne  vt- 
vum  ex  avo.  Cependant,  par  ces  paroles, 
Harvey  n'entendait  pas  dire  autre  chose 
sinon  que  les  mammifères  viennent  d'un 
(Buf,  comme  les  oiseaux.  C'était,  sans  doute, 
un  très-l>eau  résultat  de  ses  recherches  d'é- 
tablir que  les  vivipares  étaient  au  fond 
ovipares.  Mais  Harvey  ne  connaissait  pas  la 
génération  des  animaux  inférieurs,  notam- 
ment colle  des  insectes  :  or,  c'était  surtout 

(510)  htperienu  inlortio  ailn  generazione  degrin- 
ftetl'u  l(»68,  iRiJ.  de  la  Cotlcction  académique,  l.  iV, 
|i.  iâO. 

(511)  Ouervaiîoni  hilonw  ali  animali  viventi  che 
$i  Irovauo  neflli  animali  rivetiti,  1081. 

(5 ta)  Diaïogi  fra  Malpighi  e  Vlinio  inlonm  la 
furiona  oriqinc  di  molli  insctti;  ViMiise,  170U. 

(515)  lilhlia  nalurœ ,  $eH  Imloria  inseclomm; 
irad.  franc.;  <lans  CoUecL  acad, ,  loin.  V,  pari, 
etrang. 


et  presque  exclusivement  pour  ces  animaux 
qu  existait  l'erreur  des  générations  équivo- 
ques ;  c'était  là  qu'il  fallait  la  combattre,  et 
Redi,  le  premier,  avait  entrepris  celle  tâche 
avec  bonlieur. 

La  production,  quelquefois  si  prodigieuse, 
des  poux  sur  le  corps  de  l'homme  et  divers 
autres  animaux,  était,  pour  ainsi  dire,  le 
dernier  retranchement  derrière  lequel  se 
fussent  réfugiés  les  partisans  de  la  généra- 
tion   primitive.  Aujourd'hui  on  sait  trop 
qu'elle  ne  sort  pas  de  la  règle  commune, 
pour  que  les  fauteurs  de  l'hétérogénie  puis- 
sent admettre  ce  mode  de  reproduction  chez 
ces  animaux  et  chez  les  espèces  qui  $*eD 
rapprochent.  «  Les  acariens,  dit  Du^es  (31ô|, 
ciu'on  trouve  quelquefois  en  parasites  chez 
1  homme,  dans  la  gale  {sarcoptes)^  po'iTant 
passer  d'un  individu  à  un  autre  et  se  mul- 
tipliant  avec  rapidité,  comme  le  prourent 
ceux  qui  fourmillent  sur  les  oiseaux  el  les 
insectes  ^dermanysses  et  gamoiei)^  ne  peureot 
être  attribués  à  une  génération  spontanée, 
plus  rationnellement  que  les  insectes  para 
sites ,  les  poux  de  la  tète  ou  du  pubis,  qui 
certainement  ne  s'engendrent  pas  d'eui- 
'  mêmes,  mais  dont  la  propagation  est  singu- 
lièrement favorisée  par  la  malpropreté  et 
l'incurie.  » 

Après  les  travaux  du  xvii*  siècle,  dont 
nous  avons  parlé,  il  semblait  qu'on  ne  pou- 
vait plus  admettre  de  création  fortuite.  Mais 
l'esprit  humain  est  comme  fatalement  entraî- 
né a  se  répéter  lui-même,  et  les  erreurs 
reparaissent  avec  le  temps  comme  les  véri- 
tés; aussi,  quand  cette  vieille  hypothèse 
des  générations  spontanées  paraissait  crouler 
de  toutes  parts,  une  magnifique  découverte 
vint  lui  prêter  un  nouvel  appui.  Avecle mi- 
croscope ,  Leuweuhoek  (316)  découvrait  en 
1675  les  animaux  invisibles  k  l'œil  nu,  e^ 
pour  cela  nommés  microscopiquesn  dans  les 
eaux  pluviales  et  dans  d'autres  liquides. 
Plus  tard,  Needham  (3l7j  montrait  que,  si  i^ 

(mlréfaction  ne  produit  pas  d'insectes,  elle 
ait  du  moins  naître,  dans  toutes  les  infu- 
sions renfermant  des  matières  en  décompo- 
sition ,  de  petits  animalcules  jusqu  alor< 
inconnus,  mais  qui  furent  aussitôt  IW^ 
de  mille  recherches,  et  que  Wrisberg  (318' 
désigna  pour  la  première  fois,  en  1765,  sous 
le  nom  ainfusoires. 

Si  Ton  verse,  en  effet,  de  l'eau  sur  des 
substances  animales  ou  végétales,  et  si  l'ou 
expose  le  tout  à  une  douce  température  el  ^ 
l'influence  de  l'air  et  de  la  lumière,  on  roii 
apparaître,  peu  de  temps  après*  au  mili<^ 
de  la  décomposition  et  de  la  dissolution  de 
ces  matières  organiques,  des  végétaux  très- 

(51 4T  Lettres  à  uu  Américain^  lettre  6,  p  V*- 
(515)  Traité  de  physiologie  comparée  de  thowmid 

dci  animaux;  MoiilpoUier,  1859,  t.  IIY.  p.  iO<^ 
(51  G)  Anatomia  et  compilatio  nommiloium  «'/«'•' 

invisibilinm,  etc.:  I^yde,  4685,  el  Optra  <w««i«i,»* 

arcana  naturœ;  Lcydo,  lîiâ. 

(517)  An  acconnt  of  soiHC  uei»  tnic  oscopicitl  ^i^' 
vertes;  Loniton,  1745. 

(518)  De  anima/ruUs  infusorih  sainra  okie:f'*>i^' 
num;  GœUin^Mie.  1765. 


&S9 


GBN 


D^ANTHROPOLOGIE. 


GEN 


660 


simples,  tels  que  des  moisissores,  ou  de  très- 
petiu  toimaai,  d*uDe  simplicité  organique 
ipparente,  visibles  seulement  au  microscope, 
quelquefois  même  à  un  très-fort  grossisse- 
ment, ce  qui  D*empèche  pas  que  l'organisa- 
tion de  plusieurs  d'entre  eux  ne  soit  fort 
compliquée.  C'est  à  ces  êtres  nouveaux 
qu'est  resté  le  nom  d'infusoires,  qui  exprime 
k  principale  condition  de  leur  existence. 
Leur  apparition  ne*  semblant  précédée  de 
celle  d'aucun  être  semblable  à  eux,  ni  même 
d'aucun  être  jouissant  d*une  vie  quelconque» 
on  suppose  qu'ils  se  forment  de  toutes  piè- 
ces,! mde  de  Teau»  de  l'air  et  des  matières 
en  iafasion,  c'est-à-dire  qu'ils  naissent  par 
une  génération  spontanée;  erreur  que  Buf- 
fon  devait  soutenir  plus  tard  de  toute  la 
gloire  de  son  nom  et  de  tout  le  prestige  de 
son  st^le. 

L'existence  de  ces  infusoires ,  l'obscurité 
de  leur  origine  et  de  celle  de  auelques  ento- 
toaires,  sont  les  seuls  motifs  qui  fassent 
admettre  atqourd'hui  encore  la  génération 
spontanée  par  des  autorités  scientifiques, 
dont  le  nom  demande  qu'on  ne  la  rejette  pas 
sans  la  soumettre  à  un  examen  sérieux. 
Ainsi,  elle  est  professée  par  plusieurs  natu- 
ralistes, Bûrmeister  (3i9j  entre  autres,  pour 
Tacarus  de  la  gale,  les  poux,  etc.  Burdach 
ne  Tadmet,  d'une  manière  absolue,  aue  pour 
les  iufusoires;  comme  si,  parce  quils  sont 
simples,  ils  n'en  étaient  pas  moins  des  ani- 
maux, et  comme  si  la  génération  spontanée 
n'était  pas  tout  aussi  difficile  à  comprendre 
i  leur  égard  qu*à  l'égard  de  tous  les  êtres. 
Source  oui  est  des  autres  animaux,  tantôt 
Bùrdach  (3S0)  va  jusqu'à  croire  que  certains 
poissons,  qu  on  trouve  dans  des  étangs  sur 
des  montap^nes,  peuvent  y  naître  spontané- 
ment; tantôt  il  refuse  d admettre,  malgré 
l'analogie  des  deux  ordres  de  faits,  la  géné- 
ration spontanée  des  crapauds  qu'on  a  trouvés 
dans  des  arbres  ou  dans  des  murailles.  Com- 
ment admettre  l'hétérogénie  des  uns,  quand 
on  rejette  celle  des  autres  ?  Dugès  (  321  ) 
HDyait  à  la  s()ontéparité,  et  il  faisait  même 
jouer  à  Télectricité,  dans  ce  mode  de  géné- 
ration, un  rôle  qu*il  n*est  pas  besoin  de  réfu- 
h;r  aujourd'hui.  «  L'électricité  moléculaire 
»u  (le  contact,  dit-il,  qui  préside  aux  cristal- 
fisations  minérales,  qui  de  même  asitc  évi- 
demment les  matières  organiques  en  fermcn- 
laiioD,  ne  peut-elle  être  considérée  comme 
constituant  Tageut  vital  de  certains  agrégats 
nouvellement  u>rmés,  vivifiant  ainsi  ces  aiii- 
>«iaiix  sans  système  nerveux  que  Laman:k 
'Kimroait  apathiques ?Lamarck  admettait  que 
^f  sont  les  impondérables  généraux  (|iii 
tiennent  lieu  d*a^ent  vital  à  ces  animaux  et 
e^  orf^anisent.  Otton-Frédéric  Mijiler  (322) 
iHarc  que  les  infusoires  se  forment  ex 
»«/eru/fi  bruiiê  et  quoad  $en$um  nottrum 
'««rjyfliucif. 

U.  i;érard  «  auteur  de  Tarticle  Ginémlion 
spontanée  dans   le    Diciionnaire    universel 

i^\%  lUn^hnek  derenlomoiogie;  BcHin,  1795. 

«V»))  TfÊké  ée  fh^êMoffk,  I.  !•%  p.  4.i. 

(•>^t)  trtM  ée  pti^iglôgie  cûmpnrée  de  rhùàiiwe 


d^hisioire  naturelle  ^  publié  sous  la  direction 
de  M.  Ch.  d'Orbigny  (1852),  a  cru  devoir 
soutenir  la  thèse  des  générations  sponta- 
nées. Il  Ta  présentée  avec  Tappareil  d'une 
érudition  qui  peut  paraître  spécieuse  aux 
esprits  superficiels.  Sans  doute  si  Tauteur 
avait  eu  de  meilleurs  arguments ,  il  les  au- 
rait fait  valoir.  Nous  devons  donc  regarder 
son  travail  comme  réunissant  toutes  les  res- 
sources des  partisans  de  cette  tbéorie  du 
panthéisme  matérialiste.  En  faisant  voir  ce 
qu*il  y  a  de  hasardé,  de  téméraire,  de  faux, 
dans  toute  cette  argumentation  de  M.  Gé- 
rard, nous  aurons  donc  renversé  ce  triste 
système. 

«  Quand  un  naturaliste ,  dit  M.  Gérard , 
jette  dans  la  science  une  proposition  neuve, 
liardie,  en  apparence  oaradoxale,  on  s'étonne 
de  son  audace,  et  s'il  est  seul  on  le  honnit; 
mais  en  a-t-il  plus  tort  pour  cela  ?  Galilée 
ne  deroanda-t-il  pas  pardon  à  genoux  d'avoir 
dit  que  la  terre  tourne?  Lamarck  n'encou- 
rut-il  pas  l'animadversion  des  systématistes 

Êour  avoir  osé  être  philosophe  jusqu'au  bout? 
t  sa  défense ,  éloquemment  prise  par  un 
naturaliste  philosophe,  M.  Isidore  Geoffroy, 
l'a-t-elle  lavé  du  reproche  d'être  un  rêveur? 
Goethe  ne  se  plaignit-il  pas  d'être  seul  in- 
compris quand  il  révélasses  travaux  admi- 
rables sur  la  structure  vertébrale  de  la  tête. 
Et  Geoffroy  Saint-Hilaire  ne  lutta-t-il  pas 
toute  sa  vie  et  n'a-t-il  pas  léeué  à  ses  suc- 
cesseurs des  combats  plus  rudes  encore  pour 
avoir  vu  au  sein  de  la  nature  organique 
autre  chose  que  ce  qu'y  a  voulu  trouver 
l'école  timorée  ? 

«  Or,  parmi  les  questions  controversées, 
celle  de  la  génération  spontanée  est  une  des 
plus  vivement  attaquées.  Il  y  a  vingt  ans 
qu'elle  est  délaissée  et  représentée  comme 
une  théorie  dénuée  de  sens,  enfantée  par 
des  cerveaux  en  démence.  On  s'étonna  mémo 
qu'elle  trouvât  place  dans  ce  Dictionnaire  ; 
mais  son  omission  dans  un  ouvrasc  qui  doit 
compter  parmi  les  œuvres  do  philosophie 
naturelle  eût  été  une  lacune  impardonnable. 
Seul  au  milieu  des  opposants,  je  n'eusse  pas 
reculédevanl  unelâclie  ardue,  mais  d'autant 

{>lus  importante  qu'elle  est  la  pierre  angu- 
aire  de  la  philosophie  naturelle;  je  me  sen- 
tais assez  de  courage  pour  le  faire,  sûr  de 
trouver  le  chemin  de  l'esprit  de  quelques 
penseurs;  mais,  loin  d'être  seul,  j ai  pour 
caution  les  hommes  les  plus  éminents  de  la 
science  parmi  les  anciens  et  les  modernes,  ei 
je  puis  m'appuyersur  leur  autorité.  Buffon, 
Guéneau  deMontbéliard,  Needham,  Priest- 
lov,  Ingenhouss,  Gleicen,  Stenon,  Baker, 
Wisberg,  Fray,  Werner,  Pallas,0.-F.  Mul- 
ler,  Braun,  Rudolphi,  Bremser,  Gœze , 
Crosse,  Tiédemann,  Treviranus,  Ikiuer, 
J.  Mùller,  Burdach,  Caros,  Okcn,  Eschricht, 
Ungher,  Allon-Thomson,  De  Lamétherie  , 
Cabanis,  Lavoisier,  Lamarck,  Saint-Amans, 
furpin.  Desmoulins,  Bory  de  Saint-Vin- 

fi  tffei  animaux  ;  Monlpdlier,  1830,  tome  IH,  page  i^K 
(5ii)  Fan  i ,  Àmmaèinm  inlusoriamm  SHccincia 
kiêioria;  CopmliagHC  et  l..ci|isi€k,  1773. 


591 


GEN 


mCTlONNAlRE 


GEII 


m 


ccnl,  Dumas,  Duj5ès,Eud.  Deslongcliamps, 
Dujardin ,  etc. ,  ont  nettement  formulé  dans 
leurs  écrits  leur  croyance  k  la  génération 
spontanée.  Cette  croyance,  mêlée  jadis  à 
d^  graves  erreurs,  à  des  préjugés  ridicules, 
a  été  celle  des  philosophes  anciens  qui 
avaient  déjà  dit  :  Corruplio  unius  tit  gen&- 
ratio  allerius  ;  elle  n*est  donc  arrivée  jus- 
qu'à nous  qu'après  d'importantes  rectifica- 
tions ;  mais  elle'  n'en  est  devenue  que  plus 
positive. 

«  Pour  procéder  méthodiquement  dans 
Télucidation  d'une  question  cfe  c^lle  impor- 
tance, je  citerai  certains  passades  des  écrits 
de  quelques-uns  des  naturalistes  que  j'ai 
mentionnés  ci -dessus,  afin 'de  prouver  que 
cette  théorie  si  controversée  est  la  pensée 
d'une  école  qui  se  reproduit  identique  à 
travers  le  temps.  Buffoii,  non  pas  le  natu- 
raliste poète,  mais  le  philosophe,  a  dit 
(t.  IV,  p.  335,  Suppléments)  :  «  Il  y  a  peut- 
a  être  autant  d*ètres,  soit  vivants,  soit  végé- 
«  tants,  qui  se  reproduisent  par  l'assemblage 
«  fortuit  des  molécules  organiques,  qu'il  y  a 
«  d'animaux  ou  de  végétaux  qui  peuvent  se 
«  reproduire  par  une  succession  constante  de 
«  générations  (p.  337)  ;  plus  on  observera  la 
«  nature,  plus  on  reconnaîtra  qu'il  se  produit 
a  en  petit  beaucoup  plus  d'êtres  de  cette  façon 
«  (  la  génération  spontanée)  que  de  toute  au- 
it  tre.  On  s'assurera  même  que  cette  manière 
«I  de  génération  est  non-seulement  la  plus 
*  fréquente  et  la  plus  générale,  mais  la  plus 
«  ancienne,  c'est-a-dire  la  première  et  la  j)lus 
^  universelle.  »  Son  idée  fondamentale;  par- 
tagée par  récole  allemande,  et  qui  mérite 
un  mûr  examen,  bien  que  je  ne  la  croie  pas 
exacte,  est  (Hist.  nat.^  1. 11,  p.  k20)  a  qu'il 
«  existe  une  matière  organique  animée,  uni- 
«  versellement  répandue  dans  toutcsies  subs- 
«  lances  animales  ou  végétales,  qui  sert 
«  également  à  leur  nutrition,  à  leur  déve!o)H 
«  pemont  et  à  leur  reproduction.  » 

«  L'opinion  de  Buffon  sur  les  molécules 
organiques  vivantes  fut  soutenue  par  Filippo 
Pirri,  dans  son  livre  sur  la  Riproduzione  de' 
eorpi  arganizati:  et  sur  l'approbation  de 
Franeesoo  Mira^  l'ouvrage  fut  jugé  digne  de 
VJmprimatur^   con  licenza    de'   Superiori. 

«  O.-F  Millier  dit  que  les  animalcules  in- 
fusoires  se  forment  ex  molecutis  brutU  et 
quoad  seneum  nostrum  inorganiciê. 

«  Lamarck,  avec  qui  je  m'estime  heureux 
d'avoir  une  étroite  communauté  de  pensée, 
liicn  qu*à  notre  époque,  d)  jeunes  natura- 
listes, cfui  ne  l'ont  jamais  lu,  le  traitent  de 
songe-creux,  dit,  dans  son  admirable  PhUo*- 
Sophie  xoologique^  p.  SO:  «  La  nature,  à 
«  raido  de  la  clialeur,  de  la  lumière,  de  Télcc- 
«  tricité  et  de  l'humidité,  forme  des  généra- 
«  tious  spontanées  ou  directes  à  Textrémiié 
**  de  chaque  règne  des  corps  vivants,  où  se 
«  trouvent  les  |)Ius  simples  de  ces  corps.  » 

«  TreviraiHis  (Biûlogie^  t.  II,  p.  w7  et 
M)8)  s*eiprime  ^  ainsi  sur  ce  sujet  :  la  ma- 
tière animale  «  dépourvue  de  forme  par 
«  elle-même,  mais  apte  néanmoins  à  prendre 
«  celle  de  la  vie,  conserve  une  forme  détcr- 
«  minée  sous  IHnfitien^e  de  cauaes  extérieu- 


«  res,  n  y  persiste  qu'en  tant  que  ces  causer 
«  continuent  d'agir,  et  elle  en  prend  d'autres 
«  dès  que  de  nouvelles  causes  inUoeatsur 
^  elle.  » 

c  Tiedemann  {Physiol.  de  tkommtj  1. 1», 
p.  i07)  adopte  d'une  manière  formelle  Vei- 
plication  de  Treviranus;  il  dit  (p.  100): 
Les  êtres  organisés  sont  produits  par  leurs 
semblables  ou  doivent  naissante  à  la  ma- 
tière des  corps  organisés  en  état  de  décom- 
position (p.  IM).  Lia  puissance  plastique  de 
la  matière  ne  s'éteint  pas  après  la  mort; 
elle  conserve  la  faculté  de  revêHr  une  nou- 
velle forme  et  de  se  montrer  apte  à  jouir  de 
la  vie.  La  mort  ne  porte  lioncque  sur  les  in- 
dividus organiques,  tandis  que  iesBUitières 
organiques  entrant  dans  la  compositiou  d(* 
ces  êtres  continuent  à  pouvoir  prandrefor- 
me  et  recevoir  vie  (p.  ISâ).  Les  matièresor- 
ganiques  qiii  se  séparent  de  leur  organi- 
sation (les  individus  frappés  de  mon)  con- 
servent^ lorsqu'elles  ne  sont  pas  ramenées 
à  leurs  éléments  ou  converties  en  eorafio- 
ses  binaires,  par  l'action  des  affinités  càimf- 
ques,  la  propriété  de  reparaître,  avec  k 
concours  «t'influences  extérieures  favora- 
bles de  la  chaleur»  de  l'ean,  de  l'air  ci  dc^ 
la  lumière,  sous  des  formes  aniraéles  on 
végétales  plus  simples,  qui  varient  toute- 
ibis  en  raison  des  influences  j  à  raciion 
desquelles  elles  se  trouvent  soumise».  * 
«  Cabanis  (Rapports  du  morale  édition  de 
18i3,  p.  i^Sl),  lui  qui  avait  si  loin  porté  le 
doute  philosophique  et  qui  n'eut  d'autre 
malheur  que  d'ap|)artenir  à  deux  sièclrs 
différents  par  leurs  théories  et  leurs  lu- 
mières, s'exprimait  ainsi  dans  son  Mémoire 
sur  lame  animale  ?  a  II  faut   nécessairemeid 
«  avouer  que,  moyennant  certaines  comli- 
tf  tions,  la  matière  inanimée  est  cai^ablc  de 
«  s'organiser,  de  vivre,  de  sentir.  ]> 

«  M.  Eud.  Deslongcham|)s  dit,  dans  m 
article  sur  les  vers  intestinaux  (Sntyclopf' 
die  fnéthod;  Zooph.i  t.  II,  p.  773),ai»n'S 
avoir  com.battu  les  hypothèses  sur  la  trans- 
mission des  intestinaux  des  parents  aat 
enfants  dans  l'acte  de  la  génération,  et  ceiic 
du  passage  des  œufs  à  travers  les  tissus  : 
«  Aucune  de  ces  hyjiotlièses  ne  peut  donc 
«  rendre  raison  de  l  origine  et  de  la  cont- 
0  munication  des  vers  intestinaux,  li  eu  M 
«  une  dernière  admise  presque  générale- 
«  ment  en  Allemagne,  ordinairement  sou- 
ci tenue  par  notre  savant  collatjomteur, 
(I  M.  Bor;^  de  Saint-Yincent,  et  parqueltjue^ 
ff  naturanstes  des  autres  régions  de  rfio- 
«  ropo  :  je  veu«  parler  de  la  «généiaiio» 
n  si)ontanéc  ou  primitive,  à  laquelle  on  e^t 
^  pour  ainsi  dire  amené,  par  rexclosion  w- 
«  cessairc  des  autres.  Celte  question,  Tufif 
«  des  pVus  hautes  et  des  plus  ardues  de  ^ 
a  physiologie  transcendante,  ne  se  rapport<| 
«pas  seulement  aux  entozoaires,  ehaîs  ^ 
«  plusieurs  autres  groupes  des  êtres  or^a- 
c  nisés  )> 

«  M.  Bory  de  Saint-Vincent  (art.  Ptych^'^ 
diflires  do  \  Encyclopédie  méth^  Zaopk.,  t*  H* 
p.  661),  dit  :  <(  Il  est  bien  dâflDoniré  maiote- 
«  îiant  qu'il  existe  des  eréalores  vcgéiao'f* 


&93 


GEN 


D  ANTHROPOLOGIE. 


GEN 


S8i 


cl  !Dème  (rès^viTautes,  qoi  peurent  naître 
sponi^némeftit  sans  cBuis  ni  germes,  sauf  à 
diSf  aralfire  son»  se  reproduire  ou  bien  à 
se  reproduire  par  division.  » 
4  Carus  (^Im^.  comparée^  L  lU,  p.  13) 
exprime  ainsi  sur  cette  matière:  «  i*  Toute 
naissance,  toute  génération  esU  quant  à 
son  essence,  la  production  d'une  chose 
déterminée  par  une  chose  non  déterminée, 
mais  déterminable...  2*  Le  déploiement 
spontané  d'un  être  déterminé  qui  naît 
d'un  être  indéterminé  est  la  ligne  primor- 
diale et  en  même  temps  le  symbole  de 
lavie. 

«  Bûrdadi  (^Traiié  de  physiol ,  t.  I«%  p. 8) 
formule  ainsi  sa  pensée.  «  On  api^elle  kété^ 
-  rùçénie  toute  production  d*ètre  Tirant  qui, 
ne  se  rattachant  ni  pour  la  substance,  ni 
pour  Toocasion,  à  des  indiridus  de  la  même 
espèce,  a  pour  point  de  départ  des  corps 
d'une  autre  espèce,  et  dépend  d'im  con- 
cours d'autres  circonstances  ;  c'est  la  ma- 
nifestation d'un  être  couTeau  dénué  de 
parents,  par  conséquent  une  génération 
primordiale  on  une  création.  Nous  le  re- 
connaissons partout  où  nous  yojons  pa- 
raître un  corps  organisé,  sans  apercevoir 
un  autre  corps  de  même  espèce  dont  il 
puisse  procéder,  ou  décourrir  dans  celui* 
ei  aucune  partie  apte  à  opérer  la  propa- 
gation«  »  Ces  naturalistes  appartiennent  à 
une  école  laborieuse,  intelligente,  mais  qui 
laisse  trop  à  l'imagination.  C'est  ainsi 
qu*Oken  almet  que  tous  les  êtres  oi^anisés 
sont  composés  d'animalcules  microscopi- 
ques, et  que  Reichenbach  regarde  les  gio« 
Lûtes  du  sang  comme  des  microscopiques 
constituant  la  première  famille  du  règne 
animal. 

«  Ihigès  IPkys.  comp.^  t.  m,  p.  207  et  208) 
dit,  dans  son  chapitre  de  la  Sponiépariie^ 
c*est  le  nom  qu'il  donne  à  la  génération 
spontanée  :  «  Les  objections  qu'on  oppose  à 
la  spontéparité  des  êtres  dont  il  a  été 
question  plus  haut  (les  infusoires,  les  en- 
tozoaires  et  les  psychodiaires  de  M.  Bory 
de  Saint-Vincent),  nous  paraissent  de  peu 
de  valeur.  1'  On  la  donne  comme  incom- 
préhensible, et  nous  croyons  avoir  déjà 
assez  démontré  qu'elle  est,  au  contraire, 
très-vraisemblable  ;  nous  montrerons  tout- 
i-l*heure  que  c'est  aux  doctrines  opposées 
qu'il  faut  renvoyer  le  reproche  d'être 
inintelligibles.  2*  On  dit  que  la  nature  ne 
lait  rien  en  vain,  et  que  beaucoup  de  ces 
animaux  spontépares  ayant  des  sexes , 
d'autres  se  multipliant  *par  Scission  ou 
gemmation,  il  y  aurait  superfluité  ;  c'est 
imposer  à  la  nature  des  lois  que  l'expé- 
rience démontre  souvent  enfreintes  ;  car 
les  v^étaux  se  reproduisent  et  par  çraines 
et  par  boutures,  et  nous  verrons  bientôt 
qu  il  est  des  animaux  à  la  fois  sexipares 
et  gemmipares  (polypes,  etc.],  et  que  cer- 
tains autres,  plus  particulièrement  sexi- 
pares, peuvent  aussi  se  multiplier  par 
scission.  Les  tsnias  et  les  botriocéphales 
de  l*homme  produisent  une  immense  quan- 
Uté  d'<£u£$  et  restent  pourtant  solitaires  ; 


il  y  a  donc  là  superfluité.  Mais  si,  du  reste, 
les  arguments  positifs  en  faveur  de  la 
spontéparité  ne  sont  pas  bien  démonstra- 
tifs, nous  allons  voir  qu*il  n'en  est  ras  de 
même  des  négatifs,  et  qu'à  début  a'autre 
voie,  on  y  arrive  nécessairement  par  ex- 
clusion de  toute  autre  théorie  » 
t  M.  Dugès  était  de  Féœle  de  Geoffroy 
Saint-Hilaire,  l'école  philosophique  par  ex- 
cellence ;  et  il  a  certes  formule  sa  pensée 
avec  une  franchise  digne  d'éloges.  11  existe 
une  autre  école,  celle  des  zoologistes  an- 
glais, timorés  dans  leur  philosophie,  et 
enchaînés  par  leur  pensée  protestante,  qui 
ne  procèdent  que  méticuleusement  dans  leur 
profession  de  foi.  Pourtant,  il  faut  l'avouer, 
cette  école  est  plus  avancée  que  la  plupart 
des  zoologistes  français  ;  et,  malgré  ses  ré- 
ticences, on  retrouye  chez  elle  plus  qu'un 
doute,  un  aveu  de  sa  croyance  à  la  nécessité 
d'admettre  la  spontanéité  de  la  génération 
des  êtres  primordiaux.  Allen  Thomson  [CycL 
of.  anal.,  pag.  hSi)  dit,  après  avoir  briève- 
ment énoncé  les  laits  qui  militent  en  faveur 
des  générations  spontanées  :  «  Si  cette  doi-- 
trine  n'avait  ]ias  été  invoquée  dans  bien 
des  cas  où  elle  était  manifestement  inex- 
acte, elle  eût  été  regardée  comme  moins 
ridicule,  et  elle  eût  été  plus  appréciée 
qu'elle  ne  l'a  été.  L'épithète  de  spontanée, 
que  nous  avons  conservée  comme  étant  la 
plus  commune,  est  impropre  à  dénommer 
tel  ou  tel  procédé  de  la  nature,  et  l'analo- 
gie tirée  de  la  plupart  des  plantes  et  des 
animaux  milite  contre  la  probabilité  de  cette 
hypothèse  ;  mais  il  faut  bien  se  pénétrer 
de  cette  vérité  :  c'est  que  les  corps  orga- 
nis  's  dans  lesquels  on  a  cru  reconnaître 
la  génération  spontanée  diffèrent,  par  leur 
structure  et  leurs  fonctions,  de  ceux  qui  se 
reproduisent  par  les  moyens  d'œuis,  et 
nous  ne  sommes  autorisés  à  rejeter  l'hy- 
pothèse de  leur  génération  spontanée  que 
parce  qu'elle  est  en  discord  avec  le  reste 
du  règne  animal.  Hanrey  lui-même,  qui 
établit  la  proposition  de  Omne  virum  ex 
ovOf  parait  avoir  reconnu  la  nécessité 
d'admettre  quelaue  différence  entro  la 
forme  la  plus  eroinaire  de  la  génération 
par  le  moyen  d'un  oeuf,  et  celle  qu'il  ap- 
pelait le  mode  spontané.  » 
1  Un  de  nos  naturalistes  les  plus  distin- 
gués, de  nos  observateurs  les  plus  exacts, 
H.  Dujardin,  dit  formellement,  dans  son  Ft«- 
toire  naturelle  des  helminihes,  pas.  2M,  «  que 
le  /rirAma,  qui  se  développe  dans  le  tissu 
musculaire ,  est  un  puissant  argument  en 
faveur  de  la  génération  spontanée  de  cer- 
tains helminthes  (pag.  M8)  ;  »  et  en  par- 
lant du  distome  émigrant,  «que,  comme  on 
trouve  dans  le  foie  des  limaces  un  distoine 
très-analogue  qui  s'y  nroduU  spontané^ 
ment,  et  qui  n'a  jamais  d  oignes  génitaux, 
je  suis  porté  à  croire  que  c'est  une  seule 
et  même  espèce,  spanianémeni  produite 
chez  ces  mollusques,  etc.  » 
«  Si  maintenant  nous  interrogeons  les 
écrits  des  antagonistes  de  la  génération  spon- 
tanée, nous  Toyons  qoe  les  nommes^ dtMil  lu? 


533 


GLN 


DICTIONNAIRE 


GEN 


m 


expériences  et  l'autorilé  sont  rapportées  par 
ceui  qui  combattent  cette  théorie,  peut-être 
sur  simple  ouï-dire,  ont  été  moins  explicites 
qu'on  ne  pense.  Ainsi,  Swammerdam,  dont 
le  cerveau  était  à  demi  détraqué  par  les  rè- 
yeries  extatiques  de  la  Bourignon,  mais 
yaincu  dans  son  obstination ,  a  déclaré  ces 
faits  inexplicables,  ce  qui  en  revient  à  un 
doute  nettement  formulé.  Quant  à  Redi,  ob- 
servateur attentif  et  sérieux,  et  surtout  hom- 
me de  bonne  foi,  il  dit  (Colleci.  acad.,  t.  IV, 
part,  étr.,  p.  W7)  :  «  L'autre  (opinion) ,  qui 
«  tkQ  me  parait  pas  incroyable,  c'est  que  la 
«  même  vertu  qui  produit  lef  fleurs  et  les 
«  fruits  dans  les  plantes  actuellement  vivan- 
«  tes,  y  fait  nattre  aussi  les  vers  qui  se  trou- 
«  vent  renfermés  dans  ces  fruits.  »  Il  revient 
sur  la  même  idée  à  la  page  &V8,  et  dit,  page 
460,  au  sujet  des  eœnurus  qui  se  trouvent 
dans  la  tête  des  cerfs  et  des  moutons  :  «  Le 
t  môme  principe  actif  et  vivifiant  qui  produit 
«  ces  petits  animaux  dans  la  tête  des  cerfs  et 
«  des  moutons,  donne  peut-être  aussi  nais- 
«  sance  aux  poux  qui  tourmentent  les  hom- 
«  mes,  les  quadrupèdes  et  les  oiseaux  ;  mais 
«  je  suis  plus  porté  à  croire  avec  Sperlin- 
«  gius  que  ces  insectes  naissent  des  œufs 
«  que  déposent  les  femelles,  etc.  »  Valisnieri, 
son  éîève,  est  plus  intraitable;  mais  Tabbé 
Spallanzani,  toujours  invoaué  dans  la  réfu- 
tation de  cette  question,  s  exprime  encore 
avec  plus  de  naïveté  queReoi;  il  déclare 
ainsi  son  doute  dans  ses  Opuscules  physio- 
logiques^ p*  230  :  «  Les  infusoires  tirent  sans 
«  doute  leur  première  origine  de  principes 
«  préorganisés;  mais  ces  principes  sont-ils 
«f  des  œufs,  des  germes,  ou  d'autres  sem- 
«  blables  corpuscules?  S'il  faut  offrir  des 
«  faits  pour  répondre  à  cette  auestion,  j'a- 
«  voue  ingénument  que  nous  n  avons  sur  ce 
«  sujet  aucune  certitude.  » 

«  Depuis  cette  épogue,  les  adversaires  de 
la  génération  primitive  ont  toujours  vécu 
sur  le  témoignage  des  naturalistes  dont  je 
cite  textuellement  des  passages  auxquels  on 
pourra  recourir,  et  l'on  voit  qu'il  y  avait 
chez  eux  Tincertitude  la  plus  nettement  for- 
mulée. Pourtant  on  choisit  au  hasard  dans 
leurs  écrits,  comme  on  l'a  fait  pour  Harvey, 
un  passage  tronqué ,  et  l'on  s'en  sert  comme 
d'une  preuve.  Si  Ton  veut  bien  étudier.  la 
pensée  des  panspermisles,  on  verra  qu'il  y 
a  accord  presque  complet  entre  eux  et  les 
partisans  de  la  génération  spontanée.  Harvey 
appelait  oBuf  toute  molécule  organique  ou 
or^anisable;  Spallanzani  les  appelait  des 
corpuscules  preorganisés^  et  Ton  voit  par  ce 
qui  précède  qu'il  est  loin  de  les  considérer 
comme  des  œufs  ou  des  germes ,  puisqu'il 
dit  expressément  :  des  œufs^  des  germes^  ou 
d'autres  semblables  corpuscules.  Bonnet  seul 
défendit  l'emboîtement  des  germes,  et  il  ne 
pouvait  faire  sur  ce  point  aucune  eoncessioQ* 
sans  détruire  sa  propre  théorie. 

«  Je  ne  parlerai  pas  non  plus  longuement 
des  travaux  de  M.  Ehrenberg.  Ses  observa- 
tions sur  les  infusoires  l'ont  conduit  à  des 
coiiséauences  si  extraordinaires  qu'on  est 
tenté  de  les  regarder  comme  un  roman  in- 


génieux. Il  a  trop  voulu  prouver  pcmr  que 
son  témoignage  p^i^se  faire  foi. 

«r  Ces  prolégomènes  étaient  indispensables 
dans  une  question  de  premier  ordre  ;  car 
M.  Flourens  dit,  dans  son  Histoire  deiiro- 
vaux  de  Buffon ,  pag.  77  :  «  Au  moment  où 
«  fiuffon  reproduisit  les  générations  sponta* 
«  nées,  elles  étaient  oubnées ,  et,  selon  tou- 
te tes  les  apparences,  pour  toujours  oubliées.i 
Il  ne  discute  pas  la  question,  et  se  hornek 
dire  :  <c  que  ce  n'est  pas  ainsi  que  se  font  les 
«  vraies  théories;  que  les  vraies  théories  se 
«  font  d'elles-mêmes.  » 

«  Ainsi,  toujours  des  négations»  et  pas  d'a^ 
gumentation  serrée.  Quand  bien  même,  il 
est  facile  de  reconnaître  que  cette  question, 
morte  pour  toujours ,  est,  au  contraire,  plus 
vivace  que  jamais,  et  qu'on  ne  peut,  sans 
fermer  les  yeux  à  l'évidence ,  se  refuser  à 
voir  aue,  depuis  Buffon,  les  naturalistes  les 
plus  eminents  y  ont  ajouté  foi  ;  qu'aujour- 
d'hui les  hommes  qui  ont  le  plus  reculé  de* 
vant  les  idées  philosophiques  des  encyclo- 
pédistes, les  Anglais  et  les  Allemands,  ad* 
mettent  cette  théorie.  L'influence  posthume 
de  Cuvier  sur  les  opinions  de  quelques  zoo- 
logistes est  ici  de  peu  de  poids  ;  ce  grand 
naturaliste  ne  représente  jamais  dans  la 
science  qu'une  unité ,  encore  son  opinion 
est-elle  vague.  M.  Laurillard  s'exprime  ainsi 
dans  l'Eloge  de  Cuvier  sur  les  idées  du  maî- 
tre, pag.  55 ,  note  12  :  <t  M.  Cuvier,  consi- 
«  dérant  que  tous  les  êtres  organisés  sont 
«  dérivés  de  parents ,  et  ne  Toyant  dans  la 
«  nature  aucune  force  capable  de  produire 
«l'organisation,  croyait  à  la  préexistence 
«  des  germes,  non  pas  à  la  préexistence  d'un 
«  être  tout  formé,  puisqu'il  est  bien  évident 
«r  que  ce  n'est  que  par  des  développements 
«  successifs  que  l'être  acquiert  sà  forme; 
«  mais,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi,  à  la 
«  préexistence  du  radical  de  Vétre ,  radical 
«  qui  existe  avant  la  série  des  évolutions, 
«  et  qui  remonte  au  moins  certainement, 
«  suivant  la  belle  observation  de  Bonnet,  à 
«  plusieurs  générations.  » 

«  Il  est  clair  que  le  radical  de  Vitre  ^  les 
corpuscules  préorqanisés^  les  molécules  orgo- 
niquesy  etc.,  sont  les  différentes  formes  dune 
même  pensée  qui  pourrait  se  traduire  par  le 
doute  et  l'incertitude.  Cuvier  n'était  pas  un 
grand  synthétiste ,  et  il  semblait  lui  repu- 

Snerde  s'élever  dans  les  régions  transcen- 
antes  ;  aussi  ses  théories  générales  sont- 
elles  peu  satisfaisantes.  H.  Laurillard  {même 
opuscule,.p.  17)  dit  qu'il  découle  de  l'analo- 
mie  comparée  de  Cuvier  que  ses  principales 
idées  physiologiques  sont  «  que  la  vie  est  un 
«  tourbinon  d'une  certaine  matière  sons  une 
«  forme  déterminée  ;  que  le  principal  ageol 
«  de  cette  vie  est  un  fluide  impondérable,  ic 
«  fluide  nerveux;  que  la  sensation  et  larf- 
«  production  des  êtres  sont  des  problèmes  à 
«  jamais  incompréhensibles  pour  notre  «- 
«  prit ,  etc.  »  Cette  dernière  partie  de  1« 
phrase  indique  bien  certainement  un  doutât 
et  un  doute  accablant.  Que  Cuvier  ait  m»  • 
la  préexistence  des  germes,  j'en  doute;  quil 
ail  répugné  à  ses  idées  ou  à  ses  convenance* 


597 


GEN 


D^ANTttROPOLOGIE. 


GEN 


993 


d*8<liDeUre  la  généraiiim   $pantanée^  je  le 
crois  ;  mais  le  fait  est  qu*il  doutait. 

«  On  a  combattu  avec  raison  les  idées  an- 
cieones  sur  la  génération  primitive  des  êtres 
dont  la  transmission  par  la  génération 
s«iuelle  est  de  toute  éTidence  ;  et  Redi  rec- 
tifia avec  succès  les  erreurs  de  son  temps, 
liais  il  faut  remonter  plus  haut,  et  Yoir 
l'humanité  à  son  enfance  créant  des  théories 
pour  eipUquer  les  faits  qu*elle  ne  pouvait 
comprendre.  L'opinion  répandue  cnez  les 
philosophes  anciens  est  que ,  dans  les  pre- 
miers jonrsdu  monde,  la  terre,  encore  vierge, 
mais  regorgeant  de  germes ,  enfantait  sans 
ordre  et  sans  loi  une  foule  d'êtres  mons- 
trueui,  présentant  Tassemblage  des  formes 
les  plus  étranges,  et  ce  ne  fut  que  quaifd 
elle  eut  perdu  de  cette  exubérance  de  vie 
que  des  êtres  ré^liers  dans  leurs,  formes  se 
produisirent.  Avouons  toutefois  que  ces 
nommes  à  imagination  puissante  devançaient 
les  découvertes  à  venir,  et  ne  péchaient  que 
par  une  formule  trop  générale.  Démocrite 
dit  que  l'homme  n'était  d'abord  qu'un  petit 
▼er,  qui,  par  un  développement  lent  et  pres- 
que insensible,  prenait  la  forme  humaine. 
Trois  raille  ans  plus  tard,  E.'F.  Geoffroy 
formulait  le  même  principe  dans  une  thèse 
inaugurale,  qui  eut  un  immense  succès. 
11  proposa  cette  question  :  An  a  vermibusho- 
wtinum  ortui ,  interitus.  Puis,  environ  un 
siècle  après,  l'école  philosophique  française, 
dont  Geoffroy-Saint-Hilaire  est  le  chef,  et 
qui  s*est  en  même  temps  développée  paral- 
lèlement en  Allemagne,  en  faisait ,  sous  une 
forme  mieux  définie,  un  des  grands  princi- 
pes du  développement  des  êtres. 

«  liais  à  ces  idées  générales,  réelles  au 
fond,  se  mêlèrent  des  idées  erronées,  dont 
le  temps  et  l'observation  ont  fait  justice  : 
ainsi,  noua  ne  croyons  plus  avec  Aristote, 
Elîen,  etc.,  que  les  choux  produisent  des 
chenilles  ;  que  les  anguilles  naissent  de  la 
^àse  putréfiée,  non  plus  que  les  abeilles 
sont  le  produit  de  la  putréfaction  de  la  chair 
du  taureau  et  du  lion;  que  les  scarabées 
naissent  d'un  âne  mort,  les  guêpes  de  la 
chair  de  crocodile  ;  puis  avec  Sachis  que  les 
scorpions  viennent  de  la  décomposition  de 
Ja  lan^iuste,  opinion  qui  s'est  perpétnéee 
îusqu  au  commencement  du  xviu'  siècle  ;  avec 
le  P.  Kirker,  que  la  chair  de  serpent  pulvé- 
risée et  semée  en  terre  produit  des  serpents, 
et  qu'on  se  procure  des  vers  à  soie  en  tuant 
un  taureau  nourri  pendant  vingt  jours  avec 
des  feuilles  de  mûner;  que  la  macreuse  naît 
du  bois  pourri  ;  et  avec  Buffon,  que  les  lom- 
brics croissent  spontanément.  Ces  idées,  en 
core  assez  répandues  au  temps  où  Buffon 
écrivait, pour  qu'on  insérât  dans  \es  Bulletins 
de  r Académie  une  réfutation  de  Lister  sur  la 
non-réalité  de  la  conversion  des  crins  de 
cheval  en  vers,  étaient  le  résultat  de  préju- 
gés antérieurs,  et  découlaient  de  l'absence 
'  d'observations. 

«  Il  s'i^t  de  faire  la  part  du  doute,  et  de 
nj  pas  se  laisser  dominer  par  des  théories 
faites  et  imposées  par  la  force  de  l'habitude. 
Les  générations  pnmitives  sont  un  fait  qui 


n*étonne  nullement  l'esprit  pour  qui  croit  à 
la  puissance  plastique  de  la  terre ,  à  la  force 
d'évolution  qui  a,  suivant  les  temps  et  les 
circonstances,  présidé  à  la  genesis  des  formes 
organiques  de  tous  les  degrés,  et  qui,  en 
dehors  de  toute  hypothèse  géologique,  admet 
que,  brûlante  et  en  fusion,  comme  le  veu- 
lent les  théories  géologiques  actuelles,  et 
dont  une  charmante  fi^re  se  trouve  dans 
le  vieux  Suédois  Hickesius,  ou  bien  en  état 
de  liquéfaction  aqueuse,  comme  le  soute- 
naient les  neptunistes  du  siècle  dernier,' qui 
ont  eu  raison  à  leur  époque,  elle  a  d'abord 
été  dénuée  d'êtres  organisés,  qui  ont  jailli 
à  sa  surface  dans  un  ordre  conforme  à  sa 
force  plastique,  sans  qu'il  y  ait  eu,  comme 
le  prétendent  les  adversaires  de  cette  idée, 
génération  fortuite ^  c'est-à-dire  chaos,  as- 
semblage d'éléments  organiques  réunis  au 
hasard,  s'agrézeant  de  même,  et  formant  les 
combinaisons  les  plus  variées  par  l'effet  de 
leur,  simple  rencontre.  Chaque  organisme  a 
sa  loi,  et  ses  variations  graritent  entre  cer- 
taines limites,  sans  qu'il  v  ait  pour  cela  fixité 
étemelle  ;  bien  loin  de  la,  certaines  formes 
ne  se  produisent  au'après  que  d'autres  ont 
disparu,  et  tout  cela  s'effectue  par  le  fait  de 
la  loi  d'évolution,  inexplicable  en  principe, 
mais  démontrée  par  les  faits.  On  devrait  éli- 
miner de  la  question  de  génération  celle  dite 
spontanée,  qui  n'est  pas  une  génération, 
mais  une  genesis^  puisque  nous  voyons  des 
animaux,  dont  l'ori^ne  est  due  au  mode  de 
développement  primitif,  être  fissipares,  gem- 
mipares,  oripares,  ovovipares,  et  vivipares. 

«  La  génération  primitive  forme  donc  une 
question  essentiellement  distincte  ;  c'est  le 
procédé  organisateur  qui  donne  naissance 
aux  êtres  les  plus  simples,  sans  pourtant 
limiter  leur  mode  de  reproduction. 

«  Il'faut  reconnaître  que  les  lois  qui  pré- 
sident à  la  rie  des  êtres  primordiaux,  ou 
dus  à  la  génération  primitive,  ne  sont  pas 
absolument  les  mêmes  que  chez  ceux  d  un 
ordre  plus  élevé,  et  qui  ont  besoin  pour  le 
soutien  de  leur  existence  d'une  élaboration 
particulière,  au  moyen  d'appareils  compli- 
qués, des  éléments  de  nutnbon,  qu^ils  doi- 
vent animaûser  avant  leur  assimilation.  Les 
mousses,  les  jongermannes,  parmi  les  végé- 
taux; parmi  les  animaux,  les  rotifères  et  les 
tardigrades,  peuvent  subir  un  état  complet 
et  souvent  tres-i[>rolengé  de  dessication,  et 
revenir  à  la  vie  par  la  plus  simple  humecta- 
tion.  J'ai  fait  cette  expérience  plus  d'une 
fois  chea  les  rotifères  vulgaires.  Quand  Spal- 
lanzani  signala  les  propriétés  si  singulières 
de  ces  infusoires,  on  contesta  sa  découverte  ; 
mais  les  observations  de  Schultze,  conûrjnées 
depuis  par  tous  les  micrographes,.ont  démon- 
tre l'exactitude  de  ce  phénomène.  Pourtant , 
si  l'on  observe  attentivement  ces  êtres  doués 
d'une  si  persistante  vitalité ,  on  est  étonné 
de  les  trouver  d'une  organisation  fort  com- 
pliquée ;  et  si  l'on  admet  le  mode  de  généra- 
tion primitive  pour  les  emydium  et  les  macro^ 
biotui^  pourquoi  ne  pas  l'admettre  aussi 
pour  les  acarus  eilespediculus^  qui  présen- 
tent une  structure  peut-être  moi  us  complexe  ? 


5?0 


CES 


niCTIONNAinE 


6EN 


630 


Il  en  est  de  même  des  cryptogames  :  j*ai  tout 
r  'cemment  rendu  à  son  état  de  fraîcheur 
primitive  une  jongermanne  conserrée  dans 
un  herbier  depuis  plus  d*une  année,  et  dont 
je  pus  étudier  la  âoraison.  Des  miscrosco- 
piques  ensevelis  depuis  des  millier&d*années 
dans  les  profondeurs  du  sol,  et  ramenés  tout 
à  coup  à  la  lumière,  y  reprennent  vie, 
comme  s'ils  ne  fussent  engourdis  que  de  la 
veille. 

u  Rudolphi  rappela  à  la  vie,  par  immersion 
dans  Tean  tiède,  des  ascarides  trouvés  par 
lui  dans  le  canal  digestif  de  cormorans 
ciu'il  conservait  depuis  plusieurs  jours  dans 
)  eau-  de- vie.  Les  rhabaitis  renaissent  après 
avoir  été  soumis  à  une  dessiccation  proton* 

5ée,  sans  qu'ils  aient  éprouvé  la  moindre 
iminution  dans  leur.intensité  vitale;  ils  se 
développent  et  se  reproduisent  comme  avant, 
et  leur  vitalité  est  telle  qu'ils  continuent  de 
vivre  après  avoir  été  avalés  par  d'autres 
animaux,  du  corps  desquels  ils  peuvent 
passer  dans  celui  des  êtres  auxquels  les  pre- 
miers servent  de  proie.  Les  rhabdiliê  iritici 
sont  susceptibles  ae  rester  sans  mourir  pen- 
dant un  temps  très-long  jusqu'à  ce  que  l'hu- 
midité vienne  les  rendre  à  la  vie,  et  passer 
ainsi  par  des  alternatives  prolongées  de  lé- 
thargie et  d'activité.  La  vitalité  ae  ces  ani- 
maux est  assez  grande  pour  que  M.  Dujardin 
ait  pu  conserver  vivants  dans  l'eau,  pendant 
plusieurs  jours,  certains  ascarides;  je  n'ai 
jamais  pu  garder  dans  cet  état  Vascarii  lum- 
hricoïdesj  et  je  l'ai  toujours  vu  mourir  aussi- 
tôt après  sa  sortie  de  1  intestin. 

«  M.  Dujardin  {Hist.  nat.  des  helminthes^ 
p.  341)  dit  en  parlant  du  rhabditis  aceti  : 
*  Ainsi  une  espèce  habitant  exclusivement 
«  le  vinaigre  de  vin,  n'existait  préalablement 
«  ni  dans  le  vin,  ni  dans  le  raisin,  et  ne  se 
«  trouve  nulle  part  ailleurs  :  on  ne  peut  donc 
«  s'expliquer  comment,  à  la  suite  ae  l'acidi- 
«  iication  du  vin,  il  serait  arrivé  dans  ce 
<i  liquide  deux  œufs  devant  donner  naissance 
M  à  un  mâle  et  à  une  femelle,  destinés  à  pro- 
«  duire  une  nouvelle  génération.  »» 

«  Or,  quels  sont  parmi  les  grands  inverté- 
brés et  les  vertébrés  à  appareils  complexes 
ceux  qui  'pourraient  subir  une  dessiccation 
complète  de  leurs  fluides  ?  Certes,  il  n'en  est 
aucun.  La  vie  est  donc  un  phénomèfie  muU 
tiple,  et  c'est  une  faute  que  de  vouloir  pren- 
dre Thomme  pour  point  de  départ  de  toutes 
ces  comparaisons.  Les  tissus  élémentaires 
sont  tous  identiques,  il  est  vrai;  et  M.  Pel- 
tier  a  trouvé  la  cellule  primitive  dans  des 
infùsoires  qu'il  a  fait  périr  d'inanition;  il 
n'y  a  sans  doute  même  aucune  différence 
sous  ce  rapport  entre  les  animaux  et  les  vé- 

Sétaux  ;  mais  on  doit  distinguer  des  modes 
'existences  particuliers  cho2  les  êtres  de 
divers  degrés  de  la  série,  suivant  que  la  nu* 
trition  s'opère  chez  eux  d'une  manière  plus 
ou  moins  compliquée,  et  c'est  à  cette  même 
cellule  primitive  qu'il  fiiut  rapporter  tous 
les  phénomènes  vitaux.  M.  Dumas  partage 
cette  opinion.  Il  a  remarqué  qu'en  mettant 
un  morreau  r!e  chair  musculaire  dans  de 
l'eau,  il  s'en  sépare  des  globules  doués  d'un 


mouvement  spontané,  et  dont  le  volame  est 
égal  à  celui  aes  globules  oui  constituent  la 
fibre  musculaire  ;  au  bout  ae  quelque  temps 
ils  s'accolent  par  doux,  et  s'accroissent  ainsi 
dans  une  proportion  arithmétique  jusquî 
former  un  animal  doué  de  mouvements  com- 
plexes. 

«  A  côté  de  cette  théorie,  qui  est  partagée 
par  tous  les  naturalistes  philosophes,  il  n*j 
en  a  qu'une  qui  lui  soit  contraire,  celle  des 
naturalistes  qui  croient  à  la  diffusion  uni- 
verselle des  germes  ;  car  je  ne  pense  pas 
qu'on  pnisse  mettre  au  nombre  des  adTe^ 
saires  sérieux  les  hommes  qui,  pour  tout 
concilier  sans  se  compromettre,  n'ont  pas 
avoué  l'omniprésence  des  spores  et  des  ovu- 
les, mais  l'existence  d'un  radical  de  Uin 
vivificateur  par  excellence,  qui  vient  animer 
à  l'occasion  la  matière  inerte.  C'est  à  IodIo- 
logie  qu'appartient  cette  dernière  opinioia, 
et  les  naturalistes  n'ont  rien  de  commun 
avec  les  philosophes  de  l'école  qui  vivent 
dans  les  espaces  imaginaires»  et  ont  pour  les 
faits  un  dédain  superbe. 

«  Je  ne  pense  pas  pourtant  qu'il  soit  pos- 
sible d'admettre  ta  théorie  pauspermiqnc  de 
Bonnet,  qui  veut  que  l'univers  soit  rempli 
de  germes  près  d'éclore,  et  que  toute  ma- 
tière vivante  en  soit  saturée  ;  que  les  germes 
préexistent  dans  les  matières  de  l'infusion, 
et  que,  malgré  leur  exposition  à  une  tempé- 
rature élevée,  ils  résistent  à  l'action  désor- 
ganisatrice  de  l'ébullition.  Celte  théorie  est 
d'autant  plus  inexacte  que  Dugès  a  annihilé 
sans  retour  les  germes  du  rliooditis  glutinU 
par  une  chaleur  de  -f  60  à  80*  ;  et  M.  lïorren  ; 
oui  admet,  comme  Bonnet,  qae  les  germes 
ctieminent  par  l'air,  déclare  d'une  manière 
positive  qu'une  température  de-f  45*  les  lue; 
pourtant  ce  naturaliste  est  l'antagoniste  des 
générations  spontanées;  mais  tandis  qu'oa 
ne  trouve  chez  les  partisans  de  la  génération 
spontanée  que  deux  nuancea  dc^pinions: 
l"*  celle  qui  admet  l'existence  de  moIé(ni'.e$ 
organiques  revêtant  des  formes  diverses,  sui- 
vant les  lois  auxquelles  elles  sont  soumises; 
2*  et  celle  des  naturalistes  qui  trouvent  daos 
les  éléments  primordiaux  la  cause  de  tous 
les  organismes,  sous  l'influence  des  a^ots 
impondérables,  les  partisans  de  l'opiaion 
opposée  sont  en  discussion  incessante,  et 
admettent  des  théories  oui  se  contredisent 
réciproquement  :  ainsi,  Morren  veut  que  (a 
chaleur  tue  les  germes,  et  il  en  admet  la 
translation  ;  Spalîanzani,  qui  est  l'auta^ 
niste  de  cette  opinion,  prétend  qu'ils  r^sl^ 
tent  à  l'ébullition,  et  il  n'admet  pas  les  péré- 
grinations aériennes. 

«  C*est  dans  le  domaine  des  faits  qu'il  (aul 
aller  chercher  les  preuves  directes  de  la 
génération  primitive,  et  j'examinerai  cette 

auestion  dans  les  trois  classes  d'êtres  qui  u 
émontrent  de  la  manière  la  plus  péretQ|)- 
toire,  non-seulement  par  des  preuves  posi- 
tives, mais  par  la  négative  qui  frappe  ^ 
théorie  contraire.  Je  commencerai  par  te 
cryptogames,  et  j'examinerai  ensuite  le  d^- 
veloppement  primifif  des  infùsoires  et  des 
cntozoaircs. 


(01 


GEN 


n*ANTHROPOLOGIG. 


CEN 


602 


1 0  se  présente  au  début  une  question 
l'une  gravité  trop  peu  appréciée  dans  la  so- 
iu;ion  da  problème  :  c  est  l'état  d'indiffé- 
nnce  (kns  lequel  se  trouve  la  matière  orga- 
nique è  son  point  de  départ  :  indifférence 
qui  ne  semble  pas  seulement  être ,  mais  est 
réellement  en  fluctuation  entre  le  végétal  et 
J  aaima).  En  effet,  comment  concilier  dans 
.<•>'  ordres  inférieurs  des  deux  règles,  ani- 
m\\\  et  végétaux,  cette  hésitation,  qui  fait 
qi)'aujoord*Dui  même  encore  les  botanistes 
ri'clâfQeDt  certains  groupes  qu'ils  reeardent 
mtofflo  A^  végétaux,  et  que  les  zoologistes 
<>n(  placés  dans  la  série  animale  ?  Le  beau 
travail  (Je  M.  Unghersup  l'instant  de  Tani- 
iDalisalion  des  zj^<;nei?ia  estune  preuve  de 
lithscurité  qui  règne  dans  cette  question,  et 
f Hp  prouve  combien  est  faible  la  théorie  des 
mmtcs  :  car  la  matière  organisée,  si  elle 
l'roTJent  d'un  ovule,  ne  peut  être  indiffé- 
pnie;  elle  doit  être  ou  un  animal  ou  un  vé- 
rfial,  et  c'est  avec  plaisir  que  j'ai  retrouvé, 
ms  la  plupart  des  auteurs  qui  ont  fait  des 
oiiscrvaiions  microscopiques,  la  confirmation 
«l'une  observation  que  j'ai  faite  il  Y  a  plus 
lie  dix  années  :  c'est  qiie  les  conierves  se 
forment  d'infusoires   libres,  qui  viennent 
s'ajouter  en  chapelet  les  uns  à  la  suite  des 
iiiires,  et  dans  cet  état  forment  une  chaîne 
TPf(6  et  immobile,  dont  les  anneaux  sedésa- 
0;em  reprennent  leur  vie  animale    et 
JfMinianée.  Déjà  Ingenhouss  avait  avancé  ce 
ail,  qui  depuis  a  été  confirmé  par  Trevira- 
Dus,  oirod  de  Chantrans,  Trentepohl,  Bory 
de  Saint-Vincent,  tîaîllon,  Dillwyn,  Edwards, 
Nitzsch,  et  l'on  trouve  dans  certains  genres, 
tel^que  les  bacillaires,  des  êtres  qui  sont 
doués  d'une  spontanéité  qui  leur  fait  pren- 
''re  place  parmi   les  animaux,  tandis  que 
raoïres  ne  peuvent  être  rx)nsidérés    que 
romme  des  végétaux.  Est-il  possible  alors 
ie  concilier  les  idées  de  formes  absolues, 
^nnoales  ou  végétales,  avec  cette  mobilité 
^ans  les  premiers  anneaux  de  la  chaîne  orga- 
ftiîF"^?  11  est  bien  diflicile,  avec  la  meilleure 
î^>lonté,  de  se  soustraire  au  doute,  et  dé  ne 
las  Tojr  au  milieu  du  monde  des  éléments 
Of^aaisables  et  des  agents  organisateurs, 
»;^âp'issant  sur  les  combinaisons  et  les  ren- 
J»«t  corrélatives  aux  conditions  dans  les- 
luelles  se  trouvent  les  substances  transfor- 
ûj^es  en  êtres  nouveaux.  C'est  aux  zoolo- 
P'^^les  que  s'adresse  cette  objection  :  car  les 
oniologistes,  je  ne  puis  trop  le  répéter,  étran- 
gers à  Télude  de  la  nature,  et  retranchés 
"«arrière  des  a  priori  dont  le  germe  est  dans 
^^r  cerveau,  ne  sont  pas  aptes  à  juger  des 
inesiions  qui  appartiennent  à  la  science 
«f^rimentale. 

«  Je  crois  avoir  bien  remarqué  tout  re- 
nomment, en  répétant  des  expériences  mi- 
«TusTopiques  destinées  à  vérifier  quelques 
uit^  relatifs  à  l'or^isation  des  êtres  infé- 
"^js,  que  mes  infusions  sont  remplies 
'nnfusoires  qui  dis|)araissent  dès  que  les 
Jiofif/ia  et  les  botrytis  en  couvrent  la  sur- 
^*e,  et  reparaissent  dès  gue  cette  couche 
^l»»isse  de  matière  végétale  est  enlevée  ;  ce 
1ui  indiquerait  Vantagonisme  des  deux  mo- 


des de  la  matière.  Cetle  observation  demande 
à  être  confirmée  par  des  expériences  nou- 
velles. ^ 

«  Les  conditions  essentielles  pour  la  pro- 
duction d'êtres  organisés  animaux  ou  végé- 
taux sont  la  formation  des  substances  orga- 
niques élémentaires  amorphes  dans  les  flui- 
des ou  dans  les  corps  en  état  de  décomposi- 
tion, et  sous  l'influence  des  agents  organi- 
sateurs. Néanmoins  on  peut  croire  que  si 
certains  organismes  naissent  spontanément 
dans  les  tissus,  ou  par  suite  delà  désagréga- 
tion des  substances  organiques,  leur  conai- 
tion  première  de  développement  est  l'exis- 
tence d'une  combinaison  organique;  mais 
dans  les  organismes  prirailiis  et  élémen- 
taires, tels  que  la  matière  verte,  les  confer- 
ves,  les  bacterium^  les  monades^  etc.,  la  réac- 
tion réciproque  des  éléments  organisâmes 
suffit  pour  en  déterminer  la  formation  avec 
le  seul  concours  des  agents  organisateurs. 

«  Nous  voyons  dans  le  règne  végétai  la 
matière  verte  de  PriesUey  se  développer 
dans  les  liquides  exposés  à  l'influence  lumi- 
neuse, même  en  l'absence  de  l'air;  et  les 
conferves,  êtres  ambigus  composés  de  cellu- 
les primordiales,  mais  avec  des  formes  mieux 
définies,  se  développent  dans  toutes  les  cir- 
constances où  des  liquides  en  masse  sont 
soumis  à  nnfluence  des  impondérables,  et 
elles  naissent  même  dans  des  solutions  alca- 
lines. Retzius  (Froriep's  Notixenj  tom.  V, 
pag.  56)  vit  s'en  développer  dans  une  solu- 
tion de  chlorure  de  barvum  dans  de  l'eau 
distillée,  demeurée  pendant  six  mois  dans 
un  flacon  bouché  à  l'émeri.  Les  filam^îts 
confervoïdes  qui  se  forment  après  un  temps 
très-court  dans  l'eau  de  Sedhtz  artificielle, 
les  matières  organiques  amorphes  appelées 
glairine^  barégine^  etc.,  contenues  dans  les 
eaux  thermales,  et  qui  s'organisent  réguliè- 
rement peu  de  temps  après  le  refroidissement 
des  eaux ,  indiquent  que  là  matière  inerte 
n'attend  pour  revêtir  une  forme  que  des  cir- 
constances favorables. 

«  Le  nostoch,  qui  se  développe  sur  le  sol 
comme  une  gelée  animale,  la  neige  ronge 
ou  protocoecusy  nostochinée  qui  croil  sur  les 
neiges  des  régions  arctiques  et  des  Alpes  les 
plus  hautes,  au  point  où  toute  vie  organique 
a  cessé,  les  conferves  et  les  batracbosper- 
mes,  qui  se  forment  dans  dos  circonstances 
identiquement  les  mêmes  sur  certaines  es]  è- 
ces  de  poissons  ou  de  mollusques  après  leur 
mort,  prouvent  beaucoup  en  faveur  de  cette 
théorie,  qui  s'applique  aux  diatoroacées, 
véritables  animaux-plantes,  aux  nostoohi- 
nées,  aux  confervacées,  aux  characées,  aux 
ulvaoées,  aux  floridées,  aux  fucacées  et  aux 
lichens,  toujours  sans  doute  avec  cette  con- 
dition que  chaque  groupe  présente  des  frr- 
mes  simples  se  composant  de  plus  en  phl^ , 
et  terminant  la  série  par  l'être  le  plus  com- 
plexe. Tels  sont  parmi  les  lichens  :  la  lepra- 
ria^  simple  poussière  pulvérulente;  et  la 
cétraire,  aux  formes  arborescentes,  idée  des 
formes  génésiaques  de  la  matière  sur  laquelle 
je  reviendrai,  comme  se  répétant  de  groupe 
en  groupe,  et  [tassant  toujours  du  simple  au 


i^3 


GCN 


DIGTIONNAIKE 


GEN 


m 


ï, 


complexe,  &  travers  la  double  série  animale 
ou  végétale,  le  dernier  de  ia  série  pouvant 
iouir  de  la  prérogative  de  se  reproduire  par 
le  mode  de  génération  sporulifère  ou  sexuel. 
«  Les  eaux  présentent  donc  d*abord  des 
organisations  primitives  propres  aux  eaux 
douces,  et  plus  rarement  aux  eaux  salées, 
telles  que  les  cbaracées,  les  ulves,  les  batra- 
chospermes,  etc.  :  ce  sont  les  pygmées  de 
Tordre.  Les  eaux  marines  nourrissent  exclu- 
sivement les  iloridées  et  les  fucacées  ;  les 
lichens  des  groupes  primitifs  se  développent 
au  milieu  des  mers  sur  des  rochers  nus,  et 
sur  des  points  où  aucun  être  vivant  n*a  pu 
en  apporter  les  germes,  et  se  succèdent  en- 
suite dans  un  ordre  presque  régulier,  ainsi 
que  cela  se  voit  sur  les  grès  de  Fontaine- 
bleau, où  les  lepraria  sont  associés  aux  im- 
bricaria,  aux  parmelia,  etc.  ;  mais  les  lichens 
sont  les  premiers  destructeurs  des  corps 
inerteSf  bien  que  quelques-uns  se  dévelop- 
pent, sous  les  tropiques,  sur  les  feuilles  des 
'antes  toujours  vertes.  Après  eux  viennent 
es  champignons,  qui  affectionnent  les  corps 
organisés  en  état  de  maladie  ou  de  décom- 
position. Parmi  ces  derniers  on  trouve  une 
variété  de  formes  et  de  stations  accompa- 
gnées de  variations  si  singulière^,  qu  on 
peut  douter  de  leur  production  par  des  ger- 
mes répandus  dans  les  airs  ;  et  Ton  ne  peut 
expliquer  autrement  que  par  une  génération 
spontanée  la  présence  des  mucédinées  qui 
ne  se  développent  que  quand  il  existe  dans 
le  lieu  où  elles  croissent  un  corps  en  décom- 

Fosition.  Dutrochet  (  Mém,  pour  servir  à 
hist.y  etc.,  tom.  Il],  dont  les  belles  expé- 
riences ont  ieté  du  jour  sur  quelques  points 
obscurs  de  la  science,  mais  qui  est  partisan 
de  la  panspermie,  a  fait  développer  des  bo- 
trytis  et  des  monilia  dans  des  dissolutions 
d*albumine,  de  fibrine,  et  dans  de  l'eau  dis- 
tillée de  laitue,  mêlée  à  des  alcalis  et  à  des 
acides  ;  mais  il  obtint  tantôt  des  moisissures 
articulées  avec  les  premières  de  ces  subs- 
tances, tantôt  avec  les  secondes.  La  plupart 
des  substances  animales  ou  végétales  en 
état  de  décomposition  présentent  des  byssa- 
rées,  tels  que  le  pain,  les  fruits,  le  fromaze, 
le  bois,  le  cuir  humide,  etc.  ;  mais  leur  dé- 
veloppement à  l'extérieur  des  corps  n'est 
qu'une  preuve  d'importance  secondaire  : 
pourtant  elles  ne  sont  pas  partout  les  mêmes; 
parmi  les  stations  spéciales,  je  citerai  celle 
du  coremum  ciirinum  {monilia  penicillus 
Pers.),  qui  forme  de  petits  groupes  jaune 
citron  sur  les  crottes  de  souris,  et  de  Visaria 
felina  sur  les  crottes  de  chat;  certaines  es- 
pèces de  sphéries  et  d'isarias  ne  se  dévelop- 
pent que  sur  les  cadavres  d'insectes  :  tels 
sont  les  isaria  sphingum^qm  croissent  sur  les 
ca  lavres  de  pai>illons  de  nuit  ;  /.  aranearunty 
sur  ceux  d  araignées  ;  1'/.  crassa^  sur  les 
chrysalides  ;  YL  eleutheratorunij  sur  les  cada- 
vres de  plusieurs  espèces  de  carabes.  Pour- 
quoi ne  renconlre-t-on  Vonygena  equina  que 
sar  les  sabots  de  cheval  en  putréfaction?  J'ai 
vu  chez  M.  lloulin  une  grosse  fourmi  de 
r Amérique  du  Sud  sur  le  tnorax  de  laquelle 
s'étaient  développés  des  champignons  que  je 


crois  être  des  polypores,  et  c'est  pendaiu  la 
vie  de  l'animal,  mais  sans  doute  dans  un 
état  morbide,  que  se  développe  ce  champj.  (• 
gnon;  la  muscardine  de  la  larve  du  veràf 
soie  est  dans  ce  cas.  Les  conditions  patholo- 

fiques  dans  lesquelles  se  trouvent  certains 
très  donnent  souvent  naissance  à  des  cham- 
pignons microscopiques  qui  naissent  dans 
des  cavités  closes  ;  tels  sont  ceux  troufés 
dans  les  cellules  aériennes  d'une  cigogne 
par  Heusinger,  et  par  Mayer  à  la  surface  da 
poumon  d'un  geai  ;  certaines  plaies  gan^- 
neuses  produisent  souvent  aussi  des  moisis- 
sures. Il  s'en  développe  dans  les  citrons, 
également  au  centre  de  la  masse  caséense 
compacte  de  certains  fromages.  Hartig,  le 
célèbre  forestier,  a  trouvé  de  petits  cbam- 
pignons  dans  les  cavités  du  ligneux  d'arhres 
recouverts  de  nombreuses  couches  annuelles 
saines.  Mœrklin  a  trouvé  le  blanc  d'un  œui 
de  poule  converti  en  sporoirichum.  Puis  on 
peut  ajouter  cette  longue  série  de  champi- 
gnons qui  croissent  sur  des  végétaux  mala- 
des, et  sont  de  genres  différents,  suivant  k 
partie  affectée  et  le  végétal.  Ainsi,  parmi  les 
gymnomycèles,  nous  avons  les  urédinées, 
qui  causent  la  carie  des  grains  et  affectent 
les  violettes  et  les  œillets,  les  groseilles,  etc., 
à  la  surface  inférieure  des  feuilles  desauels 
elles  se  trouvent;  les  œcidium^  qui  se  déve- 
loppent sur  les  feuilles  des  borraginées,  des 
cirsium,  des  épilobes,desrenonculacées,etc.; 
les  puccinies,  sur  les  feuilles  de  certaines 
composées,  de  la  bétoine,  du  pigamon  des 
prés,  etc.  ;  les  fusidium^  sur  les  feuilles  des 
arbres,  les  tubercules  de  pomme  de  terrera 
mollis,  etc.  ;  et  la  spermœdta  de  Pries,  qui 

Saraît  la  cause  de  1  ergot  du  seigle,  et  peut- 
tre  aussi  du  mais.  Aux  hyphomycètes  ap- 
partiennent, outre  les  mucédinées,^  les  Iti/fks 
et  les  lanosa,  qui  se  développent  au  milieu 
des  brouillards  d'automne,  et  dans  les  mines 
où  l'air  est  chargé  d'hydrogène  ;  les  myco- 
dermes,  qui  se  produisent  dans  les  solutions 
chimiques  ;  le  rhacodium^  qui  revêt  les  ton- 
neaux et  les  poutres  de  caves  de  ses  longue* 
ramifications  noires;  le  rhixomorpha,  qui 
obstrue  les  conduits  d'eau,  et  croît  dans  des 
mines  profondes,  dans  des  fissures  du  sol,  et 
entre  aes  couches  de  houille  hermétiques 
closes,  etc.,  etc.  11  faudrait,  pour  être  com- 
plet, énumérer  la  plupart  des  champignons 
aui  ont  chacun  une  situation  spéciale  et 
ont  le  nombre  est  très-considérable.  Certes, 
la  théorie  du  développement  spontané  est 
déjà  applicable  à  cette  localisation  àïm^^ 
«  Une  autre  circonstance  d'un  haut  inlérw 
dans  la  question  qui  m'occupe,  c'est  que  les 
conditions  ambiantes  favorisent  le  dévelop- 
pement de  telle  ou  telle  production  orçani- 
Ïje.  Treviranus  cite,  à  la  Mce  330  de  sa 
iologie,  l'expérience  de  Gleditsch,  quJ» 
ayant  rempli  de  pulpe  de  melon  des  f^ 
bien  nettoyés  et  préalablement  chauffés» 
qu'il  couvrit  ensuite  d'une  mousseline,  ob- 
tint des  byssus  et  des  Iremelles  dans  ceux 
qui  occupaient  un  lieu  sec  et  *'®^*'^\^ 
mucorinées  dans  ceux  qui  avaient  été  pl««^ 
dans  un  endroit  humide.  Le  papier  cxiKve 


005 


GfiN 


B^ANTHROPOLOGIË, 


GEN 


al  humidité  se  couvre  bienlAt  de  plaques 
n)$a,  jaunes,  noires,  qui  sont  autant  aor- 
i:aoisations  diverses;  cette  différence,  qui 
iirétonna  au  premier  abord ,  et  semblerait 
favorable  à  l'opinion  de  l'omnipotence  des 
spores,  ne  vient  que  de  Thétérogénéité  des 
niatières qui  le  composent,  et  en  se désagré- 
mni  se  reorganisent  chacune  à  sa  fagon. 

«  A  ces  exemples  d^à  assez  nombreux 
]tn  pourrais  joindre  beaucoup  d'autres, 
mais  ils  ne  jetteraient  pas  plus  de  jour  sur 
ce  sujet;  on  pourra,  outre  la  théorie  de  la 
ililTasion  des  germes  et  de  leur  transport  par 
Idr,  invoquer  le  mode  de  reproduction  de 
les  mêmes  végétaux  par  la  voie  ordinaire , 
r'e<t-k-dire  par  des  spores.  Je  suis  loin  de 
le  contesler  ;  je  doute  même  de  la  réalité  de 
I  assertion  de  Hartiç,  qui  prétend  que  son 
Bjrtoinycète  ne  produit  pas  de  spores.  Ce 
but  est"  en  contradiction  avec  les  lois  de 
l'organisme,  en  vertu  desquelles  la  généra- 
tion est  le  résultat  de  révolution  de  Tétro 
{ni  a  atteint  toute  sa  croissance,  et  cette  loi 
loit  trouver  moins  d'exceptions  dans  les  clas- 
ie5> primordiales,  où  le  mode  de  reproduc- 
tion n'est  autre  chose  qu*une  sorte  de  gem* 
Bation.  * 

«  On  demandera  peut-être  où  s'arrête  en 
^rvptogamie  la  génération  spontanée?  A 
m  je  répondrai  que  je  crois  que  c'est 
m  hépatiques  ;  mais  je  ne  sais  pas ,  car 
es  phénomènes  naturels  présentent  des 
ftceptions  si  nombreuses  que  le  doute  doit 
«rajours  arrêter  une  assertion  formelle. 
)u  pourrait  regarder  la  plupart  des  hymé- 
nmyeètes  comme  en  dehors  du  mode 
le  génération  spontanée  ;  mais  on  a  des 
exemples  de  productions  d'agarics  dans  des 
talions  toutes  spéciales,  et  leur  mode  d'ap- 
•riiion  ne  peut  s'expliquer  que  par  la 
lénération  spontanée  :  car  les  Chinois  ob- 
lennent  des  champignons  en  enterrant  dans 
me  fosse  du  bois  pourri  qu'ils  arrosent  avec 
Iti salpêtre;  il  croît  sur  le  vieux  marc  de 
>fé  un  champignon  fort  estimé  :  aussi 
incertitude  la  plus  grande  règne-t-elle  sur 
e  sujet. 

*  Après  les  végétaux  cellulaires  auxquels 
^  applicable  la  théorie  de  la  génération 
[hintanéc,  se  présentent  dans  le  règne  ani- 
mal les  infusoires.  Ils  se  produisent  dans  les 
Bfu5ions  de  substances  organiques,  dans 
^liquides  exposés  à  l'air  et  qui  se  pulré- 
^t .  dans  les  fluides  organiques  dans  un 
|ai  morbide,  et  dans  des  fluides  à  l'état  sain. 
<  a  été  fait  à  ce  sujet  des  expériences  sans 
^inhre,  et  toutes  concourent  à  conflrmer  la 
«xtrine  de  la  génération  primitive ,  sans 
^"•(1  pour  la  complication  apparente  des  or- 
Ww.  Bien  que  Enrenber^  ait  doué  ces  ani- 
lïaui  d'appareils  de  nutrition  et  de  géné- 
alïon  delà  perfectionnés,  qu'il  y  ait  vu  des 
:^u»8  et  des  œufe ,  on  ne  peut  en  admettre 
aMmrition  autrement  que  par  le  mode  de 
'^^<*loppement  propre  aux  formes  rudimen- 
•ïf***.  Au  reste,  u  ne  serait  pas  étonnant 
IJïe  f  es  animaux  eussent  un  orifice  'buccal 
*'  «ne  cavité  digestive;  car  c'est  le  mode  de 
ïuirulotf,  au  moyen  d  une  élaboration  par 


un  appareil  ad  hoc  qui  distingue  l'animal  du 
végétal  ;  alors  pourquoi  les  systolides,  pa. 
exemple,  n'en  auraient-ils  pas?  Pourquoi 
ensuite  des  animaux ,  qui  se  nourrissent,  e) 
augmentent  par  le  fait  de  l'évolution  vitalt» 
leur  nlaslicilé,  ne  se  reproduiraient-ils  pas 

{mrdes  œufs?  Nous  ne  connaissons  pas  les 
ois  d'attraction  qui  groupent  entre  elles  let 
premières  cellules  organiques,  et  font  (ju'en 
vertu  de  l'évolution  epigénésiaque  qui  suit 
une  marche  rigoureuse,  dès  que  les  pre- 
mières sont  formées ,  les  autres  viennent  se 
grouper  autour  par  suite  d'une  loi  qui  les 
renferme  dans  des  limites  assez  restreintes, 
et  il  naît  alors  des  êtres  qui  ont  telle  ou  telle 
forme,  et  jouissent  d'un  mode  spécial  d'exis- 
tence; ainsi  la  complexité  ne  doit  pas  nous 
étonner.  Ces  lois  une  fois  connues,  la  science 
n'aura  plus  de  mystères;  mais  embarrassés 

Sue  nous  sommes  d'expliquer  même  dans 
es  êtres  que  nous  avons  sous  les  yeux,  dont 
nous  pouvons  suivre  la  vie  et  que  nous  pou- 
vons torturer  au  gré  de  notre  curiosité ,  le 
mouvement  de  composition  et  de  décompo- 
sition, nous  ne  pouvons  que  chercher  à  nous 
élever  par  une  étude  sérieuse  des  faits  à  la 
connaissance  des  phénomènes  perceptibles  à 
notre  intelligence. 

«  Il  en  est  des  infusoires  comme  des  cryp- 
togames; la  théorie  panspermique  leur  a  été 
appliquée.  Spallanzani,  Bonnet,  Cuvier,  etc., 
ont  conclu  d'expériences  dans  lesquelles  ils 
s'opposaient  au  libre  accès  des  agents  orga- 
nisateurs que  l'air  contient,  les  ovules  des- 
tinés h  engendrer  les  animaux  oui  se  déve- 
loppent dans  les  infusions,  les  liquides  sta- 
gnants ou  putrescents,  ainsi  que  sur  les 
corps  en  état  de  désagrégation.  Une  des 

Sremières  objections  à  faire  aux  défenseurs 
es  germes  préexistants,  est  non-seulement 
l'état  de  saturation  organique  dans  lequel  se 
tiouverait  l'air  atmospnérique ,  niais  encore 
la  difficulté  d'expliquer  comment  et  pour- 
quoi ces  ovules,  flottant  pêle-mêle  dans  l'air, 
revêtiraient  une  forme  particulière ,  suivant 
la  nature  et  l'Age  de  linfusion;  et  l'on  ne 
peut  admettre,  avec  Ehrenberg,  que  les  ger- 
mes des  infusoires  préexistent  déjà  dans 
l'eau  et  dans  la  matière  de  l'infusion,  et  ne 
se  manifestent  que  parce  qu'ils  y  trouvent 
une  nourriture  plus  abondante  ;  que,  jusque 
là,  ils  sont  invisibles  aux  plus  puissants 
moyens  d'investigation;  c'est  substituer  une 
hypothèse  à  une  autre  hvpothèse  :  et  com- 
ment pouvoir  admettre,  diaprés  l'expérience 
de  Fray,  la  production  d'infusoires  au  sein 
de  l'infusion  des  parties  du  corps  d'une  mo- 
mie, dans  de  l'eau,  dont  tous  les  germes  au- 
raient dû  être  tués  par  l'ébuUition  ?  Mais  la 
réponse  sans  réplique,  c'est  que  les  infusions 
se  sont  organisées  sans  le  secours  de  l'air  at- 
mosphérique, et  par  leur  simple  mise  en 
contact  avec  de  l'air  préparé  arliûciellement, 
de  loxygène  ou  de  I  azote. 

«  Quant  à  la  question  de  présence  de  ger- 
mes, animaux  ou  végétaux,  dans  les  liqui- 
des soumis  à  l'expérience,  elle  est  résolue 
par  l'ébuUition  prolonKée  des  infusions,  afin 
de  détruire  la  vitalité  des  germes;  et  je  cite- 


J 


an 


CES 


DICTfONNAIRE 


GfiN 


nû  îèlVeipérîoncefûilo  par  BOrJach  avec 
ïïensche  et  Baër;  ils  enrfermèrent  dans  des 

•  flacons  bouchés  à  rémeri,  coiffés  d'une  ves- 
sie el  contenant  de  l'oxygène  et  de  Thydro- 
Çèno,  de  Targile  longtemps  bouillie  avec  de 
1  eau,  évaporée,  puis  délavée  dans  de  l'eau  dis- 
tillée,  et  obtinrent,  sous  rinfluence  de  la  lu- 
mière, dé  la  matière  Verte  de  Prîestley  ;  il  s'j 
âévèteppa  de  nombreux  infusoires,  en  trai- 
tant lé.  même  résidu  avec  de  l'eau  commune 
et  de  Tair  atmosphérique. 

«  Allen  Thomson  révoque  en  doute  les  ex- 
périenees  toutes  récentes  de  M.  Crosse,  Qui 
prétendit  avoir  obtenu  des  infusoires  dans 
des  solutions  de  granit,  de  silex,  etc.  Bur- 
dach  dit  que,  dans  des  circonstances  sem- 
blables, il  obtint,  sous  l'influence  de  ta  lu- 
mière^des  filaments  confervoïdes,de  la  matière 
verte,  e(,  au  bain-marie,des  filaments  blancs, 
mêlés  d'une  substance  rouctJagincuse.  Je 
doute  de  l'exactitude  de  cette  expériience,  à 
cause  de  Tinsolubilité  des  corps  mêlés  à 
l'eau  :  pour  que  l'action  de  ces  roches  fût 
bien  réelle,  il  faudrait  avoir  vu  se  dévelop- 
per sous  leur  influence  des  organismes  par- 
riculiers. 

«  Il  est  un  fait  constaté  par  les  expériences 
les  plus  exactes,  c'est  que  l'on  favorise  la 
production  des  inAlsoires  en  mêlant  h  l'in- 
fusion certains  réactifs  particuliers,  tels  que 
du  phosphate  ou  de  Toxalate  d'ammoniaque, 
du  corbonate  de  soude,  etc.  Quelques-unes 
sont  inertes  et  paraissent  impropres  à  favo- 
riser leur  production;  mais  ce  qui  indique 
ilabns  les  degrés  primitifs  de  Téchelle  orga- 
nique un  mode  tout  particulier  de  vitalité, 
c'est  que  les  poissons  végétaux  les  plus  actifs 
n'en  empêchent  pas  le  développement,  et 
que  IMode  même,  dont  l'action  irritante  sur 
les*  tissus  est  bien  connue,  ne  s'oppose  pas 
h  leur  évolution.  J'ai  pourtant  tué  des  bacte- 
rium  au  moyen  d'éther  et  d'alôooL 

«  Gomment  pouvoir  expliquer  autrement 
que  par  l'organisation  successive  avec  évo- 
lution ascendante  la.  présence  des  infusoires 
dans  des  liquides  divers,  en  croissant,  non 
pas  seulement  en  nombre,  mais  en  com- 
plexité? L'infusion  la  plus  commune,  celle 
de  foin,  que  j'ai  observée  cent  fois,  est  celle 
qui  s'organise  le  plus  promptement.  Ainsi, 
au  bout  de  la  seconde  journée,  on  voyait 
distinctement  des  bàciertum  termo  simples, 
qui  eux-mêmes  augmentaient  dans  le  nom- 
bro  de  leurs  articles.  Les  monades,  venues 
a  >rès,  ont  suivi  un  mode  semblable  d'évolu- 
tion, et,  au  bout  de  quinze  jours,  on  y  voyait 
des  trichodes,  des  colpodes  et  des  protées 
différents;  ces  animaux  ont  été  les  derniers. 
Celle  de  poivre  présenta  une  même  loi  évo- 
lutive. L  eau  de  pluie  simple  qui  a  séjourné 
pendant  Quelque  tempes  au  soleil,  dans  des 
vases  de  nois,  s'organise  au  bout  de  peu  de 

'  jours,  et  les  produits  sont,  outre  les  animaux 
que  j'ai  cites  plus  haut,  des  vibrions,  des 
p!a)^(^nies,  des  glaucomes,  etc.  Mais  en  re- 
cueillant soigneusement  l'eau  des  marais, 
des  mares,  des  ornières,  des  ruisseaux,  sur 
les  points  où  le  liquide,  en  contact  avec  des 
débris  organiques,  a  pu  lui-même  s'organi- 


ser, on  voit  les  formes  varier  presane  aitaDt 
que  les  formes  inférieures  <}esvégétattx;.te(s 
sont,  entre  autres,  les  eaux  saturées,  etc., 
qui,  dans  le  groupe-  des  rhizopodes,  en- 
gendrent d'abord  aes  amibes,  puis  des  dif- 
flupiies,  des  areelles,  des  groanes,  des  nû- 
liofes  et  des  cristeliaires,  et  ces  animaui 
prennent  de  l'accroissement  par  l'effet  de  la 
nutrition  ;  il  semblerait  alors  que  l'organi- 
sation du  liquide  a  atteint  son  sommum 
d'intensité.  Passé  cette  époque,  les  organis- 
mes redescendent,  ce  qui  me  parait  dû  à  Té- 
puisement  du  licfuide»  qui  a  perdu  une  par- 
tie de  sa  plasticité;  maia  alors  le  règne  Yé- 
ffétal  reprend  le  dessus  ej  envahit  tout. 
Quand  une  fois  le  liquide  a  passé  par  toutes 
les  phases  d'organisation  primordiale,  il  s'y 
dépose  des  êtres  produits  par  la  génération 
sexuelle;  telles  sont  les  larves  de  diptères, 
do  même  que,  dans  le  règne  végétal,  aux 
cryptogames  nés  spontanément  succèdent 
des  mousses  et  d'autres  végétaux  d'un  ordie 
supérieur.  Si  les  ovules  sont  répandus  dans 
l'atmosphère,  comment  expliquer  cette  or^ 
nisation  ascendante  et  descendante?  et  quand, 
avec  le  secours  de  nos  microscopes  les  plus 

f)uissants,  nous  arrivons  à  distinguer,  dans 
a  dilHuence  de  ces  êtres  ambiffus,  les  glo- 
bules primordiaux  qui  entrent  aans  la  com- 
position de  leurs  •  tissus  élémentaires,  corn- 
ment  les  ovules  apportés  par  myriades  dans 
les  eaux  courantes  ou  stagnantes  et  dans  les 
infusions  ne  seraientrils  pas  perceptibles,  el 
pourquoi  ne  les  verrait-on  pas  écloredan^ 
l'infusion ,  véritable  foyer  d'incubation , 
comme  nous  voyons  s*y  aévelop{)er  les  œufa 
qui  {N^oduisent  les  larves  d'articulés?  On 
peut  demander  encore  pourquoi,  deux  infu- 
sions étant  données,  faites  arec  des  substan- 
ces différentes  et  contenant  des  animaui 
dissemblables,  obtient -on  des  êtres  aau- 
veaux  en  mêlant  ensemble  les  deux  infu- 
sions» et  pourquoi  les  êtres  qu'ils  contenaient 
se  dissolvent-ijs? 

«  J'ai  bien  des  fois  vu  des  infnsoires  se 
dissoudre  dans  une  ^utte  d'eau,  sous  le 
microscope,  sans  qu'il  soit  possible  dVn 
trouver  de  traces;  et  M.  PeUier,  à  qui  je 
dois  l'obligeante  communication  des  eipé- 
riences  qu  il  a  faites  en  1836,  pour  con&^ 
mer  ses  doutes  sur  les  observations  de 
M.  Ehrenberç,  a  vu  des  vorlicelies  se  dis- 
soudre globuJe  à  globule,  quand  il  les  sou* 
mettait  à  une  inanition  prolongée  qui  les 
réduisait  k  leurs  éléments  primordiaux. 

«  On  sait  que  dans  tes  êtres  appartenant 
à  la  classe  des  infusoires  proprement  (fitSt 
la  reproduction  a  lieu  communément  par 
fissiparité  ;  ils  vont  toujours  se  dédoublant, 
et  forment  ainsi  des  êtres  nouveaux.  Ce 
mode  de  reproduction  est  si  rapide  qu'une 
seule  paramécie,  observée  pendant  plusieurs 
jours,  se  divisait  quatre  fois  en  vingt-quatre 
ou  trente  heures,  ce  qui  produisait  des  mit- 
lions  d'êtres  nouveaux  au  bout  de  quelques 
jours.  Quant  aux  systolides  qui  se  reprodui- 
sent par  des  œufs  et  sont  d'une  supériorité 
incontestable  d*organisation,  malgré  cette 
prérogative,  et  bien  qu'on  les  ait  dotés  d'un 


GEN 


DANTItflOPOLOGII^. 


GEN 


CIO 


système nerfeoi qui  me  semble  encore  dou- 
lêox,  il  est  (Kfliûtle  de  ne  pas  les  dMDprendre 
Vans  ia  eatégorie  des  êtres  qui  se  ppodui'- 
$en(  |uir  Taction  directe  des  agents  organi- 
MKnirs. 

«  Il  reste  k  traiter  la  question  des  animal* 
fUies  qui  se  déreioppent  dans  les  liquides 
lios  corps  Tirants  ;  et  quoique  le  nombre  on 
soil  très^restreint»  si  Ton  peut  leur  appliquer 
il  loi  générale,  on  n*a  rien  à  contester  dans 
ceqai  précède.  Ainsi  Valbertia  eermictUus^ 
qat  rit  en  parasite  dans  Tintestin  des  lom^ 
bries  et  des  limaces,  est  évidemment  un 
produit  né  par  la  voie  de  génération  primi- 
tive; et  pourtant  il  est  vivipare^  puis<ju'on 
trouve  dans  son  intérieur  des  petits  qui  d(\jà 
sr  agitent.  Les  zoospermcs  ^ont  dans  ce  cas; 
mais  qnel({ues  auteurs  doutent  eticore  quo 
(T soient  des  animaui,  et  je  ne  me  pronon- 
rpriii  pas  sur  ce  point,  les  observations  que 
f«i  faites  sur  ces  produits  ambigus  ne  m'ayant 
jamais  rien  offert  de  concluant.  Mais  que  ce 
Muentounon  des  animauir,  ils  n'infirment 
tas  le  principe  ijue  des  entozoaires  se  déve- 
kippeiit  assez  richement  au  sein  de  l'orna- 
nisnie  vivant  pour  qu^un  de  plus  ou  de 
nioins  ne  nuise  pas  à  cette  théorie. 

"  La  production  d*6tres  doués  de  sponta* 
nélté  comme  le  sont  les  infusoires,  dont  au 
r^sle  l'histoire  est  encore  mal  connue,  ré- 
VK^^  plus  encore  aux  antagonistes  de  la 
ctfnéradYm  primitive  que  celle  des  végétaux, 
or^nismes  passifis  en  apparence.  Pourtant 
les  animaux  oui  suivent  et  ferment  peut- 
Mre  la  série  ues  6tres  jouissant  de  la  pro- 
priété rie  nattre  par  le  concours  unique  de 
forces  organisatrices  et  des  éléments  orga- 
Disables,  sont  d'une  richesse  d'organisation 
^Q|)érieore  à  celle  des  sysfolides,  men  qu'on 
)it  dans  la  méthode  accordé  à  ces  derniers 
^oe  pince  assez  éievéa.  Toutes  ces  questions 
lemaiiuent  à  être  reprises,  et  il  ne  peut  naî- 
fo  des  travaux  des  nouveaux  observateurs, 
^îN  sont  faits  arec  sagacité,  et  sans  réticence 
^î'Mqs  préconçues,  que  d'excellents docu- 
«♦'iiisfiour  servir  h  l'histoire  de  la  généra- 
ion  dont  le  principe  est  la  génération  pri- 
nonljale.  On  a  tort,  en  science,  de  chercher 
«rttMit  des  idées  complexes;  les  phénomè- 
|t^^  naturels,  m  Ame  les  plus  inexplicables, 
Hii  dus  sans  doute  à  quelques  lois  bien 
■inpies,  sur  la  voie  desquelles  nous  serions 
wyi  sans  doute  si  nous  avions  suivi  les  sa- 
fts  leçons  de  Uacon,  qui  propose  au  savant 
je  dépouiller  toutes  les  idéesqu'il  a  acquises 
î^ns  le  milieu  qu^il  habile,  pour  s'absorber 
i>in$  la  contemplation  dos  faits;  mais  le  sa- 
atil  n'est  pas  satisfait  de  n'être  auc  cela  :  il 
ipi^artient  tout  entier  h  la  société  au  milieu 
^f*  laquelle  il  vit;  la  science  en  souffre,  et 
l'ftout  la  phitosophie  naturelle.  Les  A lle- 
li'^nds  seuls  sont  des  penseurs  courageux 
P»e  rien  n'arrête  :  aussi  ce  pays  est-il  la 
'•rre  promise  de  toutes  les  théories  bonnes 
•I  mauvaises.  Chez  nous,  au  contraire,  mille 
"■^jujjés  nous  entravent,  et  notre  positivisme 
**  noie  dans  le  matérialisme  des  inlérôls  de 
«^niié  el  d*oreueiI. 
•  Parmi  les  faits  qui  sont  In  plus  favorables 


à  la  tliéorio  <ie  la  génération  primitive,  î\ 
faut  citer  les  entozoaires,  qui  vivoui  noiH 
seulement  dans  les  profondeurs  des  lissus, 
mais  y  vivent  à  rexcluBion  de  toutauire  mi- 
lieu. On  ne  les  trouve,  à  quelque  exc<\ption 
près,  ni  dans  l'eau,  ni  dans  l'air,  ni  sur  la 
terre,  et  ils  périssent  dès  qu'ils  sont  hors  du 
milieu  dans  lequel  ils  vivaient.  On  ne  neut 
pas  dire  d'une  manière  absolue  que  les  nei- 
minthes  ne  se  trouvent  que  dans  les  tissus 
animaux  :  car  parmi  les  némaloides.  éno- 
pliens,  les  dorylaimes  vivent  dans  l'eau  de 
mer  et  la  vase  dés  étangs  ;  les  énoplus  dans 
l'eau  salée  et  l'eau  douce  ;  les  onchokimes, 
dans  l'eau  de  mer  ;   les  mousses,  dans  les 
eaux  pluviales;  les  rhabditis  et  les  an^iuii- 
luies,  dans  les  mousses  des  murs,  le  ..vin^ii-: 
gre,  la  colle  aigrie,  le  blé  vieilli*  lis  se  trou- 
vent à  l'état  libre  ou  enkystés,  el  dans  (tus 
points  de  l'organisme  où  les  procédés  vitiuix 
ne  peuvent  avoir  conduit  u<'s  germes,  ie\s'. 
que  les  chambres  de  l'œil,  ie  Lissu  parencbj'- 
mateux ,  les  vaisseaux  sanguins ,  etc.   Le 
strongylus  gigas  se  trouve  dans  les  reins  de  ' 
l'homme  et  des  mammifères  ;  Voxyurus  pa> 
tniew/arjf  ne  se  développe  dans  l«s\  tissus 
que  quand  les  individus  sonl.  soumis  à  un  ' 
régime  débilitant,  et  disparaissent  lorsque 
le  régime  est  modifié  ;  on   trouve.  Vustaris,: 
^capsuluria  dans  la  vésieule  biliaire  ûuëqutk^- 
Itês  acanihioê;  des  sclérostomes^dans  rarlèro 
mésentérique  ;  des  pentastomes,  dans  les  si- 
nus frontaux,  sur  le  fuie,  sur  le  iioumon,  à  . 
la  face  externe  de  l'estomac.  Lepolgstcma- 
inte^errimum  existe  dans  la  vessie  dos  gre^» 
nouilles  rousses  et  vertes^  et  d'autres  espè- 
ces de  ce  genre  se  trouvent  dans  le  sang 
des  hommes  en  état  de  maladie  ;  |ilusicurs 
monostomes  se  rencontrent  dans  les  iollicu- 
les  destinés  à  la  production  des  plumes  dos 
oiseaux.  Les  holostomes  se  rencontrent  lians 
le  corps  vitré  de  ia  perche  et  do  plusieurs 
espèces  de  cyprins.  Le  dislome  hépatique  et 
le  distome  du  fiel  se  trouvent  dans  le  foie, 
dans  les  canaux  biliaires,  la  vésicule  du  liel 
et  la  veine  porte;  le  distome  lacinié  a  son 
siège  dans  le  pancréas  ;  etc. 

«  Les  entozoaires  |iaraissont  pourtant  ap« 
partenir,  dans  l'organisme,  i^  un  ordre  assez 
élev^  ;  car  ils  se  reproduisent  {u^r  accouple- 
ment et  sont  doués  de  sexualité.  Or,  la  selufr* 
lité  est  regardée  comme  un  des  attributs  left 
plus  étevés  de  l'Organisme;  mais  quel  4Ggré 
de  certitude  peut-on  attril>uer  au  mode  dé 

(propagation  des  êtres  quand  on  voit  rettô 
onction  si  mobile  dans  ,ses  manifestations  ? 
Nous  avons  dans  les  vertébrés  des  exemples 
frappants  de  cette  bizarrerie.  Ainsi,  lan<lis 
que  presnuo  tous  les  poissons  fécondent 
leurs  œuis  sans  accouplement  et  par  une 
simple  aspersion,  nous  voyons  dans  un  seul 
et  même  ordre  des  vivipares,  des  ovovivi- 
pares et  des  accouplements  ;  pourtant  Cuvier, 
dans  son  svstème,  rejette  à  la  fin  de  'sa 
méthode  icnthyologique  les  êtres  les  plus 
élevés  de  la  série  sous  le  rapport  du  mo<ie 
de  reproduction.  Parmi  les  ophidiens,  les 
vipères  sont  vivipares,  ot  l*oiscau,  malgré  sa 
supériorité  organique,  est  simplement  ovi- 


tîlt 


GEN 


mCTlONNAIRB 


GEN 


M 


pare.  On  ne  peat  donc  pas  regarder  cette 
ibnction  comme  un  sisne  de  supériorité  ab- 
solue. Ou  ne  trouve  chez  aucun  entozoaire 
Thermaphrodisme  ni  la  gemmiparité,  mais 
la  fissiparité  transversale»  ainsi  que  cela  a  lieu 
dans  Jes  tœnias,  et  l'androgynie  ou  Taccolle- 
ment  de  deux  êtres  de  sexe  différent  ;  ce  qui 
n'est  pas  de  l'hermaphrodisme»  mais  un  pas 
vers  fa  bisexualité. 

K  II  faut  donc  nécessairement  admettre, 
faute  de  démonstrations  plus  concluantes, 
que  les  entozoaires  naissent  spontanément 
dans  les  tissus,  par  suite  de  leur  état  mor- 
bide et  de  la  plasticité  organique  des  liqui- 
des sécrétés  ou  élaborés.  Tréviranus  dit , 
dans  sa  Biologie^  que  Leuwenhoek,  *  le  père 
de  la  micrographie,  n'avait  trouvé  d'ento- 
zoaires  dans  le  mucus  intestinal  que  quand  il 
y  avait  une  phlegmasie  du  tube  digestif,  et 
Brera  dit  que  les  impressions  morales  vio- 
lentes ,  telles  sont  celles  gui  résultent  de 
Tappréhension  d'une  opération  chirurgicale, 

Î)euvent  leur  donner  naissance  en  changeant 
a  nature  chimique  des  composés  organi- 
ques. 

<  Si  l'on  voulait  persister  à  regarder  les 
entozoaires  comme  produits  par  une  autre 
voie,  il  faudrait  admettre  qu'ils  se  sont  in- 
troduits directement  avec  leurs  œufs  dans 
l'organisme,  et  dans  ce  cas  il  résulterait  une 
singulière  conflagration  entre  ces  organis* 
mes  parasites  ;  car  les  animaux  qui  vivent 
les  uns  des  autres  s'inoculeraient  des  ento- 
zoaires, et  il  en  résulterait  un  mélange  d'en- 
tozoaires  passant  du  corps  d'un  animal  dans 
celui  d'un  autre.  Pour  citer  un  exemple,  les 
huttres  que  nous  mangeons  à  l'état  vivant, 
et  qui  sont  si  souvent  remplies  de  filaires, 
devraient  introduire  dans  nos  voies  digesti- 
▼es  leurs  entozoaires  ;  il  n'en  est  rien.  Cha- 
que animal  a  ses  Helminthes  propres,  et  ces 
mêmes  parasites  se  retrouvent  dans  les  mê- 
mes organismes,  dans  tous  les  climats  et 
dans  tous  les  lieux. 

«  Quant  à  la  translation  des  germes,  on 
n'a  rien  b  invoquer  en  faveur  de  cette  hypo- 
thèse ;  car  si  ces  animaux  venaient  du  de- 
hors, par  quels  étroits  sentiers  passeraient- 
ils,  après  avoir  suivi  toutes  les  phases  des 
modifications  chimiques  éprouvées  par  les 
substances  ingérées,  pour  (arriver  dans  les 
organes  les  plus  clos  ?  Par  où  passeraient  les 
œuirs  du  tysUeuâ  cellulosuêf  qui  se  trouvent 
dans  le  [>arenchyme  cérébral,  dans  le  plexus 
choroïde  et  dans  le  cristallin  ?  Est-il  vrais- 
semblable  que  les  œufs  de  ces  helminthes, 
quelque  ténus  qu'ils  soient,  puissent  s'm- 
troduire  dans  des  organes  dont  l'intérieur 
est  protégé  par  des  tuniques  résistantes? 
Mais  on  sait  qu'il  n'en  est  rieu,  et  les  œufs 
de  la  plupart  des  helminthes  sont  connus. 
On  sait  que  ceux  de  Vcucaris  lumbricoides 
sont  gros  comme  un  grain  de  millet  ;  et 
quel  serait  alors  le  diamètre  des  vaisseaux 
capillaires  qui  leur  serviraient  de  passage  ? 
Aucun  ;  car  les  plus  gros  sont  moins  vastes 

Sie  ceux-ci.  Une  autre  objection  à  cette 
éorie,  c'est  que  quelques-uns,  tels  que  les 
lêptêdera  fitrius,  sirohgyius  rt/u/arum,  acu- 


minaia^  etc.,  uonneut  naissance  à  des  petits 
vivants  ;  comment  a  lieu  leur  translation  7 
Les  monostomes  des  oiseaux  offrent  l'exem- 

S  le  d*une  androgynie  complète,  c'est-à-dire 
eux  individus  de  sexe  différent  produits  par 
paires  et  ne  se  séparant  pas.  Une  autre  sup- 
position faite  par  les  partisans  de  l'embolte- 
ment  des  germes  prouve  que  c'est  par  les 
premiers  parents  que  les  entozoaires  ont  é;é 
transmis  a  leurs  descendants,  et  ainsi  de 
suite.  Il  aurait  fallu  pour  cela  que  les  pre- 
miers êtres  humains  qui  s'évoluèrent  appor 
tassent  en  naissant  la  collection  de  ceux  qui 
se  trouvent  aujourd'hui  répandus  au  nom- 
bre de  neuf  dans  l'humanité.  On  a  souvent, 
chez  l'homme  et  les  autres  animaux  ver- 
tébrés, trouvé  des  entozoaires  dans  les  foy 
tus  encore  contenus  dans  l'utérus.  Comment 
peut-on  expliquer  la  génération  de  ces  hel- 
minthes ?  Si  c'était  par  la  mère,  il  faudrait 
nécessairement  qu'elle-même  en  eût  été  at- 
teinte, ce  qui  n  a  pas  été  confirmé,  et  que 
les  ovules  passassent  k  travers  tout  le  sys- 
tème circulatoire  pour  arriver  jusqu'à  Ten- 
fant.  ' 

«  A  ces  trois  classes  d*êtres  paraissent  se 
borner  les  faits  relatifs  à  la  génération  spon- 
tanée, et  il  est  difficile  de  les  expliquer  au- 
trement. Pourtant  il  reste  encore  un  certain 
nombre  de  phénomènes  dont  la  manifesta- 
tion est  d*une  obscurité  bien  grande,  quui- 
,qu'on  les  range  dans  la  catégorie  de  la  géné- 
ration directe.  Ce  sont  :  1*  rapparition  des 
acaridesdans  certaines  maladies  cutanées; 
2**  les  parasites  pédiculaires,  qui  ont  chacun 
une  forme  spéciale,  suivant  l'animal  sur  le- 
quel ils  vivent;  c'est  ainsi  que  Patin  ajant 
fait  couver  par  une.  poule  des  œufs  de  per- 
drix, et  ayant  exammé  les  parasites  qui  les 
tourmentaient,  trouva  des  poux  de  periirii 
et  non  de  poule  ;  3**  les  poux  qui  viennent 
dans  la  chevulure  des  enf^ts  ne  se  produi- 
sent pas  par  contact  et  transmission  génér^ 
tifs  ;  je  les  ai  vus  chez  moi  se  développer  sur 
un  de  mes  enfants  oui  avait  ev^  lon^temjts 
une  croûte  laiteuse ibrt  épaisse  et  sans  qui) 
eût  été  mis  en  contact  avec  d'autres  enfants, 
le  mauvais  état  de  sa  santé  le  tenant  au  lit 
depuis  longtemps  ;  4*  dans  certaines  mala- 
dies du  cuir  chevelu,  telles  sont  entre  au- 
tres la  plique  et  la  teigne,  il  s'engendre  des 
poux  avec  une  rapidité  extraordinaire  ;  3'  le 
phthiriasis  est  dans  le  même  cas.  J'ai  connu* 
il  y  a  vingt  ans,  une  vieille  femme  impo- 
tente depuis  plusieurs  années,  ne  quittant 
pas  son  lit,  et  confiée  aux  soins  de  person- 
nes de  la  plus  scrupeuleuse  propreté,  éire 
du  soir  au  matin  couverte  de  la  manière  la 
plus  incommode  du  pediculus  tabescentium: 
6*  l'apparition  signalée  par  M.  Payen,  de 
branchipes  dans  la  solution  de  chlorure  de 
sodium  à  un  certain  degré  de  concentration; 
T  l'apnarition  d'apus  dans  les  mares  et  1« 
amas  d  eau  de  pluie  où  l'on  n'en  avait  pasen- 
core  vu.  Les  branchipes  etlesapus  sontpou^ 
tan  t  des  crus  lacés,  ê  très  bien  autrement  corn-  i 
plexes  que  des  poux.  Je  ne  parlerai  p«sdes  | 
crapauds  vivant  dans  les  pierres,  des  poi-^ 
sons  réapparaissant  dans  des  étan^^s  de  se* 


613 


GEN 


D*ÀNTIIROPOLOG1E. 


GEN 


eu 


chés  depuis  longtemps  ;  mais  je  soumettrai 
à  l'attention  des  obsenrateurs  les  faits  sui* 
nniSf  qui  sont  de  la  plus  haute  importance 
et  de  l'obscurité  la  plus  complète.  Il  est  ap- 
paru dans  plusieurs  circonstances,  après  des 
incendies  considérables,  des  végétaux  pha- 
nérogames n'eiistant  pas  dans  le  pays  ;  tels 
500t,  d*après  Morison,  cité  par  Trériranus 
dans  sa  Biologie^  Verysimum  latifolium^  sur 
les  ruines  d*une  grande  partie  de  Londres, 
incendié  en  1666.  Ce  fait  est  consigné  dans 
les  Leçons  deboianique  de  M..  Mérat.  Fro- 
rJep  cite  encore  dans  des  circonstances  sem- 
blables YE.  angustifolium  en  Norwé^e»   le 
Biitum  capitatum  à  KonigsI)erg,  le  Senecio 
tiscosuê  à  Copenhague.  On  sait  qu*après  Tin- 
cinéralion  ou  seulement  la  destruction  d'une 
forêt,  il  croit  sans  cesse  des  végétaux  qui 
di^rent  suivant  Tcssence  du  bois  détruit. 
Ainsi,  dans  le  duché  de  Nassau,  le  spart  ium 
tcoparium  couvfe  le  terrain  qu*occupaient 
pr^emment  les  bois  qu*on  a  abattus,  et 
dont  les  racines  ont  été  brûlées  sur  le  sol. 
A  la  Guyane,  quand  on  a  abattu  une  forêt 
fierge,  le  sol  se  couvre  de  palmistes,  de 
(ihou-maripa,  de  bois  puant  (anagyris  fœtida) 
et  autres  espèces  végétales  qu*on  ne  rencon- 
tre quedans  les  grands  bois.  Après  toutes  les 
(t>upes  de  hêtres  Sur  le  revers  du  mont  Dore, 
les j^roseilliers  apparaissent  les  premiers; 
pendant  trois  ou  quatre  ans,  les  framboisiers 
occupent  le  sol  ;  les  fraisiers  pendant  deux 
années;  la  ronce  bleue  pendant  huit  à  dix 
los  ;  enfin,  quand  le  hêtre  domine,  tout  dis- 
paraît. Dans  les  forêts  d'arbres  résineux,  on 
trouve,  après  la  disparition  des  pins,  non 
pas  des  framboisiers,  mais  tout  simplement 
des  fraisiers  et  des  ronces.   D'après  Fran- 
klin, les  peupliers  croissent  après  la  dispari- 
tion des  pins  par  incinération  ;  dans  l'Améri- 
que du  Nord,  le   sol  des  forêts  vierces  se 
f<JUTre,  peu  de  temps  après  leur  deboise- 
lueot,  d'une  espèce  de  trèfle.  On  sait  que  le 
Iraisier  croît  invariablement  sur  les  lieux 
où  ont  été  établis  des  fourneaux  à  charbon  ; 
rt  Ton  voit  souvent,  d'après  Mœrklin,  l'oro- 
Ittnche  succéder  au  chanvre. 

«  Lorsque,  par  suite  de  circonstances  loca- 
les, il  s*est  opéré  dans  le  sol  des  modiilca- 
tions  profondes,  il  est  de  toute  évidence  que 
les  pnénomènes  végétaux  qui  s'y  produi- 
^nt  présentent  un  caractère  de  nouveauté , 
rétranjeté  même»  qu'il  est  difficile  d'exj[>]i- 
]uer.  Le  premier  naturaliste  à  qui  j'ai  vu 
iMopper  cette  idée  et  l'appuyer  sans  théo- 
rie de  faits  nombreux,  c'est  M.  Thiébaud  de 
Berneaud  ;  et  Bûrdach  a  recueilli  un  grand 
nombre  dr  matériaux  qui  compliquent  encore 
la  question.  Quand  de  Veau  salée  vient  à  per- 
î«r  le  sol  au  loin  et  à  se  faire  jour  à  sa  sur- 
face ,  il  ne  tarde  pas,  d'après  Lmk ,  à  croître 
ies  végétaux  qui  habitent  le  littoral.  II  en 
'^t  de  même  des  terres  imprégnées  des  prin- 
ii'es  salants  de  la  mer.  Un  terrain  enlevé  à 
!a  mer  par  la  construction  de  digues  ,  et  qui 
ftiait  sous  les  eaux  depuis  un  temps  immé- 
Biorial,  produisit  la  salicornia  herbacea  dans 
i<^s  lieux  les  plus  imprégnés  de  sel,  Varenaria 
^^Qrina^  pnis  le  poa  maritima  dans  le  sable 


pur,  etc.  Viborg  (JUag.  derGesell.naturffjrschu 
Freund^  1. 11,  74)  a  vu  en  Danemark,  après  le 
dessèchement  d'un  étang  qui  n  avait  pas  été 
vidé  depuis  plus  de  cinquante  ans,  croître  Je 
carex  cyperoides^  qui  ne  se  trouve  pas  dansf 
ce  pays.  En  1796,  on  mit  en  culture,  sur  les 
bords  de  l'Oder,  certaines  portions  de  marais, 
et  l'année  suivante  le  sol  se  couvrit  de  sina- 
pis  arvensis.  J'ai  suivi  avec  intérêt  la  modifl- 
cation  de  la  flore  des  terrains  marécageux 
qui  se  trouvent  sur  les  bords  de  la  Vesie  , 
aux  environs  de  Reims;  aux  carex,  aux 
typba ,  aux  sparganium ,  aux  joncs  qui  en 
formaient  le  fond  dans  les  points  les  plus 
voisins  de  la  rivière ,  et  teutlaient  par  leur 
masse  à  les  dessécher ,  on  voyait ,  à  mesure 
qu'on  s'éloisnait  dans  les  terres ,  quoique  le 
sol  fût  le  même ,  avec  une  masse  de  tourbe 
de  six  pieds  d'épaisseur,  succéder  graduelle- 
ment une  flore  nouvelle,  apparaître  des  végé- 
taux non  aquatiques ,  tels  que  certaines 
labiées ,  des  orcnis  à  bulbes  palmés ,  puis 
une  végétation  des  terres  sèches,  et  cela  sur 
une  longueur  de  5  à  600  pas. 

<i  La  terre,  prise  à  une  grande  profondeur, 
se  couvre  de  végétaux  comme  si  elle  était 
saturée  de  germes.  C'est  ainsi  que  Henckel , 
ayant  mis  dans  un  pot  de  la  terre  prise  au 
printemps  à  deux  pieds  de  profondeur ,  et 
l'ayant  planée  au  faite  de  sa  maison,  il  y  crut 
des  graminées  et  des  orties. 

«  Verra-t-on  dans  ces  faits  à  peine  étudiés, 
et  désignés  sous  le  nom  d'apparitions  spon- 
tanées ,  une  preuve  de  plus  en  faveur  de  la 
théorie  de  la  génération  primitive  ?  Je  ne 
l'affirmerai  pas.  Je  donne  ces  faits  comme 
très-surprenants,  et  je  désire  que  les  botanis*- 
tes ,  abandonnant  les  travaux  méthodologi- 
ques purs,  donnent  à  leurs  études  une  direc- 
tion plus  large  et  recherchent  surtout  les 
grandes  lois  qui  régissent  Tor^^anisme. 

«  Que  résulte-t-il  de  ce  qui  précède  ?  C'est 
que  la  génération  des  êtres  primordiaux  a 
heu  par  l'action  réciproque  des  éléments  de 
l'organisme  mis  en  rapport  par  fes  agents 
qui  établissent  en  eux  la  vie  ;  et  la  sexualité 
ne  prouve  rien  contre  les  faits.  Si  les  êtres 
organisés,  animaux  ou  végétaux,  simples  et 
complexes ,  étaient  composés  de  principes 
élémentaires  essentiellement  autres  que  ceux 
qui  se  retrouvent  dans  les  c(»rps  inertes  »  on 
pourrait  croire  alors  qu'il  faut  l'intervention 
d'une  force  occulte  pour  arriver  à  leur  for- 
mation ;  mais  il  n'en  est  rien  :  trois  princi- 
pes élémentaires  fondamentaux  chez  les  uns, 
quatre  chez  les  autres,  puis  un  mode  parti- 
culier d'existence,  sous  Finfluence  des  agents 
chaleur,  lumière,  électricité,  et  rien  de  plus  : 
ce  qui  revient  à  dire  que  Vorganisme  est  un 
mode  particulier  de  la  matière,  Pourc|uoi  alors 
se  refuser  à  admettre  que  les  principes  cons- 
tituants d'un  corps  en  état  de  désagrégation 
ayant  conservé  dans  leur  mode  d'association 
les  éléments  primitifs  de  tout  organisme  ne 
s'organisent  pas  à  leur  tour,  et  une  fois  doués 
de  vie  n'émetfent  pas,  en  vertu  de  leur  évo- 
lution individuelle ,  des  spores  ou  des  g^em- 
mules  propres  à  la  reproduction  d'individus 
semblables  à  eux?  Cette  idée  s«  présente 


C15 


r.EN 


mCTiONT^AlHË 


GËN 


(16 


assez  clairement  à  mon  esprit  :  une  cellule 
ou  un  ovule ,  composé  d'une  association  de 
cellules^  forme  une  agrégation  organique 
avant  un  mode  d'existence  spécial,  et  ne 
pouvant  subir  de  modifications  que  quand  il 
naîtra  pour  elle  des  circonstances  qui  chan- 
i^eront  sa  manière  d'être.  Pourquoi  alors 
s'étonner  de  la  simililude  des  produits/ 
Pourquoi  s'étonner  plus  de  la  génération 
sexuelle  que  de  la  génération  gemmipare  ou 
fissipare?  Un  organisme  aseiuel  est  celui 
qui  se  trouve  dans  des  conditions  telles  que 
la  cellule  élémentaire  jouit  isolément  de 
propriétés  vitales  qui  la  mettent  en  état 
d'assimiler  dès  son  émergence  les  principes 
nutritifs  ambiants  ;  tandis  que  dans  les  orga- 
nismes sexuels,  l'ovule  n'est  susceptible 
d'émergence  que  quand ,  par  le  rapproche- 
ment du  mâle,  il  est  mis  dans  des  conditions 
physiologiques  qui  le  douent  de  la  somme 
de  vitalité  nécessaire  pour  devenir  un  être 
nouveau;  en  s'élevant  plus  haut,  on  trouve 
que  le  jeune  être,  au  lieu  d'assimiler  immé- 
diatement les  principes  alimentaires  qui  ser- 
viront plus  tard  à  l'entretien  de  sa  vie , 
a  besoin  d'une  nourriture  élaborée  par  la 
mère.  Toujours  donc ,  le  principe  d'évolu- 
tion se  présente  dans  toute  sa  puissance.  A 
mesure  gue  les  êtres  deviennent  plus  com- 

I^lexes ,  ils  ont  besoin  d'une  nourriture  plus 
oaguomçnt  préparée.  La  génération  sponta- 
née ou. primitive  n'est  donc  pas  ici  une  ques- 
tion de  génération  proprement  dite,  mais  d'or- 
ganisation rudimentaire  ;  et  la  génération  est 
un  acte  physiologique  du  môme  ordre  que 
la  nutrition.  A  cela  on  demandera  pourquoi, 
puisque  je  défends  la  théorie  de  la  puissance 
plastique  de  la  terre,  il  ne  se  forme  plus  à  sa 
surface  d'hommes ,  de  lions ,  de  tigres ,  de 
singes,  etc.  ;  je  répondrai  que  c'est  que  l'épo- 
que de  leur  évolution  est  passée,  et  qu'il  ne 
s  en  forme  pas  plus  que  d'or  et  de  métaux , 
et  de  pierres  précieuses,  au  sein  de  la  terre. 
Ce  sont  les  productions  d'une  époque  écou- 
lée, et  le  temps  ne  revient  pas  sur  sa  route  ; 
il  chemine  et  emporte  avec  lui  les  planètes 
qui,  après  de  nombreuses  modifications,  pas- 
sent de  l'enlance  à  la  virilité  pour  tomber 
dans  la  décrépitude ,  avec  les  atomes  qui  se 
meuvent  à  leur  surface.  » 

Toutes  ces  opinions  s'évanouissent  devant 
une  discussion  sérieuse  des  faits.  Nous  al- 
lons chercher  h  le  démontrer,  en  nous  occu- 
pant successivement  des  principaux  phéno- 
mènes sur  lesquels  on  s'appuie  pour  soute- 
nir aujourd'hui  la  génération  spontanée  des 
iiifusoiresy  et  de  ceux  qui  servent  de  base  à 
la  même  opinion  pour  les  entozoaires. 

§  1,  De  la  génération  spontanée  des  infkAsoi' 
res.  —  I,  On  a  fait  deux  hjrpothèses  sur  la 
génération  spontanée  des  infusoires  :  ceUe 
w  molécules  organiques  de  Buffon  ,  et  celle 
de  la  création  de  spores^  des  auteurs  moder- 
nes. 


(325)  Uhioire  des  travaux  et  dei  idées  de  Buffon, 
p.  78  ;  Paris,  1844. 

f  324)  Uurro.t,  Hi$toire  nainreile  générale  et  parlf- 
cuiUre^  avec  la  description  *!»*  Cabinet  du  rot ,  de 


Preinièrehypothèse.  — Bufl'oD,  voyant  d'une 
part  la  matière  se  désagréger,  et  voyant  d'un 
autre  côté  nattre  de  petites  particules  vivan- 
tes dont  l'origine  échappait  à  l'observation , 
supposa  l'existence  d'une  foule  de  corpuscu- 
les animés  dont  chacun  serait  le  centre  de 
forces  vitales  propres.  De  la  réunion  d'un 
grand  nombre  de  ces  corpuscules,  (ju  il  dé- 
core du  nom  de  molécules   organiques^  s 
formeraient ,  d'après  lui ,  tou;s  les  animaux , 
sans  en  excepter  les  plus  grands  ni  les  plus 
parfaits  ;  de  leur  séparation ,  de  leur  isole- 
ment, résulteraient  des  espèces  de  monades 
susceptibles  de  conserver  à  la  fois  et  leur 
état  solitaire  et  leurs  facultés  vitales,  douées 
uune  vie  indépendante,  mais  pouvant  se 
grouper  ultérieurement  pour  créer  des  for- 
mes vivantes  nouvelles.  De  là  l'idée  d'une 
mutation  continuelle  ,  non-seulement  des 
éléments  matériels  qui  constituent  le  corps 
des  animaux,  mais,  de  la  forme  même  de  ces 
animaux ,  conséquence  qu'il  a  vainement 
essayé  d'éluder  par  la  nouvelle  supposition 
des  moules  intérieurs;  de  là  aussi  la  possi- 
bilité de  voir  apparaître  toutes  les  formes 
imaginables  et  inconnues  de  nouvelles  es- 
pèces. 

C'est    précisément    cofnme    une  consé- 
quence de  ces  molécules  organiques ,  que 
Buffon  admet  les  générations    spontanées, 
tf  L'une  de  ces  hypothèses  suit  de  l'autre, 
dit  Flourens  (323).  Aussi,  les  beaux  et  nom- 
breux résultats  de  la  science  tnoderne,  les 
découvertes  de  Redi,  de  Swammerdam ,  de 
Valisneri,   de  Réaumur,  sont  entièrement 
perdus  pour  Buffon.  Il  y  a  peut-être ,  dit-il, 
autant  d'êtres  soit  vivants,   soit  végétants, 
qui  se  reproduisent  par  l'assemblage  fortuit 
des  molécules  organiques ,  qu'il  y  a  d'ani- 
maux ou  de  végétaux  (jui  peuvent  se  pn>- 
duire  par  une   succession  constante  de  gé- 
nérations (324).  »  Et  plus  loin  :  «  Plus  on 
observera  la  nature ,  plus  on  reconnattra 
qu'il  se  produit  en  petit  beaucoup  plus  d'ê- 
tres de  cette  façon  que  de  toute  autre.  On 
s'assurera  de  même  que  cette  manière  de 
génération  est  non-seulement  la  plus  fré- 
quente et  la  plus  générale  ,  mais  la  plus  an- 
cienne, c'est-a-dire  la  première   et  la  plus 
universelle  (325).  »  Et  pour  montrer  quelle 
extension  Buffon  donnait  à  cette  hypothèse  : 
((  Dès  que  les  molécules  organiques,  ^oule- 
t-il,  se  trouvent  en  liberté  dans  la  matière 
des  corps  morts  et  décomposés ,  dès  Qu'elles 
ne  sont  point  absorbées  par  le  moule  inté- 
rieur des  êtres  organisés,  qui  composent  les 
espèces  ordinaires  de  la  nature  vivante  ou 
végétante,  ces  molécules ,   toinours  actives, 
travaillent  à  remuer  la  matière  putréfiée, 
elles  s'en  approprient  Quelques   particule^ 
brutes,  et  forment ,  par  leur  réuniOQ ,  une 
multitude  de  petits  corps  ori^anisés,  dont  les 
uns ,  comme  les  vers  de  terre  ,  les  cham- 
pignons, etc.,  paraissent  être  des  animaux 

Vlmpriraerie  royale,  în-4';  Paris,  1749-1789;  Suj>- 
plément,  t.  IV, 'p.  555. 
(325)  Onv,  cit.,  So[>pi.,  t.  IV,  p.  557 


ei7 


CEH 


D'ANTHROPOLOGIE. 


CEN 


«HS 


ou  des  végétaux  assez  grands,  mais  dont  l&s 
antres  en  nombre  pi-esque  infini  ne  se 
voient  qu*au  microscope;  tous  ces  corps 
n'existent  que  par  une  génération  sponta- 
née (^326). Les  anguilles  de  la  colle  de  farine , 
j^ilmue-t-iÙ  celles  du  vinaigre ,  tons  les 
[/retendus  animaux  microscopiques  ne  sont 
i|uedes  formes  différentes  que  prend  dlclic- 
mô.ue,  et  suivant  les  circonstances,  cette 
matière  toujours  active  et  qui  ne  tend  qu'à 
rorganisalion  (327).  »  Enun,  pour  n'avoir 
pas  a  revenir  sur  ce  point  historique,  voici 
ce  que  dit  encore  Buffon  de  la  génération 
des  entozoairès  :  «  La  génération  spontanée 
sV^cree  constamment '.et  iiniverscllement 
après  la  mbrt,  et  quelquefois  aussi  pendant 
la  vie.  Les  moTécules  surabondantes,  qui  ne 
peuvent  pénétrer  le  moule  intérieur  de  ra- 
nimai pour  sa  nutrition ,  cherchent  à  se  réu- 
nir aYûc  diielqùes  parties  de  la'  matière 
tiTute  des  aliments»  et  forment,  comme  dans 
la  putréfaction,  des  côrjps  organisés  ;  c'est  li 
rorii;ine  des  fëhias,  des  ascarides  ,  des  dou- 
VP5  et  de  tous  les  autres  vers  qui  naissent 
')an«  le  foie,  dans  Testomac,  les  intestins,  et 
[u^que  dans  le  sinus  des  veines  de  plusieurs 
animaux  ;  c'est  aussi  Vorigine  de  tous  les 
îers  qui  percent  la  peau  (328)...  » 

II  est  vrai  qu'examinés  avec  de  mauvais 
microscopes,  les  infusoires  semblent  n'être 
laune  simple  masse  dé  gelée  vivante  ,  et 
peuvent  passer  pour  ces  prétendues  molé- 
rales  organiques  de  Buffon.  Les  tissus  des 
ffiimaux,  imparfaitement  étudiés  avec  des 
zrossissements  peu  considérables,  offrent 
iussi  un  aspect  granuleux  qui  a  pu  les  faire 
•egarder  comme  composés  de  la  réunion  de 
t)rpu5cules  ou  globules,  auxquels  il  était 
^iie,  avec  une  imagination  comme  celle  de 
hffon,  d'accorder  une  vie  propre.  Plusieurs 
teervateurs  sont  tombés  dans  une  erreur 
inalogue  sur  la  structure  des  tissus  à  une 
époque  encore  peu  éloignée  de  la  nôtre  : 
tUst  Milne-Edwards  (329)  qui  professe  au- 
oorj'hui  sur  le  même  point  des  idées  bien 
litférenies.  Mais  en  ce  moment  nos  con- 
uis^ances  bistologiques  ne  nous  permettent 
>!u^  le  doute  ,  et  il  est  certainement  inutile 
le  réfuter  les  idées  de  Buffon  sur  ce  sujet. 

Deuxième  hypothèse.  —  Vers  la  fin  du  der- 
Hn  siècle ,  Spallanzani  commença  ,  sur  la 
i'fraation  des  infusoires  ,  des  recherches 
i^>n{  nous  aurons  bientôt  l'occasion  de  par- 
Itr  ;  uais  d'après  Boqnet ,  troublé  dans  ses 
fODcluéions  par  quelques  idées  précongues  ; 
'^  D'en  tira  pas  peut-être  tout  lé  parti  qu'il 
fcuii.  Plus  tard,  en  France,  Fray  (330)  ût 
^  nombreuses  expériences  avec*  toute  la 
nuDulie  des  chimistes  et  des  physiciens. 
|his  elles  furent  plus  nuiçibles  qu'utiles  i 
«doctrine  qu'«'  voulait  défendre  ;  car  elles 

f3tt)  Omg.  du,  Suppl.,  t.  IV,  p.  539. 

(^7)  Ont.  cU.,  Suppl.,  t.  rV,  p.  543. 

m\Ow.  cil.,  id.,  1. 1 Y,  p.  341. 

'^>^)  tUpertoireoénérûl  (tanatomie  et  de  phy$t<h' 
<^,  pttbùé  par  Breschel ;  Paris,  1827.  tome  111, 
Nie  47. 

1^)  Ettos  isr  torimm  de%  corps  organisés  et 
"^ynuOi:  Paria,    1817.    Qnoîque   pabliées  en 

Di«mo9i?i.  d'A^ithbopologÎb. 


le  conduisirent  h  admettre  que  dans  les  in* 
fusions  se  produisent  non-seulement  des 
animaux  microscopiques  ,  mais  même  des 
vers  do  terre,  des  colimaçons,  et  jusqu'à  des 
insectes  d'une  organisation  compliquée , 
des  podures,  des  cousins,  etc.  Dugès  recon-- 
nalt  qu'il  y  a  eu  dans  ces  expériences  quel- 
tjue  cause  d'erreur,  comme  dans  les  expé- 
riences plus  récentes  de  Crosse  ,  qui  aurait 
prodiiit  des  acariens  dans  des  solutions  de 
silice,  déposées  sur  un  morceau  de  lave'et 
soumises  à  l'action  de  la  pile. 

En  Allemagne ,  Gleichen ,  Gruithuisen  , 
Bûrdach ,  Treviranus  et  quelques  autres 
firent  de  nouvelles  expériences.  Biirdach, 
qui  les  rapporte  et  les  résume  toutes ,  n'en 
conclut  néanmoins  la  génération  spontanée 
nue  pour  les  êtres  inférieurs.  Voici  comment 
il  en  explique  la  possibilité  :  «  Comme  là 
plasticité  individuelle,  dit-îl,  ne  peut  que 
conserver  les  organes  supérieurs  (viscères, 
muscles,  nerfs,  etc.)  par  la  nutrition,  tandis 
que  pour  ce  qui  concerne  les  organes.infé- 
rieurs  (tissu  cellulaire,  vaisseaux  capillaires, 
os,  etc.),  elle  est  apte  à  produire  de  nou- 
veau, soit  en  ajoutant  à  ce  qui  existe  déjà, 
soit  en  régénérant  les  parties  perdues  ;  de 
même  la  génération  ne  saurait  maintenir 
les  organismes  supérieurs  que  par  propaga- 
tion, mais  peut,  lorsque  les  circonstances 
sont  favorables,  créer  de  nouveaux  organis- 
mes inférieurs  (331).  Malheureusement  pour 
la  théorie,  il  n'y  a  pas  tout  à  fait  parité 
entre  la  régénération;  entre  les  muscles,  les 
nerfs,  le  tissu  cellulaire,  les  os,  etc.,  ne  sont 

f>as  tout  à  fait  justes.  Biirdach  pense  d'ail- 
eursquela  génération  spontanée  ne  s'exerce 
guère  que  SUT  des  substances  organiques  : 
«  Si  la  force  plastique  de  notre  planète,  dit- 
îl  (332),  a  été  autrefois  plus  puissante  qu'elle 
ne  l'est  aujourd'hui  ,^on  peut  penser  que  la 
génération  primordiale  a  été  mise  en  jeu 
jadis  par  des  dépôts  inorganiques  nroduits 
au  sem  des  eaux  ;  mais  qu'aujourdliui  elld 
a  lieu,  sinon  exclusivement,  du  moins  prin- 
cipalement lorsqu'on  fait  infuser  dans  l'eau 
une  substance  qui  a  joui  de  la  vie.  d 

En  résumé,  les  travaux  de  ces  expérimen- 
tateurs modernes  semblèrent ,  non  pas  con- 
firmer les  idées  de  Buffon,  qui  n'étaient  que 
de  simples  suppositions ,  mais  prouver  que 
la  substance  organique  morte  peut  devenir 
le  siège  d'une  rermentâtion  ,  et ,  par  suite, 
donner  naissance  à  des  granules,  aesquelles 
se  développeraient ,  comme  de  véritables 
ovules,  les  êtres  infusoires.  ;«  Datiis  Ta  propa- 
gation par  œufs ,  dit  Biirdach  (333),  fe  nôu- 
Tel  individu  se  forme  aux  dépens  d'une  masse 
amorphe  de  granulations  microscopiques  qui 
se  decopposeiit.  De  parelHeà  analogies  ne 
permettent  pas  de  regarder  comme  absolu- 

France  seulement  en  1817,  ces  expériences  datent 
de  1800  el  1807.  Une  partie  fut  publiée  en  Alle- 
magne en  1807. 

(331)  BoRDÂCH,  Traité  de  phytiologie^  t.  P%  p.  f  0, 
Paria,  1857. 

(339)  Ouv,  cit.,  t.  P%  p.  417. 

(335)  Ouv.  cit.,  t.  V\  p.  12. 


•il 


G£N 


DU:TIO!(iNAinE 


QKS 


(!6 


menl impossible  que  de  la  substance  gre- 
nue, prrauite  par  la  décomposition  de  la 
matière  organique ,  il  se  développe  un  ani- 
mai d'une  autre  espèce  ,  pourvu  de  bouche, 
de  cavité  di^estive  ,  d'oganes  locomoteurs, 
quoique  d'ailleurs  d*une  structure  fort  sim- 
ple. 1» 

On  verra  qu'aucune  de  ces  deux  hypothè- 
ses n'est  fondée  sur  les  faits.  Mais ,  il  faut 
le  dire,  avant  même  que  Texpérience  eût  ré- 
pondu d'une  manière  qui  nous  parait  au- 
jourd'hui décisive ,  on  avait  émis,  sur  la  na- 
ture du  phénomène  dont  nous  nous  occupons, 
une  opinion  plus  logique.  De  tout  temps,  en 
effet,  on  a  cherché  a  expliquer  la  généra- 
tion des  infusoires  par  le  développement 
d'œufs  ou  de  germes,  c'est-à-dire  par  un 
mode  semblable  à  celui  par  lequel  nous 
voyons  se  former  les  autres  êtres  vivants, 

Îui  naissent  de  parents  semblables  à  eux. 
aut-il  admettre  alors  que  ces  germes  se 
trouvent  répandus  partout,  dans  Pair,  dans 
l'atmosphère,  dans  les  eaux,  etc.  ;  en  un  mot, 
faul-il  admettre  la  dissémination  des  germes 
de  Bonnet  ?  C'est  là  une  seconde  question 
qu'il  nous  faudra  bientôt  discuter. 

II.  Mais  avant  de  répondre  à  cette  diffi- 
culté ,  dont  les  spontéparistes  ont  fait  une 
objection,  et  à  quelques  autres  qu'on  a 
élevées  contre  le  mode  de  reproduction  des 
infusoires  que  nous  adoptons ,  nous  devons 
exposer  les  expériences  que  tant  d'observa- 
teurs ont  tentées  dans  le  but  de  résoudre 
une  question  si  controversée,  et  signaler 
surtout  les  caractères  de  précision  néces- 
saires à  ces  expériences  pour  qu'elles  puis- 
sent foire  naître  la  certitude. 

Les  premières  expériences  semblèrent 
tout  à  uiit  favorables  à  l'opinion  des  géné- 
rations spontanées.  Telles  furent  celles  de 
Leeuwennoek  et  de  Needham  qui  découvri- 
rent les  infusoires.  Plus  tard ,  les  observa- 
tions d'un  grand  nombre  de  physiologistes 
et  de  naturalistes,  et  notamment  deSpal- 
lanzani ,  de  Wrisberg  de  Gleichen ,  d  O.- 
F.  Millier,  d'ingenhousz ,  de  Fray,  de  G.-R. 
Tréviranus,  deGruithuisen,  deBiirdach,  de 
Schultze,  d'Ehrenberg,  de  Dujardin ,  etc. , 
tout  en  étendant  beaucoup  nos  connais^ 
sances  à  cet  égard,  ont  pu  donner  lieu 
encore  aux  conclusions  les  plus  opposées. 

Spallanzani  vit  que  les  substances  orga- 
niaues  cuites  sont  tout  aussi  propres  que 
celles  qui  n'ont  pas  bouilli  à  donner  nais- 
sance à  des  infusoires  ;  que  l'eau  distillée 
est  aussi  favorable  à  leur  développement 
.que  l'eau  ordinaire  ;  que  l'air  atmosphéri- 
que est  nécessaire  à  ce  développement, 
et  surtout  au'on  ne  vit  naître  aucun  infu- 
soire  dans  les  infusions  qu'on  a  fait  bouil- 
lir en  vases  clos.  Cependant  il  reste  dans  le 
(!oute  :  «  Les  infusoires ,  dit-il ,  tirent  sans 
doute  leur  première  origine  de  principes 

(S$l)  SPALLAnzAiii,  (huiculêê  dejkhi^ùfue  animaie 
«t  végétale,  t.  K,  p.  230  ;  Paris,  1787. 

(3d5)  Obsiivalionum  de  animalctUiê  in/titorti*  ta- 
Mira,  etc.,  p. -85,  86;  GtBttinffiie,  1765. 

(SSB)  Biùioffie,  L  H,  p.  39S;  Geettingae,  lÉ^. 


préorganisés;  mais  ces  principes  sonuils 
des  œufs,  des  germes  ou  d'autres  sembla- 
blés  corpuscules  7  S'il  faut  offrir  des  faits 
pour  répondre  à  cette  question,  j'avoue 
ingénument  que  nous  n'avons  sur  ce  sujet 
aucune  certitude  (334).  » 

Wrisber2(335)  prouva  la  nécessité  de  Tin- 
fluence  de  l'air  atmosphérique,  en  démon- 
trant qu'il  ne  se  produit  aucun  animal 
dans  les  infusions  recouvertes  d'une  con- 
che  d'huile. 

Tréviranus  (336)  dit  que  la  diversité  des 
substances  organiques  en  infusion  entraîne 
aussi  des  différences  dans  les  infusoires 
qui  s'y  forment ,  que  la  lumière  exerce  sur 
cette  production  une  influence  considéra- 
ble, etc. ,  et  il  arrive  à  soutenir  une  opi- 
nion fort  analogue  à  celle  de  Buffon  sur 
les  molécules  organiques. 

Une  des  productions  qui  a  le  plus  ocnipé 
les  partisans  de  la  régénération  spontanée 
est  la  matière  verte  de  Prieslley.  Etudiée 
surtout  par  Ingenhousz  (337) ,  elle  apparaît 
aussi,  dans  les  conditions  dont  nous  venons 
de  parler,  sous  l'aspect  d'une  croûte  m- 
dAtre,  à  granulations  rondes  et  elliptiques, 
qui ,  d'abord  isolées  et  douées  de  légers 
mouvements,  paraissent  se  transformer  plu< 
tard  en  filets  transparents  qui  se  meuvent 
d'une  manière  irrégulière.  Suivant  R.  Wa- 

Sner  (338) ,  elle  ne  serait  qu'un  assemblage 
e  cadavres  d'animalcules  verts  (entre au- 
tres de  YengUna  viridis)  ;  ses  filets  mobiles 
seraient  des  êtres  différents;  et  Ingenhousz 
aurait  eu  le  tort  de  ne  les  considérer  qne 
comme  des  transformations  des  premiers. 
En  général ,  les  recherches  des  observa- 
teurs août  nous  avons  cité  les  noms, por- 
tèrent successivement  sur  Tinfluence  eier- 
cée  par  la  nature  du  corps  solide  ou  de  It 
substance  à  infuser  sur  celle  de  Teau  dan^ 
laquelle  on  la  laisse  infuser,  de  Tair  qui 
est  en  contact  avec  elle,  de  la  lumière 
qui  réclaire,  etc.  11  serait  beaucoup  trop 
long  de  rapporter  leurs  nombreuses  eiyé- 
riences ,  dont  des  observations  subséouen- 
tes  ont  beaucoup  amoindri  la  valeur,  nous 
nous  contenterons  d'en  signaler  les  résul- 
tats. 

Pour  ce  qui  est  du  corps  $olide ,  tons  !«$ 
corps  organisés ,  après  qu'ils  ont  perdu  la 
vie,  ouïes  diverses  parties  de  ces  corps  (ra- 
cines ,  tiges ,  feuilles ,  fleurs,  fruits,  eerveaç, 
1>oumons,  foie  ^muscles,  excréments,  elc  ; 
es  principes  immédiats  qu'on  extrait  Jei 
corps  orga;iisés  et  qui  sont  encore  suscejh 
tibles  de  décoroposntion  (mucus,  farine. 
extraetif,  albumine  .  fibrine,  etc.),  et  en- 
core le  terreau,  la  vieille  colle  des  relieurs, 
la  bière  blaivîhe  aigrie,  le  mauvais  vinah 
gre;  enfin  certaines  substances  inorgani- 
ques, le  granit,  l'anthracite,  le  nwrbre  •f- 
quiller,  d'après  Gruithuisen  (339);  le  ^'^ 

(337)  Miicellanea  pkgêioHnedica  ;  Yienns,  1^^^ 

(338)  Manûet  de  physiologie  de  J.  Mclle».  i*  l"i 
p.  il:Paris,  i845. 

(336)  Beitràge  zur  phyùognosie  and  tanioçp»^'*^ 
p.  iOO. 


•il 


CEN 


D^ANtHliOPOLOCIE. 


r.FN 


«le  coisine ,  le  sa^pêlre  »  d*après  Tréviranus 
«^^),  soot  susceptibles  de  donner  naissance 
à  #IeÀ  infusoires. 

Quant  à  Teau,  on  a  employé  successiye'- 
ment  Teau  de  rosée,  que  Gleichen  dit  être 
U  plus  féconde  (^l),  Teau  de  pluie  ou  de 
source  fraîche,  Teau  couserrec  quelques 
mois  en  rases  clos,  enfin  Teau  bouillie  et  dis- 
tillée. 

La  présence  de  fair  atmosphérique  est 
indispensable  :  nous  ayons  tu  comment 
WrisDerg  la  prouvé.  Spallanzani  (342)  avait 
aussi  remarqué  qu'il  ne  se  formait  aes  in- 
fosoires  dans  des  rases  hermétiquement 
fermés  que  quand  ceux-ci  contenaient  assez 
d'air ,  ou  qu  il  avait  pu  en  pénétrer  à  travers 
les  fissures  occasionnées  par  Faction  de  la 
chaieor.  Fraj  (343)  prétend  en  avoir  vu  se 
développer  sous  Tiofluence  du  gaz  hydro- 
gène et  sous  celle  de  Fazote. 

L'influence  de  la  chaleur^  de  la  lumière  ^  de 
téltctririté ^  sur  la  productiou  des  infusoi- 
res ,  ne  parait  pas  diflérer  de  celle  qu'exer^ 
cent  ces  a^^ents  impondérables  sur  le  déve- 
loppement de  tout  être  organisé. 

Enfin  9  on  a  prétendu  que  la  nature  dos 
infusoires  dépendait  de  la  nature  de  ces 
trois  corps  (solide,  eau,  air),  de  leur  pro- 
portion respective ,  etc. 

Il  est  inutile  d'insister  sur  ce poinl ,  puis- 
que les  faits  sur  lesquels  est  K)ndée  cette 
assertion  ne  sont  empreintes  d'aucune  ri- 
gueur. Bûrdach  (3iV) ,  après  avoir  rapporté 
les  expériences  qu  il  a  faites  en  commun 
avec  Hensche  et  Baer,  et  qu'il  appelle  dé- 
cisives, se  plaint  de  cje  qu'un  autre  pbysio- 
lo^te  (1.  Millier)' ne  leur  accorde  pas  la 
Diéme  valeur.  «  Je  ne  vois,  dit-il  dans  son 
objection,  qu'un  parti  pris  de  nier  la  possibi- 
lité d'une  expérience  décisive ,  plutôt  que 
de  renoncer  à  une  hypothèse  favorite.»  Cepen- 
dant nous  partageons  pleinement  à  ceté^ard 
la  conviction  de  J.  Mûller,  et  nous  disons 
avec  lui  (3W)  :  «  Quoique  quelques  observa- 
teurs aient  expérimenté  à  la  fois  sur  des 
infusions  de  substance  organique,  sur  de  l'eau 
distillée ,  et  sur  des  gaz  artificiels ,  la  préci- 
sion nécessaire  pour  établir  un  résultat  dé- 
cisif ne  saurait  être  admise  comme  prot>abIe 
dans  ces  cas  ;  et  elle  n'est  guère  possible , 
puisque  les  instruments  employés  pour 
changer  l'eau  auraient  dû  être  absolument 
purs  de  toutes  particules  organiques  adhé- 
rentes, et  que  chaque  lavage  donnait  occa* 
sion  à  des  erreurs.  » 

111.  Maintenant  nous  allons  rapporter  des 
expériences  d'un  caractère  plus  positif  et 
dont  les  résultats,  opposés  à  ceux  de  Bûr- 
dach et  de  tous  les  partisans  de  l'hétéro- 
génie,  nous  paraissent  être  d'une  rigou- 
reuse exactiluoe. 

qm  Biologie,  I.  H,  p.  »»  ;  Goettiogue,  1822. 
|2U|/  Diêsertaiion  sur  la  génération  de$  ammtd' 
UajÊermoUgnes  et  ceux  £  infusion;  Paris,  an  Tll. 
(SIf)  Observation  et    erpérienees    sur  les  am- 
mmi€uUs^  p.  140,  i.  h%  dans  Opuscules  de  pkg- 


(345)  Essai  sur  torigine  des  corps  orgamgats  et 
^orgamqaes,  p.  5S;  Paris,  1817. 


Les  principales  conditions  qu'il  importe 
d'observer  dans  l'application  de  l'expé- 
rience à  la  ouestion  des  générations  spon* 
fanées ,  sont  tes  suivantes  :  1*  Il  faut  être 
sâr  que  toute  matière  organique  vivante , 
germe  ou  animal ,  est  détruite  dans  l'infu- 
sion Qu'on  a  préparée;  2*  il  fiiut  veiller  à 
ce  quil  ne  puisse  pas  s*en  introduire  du 
dehors,  pendant  tout  le  temps  que  doit  du- 
rer l'erpérience.  Vojons  comment  ces  ron- 
ditions  ont  été  remplies. 

Nous  avons  entendu  Milne-Edwards  ra- 
conter plusieurs  tentatives  infructueuses 
auxquelles  il  se  livra,  il  y  a  un  certain 
nombre  d'années ,  dans  le  but  de  provoquer 
des  générations  équivoques.  Ayant  mis  dans 
un  tube  de  la  matière  organique  et  de 
leau ,  il  faisait  bouillir  le  liquide  afin  de 
tuer  les  animaux  qui  auraient  pu  s^y  trou- 
ver ,  pois  bouchait  le  tube ,  en  tirant  son 
extrémité  à  la  lampe.  Aucun  infusoire  ne 
se  formait  dans  ces  infusions ,  même  après 
un  laps  de  temps  très-long.  Au  contraire , 
des  animalcules  s'y  développaient  toi\jours, 
quand  l'appareil  n^avait  pas  été  préalable- 
ment chauffé.  On  pourrait  objecter  avec  rai- 
ron  à  ces  expériences  que  l'air  ne  se  renou- 
velant pas  à  la  surface  de  l'infusion,  il 
n'était  pas  étonnant  qu'un  animal  ne  pilt  y 
prendre  naissance. 

Mais  plus  tard  Schultze  (3V6;  fît  des  ex- 
périences plus  concluantes.  La  première 
échoua  dans  les  circonstances  suivantes  : 
Il  prit  un  vase  à  deux  tubulures,  dans  le- 
quel furent  mises  de  l'eau  distillée  et  des 
matières  organiques,  telles  surtout  que  du 
poivre,  signalées  comme  les  plus  propres 
au  développement  des  infusoires;  puis, 
ayant  tué  tout  ce  qu'il  f»ouvait  y  avoir  de 
vivant  dans  le  bocal,  en  le  plongeant  dans 
un  bain-marie  très-chaud  ,  il  plaça  simple- 
ment l'appareil  sur  sa  fenêtre,  pour  le 
mettre  en  contact  avec  l'air  extérieur.  Au 
bout  de  peu  de  temps  des  infusoires  s'y 
montrèrent. 

Dans  une  autre  expérience ,  Schultze  em- 
ploya plus  de  précautions.  Ayant  tout  dis- 
posé d  abord  comme  dans  la  précédente,  au 
lieu  de  laisser  arriver  librement  l'air  at- 
mosphérique en  contact  avec  son  itiélange, 
cet  observateur  prit  le  soin  de  lui  faire  su- 
bir d'abord  un  lavage  qui,  sans  altérer  sa 
composition ,  le  purgeât  de  tout  germe  et 
de  toute  matière  organique  qu'il  pourrait 
tenir  en  suspension.  Pour  atteindre  ce  but, 
il  ne  le  laissa  se  renouveler  dans  les  flacons 
qu'à  l'aide  de  deux  tubes  placés  dans  les 
deux  tubulures;  l'un  de  ces  tubes  était  des- 
tiné à  l'entrée  de  l'air  ;  l'autre ,  muni  d'un 
appareil  d'écoulement,  en  déterminait  la 
sortie  et  le  renouvellement  continuel.  Au 

(544)  Trinté  de  physiologie^  1. 1'',  p.  26,  trad.  de 
loordan. 

(545)  Manuel  de  physiologie ,  trad.  de  loardan, 
t.Kp.  15;  Paris,  1845. 

(546)  Annales  de  Poofendorf,  p.  41  ;  1857.<-  Fdy. 
aassî  Èéimburg  ne»  pmlosopkicil  Joumai^  octobni 
1857,  et  Auaàes  des  sciences  naturelles^  ir  série. 
Zoologie,  t.  Vf!!,  p.  520;  1857. 


GEN  DiCTHMNAIRE 

tube  qui  était  destiné  à  son  entrée,  Schultie 
adapta  un  appareil  renfermant  des  réactifs 
que  l'air  était  obligé  de  traverser  avant  d'ar- 
river dans  le  vase,  et  où  il  se  lavait  com- 
plètement 9  de  manière  q[ue  tout  être  orga- 
nisé ou  tout  germe  d'animal  qui  y  aurait 
été  contenu  lût  incontestablement  détruit. 
Le  réactif  dont  il  se  servit  de  préférence 
fut  l'acide  sulfurique  concentré  ;  et ,  pour 
qu'après  ce  passage  l'air  ne  restât  pas 
chargé  d'acide,  il  lui  fit  traverser  un  second 
bain  formé  seulement  d^eau  pure.  Or,  quelle 
que  fût  la  durée  de  l'expérience ,  tant  que 
celle-ci  fût  continuée  avec  le  même  soin , 
jamais  le  moindre  infusoire,  ni  animai ,  ni 
végétal  f  ne  se  développa.  Ainsi ,  on  {)eut 
hardiment  en  conclure  que  de  la  matière 
organique,  de  l'eau  et  de  l'air  ne  suffisent 
pas  pour  produire  un  être  vivant.  A  la  fin, 
Schultze  déboucha  le  vase,  et  au  lieu  de 
n'y  laisser  arriver  que  de  l'air  purifié, 
il  y  laissa  pénétrer ,  comme  dans  sa  prc« 
roière  eipérience,  de  l'air  ordinaire ,  c  est- 
à-dire  de  l'air  chargé  de  toutes  les  matiè- 
res pulvérulentes  qu'il  peut  tenir  en  sus- 
pension et  charrier  d'un  lieu  à  un  autre, 
et  au  bout  de  trois  jours  apparurent  des 
infusoires. 

Schwann  (30^7)  a  fait  des  observations 
analogues  :  il  a  reconnu  que  les  liquides 
bouillis  et  chargés  de  matières  organiques , 
qu'on  met  en  contact  avec  de  l'air  préalable- 
ment soumis  à  la  chaleur  rouge,  mais  riche 
encore  en  oxygène  et  souvent  renouvelé, 
ne  produisent  ni  infusoires,  ni  moisissures, 
et  ne  subissent  pas  la  putréfaction.  Après 
lui ,  plusieurs  observateurs  ont  répété  ces 
expériences  avec  le  même  succès. 

Il  est  donc  inutile  de  recourir  au  prétendu 
mode  de  formation  attribué  par  Biirdach 
et  tous  les  spontéparistes  aux  animaux  in- 
fusoires. Non -seulement  les  &its  sur  lesquels 
il  est  fondé  sont  bien  loin  de  concorder  entre 
mais  on  voit  encore  que  l'expérience 


GKS 


m 


eux 

précise  le  repoussé  de  la  manière' la  plus 

formelle. 

IV.  Cependant,  les  partisans  de  l'faétéro- 
génie,  ayant  crujrouver  dans  leur  hypothèse 
une  explication  plus  facile  que  dans  celle 
des  germes,  et  ayant  soulevé  contre  cette 
dernière  toutes  sortes  d'arguments,  il  nous 
faut  répondre  maintenant  à  leurs  objections, 
et,  après  avoir  prouvé  que  tout  fait  empreint 
de  positivisme  repousse  la  génération  spon- 
tanée des  infusoires  ;  il  nous  faut  démontrer 
en  même  temps  que  rien  ne  s'oppose  à  l'in- 
telligence d'un  mode  plus  normal  de  généra- 
tion a  l'égard  de  ces  animalcules. 

Comment  se  fait-il,  répètent  sans  cesse  les 
adversaires  de  l'existence  des  germes,  qu'on 
n'aperçoive  pas  ces  germes  eux-mêmes  qui 
doivent  être  si  nombreux  et  disséminés 
partout?  Mais  on  peut  leur  répondre  qu'il 
n'y  a  rien  là  de  surprenant,  puisqu'il  faut 
dé^à  des   instruments  très-puissants  pour 

(5i7)  Sur  le$  générations  équivoques ,  dans  les 
Annales  de  Po§gendorf,  pag.  184;  1837. 


voir   les    animaux    qui   en   proviennent. 

Comment  peulril  arriver,  reprennent  les 
spontéparistes,  oue  ces  germes  soient  trans- 
portés partout?  £t  alors  ils  s'élèvent  surtout 
contre  la  puissance  des  courants  atmosphé- 
riques, laquelle  est  pourtant  si  incontestable. 
Or  ce  que  nous  savons  de  celle  puissance 
doit  nous  rendre  fticile  à  comprendre  le 
transport  de  corpuscules  aussi  petits,  aussi 
légers  que  des  germes  infusoires,  et  dont  on 
nombre  infini  pourrait  former  à  peine  une 
masse  comparable  à  un  faible  nuage  dépous- 
sière. Les  cendres  du  Vésuve  n'ont-elles  pas 
été  transportées  par  le  seul  intermédiaire  de 
l'air,  non-seulement  dans  toute  l'Italie,  mais 
dans  des  lieux  plus  éloignés  encore  f  La  seule 
force  des  courants  atmosphériques  el  des 
ouragants  n'est'^lle^s  la  cause  de  ces  pluies 
de  crapauds  eC  de  poissons  dont  personne  ne 
récuse  l'étonnante  authenticité?  £t  pour  indi- 
ouer  seulement  la  possibilité  d'autres  moyens 
de  transports,  les  œufs  des  animaux  qui  vi- 
vent dans  l'eau  ne  peuvent^ils  pas  être  portés 
d'un  lieu  dans  un  autre,  par  leur  adnésion 
aux  pieds  des  oiseaux  aquatiques,  ou  par 
toute  autre  cause  analogue,  aussi  simple  et 
aussi  fréquente? 

Si  ces  germes  sont  répandus  partout, 
ajoute-t-on,  il  doit  y  avoir  un  gaspillage  de 
produits  inconcevable.  Hais  n'est-il  pas  évi« 
dent  qu'il  doit  y  avoir  partout  des  pertes 
semblables,  surtout  dans  les  rangs  infmeurs 
de  l'organisation?  A  mesure  qu'on  descend 
dans  1  échelle  des  êtres  ,  on  voit  que  pour 
que  le  nombre  reste  à  peu  près  le  même  el 
que  leur  production  et  leurs  pertes  se  com- 
pensent par  un  balancement  réciproque ,  le 
nombre  des  germes  et  celui  des  œu&  se  mul- 
tiplient de  plus  en  plus.  C'est  un  fait  irrécu- 
sable et  nécessaire  aux  harmonies  de  la 
nature.  Ainsi  il  est  probable  qu'en  général 
un  champignon  est  remplacé  par  un  cham- 
pignon, et  cependant  Fries  {3kS)  a  remar- 
qué gue  le  nombre  des  spores  du  reiicuUsria 
maxima  est  de  dix  millions.  11  faut  donc, 
dans  ce  cas  particulier ,  di^  millions   de 

germes  pour  la  production  d'un  individu 
ans  l'économie  générale  de  la  nature.  Le 
même  fait  s'observe ,   bien  que  dans  des 

f>roportions  en  général  plus  exiguës ,  chez 
a  plupart  des  animaux: combien  le  nombre 
des  œufs  pondus,  chez  les  animaux  infé- 
rieurs, et  même  chez  les  insectes,  chez  les 
foissons,  n'est-il  pas  considérable,  comparé 
celui  des  sujets  qui  arrivent  à  l'état  ad  al  le 
et  qui,  remplaçant  leurs  parents,  atlei^enl 
le  but  final  de  représenter  et  de  continuer 
l'espèce  1  Chez  les  mammifères  eux-mêmes 
et  dans  Tespècc  humaine,  un  grand  nombre 
d'œufs  se  forment  qui  ne  sont  jamais  fécon- 
dés; et  parmi  ceux^qui  l'ont  été,  combien 
périssent  pour  quelques-uns  qui  prospè- 
rent! Je  ne  sais  si,  rigoureusement  parlant» 
on  trouve  dans  les  sermes  des  inAisOtres 
une  prodigalité  pareille.  Loin  d'y  voir  une 
profusion  inutile ,  admirons  plutôt  celle 

(348)  Systema  arb,  végétai. 


«EN 


rArmillOPOLOGîE. 


GEIf 


eus 


trtae  libéralité  de  la  nature  pour  assurer  la 
cootiooité  des  es{)èces. 

L'ne  dernière  objection,  à  laquelle  les  par- 
tisans de  la  génération  spontanée  «goûtent  un 
graad  poids,  est  la  suivante  :  Dans  un  grand 
nombrâdecas,  disent-ils,  on  voit  des  èires 
se  former  dans  des  lieux  où  ,  depuis  fort 
jon^efflps,  on  n'arait  vu  des  êtres  sembla- 
bles. Comment  auraient-ils  pu  s'y  dévelop- 
per, si  ce  n'est  spontanément?  Rien  n*est  plus 
rrai,  sans  doute,  que  ces  sortes  d^apparitions 
sourent  surprenantes  ;  mais  rien  n'implique 
mins  la  nécessité  d'une  génération  sponta- 
ûée.  On  le  sait,  en  effet,  un  grand  nombre 
(lei;enne5,  des  animaux  même  peuvent  con- 
server laplitadc  à  vivre  ou  à  se  développer, 
quoi((ue  la  vie  semble  annihilée  chez  eux, 
tl  qu  elle  7  reste  plus  ou  moins  de  temps 
(oui  à  fait  latente.  11  est  facile  de  citer  une 
omltititude  d'exemples  de  cette  singulière 
(acuité. 

Le  fait  est  peut-être  plus  frappant  pour 
les  plantes  que  pour  les  animaux.  Toumefort 
raconte  que  des  marécages,  desséchés  depuis 
longtemps,  s'élant  renouvelés,  environ  un 
siècle  après  leur  dessèchement,  par  suite  de 
pluies  abondantes ,  on  vit  s'y  développer  de 
Dourean  des  plantes  marécageuses,  gui  n'a- 
nmi  point  paru  dans  le  même  lieu  tant 
qa'il  n'y  avait  pas  séjourné  de  l'eau.  Di^s 
exemples  de  ce  genre  sont  très-multipliés 
dans  la  science.   Franklin  (3M),  rapporte 

3'i  en  Amérique,  quand  on  a  nrûlé  des  forêts 
epins,  quelques  années  après  on  voit  naître 
<les  peupliers  &  la  même  place.  Surles  lieux 
qu'occupaient  les  forêts  vierges  de  l'Amé- 
nque,  après  qu'on  en  a  opéré  la  destruction, 
«n  Toit  pousser  des  trèfles  (350).  Dira-t-on 
que,  dans  tous  ces  cas,  et  mille  autres  qu'où 
pourrait  citer,  j1  y  a  eu  génération  sponta- 
n'e?N'est-n  pas  plus  naturel  de  supposer 
f|ue  les  graines  de  ces  diverses  plantes  sont 
r<*nues  uailleurs,  à  l'aide  des  courants  at- 
mosphériques ou  de  tout  autre  moyen  de 
'««sport  qui  peut  nous  échapper?  Ou  bien 
»»*  IH»ut-on  pîis  admettre  quelles  séjour- 
(Miont  depuis  longtemps  dans  le  lieu  même 
>û  elles  ont  poussé  et  qu'elles  y  ont  conservé 
*ur  vitalité  jusqu'au  moment  où  îes  circons- 
*n'*es  ambi^fntes,  venant  à  changer,  leur 
^»ïi  permis    de   prendre  leur  développe- 

I-ink  (331),  rapporte  que,  lorsqu'une  source 
Iwu  salée  vient  à  sourdre  loin  de  la  mer, 
'fl  voit  bientôt  croître  aux  alentours  des 
^zétaux  nui  n'habitetU  que  des  terres  im- 
^'^ées  de  sel  ou  les  rivages  de  la  mer. 
lûrdach  (352)  se  hâte  d'en  conclure  que  le 
'f»angement  de  nature  du  sol  a  sufli  pour 
•fodnirc  des  végétaux  d'espèces  différentes; 
't«  ajoutant  à  cet  exemple  celui  des  plantes 
tourelles  qui  croissent  surles  lieux. ravagés 
ar  nnceiidie,  il  dit  :  «  Il  est  parfaitement 
informe  à  l'analogie  avec  la  formation  des 
nfusoires^  que  les  produits  de  la  combustion» 

<^19)  Pfnep'9  Notîxen,  t.  VU,  p.  195. 
(^)  (lomucc,  dans  Fforiep's  NoUzen^  I.  Yllf, 
f.ll6. 

'^>1)  EiemiiUa  philot^hiœ  ^olantrcr,  p.  162. 


variant  selon  la  nature  du  sol  et  cène  des 
substances  combustibles  éparses  k  sa  surface, 
donnent  lieu  aussi  au  développeiuent  de 
plantes  différentes.  *  C'est  ainsi  qu'il  prend 
toujours  le  changement  des  circonstances 
extérieures  et,  par  suite,  des  conditions  d'exis- 
tence des  divers  êtres  orfjanisés,  pour  la 
.  cause  même  de  la  production  de  ces  êtres. 
N'est-il  pas  plus  simple  de  n'y  voir  que  la 
cause  de  leur  développement,  que  la  possi^ 
bilité  pour  eux  de  vivre  dans  des  lieux  où 
on  n'avait  pu  les  voir  encore  ,  parce  qu'ils 
n'avaient  pu  y  trouver,  jusque-là,  les  élé- 
ments nécessaires  à  leur  existence?  Du  reste, 
des  expériences  précises  nous  démontrent 
que  cette  conservation  des  graines ,  que  la 

f)ersistance  de  leurs  propriétés  vitales  et  d& 
eur  pouvoir  germinatif,  quelque  étonnantes 
qu'elles  puissent  nous  paraître,  sont  néaur 
moins  des  fhits  irrécusables.  Ainsi  on  a  vu 

Sermer  des  grains  de  sensitive  qui  étaient» 
epuis  soixante  ans,  dans  l'herbier  de  Tour- 
nefort;  des  haricots  recueillis  depuis  cent 
ans ,  des  mousses  conservées  aussi  depuis 
deux  cents  ans  ;  enfin,  du  blé  et  du  riz  trou- 
vés dans  les  plus  anciens  monuments  de  la 
vieille  Egypte.  N'y  eût-il  aucune  cause  d'er- 
reur dans  rexpérience  de  Fray  qui  a  vu  se 
dévelopf^r  des  animalcules  dans  l'infusion 
des  débris  d'une  momie,  les  faits  que  nous 
venons  de  citer  suffiraient  pour  lui  ôter  tout 
cachet  de  spontéparité. 

Les  œufs  des  animaux  ne  paraissent  pas  » 
il  est  vrai ,  pouvoir  conserver  leur  viabilité, 
pendant  un  temps  aussi  long;  mais  encore 
sont-ils  susceptibles  de  la  garder  durant  un 
certain  nombre  de  mois  et  même  d'années. 
Tout  le  monde  sait  qu'en  soumettant  les 
œufs  des  vers  à  soie  a  une  basse  tempéra- 
ture, les  agriculteurs  parviennent  à  les  con- 
server pendant  un  temps  assez  considérable. 
Chez  plusieurs  animaux  (et  notamment  chez 
quelques-uns  assez  parfaits  en  organisation 

J>our  qu'on  ne  puisse  plus  élever  aujourd'hui 
i  leur  égard  seulement  le  soupçon  de  géné- 
ration spontanée),  on  a  constaté  des  faits 
analogues  à  ceux  que  nous  avons  cités  chcK 
les  végétaux.  Ainsi  on  a  vu  des  animaux 
paraître,  à  certaines  époques,  dans  les  lieux 
où  on  ne  les  avait  pas  rencontrés  depuis  fort 
longtemps.  Adanson  a  vu,  au  Sénégal,  de  petits 
marais,  desséchés  neuf  mois  de  1  année,  qui, 
plus  tard,  lorsqu'il  avait  plu,  se  peuplaient 
de  poissons  dont  les  espèces  étaient  diffé- 
rentes de  celles  qui  peuplaient  les  eaux  en- 
vironnantes. Sans  aller  si  loin,  on  voit  sou- 
vent les  eaux  pluviales  des  fossés  qui  restent 
à  sec  la  majeure  partie  de  l'année,  et  quel- 
quefois plusieurs  années  de  suite,.se  peupler 
rapidement  de  myriades  de  petits  crustacés, 
en  particulier  de  daphnies,  de  cypris,  de 
cithérées,  même  d'animaux  d'assez  grande 
taille,  comme  les  branchippes,  les  apus. 
Desmarest  Ta  surtout  remarqué  pour  ces  der- 
niers (353).  11  y  a  quelques  années,  dans  la 

(552)  Trailé  de  physiologie,  t.  I*',  p.  42  ;  Pari»» 

(353)  DuGfes,  Physiologie  comparée,  Xj  Ut,  p.  iOl  ; 
IfoniycUicr,.  1839, 


«n 


CE3i 


DICTIO?(.lAfRe 


CE5I 


m 


Ibrél  de  FonUiioebleau  ,  ou  trouvait  des 
flaques  d*eau  pleines  de  petits  crustacés  bien 
connus  des  naturalistes ,  longs  de  k  centi- 
mètres, nommés  apus^  et  (|u*on  ne  rencontrait 
pas  dans  les  lieux  voisins.  Une  année»  ils 
disparurent  complètement,  et,  pendant  les 
deux  ou  trois  années  qui  suivirent,  on  n'en 
trouva  plus  du  tout;  puis  ils  reparurent 
bientôt  en  grand  nombre.  Comment  expli- 
auer  tous  ces  phénomènes,  si  ce  n*est  en 
disant  que  les  germes  de  ces  divers  animaux 
étaient  restés  viables  dans  la  vase,  tant  que 
les  circonstances  favorables  à  leur  dévelop- 
pement ne  s*étaient  pas  présentées?  Entou- 
rés d'une  humidité  suflisante,  et  protégés 
par  la  surface  desséchée ,  végétante  même, 
du  marécage,  ils  ont  pu  s'y  conserver  long- 
temps sans  périr.  D'un  autre  côté,  les  cou- 
rants atmospnériques,  Tadhésion  aux  pieds 
des  oiseaux  aqua!if|ues ,  dont  il  a  déjà  été 
question ,  et  plusieurs  autres  moyens  de 
transport,  auraient  pu  les  faire  passer  d'un 
antre  lieu  dans  celui  qui  est  devenu  le  ber- 
ceau de  leur  développement. 

Du  reste,  ce  ne  sont  pas  seulement  les 
germes  d'un  grand  nombre  d'êtres  qui  sont 
susceptibles  de  conserver  leur  viabilité  mal- 
gré 4&*  dessèchement  et  Tabsence  de  toutes 
Jes  cireôttstanees  nécessaires  à  leur  évolu- 
tion. Plusieucs  ^animaux,  déjà  développés, 
paraissent  être  aùssit  doués  de  la  même  fa- 
culté. Spallanzani  (Sbï)  constata,  en  exa- 
minant les  mousses  qui  se  trouvent  sur  les 
toits,  dans  les  gouttières,  l'existence  de  pe- 
tits animaux,  curieux  à  bien  des  égards,  et 
qu'on  connaît  sous  le  nom  de  rotifères  ;  ces 
animaux  desséchés  ne  donnent  aucun  signe 
de  vitalité  et  ressemblent  à  des  grains  de 
poussière  ;  mais  dès  au'on  leur  donne  de 
l'eau  et  qu'ils  en  sont  humectés,  ils  revien- 
nent à  la  vie  et  se  font  même  remarquer  par 
la  vivacité  de  leurs  mouvements.  On  criti- 
qua d'abord  le  fait  :  Bony  Saint- Vincent  (355) 
admit  aue  les  rotifères  desséchés  mouraient 
ifiévitaDlement,  et  que  si  l'on  avait  cru  voir 
ces  animalcules  desséchés  revivre,  on  n'avait 
TU,  en  réalité,  que  de  nouveaux  animalcules 
provenant  d'œufs  promptement  développés. 
Ehrenberg  (356),  tout  en  supposant  que  le 
rotifère  continuait  à  vivre,  garanti  par  la 
mousse  et  le  sable,  pensa  néanmoins  que, 
loin  d'être  interrompus,  les  actes  vitaux  se 
poursuivaient  eu  lui  avec  la  même  rapidité, 
et  il  admet  qu'entre  le  rotifère  qu'on  exami- 
nait avant  le  dessèchement  et  cehii  qu'on 
retrouvait  après,  il  y  avait  une  suite  de  gé- 
nérations intermédiaires  ;  en  un  mot,  que 
celui-ci-  n'était  qu'un  des  arrière-pelits- 
enfants  de  celui-là.  Mais  on  a  repris  ces  ex- 
périences, et  Ton  a  vu  que  non-seulement 
Spallanzani  avait  bien   observé,  mais  que 

(554)  Ovu$€uks  de  phyiiqne  animaU  et  végétale, 
t.  U,  p.  299. 

(555)  Encyclopédie  méthodique,  1824  ;  art.  Microê- 
eopiquei  et  vibrions;  —  Dictionnaire  ctassique  d^his- 
tf^re  natureUe,  art.  Rotifères. 

(556)  Die  Infuscrien  ali  volkommene  Organistnen, 
p.  492;  Leipsick,  1858. 

(557)  Suite  de  son  Mémoire  sur  les  lardÎQradeSy^ 


cette  mort  apparente  peut  même  durer  pen- 
dant neuf  mois.  Les  tardigradcs,  les  vibnons, 
qu'on  trouve  dans  les  grains  de  blé  racbili- 
que,    etc.,  iouissent  de   la  même  bculté. 
Doyère  (357),  en  poursuivant  les  recherches 
de  Spallanzani,  a  vu  un  fait  plus  curieai  en- 
core ;  c'est  que,  malgré  la  loi  générale  dV 
près  laquelle  toute  vie  est  incompatible  avec 
une  température  trop  élevée,  ces  aniroioi, 
une  fois  desséchés,  pesvent,  sans  périr,  é(re 
soumis  à  une  très-forte  chaleur.  Bescloi- 
zeaux  (358),  il  est  vrai,  a  présenté  dernière- 
ment à  l'Académie  des  sciences  des  confer- 
ves,  recueillies  en  Islande,  et  qu'il  avait  Iroo- 
vées  végétant  dans  la  source  thermale  de 
Grôf,  à  une  température  de  96"  ;  mais  en 
général  il  n'y  pas  d'animaux  qui  résistent  à 
une  chaleur  de  plus  de  50*  :  à  cette  tempé- 
rature, ils  meur^it  tous,  même  très -promp- 
tement. On  conçoit  ou'il  doit  en  être  ainsi, 
ne  serait-ce  que  par  l'effet  de  la  coag;ulatiou 
de  l'albumine  ;  mais  Chevreul  (359)  a  conv  | 
laté  que  l'albumine,  quand  elle  a  été  préa- 
lablement desséchée,   peut  être  fortement 
chauffét  sans  se  coaguler,  c'est-à-dire  sans 

f perdre  la  propriété  de  se  redissoudre  dans 
'eau.  C'est  précisément  ce  qui  est  arrivé 
dans  les  expériences  de  Doyère,  cl,  grâce 
sans  doute  à  cette  seule  circonstance,  ces 
animaux,  après  avoir  été  d'abord  desséchés, 
ont  pu  être  chauffés  jusqu'au  li^)*  et  même 
jusqu'au  140",  sans  perdre  néanmoins  leur 
viabilité. 

V.  Après  les  présomptions  que  devaient 
faire  naître  les  travaux  des  premiers  obscH 
valeurs  attentifs,  après  les  expériences  posj^ 
tives  que  nous  avons  rapportées  et  les  n'i 
ponses  que  nous  venons  cfe  faire  aux  priui 
cipales  objections  des  partisans  de  Thétéro^ 
génie,  il  nous  semble  peu  logique  d'adiQettn| 
que  des  infusoires  puissent  naître  spoata^ 
nément. 

Il  est  vrai  que  plusieurs  des  physiologislei 
qui  croient  encore  à  ce  mode  ae  çènérationj 
eu  resserrent  étroitement  les  limites  :  ils  ni 
supposent  pas  que  des  êtres  vivants  pui^ 
sent  naître  de  composés  minéraux,  et  sj 
contentent  de  les  faire  provenir  de  la  dissq 
dation  de*  parties  organisées,  c'est-à-diri 
d'éléments  ayant  déjà  appartenu  à  d'autre 
corps  doués  de  la  vie.  Ainsi  ils  pensent  qui 
la  iormation  d'infusoires  n'est  pas,  à  pro 
prement  parler,  une  production  primitive»  1 
matière  organique ,  mais  qu'elle  suppo^^ 
déjà  l'existence  d'êtres  organisés.  Aucuni 
substance  organique,  en  effet,  ne  parai 
pouvoir  se  développer  d'elle-même.  Les  véi 
gétaux  vivants  semblent  avoir  seuls  le  prl 
vilége  de  transformer  les  combinaisons  bi 
naires  du  règne  minéral;  l'eau»  l'acide  ca^ 
bonique,   l'ammoniaque,   en  combinaisoi 

Ann.  des  se.  nat,,  u*  série ,  Zoologie,  iS^,  W 
XYlll,  p.  5. 

(558)  Comptes  rendus  de  VAcad.  des  sciencis^  toui 
XXIll,  p.  954  ;  1846. 

(359)  De  Vinfluènce  que  Veau  exarce  snr  /j 
Mvstances  azotées  solides.  (  Ant^.  de  chimie  ei  ^ 
phifuiquêf  i,  XIX,  p.  41.) 


CKN 


DANWIWOLIIGIE. 


iCfiN 


leroaire  oi^çaniaue,  tt,  par  suiie,  ea  ma- 
tière organisée.  Les  animaui*  au  contraire, 
daprès  les  Taes  générales  émises  et  dére- 
ieppées  successivement  par  Burdaeh  (360), 
J.  Mûller  (361),  J.  Dumas  (362),  vivent  en 
général  de  matières  organiques  déjà  formées  ; 
mais  ils  n'ont  pas  le  pouvoir  d*en  créer  eux- 
mêmes  avec  des  éléments  ou  des  composés 
miDéraux  :  en  un  mot,  leur  existence  sup- 
pose celle  des  végétaux. 

Néanmoins  nous  ne  croyons  pas  que, 
même  avec  cette  f  estriction,  on  puisse  ad- 
mettre davantage  l'a  génération  spontanée 
des  infusoires.  Ainsi,  dans  tous  les  cas  que 
Qoas  venons  d'examiner,  nous  ne  reconnais- 
sons aucune  hétéro^énîe;  nous  y  voyons 
seulement  une  révivification  de  certains  ani- 
maux dont  la  vie  était  restée  latente  par 
Teffet  du  dessèchement  ou  de  quelque  autre 
circonstance  ;  ou  bien  un  développement  de 
germes  qui  étaient  demeurés  plus  ou  moins 
(le  temps  sans  éclore,  parce  qu'ils  ne  se 
trouvaient  pas  dans  des  circonstances  favo- 
rables à  leur  évolution. 

.  D'ailleurs  Ehrenbe^  (363}  a  découvert 
la  véritable  germination  des  semences  de 
cinmpigiions  et  de  moisissures,  et  par  là 
filé  le  mode  de  propagation  de  ces  végétaux. 
Il  a  fait  voir  comment  on  peut  produire  de 
nouvelles  moisissures  avec  des  graines  de 
mmsissures,  et  il  a  rendu  probable  que, 
dans  le  cas  où  ces  êtres  apparaissent  d'une 
manière  inopinée,  leurs  graines,  dissémi- 
minées  par  1  eau  ou  par  Tatmosphère,  n'ont 
fait  que  trouver  le  sol  nécessaire  à  leur  ger- 
mination. Quant  aux  animaux  infusoires, 
fiOD-senlement  Ehrenberg  a  reconnu  qu'un 
grand  nombre  a  une  structure  compliquée, 
mais  il  a  pu,  chez  plusieurs,  observer  des 
œufs  et  la  propagation  par  des  œufs,  chez 
d'autres,  la  propagation  scissipare,  ou  bien 
encore  celle  par  gemmes  ou  bourgeons.  De- 
vant revenir  sur  ces  divers  modes  de  repro- 
duction, nous  ferons  seulement  observer  ici 
que  cette  multiplication  peut  être  extrème- 
inent  rapide  ;  c'est  co  que  prouve  l'exemple 
d'un  rotateur  {Vkydaiina  smia)  duquel,  d'a- 
près Ehrenberg  (364),  peut  résulter  en  dix 
jours  un  million  d'individus.  Si  l'on  ajoute 
i cela  que  le  développement  de  ces  animaux 
parait  être  riche  en  formes  successives,  et 
jo'il  peut  arriver  de  prendre  pour  une  dif- 
lérence  d'espèr^s  ce  qui  n'est  qu'une  diffé- 
rence entre  quelques  degrés  de  développo- 
jnent,  on  n'éprouvera  plus  aucune  difBculté 
a  se  rendre  compte  ni  de  leur  extraordinaire 

fflultiplîcation,  ni  de  leur  extrême  diver- 
sité. 

Bien  que  les  observations  d*Ehrenberg 
nous  aient  révélé  les  détails  de  structure  les 

^^)  Traité  de  pAyito/o^le,  t.  IX,  p.  401  ;  Paris, 

(^1)  Mmmel  de  pkfisiotogie,  t.  !•',  p.  ««  ;  Paris, 

(^)  Efffff  fur  la  étatique  chimique  de§  être$  or^ 

f«w»J,  »  édit,  février  1844. 

(^)  iVoM  aeta  nai.  curioi.,  vol.  X.  (Citation  de 

éJ.^!"»"*  dans  Manuel  de  phtftiologie,  tome  1", 
rV  13.) 


plus  curieux  dans  les  infusoires,  il  n  «st 
pourtant  pas  exact  de  dire  que  tous  ces  ani- 
maux, les  rotatoires  exceptes,  aient  une  or- 
ganisation complexe,  et  notamment  un^esto- 
mac  composé,  comme  l'admettait  d'abord  co 
micrographe,  qui  leur  avait  donné  le  nom  ; 
de  polyg<i$tri^e$  (365).  Dujardin  a  démon- 
tré que  plusieurs  consistent  seulement  en 
une  espèce  de  gelée  vivante,  de  iarcode^ 
pour  nous  servir  de  l'expression  de  ce  na- 
turaliste, susceptible  de  changer  de  form« 
tant  au  dehors  qu'au  dedans,  pourvue  d'or- 

Sues  locomoteurs,  cils  vibratiles,  et  dan» 
luelle  les  aliments  se  creusent  progressi- 
vement un  certain  nombre  de  cavités  stoma- 
cales, destinées  à  opérer  une  digestion  suc- 
cessive des  matières  ingérées  (366).  Mais 
ces  faits  n'ôtent  aucune  valeur  aux  conclu- 
sions que  la  connaissance  plus  approfondis 
des  infusoires  permet  de  déduire  contra 
l'hypothèse  des  générations  primitives. 

En  outre,  Ehrenberg  n'est  jamais  parvena 
à  obtenir,  à  l'exemple  de  Tréveianus,  d1n- 
fusions  déterminées  des  formes  d'infusoires 
également  déterminées.  11  a  vu  tantôt  les 
unes,  tantôt  les  autres  se  produire,  quoique 
la  préparation  fût  absolument  la  même.  Celte 
assertion  détruit  celle  de  Gruithuisen  (367jt 
qui  dit  n'avoir  jamais  trouvé  ces  animaux 

fiarfaitement  semblables  de  forme,  de  tail- 
e,  etc.,  dans  plus  de  mille  expériences  faites 
sur  des  infusions  de  substances  diverses,  et 
au  milieu  de  circonstances  différentes,  et 
celle  de  Bùrdach  (368) ,  qui  prétend  qqe  les 
diverses  espèces  d'infusoires  prennent  une 
configuration  en  harmonie  avec  les  circons- 
tances. Le  fait  de  cette  différence,  fût-il  avéré, 
ne  saurait  d'ailleurs  devenir  un  argument  en 
faveur  de  la  génération  spontanée.  Qu'y  au- 
rait-il d*étonnant,  en  effet,  à  ce  que  certai- 
nes espèces  ne  pussent  se  développer  que 
^ans  certains  milieux ,  et  d'autres  espèces 
dans  d'autres  milieux,  si  pour  les  infusoires 
comme  pour  tous  les  animaux ,  les  milieux 
constituent  des  conditions  d'existence  ? 

{ II.  De  la  génération  spontanée  des  ento^ 
xoaires.  —  La  seconde  question  que  nous 
avons  à  examiner,  au  sujet  de  l'h vpothèse 
des  générations  spontanées,  est  celle  de  la 
formation  des  vers  inleslinaux^  ou,  plus  gé- 
néralement, des  entoxoaires  et  des  parasites. 
Or,  pour  ces  animaux,  comme  pour  les  in- 
fusoires, de  quelque  espèce  qu'ils  soient,  k 
quelque  profondeur  qu  ils  se  trouvent  piè- 
ces dans  le  foie,  les  muscles,  l'œil,  le  cer- 
veau, etc.,  il  est  impossible  aux  partisans 
de  l'hétérogénie  de  prouver  qu'ils  se  forment . 
8pontanément.  Toutes  les  raisons  allé^uéon 
aujourd'hui  encore  en  faveur  de  cet  te  opinion 
ne  sont  que  des  raisons  négatives.  De  ce 

(364)  Annotes  des  seiet^es  naluretéest  n*  série, 
Zoolome,  1. 1«%  p.  138. 

J|365)   EHRERBBao,  Die  infusions   ttuereken  ah 
iltommene  Orgamismen;  Leipsick,  1838. 

(366)  DoJAaDiM ,  Mémoire  sur  VorgaMsation  dts 
infusoires^  dans  Ann,  des  se,  nat,^  ii*  série,  Zoologie^ 
t.  X,  p.  230;  1838. 

(367)  Organozoonomie^  p.  164  :  Munich,  181t.. 
(368}  Traira  de  phtfvohgie,  t.  r%  p.  t6.     . 


931 


GSM 


MOTfONMAlKE 


GILH 


«» 


qu*on  croit  ne  pouvoir  pae  expliquer  autre- 
ment la  présence  d'un  nliaire  dans  le  corps 
vitré,  d'uue  douve  dans  le  foie,  ou  de  tout 
autre  entozoaire  dans  un  organe  profond , 
également  éloigné  de  la  surface  du  corps  ou 
de  ses  cavités  naturelles  et  digestives,  on 
argue  que  ce  filiaire,  que  cette  douve, 
que  cet  entocoairea  pris  spontanément  nais- 
sance dans  le  lieu  où  on  le  trouve.  Et  comme, 
il  faut  se  cont(?nter  ici  de  Tubservation  di^ 
rect^,  parce  qu'on  ne  peut  pas,  pour  la  for* 
mation  des  entozoaires  comme  |K>ur  cdle 
des  infusoires,  provoquer  la  nature  par 
reipérimentation  t  tant  qu'il  restera  un  ea- 
tozoaire  dans  lequel  on  n*aura  pas  vu  des 
œufs,  ou  qu'on  n*aura  pas  surpris  se  repro* 
duisant  de  quelque  autre  manière,  les  parr 
tisans  de  Thétérogénie  s'en  feront  une  arme 

1>our  défendre  leur  opinion.  Cependant  tous 
es  faits  bien  avérés,  toutes  les  découvertes 
qui  chaque  jour  ont  fait  mieux  connaître 
i  histoire  des  helminthes,  sont  formellement 
contraires  à  l'hypothèse  des  générations 
spontanées.  Il  ne  sera  pas  très-long  de  pas- 
ser en  revue  les  points  importants  de  la  ques- 
tion ,  le  sujet  n'étant  pas  encombré  d'expé- 
riences fautives  comme  pour  les  infusoires , 
puisqu'ici  on  ne  peut  en  faire  ni  de  fausses, 
Hi  de  vraies. 

Plusieurs  savants,  et  surtout  plusieurs  na- 
turalistes et  médecins  allemands^  Morren, 
ttudolpbi ,  Bi-emser,  entre  autres ,  croient 
encore  à  la  génération  spontanée  des  helr 
minthes.  Une  telle  opinion  se  répandit  par 
leurs  ouvrages,  qui,  d'ailleurs  fort  remar- 
quables, ne  nous  donnaient  des  vers  qu'une 
connaissance  superficielle,  incomplète  et 
purement  morphologique.  Il  était  réservé 
aux  travaux  anatomiques ,  surtout  aux  plus 
récents,  de  redresser  leurs  erreurs,  et  de 
nous  donner  une  idée  juste  de  l'organisa- 
tion compliquée  d'un  grand  nombre^  d'ento- 
zoaires. 

Sans  parler  das  premiers  essais  de  Redi, 
Linné,  Eloch,  Pallas,  O.-P.  Miillcr,  ni  même 
des  travaux  plus  importants  de  Gcoze  et  de 
Zeder,  on  peut  regarder  Rudolphi  comme  le 
fondateur  de  la  science  helminthologic^e. 
Mais  si  dans  son  grand  ouvrage  (369) ,  ainsi 
que  dans  les  magnifiques  planches  que 
Hremser  (370)  y  a  ajoutées ,  la  zoologie  et 
l'histoire  naturelle  des  helminthes  ont  fait 
un  immense  progrès ,  il  faut  avouer  que 
l'anatomie  et  la  physiologie  de  ces  animaux 
n'^  ont  que  fort  peu  gagné,  et  que  nos  con- 
naissances sur  cet  objet,  le  seul  qui  puisse 
éclairer  l'histoire  de  leur  génération,  sont 
restées  à  peu  près  ce  qu'elles  étaient  aupa- 
ravant. 


C'es't  à  tel  point  que  Rudolphi  se  re- 
fuse à  admettre  diins  les  vers  Texistencr 
d'un  système  nerveux,  bien  qu'elle  y  fût  re- 
connue déjà  par  plusieurs  de  ses  prédéces- 
seurs^ 

Breqaser  (371)  luinnéme  -  publia ,  peu  dé 
temps  iq>rès,  une  Uistçire  dts  vers  tniuii^ 
naux  de  Vhomme,  Non-seulementil  y  décri- 
vit ceux  qui  $e  trouvent  diius  son  4ube  di- 
gestif, et  ceux  qui  séjournent  en  debors  de 
ce  canal ,  il  indiqua  leur  diagnostic  et  leur 
traitement,  mais  il  fit  précéder  toute  cette 
partie  de  ;sQn  ouvrase  d*une  longue  dissiv- 
tation.  en  faveur  de  la  génération  siioatanée 
des  entozoaires.  Nous,  examinerons  {du&  loin 
ceux  de  ses  arguments  qui  méritent  réfui*- 
tion. 

lif  ais,  pour  ce  qui  est  des  notions  anato- 
miques positives,  «'est  Bojanus  (371*).  qui  ie 
premier  a  démontré,  du  moins  en  partie»  la 
composition  du  système  nerveux  dans  un 
ampnistome  ;  de  plus,  dans  le  mdme  amphis- 
tome,  dans  plusieurs  distomos,  cet  observa- 
teur a  fait  connaître  uettement  le  canal  in-. 
testinal,  les  organes  de  la  génération,  et^ 
même,  dans  le  Dhtoma  htpaticumf  l'exis- 
tence d'un  appareil  vasculaire.  On  sent  q«el 
coup  portent  ces  découvertes,  qui  dateal  d^ 
de  plus  de  vingt  ans,  à  l'hypQlLèse  de  la  gé- 
nération spontanée.  Si  ce  mode  de  reproduc- 
tion se  concevait  d'animaux  qu'on  ne  Mip- 
posait  doués  que  d'une,  organisation  obscure 
et  uniforme,  il  devient  bien  plus  difficile  de 
l'admettre  du  moment  qu'on  reconnaît  dans 
ces  animaux  des  appareils  organiques  diver- 
sement caractérisés  dans, diverses  classes,  el 
surtout  des  organes  générateurs  et  les  pro- 
duits de  ces  organes. 

J.  Cloquet  (372)  exposa,  dans  un  mémoire 
assez  étendu,  Torganisation  de  Tascaride 
lombricoïde  et  de  l'i^hinorhynqne  géant.  On 
y  trouve  la  descripUoa  des  organes  généra- 
teurs des  mÂles  et  des  femelles  :  ceUe  -d» 
l'ascaride  est  surtout  très-détaillée. 

Dujardin,  qui  a  publié  une  histoire  nailo- 
relle  des  helminthes  (373),  a  donné  aii2>si, 
dans,  plusieurs  mémoires,  des  détails  sur 
l'organisation  de  ces  animaux^  sur  1«  strac- 
ture  anatomique  des  gordius  et  du  iper- 
mis  (37ilk),  sur  les  helminthes  des  musarai- 
gnes, sur  leurs  métamorphoses  et  leurs  mi- 
grations (375),  sur  l'embryon  des  entozoaires 
et  les  mouvements  de  cet  embryon  dans 
l'œuf  (376). 

Mehlis,  Nordmann,  Miran,  Diesing  et  plu- 
sieurs autres  ont  aussi  décrit,  d'une  manière 
{dus  ou  moins  parfaite,  le  système  nerveux, 
'appareil  vasculaire,  le  canal  digestif,  les 
organes  de  la  génération  de  plusieurs  dis- 


^369)  Entoxoonm  hiêtoria  iialaro/M;  Amslerdain, 
1908,  et  Entoxoorum  synopi»  eui  accedunt^  maniieea 
dupUxet  indicée  locupietiêeitni ;  Berolinî,  Î8I9. 

(370)  JconeM  helmintkum  «yi letita  Rudolphi  eiUoa- 
4ogieum  illusirantee^  curovit  J.-G.  Bremser  :  Viennae, 

im. 

(371)  Traité  zooiogique  et  phyêiotogique  des  ver,ê 
intêêtikaux  de  Vhomme.  traduit  par  Gniiidler  :  Paris 
I8il. 


(37r)  Enthetminlhica  ^  in  his  von  Oken;  lahr- 
ganfLlSil  ;  —  Er$ter  Band.,  §  16,  2,  s.  305. 
[d72)  Antùomk  des  ven  tiileiltnatix;  Paris,  IS^. 

(373)  Biêtoire  naturelle  des  helminthes  ou  vere  iit- 
testinaux  (dans  les  Suites  à  Bu  fou)  ;  Paris,  18i5. 

(374)  DujjLBDiN,  Ann.  des  se,  naf.,  u'  sérte^  Zmh- 
logie,  t.  XVIH,  p.  129. 

(375)  Rec.  c»l.,  mèiuc  série,  t.  XX,  p.  3à9. 

(376)  Rec.  cit.,  id.,  t.  Tlll,  p,  303. 


GB» 


D*AflTaMPÛLO€IE. 


CEN 


OH 


tomes,  aiD|Aistomes,  lingootules^  diplos- 
tomri,  ete. 

Eiilffl,  tout  récemment^  E.  Blanchard  (377) 
ir'^fis  rétude  anatomique  des  entozoaires; 
I  est  parYeno  à  suivre  les  plus  petits  ûlets 
le  leur  système  nerveui,  à  reconnaître  par 
iojectioa  la  forme  oxacte  de  leur  canal  di- 
;i'S(if  et  la  richesse  de  leur  appareil  vascu* 
«re,  à  saisir  distinctement  les  caractères 
lomologues  ou  différentiels  des  organes  gé- 
lérateurs  dans  les  diverses  espèces  ;  en  un 
uot,  à  démontrer,  dansées  animaui,  une 
oiflplîeation  de  striicture  qu'on  était  loin 
!e  soupçonner  il  v  a  quelques  années. 
Ainsi,  d*un  côté,  la  délimitation  fort  nette 
les  espèces,  fondée  sur  la  forme  générale  du 
orps,  les  caractères  zoologiques  extérieurs, 
i  toutes  les  circonstances  qui  servent  k  éta- 
tlir  des  déterminations  génériques  et  spéci- 
i{ues  ea  histoire  naturelle,  déjà  si  bieu  uti- 
t)ées  Mr  Rudolphi,  Bremser,  Cuvier,  de 
Hainriile,  Dujanlin,  etc.,  permettant  de 
i^.Dparer  sous  bien  des  rapports  les  ento- 
Mires  avec  un  grand  nombre  de  vers  qui 
iwnt  dans  les  milieux  extérieurs  aux  corps 
es  AQtres  animaux,  doivent  faire  supposer 
w  ieur  génération  ne  s*éloigne  pas  de  celle 
^  ces  derniers  ;  que,  comme  ceile-cî,  pou- 
^(  être  à  la  fois  scissipare,  gemmipare  ou 
Tipare,  elle  est  surtout  ovipare. 
D'un  a^tre  côté,  k  structure  compliquée 
e  leur  organisation,  comparable  à  celle  d'à- 
m\n  semblables  h  eux,  qui  habitent  les 
lai  douces  ou  la  mer  (378),  différente  dans 
»  diverses  formes  spéciQques,  de  manière 
confirmer  les  classifications  zoologiques 
tJliiies  sur  la  forme  extérieure,  et  m£me 
les  perfectionner  dans  un  grand  nombre 
e  pomts,  est  aussi  un  mrXif  puissant  -de 
apposer  que  les  «entozoaires  né  sauraient  se 
(TÊlopper  spontanément,  surtout  quand  on 
iilque  les  organes  de  la  génération  et  leurs 
^uits  ont  été  déjà  vus  et  décrits  dans  un 
^rT<Dd  nombre  de  tvpes.. 
Se  fondant  sur  ces  dernières  considéra- 
^^%  c*e$l-è-dire  sur  des  données  anatomi- 
^e«.  Blanchard  établit,  dans  les  vers,  les 
â*^'es  suivantes  :  les  anévormes  (379),  com- 
^Mni  les  planaires,  les  trématodes,  les 
'ures,  les  amphistomes,  les  tristomes,  etc.; 
1  ^ntoidti ,  dans  lesquels  il  range  les 
»>«,  les  bothriocéphales ,  les  cyslicer- 

<*'^i  Recherches  sur  forganisation  des  vers^  dans 
*  Iwt/rt  des  sciences  naturelles^  ni*  série,  ZooI<h 
M^».  p.  87;  1847. 

'«'«Si  Les  ctrconsunces  biologiques  ,  ici  comme 
^  lei  insectes  et  plusieurs  autres  animaux,  ont 
'^g^dlmporunce  ;'  elles  ne  tiennent  guère  qu*à 
^wmice  dans  le  choix  de  la  nourriture.  Aussi, 
'  '^^^rant  l'organisation  des  planaires  à  celle  des 
^Atodes,  Blanchard  a^t-il  trouvé  que  Tanimal  vi- 
^  ilaos  les  mares,  dans  les  étangs,  dans  la  mer, 
^  tnvvoisin  de  Tanimal  vivant  dans  le  foie,  dans 
i^Htio  on  dans  uo  autre  viscère  d*un  mammifère, 
"I*  oiseau  ou  d*un  poisson.  Bien  plus,  la  môme 
^«est  sooTentaiiuatique  pendant  une  période  de 

-^;  ^.P^^ie  pendant  une  autre. 

•><Ji  uue  dénomination  est  destinée  a  rappeler, 
Tt^,  ^^^  rabsencc  caractéristique  d^in  vé- 
^  collier  nerveux. 


mies,  etc.  ;  les  hetminthts  proprement  dits; 
c  est-^-dire  les  fliiaires,  les  strongles,  les  as- 
carides, etc.;  enfin  les  n^er^ine^,  et  quel- 
ques autres. 

Pour  ce  qui  concerne  les  organes  de  la 
reproduction  dans  les  classes  précédentes,^ 
n  chez  les  anévormes,  dit  cet  observateur, 
ces  organes  ont  une  constance  assez  grande  ; 
ils  permettent  de  distinguer  ces  entozoaires 
des  autres  vers,  tes  hirudinées  et  les  soo- 
léides  (lombricinées)  sont  les  seuls  qui  s*en 
rèpproclieraicnt  bien  notablement  sous  ce. 
rapport  (380).  »  —  «  Quant  aux  organes  de  la 
génération,  les  cestoïdes  diffèrent  non-seu- 
jeUient  des  helminthes  nématoïdes,  mais 
aussi  des  anévormes,  des  hirudinées  et  des 
scoléides;  ils  n'ont  guère  plus,  d'analogie 
avec  Jes  annélides  proprement  dits.  Dans  les 
ténias  el  dans  les  botriocéphales,  où  le  corps 
est  nettement  divisé  en  une  longue  série 
d'anneaux,  il  existe  dans  chacun  d  eux,  soit 
en  même, temps,  soit  alternativement,  un 
ovaire  eti.ûn  appareil  mâle  complètement 
distinctà^et  séparés  de  ceux  de  l'anneau  pré- 
cédent'^|rf  de  l'anneau  suivant.  Dans  les  oes-. 
toides,  dont  le  corps  n'est  pas  divisé  comme 
il  l'est  chez  les  précédents,  les  organes  de  la 
génération  se  multiplient  néanmoins  de  la 
même  manière  dans  toute  la  longueur  du 
corps  (381).  »  —  a  Toujours,  ajoute-t-il  plus 
loin,  les  sexes  sont  séparés  dans  tous  les  ani- 
maux que  nous  rangeons  dans  la  classe  des 
helminthes;  c'est  encore  un  caractère  géné- 
ral qui  les  sépare  des  anévormes  et  des  ces-p 
toïdes  (382).  » 

Ainsi,  nous  reconnaissons  aux  entozoaires 
des  orji^anes  générateurs,  nous  savons  qu'ils 
produisent  des  oeufs,  et  en  nonibre  immense, 
comme  surtout  le  ténia ,  le  botryocé- 
phale,  etc.  Ces  œufi^  sont  évidemment  des- 
tinés à  les  reproduire,  et  non-seulement 
nous  devons  penser  que  c'est  par  le  dévelop-^ 
pement  de  ces  œufs  que  naît  un  ver  càraclér  . 
risé  comme  le  ténia ,  maià  encore  il  nous 
est  impossible  de  concevoir,  avec  Rudol- 
phe  (3sd),  que  ce  dernier  puisse  se  former 
spontanément.  Aussi  les  partisans  de  la  gé- 
nération équivoque  ne  se  refusent-ils  plus  à 
admettre  que  les  enlozpaires  pondent  des 
œufs,  puissent  même  se  propager  par  des 
œufs;  mais  ils  se  retranchent  derrière  la  dif- 
ficulté ,  l'impossibilité,  disent-ils  »  que  ces 

» 

1380)  E.  Blanchaad,  Ree,  cfi.,  p.  iil. 

(381)  £.  Blanchabd,  Rec,  et/.,  p.  119. 

382)  Id.,  Rêc.  cit.,  p.  128. 

(383)  Rudolphi  (cité  par  Dug^.s,  Physioiogie  com- 
parée, t.  ni,  p.  204)  croit  avoir  observé  un  fait  re- 
marquable de  génération  spontanée  du  ténia.  Sur  un 
cliten  dont  les  intestins  ne  contenaient  que  deux 
articulations  de  ténia  caténiforme,  il  rencontra,  at- 
tachés à  b^ucoup  de  villosités  et  comme  continua 
avec  elle,  de  petits  nœuds  blanch&tres  que  lé  mi- 
croscope démontra  être  autant  de  tètes  de  cette  es- 
pèce de  ténia,  mais  sans  aucune  partie  de  l<ur 
corps.  Rudolptii  fait  remarquer  à  ce  sujet  que  les 

{)lus  petits  oe  ces  animaux ,  1orqu*ils  sortent  de 
*œuf,  montrent  déjà  un  assez  grand  nombre  d*arti- 
cles  ;  ce  qui  .prouverait,  suivant  lui,  que  ces  capi-. 
tules  ne  pouvaient  proveuir  Jnw  aiMiralirin  ovi-' 
para.  '  ' 


«55 


CEN 


MCTIONNAIIIK 


G€N 


W 


œufs  soient  portes  dans  les  cavités  du  corps, 
ou  daos  l'épaisseur  des  tissus,  et  ils  en  con- 
cluent que,  dans  beaucoup  de  circonstances, 
les  entozoaires  ne  peuvent  se  former  que  de 
toutes  pièces,  Tun  d'entre  eux  du  moins, 
sauf  plus  tard  k  ce  que  ce  premier  en  engen- 
dre d'autres  par  scissiparité,  par  bourgeon- 
nement ou  par  des  œufs.  C'est  là,  à  propre- 
ment parler,  le  seul  argument  qu'ils  puis- 
sent présenter  encore  en  faveur  de  cette  doc- 
trine ;  c'est  donc  le  seul  que  nous  aj^ons  h 
examiner.  Nous  allons  essayer  de  prouver 
que,  sinon  dans  tous  les  cas,  du  moins  dans 
la  plupart,  il  ne  peut  pins  être  d'aucune  va- 
leur, et  qu'on  peut  toujours  concevoir  plus 
facilement  le  transportées  œuEs  des  helmin- 
thes que  leur  génération  spontanée. 

11  est  d'abord  un  ordre  de  faits  pour  le- 
quel le  doute  n'est  plus  permis  aujourd'hui  : 
ainsi  on  ne  croit  pius  h  la  génération  spon- 
tanée des  poux,  des  acarus,  des  puces  péné* 
trantes,  des  filaires  de  MéJine,  et  de  tous  les 
parasites  aui,  déposant  leurs  œufs  dans  l'é- 
paisseur cie  la  peau ,  semblent  au^  premier 
abord  se  développer  au-dessous  de^.xl'enve- 
fOppe  cutanée..  Il  en  est  de  même  des  végé- 
taux parasites,  parmi  lesquels  un  des  plus 
remarquables  est  le  botryiis  paradoxa  ou 
bansiana  :  on  sait  que  le  développement  de 
cette  moisissure  provoque,  chez  les  vers  à 
soie,  une  maladie  meurtrière  connue  sous  le 
nom  de  muscardine.  On  croyait  qu'elle  était 
le  résultat  d'une  génération  spontanée  pro- 
voquée par  la  mauvaise  nourriture ,  le  dé- 
faut d'aération,  ou  toute  autre  cause  d'insa- 
lubrité. Mais  les  recherches  de  Brissi  de 
Lodi  (384),  d'Audouin  (385),  de  Johanys  (336), 
ont  prouvé  d'abord  que  ce  cryptogame  est 
inoculable,  et  qu'il  suffit  pouf  le  propager 
d'une  quantité  extrêmement  petite;  puis, 
qu'il  se  développe  toujours  à  Torilice  des 
trachées,  c'est-à-dire  dans  les  points  où  sont 
arrêtés  les  corpuscules  entraînés  par  l'air  at- 
uiosphéricpie  ((ui  pénètre  dans  les  or^janes 
des  insectes.  De  la  connaissance  de  ces  deur 
circonstances  particulières,  il  est  facile  de 
conclure  que  la  production  du  botrytis,  chez 
les  vers  à  sole,  loin  d'être  spontanée,  tient 
seulement  au  développement  de  germes 
transportés  par  l'air  d'un  point  sur  un  au- 
tre (;i87). 

Quant  aux  entozoaires,  et  surtout  aux  in- 
testinaux, on  a  acquis  la  certitude,  à  l'égard 
d'un  certain  nombre,  que  leurs  germes  s'in- 
troduisent avec  les  aliments,  et  qu'ils  se  dé- 
veloppent ensuite  dans  le  corps  des  ani- 
maux chez  lesquels  on  les  trouve.  On  a 
même  vu  des  entozoaires  déjà  formés  dans 
les  corps  d'insectes,  de  poissons,  etc.,  passer 
avec  ceux-ci  dans  les  corps  des  animaux 
auxquels  les  insectes  ou  les  poissons  ser- 

(3S4)  Akh,  de»  $c.  nat. ,  ii'  série.  Zoologie ^  t.  V, 
p.  314. 

(585)  Aiw.  des  »c.  nat..  ii*  série ,  Zool. ,  t.  VIfl, 
p.  2i9,  257. 

(38())  Aiin,  des  se.  nat.,  u*  série,  ZooL,  t.  XI, 
p.  65. 

(387)  Voif.  aussi  un  Rapport  de  DtTROcncT  sur 
les  travaux  relatifê  à  (a  mu»caréine ,  dans  les  .iiijt. 


vent  de  nourriture;  comme  lltqardîD  (388) 
l'a  observé  pour  plusieurs  vers  des  musa> 
raignes,  dont  il  a  décrit  le  développement  et 
les  migrations. 

Il  est  probable  que  l'introduction  des  ge^ 
mes  d'helminthes  avec  les  aliments,  consta- 
tée chez  quelques  animaux,  est  aussi  chez 
l'homme  la  cause  unique  du  développement 
des  vers  dans  son  intestin.  Si  l'on   n'a  pa 
encor  prendre  la  nature  sur  le  fait,  on  con- 
natt  du  moins  quelques  circonstances  qui 
donnent  du  poids  à  cette  présomption.  On 
remarque,  en  effet,  qu'en  Suisse  les  ténias 
sont  très-communs;  et  il  suffit  d'avoir  habité 
le  pays   pendant    quelques    années    pour 
avoir  de  ces  entozoaires  dans  l'intestin.  U 
en  est  de  même  en  Belgique  ;  Brcmser  (389), 
qui  cite  ce  fait  curieux,  le  regarde  comme 
inexplicable.  Or  une  circonstance  purement 
agricole  paraît  être  la  cause  de  cette  singula- 
rité :  la  méthode  flamande  de  fumeries  ter- 
res, employée  en  Belgique  et    en  Suisse, 
consiste  à  verser  directement  sur  le  sol  les 
matières  excrémentielles;  en   France,  aa 
contraire,  on  emploie  pour  engrais  la  {K)u- 
drette,  c'est-à-dire  le  résidu  des  excréments 
longtemps  abandonnés  aux  agents  atmosphé- 
riques, et  sur  lesquels  ont  agi  toutes  les 
causes  pouvant  y  détruire  la  vie  dans  les 
substances  qui  en  étaient  douées.  Suivant 
toute  probabilité ,  les  germes  des  entozoai- 
res, en  Suisse  et  en  Belgique,  sont  absorbés 
par  les  végétaux,  et,  ingérés  avec  ceux-ci 
sous  forme  d'aliments,  passent  de  nouveau 
dans  l'intestin  de  l'homme  ;  tandis  que  le 
contraire  a  habituellement  lieu  en  France. 
Mais  on  conçoit  en  même  temps  qu'il  doit  y 
avoir  un  grand  nombre  d'œufs  détruits,  |V)ur 
quelques-uns  qui   prospèrent.  Aussi   i-(*ui 
qui  sont  habitués  à  saisir  les  harmonies  de 
la  nature  ne  s'étonneront  pas  qu'un  animas 
relativement  aussi  rare  que  le  ténia,  produise 
néanmoins  une  qtiantité  d'œufs  presque  m* 
nombrable  :  on  ne  peut  s'étonner  que  d'une 
chose,  c'est  que  de  tels  animaux  puissent  ser- 
vir encore  de  prétexte  à  la  j^énératiou  ^V^ 
tanée.  «  Nous  savons,  dit  E.  Btanrhard  (390), 
que  les  vers  simt,  de  tous  les  animaux,  les 
mieux  partagés  sous  le  rapport  des  organes 
reproducteurs.  Dans  la  plupart  d'entre  eux 
les  ovaires  occupent  la  plus  grande  partie  du 
corps,  et  les  œufs  se  complenl  par  milliers 
et  cenlainos  de  milliers.  Ce  fait  seul  indigne 
que  les  produits  des  vers  sont  exposés  à  bieii 
des  chances  de  destruction,  et  qu'ils  arri- 
vent, pour  ainsi  dire,  \mr  hasard  à  être  in- 
troduits dans  le  lieu  où  ils  peuvent  se  déve- 
lopper. Mais  l'examen  des  vers'intestinaui, 
on  le  comprend  facilement  d'après  ce  nom- 
bre  incalculable  d'œufs,  doit  laisser  dani 
rétonnement,  en  pensant  que  ces  animaui 

des  sciences  naturettes,  n*  série,  Zool.^  t.  H,  p.  5. 
(388)  Ann.  des  se.  Hat.,  ii'  série,  Zooiogie^  l.  X^« 
p.  529. 

(589)  Traité  des  vers  iniestinanx,  r*  partk^  ;  Pans 

(590)  Ann.  des  $e.  nol.,  in*  série,  Zool.,  I.  VU, 
p.  121, 


•57 


CEN 


D*À.VrRROPOLOGlE. 


GE?I 


ist 


cntsurtoul  s^nri  d'exemple  |iour  répandre 
les  idées  de  génération  spontanée.  » 

Ainsi  il  est  aussi  facile  d'expliquer  la 
r  ré  ence  des  vers  dans  le  tube  digestif  que 
celles  des  parasites  dans  l'épaisseur  de  la 
peau. 

Il  ne  reste  à  résoudre  qu'un  point  de  la 
question,  c'est-k-dire  l'origine  des  entozoai* 
rjs  qu*on  trouve  dans  l'épaisseur  des  tissus, 
a  jusoue  dans  le  corps  des  embryons.  C'est 
le  seul  sur  lequel  il  règne  encore  réellement 
quelque  obscurité.  J.  If  ûller  fait,  à  ce  sujet, 
OD  aveu  complet  d'indécision.  «  En  réalité, 
«iîMl  (391y,on  trouve  ici  autant  d'invraisem- 
blances, quand  on  se  propose  de  réfuter  la 
i^nération  spontanée  que  quand  on  veut 
l'admettre.  Les  œufs  des  entozoaires  sont 
évidemment  trop  gros  pour  pouvoir  passer, 
des  organes  où  vivent  ces  animaux,  dans  les 
vaisseaux  lymphatiques,  pour  circuler  dans 
les  capillaires  san^ns,  et  enfin  pour  arri- 
ver dans  les  produits  sécrétoires,  dans  le  lait, 
le  jaune  de  l'œuf,  etc.  (393).  L'hypothèse  de 
la  transmission  des  vers  intestinaux  de  la 
mère  à  Tenfant  est  en  contradiction  manifeste 
avec  les  données  expérimentales  delà  micro- 
niélrie,  à  moins  de  supposer  que  les  plus  pe- 
tites parcelles  de  substance  reproductive  de 
ces  animaux  sont  tout  aussi  aptes  que  l'œuf 
entier  à  les  propager.  » 

D'abord,  cette  dernière  raison  peut  être 
Traie.  Puis  je  ferai  observer  que,  outre  que 
ii'ius  sommes  loin  de  connaître  la  mesure 
ées  (Bufs  d'un  grand  nombre  d'entozoaires, 
si  ces  CBufs  ne  peuvent  être  portés  par  le  tor- 
rent circulatoire,  les  entozoaires  qui  en  nais- 
sent, par  l'énergie  de  leurs  mouvements,  la 
faculté  qu'ils  ont  de  se  creuser  une  voie 
«lans  l'épaisseur  des  tissus  en  écartant  fai* 
Meinent  leurs  parties  élémentaires,  peu- 
vent, lorsqu'ils  sont  encore  très-petits,  se 
porter  avec  facilité  d*un  lieu  dans  un  autre, 
d'an  organe  tel  que  le  tube  digestif,  ou 
d'une  quelconque  des  cavités  naturelles  dans 
lesquelles  leurs  germes  ont  été  déposés, 
dans  un  autre  organe  plus  ou  moins  étoi- 
le, et  peut-être  du  corps  même  de  la  mère 
jusque  dans  celui  du  fœtus. 

Les  faits,  observés  par  Dujardin  (39^}  sur 
les  tricbosomes  de  la  musaraigne  et  de  Quel- 
ques autres  animaux,  justifient  complète- 
ment notre  manière  de  voir.  «  La  plupart, 
dît-il,  étaient  libres  dans  l'intestin  grêle; 
mai^  ceux  du  hobereau  étaient  engagés  dans 
la  muqueuse  de  l'œsoçhage.  Une  fois,  dans 
la  musarai^e,  je  les  ai  vus  engagés  par  leur 
moitié  antérieure  et  plus  srêle  dans  l'épais- 
seur de  la  muqueuse  de  l'estomac.  Dans  la 
musaraigne,  en  outre,  ils  vont  chercher  à 
une  certaine  époque  de  leur  développement 
un  gf  te  particulier  dans  l'épaisseur  ou  tissu 
de  la  rate.  Là,  ils  achèvent  de  se  dévelop- 


per... La  masse  de  leurs  œufs,  jointe  à  celle 
de  leur  corps,  prend  l'aspect  d*un  tubercule 
blanc  jaunâtre...  Il  est  vraisemblable  one 
divers  tubercules,  observés  ailleurs  dans  les 
dignes  parenchy tpateux ,  ont  une  origine 
analojgue...  Du  reste,  les  dimensions  de  cet 
helminthe  sont  telles  qu'il  lui  est  facile  de  se 
frayer  un  passage  entre  les  fibres  des  tissus 
les  plus  délicats.  » 

D*un  autre  cAlé,  Ehrenbei^  n'hésite  pas  à 
se  ranger  du  côté  de  l'opinion  que  nous  sou- 
tenons, et  il  prétend  même  que  les  œufs  des 
entozoaires  peuvent  très-bien  être  disséminés 
par  la  circulation  dans  toutes  les  parties  des 
animaux:  c'est  ainsi ,  dit-il,  que  l'embryon 
des  mammifères,  dans  lequel  on  a  trouvé  des 
vers  intestinaux,  peut  en  avoir  reçu  les  œufs 
des  humeurs  de  la  mère  (394). 

Un  autre  fait,  encore  peu  connu ,  mais 
qu'il  sera  utile  de  prendre  en  considération 
jiour  lever  cette  dimculté ,  c'est  que  les  en- 
tozoaires, .comme  bien  d*autres  animaux, 
sont  susceptibles  d'éprouver  des  métamor- 
phoses. Dujardin  (395)  a  vu ,  dans  des  oeufs 
de  douve,  bien  qu*ils  fussent  encore  contenus 
dans  le  corps  de  la  mère,  l'embryon  changer 
de  forme  et  se  mouvoir  au  moyen  des  cils 
vibratiles  dont  sa  surlace  est  rerouverte.  Cet 
entozoaire,  entièrement  dépourvu  des  cils 
vibratiles  extérieurs  dans  son  entier  dévelop- 
pement ,  et  en  présentant  dans  sa  vie  em- 
bryonnaire, on  peut  se  demander,  avec  le 
naturaliste  auquel  j'emprunte  cette  observa- 
tion, si  plusieurs  vers,  avant  de  se  fixer 
dans  les  organes  où  doit  s'achever  leur  exis- 
tence, n'ont  pas  des  organes  locomoteurs  tran- 
sitoires; et  si,  durant  une  première  période 
de  leur  vie,  ils  ne  sont  pas  susceptibles  de 
nager  librement  dans  les  fluides.  Ces  trans- 
formations peuvent  d'ailleurs  s^opérer  très- 
lentement,  d'une  manière  peu  uniforme,  et 
rester  ici  plus  qu'ailleurs  sous  la  dépendance 
des  circonstances  ambiantes.  Elles  ne  sui- 
vraient en  cela  qu'une  marche  semblable  à 
celle  qu'on  observe  chez  tous  les  animaux 

2ui  sont  les  sujets  de  pareils  phénomènes, 
^n  sait  combien  la  différence  de  température 
hâte  ou  retarde  l'éclosion  des  œufs,  surtout 
de  ceux  des  vers  à  soie  ;  combien  l'abaisse- 
ment de  température  et  l'obscunté  retardent, 
presque  indéfiniment ,  les  métamorphosés 
des  batraciens.  Il  est  à  présumer  que ,  chez 
les  entozoaires,  les  métamorphoses  peuvent 
s'accomplir  aussi  dans  des  intervalles  de 
temps  indéterminés,  et  seulement  quand  ces 
animaux  se  trouvent  dans  les  circonstances 
favorables  à  leur  manifestation.  C'est  encore 
ïk  une  observation  de  laquelle  il  faudra  tenir 
compte  chaque  fois  qu  on  approfondira  ce 
sujet,  afin  de  ne  pas  prendre  pour  un  autre 
entozoaire  la  larve  ann  entozoaire  déjà  dé- 
terminé, et  de  ne  pas  attribuer  ainsi,  suivant 


îe,  1. 1",  p.  15,  trawL  de 


4301)  Mmuid  de 
Juardan. 

<592)  On  a  rencontré  en  effet  des  vers  dans  des 
«nfs  poodos  ;  Escholz ,  par  exemple,  en  a  v«  dans 
«f«s  onife  de  ponle.  (Brwicn  ,  Pkffnoioffie  ,  t.  fr% 
^.  51,  trad.  de  Jourdan.) 


(395)  iliMi.  d€$  êc.  nul.,  ii*  série,  Zo&iogie,  t.  XI, 
o.  335  358. 

(39i)  BciiDâCH,  Pkffêiolope,  t.  1'%  p.  31. 

(393)  Ajiji.  de$  u.  mI.,  ii'  série.  Zoologie^  1857,. 
t.  VDI,  p.  503. 


639 


«EN 


MCTlOWAUtfi 


CEI! 


eif 


le  lieu  oà  oq  1a  trouverait,  à  Teffet  d*une  gé- 
nôralion  spontanée,  le  résultat  d'ua  mode 
de  reproduction  bien  connu. 

Il  est  une  autre  remarque  analogue  qull 
GQuvient  de  rappeler.  Récemment  Mieseher 
et  Dujardin  ont  émis  Tocfinion  que  les  cysti- 
uues  pourraient  bien  n'être  autre  chose  ^ue 
lies  fénoïdes  développés  d*une  manière  anor- 
male :  en  effet,  les  cystiques  sont  constam-r 
ment  dépourvus  d'organes  de  reproduction, 
et  ils  ne  se  rencontrent  jamais  dans  le  canal 
intestinal  des  animaux,  comme  font  les  té- 
nias, mais  seulement  dans  des  kystes  se  dé- 
veloppant à  la  surface  des  membranes  séreu- 
ses, ou  à  la  surface  du  foie  et  des  poumons; 
ce  qui  tendrait  à  faire  penser  que  les  œufs 
de  ténias,  ayant  été  introduits  dans  Técono* 
mie  animale,  en  dehors  du  tube  digestif, 
ont  pu  éclore  et  donner  naissance  à  de  jeu- 
nes individus  dont  le  développement  de- 
meure incomplet,  et  dont  la  forme  du  corps 
s  altère,  parce  quils  vivent  dans  une  condi- 
tion en  quul;[ue  sorte  accidentelle. 

Be  tous  tes  laits  et  de  toutes  les  considé- 
rations c|ui  précèdent,  ngus  concluons  que 
les  helminthes  ne  naissent  pas  spontanément 
dans  le  corps ,  mais  qu'ils  y  sont  toujours 
portés  par  les  aliments,  ou  à  l'état  dœuf, ou 
a  rétat  de  larve,  et  qu'alors  ils  se  développent 
dans  l'intestin  ou  passent  dans  des  parties 
plus  profondes.  Quant  à  leur  multiplicatioQf 
il  est  évident  que  dès  qu'un  d'eux  se  trouve 
dans  le  milieu  qui  lui  convient,  il  p^ui  pro- 
duire un  nombre  de  petits  en  harmonie  avec 
le  nombre  de  ses  œufs,  aue  nous  savons  être 
des  plu3  considérables,  it  suffit  donc  de  con- 
cevoir et  d'expliquer  l'introduction  d'un 
seul  de  ces  animaux,  pour  rendre  compte  de 
la  présence  de  tous  les  autres» 

Les  développements  dans  lesquels  nous 
sommes  entrés  nous  dispensent,  d^insisler 
beaucoup  sur  les  principales  objections  que 
font  à  cette  opinion  lesjspontéparisies.  Nous 
avons  déjà  dit  ce  que  nous  pensons  de  la  pré- 
sence des  entozoaires  dans  les  embryons^ 
bien  que  ce  cas  soit  sans  contredit  un  des 
plus  embarrassants.  11  est  facile,  d'un  autre 
côté,  d'expliquer,  sans  avoir  recours  à  la  gé- 
nération spontanée,  pourquoi  la  plupart  des 
animaux  ont  leurs  entozoaires  propres.  Ou- 
tre que  la  proposition  n'est  pas  absolue, 
puisqu'on  a  réellement  rencontré  les  mémes^ 
entozoaires  dans  plusieurs  espèces,  et  même 
dans  plusieurs  classes  diiTérentes,  les  ger- 
mes ues  mêmes  vers  peuvent,  on  le  conçoit, 
être  introduits  à  la  fois  dans  une  foule  d'a- 
nimaux, et  se  développer  seulement  dans 
ceux   où.  ils   trouvent   le  milieu  qui  leur 


tozoaires  propres,  dit  qu'il  île  peut  recevoir 
des  œufs  que  de  son  semblable,  et  fait  la 
singulière  supposition  que  ces  œufs  devraient 
se  transmettre  des  parents  aux  enfants  dans 

(:S06)  Physiolagie,  i,  I",  p.  29. 

(Â97)  Physiotogie,  t.  !•%  p.  9. 

(398)  Voy,  les  deux  bTROUicTio.Ns  du  t.  11  c4  du 


l'acle  de  la  génération  (3%).  La  même  néeer 
site  de  vivre  dans  les  milieux  où  ils  trouvent 
leurs  conditions  d'existence  £ait  comprendre 
aussi  pourquoi  beaucoup  de  ees  singuliers 
étres<  vivent  aeulement  dans  certains  organes 
et  meurent,  en  général ,  hors  du  corps  des 
animaux.  Ainsi,  rien  n'enqièche  d'admettre 
que  ces  êtres  se  reproduisent  comme  Ions 
ceux  qui  leur  ressemblent  et  qui  Tivent  hors 
des  autres  animaux;  rien  n'oblige  à  faire  la 
supposition  qu'ils  sont  engendrés  speniané- 
ment.  Non-seulement  cette  supposition  est 
toute  gratuite,  mais  elle  est  encore  contraire 
à  tous  les  faits. 

£n  résumé,  qu'on  étudie  le  déTelq[>pe- 
ment  des  infusoires,  ou  la  production  des 
entozoaires,  si  l'on  suit  le  progrès  histori- 
que, si  Ton  s'entoure  des  lumières  de  l'expé- 
rience et  de  l'observation,  si  l'on  fait  la  f«rt 
de  l'exactitude  dans  toutes  les  données  ana- 
tomiques  et  physiologiques  qui  s'y  ratta- 
chent, on  voit  que^  partout  où  la  question  a 
été  approfondie,  l'hypothèse  de  la  génération 
spontanée  s'évanouit,  il  faut  dono  la  rejeti-r 
dans  l'état  aotuel  de  la  science»  et  ne  pas  y 
recourir  par  cela  seul  qu'on  ne  peut  expli- 
quer encore  tous  les  cas  de  reproduction  des 
êtres  vivants.  Cette  décision  n*est  jpas  d'ail- 
leurs aussi  indifférente  que  l'expnme  Eiîr- 
dach,  tout  en  défendant  avec  énergie  l'opi- 
nion que  nous  venons  d^attaquer  (397).  Si,  à 
un  point  de  vue  proprement  philoso{>hique 
et  très-élevé,  il  importe  peu  que  des  animaux 
puissent  se  former  spontanément,  on  qu*iis 
ne  proviemieiit  que- ao  parents  antérieure^ 
ment  créés,  il  est  nécessaire  pour  le  physio- 
logiste de  poursuivre,  avant  tout,  la  vérité* 
et  de  la  découvrir  partout  où  il  peut  l'éclai- 
rer des  lumières  de  l'expérience.  Or,  si  là 
génération  spontanée  se  conçoit,  rien  de  po- 
sitif ne  la  justifie;  l'expérience  et  l'observai 
tion,  chaque  jour  plus  savantes,  lui  oot  ar- 
raché un  1  un  tous  les  faits  qui  c^onstituaient 
ses  plus  forts  arguments  ;  ceux,  que  le  défaut 
de  nos  connaissances  lui  permet  de  reven- 
diquer  encore  sont  pour  le  moins  in^if^i- 
fiants.  Ces  motifs  suifisent  pour  nous  la  faire 
nier  chez  les  animaux,  et,  en  génC^ral  chez 
tous  les  êtres  organisés  (398) . 

GENRE,  ESPECE  et  VAIUÉTÈ.  —  Le 
français  genre  vient  du  laiiin  genus  dérivé 
lui-même  du  grec  yhaç  qui  a  la  même  signi- 
fication. Ce  mot  s'appliquait,  dans  le  langage 
des  anciens,  à  tout  nombre  collectif  d'êtres 
organisés,  parents  les  uns  des  imtres  ou  des- 
cendants des  mêmes  ancêtres.  L'idée  de 
genre  était  alors  une  idée  simple,,  bien  définie 
et  qui  ne  différait  en  rien  de  celle  que  nous 
attachons  aujourd'hui  aux  mots  famille  et 
race.  Peu  à  peu  le  sens  attaché  à  cette  ex- 
pression s'est  étendu  et  on  en  a  fait  usa^c 
pour  désigner  tout  ensemble  d'êtres  qui,  à 
raison  des  ressemblances  réelfes  ou  imagi- 
naires qu'on  trouvait  dans  leur  forme  ou 
leur  nature,  étaient  soupçonnés  d'avoir  tiré 

t.  ni  de  notre  XHcliofinotre  de  lootogitf  et  art.  Gémé» 
ration  sponlanéef  dans  le  toiue  H.  du  m^e  dsdiao- 
iiai;'c. 


Ul 


€KN 


D'ANTHR0^0L66IE. 


G  EN 


612 


leur  origine  d'une  souche  commune.  Ainsi 
tfn  groupe  coiiiprenait  tous  les  animaux 
qu  on  désignait  sous  le  nom  de  chiens,  un 
duire  tous  les  chats  ,  un  troisième  les 
bœufs,  etc. 

Lorsque  les  progrès  des  investigations 
icieniinques  eurent  fait  apercevoir  que  ces 
dassps  étaient  trop  étendues  et  comprenaient 
(le>  êtres  si  différents  les  uns  des  autres  qu'il 
éiail  difficile  de  les  considérer  comme  prove- 
nus dune  même  souche,  on  adopta  le  terme 
M»;  ou  espèce,  auquel  on  donna  à  très  peu 
près  la  même  acception  qu^avait  eue  origi- 
u.îirement  le  mot  genre.  Espèce  était  ainsi 
svûonyme  de  race,  de  famille. 

Cependant  cette  signification  dunâot  espèce 
lélé  encore  modifiée,  encore  étendue  par  les 
oitorâlistes  modernes,  comme  Tavait^té  celle 
duraotçeoreparleursprédéce$seurs,hommes 
{uj  d'ailleurs  ne  se  piquaient  pas  de  popter 
amêmc  rigueur  dans  1e  langage  scientifique. 
r/t'si  d'après  des  ressemblances  générales 
ju'ils  prétendent  reconnaître  quels  sont , 
(ttrrai  les  êtres  organisés,  ceuî  qui  appar- 
iienoentà  une  même  souche,  et  rensemble 
Je  tous  les  individus  qui  leur  paraissent  êil-e 
Ibos  ce  cas  est  ce  qu*its  nomment  une 
»péce. 

«  Nous  réunissons  sous  le  nom  d'espèce, 
fit  M.  de  CandoHe,  tous  les  individus  qui  se 
assemblent  assez  entre  eux  pour  que  nous 
missions  croire  qu'ils  ont  pu  sortir  orîginai- 
«QCDtd'un  seul  être  ou  d'un  seul  couple. 
>tte  idée  fondamentale  est  évidemment 
bndée  sur  une  hypothèse;  mais  elle  est  ce- 
valant  la  seule  qui  donne  une  idée  réelle 
k  ce  que  les  naturalistes  entendent  par  es- 
lèce.  Le  degré  de  ressemblance  qui  nous 
wtoriseà  réunir  les  individus  sous  cette 
lénomination  est  très-variable  d'une  famille 
I  lâuire ;  et  il  arrive  souvent  que  deux  in  • 
Svidus  qui  appartiennent  réellement  à  la 
Béme  espèce  diflêrent  plus  entre  eux  en 
^'pdrence,  que  des  espèces  distinctes  :  ainsi 
èfagneul  et  le  ohien  danois  sont,  h  l'exté* 
iear,  plus  différents  entre  eux  que  le  chien 
Ile  loup;  et  les  variétés  dé  nos  arbres 
ruitiers  offrent  plus  de  différences  apparen- 
K  que  bien  des  espèces.  » 

Il  j  a  longtemps  que  Buffon  a,  dans  leé 
aémes  termes  a  peu  près,  défini  Vespèce, 
wnme  «  une  succession  constante  d'mdi  - 
iiius  semblables  entre  eux  et  capables  de 
f  reproduire.  »  11  réunit  là  deux  condi- 
ioDs  la  possibilité  de  la  reproduction  et  la 
^^serablance  mutuelle.  Cependant  il  avait 
»*i^né  oue  le  point  de  ressemblance  n'était 
pi'une  idée  accessoire;  la  seule  circonstance 
[«•'lesiendre  d'une  souche  commune  ou  si 
On  veut  celle  d*unë  parenté^  d'une  con^afi- 
l*«ii<  reconnue  ou  présumée,  était  devenue 
«caractère  essentiel  de  l'espèce,  comme  eHé 
*tait  dans  Torigine  celui  du  genre,  avant 
[Jl'on  eût,  par  une  extension  conjecturale, 
Iwiurné  ce  dernier  terme  de  sa  signification 
^witiTc.  Cttvier  adopte  à  peu  près  la  même 


définition.  II  admet  la  ressemblance  entre  les 
individus  comme  un  critérium  de  l'espèce  ; 
mais  pour  lui  comme  pour  Buffon  ce  qui  la 
constitue  réellement,  c'est  «  la  succession 
des  individus  qui  se  reproduisent  et  se  per- 
pétuent (399).  » 

Un|écrivain  dont  l'attention  a  été  récemment 
dirigée  vers  des  recherches  qui  se  rattachent 
\  césujet(^OO),  a  très-judicieusement  remar- 
oué  que  les  deux  naturalistes  ont  trop  compris 
dans  là  définition  de  leur  espèce;  que,  non 
contents  d'y  donner  la  signification  du  mot, 
ils  y  ont  fait  entrer  un  critérium  liypothéti- 
que  de  l'identité  cl  de  la  diversité  spécifique, 
ou  de  la  méthode'  qui  peut  servir  à  fixer 
l'étendue  et  les  limites  de  ces  sortes  dé 
groupes  dans  la  nature  organisée. 
.  Celle  remarque,  d'une  justesse  incontesta- 
ble, trouve  son  application  non-seulement 
dans  le  e^s  des  auteurs  que  nous  venons  de 
citer,  mais  encore  dans  celui  de  presque  tous 
les  naturalistes.  L'adoption  d'un  terme  dont 
la  signification  est  en  partie  hypothétique,  a 
été  évidemment  la  source  d  une  foule  de 
discussions  longues  et  embrouillées.  Comme 
le  mot  espèce^  en  mettant  de  côté  toute  hypo- 
thèse, ne  signifie  pas  autre  chose  que  ee'quo 
l'on  entend  communément  par  race,  lignée, 

Earenté,  tô  ^jvyysvir,  nous  nous  épargnerions 
eaucoup  d'embarras  inutiles  en  rejetant 
l'usage  d'un  terme  dont  le  sens  est  si  fort 
contesté;  mais  comme  hou€  rie  pouvons 
bannir  de  notre  vocabulaire  un  mot  si  bien 
enraciné,  nous  nous  bornerons  à  l'employer 
dans  la  signification  propre  et  restreinte  que 
lions  avons  indiquée  plus  haut. 

Les  espèces  sont  donc  simplement  des  en- 
sembles de  plantes  ou  d'animaux  que  l'on 
sait  de  science  certaine,  ou  que  l'on  peut 
croire,  d'après  de  justes  motifs,  être  des  re- 
jetons d'un  même  tronc,  ou  descendre  de 
familles  entièrement  semblables  et  impossi- 
bles à  distinguer  les  unes  des  autres.  C'est 
toiqours  dans  ce  sens  restreint  et  précis 
qu'on  aurait  dû  employer  le  mot,  et  c'est 
toujours  ainsi  qu'on  devra  l'entendre  quand 
on  le  rencontrera  dans  les  pa^es  suivantes. 

Le  sens  attaché  à  l'expression  de  variété 
permanente  se  rapproche  à  plusieurs  égards, 
de  celui  qu'on  attache  au  mot  espèce,  et  il 
faut  apporter  beaucoup  de  soin  dans  la  dis- 
tinction des  deux  choses.  Les  variétés  per- 
manentes, en  admettant  qu'il  en  existe,  sont 
des  races  dans  lesquelles  se  perpétuent,  par 
voie  de  génération,  certains  caractères  parti- 
tmliers.  Elles  diffèrent  des  espèces  en  ce 
sens  que  les  particularités  qui  les  distin- 
guent ne  remontent  point  jusqu'aux  pre* 
miers  parents,  mais  se  sont  manifestées  pos- 
térieurement à  l'existence  de  ceux-ci,  et  ont 
constitué  dans  leur  lignée  une  déviation  du 
caractère  primitif.  ' 

Quelques  naturalistes  supposent  que  beau- 
coup des  groupes  que  l'on  considère  mainte- 
nant comme  des  espèces  distinctes,  tant  dans 
le  règne  animal  que  dans  le  règne  végétal, 


^)  BorfO!i,  But.  nat,;  —  G.  CimER,  Bègne        (400)  Flobibm,  Ànn.  des  k.  itol.,  ii*  série,  EooL; 
»»Mf.  Parit,  \99B.  5  vol.  iii-8-.  Paris,  I8M,  t.  IX,  p.  3M. 


$45 


GO 


DICTIONNAIRE 


GEN 


lu 


ne  soat  en  réalilé  que  des  variétés  perma- 
nentes; et  il  faut  reconnaître  que  dans  lâen 
des  cas  cette  opinion  parait  tout  à  fait 
fondée. 

Lorsque  les  différences  qui  existent  entre 
des  races  données  d'animaux  ou  de  végétaux 
ne  sont  pas  assez  tranchées  pour  qu'on 
puisse  décider  au  premier  abord  si  ces  races 
appartiennent  en  effet  ou  'n'appartiennent 
pas  à  une  même  es^ce,  divers  moyens  se 
présentent  pour  arriver  à  la  solution  de  la 
question. 

Lé  plus  simple  et  le  plus  direct  de  ceux 
qui  ont  été  proposés  consiste  à  montrer,  au 
moyen  d'expériences  ou  d'observations  bien 
constatées,  que  les  différences  par  lesquelles 
ces  races  se  distinguent  les  unes  des  autres 
se  présentent  aussi  entre  des  individus  qu'on 
sait  être  nés  des  mêmes  parents.  Quand  cela 
peut  se  faire,  la  question  est  tranchée.  Mais 
quelquefois  ce  moyen  n'est  pas  applicable; 
et  lorsque  les  races  que  l'on  considère  sont 
oii  des  variétés  permanentes  ou  des  espèces 
distinctes,  la  solution  est  beaucoup  plus  dif- 
ficile. 

Il  y  a,  pour  ces  sortes  de  cas,  un  moyen 
d'arriver  à  une  conclusion,  et  ce  moyen,  que 
certains  naturalistes  regardent  comme  tou- 
jours préférable,  est  en  effet  parfaitement 
satisfaisant,  s'il  est  vrai  qu'on  puisse  faire 
fond  sur  la  généralité  de  1  observation  qui  y 
sert  de  base  :  je  veux  parler  ici  des  faits  gui 
se  rattachent  a  ce  qu'on  nomme  i'hybridiié. 

Pour  arriver  à  la  solution  du  problème, 
on  a  enfin,  outre  le  critérium  auquel  nous 
venons  de  faire  allusion,  une  autre  méthode 
à  laquelle  on  peut  avoir  recours;  mais  elle 
entratne  de  longues  et  souvent  de  labo- 
rieuses recherches  concernant  l'histoire  des 
espèces. 

C'est  un  fait  des  plus  évidents  que,  dans 
Je  monde  animai  comme  dans  le  monde 
végétal,  toutes  les  races  généralement  se  re- 
produisent et  se  perpétuent  sans  se  mêler  ni  se 
cojifondre  les  unes  avec  les  autres.  Là  loi  de 
nature  veut  que  les  créatures  de  toutes  sor- 
tes croissent  et  se  multiplient  en  propageant 
leur  propre  espèce  et  non  point  une  autre  ; 
jet  .ce  serait  probablement  en  vain  que  l'on 
chercherait  dans  le  monde  entier  un  exemple 
bien  constaté  d'une  race  intermédiaire  pro- 
.venant  de  deux  espèces  dûment  reconnues 
pour  distinctes.  Un  fait  de  ce  genre,  si  on 
venait  à  le  découvrir,  constituerait  certaine- 
ment une  surprenante  anomalie. 

La  nécessité  d'une  telle  loi  dans  l'écono- 
mie de  la  nature  est  presque  évidente  d'elle- 
même,  ou  le  devient  dès  qu'on  passe  en 
revue,  même  d'une  manière  très-générale, 
mèqpe  d'une  manière  superficielle,  les  phé- 
Boinènes  fin  monde  vivant;  ear  si  ce  principe 
ne  présidait  pas  à  toute  reproduction,  com- 
ment serait-If  possible  cnie  l'ordre  et  la  va- 
riété se  conservassent  à  la  fois  dans  la  créa- 
lion  animale  et  végétale? 

S'il  pouvait  arriver,  dans  le  cours  ordinaire 
des  choses,  que  les  différentes  espèces  se  mê- 
lassent, que  des  races  hybrides  fussent  pro- 
duites et  se  perpétuassent  sans  empêche- 


ment, le  monde  organisé,  comme  quelques 
écrivains  en  ont  déjà  fait  la  remarque,  pré- 
senterait  bientôt  une  scène  de  cotifusion 
universelle.  Les  différentes  espèces  se  fon- 
draient lés  unes  dans  les  autres,  et  à  la 
lonsue  nous  pourrions  à  peine  décourrif 
quelques  races  pures  et  inaltérées;  déjà 
même,  ou  peut  le  dire,  cette  confusion  exis- 
terait.  Mais  Combien  l'ordre  réel  de  la  nature 
n'est-il  pas  opposé  à  un  tel  état  de  choses^ 
Par  toute  la  terre  nous  voyons  les  espèces 
se  reproduire  d'une  manière  régulière,  uni» 
forme,  et  les  limites  de  chacune  d'elles  ne 
sont  pas  moins  nettement  posées  auiour« 
d'hui  qu'elles  ne  l'étaient  il  y  a  quelques 
mille  ans.  11  est  évident  que  la  conserralion 
des  espèces  a  été  assurée  par  des  moyens 
parfaitement  efficaces,  et  cela  universelle- 
ment, dans  toutes  les  classes  de  lacréalion 
organique. 

Quoique  cette  loi  dans  l'économie  de  la 
nature  se  présente  avec  un  tel  air  de  vrai- 
semblance, qu'  il  n'est  guère  possible  de  se 
refuser  à  l'admettre  du  moment  où  elle  est 
énoncée,  il  a  fallu  du  temps  aux  naturalistes 
pour  en  venir  à  reconnaître  que  les  faits  j 
sont  en  effet  conformes.  Les  physiolo^stes 
ont  été  sujets  sur  ce  point  k  de  nombreuses 
vacillations ,  et,  parmi  les  botanistes  sur- 
tout, les  notions  les  plus  erronées  ont  été 
un  temps  en  faveur. 

Linné ,  dont  le  coup  d'oeil  en  histoire  na- 
turelle était  en  général  si  pénétrant,  Linn^ 
avait  adopté  une  opinion  très-singulière  sur 
rétendue  de  l'hybndité  parmi  les  plantes.  H 
supposait  qu'il  pouvait  y  avoir  production 
d*hybrides  entre  des  plantes  de  différentes 
familles.  Il  considérait,  par  exemple,  la  te- 
ronica  spuria  comme  résultant  du  mélange 
de  la  veronica  maritima  et  de  la  verbena  o//h 
cifuJii  :  il  supposait  que  la  saponaria  m- 
brida  était  produite  par  la  ^oponarta  o/ji* 
cinalis  fécondée  par  une  gentiana^  que  Vacta 
à  fruits  blancs  était  produit  par  Yactea  à 
fruits  noirs  fécondée  par  le  rhtis  toxicoin* 
dron;  Linné  n'hésitait  point  à  admettre  les 
faits  de  ce  genre  sur  de  siinpies  conjectures, 
et  lorsqu'il  trouvait  une  plante  qui  lui  pré- 
sentait  ue  la  ressemblance  avec  deux  autres 
que  le  hasard  avait  fait  croître  près  d'elle, 
sans  chercher  d'autre  preuve,  il  la  notait 
comme  un  produit  hybride  des  deux. 

Depuis  Linné  de  telles  opinions  ont  été 
regardées  comme  tout  k  fait  erronées.  U^ 
tentatives  qui  ont  été  biles  pour  obtenir 
artificiellement  de  semblables  prodactioos 
entre  des  plantes  de  familles  différentes 
ont ,  comme  le  remarque  M.  de  Candolle, 
uniformément  échoué,  et  elles  ont  même 
rarement  réussi  entre  des  es^ces  différentes 
d'un  même  genre.  Dans  nos  jaxdinsilse  pro- 
duit souvent,  c'est  nn  fait  bien  connu,  des 
hybrides  entre  des  espèces  appartenant  au 
même  genre  ;  mais  dans  Tétat  de  nature,  <ie 
telles  productions  sont  comparativement  r*- 
res.  M.  de  Candolle,  après  un  exasien  des  cri- 
tiques des  exemples  qui  ont  été  émimérée*, 
arrive  à  la  conclusion  suivante  :  «  Que  q^^ 
que  l'attention  des  naturalistes  soit  éveillée 


CE?Ï 


D*ANTnilOPOl.OGlR. 


GE!Y 


m 


«iepuis  plus  d*un  siècle  sur  les  hybrides*  et 
que  lenr  tendance  ait  paru  être  plutôt  de  les 
exa.^rer  que  de  les  ré«iuire,  on  ne  peut  citer 
(Dcore  qu  une  quarantaine  d'exemples  prou- 
vée d*b7bridité  naturelle,  et  tous  entre  es- 
pèces ae  même  genre,  et  même  presque 
tous  entre  espèces  de  la  même  section  du 
eeore.  Nous  pouvons  par  ce  fait  apprécier 
Phypothèse  trop  hardi  de  Linné,  qui  présu- 
mait que  le  nombre  des  espèces  était  allé 
en  augmentant  d*une  manière  très-marquée 
depuis  l'origine  des  êtres  organisés,  qui  avait 
même  soupçonné  que  le  croisement  des  fa- 
loiKes  a?ait  créé  les  genres,  et  que  celui  des 
tCPnres  avait  créé  les  espèces  {hOi).  » 

Mais  quoiqu'il  se  produise  des  plantes  hy- 
brides, il  n*y  a  pas  de  races  hybrides  :  c*est 
tto  fait  aiqourd*htti  unirersellement  reconnu 
par  les  botanistes.  Il  paratt  que  la  nature  a 
préTenu,  par  des  défauts  organiques  divers, 
Il  perpétuation  de  telles  productions, 
y.  de  Candolle  conjecture  que,  chez  les 
hybrides,  il  y  a  toujours  dans  le  pollen  des 
liiibères,  soit  défaut  absolu,  soit  rareté  com- 
ItffKiTe  de  granules,  et  que  de  cette  diffé- 
rrnre  dépend  la  stérilité  complète  de  quelr 
qotf  plantes  hybrides  et  le  peu  de  fécondité 
oe  plusieurs  autres. 

Uu  une  cause  de  cette  nature  agisse  en 
pareil  cas,  c'est  ce  qui  est  très-probable,  et 
que  parait  prouYer  le  résultat  des  expéricn- 
^  de  Gaertner.  Ce  botaniste»  en  effet,  a  re- 
M)OQu  que,  dans  les  essais  que  Ton  lait  pour 
produire  des  hybrides,  le  nombre  des  frai- 
ses fertilisées  dans  chaque  fruit  est  toujours 
beaucoup  moindre  que  dans  Tétat  naturel. 
M.  de  Candolle  soupçonne  aussi  que  TaTOiv 
leiDent des  germes,  eu  quelque  monstruo- 
lité  dans  les  organes  de  la  fécondation ,  doit 
ilreau  nombre  des  causes  qui  empêchent  la 
irproduction  des  hvbrides.  Il  parait  cepen- 
dant que,  dans  quelques  cas,  on  est  parvenu 
^fairerc{)roduireces  sortes  de  plantes,  soit 
lîec  des  individus  appartenant  à  l'une  des 
deui  espèces  d'où  elles  dérivent,  soit  avec 
fautres  hybrides.  Mais  on  n'a  point  d'exem- 

(W)  De  Cjutoolle,  Pktfûol.  végét.  ;  Paris,  1852, 
Hol.  io-8*,  p.  7U. 

1^)  M.  Knîglit,  qui  a  fiûl  sar  ce  sujet  des  ob- 
^aiîon  trèfr-Bombreases  et  très-suivies,  soaUent 
ortnceal  h  doctrine  de  la  stérilité  des  plantes  by- 
^^^  Il  dii  que,  dans  les  diflërentes  races  rappor- 
iMi  )o  genre  Pivum,  le  P.  domettica,  le  P.  insei- 
fe<iMel  le  P.  ipmcêa  doivent,  selon  toutes  les  probabi- 
itOt  pouvoir  produire  ensemble  des  individus  fer- 
^  Il  a  encore  moins  de  doutes  relativement  an 
^  9Tmemca  eC  au  P.  iitirieo.  On  trouve  le  pre- 
^  à  rëut  sauvage  dans  les  oasis  de  rAfrique, 
*  il  porte  un  fruit  sucré  et  savoureux  de  couleur 
^«w;  le  fruit  du  P.  9ibirica  a  un  goût  acide;  il 
w  ooir  et  pclH.  Cependant  M.  Knigbt  ajoute  :  c  Si 
^  espèces,  dUîinete»  en  a^pareKce,  produisent  en- 
[^■Me,  et  (jue  le  produit,  amsi  que  jfi  suis  disposé  à. 
^  nnire,  ne  soit  pas  un  mulet,  un^  individu  stérile, 
l' o'hésiteraî  pas  à  les  considérer  comme  apparte- 
^  ^  aae  même  espèce,  ainsi  que  je  Tai  fait  pour 
^  Iraise  dn  Chili,  la  fraise  ananas  et  la  fraise  emr- 
^-  >  Il  se  fonde  sur  le  même  ordre  de  considéra- 
>f«f  pour  éubllr  ridentilé  spédfkpie  de  la  péçhe  el 
«'  t'amande  douce.  Si  le  produit  hybride  auquel 
'un  àfmntni  oaissanoê  est  fécond,  cela  prouve  evi« 


pie  que  cette  fertilité,  qui  est  toujours  un 
fait  rare,  soit  devenue  permanente ,  et  selon 
le  professeur  Lindicy,  elle  n'a  jamais  conti- 
nué au  delà,  de  la  troisième  génération. 

Le  résultat  de  toutes  les  observations  qui 
ont  été  faites  sur  ce  sujet»  est,  ainsi  que 
M.  de  Candolle  en  a  fait  la  remarque,  que 
tous  ces  genres  intermédiaires  tendent  in- 
cessamment à  s^^teîndre  par  suite  des  diffi- 
cultés qui  s'opposent  à  leur  reproduction. 
Ceci  explique  leur  rareté  et  fait  comprendre 
la  permanence  des  espèces  dans  1  état  de 
nature ,  comme  un  fait  qui  n'a  rien  d'iur 
coiiciliable  avec  l'existence  de  productions 
hybrides ,  productions  beaucoup  plus  rares 
qu'on  ne  l'a  dit,  purement  temporaires  et  qui 
rentrent  dans  la  classe  des  monstruosités 
ou  anomalies  du  règne  végétal  (403). 
j  L'histoire  des  hybrides  dans  le  règne  vé- 
gétal a  été  depuis  peu,  pour  MM.  Gaertner 
et  Wiegmann,  l'objet  de  deux  importants 
ouvrages;  les  conclusions  auxquelles  ces  sa- 
vants se  sont  trouvés  c(»nduits  ont  été  discu  • 
tées  comparÀ^vement  par  Meyen,  qui  a  éga-- 
lement  passé  en  revue  tous  les  autres  tra- 
vaux relatifs  au  même  sujet  (Neues  System 
der  Planzenphyiiologie  :  Berlin,  1837,  1839, 
3  vol.  in-S"),  et  une  analyse  rapide  des 
résultats  de  cette  discussion  a  été  donnée 
))ar  le  professeur  Wagner,  dans  les  termes 
suivants  : 

«  1*  Les  plantes  hybrides  sont  très-rare- 
ment produites  dans  l'état  de  nature  et  la 
plupart  des  exemples  donnés  comme  tels 
ne  reposent  point  sur  des  preuves  suffi- 
santes 

«  S*  Les  plantes  hybrides  se  fécondent 
très-rarement  entre  elles.  Toutes  celles  qui 
tiennent  exactement  le    milieu   entre  les 

tlantes-mères;  telles  que  le  verbascnm  Ây- 
ridum  et  la  digiialis  tmrpurascens  prove- 
nant de  la  D.  purpurea  et  de  la  luiea^  etc., 
sont  absolument  stériles,  ainsi  que  cela  est 
prouvé  par  les  observations  de  Roelrenter 
et  par  celles  de  Weigmann  ;  tandis  que  les 
hybrides  qui,  en  raison  de  la  proportion  du 

demment,  ou  bien  Tidentité  spécifique  des  deux 

Slantes  mérçs,  ou  la  transmutabilité  des  espèces. 
r,  si  la  pècbe  constituait,  dés  rori^^ine,  une  espèce 
distincte,  comment  seraitrelle  restée  inconnue  depuis 
répoque  de  la  création  jusqu^au  règne  de  Claude 
César?  c  La  pomme  sauvage  d*AngIeterre  et  celle 
de  Sibérie,  quoique  dissemblables  dans  leurs  carac- 
tères.et  leurs  habitudes,  paraissent,  ajoute  H.  Knigbt, 
ne  former  qu*une  seule  espèce  dans  laquelle  de 
grands  changements  se  sont  produits  sous  nnfluence 
qu*a  exercée  le  climat  pendant  une  longue  suite  de 
générations,  i  Notre  auteur,  enlln,  résume  son  opi- 
nion dans  les  termes  suivants  :  c  Parmi  les  plantes 
hybrides  capables  de  perpétuer  leur  race,  je  n>n 
ai  pas  encore  vu  une  seule  pour  laquelle  on  pOt  éta- 
blir, par  des  preuves  suffisantes ,  qu*elle  avait  été 
.produite  par  dieux  espèces  ori^^inairement  distinctes. 
Ainsi  je  dois  continuer  à  croire  qn*il  n'existe  point 
maintenant,  soit  dans  le  règne  animal  soit  dans  le 
règne  végétal,  d'espèces  capables  de  se  propager  qui 
n'aient  été  telles  en  sortant  des  mains  du  Créateur.  » 
Ce  qui  revient  à  dire  qu'il  n'y  a  pas  d'hybride  proli- 
fique. (  Obtenationê  sur  (es  hybrides^  par  T. «A. 
K>'iGHT,  p.  253.de  ses  OSuvres  compièies.) 


êll 


GËN 


MCTIONNAIM 


GEN 


polfea  (403),  tiennent  plus  de  Tune  des  deux 
espèces,  sont  quelquefois  susceptibles  d*ôtre 
fécondées,  et  peuvent  même  se  propager  en 
se  fécondant  entre  elles. 

«  3*  Des  plantes  provenant  de  variL*tés 
différentes  d  une  même  espèce  sont  toujours 
fertiles,  et  il  n*existe  aucun  obstacle  à  leur 
profiagation  ;  tandis  que  les  vraies  hybrides, 
ou  reviennent  à  un  des  types  originels  (gé- 
néralement au  ty|>e  maternel)  ou  deviennent 
de  moins  en  moins  capables  de  se  repro- 
duire et  s'éteignent  entièrement  après  très- 
peu  de  générations.  »  - 

Une  loi  semblable  existe  pour  la  création 
animale,  et  ses  eifets,  qui  ont  pu  être  obser- 
vés sur  une  granvia  échelle,  sont  également 
constants  et  uniformes,  hes  mulets  et  d'au- 
tres nybrides  neuvent  se  produire  chez  des 
racés  dans  Tétat  de  domesticité;  mais,  ex- 
cepté quelques  exemples  très-rares  qui  ont 
été  signalés  dans  certaines  espèces  particu- 
lières d*oiseaux  ,  on  n'eu  connaît  point  dans 
l*état  sauvage  et  naturel.  Même,  lorsque  des 
individus  hybrides  sont  produits,  on  a  re- 
connu qu'il  était  impossible  d^eii  obtenir  une 
race  nouvelle.  C'est  seulement  en  revenant 
à  l'une  des  deux  espèces  mères  que  la  lignée 
de  ces  animaux  peut  se  continuer  pcnJant 
une  suite  prolongée  de  générations. 

Le  professeur  Wagner  a  démontré  de  la 
manière  la  plus  satisfaisante  que  la  nature 
fiiit  dépendre  la  stérilité  des  animaux  hy- 
bridesde  véritables  obstacles  organiques.Mais 
pour  le  plein  développement  des  preuves  rela- 
tivesà  cette  question,  jerenverrar  mes  lecteurs 
à  Touvrage  même  du  savant  physiologiste. 

11  semnle  résulter  bien  positivement  de 
toutes  les  investigations  qui  ont  été  faites 
dans  les  différentes  classes  d'être  organisés, 
qu^aucun  hybride  végétal  ou  animal  ne  peut 


m 


Maintenant,  ^  moins  que  toutes  ces  obser- 
vations ne  soient  erronées  ou  susceptibles 
d  être  expliquées  autrement  qu'elles  ne  Tom 
été  jusqu'ici,,  l'analogie  nous  porte  nécessai- 
rement à  conclure  relativement  aux  dÎTerses 
races  d'hommes,  ou  oue  ces  races  sonl  iih 
capables  de  se  confondre  dans  leur  poslériié, 
ce  qui  sera  nécessairement  le  cas  si  elle> 
constituent  autant  d'espèces  distinctes ,  ou 
quelles  peuvent  se  mêler,  donner  nâissaoce 
à  des  races  mixtes,  et  alors  il  sera  prouvé 
qu  ellfô  appartiennent  toutes  à  une  seule  ii 
même  espèce. 

Je  pense  que  l'on  peut  affirmer,  sans 
crainte  de  rencontrer  de  contradiction,  que 
dans  le  genre  humain  toutes  les  races  et 
toutes  leurs  variétés  sont  également  capables 
,de  se  propager  par  des  unions  mixtes  et  que 

cesunions.mêmelorsqu'eUesontealieaentfe 
des  individus  appartenant  à  des  races  aussi 
distantes  que  possible  l'une  de  l'autre,  ne 
sont  pas  moins  proliliques  que  celles  qui  ont 
lieu  entre  individus  d'une  même  race.  S'il  j 
avait  quelque  différence  dans  les  rétuiiau, 
cette  différence  serait  probablement  à  lavan- 
tage  des  unions  mixtes. 

Si  nous  étudions  les  faits  qui  se  rapporlPRi 
au  mélange  des  nègres  et  des  Européens 
nous  ne  pourrons  conserver  aucun  doute 
touchant  la  tendance  à  multiplier  l'efpèce 
qui  se  manifeste  chez  les  mulâtres.  Les 
nommes  de  couleur,  qui  sont  la  race  inle^ 
médiaire  entre  les  créoles  et  les  nègres,  s  afr 
croissent  très-rapidement  dans  la  pfupartdes 
Antilles,  et  ils  auraient  grande  ciiance  de 
devenir  finalement  les  maîtres  de  ces  îles,  i 
les  nègres  pur  sang  n'avaient  pas  sur  eux  une 
aussi  grande  supériorité  numérique.  Dans 
plusieurs  parties  de  rAmérique,  ils  sont  eï 


,,              j  -       *       •             V-  Irôraement  nombreux,  ainsi  que  nous  pou- 

se  perpétuer  en  donnant  naissance  à  une  vous  le  voir  par  la  table  suivante,  extraiU^ 

nouvelle  race  intermédiaire  aux  deux  espè-  de  l'ouvrage  de  M   Hui;enda« 

ces  dont  il  dérive.  °           ' 

TABLEAU  COMPARATIF 

pu  VOHBBE  DE  BLàRCS  ,  DHOIIMES  1>E   COULEUR,    DE  NàGHES  ET  l79DIGèNBS     AMÉRtCàlRS  DA^5 

LES  DiFFÉBENTES  CONTRÉES    DE   lamériqoe;   PRIS  DU  Voyage  dans  le  BrésiL  do  M.  Ht- 
«EBDAs;  Pans,  1835,  lu-folio.  ^^  ,    ^^ 


AMÉRIQUE  DU  NOttD. 

Etals-Unis 

Mexique ,  . 

GuAiiiuala 

Possessions  anglaises.  • 

AMERIQUE  i^\j  SUD. 

Colombie 

Pérou.    •    •«..•.. 

Chili.    .  . 

La  Piata,  «  •  •     ... 

Guyane  française.  .  .  . 
Guyane  anglaise.  •  •  . 
Guyane  bollandaise. .  . 


AXKin. 


1820 

I8i4 
I82â 


1824 
1795 
l"i78 
18il 


•  •  •  • 

•  •  •  . 


ANTILLES. 
(403)  M.  Knîgbt  pense  cependant  que 


BLAKGS. 

7,795,008 

1,560,000 

190,000 

1,058,000 


600,000 

156,311 

8i),000 

475,000 

y  compris  les 

créoles. 

845,000 
1,025 
5,421 
8,525 
sur  lesquels  5»000 
soui  juifs. 

450,000 


B01I1K8 

de  couleur. 


1.7(59 
2,070,000 
320,000 
hicouuii. 

720,000 

285,841 

inconnu. 

305,000 

628.000 
1,9  2 
5,22  f 
inconnu. 


RicBcs. 


8,400 

10,000 

5,000 


470,0i>0 
40,556 

2i0,000 
70,000 


1,987,500 
15,200 

109«549 
72,000 


inmcss. 


1,600,000 


400,GU0 

5,450,030 

965,400 

inconnu. 


851,600 

608,911 

450,000 

1,150,000 

• 

300,000 

16,060 

inconnu. 

6,200 


!a  proportion  du  poUen  n'a  ici  aucune  influence. 


m 


GEN 


D'ANTHROPOLOT.IE. 


GEN 


650 


Afin  d'établir  ce  fait  général  de  l'ciistencc 
dépopulations  mixtes,  c/estrà-dire  prove- 
nant du  mélange  d^individus  aj^partenant  à 
tjts  races  différentes,  je  citerai  ici  quelques 
eiemples  dans  chacun  desquels  on  verra  une 
nre  ooavelle  se  produire  et  se  multiplier, 
ea  offrant  des  caractères  intermédiaires  à 
reui  des  races  dont  elle  dérive. 

Les  Griquas  ou  Hottentots-Griquas  sont, 
t\mme  en  le   sait,   un  peuple  d'origine 
mMée,  descendu,  d*un  côté,  des  Hollandais 
qui  ont  colonisé  le  sud  de  l'Afrique,  et,  de 
I  autre,  des  Hottentots  aborigènes,  lis  habi- 
litai sur  les  limites  du  territoire  colonial,  où 
ils  soDt  nombreux  et  où  ils  s'accroissent  ra- 
pidement. Les  Griquas  occupent  maiute- 
iMot,  sur  les  bords  du  Gariep  ou  de  la  ri- 
Tiife  Orange,  un  espace  de  sept  cent  milles 
0u  moins,  et  leur  nombre  dans  ces  lieux  a 
^:é  estimé,  il  J  a  quelques*années,  à  plus  de 
5,^)00  imes.  Ce  sont  de  redoutables  marau- 
deurs ;  ils  désolent ,  par  leurs  incursions 
4r<a$tatrices,   toutes  les  tribus  aborigènes 
du  roisinage,  et  souvent  aussi  ils  deviennent 
M  incommodes  pour  les  colons  de  la  fron- 
tière. Sur  d'autres  points,  ou  trouve  beau- 
coup d*hommes  de  cette  même  race  qui  se 
lirrent  avec  succès  k  Taçriculture.  A  Gri- 
qiuhTown,  par  exemple,  ils  forment,  sous  la 
direction  des  missionnaires  moraves  qui  les 
uQ<  convertis  à  la  religion  chrétienne,  une 
grande  communauté  dans  laquelle  on  voit 
réj^er  une  partie  des  habitudes  des  sociétés 
ciUisées. 

Les  hommes  que  les  Portugais  désignent 
S0U5  le  nom  de  Cafusos  forment  une  race 
^m  remarquable,  qu'on  sait  être  descendue 
^ri;^oairement  d'un  mélange  d'indigènes  de 
l'Amérique  avec  des  nègres  importes  d'Afri- 
que. Ces  Cafusos  paraissent  avoir  été  sépa- 
rée accidentellement  des  autres  habitants  du 
Ws.  Beaucoup  de  familles  de  cette  race 
^n^ière  habitent  maintenant  les  plaines 
wlitaires  qui  sont  bordées  par  les  forêts  de 
Tamara,  et  c'est  li  qu'elles  furent  observées 

B^rdeux  intelligents  voyageurs  allemands, 
M.  de  Spix  et  Martius.  Nous  devons  à  ces 
^rivains  rindication  que  nous  avons  donnée 
w  l'origine  de  ces  Cafusos,  et  la  description 
que  nous  en  allons  donner. 

«  Leur  aspect  a  quelque  chose  d'étrange 
q<û  ne  peut  manquer  de  frapper  vivement 
ttn  Européen.  Ils  ont  la  taille  svelte,  et  ce- 
fondant  le  corps  musculeux;  leurs  bras  sur- 
tout et  leur  poitrihe  offrent  des  muscles 
trè^éveloppés.  Leurs  jambes  sont  propor- 
twonellement  faibles;  leur  teint  est  cuivré, 
ï»r4nl  sur  le  brun.  En  général  leurs  traits 
*^  rapprochent  plus  de  la  race  africaine  que 
•i**  la  race  américaine  :  ils  ont  le  visage 
''Talo,  les  pommettes  des  joues  hautes,  mais 
y^  si  larges  que  les  Indiens  ;  le  nez  large  et 
^piati,  oi  retroussé,  ni  très-arqué;  la  bouche 
grande,  avec  des  lèvres  épaisses  mais  égales, 
et  qui,  de  même  que  la  mâchoire  inférieure, 
n«  font  pas  en  avant  une  saillie  bien  mar-  • 
qy^e.  Leurs  yeux  noirs  ont  un  regard  plus 
f'Overt  et  plus  franc  que  ceux  des  Indiens,  et 
S'JUl  «railleurs  un  peu  obliques  ;  ils  ne  sont 

DfCTIOXS.   D'A5Tnn0P0L061E. 


pas  si  rapprochés  que  ceux  des  Imlieiis.  Mais 
ce  qui  donne  surtout  à  ces  métis  un  air  des 
plus  étranges,  c'est  l'énorme  chevelure  cré- 
pue qui  s'élève  perpendiculairement  du  front 
jusqu'à  la  hauteur  d'un  pied  à  un  pied  et 
demi  au-dessus  de  la  tête,  formant  ainsi  une 
sorte  de  perruque  très-extraordinaire  et  très- 
laide.  Cette  bizarre  coiffure,  oui  au  premier 
aspect  semble  un  produit  de  I  art  pIutAt  que 
de  la  nature,  rappelle  laplique  polonaise,  et 
pourtant  ce  n'est  point  l'effet  d'une  maladie, 
mais  simplement  une  conséquence  de  la 
double  origine  des  Cafusos;  leur  cheve- 
lure en  effet  tient  le  milieu  entre  la  laine 
du  nègre  et  les  cheveux  lon^s  et  roides  «îe 
l'Américain.  Cette  perruque  naturelle  est 
quelquefois  si  haute,  qu'elle  oblige  les  Ca- 
fusos à  se  baisser  pour  entrer  et  sortir  par 
les  portes  ordinaires  de  leurs  huttes;  elle  est 
d'ailleurs  si  bien  mêlée,  que  toute  idée  de  la 
peigner  est  hors  de  question.  Cette  disposi- 
tion de  la  chevelure  donne  aux  Cafusos  de 
la  ressemblance  avec  les  Papouas  de  la  Nou- 
velle-Guiuée.  * 

J'ajouterai  la  description  d'une  autre  race 
d'origine  mêlée,  dont  les  caractères  sont  for- 
tement prononcés  ;  je  veux  parler  des  Pa- 
pouas que  l'on  trouve  le  long  de  la  côte  sep- 
tentrionale de  la  Nouveile-buinée  et  dans 
les  lies  adjacentes. 

Les  races  aborigènes  distinctes  de  l'Archi- 
pel indien  et  des  terres  voisines  peuvent 
être  rapportées  à  trois  divisions  : 

l**  La  race  malaise  ou  polynésienne,  dont 
la  langue  et  les  caractères  physiques  sont 
bien  connus.  Cette  race  a  le  teint  basané  et 
les  cheveux  plats  ;  du  moins,  c'est  ce  que 
nous  offre  la  branche  rénanduesur  le  littoral 
de  toutes  les  tles,  à  1  ouest  du  détroit  de 
Torres.  On  suppose  généralement  que  les 
Malais  sont  originaires  de  Ttle  de  Sumatra  ; 
l'intérieur  de  cette  lie  est  en  effet  habité  par 
un  peuple  qui  leur  est  allié  de  plus  ou  moins 
près,  et  la  race  de  Menangkaban  est  de  sou- 
che malaise  pure  ;  probablement  même  c'est 
la  souche  primitive. 

2"  Dans  l'intérieur  de  beaucoup  d'îles,  et 
dans  les  parties  montagneuses  de  la  pénin- 
sule de  Malaya,  il  se  trouve,  comme  âiacun 
le  sait,  des  tribus  à  chevelure  laineuse  ;  ces 
nommes,  que  les  Espagnols  des  Philippines 
désignent  sous  le  nom  de  Negritos  del 
MofUe^  ont  les  cheveux  courts,  crépus  ou 
laineux,  et  sous  beaucoup  de  rapports  of- 
frent une  très-grande  ressemblance  avec  les 
nègres  d'Afrique;  Prichard  les  appelle  nè- 
gres pélagiens. 

L'intérieur  de  la  Nouvello-Guinée,  de  la 
Nouvelle  -  Bretaçne  et  de  la  Nouvelle -Ii^ 
lande,  est  habité,  d'après  ce  que  l'on  croit 
savoir,  par  une  race  d'homme  sur  laquelle 
jusqu'à  ce  jour  on  n'a  eu  encore  que  bien 
peu  de  renseignements;  ces  hommes  sont 
appelés  Endaroènes  par  les  Papouas ,  et 
Alioers,  Haraforas  et  Alfarous  par  les  plus 
anciens  voyageurs.  Selon  les  écrivains  les 
plus  récents ,  ils  ont  les  cheveux  longs 
et  ressemblent  par  les  caractères  physi- 
ques aux  habitants  de  la  Nonvelîe-Heflande, 


V^i 


CEN 


DICTIONNAIRE 


GEN 


6-2 


Ils  appartiennent  probablement  à  la  même 
soucne  que  cette  race  misérable  et  dé- 
gradée. 

Les  Papouas  se  distinguent  de  toutes  ces 
races;  ils  babitent  le  littoral  des  lies  de 
Waygiou,  Sallawatty,  Gammen,  Battenta,  et 
toute  la  côte  septentrionale  de  la  Nouvelle- 
Guinée,  depuis  la  Pointe -Sabelo  jusqu'au 
cap  Dorey.  Un  trait  très-remarquable  dans 
leur  extérieur,  Ténorme  volume  de  leur  che- 
velure à  demi  laineuse ,  attira  de  bonne 
heure  Tattention  des  voyageurs,  et  Dampier 
les  nomme  Mop-Headed'PaptMu^  Papouas 
à  tête  de  vadrouille  (404).  Forrest,  qui  les 
avait  vus  souvent  dans  son  voyage  à  la  Nou- 
velle-Guinée ,  dit  que  les  Caftes-Papouas 
sont  aussi  noirs  que  les  Cafres  d'Afrique; 
il  désigne,  par  cette  dernière  expression,  les 
nègres  de  la  côte  de  Mozambique,  que  les 
Européens  ont  appelés  Cafres  ou  Rafres,  par 
une  légère  altération  du  nom  de  Kajirs^ 
c'est-à-dire  infidèles^  que  leur  ont  appliqué 
les  musulmans  qui  trafiquent  dans  1  Océan 
indien.  «  Ils  ont,  dit  Forrest,  des  cheveux 
frisés  qui  forment  autour  de  leur  tête  une 
masse  si  volumineuse  que  la  circonférence 
en  est  souvent  de  trois  pieds,  et  jamais  de 
moins  de  deux  et  demi,  p 

Forrest  distinçue  nettement  ce  peuple  dos 
Haraforas,  et  il  doit  être  distingué  aussi  des 
nègres  de  la  race  pélagicnne,  qui  ont  les 
cheveux  ras  et  sont  nommés  par  Dampier, 
dans  son  style  naïf  :  Shockf  curl  paled 
New-Guinea  negroes^  nègres  à  calqtte  ratinée 
de  la  Nouvelle-Guinée. 

Les  Papouas  à  la  tête  de  vadrouille  de 
Dam{)ier  ont  été  bien  distingués  et,  pour  la 
première  fois,  décrits  avec  soin  par  deux  na^ 
luralistes,  MM.  Quoy  et  Gaimard,  qui  ac- 
compagnaient l'excellent  M.  de  Freycinet 
dans  l'expédition  de  VUranie  et  de  la  Physi- 
cienne; ils  l'ont  été  plus  récemment,  par 
M.  Lesson ,  qui  a  visité  les  mêmes  parages 
dans  le  cours  de  l'expédition  de  VAstrolahe^ 
et  qui  a  confirmé  l'opinion  avancée  d'abord 
par  MM.  Quoy  et  Gaimard,  savoir,  que  les  Pa- 
pouas appartiennent  à  une  race  mixte  :  «  Ces 
écrivains,  dit  Lesson ,  sont  les  premiers  qui 
ont  démontré  que  les  habitants  du  littoral 
constituaient  une  espèce  hybride,  provenant 
sans  aucun  doute  des  Papouas  nègres  et  des 
Malais  qui  se  sont  établis  sur  ces  terres ,  et 
qui  y  forment  à  peu  près  la  masse  de  la  po- 

fulation.  Ces  nèsres  malais  ont  emprunté 
ces  deux  rates  les  habitudes  qui  les  dis- 
tinguent. Ces  insulaires  forment  donc  une 
sorte  de  peuple  métis,  placés  naturellement 
sur  les  rrontières  des  îles  malaises  et  des 
terres  de  Papouas,  et  sur  le  littoral  d'un 
petit  nombre  d'îles  agglomérées  sous  l'équa- 
teur,  et  au  milieu  desquelles  s'introduisent 
sans  interruption  des  Malais  de  Tidor  et  de 
Ternate,  et  des  Papous  de  la  Nouvelle-Gui- 
née (ceux  que  Prichard  nomme  nègres  pé- 

(40  i)  Les  tapissiers,  à  Paris,  nomment  vadrouille 
ou  tête  de  /atnc,  un  ustensile  de  ménage  moins  com- 
munément employé  en  France  qu'en  Angleterre,  où 
en  le  <lés  gne  sous  le  nom  de  moo    C'est  on  amas 


lagiens],  et  même  quelques  Alioorousdcs 
montagnes  de  l'int^^rieur.  La  masse  de  ces 
Papouas  hybrides  présentedes  hommesd  une 
constitution  grêle  et  peu  vigoureuse,  s 

MM.  Quoy  et  Gaimard  observent  qall 
existe  dans  ces  contrées  une  race  d'hommes 
très-semblables  aux  naturels  de  l'Africme,  et 
dont  les  tribus  sont  dispersées  an  milieu  de 
tribus  appartenant  à  la  race  malaise,  dans  les 
archipels  de  la  Sonde,  de  Bornéo  et  des  Mo- 
luques. 

La  source  de  cette  race  paraît  être  dans 
quelque  canton  de  la  grande  lie  de  la  Nou- 
velle-Guinée, mais  nous  devons  avoir  soin 
de  ne  pas  la  confondre  avec  celle  qui  peuple 
Wavgiou  et  les  îles  voisines,  car,  bien  que 
les  Habitants  de  ces  lies  soient  presque  sem- 
blables aux  nègres  pour  la  couleur  de  la 
Seau,  ils  présentent  des  caractères  qui  les 
istinguent  tout  à  fait  de  ces  derniers. 

Ils  se  donnent  à  eux-mêmes  le  nom  de 
Papouas.  Leur  chevelure  et  leurs  traits  ne 
sont  ni  ceux  des  Malais  ni  ceux  des  nègres: 
mais,  à  cet  égard,  ils  tiennent  le  milieu  entre 
les  deux  races.  «  Leur  peau  est  brun-foncé; 
leurs  cheveux  sont  noirs,  tant  soit  peu  lanu- 
gineux, très- touffus;  ils  frisent  naturelle- 
ment, ce  qui  donne  à  la  tète  un  volume 
énorme,  surtout  lorsque,  négligeant  de  les 
relever  et  de  les  fixer  en  arrière,  ils  les  lais- 
sent tomber  sur  le  devant.  Ils  n'ont  que  peu 
de  barbe ,  même  les  vieillards  ;  elle  est  de 
couleur  noire,  ainsi  que  les  sourcils  et  les 
yeux.  Quoiqu'ils  aient  le  nez  un  peu  épaté, 
les  lèvres  épaisses,  et  les  pommettes  larges, 
leur  physionomie  n'est  point  désagréable  et 
leur  rire  n'est  pas  grossier.  » 

Chez  les  hommes  de  cette  race  papoua,  la 
forme  du  crâne,  à  très-peu  près  la  même  que 
chez  les  Malais,  présente  cependant  quel- 
ques différences  appréciables.  Leur  langue 
n'a  jamais  été  bien  connue  des  Européens; 
le  peu  de  mots  qu'on  en  a  recueillis  ne  ^- 
raît  avoir  aucune  affinité  avec  ceux  que  1  on 
trouve  dans  le  vocabulaire  de  la  langue  des 
nègres  de  la  Nouvelle-Guinée,  publié  par 
le  président  de  Brosses. 

11  n'y  a  point  d'invraisemblance  à  suppo- 
ser que  ces  peuplades  du  littoral  soient  ve- 
nues à  la  Nouvelle-Guinée  et  dans  les  lies 
voisines,  de  quelque  partie  éloignée  de  Var- 
chipel  Indien;  mais,  quel  que  soit  leur  point 
de  départ,  elles  paraissent  nous  offrir  rexem- 
ple  d  une  race  d'hommes  mêlée,  qui  a  con- 
servé certains  caractères  dérivés  de  sadonble 
origiua  :  ces  traits  cependant  se  sont  ensuite 
transmis,  comme  caractère  permanents, de 

Sénération  en  génération,  et  il  paraît  que* 
es  le  temps  de  Dampier,  ils  avaient' atteint 
leur  plein  développement. 

Il  paraît  incontestable  quMl  existe  des 
races  humaines  intermédiaires,  que  ces  rac^ 
se  propagent,  et  qu'ainsi  il  n'existe  aucun 
empêcnement  à  la  reproduction,  même  dans 

de  cordes  de  laine  Gxees  an  bout  d^un  Uiod.  '< 
dont  on  se  sert  |>rîncipâleincnt  pour  laver  les  <y* 
reaux  des  salles  à  manger. 


$Sù 


;E0 


D'ANTHROPOLOGIE. 


GEO 


G5i 


les  cas  où  le  croisement  a  liea  entre  les 
races  les  pdas  dissemblables  ;  ce  qoi  prouve 
éTidemment  que  tontes  ces  races  appartien- 
nent à  one  même  famille,  à  moins  qu'on  ne 
veuille  supposer  qu*il  y  a  pour  le  genre  hu- 
main une  exception  à  la  règle  à  laquelle 
obéit  tout  le  reste  des  êtres  organisés. 

La  solution  du  problème  que  nous  nous 
sommes  posé  pourrait  être  poussée  seule- 
ment jusqu'à  cette  alternative,  ou  considérée 
comme  obtenue  au  mojen  de  cet  allument, 
liais  il  est  possible  de  jeter  un  nouveau  jour 
sur  la  question  par  une  analyse  conscien- 
cieuse oes  faits,  qui  peuvent  être  recueillis 
relativement  à  la  nature  et  à  Torigine  des 
variétés.  Fay.  YAmiATio^fS. 

GEOGRAPHIE  ETHNOGRAPmQCE,  ou 

DKfAIBUTIOBf    DE    L*ESPÈCE    HC1IAI5E    SUE   LE 

gijObb.  —  Parmi  les  motifs  qu*on  met  en 
avant  pour  distinguer  l'homme  de  la  brute, 
il  en  est  un  qui  mérite  notre  attention  .par- 
ticulière, c'est  la  possibilité  où  il  est  d  ha- 
biter tous  les  climats.  D^iinepart,  la  force 
et  la  souplesse  de  sa  constitution  lui  permet- 
tent de  vivre  au  milieu  des  températures  les 
pF*is  opposées,  tandis  que  par  sa  sagacité  il 
jeut  découvrir  les  moyens  de  pourvoir  à  sa 
ifubsistance,  même  sur  les  sols  les  plus  in- 
grats. >'ous  le  trouvons  près  des  régions 
[polaires  et  sous  les  tropiques  brûlants ,  sur 
les  plus  hautes  montages  et  dans  tes  pro- 
fondes vallées,  près  des  bords  de  la  mer  et 
dans  les  sables  du  désert.  Le  froid  et  le 
chaud,  la  sécheresse  et  l'humidité,  toutes 
les  variations  atmosphériques  lui  sont  in- 
«Jifférentes.  11  est  bien  partout,  et  le  climat 
a  moins  d'influence  sur  la  production  des 
variétés  de  son  espèce  que  sur  celles  de 
tout  autre.  La  diCTérence  de  climat  a  bien 

{>lii5  de  conséquence  pour  les  animaux  in- 
érieurs.  Les  Groenlandais  et  les  Esquimaux 
sont  aussi  bien  à  70*  qu'à  80*,  et  les  Danois 
ont  fondé  des  colonies  au  Groenland ,  à  un 
degré  tout  aussi  élevé.  Le  docteur  Ackin 
parle  de  trois  Russes  qui  ont  vécu  six  à 
sept  ans  au  Spitzberg  entre  T7*  et  78*  de  lati- 
tude nord.  La  faculté  oue  possède  l'espèce 
humaine  de  supporter  le  froid  a  été  mieux 
démontrée  encore  par  les  voyages  qui  ont  été 
entrepris  dans  ces  derniers  temp^  aux  ré- 

S'ons  arctiques.  Tandis  que  le  mercure  du 
ermomètre  se  congelait ,  que  les  animaux 
qui  n'étaient  pas  destinés  à  vivre  dans  ces 
climats  glacés  succombaient  à  la  rigueur  du 
froid,  des  voyageurs  entreprenants,  tels 
que  Parry,  Franklin ,  Gaymard  et  autres  ont 
enduré  toutes  les  rigueurs  d'un  hiver  plus 
rude  qu'en  Sibérie.  Dans  un  climat  où  Teau- 
de-vie  se  gèle  dans  l'intérieur  des  cabanes, 
llndien  du  Canada  et  l'Escpiimaux  vont  sans 
danger  à  la  chasse,  et  l'Européen  peut ,  en 
entretenant  la  circulation  du  sang  par  l'exer- 
cice, endurer  le  même  froid.  Les  Danois  ont 
vécu  à  7^  de  latitude  nord,  au  Groenland, 
et  les  Hollandais  sous  Heemskirk  ont  passé 
rhiver  à  la  Nouvelle-Zemble  à  76*  de  lati- 
tude nord. 

D*un  antre  cêté,  Thomme  peut  aussi  ré- 
sister à  des  chaleurs  excessives.  Malgré  Tas- 


sertion  de  Boerhnave  que  la  température  de 
35*  à  Mr  est  fatale  à  notre  espèce,  la  tempé- 
ture  moyenne  de  Sierra-Leone  est  cependant 
de28*centigr.,  et  à  quelque  distance  de  la 
c6le  le  thermomètre  s'élève  à  38*  et  même 
à  39*  et  M*  à  l'ombre.  Adanson  dit  qu'à 
l'ombre  au  Sénégal  le  thermomètre  marque 
4â*  ^  à  17*  de  latitude  nord.  Ruffon  parie 
d'une  circonstance  où  la  température  a  at- 
teint kT  \.  11  est  probable  que  les  pays  si- 
tués à  l'est  du  grand  désert  sont  encore  plus 
chauds  que  le  Sénégal,  à  cause  des  vents 
brûlants  qui  y  souillent. 

11  est  donc  prouvé  oue  l'homme  peut  sup- 
porter toutes  les  différentes  températures 
brûlantes  ou  glaciales  de  notre  planète;  il 
peut  aussi  bien  supporter  l'atmosphère.  On 
a  calculé  qu'au  niveau  de  la  mer  la  pres- 
sion de  l'atmosphère  est  égale  au  poids  de 
11  mètres  cubes  d'eau  accumulés  sur  la 
tête ,  en  calculant  la  hauteur  barométrique 
à  30  pouces.  En  s'élevant  à  une  hauteur  de 
k  kilomètres  le   baromètre  descend  et  la 

{Pression  se  réduit  à  8  mètres  cubes  d'eau. 
1  y  a  d'immenses  terrains  en  Amérique  qui 
sont  peuplés  à  cette  hauteur.  La  Condamme 
et  Bouçuer  vécurent  trois  semaines  avec 
leur  suite  à  4,868  mètres  au-dessus  du  ni- 
veau de'  la  mer,  là  où  fa  pression  atmosphé* 
rique  é|ialait  seulement  5  mètres  cubes 
d'eau.  11  y  a  de  vastes  plaines  au  Pérou 
situées  à  3  kilomètres  de  hauteur,  et  les 
provinces  intérieures  du  Mexique,  qui  con- 
tiennent une  superficie  d'un  demi-million 
de  mille  carrés,  sont  élevés  de  2  à  3  kilomè- 
tres au-dessus  du  niveau  de  la  mer. 

La  ville  de  Mexico  est  à  2,277  mètres  au- 
dessus  du  niveau  de  la  mer,  et  celle  de 
Quito  à  2,908.  On  a  dit  que  le  point  habité 
le  plus  élevé  de  la  terre  était  le  hameau 
d'Antisana,  qui  est  à  4,101  mètres  au-dessus 
de  la  mer;  et  cependant  M.  de  Humboldt 
gravit  le  Chimboraço,  à  une  hauteur  de 
6,530  mètres.  Un  des  sommets  des  monts 
Himalaya  est  élevé  de  7,821  mètres. 

Cette  faculté  de  i>ouvoir  vivre  sous  des 
pressions  atmosphériques  si  différentes  est 
un  des  phénomènes  les  plus  curieux  de 
rhistoire  physiologique  de  l'homme.  11  pa- 
rait dû  en  partie  à  son  organisation  phvsi- 
que,  en  partie  à  la  puissance  de  ses  fiicultés 
morales;  car  si  l'organisation  de  l'homme 
est  une  des  conditions  essentielles  d'une 
pareille  faculté,  nul  doute  que  la  supériorité 
de  son  intelligence  ne  le  développe  et  ne 
retende  encore. 

Sans  doute  l'art  contribue  beaucoup  à 
rendre  l'homme  capable  de  supporter  les 
changements  de  climat  et  les  températures 
les  puis  opposées;  mais  l'art  ne  suffit  pas. 
Sans  la  force  et  la  souplesse  de  son  oi^ni- 
sation,  son  es|!èce  ne  se  serait  pas  si  uni- 
versellement propaèée  sur  la  terre.  La  plu- 
part des  sauvages  Chinois  songent  à  peine 
a  se  garantir  le  corps ,  même  dans  les  ri- 
gueurs de  l'hiver.  Llndien  du  Canada  va 
chasser  sans  crainte,  au  milieu  des  glaces , 
les  membres  et  la  poitrine  nus.  Il  dort  sur 
la  neige,  et  souvent  impunément  Quand  le 


•«55 


CES 


DICTIONNAIRE 


CES 


65^ 


thermomètre,  au  lever  du  soloil,  indique  2^^ 
au-dessus  de  0.  Le  jeune  Groënlandais  s'ha- 
bitue à  jouer  dans  Veau  jus(^u'à  ce  qu'il  de- 
vienne presque  un  être  amphibie.  D'un  autre 
cÂté,  le  nègre  brave  tète  nue  l'ardeur  du 
soleil ,  et  traverse  sans  chaussure  les  sables 
brûlants  du  désert.  Les  femmes  et  les  en- 
fants sur  la  côte  de  Sierra-Leone  restent 
toujours  la  tète  découverte,  au  soleil  comme 
k  la  pluie. 

GERMAINS.  Voy.  Europe  moderne. 

GÉORGIENS.  Yoy.  ÀBORicftifES. 

GESTES  ET  ATTITUDES.  —  L'appareil 
de  ces  expressions  se  compose  du  système 
osseux,  et  du  système  musculaire  que  la 
volonté  meut  et  dirige  par  l'intermédiaire 
des  radiations  des  couches  optiques,  qui  dé- 
terminent le  mouvement  des  membres  tho- 
raciques  ;  des  corps  striés,  qui,  de  concert 
avec  les  hémisphères  cérébelliques,  produi- 
sent ceux  des  membres  abdominaux;  par 
rinfluence  des  cordons  antérieurs  de  la 
moelle  épinière,  qui  <;oncourent  à  tous  ces 
mouvements  ;  et  enOn  par  celle  des  tuber- 
cules quadrijumeaux,  qui  les  équilibrent. 
{Serres,  Anatomie  comparée  du  cerveau^  t.  II, 
eh.  8).  Il  comprend,  pour  le  geste,  les  leviers 
osseux  qui  composent  les  membres  thora- 
ciques,  la  tète,  les  vertèbres  cervicales,  et 
les  muscles  qui  s'attachent  à  ces  différentes 
parties  et  les  met  en  mouvement  ;  et  pour 
les  altitudes^  la  colonne  vertébrale,  les  os  du 
bassin,  ceux  qui  composent  les  membres 
abdominaux,  e.t  les  puissances  musculaires 
qui  leur  impriment  tous  les  mouvements,  et 
qui  leur  donnent  toutes  les  dispositions  né- 
cessaires aux  expressions  diverses. 

Il  existe  dans  cet  appareil  plusieurs  har- 
monies remarquables,  qui  le  rendent  propre 
aux  fonctions  qu'il  doit  exercer  et  qui  sont 
9n  .apport  avec  elles. 

D'abord,  eu  considérant  le  système  osseux, 
4)n  voit  la  tète  articulée  avec  la  première  et 
la  seconde  vertèbre  de  manière  à  pouvoir 
tourner  comme  sur  un  pivot  pour  1  expres- 
sion de  la  négation.  De  plus,  les  vertèbres 
tervicales  sont  articulées  entre  elles  de  telle 
4orie  qu'elles  se  prêtent  à  des  mouvements 
de  Qexion  en  avant  pour  l'indication  de  Top- 

f)robation^  d'extension  pour  l'expression  de 
'admiration  et  de  la  surprise^  d  inclinaison 
latérale  pour  celle  du  refus  obstiné^  etc.  Dans 
les  membres  thoraciques,  l'articulation  de 
/huménis  avec  l'omoplate,  qui  permet  au 
premier  de  ces  os  d'exécuter  des  mouve- 
ments très-é tendus,  et  celles  de  l'avant-bras 
avec  le  bras,  et  de  la  main  avec  Tavanl-bras, 
qui,  en  donnant  à  ces  parties  la  faculté  de 
s  étendre  et  de  se  fléchir  les  unes  sur  les 
autres,  favorisent  une  foule  d'expressions 
divei^es.  L'articulation  des  vertèbres  dor- 
sales et  lombaires  sont  telles,  que  le  tronc 
peut  s'incliner  en  avant,  en  arrière,  et  sur 
les  côtés,  et  déterminer  ainsi  de  nombreuses 
attitudes.  Le  fémur,  articulé  avec  le  bassin 
à  peu  près  comme  l'humérus  avec  l'omoplate, 
peut,  quoique  moins  mobile  que  lui,  parce 
qu'il  doit  soutenir  la  charpente  osseuse,  se 
diriger  dans  tous  les  sens,  et  multiplier  ces 


mêmes  altitudes,  auxquelles  s'/^outent  encore 
celles  que  peuvent  produire  la  flexion  et 
l'extension  de  la  cuisse,  de  la  jambe  et  du 

I)ied,  qui,  construit  en  forme  de  voûte,  est 
a  base  de  tout  l'édifice  organique,  et  don* 
nent  un  point  d'appui  solide  aux  leviers 
osseux  qui  exécutent  tous  ces  mouvements. 
Si  nous  considérons  le  système  musculaire 
qui  les  détermine,  nous  y  découvrirons  un 
nombre  infini  d'harmonies  merveilleuses  qui 
publient  de  toute  part  la  sagesse  du  Créateur. 
Qui  ne  serait,  en  effet,  saisi  d'admiration  k 
la  vue  de  cette  foule  de  puissances  qui, 
groupées  en  systèmes  particuliers  d'agents, 
concourent  toutes,  dans  leurs  divisions  res- 

Sectives,  à  des  mouvements  communs?  Les 
échisseurs  de  la  tète  agissent  d'une  manière 
simultanée  pour  l'incliner  en  avant,  et  se 
trouvent  ainsi  en  rapport  avec  le  mode  d'ar- 
ticulation des  vertèbres  cervicales  ;  le  sterne* 
mastoïdien  d'un  côté  agit  seul  lorsqu'il  faut 

S[ue  la  face  se  dirige  du  côté  opposé,  et  il 
orme  ainsi  une  harmonie  évidente  avec  le 
mode  d'articulation  qui  existe  entre  Toccipi- 
tal  et  la  première  vertèbre  du  cou  ;  les  mus- 
cles qui  s'attachent  d'une  part  aux  parois 
thoraciques  et  de  l'autre  à  l'aumérus,  etqui 
lui  font  exécuter  des  mouvements  si  variés 
et  si  étendus,  offrent  une  connexité  remar- 
quable avec  l'articulation  orbiculaire  de  cet 
os  avec  l'omoplate.  En  un  mot,  il  n'existe 
pas  une  seule  action  musculaire  qui  ne  soit 
en  harmonie  avec  l'articulation  du  lerier 
osseux  qu'elle  doit  mouvoir  ;  et,  dans  cet 
accord  admirable,  les  muscles,  qui  demeurent 
en  repos  pendant  que  leurs  antagonistes 
agissent,  y  concourent  eux-mêmes  par  leur 
inaction. 

Enfin  nous  ferons  remarquer  une  anlrt 
sorte  d'harmonie  entre  le  geste  et  les  attitu- 
des d'une  part,  et  les  affections  morales  de 
l'autre;  c'est  que  ce  sont  toujours  des  mou- 
vements d'élévation,  d'abaissement,  deQeiion 
ou  d'extension,  qui,  à  cause  de  leur  faeililé 
et  de  leur  promptitude,  servent  à  l'expres- 
sion des  sentiments. 

Considérons,  relativement  à  la  rapidité  du 
geste  et  des  attitudes,  que  ces  deux  ronctioos 
expressives,  quoique  exercées  par  des  mu5- 
cles  soumis  a  l'empire  de  la  volonté  sont 
néanmoins  comme  instinctives  dans  l'expres- 
sion des  violentes  affections  de  l'Ame.  Pour- 
quoi cela? O  admirable  effet  de  la  pré- 
voyance divine  I...  C'est  d'abord,  afin  que  ces 
mouvements,  cjui  souvent  sont  liés  à  des 
sentiments  qui  doivent  être  promptemcnt 
manifestés,  ne  fussent  point  confiés  a  un  jo* 
gement  toujours  tardif,  et  se  développassent 
avec  une  rapidité  proportionnée  au  but 
qu'ils  devaient  remplir;  et,  en  second  lieu, 
afin  au'une  Âme  accablée  par  une  affection 
morale  trop  vive  de  joie  ou  de  douleur,  en 
fût  promptement  soulagée  par  les  mouve- 
ments qui  doivent  l'exprimer.  Qui  ne  sait* 
en  effet,  combien  le  poids  d'un  sentiœeot 
violent  se  trouve  allégé  par  l'expression  qui 
le  manifeste,  et  quels  graves  désordres  peu- 
vent résulter  de  sa  concentration  au  fond  du 
cœur  I  N'est-ce  pas  pour  cela  que  les  mou- 


(CT 


CES 


BANTHROTOLOCfE. 


CES 


6cB' 


Tcments  des  membres  ont  d'autant  plus  d'é- 
tendue, et  sont  d'autant  plus  rapides  gue  les 
passions  que  l'on  éprouve  ont  de  TiTacité, 
et  quec'est  aux  membres  thoradques, comme 
plus  mobilesy  que  leur  manifestation  a  été 
confiée? 

Les  membres  thoraciques,  à  cause  de  cette 
mobilité,  sont  destinés  à  exprimer  et  les 
i'iées  des  rqiports  des  êtres  et  les  affections 
morales.  Le  tronc  et  les  membres  abdomi- 
naux, qui  sont  beaucoup  moins  mobiles,  ne 
serrent  qu'à  la  manifestation  des  sentiments. 
Enfin  la  tête  et  le  cou,  qui,  par  le  nombre 
et  la  bdlité  de  leurs  mouvements,  se  rap^ 
procbent  des  membres  tfaoraciques,  et  qui 
d'ailleurs  se  trouvent  intimement  li^  à  la 
face,  sarrent  à  ces  deux  sortes  d'expres- 
sions. 

De  même  que  la  physionomie,  le  geste  et 
les  attitudes  ne  sont  ouint  des  moyens  ex- 
f)ressîls  conventionnels.  Leurs  divers  élé- 
luents  sont  tous  en  rapport  avec  nos  senti- 
ments et  nos  idées.  Ils  se  développent, 
comme  à  notre  insu,  à  chacune  de  nos  con- 
ceptions, et  nous  ne  pourrions  les  changer, 
les  altérer,  sans  détruire  entièrement  cette 
aimirable  harmonie.  Bien  différents  de  la 
larole,  oui  est  diversement  modifiée  par  les 
climats,  les  localités,  etc.,  ils  sont  les  mêmes 
chez  les  différants  peuples  ;  et  si  l'on  y  re- 
marque quelques  variétés,  elles  n'ont  rap- 
port qu'à  l'étendue,  au  nombre,  à  la  vivante 
iles  mouvements,  et  nullement  à  leur  nature 
f*ipressive.  La  Suprême  Intelligence  a  voulu 
r  ar  là  remédier  aux  effets  de  la  diversité  des 
langues,  nécessité  par  Tordre  naturel  des 
choses,  et  par  conséquent  inévitable,  et 
supposer  à  ce  que  la  communication  morale 
^ntre  les  divers  individus  de  l'espèce  fût 
jamais  interrompue. 

C*est  principalement  dans  l'expression  des 
f  •notions  intellectuelles  que  se  montre  l'u- 
fiiformité  du  geste  et  des  attitudes  parmi 
J<:rs  hommes. 

L'mitemiian^  qui  n'est  qu'une  perception 
sooteoue,  comme  nous  TaTons  déjà  dit,  se 
r»eînt  dans  tous  par  les  mêmes  habitudes. 
bans  cette  fonction,  tous  les  mouvements 
s-jnt  interrompus,  le  corps  conserve  la  posi- 
ti*^o  qu'il  avait  auparavant,  la  bouche  est 
t'hante,  les  yeux  sont  fixés  sur  Tobjet  que 
Ton  considère,  la  respiration  est  comme  siis- 
(lendue,  ou  très-lente  pour  éviter  jusqu'au 
trouble  que  pourrait  causer  le  bruit  de 
l'air. 

La  eawÊparaisan  extérieure  se  manifeste 

Kir  la  même  attitude  c|ue  l'attention.  Mais 
I  eawiparaiMan  iniérieurej  ou  la  réflexion 
s-iir  des  perceptions  déjà  produites  ou  des 
i  ^'«js  déjà  conçues,  offre  une  expression 
f  .'fins  animée,  parce  que  dans  la  première, 
f  ^7re  inielligeni  se  porte  an-dehors,  tandis 
que  dans  la  seconde  il  se  concentre  au-de- 
ciDs  de  lui-même.  Les  yeux  sont  abaissés, 
eu  se  détournent  de  ce  qui  pourrait  les  dis- 

'405>  Dans  le  geste  d*approé«f t<m ,  rincliiuiisoa 
é^  la  tète  en  avant  aiiiKnce  la  soiiniissioo  à  ropi- 
i*.AHi  d*a«traî ,  on  féchit.  Dans  la  négation  ou  la 


traire  ;  bien  souvent  ils  sont  couverts  par 
une  main,  sur  laquelle  la  tête  s'appuie  en 
s'inclinant  en  avant  ou  sur  Tun  ou  Tautre 
cAté  ;  tout  le  corps  est  dans  une  position 
molle  et  nonchalante  ;  les  membres  fléchis 
et  cherehant  le  repos,  peignent  Téloi^e* 
ment  de  l'esprit  pour  ce  qui  est  extérieur, 
et  sa  concentration  sur  ce  qui  l'occupe. 

L'expression  du  jugement  se  confond  avec 
celle  des  idées  qui  en  sont  le  produit.  Cellcr 
de  rtma^ifiii/tofi  n'a  aucun  trait  frappant  qui 
la  caractérise.  11  en  est  de  même  de  celle  de 
la  m4^motr«,  qui  est  analogue  aux  signes 
extérieurs  de  l'attention.  Toutefois,  lors- 
qu'elle s'exerce  péniblement,  elle  provoque 
certains  mouvements  particuliers,  tels  que 
le  frottement  du  front,  etc.,  qui  annoncent 
l'impatience  que  nous  éprouvons  de  saisir 
les  idées  qui  nous  échappent. 

La  maniffetation  des  %aée$  des  rapports  des 
êtres  au  moyen  du  geste  est  très-limitée, 
parce  qu'il  ne  peut  se  prêter  qu'incomplè- 
tement à  tous  les  mouvements,  soit  géné- 
raux, soit  partiels,  qu'elles  exigent;  et  si 
Ton  n'v  ajoute  des  éléments  artificiels 
comme  le  font  les  sourds-muets,  il  se  borne 
à  représenter,  mais  iamais  d*une  manière 
précise,  la  figure,  la  lorme,  le  volume  des 
corps,  l'état  de  leur  surface,  le  lieu  qu'ils 
occupent  dans  l'espace,  leur  position,  leur 
mouvement  ou  leur  repos  :  la  ngure,  par  les 
contours  que  les  mains  tracent  dans  l'air  ; 
la  forme,  par  celle  qu'elles  circonscrivent  ; 
le  poli  de  la  sur&ce,  par  leur  mouvement 
horizontal  ;  le  volume,  par  Tespace  qu'elles 
embrassent,  soit  seules,  soit  de  concert  avec 
le  reste  des  membres  thoraciques  ;  le  lieu 
qu'ils  occupent  dans  l'espace,  par  la  direc 
tion  qu'on  leur  donne  ;  fa  position,  verti- 
cale, inclinée  ou  horizontale,  par  celle 
qu'elles  prennent  elles-mêmes  ;  et  enfin  le 
mouvement  ou  le  repos,  par  leur  état  d'im- 
mobilité, ou  leur  mouvement  plus  ou  moins 
rapide. 

A  ces  expressions  il  faut  en  ajouter  quel- 
ques autres  qui  s*y  lient  d'une  manière  plus 
ou  moins  intime.  Telles  sont  celles  d'appel 
lotion^  d*approb€Uian,  de  désapprobation^ 
d'affimuuiony  de  négation,  qui  s'effectuent 
et  par  le  geste  et  par  les  mouvements  de 
la  tête  (M>5). 

Mais  si  les  idées  des  rapports  des  êtres  ne 
sont  pas  communiquées  par  ces  moyens  de 
manifestation,  il  iren  est  pas  de  même  des 
idées  affectives,  qu'ils  peignent  de  la  manière 
la  plus  complète,  lors  surtout  que  les  atti- 
tudes viennent  ajouter  à  leur  expression. 

Le  désir,  lorqu'il  est  faible  ou  modéré,  ne 
s'exprime  point  par  le  geste,  mais  lorsqu'il 
est  ardent  et  soutenu,  et  que  Tattente  raccom- 
pagne, l'impatience  s'y  joint  et  il  provoque 
une  foule  de  mouvements  qui  attestent  com- 
bien celui  qui  l'éprouve  brûle  d'obtenir  ou 
d'atteindre  robjetdésiré.On  le  voit,  en  effet, 
changer  à  chaque  instant  de  position  par  le 

désapprobation,  on  refuse  ce  qoe  Ton  vous  de- 
mande 00  Ton  nie  ce  que  Ton  toos  dit  ;  on  $ecowe 
une  sorte  de  joug  qiic  I  on  Tondrait  vons  imposer. 


659 


CES 


DICTIONNAIRE 


CES 


sentiment  qui  le  tourmente;  tour  à  tour 
agité  par  la  crainte  et  rassuré  par  Fespé- 
rance,  il  eierce  mille  mouvements  divers. 
Tantôt  il  médite  sur  les  obstacles  qu'il 
pourra  rencontrer,  et  il  prend  Thabitude  de 
la  réflexion  profonde  ;  tantôt  il  se  livre  à 
Tespérance,  et  se  meut  vivement  dans  son 
impatience  de  jouir.  Alors  il  va,  il  vient,  il 
retourne,  il  revient  encore,  et  s'épuise  ainsi 
dans  une  continuelle  agitation  ;  il  lui  sem* 
ble  que  ces  mouvements  rapides  IxAteront  la 
marche  du  temps  qui  doit  lui  livrer  Tobjet 
qu*i]  désire.  A  ces  témoignages  de  son  im- 

Satience  succèdent  souvent  ceux  du  dépit  et 
u  désespoir  ;  et  tous  ces  mouvements  oppo- 
sés se  succèdent  les  uns  les  autres,  jusqu'à 
ce  que  la  possession  de  l'objet  désiré  les  ar- 
rête en  éteignant  le  sentiment  qui  les  pro- 
duit, ou  que  des  obstacles  insurmontables , 
en  aaéantissant  l'espérance,  fassent  aussi 
cesser  le  désir. 

L'espérance  est  un  sentiment  paisible  qui, 
en  général,  ne  se  manifeste  au  dehors  gue 
par  une  expression  de  sérénité  ou  de  joie 
répandue  sur  tout  le  visage.  Mais  la  crainte 
rend  les  mouvements  faibles  ,  et  donne  aux 
attitudes  un  air  d'abattement  remarquable 
par  la  réflexion  sur  les  obstacles  plus  ou 
moins  grands  oui  peuvent  s'opposer  à  la  sa- 
tisfaction du  désir. 

La  surprise^  Vétonnement j  Yindignation^ 
TAorreur,  Yadmirationy  Yenthousiasmef  ont 
pour  leur  expression  des  gestes  et  des  atti- 
tudes à  peu  près  analogues,  et  qui  ne  diffè- 
rent que  par  leur  degré  de  vivacité.  Dans 
tous  ces  sentiments ,  les  bras  sont  élevés  et 
étendus,  les  doigts  écartés  les  uns  des  autres, 
et  le  corps  reste  immobile.  Mais  on  s'arrête 
de  surprise,  on  est  prêt  à  reculer  d'étonne- 
roent,  on  recule  d'horreur,  on  frémit  d'in- 
dignatiofi ,  l'admiration  vous  élève,  et  l'en- 
thousiasme vous  agite  vivement. 

Dans  les  sentiments  tristes,  tels  que  Yaf- 

{liction ,  le  regret  ^  le  repentir^  Yabattement  ^ 
e  découragement^  la  consternation^  le  déses^ 
r>tr,  etc.,  on  observe  une  attitude  commune 
tous,  qui  est  celle  de  la  réflexion  profonde, 
mais  souvent  dans  le  regret,  le  repentir,  le 
désespoir,.!)  se  joint  par  intervalle  à  cette 
expression  des  gestes  brusgues,  vifs,  irrégu- 
liers, qui  peignent  énergiquement  tout  le 
trouble  de  l'Âme. 

Dans  les  mouvements  que  provoquent  la 
/oie,  la  gaieté j  la  satisfaction  de  soi-même^  il 
règne  une  vivacité  douoe ,  une  liberté,  une 
aisance,  qui  exprime  cet  état  heureux  d'une 
Ame  agréablement  émue  par  un  succès  dé- 
siré, charmée,  ravie  de  tout  ce  qui  l'entoure, 
ou  qui  ressent  la  douce  influence  de  tout  le 
bien  qu'elle  a  fait  (406). 

Le  dégoût  y  la  répugnance^  Y  ennuie  le  dé- 
dain j  le  mépris^  ne  provoquent  que  des  mou- 
vements répulsifs  ou  des  attitudes  noncha- 
lantes, qui  expriment  l'aversion.  Dans  le 
dégoût,  le  corps  reste  en  repos  devant  l'ob- 

(406)  La  danse,  non  pas  cette  danse  froide,  me- 
surée, réduite  en  principss,  qui  n*a  aucun  rapport 
avec  les  sentiments,  qui  n>xprime  rien  ;  mais  cette 


jet  qui  inspire  ce  sentiment;  dans  la  répu- 
gnance, il  s'en  éloigne,  en  même  temps  que 
les  mains  semblent  le  repousser;  dans  Fen- 
nui,  il  change  à  chaque  instant  de  situation, 
mais  d'une  manière  lente  et  comme  sans 
but,  pour  peindre  le  vague  des  sentiments 
et  des  idées  d'une  Ame  que  rien  de  ce  qui 
l'entoure  ne  peut  plus  captiver.  Dans  le  dé- 
dain et  le  mépris,  il  se  détourne,  pour  té- 
moigner le  peu  de  cas  qu'elle  fait  des  objets 
qu'elle  ne  croit  pas  dignes  de  son  attention, 
n  se  joint  quelquefois  à  ce  mouvement  un 
haussement  d'épaules  qui  exprime  la  gène 

a  ne  lui  fait  éprouver  une  sorte  de  poids  dont 
le  cherche  a  se  débarrasser. 

La  colère  donne  lieu  ordinairement  à  des 
mouvements  violents  et  à  des  attitudes  éner- 
giaues.  Quelquefois,  au  contraire,  et  lors- 
qu  elle  est  tres-vive ,  Je  corps  est  agité  d'un 
tremblement  général ,  et  se  trouve  dans  un 
état  voisin  de  la  paralysie.  Dans  ces  circons- 
tances, ses  mouvements  sont  faibles,  ir- 
réguliers, ce  qui  rend  presque  toujours  les 
coups  du  furieux  incertains  et  mal  assurés, 
et  sa  colère  sans  effets  funestes. 

V orgueil  et  la  présomption  se  peignent  au 
dehors  par  une  certaine  fermeté,  une  sorte 
de  hardiesse  dans  les  mouvements,  et  une 
fierté  dans  les  attitudes,  qui  annoncent  le 

f)rix  que  l'on  ajoute  à  son  propre  mérite,  et 
a  certitude  de  réussir  dans  les  projets  que 
l'on  a  conçus. 

Les  mouvements  qui  sont  l'expression  de 
la  honte  sont  incertains,  confus  ;  ils  peignent 
énergiquement  le  trouble  intérieur  d'une 
âme  qui  rougit  de  ses  vices,  et  qui  est  bou- 
leversée par  l'éclat  du  jour.  Le  corps  se  dé- 
tourne, la  tète  s'incline  comme  pour  échapper 
à  la  lumière,  en  même  temps  que  les  y eui 
s'abaissent ,  et  que  le  front  se  couvre  de 
roueeur. 

L  expression  de  la  pudeur  ressemble,  sous 
certains  rapports,  à  celle  de  la  honte  :  mais 
elle  en  diffère  essentiellement  par  une  timi- 
dité douce ,  par  un  embarras  aimable  ré- 
pandu dans  les  mouvements  et  les  attitudes, 
et  qui  annonce  le  trouble  charmant  de  Tio- 
nocence,  dont  la  seule  idée  du  vice  vient  co- 
lorer le  front.  Si  la  tète  s'incline,  si  le  corps 
se  détourne,  c'est  moins  pour  se  cacher  que 
pour  éviter  des  regards  que  feraient  naître 
des  sentiments  ou  des  idées  qu'une  ▼ertn 
sans  tache  repousse  avec  vivacité. 

Là  pitié  se  peint  au  dehors  par  des  moure- 
ments  et  des  attitudes  pleines  de  douceurt 
comme  le  sentiment  qui  les  fait  naître.  Ton- 
tes  les  articulations  fléchies  semblent  repré- 
senter l'attendrissement  du  cœur;  les  mainj 
se  joignent  pour  exprimer  les  liens  qui  nnu^ 
unissent  à  l'infortuné  qui  nous  touche;et  ell''^ 
indiquent,  en  se  rapprochant  sur  la  poilrioe. 
l'impression  que  fait  sur  nous  le  malhear- 

V appréhension j  Yalarme^  la  peur^  Yf/ff^^* 
la  terreur  y  Yépouvante^  le  respect^  la  rcr-'V»- 
non,  offrent  des  attitudes  et  des  mouve- 

danse  vive,  animée,  où  la  physionomie  pi  le  t^'^ 
concourent  à  peindre  Télal  de  Vàmc,  esi  encorf  «» 
expression  énergique  de  la  joie  et  de  la  gaieté 


C61 


CES 


D'ANTHROPOLOGIE. 


COL' 


662 


nieDls  très-remarquables.  L*atlituile  de  Tap- 
préhensioD  se  rapproche  beaucoup  de  celle 
de  ratteotioD  ;  mais  on  y  obsenre  une  ex- 
pression plus  animée  ;  un  des  membres  ab- 
dominaux est  porté  en  ayant,  et  soutient  le 
corps,  qui  est  incliné  dans  cette  direction, 
tandis  que  les  membres  thoraciques,  éten- 
dusbonzontalement,  sont  dans  une  immobi- 
lité 4tnnplète.  La  frayeur  rend  le  corps  immo- 
bile en  opprimant  les  forces  musculaires,  et 
semble  suspendre  tous  les  mouTements  vi- 
taux. Qaelgurfois  elle  donne  lieu  à  un  trem- 
blement général  qui  peint  fidèlement  toute 
Tagilation  de  l'âme.  Bans  la  terreur  et  Té- 
poQTante,  le  cœrps  se  détourne,  recule  ou 
luit  arec  précipitation.  Dans  le  respect,  il 
est  immobile,  les  yeux  sont  baissés  ;  on  s'in- 
cline dans  la  vénération  ;  on  tombe  à  ge- 
noux dans  celle  que  Ton  témoigne  à  l'Etre 
suprême  ou  dans  le  culte  qu'on  lui  rend. 

lels  sont  les  rapports  des  idées  et  des  sen- 
timents avec  le  geste  et  les  attitudes.  Mais 
ces  rapports  éprouTcnt,  de  la  part  de  cer- 
taines orconstances  particulières,  des  modi- 
fications remarquables  qu'il  est  important  de 
signaler. 

Dans  le  premier  âse  les  gestes  et  les  atti- 
tudes sont  nuls.  Cela  dépend  de  plusieurs 
causes;  d'abord  de  ce  que  les  mouvements 
musculaires  n'ont  ni  assez  de  force  ni  assez 
de  précision  pour  pouvoir  les  exercer;  et  en- 
suite de  ce  que  les  idées  des  rapports  des 
êtres  n'existent  point  encore,  et  que  les  sen- 
timents sont  conius.  Aussi  les  gestes,  à  cette 
époque  de  la  vie,  se  bornent  à  des  mouve- 
ments généraux  du  corp^  et  des  membres, 
sans  prâdsion  ni  r^;ularité,  et  n'expriment 
qnedeux  sensations  générales,  vagues  comme 
eux,  le  plaisir  ou  la  douleur. 

A  mesure  que  le  langage  articulé  se  déve- 
loppe, que  les  idées  des  rapports  des  êtres 
se  forment,  les  gestes  et  les  attitudes  qui  s'y 
rapportent  se  régularisent.  Mais  il  est  à  re- 
marquer que  ceux  qui  sont  relatifs  aux  idées 
affectives  sont  plus  tardifs,  parce  que  ces 
idées,  peu  nombreuses  encore,  trouvent 
dans  la  voix  un  moyen  suffisant  d'expres- 
sion. ^ 

Mais,  dans  la  jeunesse,  où  le  sentiment  su- 
rabonde, où  le  cœur  est  plein,  où  toutes  les 
affections  ont  une  vivacité  extrême,  le  geste 
est  vif^  animé,  et  s'accompagne  d'attitudes 
toujours  très-expressives. 

Dans  la  virilité,  ces  expressions  s'afiaiblis- 
sent  avec  la  fougue  des  passions  ;  elles  s'é- 
teignent presque  entièrement  dans  la  vieil- 
lesse, où  le  ccBur  à  peu  près  muet,  cède  à 
Tesprit  tout  le  domaine  des  fonctions  exprès- 


Dans  la  femme,  les  gestes  et  les  attitudes 
sont  bien  plus  nombreux,  bien  plus  vifs. 
Lien  plus  éner^ques  que  dans  Thomme, 
comme  les  affections  morales  qu  ils  servent 
à  exprimer.  Cela  est  remarquable,  surtout 
dans  la  colère,  où  les  gestes  les  plus  véhé- 
ments, les  attitudes  les  plus  expressives, 
les  plus  pittoresques,  nous  impriment  à  ce 
sentiment  un  caractère  extérieur  tout  parti- 
culier. 


Les  individus  offrent  aussi  de  très-grandes 
variétés  sous  le  rapport  de  ces  fonctions 
d'expression.  Elles  dépendent  tontes  de  la 
vivacité  plus  ou  moins  grande  des  affections 
morales  qu'ils  éprouvent.  A  une  sensibilité 
vive  s'alhent  presque  toujours  des  attitudes 
et  des  gestes  nombreux,  rapides  et  énergi- 
que!. Le  contraire  se  remarque  lorsque  la 
modification  organique  perceptible,  qui  en* 
tre  comme  élément  'dans  les  affections  mo- 
rales, est  peu  intense,  ou  que  la  raison  en 
réprime  les  effets. 

Les  professions  influent  sur  le  geste  et  les 
attitudes  en  les  régularisant.  Ainsi,  les  indi- 
vidus accoutumés  à  parler  en  public,  les  ac- 
teurs tragiques  surtout,  mettent  involon- 
tairement dans  ces  moyens  expressifs,  par 
l'effet  de  l'habitude,  des  formes  régulières, 
qui  n'ont  pas  toujours  l'énergie  des  mouve- 
ments naturels. 

Enfin,  les  climats  modifient  ces  mêmes 
moyens  d'une  manière  remarquable.  Tout 
le  monde  sait  que  les  peuples  des  pays 
chauds  s'expriment  avec  beaucoup  de  gestes 
et  de  nombreuses  attitudes,  tandis  que  les 
peuples^ du  Nord,  plus  froids,  plus  cal- 
mes, manifestent  d'une  manière  bien  plus 
paisible  leurs  idées  et  leurs  sentiments. 
GLAND.  Voy.  Ché^vb. 
GLOTTE.  Voy.  Voix. 
GOCRJU.  Voy.  La>6jige. 
GOCT. — Les  substances  qui  peuvent  nuire 
à  notre  organisme  ne  réi)andent  pas  toutes 
une  repoussante  odeur  ;  il  en  est,  au  con- 
traire, d'où  il  s'exhale  un  doux  parfum  qui 
nous  attire.  D'un  autre  cêté ,  plusieurs  de 
celles  qui  sont  pour  nous  des  aliments  salu- 
bres  sont  inodores,  et  l'on  en  voit  même  d*où 
il  s'échappe  d'agréables  émanations.  Nous 
serions  donc  fréquemment  tombés  dans  des 
erreurs  funestes  si  nous  n'avions  eu  à  notre 
disposition  un  instrument  qui  pût  recevoir 
de  la  part  de  ces  substances  des  impres- 
sions capables  de  nous  éclairer  sur  leur  vé- 
ritable nature  et  nous  diriger  dans  notre 
choix. 

Cet  instrument  est  Yappareil  du  goût  ;  il 
est  situé  dans  la  cavité  buccale  oui  en  fait 
partie  et  en  avant  de  l'ouverture  au  conduit 
digestif  auquel,  par  conséquent,  ne  peuvent 
arriver  les  substances  alimentaires  sans  avoir 
subi  une  préalable  exploration. 

11  est  lormé  :  1*  de  la  langue  ;  2*  de  la 
membrane  muqueuse  qui  la  revêt,  en  même 
temps  qu  elle  tapisse  les  parois  de  la  cavité 
buccale;  3*  des  nerfs  qui  se  distribuent  à 
cette  membrane;  4*  des  parties  osseuses  qui 
renferment  et  prot^ent  tout  l'appareil. 

La  langue  est  formée  d'un  gi^md  nombre 
de  muscles  (le  lingual  superficiel ,  les  lin- 
guaux profonds ,  les  trans verses,  les  verti- 
caux, les  glosso-staphylins,  les  styloglosses, 
les  hyoglosses,  les  génioglosses)  qui  se  croi- 
sent dans  toutes  les  directions  et  qui ,  par 
conséquent ,  peuvent  produire  des  mouve- 
ments très-variés  et  trfe-propres  à  l'explora 
tion  des  substances  alimentaires.  Aussi  est- 
ce  sur  elle  qu'est  fixée  la  partie  de  la  raein-. 


6G5 


GOU 


DiCTIONNAIRE 


COL' 


661 


brane  mu(iucusc  qui  coiisliluc  essentielle- 
racnt  le  sens  du  goût. 

*  Cette  membrane  reçoit^  dans  son  tissa,  un 
grand  nombre  de  branches  nerveuses  ,  di- 
visions de  la  cinauième  paire ,  mais  c*est  le 
nerf  lingual  qui  rorme  l'organe  transmetteur 
de  Tappareil.  Ce  nerf,  en  effet ,  se  distribue 
eiclusivement  dans  la  membrane  muqueuse 
qui  recouvre  la  langue  et  vient  former  à  sa 
surface  un  grand  nombre  de  papilles  ner- 
veuses 9  destinées  à  recevoir  1  impression 
des  aliments.  Les  autres  branches  nerveu- 
ses^  qui  s'y  joignent  et  qui  se  perdent  dans  le 
reste  de  la  membrane,  ne  servent  qu'à  trans- 
mettre les  impressions  tactiles.  Cette  double 
transmission  était  nécessaire,  car  une  subs- 
tance qui  agit  sur  le  sens  du  goût  y  exerce 
une  double  action,  savoir  :  celle  de  son  con- 
tact comme  corps ,  ce  qui  était  nécessaire, 
pour  que  nous  pussions  en  sentir  la  pré- 
sence et  en  opérer  la  déglutition ,  et  celle 
8ui  donne  lieu  à  une  sensation  gustative. 
r  l'impression  de  la  première  est  transmise 
par  les  divisions  nerveuses  étrangères  au 
nerf  lingual  ;  ce  dernier  seul  transmet  les 
impressions  dépendantes  de  la  nature  des 
aliments  (^07). 

Ces  impressions  portent  le  nom  dé  saveurs, 
et  les  corps  qui  les  exercent  se  nomment 
sapides. 

Lorsqu'un  corps  sapide  est  introduit  dans 
la  cavité  buccaie,  if  en  impressionne  la 
membrane  muqueuse,  qui  alors  secrète  en 
plus  grande  abondance  le  fluide  visqueux 
qu'elle  produit  sans  cesse  pour  entretenir 
la  souplesse  de  la  langue  et  en  favoriser  les 
mouvements.  A  ce  fluide  se  joint  l'humeur 
salivaire,  et  la  substance  sapide ,  ramollie, 
en  partie  dissoute ,  agit  sur  le  nerf  lingual 
qui  nous  transmet  l'impression  qu'il  en  re- 
çoit et  donne  lieu  à  la  perception  gustative. 

Plus  le  contact  d'un  corps  saçioe  sur  la 
langue  est  intense,  plus  son  action  est  vive 
et  sa  saveur  sensible;  voilà  pourquoi  dans 
la  dégustation  nous  appliquons  la  langue 
contre  le  palais. 

Plus  la  surface  de  la  langue  est  nette  , 
plus  sa  membrane  muqueuse  est  à  décou- 
vert, et  plus  aussi  nous  ressentons  vivement 
l'impression  des  corps  sapides. 

Plus  un  corps  est  soluble,  plus  sa  sapidité 
est  considérable  ;  plus  son  action  est  pro- 
longée, plus  sa  saveur  perd  de  sa  viva- 
cité (408). 

Une  impression  sapide  vive  s'oppose  à  l'ac- 
tion d'une  impression  plus  faible  qui  la  suit. 
Il  semble  que  le  nerf  lingual,  épuisé  par  la 

(407)  Remarquez  qne  s'il  n*y  avait  pas  eu  des 
nerfs  propres  à  transmettre  les  impressions  tactiles, 
associés  a  Tappareil  du  goût,  nous  aurions  été  sou- 
vent exposés  à  ingérer  des  substances  insipides, 
nuisibles,  et  même  la  dégliUition  des  alimeuts  aurait 
été,  sinon  impossible,  du  moins  très-irrégvlière,  et 
pour  ainsi  dire  confiée  au  hasard.  En  effet,  n*ayant 

f»oint  la  conscience  de  leur  présence  dans  la  cavité 
>uccale,  nous  n'aurions  pu  déterminer  d'une  ma- 
nière exacte  et  régulière  les  mouvemcpts  muscu- 
. aires  qui  en  dclermiuent  Tingestion. 


première,  ne  peut  transmettre  une  excita- 
tion qui  a  moins  d'intensité. 

Les  saveurs  varient  singulièrement  entre 
elles  ;  cette  diversité  dépend  de  eelle  de  la 
nature  des  corps  sapides. 

Ces  corps  exercent,  en  général ,  trois  im- 
pressions simultanées ,  savoir  :  1*  une  im- 
pression tactile  ,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit  ;  2*  une  gustative  ;  3*  .une  olfactive.  La 
première  donne  la  sensation  de  la  chaleur, 
du  froid,  du  simple  contact;  elle  est  sensible 
dans  l'application  sur  la  langue  d'un  corps 
non  sapiae  mou  ou  dur,  chaud  ou  froid,  etc. 
La  deuxième  devient  évidente  quand  on  se 
bouche  le  nez,  ce  qui  l'isole  de  la  troisième. 
Et  enfin  celle-ci  est  sensible  quand  on  ren  1 
les  narines  libres  ;  elle  n'est  point  percep* 
tible  dans  le  corps. 

Les  corps  gui  agissent  sur  la  langue  peu- 
vent être  divisés  en  quatre  classes,  savoir; 
1*  ceux  qui  n'exercent  qu'un  simple  contact 
(les  corps  non  sapides)  ;  2"  ceux  qui  exer- 
cent une  impression  tactile  et  une  impres- 
sion gustative  (sucre ,  muriate  de  soude); 
3"*  ceux  qui  n'exercent  qu'une  impression 
tactile  et  olfactive  (les  métaux  odorants); 
4*  enfin  ceux  qui  agissent  à  la  fois  sur  le 
tact  de  la  langue,  le  goût  et  Todorat  (huiles, 
volatiles,  menthe,  etc.). 

En  général  toutes  les  substances  qui  se- 
raient nuisibles  à  notre  organisation  dans 
l'état  physiologiaue  ont  une  saveur  plus  ou 
moins  désagréable,  et  quelquefois  même  au 
point  de  déterminer  des  contractions  eipul- 
sives  dans  les  fibres  musculaires  de  l'esto- 
mac, de  rc9Sophage  et  du  pharynx.  Mais  t 
comme  les  organisations  individuelles  of- 
frent de  nombreuses  variétés,  et  que,  par  con- 
séquent, telle  substance  nuisible  pour  celle- 
ci  ne  Test  point  pour  celle-là  ,  qui  même  y 
trouve  un  aliment  salubre,  il  en  résulte  que 
des  saveurs  qui  sontagréaibles  pour  certains 
individus,  inspirent  à  d'autres  une  véritable 
horreur  (i09). 

Une  substance  alimentaire  qui,  par  quel- 
que circonstance  particulière  ,  coname  une 
indigestion,  par  exemple,  a  troublé  notre  or- 
ganisation ,  n'a  plus  pour  nous  ,  du  moins 
pendant  un  certain  temps  ,  qu'une  saveur 
désagréable. 

Ces  phénomènes  proviennent  des  relations 
sympathiques  qui  existent  entre  l'appareil 
digestif  et  l'instrument  du  goût. 

La  faculté  transmissive  de  cet  instrument 
varie  selon  Tâge.  Dans  le  nouveau-né,  elle 
est  nulle;  il  n'a  point  de  choix  d'aliments  à 
faire,  il  a  toujours  à  sa  disposition  celui  qui 
lui  convient  (tlO).  Elle  se  développe  avec  le 

(408)  Il  parait  que,  dans  ce  cas,  le  tissu  du  nerf, 
trop  excité,  s'engorge,  ou  que  son  canal  s'oWiif^ 
momentanémeut,  et  ^'il  perd  ainsi  plus  oa  ootns 
de  sa  faculté  transnussive. 

(409)  Cela  prouve  que  la  saveur  ne  réside  pom* 
dans  le  corps  sapide,  et  n'est  point  une  modilicaii*« 
duncrfUngual  sur  lequel  celui-ci  agit;  modification 
qui  varie,  dans  les. divers  individus,  pardescood»- 
lions  matérielles  que  nous  ne  pouvons  coonattre. 

(HO)  Elle  n'existe  que  pour  la  transmission  d» 
impressions  tactiles. 


665 


GUA 


D*ANT1IR0P0L0G1E 


GL'A 


6CC 


besoin  d'aliments  ?arié$  et  plus  sulistantiels, 
et  de  même  çue  celle  de  rinstrument  oUsc- 
tif,  elle  ne  s  éteint  qu'aTec  la  vie. 

Toutefois  elle  s'affaiblit  par  Timpression 
trop  prolongée  ou  trop  souvent  répétée  des 
corps  Tivement  sapides.  C*e$t  ce  que  Ton 
Toit  dans  les  individus  qui  font  un  usage 
liabituel  de  liqueurs  fortes  ou  d^aliments  de 
haut  goAt ,  et  oui  sont  obligés  de  ranimer 
sans  cesse  leur  faculté  gustative  par  des  im- 
pressions toujours  nouvelles  et  d'une  crois- 
sante intensité. 

Le  goAt  varie  aussi  chez  les  individus , 
selon  la  structure  et  l'activité  de  sécrétion 
de  la  muqueuse  buccale,  et  le  degré  d'im- 
pressionnabilité  et  de  faculté  transmissive 
du  nerf  gustatif.  Dans  certaines  maladies , 
cette  iaculté  acquiert  une  si  srande  énergie, 
que  les  saveurs  les  plus  faibles  peuvent  à 
peine  être  supportées. 

Quoique  deux  prolongements  encéphali- 
ques transmettent  les  impressions  gustati- 
ves,  nous  n'en  percevons  jamais  plusieurs 
à  la  fois,  alors  même  qu'un  plus  ou  moins 
grand  nombre  de  substances  sapides  agissent 
simultanément  sur  le  sens  du  goût.  Elles 
semblent  se  e<mfondre  toutes  en  une  seule 
et  même  impression  i  nous  n'en  éprouvons 

ff*1Ule  seule  sensation,  qui  est  produite  par 
saveur  la  plus  vive,  et  nous  ne  pouvons 
les  distinguer  les  unes  des  autres  qu'en  les 
percevant  isolément.  Or  nous  les  percevrions 
toutes  à  la  fois,  si  l'encéphale ,  qui  est  eam^ 
posé  comme  corps,  était  ragent  de  la  percep- 
oon  gustative,  puisque  rien  ne  pourrait  s'op- 
poser à  ce  que  diaque  impression  fAt  suivie 
de  son  effet  matériel.  Donc  Têtre  qui  perçoit 
les  saveurs  est  simple ,  et  n'est  point,  par 
conséquent,  l'organe  cérébral. 

GRANDEUR  dk  l*hommb.  Voy.  lInteo- 
ovcnoM. 

GRECS.  Voy.  Ecmops  vodkehb. 

GROENLANDAIS.  Voy.  Racbs  bcvambs. 

GCANCHES.  Voy.  ABomioiHEs. 
^  GUARANIS.  —  La  région  orientale  de 
r Amérique  du  sud,  c'est-à-dire  toute  cette 
|K>rtion  de  pays  qui  se  trouve  à  Test  de  la 
rivière  du  Paraguay,  et  d'une  ligne  tirée  des 
sources  de  cette  rivière,  à  l'embouchure  de 
rOrénoque,  était  habitée,  à  l'époque  de  la 
découverte  du  nouveau  continent,  par  un 
lO^and  nombre  de  tribus  indigènes  qui  étaient 
/lonsidérées  comme  autant  de  nations  dis- 
tinctes, parlant  chacune  une  langue  à  part. 
Ijes  recherches  faites  depuis  quelques  années 
imi  en  pour  résultat  de  réduire  considéra- 
tdement  ce  nombre. 

Deux  grandes  Cunilles  de  nations  existent 
dans  cette  région  :  l'une  est  celle  des  Guara- 
nis, répandue  dans  tout  le  Paraguay,  et  qu'on 
sait  être  alliée  aux  tribus  Tupis  du  Rrésil  ; 
Taulre  comprend  les  races  qui  appartiennent 
à  la  souche  Galibi,  Caribeou  Caraïbes,  races 
qui  occupent  des  provinces  plus  septentrio- 
nales et  s'avancent  jusqu'au  golfe  du  Me- 
xique. Les  Indiens,  appartenant  à  ces  deux 
familles,  se  ressemblent  beaucoup  par  les 
traits,  par  la  couleur,  et  doivent,  suivant 
31.  d*Orbigny,  être  rattachés  à  un  même  tyoe 


r. 


^lysiquc  dont  il  donne  les  caractères  dans 
essuivants  :  Couieurjaunâire-Jaillemoyenne: 
front  non  fuyant;  yeux  souvent  obliques ^ 
toujours  relevés  à  Vangle  extérieur. 

Ces  traits  qui  appartiennent  aux  grandes 
races  nomades  de  l'Amérique  du  sud,  se 
rapprochent,  comme  on  le  voit,  beaucoup 
de  ceux  des  nomades  de  la  Haute-Asie.  La 
couleur  est  presque  la  même,  caries  Indiens 
des  tribus  orientales,  ne  sauraient  être  dé- 
signés sous  le  nom  de  Peaux-Rouges,  nom 
qu'on  appliquait  encore  naguère  à  toutes 
les  nations  du  nouveau  monde.  Ces  Indiens 
ont  le  visage  arrondi  et  le  nez  court  ;  mais 
ils  n'ont  pas  les  narines  aussi  larges  que  les 
hommes  de  races  asiatiques,  et  non  pas  non 

SIus  les  pommettes  aussi  saillantes.  Spix  et 
[artius  ont  trouvé  aux  Caribes  une  res- 
semblance frappante  avec  les  Chinois. 

La  nation  guarani  est  une  des  plus  inté- 
ressantes de  l'Amérique  du  Sud,  en  raison 
de  l'aptitude  toute  particulière  qu'elle  a 
montrée  pour  entrer  dans  la  voie  ûes  amé- 
liorations sociales,  et  de  la  docilité  avec  la- 
quelle elle  s'est  laissé  instruire  dans  les 
vérités  de  notre  religion.  De  nombreuses 
tribus  s'étaient  déjà  converties  au  christia-i 
nisme,  grAce  aux  persévérants  efforts  des 
missionnaires  jésuites,  et  nous  avons  dans 
diverses  relations,  écrites  la  plupart  car  des 
ecclésiastiques,  la  preuve  des  progrès  que 
faisaient  encore  journellement  ces  ardents 
a|)dtres  de  la  civilisation,  au  moment  ou  le 
roi  d'Espagne,  cédant  aux  funestes  sugges- 
tions d'hommes  également  ennemis  du  trône 
et  de  l'autel,  chassa  les  Jésuites  du  Paraguay, 
enlevant  ainsi  à  cent  vingt  mille  nouveaux 
convertis,  tous  sortis  du  sein  d'une  seule 
nation,  leurs  instructeurs  temporels  et  spi- 
rituels, les  guides  qui  les  avaient  si  bien 
dirigés,  les  protecteurs  auxquels  les  unis- 
saient les  liens  d'une  mutuelle  affection. 

1*  GwtraniM  méridionaux  ou  Guaranis  du 
Paraguay.  —  Ce  groupe  se  compose  et  des 
tr?bus  soumises  aux  régimes  des  missions 
dans  les  établissements  que  les  Jésuites 
avaient  formés  au  Paraguay,  et  de  celles  qui 
errent  encore  è  l'état  de  liberté  dans  les  forêts 
de  cet  te  grande  province.  1 1  y  a  eni  x)re,  en  effet, 
outre  les  Guaranis  proprement  dits,  qui 
sont  tous  chrétiens  et  habitent  trente -deux 
grandes  bourgades,  situées  sur  les  bords  du 
Parana,  du  Paraguay  et  de  ITrusuay,  il  y  a, 
dis-je,  un  certain  nombre  de  tribus  qui  ap- 
partiennent à  la  même  race  et  qui  restent 
cachées  dans  les  profondeurs  des  bois  ;  ces 
tribus  ont  pris  différents  noms,  tirés  pour 
la  plupart  de  ceux  des  rivières  ou  des  mon- 
tagnes dans  le  voisinage  desquelles  elles 
résident,  mais  la  langue  qu'elles  parlent  est 
toujours  le  guarani  :  parmi  les  principales, 
on  doit  citer  les  Tapas,  les  Tobatinguas  et 
les  Cayuguas. 

2*  Guaranis  occidentaux.  —  Ce  sont  les 
tribus  dont  Hervas  a  parlé  sous  les  noms  de 
Guarayis,  Chiriguanis  et  Cirionos.  Les 
Guarayis  avaient  été  convertis  par  les  Jé- 
suites qui  les  avaient  rattachés  a  leurs  célè- 
bres missions  de  la  province  de  Chiquitos. 


CC7 


GUI 


DICTIONNAIRE 


G II 


Entre  cette  province  et  celle  do  Motos,  il  y  a 
encore  quelques  hordes  de  Guarayis  sauva- 
ges. Dobrezhoffer  dit  que  «  leur  langue 
est  un  dialecte  très-peu  corrompu  du  gua- 
rani »,  quoique,  d'après  leurs  propres  tradi- 
tions, ils  habitassent  déjà  ce  pays  au  temps  de 
rincaYupangui.  Les  Chiriguanosqui  n'ont  ja- 
mais été  convertis  sont  des  barbares  très-re- 
doutables pour  les  peuplades  voisi  nés  .Suivant 
l'abbé  Gili,  la  langue  guarani  est  parlée  dans 
toute  sa  pureté  par  ces  indigènes  de  cent 
soixante  villages  des  Andes,  compris  entre 
la  grande  rivière  de  Chaco  et  celle  de  Mapayo, 
dans  la  province  de  Santa-Cruz  de  la  Sierra  ; 
au  nord  de  Santa-Cruz  sont  les  barbares  Ci- 
rionos  qui  parlent  un  dialecte  du  chiruguano, 
et  par  conséquent  un  dialecte  de  la  langue 
guarani. 

S**  Ctuaranis  orientaux  du  Brésil,  —  Ce 
groupe  se  compose  des  Tupis  ou  Brésiliens 
indigènes.  «  La  langue  générale  du  Brésil, 
appelée  communément  langue  tupi,  du  nom 
des  premiers  Indiens  qui  se  convertirent  à 
notre  sainte  foi,  ne  diffère  pas  plus,  dit  Her- 
vas,  de  la  langue  guarani  que  le  portugais 
ne  diffère  de  l'espagnol.  »  Hervas,  fait,  d'après 
les  renseignements  qu'il  avait  reçus  des  cu- 
rés et  des  missionnaires,  une  énumération 
des  tribus  qui  parlent  la  langue  tupi  peu  ou 
point  altérée;  ce  sont:  les  Caryis  dont  le 
pays  est  au  sud  de  celui  des  Tupis,  et  s'étend 
jusqu'au  midi  du  Rio-Grande-do-Sal  ou  ri- 
vière de  Saint-Pierre,  les  Tamoyi,  les  Tupi- 
naquis,  les  Timmiminos,  les  Tobayaris,  les 
Tupinambis,  les  Apontis,  les  Tapigoas  et 
plusieurs  autres  tribus  occupant  les  districts 
maritimes  situés  au  sud  de  l'embouchure 
de  la  rivière  des  Amazones. 

&*  Tribus  de  la  rivière  des  Amazones  qui  se 
rattachent  à  la  race  bresilio-guaranienne.  — 
Hervas  considère  là  langue  omagua  et  quel- 
ques autres  dialectes  qui  lui  sont  alliés  et 
qui  se  parlent  dans  le  royaume  de  Quito, 
comme  étant  aussi  des  rameaux  de  la  grande 
langue  guarani,  ce  qui  implique  nécessai- 
rement, si  on  admet  le  fait,  une  extension 
de  la  race  guaranienne  au  delà  des  limites 
géographiques  que  nous  lui  avions  d'abord 
assignées;  d' A zara,  au  reste,  comme  on  l'a 
vu  précédemment,  suppose  qu'elle  s'avance 
vers  le  nord  jusqu'à  la  Guvane. 

Les  Omaguas,  avec  quelques  tribus  qui 
leur  sont  alliées  de  très -près,  forment  une 
des  nations  les  plus  largement  répandues 
dans  les  parties  septentrionales  de  l'Améri- 
que du  sud.  Ils  étaient  anciennement  eu 
possession  des  rives  et  des  lies  du  fleuve 
des  Amazones  dans  un  espace  de  deux  cents 
lieues,  à  partir  de  l'embouchure  du  Rio- 
Nabo  (Napo),  et  probablement  ils  formaient 
une  grande  partie  des  nombreuses  tribus 
que  rencontra  Orellana  dans  cette  région. 

GUARAUNOS.  Yoy.  Caribes. 

GUAYERIES.  Voy,  Caribes. 

GUINÉE  (NÈGRES  DE).  —  Les  caractères 
du  nègre  proprement  dit  se  trouvent  princi- 

1)alement  chez  les  nations  situées  au  sud  de 
a  grande  chaîne  qui  vient  se  terminer  à 
l'ouest  y   près  de  Sierra-Leone  ;  dans  cette 


région  même,  si  on  veut  les  observer  à  leiir 
maximum  de  développement,  il  faut  porter 
son  attention  sur  cette  partie  de  la  côte  qui, 
bordant  la  partie  saillante  du  continent,  vient 
se  déterminer  au  fond  de  la  baie  du  Bénin. 
Dans  ce  grand  district  maritime  on  trouTe, 
il  est  vrai,  quelques  nations  assez  avancées 
en  civilisation  et  qui  partagent  plus  du  type 
soudanien  que  du  type  nègre  proprement 
dit  ;  mais  la  grande  masse  de  la  population 
se  compose  de  sauvages  à  l'état  le  plus  in- 
culte, et  ceux-ci  offrent,  de  la  manière  la 
plus  prononcée,  la  forme  prognathe  de  la 
tète  et  le  caractère  de  physionomie  qui  y 
correspond. 

Les  Feloupes,  établis  sur  les  bords  de  la 
Casamanca,  sont  des  sauvases  qui  vivent 
tout  nus;  leur  couleur  est  tres-noire  et  leur 
peau  est  rude,  mais  leurs  traits,  dit-on,  sont 
assez  beaux.  Les  Papels,  les  Bisagos,  les  Ba- 
lantes,  les  Biafares  ou  Jolas,  tous  peuples  du 
littoral,  sont  des  sauvages  d'une  laic^eur  re- 
poussante. Les  Susus  et  les  Timmanis  sont 
plus  civilisés,  et  leurs  traits  se  rapprochent 
plus  de  ceux  qu'on  trouve  généralement 
parmi  les  nations  de  l'intérieur  du  Soudan. 

La  portion  de  côte  qui  s'étend  depuis  la 
rivière  Assini,  ou  depuis  le  cap  Tres-Puntas 
jusqu'au  Rio-Volta,  est  ce  qux)n  nomme  la 
Côte-d'Or;  dans  cette  partie  du  littoral  pré- 
dominent la  race  et  la  langue  amina  qui 
s'étendent  dans  l'intérieur  jusqu'à  une  dis- 
tance encore  indéterminée.  Les  Fantis,  les 
Ashantis,  les  Aquampim  et  les  Inta  sont  en 
effet  des  branches  du  même  tronc.  Barbot 
nous  fait  de  ces  peuples  un  portrait  très-cu- 
rieux. 

«  Les  noirs,  dans  cette  partie  de  la  Guinée, 
sont,  en  général,  nous  dit-il,  bien  faits  et 
bien  proportionnés,  ni  très-grands  ni  très- 

{petits.  Ils  ont  le  visage  d'un  ovale  agréable, 
es  yeux  brillants,  les  oreilles  petites,  les 
sourcils  haut  placés  et  bien  loumis,  les 
dents  petites,  blanches,  bien  rangées  et  soi- 
gneusement entretenues,  les  lèvres  fraîches 
et  vermeilles,  bien  moins  épaisses  et  moins 
pendantes  que  celle  des  nègres  de  la  côte 
d'Angole;  ils  ont  aussi  le  nez  moins  large. 
Ils  ont  presque  tous  les  cheveux  bouclés,  assez 
longs  quelquefois  pour  descendre  jusqu'aux 
épaules,  et  nien  moins  rudes  que  ceux  des 
hommes  du  pays  d'Angole  ;  jusqu'à  l'âge  de 
trente  ans  ils  ont  peu  de  barbe»  mais  les  vieil- 
lards  l'ont  assez  lonsue. 

«  Leur  peau,  sans  être  d'un  noir  très-foncë, 
est  brillante  et  bien  lisse  ;  leur  estomac,  na« 
turellement  chaud,  peut  digérer  les  aliments 
les  plus  grossiers,  même  des  entrailles  crues 
de  volaille  que  je  les  ai  vus  souvent  déTorer 
avec  avidité.  Ils  ont  grand  soin  de  se  la?er 
tout  le  corps,  matin  et  soir,  puis  de  se  frotter 
la  peau  d'huile  de  palme.  Ils  considèrent  cet 
usage  comme  très-essentiel  pour  la  conser- 
vation  de  la  santé,  et  ils  prétendent  que  cela 
les  préserve  de  la  vermine  qu'ils  seraient 
sans  cela  sujets  à  engendrer.  En  somme, 
ce  sont  généralement  des  hommes  bien  bâti^^ 
et  d'un  beau  visage;  mais  si  les  dehors  sont 
séduisants,  le  dedans  n'y  répond  pas,  ci, 


«» 


IIAR 


D'ANTHUOPOLOGIE. 


DAR 


G7Û 


au  moral,  ce  sont  de  très-rilaines  gens. 

c  Les  femmes  sont  élancées ,  de  taille 
moyenne,  mais  bien  prises,  avec  un  embon- 
point conTenable,  on  petit  yisage  arrondi  et 
des  yeux  brillants  ;  presque  toutes  ont  le  nez 
bien  saillant,  quelauefois  un  peu  aquilin, 
la  bouche  petite,  ires-bien  faite ,  les  dents 
bien  blanches  et  bien  rangées,  le  cou  ar- 
rondi,  la  gorge  bien  formée;  elles  sont  rives, 
promptes  à  la  répartie  et  très-disposées  à 
Dahiller.  » 

La  nation  des  Ashantis ,  qui  appartient  à 
cette  race ,  est  une  des  plus  avancées  de 
TAfri^e  païenne.  Elle  nous  offre ,  suivant 
Bodwich,  surtout  parmi  les  hommes  apparte- 
nant à  la  classe  supérieure ,  non-seulement 
de  belles  formes ,  mais  souvent  des  traits 
comparables  à  ceux  du  type  grec ,  avec  des 
veux  brillants ,  d'ailleurs  un  peu  obliques. 
Les  femmes  ressemblent  à  des  Indiennes 
plutAt  qu*à  des  Africaines. 

Dans  un  petit  district  de  la  CAte-d'Or,  qui 
entoure  Acra,  se  trouve  une  race  particulière 
dont  la  langue  ressemble  à  celle  des  nègres 
montagnards  d'Adampi.  D*apfès  la  descrip- 
tion qu*en  a  donnée  le  missionnaire  danois 
Isert ,  nous  voyons  que  ces  hommes  ont  des 
cbeveux  laineux  qui  atteignent  quelquefois 
juson^à  un  pied  et  demi  de  long  (mes.  angl.), 
et  dont  la  couleur  généralement  noire  est 
cependant  rousse  chez  certains  individus. 

jSn  continuant  à  marcher  vers  Test ,  on 
trouve  la  cAle  des  Esclaves  qui  va*  jusgu*au 
Rio-Volta  ;  au  delà ,  commence  la  baie  de 
Bénin,  et,  plus  loin,  celle  de  Biafra.  La  par- 
tie du  pays  que  borde  la  côte  des  Esclaves 
(^t  toute  peuplée  par  des  hommes  d'une 
même  race ,  oui  est  celle  à  laquelle  appar- 
tiennent les  ne^es  de  Whidah,  d'Ardrah  et 
de  Popo ,  aussi  bien  que  ceux  du  Dahomeh, 
tribu  puissante  et  guernère  de  l'intérieur. 


Dans  le  Bénin,  et  plus  au  sud-est,  se  trouvent 
les  races  de  Bénin ,  de  Moko  et  plusieurs 
autres.  Edwards  dit  que  les, Bénins  sont  d*un 
noir  jaunâtre ,  et  que  leur  conformation  de 
visage  &it  qu'ils  ressemblent  presque  tous 
à  des  singes ,  la  mâchoire  iniérieure  étant 
beaucoup  plus  saillante  chez  eux  que  chez 
aucune  autre  race  d'Africains.  V.  Prichard  a 
examiné  la  tête  osseuse  d'un  naturel  de 
Bénin ,  et  lui  a  trouvé  les  caractères  nègres , 
mais  pas  à  un  degré  excessif. 

La  région  que  nous  venons  de  mentionner 
a  été ,  comme  son  nom  l'indique ,  le  siège 
principal  de  l'exportation  des  nègres  escla- 
ves ,  et ,  par  suite  des  calamités  et  des  vices 
qu^en traîne  cet  iniâme  trafic,  les  tribus  de  la 
c6te  ont  été  réduites  à  l'état  le  plus  bas  de 
dégradation  physique  et  morale.  Dans  toute 
la  Nigritie,  mais  particulièrement  dans  la 
partie  qui  nous  occupe  en  ce  moment,  il  n'y 
a  pas  un  seul  canton  dans  l'intérieur ,  pas 
une  seule  montasne ,  dont  les  habitants  ne 
soient  perpétuellement  aux  aguets,  pour 
s'emparer  des  femmes  et  des  enfants  d'escla- 
ves voisins,  afin  de  les  vendre  aux  étrangers  ; 
il  y  en  a  beaucoup  qui  vendent  jusqu'à  leurs 
femmes ,  jusqu'à  leurs  propres  enfants.  Il 
n'est  pas  un  coin  du  pays,  si  reculé  qu'il  soit, 
qui  n  ait  été  le  théâtre  de  quelque  odieuse 
scène  de  ravissement ,  de  quelque  meurtre 
commis ,  non  dans  l'ardeur  du  combat ,  ou 
sous  l'impulsion  aveugle  de  la  colère  ou  de 
la  haine  qu'excite  une  guerre  de  peuple  à 
peuple,  mais  de  sang-froid,  par  le  seul 
amour  du  gain  ;  ajoutons  en  rougissant  que 
ces  crimes  se  sont  commis  sous  la  protection 
de  lois  promulguées  dans  la  partie  la  plus 
civilisée  du  monde  chrétien ,  après  de  lon- 
gues délibérations  et  dans  le  but  avoué  d'en- 
richir quelques  marchands. 


H 


HAEELTZDKS.  Voy.  Nootu.  —  Coloh- 


HAIDAS.  Voy.  Nootka.  —  Colombibhs 
HARICOT.  Voy.  Lkitillb. 

HARMONIE  DES  FONCTIONS  DANS  LE 
CORPS  HUMAIN.  —  L'homme  se  trouvant 
en  relation  avec  les  corps  qui  l'enrironnent, 
et  par  conséquent  soumis  à  leurs  impres- 
sions, devait  nécessairement  posséder  un 
appareil  oi^anique  qui  le  rendit  locomobile, 
car  s'il  n'avait  pu  se  mouvoir ,  il  se  serait 
trouvé  dans  l'impossibilité  d'éviter  les  im- 
pressions qui  peuvent  lui  nuire  et  d'attein- 
dre les  objets  qui  lui  sont  d'une  rigoureuse 
nécessité  :  c'est-à-dire ,  qu'il  n'aurait  pu  ni 
protéger,  ni  entretenir  son  existence  sur 
cette  terre  qu'il  doit  habiter. 

n  en  eût  été  de  même  si,  étant  locomobile, 
il  n'eût  point  eu  à  sa  disposition  des  appa- 
reils sensitifs  capables  de  lui  transmettre  les 
impressions  extérieures  ;  car  rien  alors  n'au- 
rait sollicité  en  lui  le  déplacement  du  corps. 


et  son  organisation  aurait  bientôt  péri  par 
l'effet  même  de  son  inertie. 

Il  suit  de  là  que  l'état  de  relation  exté- 
rieure où  se  trouve  l'homme  par  sa  nature , 
enti'aine  nécessairement  sa  locomobilité , 
qui ,  à  son  tour ,  nécessite  l'existence  d'un 
certain  nombre  d'appareils  organiques  trans^ 
metteurs  des  impressions  extérieures  qui 
doivent  provoquer  la  fonction  locomotrice  ; 
appareils  qui  se  trouvent  aussi  intimement 
liés  à  ceux  qui  doivent  exprimer  au  dehors 
les  effets  intérieurs  de  ces  impressions ,  car, 
par  cela  seul  qu'il  y  a  des  impressions  reçues 
dans  un  être  en  relation  avec  ses  semblables, 
il  faut  nécessairement  qu'il  y  ait  des  effets  à 
exprimer. 

Mais  la  locomobilité  de  l'homme  exigeait 
aussi  qu'il  pût  transporter  avec  lui  la  matière 
de  son  alimentation ,  et  qu'il  eût  par  consé- 
quent ,  au  dedans  de  son  organisation ,  une 
sorte  de  réservoir  pour  la  recueillir  et  lui 
faire  éprouver  les  modifications  convenables 
à  la  nutrition  des  organes  ;  de  là  une  diges- 


671 


IIAR 


DICTlONNAmE 


IIAR 


071 


tion  locale,  qui,  à  son  toi  r,  exige  la  locomo- 
b'ilité;  car,  possédant  un  appareil  diges- 
tif, Thomme  devait  nécessairement  avoir  la 
faculté  de  s'approcher  des  substances  propres 
à  entretenir  son  existence. 

Cette  même  digestion  locale  entraîne 
aussi  les  actions  organiques  qui  la  précè- 
dent, c'est-à-dire  la  préhension ,  la  mastica- 
tion ,  Tinsalivation ,  la  déglutition  des  ali- 
ments, et  toutes  les  autres  fonctions  de 
l'appareil  digestif  qui  ont  été  précédemment 
exposées. 

Mais  elle  exige  encore  une  absorption 
chylifère,  dont  l'appareil  nécessite  aussi  une 
respiration  dans  un  système  particulier  d'or- 
ganes ;  fonction  qui  entraine  à  son  tour 
l'existence  d'un  organe  central  pour  la  dis- 
tribution du  fluide  nourricier. 

Le  fluide  nourricier,  produit  de  la  diges- 
tion et  de  l'absorption,  renferme  inévitable- 
ment des  éléments  surabondants  ou  hété- 
rogènes ;  il  devait  donc  éprouver  dans  sa 
composition  des  modifications  salutaires  : 
de  là  la  sécrétion  urinaire,  et  les  exhalations 
adipeuse,  pulmonaire  et  cutanée. 

Enfin ,  les  fonctions  organiques  ne  peu- 
vent s'exercer  sans  Tinfluence  d  une  quantité 
déterminée  du  principe  de  la  chaleur ,  qui 
est  un  des  plus  puissants  excitants  de  nos 
{•arties  :  il  faut  donc  que  notre  organisation 
développe  elle-même  ce  principe ,  et ,  dans 
certaines  limites  :  de  là  la  calorification. 

Les  fonctions  reproductives  ont  avec  les 
précédentes  des  rapports  fort  intimes  ;  elles 
se  lient  évidemment  avec  celles  qui  trans- 
mettent les  impressions  extérieures,  qui 
expriment  les  effets  de  ces  impressions ,  et 
qui  produisent  le  déplacement  du  corps,  car 
elles  ne  pourraient  avoir  lieu,  sans  elles. 
Elles  sont  aussi  sous  la  dépendance  des  fonc- 
tiuns  qui  préparent  et  distribuent  le  fluide 
nourricier,  principal  moteur  de  toute  action 
organique.  De  plus  elles  offrent  des  harmo- 
nies manifestes ,  soit  dans  les  fonctions  des 
appareils  sexuels  considérés  dans  leurs  rap- 
ports réciproques,  soit  dans  les  actions  par- 
ticulières de  ces  mêmes  appareils  étudiés 
isolément.  Ici  se  rapportent  les  accords  admi- 
rables qui  existent  dans  les  fonctions  des 
organes  de  la  génération  dans  chaque  sexe. 

Après  avoir  exposé  les  relations  que  pré- 
sentent entre  elles  les  fonctions  organiques , 
nous  ne  devons  pas  oublier  de  signaler  un 
,  autre  ordre  d'harmonies  non  moins  remar- 
quables que  les  précédentes  ;  nous  voulons 
parler  de  l'influence  des  propriétés  physi- 
ques des  organes  sur  1  exercice  de  ces 
mêmes  fonctions. 

Les  tissus  organiques  sont  compressibles , 
élastiques,  flexibles ,  tenaces ,  extensibles  et 
rétracliles.' 

La  compresiibiliti  donne  aux  organes  la 
faculté  de  céder  aux  pressions  diverses  aux- 
quelles ils  sont  exposés  dans  les  différents 
mouvements  de  l'organisation ,  et ,  par  con- 
séquent ,  permettent  à  ces  mouvements  de 
s'exercer  dans  toute  leur  étendue.  Sans  cette 
compressibilité ,  ou  ces  mouvements  n'au- 
raient PU  avoir  lieu,  ou  les  organes  auraient 


éprouvé  à  chaque  instant  des  solutions  de 
continuité  plus  ou  moins  graves. 

L*  élasticité  vend  les  tissus  organiques  capa- 
bles de  reprendre  les  dimensions  et  la  form« 
qu'une  force  comprimante  quelconque  leur 
a  fait  perdre.  Or ,  il  est  évident  que  sans 
cette  faculté  ces  deux  états  organiques 
éprouveraient  à  chaque  instant  des  variations 
plus  ou  moins  grancles  ;  et  comme  les  fonc- 
tions des  organes  leur  sont  subordonnées,  il 
est  évident  aussi  qu'elles  seraient  à  chaque 
instant  troublées,  si  elles  ne  se  suspendaient 
pas  entièrement. 

far  là  flexibilité  les  organes  qui  en  sont 
doués  se  prêtent  à  tous  les  mouvements, 
soit  généraux ,  soit  partiels ,  de  l'organisa- 
tion ;  et  sans  cette  faculté ,  ou  ces  mouve- 
ments ne  pourraient  s'effectuer,  ou  bien  les 
Earties  inflexibles  qui  s'y  opposeraient  se 
riseraient  au  moindre  déplacement  orga- 
nique. 

La  ténacité  donne  à  certains  de  nos  tissus 
la  faculté  de  résister  aux  tractions  plus  ou 
moins  intenses  qu'ils  éprouvent  ;  c'est  prin- 
cipalement dans  les  ligaments  articulaires 
qu'elle  réside.  Or,  sans  elle ,  la  locomotion 
ne  pourrait  point  s'exercer,  car  le  tissu 
fibreux,  qui  maintient  réunies  les  extrémités 
osseuses,  se  déchirerait  au  moindre  mou- 
vement. 

L'extensibilité  que  possèdent  ce  tissu  fi- 
breux ,  les  muscles ,  le  tissu  dermique ,  le 
cellulaire ,  les  parois  des  cavités  gastriques 
et  intestinales,  celles  des  cellules  pulmonai- 
res, le  système  vasculaire,  et  tous  les  tissus 
en  général ,  les  rend  capables  de  se  prêter 
aux  diverses  extensions  qu'ils  éprouvent 
dans  l'exercice  des  fonctions  organiques ,  et 
par  conséquent  de  favoriser  ces  fonctions. 
Sans  cette  faculté,  les  leviers  os$eui  ne 
pourraient  obéir  aux  puissances  musculaires, 
et  demeureraient  immobiles,  ou  bien  les  cap- 
sules et  les  ligaments  articulaires  se  déchire- 
raient ;  les  muscles  eux-mêmes  ne  pourraient 
vaincre  la  résistance  de  leurs  antagonistes 
inextensibles,  sans  en  déterminerla  rup- 
ture ;  le  tissu  dermique  ne  pourrait  se  prê- 
ter, sans  se  déchirer,  aux  divers  mouvements 
du  corps;  l'estomac  et  le  tube  intestinal  ne 
pourraient  recevoir  les  substances  alimen- 
taires, les  réservoirs  des  sécrétions,  les 
liquides  qu'ils  doivent  contenir,  les  cellules 
pulmonaires ,  l'air  qui  doit  les  distendre,  le 
système  vasculaire ,  les  liquides  qui ,  quel- 
quefois, y  pénètrent  outre  mesure,  oubita 
ces  différents  organes  éprouveraient  à  chaque 
instant  de  graves  résolutions  de  continuité. 

Enfin ,  par  la  rétractilité^  les  tissus  eiten- 
sibles  reprennent  leur  forme  et  leurs  dimen- 
sions primitives ,  qui  se  trouvent  en  rapport 
avec  1  exercice  de  leurs  fonctions.  Mais,  sans 
cette  faculté ,  les  ligaments  et  les  capsules 
articulaires,  de  plus  en  plus  distendus  et  de 
plus  en  plus  relâchés,  n'offrant  plus  dans 
les  mouvements  une  résistance  suffisante 
pour  retenir  les  leviers  osseux,  et  en  harmo- 
nie avec  les  contractions  musculaires,  la 
locomotion  ne  pourrait  plus  avoir  lieu  ;  le*^ 
muscles  ne  revenant  plus  sur  cux-méffle^ 


673 


ilER 


DANTIIROPOLOGIE. 


HEi: 


671 


après  la ooDtradion  de  leurs  antagonistes, 
ne  pourraient  plus  se  contracter  avec  autant 
d  intensité ,  et  par  conséquent  agir  avec  le 
même  degré  de  puissance  sur  les  parties 

3n*ils  doivent  mouToir  :  le  volume  des  tissus 
ermique  et  cellulaire,  du  tube  digestif,  des 
réservoirs  des  sécrétions,  et  du  système  vas- 
culaire,  irait  toujours  croissant  par  leur  dis- 
tension suœessiTe ,  et ,  les  proportions  de 
dimensions  et  de  forme,  qui  sont  des  condi- 
tions essentielles  pour  Texercice  de  leurs 
fonctions ,  n'existant  plus ,  ces  fonctions  se 
trouveraient  inévitablement  suspendues. 

Tels  sont  les  rapports  qui  unissent  les 
diverses  fonctions  de  Toi^anisation ,  soit 
entre  elles,  soit  avec  les  propriétés  physiques 
des  tissus  organiaues.  Qui  ne  reconnaîtrait , 
dans  ces  merveilleuses  harmonies,  Tintelli- 
gence  suprême ,  et  la  main  tonte-puissante 
^e  VÊire  des  être» ,  et  ne  s'écrierait  avec  le 
Roi-Prophète  :  Que  te$  outrogee  sani  grandes 
6  Jékorak!  et  au  ils  sont  proportionnés  à  tes 
sages  desseins  (Ul). 

AÊBREU,  CHAHAHtBH  OU  PHi3ricis!f.  Tog. 
SiwmQcn. 
HERDER.  Vog.  Lahgagb. 
HÉRÉDITÉ. — Nous  emprunterons,  sur  cet 
important  sujet,  à  un  membre  de  Flnstitut, 
M.  E.  Littré,  Tanalyse  qu'il  a  donnée  du 
savant  ouvrage  de  M.  le  docteur  Prosper 
Lucas,  intitulé  :  Traité  philosophique  etphg- 
siologiaue  de  Thérédité  naturelle   dans  les 
étais  ae  santé  et  de  maladie  du  sgstime  ner- 
reaur.  (Paris,  1850.) 

nans  la  procréation,  M.  Lucas  admet  deux 
lois  qui  marchent  constamment  côte  à  côte 
et  qui  influent  l'une  et  l'autre  sur  les  pro- 
duits. Ces  lois  ne  sont  qu'une  reconnais- 
sance distincte  et  ^nérale  de  deux  fidts  que 
l'observation  fournit,  à  savoir,  que  les  entants 
peuvent  tantôt  tenir  jiar  hérédité  une  part 
notable  de  la  conformation  physique  et  men* 
taie  des  parents,  et  tantôt  en  différer  profon- 
dément. C'est  ainsi  que,  dans  des  familles 
que  rien  ne  distingue,  on  voit  apparaître  des 
individus  tout  à  lait  remarquables  en  bien 
on  en  mal  :  ceci,  M.  Lucas  le  nomme  innéité. 
D'autres  fois,  et  c'est  le  cas  le  plus  ordi- 
naire, des  traces  profondes  venant  des  as- 
cendants se  marquent  sur  les  descendants  : 
ceci  est  l'hérédité.  Dans  la  constitution  des 
générations  successives,  ces  deux  faits  sont 
lirimordiaux,  et  Tonne  sait  ni  pourquoi  l'hé- 
rédité s'exerce,  ni  pourquoi,  en  certaines 
circonstances,  elle  lait  place  à  l'innéité. 

M.  Lucas  apporte  un  ^and  nombre  d'exem- 
ples <iui  prouvent,  tant  pour  l'espèce  hu- 
maine que  pour  les  autres  espèces  animales, 
que  les  produits  peuvent  être  très-différents 
des  auteurs.  11  poursuit  ces  différences  dans 
la  conformation  physique  et  dans  la  disposi- 
tion intellectuelle  et  morale. 

Venant  alors  à  l'hérédité,  il  ne  lui  est  pas 
dilBcile  de  faire  voir  la  large  part  qu'elle 
prend  dans  la  constitution  des  individus. 
L/e  lïroisement  parmi  les  animaux  et  parmi 
(es  races  humaines  ne  laisse  aucun  doute  à 


cet  égard.  L'hérédité  suivie  dans  toutes  ses 
particularités  présente  à  examiner  : 

1*  Conformation  extérieure,  —  L'hérédité 
de  la  conformation  externe  peut  être  géné- 
rale et  régir  également  toutes  les  parties; 
toutes  peuvent  en  accuser  au  dehors  l'ex* 
pression,  la  tête,  le  tronc,  les  membres,  les 
ongles  même  et  les  poils;  mais  il  n'en  est 
aucune  qui  en  porte  une  plus  vive  ni  une 
plus  habituelle  empreinte  que  le  visage;  elle 
s^j  étend  avec  formes  particulières  des  traits, 
et  les  grave  à  l'imaçe  des  types  originels.  La 
régularité,  rirr^;ularité,  les  signes  distinc 
tils,  la  laideur,  la  beauté,  l'agrément  des  fi- 
gures sont  héréditaires.  11  est  assez  fréquent 
que  cette  répétition  héréditaire  des  traits 
n'apparaisse  point  toujours  dès  les  premières 
périodes  de  l'existence,  mais  plus  tard  et 
lorsque  les  enfants  touchent  à  l'Age  où  les 
traits  des  parents  offraient  le  même  carac- 
tère. Les  ressemblances  peuvent  aussi  n'exis- 
ter qu'un  instant  et  ne  fiiire  pour  ainsi  dire 
que  fflisser  sur  les  visages.  Il  est  même 
donné  d'observer  Quelquefois  dans  ces  res- 
semblances, des  métamorphoses  de  l'image 
d'un  auteur  dans  l'image  de  lautre  :  les  res- 
semblances de  conformation  du  fils  avec  la 
mère,  de  la  fille  avec  le  père,  peuvent  s'effa- 
cer après  l'adolescence,  et  être  remplacées 
oar  celle  du  fils  avee  le  père,  de  la  fille  avec 
la  mère.  L'hérédité  de  la  taiUe  est  un  lait  re- 
connu de  toute  antiquité;  et  cela  est  vrai 
non-seulement  du  corps  en  totalité,  mais 
encore  de  ses  parties.  Les  éleveurs  ^lèbres 

Îue  compte  l'Angleterre  :  Backwell,  Fouler, 
aget,  Princeps  et  plusieurs  autres,  ont  tiré 
un  parti  merveilleux  de  ces  fidts;  ils  sont 
arrivés  à  transporter  d'une  race  à  une  autre 
race,  ou  d'un  individu  à  ses  divers  produits, 
telle  ou  telle  proportion  de  membre  ou  de 
partie.  11  leur  a  suifi,  pour  arriver  à  ce  but, 
de  préciser  d'abord  le  caractère  physique 
qu'ils  désirent  transmettre;  défaire  élection 
ensuite  de  mâles  et  de  femelles,  les  présen- 
tant l'un  et  Tautre  au  plus  haut  de^  pos- 
sible de  développement;  et,  à  défaut  d'in- 
dividus étrangers,  d'allier  les  rares  produits 
où  ils  se  propagent  avec  les  pères  ou  mères, 
avec  les  frères  et  sceurs,  procédé  que  les 
Anglais  nomment  breeding  in  andin.  C'est  la 
propagation  suivie  dans  le  même  sens.  Le 
docteur  Dannecy,  qui  avait  connaissance  de 
ces  résultats,  a  tenté  de  les  reproduire  dans 
d'autres  espèces;  il  a  fait,  dix  années, pro- 
créer une  centaine  de  couples  de  lapins,  et 
ayant  l'attention  de  disposer  toi^ours  les 
accouplements  d'après  des  circonstances  in- 
dividuelles fixes  et  toujours  les  mêmes,  dans 
certaines  lignées;  et  il  est  parvenu  à  obtenir 
ainsi  une  foule  de  conformations  différentes, 
de  monstruosités,  en  quelque  sorte,  de  tout  le 
corpsou  de  chacune  de  ses  parties.  Le  résultat 
a  éxé  le  même  sur  des  pigeons,  le  même  sur 
des  souris,  le  même  sur  ôes  végétaux.  John 
Sebright  en  avait  recueilli  d'analogues,  par 
les  mêmes  procédés,  -sur  des  chiens,  sur  des 
poules,  ennn  sur  des  pigeons.  Cela,  appli«> 


aili  Pm/.  Cl. 


C75 


IIER 


DÎCTÎONXAIUE 


HER 


t% 


que  à  l'espèce  humaine,  fait  voir  riraportance 
dans  l'appréciation  des  vices  du  bassin,  de 
ne  pas  simplement  tenir  compte  des  propor- 
tions du  bassin  de  la  femme  oue  l'on  exa- 
mine, mais  des  dimensions  de  la  tète  et  des 
épaules  de  l'homme  qu'elle  peut  ou  doit 
épouser,  précaution  qu'on  ne  prend  ponr 
ainsi  dire  jamais,  bien  que  la  plus  essentielle 
à  prendre  pour  le  médecin  comme  pour  la 
famille.  —  L'influence  de  l'hérédité  sur  la 
couleur  est  manifeste.  Le  croisement  des 
noirs  etdes  blancs  en  témoigne  constamment. 
Les  exemples  en  abondent  dans  le  raétissafçe 
des  variétés  blanches  et  des  variétés  noires 
des  espèces  animales;  mais  il  arrive  aussi 
que  le  croisement  n'a  pas  lieu,  et  que  la 
couleur  d'un  des  parents  seulement  est  re- 
présentée dans  le  produit;  quand  ce  fait  est 
constaté  pour  les  animaux,  la  conclusion 
s'appligue  à  la  race  humaine,  où  l'on  voit 
des  uni-ons  entre  blancs  et  noirs  donner  nais- 
sance non  pas  toujours  à  des  mulâtres,  mais 
parfois  à  des  enfants  complètement  blancs 
ou  complètement  noirs. 

2"  Structure  interne.  —  Rien  dé  plus  po- 
sitif que  l'hérédité  de  la  forme,  du  volume 
et  des  anomalies  du  système  osseux  :  celles 
des  proportions  en  tout  sens,  du  crâne,  du 
thorax,  du  bassin,  de  la  colonne  vertébrale, 
des  moindres  os  du  squelette,  est  d'une  ob- 
servation vulgaire;  on  a  constaté  jusqu'à 
celle  du  nombre  en  plus  ou  en  moins  des 
vertèbres  et  des  dents.  L'appareil  circula- 
toire, l'appareil  digestif,  le  système  muscu- 
laire, suivent,  à  tous  ces  égards,  les  lois  de 
transmission  des  autres  systèmes  internes 
de  l'organisme;  le  développement,  l'étenJue, 
la  configuralion,  la  capacité,  les  dispropor- 
tions les  plus  particulières  des  appareils  spé- 
ciaux qui  leur  appartiennent,  se  transpor- 
tent des  pères  et  mères  aux  produits.  11 
existe  des  familles  où  le  cœur  et  le  calibre 
des  principaux  vaisseaux  sont  naturellement 
très -considérables;  d'autres  chez  lesquels 
ils  sont  relativement  très-petits;  d'autres, 
où,  comme  l'avait  constaté  Corvisart,  ils  pré- 
sentent les  mêmes  vices  de  conformation. 
L'expérience  a  depuis  longtemps  enseigné 
aux  agriculteurs  qui  cherchent  a  maintenir 
ou  à  propager  la  blancheur  de  la  laine,  qu'ils 
doivent  écarter  avec  soin  du  troupeau  non- 
seulement  les  brebis  et  les  béliers  tachetés, 
mais  ceux  même  qui  le  sont  soit  sur  la  lan- 
gue, soit  sur  la  voûte  palatine.  Il  suffit  d'un 
bélier  taché  de  noir  sur  la  langue  pour  pro- 
duire des  agneaux  tachés  de  noir  sur  le  dos 
ou  partout  ailleurs. 

3"  Hérédité  relative  aux  éléments  fluidei  de 
r organisation.  —  Un  des  plus  remarquables 
cas  de  cette  sorte  d'hérédité  est  la  tendance 
aux  hémorrhasies  qui  se  manifestent  dans 
certaines  familles.  Un  grand  nombre  d'obser- 
v'^tions  sont  consignées  dans  les  recueils  ; 
et  M.  Lucas  en  signale  quelques-unes.  Le 
noctour  Laborie  a  vu,  chez  un  malade  de  la 
Pitié,  les  chocs  les  plus  légers  produire  des 
ecchymoses  et  plusieurs  fois  des  hémorrha- 
^ies  g'raves;  plusieurs  enfants  de  la  famille 
éiaiciii  morts  de  pareils  accidents  provoqués 


par  des  causes  incapables  d'en  traîner,  sans 
prédisposition,  de  tels  résultats. Mûller  dE- 
dimbourg  a  vu  périr  ainsi  un  jeune  homme, 
après  une  légère  piqûre  suivie  d'une  perte 
de  sang  que  rien  ne  put  arrêter;  les  mem- 
bres de  la  famille  qui  avaient  avec  lui  une 
grande   ressemblance,  la  même  couleur  de 
cheveux,  le  même  aspect  de  la  peau,  présen- 
taient la  même  prédisposition  aux  hémor- 
rhagies;  un  de  ses  oncles,  entre  autres,  aYail 
des  ecchymoses  à  la  moindre  pression  de  la 
peau  sous  un  corps  dur.  Le  suivant  mérite 
d'être  si^nalé^  tant  pour  le  double  concours 
de  l'innéité  et  de  l'hérédité  à  sa  production. 
que  pour  la  marche  de  la  propagation  elle- 
même.  Le  père  de  la  famille  E.  P...  était  en 
fleine  vie  et  en  parfaite  santé,  bien  que  déjà 
l'âge  de  quatre-vingt-six  ans.  De  son  ma- 
riage étaient  nés  douze  enfants,  cinq  fils  et 
sept  filles  :  parmi  eux,  quatre  enfants,  trois 
fils  et  une  fille,  moururent  d'hémorrhagie. 
La  plus  jeune  des  filles,  qui  n'avait  iamait 
présenté  de  symptômes  de  cette  prédupoti- 
tion^  se  marie  à  un  homme  bien  portant;  elle 
en  a  six  enfants,  quatre  garçons  et  deui 
filles  :  trois  des  garçons  périssent  d'hémo^ 
rhagie  ;  il  n'y  avait  point  de  trace  qu'aucun 
des  parents,  soit  du  côté  du  père,  soit  dn 
côté  de  la  mère,  ait  été  affecté  de  cette 
idiosyncrasie,  antérieurement  aux  en£mts 
d'E.  P... 

4*  Hérédité  des  modes  de  développemefU,- 
II  est  des  familles  qui  ont  des  époques  fixes 
pour  leur  développement.  Tantôt  c'est  à  la 
deuxième  dentition  ou  à  la  puberté;  tanttt 
c'est  par  secousses  en  quelque  sorte  pa^ 
tielles,  mais  soutenues,  vers  ces  époques,  on 
par  secousses  brusques  et  qui  portent  de 
bonne  heure  la  taille  à  la  hauteur  où  elle 
doit  arriver,  que  se  fait  le  développement; 
.  crises  de  la  croissance  dont  le  moment  d'ei- 
plosion,  indépendamment  de  ses  dangers 
immédiats,  mérite  toute  l'attention  des  mé- 
decins par  rapport  aux  affections  chroniques 
dont  il  peut  être  le  point  de  départ  héredi- 
taire.  Ctiez  certaines  familles  la  croissance 
et  la  puberté  sont  précoces;  chez  d'autres 
elles  sont  tardives. 

6"  Hérédité  des  modes  de  r^oduetion.  - 
rOn  a  constaté  l'existence  de  familles  gémel- 
lipares.  On  a  constaté  aussi  des  familles  où 
la  puissance  prolifique  se  transmettait  héré- 
ditairement avec  une  grande  intensité.  A 
ceci  il  faut  rattacher  sans  doute  la  disposition 
héréditaire  à  une  plus  grande  abondance  de 
lait.  Cette  faculté  de  donner  plus  ou  moins 
de  lait  est  transmissible,  ainsi  que  la  fécon- 
dité, de  la  part  des  deux  auteurs.  L'hérédité 
de  Tune  décide  dé  celle  de  l'autre.  Thaer  et 
Girou  assurent  qu'il  est  important  de  choi- 
sir, pour  la  monte,  des  taureaux  qui  pro- 
viennent d'une  bonne  vache  laitière. 

6"  Hérédité  des  idiosyncrasies. — Il  est  très- 
positif  qu'il  y  a  des  familles  qui  ne  sont 
point  sujettes  à  la  petite  vérole.  Fodéré  en 
avait  un  exemple  continuel  sous  les  yeux  ; 
c'était  celui  de  sa  femme  et  de  sa  famille  : 
le  père  de  sa  femme,  mort  à  quatre^vingl- 
onze  ans ,  après  une  longue  pratique ,  ne 


S77 


fI£R 


D  ANTDROPOLOCrE. 


UER 


67a 


contracta  jamais  ja  petite  vérole,  et  tenta 
en  Tain  de  la  donner  à  sa  fille  par  Tino^^u- 
latioQ  et  en  la  faisant  jouer  arec  des  yario- 
lés  ;  son  père  et  son  aïeul»  morts  également 
plus  qu'octogénaires,  avaient  été  de  même. 
Les  enfants  de  Fodéré  ne  jouirent  pas  de 
cette  immunité. 

T  Hérédité  de  la  durée  de  la  f?t>.— Il  n*est 
pas  permis  de  révoquer  en  doute  Taclion-de 
rhéredité  sur  la  durée  de  la  vie  à  courte 
période.  Bans  certaines  familles,  une  mort 
précoce  est  si  ordinaire,  qu*il  n'y  a  qu'un 
petit  nombre  d'individus  qui  puissent  s'y 
soustraire  à  force  de  précautions.  Dans  la 
famille  Turgot,  on  ne  dépassait  guère  Tâge 
de  cinquante  ans,  et  l'homme  qui  en  a  fait 
la  célébrité ,  voyant  approcher  cette  époque 
fatale ,  malgré  toute  l'apparence  d'une  l)onne 
saolé  et  d'une  grande  vigueur  de  tempéra- 
roentt  fit  observer  un  jour  qu'il  était  temps 
pour  lui  de  mettre  ordre  à  ses  affaires  et 
d^acbever  un  travail  qu'il  avait  commencé  , 
parce  que  l'Age  de  durée  dans  sa  famille  était 
prés  de  finir;  il  mourut  en  effet  à  cinquante- 
trois  ans.L'action  de  l'hérédité  n'estpas  moins 
énergigue  sur  la  durée  de  la  vie  a  période 
ordinaire  ;  l'eipectative  la  mieux  fondée 
d'une  longue  vie  est  celle  qui  repose  sur  la 
descendance  d'une  famille  où  l'on  est  par- 
venu à  un  âge  avancé  ;  Rush  dit  n'avoir  pas 
connu  d'octogénaire  dans  la  famille  duquel 
il  n  y  eût  des  exemples  fréquents  de  longé- 
vité. A  ce  propos,  M.  Lucas  examine  la 
durée  de  la  vie  humaine.  Il  faut  d'abord 
dii^tinguer  la  vie  moyenne  et  la  longévité 
individuelle.  La  vie  moyenne  dépend  évi- 
demment du    lieu,    de   l'hygiène,    de  la 
civilisation;   la  longévité  individuelle  au 
coutraire  est  complètement  affranchie  de  ces 
conditions;  elle  se  trouve  dans  tous  les 
temps,  dans  tous  les  pays,  dans  toutes  les 
conditions,  dans  toutes  les  races.  Le  cens  fait 
sousVespasien  montre  que  dans  une  portion 
de   ritabe  il  y  avait  fô  centenaires.  En 
France,  on  compte  annuellement  environ 
170  centenaires;  en  Angleterre,  1  cente- 
naire sur  3,100  individus.  Tout  démontre 
que  la  macrobie  tient  à  une  puissance  in- 
terne de  la  vitalité,  puisque  ces  individus 
privilèges  rapportent,  en  naissant,  à  la  vie. 
Cette  vitalité  est  si  particulière  et  si  profon- 
dément empreinte  dans  leur  nature,  qu'elle 
s'y  caractérise  dans  tous  les  attributs  de  Tor- 
ganisation.  Ils  ont  la  plupart  une  sorte  d'im- 
munité contre  les  maladies.   C'est  la   vie 
tout  entière  ,  avec  tous  ses  dons  et  toutes 
ses  facultés  qui  persistent  chez  eux  ;  leurs 
fonctions  sensonales,  leurs  fonctions  affec- 
tives, leurs  fonctions  mentales,  leurs  fonc- 
tions motrices,  leurs  fonctions  sexuelles, 
toni  s'accomplit,  dans  ces  organisations, 
avec  une  énergie,  une  régularité,  une  per- 
sistance incompréhensibles. 

8*  Hérédité  des  anomalies  de  Torganita- 
£ian.-^M.  Lucas  a  rassemblé  nombre  de  cas 
qui  prouvent  la  transmission  héréditaire  du 
t^iec-de-lièvre ,  de  Thypospadias ,  des  doigts 
surnuméraires,  etc.  Ces  phénomènes  sont 
très-intéressants,  parce  qu'ils  montrent  ir- 


réfragablement  que  le  type  individuel  est 
transmissible  par  la  voie  séminale,  et  dès 
lors  on  peut  conclure  avec  sûreté  à  des  phé- 
nomènes moins  apparents. 

9^  Transmission  de  la  nature  morale, — 
Etant  bien  établi  que  la  conformation  phy- 
sique est  héréditaire ,  on  sera  porté  à  con- 
clure que«la  disposition  morale  l'est  aussi. 
M.  Lucas  a  recherché  soigneusement  les  té- 
moisnages  de  cette  transmission.  11  distin- 
gue la  nature  morale  :  en  sensations ,  sen- 
timents, intelligence  et  mouvements. Quant 
aux  sens,  on  voit  dans  son  livre  une  collec- 
tion curieuse  de  faits  où ,  soit  chez  les  ani- 
maux ,  soit  chez  Thomme ,  les  qualités  des 
organes  sensoriaux ,  en  bien  ou  en  mal ,  se 
transmettent  des  parents  aux  enfants.  L'hé- 
rédité propre  aux  sentiments  se  constate 
par  des  observations  de  même  genre.  La 
part  qui  procède  de  la  race  n'est  pas  contes- 
table ;  quelque  opinion  qu'on  ait  sur  l'ori- 
gine des  races,  et  quelque  théorie  qu'on 
adopte  sur  leur  diversité,  on  ne  peut  nier 
que  ce  qui  existe  de  distinetif  en  elles  et 
de  primitif  dans  leur  mode  de  sentir,  ne  se 
propage  avec  elles.  Les  observations  elhno- 
lo^ques  l'attestent  ;  elles  prouvent  la  trans- 
mission de  tous  les  traits  oui  composent , 
chez  les  différents  peuples,  le  caractère  ua- 
iional.  Reste  la  question  de  la  part  qui  vient 
de  la  famille.  Pour  tout  observateur  impar- 
tial ,  au  milieu  du  conflit  des  systèmes,  elle 
n*est  pas  moins  nettement  tranchée  par  l'ex- 
périence. Ici  les  expériences  depuis  long- 
temps instituées  pour  l'élève  du  cheval  et 
et  les  qualités  qu'on  a  l)esoiu  de  produire 
en  cet  animal  afin  d'en  obtenir  différents 
services,  ont  prouvé  péremptoirement  la 
transmissibilité  des  instincts  bons  ou  mau- 
vais. Aussi  les  éleveurs  ont-ils  soin  de  cons- 
tater le  caractère  des  étalons  et  des  juments 
employés  à  la  reproduction.  Ces  faits  sont 
très-imparfaits  en  vue  de  l'homme,  car  ils 
tendent  à  dégager  la  preuve  expérimentale 
à  son  égard  d*une  séné  d'objection  dont  on 
a  poussé  l'abus  jusqu'à  l'absurde.  Telle  est 
l'explication  des  ressemblances  morales  du 
type  individuel ,  dans  le  sein  des  familles , 
par  ridentité  de  l'éducation,  par  l'empire 
de  l'exemple  ,  la  force  de  l'habitude  et  l'in- 
fluence de  toutes  les  causes  extérieures,  etc. 
On  suppose  assez  communément,  dit  Giron 
de  Buzareingues ,  et  J.-J.  Rousseau  ne  s'est 
pas  préservé  de  cette  erreur,  que  les  enfants 
naissent  sans  penchants  et  qu'un  même  sys- 
tème d'éducation  peut  convenir  à  tous;  il 
est  cependant  vrai  que  nous  naissons  avec 
les  habitudes ,  comme  avec  le  tempérament 
de  ceux  à  oui  nous  devons  la  vie.  Vient 
ensuite  l'hérédité  de  l'intelligence  :  «  On 
n'a,  dit  Malebranche,  que  trop  d'exemples 
de  la  transmission  du  défaut  d  intelligence, 
et  tout  le  monde  sait  assez  qu'il  y  a  des 
familles  entières  qui  sont  affligées  de  gran- 
des faiblesses  d'imagination  qu'elles  ont  hé- 
ritées de  leurs  parents.  On  remarque  sou- 
vent, dit  Spurzheim,  que  certaines  facultés 
mentales  dominent  dans  des  familles  entiè- 
res. Pour  moi ,  je  regarde  comme  une  des 


(nO 


IILR 


DICTIONNAIRE 


Il  RU 


680 


plus  grandes  preuves  de  Thérédité  mentale 
un  faU  que  le  contact  entre  les  peuples  ci- 
vilisés et  les  peuples  barbares  a  mis  en  lu- 
mière •  c'est  Timpossibilité  où  les  peuples 
barLares  sont  d'arriver  au  niveau  des  peu- 
ples civilisés  de  plein  saut  et  sans  passer 
par  l'hérédité.  Quelque  effort  que  l'on  fasse, 
deux  états  inégaux  decivilisatioR  ne  peuvent 
s'assimiler  tout  d'un  coup;  toujours  il  faut 
du  temps  et  plusieurs  générations  pour  que 
les  hommes  moins  cultivés  puissent  rece- 
voir et  comprendre  les  notions  des  hommes 
plus  civilisés.  L'hérédité  qui  agit  active- 
ment pour  maintenir  les  nations  civilisées 
à  leur  point  et  pour  leur  permettre  de  s'a- 
vancer au  delè ,  l'hérédité  s'oppose  d'abord 
à  l'infusion  des  nouvelles  idées  dans  une 
population  sauvage,  et  puis  concourt  à  la 
modification  des  esprits.  Mais  c'est  ce  rôle 
nécessaire  de  l'hérédité  qui  exige  tant  de 
temps  pour  que  les  hommes  sauvages  se 
transforment.  Reste  enfin  l'hérédité  par  rap- 
port à  la  locomotion  et  à  la  voix.  Ici  les 
chevaux  fournissent  des  exemples  authen- 
tiques ;  on  sait  avec  quelle  exactitude  les 
descendances  des  chevaux  de  sang  sont 
enregistrées;  et  les  bons  coureurs  trans- 
mettent leur  qualité  à  leurs  produits.  » 

Résumant  toutes  ces  recherches, M.  Lucas 
établit  que  ni  ceux  qui  ont  soutenu  que 
l'hérédité  n'avait  aucune  part  dans  la  repro- 
duction des  êtres ,  ni  ceux  qui  ont  soutenu 
?[u'elle  y  avait  toute  la  part»  ne  peuvent 
aire  prévaloir  leur  opinion  devant  la  dou- 
ble série  de  faits  parallèles  opposés  soit  à 
Tune ,  soit  à  l'autre  de  ces  doctrines.  Il  est 
resté  prouvé  que  la  diversité  n'est,  ni  de  sa 
nature,  ni  une  anomalie,  ni  un  accident, 
ni  même  une  exception,  mais  un  foit  régu- 
lier,  ordinaire  et  normal  du  type  individuel; 
qu'ainsi  sa  cause  n'a  rien  de  tératigue  et 
qu'aucune  perturbation  n'en  est  le  principe. 
D'un  autre  côté,  il  est  resté  prouvé  aussi 
qu'aucune  des  influences  accidentelles  de  la 
génération  ne  donne  l'explication  de  l'uni- 
iormité  héréditaire  qui  s'jr  déploie,  et 
qu'aucune  n'en  contient  le  principe.  M.  Lu* 
cas  part  de  là  pour  comparer  la  procréation 
à  la  création;  et,  de  même  que  la  nature  a 
créé  primordial ement  les  espèces  qui  se 
ressemblent,  mais  qui  diffèrent ,  de  même  , 
dans  le  sein  des  espèces,  elle  crée  inces- 
samment des  êtres  qui  ressemblent  à  leurs 
parents  et  qui  en  diffèrent.  A  ce  point  de 
vue  ,  la  géiiération  des  individus  reproduit 
le  même  phénomène  que  la  génération  pri- 
mitive des  espèces. 

Entrant  dès  lors  plus  avant  dans  l'examen 
de  l'hérédité  ,  M.  Lucas  la  suit  dans  les  au- 
teurs immédiats ,  le  père  et  la  mère ,  ou 
hérédité  directe  ;  dans  les  collatéraux ,  ou 
hérédité  indirecte  ;  dans  les  auteurs  médiats, 
les  ascendants  du  père  et  de  la  mère ,  ou 
hérédité  en  retour  ;  dans  les  conjoints  an- 
térieurs ,  ou  hérédité  d'influence. 

V  Hérédité  directe,  —M.  Lucas  la  constate 
également  pour  le  père  et  pour  la  mère  ; 
tantôt  l'un,  tantôt  l'autre  des  parents  prédo- 
mine dans  les  produits  ;  et  les  théories  qui 


ont  prétendu  éliminer  l'un  au  proGt  de 
l'autre,  ne  se  soutiennent  ))a$  devant  les 
faits. 

2"  Hérédité  indirecte. — Le  type  du  père 
ou  le  type  de  la  mère  n'apparaissent  pas 
toujours  dans  le  type  du  produit.  II  est  des 
circonstances  où  la  ressemblance  au  père 
et  à  la  mère  manque ,  mais  où  la  ressem- 
blance avec  d'autres  parents  vient  en  pren- 
dre la  place.  On  observe,  en  effet ,  entre  des 
parents  souvent  fort  éloignés  et  tout  à  fait 
en  dehors  de  la  ligne  directe,  entre  le^ 
oncles  et  les  neveux  ,  les  nièces  et  les  tan- 
tes, les  cousins  ,  les  cousines ,  les  arrière- 
neveux  même  et  les  arrière-cousins,  des 
rapports  saisissants  de  conformation ,  de  fi- 
gure ,  d'inclinations ,  de  passions ,  de  carac- 
tère, de  facultés  et  même  de  monstruosités 
et  de  maladies. 

3"  Hérédité  en  retour. — Quelquefois,  dit 
Burdach ,  l'hérédité  transmet  seulement  la 
prédisposition  à  une  qualité  qui  n'apparaît 
elle-même  que  dans  la  génération  suivante. 
Cette  qualité  manque  donc  pendant  ud6 
génération  durant  laquelle  sa  prédisposition 
demeure  latente  et  se  montre  de  nouveau 
à  la  génération  qui  suit,  de  manière  que  les 
enfants  ressemblent  non  à  leurs  parents, 
mais  à  leurs  grands  parents.  C'est  cette  con- 
dition connue  sous  le  nom  A'Alavismt  oui 
ramène  des  enfants  blancs  chez  des  mulâ- 
tres ;  ou  même  chez  des  nègres  qui  ont 
dans  leurs  auteurs  des  blancs. 

4*  Hérédité  d'influence.  —  Ceci  est,  dans 
cette  matière  si  curieuse,  un  des  cas  les 
plus  curieux,  à  savoir  la  représentation  des 
conjoints  antérieurs  dans  la  nature  physi- 
que et  morale  du  produit.  C'est-à-dire  que, 
SI  une  femme  devient  veuve  et  se  remarie, 
il  peut  arriver  que  les  enfants  nés  du  second 
mariage  reproduisent  des  traits  et  des  earao- 
tères  du  premier  mari  mort  avant  la  con- 
ception. Le  croisement  de  diverses  espèces 
d'animaux  a  permis  de  constater  ce  phéno- 
mène. Un  Ane  moucheté  d'Afrique,  autre- 
ment couagga,  fut,  en  1815,  accouplé  une 
seule  fois  avec  une  jument  d'origine  an- 
glaise; de  cet  accouplement  naquit  un  mulet 
marqué  de  taches  comme  son  père.  Dans 
les  cours  des  années  1817,  1818  et  i&âi 
cette  même  jument  fut  fécondée  par  trois 
étalons  arabes,  et  quoiqu'elle  n'eût  jamais, 
depuis  1816,  revu  la  couagga,  elle  n*en 
donna  pas  moins,  chaque  fois,  un  poulain 
brun  tacheté  comme  lui,  et  dont  les  tachei 
mêmes  étaient  plus  marquées  que  celles  du 
premier  mulet.  Les  trois  poulains  offraient 
avec  le  couagga  d'autres  signes  tout  aussi 
frappants  de  ressemblance  :  une  crinière 
noire,  une  raie  longitudinale  foncée  sur  le 
dos,  et  des  bandes  transversales  sur  le  haut 
des  jambes  de  devant  et  sur  les  jambes  de 
derrière.  On  a  vu  des  chiennes  saillies  v^ 
des  chiens  de  race  étrangère,  toutes  les  fois 

Su'ensuite  il  leu-r  arrivait  d'être  saillies  par 
'autres  chiens,  mettre  bas,  à  chaque  port^. 
parmi  les  petits  de  la  race  du  dernier  père 
qui  les  avait  fécondées,  un  petit  appaflC' 


€S1 


QER 


D\\>TimOPOLOGI{;. 


HER 


C8i 


oani  à  la  race  du  premier  qui  les  avait  cou- 
Tertes. 

Quelle  est  la  part  du  oère  ;  quelle  est 
eellede  la  mère?  Le  père  (ournit-il  la  char- 
pente et  la  mère  le  système  nenreux,  ou 
w€  venaT  Le  père  a-t-il  la  prépondérance 
dans  la  représentation,  ou  est-ce  la  mère? 
Les  croisements  des  animaux,  et  en  particu- 
lier ceux  du  chien  et  du  loup,  ont  été  étu- 
diés. De  deux  bâtards  nés  de  Taccouple- 
ment  d'une  iauve  et  d'un  ckien^  chez  le  mar- 
quis de  Sponlin,  le  mâle,  par  le  physique, 
tenait  plus  du  chien,  et,  par  le  naturel  et  la 
Toix,  de  la  louve;  tandis  que  la  femelle, 
d*un  extérieur  semblable  à  celui  de  la  louve, 
arait  hérité  du  naturel  doux  et  caressant  du 
chien.  Valmont-Bomare  trouva    chez  d'au- 
tres métis  de  ce  genre  qu'il  eut  l'occasion 
de  voir  à  Chantilly,  une  prépondérance  gé- 
nénle  très-marquée  de  1  espèce  du  loup  sur 
Tespèce  du  chien.  Chez  d'autres  bâtards  nés 
de  1  accouplement  d'une  ehienneei d'un  laup^ 
Marsh  a  vu  dominer,  quant  à  la  ressemblance, 
rinfinenee  de  la  mère.  Dans  un  cas  analo" 
guty  Geoffroy  Saint-Hilaire  a  constaté  chez 
d  antres  la  supériorité  d'influence  du  père. 
Do  croisement  opposé,  c'est-à-dire  de  celui 
de  la  /oMre  et  du  chien,  Pallas  a  vu  sortir 
des  métis  chez  lesquels  dominaient  les  ins- 
tincts indomptables  de  la  louve  ;  il  en  était 
de  même  de  ceux  de  ces  bâtards  dont  parle 
Talmont-Bomare  :  ils  étaient  tous  sauvages, 
rraintifs,  farouches,  hurleurs,   comme  les 
loups.  En  opposition  avec  ces  derniers,  Ma- 
rolie  en  a  vu  d'autres  empreints  des  ins- 
tincts doux  et  sociables  du  chien;  ils  n'a- 
vaient de  sauvage  que  la  voracité  de  leur 
goût  pour  la  viande.  Enfin,  Girou  de  Buza- 
reingucs  a  vu,  dans  les  produits  du  croise- 
ment d'une  Ifmre  avec  un  chien  braque,  la 
prépondérance  de  la  nature  du  père  et  de 
celle  de  la  mère  varier,  et  quant  aux  formes 
et  «ruant  aux  qualités,  selon  le  sexe  des  bâ- 
tards. Mais,  à  vrai  dire,  le  métissage  est  sujet 
è  une  grave  et  légitime  objection  :  il  n'est 
que  la  mesure  de  l  action  réci{)roque  des  es- 
fières  de  races  ou  variétés  croisées  ;  il  n'est 
que  Texpression  de  leur  influence  les  unes 
sur  les  autres  par  la  génération.  Il  suffit  de 
comprendre  ce  caractère  du  métissage  pour 
sentir  à  quel  point  il  transforme  et  compli- 
que la  question  qu'on  veut  lui  faire  résou- 
dre. Bien  loin  de  recourir  pour  la  comparai- 
son entre  la  représentation  du  père  et  celle 
de  la  mère  à  aucun  croisement^  il  faut,  au 
contraire,  opérer  dans  les  conditions  les  plus 
rapprochées  possibles  de  l'identité,  c'est-à- 
dire  mesurer  la  quantité  d'action  naturelle 
des  deux  sexes  sur  les  ref^résentations,  au 
sein  de  chaque  race,  nn  sein  de  chaque  es- 
pèce, et  comparer  ensuite  d'espèce  à  espèce, 
et  de  race  à  race,  les  résultats  produits  sans 
sortir  d'aucune  d'elles.  Or,  dans  ces  condi- 
tîonSy  Qoe  nous  apprennent  les  faits?  Si  l'on 
accanple  des  animaux  de  même  espèce,  on 
ne  trouve  point  de  système  fixe  de  prépon- 
dérance d'un  des  sexes  sur  l'autre.  C'est  ce 
qTi*an  des  plus  habiles  expérimentateurs  en 
pareille  matière,  Girou  de  Buzareingues,  a 
Dicno!(?i.  d'Atturopologiic. 


reconnu  lui-même,  et  c'est  la  vérité.  Ni  l'es- 
pèce, ni  la  race,  ni  même  la  sexualité,  en 
tant  du  moins  que  distincte  de  l'espèce,  ne 
sont  le  vrai  principe  de  la  prépondérance  qui 
se  manifeste;  c'est  l'indivioiialité,  c'est-à- 
dire  la  nature,  l'état  et  l'action  des  deux  in- 
vidus  procréateurs  qui  exerce,  dans  l'unité 
d'espèce  et  l'unité  de  race,  sur  la  proportion 
des  représentations  du  père  et  de  la  mère, 
une  influence  déterminante. 

Y  a-t-41  croisement  d'influence,  c'est-à- 
dire,  le  père  est-il  représenté  dans  la  fille  et 
la  mère  dans  le  fils?  Il  faut  d'abord  déduire 
les  caractères  immédiats  ou  médiats  qui  sont 
propres  au  sexe  et  qui  nécessairement  sont 
transmis  {>ar  l'auteur  correspondant.  Ainsi 
tout  ce  qui  dans  le  fils  appartient  aux  orga- 
nes génitaux  mâles  et  à  leurs  dépendances 
provient  du  père,  et  tout  ce  qui  dans  la  fille 
appartient  aux  oignes  génitaux  femelles  et 
à  leurs  dépendances  provient  de  la  mère. 
Cela  déduit,  voit-on  la  ressemblance,  ou 
physioue  ou  morale,  suivre  électivement  le 
type  du  fSicteur  dont  le  sexe  est  semblable 
è  celui  du  produit  7  Voit-on  la  ressemblance^ 
ou  physique  ou  morale,  suivre  élective- 
ment le  type  du  facteur  dont  le  sexe  est 
l'opposé  de  celui  du  produit?  A  ces  questions 
voici  ce  que  les- faits  répondent  : 

1*  Le  transport  par  différence  et  le  trans- 
port par  identité  de  sexe  sont  dans  l'hérédité 
d'une  très-grande  fréquence. 

2*  La  fréauence  reiaiive  de  l'une  et  de 
Tautre  marche  de  l'hérédité,  dans  l'état  de 
science,  reste  indéterminée. 

Ayant  établi  que  les  deux  [parents  inter- 
viennent dans  la  représentation  du  produit, 
M.  Lucas  reconnaît  qu'il  y  a  tantôt  élection, 
c'est-à-dire  que  l'un  des  parents  imprime 
son  cachet  sur  telle  ou  telle  partie,  tantôt 
mélange,  c'est-à-dire  que  le  mélange,  quel- 
que part  qu'il  se  porte,  est  toujours  une 
agrégation  simple  et  sans  transformation  des 
représentations  de  l'un  et  de  l'autre  facteur; 
tantôt  enfin  combinaison,  c'est-à-dire  qu'il 
y  a  composition  de  natures  dissemblables 
en  une  nouvelle  nature.  Ces  résultats  don- 
nés par  l'empirisme  paraissent  en  contra- 
diction avec  la  formule  qui  indique  la  parti- 
cipation ^ale  des  deux  ^ents  ;  mais,  pour 
que  cette  participation  s  accomplisse,  il  faut 
qu'il  y  ait  égalité  dans  toutes  les  circonstan- 
ces accessoires  ;  et  c'est  de  quoi  n'ont  pas 
tenu  compte  les  auteurs  qui  ont  pris  parti 
dans  ces  difficiles  questions.  Les  uns,  en 
renfermant  la  lutte  des  deux  auteurs  dans 
les  limites  de  l'espèce,  n'ont  fait  attention  ni 
à  l'énergie  relative  d'organisation,  ni  à  l'é- 
nergie relative  d'âge  et  d'état  de  la  vie,  ni 
à  l'énergie  relative  d'action  et  d'exaltation 
des  deux  individus.  Les  autres,  en  procé- 
dant par  le  métissage  ou  l'hybridation,  ont 
d'abord  oublié  que  dans  tout  croisement 
ce  ne  sont  point  les  sexes,  à  proprement 
parler,  mais  seulement  les  espèces  ou  les 
races  qui  luttent,  et  ils  n'ont  pas  eu  plus 
d'égard,  dans  le  croisement  et  dans  ses  ré- 
sultats, à  l'inégalité  de  toutes  les  circons- 
tances oik  la  lutte  s'établit  ;  ils  n'ont  eu  égard 


683 


HER 


DICTIONNAIRE 


HER 


m 


ni  à  la  différence  de  force  naturelle  et  de 
rusticité,  ni  à  la  différence  d'ancienneté  re- 
lative, ni  à  la  différence  d'énereie  érotic^ue 
dos  espèces  ou  des  races  accouplées.  Enfin, 

i)ar  un  vice  absolu  d'analyse,  ils  ont  commis 
a  faute  d'une  confusion  peipétuelle  de  l'ac- 
tion du  père  et  de  la  mère  avec  l'action  du 
nombre  et  du  climat.  Les  irrégularités  ap- 
parentes d'influence  de  l'action  du  père  et 
de  celle  de  la  mère  n'ont  point  d'autre  ori- 
gine. La  loi  d'égalité  exige  l'équilibre  de 
toutes  les  circonstances  où  luttent  les  deux 
sexes,  et,  dans  des  cas  sans  nombre,  il  n'est 
point  d'équilibre.  De  toute  nécessité,  ce  dé- 
faut d'équilibre  doit  donc,  dans  les  mêmes 
cas  et  par  le  principe  même  de  la  loi,  se  tra- 
duire en  inégalité  d'expression  des  auteurs. 
En  plaçant,  au  contraire,  dans  toutes  les 
conditions  prescrites  d'équilibre,  deux  sexes 
d'une  même  espèce  et  d'une  même  race, 
plus  on  analvse  l'action  des  deux  sexes, 
plus  on  voit  s  effacer  les  traces  accidentelles 
(le  toute  prépondérance  d'un  des  sexes  sur 
l'autre,  et  plus  on  voit  reparaître,  en  dehors 
des  caractères  médiats  et  immédiats  de  la 
sexualité,  une  moyenne  générale  de  repré- 
sentation du  père  et  de  la  mère. 

Je  reviens  sur  l'influence  du  nombre  et 
(lu  climat  dans  l'hérédité  ;  car  ce  point  est 
important  à  signaler.  Le  premier  principe 
est  que,  toutes  les  autres  chances  étant  sup- 
posées égales  entre  deux  races  croisées,  et 
quel  que  soit  le  sexe  qui  les  personnifie  dans 
la  génération,  la  race,  à  nombre  égal,  qui 
garde  l'avantage  de  lutter  sur  le  sol  dont 
elle  est  le  produit,  qui  représente,  en  un 
mot,  le  climat  indigène,  doit  d'abord  domi- 
ner et  bientôt  absorber  la  race  qui  repré- 
sente le  climat  exotique.  Ainsi,  supposez 
des  nègres,  hommes  ou  femmes,  venant 
dans  une  nation  blanche  et  s'alliant,  ou  des 
blancs,  hommes  ou  femmes,  venantdans  une 
nation  noire  et  s'alliant,  au  bout  d'un  cer- 
tain temps  toutes  les  races  du  nègre  ou  du 
blanc  auront  disparu.  Le  climat  exerce  une 
influence  analogue  au  nombre,  et  tend  à  ra- 
mener les  étrangers  au  type  indieène. 

Maintenant  quelle  est  la  part  des  auteurs 
au  sexe  du  produit?  Suivant  M.  Lucas,  le 
sexe  est  transmis  par  l'auteur  correspon- 
dant, et  ce  qui  détermine  cette  élection,  c*est 
la  prépondérance  actuelle  de  la  sexualité 
de  l'un  sur  la  sexualité  de  l'autre. 

Les  êtres  vivants  sont  dans  une  perpé- 
tuelle modification  entre  certaines  limites. 
Les  diverses  espèces  soumises  à  toutes  sortes 
d'influence,  le  climat,  la  nourriture,  la  do- 
mestication, la  civilisation,  varient  constam- 
ment; et  dans  cette  variation  intervient  ce 
quç  M.  Lucas  nommela  loi  d'innéité.  1*  Toutes 
les  espèces  n'ont  pas  la  même  aptitude,  ou, 
si  Ton  veut ,  la  même  élasticité  de  variation 
graduelle,sous  l'action  immédiate  des  causes 
et  des  agents  de  modification.  L'espèce  du 
lièvre,  chez  les  animaux,  est  beaucoup  moins 
variable  que  celle  du  lapin  ;  l'espèce  de  la 
chèvre  l'est  aussi  beaucoup  moins,  sous  l'ac- 
tion extérieure  des  mêmes  circonstances  que 
celle  de  la  brebis  ;  l'espèce  du  chat,  moins 


que  celle  du  chien  ;  l'espèce  de  rinot  moins 
€[ue  celle  du  cheval  ;  celle-ci  compte,  pour 
ainsi  dire,  autant  de  races  que  de  ueaid'ac- 
climatation,  que  de  genres  d'exercice  ou  de 
nourriture;  la  nature  opiniAtre  de  celle-là  a 
résisté  jusqu'à  changer,  à  peine,  même  dans 
les  conjitionsde  servitude  la  plus  dure;  elle 
résiste  également  aux  plus  mauvais  iraile- 
ments,  à  l'action  du  climat,  de  l'aUmentadon, 
des  habitudes  de  vie.  Plus  tenaces  encore  et 
plus  immuables,  d'autres  espèces,  en  grand 
nombre,  malgré  tous  les  efforts  et  toutes  les 
tentatives  de  domestication,  si  l'on  peut  ainsi 
dire,  n'éprouvent  aucun  effet  de  cette  cause 
si  puissante  de  modification  et  restent  tou- 
jours sauvages.  2*  Toutes  les  espèces,  ménje 
les  plus  variables,  ne  varient  pas  sons  Tem- 

Sire  immédiat  des  mêmes  causes  ;  l'influence 
u  climat  et  des  localités,  parmi  nos  animaux 
domestiques,  s'exerce  spécialement  sur  le 
cheval;  celle  de  la  nourriture  sur  le  bœuf; 
celle  de  la  domesticité  sur  le  chien.  3' Toutes 
les  espèces  variables,  sous  l'empire  du  même 
ordre  de  causes,  n'éprouvent  point  d  une 
même  cause  le  même  caractère  de  modifica- 
tion ;  les  Tariations  de  l'espèce  du  mouton 
portent  principalement  sur  la  laine,  etc.; 
celles  du  bœuf,  sur  la  taille,  sur  la  forme,  la 
longueur,  la  brièveté  ou  même  l'absenre 
complète  de  cornes,  etc. 

Toutes  ces  modifications  ainsi  imprimées 
deviennent  ensuite  transmissibles  par  l'héré- 
dité. J'en  indiquerai  un  exemple  remarqua- 
ble qui  suffira.  Dans  respèce  humaine  un 
contraste  s'observe  entre  le  naturel  des  en- 
fants nés  de  peuples  civilisés  et  le  naturel 
des  enfants  de  peuplades  ou  de  tribus  bar- 
bares. Tandis  que  les  premiers  se  plient  ins- 
tinctivement aux  mœurs  et  aux  usages  de  la 
société,  les  jeunes  sauvages,  à  de  rares  excep- 
tions près,  se  prêtent  mal  au  joug  de  la  cin- 
lisalion,  ou  n'en  prennent  que  les  dehors  et 
se  sentent  malheureux  d'y  être  assujettis. 
A  peine  maîtres  d'eux-mêmes ,  comme  le 
loup  et  le  renard  enlevés  jeunes  au  terrier, 
ils  retournent  à  la  vie  sauvage. 

Mais  ce  ne  sont  pas  seulement  les  modifi- 
cations lentement  acquises,  ce  sont  mêuie 
des  modifications  accidentelles^  des  états  pré- 
sents ou  momentanés  de  l'être,  qui  sont 
transmissibles  par  l'hérédité. 

Vient  enfin  l'hérédité  des  maladies.  In'  se 
représente  la  double  formule  qui  préside 
à  tout  le  livre  de  M.  Lucas,  Tinnéité  et  la  ré- 
pétition. De  même  que  dans  la  production 
des  espèces,  la  nature  crée  et  imite,  c'est-è- 
dire  institue  des  genres  et  des  espèces  diffé- 
rentes, et  cependant  établit  entre  tous  ces 
organismes  des  similitudes  ;  de  même  que 
dans  la  procréation  des  individus,  la  généra- 
tion crée  et  imite,  c'est-à-dire  établit  en 
partie  des  caractères  nouveaux,  en  partie  re- 
produit les  caractèies  des  auteurs  ;  de  même, 
dans  la  pathologie,  il  surgit  aussi  du  nouvel 
être  tantôt  des  maladies  qui  ont  leur  source 
dans  sa  propre  nature,  et  non  dans  celle  <ie> 
parents,  tantôt  des  maladies  qui  proviennent 
de  l'hérédité.  Toutes  les  maladies  peuvent 


m 


BEE 


D'ANTHROPOLOGIE. 


RER 


6S6 


appartenir  à  la  première  source;  toutes 
aussi  penrent  appartenir  à  la  seconde. 

Quelle  est  la  durée  des  caractères  transmis 
par  l'hérédité?  L'hérédité  lutte  constamment 
contre  (quatre forces  :  l*rinnéité,  qui^  à  chaque 
production,  substitue,  dans  le  produit,  aui 
caractères  de  Fun  et  de  Tautre  générateur, 
de  nouTeaux  caractères;  â*  la  dualité  des 
auteurs  qui  concourent  à  la  représentation 
où  chacun  a  sa  part,  et  dont  chacun  réduit 
nécessairement  ainsi  la  répétition  séminale 
de  l'autre  ;  3*  la  dirersité  totale  ou  partielle 
des  circonstances  de  la  reproduction  de  Tètre, 
le  temps,  le  climat,  les  lieux,  TAge,  l'état 
physique  ou  moral  des  parents,  a  chaque 
nouveau  produit  ;  i*  Taction  du  grand  nom- 
bre sur  le  petit  nombre.II  n>stpas  en  effet  un 
seul  des  éléments  du  tjpe  individuel  qui, 
par  la  succession  et  la  dirersité  des  per- 
sonnes dont  il  est  condamné  à  subir  l'in- 
fluence séminale,  ne  soit  pro^essivement 
et  fatalement  soumis  à  cette  loi  du  plus  fort 
à  laquelle  ne  résiste,  dans  la  génération, 
aucun  caractère  ;  il  se  troure,  de  tout  point, 
dans  les  mêmes  conditions  que  l'espèce  ou  la 
race  que  Ton  veut  méthodiquement  réduire, 
par  le  croisement,  à  une  autre  race  ou  i 
une  autre  espèce  ;  il  lutte,  comme  elles,  à 
chaque  ^nération,  avec  des  quantités  ou 
des  fractions  de  lui-môme  de  plus  en  plus 
petites,  contre  des  unités  de  plus  en  plus 
nombreuses  de  types  différents,  et  il  est  ma- 
nifeste qu'ils  doivent  nécessairement  finir 
par  labsorber.  Ce  n'est  jamais  que  l'affaire 
d'un  nombre  variable,  sans  doute,  mais  li- 
mité de  générations.  L'expérience  offre  même 
quelques  éléments  pour  fixer  cette  limite. 
Le  premier  de  ces  éléments  est  le  chiffre  de 
la  dorée  ordinaire  des  familles,  carrière  de 
succession  de  tous  les  éléments  du  type  indi- 
Tîdael.  Il  résulte  des  recherches  de  Benois- 
ton  de  Châteauneuf  sur  la  durée  des  familles 
nobles  de  France,  c'est-à-dire  des  familles 
qui  tiennent  le  plus  à  leur  généalogie,  et 
qfoi,  pour  échapper  à  la  ruine  de  leur  nom, 
n'ont  reculé  devant  aucun   moyen  légal, 
substitution,  divorce,  mariages  répétés  deux, 
trois  et  quatre  fois,  en  cas  ue  stérilité  ou  de 
naissance  de  fiUes,  légitimation  des  enfSuits 
aaturels,  etc.  ;  il  résulte,  disons-nous  de  ces 
recherches  qrne,  malgré  l'emploi  de  tons  ces 
moyens,  la  durée  nominale  ue  ces  familles, 
en  France^  est,  pour  les  plus  vivaces,  à  peine 
de  trois  siècles.  Supposons,  un  instant,  que 
cette  durée  nominale  soit  une  durée  réelle  : 
elle  représente,  au  plus,  quinze  générations. 
Or  il  n'existe  pas  une  seule  fitmille  où  la 
snecession  d'aucun  des  caractères  du  tjrpe 
individuel  atteigne  à  cette  limite.  Les  légis- 
lations prohibant,  la  plupart,  les  unions  oon- 
sangoines,  les  familles  sont  forcées  de  se 
croiser  entre  elles  ;  elles  ont  donc  à  lutter, 
eomme  les  individus,  comme  les  rariétés, 
comme  les  races  qui  se  croisent,  contre  l'in- 
▼ineible  effort  de  la  loi  du  grand  nombre. 
Ljes  plus  rebelles,  parmi  les  dernières,  ne 
résistent  à  la  transformation  totale  ou'il  dé- 
teraiae  que  peddant  une  douzaine  ue  géné- 
tioos  ;  la  transformation,  seldn  les  races 


est  complète,  chez  d'autres,  dès  la  sixième  ; 
chez  d'autres,  dès  la  cinquième,  ou  même 
dès  la  quatrième  génération.  D  après  Clloa, 
Twiss  et  autres  observateurs,  il  suffit  d'or- 
dinaire de  trois  ou  quatre  générations,  ainsi 
méthodiquement  croisées,  soit  pour  blan- 
chir un  nègre,  soit  pour  noircir  un  blanc. 
Les  Indous,  si  scrupuleux  sur  la  pureté  des 
races,  font  acquérir  ou  perdre  la  pureté  de 
la  caste  en  sept  générations  ;  et  regardant  à 
ce  degré  la  consanguinité  réelle  comme 
éteinte,  ne  font  pas  remonter  plus  haut  Tin- 
terdiction  du  mariage  entre  parents.  La  loi 
romaine,  enfin,  admettait  aux  droits  de  Tin- 
génuité  la  descendance  directe  de  Taffran- 
chi  de  quatrième  génération.  Ce  n  est  donc 
pas  s'écarter  de  la  Traisemblance  que  de 
donner  pour  limite  ordinaire  de  durée,  à 
l'hérédité  de  la  somme  des  caractères  du 
type  individuel  dans  le  sein  des  familles, 
le  nombre  des  générations  suffisant  pour 
réduire  une  race  à  une  autre.  Bomare 
croit  que  la  mesure  moyenne  dont  la  nature 
se  sert  à  cette  fin,  dans  tout  le  règne  ani- 
mal, est  de  quatre  générations  ;  et,  si  Ton 
considère  qu*il  est  rare  et  très-rare  que  la 
succession  des  traits  originaux  du  génie  des 
familles ,  formes ,  inclmations,  dâauts  ou 
qualités,  se  propage  au  delà,  ce  sera  prolon- 
ger cette  mesure  moyenne  à  sa  demièfe  li- 
mite, en  lui  fixant  pour  terme  ordinaire  Tin- 
tervallede  la  sixième  à  la  septième  çénération. 

On  remarquera  que  la  durée  néréditaire 
des  caractères  est  très-différente,  suivant 
que  ces  caractères  sont  innés  ou  acquis  ; 
ceux-là  ont  bien  plus  de  tendance  de  se  trans- 
mettre que  ceux-ci. 

Ces  remarques  ont  une  application  directe 
au  traitement  de  rhérédité  iftorbide.  Ce  trai- 
tement se  dirise  en  prophylactique  et  cura- 
tif.  Les  moyens  de  prévenir  le  transport  sé- 
minal de  la  maladie  dérivent  nécessairement 
des  lois  et  des  formules  de  la  génération  ;  ils 
ne  sont  efficaces  qu'à  la  condition  d'emprun- 
ter leur  concours  et  de  faire  réagir  1  héré- 
dité sur  elle-même.  Il  ne  peut  en  effet  dé- 
pendre de  la  science ,  m  de  changer  Tes- 
sence,  ni  de  suspendre  Taction  de  cette  force 
primordiale  dans  la  procréation  ;  mai^  il 
peut  dépendre  d'elle,  jusqu'à  un  certain  de- 
gré, de  transformer  la  nature  des  actes 
quelle  détermine,  en  transformant  toutes 
les  circonstances  de  l'union  des  sexes  où  elle 
opère.  Celles  de  ces  circonstances  qui  ont  le 
plus  d'empire  rentrent  dans  quatre  princi- 
pales :  la  nature  des  parents  :  la  nature  du 
temps  ou  de  Tépoque  de  la  rie  ;  la  nature  du 
lieu  ;  la  nature  de  Tétat  où  Têtre  se  repro- 
duit. Ceci  a  pour  objet  de  prévenir  la  trans- 
mission héréditaire  des  maladies.  Quant  au 
traitement  curalif^  on  soumettra  l'enfknt  à 
des  conditions  inverses  de  celles  qui  ont 
causé  la  maladie  du  père  et  de  la  mère.  Lms- 
que  la  maladie  a  â^laté,  il  faut  ?a  traiter 
comme  toute  autre,  La  seule  action  qui,  ici, 
appartient  en  propre  à  l'hérédité,  et  dont  il 
faille  tenir  compte  dans  sa  prévision,  c'est 
une  nature  plus  rebelle  aux  moyens  de  trai- 
tement et  une  tendance  marquée  à  la  récidive. 


687 


IlOT 


DICTIONNAIRE 


HOT 


688 


Ainsi,  d*après  H.  Lucas,  dans  la  procréa- 
tion régnent  deux  tendances  fondamentales  : 
Tune  qui  crée  des  individualités,  Tautre  qui 
crée  des  hérédités.  L'hérédité  peut  porter 
sur  tous  les  caractères  de  Torganisme,  tant 
au  physique  qu'au  moral.  Le  père  et  la 
mère  ont  une  égale  part  à  la  transmission, 
mais  cette  part  est  respectirement  limitée 

Rr  toutes  les  circonstances  qui  agissent  sur 
m  ou  sur  Tautre.  Toutes  les  modifications 
reçues  par  la  naissance  ou  même  acquises 
depuis  fa  naissance  sont  susceptibles  de  se 
transmettre,  et  c/est  par  l'application  empi- 
rique de  ces  phénomènes  qu'on  panrient  à 
créer  des  vanétés,  des  races  qui  ont  des  for- 
mes et  des  aptitudes  )virticulières.  De  la 
sorte,  les  espèces  vivantes  sont  comprises 
entre  deux  forces,  Tune  qui  par  l'hérédité 
tend  à  immobiliser  les  caractères  tant  phy- 
siques que  moraux  des  parents  dans  les  en- 
fants, l'autre  qui  tend  sens  cesse  à  créer  des 
types  individuels  dans  l'espèce.  De  plus, 
comme  les  individus  sont  soumis  continuel- 
lement à  des  influences  variables  qui  les  mo- 
difient, ces  modifications  viennent  s'emprein- 
dre dans  les  produits.  De  là  la  variabilité  des 
individus  dans  le  sein  des  espèces,  variété 
d'autant  plus  grande  que  Yon  considère  des 
<^spèces  soumises  à  pi  us  de  causes  de  modi- 
fication. C'est  ainsi  que  les  espèces  qui  vi- 
vent dans  l'état  sauvage  au  milieu  d'une  na- 
ture qui  change  peu  sont  bien  plus  unifor- 
mes que  celles  sur  c[ui  agissent  toutes  les 
forces  de  la  civilisation. 

Tant  que  l'on  considère  ce  double  mouve- 
ment dans  les  degrés  inférieurs  de  la  hiérar- 
chie vivante,  végétaux  et  invertébrés,  on  n'y 
voit  guère  qu'une  cause  qui  multiplie  les 
variétés.  Mais  il  n'en  est  plus  de  même 
quand  on  passe  aux  degrés  supérieurs  et 
nommément  au  genre  humain.  Ce  ne  sont 
plus  seulement  des  variétés  qui  en  résultent, 
c'est  un  ordre  déterminé  d'évolution.  Sans 
l'hérédité,  l'histoire  ne  peut  être  conçue,  ou 
pour  mieux  dire,  elle  n'existerait  pas.  Ce 
qui  se  gagne  par  les  déC/Ouvertcs  des  natures 
meilleures,  plus  actives,  plus  perçantes,  finit 
par  se  consolider  dans  les  autres  à  l'aide  du 
travail  héréditaire,  et,  grflce  à  ce  travail,  les 
peuples  civilisés  prennent  des  aptitudes, 
des  goûts,  des  penchants  qui  d'une  part  les 
préservent  des  retours  vers  la  barbarie  (re- 
tours auxquels  succombent  parfois  les  in- 
dividus), et  d'autre  part  offrent  une  base  so- 
lide à  un  nouveau  développement  d'aptitu- 
des plus  puissantes,  de  goûts  plus  délicats 
et  de  penchants  mieux  réglés. 

HOMME  (L'),  à  l'état  d'embrjron,  passe-t-il 
{lar  tous  les  organismes  inférieurs  des  in- 
vertébrés? Voy»  Embryologie. 

HOMME  PORC-ÉPIC.  Voy.  Peau. 

HOTTENTOTS.  —  Il  y  a,  dans  les  vastes  ré- 
gions de  l'Afriqae  situées  au  sud  de  l'équa- 
taur,  d'immensefi  espaces  qui  n'ont  jamais 
été  fou.es  par  le  pied  d'un  homme  civilisé  ; 
ainsi  l'on  sent  c4imbien  seraient  vaines  tou- 
tes les  conjectures  qu'on  pourrait  faire  re- 
lativement au  nr#mbre  des  races  Imûiaines 
qui  occupenlcelieinyslérieuse  région.  Parmi 


les  écrivains  qui  se  sont  occupés  degéogra- 

Shie  spéculative ,  quelques-uns  ont  essayé 
e  se  former  une  idée  de  la  oonfisuration  da 
sol  dans  ces  contrées  inaccessibles ,  d'apris 
ce  que  l'on  connaît  de  ceHe  des  pays  qui  les 
entourent.  Lacépède ,  qui  avait  longtemps 
soutenu  que  la  partie  centrale  de  la  Nou- 
velle-Hollande devait  être  occupée  par  une 
vaste  mer,  fut  plus  heureux  dans  ses  con- 
jectures relativement  à  l'intérieur  de  l'Afri- 
que, et  les  renseignements  que  nous  possé- 
dons aujourd'hui  sur  cette  partie  du  glok 
prouvent  qu'il  était  dans   le  vrai,  quand  il 
tira,  d'un  nombre  très-petit  de  données,  des 
conclusions  tendant  à  prouver  l'eiisteDcc 
d'un  grand  plateau  central.  Suivant  le  pro- 
fesseur Ritter,  qui  a  examiné  ce  point  avec  5a 
sagacité  habituelle  et  en  faisant  usage  de  tous 
les  secours  que  met  à  sa  disposition  un  vasie 
savoir,    le  grand  plateau  de  l'Afrique  aus- 
trale commence  de  toutes  parts  à  s'élever  à 
une  assez  petite  distance  de  la  côte,  soutenu 
de  chaque  côté  par  une  muraille  de  monta- 
gnes qui  se  compose  généralen^ent  de  trois 
terrasses  successives,  et  élève  une  immense 
barrière  parallèlement   aux   côtes  baignées 
par  rOcean.  Cette  muraille  est  coupée  par 
beaucoup  de  vallées  dans  lesquelles  coulent 
de  belles  rivières  qui  vont  porter  à  la  mer 
les  eaux  de  l'intérieur  du  plateau.  Cororoe 
toutes  les  régions  qui  nous  offrent  une  di- 

f>osition  semblable  du  sol ,  l'intérieur  ren- 
èrme  de  grands  lacs  et  de  vastes  plaines 
élevées,  dans  lesquelles  une  portion  de  l'es- 
pèce humaine,  isolée  en  quelque  sorte  d^ 
puis  un  temps  immémorial,  doit  s'être  for- 
mée en  plusieurs  races  distinctes,  sous  l'in- 
fluence prolongée  des  circonstances  extérieu- 
res qui  sont  de  nature  à  modifier  les  carac* 
tères  physiques.  Dans  une  contrée  si  analo- 
gue par  sa  configuration  aux  régions  éle- 
vées de  l'Asie  orientale,  on  doit  s^ttendre  à 
trouver  des  tribus  qui  ressembleront,  à  ce^ 
tains  égards  ,  à  celles  qui  habitent  le  pays 
que  nous  venons  de  nommer  ;  et  en  effe!, 
nous  découvrons,  dans  les  caractères  physi- 
ques et  moraux  des  uatioiis  de  l'Airique 
australe,  différents  traits  qui  nous  rappel* 
lent  ceux  des  grandes  tribus  nomades  de  la 
Mongolie  et  de  la  Daourie.  Mais  ces  carac- 
tères ayant  été  ici  imprimés  sur  un  fond  oui 
avait  déjà  le  type  africain,  il  y  aura,  entre  tes 
habitants  des  deux  pays,  un  certain  nombre 
de  différences. 

Les  Uottentots  ,  qui  paraissent  avoir  oc 
cupé  jadis  ,  ou  plutôt  avoir  parcouru,  avec 
leurs  troupeaux,  un  vaste  territoire  dont  une 
grande  partie  leur  a  été  depuis  lon^teraiiS 
enlevée  par  les  tribus  belliqueuses  aes  Ca- 
fres,  peuvent ,  selon  toutes  les  apparences, 
être  considérés  comme  les  descendants  des 

{premiers  habitants  de  l'extrémité  australe  de 
'Afrique.  Ces  hommes  nous  offrent,  au  plus 
haut  degré  de  développement^  les  caractères 
phvsiques  et  moraux  qui  doivent  être  le  ré- 
sultat de  la  vie  nomade  et  errante,  quand  ce 
mode  d'existence  s'est  conliâué  pour  un  peu- 
ple pendant  une  longue  suite  de  générations. 
Avant  l'heure  néfaste  oii  le  navigateur  eu- 


UOT 


D*ANTUR0P0LOGIE. 


nOT 


09;) 


ropéea  aperçât  pour  la  première  fois  le  cap 
d  .'S  Tempêtes  «  les  Hottentots  formaient  un 
peuple  nombreux  divisé  en  petites  tribus 
qui  riraient  heureuses  sous  le  {;oureme- 
ment  patriarcal  de  chefs  ou  d'anciens.  Elles 
erraient  arec  leurs  troupeaux  de  basob  et 
de  brebis ,  par  iMoides  de  trois  ou  quatre 
cents  personnes  réunies  dans  des  kraals ,  ril- 
lages  dont  les  maisons  construites  en  bran- 
ches d^arbres  et  en  nattes  de  joncs  se  démon- 
taient au  signal  du  dépan»  et,  réduites  à  un 
petit  rolume,  étaient  transportées  par  des 
Lceuls  de  charge.  Pour  rètements,  ils  araient 
un  manteau  de  peaux  de  mouton  cousues, 
pour  armes,  un  arc  et  des  flèches  empoison- 
nées«  arec  une  légère  jareline  ou  assagaye. 
Ils  étaient  actifs  et  intrépides  à  la  chasse,  et, 
quoique  d*un  naturel  paisible ,  ils  étaient 
pieins  de  courage  à  la  guerre,  comme  Té- 
prourèrent  sourent  les  Européens  qui  rin- 
rent  enrahir  leur  pays.  Kolben  compte  jus- 
qu'à dix-huit  nations  ou  tribus  appartenant 
à  la  race  hottcnlote.  La  plupart  de  ces  tri- 
bus ont  été  exterminées  par  les  colons  eu- 
ropéens ;  d'autres  ont  été  dépouillées  rio- 
Jemment  de  leurs  possessions,  et  repoussées 
dans  les  forêts  et  les  déserts  ,  où  leurs  mal- 
heureux descendants,  connussouslenomde 
Saabtf  rirent  encore  en  petit  nombre.  Les 
colons  hollandais  les  ai/pellent  Boschismans, 
c'est-À-dire  hommes  des  bois  ;  le  nom  de 
BuskmaHt  que  leur  donnent  les  colons  an- 
glais, a  la  même  signification. 

Voici  le  portrait  que  nous  fait  des  Bos- 
chismans le  missionnaire  Adulph  fionatz  : 
«Ils  sont  de  petite  taille  ,  et  la  couleur  de 
leur  peau  est  d'un  jaune  sale;  leur  physio- 
nonue  est  repoussante  :  un  front  saillant, 
des  yeux  petits,  enfoncés,  dont  l'expression 
est  celle  de  la  ruse;  un  nez  extrêmement 
aplati,  des  lèrres  épaisses  et  saillantes  ,  for- 
ment les  traits  caractéristiques  de  leur  ri- 
sa^e.  Leur  constitution  est  si  altérée  par 
suite  de  leurs  habitudes  dissolues  et  de  la 
foutume  qu  ils  ontde  fumer  continuellement 
le  durha,  que  les  jeunes,  aussi  bien  que  les 
rieux ,  paraissent  usés  et  décrépits.  Néan- 
iDoins  ils  aiment  beaucoup  la  parure,  et  or- 
nent leurs  oreilles,  leurs  bras  et  leurs  jam- 
bes d'anneaux  en  rerroterie,  en  fer,  en  cui- 
vre et  en  laiton.  Les  femmes  se  teignent 
tout  le  risage  en  rouge,  ou  en  peignent  une 
partie.  Leur  seul  rètement  de  jour  et  de 
nuit  est  une  sorte  de  manteau  de  peau  de 
mouton  jeté  sur  leurs  épaules ,  et  qu  ils  dé- 
signent sous  le  nom  de  kaross.  La  demeure 
du  Boschisman  est  une  hutte  basse,  ou  une 
carité  circulaire  au  milieu  de  la  plaine  ;  le 
soir,  il  se  glisse  en  rampant  arec  sa  femme 
et  ses  enfants  dans  ce  taudis,  qui,  quoiqu'il 
le  défende  du  rent ,  ne  Tabrite  pas  contre  la 
l»iuie.  Ils  araient  autrefois  leurs  habitations 
au  milieudes  rochersoù  ilsont  laissé  comme 
signes  de  leur  présence  des  figures  grossiè- 
res de  cheraux ,  de  boeufs  et  de  serpents. 
Quelques    indiridus  même  rirent,  encore 
«aujourd'hui,  en  rentables  bêtes  faures,  dans 
^es  repaires  saurages  où  ils  retournent  arec 
ioie  après  aroir  écnappé  au  serrice  des  co- 


lons. Je  n'ai  jamais  ru  à  ces  fugitifs  d'autre 
occupation  que  celle  de  fabriquer  ou  de  répa- 
rer leurs  arcs  et  leurs  flèches.  Les  arcs  sont 
très-petits;  les  flèches,  barbelées,  ont  la 
pointe  trempée  dans  un  poison  d'apparence 
résineuse  dont  l'effet  est  très-prompt,  et 
qu'ils  sarent  préparer  arec  les  feuilles  d'un 
arbre  du  pays  ;  ils  préfèrent  ces  armes  aux 
armes  à  feu,  comme  arant  l'arantage  de  pou- 
roir  tuer  sans  taire  ae  bruit.  A  leur  retour 
de  la  chasse,  ils  font  bombance ,  se  gorgent 
jusqu'à  tomber  dans  l'assoupissement  ;  après 
quoi  la  faim  seule  a  le  pouroir  de  réreiller 
leur  actirité.  Dans  les  temps  de  disette,  ils 
mangent  des  racines  saurages ,  des  œufs  de 
fourmis ,  des  sauterelles  et  des  serpents. 
Considérés  comme  ennemis ,  les  Boschis- 
mans ne  laissent  pas  que  d'être  redoutables. 
Leur  langage  parait  être  un  mélange  de  clap- 
pements, de  sifflements,  de  grognements, 
sons  qui  tous  ont  de  plus  quelque  chose  de 
fortement  nasillard. 

Les  Hottentots  qui  existent  encore  en  tri- 
bus ou  en  communautés  se  donnent  à  eui- 
mêmes  le  nom  de  Quœquœ^  et  sont  dirisés 
en  plusieurs  races.  M.  Barrow  est  le  pre- 
mier royageur  qui  nous  en  ait  donné  une 
description  un  peu  satisfaisante,  n  Les  Bot- 
tentots ,  dit-il ,  sont  bien  proportionnés  et 
bien  droits,  sans  être  muscuieux  ;  il  y  a  même 
dans  l'ensemble  de  leur  forme  quelque  choso 
de  délicat  et  presque  d'efféminé  ;  ils  ont  les 
jointures  extrêmement  petites.  En  général, 
ils  sont  fort  laids,  mais  le  caractère  de  leur 
risage  m'a  présenté  de  grandes  rariétés  dans 
les  différentes  familles  :  quelques-unes  pré- 
sentaient des  nez  remarquablement  plats, 
d'autres  des  nez  très-saillants.  Leurs  yeux 
sont  d'un  châtain  foncé  ,  longs  et  étroits  , 
très-écartés  l'un  de  l'autre,  arec  l'angle  in  - 
térieur  arrondi  comme  chez  les  Chinois,  aux- 
quels les  Hottentots  ressemblent  à  plusieurs 
égards  d'une  manière  frapiiante.  Les  pom- 
mettes sont  haut  placées,  très-proéminentes, 
et,  arec  le  menton  pointu  ,  forment  presque 
un  triangle  équilatéral;  leurs  dents  sont 
très-blanches.  Les  femmes,  dans  la  première 
jeunesse ,  ont  de  la  grâce  et  des  formes 
agréables  ;  mais  dès  qu'elles  ont  eu  un  en- 
faÎJQt,  leur  goi^  derient  flasque  et  pendante, 
et  dans  la  rieiUesse  elle  s'allonse  démesu- 
rément ;  arec  l'âge,  leur  rentre  derient  pro- 
tubérant, et  la  partie  postérieure  de  leur 
corps  se  courre  d'une  énorme  masse  de 
pure  graisse. 

On  a,  dans  les  musées  d'Europe,  peu  de 
crânes  appartenant  à  cette  race.  Blumenbach 
a  donné  la  description  de  la  tête  osseuse 
d'une  femme  boschismanne,  et  l'on  en  a  une 
autre  dans  Curier.  Le  docteur  Rnox ,  qui  a 
ru  ces  gens-là  dans  leur  pays  natal,  nous 
assure  que  le  risage  des  Hottentots  ressem- 
ble beaucoup  à  celui  des  Ralmouks,  et  n'en 
diffère  guère  que  par  des  lèrres  plus  épais- 
ses; aussi  en  lait-il  une  branche  de  la  race 
mongole.  La  largeur  des  orbites  et  la  gran- 
deur de  l'espace  qui  les  sépare  sont  des 
t oints  par  lesquels  les  Hottentots  ressem- 
lent  aux  Asiatiques  du  Nord  et  même  aux 


C9I 


ICH 


DlCTîONMAIRE 


icn 


m 


Esquimaux.  Votj,  Ràcbs  humai^ibs. 
HUMBOLDT  (G.  de).  Voy.  Langage. 
HUNGROIS.  Voy.  Europe  moderne. 


HUNS.  Voy.  Europe  moderne. 
HURONS.  Voy,  Algonquins. 
HYBRIDITÉ.  Voy.  Genre. 


1 


IBERES.  Voy.  Scythes. 

IBÉRIENS.  Voy.  Aborigènes. 

ICHTHYOPHAGES  de  l'Asie  septentrio- 
nale. —  Au  delà  de  la  région  centrale  habi^ 
tée  par  les  cinq  grandes  races  nomades 
(Voy.  Nomades),  if  j  a  diverses  tribus  répan- 
dues sur  les  contrées  basses  de  l'Asie  sep- 
tentrionale et  dans  les  plaines  glacées  que 
traversent  les  rivières  de  la  Sibérie  et  que 
borne  la  mer  Glaciale.  Ces  tribus  errent  de 
place  en  place  avec  leurs  troupeaux  de  ren- 
nes, se  nourrissant  en  partie  de  la  chair  et 
du  lait  de  ces  animaux,  en  partie  des  produits 
de  la  poche  et  de  la  chasse.  On  peut  consi- 
dérer ces  peuples  comme  appartenant  à  la 
même  grande  famille  que  les  nations  tarta- 
res,  auxquelles  ils  ressemblent,  )iarticulière- 
ment  par  la  forme  du  crflne;  mais  ils  en  dif- 
fèrent sous  d'autres  rapports,  tandis  qu'ils 
ont  entre  eux  une  telle  ressemblance,  qu'on 
peut  les  considérer  comme  constituant  un 
itroupe  particulier,  ou  une  subdivision  de  la 
lamille  numaine.  Je  les  distinguerai  ici  par 
le  nom  d'Ichthyophages  ou  tribus  de  pé- 
cheurs, ce  qui  exprime  leurs  habitudes  et 
leurs  movens  d'existence. 

1*  Let  Namollos.  —  De  ces  diverses  tribus, 
celle  qui  occupe  les  contrées  les  plus  loin- 
taines est  la  tribu  des  Namollos  (412),  établie 
sur  la  côte  nord-ouest  de  l'Asie ,  depuis  la 
baie  de  Koulioutschinskoï,  jusqu'à  la  rivière 
Anadvr.  Les  Namollos  habitent  des  villages 
fort  éloienés  les  uns  des  autres,  et  se  nour- 
rissent de  la  chair  des  veaux  marins  qu'ils 
tuent,  des  cadavres  de  baleines  rejetés  sur  le 
rivage,  et  des  autres  dons  de  la  mer.  C'est 
une  race  tranquille  et  timide.  Us  sont  d'une 
taille  au-dessous  de  la  moyenne,  et  ont  le 
visage  aplati,  avec  les  pommettes  saillantes  ; 
leurs  yeux  sont  petits,  mais  en  général  ne 
sont  pas  bridés  et  obliques  comme  ceux  des 
Mongols  ou  des  Tartares.  Les  femmes  et  les 
enfants  ont  le  visage  tellement  plat,  que  leur 
nez  est  à  peine  visible. 

Les  Namollos  peuvent  converser  avec  le 
peuple  de  Kadjak,  et  parlent  de  fait  un  dia- 
lecte de  la  langue  des  Esquimaux  améri- 
cains. C'est  une  tribu  de  la  race  qui  habite 
les  lies  des  Renards  ou  lies  Aleutiennes,  lies 
qui  forment  dans  l'Océan  une  longue  chaîne 
à  l'ouest  du  détroit  de  Behring.  D'après  le 
peu  de  données  que  nous  avons  jusqu'à 
présent,  il  est  difficile  de  déterminer  d'une 
manière  positive  le  pa^rs  d'où  cette  race  est 
originaire,  de  savoir  si  c'est  de  l'extrémité 

1412)  Voyage  autour  du  monde^  par  F.  Lutké, 
U,  coutenant  les  travaux  de  messieurs  les  natur 
ralistes,  oar  Alex.  Postels. 

(413)  Quelques  écrivains  désignent  les  Namollos 
tous  le  nom  de  Tscbuk-Tschis  slationnaires  ou  uè- 


nord-est  de  Tancien  continent  qu'elle  est 
partie  d*abord  pour  passer  en  Amérique,  ou 
si  elle  a  suivi  une  marche  opposée,  et  est 
venue  du  nouveau  monde  dans  TAsie  bo- 
réale. Comme  les  Skrellings  ou  Esquimaui 
du  Groenland  n'étaient  pas  encore  dans  ce 
pays  à  répoque  où  les  hommes  du  Nord  j 
établirent  leurs  premières  colonies,  on  peut 
supposer  que  la  race  vient  de  l'ouest,  puis- 
que c'est  seulement  dans  les  temps  histori- 
ques qu'elle  eit  arrivée  dans  la  partie  lapliij 
orientale  des  pays  Qu'elle  occupe,  dans  la 
partie  qui  la  rapprocne  le  plus  de  l'Europe. 

Les  Namollos,  il  faut  le  remarquer  aussi, 
ressemblent  à  beaucoup  d'égards  à  leurs 
voisins  les  Tschauk-Thu,  appelés  communé- 
ment Tschuk-Tschi;  les  rapports  sont  si 
grands,  que  souvent  on  les  confond  a? ec  ces 
derniers  et  qu'on  en  parle  comme  duo 
même  peuple,  car  les  uns  et  les  autres  ont 
été  compris  jusqu'à  présent  sous  le  nom  de 
Tschuk-Tschi  (413). 

Les  Esquimaux  sont  très-proches  parents 
des  Namollos,  et  en  sont  ou  la  souche  origi- 
nelle ou  les  descendants  {Voy.  Esoudl&ui]. 

2r  Les  Tschauk-Thu  ou  Tschuk-Tsckis.tl 
Us  Koriaquis.  —  Les  Tschauk-Thu  ou 
Tschuk-Tschis  sont,  ainsi  que  les  Koriaaues, 
des  tribus  d'une  nation  habitant  l'extreaiité 
nord-est  de  l'Asie.  Les  premiers  sont  les 
plus  puissants  et  sont  indépendants.  Saoer 
nous  dit  que  les  Tschuk-Tschis  sont  grands 
et  forts ,  et  qu'ils  ont  le  plus  profond  mépris 
pour  les  petits  hommes.  Cochrane  prétend 
que  les  Tschuk-Tschis  ne  sont  pas  remar- 
quablement grands,  mais  que  leurs  vête- 
ments, qu'ils  entretiennent  avec  soin  et  qui 
sont  d'une  très-grande  ampleur,  leur  donnent 
un  aspect  presque  gigantesque.  Ils  ont  la 
peau  blanche  et  en  général  le  teint  clair, 
mais  la  physionomie  vulgaire»  quoiaue  assex 
mâle.  Ils  sont  d'un  caractère  brutal  et  sau- 
vage. Ils  ne  sont  jamais  malades,  et  atteignent 
à  un  âge  très-avancé.  Le  langage  des  Tschuk- 
Tschis  n'a  aucune  affinité  avec  les  idiomes 
asiatiques,  bien*  qu'il  soit  compris  des  Koria* 
ques.  Les  traits  des  Tschuk-Tschis,  leurs 
mœurs,  leurs  coutumes,  décèlent  leur  ori- 
gine américaine;  l'habitude  de  se  raser  la 
tête,  de  se  peindre  le  corps»  de  porter  de 
erands  anneaux  aux  oreilles  ;  leur  manière 
ae  marcher  en  se  balançant,  leur  port  re* 
marquable  par  une  certaine  flerté,  leur  cos- 
tume, leur  genre  de  superstitions,  en  sont 
des  preuves  évidentes  ;  et  il  n'est  pas  moins 

cheurs ,  et  souvent  ils  les  confondent  avec  I^ 
Tschuk-tscbîs  véritables,  qui  sont  une  branche  des 
Koriaques.  Les  renseignements  les  plus  précis  qoe 
nous  ayons  sur  eux  se  trouvent  dans  le  Yotfùgi  <« 
Russie  du  cnpitainc  Lutré. 


613 


IJl 


D*A!fTHllOM>tOGlE: 


ICQ 


6«J4 


Traisemblable  jiue  les  Esquimaux  et  autres 
tribus  américaines  du  pAle  arctique  en  sont 
desceiidus,  car  plusieurs  expressions  de 
leurs  langages  sont  identiques,  et  leur  cos- 
tume est  parfaitement  semolable. 

D  parait,  d*aprës  des  renseignements  re- 
cueillis par  Cocnrane,  que  les  Tscbuk-Tschis 
nomades  ont  des  rapports  fréquents  avec  les 
nations  américaines,  dont  quelques-unes 
leur  ressemblent  beaucoup  par  le  physique 
et  les  manières.  Il  j  avait  à  la  foire  des 
Tschuk-Tschis  deux  individus  appartenant  au 
continent  américain,  appelés  Rargaules.»  Ils 
avaient,  dit  notre  auteur,  beaucoup  plus  de 
ressemblance  avec  les  Tschuk-Tschis,  Quoi- 
qu'ils fussent  plus  bruns  de  peau,  qu  avec 
ks  habitants  si  laids  des  lies  du  détroit  de 
Behring.  » 

3"  Les  Kamtchadales. — Les  Kamtchatkans 
ou  Kamtchadales  sont  un  peuple  bien  connu 
depuis  longtemps  des  navigateurs  de  la  mer 
Glaciale.  Leur  nation  était  fort  nombreuse, 
jusqu*au  moment  où  elle  fut  presque  entiè- 
rement détruite  par  la  petite  vérole  et  autres 
maladies  introduites  par  les  européens. 

Cepeup]e  n'habite  que  la  partie  méridionale 
de  la  péninsule  qui  porte  son  nom;  toute  la  por- 
tion septentrionale  appartient  aux  Koriaques. 
Les  Kamtchadales  se  donnent  à  eux-mêmes  le 
nom  d*ltelmans.  Stoller,  qui  les  a  observés 
avec  soin,  a  pensé  qu'ils  pourraient  être 
d'origine  mongole;  mais  cette  hypothèse 
n'est  fondée  que  sur  une  ressemblance  phy- 
sique, et  est  en  contradiction  avec  les  resul- 
iats  auxquels  conduit  l'étude  de  leur  langue. 
Il  parait  bien  qu'ils  forment  une  race  dis- 
tincte, laquelle  cependant  se  divise  en  quatre 
tribus,  dont  le  langage  est  assez  différent 
pour  qu'elles  se  comprennent  à  peine  les 
unes  les  autres.  Les  Kamtchadales  sont  Cha- 
manistes;  ils  sont  sales  et  ont  des  habitudes 
grossières. 

Les  descriptions  que  nous  avons  des  Kamt- 
chadales nous  les  montrent  comme  des 
hommes  de  petite  taille,  ayant  le  teint  basa- 
né, les  cheveux  noirs,  peu  de  barbe,  la 
figure  large,  le  nez  court  et  plat,  les  yeux 
petits  et  enfoncés,  les  sourcils  minces,  le 
▼entre  gros  et  les  jambes  srèles.  C'est  pHr 
toutes  ces  particularités  qu  ou  leur  a  trouvé 
de  la  ressemblance  avec  les  Mongols. 

4*  Ltê  Yukagres  ou  Yukagiris.  —  Les  Yuka- 
gres  sont  une  autre  race  très-peu  connue, 
qui  vit  à  l'ouest  des  Koriaques.  Ils  habitent 
les  côtes  de  la  Sibérie  orientale,  au  delà  du 
fleure  Lena,  entre  le  pays  des  Yakouts,  celui 
des  Tscbut-Tschis,  et  près  des  rivières  Indi- 
^rska,  Yana  et  Kolyma.  Leurs  mœurs  res- 
semblent à  celles  des  Samojrèdes.  Sauer  nous 
en  donne  une  courte  description  dans  sa  re- 
laiioa  du  voyage  de  Billings  ;  dans  le  même 
ouvrage  on  trouve  un  copieux  vocabulaire 
de  leur  langue,  qui  parait  être  entièrement 
distincte  de  tous  les  idiomes  voisins,  et 
n  'a  voir  même  presque  aucune  affinité  avec  les 
autres  dialectes  connus. 

£n  1739,  les  Yukaffres  étaient  fort  nom- 
l»reixx.  Les  tribus  de  rOmolen  portaient  le 
uam  de  Tsbeltieres  ;  celles  del'Alasey  étaient 


appelées  Onioki,  et  celles  de  TAnadyr  et  de 
l'Anani,  TsehuvantsU  et  Kudensii.  Aujour- 
d'hui la  race  est  presque  détruite  par  suite 
des  ferres  qu'elle  a  eues  avec  les  Tschuck- 
Tschis  et  les  Koriaques.  II  y  a  eu  autrefois 
sur  les  bords  du  Kolyma  une  nation  nom- 
breuse qui  portait  le  nom  de  Kong-hinis  ; 
cette  nation  est  tout  à  fait  disparue,  mais  on 
trouve  encore  les  ruines  de  ses  villages,  avec 
des  haches  et  des  flèches  en  pierre. 

Les  descendants  de  Yukagres  habitent  les 
bords  des  deux  rivières  Aniny.  Ils  formaient 
jadis  un  peuple  guerrier  et  formidable,  et 
les  Russes  ont  eu  beaucoup  de  peine  à  les 
subjuguer.  11  n'existe  plus  de  Yukagres  de 
race  pure,  mais  la  race  mêlée  qui  a  conservé 
leur  nom  passe  aujourd'hui  pour  la  plus 
belle  race  ae  la  Sibérie;  les  hommes  sont 
bien  proportionnés  et  ont  une  physionomie 
mâle  et  ouverte;  les  femmes  sont  d'une 
grande  beauté.  Ceci  d'ailleurs  ne  s'applique 
qu'aux  métis,  chez  lesquels  c'est  le  sang 
russe  qui  s'est  mêlé  au  sang  yukagre. 
Cochrane  nous  assure  que  les  Yukagres  pur 
sang  ont  les  traits  tartares  et  asiatiques,  ce 
qui  signifie  probablement  que  leur  visa^e^ 
offre  le  type  communément  appelé  type 
mongol;  il  remarque  que  ces  peuples  ne 
diffèrent  crue  de  très-peu  des  Yaxoutes. 

5*  Les  iamoyêdes,  —  Les  Samoyèdes  sont 
une  race  errante;  ils  habitent  le  grand  pro- 
montoire septentrional  de  la  côte  de  Sibérie, 
et  sont  répandus  des  deux  côtés  de  ce  pro- 
montoire, sur  les  bords  de  la  mer  Glaciale, 
où  ils  vivent  principalement  de  leur  pèche 
et  de  leur  chasse.  Us  sont  divisés  en  tribus 
nombreuses,  s'étendant,  dit-on,  depuis  la 
Dwina,  dans  le  voisinage  d'Archange!,  où  le 
Bruyn  a  trouvé  quelques-unes  de  leurs 
hordes,  jusqu'à  la  Lena,  dans  la  Sibérie 
orientale;  on  prétend  que  leur  nom  signifie 
mangeurs  de  saumons.  On  trouve  ce  nom 
dans  les  chroniques  russes,  dès  l'année  1096; 
et  Jean  de  Plan  de  Carpin  en  fait  mention 
dans  le  récit  de  son  voyage  à  la  cour  du  grand 
Khan,  au  commencement  du  xm*  siècle.  Les 
Samoyèdes  étaient  à  cette  époque  du  nombre 
des  sujets  de  l'empereur  mongol.  Pallas 
nous  apprend  que  les  Samoyèdes  de  l'Obi 
[d  après  lesquels  probablement  on  peut  se 
laireune  idée  de  toute  la  race  ) ,  diffèrent 
complètement  de  leur  voisins  les  Ostiaks, 
})ar  le  langage  aussi  bien  que  par  les  for- 
mes du  corps  et  par  les  traits  du  visage.  Il 
ajoute  :  «  Les  visages  des  derniers  ressem- 
blent à  ceux  des  Russes,  et  beaucoup  plus 
encore  à  ceux  des  Finnois  ;  tandis  que  les 
Samoyèdes  ont  beaucoup  de  ressemblance 
avec  les  Tongouses.  Ils  ont  le  visase  plat, 
rond  et  larae,  cequi  rend  les  jeunes  femmes 
fort  agréables.  Ils  ont  de  larges  lèvres  retrous- 
sées, le  nez  lar^e  et  ouvert,  peu  de  barbe  et 
les  cheveux  noirs  et  rudes.  La  plupart  sont 

Elutôt  petits  que  de  taille  médiocre,  mais 
ien  proportionnés,  plus  trapus  et  plus  gros 
que  les  Ostiaks.  Ils  sont  en  revanche  plus 
sauvages  et  plus  remuants  que  ce  peuple.  »v 
Les  Samoyèdes  se  donnent  à  eux-mêmes 
le  nom  de  Kbasova,  mais  les  Tougouses  leur 


C93 


ICH 


DICTIONNAIRE 


IRO 


donnent  celui  ue  Jiandals.  Strahlenberg  fiiit 
remarquer  que  quelques  traces  de  leur  lan- 
gue se  retrouvent  dans  les  parties  méridio- 
nales de  la  Sibérie,  près  de  Tomsk  et  de 
Krasnoiarsk,  et  Pallas  a  [prouvé  clairement 
que  les  SaraoyèJes  sont  originaires  des  par- 
ties méridionales  du  pays  qui  avoisine  le 
Yenii-ei  et  la  chaîne  au  Sa  van.  Un  grand 
nombre  de  faits,  ainsi  qui!  le  remarque, 
prouvent  que  ces  contrées  étaient  autrefois 
plus  peuplées  qu*elles  ne  le  sont  maintenant, 
et  on  ne  peut  vraiment  fias  douter  oue  les 
Samoyèies  n'y  aient  anciennement  nabité, 
quand  on  voit  que  les  Koibals,  lesKamaches, 
les  Motors,  les  Soiots  et  les  Karakasses,  qui  y 
demeurent  encore,  ont  les  mêmes  caractères 
physiques  que  les  S^moyèdes,  et  parlent  la 
même  langue.  Les  Samoyèdes  eux-mêmes 
disent  être  venus  des  contrées  de  TEst. 

Il  serait  bien  à  désirer  que  nous  eussions 
une  descriplion  exacte  de  ces  tribus  du  haut 
pays,  et  que  nous  pussions  les  comparer 
avec  les  Samoyèdes  qui  habitent  les  plaines 
voisines  de  la  mer.  Pallas  dit  qu'elles  pré- 
sentent les  mêmes  caractères  physiques  que 
les  Tongouses.  Klaproth  a  trouve  les  mêmes 
hommes,  sous  le  nom  de  Uriangchai,  dans 
des  provinces  frontières  soumises  à  la  domi- 
nation chinoise,  sur  la  chaîne  du  Sayan,  qui 
est  le  prolongement  oriental  de  TAltaî. 

Les  langues  parlées  par  ces  tribus  (autant 
qu'on  en  peut  juger  par  les  mots  qu  on  en 
connaît),  paraissent  avoir  quelques  rapports 
avec  les  dialectes  de  la  race  Ugrienne,  et  en 
avoir  aussi  avec  ceux  des  nations  qui  habi- 
tent la  chaîne  du  Caucase. 

6**  Les  Ainoi  et  les  Kurites. —  La  race  insu- 
laire qui  habite  la  chaîne  des  lies  Kuriles 
ainsi  oue  la  partie  de  la  cête  asiatique 
située  a  l'ouest  de  l'embouchure  du  grand 
fleuve  Amour  et  de  l'Ile  de  Jesso^  diffère  par 
ses  caractères  physiqiies  des  nations  de  la  c6te 
septentrionale.  Sous  le  rapport  du  climatetde 
la  situation,  ces  îles  diffèrent  aussi  beaucoup 
de  la  côte  habitée  par  les  Samoyèdes,  et  c'est 

E eut-être  à  cela  que  tient  la  grande  dissem- 
lance  des  hommes  des  deux  pays;  car  d'ail- 
leurs, ainsi  çue  l'a  montré  Kiaproth,  le  lan- 
gage des  Ainos  a  tant  de  rapports  avec 
fiaiome  des  Samoyèdes  et  avec  les  dialectes 
de  plusieurs  tribus  du  Caucase,  mi'il  y  a 
toute  raison  de  supposer  entre  ces  dinérentes 
races  une  très-proche  parenté. 

La  description  la  plus  complète  que  nous 
ayons  des  Ainos  se  trouve  dans  la  relation 
du  vovage  de  Krusenstern;  La  Pérouse  et 
Brougnton  nous  ont  aussi  fait  connaître  quel- 
ques-unes de  leurs  particularités,  et  tous  ces 
témoignages,  il  faut  le  reconnaître,  ne  sont 
pas  parfaitement  d'accord  entre  eux.  Voici 
ce  qu*en  dit  Krusenstern  : 

<(  Les  Ainos  sont  d'une  taille  au-dessous 
de  la  moyenne  et  qui,  chez  les  plus  grands, 
ne  dépasse  pas  cinq  pieds  trois  ou  quatre 
pouces.  Leur  barbe  est  épaisse  et  fournie. 


ils  ont  les  cheveux  noirs  et  plats,  ordinaire- 
ment  fort  en  désordre.  A  la  barbe  près,  ils 
ressemblent  complètement  aux  Kamtcha- 
dales;  leurs  traits  seulement  sont  beaucoup 
plus  réguliers.  Les  femmes  sont  assez  laides; 
leur  couleur  brune,  leurs  cheveux  d'ua  noir 
foncé  qu'elles  ramènent  sur  le  visage,  leurs 
lèvres  peintes  en  bleu,  leurs  mains  tatouées, 
ue  leur  permettent  aucune  prétention  à  la 
beauté  !  h  La  Pérouse,  d'une  autre  part,  dit 
que  les  Ainos  sont  d'une  race  beauceup  plus 
belle  que  les  Chinois,  les  Japonais  et  les 
Mantchoux,  que  leurs  traits  sont  plus  régu- 
liers et  plus  approchant  de  ceux  des  Euro- 
péens. Il  ajoute  :  «Les  habitants  de  la  )>aie  de 
Crillon  étaient  remarquablement  beaux,  et 
avaient  les  traits  réguliers.  »  Dans  un  autre 
endroit,  il  dit  que  ces  hommes  ont  la  neau 
aussi  basanée  que  les  Algériens.  Broughton 
nous  les  peint  d'une  couleur  légèrement 
cuivrée;  suivant  Krusenstern,  au  contraire, 
la  teinte  de  leur  peau  serait  presque  noire. 
Mais  le  plus  remarquable  des  caractères 
physiques  des  Ainos,  c'est  l'extrême  déve- 
loppement qu'offre  chez  eux  le  système  pi- 
leux; ce  fait  est  d'autant  plus  digne  de  Sier 
l'attention,  que  chez  les  Asiatiques  orien- 
taux, en  généra],  les  poils  sont  peu  abondants 
et  la  barbe  presque  nulle,  tandis  que  les 
Ainos  sont,  au  contraire,  les  plus  velus  de 
tous  les  hommes.  «  Leur  baii)e,  ait  La  Pérouse, 
t0ffll)e  sur  leur  poitrine,  et  ils  ont  les  bras, 
le  cou,  le  dos  couverts  de  poils.  J'insiste  sur 
cette  particularité,  igoute-t-il,  parce  qu'elle 
se  présente  comme  un  caractère  général,  au 
lieu  qu'en  Europe,  où  l'on  trouverait  bien 
quelques  individus  aussi  velus,  ces  individus 
forment  une  exception  au  caractère  com- 
mun. »  Broughton  dit  qu'ils  ont  le  corps 
couvert  presque  partout  de  longs  poils  noirs» 
et  qu'il  a*  même  observé  cette  particularité 
chez  quelques  jeunes  enfants.  Voy.  MéDi- 

TERRA»ÉENS,  Ct  PÉCHERAIS. 

IDÉAL.  Voy.  Beacté 

IDÉES  AFFECTIVES  primitives  et  secon- 
daires. Voy.  Affections  morales. 

ILES  DE  LA  Société,  Marquises,  etc.  foy. 
Malayo-poltt«ésibns. 

IMAGINATION.  Voy.  Encéphale. 

IMMATÉRIAUTÉ  de  l'âme.  Voy.  Physio- 
logie INTELLECTUELLE  et  ENCÉPHALE. 

IMPONDÉRABLES,  jouent-ils  un  rôle  dans 
la  pensée?  Voy.  Physiologie  intellect «;blu. 
INCA.  Voy.  Péruviens. 
INDO-CHINOIS.  Voy.  Chinois. 
*  INDO-MALAISE  (branche).  Voy.  Mauto- 

POLTNÉSIENS^ 

INDOUS.  Voy.  Ariane. 
INFLUENCES  extérieures  et  intériecio 
sur  l'homme,  etc.  Voy.  Agcluiatbhe!<ît. 
INFUSOIRES.  Voy.  Génération  sPONTAiffcr. 
INSTINCT.  Voy.  Nature  et  Langage. 
INTUITION.  Kov.  Langage. 
lOLOFS.  Voy.  Sénégamb». 
IROQUOIS.  Voy.  Algonquirs-Lénapb» 


697 


h\y 


DANTUROfCLOGIC 


LM 


JACQCBS  (AMfDÉB).  Voy.  La^gasb. 
JAPONAIS.  Voy.  Ciiniois. 
JAUNE  (iace).  Voy.  Mowgouqcb. 
JAVANAIS.  Koy.  Malaise  (racbj. 
JETANS.  Voy.  Sioux. 
JOTUNS  ou  loTUNS.  Voy.  Nomades. 


j 


JUGEMENT.  Voy.  Encéfhalb. 

lUIFS.   Voy.  EcmoPE  modbbhb  et  Sbmi- 

TIQVB. 

JUIFS,  permanence  de  leur  type.  Voy. 
Cabactèbes  physiologiques  des  races  hu- 
maines. 


K 


KABTLES.  Voy.  ABOBioftfiES 
KAFIRS.  Voy.  Abiahb. 
KALMOUKS.  Voy.  Nomades. 
KAMTCHADALES.   Voy.  Ichthtophages. 
KABAUTZ,  Fotf.  Esquimaux. 
KIMRTS.  Voy.  Galls  et  Cabactébes  fht^ 

SWLOGIQCES»  etc. 


KINAITZI.  Voy.  Nootka-Columbibhs. 
KIRGHIS.  Voy.  Nomades. 
KNISTENEAUX.  Voy.  Algoîiqcws. 
RORIAQUES.  Voy.  Ichthtophages. 
KURDES.  Voy.  Abl^nb. 
RYAWAYS.  Voy.  Siocx. 


L 


)ù.  Voy.  Cheteux  hcmaims. 

LANGAGE.  —  La  question  du  langage  e; 
de  son  rôle  dans  la  constitution  de  la  raison, 
est  en  philosophie  d^une  importance  ma- 
jeure. Dans  Tordre  moral,  tout  s*j  rattache; 
c*e$t  le  point  de  départ,  c'est  la  pierre  angu- 
laire de  tous  les  systèmes,  de  toutes  les  Té- 
rités  ou  de  toutes  les  erreurs.  Selon  l'origine 
que  Ion  assigne  au  langage,  tout  change, 
tout  prend  un  aspect,  un  ordre  différent  : 
dans  Tun  des  cas,  c'est  uae  cause  unique, 
lo^que,  permanente,  infinie,  qui  produit  et 
gou Terne  tout;  dans  Tautre,  rien  ne  domine, 
rien  ne  dépend,  rien  n'obéit,  tout  flotte  au 
hasard  ;  nuHe  cause,  nulle  harmonie  ne  pré- 
side à  rien  :  c*est  partout  l'anarchie  du  dés- 
ordre, et  la  nature  est  renversée.  C'est  donc 
là  une  ^ande  et  féconde  thèse  qu'il  importe 
d'examiner  avec  une  attention  profonde. 

Présentons  d'abord  le  tableau  général  des 
iacuhés  de  l'âme  et  de  leurs  différentes  sub- 
divisions. 

L'intelligence  on  faculté  de  connaître  se 
divise  selon  les  objets  avec  lesquels  la  con- 
naissance met  Tftme  en  rapport.  On  distin- 
gue donc  : 


1*  La  PEBCEPTION  EXTEBN E  MATÉBJELLB,  OU 

faculté  de  connaître  les  propriétés*  des  corps 
et  les  phénomènes  sensibles,  c'est-à-dire  qui 
affectent  les  sens. 

2*  La  rEBCEPTioR  nrrÉBTECBE  ou  de  con- 
science. C'est  la  faculté  de  connaître  les 
modes  aciuels  de  i'esprît,  c'est-à-dire  les 
états  et  les  opérations  dont  il  est  présente- 
ment le  sujet    On  la  nomme  encore  sens 

3*  La  MÉMoiBB,  ou  fÏM^ulté  de  se  rappeler 
les  laits  intérieurs  passés,  c'est-à-dire  les 
modes  dont  le  mot  a  été  précédemment  le 
sujet. 

4*  La  PERCEPTI03I  de  batpobts  ou  baison; 


c'est  la  faculté  de  connaître  le  non-moi  im- 
matérieU 

Au  point  de  vue  de  la  définition  que  nous 
venons  de  donner,  la  raison  se  subdivise 
comme  il  suit . 

1*  Ration  dUcrélive^  faculté  de  percevoir 
les  rapports  de  ressemblance,  de  différence, 
d'identité,  d'analogie,  d'opposition,  de  con- 
trariété, de  contiguïté  de  temps  et  de  lieu, 
de  simultanéité,  de  succession,  d'antériorité, 
d'égalité,  de  supériorité,  d'infériorité,  etc., 
qui  existent  entre  les  choses. 

2*  Raiion  iniuilivey  ou  faculté  de  perce- 
voir les  rapports  nécessaires  qui  existent 
entre  tout  attribut  et  la  substance,  entre 
toute  existence  et  le  temps,  entre  tout  corps 
et  l'espace,  entre  tout  phénomène  et  une 
cause,  entre  le  relatif  et  l'absolu,  le  contin- 
gent et  le  nécessaire,  l'ordre  et  l'intelli- 
gence, etc. 

3*  Raison  induciive  ou  faculté  de  perce- 
voir les  rapports  qui  existent  entre  les  pbé^ 
nomènes  et  les  lois  qui  les  régissent. 

&*  Raison  déductive  ou  faculté  de  perce- 
voir les  rapports  qui  existent  entre  les 
principes  et  leurs  conséquences. 

5*  Raison  ou  sens  morale  faculté  de  perce- 
voir la  distinction  du  bien  et  du  mal,  du 
juste  et  de  l'injuste,  de  connaître  le  carac- 
tère moral  de  nos  actes,  c'est-à-dire  leur 
rapport  de  conformité  ou  d'opposition  avec 
la  lof  du  devoir  ;  le  mérite  et  le  démérite  de 
nos  actions,  c'est-à-dire  le  châtiment  ou  la 
récompense  qui  leur  est  due,  selon  qu'elles 
sont  moralement  bonnes  ou  mauvaises. 

6*  Enfin,  goûi  ou  sens  esthétique j  faculté 
de  connaître  le  beau  et  le  laid,  soit  moral, 
soit  physique. 

Dans  tous  les  ordres  de  phénomènes  de 
la  création  actuelle,  tout  être,  tonte  chose  a 
son  évolution,  laquelle  déoend  de  conditions 


6:« 


LAN 


DtCTlOMNAtRE 


LAN 


700 


OU  de  lois  qui  lui  so.nt  propres.  C*est  un 
fait  d^une  haute  physiologie  {kik)  que,  dans 
l'évolution  de  TAroe  humaine,  toujours  quel- 
que chose  de  sensible  s'associe  aux  con- 
ceptions, aux  opérations  de  l'intelligence, 
quelque  élevées  qu'on  les  suppose,  ^t  en 
est  la  condition  essentielle.  Pour  le  monde 
matériel,  c'est  le  corps  lui-même  ;  pour  le 
moude  rationnel  ou  métaphysique,  c'est  la 
parole  parlée  ou  pensée,  ou  ce  qui  peut  la 
suppléer. 

L'Ame  ne  peut  saisir  que  des  idées  for- 
melles, que  aes  faits  de  l'esprit  déterminés, 
distincts  ;  si  les  idées  des  objets  sensibles  le 
sont  par  les  images  mêmes  de  ces  objets,  les 
idées  rationnelles,  métaphysiques,  ne  peu- 
vent l'être  que  par  la  parole  entendue  et 
comprise. 

La  mémoire  ne  peut  s'appliquer  h  ce  oui 
est  sans  forme  dans  l'esprit  ;  et  toute  idée 
métaphysique  n'étant  qu'une  généralisa- 
tion, ne  peut  être  perçue  par  la  conscience, 
ou  n'a  de  forme  dans  l'esprit  qu'au  moyen 
du  langage. 

II  n'y  a  pas  de  raison  pour  l'homme  sans 
l'universel  et  l'abstrait,  pas  d'abstrait  sans 
détermination,  pas  de  détermination  sans 
signe  artificiel,  d'où  il  suit  que  l'homme  ne 
peut  agir  rationnellement  sans  le  signe  arti- 
ficiel, et  que  par  conséquent  il  n'a  pu  l'in- 
venter, car  cette  invention  suppose  néces- 
sairement une  suite  d'actes  rationnels. 

• 

Dans  l'état  actuel  des  choses,  1  esprit  et  le 
corps  forment,  suivant  l'expression  de  Bos- 
suet,  un  tout  naturel  ;  toutes  les  opérations 
de  la  pensée  ont  un  instrument  dans  le 
corps,  toutes  les  idées  une  cause  excitatrice 
dans  les  phénomènes  physiologiques  du 
cerveau,  et  c'est  là  un  des  arguments  les 
plus  décisifs  contre  l'hypothèse  des  idées 
innées  qui  auraient  été  gravées  dans  l'Ame 
au  moment  de  sa  création,  et  seraient. par 

(414)  Puisque  Voccasion  s*en  présente,  nous  si- 
gnalerons ici  une'lacune  dans  les  traités  de  philoso- 
phie comme  dans  la  plupart  des  ouvrages  de  phy- 
siotogie.  Les  {premiers  ne  tiennent  aucun  compte  de 
l'organisme  ;  ils  n'étudient  nullement  le  grand  rôle 
qu*il  joue  dans  notre  existence  iutcUectueile.  Us  se 
renferment  dans  l'observation  intérieure,  et  se  pri- 
vent ainsi  des  lumières  que  fournissent  Tétude  de 
Torganisation,  et  surtout  les  faits  si  importants  de 
la  pathologie.  Quand  les  psychologues  se  hasardent 
à  parler  des  fonctions  organiques,  ils  cherchent  à 
«••pplécr  pgr  (îts  images  et  par  des  comparaisons,  à 
la  eimna^ssauce  positive  des  faits  qui  leur  manque. 
Aux  termes  vagues,  obscurs,  incertains,  qu'ils  em- 
ploient, on  voit  qu'ils  sont  étrangers  à  toute  étude 
anatomique,  physiologique  et  d'histoire  naturelle. 
Cependant,  puisque  l'homme  est  Ame  et  corps,  et 

Sue  ces  deux  parties  de  sou  être,  unies  par  le  lien 
e  la  vie,  influent  continuellement  l'une  sur  l'autre, 
il  est  évident  qu'on  ne  peut  expliquer  leur  rapport 
qu'en  les  examinant  l'une  et  l'autre. 

La  plupart  des  physiologistes,  au  oontraîre,  mé- 
decins ou  physiciens,  aussi  ignorants  de  l'homme 
intérieur  que  les  philosophes  le  sont  de  l'homme 
organique,  croient  tenir  tout  l'homme  dans  l'orga- 
nisme, et  ne  s'inquiètent  nullement  de  l'observation 
psychologique.  Pour  eux,  connaître  l'homme,  c'est 
fcd«  oir  décrire  les  fonctions  vitales  ou  disséquer  le 


conséquent    indépendantes    de    TcTganis- 
me  (415). 

Notre  Ame  est  incapable  de  se  concentrer 
exclusivement  en  soi  et  d'agir  sur  elle- 
même  sans  intermédiaire  physique.  Jamais, 
ici-bas,  elle  ne  s'élève  à  la  condition  d'un 


esprit  pouvait  s  anrancnir  ae  ses  liens  avec 
la  matière,  cet  acte  serait  pour  le  corps  un 
temps  de  repos,  un  moyen  de  délassement. 
Chacun  sait,  au  contraire,  par  sa  propre  ei- 
périence,  que  plus  l'objet  de  nos  médita- 
tions est  intellectuel  et  abstrait,  plus  l'ac- 
tion de  la-  pensée  produit  dans  le  corps  de 
fatiçue  et  d  épuisement. 

D  où  vient  que  nous  ne  nous  souvenons 
d'aucun  des  actes  de  notre  intelligence  avaot 
l'Age  où  nous  commençons  A  parier  ?  EtI- 
demment  parce  que  notre  souvenir  ne  peut 
nous  rappeler  que  celles  de  nos  pensées  gui 
ont  eu  une  forme,  les  seules  que  Tattention 
ait  pu  saisir  et  embrasser.  Or  quelle  serait 
la  forme  d'une  pensée  qui  n'aurait  pas  de 
signe  représentatif?  Et  si  une  idée  n'a  point 
de  forme,  faute  d'un  signe  qui  la  repré- 
sente, comment  le  souvenir  pourrait-il  rap- 
préhender  ? 

Les  facultés  dont  nous  avons  donné  plus 
haut  la  classification  peuvent  être  consi- 
dérées dans  l'homme  enseigné  ou  vivant  en 
société,  et  dans  l'homme  livré  à  lui-même, 
isolé  ou  privé  dès  l'enfance  de  tout  ensei- 
gnement. 

L'homme  n'a  pas  besoin  du  langage  ou 
d'enseignement  pour  l'exercice  des  trois 
premières  facultés  de  l'Ame,  la  perception 
externe  matérielle,  la  perception  de  cons- 
cience et  la  mémoire  (^16).  Mais  en  est-il 
de  même  pour  l'exercice  "de  la  faculté  qui 
doit  saisir,  connaître  le  non -moi  immaté- 
riel, percevoir  les  rapports,  en  un  mol,  pou; 

cadavre.  Ils  ne  voient,  dans  la  pensée  et  dans  la  to 
lonté,  oue  des  formes  particulières  de  la  vie  ani- 
male. Tel  est  le  grossier  matéHalisme  qui,  de  dos 
jours,  déshonore  renseiffnement  dans  nos  écoles  de 
médecine  et  nos  amphithéâtres  d*anatomie. 

(415)  Le  système  des  idées  innées  est  aujouni^hui 
universellement  abandonné,  au  moins  dans  le  seo^ 
que  cette  innéUé  serait  autre  chose  qu^une  aptitude, 
une  capacité,  une  puissance,  on  un  mot  une  facalié 
dans  r&me  humaine  d'avoir  des  idées,  de  produire 
des  pensées  ;  et  il  est  fort  douteux  que  Descaries 
Fait  jamais  entendu  autrement,  ainsi  qu^on  peut 
8*en  convaincre  par  le  passage  suivant  :  <  Lorsqoe 
j*ai  dit  que  Fidee  de  Dieu  est  innée,  je  n*ai  jamab 
entendu  autre  chose  que  ce  que  mon  adversaire  ea* 
tend,  savoir  :  que  la  nature  a  mis  en  nous  une  fa- 
culté par  laquelle  nous  pouvons  connaître  I)tfli  ; 
mais  je  nVi  jamais  écrit  ni  pensé  que  *e  tèUes  idées 
fussent  actuelles ,  ou  qu'elles  fussent  je  ne  stts 
quelles  espèces  distinctes  de  la  faculté  mtiie  qu^ 
nous  avons  de  penser  ;  et  même,  je  dirai  plus  :  qo*^ 
n'y  a  personne  qui  soit  si  éloigné  que  moi  de  toal  ce 
fratras  d'entités  scolastiques.  • 

(416)  Nous  devons  toitefois  remarquer  que,  mi 
le  langage,  l'expérience  des  sens  ne  pourrait  Jamais 
produire  que  des  idées  individuelles,  et  l'expéneoce 
de  la  conscience  ne  serait  qu'une  vue  irréfléchie. 


701 


LAN 


D'ANTimOPOLOGlE. 


LAN 


702 


la  oonsliluiion  de  la  raison  ?  L'homme  sans 
langage,  sans  enseignement,  peut-il  perce- 
▼oir  les  rapports  des  choses  et  constituer  sa 
raison  qui  n'est  que  la  perception  de  ces 
rapports  ? 

11  nous  semble  que  cette  question  devrait 
être  traitée  et  résolue  préalablement  à  toute 
autre;  car  elle  est  fondamentale  dans  la 
controverse  qui  nous  occupe. 

Si  f  interroge  les  maîtres  sur  Forigine  de 
nos  connaissances,  je  ne  trouve  dans  leur 
réponse  qu'hésitation,  incertitude.  Rejetant 
la  nécessité  du  langage  ou  de  tout  autre 
signe  eitérieur  pour  le  développement  ori- 
fdnel  de  la  raison,  le  R.  P.  Chastel  nous 
dit! 

«  On  ne  conçoit  pas  d'abord  que  pour 
éveiller  TAme  if  faille  nécessairement  une 
|iaroie,  un  signe  intentionnel,  un  enseigne- 
ment exprès  (417).  Pourquoi  le  premier 
objet  Tenu  ne  produirait-il  pas  le  même 
eflét  ?  Pourquoi  les  sensations  qui  affectent 
si  vivement  l'âme  naissante  ne  provoque- 
raient-elles pas  son  activité?  C'est  du 
moius  l'origine  qu'assiçne  à*  nos  idées  une 
école  nombreuse  de  philosophie. 

«  0  est  clair  aussi  que  Dieu  pourrait  avoir 
un  autre  moyen  plus  simple,  et  qui  paraî- 
trait plus  digne.  Evidemment  il  pourrait 
aroir  mis  dans  Tftme  une  force  secrète  qui 
agisse  spontanément,  une  lumière  intérieure 

3ui  réciaire  en  naissant.  C'est  l'eiplication 
onnée  par    les    plus    célèbres    philoso- 
phes (&18).  » 

Tout  cela  peut  bien  susciter  des  doutes 
sur  la  véritable  oriçine  de  nos  connaissan- 
ces, mais  n'apprend  pas  grand'chose.  Ne  se- 
rai l-il  pas  possible  d'entrer  un  peuplusavaut 
dans  la  question?  S'il  n'existe  aucune  théo- 
rie plausible  sur  l'origine  de  nos  idées,  il 
semble  qu'il  serait  convenable  de  s'appli- 
quer au  moins  à  démolir  le  système  oui 
soutient  la  nécessité  des  signes  pour  le  aé- 
▼éloppement  rationnel  de  l'esprit  humain , 

(417)  ÉvâiUr  tâme  est  bien  vague.  Âssorément, 
ir  provoqoer  Tactivilé  de  Tâme,  il  n*est  nalle- 
nt  nécessaire  d'une  paroU;  Tosase  des  sens  suffit. 

lis  il  s*affU  à^éweiiler  Came  dans  te  monde  ration- 
od,  mélapèysique;  la  question  est  justement  de  sa- 
-woêT  comment  Time  est  introduite  dans  ce  monde- 
là.  Cest  de  cet  éteil  qu*il  s*agit  seulement. 

(AÎÈ)  Le»  RiUionàUiteg  et  Us  TradHioHaiUUs^elc.f 
pag.  33.  Le  R.  P.  Chastel  ajoute  :  c  Comment 
rhomme  qui  n*aurait  aucune  idée  pourrait-Il  com- 
prendre le  sens  et  la  valeur  du  premier  signe  qu^on 
loi  donne?  En  présence  de  cet  homme,  vous  j^ro- 
Boncea  le  mot  Dieu  :  quelle  idée,  si  vous  ne  liu  en 
supposez  aucune,  peut-il  attacher  ài  ce  brait  sorti 
ée  votre  bouche?  Sait-il  même  que  vous  voulez  dire 
qaeiqne  chose.  > 

Les  nomrncei  et  les  hmÊne$  ont  le  secret  de  la  ré- 
poase  â  celte  argon^ntation.  EUes  savent  fort  bien 
«I«e  rboame,  ou  pinlét  Tenfant,  ne  coumMoce  pas 
par  le  vocabulaire  de  la  métaphysique,  il  y  a  d*abord 
rédacnlioo  des  sens  et  Texercioe  de  la  pera^on 
eilerae  au  mojen  de  laquelle  Penfant  est  initié  à 
rimeOifence  de  la  parole,  et  p»  là  insensiblement 
sn  monde  rationnel.  Le  lecteur  lira  avec  intérêt,  sur 
<x  sujet,  un  chapitre  intitulé  :  Comment  les  enfants 
méprennent  leur  langue  maternelle  par  tusage^  dans 
rouvrage  de  M.   Deoéka^do  :  De  Vééucation  des 


puisqu'il  parait  si  contraire  aux  saines  doc- 
trines philosophiques.  Je  vois  bien  qu'on 
rejette  ce  système,  mais  je  ne  vois  pas  qu'on 
le  réfute,  et  c'est  par  là  qu'il  faudrait  com- 
mencer. Pour  être  en  droit  d'affirmer  que  la 
raison  n'a  pas  besoin  d'être  enseignée  pour 
se  constituer,  il  faut,  ou  démontrer  qu'elle 
se  constitue  en  effet  par  une  autre  voie  que 
celle  de  l'enseignement,  ou  renverser  la 
théorie  qui  veut  que  cet  enseignement  soit 
la  condition  5ine  gua  non  de  l'évolution  de 
la  raison. 

Nous  avons  dit  que  la  raison  ne  se  cons- 
tituait que  par  la  perception  des  rapports. 
Qu'est-ce  qu'un  rapport  ?  Ce  n'est  point  as- 
surément une  chose  matérielle  qui  puisse  se 
saisir  par  image  ou  se  représenter  en  figure. 
Le  rapport  est  quelque  chose  de  virtuel^  de 
métaphysique,  qui  échappe  au  sens  et  à  l'i- 
maçination,  et  qui  n'est  perçu  que  par  l'in- 
telligence, quel  que  soit  Tordre  des  choses 
auquel  il  appartienne ,  mathématique,  phy- 
sique, métaphysique,  moral,  social  ou  poli- 
tique. Un  rapport,  même  le  plus  simple  en 
apparence,  est  toujours  complexe ,  car  il  est 
essentiellement  composé  a'une  action  et 
d'une  réaction  ;  les  oeux  termes  agissent  et 
réagissent  l'un  sur  l'autre  et  se  pénètrent 
pour  ainsi  dire ,  tout  en  restant  distincts. 
Ainsi,  pour  constituer,  pour  saisir  un   rap« 

f>ort,  il  est  nécessaire  de  counaître  d'abord 
es  deux  termes  entre  lesquels  il  existe  et 
la  part  queprend  chacun  de  ces  termes  à  l'ac- 
tion commune.  Mais  pour  cela  il  faut  les 
considérer  séparément,  puis  dans  l'influence 
réciproque  qu'ils  exercent  l'un  sur  l'autre, 
indépendamment  de  leurs  autres  propriétés 
ou  manières  d'être. 

Comme  on  le  voit ,  la  perception  d'un 
rapport  n'est  pas  un  acte  simple;  elle  né- 
cessite plusieurs  opérations  successives  qui 
concourent  à  un  même  but.  Il  faut  comparer 
deux  idées  individuelles  présentes  à  l'es- 
prit pour  distinguer  ce  qu  elles  ont  de  sem- 

sourds-muets.  Yog,  plus  loin  un  chap.  de  YtAtuea^ 
tion  progressive^  par  Mme  Necker  de  Sacsscre. 

L*^me  est  passive  avant  tout,  et  ne  peut  point  ne 
ins  Tètre,  puisqu'elle  reçoit  d'atiord,  et  que  sa  réac- 
tion toujours  consécutive  serait  impossible  sans 
raction  préabbte  qui  Teicite.  Mais  une  idée  méta- 
physique n'est  saisissaUe  que  par  le  terme  qui  Tex- 
pnme,  puisque  c*est  une  généralisation  ;  comment 
donc  l*âme  la  saisirait-elle  avant  d'avoir  compris  le 
mot  qui  la  rend  formelle  ? 

<  Pour  faire  un  homme  intelligent ,  il  faut  une 


rhomme,  de  revêtir  une  forme  accommodée  k  son 
oreanisation,  et  ainsi  de  se  faire  souille,  son  et  pa- 
role, pour  s'introduire  par  l'oreille  et  par  l'ouïe.  Par 
la  parole,  et  par  elle  seulement,  l'homme^esprit  est 
mis  en  commerce  avec  le  monde  des  esprits.  C'est 
une  nouvelle  sphère  qui  lui  est  ouverte,  et  dés  ce 
momeut,  sa  vie,  en  rapport  avec  tous  les  mondes, 
exdiée  à  la  Ibis  par  toutes  les  espèces  d'influences, 
dans  le  corps,  dans  l'esprit  et  dans  Time,  pourra  se 
dévelop|»er  avec  tonte  la  plénitude  et  dans  toute  la 
magnificence  de  la  nature  humaine.  >  (  M.  Fabbé 
BAVT4I5,  Psgchologie^  etc.,  1. 1".  p.  S54.) 


703 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


701 


blable  et  de  différent.  La  comparaison  sup- 
pose l'abstraction,  puisqu'il  faut  considérer 
chacun  des  deux  termes  séparément,  et 
comme  la  généralisation  n'est   qu'un  degré 

f)articulier  de  l'abstraction,  on  voit  que  pour 
a  constitution  d'un  rapport,  quelque  sim- 
ple qu'il  soit,  il  y  a  nécessairement  exer- 
cice de  la  faculté  d'abstriire  et  de  celle  de 
généraliser  (419). 
Parlons  d  abord  de  l'abstraction. 
L'abstraction  est  une  opération  toute  ra- 
tionelle,  non-seulement  sans  modèle  dans 
la  nature,  mais  même  agissant  en  sens  in- 
verse de  la  nature.  Sans  elle,  l'homme  se- 
rait comme  l'animal,  qui  ne  profite  point 
de  ses  expériences  et  recommence  sa  vie  à 
tout  instant  au  milieu  de  circonstances  sem- 
blables. Elle  a  pour  objet  de  diviser  ce  qui  est 
uni  dans  la  réalité,  et  elle  suppose  séparés 
des  termes  qui  no  peuvent  subsister  que 
par  leur  liaison.  Abstraire,  c'est  considérer 
une  partie  séparément  du  tout,  un  élément 
sans  son  composé  ,  une    qualité    sans  sa 

(419)  Pour  mieux  saisir  ridée  de  rapport  ou  de 
relation ,  donnons  un  exemple  :  soient  A  e(  B,  deux 
objets  dont  j'ai  les  idées  et  que  je  compare  :  j'ac- 
quiers une  troisième  idée,  C,  qui  est  le  rapport  perçu 
entre  les  premières.  Ou  demande  où  est  Tobjet  de 
n  Jée  G.  £st-il  dans  A  exclusivement  ?  Non ,  sans 
doute  ;  car,  s'il  était  dans  A  tout  seul ,  l'attention 
suffirait  pour  l'y  découvrir;  il  serait  inutile  de  rap- 
procher entre  eux  A  et  B,  et  de  les  comparer.  On 
ferait  voir,  par  une  raison  semblable,  que  G  ne  peut 
être  exclusivement  contenu  dans  B.  S^utiendra-t-on 
que  G  est  une  généralité  complexe  qui  se  partage 
entre  A  et  B,  ou  un  troisième  objet  qui  consiste 
dans  la  réunion  des  deux  autres?  Mais  rh][potbcse 
d'une  réalité  qui  se  partage  et  qui  n'est  entière  dans 
aucun  objet,  est  trop  absurde  pour  qu'il  soit  néces- 
saire de  s'y  arrêter.  Quant  à  la  réunion  de  A  et  de  B, 
elle  n'est  ici  au'une  juxtaposition,  qui  ne  peut  créer 
aucune  réalité  distincte  des  deux  objets  reunis.  Les 
relations  ne  correspondent  donc  à  aucune  réalité  qui 
soit  exclusivement  leur  objet  ;  elles  ne  sont  que  des 
points  de  vue  sous  lesquels  l'intelligence  considère 
plusieurs  choses  à  la  fois  :  elles  ont  hors  de  nous 
une  occasion,  un  fondement;  elles  n'ont  pas  d'objet 
proprement  dit.  Ge  raisonnement  est  d^une  exacti- 
tude mathématique,  et  ses  conclusions  peuvent  s'é- 
tendre aux  idées  générales,  qui  ne  sont  au  fond  que 
des  collections  d'idées  relatives. 

(420)  ff  Gelte  théorie  de  la  formation  de  l'idée 
abstraite  suppose  une  observation  active  capable 
d'établir  et  de  saisir  des  rapports  communs  et  de 
les  nommer.  Or,  ici,  ce  qu'il  est  important  de  sa- 
voir, c'est  s'il  serait  possible  à  l'observateur  de  déci- 
der que  telle  ou  telle  couleur  est  celle  de  l'objet,  s'il 
ne  possédait  pas  déjà  un  système  de  classification  des 
couleurs  ;  c'est  de  savoir  s'il  lui  serait  possible  d'ap- 
pliquer tel  ou  tel  nom,  s'il  ne  possédait  pas  déjà  une 
nomenclature  des  couleurs.  Gette  dernière  question 
suffît  pour  résoudre  le  problème  ;  car  personne  n'i- 
gnore que  la  connaissance  des  roots  est  antérieure, 
chez  les  hommes,  à  toute  opération  dont  ils  puissent 
se  rendre  compte.  Ainsi,  un  Français  dira  c^est  blanc 
et  non  pas  album  est;  et  de  même  chacun,  selon  la 
langue  qu'il  a  apprise.  Personne  n'ignore  que,  chez 
l'enfant,  le  signe  est  antérieur  de  longtemps  au  mo- 
ment où  il  peut  l'exprimer.  (M.  Bdchez,  Traité  corn- 
plet  de  philosophie,  t.  1",  p.  225.) 

(421)  Tant  que  nous  concevons  le  mode  dans  un 
sujet  détermine,  on  ne  peut  pas  dire  ^ne  Tidée  que 
nous  en  avons  soit  actuellement  abstraite.  Si  je  dis  : 
ce  cheval  est  blanc^  Y'iAéè  exprimée  par  le  qualilica  • 


substance,  un  effet  sans  sa  cause,  use  con- 
séquence sans  son  principe,  etc.  Ainsi, dans 
le  monde  physique,  l'esprit  peut,  par  abs- 
traction, oétacher  d'un  corps  qu*il  observe 
l'étendue,  la  Qgure,  la  couleur ,  la  densité, 
la  pesanteur,  sans  s'occuper  des  autres  mo- 
dalités de  la  même  substance  (tâ6).  L'abs- 
traction vient  ainsi  donner  une  oase  ani 
combinaisons  de  la  raison,  individualiser  les 
qualités  qu'elle  a  isolées  et  leur  prêter  nue 
existence  propre    et  indépendante   (kî\). 
L'abstraction  s'exerce  sur  les  phénomènes 
internes  absolument  de  la  même  manière 
que  sur  les  phénomènes  sensibles.  La  cons- 
cience remplit  dans  le  monde  psycholooâ- 
que  l'office  que  remplissent   les  sens  dans 
le  monda  matériel.  Elle  saisit  un  à  un  les 
modes  de  l'esprit,  comme  ceux-ci  saisissent 
une  à  une  les  modalités  de  la  matière.  Elle 
isole  du  moi  les  sentiments,  les  idées,  \es 
volitions;  elle  les  tient  séparément  sous  le 
regard  de  l'âme,  pour  les  examiner,  les  dis- 
tinguer, les  caractériser  ;  elle  leur  attribue 

tif  est  une  partie  intégrante  de  celle  exprimée  par  k 
substantif.  Mais  si«  d^ageant  ce  mode,  le  concoaol 
à  part,  je  le  transforme  en  substance,  et  si,  à  pro- 
pos  du  cheval  blanc  dont  je  parlais  tout  à  Wem, 
je  dis  la  blancheur,  t* animalité,  etc.,  mon  idée  de- 
vient réellement  abstraite;  ainsi  détacbée  de  la  no- 
tion complexe  qui  la  comprenait  d*aboi>il,  elle  d^ 
vient  un  nouveau  tout  intellectuel  qui  ne  sera  appli- 
cable hors  de  moi  qu'à  une  portion  de  réalité. 

ff  Cette  dernière  opération,  dit  M.  Gourju,  est  1b- 
dispensable;  sans  elle,  le  travail  de  rabstracUon m- 
terait  toujours  enfermé  dans  les  limites  du  partie 
lier;  car  c'est  une  loi  de  notre  intelligence,  qoe  nois 
ne  puissions  avoir  ou  du  moins  conserver  aucooe 
idée  sans  un  signe  sensible  qui  lui  soit  étroitemai 
uni.  Or,  tant  qu'il  s*agit  de  la  couleur  de  tel  oo  M 
corps,  d'un  phénomène  particulier,  l'idée  de  ce  phé- 
nomène a  sou  signe  dans  le  phénomène  lui-même. 
Mais  s'il  s'agit  d  une  couleur  considérée  en  géuérai, 
et  par  conséquent  abstraction  faite  de  tout  cor^D 
déterminé,  il  laut  nécessairement  un  mot  poursenir 
de  signe  à  l'idée  générale  et  lui  donner  de  la  consis- 
tance dans  l'esprit. 

f  U  est  clair,  d'après  cette  explication,  que  too» 
les  mots  d'une  langue,  à  l'exceptioii  des  noms  pro- 
pres, désignent  des  points  de  vue  considérés  d'ooe 
manière  abstraite  et  générale.  La  diversité  des  points 
de  vue  produit  la  diversité  des  espèces  de  mots. 

ff  Les  langues  ne  seraient  même  possibles  à  aucun 
degré  sans  l'abstraction.  Le  langage  ,  en  effet,  » 
compose  de  propositions ,  et  toute  proposition  ei- 
prime  au  moins  trois  choses  séparément  :  If  svjH 
dont  on  parle,  sa  manière  d'être,  et  le  lien  de  fus  à 
l'autre.  Toute  proposition  repose  donc  sur  (roU 
abstractions  au  moins.  > 

L'abstraction  est  à  la  sensation  ce  gu'une  ptéc^ 
d'or  est  à  une  multitude  de  petites  pièces  de  bh»- 
naie,  et  le  langage  opère  sar  les  sensatioDS  oonioe 
l'algèbre  sur  les  quantités. 

c  Lorsque  je  passe  devant  un  troupeaa  de  meo- 
tous,  dit  M.  Degérando,  ils  me  paraissent  tous  sem- 
blables, quoique  la  bergère  qui  les  conduit  sache 
fort  bien  les  distinguer  et  les  reconnaitre.  Le  sp- 
tème  des  êtres  est,  pour  l'homme  sauvage,  comme  ^ 
troupeau  de  moutons  pour  le  voyageur  qui  le  res- 
conlre  ;  le  philosophe  est  la  bei^ère  qui  sent  le  bet^^ 
de  les  étudier  de  plus  près,  parce  qu^tl  connaît  fio- 
fluence  qu'il  peut  exercer  sur  eux  et  la  liaison  q<H^' 
peuvent  avoir  avec  son  bonheur.  »  (Des  signes  ei  à^ 
Vart  de  penser,  t.  Il,  p.  3i.) 


05 


LAN 


D\4NTnR0P0L0GIE. 


LAN 


7(X 


uae  existence  propre.  Si  l'objet  n'était  pas 
ainsi  réduit  à  ses  éléments  les  plus  simples , 
si  le  regard  de  l'esprit  ne  se  concentrait  pas 
sur  chacun  d'eux  pour  faire  rejaillir  .sur 
l'ensemble  la  lumière  qui  éclaire  successi- 
▼ement  les  parties,  nous  ne  saisirions  les 
choses  que  d'une  Tue  synthétique»  rague, 
confuse,  véritable  chaos ,  que  le  traTail  de 
TanalTse  et  Tabstraction  ont  pour  but  de  dé- 
brouiller. 

Le  nombre  des  abstractions  auxquelles 
donne  lieu  la  décomposition  des  idées  sensi- 
bles est  presque  au-dessus  de  nos  calculs. 
Il  est  cependant  un  terme  au<iuel  Tanaljse 
est  forcée  de  s'arrêter.  On  arrive  enfin  à  des 
éléments  simples  qu^on  essayerait  en  vain 
de  résoudre.  Telle  est ,  par  exemple,  Tidée 
de  l'unité  numérioue,  celle  de  Yétre;  telle 
est  l'idée  générale  de  Tespace  et  de  la 
durée. 

L'homme,  reposant  en  ouelque  sorte  dans 
le  sein  des  idées  sensibles,  comme  dans 
rélément où  l'avait  placé  la  nature,  aper- 
çoit au-dessous  de  lui  tous  les  degrés  de 
1  abstraction,  au-dessus  de  lui  tous  les  or- 
dres de  composition,  et  descend  aussi  faci- 
lement aux  uns  qu'il  s*élève  aux  autres. 
Mille  rapports  s'établissent  entre  nos  con- 
c^'ptions,  jusque-là  isolées  et  indépendantes; 
res  rapports,  embrassant  par  leur  puissance 
toute  1  étendue  du  monde  idéal ,  en  tirent 
les  éléments  du  chaos  informe  dans  lequel 
ils  étaient  ensevelis,  fixent  à  chacun  sa 
place,  et  du  sein  de  cet  amas  confus  de  ma- 
tériaux assemblés  au  hasard  et  entassés 
sans  ordre,  nous  voyons  s'élever  subitement 
une  pyramide  ré^lière  et  majestueuse , 
dont  la  l>ase  s'étend  sur  Tiuiivers  enlier  et 
dont  la  cime  semble  se  perdre  dans  les 
cieux. 

Sans  le  flambeau  de  l'analyse  et  de  l'abs- 
traction, que  serait  à  nos  yeux  ce  vaste  uni- 
vers ?  une  vision  sans  bornes  où  l'œil  ne 
discernerait  rien,  ténébreux  labyrinthe  sans 
fil  conducteur  pour  en  reconnaître  et  en 
suivre  les  mystérieux  détours.  Qu'est-il  au 
contraire  pour  la  science  ?  C'est  un  ma^i- 
fique  ensemble,  harmonieusement  combiné, 
de  fonctions  et  de  buts,  de  phénomènes  et 
de  lois,  iïeSets  et  de  causes,  dans  lequel 
chaque  chose  a  son  nom,  sa  place,  ses  rela- 
tions, sa  fin,  ses  conditions  d'existence,  où 
le  visible  s'explique  par  l'invisible,  le  parti- 
culier par  le  eénéral,  le  contingent  par  le 
nécessaire,  où  le  savant  peut  avec  d'autant 
plus  de  certitude  appliquer  ses  calculs  anti- 
cipés, que  l'observation  a  plus  profondé- 
ment analysé  la  nature,  pénétré  dans  le  se- 
cret de  ses  opérations,  discerné  les  êtres, 
étudié  leurs  actions  et  réactions  mutuelles, 
et  déterminé  les  raj^rts  de  diflérence,  d'a- 
nalogie, de  succession,  d'antériorité,  de  dé- 
pendance, de  coordination  et  de  causalité 
qui  existent  entre  eux.  Et  la  science  n'est 
ainsi  et  ne  peut  être,  à  cause  de  l'intelligence 
finie  et  limitée  de  l*homme,  qu'une  série 
progressive  d'abstractions  partielles  et  de 
connaissances  acquises  une  à  une.  Le  regard 
seul  de  Dieu  est  une  synthèse  infinie  qui 


embrasse  dans  son  immensité  et  par  un  seul 
acte,  éternel  comme  lui,  tous  les  êtres, 
toutes  leurs  qualités,  tous  leurs  rapports, 
en  un  mot  toutes  les  ?érités,  ainsi  que  la 
liaison,  l'enchaînement  et  l'ordre  qui  les 
unissent. 

,  Nous  avons  dit  que  la  perception  du  rap- 
port supposait  l'exercice  de  la  fiiculté  de  gé- 
néralisaiion. 

Qu'est-ce  mie  *  généraliser ,  ou  qu'est-ce 
que  la  généralisation  7  La  généralisation  est 
un  degré  particulier  de  l'abstraction  :  géné- 
raliser, c  est  considérer  un  phénomène,  un 
point^  de  vue,  en  le  séparant  de  l'être  en  qui 
on  l'a  observé;  L'esprit  humain  a  trois 
moyens  de  généraliser,  et  à  ces  trois  moyens 
correspondent  trois  sortes  d'idées  générales 
qu'il  est  important  de  bien  distinguer. 

Le  premier  mode  ou  moyen  de  générali- 
sation, c'est  l'extension  d'une  notion  abs- 
traite à  toute  une  collection  d'êtres  ou  de 
faits.  Lorsque  l'expérience,  éclairée  par  la 
comparaison,  nous  a  fait  voir  un  certain 
nombre  d'individus  semblables,  l'idée  de 
leur  ressemblance  nous  conduit  à  ranger 
dans  la  même  classe  ou  catégorie,  et  à  dési- 
gner par  un  même  nom  tous  les  êtres  qui 
nous  apparaissent  avec  les  mêmes  qualités. 
Il  en  résulte  l'idée  d'une  ou  de  plusieurs 
qualités  communes  à  un  certain  nombre  d'ê- 
tres. Ainsi,  lorsque  nous  sommes  en  posses- 
sion de  l'idée  de  végéta],  tDus  les  végétaux 
que  nous  voyons  cessent  d'être  pour  nous 
de  simples  individus,  pour  se  montrer  sous 
un  point  de  vue  commun,  qui  n'est  autre 
chose  que  l'idée  du  rapport  ou  de  la  ressem- 
blance qui  existe  entre  eux.  Supposons 
qu'un  naturaliste  soit  parvenu  à  étuoier  sous 
ses  divers  aspects  chacune  des  plantes  qui 
croissent,  je  ne  dis  pas  sur  la  surface  ou 

flobe,  je  ne  dis  pas  même  sur  celle  de  la 
rance,  mais  seulement  dans  l'étendue  de 
quelques  kilomètres  carrés  ;  supposons  qu'il 
les  ait  toutes  observées,  palpées,  mesurées, 
qu'il  les  ait  toutes  étudiées  en  particulier  et 
dans  leurs  qualités  internes,  et  dans  leurs  for- 
mes intérieures,  et  dans  toutes  les  circonstan- 
ces de  leur  production,  de  leur  développe- 
ment, et  dans  leurs  modes  de  germination,  de 
floraison,  de  fructification,  en  un  mot,  dans 
tous  les  accidents  de  leur  existence,  que  pas  un 
seul  brin  d'herbe  n'ait  échappé  à  ses  ref;ards, 
que  pas  un  seul  des  phénomènes  qui  s'y  rat- 
tachent ne  lui  soit  resté  ignoré  ;  s'il  n'a  un 
lien  pour  les  unir,  un  système  pour  les 
coordonner  entre  elles,  que  fera-t-il  de  tous 
ces  amas  d'observations  et  d'expériences  ? 
Que  lui  servira-t-il  d'avoir  entassé  les  faits, 
multiplié  les  recherches  ?  Que  connaltra-t-il 
en  définitive  de  tant  d'objets  sur  lesquels  il 
aura  épuisé  le  talent  de  1  investigation  T  Que 
restera-t-il  dans  sa  mémoire  de  tant  de  no- 
tions individuelles,  isolées  ?  La  dernière  ob- 
servation aura  effacé  la  précédente,  parce 
que  nos  souvenirs  s'enchaînent  et  ne  peu- 
vent s'endialner  qu'en  vertu  des  relations 
naturelles  ou  conventionnelles  qui  lient  nos 
conceptions.  Ce  n'est  pas  dans*  l'étude  des 
êtres  que  consiste  la  science,  mais  dans  Té- 


707 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


tude  de  leurs  rapports.  On  pourrait  obser- 
ver la  nature  pendant  des  siècles,  et  pour- 
tant ne  rien  connaître  de  la  nature.  Mais  en 
comparant  les  productions  naturelles  les 
unes  avec  les  autres,  Tesprit  perçoit  les  res- 
semblances qui  les  rapprochent,  les  diffé- 
rences qui  les  éloignent.  Ces  ressemblances, 
ces  différences,  il  les  généralise,  et  cette  gé- 
néralisation de  certaines  qualités  communes 
devient  un  type,  un  signe  de  reconnaissance, 
au  moyen  auquel  tout  être  ou  tout  pHëno- 
mène  qui  en  portera  l'empreinte  sera  dé- 
claré, aès  le  premier  abord,  appartenir  à 
telle  espèce  ou  à  tel  genre,  à  telle  famille  et 
à  telle  classe,  et  avoir  ainsi  sa  place  marquée 
dans  Tordre  de  la  nature.  Les  objets  de  la 
création  ont  été  placés  dans  Tespace  les  uns 
à  côté  des  autres,  non-seulement  avec  leurs 
caractères  propres  et  différentiels,  leurs  op- 
positions et  leurs  contrastes,  leurs  qualités 
spéciales  et  distinctives,  mais  encore  avec 
leurs  analogies,  leurs  similitudes,  leurs  rap- 
ports de  nature,  de  substance  et  de  forme. 
Voilà  Tœuvre  de  la  Toute-Puissance  créa- 
trice. L'observation,  s'altachant  à  ces  carac- 
tères particuliers,  à  ces  propriétés  commu- 
nes, les  distingue  ou  les  assimile,  les  sépare 
ou  les  unit,  les  dispose  et  les  ordonne  dans 
ses  combinaisons  scientifiques,  selon  les 
ressemblances  ou  les  dissemblances  que  la 
nature  elle-même  a  mises  entre  eux;  voilà 
l'œuvre  de  Thomme  (422}. 

Un  second  procédé  de  généralisation  a 
lieu  lorsque,  après  avoir  constaté  la  succes- 
sion d'un  certarn  nombre  de  faits  suivant  un 
ordre  constant,  nous  rattachons  par  la  i)ensée 
ces  faits  à  une  loi.  L'idée  de  cette  /ot,  pro- 
duit de  l'expérience  et  de  l'induction,  est 
une  idée  générale  par  laquelle,  étendant  un 
phénomène  observe  dans  un  sujet  à  tous  les 

S  oints  de  sa  durée  et  à  tous  les  objets  sem- 
lables,  nous  lui  attribuons  une  stabilité  et 
une  généralité  qui  dépassent  les  limites  de 
l'observation  actuelle  ;  de  sorte  que,  lors- 
que les  mêmes  faits,  ou  des  faits  analogues, 

(422)  Il  n'y  a  point  de  science  de  Tindividu  ou  de 
ce  qui  passe ,  mais  seulement  du  général  ou  de  ce 
qui  subsiste  :  les  lois  des  êtres,  voilà  le  véritable 
objet  de  toutes  nos  investigations  intellectuelles.  Il 
est  vrai  que  ces  lois  s'accomplissent  dans  les  indiiri- 
dnSy  et  ne  sont  saisissables  |>oar  nous  que  dans  le 
cercle  de  ces,  réalisations  particulières  ;  mais  Tob- 
servatlon  ne  peut  nous  servir  de  point  de  départ  poar 
nous  élever  aux  généralités,  que  si  d'abord  les  mdi- 
vidus  se  trouvent  classée,  et  qu'ainsi  de  l'observation 
de  quelques-uns  nous  puissions  légitimement  con- 
clure ou  induire  à  la  classe  tont  entière.  Les  classi- 
fications sont  donc  le  travail  premier  de  toute 
science. 

Buffon  commença  à  écrire  sur  l'histoire  naturelle 
des  animaux  sans  avoir  étudié  en  particulier  les 
animaux  qu'il  ne  connaissait  pas.  Qu'en  ré8nlta-44l? 
que,  ne  pouvant  s'élever  sur  ce  sujet  aux  idées  sé- 
nérales,  il  méconnut  les  ressemblances  naturelles  des 
animaux  qui  les  réunissent  en  genres,  en  familles  et 
en  classes,  et  fut  obligé  de  les  décrire  pèle-mèle, 
sans  ordre  et  sans  classification,  c'est^ànlire  sans 
idées  générales.  ' 

Non-settlement  ce  grand  gMe  fil  cette  faute,  mais 
il  en  fit  une  plus  grave  encore  :  ce  fut  de  se  moquer 
de  la  dassiflcaclon  de  Liane,  qu'il  ne  confireMiit  pas. 


se  reproduisent,  nous  ne  les  considérons 
plus  comme  des  phénomènes  isolés,  mais 
nous  les  expliquons  et  les  unissons  dans 
notre  pensée,  comme  des  cas  particuliers, 
comme  des  manifestations  individuelles  de 
la  loi  générale  antérieurement  conçue. 

Enfin,  il  est  des  principes  absolus  et  uni* 
versels  qui  dominent  toutes  les  données  de 
la  perception  et  ne  peuvent  jamais  se  réduire 
à  rindividualité  :  telles  sont  toutes  les  no- 
tions générales  oui  appartiennent  à  la  raison 
intuitive.  Ainsi  I*idée  du  rapport  nécessaire 
qui  lie  tout  le  monde  à  une  substance,  tout 
changement  à  une  cause,  toute  existence  au 
temps,  tout  corps  à  Vespace,  est  une  idée 
générale  (jui  est  vraie  partout  et  toujours,  e( 
qui  se  distingue  essentiellement  des  deui 
premiers  genres  de  généra lisalinn  en  ccqn» 
Vidée  de  classe  et  Tidée  inductive  sont  eipé> 
rimentales,  contingentes,  tandis  que  la  no- 
tion intuitive  est  immédiate,  nécessaire  et 
universelle  (423). 

Il  importe  essentiellement  de  distinguer 
les  idées  universelles  qui  sont  absolues,  né- 
cessaires ,  objectives ,  telles  que  Yétre ,  le 
temps  f  Y  espace^  la  cause  ^  la  substance  ^^ts 
notions  générales^  qui  sont  relatives,  contin- 
gentes, subjectives  et  sans  objets  réels.  Cest 
Earce  que  cette  distinction  n'avait  pas  é(é 
ien  marquée  crue  s*éleva  au  moyen  âge  li 
fameuse  querelle  des  réalistes  et  des  mm- 
naux.  Ceuxrci,  préoccupés  des  idées  g&é- 
raies,  qu'ils  appelaient  universaux  (um- 
salia)j  soutenaient  avec  raison  qu'elles  étâeul 
sans  objets  réels  ;  mais  comme  ils  n'en  sépa- 
raient pas  les  idées  universelles,  leur  asser- 
tion devenait  fausse  quand  ils  retendaient  ï 
ces  dernières.  Les  réalistes,  au  contraire, 
préoccupés  des  idées  universelles  absolue?, 
affirmaient  avec  raison  qu'elles  correspon- 
daient à  des  réalités;  que  le  temps,  l'espace, 
la  cause,  la  substance  existaient  réellemeDi. 
Mais  quand,  par  suite  de  la  même  confusion, 
ils  appliquaient  cette  même  affirmation  aui 
idées  générales  d'espèces,  de  genres,  de 

Aussi,  tandis  oue  les  naturalistes  se  sonteffi>rcésiie 
conserver,  en  la  perfectionnant,  la  classiiicaliofi  de 
Linné,  il  ne  s'en  est  pas  trouvé  un  seul  pour  soItty 
le  plan  adopté  par  Buffon.  Il  est  Ûcheux  qœ  111* 
lustre  auteur  ait  décrit  les  animaux  un  à  un;  car 
personne  n'eût  traité  avec  plus  d*avanUge  qoe  là 
les  hautes  généralités  de  la  science,  s*il  en  a^iii 
connu  les  particularités  lorsqu'il  entreprit  d'émcc 
son  Histoire  naturelle. 

(tô3)  Les  notions  intuitives  ou  idées  rationoelW 
générales  ne  sont  susceptibles  d'aucun  perfection»'- 
ment  par  Télude,  puisqu'elles  sont  le  fond  même  <ie 
notre  intelligence,  et  qu'elles  sont  fournies  ^M 
jugements  nécessaires  et  universels. 

Les  lois  sont  exprimées  par  des  propositions»  us- 
dis  que  les  genres  et  les  espèces  sont  exprimés  [«' 
des  mots  seulement. 

Les  hommes  en  qui  l'intelligeDoe  est  rédoite  i  » 
recherche  des  choses  indispensables  k  leur  exisinn 
matérielle,  possèdent  un  petit  nombre  d'idées  géi^ 
raies.  Ce  nombre  s'accroît  avec  rinstmctîM.  U  pnH 
ainsi  varier,  depuis  une  centaine  d'idées,  qui  P*"^^ 
sent  indispensables  à  la  vie  hainaioe  la  plus  f^ 
ùèffenoiliînîlée,  jiisfH!à  ciiM|ii»ie  mille,  et  pdt- 
étre  davantfl^. 


7Û9 


LAN 


U*àNTIIROPOLOGIF. 


LAN 


7îC 


classes,  et  aux  idées  abstraites  de  modes  ou 
de  rapports,  elle  devenait  tout  aussi  erronée, 
et  lears  adrersaires  triomphaient  Mais  ces 
derniers,  poussant  leur  propre  opinion  jus- 
qu'à l'excès ,  prétendaient  que  ce  n'étaient 
pas  même  des  idées,  et  qu*il  n'y  avait  là  que 
des  nom  (flatui  vocis).  De  là  leur  désignation 
éenminaux.  Abailard  soutenait,  contre  eux, 
que  c'étaient  au  moins  des  conceptions  de 
notre  esprit,  et  fonda  Topinion  mitoyenne 
des  c(mceptualiste$.  Mais  la  théorie  hypothé- 
tique des  idées  admises  comme  intermé^ 
diaires  entre  les  choses  et  Tesprit,  et  véri- 
tables objets  des  perceptions,  rendait  alors 
cette  question  insoluble. 

Nous  avons  cru  devoir  rappeler  ces  notions 
éiémentajres  sur  la  nature  du  rapport,  de 
Tabstraction  et  de  la  généralisation  de  nos 
idéej,  afin  qu'elles  fussent  présentes  à  Tes- 
prit  du  lecteur  dans  l'appréciation  de  ce  qui 
umis  reste  à  dire  pour  l'exposition  de  la 
t!iè$e  qui  admet  la  nécessité  du  langage  pour 
la  constitution  de  la  raison. 

I^s  premières  idées  sensibles  sont  néces- 
sairement composées ,  puisqu'elles  repré- 
sentent toujours  des  substances  revêtues  de 
plusieurs  qualités.  Si  nous  observons  exac- 
tement nos  premières  idées  intellectuelles 
ou  psychologiques,  nous  y  trouverons  le 
même  caractère  de  complexité.  Car  dans  la 
vie  de  l'intelligence,  nous  sentons  toujours 
plusieurs  opérations  concourir  simultané^ 
ment  à  an  but  commun,  ou  tendre  séparé- 
ment à  plusieurs  fins  différentes  ;  et  la  cons- 
rionce,  qui  nous  révèle  dans  leur  actualité 
tous  les  phénomènes  qui  s'accomplissent  au 
H'in  du  moi,  ne  peut  nous  donner  distincte- 
ment dès  Taborii  aucune  idée  simple  sur  les 
fiils  intérieurs.  Avant  le  travail  de  l'esprit 
H  en  général  avant  remi)loi  des  signes  ins- 
litués,  la  pensée,  nécessairement  complexe, 
«ieioeure  donc  entière  et  en  quelque  sorte 
induise  dans  notre  esprit  :  par  conséquent, 
t  lie  est  primitivement  vague  et  indétermi- 
née. Gomme  tous  les  éléments  qui  la  compo- 
sent ont  pris  simultanément  naissance,  tous 
aussi  ih  se  retracent  à  la  fois  dans  la  cons- 
cience, qui  ne  reçoit  de  l'ensemble  qu'une 
impression  vague  et  confise.  Cette  sorte  de 
rhaos  de  la  pensée  primitive  ne  peut  se  dé- 
brouiller que  par  l'analyse.  Or  le  langage 
(lui  isole  nos  modifications  les  unes  des  au- 
tres par  la  succession  de  ses  signes;  le  lan- 
^a;;e  c^ui  fixe  chaque  élément  de  la  pensée» 
H  qui  en  rend  le  sentiment  plus  net  et  plus 
f^if,  est  Tinstrument  d'analyse  le  plus  puis- 
ant et  le  plus  fécond.  Quelques  esprits, 
trop  fortement  frappés  de  l'importance  de  la 
parole,  n'ont  pas  craint  de  soutenir  que  sans 
elle  toute  analyse  de  la  pensée  serait  impos- 
sible. Us  ont ,  selon  moi ,  passé  les  bornes 
de  la  Térité.  Car  enfin,  si  avant  l'usage  des 
Ms  tout  était  confus  dans  l'intelligence, 
Ibomme  serait  incapable  d'apprendre  a  par- 
ler. Comment  en  efifet  réussirez-vous  à  lier 
fhns  la  tète  d'tm  enfant  un  signe  à  un  objet, 
f  il  ne  distingue  déjà  plus  ou  moins  cet  objvt 
lie  tous  ceux  qui  l'environnent,  et  du  signe 
^^aie  qui  lui  a  été  communiqué  ?  Il  y  a  donc 


des  idées  distinctes  dans  l'intelligence  hu- 
maine avant  l'emploi  des  signes  ;  et  puisque 
rhomme  ne  peut  rien  distinguer  sans  atten- 
tion, puisque  tout  acte  d*attention  implique 
une  analyse  ou  décomposition  de  son  objet, 
il  est  évident  que  l'analyse  a  précédé  Fusage 
de  la  parole.  Notre  puissance  d'analyse  a  été 
étendue  et  perfectionnée ,  elle  n'a  point  été 
créée  par  le  langage.  Avant  le  langage,  elle 
était  un  instinct  :  le  langage  en  a  fait  un  art. 

Entrons  maintenant  dans  un  examen  plus 
circonstancié  de  l'influence  du  langage;  cner- 
chons  jusqu'à  quel  degré  l'intelligence  hu- 
maine aurait  pu  pousser  l'analyse  sans  le 
secours  des  signes  institués,  miellés  idées 
elle  aurait  encore  été  capable  de  se  former 
sur  les  substances,  sur  les  modes,  et  sur  les 
rapports  des  modes  aux  substances,  et  si, 
dans  cet  état,  quelques-unes  des  facultés  qui 
nous  distinguent  des  autres  animaux  ne  se- 
raient ]^s  demeurées  inactives  ou  stériles. 

Nos  sens  sont  des  machines  à  abstractions  : 
dans  la  perception  des  objets  extérieurs,  l'a- 
nalyse s'opère  par  le  moyen  des  oreanes.  11 
est  vrai  que,  quand  la  vue,  l'ouïe,  l'odorat, 
le  goût  et  le  toucher  ont  séparé  les  couleurs, 
les  sons,  les  odeurs,  les  saveurs,  puis  enfin 
l'étendue  et  la  solidité,  les  sensations  pro- 
duites par  ces  diverses  qualités,  pénétrant 
simultanément  dans  l'Ame,  tendent  à  s'y 
confondre  en  une  seule  im[)ression  géné- 
rale. Toutefois,  on  ne  peut  nier  que  le  mé- 
canisme des  sens  ne  soit  d'un  grand  secours 
pour  l'attention,  et  ne  lui  permette  de  dis- 
tinguer sans  eSbrt  les  diverses  parties  d'une 
impression  reçue.  Nous  pouvons  donc  ac- 
quérir des  idées  individuelles  sur  les  objets 
extérieurs  indépendamment  des  signes  de 
convention.  Contester  ce  pouvoir  à  l'homme, 
ce  serait  le  mettre  au-dessous  des  animaux, 
qui  savent  souvent  mieux  que  nous  recon- 
naître et  discerner  les  objets  extérieurs.  Mais 
on  peut  établir  plusieurs  espèces  de  distinct 
tion  entre  les  idées  sensibles  :  V  elles  peu* 
vent  être  distinctes,  parce  que  Tanalyse  en 
a  décomposé  les  éléments,  parce  que  la  com- 
paraison a  fait  ressortir,  parmi  les  rapports 
particuliers  qui  les  unissent,  les  difiérences 

t)récises  qui  les  séparent;  2^  elles  peuvent 
'être  dans  l'un  de  leurs  éléments,  en  raison 
de  la  prédominance  qu'un  sens  donne  tou- 
jours a  ses  impressions  :  ainsi,  dans  un  chien 
de  chasse,  la  sensation  d*odeur  est  si  supé- 
rieure à  toutes  les  autres,  que  souvent  elle 
lui  suffit  pour  discerner  les  objets  de  ses 
perceptions;  3*  enfin,  une  idée  peut  être 
distincte  dans  son  ensemble,  en  raison  de  la 
vivacité  de  l'impression  qu'elle  fait  sur  la 
conscience  :  ainsi,  quand  l'Ame  est  fortement 
émue  à  l'aspect  d'un  objet,  elle  l'embrasse 
d'un  seul  regard  avec  tant  d'énergie,  qu'elle 
croit  encore  le  voir  après  qu'il  a  aisparu.  Ne 
lui  demandez  pas  une  description  détaillée 
de  cet  objet  :  eue  n'en  a  pas  démêlé  les  qua- 
lités diverses  ;  mais  l'image  au'elle  en  a  con- 
servée est  si  vive,  qu'elle  ne  le  confond  avec 
aucun  autre  et  le  reconnaît  partout  où  elle 
le  retrouve.  11  y  a  dans  tous  les  esprits  un 
grand  nombre  de  ces  idées-mages  qui  n'ont 


707 


LAN 


DICTrONNAIRE 


LAN 


tude  de  leurs  rapports.  On  pourrait  obser- 
ver la  nature  pendant  des  siècles,  et  pour- 
tant ne  rien  connaître  de  la  nature.  Mais  en 
comparant  les  productions  naturelles  les 
unes  avec  les  autres,  Tesprit  perçoit  les  res- 
semblances qui  les  rapprochent,  les  diffé- 
rences qui  les  éloignent.  Ces  ressemblances, 
ces  différences,  il  les  généralise,  et  cette  gé- 
néralisation de  certaines  qualités  communes 
devient  un  type,  un  signe  de  reconnaissance, 
au  moyen  auquel  tout  être  ou  tout  pHÈno- 
mène  qui  eh  portera  l'empreinte  sera  dé- 
claré, dès  le  premier  abord,  appartenir  à 
telle  espèce  ou  à  tel  genre,  &  telle  famille  et 
à  telle  classe,  et  avoir  ainsi  sa  place  marquée 
dans  Tordre  de  la  nature.  Les  objets  de  la 
création  ont  été  placés  dans  l'espace  les  uns 
à  côté  des  autres,  non-seulement  avec  leurs 
caractères  propres  et  différentiels,  leurs  op- 
positions et  leurs  contrastes,  leurs  qualités 
spéciales  et  distinctives,  mais  encore  avec 
leurs  analogies,  leurs  similitudes,  leurs  rap- 
ports de  nature,  de  substance  et  de  forme. 
Voilà  l'œuvre  de  la  Toute-Puissance  créa- 
trice. L'observation,  s'attachant  à  ces  carac- 
tères particuliers,  à  ces  propriétés  commu- 
nes, les  distingue  ou  les  assimile,  les  sépare 
ou  les  unit,  les  dispose  et  les  ordonne  dans 
ses  combinaisons  scientifiques,  selon  les 
ressemblances  ou  les  dissemblances  que  la 
nature  elle-même  a  mises  entre  eux;  voilà 
l'œuvre  de  l'homme  (422). 

Un  second  procédé  de  généralisation  a 
lieu  lorsque,  après  avoir  constaté  la  succes- 
sion d'un  certain  nombre  de  faits  suivant  un 
ordre  constant,  iious  rattachons  par  la  pensée 
ces  faits  à  une  loi.  L*idée  de  cette  /ot,  pro- 
duit de  l'expérience  et  de  l'induction,  est 
une  idée  générale  par  laquelle,  étendant  un 
phénomène  observe  dans  un  sujet  à  tous  les 

S  oints  de  sa  durée  et  à  tous  les  objets  sem- 
lables,  nous  lui  attribuons  une  stabilité  et 
une  généralité  qui  dépassent  les  limites  de 
l'observation  actuelle  ;  de  sorte  que,  lors- 
que les  mêmes  faits,  ou  des  faits  analogues, 

(4ii)  n  n'y  a  point  de  science  de  TindiTidu  ou  de 
ce  qui  passe  ,  mais  seulement  du  général  ou  de  ce 
qui  subsiste  :  les  lois  des  êtres,  voilà  le  véritable 
objet  de  toutes  nos  investigations  intellectuelles.  Il 
est  vrai  que  ces  lois  s'accomplissent  dans  les  indiiri- 
dus,  et  ne  sont  saisissables  pour  nous  que  dans  le 
cercle  de  ces.  r^lisations  particulières  ;  mais  Tob- 
servaUon  ne  peut  nous  servir  de  point  de  départ  pour 
nous  élever  aux  généralités,  que  si  d'abord  les  indi- 
vidus se  trouvent  claêsés,  et  qu'ainsi  de  Tobservation 
de  quelques-uns  nous  puissions  légitimement  con- 
clure ou  induire  à  la  classe  tout  entière.  Les  classi- 
fications sont  donc  le  travail  premier  de  toute 
science. 

Buffon  commença  à  écrire  sur  Vhîstoire  naturelle 
des  animaux  sans  avoir  étudié  en  particulier  les 
animaux  qu'il  ne  connaissait  pas.  Qu'en  ré8iiUa-441? 
que,  ne  pouvant  s'élever  sur  ce  sujet  aux  idées  gé- 
nérale», il  méconnut  les  ressemblances  naturelles  des 
animaux  qui  les  réunissent  en  genres,  en  familles  et 
en  classes,  et  fut  obligé  de  les  décrire  pèle-mèle, 
sans  ordre  et  sans  classification,  c'est-àHiire  sans 
idées  générales.  ' 

Non-seulement  ce  grand  gMe  ii  cette  faute,  maïs 
il  en  fit  une  plus  grave  encore  :  ce  fat  de  se  moquer 
de  la  classiflcaCion  de  Lbmé,  qu*U  ne  comprenait  pM. 


se  reproduisent,  nous  ne  les  considérons 
plus  comme  des  phénomènes  isolés,  mais 
nous  les  expliquons  et  les  unissons  dans 
notre  pensée,  comme  des  cas  particuliers^ 
comme  des  manifestations  individuelles  de 
la  loi  générale  antérieurement  conçue. 

Enfin,  il  est  des  principes  absolus  et  uni* 
versels  qui  dominent  toutes  les  données  de 
la  perception  et  ne  peuvent  jamais  se  réduire 
à  l'individualité  :  telles  sont  toutes  les  no* 
tions  générales  oui  appartiennent  à  la  raison 
intuitive.  Ainsi  l'idée  du  rapport  nécessaire 
qui  lie  tout  le  monde  à  une  substance,  tout 
changement  à  une  cause,  toute  existence  au 
temps,  tout  corps  à  l'espace,  est  une  idée 
générale  cfui  est  vraie  partout  et  toujours,  et 
qui  se  distingue  essentiellement  des  dem 
premiers  genres  de  généraiisaTiiïm  en  ce  que 
l'idée  de  classe  et  l'idée  inductive  sont  expé- 
rimentales, contingentes,  tandis  que  la  no- 
tion intuitive  est  immédiate,  nécessaire  et 
universelle  (423). 

Il  importe  essentiellement  de  distinguer 
les  idées  universelles  qui  sont  absolues,  né* 
cessaires,  objectives,  telles  que  Yétre,  le 
temps f  Vespacey  la  cause ,  la  substance,  d^i 
not%6ns  générales^  qui  sont  relatives,  contlD- 
génies,  subjectives  et  sans  objets  réels.  C'est 

Earce  que  cette  distinction  n'avait  pas  été 
ien  marquée  crue  s'éleva  au  moyen  ige  U 
fameuse  querelle  des  réalistes  et  des  nomi- 
naux. Ceuxrci,  préoccupés  des  idées  géné- 
rales, qu'ils  appelaient  universaux  [unittr- 
salia),  soutenaient  avec  raison  qu'elles  élaleot 
sans  objets  réels  ;  mais  comme  ils  n'en  sépa- 
raient pas  les  idées  universelles,  leur  asser- 
tion devenait  fausse  quand  ils  retendaient  à 
ces  dernières.  Les  réalistes,  au  contraire, 
préoccupés  des  idées  universelles  absolues, 
affirmaient  avec  raison  qu'elles  correspon- 
daient à  des  réalités;  que  le  temps,  l'espace, 
la  CjBiuse,  la  substance  existaient  réellement* 
Mais  quand,  par  suite  de  la  même  confusion, 
ils  appliquaient  cette  même  affirmation  aui 
idées  générales  d'espèces,  de  genres,  de 

Aussi,  tandis  que  les  naturalistes  se  sont  efforcés  de 
conserver,  en  la  perfectionnant,  la  dassificalioD  de 
Linné,  il  ne  s'en  est  pas  trouvé  un  seul  pour  soiffe 
le  plan  adopté  par  Buffon.  D  est  £àcheux  que  Fii- 
lustre  auteur  ait  décrit  les  animaux  un  à  an;  car 
personne  n'eût  traité  avec  plus  d'avantase  qoe  loi 
les  hautes  généralités  de  la  science,  8*iî  en  suit 
connu  les  particularités  lorsqu'il  entreprit  d'écrira 
son  Histoire  naturelle, 

(423)  Les  notions  intuitives  on  idées  rationnelW 
générales  ne  sont  susceptibles  d'aacnn  perfectionna 
ment  par  l'élude,  puisqu'elles  sont  le  fond  méoie  de 
notre  intelUgence,  et  qu'elles  sont  fournies  pnr.dei 
jueements  nécessaires  et  universels. 

Les  lois  sont  exprimées  par  des  propositions,  ub- 
dRs  que  les  genres  et  les  espèces  sont  exprimés  fSî 
des  mots  seulement. 

Les  hommes  en  qui  i'tntdlîgence  estrédoiteih 
recherche  des  choses  indispensables  à  lear  eiistenoe 
matérielle,  possèdent  un  petit  nombre  d'idées  |êse> 
raies.  Ce  nombre  s'accroît  avec  l'inslmctioB.  11  p^ 
ainsi  varier,  demiis  une  centaine  d'idées,  qui  ?•»»■ 
sent  indispensables  k  la  vie  hum^ne  la  plus  gro^ 
aièwwf yi  Itawléc^  jaiygà  €in|iiaaU)  »Ue,  et  P^ 
être  davantage. 


709 


LAN 


b*ANTIIROPOLOGIF. 


LAN 


7îC 


classes*  et  aux  idées  abstraites  de  modes  oa 
de  rapports,  elle  devenait  tont  aussi  erroBée, 
et  leurs  adversaires  triomphaient.  Mais  ces 
derniers,  poussant  leur  propre  opinion  jus- 
qu'à Vexées ,  prétendaient  que  ce  n'étaient 
pas  même  des  idées,  et  qu'il  n'y  avait  là  que 
des  nonu  {flaiuê  nocù).  De  là  leur  désignation 
de  nonûnaux.  Abailanl  soutenait,  contre  eux, 
qae  c'étaient  au  moins  des  conceptions  de 
notre  esprit,  et  fonda  l'opinion  mitoyenne 
des  eaneepiualiêtu.  Mais  la  théorie  hypothé- 
tique des  idées  admises  comme  intermé- 
diaires entre  les  choses  et  l'esprit,  et  véri- 
tables objets  des  perceptions,  rendait  alors 
cette  question  insoluble. 

Nous  avons  cru  devoir  rappeler  ces  notions 
élémentaires  sur  la  nature  du  rapport ,  de 
rabstraetion  et  de  la  généralisation  de  nos 
idées,  afin  qu'elles  flissent  présentes  à  l'es- 
prit du  lecteur  dans  l'appréciation  de  ce  qui 
nous  reste  à  dire  pour  l'exposition  de  la 
thèse  qui  admet  la  nécessité  du  langage  pour 
la  constitution  de  la  raison. 

Nos  premières  idées  sensibles  sont  néces- 
sairement composées,  puisqu'elles  repré- 
sentent toujours  des  substances  revêtues  de 
plusieurs  qualités.  Si  nous  observons  exac- 
tement nos  premières  idées  intellectuelles 
ou  psycholc^ques,  nous  y  trouverons  le 
même  caractère  de  complexité.  Car  dans  la 
vie  de  l'intelligence,  nous  sentons  toujours 
plusieurs  opérations  concourir  simultané* 
ment  à  un  but  commun,  ou  tendre  séparé- 
ment à  plusieurs  fins  différentes  ;  et  la  cons- 
cience, qui  nous  révèle  dans  leur  actualité 
tous  les  phénomènes  qui  s'accomplissent  au 
sein  du  moi,  ne  peut  nous  donner  distincte- 
ment dès  rai)ord  aucune  idée  simple  sur  les 
faits  intérieurs.  Avant  le  travail  de  l'esprit 
et  en  général  avant  l'emploi  des  signes  ins- 
titués, la  pensée,  nécessairement  complexe, 
demeure  donc  entière  et  en  qnelque  sorte 
indirise  dans  notre  esprit  :  par  conséquent, 
elle  est  primitivement  vague  et  indétermi- 
née. Comme  tous  les  éléments  qui  la  compo- 
sent ont  pris  simultanément  naissance ,  tous 
aussi  iU  se  retracent  à  la  fois  dans  la  cons- 
science,  qui  ne  reçoit  de  l'ensemble  qu'une 
impression  vague  et  confuse.  Cette  sorte  de 
chaos  de  la  pensée  primitive  ue  peut  se  dé- 
brouiller que  par  l'analyse.  Or  le  langage 
c[oi  isole  nos  modifications  les  unes  des  au- 
tres par  la  succession  de  ses  siçnes;  le  lan- 
gage qui  fixe  chaque  élément  de  la  pensée, 
et  qui  en  rend  le  sentiment  plus  net  et  plus 
vif,  est  l'instrument  d'analyse  le  plus  puis- 
sant et  le  plus  fécond.  Quelques  esprits, 
trop  fortement  frappés  de  l'importance  de  la 
parole,  n'ont  pas  craint  de  soutenir  que  sans 
elle  toute  analyse  de  la  pensée  serait  impos- 
sible. Ils  ont ,  selon  moi ,  passé  les  bornes 
de  la  vérité.  Car  enfin,  si  avant  l'usage  des 
mots  tout  éCait  confus  dans  l'intelligence, 
lliomme  serait  incapable  d'apprendre  a  par- 
ler. Comment  en  effet  réussirez-vous  à  lier 
dans  la  tète  d'un  enfant  un  signe  à  un  objet, 
s'il  ne  distingue  déjà  plus  ou  moins  cet  objv^t 
de  tous  ceux  qui  l'environnent,  et  du  signe 
même  qui  lui  a  été  communiqué  ?  Il  y  a  donc 


des  idées  distinctes  dans  l'intelligence  hu- 
maine avant  l'emploi  des  signes  ;  et  puisque 
l'homme  ne  peut  rien  distinguer  sans  atten- 
tion, puisque  tout  acte  d'attention  implique 
une  analyse  ou  décomposition  de  son  objet, 
il  est  évident  que  l'analyse  a  précédé  l'usage 
de  la  parole.  Notre  puissance  d'analyse  a  été 
étendue  et  perfectionnée,  elle  n'a  point  été 
créée  par  le  langage.  Avant  le  langage,  elle 
était  un  instinct  :  le  langage  en  a  fait  un  art. 

Entrons  maintenant  dans  un  examen  plus 
circonstancié  de  l'influence  du  langage;  cher- 
chons jusqu'à  quel  degré  Fintelbgence  hu- 
maine aurait  pu  pousser  Tanalyse  sans  le 
secours  des  signes  institués,  quelles  idées 
elle  aurait  encore  été  capable  de  se  former 
sur  les  substances,  sur  les  modes,  et  sur  les 
rapports  des  modes  aux  substances,  et  si, 
dans  cet  état,  quelques-unes  des  facultés  qui 
nous  distinguent  des  autres  animaux  ne  se- 
raient pas  demeurées  inactives  ou  stériles. 

Nos  sens  sont  des  machines  à  abstractions  : 
dans  la  perception  des  objets  extérieurs,  l'a- 
nalyse s'opère  par  le  moyen  des  orsanes.  Il 
est  vrai  que,  quand  la  vue,  l'ouïe,  l'odorat, 
le  goût  et  le  toucher  ont  séparé  les  couleurs, 
les  sons,  les  odeurs,  les  saveurs,  puis  enfin 
l'étendue  et  la  solidité,  les  sensations  pro- 
duites par  ces  diverses  qualités,  pénétrant 
simultanément  dans  l'âme,  tendent  à  s'y 
confondre  en  une  seule  impression  géné- 
rale. Toutefois,  on  ne  peut  nier  que  le  mé- 
canisme des  sens  ne  soit  d'un  grand  secours 
pour  l'attention,  et  ne  lui  permette  de  dis- 
tinguer sans  efibrt  les  diverses  parties  d'une 
impression  reçue.  Nous  pouvons  donc  ac- 
quérir des  idées  individuelles  sur  les  objets 
extérieurs  indépendamment  des  signes  de 
convention.  Contester  ce  pouvoir  à  Inomme, 
ce  serait  le  mettre  au-dessous  des  animaux, 
qui  savent  souvent  mieux  que  nous  recon- 
naître et  discerner  les  objets  extérieurs.  Mais 
on  peut  établir  plusieurs  espèces  de  distinc- 
tion entre  les  idées  sensibles  :  1*  elles  peu- 
vent être  distinctes,  parce  qne  Tanalyse  en 
a  décomposé  les  éléments,  parce  que  la  com- 
paraison a  bit  ressortir,  parmi  les  rapports 
particuliers  qui  les  unissent,  les  différences 

[irécises  qui  les  séparent  ;  ^  elles  peuvent 
'être  dans  l'un  de  leurs  éléments,  en  raison 
de  la  prédominance  qu'un  sens  donne  tou- 
jours a  ses  impressions  :  ainsi,  dans  un  chien 
de  chasse,  la  sensation  d'odeur  est  si  supé- 
rieure à  toutes  les  autres,  que  souvent  elle 
lui  suffit  pour  discerner  les  objets  de  ses 
perceptions;  3*  enfin,  une  idée  peut  être 
distincte  dans  son  ensemble,  en  raison  de  la 
vivacité  de  l'impression  qu'elle  fait  sur  la 
conscience  :  ainsi,  quand  l'âme  est  fortement 
émue  à  l'aspect  d'un  objet,  elle  l'embrasse 
d'un  seul  r^rd  avec  tant  d'énergie,  qu'elle 
croit  encore  le  voir  après  qu'il  a  disparu.  Ne 
lui  demandez  pas  une  description  détailléd 
de  cet  objet  :  eue  n'en  a  pas  démêlé  les  qua- 
lités diverses;  mais  l'image  qu'elle  en  a  con- 
servée est  si  vive,  qu'elle  ne  le  confond  avec 
aucun  autre  et  le  reconnaît  partout  où  elle 
le  retrouve.  Il  y  a  dans  tous  les  esprits  un 
grand  nombre  de  ces  idées^images  qui  n'ont 


711 


L\N 


MCTIONiNAIRE 


LAN 


la 


jamais  été  analysées,  et  dont  chacune  dans 
son  ensemble  se  détache  nettement  sur  le 
fond  de  la  conscience.  Or  il  est  évident  que 

{^our  établir  une  distinction  entre  ses  idées, 
animal  n'a  point  en  général  recours  à  Ta- 
naiyse  de  leurs  éléments  :  ses  moyens  de 
décomposition  sont  trop  bornés;  et  il  lui 
serait  trop  difficile  de  conserver  les  résultats 
d'un  travail  analytique.  Chatiue  idée  forme 
en  lui  untableau dont  la  couleur  générale 
est  nette  et  tranchée,  ou  dont  un  seul  point 
est  vivement  éclairé  ;  et  c'est  par  l'énergie 
de  rimagination  ou  par  la  finesse  extraordi- 
naire de  quelqu'un  de  ses  sens  qu'il  parvient 
à  distinguer  les  objets  qui  l'intéressent. 
L'homme  lui-même  s'attacherait  peu  aux  dé- 
tails, s'il  était  privé  des  movens  d'analyse 
que  lui  fournit  la  parole.  L  analogie  nous 
porte  à  croire  que  toutes  ses  idées  ne  se- 
raient que  des  images  et  qu'il  ne  saisirait 
que  des  ensembles.  Pour  aller  au  delà  d'un 
sentiment  général  et  en  quelque  sorte  syn- 
thétique de  différence  entre  les  choses  (4-24), 
il  faut  étudier  séparément  les  qualités  gui 
leur  appartiennent,  et  comparer  ces  qualités 
entre  elles.  Or  la  comparaison  des  qualités 
ne  produit  aucun  résultat  net  et  précis,  tant 
que  l'on  n'est  pas  parvenu  à  les  détacher  de 
leurs  sujets,  ifous  ne  pouvons  donc  appré- 
cier quelle  serait,  sans  le  secours  du  lan- 
gage, l'étendue  possible  de  notre  connais- 
sance, qu'en  déterminant  jusqu'à  quel  point 
l'homme  serait  encore  capable  d'opérer  dans 
les  sub^ances  l'abstraction  des  modes. 

11  y  a  deux  espèces  de  noms  pour  expri- 
mer les  modes.  Les  uns,  que  1  on  nomme 
adjectifi  en  grammaire»,  nous  les  font  voir 
dans  une  relation  de  dépendance  à  quelque 
sujet  exprimé  ou  sous-entendu.  Tels  sont, 
par  exemple,  les  mots  solide,  mobile,  so- 
nore, etc.  Les  autres,  tels  que  les  substantifs 
abstraits  solidité,  mobilité,  son,  etc.,  nous 
les  montrent  en  eux-mêmes,  indépendam- 
ment de  tout  sujet,  et  les  élèvent  au  rang  des 
substances.  Nous  concevons  donc  les  modes 
sous  deux  points  de  vue  opposés  ;  et  cepen- 
dant un  seul  de  ces  points  de  vue  nous  est 
donné  par  la  nature.  Car  toujours  la  nature 
nous  fait  voir  les  modes  enea^és  dans  la 
substance.  Le  vert  est  dans  laieuille,  la  blan- 
cheur dans  le  lait,  la  rondeur  dans  le  globe, 
la  pesanteur  dans  le  corps,  etc.  Le  sujet  et 
les  qualités  sont  partout  inséparables.  Par 
quel  effort  d'analyse  l'esprit  a-t-il  pu  séparer 
deux  conceptions  qui  lui  arrivent  toujours 
unies  et  qui  font  partie  d'un  seul  et  même 
tout  ?  Pour  abstraire  le  mode  de  la  substance, 
il  n'a  pu  se  prendre  aux  objets.  Les  objets 

(tôi)  Toutes  nos  impressions  portent  le  nom  de 
sentiments,  tant  qu^elles  demeurent  obscures  et  con- 
fuses; elles  prennent  le  nom  aidées  dés  quVUes 
commencent  a  devenir  distinctes. 

c  L*aniroal  ne  réfléchit  point  sur  les  phénomènes 
Intérieurs;  il  sent  :  voilà  tout^  Les  sensations  se 
suGcèdent  en  lui  sans  autre  lien  que  Tunité  de  I  être 
qui  tes  éprouve.  Elles  ne  deviennent  point  objet  ; 
c'est  pourquoi  il  ne  les  combine  ni  ne  les  transforme, 
les  laissant  ce  qu'elles  sont,  de  simples  faits.  N*en 
serait-il  pas  ainsi,  dans  le  moi  humain,  des  faits  de 


n'auraient  été  qu'un  obstacle,  puisqu'ils  nous 
présentent  toujours  le  mode  dans  un  élat  de 
dépendance  nécessaire.  Quand  mon  attention 
se  porte  sur  la  blancheur  du  lait,  je  distingue 
sans  aucun  doute  cette  modification,  mais  je 
ne  la  déplace  pas  ;  elle  demeure  liée  à  la  subs- 
tance, et  je  ne  l'aperçois  que  comme  partie 
dans  un  tout.  Pouvions-nous  espérer  jilus 
de  succès  en  agissant  sur  nos  idées?  Mais  en 
réalité  notre  intelligence  ne  peut  conceroir 
ni  mode  sans  substance,  ni  substance  sans 
mode.  Une  substance  sans  mode  et  un  mode 
sans  substance  impliquent  contradiction.  Or 
notre  esprit  alBrme  quelquefois,  jamais  il  ne 
conçoit  l'impossible.  Le  mode  et  le  sujet  ne 
sont  réels,  ne  sont  même  possibles  ou'en- 
semble;  ils  se  servent  de  complément Vun à 
l'autre.  Ce  n  est  pas  assez  de  dire  que  Ton  ne 
peut  penser  au  premier  sans  penser  au  se- 
cond. Ce  serait  supposer  qu'ils  sent  deux, 
tandis  qu'en  réalité  ils  ne  font  au'nn  et  cons- 
tituent comme  deux  faces  corrélatives  d*uAe 
indivisible  unité.  Si  toute  séparation  réelle 
du  mode  et  de  la  substance  est  absolnroent 
impossible  dans  la  pensée  comme  dans  la 
nature,  les  substantifs  abstraits  n'eiprimeni 
qu'une  apparence,  et  l'abstraction  des  modes 
ne  doit  être  considérée  par  le  philosophe 
que  comme  un  phénomène  artificiel  produit 
par  l'emploi  successif  et  distinct  des  signes 
du  langage. 

Examinons  maintenant  les  jugements  h- 
mains  qui  ont  tous  pour  objet  duniruo 
mode  à  une  substance,  ou  de  l'en  séparer. 
Suivant  la  plupart  des  philosophes,  arani 
d'affirmer  qu'un  mode  appartient  ou  n'ap- 
partient pas  à  un  sujet,  il  faut  avoir  disceroif 
le  rapport  de  l'un  à  l'autre  (tâS).  On  ne 
perçoit  ce  rapport  qu'après  avoir  compara 
ses  deux  termes.  Pour  comparer  les  deui 
termes  dont  le  premier  est  une  idée  de 
substance,  le  second  une  idée  demode.il 
faut,  avant  tout,  que  chacune  de  ces  \dé^ 
soit  isolée  dans  notre  Ame,  soit  posée  à  part 
et  en  face  de  l'autre.  Mais  puisque  l'homme, 
privé  du  langage,  voit  toujours  le  mode  en- 
gagé dans  la  substance,  et  que  les  conrep- 
tions  de  ces  deux  éléments  corrélatifs  fer- 
ment dans  la  conscience  un  tout  indivisible^ 
sans  Tusage  des  signes  institués  aucune 
comparaison  ne  peut  avoir  lieu  :  les  trots 
parties  que  l'on  distingue  dans  le  jugement 
sous  les  noms  de  sujet ,  d'cutrfbut  et  de  rup- 
port^  n'apparaissent  plus  isolées;  elles tor* 
ment  dans  la  pensée  une  seule  et  unifie 
•  conception  ;  et,  si  dans  cette  concpplionon 
peut  apercevoir  trois  faces  ou  trois  point> 
de  vue  distincts,  il  est  impossible  d'en  con- 

conscience ,  lorsqu'ils  sont  encore  isolés  et  qfi'^ 
n*ont  point  été  soumis  à  Tactivité  réfléchie.  (JacqiK^ 
Bâlhès,  Philùsoph.  fond.,  1. 1",  p.  116.) 

(425)  Toute  idée  de  mode  implique  an  rapport:  e(i 
dans  la  réalité  intellectuelle,  on  ne  pourrait  i\tpf(^ 
le  rapport  de  Tidée  même  sans  détruire  cdle^ci.  n 
y  a,  dans  tonte  idée  de  mo^e  même  le  plus  siopItN 
deux  éléments  inséparables,  Timpression  pnxioijf 
par  son  objet,  et  la  conception  d*un  rapport  quoi- 
conqae  qlii  h  détermine. 


713 


LAN 


D'ANTHROroLOGIE. 


LAN 


7ft 


sidérer  on  seul  «fliears  que  dans  le  Umt  in- 
dîf  isibie,  où  il  est  compris.  EnGn,  sans  le 
ian^ge,  les  parties  du  jugement  ne  se  pré- 
senteraient pas  non  plus  dans  un  ordre 
successif;  car  ici  la  succession  n*est  pas  dans 
la  pensée  dont  les  éléments  sont  eorrélatiis, 
et  par  conséquent  simultanés;  elle  est  uni- 
quement dans  les  termes  de  la  proposition 
oui  eiprime  les  parties  du  ju^ment,  non 
ans  Tordre  où  resfirit  les  forme,  mais  dans 
Tordre  où  il  les  diâtingoe. 

On  aurait  tort  de  s  imaginer  que  ce  rai- 
soDoemenl  n*a  qu'une  valeur  hypothétique 
parte  que,  pour  en  déterminer  robjet,  nous 
aroos  supposé  que  tous  nos  jugements  dé- 
rivent de  la  comparaison.  Les  dernières  ré- 
flenons  que  nous  arons  fûtes  sur  la  simul- 
tanéité et  rindijrisibilité  des  éléments  qui 
constituent  le  jugement  dans  Tesprit  hu- 
main sont  des  corollaires  généraux  de  Tar- 
gunent  par  lequel  nous  avions  déjà  prouvé 
que  sans  le  langage  il  est  impossible  d*abs- 
traire  le  mode  de  la  substance;  elles  sont 
iifjac  applicables  à  toutes  les  hvpolhèses  que 
le  lecteur  pourrait  adopter  sur  la  formalion 
de  nos  jugements.  Si  Ton  admet  que  les  lo- 
^ciens  se  soient  mépris  sur  la  nature  du 
jugement,  et  (|u*il  ne  soit  pas  un  résultat 
de^la  comparaison,  il  faudra  le  considérer 
ou  comme  une  perception  analytique  des 
(|ualités  contenues  dans  un  sujet  soumis  à 
1  observation,  ou  comme  une  conception 
immédiate  et  synthétique  de  rapport,  su^- 
^érée  par  Tinstinct  rationnel.  Or,  quand  le 
jugement  se  forme  par  Tanalyse  des  qualités 
que  Ton  observe  dans  un  sujet  donné,  d'a- 
1  irès  la  nature  même  de  Topération,  les  mo- 
des demeurent  engagés  dans  la  substance, 
et  rindivisibilîté  des  parties  du  jugement 
«^  un  lait  nécessaire.  Quand  il  est  un  pro- 
duit immédiat  de  Tinstinct,  Tidentitir^ation 
et  la  simultanéité  des  parties  oui  le  cons- 
Cî  tuent  sont  nécessairement  impliquées  dans 
l*orîgine  même  qu'on  lui  assigne.  Je  dis 
plus  :  Tacte  du  jugement  instinctif  semble 
ne  subir  qu'à  r^r^t  les  modifications  que 
le  langage  a  coutume  dlotroduire  dans  la 
pensée,  il  est  rare  que,  dans  la  pratique,  les 
inspirations  du  sens  commun  nous   pré- 
sentent distinctement  un  sujet,  un  attribut 
et  on  rapport;  elles  ont  peine  à  se  laisser 
traduire  en  propositions,  et  une  tendance 
naUirelle  les  ramène  toujours  à  la  forme  du 
senliment.  Ainsi,  dans  quelque  hypothèse 
que  Ton  raisonne,  dès  que  Ton  fait  abstrac- 
tion du  langage,  ou  trouve  toujours  dans  le 
ju^sement  une  conception  simple,  dont  les 
faces    sont  réellement    inséparables   et  se 
ijKjotrent  simultanément.  Le  lion  n*a  jamais 
l'fjiré  ici  ridée  du  moi,  là  Tidée  de  la  force, 

i^^B)  fl  Noms  lîefoiis  remarquer  que  si  tous  bos 
■  ji  iiiiiMCiiHin  rouient ,  dans  ce  paragraphe,  sur  la 
iiiliiitiTT  d  le  Bode,  c*e&t  que  lou»  les  objets  de 
mij^r^  ptmaét  soûl  conçus  sous  le  double  poiut  de 
viB«  dm  mjrt  ci  de  TaUribut,  et  par  coosëqoent  de  la 
s  .jb&4a»€e  et  du  mode.  Cdie  conélalion  eatre  dans 
i«ff«â«  MOft  ju^euMuls  et  en  délenuîoe  UDiTers«*Ueuic'Ot 

«  AuctàB  ju^euMut  ne  peut  subsister  dans  Tesprit 
DicTioA?!.  p*A?rrauopoijOGiK 


et  entre  ces  deni  idées  la  notion  du  rapport 
qui  les  unit;  jamais  il  n'a  dit  en  lui-nième 
successivement  et  en  séparant  ces  trois  eho- 
ses  :  Je  sms  fort:  il  les  a  senties  dans  luie 
conception  simple,  qui  est  une  dans  sa  na- 
ture et  triple  dans  ses  aspects  (^26). 

Pour  confirmer  ces  vént^  faisons  remar- 
quer d'ailleurs  que ,  en  sup|iosant  que  le 
mode  pût  en  réalité  être  conçu  indépen- 
damment de  la  substance,  il  serait  impos- 
sible de  l'abstraire  sans  le  génénJiser.  Tant 
3 ne  je  me  représente,  par  exemple,  le  vert 
éterminé  d'une  feuille,  la  blancheur  par- 
ticulière d*un  mur,  il  doit  paraître  évident 
que  la  feuille  et  sa  couleur ,  le  mur  et  sa 
blancheur  demeurent  unis  dans  mon  esprit. 
Ici  les  idées  de  mode  sont  tellement  engagée^ 
dans  celles  de  substance,  qu'il  y  aurait 
folie  à  vouloir  se  rappeler  les  unes  sans  les 
autres.  Qui  serait  assez  insensé  pour  es- 
sayer de  se  représenter  les  traits  particuliers 
d'un  ami  absent,  sans  éveiller  aucune  des 
autres  idées  comprises  dans  Ja  notion  qu'il  a 
de  sa  personne?  Tant  que  les  modes  restent 
individuels  dans  notre  pensée  ,  nous  les 
concevons  donc  nécessairement  dans  les 
substances  qu'ils  déterminent;  mais,  de 
bonne  foi ,  quand  la  nature  n'offre  à  nos 
yeux  que  des  modes  particuliers,  diverse- 
ment groupés  entre  eux  et  toujours  attachés 
à  quelque  sujet,  croit-on  que ,  sans  le  se- 
cours de  la  parole ,  il  fût  possible  de  leur 
ûter  ce  qu'ils  ont  de  déterminé  dans  chaque 
être,  et  de  ne  plus  voir  que  ce  qu'ils  ont  de 
commun.  Pour  former  Ja  notion  générale 
de  blancheur,  il  ftudrait ,  les  idées  de  pa- 
pier, de  lait,  de  toile,  etc.,  étant  donu  s, 
isoler  chaque  couleur  particulière  du  sujet 
auguel  elle  appartient,  et  desautres  qualités 
qui  sont  unies  avec  elle  dans  le  même  sujet  ; 
après  cette  première  abstraction,  contrariée 
à  la  fois  par  les  ubjets  et  par  la  nature  de 
la  pensée ,  il  faudrait  comparer  entre  elles 
les  diverses  couleurs,  pour  saisir  ce  qu'elles 
out  de  semblable  et  de  différent,  enfin  con- 
centrer exclusivement  sa  réflexion  sur  les 
ressemblances  qui  les  unissent.  Je  le  dis 
avec  la  plus  profonde  conviction,  cette  suite 
d'efforts  pénibles,  combattus  [Mir  un  concours 
de  causes  intérieures  et  extérieures,  est  au- 
dessus  de  l'homme,  do&t  la  faiblesse  ne  se- 
rait pas  secondée  par  la  puissance  de  la  pa- 
role. Ajoutons  que  sans  le  langage  la  mé- 
moire n'aurait  aucune  prise  sur  l'idée  gé- 
nérale :  car ,  dans  cette  hypothèse,  l'idée 
générale  n'existe  qu'à  la  condition  d*ètra 
réellement  abstraite.  Or,  une  idée  abstraite 
ne  peut  se  lier  à  nos  autres  connaissances 
sans  perJre  aussitôt  son  caractère;  elle  n'est 
abstraite  qu  autant  que  Teffort  qui  Ta  créée 

sH  n*est  exprimé.  En  sorte  que,  sans  le  langane,  h 
raison  serait  une  force  réJnite  â  Tinaclion. 

t  La  perception  eitérieorc,  dans  raoimal,  ne  se 
complétant  par  aucune  iJée  rationnelle,  ne  Ta  pas 
au  delà  de  h  simple  perception.  Datts  rhouune  seul 
elle  existe  à  rétat  deju^ment.  Aussi  rhouune  seul 
p. ut  dire  ce  qu'il  tmL  >  (M.  Gocb.*c,  op.  cif.« 
1^3-  151.) 


23 


7f5 


LAN 


DICTIONNAIRE 


L\N 


:Hi 


la  retient  dans  Tisoleroent.  Par  conséquent, 
dès  que  l'esprit  cesserait  d*agir  pour  la  con-. 
server  présente,  elle  disparaîtrait  sans  re- 
tour ,  ou  viendrait  de  nouveau  se  fondre 
dans  les  idées  individuelles  d*où  elle  aurait 
«Hé  tirée.  Le  langage  est  donc  un  support 
nécessaire  aux  notions  générales;  sans  lui, 
elles  n*auraient  dans  Tesprit  ni  consistance 
ni  fixité ,  et  l'homme  renoncerait  bientôt  à 
eréer  péniblement  des  idées  qu*il  se  sen- 
tirait incapable  de  conserver  {k'zl). 

Mais  n*est-il  [)as  même  permis  de  douter, 
que  le  langage  ait  assez  de  vertu  pour  opérer 
dans  notre  pensée  des  abstractions  réelles  ? 
Ne  trouvons-nous  pas  dans  nos  réflexions 
précédentes  quelques  raisons  de   penser, 
que  même  dans  1  nomme  qui  fait  usage  de 
la  parole,  les  concepts  généraux  n'ont  pas 
une  existence  propre  et  vraiment  indépen- 
dante des  idées  individuelles,  auxquelles 
elles  servent  de  lien  ?  Qu'est-ce  qu'une  no- 
tion générale?   Une  collection  de  ressem- 
blances, perçues  entre  plusieurs  substances 
ou  qualités  déterminées,  par  conséquent  un 
rapport,  un  point  de  vue  pris  entre  des  in- 
dividualités. Or,  peut-on  concevoir  une  re- 
lation, sans  concevoir  en  même  tempy  des 
termes,  entre  lesquels  elle  existe?  N'avons- 
nous  pas  démontré  déjà  que  le  mode  et  la 
substance étanlcorrélatifs  ne  peuvent  exister 
Tun  sans  l'autre,  même  dans  la  pensée?  Ne 
résulte-t-il  pas  de  là  que  le  langage  n'abs- 
ii-ait  pas  réellement  le  mode  de  son  sujet,  et 
qu'en  exprimant  par  un  terme  à  part  cha- 
cune des  faces  d'une  conception  essentiel- 
lement indivisible,  il  éclaire  successivement 
ciïacune  d'elles  sans  les  isoler;  qu'enûn  il 
fie   borne  à  distribuer  la  lumière  de  telle 
sorte  que  chaque  élément  de  l'idée  la   re- 
çoit à  son  tour,  tandis  que  l'autre  demeure 
dans  l'ombre,  sans   cesser  pourtant  d'être 
présent  à  la  conscience  ?  Si  tout  rapport  im- 
plique nécessairement  au  moins  deux  ter- 
mes, entre  lesquels  il  est  conçu,  l'idée  gé- 
nérale, qui  n'est  qu'un  rapport,  ne  peut 
donc  pas  être  conçue  par  elle-même,  et  in- 
dépendamment de  toute  idée  individuelle. 
D'ailleurs  l'esprit  humain  ne  conçoit  pas 
l'impossible.  J  avoue  que  nos  idées  ne  cor- 
respondent pas  toujours  à  des  objets  réels  : 
mais  ce  qui  implique  contradiction  dans  les 
termes    n'est  rien  même  pour  la  pensée. 
Or,  toute  réalité  est  nécessairement  déter- 
minée. Donc  il  implique  contradiction  que 
Ton  conçoive  l'indéterminé  comme  un  tout 
complet.  Par  conséquent  l'idée  générale,  ne 
représentant  que  des  qualités  indéterminées, 
n'est  possible  qu'autant  que  nous  en  conce- 
vons l'objet  comme  partie  d'un  tout  déter- 
miné, et  ainsi  elle  est  liée  à  une  conception 

(427)  On  sait  quel  rôle  immense  raflirroation  Joue 
dans  la  struclure  de  la  raison  et  du  langage.  Cette 
opération  est  essentiellement  liée  à  Tidée  de  Tétre, 
ou  plutôt  elle  n'est  que  cette  idée  exprimée  par  un 
mot,  le  verbe,  ou  parole  par  excellence.  Le  verbe 
est  ce  qu'il  y  a  de  plus  métaphysique  dans  Tenten- 
dement  humain  ;  sans  lui ,  la  raison  serait  impos- 
sible :  ses  perceptions,  juxtaposées,  ne  se  lieraient 
iamais  ensemble,  et  ne  formeraient  qu'un  amas  con- 


au  moins  contusc  de  ce  tout,  dont  elle  re- 
présente une  partie. 

Les  faits  viennent  à  l'appui  de  ces  raison- 
nements. JL'aaatomiste  est  obligé  par  la  na- 
ture même  de  la   science  quil.éiudie,  ùe 
chercher  un  Jondeiïient  à  (oiiles  ses  eoflce|). 
tions  dans  l'observation  d'un  ^ujel  iadi  vidue). 
Pour  .se  former  une  idée  générale  de  l'orga- 
nisation du  corps  humain,  il  doit  fixer  son 
:  attention  sur  les  qualités  qu'il  retrouierail 
é^^alement  dans  tout  autre  sujet  de  même 
espèce.  C'est  par  cette  concentration  deVes- 
prit  sur  des  points  de  rue  partiels,  querio- 
dividu  qu'il  observe  devient  à  ses  yeuiun 
type  du  genre.  Ainsi  dans  l'ancilomie,  les 
connaissances  générales    ne  peuvent  être 
isolées  et  indépendantes;  elles  ont  ioajoun 
[)our  fondement,  pour  sum  on,  la  concep- 
tion ou  la  vue  d*un  individu.  Le  mêmefaU 
se  reproduit  dans  toutes  les  sciences  phy- 
siques. Jamais  les  défiaitioiis  ne  sont  intel- 
ligibles par  elle^mêmes  :  on  ne  parvient  I 
les   comprendre  9  qu'en   les   appliquant  à 
quelque  modèle  que  Vou  iDMgine  ou  qne 
1  on  a  sous  les  yeux.  Quant  aux  démonstra- 
tions, on  ne  peut  les  trouver  ou  les  a(f  r<^- 
cier  que  par  le  moyen  des  expérieDres;et 
toute  expérience  a  pour  matière  et  pont 
objet    quelque   individu    réel.   Quand  on 
aborde  pour  la  première  foiis  l'élude  de  soi- 
même,  on  ne  conçoit  pas.  iraroédiatemeot 
les  phénomènes  sous  un  point  de  vue  géné- 
ral :  la  réflexion  se  concentre  sur  des  sou- 
venirs, sur  les  impressions  que  les  diffé- 
rents actes  individuels  de.   la  pensée  ont 
laissées  dans  la  conscience*  La  même  néces- 
sité de  fonder  les  concepts  ou  les  raisonne- 
ments généraux  sur  quelque   concept  m 
type  individuel,  se  manifeste  plus  claire- 
ment encore  en  géométrie.  A  vez-vous  à  dé- 
montrer un  théorème  :  vous  n'y  parvcnei 
qu'à  l'aide  d'une  figure  particulière  et  dé- 
terminée. Je  ne  puis  prouver  que  deux  trian- 
gles sont  égaux  quand  ils  oui  un  angle  é^l 
compris  entre  des  côtés  é^çaux  chacun  à  dia- 
cun,  sans  avoir  sous  les  .yeusi  deux  trian- 
gles déterminés  dans  leurs  angles  et  leur< 
côtés,  et  dans  lesquels  je  ne  considère  que 
les  points  de  vue  nécessaires  à  ma  démons- 
tration. Si  plus  tarti  je  me  dispense  quel- 
ç[uefois  de  tracer  sur  le  tablean  des  fi^jurM 
individuelles,  cela  vient  évidemment  de  et 
qu'elles  sont  a^^ez  simples  pour  que  Tha* 
bitude  me  permette  de  les  concevrtir  dis- 
tinctement. En  effet,  quand  un  théorème 
ou  un  problème  exige  la  construction  d*un( 
figure  compliquée,  pour  reproduire  la  dé- 
monstration d'une  manière  intelUgible,  on 
est  toujours  obligé  de  jréaliser  au  dehors  )< 
construction  f  au  moyen  de  laquelle  <m  J 

fus,  seinbhible  à  des  ruhies  «ur  lesquelles  règii^  ^ 
»ience  et  la  mort.  Mais,  munie  de  oel  tnstnmien^  ^ 
raison  réagit  sur  les  perceplio;ts  qo'elle  a  reç^s 
pour  les  enciiainer  les  unes  aux  antres*  chacoii^s^ 
Ion  son  affinité,  rattachant  au  inéine  onlre  d'anii^ 
intellectuelle  celles  qui  sont  idealiques,  on  dêroaipv 
sant  par  l'analyse  ce  qtte  le  lan^^age  loi  apport 
de  compliqué,  pour  le  réduire  à  ses  notions  éienHh 
taircs. 


w 


UN 


D*ANTHROPOLOGlB. 


LAN 


vn 


pslpîrrcnu.  En  résumé,  quelte  que  soit  la 
science  que  l'on  étudie ,  on  ne  peut ,  dans 
If  principe,  comprendre  ni  les  définitions 
ni  les  raisonnements  sans  le  secours  de  mo- 
dèles on  exemples  individuels,  qui  servent 
(jo  fondement  ou  de  support  aux  concepts 
généraui«  qne  nous  formons.  L'objet  qui 
occupe  Tesprit  dans  ses  méditations  géné- 
rales ou  scientifiques  est  donc  toujours  ou 
on  individu  réel,  considéré  comme  type  du 
genre,  ou  une  idée  individuelle,  que  Ton 
envisage  sous  certains  points  de  vue  par- 
tiels, et  dont  Tapplicatioii  est  généralisée 
par  le  langage. 

«  Mais,  dira-^on,   quand   il   serait  vrai 
^e  le  défaut  d'habitude  ftt  une  loi  à  l'es- 
prit humain  d'appujer  toujours  dans  ses  pre- 
mières études  ses  conceptions  générales  sur 
des  idées  individuelles, serait-ii  permis  d'en 
inférer  que  Thomme  soit  absolument  inca- 
paiile  de  former  des  idées  abstraites?  Lors- 
qae  notre  intelligence  s'est  longtemps  exer- 
teeauT  généralisations,  la  nécessité  d'éclai- 
PT  I  abstrait  par  le  concret  ne  cesse-t-elle 
pBs  de  se  faire  sentir?  Ne  voyons-nous  pas 
nue  peu  h  peu  les  conceptions  individuelles 
ispàraissent,  et  mie  le  raisonnement  s'cm- 
pwQt  d'un  caractère  de  généralité?»  Pour 
résoudre  cette  objection,  profitons  d'abord 
le  la  concession  qu'elle  renferme.  On  avoue 
lu'en  abordant  pour  la  première  fois  l'étude 
ies  sciences,  on  ne  peut  comprendre  l'ciftj- 
ntii  que  par  le  concret.  Un  tel  aveu  n'im- 
ilique-t-il  pas  nécessairement  cette  consé- 
(oence,  que  jusque-là  l'homme  n'avait  en- 
ore  formé  aucune  notion    vraiment  abs- 
nite?  Pourtant  il  fait  usage  depuis  Ten- 
inee  de  tous  les  noms  communs ,  de  tous 
is  substantifs  abstraits  qui  entrent   dans 
is  définitions  ou  dans  les  démonstrations 
omises  à  son  examen.  On  peut  donc  par- 
îf  dix  ans,  vingt  ans,  toute  sa  vie  même, 
ms  opérer  une  seule  abstraction  réelle, 
uis  concevoir  dans  le  général  autre  chose 
Hun  élément,  un  point  de  vue,  actuelle- 
lent  contenu  dans  1  individuel  ;  et  par  con- 
iouent  il  est  certain  qu'au  moins  pour  le 
jlgaire,  il  n'y  a  rien  ae  purement  général 
wles  signes.    Supposez    maintenant   un 
mme  livré  depuis  longtemps  à  des  études 
aentifiques  ;  sll  applique  son  intelligence 
quelque   sujet,  qui  jusque    là   lui  soit 
î»iieuré  étranger,  ne  sera-t-il  pas  obligé 
éflairer  encore  par  des  exemples  les  géné- 
^lé$  nouvelles  dont  il  veut  acquérir  la  con- 
Aanee?Je  conclus  de  là,  qu'en  tout  genre 
lans  toute  hypothèse,  le  raisonnement 
Mralt  devenir  indépendant  des  idées  in- 
Iduelles  que  quand  une  fréquente  répé- 
'n  Ta  tourné  en  habitude.  Mais  d'où  lui 
t  alors  ce  caractère  apparent  de  géné- 
ré pure  et  abstraite?  La  raison  en  est, 
n  moi,  dans  l'habitude,  qui  nous  per- 
de détourner  notre  attention  des  ioées, 
if  la  concentrer  sur  des  combinaisons  de 
^es,  qui  nous  sont  devenues  familières. 
>nd  nous  nous  occupons  de  matières, 
V)nt  depuis  longtemps  l'objet  de  nos 
(^s,  nous  cessons  d'éveiller  distincte- 


ment les  idées,  et  de  ciierclicr  leurs  rappelles 
en  elles-mêmes  :  nous  nous  laissons  con- 
duire par  les  nombreuses  liaisons,  précé- 
demment établies  eiHre  les  sienes;  et  le 
langage  ordinaire  devient  pour  le  savant  ce 
que  KS  caractères  algébriques  sont  pour  le 
mathématicien.  II  n'est  pas  vraisemnlable, 
en  effet,  qu'un  savant  qui  improvise  atta- 
che actuellement  à  tous  les  mots,  qu'il  pro- 
nonce ,  un  sens  distinct  et  précis.  Voulez- 
vous  une  preuve  de  l'obscurité  actuelle  de 
ses  idées?  arrêtez-le  sur  un  mot  quelcon- 
que ,  et  demandez-lui  de  le  définir  :  il  sera 
forcé  de  réfléchir  un  moment  avant  de  vous 
répondre;  il  retrouvera  très-vite  les  élé- 
ments de  sa  définition,  mais  il  lui  faudra 
les  chercher.  Puisque  dans  nos  raisonne- 
ments habituels  les  idées  ce  sont  pas  actuel- 
lement distinctes  pour  la  conscience,  nous 
n'apercevons  pas  non  plus  actuellement  les 
rapports  qui  les  unissent.  Notre  esprit  se 
renferme  donc  alors  dans  des  combinaisons 
verbales ,  auxquelles  il  attribue  par  habi- 
tude le  caractère  de  la  vérité.  Ce  qui  achève 
de  confirmer  cette  assertion,  c'est  que,  si 
d'aventure  il  nous  échappe,  soit  en  parlant, 
soit  en  écrivant,  quelque  proposition,  dont 
la  nouveauté  puisse  nous  étonner,  nous  sen- 
tons aussitôt  s'arrêter  ce  mouvement  de 
combinaisons  verbales;  notre  esprit,  re- 
montant brusquement  des  signes  aux  idées, 
réveille  celles-ci  plus  distinctement,  et  vé- 
rifie par  leur  moyen  la  relation  inusitée 
•ïu'il  n'avait  d'abord  établie  quentre  les 
mots.  Ainsi  il  demeure  démontré  que  les 
concepts  généraux  sont  toujours  liés  dans 
notre  pensée  à  quelque  idée  individuelle, 
puisque  tout  raisonnement  qui  cesse  de 
s'appuyer  sur  des  types  ou  sur  des  exem- 
ples particuliers,  revêt  un  caractère  en 
auelque  sorte  algébrique,  et  se  renferme 
ans  des  combinaisons  rapides  de  signes 
associés  par  l'habitude. 

Examen  de$  objections  qui  peuvent  étfe 
dirigées  contre  le  nominalisme.  —  En  raison 
du  lien  de  dépendance  qu'elle  établit  entre 
la  généralisation  et  le  langage,  l'opinion  qui 
vient  d'être  développée  a  reçu  la  qualifica- 
tion de  nominalisme.  Nous  croyons  ferme- 
ment que,  réduite  à  ces  justes  proportions, 
elle  a  en  sa  faveur  la  double  autorité  des 
faits  et  de  la  raison.  L'importance  de  la 
question,  la  conviction  profonde  et  déjà  an- 
cienne, qui  nous  attache  à  la  solution  que 
nouis  avons  présentée  au  lecteur,  nous  font 
un  devoir  et  un  besoin  de  combattre  de 
toutes  nos  forces  les  préjugés  dont  le  nomi- 
nalisme  est  l'olyet.  Nous  allons,  dans  ce  but, 
soumettre  à  une  discussion  franche  et  com- 
plète toutes  les  obiections  que  les  philoso- 
phes dits  conceptuatistes  peuvent  diriger  con- 
tre lui. 

L'opinion  des  conceptualistes  peut  se  ré- 
sumer dans  ces  deux  propositions  :  1*  c'est 
par  la  comparaison  des  idées  individuelles 
que  l'intelligence  forme  les  notions  des  gen- 
res et  des  espèces  ;  mais  ces  notions  une  fois 
formées  ont  en  nous  une  existence  propre 
cl  iniépendante;   elles  sont  des  concepts 


^19 


LAN 


DICTIOiXNAIilE 


LAN 


71) 


pars  de  V entendement:  '2r  quoique  le  langage 
soit  d'un  très-grand  secours  clans  la  forma- 
tion des  idées  générales ,  on  a  tort  de  s'ima- 
giner que,  sans  Tusage  des  signes  institués, 
Thomme  serait  entièrement  incapable  de 
s*élever  jusqu'à  la  généralité;  ici,  comme 
dans  les  autres  actes  de  la  pensée,  le  langage 
offre  d'utiles  ressources,  il  n'est  pas  une 
condition  absolument  nécessaire. 

i**  En  faveur  de  la  première  de  ces  deux 
propositions  on  invoque  le  témoignage  de 
l'expérience  et  du  sens  intime.  «  On  est 
sans  doute  forcé  de  reconnaître  que  les  no- 
lions  générales  ont  leur  source  dans  les 
idées  individuelles,  qu'elles  ne  sont  dans 
le  principe  que  des  rapports  perçus  entre 
plusieurs  individus  déterminés,  et  qu'en 
raison  de  cette  origine  même  ces  rapports 
se  montrent  quelquefois  engagés  dans  les 
termes  individuels  dont  la  comparaison  nous 
lésa  révélés.  Nous  accordons ,  par  exemple, 
eue  le  nom  général  d'homme  peut  agir  sur 
I  imagination  ou  sur  la  mémoire,  et  réveil- 
ler le  souvenir  de  quelque  individu  de  notre 
espèce.  Mais,  si  nous  cédons  en  ce  point 
«u  témoignage  de  Texpérience,  pourquoi, 
sous  l'empire  de  raisonnements  pénibles  et 
forcés,  les  nominaux  refusent-ils  d'ajouter 
foi  aux  révélations  de  leur  conscience,  lors- 
qu'elle leur  découvre  en  eux-mêmes  l'exis- 
tence de  conceptions  purement  abstraites? 
N'est-il  pas  évident  qu'en  employant  des 
termes  généraux,  souvent  nous  attachons 
un  sens  précis  à  nos  paroles,  et  que  pourtant 
l'objet  exprimé  exclut  dans  notre  pensée 
toute  détermination  particulière?  Ne  pou- 
vons-nous parler  de  l'homme,  de  la  vertu, 
du  vice  sans  nous  représenter  un  homme 
petit  ou  grand,  blanc  ou  noir,  etc.  ;  sans  voir 
dans  la  veru  un  acte  de  prudence  ou  de  cou- 
rage, etc.,  dans  le  vice  un  acte  de  témérité 
ou  de  lâcheté,  etc.  ;  en  un  mot,  ne  nous  ar- 
rive-t-il  pas  mille  fois  de  concevoir  l'homme, 
la  vertu,  le  vice  sous  un  point  de  vue  pure- 
ment abstrait?  Il  v  a  donc  sans  contredit 
des  circonstances  ou  la  généralité  se  montre 
à  l'état  d'abstraction  pure  et  dégagée  de  tout 
mélange  avec  nos  iclées  individuelles.  De- 
vant ce  témoignage  de  la  conscience,  tous 
les  raisonnements  des  nominaux  ne  sont 
plus  que  de  laborieux  sophismes  dirigés 
contre  un  fait  dont  la  certitude  est  immé- 
diate et  universellement  reconnue. 

2*  (c  11  serait  assez  étrange  d'ailleurs  qu'il 
n'y  eût  dans  l'intelligence  que  des  idées 
individuelles,  quand  on  sait  que  le  langage 
n'exprime  dans  les  objets  que  ce  qu'ils  ont 
de  semblable  ;  que  le  fonds  de  toutes  les 
langues  consiste  dans  les  noms  communs  de 
substances  et  d'attributs,  et  que  les  noms 
propres  n'y  sont  qu'un  accessoire  introduit 
par  exception.  Par  quelle  singulière  bizarre- 
rie l'homme  aurait-il  fait  de  la  généralité 
l'essence  du  langage,  s'il  ne  l'avait  pas  sentie 
dans  sa  pensée?  Pour  être  exprimés,  les 
gesnres  doivent  exister  ou  dans  les  choses 
ou  dans  Tesprit.  Or  ils  n'existent  pas  dans 
les  clioses,  on  l'a  démontré  contre  les  réalis- 
tes. Il  faut  donc  reconnaître  en  eux  des 


concepts  de  Tcntcndemcnt.  Autronieui  les 
termes  généraux  seraient  vides  de  sens,  puis- 
qu'ils ne  répondraient  plus  a  rien,  soit  en 
nous ,  soit  hors  de  nous.  » 

3^  «  Pour  appuyer  leur  paradoxe,  les  no- 
minaux prétendent  en  vam  que  le  savant 
raisonne  sans  idée  comme  Talgébriste;  qu'il 
n'est  dirigé  que  par  des  associatiocs  de 
signes,  et  qu'ainsi  la  vérité  scientifique  est 
renfermée  dans  des  combinaisons  purement 
veri>ales.  En  se  laissant  entraîner  jusqu'à 
ces  étranges  assertions,  ils  ont  ouvertement 
trahi  l'absurdité  de  leur  hypothèse.  La  v^ 
rite  réside  dans  les  idées  et  dans  leurs  rap- 
ports entre  elles  ou  avec  les  choses;  ellee&t 
indépendante  de  toute  convention:  c'est  la 
dégrader  et  la  détruire  que  la  placer  dans 
les  mots.  Que  Hobbes,  qui  n'admet  eu  nous 
que  des  sensations  et  qui  dépouille  impitoya- 
blement Tesprit  humain  de  toutes  ses  ri- 
chesses intellectuelles ,  ne  voie  dans  la  vé- 
rité générale  qu'une  liaison  de  signes  opérée 
par  le  verbe  éire^  il  est  d  accord  avec 
lui-même.  Vous  qui  faites  profession  d*uD« 
doctrine  plus  noble,  laissez-lui  avec  son 
grossier  sensualisme  la  conséquence  absurae 
qu'il  n'a  pas  craint  d'en  tirer  1  » 

Passons  maintenant  à  la  seconde  proposi- 
tion des  conceptuaiistes ,  et  résumons  toutes 
les  raisons  qui  tendent  à  prouver  que  le 
langage  n'est  pas  absolument  nécessaire  à 
la  formation  des  idées  générales. 

1**  (c  On  ne  peut  nier  que  Tanalyse  ne  soit 
antérieure  à  l'emploi  des  signes,  puisque 
sans  analyse  il  n'y  aurait  pas  d'idées,  et  que 
sans  idées  on  n'aurait  rien  à  exprimer.  La 
pensée  est  donc  nécessairement  antérieure 
au  langage,  et  ainsi  les  idées  générales  exis- 
tent dans  l'esprit  avant  les  signes  institués. 
La  parole  peut  les  rendre  plus  distinctes» 
.les  imprimer  plus  profondément  et  les  iiier 
d'une  manière  plus  durable  dans  la  mémoi- 
re; mais  elle  les  suppose  toujours  dans 
l'intelligence.  Autrement  il  faudrait  admet- 
tre que  nous  pouvons  constituer  un  signe 
sans  avoir  conçu  préalablement  la  cbose 
signiQéc. 

2'  «  A  entendre  les  nominaux,  on  serait 
tenté  do  s*imaginer  que  la  généralisation 
est  une  opération  attiucielle  et  forcée.  Pour- 
tant l'expérience  prouve  que  cette  œuvre, 
dont  la  difTiculté  prétendue  effraie  leur  ima- 
gination, est  quelquefois  simple,  aisée,  na- 
turelle. Ne  sait-on  pas  en  effet,  que  Thomme 
qui  observe  peu  est  surtout  frappé  des  res- 
semblances qui  existent  entre  les  objets, 
et  que  les  différences  échappent  à  son  pre- 
mier examen?  Si  la  ressemblance  est  ce 
qu  il  y  a  de  plus  saillant  dans  nos  idées  in- 
dividuelles» comment  est-il  donc  si  pénible 
pour  Tesprit  d'écarter  des  différences  qui 
s'effacent  d'elles-mêmes?  Quand  j'observe 
la  blancheur  du  lait,  du  papier,  de  la  toile, 
ne  suis-je  pas  à  peu  près  identiquement  ai- 
fccté?  Ai-je  beaucoup  à  retrancher  de  m^^ 
idées  individuelles  pour  en  former  ooequi 
soit  applicable  tout  à  la  fois  à  la  toile,  «a 
lait  et  au  papier?  Ces  généralisations  faciie^ 
ne.paraissent  pas  même  hors  de  la  porti^ 


rii 


LAN 


D'ANTHROPOLOGIE. 


LAN 


des  aniioaux.  Un  chien  d«  chasse  annonce 
par  des  signes  distincts  i^pèce  de  gibier 
dont  il  a  trouTé  la  piste.  Kr  a-t-H  pas  alors 
60  lui  quelque  chose  de  lort  approchant 
«fane idée  générale?  On  cite  mille  traits 
qui  dénotent  dans  les  animaux  une  ébauche 
de  raisonnement.  Or  comment  pourraient- 
ils  atteindre  la  limite  où  le  raisonnement 
commence,  s'ils  n'avaient  au  moins  entrevu 
ce  qu*il  y  a  de  commun  entre  les  idées  indi- 
fidoelles  qui  leur  sont  familières? 

3"  «  Pour  sentir  combien  le  nominalisme 
exagère  les  difficultés  de  la  généralisation , 
il  suffit  d*observer  un  moment  cet  acte  de  la 
pensée  dans  les  eniants.  Les  premiers  nonu» 
qu'ils  apprennent  n'ont  pour  eux,  dans  le 
principe,  qu*un  caractère  individuel.  Le  mot 
arbre  ne  désigne  d  abord  pour  un   enfant 
que  le  végétal  qu'on  lui  a  montré  en  pro- 
conçant  ce  mot.  Mais  avec  quelle  prompti- 
tude il  sait  en  laire  une  application  géné- 
rale !  Qu'un  autre  végétal  s'offre  à  ses  re- 
gards, il  n'en  demandera  plus  le  nom;  11  lui 
appliquera  aussitôt  celui  dont  vous  l'avez 
mis  en  possession,  et  il  répétera  ce  même 
nom  en  [xésence  de  tous  les  arbres  qu'il 
ren' outrera.  Or  expliquez-nous   comment 
l'enfant  à  peine  pourvu  d'un  seul  si^ne  en 
fait  immédiatement  usage  pour  généraliser 
^es  idées.  Quoi  !  avec  un  seul  mol  il  va  en 
une  minute  former  un  concept  général  ;  et 
avant  la  possession  de  ce  puissant  talisman, 
il  ne  pouvait  encore  concevoir  que  des  phé- 
liomênes  individuels?  Franchement,    vous 
attribuez  là  au  langage  une  vertu  trop  mira- 
culeuse, et  il  me  semble  plus  naturel  de 
{«enser  que  cette  brusc|ue  application  des 
{•remiers  signes  à  plusieurs  ot>jets  sembla- 
i^les  est  le  résultat  d'une  faculté  spéciale 
tjui  agit  par  elle-même  et  indépendamment 
ue  la  parole. 

V"  %  Que  les  mots  servent  à  séparer  d^une 
manière  plus  nette  le  sujet  de  ses  modifica- 
tions, nous  sommes  disposés  à  l'admettre; 
mais  ce  n'est  point  en  eux  qu'il  faut  cher- 
cher l'origine  de  la  distinction  fondamentale 
établie  entre  les  sujets  et  leurs  attributs. 
Supposez  qu'un  sourd-muet  sans  éducation 
tienne  dans  sa  main  un  morceau  de  cire  et 
lui  donne  successivement  les  formes  d'un 
tube*  d'un  globe,  d'une  pyramide,  etc.,  l'ob- 
jet n*est-il  pas  toujours  le  même  à  ses  jeux 
et  n>n  a-t-il  pas  vu  les  diverses  transforma- 
tions? Identité,  variation,  voilà  ce  que  cous 
distioguons  en  toute  chose,  indépendant- 
meut  du  langage.  Or  ce  qui  demeure  est  la 
substance,  ce  uni  varie  c  est  le  mode.  Il  est 
donc  impossible  de  ne  pas  distinguer  le 
mode  de  la  substance  à  l'occasion  des  chan- 
uements  ou  des  phénomènes  qui  se  repro- 
duisent partout  à  nos  yeux. 

5*  «  Ce  que  nous  venons  de  dire  de  la 
substance  et  du  mode  peut  s'appliquer  à 
toutes  les  conceptions  du  sens  commun.  H 
n'en  estpasuneseulequi  ne  se  manifeste  dans 
riiofome  dès  les  premiers  jours  de  sa  vie. 
L»*iiispi ration  n'attend  pas,  pour  nous  éclai- 
rer^  tes  lentes  analyses  de  la  réflexion,  ks 
t^xtiifs  secours  du  langage  ;  elle  fait  surg>r 


dans  nos  Ames  immédiatement  et  par  sa 
seule  vertu  les  notions  fondamentales  de  la 
substance,  de  la  cause,  de  la  durée,  de  l'es- 

Face,  du  fini  et  de  l'infini.  S*il  est  vr«,  que 
action  du  sens  commun  soit  antérieure  à 
tout  emploi  des  signes  institués,  et  qu'elle 
marque  ses  produits  du  caractère  de  l'uni- 
versalité, comment  pouvez-vous  soutenir 
que,  sans  le  secours  des  signes  institués, 
1  homme  serait  réduit  à  un  petit  nombre  d'i- 
dées individuelles.  » 

Nous  avons  faissé  les  adversaires  du  no- 
minalisme produire  librement  toutes  leurs 
raisons  sans  les  interrompre.  En  mêlant  nos 
critiques  à  l'exposé  de  leurs  arguments, 
nous  aurions  craint  d'affaiblir  l'impression 

3 ne  le  conceptualisme  est  capable  de  pro- 
uire  sur  les  esprits.  Quelque  vive  qu'ait 
pu  être  cette  impression  sur  le  lecteur,  j'es- 
père qu'il  voudra  bien  suspendre  son  juge- 
ment et  écouter  notre  réponse  avec  impar- 
tialité. Reprenons  successivement  tous  les 
raisonnements  de  nos  adversaires,  nous 
parviendrons  peut-être  à  prouver  qu'il  n'y 
en  a  pas  un  seul  qui  soutienne  l'examen. 
1*  En  ce  qui  concerne  la  première  propo- 
sition, on  peut  écarter  d'abord  les  deux 
derniers  raisonnements  des  conceptualistes, 
en  montrant  que  l'opinion  des  nominaux 
y  est  dénaturée  en  elle-même  ou  mal  atta- 
quée dans  ses  conséquences.  Pour  être  ex- 
primés, les  genres,  a-t-on  dit,  doivent  exis- 
ter dans  les  choses  ou  dans  l'esprit.  Or  ils 
ne  sont  pas  dans  les  choses  :  donc  ils  exis- 
tent dans  Tesprit;  et,  par  conséquent,  l'o- 
pinion des  nominaux  est  fausse.  Prenez 
garde;  vous  vous  hâtez  beaucoup  trop  de 
conclure  contre  nous.  Nous  ne  nions  pas 
l'existence  des  genres  dans  l'esprit  humain  : 
nous  savons  fort  bien  que  les  mots  qui  les 
expriment  ont  un  sens,  et  qu'ils  expriment 
une  conception  réelle.  Seulement,  il  nous 
semble  que  cette  conception  n'est  ni  isolée,, 
ni  indépendante,  qu'elle  n'est  qu'un  point 
de  vue  pris  dans  quelque  idée  individuelle. 
Pour  que  votre  raisonnement  fût  concluant, 
•il faudrait  faire  voir  que,  si  les  eenres 
n'existent  vas  dans  les  choses,  ils  ooivent 
avoir  dans  l'esprit  une  existence  à  ^art,  iso- 
lée, indépendante.  Hais  la  disjonctive  ainsi 
posée  deviendrait  fausse  ;  car  il  est  évident 
que  l'on  peut  exprimer  des  conceptions  par- 
tielles, pourvu  qu  elles  soient  distinctes 
Sans  cela,  il  eût  été  impossible  de  nommer 
les  diverses  qualités  perçues  dans  un  même 
objet ,  puisqu'en  les  percevant  ainsi ,  on  ne 
les  a  pas  encore  détacnées  de  leur  substance. 
Vous  avez  donc  essayé  de  donner  le  change 
sur  notre  opinion  :  vous  l'avez  dénaturée , 
au  lieu  de  la  détruire.  Encore  une  fois,  il 
n'est  Las  question  de  décider  si  les  genres 
sont  oes  conceptions  réelles  :  il  s'agit  sim- 
plement desavoir  si  ces  conceptions,  dont 
nous  reconnaissons  comme  vous  l'exis- 
tence, sont  ou  ne  sont  pas  réellement  abs* 
traites. 

2*  Vous  nous  reprochez  ensuite  de  rendra 
la  vérité  purement  nominale,  parce  que, 
selon  nous,  le  savant  n'est  souvent  dirigé 


723 


Lan 


DiCTlONKAIRE 


LAN 


:ii 


dans  ses  raisonnements  que  par  des  combi- 
naisons habituelles  de  signes.  La  consé- 
quence qu'il  vous  plaît  de  tirer  de  nos  paro- 
les, est  vraiment  étrange I  Quoi  I  parce  qu'un 
homme,  après  avoir  jugé  mille  fois  que  la  re- 
li^on  est  utile,  se  dispensera  dans  la  suite  de 
verifler  celte  proposition  par  la  comparaison 
des  idées,  sera-t-il  permis  de  prétendre  qu'il 
place  la  vérité  dans  les  mots?  N'est-il  pas 
c^lair  que  la  proposition  est  alors  pour  lui  le 
si^ne  d*un  rapport  qu'il  n'examine  plus, 
[)arce  qu'il  l'a  souvent  affirmé  après  exa- 
men? Quand  Talgébriste  transforme  des 
équations  pour  les  résoudre,  il  n'attache  ac- 
tuellement aucune  idée  aux  caractères  dont 
il  fait  usage.  Conclurez- vous  de  là  que  la 
vérité  algébrique  est  tout  entière  dans  les 
lettres?  Non,  sans  doute.  Vous  n'ignorez  pas 
que  les  premières  équations  traduisent  les 
idées  de  rapport  contenues  dans  l'énoncé  du 
problème,  et  gue  la  légitimité  des  transfor- 
mations a  été  antérieurement  démontrée. 
L'algébriste  sait  bien  que  les  combinaisons 
de  termes  qu'il  forme,  suivant  des  règles  qui 
lui  sont  familières,  correspondent  à  des  rap- 
ports réels  :  il  n'a  fas  créé  sa  laniue  sans 
Klé«s;  mais  quand  il  a  contracté  l'habitude 
de  s'en  servir,  il  se  laisse  guider  par  elle  avec 
conQanee;  il  croit  avec  raison  à  son  infailli-î 
bilité.  En  un  mot,  nous  vous  accordons  bien 
volontiers  qu'il  n'y  a  de  vérité  que  dans  les 
idées;  mais  il  ne  suit  pas  de  là  que  le  savant 
soit  toujours  obligé  de  raisonner  sur  les  idées 
mômes  ;  qu'il  ne  puisse  pas  se  renfermer  dans 
des  combinaisons  verbales,  dont  il  a  précé- 
demment constaté  la  valeur.  Quant  à  l'assi- 
milation que  vous  avez  faite  de  nos  opinions 
avec  celles  de  Hobbes,  nous  laissons  au  lec- 
teur le  soin  de  l'apprécier.  Ce  serait  faire 
injure  à  son  intelligence  que  d'imaginer 
qu'il  pût  y  avoir  autre  chose  qu'une  fausse 
et  vaine  déclamation ,  ajoutée  au  raisonne- 
ment, pour  en  pallier  la  faiblesse. 

3"  Reste  le  premier  raisonnement,  dans  le- 
quel vous  nous  opposez  le  témoignage  de  la 
conscience.  Examinons  si,  en  effet,  la  cons- 
cience a  rendu  contre  nous  une  décision  posi- 
tive,,8i  elle  est  vraiment  compétente  sur  cette 
question.  La  conscience  ne  nous  révèledistinc- 
tement  que  ce  qui  est  distinct  dans  notre  es- 
prit. Toute  idée  confuse  est  pour  elle  comme 
si  elle  n'était  pas.  Aucune  proposition  néga- 
tive ne  peut  donc  être  vériûée  nar  son  seul  té- 
moignage, car  on  peut  nier  1  eustence  d'un 
{Phénomène,  uniquement  parce  qu'il  est  con- 
lis.  Ne  consultez,  par  exemple,  que  le  senti- 
m en  t  intérieur  sur  le  fai  t  de  la  sensation  :  vous 
croirez  éprouver  la  douleur  dans  les  orga- 
nes, et  vous  nierez  l'existence  du  jugement 
qui  produit  cette  illusion.  Eh  bi^nlsur  le 
fait  débattu  entre  nous,  votre  préten  lu  té- 
moignage de  conscience  n'est-il  pas  négatif? 
Votre  raisonnement  ne  peut-il  pas  se  résu- 
mer ainsi?  Aucune  conception  individuelle 
n?  me  paraît  jointe  à  mes  idées  générales, 
quand  je  prononce  les  mots  de  vertu  et  de 
Vice.  Donc  ces  idées  générales  sont  de  pures 
a  >$lractions.  Mais  que  l'idée  générale  soit 
abstraite  ,  comme   vous  le  prétendez ,  ou 


qu'elle  demeure  liée  à  quelque  idée  iDdlvi^ 
(luelle,  comme  nous  l'avons  soutenu,  je  dis 
que,  dans  les  deux  cas,  le  fait  reste  le  même 
aux  yeux  de  la  conscience.  Car,  dans  rhvpih 
thèse  des  nominaux,  quand,  en  raison  deTha- 
hitude,  l'esprit  se  concentre  exclusivement 
sur  un  point  de  vue  général,  pris  dans  une  idée 
iniividuelle.  Tel émebt  général  de  notre  con- 
ception se  détache,  ainsi  que  nous  Tavoib 
dit,  avec  claKé  sur  le  fond  de  là  conscieme» 
l'élément  individuel  s^efTace  et  demeure  dans 
rornbre,  et  notre  intelligence  se  persuaJ»! 
qu'il  a  cessé  d'exister,  parce  qu'il  ne  lui 
Oîffe  plus  que  quelques  traits  brouillés  cl 
confus. 

Dans  la  seconde  partie  de  TOlre  argoraen- 
tation,  vous  débutez  par  un  sophisme  gros- 
sier. !•  La  pensée,  dites-vous,  est  aiiténeuri? 
au  lansage  qui  l'exprime.  Donc  les  idées 

SénéraTes  existent  avant  les  signes.  Pour 
onner  un  sens  raisonnable  à  cet  argument, 
il  faut  supposer  qu'il  s'agit,  dans  la  conclu- 
sion, des  signes  généraux.  Car,  sîronpri- 
tendait  que  l'idée  générale  dût  exister  av?ni 
toute  espèce  de  signes,  )a  proposition  seraii 
absurde.  Il  est  clair,  en  effet,  que  nous  pou- 
vons attacher  des  signes  à  des  idées  c^in  ne 
sont  encore  qu'individuelles.  Oserait -f»ri 
maintenant  soutenir  que  les  noms  proprp> 
ne  seraient  d'aucun  usage  dans  la  formaiion 
des  idées  générales?  En  un  mot,  teul-oa 
prouver  que  les  idées  générales  sont  anié-i 
rieures  à  toute  espèce  de  signes?  on  tonil-"» 
dans  l'absurdité  :  se  borne-l-on  à  soalen'r 
qu'elles  existent,  avant  d'être  attachées  \  dis' 
noms  communs?  on  n'énonce  plus  q^iw. 
vérité  simple^  que  nous  ne  sommes  ni  tente* 
ni  obligé  de  combattre. 

2*  On  ajoute  que  c'est  surtout  la  resseni' 
blanoe  qui  nous  frappe  dans  les  choses ;»p* 
souvent  les  différences  ne  se  montrent  \t^ 
et  qu'ainsi  il  n'est  pas  diflîcile  de  les  éoariprj 
Mais  la  ressemblance  et  la  différence  s<Qf 
deux  idées  corrélatives  qui  ne  vont  pas  l'un 
sans  l'autre.  Si  l'on  n'aperçoit  aucune  ditîé 
rence  entre  deux  objets,  il  n'est  pas  juste  à 
dire  qu'on  ait  aperçu  leur  ressemblance  :0( 
les  a  confondus.  L'enrant  qui  est  identiqut* 
ment  affecté  par  la  blancheur  du  lait,  du  f* 
pier,  de  la  toile,  n'a  pas  pour  cela  une  no 
tion  générale  de  la  blancheur  :  il  confoo. 
entre  eWes  les  nuances  diverses  que  la  »>» 
leur  lui  présente  dans  ces  trois  objets  ;  et  f«! 
trois  idées  individuelles  n'en  font  Qu'un*] 

f)arce  qu'il  n'en  a  pas  encore  démêlé  les  chf 
érences.  Pour  soutenir  cette  assimiiatioj 
dès  idées  confuses  avec  les  idées  générales 
on  ne  craint  pas  d'avancer  que  les  animaui 
môme  s'élèvent  quelquefois  jusqu  à  la  ^ 
néralisation  ;  qu'un  chien  de  cliasse,  r^ 
exemple,  annonce  à  son  maître,  par  des  s 
gnes  déterminés,  l'espèce  de  gibier  qaj 
poursuit.  A  ce  compta  un  enftnt  do  drf 
jours  conçoit,  d'une  manière  abstraite.! 
douleur  et  «es  diverses  espèces  ;  car  il  n«] 
méprend  jamais  dans  remploi  des  siF 
propres  à  manifester  ce  senHinent  ;  cl,  at 
un  peu  d'habitude,  on  parvient  à  disccnr 
au  moyen  de  ces  signes,  l'esiéce  et  leur 


UN 


D^ANTUROPOLOCIE. 


LAN 


7i« 


«le  sa  âoiiffrance.  NVsl-i.  pas  évident  qu*ici 
l'aniuial  et  l'enfant  sont,  dans  la  production 
des  signes,  eiurainés  par  leur  instinct,  qu'ils 
sont  sous  Tempiro  d'i(!ées  indÎTÎdueiles  for- 
tement associées,  et  qui  se  réveillent  înslan- 
tanénient  les  unes  jar  les  autres?  Tous  les 
jours  BOUS  agissons  eniore  en  vertu  de  ces 
fausses  apparences  de  ^néralisation  ;  et 
notre  raison,  U'acuird  avec  la  conscience, 
cous  assure  que  c'est  Tinslinct  qui  nous 
4iinge. 

1*  Le  troisième  raisonnement  est  déîà  im- 
pliritemeaL  réfuté.  Il  suffit  de  confondre 
ueui  oi^e^s  pour  leur  donner  la  même  nom. 
Ouand  lenbul,  après  avoir  appliqué  le  nom 
d'arbre  à  un  pommier,  remploie  ensuite 
I  our  désigner  un  poirier  ou  un  cerisier,  il 
n'a  pas,  pour  cela,  l'idée  générale  d'arbre; 
UMs^  en  raison  de  la  ressemblance  des  deux 
objets,  le  second  réveille  vivement  le  sou- 
wenir  du  premier  ;  et  le  souvenir  du  premier 
api^Ile  h  sa  suite  le  nom  qui  y  est  associé. 
D'ailleurs,  longtemps  avant  d  articuler  des 
sons  et  de  les  employer  eTt^^'rieurement 
«onime  signes,  l'enfant  a  gravé  quelques 
mots  dans  son  esprit.  Quand  il  commence 
à  se  faire  entendre,  il  possède  déjà,  depuis 
l'Iosieurs  mois,  quelques  éléments  de  la  pa- 
role. Les  lon^  efforts  qu'il  feit  pour  arti- 
culer les  sons,  Trouvent  assez  que  ces  sons 
ont  déjà  pour  lui  un  caractère  significatif, 
et  qu'il  en  connaît  l'usage.  Or  cette  parole 
intérieure,  dont  il  ne  pouvait  encore  se  ser- 
Tir  pour  communiquer  sa  pensée,  en  secon- 
«lait  en  lui  les  progrès  et  préparait  Tceuvre 
t]>i'il  vous  plait  ue  regarder  comme  im- 
iiiéiiate. 

i*  Le  quatrième  et  le  cinquième  argument 
r»?ntrent  l'un  dans  Tautre,  car  le  dernier  n'a 
d'autre  but  que  d'étendre  à  toutes  les  con- 
ceptions du  sens  commun  ce  nue  Ton  n'avait 
appliqué  dans  le  premier  qu  à  la  notion  de 
la  substance.  Cependant  nous  les  laisserons 
£é;jarés,  et  nous  ferons  à  chacun  d'eux  une 
réponse  distincte.  Un  bomme  privé  du  lan- 
^^e  distîn^e  dans  un  morceau  de  cire, 
qui  prend  entre  ses  mains  des  formes  di- 
verses, l'identité  de  la  substance,  et  la  va- 
riété des  modifications,  et  Ton  ooneint  de  là 
qu'il  a  ridée  générale  de  la  substance  et  dn 
n)«jde.  J'ai  beau  souder  ce  raisonnement,  je 
ny  trouve  qu*une  pétition  de  princij>e.  Si  cet 
homme  n'a  d'abord  qu'une  idée  individuelle 
du  morceau  de  cire  qu'il  tient  dans  sa  main, 
il  ne  ccmçoit  pas  la  division  des  mo  ]es  dé  la 
cire  en  deux  classes,  dont  l'une  rtnfenne- 
rait  des  çinalités  essentielles,  l'autre  desim- 
I  les  accidents.  Tous  les  modes  d'une  subs- 
tance, quand  on  la  considère  dans  son  indi- 
▼idualité,  sont  essentiels.  Qu'un  .^-enl  de  ces 
modes  vienne  à  changer,  la  substance  cesse 
évidemmcLt  d'être  la  même.  Prétendre  quo, 
pour  l'homme  dont  on  parle,  !a  substai  ce 
de  la  cire  n'a  [as  clause  en  changeant  de 
forme,  c'est  supposer  qu'il  n'avait  f"as  com- 

Î^ris  la  forme  dans  son  idée  de  la  cire;  c'est 
ai  prêter  à  l'avance  une  notion  abstraite  et 
fénérale,  rans  s'expliquer  d'où  elle  peut  lui 
Ire  venue.  •  Mai«, ajcu'.era-l-on,  s  le  moin- 


dre changement  de  modification  détruit  l'i- 
dentité de  l'olijet,  comment  se  fait-fl  mi'un 
chien  reconnaisse  son  maître  sous  les  envers 
costumes  dans  lesquels  il  se  manifeste  à  sa 
vue?  Ne  semble-t-il  pas  résulter  de  votro 
opinion  que  son  maître ,  en  changeant  d'ha- 
bit, cesse  u'étre  pour  lui  l'homme  h  qui  il  s'est 
«ttaché?  »  A  parler  rigoureusement,  le  chan- 
gement dont  on  parle  altère  l'identité.  Pour- 
tant les  affections  qui  attachent  l'animal  à 
son  maître  se  réveillent  eu  lui,  parce  nu'eHes 
ne  tiennent  pas  immédiatement  à  l'idée  des 
rétements,  et  qu'elles  sont  liées  à  d'autres 
perceptions  individuelles,  qui  n'ont  pas  subi 
d'altération  sensible,  notamment  à  celles  de 
l'odorat.  Les  sentiments  de  l'animal  sont 
donc  toujours  subordonnés  à  une  ou  plu- 
sieurs impressions  individuelles  que  la  vue 
de  l'objet  fait  renaître,  et,  quoiqu'il  ne  soit 
dirigé  que  par  un  ensemble  d'impressions 
déterminées,  il  agit  aussi  sûrement  qu'il 
pourrait  le  faire  avec  des  notions  abstraites 
d'idcndité  et  de  variété,  de  substance  et  de 
mode. 

5*  Enfin  nous  avouons  que  l'action  du  sens 
commun    est    antérieure   au    langage,    et 
qu'elle  marque  tous  ses  produits  d  un  carac- 
tère d'universalité.  11 7  a   une  distinction 
nette  et  tranchée  entre  les  conceptions  uni- 
verselles et  les  notions  générales.  La  con- 
ception de  l'espace   est   universelle  ;  elle 
subsiste    par    soi  ,    elle    est    nécessaire  , 
elle   n'a  qu'un  objet,  et   cet  objet  est  im- 
muable et  infini.  Est-elle  générale?  ce  se- 
rait une  erreur  grossière  que  de   le  sup- 
poser ;  car  elle  n'e^t  pas  un    produit  de  la 
comparaison  ;  elle  ne  s'applique  pas  à  plu- 
sieurs objets  semblables  :  elle  n'est  pas  un 
pointdevuecommunetabstrait,prisentreno$ 
idées  individuelles  de  lieu.  La  notion  de  l'é- 
temitéest  universelle  :  cela  ne  veut  certes  pas 
dire  qu'elle  résulte  d'une  abstraction  opérée 
sur  les  idées  que  nousavonsdes  diverses  du- 
rées finies.  La  notion  de  cause  est  universelle, 
quand  elle  représente  l'action  toute-puis- 
sante de  Dieu.  Or,  quelle  que  soit  l'ongine 
de  l'iiiée  de  la  toute-puissance  ,  il  est  évi- 
dent qu'on  ne  l'a  pas  déduite  par  le  mo^en 
de  la  généralisation,  des  perceptions  indivi- 
duelles qui  nous  révèlent  les  actions  des 
é«res  créés.    Vuniccrsel  diffère  autant  du 
général  que  Tinfini  diffère  du  fini ,  l'absolu 
du  relatif.  Il  n'y  a  donc  aucune  contradiction 
h  soutenir  que  l'homme  conçoit  l'univer- 
sel avant  l'usage  des  signes ,  et  que  le  gé- 
néral ne  se  montre  à  lui  que  plus  tara , 
cfuand  la  parole  vient  se  joindfre  comme 
auxiliaire  obligée  à  notre  puissance  d'ana* 
lyse.  Les  concepts  universels  ne  se  produis 
sent  que  sous  la  forme  de  sentiments.  Pour 
losintelli-^ences  vulgaires,  même  après  l'u- 
sage de  !a  parole,  ces  concepts  ne  sont  encore 
que  des  inspirations  confuses,  et  qui  ne  se 
uétermioent  que  dans  des  actes  dont  le  mo- 
bile est  irréfléchi.  Si  Ton  excepte  les  philo- 
sophes, dont  les  idées  sur  ce  sujet  sont 
moins  précises  qu'ils  ne  l'imaginent,  les 
hommes  savent-ifs  bien  ce  que  c'est  en  gé- 
néral que  la  substance  ou  la  cause?  une  sç^ 


w 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


m 


crèle  et  nécessaire  .impulsion  leur  fait  une 
loi  de  ramener  tous  leurs  jugements  à  une 
seule  forme,  qui  est  le  rapport  de  1  attribut 
au  suiel  :  ils  obéissent  à  cet  instinct  sans 
avoir  d'idée  générale  et  abstraite  du  mode  et 
de  la  substance.  Quant  au  principe  d  induc- 
tion, pour  en  faire  Tapplicalion ,  il  sullit  a  a- 
voir  associé  quelques  idées  individuelles. 
Vn  enfant  s'est  brûlé  à  la  flamme  d  une  bou- 
«çie  :  s'il  voit  une  autre  bougie  allumée,  il 
se  gariera  d'y  porter  la  main,  parce  que  cette 
'vue  éveille  le  souvenir  de  la  flamme  qui  l  a 

brillé,  et  de  la  douleur  qu'il  a  éprouvée,  et  _ 

f|ue  le  souvenir  de  la  douleur  fait  naître  en     j;;;^^'  "^^W^^^       ^Via  parole?  QueUe  mar 
.  lui  un  sentiment  de  cra  nte.Pans  ce  fait  et     ^^J'I^^^^^^^  Voilà  ce  qn. 

dans  beaucoup  d'autres,  le  prmciped  indue-     ?,^^  ^^^V^X  éclaircir  par  des  obsemlions 
lion  n'e5t  qu'une  tendance  nécessaire  h  éta-    J  «nra^s  voum  et  a         i         ^^^^ 
blir  un  rapport  de  causahlé  entre  des  idées     exactes,  et^J^^?  J^  J^^  ^^^^  j,^^,^  traitéui, 
ou  des  phénomènes  indiviUueis.  .     pr^ij-ai  j^  moins  recommandé  à  Ut- 

En  résumé,  l'instinct  ou  le  sens  commun     mais  je  i^finrai  ou  iiioh_  ^^  ^^^^^  ^^^^  ^^^^^ 


tés  morales  et  physiques,  s'il  en  est  une  qui 
reste  en  arrière,  celle-là  met  obstacle  à  la- 

vancement.  ^  .     ,  i  *  . 

«  En  effet,  pour  apprécier  les  sons,  il  faut 
de  l'oreille  ;  pour  les  articuler,  de  la  sou- 
plesse dans  le  gosier.  L'intelligence  esi  in- 
dispensable pour  comprendre  les  mois,  ei 
la  mémoire  pour  les  retenir.  Quand  ic  tels 
dons  se  trouvent  réunis  à  un  degré  évarnnu 
ce  qui  est  rare ,  l'enfant  parle  assez  men  à 

deux  ans.  ^    ^      .  •  w  • 

«  Mais  comment  cet  enfa.nt ,  si  loféneor 
aux  animaux  du  même  âge  sous  tant  de  rap- 
ports, réussit-il  à  se  mettre  en  possession 


nous  inspire  :  la  réflexion  seule  peut  nous 
éclairer.  Les  conceptions  de  l'un ,  rapides  et 
confuses,  ne  sont  pas  encore  des  connais- 
sances ;  elles  ne  sont  que  des  sentiments. 
Les  notions  que  produit  l'autre  sont  distinc- 
tes et  claires;  le  dernier  terme  de  leur  dé- 
veloppement est  dans  l'acte  de  généralisa- 
tion. L'instinct  est  l'origine  des  conceptions 
universelles  et  du  langage.  La  réflexion, 
après  avoir  développé  les  premiers  germes 
du  langage  qu'elle  emprunte  à  l'instinct,  em- 
ploie la  parole  comme  instrument  pour  ré- 
duire les  connaissances  à  la  forme  précise  de 
la  généralité.  11  n'y  a  dans  ce  tableau  de  la 
formation  de  nos  idées  rien  à  retrancher,  rien 
à  désavouer.  Tout  v  est  disposé  dans  un 
ordre  naturel  ;  il  offre  des  contrastes  ;  on 
y  chercherait  en  vain  des  contradictions; 
et  après  une  discussion  exacte  et  conscien- 
cieuse, je  ne  crains  pas  de  le  présenter  au 
lecteur  comme  l'expression  fidèle  de  1  intel- 
ligence humaine. 

COHMENT  LES  ENFANTS  APPRENNENT  A  PAR- 

i^ER,  _  Avant  de  citer  les  opinions  de  quel- 
ques philosophes  sur  la  question  du  langage, 
nous  croyons  convenable  de  reproduire  ici 
un  chapitre  que  nous  extrayons  d'un  livre 
fort  remarquable ,  V Education  progressive  , 

S ar  madame  Neckerde  Saussure.  Nous  ne 
outons  pas  que  ce  chapitre  qui  a  pour  titre: 
Comment  les  enfants  apprennent  à  parler, 
ne  soit  lu  avec  un  vif  intérêt;  il  jette  plus 
de  lumière  sur  le  problème  de  l'origine  de 
nos  idées  que  tout  le  fatras  des  philoso- 
phies  surannées  des  derniers  siècles. 

De  mn  fa  Me  raison  je  fis  rapP^'^nl^s^^ff**  î 
Frapcû  ilii  90»  lies  mots,  aii**iitir  a  ix  objeK, 
Je  ré\*éi»\  U»  KO  IIS.  je  disih'guai  les  irniis , 
Je  connus,  je  nouiaiai,  je  caressai  n»oii  iièn*... 

(  Raci?ib  ie  (Ut.  ) 

«  La  fin  de  la  seconde  année  est  remar- 
quable  chez  les  enfants  par  les  rapides  pro- 
j^rès  qu'ils  font  ordinairement  dans  le  lan- 
^a^e.  Tous  parviennent  à  s'énoncer  bien  ou 
mal,  mais  on  remarque  entre  eux  de  gran- 
des différences;  déjà  rinégale  distribution  des 
fions  de  la  nature  se  fait  sentir.  L'art  de  par- 
ler exigeant  le  concours  de  plusieurs  facul- 


tention  des  mères.  Rien  ne  neut  être  plus 
intéressant  que  de  voir  l'intelligence  sortir 
peu  à  peu  du  nuage  qui  l'enveloppait,  preii- 
dre  un  léger  essor  chaque  fois  qu  elle  dé- 
couvre une  expression  nouvelle,  et  faire 
servir  ses  premiers  succès  à  en  obtenir  tou- 
jours de  plus  grands.  L'enfant,  encore élran- 
ffcr  dans  le  monde  des  choses  au  il  connaît 
à  peine,  sent  bientôt  le  besoin  d  entrer  dans 
le  monde  des  mots  qui  y  correspond  et  qui 
fournira  bientôt  des  instruments  à  sa  pen- 
sée. Alors  commence  pour  lui  une  existenu' 
plus  intellectuelle,  une  existence  où  le^ 
images  et  les  désirs  tumultueux  qu  elles  fi- 
citent  régnent  toujours,  mais  où  il  s  intro- 
duit  pourtant  un  élément  plus  tranquille. 

«  Voici  les  faits  une  j'ai  pu  recueillir,  aidée 
du  secours  de  quelques  mères  : 

«  11  y  a  des  mots  qui  se  détachent ,  daiis 
le  jeune  esprit,  de  la  phrase  dont  ils  M 
partie  et  y  occupent  une  place  à  part.  Dere 
nombre  sont  d'abord  les  noms  ou  les  signes 
attachés  aux  personnes  ou  aux  choses  qiii 
attirent  l'attention  des  enfants.  Ils  en  répè- 
tent volontiers  la  syllabe  la  plus  marquante 
ce  qui  a  donné  l'idée  de  former  de  syllawî 
redoublées  les  premiers  mots  quou  leur 
apprend.  Ceux-ci  ne  sont  autre  chose  que 
les  articulations  dont  se  composait  le  ri- 
mage  naturel  de  l'enfant  avant  qu  il  coifr 
mençât  à  parler.  Ainsi,  à  l'Age  de  sept  oj 
huit  mois,  il  prononçait  continuellemert 
les  syllabes  pa,  ma,  da,  mais  sans  y  allacw 
de  sens.  Lorsqu'il  vient  à  les  associer  pif 
la  suite  à  l'idée  de  certains  objets,  et  à  en 
faire  ainsi  un  langage,  c'est  qu  on  a  cm 
soin  de  lui  en  donner  l'exemple  ;  mais  ce» 
là  ce  qui  a  été  le  moins  observé. 

«  Il  paraît  sans  doute  assez  simple  qu« 
Tenfant  apprenne  à  nommer  les  objets  ma- 
tériels, quand  on  les  lui  a  souvent  mon- 
trés en  proférant  certains  sons  ;  la  chose  e- 
veille  ensuite  l'idée  du  mot,  et  le  nioict'''* 
de  la  chose.  Mais  il  est  plus  difficile  de  con- 
cevoir comment  il  attache  un  signe  ace q^^^ 
n'existe  pas  corporellement.  Les  actions,  p«r 
exemple,  toujours  exprimées  ou  suppo^^ 
parles  verbes,  les  actions  nont  i^oinlda 
la  nature  de  type  permanent;  elles  ncw 


LâN 


D'ANTlIROPOi^lCIE. 


L.\N 


TZê 


lient  pas  sous  les  sens  de  l'enfaDt  quand  il 
les  nomme,  et  il  ne  dit  allez  que  dans  un 
moment  ou  Ton  u'allaii  pas.  Il  iaut  qu'il  ait 
au  dedansde  lui  ridée  exprimée  par  le  verbe, 
et  que  cette  idée,  à  la  fois  nette  et  mobile, 
s'af^lique  successivement  à  tout  ce  qui  exé- 
cute Faction.  Or,  comment  a-t-il  conçu  une 
notion  pareille,  qui  semble  être  une  abs- 
traction du  senre  le  plus  subtil?  Il  parait 
que  ce  sont  les  gestes  qui  la  lui  ont  donnée; 
les  actions  sont  les  objets  naturels  de  la  pan- 
tomime qu'on  appelle  même  le  langage  a'ac- 
lion.  Sans  j  songer,  on  gesticule  beaucoup 
avec  les  enfants,  aussi  sont-ils  grands  ges- 
ticulateurs  eux-mêmes.  Quand  donc  un  cer- 
tain mot  a  toujours  accompagné  certains 
mouTemenls,  les  deux  idées  se  lient  ensem- 
ble dan^K  leur  tête. 

«  H  est  yrai  que  plusieurs  mots,  qui  sont 
des  Terbes  pour  nous,  nVn  sont  pas  toujours 
pour  eux  :  ainsi  à  boire ,  c'est  de  Teau  ou 
du  lait  ;  promener^  c*est  le  plein  air  ou  la 
porte.  Mais  quand  ils  commencent  è  vouloir 
^u*on  a^sse  en  conséquence  de  ces  mots , 
I  action  pren J  (Je  plus  en  plus  de  la  consis- 
tance dans  leur  esprit,  et  ils  Gnissent  par  j 
attacher  véritablement  un  signe. 

«  Il  est  à  reraaniuer  aue  les  animaux 
même  comprennent  les  venues,  en  tant  qu'ils 
expriment  une  a/ lion.  C'est  pour  Toriinaire 
de  ces  mots  qu'on  se  sert  avec  les  chiens  et 
les  chevaux  quan  i  on  veut  s'en  faire  obéir, 
et  alors  on  les  emploie  natun^llement  à  l'im- 
pératif. L'enfant,  ainsi  que  les  nègres,  ne 
fait  d'abord  usa^e  que  de  Tinlinitif.  Comme 
il  ne  se  forme  aucune  idée  des  temps  et  qu*il 
ne  comprend  que  fort  tard  les  pronoms,  il 
en  est  réduit  à  ce  mode. 

«  Deux  mots  que  Tenfant  apprend  très- 
promptement,  les  particules  oui  et  non,  sont 
aussi  des  traductions  de  gestes.  Ils  dési- 
l^nent  l'acte  matériel  de  repousser  ou  d*ac- 
cueillir,  et  deviennent  par  là  des  verbes,  ce 
sont  telle  et  nolle^  vouloir  et  ne  vouloir  (ms. 
yon  est  surtout  fréquemment  employé  par 
Tentant  :  il  exprime  en  paroles  sa  répugnance  ; 
uiais  auand  la  chose  qu'on  lui  offre  lui  est 
agréable,  il  se  précipite  pour  la  saisir  avec 
une  telle  vivacité  que  le  mot  devient  inu- 
tUe. 

«  Il  7  a  ensuite  quelques  adjectifs  qui  s'in- 
troduisent dans  sa  tête  :  ce  sont  ceux  qui  ex- 
priment des  sensations  très  -  marquantes. 
Joii  est  bientôt  de  ce  nombre,  tant  est  grand 
chez  lui  le  besoin  de  témoigner  son  admi- 
ration. 

m  U  emploie  d'abord  ces  divers  mots  sans 
les  lier  entre  eux,  mais  on  peut  aisément 
ju^er  que  son  esprit  les  rassemble.  Ainsi  un 
enfant  qui  voyait  son  père  et  sa  mère  au- 
près du  feu,  dit  aussitôt  (^28) ,  papa^  ma- 
man^ chaude  en  laissant  de  côté  les  mots  in- 
termé  tiaires.  A  ce  degré  si  peu  avancé  de 
«léveloppement,  les  enfants  énoncent  à  tout 
moment  des  observations  désintéressées , 
sans  autre  motif  que  le  plaisir  de  les  énoncer. 


«  En  y  réfléchissant,  on  s'aperçoit  que  ces 
trois  sortes  de  mots  pronom^  oans  le  pre- 
mier âge  avant  les  autres,  les  noms,  les 
.  verbes  et  les  adjectifs,  sont  véritablement 
la  matière  et  comme  le  corps  du  discours. 
Ils  expriment  les  grands  intérêts  de  l'âme 
dans  ce  monde,  celui  de  distinguer  les  ob* 
jets  extérieurs  par  les  noms ,  celui  de  défi- 
nir ses  propres  impressions  par  les  adjee* 
tifs,  et  enfln  d'énoncer  ses  déterminations 
par  les  verbes.  Il  y  a  là  connaître,  sentir  et 
vouloir.  C'est  tout  l'homme. 

«  Ces  mots  ont  donc  de  Timportanee  pour 
l'enfant;  mais  comment  arrive-t-il  qu'il  fi- 
nisse par  en  employer  d'autres,  auxquels  il 
semble  difficile  qu'il  attache  un  sens?  Com- 
ment vient-il  â  comprendre  les  prépositions, 
les  conjonctions ,  les  adverbes,  ces  termes 
sans  nombre  qui  sont  comme  des  instru- 
ments avec  lesquels  on  manie,  ou  sépare,  on 
enchaîne,  on  modifle  de  mille  manières  les 
grandes  pièces  du  discours?  Quel  usage  lait- 
il  de  ces  pour,  de  ces  arer,deces  quoiquey  de 
ces  comme,  de  ces  trè$,  dont  il  n'y  a  peut- 
être  pas  une  grande  personne  sur  dix  qui 
sût  déGnir  la  signification.  Il  les  emploie 
fort  à  propos  aussitôt  qu'il  les  a  retenus^ 
mais  c'est  là  ce  qui  paraît  incompréhensible. 

«  Quelques  observations  me  portent  à 
croire  qu  il  ne  les  sépare  pas  de  la  phrase 
dont  ils  font  partie.  Cette  phrase  lui  paraît 
un  seul  grand  mot  dont  son  admirable  sym- 
jmthie  lui  fait  deviner  le  sens,  un  mot  qu  i! 
répète  distinctement  s'il  a  l'oreille  juste  et 
le  gosier  flexible,  qu'il  estropie  ou  qu'il 
abrège  s'il  en  est  autrement,  mais  toujours 
sans  le  décomposer.  Et  lors  même  qu'il  vient 
à  retrouver  les  mêmes  termes  dans  des  phra- 
ses  différentes,  il  ne  les  reconnaît  pas  de  si 
tôt.  Ces  mots  sont  pour  lui  ce  que  sont  pour 
nous  les  syllabes  que  nous  rencontrons  par- 
tout dans  le  discours,  sans  y  attacher  de  sens. 
11  lïj  a  peut-être  que  la  lecture  qui  nous 
lasse  connaître  la  vraie  coupe  des  mots  : 
aussi  voit-on  les  gens  du  peuple,  qui  écri- 
vent sans  avoir  beaucoup  lu ,  lier  les  termes 
entre  eux  de  la  manière  la  plus  bizarre,  et 
les  unir  ensemble  ou  les  partager  au  ha- 
sard. 

«  Ainsi,  je  suppose  qu'on  dise  k  Tenfant» 
en  lui  tendant  la  main  :  Youlez-rauê  tenir 
au  jardin  avec  moi  7  il  ré|iétera  :  Oui,  oui  » 
tenir  au  jardin  avec  mot,  le  geste  et  le  mot 
janiin  ayant  suffi  à  son  intelligence.  Si,  au 
contraire,  on  lui  disait,  en  faisant  signe  de 
le  repousser  :  firai  au  jardin  sans  tous,  il 
répéterait  longtemps  en  se  lamentant  :  Pas 
sans  vous,  pas  sans  tous.  On  voit  par  là  que 
tout  en  comprenant  fort  bien  la  phrase 
entière,  il  n  attribue  pas  un  sens  à  chaque 
mot. 

«  Ce  qui  s'embrouille  le  plus  dans  la  tête 
du  pauvre  enfant,  ce  sont  les  pronoms  :  moi 
i:\je  surtout  restent  longtemps  pour  lui  dans 
le  nuage.  Comme  ces  mots  s  appliquent  unî- 


(128)  i  Tout  ce  qui  est  en  lettres  italicpics  a  \éiiubleiiieia  été  dit  par  des  entants,  â  r&ge  d*oa 
dii-tMÛl  mois.  » 


de 


751 


LAN 


DicnaxNAint: 


L4N 


?^i 


qiiccMift  à  rctai  qui  Ifes  prononce,  on  ne  les 
eriiplot<^  pas  qtiaml  on  i>arle  de  lui  à  Ten- 
tant; iMes  voit  k  chii!|ue  instant  changer 
clVihjH,  sans  q^ril  en  soit  ja;nais  Fobjet  lui- 
mêine;  de  \h  Tient  qu*ii  n*a  pas  l'idée  de 
«'en  «erYir.  Quand  il  vent  désigner  sa  pro-^ 
pre  personne,  il  s«eonsi.Jèrc.p<iUpainsi  dire 
do  deliors,  et  parte  de  lui  comme  d'un  autre 
en  s*appelaiii  fvir  son  iloin.  Donner^  û  Atbtrf^ 
mener  Aéôérr ,  voilà  les  e^f.Tessions  dont  il 
fait  usager.-  J'ai  cntendti  ûi)  crfaht  qu'oi 
tutoyait  se  servir  toujoiirs  du  pronom  tu  en 
parlant  de  luiTiiitaie.  L'iatruduction  du  70 
serait  curieuse  a  observer. 

«  ^  revandie,  ces  vestiges  du  langage 
animal  qu'on  a  conservés  dans  nos  idiomes^ 
ces  cris  quon a  reçus  dans  le  langa;^  hu- 
main sous  le  fiom  tïinterjtctiwM^  Tenfant 
les  saisit  et  les  applique  À  merveille.  Jamais 
le  ohl  (Je  rélonnement.  désagréable  n'est 
confondu  par  iui  avec  le  ohl  ùu  plaisir,  ni 
avec  le  id. sentimental  de  la  prière.  Que  do 
temps  .s'^oulerait  avtot  qn*on  pût  lui  ex* 
nliquer  pbilosophiqQement  tout  ce!a! .mais 
le  jeune  ôiaeati  a.  compris  le  chant  de  sa 
mère.  .    . 

«  Il  s'est  élevé,  une  question  parmi  quel- 
ques métaphysiciens  de  la  fin  du  siècle  der- 
nier. Ils  se  sont  demandé  comment  il  se 
pouvait  que  Tenfant  apprit  à  se  servir  dis 
noras^énériques.  Qu'il  attache  un  signe  à 
un  objet  (/éltTminé,  cela  se  conçoit;  mais 
comment  vieal-il  à  l'appliquer  à  toute  une 
«•lasse  d'fitres?  Comment  ap{»elle-'.-ii  chien 
tous  fps  chiens,  quelque  peu  ressemblants 
qu'ils  soient  au  premier  qu'il  a  ênten  lu 
nommpr  ainsi  ?  Se  forme-t-îl  des  idées  gé- 
nérales ?  sait-il  que  les  noms  d'espèce  s'a[)- 
pliquent  à  tous  les  individus  qui  réunissent 
certaines  qualités?  envifiagc-t-il  abstraite- 
ment ces  qualités  en  lès  séparant  du  sujet 
qui  les  porte  ?  te  serait  bien  fort  pour  l'es- 
prit naissant, 

^  Néanmoins,,  c'est  lîi  ce  qu'ont  cru  de 
profonds  penseurs  ;  mais  quand  les  méta- 
physiciens ont  daigné  s'occuper  des  jeunes 
enfants,  ils  leur  ont,  selon  moi,  attribué 
plus  dé  raisonnement  et  moins  de  divina- 
tion guMls  n'en  ont.  Voici,  à  cet  égarJ, 
l'opinion  de  Locke  telJe  qu'elle  est  citée  avec 
approbation  par  Condillac  (V29). 

«  Lés  idées,  dit-il,  que  les  enfants  se  font 
«  des  personnes  avec  qui  ils  conversent, 
«  sont  semblables  aux  personnes  mêmes,  et 

^  ne   sont    que  partiétllîères Les  idées 

«  qu'ils' se? font  de  leur  nourrice  et  de  leur 
«  mère  sont  fort  bien  tracées  dans  leur  esprit, 
«  et  comme  autant  de  fidèles  tableaux,  y 
«  représentent  uniquement  ces  personnes. 
«  Les  noms  cju'ils  leur  donnent  se  termi- 
ne nent  à  ces  individus.  Ainsi,  les  noms  de 
<  nourrice  et  de  maman  dont  se  servent  les 
«  enfants,  se  rapportent  uniquement  à  ces 
«  personnes.  Quand  après  cela  le  temps  et 
t  une  plus  grande  œnnaissance  du  monde 
«  leur  a  fait  observer  qu'il  y  a  plusieurs  au- 
«  1res  êtres  qui,  par  certains  communs  rap- 


«  ports  de  figure  et  d!autrcs  qualités,  ref- 
«  semblent  a  leur  père,  mère  et  autres 
«  personnes  qu'ils  sont  accoutumés  de  voir, 
«  ils  forment  une  idée  à  laquelle  ils  frou- 
«  vent  que  tous  ces  êtres  participent  é^e- 
«  ment,  et  ils  lui  donnent  comme  les  autres 
<  le  nom  d'Aornuif.  Voilà  comment  ils  rien- 
«  nent  èi  avoir  un  nom  générique  et  une 
«  idée  générale.  En  quoi  ils  ne  fonneof  rien 
«  de  nouveau,  mais,  séparant  seulement  de 
f  ridée  eompfexe  de  Pierre,  de  Jacques,  de 
r  Matie  et  uBisabeth  ce  qui  était  particu- 
«  lier  7»  chacun  d'eux,  ils  ne  retiennent  que 
«  i:e  qui  Jeur  est  commuh  à  tous.  > 

«  Je  ne  nie  assurément  pas   que  cette 
marche  ne  soit  très-logique,  et  j'e  n  ai  même 
rien  à  objecter  contre  le  point  de  départ  ; 
l'enfant  commence  par  donner  un  nom  à  un 
ol^et  particulier,  je  l'avoué,  mais  la  manière 
dont  il  passe.de  là  à  l'idée  Générale  ne  me 
parait  pas  avoir  été  indiquée  à  Locke  par 
l'observation.  Procéder  ^  séparation,  par 
retranchement,  c'est-à-dire  par  abstraction, 
me  semble  peu  conforme  à  1  esprit  de  l'en- 
fant. Quand  il  s'exprimera  plus  facilement, 
on  verra  par  le  çrand  nombre  et  la  singula- 
rité de  ses  assocfations,  qu'il  se  montre  phis 
près   d'être  poète   qu'analyste.   L'exemple 
choisi  par  Ltîclie  est  d'ailleurs  un  des  moins 
propres  à  écîaircir  la  question,  puisque  c'est 
prédsément  dans  le  cas  cité  qu'un  enfant 
aurait  le  ])lus   de  peine  à  généraliser  ses 
idées.    Les   individus  avec  lesquels  il  rit 
jouent  un  tel  rôle  dans  son  esprit,  il  les  voit 
si  fort  à  part  des  autres,  qu'il  ne  peut  con- 
sentir à  les  ranger  sous  une  même  dénomi- 
nation. Un  enfant  de  deux  ans  serait  bien 
étonné,  il  se  mettrait  à  rire  vraisemblahle- 
laent,  si  on  lui  disait  que  son  père  est  «in 
homme.  Que  serait-ce  si  on  («retendait  avec 
Locke  que  sa  mère  aussi  en  eot  un?   Un 
hojnme,  pour  lui,  c'est  un  inconnu,  un  pas- 
sant de  la  classe  pauvre.  Sans  doute  il  s'a- 
perçoit que  ces  inconnus  ont  entre  eux  un 
certain  rapport,  mais  l'idée  partie ulière  ^ionl 
parle  Locke  est  chez  lui  trop  forte  et  ne  peut 
se  prêter  à  la  généralisation. 

«  Cependant  à  c^et  âge  même  et  pins  tô! 
encore,  les  enfanrs  emploient  beaucoup  fie 
termes  généraux  ;  mais  plus  l'idée  de  l'objet 
qu'on  leur  a  nontmé  le  premier  a  été  va^e, 
plus  il  leur  est  devenu  facile  de  l'étenUr?  à 
d'autres  objets.  Ainsi,  les  chiens  et  les  cîic- 
vaux  qu'ils  voient  de  loin  et  par  là  mèrao 
confusément,  forment  aisément  pour  eux 
urif  espèce.  De  même,  lorsqu'ils  embrassent 
d'un  coup  d'œil  fdusieurs  objets  pareils, 
1  idée  particulière  d'un  d'entre  eux  n*étant 
par»  si  nettement  terminée  dans  leur  esprit, 
il-s  la  transportent  aisément  à  d'autres  sem- 
blables ou  seulement  peu  différents.  Ainsi* 
j'ai  vu  un  enfant  qui  nommait  abricots  feus 
les  fruits,  les  prunes,  les  cerises,  les  gro- 
seilles, les  raisins,  etc.;  un  autre  qui  appe- 
lait du  même  nom  deux  petites  filles  vêtues 
de  môme.  C'est  là  un  simi)le  réveil  d'idées, 
une  sensation  plus  qu'un  jugement.  Il  y  a 


(ti9)  Kssai  sur    Vorijinc  des  conn^:issanccê  humaines^  scct.  v,  chap.  1" 


LAN 


D'ANTiIROroLOGie. 


LAN 


731 


ici  une  action  presque  matérielle  de  la  res- 
semUanœ.  On  pourrait  ^opposer  que  Ken* 
iant  se  Irompe  et  qu'il  croit  rcToir  un  objet 
déjà  eonnu,  mais  il  est  pins  exact  de  dire 
uu*il  ne  croit  rien  ;  ii  ne -prononce  ni  que 
1  ot^  aoit  différent,  ni  qu'il  soit  le  mèmei 
mais  Taele  de  reeùnnt^iré  {k90)  est  produit. 
CenMNiTttnenl  prompt,  irréfléchi,  presque 
madrfMlf  qn'emte  l'identité  de  rima;$e 
mie  Ton  oonsenre  aTec  celle  de  l'obieLque 
1  on  Toit,  est  Ici  l'effet  d'une  simple  ana- 
logie, et  il  jr  a  |4ut6t  erreur  qu'opération  de 
Tesprif.  Mais  quand  cette  opération  com- 
mence, quand  l'eiamett  a  lieu  réritalile- 
ment«  les  différences  sont  am^réciées ,  et 
chacun  des  objets  dirers  appeAe  son  pro^^re 

«  Les  premiers  naturalistes ,  comme  on 
sait,  0nt  procédé  de  même.  Ils  ont  d'abord 
formé  des  masses  confuses,  d'après  certains 
rapports  Ta.^uemeAt  conçus,  ou  ce  que  nous 
appelons  un  uir  de  famiUe,  Ainsi  ils  ont 
«lassé  ensemtde,  sous  les  noms  de  singes 
et  de  perroquets,  des  animaux  qu'on  a  en- 
suite ^istribué^  en  différeuts  groupes.  A 
mesure  qu  on  a  mieux  obserré,  les  <firisions 
et  subdivisions  se  sent  multipliées. 

«  On  ne  doit  pas  non  plus  confondre,  ce 
me  semble,  avec  l'acte  véritable  de  la  géné- 
ralisation, l'effet  que  la  pauvreté  de  la  lan- 
gue produit  naturellement  chez  les  peuples 
non  civilisés.  Quand  il  y  a  fort  peu  de  mots 
dans  on  idiome,  aucun  mot  ne  reste  borné  à 
sa  première  signification,  et  Ton  donne  le 
nom  d*un  objet  connu  à  toui  ot^et  un  peu 
ressemblant  qui  se  présente.  C'est  ainsi 
qu'un  haiiitant  des  Iles  Pele«',  le  prince  Lee 
BoOt  étant  arrivé  à  Macao,  et  y  voyant  pour 
la  première  fois  un  cheval,  prononça  aussitôt 
le  nom  de  rMen,  animal  qu'il  connaissait 
déjà.  Si  les  p^ections  confuses  de  Tenfant 
ou  l'isnorance  du  sauvage  nous  les  faisaient 
regaraer  comme  nlus  enclins  à  généraliser 
les  idées  une  ne  le  sont  les  adultes  ou  les 
hommes  d  un  esprit  cultivé,  nous  démen- 
tirions par  là  toute  l'histoire  de  l'esprit 
hamain.  Qui  ne  sait  combien  l'imagination 
est  vive  et  la  tête  peu  capable  d  abstraction 
dans  l'enfance  de  l'individu  et  des  peuples  ? 

«  Ceci  s'appli^iue  encore  à  ce  que  ait  un 
aatre  métaphysicien,  Thomas  Reid  {Et$ay 
on  ike  hUeiietiuai  powers  of  man^  p.  110, 
cfaap.  5)  :  c  Si  ion  demanJe  à  quel  âge  les 
m  hommes  commencent  à  former  des  con- 
«  eepCtons  générales,  je  réponds  :  aussitôt 
«  qu'an  enuint  peut  dire,  avec  intelligence 
m  ne  la  chose,  «iu'il  a  deux  frères  on  deux 

(430)  I  Lorsjpieceei  a  élé  écrit,  je  ne  connaissais 
pas  eseere  ToaTrage  de  H.  Maine  Bînn,  intitulé 
im/imemee  de  tkatitmée  mr  U  faculté  de  penser,  L*aa- 
l«fnr,  q«  aoalvsc  avec  «ne  grande  sagacité  plu- 
si<*arft  phéneméoes  psychologiqaes,  y  cxpriioe,  dans 
le  lançige  de  la  scicâce,  i'S  némês  idées  que  fai 
cooocées.  Selon  lui,  ane  qast^iié  frappanb*  clans  on 
«riiîei  peot  devenir  on  $i^  (TktbUude  qui  entraine 
mnsi  méctmiquement  V apparition  de  temembU  de» 
^mjiiîés  ou  impreuianx  auodées.  CeU^  dit-il  dans 
.j ne  sole,  rureet  effet  premier  des  signes  d'habitude 
^u'eêt  fondée  l  i  conrenivn  prompte  et  natureUe  des 


«  soeurs.  Dès  qu'il  se  sert  ou  piuriel,  il  doit 
«  «voir  des  idées  généra^es,  car  aucun  in- 
«  dividu  ne  comporte  le  pluriel.  » 

«  Aucun  iniiTidu  considéré  isolément  ne 
cômporie  lé  pluriel  saus  doute  ;  mais  quand 
l'enfant  voit  deux  objets  à  la  fois,  impres- 
sion qu'il  reçoit  n  est  point  la  même  que 
lors(]ttil  o'en  arer.;oît  qii*nn.  Ce  n'est  pas 
s'éleVer  aux  idées  générales  que  de  voir 
deux  veux  dans  un  visa^je,  ou  plusieurs  sol- 
dats dans  un  bataillon,  c'est  reconnaître  la 
parité  des  otnets  qu'on  embrasse  d'un  même 
coup  d'œil.  Or,  comme  reffel  produit  sur 
reniant  par  cette  perception  composée  est  . 
nouveau  pour  lui,  il  .a  be:;oin  d^une  manièrd 
nouvelle  de  la  désigner,  et  il  te  sert  alors 
du  pluriel  (t31). 

«  Que  les  noms  d'espèces,  que  les  termes 
qui  expriment  le  pluriel,  servent  |  ar  la 
suite  à  renbnt  à  saisir  les  véritables  idéji-s 
générales,  voilà  ce  qui  est  parfaitement 
exact;  Le  mot  prend  peu  à  peu  de  la  con- 
sistance dans  Tesprit,  il  devient  objet  à  son 
tour,  et  l'attention  qui  se  porle  sur  Texpres- 
sion  remonte  par  cet  écnelon  aui  abstrac- 
tions proprrement  dites. 

«  La  différence  entre  les  enfants  et  nous, 
sous  ce  rapport,  me  semble  tenir  à  la  grande 
différence  de  notre  existence  morale  et  de 
la  leur.  Bans  leur  vie  toute  d'images,  toute 
d'impressions  et  de  désirs,  les  mots  tien- 
nent très- peu  de  place  ;  l'enfant  s'en  sert, 
mais  sans  y  arrêter  son  esprit  ;  fl  voit  tou- 
jours la  chose  même,  et  l'idée  en  consé- 
quence reste  particulière  pour  lui.  Les 
enfants  ont  une  faculté  d'association  mer- 
veilleuse :  tout  s'enchaîne,  tout  s'attire  réci- 
proquement dans  leur  cerveau  ;  les  iuia^^es 
se  réveillent  les  unes  les  autres,  et  entraî- 
nent è  leur  suite  le  mot.  Quand  ce  mot 
passe  d'un  objet  à  un  autre,  c'est  par  l'effet 
d'un  rapport  moins  apprécié  que  senti,  et 
l'enfant  ne  s'aper^nit  distinctement  ni  de 
l'analogie  ni  des  différences. 

€  Chez  ceux  qui  réfléchissent,  il  en  est 
autrement  :  les  termes  généraux  tels  que 
ceux  d'espèce  désignent  un  trait  de  ressem- 
blance parfaitement  défini,  lis  réunissent 
comme  un  faisceau  le  souvenir  d'une  mul- 
titude de  noms  individuels,  et  deviennent 
pour  leur  esprit  un  moyen  de  manier  léj^è- 
rement  une  grande  masse  d'idées.  Ces  mots 
offrent  ainsi  un  secours  puissant  à  rintelli- 
gence,  un  secours  qui  a  ouvert  à  l'homme 
rentrée  des  sciences  et  lui  a  soumis  le  monde 
p'iysique  et  moral.  Mats  plus  les  mots 
jotîent  un  rôle  important  dans  l'exercice  de 

noms  tnatrtducls  en  termes  généraux  et  appeilatifs, 
p.«155, 1  5  (i  8.  > 

(451  )  t  Ce  sont  là  les  idées  concrètes  de  Cha*  I»*» 
Bfmnel,  <f'll«»s  que  n'présoiili'nt  les  noms  collectif* 
troupeau^  tille  y  peuple^  noms  qui  luus  répondent  à  la 
sensation  produite  par  des  objrls  seniUalJcs  vns  â 
la  fois.  Ce  penseur  dit  quelles  sont,  ainsi  que  lc« 
Idées  simples,  de  pors  résultats  d*'  Tac  irn  des  objets 
sur  les  sens,  et  (comme  tout  ce  qui  tient  aux  Ichs 
primitives  de  notre  être)  alisolunient  indépen«'anlrs 
de  toute  opéralion  de  Tesprit.  »  (Eiisai  anafy'.iaue  sur 
L'$  facultci  de  ràmc,  §  ^01,  iOo,  21 1.) 


7^»» 


LAN 


DICTIOMNAIKK 


LAN 


:36 


la  p^n^é-",  pins  les  images  reculent  au  loin, 
et  plus  la  scène  est  décolorée.  Le  moment 
brillant  de  notre  existence  est  celui  où  les 
ima;cs  et  les  expressions  é.^alement  abon- 
dantes marchent  de  pair,  s*appeilent  et  se 
réf)ondent  avec  facilité  en  offrant  une  heu- 
reuse harmonie.  QuanJ  il  n*en  est  plus  ainsi, 
quand  les  taîiieaux  viennent  à  s'effacer  et 
les  sentiment  qu'ils  excitaient  à  se  refroidir, 
alors  les  mots  peuvent  régner  seuls,  vains 
simulacres  de  pensées  éteintes,  représenta- 
tion mensongère  qui  bientôt  ne  produit  plus 
même  u'ili jsion.  Tel  serait  l'effet  infaillible 
do  l'â^^e,  SX  Ton  n'entretenait  pas  dans  T&me 
un  foyer  tfe  vie  et  de  chaleur. 

«  Des  facultés  physiques  tout  aussi  remar- 
qua!)les  dans  leur  genre  que  les  facultés 
mora'es,  contribuent  à  faciliter  à  Tonfant 
l'apprentissage  du  lau^a^c.  C'est  là  ce  que 
mettent  dans  le  plus  grand  jour  les  belles 
'^x  )ériences  sur  les  sourds-muets,  publiées 
par  M.  Itard,  excellent  observateur  autant 
que  médecin  habile  (^k)2).  Après  avoir  donné 
le  détail  de  ses  expériences,  ce  savant  en 
tire  la  conclusion  suivante  :  «  Ainsi,  ditMl, 
«  voilà  bien  constatée  cette  supériorité  d'i- 
«  mitation  vocale  que  Teijfant  en  bas-âge  a 
«  sur  TaJolescent,  supériorité  fondée  sur 
«  deux  différences  bien  tranchées  et  bien 
«  établies  par  mes  propres  expériences,  des- 
«  quelles  il  résulte  :  1"*  que  l'enfant  imite  de 
«  son  propre  mouvement^  tandis  que  chez 
«  TaJolescent,  il  faut  que  limitation  soit 
«  provoquée  ;  2"  que  l'enfant  n'a  besoin 
«  pour  parler  que  d  entendre,  lorsque  pour 
n  remplir  la  même  fonction,  l'adolescent  a 
«  besoin  d'écouter  et  de  regarder.  » 

«  On  voit  ensuite  (p.  50-2]  quelles  diffi- 
cultés M.  Itard  éprouva  quand  il  voulut  faire 
émettre  et  prolonger  des  sons  à  des  sourds- 
muets  qui  avaient  déjà,  çrâce  à  lui,  l'ouïe 
passablement  formée,  mais  qui  ne  savaient 

i>as  gouverner  leurs  poumons  et  leur  gosier. 
1  faut  lire  ces  curieux  détails  dans  le  livre 
même,  pour  comprendre  ce  que  serait  l'art 
4le  parler,  s'il  fallait  l'étudier  méthodique- 
ment, sans  avoir  eu  la  nature  pour  maître 
dans  le  premier  âge. 

«  Mais  avec  quel  plaisir,  quelle  étonnante 
rapidité,  l'enfant  n'avance-t-il  pas  dans  cette 
étude,  une  fois  qu'il  en  a  franchi  les  pre- 
miers pas?  Tous  les  jours  il  se  sert  de  ter- 
mes nouveaux,  il  s'engage  dans  de  plus  lon- 
gues phrases.  L'amusement  qu'il  trouve  à 
parler  est  intarissable.  Quand  il  voit  une 
chose  qui  l'intéresse ,  il  répète  vingt  fois 
qu'il  la  voit,  avec  une  satisfaction  dont  nous 
n'avons  pas  l'idée.  Il  se  raconte  à  lui-même 
ce  qui  le  frappe  ;  le  pouvoir  qu'il  a  de  pro- 
longer ainsi  son  impression  le  ravit ,  et  une 
fierté  mêlée  de  joie  éclate  dans  ses  jeux.  Si 
c'est  la  difficulté  d'articuler  les  sons  qui  l'ar- 
rête, il  se  tourmente,  devient  rouge,  jusqu'à 
ce  que  le  mot  ait  pris  l'essor.  Au  commence- 
ment, il  se  contente  à  peu  de  frais,  mais  peu 
à  peu  il  devient  plus  difficile  ;  la  syllabe 
accentuée;  qui  d'al>ord  avait  excité  seule 


son  attention ,  est  successivement  aooompa» 
enée  de  toutes  les  autres  ,  il  se  corrige  de 
Jui-même  et  ne  trouve  point  cet  amusement 
à  estropier  les  mots  auquel  les  enfants  ne 
deviennent  que  trop  sensibles  dans  la  suite; 
la  satisfaction  déparier  comme  les  grandes 
personnes  lui  suflit. 

«  Le  plaisir  est  si  bien  le  mobile  plutôt 
que  ie  besoin  de  l'enfant,  qu'il  fait  des  dis- 
cours beaucoup  plus  longçs  dans  le  conten- 
tement que  dans  le  chagrin.  Il  devient  élo- 
quent lorsqu'il  est  animé  par  la  uaieté  ou 
par  Fespérance  ;  mais,  quand  on  le  contra- 
rie, il  ne  sait  plus  que  murmurer,  et  le  ta- 
lent chez  lui  s  évanouit  avec  la  joie. 

«  11  semble  donc  qu'il  j  ait  une  dispensa- 
tion  particulière  de  fa  Providence  pour  que 
l'enfant  puisse  apprendre  à  parler;  aussi  les 
dons  qu'il  a  reçus ,  passagers  autant  que  re^ 
marquables,  ont  déjà  perdu  de  leur  vertu 

firemière  quand  son  esprit  est  plus  déve- 
oppé.  Les  enfants  de  cinq  à  six  ans  appren- 
nent peu  de  mots.  On  voit ,  quand  ils  com- 
mencent à  lirct  qu'ils  ne  comprennent  pas 
une  foule  de  termes  dont  on  s  est  fréquem- 
ment servi  devant  eux  dans  la  conversation; 
on  dirait  qu'une  fois  qu'ils  ont  acquis  leur 
petit  trésor  de  mots,  ils  se  reposent  et  n  en 
-cherchent  plus.  Ils  savent  donner  des  noms 
à  la  portion  de  l'univers  qui  les  intéresser 
ce  qui  reste  en  dehors  les  inquiète  peu.  Une 
sorte  d'instinct  les  porte  même  souvent  à 
repousser  les   acquisitions   nouvelles  qui 

Fiourraient  troubler  leur  joie  ou  leur  paix. 
Is  sont  contents ,  pourquoi  demanderaient- 
ils  davantage?  Leur  bonheur  est  en  sûreté 
comme  dans  l'enceinte  d'une  île  enchantée, 
et  les  flots  du  monde  extérieur  gronJcDt 
inaperçus  autour  d'eux. 

tf  La  facilité  à  s'exprimer,  qui  est  très-iné- 
gale chez  les  enfants,  n'est  point  générale- 
ment proportionnée  à  la  mesure  de  leur  in- 
telligence. Souvent  une  élocution  agréable 
et  rapide  ne  prouve  autre  chose  que  le  ta- 
lent de  retenir  des  phrases  fiiitesi ,  tandis 
qu'une  manière  de  parler  plus  laborieuse  et 
moins  régulière  dénote  un  travail  intérieur 
et  le  soin  de  confronter  l'expression  arecla 
pensée.  Ce  dernier  cas  n'est  pas  celui  où  ii 
y  a  le  moins  à  espérer  de  l'avenir,  non  que 
la  mémoire  des  mots  ne  soit  en  elle-niéino 
une  faculté  précieuse ,  mais  parce  qu'elle 
dispense  souvent  de  la  combinaison  des 
idées  ceux  qui  n'ont  pas  un  goût  particulier 
pour  cet  exercice  d'esprit. 

«  De  même  qu'un  seul  signe  peut  servir 
aux  enfants  à  désigner  plusieurs  objets,  un 
seul  objet  est  souvent  représenté  dans  leur 
esprit  par  différents  signes.  Aussi  appreo- 
nent-ils  les  langues  diverses  avec  une  ei- 
trême  facilité.  Les  sons  s'enchaînent  dans 
leur  souvenir  comme  les  images,  et  un  mot 
entraînant  à  sa  suite  tous  les  mots  dont  il  a 
été  accompagné  ,  les  idiomes  ne  se  méleoj 
pas  ensemble  dans  leurs  petits  discours.  Il 
n'y  a  surtout  aucun  risque  de  confusion , 
quand  la  même  personne  s'adresse  toujours 


(«52)  Traité  da  matgidia  dclordlU cl  de  V^iudilion^  iom,  II,  p.  235. 


LAN 


ITAXrHROrOLOCiC. 


à  reniant  clans  la  même  langue.  Alors  Tidée 
de  cette  personne,  se  liant  dans  sun  souyp- 
nir  à  ceAe  d*ane  certaine  manière  de  par- 
ler, il  emploie  cette  manière  en  lui  répon- 
dant. 

c  C'est  Ik  sans  donte  an  moyen  commode 
de  fkdliterà  Tenfiuit  une  acquisition  impor- 
tante, mais  je  ne  crois  pas  qu'il  en  résultât 
un  bien  grand  déreloppement  d'intelligence  ; 
da  moins  ne  serait-il  pas  comparable  à  celui 
que  fait  obtenir  Tétude  régulière  d*une  lan- 
gue; il  est  douteux  que  la  connaissance  pu- 
rement pratique  d'un  idiome  contribue  beau- 
coup k  former  Tesprit.  Ainsi  Ton  neToit  pas 
que  les  habitants  des  pays  frontières  qui  sa- 
vent toujours  deui  lan^^uesk  la  lois,  aient  Tes- 
prit  plus  délié  que  les  autres  hommes.  Et  chez 
ces  peuples  du  Nord,  où  les  enfants  appren- 
nent 6&  le  berceau  k  s'exprimer  dans  plu- 
sieurs idiomes,  les  génies  transcendants  ne 
semblent  pas  être  plus  abondants  qu*ailleurs, 
quoiqu'il  rè^e  généralement  une  facilité  de 
compréhension  très-remarquable.  Il  y  aurait 
â  cet  é^rJ  des  faits  intéressants  k  observer: 
Tunion  de  la  pensée  et  de  la  \  arole  est  si 
intime,  que  les  effets  de  leur  première  asso- 
ciation ne  sauraient  être  indifférents.  L'in- 
fluence d'une  éducation  polyglotte  serait  en 
conséquence  utile  k  étudier. 

c  Mais  rhabilude  de  parler  correctement 
la  lan^e  maternelle  sera  toujours  la  plus 
essentielle  pour  les  enfants,  lue  faute  qui , 
pour  ne  j>as  être  grave  ,  n'en  est  pas  moins 
très-diiBcile  k  ré|iarer  en  éducation  ,  c'est 
celle  de  n^Iiger  k  cet  égard  l'emploi  des 
dons  si  particuliers  du  premier  âge.  Les  an- 
ciens n'avaient  pas  ce  tort  k  se  reprocher , 
et  les  soins  qu'ils  donnaient  dès  le  berceau 
è  renonciation  paraîtraient  actuellement 
minutieux  et  pédantesques.  Mais  dans  les 
|ia js  surtout  où  la  prononciation  est  vicieuse 
et  où  les  locutions  le  sont  souvent,  des  soins 
liareils  seraient  un  correctif  heureux  au 
mauvais  effet  de  l'exemple.  Il  ne  s'agit  pas 
seulement  ici  d'un  agrément;  ce  qui  tient 
au  plus  |*uissant  moyen  d'influer  sur  Tima- 
eination  ne  saurait  être  envisagé  comme 
frivole.  f.e  langage  estrettérieur  de  l'âme , 
et  quel  empire  sur  le  bonlicur  et  la  moralité 
des  autres  n'exerce-t-on  pas  par  ce  moyen?» 

OnraOKS  DB  QUELQUES  PHILOSOPHES,  U!r<;Cf9- 

etc.,  sur  Corigint  du\  langage  et  sur 
râle  dams  la  eonstitution  de  la  raison, 

Dca«,  fU^  prnttfê  ftwrtsarYÊe  rrram^  imite 
aa.is  homiaem  dbuniii  a  csims  aoiinj- 
IiIms  qian  dicei.di  facu'Ute. 

(  Qc»tiuui,  f  ail.  crat ,  lib.  n,  op.  1 .  ) 

Nous  avons  rapproché  ici  les  sentiments 
de  quelques  auteurs  sur  la  question  qui 
vient  de  nous  occuper.  Nous  aurions  pu  en 
citer  un  phis  grand  nombre,  car  c'est  un  fait 
pour  tous  ceux  qui  sont  attentifs  au  mouve- 
ment de  la  science,  que  la  théorie  que  nous 
avons  présentée  sur  I  origine  de  nos  connais- 
sances tend  k  envahir  renseignement  phi- 
losophique chrétien. 


L.\!l 


hEtmmwt» 


738 


B.  Cogiiaiiones  fieri  possuni  sine  voeo' 
bulis. 

A.  At  non  sine  aliis  signis.  Tenta  quœso 
an  ullum  aritkmetieum  cateulum  institutre 
possis  sine  signis  numeralibus  f  (Cnm  Deus 
eaUulai  et  cogitattanem  ejcercet,  fii  mundut.) 

fi.  Valde  me  perturbas^  ntque  enim  puta- 
bam  charaeteres  vel  signa  aa  raiiodnmuhun 
lam  necessaria  esse. 

A.  Ergo  reritaces  arithmetieer  aliqua  signa 
seu  charaeteres  supponunt  T 

fi.  Fatendum  est. 

A.  Ergo  pendent  ab  hominum  arbitrio  ? 

fi.  Yideris  me  quasi  prœstigiis  quibusdmm 
eircumrenire. 

A.  Nonmea  hatc  suni^  sed  ingeniosi  admo- 
dumscriptoris. 

fi.  Adeone  quisquam  a  bana  mente  disfe- 
derepotest,  ul  sibi  persuadeat  veritatem  esse 
arbitrariam  et  a  nominibus  pendere\  cum  ta- 
men  constet  eamdem  esse  Grœcorunt^  Latine- 
mifi,  Cermanorun»^  geowetriam, 

A.  Recte  aisy  interea  difjicuitati  satisfacien" 
dum  est. 

B  Hoe  unum  me  nale  habetj  guod  nuis- 
quam  a  me  ullam  veritatem  agnosn^  inventri, 
probari  animadterto^  nisi  tocabulis  telaliis 
signis  in  animoadhibitis. 

A.  imo  si  charaeteres  abessentf  nupquam 
quicquam  distin^  te  ccgitaremuSf  nrque  ratio- 
cinât emur. 

B.  At  quando  fgnras  geometriœ  inspici- 
musy  sœpe  ex  acturata  eorum  méditations 
vcritates  eruimus. 

A.  Jta  est;  Mcd  sciendum  etiam  kas  fguras 
hab endos  pro  characteribus^  neque  enim  cir- 
culas in  iharta  descriptus  rerus  est  circulas^ 
ncque  id oDus  est  ^  sed  sufficit  eum  a  ncbi$ 
pro  circulo  haberi. 

B.  Habe:  tamen  similitudinem  quam  dam 
cum  circulo^  eaque  certe  arbitraria  non  est, 

A.  Fat  cor j  ideoque  utilissimœ  characterum 
sunt  figurœ.  Sed  quam  silmilitudinem  esse 
putas  inter  denarium  et  characterem  10^ 

B.  Est  aliqua  relatio  seu  ordo  in  charo- 
cteribus^qui  in  rebus^in  primissicharactei  es 
sini  bene  inrenti. 

A.  Esto:  sed  quam  similitudinem  cum  rébus 
kabent  ipsa  prima  eiementa^  verbi  gratta  O 
cum  fiiAi/o,  rf /  A  cum  iinea  ?  Cogeris  ergo 
admittere  saltem  in  his  démentis  uulia  opus 
esse  similitudine.  Ej  empli  causa  in  Ltxis  4iiil 
PEBEïiDi  rocabulo,  tametsi  compositutn  llci- 
FEB  relationem ad  lucis  et  ferendi  tocabula  ha- 
beat  respondentem^  quam  habet  res  llxifero 
significatOy  ad  rem  vocabulis  llxis  et  ferenui 
significatam  ? 

B.  Hoe  tamen  animadverto ,  si  charaeteres 
ad  ratiocinandum  adhiberi  possint,  in  iths 
aliquem  esse  situm  compiexum  ordinem^  qui 
rébus  contenit  ,  si  non   in  singulis  vocious 

Sfuanquam  et  hoe  meiius  foret).  Saltem  in  ca- 
em  conjunrtione  et  fleau^  et  hune  ordinem 
rariatum  quidem  in  omnibus  linguis^  quo- 
dammodo  respondere.  Atque  hoe  mihi  spem 
facit  exeundi  e  difficultate.  Nam  et  si  chn^t- 
cteres  sint  arbitrarii,  eorum  tamen   usus  tt 


7r>9 


LAM 


DICTIONNAIRE 


LAN 


T40 


(  anncriù  habel  quiddam  quod  non  c$l  arbi-* 
trarium^  scilicet  proportionem  quadam  inler 
characleres  et  res  et  divenorumcharacterum^ 
easdem  res  ejprimentiiun.  rehuiones  inter  se. 
Et  hœe  proporiio  sive  relatio  est  fundamen- 
litiu  c^rilalis.  Efficit  enim  ut  site  hos  site 
rJios  characteres  adhibeamus.  idem  semper 
sive  œquivaîens  seu  proportione  respondens 
prodeatj  tametsi  forte  aliquos  semper  eharor 
cteres  adhiberinecesse  sit  ad  cogitandum. 

A.  Euge  !  prœdare  adtnodum  teexpediisti. 
Jdque  confirmât  calculai  analyiicus  afithme- 
ticusve,  Nam  in  numeris  eodein  semper  modo 
res  succedety  sive  denaria^  sine^  tU  quidam  fe^ 
ccre^  duodeiiaria  progressione^  utaris^  et  por 
stea  quod  diversi  modo  ealculis  expiicasti^ 
in  granulis,  aliave  materia  numerabili  esse- 
ijHaris:  semper  enim  idem  provenit.  [D'tal, 
de  coanex.  inter  res  et  verba.  -r-  QEuv,  phH, 
cl  Kaspe,  p.  509,  etc.)     « 

Ailleurs  il  appelle  les  langues  h  mtrotr 
de  l  enlendement. 

L*ABBÉ  MILLOT. 

(nis!oire philosophique  de  l'homme.) 

«  Si  nous  iious  att^ebions  à  suivre  servi- 
lement les  traces  des  philosophes  qui  ont 
jusqu'à  présent  traité  de  rhomme  >  nous  ne 
serions  embarrassés  que  de  savoir  comment 
les  premiers  hommes  s'y  prirent  pour  se 
communiquer  leurs  sentiments  et  leurs 
idées.  Car  pour  les  idées  mômes,  leur  pré- 
existence ne  fait  aucune  difliculté  chez  les 
philosophes.  Ils  les  croient  tous  si  fort  in- 
séparables de  rbumanité,  que  je  n'en  con- 
nais aucun  qui  ait  seulement  mis  en  ques- 
tion s'il  était  possible  ou  non  de  concevoir 
une  société  d  hommes  réduits  aux.  simples 
perceptions,  et  aux  expressions  pui*ement 
relatives  à  ces  perceptions»  (elles,  h  peu  près, 
.  que  la  nature  les  a  inspirées  à  toutes  les  au- 
tres espèces  d'êtres  animés.  Tous  cesphi- 
losopliesau  contraire,  ceux  mêmes  qui  ne 
^  croient  point  aux  Idées  innées,  sesontaccor- 
'  dés  à  entamer  Texamen  du  développement 
des  facultés  humaines  par  la  supposition 
des  idées ,  et  ne  se  sont  applicjués  qu'à 
chercher  des  conjectures  sur  la  formation 
des  langues. 

(c  M.  Tajibé  de  Condillac  qui,  sans  contre- 
dît, est  aivès  Locke  celui  qui  a  vu  le.  plus 
dâir  dans  cette  matière,  a  été  lui-môme  sé- 
duit par  Tauias  des  connaissances  dont  il 
recherchait  Torigine,  11  a  cru  trouver  celle 
du  langage  dans  le  sentiuient  même,  qui,  de 
toutes  les  modijjcations  de  Tâme^  est,  dans 
Tétatde  nature,  le  plus  ineommuniquable. 
l\  suppose  deux  enfants  (4^33)  de  Tun  et  de 
l'autre  sexe  réunis  par  le  hasard,  et  privés 
Tun  et  l'autre  de  toute  espèce  de  connais- 
sance, et  de  tous  les  moyens  de  se  commu- 
niquer mutuellement  leurs  sensations.  Il 
veut  que  dans  le  commerce  réciproque  de 
ces  deux  enfants  Texercice  de  leurs  percep- 
tions et  de  la  réminisc  nce  occasionnée  par 
la  fréquente  réi)élition  de  ces  perceptions  et 


des  circonstances  qui  les  '(iccompagnaient* 
leur  ait  fait  attacher  aux  crik  de  cba^e  pas- 
sion les  perceptions  dont  ils  étaieul  les  si- 
gnes naturels,  et  qu'ils  aient  accompagné 
ordinairement  c«s  cris  de  quelque  mouve- 
ment, de  quelque  ^ste  ou  de  quelque  ar- 
lion  dont  lexpression  était  encore  plus  sen- 
sible. Par  exemple^  diC-il,  celui  qui  souffrait 
parce  auUl  était  prii>é  d'un  objet  que  ses  be- 
soins  tui  rendaient  vécessaire^  ne  s'en  tenait 
pas  à  pousser  des  cris ,  ii  faisait  des  ffforts 
pour  l'obtenir^  il  agitait  sa  t/te^  ses  bras  et 
toutes  les  parties  de  son  corps.  Vautre^  ému 
par  ce  spectacle^  fisàit  les  yeux  sur  le  même 
objet,  et  sentant  passer  dans  son  âme  des 
sentiments  dont  il  n'était  pas  encore  capa- 
ble de  se  rendre  raison ,  H  souffrait  de  voir 
souffrir  ce  misérable.  Dès  ce  moment^  ajoute 
M.  de  Gondiliac,  il  se  sent  intéressé  à  le 
soulager,  et  il  obéit  à  cette  impression  autant 
qu'il  lui  est  possible. 

«  Que  de  données  dans  ce  seul  exemple  I 
Il  faut  d*abord  supposer  que  dans  la  posi- 
tion de  ces  deux  enfants,  c*est^-dire,  dans 
rétat  de  pure  nature,  il  y  avait  des  besoins 
d'une  espèce  à  occasionner  ûvs  douleurs  et 
des  cris,  lorsque  ces  enfants  ne  pouvaient 
pas  les  satisfaire.  Il  faut  supposer  ensuite 
que  celui  des  deux  enfants  qui  éproura  le 
premier  ces  douleurs,  et  poussa  ces  cris,  svà 
trouver,  sans  aucun  exemple,  sans  aucune 
institution,  les  gestes,  les  mouvements  et 
les  signes  propres  à  exprimer  son  état,  et  à 
indiquer  l'objet  dont  il  avait  besoin,  et  qu*il 
connût  que  tout  cela  étaitpropre  à  émouvoir 
soncamarade,  et  à  déterminer  ses  secours.  11 
faut  encore  supposer  que  ce  dernier  qui  n'a- 
vait jamais  éprouvé  les  mêmes  douleurs,  ni 
poussé  les  mêmes  cris ,  ni  fait,  les  mêmes 
gestes,  les  mêmes  mouvements ,  les  mêmes 
signes,  devina  sans  autre  guide  que  l'ins- 
tinct, que  tout  ce  qu*il  vovait  signifiait  que 
son  camarade  souffrait.  Il  faut  supposer  en- 
fin que  les  souffrances  de  celui-ci,  et  tout  ce 
qui  les  indiquait,  retentirent  dans  le  eœur 
de  l'autre,  ei  allèrent  y  exciter,  ou  plutôt  y 
créer,  un  sentiment  de  compassion  qui  le 
détermina  à  donner  du  secours  à  son  com- 
pagnon. 

«  Sans  toutes  ces  suppositions  inadmissi- 
bles, on  voit  qi;e  l'exemple  proposé  par 
M.  Tabbé  de  Condillac  ne  peut  pas  lui-même 
être  suppose.  Mais  ce  qui  répugne  le  plus 
dans  cet  exemple ,  c'est  cette  compassion 
que  ce  philosophe  veut  faire  naître  dans  le 
cœur  d  un  enfant  qui  n'a  aucune  idée  des 
souffrances  en  général,  et  qui  n'a  jamais  en 
particulier  éprouvé  celles  qu'occasionne  le 
besoin  de  nourriture ,  le  seul  qu'on  puisse 
supposer  dans  Tétat  d*enfance  et  de  nature. 
Il  n  est  que  trop  vrai  que  nous  ne  pouvons 
compatir  naturellement  qu'aux  maux  que 
nous  avons  soufferts,  et  que  si,  dans  l'état  de 
société  civilisée,  nous  nous  intéressons  à  la 
situation  des  personnes  livrées  à  des  espè- 
ces de  douleurs  que  nous  n'avons  iamais 
éprouvées,  c'est  par  analo^e,  et  par  la  no- 


(433)  Section  première  de  la  seconde  partie,  p.  5  el  suiv. 


TU 


LAN 


i/AKTimoroLor.iE. 


LAiN 


743 


tion  générale  que  nous  avons  de  la  douleur. 
Kl  quant  au  fond  même  de  ce  sentiment  de 
roniparaison,  c*est  comme  tous  les  philoso-' 
plies  ne  peuvent  s'empêcher  d'en  convenir, 
iin  retour  sur  uous-mêmes  qui  nous  met  |.ar 
noire  amour  propre  à  la  place  de  ceux  de 
nus  semblables  que  nous  voyous  souffrir, 
lorsque  ces  semUables  nous  sont  chers,  et 
dans  la  proportion  où  ils  nous  sont  chers. 
Ce  que  je  viens  de  dire  ici  suffit  pour  faire 
vuir  quels  éclaircissements  on  peut  atten- 
dre sur  l'origine  du  lan^^aged'uu;  philosophe 
qui  place  cette  origine  dans  un  sentiment 
de  compassion  et  U'intérêW  qu'il  crée  pour 
ainsi  dire  avant  le  temp!:,  et  de  son  autorité,  * 
L't  qui  ne  peut  êlre  aue  le  fruit  de  plusieurs 
Lirconçtanees  au  delà  de  Tétat  de  iiature.> 
«  Il  est  vrai  que  Mé  de  Condillac  pai*aU 
n'avoir  posé  ce  fondement  que  pour  en  ve- 
lir  au  langage  d'action ,  et  arriver  par  de^ 
;rés  aux  curieuses  et  savantes  observations 
juil  nous  a  données  sur  la  déclamation  et 
es  gestes  des  anciens^  sur  la  musique^  la 
•rosodie,  et  sur  l'origine  de  la  poésie.  Mais 
omme  c'est  sur  le  langage  d  action  qu'il 
onde  l'origine  de  la  parole,  il  est  toujours 
oustant  que  c'est  sur  des  connaissances 
m()0$sibles  à  concevoir  dans  l'état  de  pure 
laiure,  et  sur  un  sentiment  de  compassion 
ncore  plus  incroyable,  qu'il  bâtit  tout  l'é- 
[ifice  de  la  formation  des  lanzues. 
«  Il  est  aisé  de  sentir  qu  en  admettant 
ans  examen  ces  principes  arbitraires,  vous 
tes  rapidement  conduits  où  l'auteur  veut 
ms  mener,  et  qu'après  avoir  perdu  ces 
trincipes  de  vue,  tout  ce  que  vous  dit  un 
philosophe  ingénieux  et  méthodique  vous 
âralt  de  la  dernière  évidence.  C'est  ce  qui 
rrire  particulièrement  en  lisant  ce  que 
f.  l'abbé  de  Condillac  dit  sur  la  formation 
es  mots  (W4).Mais  encore  ne  peut-il  point, 
ans  cet  article,  s'empêcher  de  donner  dans 
<'rreur  coninsune  à  tous  les  philosophes, 
ni  veulent  que  l'invention  du  langage  soit 
:  fruit  de  tX)nventions  faites  entre  les  hoin- 
ics.  Pour  comprendre j  ditnl,  comment  (es 
9mtn^$  convinrent  entre  ei4x  du  sens  des  > 
remiera  mots  quils  voulurent  mettra  en 
iage^  il  auffit^  etc.  Je  n'irai  pas  plus  avant  - 
ans  lexamcn  des  opinions  de  M.  de  Con- 
illdc.  Je  marcherais  trop  vite  si  je  le  sui- 
ais.  11  est  parti  des  connaissances  qu'il  a^ait 
ide  celles  de  ses  lecteurs.  Pour  raoit  je  pré- 
My*  ne  suivre  que  la  marche  de  la  nature, 
lii  sûrement  n'a  pas  été  aussi  vite  que  la 
ml  aller  tous  les  philosophes. 
<  M.  Rousseau  paraissait  d'abord  avoir 
i-nti  combien  il  était  peu  naturel  d'attribuer 
i  formation  des  langues  à  une  invention 
ilérliie  et  au  consentement  raisonné  des 
ftMui«rs  hommes.  Il  observe  très-hien  (435) 
'if  »*  les  hommes  ont  gu  besoin  de  la  parole 
'•»*r  apprendre  à  penser^  ils  ont  eu  bien  plus 
f'oin  encore  de  savoir  penser  pour  trouver 
'îr/  de  la  parole.  Mais  il  se  fait  tout  de  suite 
l '^  difficultés  qui  le  portent  à  dire  qu'à  peine 
^''ut'on  trouver  des  conjectures  supportables 


'•^4)  ScconJo  partie,  ch.  9. 


sur  èa  naissance  de  cet  art  de  eotimuntquer 
ses  pensées  et  di  établir  un  comait^èrce  ehêrs  les 
esprits.  Ensuite  il  tombe  dans  le  sentifuemt 
de  M',  l'abbé  de  Condillac,  et  trouve,  comme 
ce  philosophe,  le  premier  langage  de  l'homme 
dans  le  cri  ue  la  nature.  Et- tout  ce  qu'il  dit 
lîHdessus  est  très-bon  pour  la  situation  mili- 
.tante  où  il  a  vouhi  su^sposer  le- premier  état 
de  société.  EnKnilTevient  au  eommon'sen- 
timent  des  philosophes^  et  reat  àue  les  hom- 
mes, après  avoir  exprinié  tes  objets  visibles 
et. mobiles  pur  des  gestes^et  ceux  qui  frappent 
Fouie  par  des  sons  imitatif^j  se  soient  enfin 
avisés  de  substituer  à  ce  langage  ies  ar^'cu- 
latiûns  de  l'a  voia^y  quij  sans  avoir  le  même 
rappori  avec  certaines  idées ^  sont  plus  pro- 
près  à  Us  représenter  toutes  comme  signes 
institués;  substitution^  ajoute 'ce  philoisophe» 
qui  ne 'peut  se  faire  que  d'un  commun  côItsen- 
TEMERT,  et  d'une  manière  asset  difficile  à 
pratiq^uerpouT  des 'hommes  dont  Itfs  organes 
grossiers  n'avaient  encore  aucun  eotercicè,  et 
plus  difficile  encore  à  concevoir  en  èlh-mêtnef 
puisque  cet  accord  unanime  dut  étrt  motivé, 
et  que  la  parole  .paraît  avoir  été  fort  nifces- 
saire  pour  établir  l'usage  de  tu  paroh: 

«  Dans  ce  passage,  M<  Rousseau  enchérit 
encore  sur  1  opinion  de  M.  l'abbé  dé  Con- 
dillac, {ïar  rapport  à  la  convention  que  ce 
dernier  a  supposée  nécessaire  potir  ^inten- 
tion du  langage,  puisque  M.  Rousseau  n'ad- 
met pas  seulement  cette'  convention ,  ttiais 
qu'il  veut  encore  qu'elle  ail  été  niotitéè  et 
faite  dans  un  seul  âgé  d'hommes.  Je  dis  dans 
un  seul  âge  d'hommes,  parce  qu'en  supposant 
avec  cet  auteur  que  le  défaut  d'exeririce  eût 
rendu  grossiers  les  organes  de  la  parole  chez 
les  premiers  hoâimes  adultes,  cette  grossiè- 
reté n'aurait  pas  p.issé  jusqu'à  leurs  enfants, 
qui,  aussi  bien  disposés  par  \a  nature  que  le 
sont  les  nôtres^  auraient,  par  la  douceur  et 
la  flexibilité  de  leurs  organes,  corrigé' ce 
qu'il  7  aurait  eu  de  dur  dans  le  langage  de 
convenlion  qu'ils  auraient  entendu  et  appris. 
La  grossièreté  des  organes  île  pouvait  donc 
être  un  obstacle  è  la  formation  des  langues, 
que  pour  les  individus  mêmes  qui  convin- 
rent de  son  invention,  et  cette  invention  fut 
donc  elle-même  l'ouvrage  d'un  seul  âge 
d'homme,  Mais  au  fond  SI.  Rousseau  n'était 
pas  bien  persuadé  de  la' réalité  du  consente- 
ment raisonné  et  motivé  des  j&remiers  in- 
venteurs du  langage.  11  et!  revient,  comme 
nous  venons  de  voir,  à  dire  que  la  parole 

farait  avoir  été  fort  nécessaire  pour  établir 
usage  delà  parole. 

«  11  aurait  été  bien  à  désirer  qu'un  homme 
aussi  habile  à  développer  les  prînicipes  qu'il 
se  fait  ou  qu'il  adopte  eût  roulu  faire  de 
cette  dernière  proposition  la  base  de  ses  re- 


que   la  matière  l'exigerait       _  .„ 

quelque  chose  de  plus  lumineux  et  de  plus 
approfondi  (jue  tout  ce  qui  a  été  dit  jusqu'à 
présent.  Mais  ici,  comme  dans  bien  d'autres 
endroits  de  ses  ouvrages,  M.  Rousseau  a 

(IÔ5)  Pag^  -49  de  son  Discours  sur  H 


n5 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


T<l 


auandonné  le  ctiemin  que  lui  indiquaient 
ses  piopres  lumières,  pour  suivre  les  rouies 

battues. 

«  Au  reste,  les  deux  philosophes  dont  je 
Tiens  de  parler  ne  sont  pas  ceux  qui  me  pa- 
raissent ayoir  le  plus  donné  dans  Topinion 
que  le  langage  est  le  fruit  d*une  convention, 
et  conséquemment  le  résultat  d*idées  anté- 
rieures à  son  institution.  On  voit  môme,  en 
les  lisant  avec  une  certaine  attention,  qu'ils 
ne  posent  ce  fondement  que  d*une  main 
tremblante  «  et  qu'ils  voudraient  avoir  pu 
trouver  quelaue  chose  de  plus  solide.  Mais 
voici  un  céléore  géomètre,  bien  moins  cir- 
conspect et  bien  plus  décidé  que  MM.  de 
Condillac  et  Rousseau  :  c'est  feu  M.  de  Mau- 
pertuis.  Il  ne  s*est  pas  seulement  persuadé 
qu'un  être  tel  gue  Tliomme,  capable  de  par- 
venir aux  sublimes  spéculations  et  aux  pro- 
fondes découvertes  de  la  géométrie,  devait 
être  doué  du  talent  de  penser  avant  que  de 
parler  :  il  a  cru  encore  que  cet  Être  pouva'.t 
se  faire  arbitrairement  un  nîan  d'idées  tou- 
tes différentes  des  nôtres.  Voici  ses  paroles  : 
On  trouve  des  langues^  surtout  chez  les  peu- 
ples fort  éloignés^  qui  semblent  avoir  été  for- 
mées  sur  des  plans  d'idées  si  différentes  des 
nôtres  f  qu'on  ne  peut  presque  pas  traduire 
dans  nos  langues  te  qui  a  été  une  fois  ei primé 
dans  celles-là.  Ce  serait  y  ajoute  cet  auteur,  de 
la  comparaison  de  ces  langues  avec  tes  autres^ 
qu'un  esprit  philosophique  pourrait  tirer  beau- 
coup futilité  (ïX). 

«  Assurément  si  M.  de  Maupertuis  eût  eu 
cet  esprit  philosophique  dont  il  parle,  il 
n'aurait  jamais  pensé  que  la  difficulté  de 
rendre  dans  les  langues  connues  le  sens 
d'expressions  totalement  étrangères  h  ces 
langues  supposât  des  plans  d'idées  différen- 
tes des  nôtres.  Il  aurait  vu,  au  contraire, 
que  rien  n'est  plus  éloigné  de  la  simple  rai- 
son que  cette  imagination  d'un  plan  d'idées 
antérieur  à  l'invention  du  langage;  et  la 
connaissance  des  langues  que  nous  avons 
apprises  par  les  ouvrages  des  anciens  les 
plus  savants  et  les  plus  éloquents  l'aurait 
convaincu  qu'il  n'y  a  jamais  eu,  dans  quel- 
que temps  et  chez  quelque  peujjle  que  ce 
soit,  d'autres  idées  que  celles  que  peuvent 
avoir  tous  les  hommes,  parce  qu'elles  sont 
toutes  l'effet  de  la  môme  ori^anisation  et  le 
résultat  des  mômes  perceptions,  ou  du 
moins  l'effet  de  la  môme  faculté  de  perce- 
voir. Il  aurait  vu  que  s'il  se  trouve  dans 
toutes  les  langues  des  mots  et  des  phrases 
en  quelque  sorte  intraductibles  dans  toute 
autre  langue,  cette  difficulté  ne  vient  point 
de  la  singularité  réelle  des  idées  exprimées, 
ni  de  ce  qu  elles  sont  si  absolument  particu- 
lières aux  hommes  qui  se  sont  servis  de  ces 
expressions  qu'elles  deviennent  incommu- 
nicables à  toute  autre  espèce  d'hommes, 
mais  de  ce  que  ces  idées,  par  leur  analogie 
au  génie  de  ces  hommes  et  à  celui  de  leur 
langue,  ou  à  des  opinions  et  à  des  usages 

(436)  Œuvres  de  Maupertuis;  Lyon,  i756,  t.  I'', 
an.  â  (les  Réflexions  philosophiques  sur  roriyiue  des 
languet. 


qui  nous  sont  inconnus,  ne  peuvent  nous 
être  communiquées  faille  de  véhicules  né- 
cessaires pour  l'es  faire  passer  dans  noire 
intelligence.  En  un  mot,  avec  un  peu  de 
philosophie,  H.  de  Maupertuis  aurait  re- 
connu que  ne  pouvant  y  avoir  des  hommes 
qui  eussent  d'autres  sens,  d'autres  facultés 
que  les  nôtres,  il  ne  pouvait  non  plus  y  en 
avoir  qui  eussent  des  idées  étrangères  et 
supérieures  à  ces  sens  et  à  ces  facultés  :  ce 
qu  il  faudrait  cependant  supposer  pour  at- 
tendre des  lumières,  telles  que  M.  de  Mau- 
pertuis les  désirait,  de  la  com[iaraison  entre 
elles  des  langues  les  plus  étrangères,  et  de 
la  comparaison  de  ces  mêmes  langues  avec 
les  langues  connues. 

«  Je  suis  très-éloigné  de  croire  qu^après  la 
simple  invention  des  signes,  les  idées  des 

Crémiers  inventeurs  se  soient  bientôt  com- 
inées  les  unes  avec  les  autres  (^^37);  qu'elles 
se  soient  en  môme  temps  multipliées,  et 
qu'on  ail  aussi  multiplié  les  mots,  souvent 
môme  au  delà  des  idées.  Il  est  visible  qu'ici 
M.  de  Maupertuis  met  d'abord  les  effets 
avant  les  causes,  et  qu'ensuite  il  avance  une 
proposition  fausse,  en  disant  que  les  inven- 
teurs du  langage  ont  souvent  multiplié  les 
mots  au  delà  des  idées. 

«(  Il  est  en  effet  cçrtain  rfue  l'esprit  humain 
n'a  jamais  pu  connaître  et  combiner  que  des 
objets  fixes  et  déterminés,  ou  des  modifica- 
tions de  ces  objets.  11  est  aussi  certain  qu'il  n'y 
a  que  les  mots  qui  puissent  distinguer,  ffxer 
et  déterminer  les  idées,  ainsi  que  leurs  mo- 
difications, de  sorte  que,  supposer  la  combi- 
naison et  la  multiplication  des  idées  avant 
l'invention  des  mots  qui  les  font  distinguer» 
(]|ui  les  fixent  et  les  déterminent,  c'est  mettre 
1  effet  avant  la  cause  ;  c'est  avoir  une  opinion 

3ue  le  seul  respect  qu'on  doit  à  la  mémoire 
'un  homme  célèbre   empoche  de  qualiCer, 
comme  elle  le  mériterait. 

«  Et  quant  à  cette  autre  opinion  oiï  était 
M.  de  Maupertuis,  que  dai^  l'invention  du 
langage,  on  a  multiplié  les  mots  au  delà  des 
idées,  elle  n'est  pas  moins  extraordinaire,  è 
moins  que  cet  auteur  n'ait  voulu  parler  des 
mots  ou  particulesqui,  n'exprimant  par  elles- 
mômes  aucune  idée,  servent  seulement  à  lier 
les  mots  ou  les  propositions  qui  expriment 
les  idées.  Mais  ce  n  est  pas  dans  la  première 
invention  du  langage  qu'on  peut  supposer 
ces  particules;  et  en  tout  cas.  Ai.  de  Mauper- 
tuis aurait  toujours  abusé  des  termes. 

«  C'est  quelque  chose  de  bien  curieux 
que  d'entendre  cet  auteur  se  plaindre  de 
ce  que  à  peine  nous  sommes  nés  (h38)^  que 
nous  entendons  répéter  une  infinité  de  mois 
qui  expriment  plutôt  les  préjugés  de  ceux  qui 
nous  environnetit  que  les  premières  idées  qut 
naissent  dans  notre  esprit:  que  noi^  retenoHM 
ces  mots;  que  nous  leur  attachons  des  id/es 
confuses,  et  que  voilà  notre  provision  faite 
pour  le  reste  de  notre  rie,  sans  que  le  piut 
souvent  nous  nous  soyons  avisés  di'opprefon^ 

(157)  Loc,  cit,,  art.  4. 
(i38v  Ibid 


715 


Uîf 


D'A^niROrOLOGIE. 


L\N 


1€ 


la  traie  valeur  de  ces  moti^  ni  la  sûreté 
des  eannaisMances  quils  peuvent  nous  procU" 
rer^  au  naui  faire  craire  que  nous  possédons. 
Ces  incooTénients  furent  sans  doute  bien 
fâcheax  pour  un  homme  comme  M.  de  Mau- 
pertais,  qui  sans  cela  n*auralt  pas  perdn  to- 
talement le  soutenir  de  ses  premières  idées, 
de  rétonnement  que  lui  causa  ta  tue  des  objets, 
hrsquil  ouvrit  les  yeux  pour  la  première 
fois,  et  des  premiers  jugements  quil  porta 
dasu  eei  âge  oit  son  âme,  plus  zide  d idées, 
lui  aurait  été  plus  facile  à  connaître  qu*elle 
ne  Tétait  lorsqu'il  écrirait  toutes  ces  tielJes 
eboses,  parée  qu'elle  était,  pour  ainsi  dire, 
plus  elle-même,  etc.  {h39).  Mais  pour  tout  au« 
tre  étrd  raisonnable,  le  malheur  n*cst  pas  si 
p^nd.  I^s  hommes  de  cette  dernière  espèce, 
qui  assurément  ne  comptent  point  avoir  été 
philosophes  dès  en  ourrant  les  veux,  sont 
fort  contents  qu'on  ait  accéléré  fe  déyelop- 
pement  de  leurs  facultés,  en  leur  apprenant 
lies  mots  qui,  sans  expliquer  Tcssence  in- 
eonnac  des  choses,  leur  donnaient  par  de- 
grés assez  de  connaissances  sur  Texistence 
de  ces  choses,  sur  leurs  modifications  et  sur 
leurs  rapports  avec  eux,  pour  en  bire  usage 
snirant  leurs  besoins  et  leurs  goûts,  et 
poar  ne  pas  les  confondre  les  unes  arec  les 
autres. 

«  L^  philosophes,  surtout,  ne  s'imagine- 
ront jamais  qu^il  puisse  naflre  dans  notre 
esprit  des  idées  indépendantes  des  mots,  ni 
que  les  premiers  mots  que  nous  apprenons, 
ne  serrent  qu*è  exprimer  les  préjugés  de 
ceux  qui  nousenrironnentdans  notre  enfance. 
Ils  verront,  an  contraire,  que  ces  mots  leur 
ont  été  extrêmement  utiles  pour  dénommer 
suecessiTement  et  proportionnément  à  leurs 
l>esoins,  les  choses  et  leurs  qualité5,  d*une 
manière  k  les  fixer  et  h  les  attacher  dans  leur 
carreau,  en  sorte  que  se  rappelant  les  mots 
h  propos  du  besoin  qn*ils  avaient  des  choses, 
ils  pouvaient  se  servir  des  uns  pour  se  pro- 
cnrer  les  autres.  D'ailleurs,  ces  philosophes 
savent  très-bien  que  ce  n*est  pas  dans  les 
mots,  et  surtout  dans  ceux  que  nous  cppre- 
n«>ns  dans  Tenfance,  que  se  trouvent  les 
préjugés;  mais  dans  les  jugements  abstraits 
que  nous|K)rtons  des  choses,  lorsque,  après 
avoir  appris  une  infinité  de  mots,  et  multi- 
plié nos  idées  par  leur  moven,  nous  venons 
à  combiner  ces  idées,  et  2i  nous  faire  des 
r^^lcs  et  des  principes  sur  des  choses  qui 
n'ont  d'autre  modèle  sensible  que  nos  pro- 
pres i'iées,  et  qui  sont  au-dessus,  comme 
au  deik  de  nos  besoins  naturels. 

«  Mais  M.  de  Maupertuis  était  bien  éloi- 
gné de  penser  que  nous  eussions  besoin  de 
i  mots  pour  former  des  idées  ;  et  comme  si  ce 
n'avait  pas  été  assez  de  ce  que  nous  venons 
de  rapporter  de  son  opinion  sur  cette  partie, 
il  vajnsqu*k  s*ima.^ner  on'un  homme  kqui 
If»  sommeil  aurait  fait  ounlier  toutes  se?  per- 
ceptions et  tous  les  raisonnements  qu'il  avait 
faits,  mais  qui  anrait  conservé  les  facultés 
d'at>:Tc'evoir  et  de  raisonner,   viendrait  de 

(t39)  Loc.  df.,  art.  6 

Dir.TIO^?l.   D*A!<TnK0P0L03IE. 


lui-même  facilement  a  bout  de  fixer  et  de 
distinguer  ses  idées  par  des  signes.  Et  voici 
comment  cet  homme  s'y  prendrait  :  Suppo- 
sons que  sa  première  perception  eût  été,  par 
exemple,  celle  quil  éprouvait  lorsqu  il  disait  : 
Je  voîs  un  arbre:  qu'ensuite  il  eut  la  même 
perception  qu'il  avait  lorsqu  il  disait  :  Je  vois 
un  cheval.  Des  que  cet  homme,d\i  M.  de  Mait- 
pertuis,  recevrait  ces  perceptions,  il  verrait 
aussitôt  que  rune  n'est  pas  l  autre,  et  il  cher'- 
cherait  à  les  distinguer.  Et  comme  il  n'aurait 
pas  de  langage  formé,  il  les  distinguerait  par 
quelques  marques,  et  pourrait  se  contenter 
de  ces  expressions  A.  et  B.  pour  les  mémts 
choses  qu  il  entendait  lorsqu'il  disait  :  Je  vois 
un  arbre,  ie  vois  un  cheval.  Recevant  ensuite 
de  nouvelles  perceptions,  il  pourrait  les  diS" 
tinguer  toutes  de  la  même  sorte,  et  lorsqu'il 
dirait,  par  exemple,  il.,  il  entendrait  la 
même  chose  qu'il  entendait,  lorsqu'il  disait  : 
Je  vois  la  mer. 

«  Cet  auteur  ingénieux,  mais  qui,  comme 
bien  d'autres,  ne  voyait  point  clair  dans 
cette  matière,  a  cru  qu'en  sauvant  la  faculté 
de  raisonner  de  l'oubli  de  toutes  les  autres 
connaissances,  il  n*^  avait  rien  de  plus  na- 
turel que  les  opérations  qu'il  fait  faire  à  son 
homme.  Mais  il  aurait  été  bien  embarrassé  ffi 
quelqu'un  lui  eût  demandé  ce  qu'il  entendait 
par  cette  laculté  de  raisonner.  Obligé  d'apn 
profondir  les  termes ,  peut-être  aurait-il 
reconnu,  malgré  lui-même,  que  bi  dans 
l'usage  ordinaire  des  philosonhes,  ces  ter- 
mes exprimaient  l'attention,  la  réflexion  et 
le  jugement,  dans  l'exacte  vérité  ils  ne  signi- 
fiaient que  la  puissance  passive  d'acquérir 
ces  qualités  par  le  moyen  du  langage.  Alors 
M.  de  Maupertuis  aurait  senti  que  son  homme 
h^rpothétique,  ayant  oublié  toutes  ses  percep^ 
tibns,  tous  ses  raisonnements,  il  avait  aussi 
perdu  la  faculté  active  de  former  un  dessein, 
tel  que  celui  de  vouloir  distinguer  ses  per- 
ceptions par  des  marques  quelconques.  11 
aurait  ensuite  reconnu  la  distance  immense 
qu'il  y  a  entre  les  simples  perceptions  c'un 
arbre,  d'un  cheval  et  de  la  œcr,  cl  celte 
0[>éralion  de  Tesprit  et  du  langage,  par  la- 
quelle on  dit,  JE  VOIS  i!«  arbre,  je  vois  ix 
CHEVAL,  je  vois  LA  VER.  Il  Rurait  vu,  en  un 
mot,  que  la  supposition  d'un  homme  qui, 
après  avoir  perdu  tous  les  moyens  de  fixer  et 
de  distinguer  ses  idées,  chercherait  à  dési- 
gner et  à  arranger  ses  premières  perce^^tioiis, 
n'est  guères  moins  plaisante  que  cette  jiolis- 
sonnerie  de  parade  où  Arlequin  feignant 
d'être  mort  d'un  coup  de  fusil,  et  continuant 
cependant  de  parler,  répond  à  celui  qui  le 
lui  fait  remarquer,  qu  avant  de  mourir,  il 
s'est  réservé  l'usage  de  la  parole. 

«  Mais  après  tout,  que  pouvait-on  atten- 
dre sur  celle  matière,  d'un  observateur  qui 
était  inquiet  de  :;avoir  si  les  différences  ex- 
trêmes l'ihO)  qu'on  trouve  aujourd'hui  cîcns 
les  manières  de  s'exprimer,  viennent  tics 
altérations  que  chaque  père  de  famille  a  in- 
troduiCcsdans  une  langue,  d'îf  boni  cc::?munc 

(*!•)  Lettre  sur  tes  proqrh  des  sci^icu^  tome  0. 
page  xpi9. 

2\ 


i7 


LA.^ 


DicTio:(\Ainc 


LA!I 


Z4$ 


à  tous  ou  ^î  ci.*5  manières  lie  s'ei primer  ont 
d*aliord  été  différente?  ?  qui  croyait  qu'on 
fi^iurrait  trourer  de  grandes  lumières  sur 
cette  question  dans  la  lan.^ue  que  se  feraient 
dffUY  ou  trois  enfants  élevés  ensemble  dès  le 
p'ns  ïiB^  â^e,  sans  aucun  commerce  arec  les 
autres  horomes,  quelque  bfyrnée  que  fût  cette 
lanr^e;  nui  remaniait  comme  une  chose  très- 
f<»M!nlielle  d'observersi  celte  nouvellelan;^e 
ressemblerait  à  quelqu'une  de  celles  qu  on 
parle  aujourd'hui,  et  de  Toir  arec  la  quelle 
de  ces  lances  elle  aurait  le  plus  de  confor- 
mité ;  qui  désirait  encore  que  Ion  formât  plu* 
sieurs  sociétés  pareilles  d*enfants  de  différen- 
tes nations  dont  les  pères  parlassent  les  lan- 
gues les  plus  différentes,  par?e  qu'à  son  avis, 
Ja  naissance  est  déjà  une  espèce  d'éducation  ; 
qui  enfin  \toria\i  I  aveuglement  sur  cette  ma* 
tière,  aufioint  de  s'ima^ner  que  cette  eifié- 
rience  ne  se  bornerait  pas  à  nous  instruire  sur 
Fori^ne  des  langues,  mais  qu'elle  pourrait 
encore  nous  apprendre  bien  d'autres  choses 
sur  l'origine  des  idées  mêmes,  et  sur  les  no- 
tions fondamentales  de  l'esprit  humain.  Ce 
géomètre  ne  s'apercevait  pas  de  ce  que  peut 
voir  tout  homme  éclairé  des  simples  lumières 
du  bon  sens,  que  le  langage  est  une  chose 
purement  accidentelle,  tant  ^iour  le  fond,  que 
pour  la  diversité;  que,  sans  recourir  à  des 
etpériences  à  peu  près  imj)0ssibles,  il  y  a 
dans  la  différence   extrême  qui  se  trouve 
entre  les  langues  des  |)euples  qui  ne  se  sont 
jamais  connus,  qui  n'ont  jamais  eu  les  moin- 
dres rapports  ensemble,  la  prouve  la  plus 
complète  de  l'inutilité  de  ces  exf>ériences  , 
puisque  l'on  peut  faire  dans  la  comparaison 
de   ces  langues,  des  recherches  beaucoup 
plus  étenJucs  que  celles  qu'offrirait  le  lan- 
gage trouvé  par  deux  ou  trois  enfants  iso- 
lés, ou  par  plusieurs  sociétés  de  deux  ou 
trois  enfants  de  cette  espèce.  Il  ne  fallait  pas 
moins  que  l'opinion  très-singulière  où  était 
M.  de  Maupertuis  çiu'il  était  possible  de 
trouver  des  idées  indépendantes  de  toute 
espèce  de  langage,  et  absolument  étrangères 
à  toutes  nos  connaissances,  pour  le  porter  à 
s'imaginer  que  des  langages  tout  fratchement 
inventés,  et  entièrement  différents  de  tous 
les  langages  connus  ou  possibles  à  connaî- 
tre, lui  fourniraient  des  idées  de  cette  es- 
pèce. II  ne  s'aperçoit  pas  que  s'il  eût  pu -y 
avoir  de  ces  sortes  d'idées,  on  n'aurait  jamais 
pu  les  lui  communiquer,  faute  de  moyens 
propres  ;  attendu  que  pour  que  nous  puis- 
sions recevoir  une  nouvelle  idée  quelconque, 
il  faut  ({u'elle  entre  dans  notre  cerveau  par 
analogie  avec  les  idées  que  nous  avons déjh, 
et  par  des  termes  équivalents  à  ceux  dans 
lesquels  cette  idée  nous  est  présentée.  Mais 
dès  là  qu'une  idée  aura  de  l'analogie  avec 
nos  autres  idées,  et  que  nous  pourrons  la 
fixer  par  des  termes  é  ^[uivalents  a  ceux  dans 
lesquels  elle  aura  été  originairement  conçue  ; 
elle  cessera  d'être  *de  l'espèce  de  celles  que 

(iil)  Si  Ton  fait  attention  que  ce  ii*csl  pas  aux 
hommes  qui  ont  su  un  plus  grand  nombre  de  lan- 
gues que  nous  devons  le  plus  de  lumières  philoso- 
ptiiqurs,  on  convicmha  facih'mont  do  la  vcrUèùe  ce 


H.  de  Manportuî^  vouJaîl  que  1  on  cbnvhâl 
par  lies  moyens  aussi  bizarres  que  diffi»  îles 
a  mettre  en  pratique.  Les  jphiloâopbes  qot 
n*ont  itas  même  t^esoin  de  l'èlre  pour  seoiir 
toute  Villusioa  des  tocs  de  M.  ue  Uao^tt-r- 
tub,  ne  s'amuseront  jamais  à  chercher  dans 
la  comparaisr>n  des  langues  les  plus  étran- 
gères, et,  si  Ton  tcuI,  les  plus  ori^încUes 
des  idées  iniépcndantes  de  tout  langage  :  et 
loin  de  croire  qu'on  puisse  trouver  de  telles 
idées  dans  certaines  langues  exislaaies  ou  à 
exister,  ils  seront  en  état  d'affinoer*  sans 
sortir  de  leur  cabinet,  qu'essentiellement 
|»ar!ant,  il  n'y  a  qu'une  sorte  de  Unc;a,;e« 
puisqu'en  quelque  langue  que  ce  soit*  on  ne 
peut  exprimer  que  ce  quon  voit  et  ce  qu^on 
sent,  et  cela  dans  l'étendue  bornée  de  n  *s 
focultés  qui  sont,  pour  le  fond,  les  mêmes 
dans  tous  les  hommes  organisés  selon  les 
lois  générales  de  la  nature;  de  sorte  qu  ab- 
solument parlant,  c'est  la  chose  du  moiiJe  la 
{}lus  inutile  que  de  ciiercber  à  péi  é J-er  le 
sens  des  langues  différentes  de  la  nôtre;  et 
que  quand  la  vie  d'un  homme  suffirait  pour 
les  apprendre  toutes  (i41),  tant  de  langues 
réunies  dans  uotre  cerveau  ne  nous  offri- 
raient pas  plus  de  connaissances  réelles  et 
utiles,  que  celles  que  nous  pouvons  facile- 
ment acquérir  par  le  moyen  de  notre  lao^u^ 
maternelle.  Les  recherches  proposées  par 
M.  de  Maupertuis  sont  donc  de  pures  Tisiotis 
et  l'on  peut  hardiment  les  mettre  dans  ta 
classe  que  mérite  cette  autre  idée  où  était  ce 
géomètre,  que  peut^tre  on  ferait  hiea   des 
découvertes  sur  cette  merveilleuse  onioo  de 
l'âme  et  du  corps,  si  l'on  osait,  comme  il  le 
désirait  humainement,  en  aller  chercher  les 
liens  dans  le  cerveau  d'un  criminel   vi- 
vant H^iS). 

a  On  me  reprochera,  peut-être,  d'avoir 
perdu  trop  de  temps  à  comtiattre  les  chimères 
de  M.  de  Maupertuis.  Mais  on  ne  trouvera 
pas  ce  temps  tout  à  fait  mal  employé,  si  Ton 
prend  la  peine  de  faire  attention  qae  ces 
chimères  n'en  sont  pas  pour  tout  le  moode; 
que  d'ailleurs,  quelles  que  soient  les  opi- 
nions d'un  homme  célèbre,  elles  méritent 
les  honneurs  de  la  critique;  et  qu'enfin  les 
raisons  que  j'ai  employées  contre  cet  auteur, 
serviront  toujours,  si  elles  sont  lioanes,  k 
établir  les  principes  de  ce  que  j'ai  à  dire  sur 
la  formation  du  langage. 

«  M.  l'abbé  Pluche,  dans  sa  Mécanique  des 
langues^  pense  que  la  parole  a  été  donnée  à 
l'homme  pour  exprimer  ses  pensées.  II  met 
donc,  comme  H.  de  Maupertuis,  les  pensées 
avant  la  parole.  Mais,  plus  circonspect  et 
moins  curieux  que  ce  géomètre,  il  prévient 
toutes  les  difficultés,  en  disant  oue  ce  n'est 
aucun  homme,  mais  Dieu  seul  qui  a  été 
notre  premier  maître  de  langue.  Et  il  a  rai- 
son, pour  moi  et  pour  bien  d  autres.  L'aut«> 
rite  sur  laquelle  sa  proposition  est  appuyée, 
est  trop  certaine  et  trop  lespectable   pour 

qne  je  dis  ici. 

(44i)  No  taxeraitron  pas  de  bariaric  H.  âe  Mat 
pertuis,  si  Ton  ne  lui  eût  pas  coniui  aa  cacan«^ 

forl  diff<-»eiil? 


719 


UN 


DAMIIKOPOI-OCÎF^ 


U\S 


75A 


qa*on  puisse  la  révoquer  en  tloote.  • 

osmoEm. 

«  ....  Lliîstoire  de  Tespèce  humaine  nré- 
.^ente  un  gran  J  nombre  d'accidents  et  d  éTé- 
neroenls  qu*il  m'e$t  impossible  de  com- 
prendre sans  le  concours  d'une  influence 
supérieure  ;  nar  exemple,  il  me  parait  inex- 
plicable que  rhomme  ait  pu  commencer  l«n 
carrière  du  perfectionnement  et  inventer  le 
lan.^çe  et  la  première  science,  sans  un  guide 
supérieur....  On  ne  peut  nier  qu'une  écono- 
mie divine  ait  régne  sur  l'espèce  humaine 
depuis  son  ori^ôoe  pour  diriger  sa  course 
dns  les  voies  les  plus  sûres.  »  (  idées  $ur  la 
pkitoM.  de  rhisi,  de  rhumaniié^  1. 1,  liv.  v, 
p.  299.) 

M.  Cousin  reproche  à  Herder  d*avoir  eu 
recours  k  des  «  erpiications  mystiques ,  au 
Jien  de  rapporter  le  lan;^age  à  Ténergie  de 
fespnt  humain.  Comme  Rousseau,  dit-il,  et, 
depuis,  M.  de  Ronald ,  Herder  résout  le  pro- 
blème par  le  ùems  ex  machina.  Le  langage , 
suivant  lui ,  est  d'institution  divine  ;  cela 
peut  être,  mais  ce  n'est  pas  moins  un  contre- 
sens dans  l'ouvrage  de  Herder ,  où  tout  est 
expliqué  humainement.  Si  Dieu  intervient 
fiaiis  cette  difficulté,  il  faut  le  faire  intervenir 
dans  d'autres  difficultés  qui  ne  sont  pas 
moins  grandes ,  et  c'en  est  lait  de  l'idée  ion- 
ciaraentale  du  livre.  »  (Cours  de  I8â8  au 
inirod.  à Thisi.  de  la  Philos.^  W  leçon, 
p.  29.) 

Que  Herder  soit  ici  ineonséçpsent ,  cela 
peut  être  ;  mais  ne  vaut^il  pas  mieux  admet- 
tre une  vérité  par  inconséquence  que  d'être 
perpétuellement  dans  le  faux  fiar  amour  de 
la  logique  ? 

Donnons  encore  quelques  extraits  ducélè- 
fire  philosophe  allemand. 

«  Si  les  hommes ,  dit-il ,  dispersés  sur  la 
terre  comme  les  animaux,  avaient  dû  établir 
d'eux-mêmes  et  sans  secours  la  forme  inté^ 
rieore  de  Thumanité ,  nous  trouverions 
encore  des  nations  sans  langage,  sans  raison, 
sans  religion,  sans  morale,  car  ce  que 
rhomme  a  été,  l'homme  l'est  encore  ;  mais 
aucune  histoire,  aucune  expérience  ne  nous 
permet  de  croire  que  l'homme  vive  nulle 
part  comme  l'orang-outang.  Les  fables  anti- 
ques que  Diodore  et  Pline  racontent  de  ces 
monstres  humains  privés  de  tous  sentiments 
portent  avec  elles  un  caractère  évident  de 
fausseté.  11  en  est  de  même  des  rérits  des 
poètes  qui ,  jaloux  de  relever  la  gloire  de 
leurs  Orphées  et  de  leurs  Cadmus,  exagèrent 
la  grossièreté  des  empires  naissants  de  l'an  - 
tiquité  ;  les  temps  où  ils  ont  vécu,  et  le  but 
de  leurs  ouvrages  diminuent  également  l'au- 
lorité  de  leur  témoignage.  En  snivant  les 
analogies  du  climat,  il  parait  évident  qu'au- 
cune nation  européenne,  surtout  aucune  tribu 
de  la  Grèce,  n'a  été  dans  un  état  si  abject  que 
les  Nouveaux-Zélandais  ou  que  Içs  Pécherais 
de  la  Terre  de  Feu  ;  cnoore  dan^^  dé. 'lalla- 


tion même  de  ces  ]  eupIaJes ,  retrouve-t-on 
des  traces  d'humanité ,  de  raison  et  du  lan- 
gage (iW). 

c  Si,  comme  nous  Tavons  vu ,  les  qualités 
les  plus  distin^ées  de  Thomme ,  heureuses 
ca|)aeités  qu'il  apporte  en  naissant  »  ne  s'ac- 
quièrent et  ne  se  transmettent,  à  proprement 
parler ,  que  par  la  puissance  de  Téducation , 
du  langage,  de  la  tradition  et  de  Tart,  non-seu* 
lement  les  premiers  germes  de  cette  huma* 
nité  devaient  sortir  d'une  même  origine, 
mais  il  fallait  encore  qu'elles  fussent  artifi- 
ciellement combinées  dès  le  principe  pour 
que  le  genre  humain  fût  ce  qu'il  est.  Un 
enfant  abandonné  et  laissé  à  lui-même  peu  - 
dantdes  années  ne  peut  manquer  de  périr 
ou  de  dégénérer.  Comment  donc  l'espèce 
humaine  aurait-elle  pu  se  suffire  à  elle-même 
d'ans  ses  premiers  débuts  ?  Une  fois  accou- 
tumé à  vivre  de  la  même  manière  que  1  orang- 
outang  ,  jamais  l'homme  n'aurait  travaillé  à 
se  vaincre ,  ni  appris  à  s'élever  de  la  condi- 
tion muette  et  dégradée  de  l'animal  aux  pro- 
diges de  la  raison  et  de  la  parole  humaine. 
Si  la  Divinité  voulait  que  i  homme  exerçM 
son  intelligence  et  son  cœur,  il  fallait  qu'elle 
lui  donnât  Tune  et  l'autre  ;  dès  le  premier 
moment  de  son  existence,  l'éducation,  l'art* 
la  culture  lui  étaient  indispensables  ;  ainsi  « 
le  caractère  intime  do>  l'humanité  porte 
témoignage  de  la  vérité  de  cette  ancienne 
philosophie  de  notre  histoire  (hhk). 

«  Et  ranimai  humain,  s'il  eût  été  pendant 
des  siècles  de  siècles  dans  l'état  abject  qu'on 
lui  prête,  et  que,  par  des  proportions  entiè- 
rement différentes,  il  eût  reçu  la  forme  qua- 
drupède dans  le  sein  de  sa  mère ,  comment 
eût-il  abandonné  cet  état  de  son  propre  mou- 
vement et  se  fût-il  élevé  k  l'attitude  droite, 
de  la  condition  de  l'animal  qui  le  courbait 
vers  la  terre  ?  Comment  eût-il  pu  s'élever  à 
Tétat  d'homme,  et,  avant  qu'il  ne  fût  homme, 
inventer  la  parole  humaine  7  Si  l'homme  eût 
commencé  fiar  marcher  sur  les  pieds  et 
sur  les  mains ,  assurément  il  n'aurait  point 
changé  ;  et  il  n'y  a  que  le  prodige  d'une 
seconde  création  qui  eût  fait  de  lui  ce  qu'il 
est  maintenant,  et  ce  que  son  histoire  et  T'ex- 
perience  nous  attestent  à  chaque  f^s. 

«  Pourquoi  donc  embrasserions-nous  des 
paradoxes  dénués  de  preuves,  et  même  entiè- 
rement contrailictoires,  quand  la  constitution 
de  l'homme,  l'histoire  de  son  espèce  et  toute 
l'analogie  de  l'organisation  terrestre,  nous 
conduisent  à  d'autres  résultats  (445).  » 

paéDiaic  sciiuieBL. 

Dans  Touvrage  qui  tourna  pour  la  pre- 
mière fois  sur  lui  les  regards  de  l'Europe 
(son  petit  Traité  publié  en  1808  mr  fa  langue 
et  sur  la  sagesse  des  indiens)^  il  déclare  fran- 
chement son  opinion  sur  I  unité  originaire 
de  toutes  les  langues.  11  rejette  avec  inJign<!-^ 
tion  l'idée  que  le  langage  serait  une  invet:- 
tiop  de  l'homme  dans  un  état  sauvage  et 


(443)  IkBMBi,  Idée»  sur  la  p&êlas^Mf  de  nUtotre, 
t.  H,  Ut.  IV,  cfa.  5,  p.  210. 

(4441  HcftKft«  Uitf.  eu.,  i.  Il    lîv.  i,  cha-)   8. 


WS-  278. 


•n- 


(4l.'i)  HrRDrft 
cba|t.  G. 


IJé^s  ,  Ole. .  loiDC  1"     Ijvrw  111 


7ÎJf 


LAN 


DtCTiONISAiliE 


LWN 


73« 


iâk^iHte  9  amenée  à  une  perfection  graduelle 
par  le  travail  ou  l'expérience  de  générations 
successives.  Il  le  considère  au  contraire 
comme  un  tout  indivisible  avec  ses  racines 
et  sa  structure,  sa  prononciation  et  ses  carac- 
tères écrits. 

Ses  études  postérieures  n*ont  rien  changé 
h  cette  opinion  ,  comme  on  le  voit  par  son 
dernier  chef-d'œuvre  ('»W).  Dans  sa  philoso- 
phie du  langage,  il  considère  la  parole 
comme  un  don  particulier  à  Thommxï  et  par 
<x)nséquent  unique  dans  son  origine.  Nous 
«n  citerons  le  passage  suivant  : 

a  Avec  nos  sens  et  nos  organes  actuels,  il 
nous  est  impossible  de  nous  former  Tidéc  la 
plus  éloignée  de  cette  langue  que  le  pre- 
mier homme  possédait  avant  d  avoir  perdu 
sa  puissance ,  sa  perfection  et  sa  dignité 
oriL5inelles  ;  tout  comme  il  nous  serait  impos- 
sible de  raisonner  sur  cette  parole  mysté- 
rieuse àTaidede  laquelle  les  esprits  immor- 
tels envoient  leurs  pensées  sur  les  ailes  de 
ia  lumièi*e  à  travers  Tespacc  immense  des 
cieux  ;  de  même  encore  que  nous  ne  sau- 
rions concevoir  ces  mots  ineffables  pour  des 
êtres  créés,  qui  sont  proférés  dans  Tintériour 


l'amour  divin  appelle  la  majesté  éternelle. 
ijOrsque  de  ces  hauteurs  inaccessibles  nous 
redescendons  h  nous-mêmes  et  au  premier 
homme,  telquil  était  réellement,  la  narra- 
tion simple  et  naïve  do  ce  livre  qui  contient 
notre  histoire  primitive,  et  nous  montre 
Dieu  apprenant  à  Thounne  à  parler,  cette 
narration  «  dis-je ,  à  nous  arrêter  même  au 
sens  k  plus  simple ,  sera  en  accord  |>arfait 
avec  ce  que  nous  sentons  naturellement. 
Comment,  en  effet,  pourrait-il  en  être  autre- 
ment, ou  comment  une  autre  impression 
serait-elle  possible,  quand  nous  considérons 
le  rôle  que  Dieu  y  joue,  celui  d*un  père, 
pour  ainsi  dire ,  qui  apprend  à  son  fils  les 
premiers  rudiments  du  langage  ?  mais  sous 
ce  sens  si  simp'e  est  cachée  comme  dans  tout 
ce  livre  mystérieux  une  autre  signification 
beaucoup  plus  profonde.  Le  nom  de  chaque 
chose  et  de  chaque  être  vivant ,  tel  qu'il  est 
nommé  en  Dieu  et  désigné  de  toute  éternité, 
co  nom  contient  en  hu-même  l'idée  essen- 
tielle de  son  être  le  plus  intime ,  la  clef  de 
son  existence,  la  puissance  décisive  do  Têtre 
ou  du  non-être  ;  c'est  ainsi  qu'il  est  employé 
dans  le  discours  sacré ,  où  il  est  en  outre 
dans  un  sens  plus  haut  et  plus  saint ,  uni  à 
ridée  du  Verbe.  D'après  ce  sens  plus  profond, 
cette  narration  montre  et  signifie ,  comme  je 
Tai  déjà  remarqué,  qu  avecJe  langage  confié, 
communiqué  et  parlé  immédiatement  par 
Dieu  à  l'homme  et  par  le  langage  même , 
l'homme  fut  installé  comme  le  (gouverneur 
et  le  roi  de  la  nature ,  ou  plus  rigoureuse- 
ment encore ,  comme  le  député  de  Dieu  au 

(4i6)  Phitosophische  vorleiungen,  etc.  ,  1830.  — 
L'iiutcur  expira  en  écrivant  la  dixième  k^yon.  1^ 
(iernier  mut  de  son  manuscrit  f«t  aber^  niaû.  On  a 
a.jpelé  cet  ouvrage  le  Cycnea  vox  et  oratio  de  ce  bi'au 


I 


sein  de  cette  création  terrestre,   fonction 
sublime  qui  fut  sa  destination  originelle.  » 

BENJAMIN  CONSTANT. 

«  On  a  recherché  l'origine  de  la  reiigion , 
comme  on  a  recherché  Torigine  de  la  société 
et  l'origine  du  langage.  L'erreur  a  été  la 
mêii.c  dans  toutes  ces  recherches.  On  a  com- 
mencé par  supposer  que  l'homme  avait  existé 
sans  société  y  sans  langage  ^  sans  religion.... 
Mais  cette  supposition  impliquait  qu'il  pou- 
vait se  f)asser  de  toutes  ces  choses,  puisqu'il 
avait  pu  exister  sans  elles.  En  partact  de  ce 
riucipo  on  devait  s'égarer.  La  société ,  le 
angage  et  la  religion  sont  inhérents  à  fhomme^ 
leur  assigner  d'autres  causes  que  sa  nature 
c'est  se  tromper  volontairement  (4-47). 

«  Tous  les  systèmes  religieux  et  politi- 
ques des  philosophes  du  xviir  siècle  {)ar- 
tent  de  l'hypothèse  d'une  race  réduite  pnmi* 
tivement  \  la  condition  de  brutes  errant 
dans  les  forêts  et  s' v  disputant  le  fruit  des 
chênes  et  la  chair  des  animaux. 

«I  Mais  si  tel  était  l'état  naturel  de  l'hommet 

1)ar  quel  moyen  l'homme  en  serait-il  sorti  7 
nvoquer  le  hasard  ,  c'est  prendre  pour  uro 
cause  un  mol  vide  de  sens  ;  le  hasard  ne 
triomphe  point  de  la  nature  ;  le  hasard  n'a 
point  civilisé  des  espèces  inférieures  qui , 
dans  Thypothèse  de  nos  philosophes,  auraiei  .1 
dû  rencontrer  aussi  des  chances  heureuses. 
«  La  civilisation  par  les  étrangers  laisse 
subsister  le  jTOblème  intact.  Vous  me  mon- 
trez des  maîtres  instruisant  des  élèves,  mais 
vous  ne  me  dites  pas  qui  a  instruit  les  maf* 
très  :  c'est  une  cl>alne  suspendue  en  l'air.  Il 
y  a  plus,  les  sauvages  repoussent  la  civilisa- 
tion quand  elle  leur  est  présentée.  Plos 
1  homme  est  voisin  de  l'étal  sauvage,  plas  il 
est  stationnaire.  Les  hordes  errantes  que 
nous  avons  découvertes ,  clair-semées  aux 
extrémités  du  monde,  n'ont  pas  fait  un  seul 
(MIS  vers  la  civilisation.  Les  habitants  des 
côtes  que  Néarque  a  visitées  sont  eneore 
aujourd'hui  ce  qu'ils  étaient  il  y  a  deux  mille 
ans.... 

«  Il  en  est  de  même  des  sauvages  décrits 
dans  l'antiquité  par  Agatharchide,  et,  de  nos 
jours,  par  le  chevalier  Bruce,  etc.*»  'hhS^^ 

6.  DE   HUMBOLDT. 

r 

Le  célèbre  Guillaume  de.  Humboldt,  qui 
avait  concentr.^  toutes  les  forces  de  son  gé- 
nie dans  l'étude  comparative  des  langues 
sous  leurs  rapports  grammaticaux,  philoso- 
phiques et  historiques,  et  qui  joignait  la  pins 
vaste  érudition  à  l'intuition  la  plus  péné* 
trante,  n'a  jamais  pu  concevoir  la  formation 
liumaine  et  progressive  du  langage.  Voici 
textuellement  sa  pensée  : 

«  La  parole,  diaprés  mon  entière  conric^ 
tion,  doit  être  considérée  comme  inhérente 
à  l'homme;  car  si  on  la  considère  comme 
l'œuvre  de  son  intellect  dans  la  simplicité 


génie. 

(i47)  De  la  teHgion ,  fMir  Benlajaln 
l.  i",  liv.  r',  ch.  8,  p.  161-163. 

(148)  i(/.,  iM.,  p.  157,  etc. 


7i 


LAN 


D'AXTimOPOLOCIE. 


LAN 


75J 


PM 


de  sa  oonraîssance  native,  e*e9i  ahioêument 
inexplicable.  PlulAt  qae  de  renoncer,  dans 
Teiplication  de  Forigine  des  langues,  è  l'in- 
flaenee  d*anc  Cmm$e  puisManit  et  prtmi^t^  et 
de  leur  assigner  à  toutes  une  marche  nnî- 
forme  et  mécanique  qui  les  traînerait  pas  k 
pas  depuis  le  commencement  le  plus  gros- 
sier jusqu'à  leur  perfectionnemem,  j  em- 
brasserais l'opinion  de  eaux  qui  rapportent 
1  ori^ne  des  lances  à  une  révélation  im- 
médiate de  la  Divinité.  ^  (Lettre  à  M.  Abd 
Rémmeat^  etc.,  Paris,  1837,  p.  13.) 


M.  kmÉDÈE  iACQCBS, 
de  phikMO|iliie  au  euU^e  Loois-ie-Crand. 


M.  ICLBS  SIMON, 

k  f&ole  Boraule  a  ^  b  Faoïlié  des  lettres 
de  Paris. 


■.  ÉHILB  SAISSBT, 

k  r&ole  Donsale  ei  sa  collège  Heari  IT. 


«  •  .^. .  .  lies  (^rations  intellectuelles  un 
peu   compliquées  deviennent  impossibles 
sans  le  secours  de  la  parole;  quelle  que  soit, 
en  effet,  celle  de  nos  trois  opérations  fonda- 
mentales que  l'on  considère,  l'idée,  le  ju- 
gement, le   raisonnement,  ont  également 
besoin  duiangage.  Toutes  nos  idées  ne  sont 
pas  des  idées  singulières;  car  si  nous  ne 
concevions  que  des  individus,  non-seule- 
meot  il  nous  faudrait  acquérir  longuement 
et  péniblement  toutes  nos  idées,  non-seule^ 
ment  la  mémoire  perdrait    les  anciennes 
i  lées  à  mesure  que  nous  lui  en  confierions 
de  nouvelles,  mais  les  idées  singulières  n  au- 
raient elles-mêmes  aucuue  précision,  au- 
cune netteté.  En  effet,  aucune  idée  n  est 
elairc  dans  notre  esprit  si  elle  n  est  distincte, 
ou  distincte  si  elle  n'est  déû:iie  ou  tout  au 
moins  si  elle  n'emporte  avec  soi  les  élé- 
ments de  sa  définition.  Or   toute  définition 
sa  fait  par  le  genre  et  la  différence,  el  sup- 
pose, |)ar  conséquent,  la  classification,  qui 
suppose  à  son  tour  des  termes  généraux. 
Outre  qu'il  faut  définir  une  idée  pour  la  ren- 
dre claire,  il  faut  aussi  en  étudier  la  com- 
préhension, pour  la  connaître  d*abord,  et 
aussi  pour  voir  si  elle  ne  contient  pas  de 
rontradiction.  Mais  les  pré^iicats  d*iino  idée, 
ses  caractères,  dont  l'ensemble  constitue  sa 
compréhension,  pris  séparément,  sont  des 
i  ïées  abstraites  et  communes.  Nous  con- 
cluons qu*on  ne  peut  se  passer  des  univer- 
sans,  parce  qu*il8  sont  nécessaires  en  eux- 
mêmes,  et  parce  que  sans  eux  les  idées  sin- 
g:ulières  manquent  de  précision  et  de  net- 
leié.  Comment  s'engendrent  les  universaux, 
nous  le  savons,  nous  lavons  précédemment 
exposé;  l'esprit  compare  plusieurs  idées  sin- 
frulières,  il  fait  abstraction  de  ce  qui  est  par- 
ticulier h  chacune,  et  forme  de  la  partie 
cuoimune  qui  lui  reste  une  idée  générale  ou 
sui>érieure  qui  contient  les  idées  singulières 
à  raide  desquelles  on  l'a  formée.  L'idée  gé- 
nérale, à  son  tour,  soutient  un  double  rap- 
l^yrU   l'un  avcr  les  idées  inférieures  qu'elle 
Gouttent,  faut.e  avec  TiJéc  supérieure  ou 


plus  générale  dans  laquelle  elle  est  conte- 
nue. Elle-même,  par  conséquent,  a  besoin 
d'éJre  éclaireic  par  l'étude  de  sa  compré- 
hension; et  elle  peut  I  eîre,  en  outre,  r^r  la 
détermination  exacte  de  son  extension,  c'csl- 
i-dire  de  la  quantité  des  individus  qu'elle 
contient. 

«  L'acquisition  d'idées  générales  d'une 
part,  et  de  l'autre  la  connaissance  des  ra[)- 
ports  de  coordination  et  de  suborJination 
des  idées  sont  donc  les  deux  conditions  né- 
cessaires pour  que  nos  conceptions  em- 
brassent la  totalité  des  objets  que  nous  avons 
besoin  de  concevoir,  et  pour  qu'elles  soient 
nettes  et  bien  déterminées.  Supposons  main- 
tenant que  nous  soyons  réduits,  pour  cha- 
que idée,  à  faire  toutes  ces  comiiaraisons, 
ces  abstractions ,  ces  généralisations  :  ce 
sera  un  Ions  et  difficile  travail  que  d'aeqcé- 
rir  une  seule  idée  précise.  De  plus,  dans  la 
durée  de  ces  opérations  si  compleies,  com- 
ment n'oublierions-nous  pas  les  bases  d*ofi 
nous  sommes  partis  h  mesure  que  nous  nous 
élèverons  plus  haut?  Comment  serons  nous 
certains  de  donner  toujours  à  la  môme  iiiéc- 
la  même  compréhension,  la  même  exten- 
sion ?  Le  langage  lève  toutes  ces  difficultés. 
De  même  au  un  géomètre  qui  veut  lever  un 
p?an  pose  des  jalons  de  distance  en  distance, 
Bt  proiK>rtionne  ainsi  les  objets  à  ce  qu'il 
peut  embrasser  d*uncoupd'œil,  l'esprit  atta- 
che un  mot  à  chaque  évolution  régulière  do 
sa  pensée,  et  par  ce  secours,  monte  ou  des- 
cend l'échelle  de  la  généralisation,  aban- 
donne une  idée  pour  un  temps,  y  revient 
ensuite  sans  courir  le  risque  de  compren- 
dre dans  une  même  unité  tantôt  une  com- 
préhension plus  lar^e  et  tantôt  une  com- 
préhension plus  étroite.  Les  mots  une  fois 
construits,  lui  suggèrent  par  le«rs  rapports 
constants  les  éléments  de  la  définition.  La^ 

{>ensée,  matérialisée  en  quelque  sorte  dans 
'expression,  reste  fixe  et  ne  dépend  plus  des 
variations  delamé;roire;  et  le  souvenird'un 
mot  rappelant  invariablement  une  série  d'i- 
dées, et  même  les  rapports  de  cooniinaliou 
do  ces  idées,  le  nombre  des  opérations  in- 
tellectuelles diminue  dans  une  proportion 
considérable. 

«  Il  en  est  de  même  du  jugement  et  du 
raisonnement.  Notre  vie  se  passe  à  afiirmcr 
des  existences,  à  tirer  des  conséquences.  Lo 
langage  est  là  un  élément  indispensable,  car 
il  nous  donne  pour  nos  comparaisons  des 
termes  fixes;  il  détermine  aussi  d'une  façon 
précise  les  rapports  d'un  terme  général  avec 
les  idées  particulières  qu'il  exprime.  Mais 
en  outro,  qui  pourrait  suffire  à  répéter  tous 
les  jugements  et  tous  les  raisonnements 
popr  cnnque  terme  individuel?  Ce  qui  est 
vrai  de  l'idée  supérieure  étant  nécessaire- 
ment vrai  de  toutes  les  idées  inférieures, 
l'opération  faite  sur  les  termes  généraux  nie 
dispense  de  toutes  les  autres.  Ainsi,  en  ma- 
thématiques, tous  les  rapports  étant  réduits 
à  un  certain  nombre  de  rapports  jjossibles, 
plus  les  termes  dont  je  me  sers  sont  abstrait^, 
pins  ils  me  'wrmettenl  de  réunir  dans  v.n 
seul  calcul  un  grand  nombre  d'o,  érations 


7S5 


L4N 


Dictionnaire 


L\N 


756 


diverses.  (Manuel  de  philoêophie^  p.  27b  et 

suiv.) 
«(  Le  langage  naturel  est  absolument  im- 

f puissant  pour  exprimer  une  idée  abstraite; 
e  plus  simple  développement  de  la  pensée 
suppose  et  exige  de  nombreuses  abstrac- 
tions. »  (/tid.,  p.  278.) 

Les  auteurs  du  Manuel^  après  avoir  cité 
un  fragment  de  M.  Cousin  sur  la  part  que 
Taclivité  de  Tâme  a  dû  avoir  dans  1  institu- 
tion des  si^t).ies,  en  supposant  le  langage 
d'invention  fmmaine,  ajoutent  ces  paroles 
très-significsfiives  dans  la  bouche  de  ces  phi- 
losophes si  ardents  défenseurs  des  préroga- 
tives de  la  raison  : 

«  Que  concluons-nous?  Que  les  hommes 
no  sont  pas  nés  pour  la  société?  Qu'ils  n'ont 
pas  toujours  été  en  société?  Qu'ils  n'ont  pas 
toujours  parlé?  Qu'ils  ont  inventé  le  lan- 
ga.^e?  Nous  ne  concluons  rien  de  tout  cela. 
Nous  ne  concluons  mémo  pas  qu'ils  soient 
capables  de  l'inventer.  »  {ibid.j  p.  273.^ 

M.    DE6ÊRAND0. 

«  L'homme  privé,  dès  sa  naissance,  du 
commerce  de  ses  semblables  3t  de  Tusage 
de  tous  les  signes  que  ce  commerce  nous 
conduit  à  instituer,  ne  s'élève  point  au-des- 
sus du  cercle  étroit  dans  lequel  végète  la 
brute  que  nous  vouons  au  mépris,  et  à  la- 
quelle nous  daignons  à  peine  accorder  quel- 
que portion  de  notre  intelligence.  On  con- 
naît 1  histoire  du  jeune  homme  trouvé  dans 
les  forêts  de  la  Lithuanie»  qui  donna  lieu 
aux  observations  consignées  dans  les  Mé- 
moires de  V Académie  des  sciences.  On  connaît 
celle  de  la  sauvage  champenoise.  On  sait 
qu'ils  ne  différaient  en  rien  des  animaux 
au  milieu  desquels  ils  s'étaient  trouvés  jus- 
qu'alors eiilés.  Ils  avaient  leurs  penchants, 
leurs  habitudes,  leur  industrie  ;  rien  en 
eux  n'annonçait  la  présence  de  cette  raison 
qui  réfléchit,  qui  combine,  qui  règle  toutes 
nos  facultés,  et  fait  de  l'homme  un  être  pen- 
sant. Quel  est  donc  cet  art  admirable  à  la 
présence  duquel  l'homme  s'éveille  et  com- 
mence à  être  lui-même,  les  sociétés  naissent 
et  se  forment,  l'industrie  prend  son  essor, 
tous  les  prodiges  de  la  raison  se  manifestent, 
et  dont  la  puissante  influence  était  attendue 
pour  féconder  le  vaste  champ  où  sont  dépo- 
sés tous  les  germes  des  facultés  humaines? 

«  Il  est  impossible  de  méditer  Quelques 
instants  avec  attention  ce  grand  et  étonnant 
problème  :  L'homme  élet>é  par  Vusage  des  si- 
gnes à  la  dignité  d'homme^  sans  s'apercevoir 
qu'il  doit  renfermer  les  plus  précieuses  et 
les  plus  importantes  données,  pour  la  solu- 
tion (les  problèmes  qui  composent  l'étude 
de  l'intelli^enoe  humaine.  »  {Des  signes  et 
de  Vart  de  penser^  t.l,  tn^rodiir/.,  p.  1  ;  Paris, 
an  VIII  ;  ouvrage  devenu  rare  et  cher.) 

«  Quelles  que  soient  les  facultés  que 
l'homme  tenait  déjà  des  bienfaits  de  la  na- 
ture, ces  facultés,  sans  le  secours  du  lan- 
gage, seraient  en  nous  oisives  et  impuissan- 
tes ;  elles  ne  pourraient  pas  davantage  en- 
gendrer la  pensée ,  que  le  beau  génie  de 
Lavoisier  n  eût  su  renouveler  la  (ace  de  la 


chimie  s'il  se  fût  trouvé  dépourvu  a  inslro- 
ments  et  de  machines.  »  f/d.,  ihid,^  p.  7.) 

«  Sans  le  langage,  la  réflexion  serait  tou« 
jours  stérile  ;  c'est  lui  qui  détermine  son 
activité  et  ses  progrès.  »  (id.,  t6id.,  t.  H, 
p  250.) 

UGR  LE  CARDIMAL  WISBMAIf 

Après  avmr  signalé  la  ligueur  extraordi- 
naire de  l'esprit  humain  à  l'époque  de  la 
dispersion  mentionnée  dans  la  Genèse^ 
Mgr  Wiseman  s'exprime  ainsi  : 

«  Nous  ne  aevons  pas,  je  pense,  imaginer 
que  la  divine  Providence ,  en  distribuant 
aux  différentes  familles  humaines  le  don  sa- 
cré de  la  parole,  n'ait  eu  d'autre  but  que  ta 
dispersion  matérielle  de  la  race  humaine,  ou 
la  production  des  formes  variées  du  langase; 
il  y  avait  là  sans  aucun  doute  une  fm  pios 
profonde  et  plus  importante ,  la  répartition 
entre  les  peuples  des  facultés  intellectuelles; 
car  le  langage  est  évidemment  le  pouvoir  de 
donner  un  corps  à  la  pensée ,  et,  pour  ainsi 
dire ,  do  l'incarner  ;  aussi  nous  pouvons 

fresque  aussi  facilement  imaginer*  notre 
me  sans  aucun  corps,  que  nos  pensées  sans 
les  formes  de  leur  expression  extérieure; 
et  par  conséquent  ces  organes  des  concep- 
tions de  notre  esprit  doivent  à  leur  tour 
modeler  et  roodifiei  ces  caractères  jiariicu- 
liers,  tellement  que  l'esprit  d*une  nation  doit 
nécessairement  correspondre  à  la  langue 
qu'elle  possède.  ^  {Disc,  sur  les  rapport 
entre  la  science  et  la  religion  révélée^  dise,  i.) 

JACQUES  BALUis 

«  Pendant  que  nous  parlons  ,  nous  pen- 
sons ;  pendant  que  nous  pensons  ,  nous  par- 
lons une  parole  intérieure  :  la  narole  est  le 
fil  conducteur  de  l'intelligence  dans  le  laby- 
rinthe des  idées. 

«  Le  signe  suit  l'idée  ;  il  semble  néces- 
saire à  l'idée 

«  La  nécessité  de  la  parole  se  fait  sentir 
alors  que  l'imagination  ne  peut  représenter 
les  objets  d'une  manière  distincte  et  qu*il 
faut  combiner  plusieurs  idées.  Par  exem- 
ple, il  nous  serait  impossible  de  raisonner 
sur  le  polygone ,  si  nous  n  attachions  cette 
idée  à  un  mot. 

c  L'esprit  humain  ne  parvient  que  ()ar  le 
travail  à  voir  dans  les  idées  ce  que  ces  idées 
contiennent.  De  là,  pour  lui,  la  nécessité  de 
concevoir  sous  des  formes  ,  non-seulemenl 
distinctes,  mais  différentes,  les  choses  même 
les  plus  simples  ;  et,  par  une  correspondance 
merveilleuse,  la  faculté  de  décomposer  ce 

3u'elle  conçoit,  et  de  multiplier,  dans  lor- 
re  des  idées,  ce  qui  en  réalité  est  ««;to- 
culté  stérile,  toutefois,  si  l'intellieence,  en 
passant  d'une  idée  è  Tautre,  n^avait  le  roojeo 
d'enchaîner  ces  idées  et  de  se  souveni^. 

«  Ce  moyen ^  l'entendement  le  possèle 
dans  les  signes  écrits,  parlés  ou  pensés; 
signes  mystérieux^  qui  non^eulement  ex- 
priment une  idée,  mais  ton t  quelquefois  îe 


757 


LAN 


OANTimOPOLOCIE 


LAN 


7» 


fésomé  d'une  lonsue  suite  d'idées,  et  deTex- 
périeooe  des  siècles. 

m  Noos  pouvons  apprendre  sans  être  en- 
seisnés,  mais  nous  ne  pourrions  apprendre 
si  renseignement  n*eût  présidé  au  dévc- 
liM>pement  primitif  de  notre  intelligence.  • 
[Pkitosopkie  fondam.,  U  1'%  p.  97  et  21b  ; 
LU,p.3Uet320.} 

LB  MÈW.   P.   rEKBOlfE. 

Cum  lo^imur  de  faeuliate  jua  potlei  hu- 
mana  raHo  Deum  eognoscendî  ejusque  exi- 
stenifom  demonstranaif  eam  stgnificamus  sath 
emcitam  aique  evolutnm,  quod  pi  ope  socie- 
Utlis  atque  adminicutoruin  quœ  in  socieiate 
rrperîunturf  qitœque  certe  sibi  comparare 
haud  potett  qui  extra  eœierarum  hominum 
cfmsariium  nuiritur  et  adolescit.  Qui  in  «i7- 
ris  natuM  euei ,  illius  extrcitii  et  evolutianis 
defectu^  non  modo  Dei  notitiam^  ui  liberatiier 
etîom  adrersariis  demus^  sed  neque  eœierarum 
rtrum  ad  ritœ  culium  speetantium  eognUio- 
nem  et  usum  acquireret^  quas  nemo  tamen  di- 
telpenolam  rationem  obtineri  non  posse. 
{De  iociê  theol.9  part,  m  ,  {  1 ,  ad.  2  ,  t.  Il» 
p.  tm^  édit.  de  M.  Tabbé  Migne.) 


M.  Hachez,  après  amr  traité  la  question 
de  rorifpne  de  Thcmme  organique,  seic- 
prime  ainsi  en  pariant  de  sa  création  spiri- 
toelle  ou  intellectuelle  : 

c  LlMHiune  étant,  ainsi  que  nous  venons  de 
le  montrer,  seul  de  son  esfièce  et  mis  au 
monde  adulte,  complet  organiquement  et  en 
outre  nécessairement  doué  de  l'âme  desti- 
née à  constituer  la  substance  de  sa  personna- 
lité et  le  principe  de  son  activité,  Thomme 
D*avait  pas  encore  tout  ce  qui  lui  était  ué- 
eessaire  pour  se  conserver  et  pour  vivre.  Il 
Cillait  encore  qu*il  pût  distinguer  le  bien  du 
mal,  qu'il  sût  agir  ou  s'abstenir  lorsqu'il 
était  convenable  ;  il  fallait  qu'il  pût  avoir  des 
idées;  il.  ftUait  qu'il  sût  penser  et  raison- 
ner, elc.  Or  on  est  incapable  de  rien  distin* 
gner  si  Vtm  ne  possède  pas  un  principe  de 
distinction  ;  on  n'agit  point  sans  but,  et  on 
ne  s'at)5tient  pas  sans  motifs  ;  on  n'a  point 
d*idées,  si  l'on  ne  porte  pas  des  jugeroenis , 
et  l'on  ne  porte  pas  de  jugements  si  l'on 
ne  possède  point  de  principe  d'affirmation  ; 
en&i,  on  ne  i)ense  ni  on  ne  raisonne  sans 
signes ,  e'est-a-dire  lorsque  l'homioe  ne 
imsèJe  po*nt  un  langage.  Il  fallait  que 
rnomme  possédât  toutes  ses  facultés,  et  pour 
qu'il  les  possédât ,  il  fallait  qu'il  les  reçût  I 
tir  comment  de  tout  temps  l'homme  a-t-il 
a  :quis  le  pouvoir  de  fiiire  toutes  ces  cboses? 
)iar  une  voie  unique  et  qui  ne  varie  pas,  par 

(449)  Or  pest  ooniMirer  rhomnie  primitif,  sortant 
aaàlie  des  maîDS  du  Crëaleor,  ans  avengles  adntles 
q«*ane  dooUe  cataracte  congéniale  empêchait  de 
voir,  et  ans  sonnls  et  muets  également  aitnltes 
fn*on  é|»aîssi]sseDient  de  la  membrane  dn  tympan 
cmpéebail  d'cnlendre,  aTfvgles  et  sourds  dont  une 
opcralimi  tient  oavrir  toat  (Ton  coup  les  yeux  à  la 
Ivniière  rt  r<ireille  aux  ribrations  de  Taîr.  Il  se  passe 
un  grand  nombre  de  jours  avant  que  les  uiih  puis- 


la  vole  inévitable  de  renseignement  t  Que  si 
l'enseignement  lui  manque,  toutes  ces  facul- 
tés lui  font  également  défaut.  Voilà  ce  que 
l'eipérience  nous  apprend.  L'homme  a  donc 
reçu  un  enseignement  primitif,  et  c'est  ce 
que  nous  appelons  sa  création  intellectuelle, 
c  On  a  prétendu  que  l'homme,  abandonné 
h  lui-même,  avait  pu  vivre  pendant  long- 
temps en  obéissant ,  comme  les  animaux, 
aux  lois  de  son  simple  instinct.  Cette  opi- 
nion est  erronée  ;  en  effet ,  l'homme  est  de 
tous  les  êtres  vivants  celui  qui  a  le  moins 
d^instincts.  Il  n'en  possède  qu'un  seul  qui 
ait  les  caractères  de  ceux  qu'on  rencontre 
chez  les  bêtes  ;  mais  cet  instJn^t  ne  peut  ser- 
vir que  dans  la  première  enfance  ;  c'est  cjc- 
lui  qui  lui  &it  chercher  le  sein  de  la  mère  et 
lui  iait  faire  le  travail  très-compliqué  de  la 
succion  et  de  la  déglutition.  Quant  à  tout  le 
reste  de  ce  que  les  animaux  font  sans  l'avoir 
appris,  l'homme  est  obligé  de  l'apprendre  ; 
il  apprend  à  marcher,  à  voir,  >  entendre,  etc. 
En  un  mot ,  le  développement  de  tout  ce 
qui,  chez  lui,  doit  être  soumis  è  l'empire  de 
la  volonté,  est  subordonné  à  la  nécessité  de 
l'instruction.  Voilà  encore  ce  que  nous  mon- 
tre l'expérience  de  tous  les  jours.  Il  a  donc 
fallu  que  le  couple  primitif,  et  né  adulte, 
reçût  au  moins  cette  première  instniction  , 
sans  laquelle  on  ne  sait  user  ni  de  ses  mem- 
bres ni  de  ses  sens  (U9).  Mais  a-t-il  pu  ac- 
quérir par  lui  seul  les  principes  des  autres 
connaissances  oui  le  distinguent?  Des  maté- 
rialistes  répondent  que  l'homme,  pendant  la 
durée  de  sa  vie  instinctive,  a  recueilli  des 
sensations ,  les  a  comparées  ou  a  senti  des 
comparaisons,  et  enfin  qu'il  a  formé  ou  en- 
core senti  des  abstractions.  Les  éclectiques 
disent  que  l'homme,  aussitôt  qu'il  eut  senti 
le  non-moi,  eut  la  révélation  du  moi  et  d'un 
rapport  entre  ce  moi  et  ce  non-moi  ;  ils  ajou- 
tent ensuite  qu'en  réfléchissant  sur  ses  sen- 
sations, il  a  découvert  le  général  dans  le 
p-articulier,  c'est-à-dire  les  absolus  qui  for- 
ment le  fondement  de  la  raison,  elc.  Nous 
ferons  d'abord  remarquer  que  ces  explica- 
tions sont  beaucoup  moins  claires ,  moins 
naturelles  et  moins  simples  que  le  thème 
posé  par  nous  tout  à  l'heure  d'un  simple 
enseignement  donné  à  nos  premiers  pa- 
rents, de  la  même  manient  dont  ils  nous 
Font  transmis  eux-mêmes.  En  outre,  elles 
sont ,  l'une  et  l'autre ,  fondamentalement 
contraires  à  l'expérience.  II  est  un  fait  qui 
est  aujourd'hui  démontré  en  philosophie, 
c'est  que  l'honHoe  ne  peut  penser  sans  si- 
gnes, ou  sans  une  j^role  quelconque.  Les 
observations  recueillies  auprès  des  sourds 
et  muets  de  naissance  et  restés  pendant 
longtemps  sans  instruction ,  ont  mis  ce  fait 

sent  distinguer  des  sons  ou  entendre;  il  est  néccs* 
saire  que  les  uns  et  les  autres  fassent  Téducallon  de 
loirs  nouveaux  sens.  Et  cependant  ces  hommes  ont, 
les  uns  et  les  autres,  une  inlelii^p^nce  déjà  formée  ; 
ils  possèdent  le  lancage  des  signes  :  ils  nul  des 
idées.  Que  Ton  juj^e  a  quel  point  il  était  impossible 
que  rbomme  pnmitîf,  dépourvu  de  toute  idée,  pût 
seul  et  sans  guide  se  donner  à  lui-même  cette  éJu- 
cation,  et  vivre  en  atlendauc  quVUc  lût  achevée. 


789 


LAN 


DICTIONNAIRE 


L\N 


i^y 


hors  do  doute.  Or,  d'où  Thommc  a-l-il  re^a 
le  langage  ?  Il  Ta  inycnté,  disent  les  maté- 
rialistes et  les  éclectiques ,  en  nommant  ses 
sensations  au  fur  et  à  mesure  qu'il  en  sen- 
tait le  besoin.  Il  Ta  donc  trouvé  selon  eui , 
après  avoir  senti  et  parce  quil  avait  senti. 
Orsenlirt  c'est  avoir  une  idée;  sentir,  c'est 
établir  une  distinction,  c*est  porter  un  juji^e- 
ment.  Comment  l'homme  aurait-il  pu  avoir 
une  idée  s'il  ne  pensait  pas,  c'est-à-dire  sans 
un  langage?  Comment  aurait-il  pu  établir 
une  distinction  ou  prononcer  un  jugement 
sans  un  principe  de  distinction  et  d'affirma- 
tion positivement  formulé  ,  c'est-à-dire  re- 
présenté par  des  signes  ? 

«  Ainsi  les  anta:;onistesde  l'enseignement 
primitif  donné  à  l'nomme,  tournent  dans  un 
cercle  d*impossibilités  manifestes  ,   ou  de 

{Propositions  contredites  par  l'expérience.  » 
Introduction  à  la  science  de  thiêtoire^  t.  II , 
p.  227.) 

11.    P.   GLÉUBI9T  60URJV, 

Professeur  de,  philo^^diie  au  collège  de  Renoes. 

Des  signes  et  du  langage  dans  leurs  rap- 
ports avec  la  pensée.  —  a  D'où  vient  Ja 

parole?  Les  hommes  ont-ils  parlé  primiti- 
vement, ou  n'ont-ils  eu  que  le  lans;agc  d*ac- 
tion?  Si  l'homme  a  p&f.é  primitivement, 
le  langage  at-il  été  la  création  de  l'homme 
ou  a-t-il  été  enseigné  à  l'homme  ? 

«  Ces  questions  ne  présentent  aucune  dif- 
ficulté en  fait:  l'homme  a  parlé  dès  l'origine, 
et  il  a  reçu  la  parole  (450). 

«x  Mais  on  peut  traiter  la  question  théori- 
quement et  demander  :  L'homme  aurait-il 
pu  inventer  la  parole?  Ici,  il  y  a  diver^cnre 
entre  les  philosophes.  Rousseau  a  dit  :  La 
parole  me  semble  nécessaire  pour  inventer  la 
parole;  et  M.  de  Bonald ,  parlant  dans  le 
môme  sens ,  a  dit  :  L'homme  pense  sa  parole 
acant  de  parler  sa  pensée.  Les  rationalistes 
ont  très-bien  établi  que  l'enfant  n'apprend 
à  parler  que  par  le  concours  des  sens ,  de 
l'activité  et  de  la  raison ,  puisqu'il  faut  qu'il 
entende  les  mots ,  qu'il  y  fasse  attention^  et 
qu'il  y  attache  le  sens.  En  sorte  que  les  sen- 
sualistes  sont  dans  Timpossibilité  d'expli- 
quer non-seulement  comment  l'homme  a 
pu  inventer  la  parole  ,  mais  même  comment 
il  peut  apprenare  à  parler.  Quant  aai  ratio- 
nalistes mômes ,  ils  disent  vrai  en  affirmant 
que  le  langage  ne  crée  point  nos  facultés  ; 
mais  ils  auraient  tort  d'en  conclure,  comme 

Î plusieurs  le  font ,  que  nos  facultés  créent  le 
angage.  \ 

«  L'invention  de  l'écriture  parait  aussi 
merveilleuse  que  celle  de  la  parole.  Si  l'al- 
phabet est  d'invention  humaine  ,  il  est  sans 
contredit  la  plus  prodigieuse  découverte  de 

(450)  Et  la  même  chose  se  répète  sans  disconli- 
nnité  ae  génëralion  en  généraiion.  Chacun  de  nous 
a  reçu  la  parole. 

(451)  Voici  les  deux  principales  raisons  qu^on  a 
ilonuées  contre  rinveiilion  de  Talphabet  par  Thommo. 
La  première,  c'est  que  cette  invention  suppose  la 
décomposition  du  lan;:nge  en  sf^s  c'.émeiits,  et  que 
cette  décomposition  ne  parait  iU2-mc.iic  possible 


riiommc,  et  celle  qui  a  le  pins  inQué  sur 
ses  destinées  (tôl|. 

«  Nous  allons  chercher  maintenant  qucI!o 
est  l'influence  du  lansia^e  sur  la  pensée. 

c  Rien  n'est  plus  laui  en  général  que  !es 
idées  (jue  l'on  se  forme  du  lan^gc.  On 
s^imagine  que  le  langage  a  surtout  pour  ob- 
jet de  transmettre  la  pensée.  Or  la  pensée 
est  essctitielleraent  intransmissible.  Ni  la 
lecture  ni  le  discours  ne  transmettent  réelle- 
ment  la  pensée  de  celui  qui  écrit  ou  qui 
parle.  Dans  ces  deus  cas,  l'art  ne  peut  ser- 
vir qu'à  réveiller  des  pensées ,  ou  à  niellre 
celui  qui  écoute  ou  qui  lit  h  môme  de  le 
faire  par  un  travail  intellectuel.  Lorsqu'on 
écoute  ou  qu'on  Ml  passivement  y  c'esl-ànlirc 
sans  idées  ou  sans  attention ,  le  résultat  se 
borne  à  une  suite  de  perception  de  forma 
et  de  sons. 

«c  Nous  considérons  donc  la  parole  sous 
un  autre  point  de  vue,  c'est-à-dire  comme 
un  moyen  :  V  d'acquérir  des  idées,  2"  de 
les  conserver,  S"  de  les  révéler  là  où  elles 
existent ,  4**  de  les  anal vser. 

«  Nous  disons  d'abord  que  le  langage  est 
un  moyen  absolument  nécessaire  pour  Vac- 
quisition  et  pour  la  conservation  des  idées. 
Cette  vérité  est  incontestable  et  facihe  à  sai- 
sir si  on  en  fait  l'application  aux  idées  in- 
tellectuelles, abstraites,  rationnelles,  à  tou- 
tes les  idées  en  un  mot  qui  ne  sont  pas 
acquises  immédiatement  par  les  sens.  Si  1  on 
essaye  de  combiner  les  idées  de  cette  sorte 
en  les  séparant  des  mots  qui  les  expriment, 
on  s'apercoif  que  cette  tentative  est  tout  à 
fait  iiipuissante.  Si  nous  perdions  le  souve- 
nir de  ces  mots,  les  idées  dont  ils  sont  U 
corps  disparaîtraient  à  l'instant.  C'est  pour 
cette  raison  que  le  mot  lô^ùç  signifiait  chez 
les  Grecs  pensée  et  discours. 

^  Une  autre  preuve  de  cette  naéme  vérité, 
ui  est  à  la  portée  de  tous  les  hommes  et 
/expérience  journalière,  c'est  cpie  l'esprit, 
lorsqu'il  se  borne  à  la  méditation  et  à  la  ré- 
flexion, ne  va  jamais  aussi  loin  que  lorsqu'il 
emploie  l'écriture  ou  la  parole.  On  ne  parle 
pas  seulement  pour  dire  ce  qu'on  pense^  mais 
pour  arriver  à  la  conscience  de  sa  pensée.  De 
là  l'influence  du  discours  sur  celui  même 
qui  parle,  la  plus  grande  clarté  des  idées  à 
la  suite  des  discussions ,  comme  chez  l'ar- 
tiste une  conception  plus  vive  de  son  œuvre 
à  mesure  qu'il  l'exécute. 

«  La  pensée  séparée  du  langage  et  de 
toute  expression  est  quelque  chose  de  vague, 
d'insaisissable;  la  parole,  les  signes  lui 
donnent  une  forme, la  limitent,  lui  donnent 
le  caractère  propre  à  notre  nature  sensible; 
ils  la  mettent  au  jour  y  si  l'on  peut  ainsi  par- 
ler, car  de  môme  que  la  lucoière  réfléchie 
par  les  corps  opaques  est  seule  visible*  de 

qu'à  Taide  de  Talphabel.  La  seconde,  c*esl  que  les 
liommes  sachant  lire  ont  toujours  été  en  Diiooriiit 
et  que  a.*pendânt,  dans  la  masse  des  autivs,  d 
même  parmi  ceux  qui  savent  <^ue  récriture  eiisle, 
riiistoire  ne  mentioune  aucun  individu  qui  se  Miit 
jamais  avisé  dUovemer  quelque  ctioec  d'anatogiie  i 
Talphabet. 


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Kl 


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r  \!KTftflOPl^LOG(E. 


bAH 


76» 


Rlêflic  aussi  la  pensée  roQMiio,  €'o6l-h*diro 
renvoyée  à  TesprUpar  io  langage,  frappe 
joule  ïonl  de  rintelligcnce. 

«  CoDsidérée  sous  un  troisième  poiot  de 
Tue,  ou  comme  moyen  de  révéler  la  pensée, 
la  parole  et  tonte  expression  de  la  pensée 
nous  apparaissent  comme  remplissant  une- 
Ibodion  sociale  éminemment  grande.  Les 
artistes,  les poëtes ,  les  littérateurs,  en  créant 
é&  formes  a  la  pensée ,  créeut  en  un  sens 
la peosée  elle-même,  r^arce  quils  mettent 
JcTulgaire  en  état  d*arri?er  k  la  conscience 
de  ses  propres  idées.  De  là  la  puissance  du 
discours,  sous  toutes  ses  formes,  do  la  tri* 
i/uoe,  des  livres,  des  journaux. 

4  Enfin  le  langage  peut  être  encore  consi- 
déré comme  une  métpodo  analyiiaue.  C*est 
I instrument  avec  leauel  T  esprit  clécomposo 
$a  pensée.  Penser ,  c  est  combiner  des  no- 
lioQs;  point  de  combinaisons  sans  com^H)- 
silion  et  décomposition  ;  point  de  (imposi- 
tion et  de  décomposition  sans  le  lan^a^e. 
teJillac  a  dit  qu'une  science n*était  qu'une 
langue  bien  faite.  Cette  expression  est  par- 
(aitemem juste,  si  Ton  entend  par  là  que 
la  langue  est  ri nstniment  nécessaire  pour 
toutes  les  opérations  de  Tesprit ,  et  que  ces 
opérations  s'exécutent  bien  ou  mal ,  selon 
que  rinstrument  est  plus  ou  moins  parfait.  » 
I  Cours  de  philosophie  élémentaire ,  (  a^e  27%, 
etc.;  3*  édil.  dédiée  à  M.  Talihé  Noirot, 
professeur  de  philosophie  au  collège  royal 
de  Lyon ,  et  revue  pour  Torthodoxie  catho- 
lique par  M.  Tabbé  Darboy.  ) 

M.    AUGUSTE    NICOLAS. 

■  Uorigine  de  la  parole  humaine  est  ab- 
solument inexplicable  sans  une  première 
révélation. 

<  Fiions  notre  attention  sur  ce  point  in- 
téressant. 

•  Qu'est-ce  que  la  parole  ?  G*est  évidem- 
ment Texpression  sensible  et  comme  le 
ci)r)i$  de  la  pensée.  La  pensée  doit  donc 
pr^iister  à  la  parole.  Il  faut  savoir  déjà 
feoser  pour  pouvoir  parler  ;  en  un  mot  f 
^uxqui  ont  parlé  les  premiers,  6*ils  onl 
^té  les  inventeurs  de  leur  parole ,  n*ont  pu 
i'ôire  qu* à  laide  et  à  l'impulsion  de  la  pen* 
^^.  Ceci  est  incontestable. 

«  Mais  cette  pensée,  qui  a  dû  présider  à 
I invention  de  la  parole,  qu'est-elle  elle- 
^^>ue ,  sinoki  une  parole  intérieure  de  l'es- 
f^ritavec  lui-môme?  Et  si  cela  est,  oom- 
Dent  a-tM)n  pu  penser,  si  on  ne  savait  déjà 
Ner?  La  parole  aurait  donc  précédé  la 
■eosée?  Mais  nous  venons  de  voir  que  l'in* 
f^otion  de  la  parole  est  inexplicable  elle- 
^^me  sans  le  secours  et  la  préexistence  de 
^fieDsée;^ cercle  fatal  dans  lequel  l'hu- 
^ité  aurait  été  enfermée ,  d  où  on  ne  con- 
>i  l«s  qu  elle  aurait  pu  sortir  autrement 
tue  comme  reniant  en  sort  tcms  les  jours  , 
-»  recevant  tout  à  la  fois  la  parole  et  le 
uuuYciDent  de  la  pensée  d'une  aulonté 
t^ic»  antérieure  à  lui. 

•  Cette  conséquence  est  inévitable,  s'il 
»t?rai  que  la  pensée,  sans  Io  secours  de 
<|ueilc  on  aie  peut  coutevoir  riuveution 


de  la  |)arole,  no  peut  se  concevoir  elle- 
mémo  sans  le  secours  d*une  parole  préexis*. 
tante  ou  seulement  coexistante. 

a  Tout  dépend  donc  de  ce  point;  c'est  lui 
qu'il  importe  de  bien  éprouver. 

«  Or  les  impressions  que  les  objets  sen- 
sibles font  sur  nous  ne  laissent  dans  notre 
esprit  que  des  images,  des  sensations.  Par 
Topération  de  la  |.ensée,  nous  nous  don- 
nons ensuite  conscience  de  ces  images  ,  de 
ces  sensations  ;  nous  réfléchissons  sur  elles, 
nous  les  comparons,  les  analysons,  les 
qualifions;  rous  en  déduisons  les  consé- 
quences aHirmatives  ou  négatives ,  nous  aé^ 
libérons  sur  le  tout  enfin ,  et  nous  pronon- 
çons. Voilà  le  mécanisme  de  la  pensée. 
Mais,  pour  réfléchir,  pour  analyser,  pour 
déduire,  ))0ur  délibérer,  i>our  conclure, 
pour  penser,  en  un  mot,  il  faut  bien  néces- 
sairement que  riotelligence  ait  à  son  proppo 
service  un  vocabulaire  ]  our  appeler,  diiTé- 
rencier  et  retenir  devant  elle  les  sujets  et 
les  éléments  si  divers  de  ses  opérations.  La 

f)ensée  est  un  conif  te  rendu  de  l'esprit  à 
ui-mème.  Dans  l'action  de  la  pensée  il 
semble  que  nous  dédoublons  nos  facultés , 
pour  faire  fonctionner  chacune  dans  la 
sphère  de  son  attribution ,  que  nous  les 
convoquons  pour  entrer  en  conseil^  privé 
avec  nous-mêmes;  mais  pour  cela-  il  faut 
c|u'elles  se  correspondent  par  des  signes 
intérieurs  et  convenus,  comme  nous  le  fai- 
sons au  dehors  avec  les  autres  hommes  » 
sans  quoi  elles  demeureraient  dans  une 
inertie  perpétuelle  ;  et  ce  qui  fait  qu'il  n  y  a 
pas  de  pensée  sans  monologue  ,  c'est  que 
le  monologue,  en  ce  cas,  n'e^t  qu'un  col- 
looue  entre  nos  facultés.  Aussi,  dans  la 
préoccupation  de  la  pensée,  nous  nous  sur- 
prenons quelquefois  nous  parlant  au  }  lu- 
fiel,  ou  bien  à  la  troisième  personne, 
comme  s'il  y  avait  en  nous  plusieurs  indivi- 
dualités. Mystérieux  abtme  ae  TAme  où  nous 
sentons  à  la  fois  la  simplicité  de  sa  nature 
dans  la  diversité  de  ses  lacultés,  et  la  di- 
versité de  ses  facultés  dans  la  simplicité  do 
sa  nature,  et  qui,  par  cette  analogie  avce 
ce  que  la  religion  nous  enseigne  de  là 
trinité  des  personnes  en  un  seul  Dieu» 
semble  vérifier  cette  grande  p ^rol^  du  Créa- 
teur dans  la  Géikise  :  Faiêofiê  V homme  â 
iMêre  image  et  à  noire  ressemblame  ! 

«  Mais  ramenons  cette  considération, 
trop  hardie  peut-ôtrc  pour  le  moment ,  à  dos 
proportions  plus  simples.  Toujours  est-il , 
—  et  c'est  un  ftiit  qui  tombe  sous  notro 
regard  interne  et  que  nous  pouvons  vérifier 
à  chaque  instant,  —  ou'il  est  impossible  de 
nous  rendre  eotiqHe  d*une  seule  i(iée,  sans 
le  secours  de  cette  parole  intérieure  diuil 
je  viens  de  fiarler.  bescartes  a  beau  faire 
table  rase  dans  son  entendement,  et  vou- 
loir se  persuader  gu'il  a  vidé  son  esprit  de 
tout  ce  qu'il  avait  api»ris  [)Our  no  devoir 
plus  ses  connaissances  qu*à  lui-même ,  son 
jjremier  acte  d'indépendance  et  de  <!écou- 
verle  après  cela,  je  pense ^  donc  it  m*, 
n*est  qu*un  emprunt  fait  à  la  parole  de  s^a 
nourrice,  sans  laquelle  il  n'aurait  jamais 


Tes 


LAN 


MCnOMNAIRC 


LAN 


Ibi 


8U  se  donner  conscience  de  la  pentée  ni  de 
Fêtrê. 

«  Cest  là  ce  qui  faisait  proférer  à  M.  de 
Bonald  ce  célèbre  axiome ,  qu*il  faut  penset 
$a  parole  avant  de  parler  sa  pensée  (^52)  ;  à 
]platon ,  que  la  (lensée  est  te  discours  que 
tnprit  se  tient  à  lui-même  ((^53);  voilà 
pourquoi  encore  les  Hébreux  avaietit  doiT^é 
a  l*homnie  le  nom  d^Ame  parlante;  pour- 
quoi le  My%t  des  Grecs  Toufait  dire  indiffé- 
remment parole  ou  pensée.  Chez  les  Latins 
aussi,  Inaction  de  1  intelligence ,  intelligere 
iNTus  LEGERfi ,  ue  signifiait  autre  chose  que 
l'action 'de  TA  me  lisant  en  elle-même  Tex- 

1)ression  de  sa  pensée.  Et  enfin,  dans  la 
angue  éminemment  philosophique  de  TE- 
Vanj^île  ,  la  pensée  éternelle  et  par  essence, 
d*où  dérive  ta  lumière  qui  éclaire  tout 
homme  aux  portes  de  ce  monde ,  est  appe- 
lée la  parole^  rien  (\\kQ  la  parole ^  le  verve  ; 
comme  si  la  pensée  était  si  essentiellement 
parlante ,  que  la  plus  haute  expression  do 
sa  puissance  fût  de  s*absorber  entièrenrent 
dans  la  parole ,  et  d*6tre  plutôt  pecrole  que 
pensée.  Au  surplus,  une  expérience  vul- 
gaire va  aciiever  de  rendre  cette  vérité  f  al- 
1>ai)le  pour  tout  le  monde  :  quand  nous  par- 
ons dans  une  langue  étrangère,  qu'amve- 
t-il  ?  C'est  qu'avant  d'exprimer  au  dehors 
notre  pensée  dans  cette  langue  étrangère , 
nous  nous  la  formulons  à  nous-mêmes  dans 
norre  langue  maternelle ,  puis  nous  la  tra- 
duisons dans  Fautre.  Avec  quelque  rapidité 
Sue  cela  se  fasse,  le  phénomène  de  ce 
ouble  langage  successif  a  toujours  lieu.  On 
pense  en  français,  je  suppose,  et  on  parle 
en  Anglais  :  preuve  évidente  de  la  nécessité 
d'une  parole  pour  le  mouvement  de  la 
])ensée. 

«(  NMnsistons  plus  sur  ce  fait,  et  concluons 
qu'il  a  fallu  savoir  s'adresser  la  parole  pour 
pouvoir  penser,  comme  il  a  fallu  savoir  pen- 
ser pour  pouvoir  adresser  la  parole  aux 
autres  :  cercle  vicieux,  comme  nous  le  di« 
sions,  duguel  le  ^nre  humain  ne  serait  ja- 
mais sorti,  et  qui  implique  nécessairement 
piur  l'homme  le  fiiit  primitif  de  l'audition 
d*une  parole  suprême  ,  dont  les  premières 
pensées  ont  dû  être  les  échos.  Si  la  pensée 
a  dû  précéder  la  parole  et  a  été  nécessaire 
pour  son  invention ,  de  son  côté,  la  pensée 
a  eu  besoin,  pour  débuter  elle-même,  d'une 
parole  toute  faite,  sans  laquelle  elle  n'aurait 
jamais  fait  un  pas  ,  et  qui  a  été  pour  elle 
comme  uii  premier  moule  dans  lequel  elle 
s'est  formée,  pour  mouler  ensuite  elle-même 
le  langa^^e  extérieur  et  sensible  qui  devait 
lui  servir  d'expression. 
^  «  J.-i.  Rousseau,  cet  intraitable  déiste  gui 
s'est  tant  efforcé  de  fitire  la  part  de  Dieu 
aussi  petite,  aussi  nulle  que  possible  dans 
les  destinées  de  la  raison  humaine,  et  pour 
qui  le  mot  révélation  était  comme  un  blas« 
phème  à  la  nature,  a  été  conduit  cepcHidant, 
par  la  force  de  la  logique  toute  seule,  à  con  • 

^  (i5S)  Le  grand  nom  oe  H.  de  Bonald  appéFe 
ici  lin  iribul  dMionneur  et  de  louange.  La  dorliiiie 
(|«e  i*expo£e  n*a  été  Eelleiuent  précisée  et  iK>(ntlarl- 


fesser  que  l'origine  du  langage  est  ioexpK- 
cable  sans  une  première  révélation.  Dans 
son  célèbre  discours  sur  Voriaine  et  les  /on- 
déments  de  Finégalité  parmi  tes  hounnes  ,  il 
ptfse  ainsi  le  problème  et  son  insolubilité 
naturelle  :  «  Si  les  hommes  ont  eu  besoin 
de  la  parole  pour  apprendre  à  penser,  ils 
ont  eu  bien  plus  besoin  encore  de  savoir 
penser  pour  trouver  l'art  de  la  parole  ;  et 

Ïuand  on  comprendrait  comment  les  sons 
e  la  voix  ont  été  pris  pour  les  interprètes 
conventionnels  de  nos  idées ,  il  resterait 
toujours  h  savoir  quels  ont  pu  être  les  inter- 
prètes mêmes  de  cette  convention  par  les 
idées  qui,  n'ayant  point  un  objet  sensible, 
ne  pourraient  s'indiquer  ni  par  le  geste 
ni  par  la  voix  ;  de  sorte  qu*à  peine  ptut-on 
former  des  conjectures  supportables  sur  la 
naissance  de  cet  art  de  communiquer  ses 
pensées  et  d'établir  un  commerce  entre 
les  esprits.  » 
«  Cette  opinion  de  Rousseau  est  d*auUint 
plus  remarquable  qu'elle  est  tout  à  fait  dés- 
mléressée ,  car  elle  ne  rentrait  nullement 
ctans  le  système  de  son  dîseoui^  ;  et  la  ré- 
serve vraiment  philosophique  qui  la  dis- 
tingue contraste  avec  l'habitude  et  le  besoin, 
)M>ttr  cet  esprit  inventif,  de  se  rendre  raison 
de  tout.  Ici  il  confesse  que  l'origine  du  laa- 

E^e  est  humainement  inconcevabte.  U  ne 
I  convenait  pas  d'aller  plus  ioin  ;  il  se  se- 
rait perdu  dans  l'opinion  de  son  temps,  et  il 
aurait  compromis  la  position  hardie  et  para- 
doxale qu'il  prenait  dans  son  discours  «  a*il 
se  fût  oublié  jusqu'à  laisser  sortir  de  sa 
plume  cette  venté  de  catéchisme,  qu*au  com- 
mencement le  Créateur  a  parlé  à  sa  créature. 
Cependant  c'est  bien  là  le  fond  de  la  pensée 
de  Rousseau  ;  car,  dans  un  autre  écrit  plus 
modeste  qu'il  publia  plus  tard ,  «tir  Vortgine 
des  langues^  se  retrouvant  en  face  du  m^me 
problème  ,  il  osa  émettre  la  vraie  solialion  , 
en  se  cachant  toutefois  encore  sous  la  roi>e 
du  Père  Lami  :  «  Bans  toutes  les  langues  , 
«  dit-il,  les  exclamations  les  plus  vives  soûl 
«  inarticulées;  les  gémissements  sent  de  sîm- 
«  pics  voix  ;  les  muets ,  c'est-à-dire  les 
«  sourds,  ne  poussent  que  des  sons  articu- 
«  lés  :  Le  Père  Lami  ne  conçoit  pas  mHmwM^nfi 
«  les  hommes  en  eussent  pu  jamais  inventer 
«  d'autres,  si  IHeu  ns  leur  eài  erpreoBémemi 
«  aporis  à  parier  {hSh).  » 

«  Il  n'y  a  pas,  en  effet,  d'autreissue  à  ce  la- 
byrinthe de  l'origine-de  la  parole  ;  il  ny  en 
a  pas  «J'aotre  non  plus»  comme  nous  i^avons 
vu,  à  celui  de  l'origine  de  la  vérité  sur  la 
terre.  Ouelc[ues  tours  ou  détours  qu'oa  fusse» 
il  faut  toujours  en  venir  là.  Ces  deux  pr«»- 
blèmes  rentrent  même  jusqu'à  un  certain 
point  l'un  dans  l'autre  pour  désesi^érer  Ves- 
prit  humain  lorsqu'il  ne  veut  pas  accc|»irr 
la  clef  que  lui  présente  la  foi  pour  eo  sortir, 
qui  est  aussi  (telle  que  lui  présente  «n  défi- 
nitive la  pure  raison. 

«  Elle  nous  dit,  en  effet ,  <^e  le  don  de  la 

sée  que  par  hii. 
(W5)  Kato,  In  TkcffL,  op.,  l.  H,  p.  irt»-l5l. 
(4£^)  -feM'iii  s«r  Von^ine  des  tangnes,  cit.  i^ 


Te 


LAN 


D^ANTUIIOMNjOGK. 


UN 


7«i 


Téfité  et  de  la  parole,  pour  Tâme  hamaine , 
élait  aossi  nécessaire  que  le  don  de  TAme 
elle-même  au  coros.  Le  corps ,  prêt  k  rece- 
voir et  k  servir  Vintelligence,  disposé  par 
tons  ses  organes  k  fonctionner  pour  elle  «  se- 
rait cependant  éternellement  resté  k  Fétat 
de  cadarre,  malgré  les  marques  visibles  de 
$a  destination,  il  n'aurait  jamais  pu  se  don- 
ner k  lui-même  la  moindre  étincelle  de  rie , 
si^  rame  ne  lui  eût  été  inspirée  par  Dieu. 
L*âme,  k  son  tour,  prête  k  recevoir  la  vérité 
et  k  servir  la  raison  par  toutes  ses  facultés, 
serait  de  même  éternellement  restée  dsante 
dans  la  nuit  et  Tinactivité  intellectueiie ,  si 
IMeu  ne  fût  venu  allumer  en  elle  la  pensée 
et  faire  Tibrer  la  parole.  De  sorte  que  la 
première  révélation  nous  apparaît  comme  le 
complément  nécessaire  de  la  création  et  le 
dénoûment  de  Topération  divine,  avec  celte 
particularité  essentielle  que  ce  dernier  acte 
de  Topération  divine  n*esl  pas  renouvelé , 
comme  le  don  du  corps  et  de  TAme  ,  dans 
chaque  individu,  mais  entretenu  dans  Tes- 
pèce  seulement  ;  et  qu'au  lieu  que  nous  de- 
Tons  le  corps  et  Tâme  immédiatement  k  la 
nature.  Dieu  a  voulu  ne  nous  faire  parrenir 
la  Téfité  et  la  parole  que  médiatement  et 

Cr  les  traditions  de  la  société,  en  se  révé- 
it  k  son  chef  et  non  pas  k  ses  membres. 
Economie  admirable  de  la  Providence  ,  qui 
laisse  entrevoir  le  dessein  d'unité  qu*elle 
se  propose,  en  faisant  de  la  vérité  un  héri- 
tage indivisible  entre  les  hommes  ,  et  qui 
justifie  k  l'avance ,  far  les  lois  mêmes  de  la 
nature  et  contre  les  exigences  du  déiste,  le 
mode  et  la  convenance  de  la  seconde  révé- 
lation gu*eUe  nous  réservait  I  •  {Etudes  phi- 
Usopktquei  eut  ie  christianisme^  t.  1", 
p.  18&-i%). 

Tout  le  monde  connaît  le  succès  de  cet 
oavrage,  un  des  plus  beaux  livres  qui  aient 
été  publia  depuis  le  Génie  du  christianisme» 

m.  EtsAsB  DB   SALLES. 

«  La  révélation  divine  se  fit  pour  Thomme 
entier,  c*esl-k-dire  pour  son  entendement 
comme  pour  sa  physiologie.  L*homme  se 
réTcilla  sachant  marcher  debout,  connaissant 
8M  nourriture  et  les  éléments  au  milieu  des- 
quels il  devait  vivre,  connaissant  les  çran- 
des  lois  du  dehors  comme  celles  du  deJans , 
les  lois  de  la  matière  et  celles  de  Tesprit , 
l'observation,  l'induction,  le  raisonnement , 
et  par  conséouent  une  langue,  condition  in- 
dispensable de  I  éducabilité  et  de  l'éducation 
déjà  parfoite  de  son  intelligence.  Cette  lan- 
foie  pouvait  encore  être  assez  bornée  ;  mais 
elle  dut  renfermer  les  éléments  de  la  gram- 
maire et  le  plan  diaprés  lequel  le  diction- 
naire allait  commencer  son  éToIution  dès 
<|ue  rhomme  jetterait  les  hases  pratiques  de 
la  TÎe  humaine,  instruirait  sa  famille  et 
eommeneerait  l'inventaire  et  Fasservisse- 
ment  de  la  nature  qui  Tentoure.  Sa  postérité, 
ftM-eUe  dé^çràdée  jusqu'k  Tétat  sauvage  f 
pourra  tout  oublier,  excepté  cependant  cette 
pièce  essentielle  deThéntage»  une  lan^iue, 
déjh  sans  doute  remaniée  plusieurs  foi^ , 
niaistralition  la  p!us  iar^e  et  la  pinsdirccie 


du  monde  primitif.  »  {Bisiokre  gémérmlê  4m 
races  humaines^  pa^e  330). 

«  11  faut  n'avoir  jamais  analysé  une  lan- 
^e,  n'avoir  jamais  remarque  la  complica- 
tion de  plus  en  plus  lar^^e,  de  plus  en  plus 
savante,  des  lances  ses  aïeules,  la  fusion 
curieuse  des  lances  les  unes  dans  les  au- 
tres ,  pour  écouler  sérieusement  les  rêve 
de  Court  de  Gébelin ,  qui  tire  mille  langue 
diverses  et  primitives  des  onomatopées  et 
des  exclamations  passionnées  des  hommes 
primitifs  I  Desmoulins ,  qui  lut  patiemment 
ce  livre,  ne  connut  pas  sans  doute  Tédition 
où  Lainuinais ,  requis  d'ajouter  quelques 
notes ,  foudroya  au  nom  du  bon  sens  les 
folles  suppositions  de  l'auteur. 

c  L*homme ,  créé  sans  langage,  eût  été  le 

Elus  misérable  des  animaux  :  un  premier  ' 
omroe,  une  première  famille  réduits  k 
l'instinct  des  brutes  auraient  été  plus  dis- 
graciés qu'elles.  A-t-on  bien  réfléchi  au 
temps  qu  exigerait  l'inTention  d'une  indus- 
trie et  aun  langage?  Comment  la  troisième 
et  quatrième  génération  seraient-elles  arri- 
vées au  milieu  des  |)érils  et  de  la  faiblesse 
de  la  seconde  et  de  la  première?  Et  celle-ci 
comment  passa-t-elle  sa  longue  et  débile 
enfance  sans  parents  protecteurs  ?  Comment 
fut-elle  engendrée  sans  père  ni  mère  de  son 
espèce?  11  ne  faut  pas  se  lasser  de  le  de- 
mander.Le  rationalisme  explique  sans  doute 
ce  miracle ,  car  il  l'accepte  implicitement.  • 
(i6td.,  p.  36). 

V.  L*ABsi  ■.  me  VALBOosa 

«  n  en  est  de  Tespèce  comme  de  Findi  vidu, 
dit  M.  Cousin.  —  J  accepte  cette  analogie,  et 
j*en  conclus  qu'il  a  fallu  k  Tesi  è<  e  humaine 
un  enseignement  divin,  surnaturel.  Voit-on 
jamais  la  raison  individuelle  se  développer 
par  sa  propre  énergie,  sans  autre  ressourre 

Sue  ses  idées  innées  et  le  s|)ectac1e  du  mon- 
e?  N'avons-nous  pas  besoin,  (même  dans 
l'ordre  naturel  le  plus  élémentaire)  d'un  en- 
seignement oral  qui  nous  donne  le  langage, 
condition  de  tout  progrès  intellectuel,  et  «jui 
éveille,  qui  féconde,  <]ui  dirige,  qui  forlifie 
toutes  nos  facultés,  qui  nous  rende  en  un  mot 
capables  d'atteindre  le  but  de  la  vie  ?  Suppri- 
mez l'instruction  que  la  famille,  les  sociétés 
politiques ,  les  corporations  savantes ,  TE- 
glise  enfin,  nous  donnent  k  divers  degrés  et 
dans  divers  onlres,  notre  esprit  demeurera 
dans  l'inertie  et  la  stérilité. 

«  Si  les  premiers  hommes  n*ont  reçu  au- 
cun enseignement  surnaturel  touchant  jeur 
destinée  et  leurs  rapports  avec  Dieu ,  s'ils 
n'ont  pas  même  été  créés  avec  la  connaissance 
infuse  d'une  langue  complète*  qui  fournit  k 
leur  intelligence  la  première  condition  de 
tout  progrès,  il  s'ensuit  que  le  genre  humain 
a  commencé  par  une  ignorance  plus  pro- 
fonde que  celle  des  Cafres,  des  Hottcnlot:^, 
des  l^ndamènes  et  de  tous  les  sauvages  les 
plus  dégradés.  En  effet,  ces  sauva^^s,  étant 
en  possession  d'une  langue,  ont  déjk  la  conr 
dîtion  fondamentale  du  progrès;  et  d'aille«i«» 
au  sein  de  leur  abrutiiisement,  il  leur  reste 
encore  quelques  IraJitions,  soit  industriel* 


7*7 


LAN 


MCTfONNAinC 


î,A:f 


751 


les,  spit  mime  religieuses. Mais  si  les  premiers 
iiommes  eussent  été  jetés  sur  la  terre  sans 
nulle  connaissance  infuse,  et  qu'ils  eussetil 
été  ensuite  abandonnés  à  eux-mêmes,  très- 
certainement  l'espèce  humaine  serait  encore 
plongée  dans  son  ignorance  primitive ,  ou 
plutôt,  dépourvue  de  la  force  et  de  Tinstinct 
naturels  aux  animaux,  elle  eût  depuis  long- 
temps disparu  de  la  surface  du  globe. 
^  «  Pour  faire  sortir  Thumanité  de  cet  abru- 
tissement oilginaire,  le  rationalisme  appelle 
à  son  secours  la  spontanéité  primitive.  Mais 
comment  des  esprits  sérieux  peuvent-ils  se 
payer  ainsi  de  vains  mots?  A-t-on  jamais  vu 
une  seule  intelligence  se  développer  sponta- 
nément, par  son  énergie  interne,  sans  qu'un 
etiseigriemcnt  extérieur  l'eût  préalablement 
fécondée  ?  Est-ce  que  le  désir  d'un  état  plus 
parfait  ne  suppose  pas  la  connaissance  des 
avantages  que  cet  état  peut  procurer?  Est-'îe 

Sue  le  premier  homme  n'eût  pas  manqué 
es  excitations  innombrables  et  incessantes 
par  lesquelles  notre  société  civilisée  provo- 
que et  soutient  si  puissamment  notre  acti- 
vité? 

«  Certes,  les  peuples  dont  nous  connais- 
sons l'histoire  devraient  montrer  une  puis- 
sance de  spontanéité  bien  supérieure  à  celle 
de  ces  hommes  brutes,  que  la  philosophie  a 
cru  voir  dans  ses  rêves  cosaiogoniques,  im- 
provisant la  syntaxe,  ou  se  livrant  a  des  tra- 
vaux séculaires,  pour  inventer  des  décli- 
naisons et  des  conjugaisons.  Et  pourtant 
l'ethnographie  (^ilosoçhiquû  n'a  pu  décou- 
vrir un  seul  peuple  qui,  par  l'énergie  de  sa 
spontanéité,  ait  fait  faire  à  sa  langue  un 
progrès  important.  C'est  que  l'homme  reçoit 
sa  langue,  au  lieu  de  Ta  créer;  il' en  use 
bien  ou  mal,  il  subit  ses  imperfections  et 
jTofite  de  son  influence  plus  ou  moins  fé- 
conde; mais  il  ne  la  ptocfuit  pas  plus  qu'il 
ne  produit  ses  facultés  spirituelles  et  ses 
organes  corporels,  ou  le  climat  sous  lequel 
il  naît  et  l'air  qu'il  respire.  Supposer  au'il 
s'est  doté  lui-même  du  langage,  c'est  aonc 
une  hypothèse  aussi  aljsurde  que  de  lui  at- 
tribuer l'invention  de  la  lumière. 

«  Remarquez  d'ailleurs  que  le  besoin  de 

Progrès  diminue  à  mesure  que  l'on  descend 
échelle  de  la  civilisation.  Le  sauvage  est 

(455)  En  observant  toutes  les  langues  connues, 
en  comparant  leurs  monuments  les  plus  anciens 
avec  les  plus  récents,  on  reconnaît  partout'  une  im- 
idobilité  substantielle  qui  dément  les  théories  illu- 
soires de  récole  progressiste.  Qae  Ton  rapproche, 
pir  exemple ,  la  Genèse  et  les  derniers  prophètes, 
les  plus  anciennes  inscriptions  écrites  en  hiérogly- 
phes sur  les  monuments  égyptiens  et  les  liturgies 
cophtes,  Homère  et  Proclus,  les  premiers  écrivains 
latins  et  les  plus  modernes,  Dante  et  Mnnzoni,  Chau- 
cer  et  Byron,  etc.,  nulle  part  on  ne  trouve  que  la 
spontanéité  de  Pesprit  humain  ait  fait  surgir,  sous 
.les  nuances  variées  et  plus  ou  moins  brillantes  des 
fbrmes  liiiéraîres ,  un  élément  nouveau  capable 
d*enrtchîrte  système  grammatical  d'un  seul  peuple; 
iMlle  yun  cette  faculté  mythique  n^a  produit,  au 
§nné  jour  de  rhistoire,  un  temps  ou  un  uoiie  pour 
MWibler  les  lacunes  de  la  conjugaison,  ou  une  lettre 
|KHJtr  compléter  Talphabct.  Souvent  c'est  dans  k's 
premiers  temps  qu  une  langue  Obt  '*)Iu^  pasfailiï, 


essentiellement  stntionnaire ,   il  rcpou^^c 
même  la  civilisation  quand  on  la  lui  pré- 
sente, et  il  ne  faut  rien  moins  que  le  (Jc- 
vouement  héroûiue  et  la  force  surnaturelle 
de  nos  miî^sionnaires  pour  l'arraclicr  à  son 
apathie  (4-55).  Si  quelques  tribus  éner^^ique^, 
plutôt  barbares  que  sauvages,  s'élèvent  à  la 
civilisation,  c'est  toujours  sous  rinflucncc 
de  races  déjà  civilisées,  ou  tout  au  moins  à 
leur  exemple.  Enfin  lliomme  primitif,  til 
crue  l'ont  imaginé  \os  rationalistes,  eût  6lc 
dépourvu  de  tous  les  movens  subjectifs  et 
objectifs  h  l'aide  desquels  les  nations  barba- 
res entrent  quelquefois  dans  la  carrière  du 
perfectionnement.il  eût  euà  vaincre  desdifll- 
ctiltés  extérieures  infiniment  plus  redouta- 
bles et  plus  nombreuses,  en  même  temps 
que  ses  ressources  intérieures  eussent  ('iic 
nulles,  ou  à  peu  près  nulles.  Réduit  à  uo 
langage  instinctif,  conifïosé  de  cris  et  de 
gestes,  comment  se  serait-il  élevé  au-dessus 
des  habitudes  de  la  vie  animale?  Incapable 
d'arriver  à  une  idée  abstraite,  il  n'eût  pu 
connaître  et  désigner  àses  semblables quedes 
objets  sensibles.  La  notion  d'un  état  su|h^- 
rieur  ou  d'un  langage  plus  parfait  ne  lui  eût 
donc  jamais  apparu  pour  l'attirer  et  le  diriger 
dans  les  routes  escarpées  du  progrès  (i56). 
«  Chose  étrange  1  lorsque  des  patith(^islcs 
ou  mCme  des  athées  découvrent  dans  los 
entrailles  do  la  terre  des  débris  fossiles  de 
plantes  herbacées ,  de  polypes,  d'étoiles  do 
mer,  de  trilobites  ou  d  huîtres,  ils  ne  s'avi- 
sent jamais  de  penser  que  ces  plantes  ou 
CCS  animaux  obscurs  ont  été  produits  dans 
cette  position.  Le  bon  sens,  plus  fort  que 
leurs  systèmes  destructifs  de  la  Providen.*e, 
leur*  persuade  (^ue  ce»  débris  ont  été  jclés 
dans  cette  position  par  Quelque  catastrophe. 
Mais,  s'ils  rencontrent  aes  tribus  sauva^jes, 
vivant  de  la  vie  des  brutes  et  tombées,  pour 
ainsi  dire,  à  l'état  fossile,  ils  n'hésiteront 
pas  à  proclamer  que  ces  ètros  déchus  ont 
été  produits  dans  cet  état,  et  que  c'est  là 
l'homme  jjrimitlf!  Ils  se  garderaient  bleu 
de  supposer  cfue  les  plus  humbles,  les  plus 
chétirs  d'entré  tous  les  êtres  organisés  ont  été 
créés  en  dehors  des  conditions  nécessaires 
à  leur  développement;  et  ils  ne  reculeruiil 
pas  devant  une  assertion  semblable,  quand 

ainsi  que  Grimm  Ta  démontré  p<mr  rallcmand,  oà 
dfes  formes  grammaticales  très  -  précieuses  ont 
disparu.  Enfui,  si  Von  choréhe  à  surprendre IfS 
causes  mysléi-ieuses  qui  amèneirt,  à  de  loufs  îoicr* 
vattes,  le  développement  d^iiie  langue  nouvelle,  oo 
reconnaît  qu'elles  se  eomposent  touj<Mirs  d'une  mul- 
titude innombrable  de  circonstances  eitériciirr« 
indépendantes  de  la  spontanéilc  inteUectuellc.  Pami 
ces  causes,  il  faut  mettre  en  première  ligne  Li  fu- 
sion des  peuples  par  les  rapports  commerciaui ,  les 
invasions,  etc. 

(4;ï6)  Je  ne  puis  entrer  ici  dans  une  disrassioa 
approfondie  pour  dénOontrer  que  Tlidinme  n'eèl  ja- 
mais découvert  un  langage  lef  que  oeloi  dont  il  <^ 
en  possession  maintenant.  Ceux  qui  voudraiit  éts* 
diiT  a>mplétement  cette  question  devront  roéilitcr, 
outre  les  travaux  bien  connus  de  M.  de  BonalJ,  re 
que  Tabbé  Kosmiui  a  écrit  pUis  réccmrocoisuroe 
sujet  dans  ses  OfUêcuU  fdusofirL  (VuL  1,  p.  ^i'^ 


769 


L.-»^ 


D"A 


un 


n# 


il  sa^ra  de  llioainct  ia  |4os  aaMine  de 
toutes  les  créaCares  leiresUres  1  »  {Eimâtê  trir 
iifiMf  atfT  ie  roliaiia/ifaie,  p.  fFJQ^  etc.) 

Scm  eicdlenl  Cimrf  tompltt  dfpkihâophie 
a  pour  base  les  fuioeipes  de  M.  de  Bonald, 
qa*il  dérelofipo  avec  une  soiiTeHe  force 
tt'arnmealaUoQ. 

€  il  nous  esl  impossible  a«tHellement  de 
penser  sans  parole.  Le  lang^^e,  pour  nous , 
n'est  pas  siawlement  signe,  mais  phénomène 
de  rade  inleilcnuel.  Nous  ne  pouvons  parler 
notre  pensée  sans  avoir  d^abord  pensé  notre 
parole.  L*îdée  ne  se  présente  nettemenl  à 
nous  qtt*aTec  le  mot  siçne  de  Tidée  :  elle 
n*est  claire  »  distincte  »  sai:iissabie  qu'à  cette 
eondîtion.  Tant  cpie  nous  n*aTOiis  i^as  le 
mot,  tant  qne  le  si^e  veri^al  n'est  pas  venu, 
en  se  présentant  à  nous,  déterminer  la 
forme  de  notre  idée,  cette  idée  est  si  va^e, 
si  Toilée,  si  obscure,  qu*on  peut  dire  qu'il 
Bj  a  pas  proprement    acte  intelieduel. 
Lidée  est  tellement  dépendante  du  terme 
qui  la  repréMUte,  elle  est  si  fu^tivc,  si  in- 
décise, tant  qu'elle  n*a  pas  ététixee  flans  notre 
espiit  et  comme  dessinée  par  l'image  du 
mot  qui  en  est  Teipression,  qu*elle  écbapfie 
à  la  réflexion  elle-roéne,  et  reste  comme 
fN»rdue  dans  les  ténèbres  de  la  coa<(cie:ice. 
Que  cfaaoiB  de  nous  s'observe  et  s*étudie  : 
n*est-il  pas  Trai  que,  soit  que  nous  conver- 
sions arec  nos  semblables,  soit  que  nous 
nous  entretenions  avec  nous-mêmes  ,  notre 
pensée  ne  marche  qu'à  l'aide  des  mots,  et 
qu'elle  s  arrête  aussitôt  que  les  signes  ces- 
sent de  nous  être  présentés?  La  pensée  et  la 
farole  sont  tellement  inséparables,  que, 
dans  les  fortes  préoccupations  d'esprit,    il 
nous  arrive  quelquefois  de  penser  tout  haut. 
Jiousa  vons  connu  des  personnes  chez  qui  ces 
coDTersations  intérieures,  ces  a  parie  indis- 
crets étaient  en  quelque  sorte  habituels.  Or 
quelle  iilTérence  y  a-t-il  entre  penser  tout  bas 
et  penser  tout  haut  ?  C'est  qu'il  y  a  plus  de 
réflexion  dans  le  premier  cas  et  de  sponta- 
néité dans  l'autre.  Celui  qui  pense  tout  bas 
est  plus  maître  de  lui-mèine;  celui  qui  pense 
tout  haut  oublie  qu'il  peut  avoir  des  témoins, 
#-t  laisse  échaftper  son  secret  sans  s'en  dou- 
ter.  Hais  l'un  et  Pautre  pensent  avec  des 
Biots.  Seulement  l'un  se  contente  de  les  |  eu- 
ser,  l'autre  les  articule  comnfC  il  les  pense, 
et    h    mesure  qni\  les  pense.  En  un  mot, 
p«»int  de  pensée  distinctement  perçue  parla 
r«»nseience  sans  forme  de  la  pensée,  et  la 
f**rme  de  la  pensée,  ce  qui  la  révèle  à  notre 
e-^ffit,  c'est  le  terme ,  e  est  la  parole. 

«  Point  d'analyse  possible,  point  d*abstrac- 
tioo  possible,  sans  langage.  Nous  n'analy- 
sons la  pensée,  nons  n'en  distinguons  les  élé- 
ments qu'avec  des  mois ,  et  ces  mots  précè- 
iteni  toute  analyse  grammaticale.  Comment 
donc  fliomme,*incapable  d'analyser,  aurait- 
if  pu  inventer  le  langa^,  lorsque  le  lan^^e 
ftVst  qu'une  décomposition  savante  de  l'es- 
|9rf  t  fiumain,  lorsqu  il  est  lui-même  un  ins- 


Imnent  sans  .equel  il  nosa  aérait  impossi- 
ble d'analyser  nos  idées? 

m  Toutes  les  langues  sont  des  psycbologies 
où  chaque  phénomène  de  la  pensée  a  sa 
forme  distincte,  son  expression,  son  signa 
particulier,  où  la  nature  tout  entière  est  dé* 
eompoaée,  où  toutes  les  qualités  des  corps, 
comme  toutes  les  conceptions  de  l'esprit, 
sont  abstraites  les  unes  des  autres  avec  une 
science  oui  excite  l'admiration  de  tout 
homme  réflédii.  Le  plus  habile  psychologue 
n'analyserait  pas  l'esprit  humain  avec  au- 
tant de  profoiuleur  ou'aurait  dû  le  faire  Yin- 
Tenteur  de  la  parole,  car  il  n'est  pas  une 
nuance  du  eenliment,  pas  un  é!ément  de  ia 
perception,  f  as  une  modification  de  Véit  e  et 
de  l'arotr,  du  temps  et  du  /irti,  du  nofnfrreet 
de  la  personne^  de  la  pafêiom  et  de  Vaciiam , 
enfin,  f*as  une  situatioa*dc  la  vie  humaine 
qui  n'ait  son  si^ne  dans  les  langues  les  plus 
anciennes.  Et  môme  tous  les^urs,  c'c^t  sur 
la  philosophie  des  langues,  c  esi^t  sur  la  lo^i- 
f|ue  profondément  empreinte  dans  tous  les 
idiomes,  que  nous  rectifions  nos  psycholo- 

R'es.  Chose  inexplicable  dans  l'hypothèse  de 
nvention  humaine  du  langage  :  la  pat  oie, 
dont  nous  nous  servons  à  cha<iue  instoni , 
la  parole,  qui  nous  est  si  familière,  cst)K>ur 
nous  un  mystère  incompréhensible.  Si  nous 
cherchions  à  nous  en  rendre  compte,  nous 
nous  perdons  dans  le  dédale  de  nos  pensées. 
Nous  savons  bien  que  le  phénomène  du  lan- 
gage  s'identifie    awec    l'acte    intellectuel. 
Mais  comment  a  lieu,  dans  les  profondeurs 
de  la  conscience ,  cette  identification  du  si- 
gne et  de  la  pensée?  Comment  toutes  les 
conceptions  de  l'esprit  s'encadrent-elles  dans 
les  fonnes  de  la  parole,  de  manière  qu'elles 
ne  puissent  plus  pour  ainsi  dire  en  être  dis- 
tinguées? Comment  Fâme  tout  entière  de- 
vient-elle verbe  f  en  quelque  sorte?  Com- 
ment vient-elle  se  mouler,  si  je  puis  parler 
ainsi,  dans  les  articulations  des  mots,  et  se 
révéler  avec  tous  ses  moiies  dans  les  sons 
qui  frappent  l'organe  de  rouie?yoilàce  qne 
la  philosophie  n  expliquera  jamais,  comme 
elle  n'expliquera  peut-être    jamais,    dans 
toute  sa  profondeur,  la  nature  intime  de 
toutes   les  parties  du    discours,  sur  les- 
quelles les  grammairiens  sont  loin  d'être 
d'accord.  Bien  plus  :  tandis  que  tout  le 
monde  reconnaît  que  la  psychologie  expé- 
rimentale est  une  science  encore  iinparfaite, 
une  science  qui  est,  pour  ainsi  dire,  encore 
à  créer,  tant  est  petit  le  nombre  des  poin  s 
définitivement  arrêtés,  tant  est   grand    le 
nombre  des  questions  à  éelaîrciret  à  résou- 
dre, nul  n'oserait  disconvenir  que  la  ps}'- 
chologie  des  langues  ne  soit  pas  feitc,  et 
qu'elle  ne  soit  l'expression  fidèle  des  lois  de 
la  i?enséc.  Or,  comment  croire  que  les  pre- 
miers inventeurs  du  langage  eussent  trouvé 
du    premier  coup   ce   que  la   philosophie 
cherche  encore  depuis  trois  mille  ans ,  et  ce 
'qu'elle  ne  |)arviendra  peut-être  jamais  à  réa- 
hser?  Voyez  quel  merveilleux  accord  une 
langue  établit  parmi  les   intelligences,  et 
comme  tous  les  esprits  se  plient  à  ses  for- 
mes et  à  son  système  grammatical.  Quelto 


T7! 


L\n 


MCTM^^AfMS 


LAN 


it: 


tnéorier  p1)ilt>sophique  n  jMmiis  prothnl 
papiîille  unanimité,  a  jarinais  réussi  k  rame* 
n<T  aussi  universoliement  la  pensée  À  Tunité? 
Donc,  le  lan^a^^e  n'est  pas  il'inyenlion  hu-» 
iiiaine  ;  donc,  son  établissement  surpasse  ia 
IHirtéo  et  la  puissance  de  Tesprit  humain; 
donc,  c*est  une  œuvre  divine  et  noa  une 
œuvre  humaine.  » 

M.   BAUTAIN 

M.  Tabbé  Bautain,  dans  ses  admiraUes 
ouvrages  philosophiques  ,  proclame  à  cha- 
que pa^  la  nécessité  du  lan^^ie  pour  la 
constitutiofl  de  rinieliigence  et  de  la  raison 
humaine. 

«  L'idée  de  Tètre  est  la  prémisse  absolue 
du  jugement  ;  les  axiomes  sont  les  condi* 
tioQS  nécessaires  de  l'acte  de  la  pensée  ;  lea 
signes  du  langage  «n  sont  les  moyens  in- 
dispensables. Le  but  de  la  raison  est  de  cou- 
uaitre  les  objets  qui  coeiistent  dans  Tes- 
f>ace,  et  les  faits  physiques  et  moraux  qui 
adviennent  dans  le  temps.  Les  uns  et  les 
autres  se  réfléchissent  en  images  dans  Ten- 
(endement ,  et  la  fonction  principale  de  la 
raison»  la  pensée,  consiste,  soit  à  lier  ces 
images  en  saisissant  leurs  rapports  naturels 
ou  en  établissant  entre  elles  des  relations 
arbitraires,  soit  à  considérer  des  faits  dans 
leurs  causes  et  leurs  résultats.  Or,  la  rai- 
son ne  pouvant  opérer  immédiatement  sur 
les  choses  elles-mômes ,  jni  produire  ««i 
dehors  leurs  tvpes  formés  dans  Teotende- 
ment ,  il  lui  iaut  des  caractères  matérîels 
pour  représenter  ces  types  spirituels,  il 
lui  faut  des  signes  pour  exprimer  non-seur 
leraent  les  objets  et  leurs  propriétés,  oaais 
encore  les  rapports  et  les  relations  do  ces 
choses  entre  eiles. 

«  Nous  pensons  en  nous,  dans  notre  en- 
tendement, les  choses  qui  existent  hors 
de  nous;  donc  la  peusée  ne  [)orte  point 
immédiatement  sur  Tobjet  extérieur ,  mais 
sur  quelque  chose  qui  le  représente,  image 
ou  signe.  Les  images  ne  suûisent  pas  à  la 
ppnsée,  parce  quelles  sont  particulières, 
individuelles.  La  pensée,  au  contraire,  ten4 
toujours  à  généraliser,  ramenaut  la  multi- 
plicité à  l'unité,  réduisant  le  concret  h  l'abs- 
trait, afin  qu'un  seul  jugement  embrasse 
tous  les  individus  d*un  genre  ou  d'une*  es- 
pèce. Ainsi  seulement  elle  acquiert  toute 
sa  force ,  toute  son  efficacité,  et  peut  contri- 
buer à  la  formation  de  la  connaissance  et  de 
la  science.   * 

«  Que  sera-ce  si  nous  voulons  exprimer 
les  rapports  généraux  des  choses?  Un  rap- 
port ,  même  le  plus  simple ,  est  toujours 
abstrait  ;  c'est  pourquoi  il  lui  faut  un  signe 
analogue  à  sa  nature.  Puis  les  propriétés , 
les  qualités,  les  forces  intellectuelles  et  mo- 
rales, tous  ces  faits  métaphysiques,  qui  ne 
tombent  point  sous  l'observation  des  sens , 
et  que  nous  saisissons  par  îe  sentiment 
intime ,  j^ar  la  conscience ,  par  l'apercep 
tion  de  fintelligenco ,  comment  la  pensée 
les  appréhendera-t-elle  pour  les  considérer, 
les  comparer,  les  classer,  les  combiner,  les 
es  primer  7 


A  nivMe  humaine  est  eomme  riiomnio 
dont  elle  est  Texpression  ou  le  symbole; 
elle  porte  en  elle  deux  natures  :  la  nature 
physique  dans  sa  forme,  la  narare  psjchi- 

Sue  ou  intelligible  dana  son  esprit.  Par  cette 
ouble  nature  elle  sert  d'intermédiaire  en- 
les  deux  mondes  qu'elle  doit  unir,  le  monde 
errestre  et  le  monde  céleste.  Ia  néc^sité 
le  la  parole  ressort  donc  de  la  constitatioo 
jdème  de  l'homme.  Son  Ame,  enveloppée 
dans  la  chair,  ne  peut  communiquer  immé^ 
diatement  avee  les  Ames,  ni  avec  les  choses 
de  l'Ame.  Son  intelligence,  son  esprit  ne 
voient  point  directement  les  choses  intelli- 
gibles) spirituelles.  La  vérité,  la  lumière  ne 
pénètrent  en  lui  qu'à  travers  son  enveloppe 
organique,  et  par  conséquent  il  faut  qu'elles 
revêtent  une  forme  analogue  au  milieu  qu'el- 
les doivent  traverser,  comme  le  rayon  du 
soleil  est  nécessairement  modifié  par  l'at- 
mosphère avant  d'arriver  à  la  terre.  Sans  le 
ministère  de  la  parole,  il  n'y  a  pour  Thuma- 
nité  ni  développement  intellectuel  ni  déve- 
loppement moral.  C'est  la  parole  de  Dieu 
qui  a  excité  dans  l'origine  l'Ame  et  l'intelli- 
genee  de  l'homme.  La  parole  humaine,  or- 
gane de  la  parole  divine  et  réoandant  sur  )a 
terre  et  à  travers  les  siècles  Ja  vérité  et  la 
lumière  descendues  d'en  haut ,  a  continué 
dans  tous  les  temps  l'œuvre  de  l'instruction 
et  de  l'éducation  du  genre  duoiain  ;  car  ii 
est  impossible  à  notre  esprit  de  communi- 
quer avec  un  espritdivin,  céleste  ou  homain, 
sans  l'intermédiaire  de  la  parole ,  sans  une 
forme  quelconque  de  langage.  Or  la  plus 
pore  de  toutes  les  formes  matérielles,  la 

fdus  subtile,  la  plusanalo^eà  re«^rit,  c'est 
e  lan^ge  oral,  c'est  le  discours.  Donc^  s'il 
ia  jamais  eu  une  communication  entre 
ieu  et  l'homme,  elle  a  d A  se  faire  par  ii 
parole,  par  le  discours;  et  ainsi  la  nécessité 
d'une  révélation  primitive  objective  ressort 
encore  de  la  constitution  de  1  homme  et  de 
son  rapport  avec  sou  principe.  Le  récit  deia 
Genèse,  qui  nous  atteste  la  réalité  de  eette 
communuuition  entre  Dieu  et  l'homme  dès 
l'originei  est  donc  pleinement  conGrmé  par 
l'observation  psychologique.  »  (PsyckoLgit 
expérimeniale^  t.  U,  p.  196*301.) 

11.  l'abbé  g.-c.  vbaghs, 

Docteur  en  itii^'logie,  professeur  de  pliUoM)|ibîe  k  ft'o^ 
vertLé  raibolitiue  de  Loufaki,  «le 

Nécêêiiié  de  FenêeignmnêfU  pour  acquéiir 
la  connaissance  des  principes  de  Vordre  mo- 
ral. —  « Dans  1  état  actuel  de  notre  na- 
ture ,  l'enseignement  social  est  une  loi  ni- 
turelle ,  une  condition  tellement  nécessaire 
que,  sans  un  miracle,  l'homme  ne  peut  qœ 
par  son  secours  parvenir  à  la  connaissance 
explicite  des  vérités  de  Tordre  métapbj'si- 
que  et  moral. 

«  Aucune  loi  naturelle  ne  se  prouve  que 

er  des  faits  ;  elles  se  constatent  toutes  { ar 
double  épreuve  des  faits  qu'on  \^nt  ap- 
peler positih  et  négatifs,  de  la  mamère sui- 
vante :  Lorsqu'un  phénomène  se  produit 
toujours  sous  Vinfluetice  d'un  fait  détonuim*» 
et  qu'il  ne  se  produit  jamais  en  Tali^cfliv 


775 


L.4!l 


rAirrimiirouKUE. 


LAN 


774 


de  ce  tàiU  eeluî-d  est  cerUioemenl  uaeeoa- 
«HUon  luitiireUeel  nécessaire  du  phénomène. 
Or  ii  en  est  ainsi  de  l'enseignement.  En 
etîel  :  I*  Tout  homme  susceptible  d'instruc- 
tion peut  acquérir  la  connaissance  des  vé- 
rités de  Tordre  moral,  et  tous  ceux  qui  sont 
I  arvcnus  à  cette  connaissance  y  sont  par- 
venus à  Taide  de  renseignement.  Par  con- 
tre :  2*  Tous  les  hommes  qui  ont  été  privés 
tle  tout  enseignement  sont  restés  dans  la 
complète  ignorance  de  ces  vérités,  aussi 
lon^^temps  que  Tinstruction  leur  a  manqué. 

«  Tels  sont  tous  les  malheurei»  qui  ont 
été  isolés  ou  séquestrés  dès  leur  enfance  f 
quelle  que  fût  d  ailleurs  leur  aptitude  à  ap- 
prendre et  k  concevoir. 

€  Tels  sont  encore  tous  les  sourds-mnets 
de  naissance  qui  n'ont  pas  encore  reçu  une 
instruction  adaptée  à  leur  état  déployable , 
bien  que  leurs  facultés  intellectuelles  soient 
semblables  à  celles  des  autres  hommes. 

«  Ces  preuves  suffisent,  elles  sont  décisi- 
Tes.  Nous  coûterons  toutefois  les  faits  sui- 
Tants  qui  en  sont  de  nouvelles  confirma- 
tions. 

^  i*  Lliomme  n'exerce  sa  pensée  sur  les 
objets  qui  ne  tombent  pas  sous  les  sens  qu'à 
Taide  des  mots.  Or  les  mots  sont  appris. 

€  2"  Tous  les  hommes  ont  d'abord  les 
crojanoes  vraies  ou  fausses  des  personnes 

3ui  les  entourent ,  de  la  société  au  milieu 
e  laquelle  ils  vivent;  ce  n'est  que  plus  tard 
que  quelques-uns  s'écartent  en  bien  ou  en 
mal  de  cette  règle. 

'v  3"  Le  développement  intellectuel  de  Tin- 
dividu  comme  de  la  société,  sauvage,  bar- 
bare ou  civilisée ,  est  sénéralement  en  rai^ 
son  directe  de  l'état  de  renseignement. 

«  i*  Toute  vie  finie,  bien  que  son  principe 
soit  intérieur,  ne  se  développe  que  sous  Tin- 
Ouence  des  conditions  extérieures.  Cela  est 
vrai  de  la  vie  végétative  et  de  la  vie  seusi- 
tive  oomme  de  la  vie  intellectuelle.  Il  en  est 
niéme  ainsi  de  la  vie  de  la  foi. 

«  5*  Admettre,  non  pas  la  possibilité  abs- 
inite,  mais  la  réalité  du  développement  pu- 
rement spontané  des  fatcultés  morales  de 
rbomme,  c'est  retomber  dans  l'état  de  na- 
ture rêvé  par  la  philosophie  du  xvui*  siècle. 
Or  l'existence  de  cet  état  est  démentie  par 
rhistoire  sacrée  et  profane ,  elle  répugne  à 
la  dignité  de  l'homme  et  à  la  bonté  de  uieut 
elle  est  en  opposition  avec  l'expérience  unir 
▼erselle. 

«  Hes  nombreuses  conséquences  qui  dé- 
coulent de  ces  preuves  nous  n'indiquerons 
que  celles-ci  : 

«  1*  La  première  des  lois  naturelles  de  no- 
Ire  raison ,  une  condition  indispensable  de 
sou  développement,  c'est  d'apprendre  et  de 
croire,  puisque  sans  l'enseignement  per- 
sonne ne  parvient^  la  connaissance  des  vé- 
rités de  l'ordre  moraU  n'arrive  au  plein  usage 
de  la  raison. 

€  S"  Comme  tout  homme  a  besoin  d'être 
enseigné,  et  que  le  premier  homme  n'a  pa 
fttre  instruit  par  aucun  autre  homme ,  1  é- 
Teîl  de  la  raison  du  premier  homme  doit 
nccc'ssaîreinent  èlre  attribué  k  reusei^e- 


ment  divin,  k  la  révélation  primitive,  eaati^ 
orijgine  et  source  de  l'enseignement  social , 
qui  n'est  qu'an  moyen ,  un  écho  répété  k 
travers  les  siècles,  et  qui  doit  avoir  une 
cause  antérieure. 

«  3*  Puisque  la  raison  ne  s'éveille  que 
sous  Faction  combinée  de  l'instruction  et  de 
la  foi,  la  fausseté  du  dogme  fondamental  du 
rationalisme,  de  l'indépendance  originaire 
de  la  raison,  se  trouve  constatée  par  le  fût 
de  la  manière  la  plus  évidente. 

«  On  fait  contre  ces  conclusions  les  <Ageo» 
tioiis  suivantes  :  Les  vérités  métaphysiques, 
du  moins  les  principes  fondamentaux  de  la 
morale  sont  :  i*  des  vérités  éridentes  par 
elles-mêmes  ;  2*  elles  sont  connues  naturel- 
lement ;  3*  elles  ne  sont  ni  ne  peuvent  être 
ignorées  par  personne,  pas  même  par  l'hom- 
me saovu^e  ;  i*  elles  nous  sont  innées  éi 
gravées  dans  notre  coeur;  donc  nous  pou- 
vons les  connaître  par  la  lumière  naturelle 
de  la  raison ,  par  la  voix  de  la  conscience , 
par  l'étude  de  notre  cœur  ou  du  magnifique 
spectacle  de  la  nature  ;  donc  l'enseignement 
ne  nous  est  pas  nécessaire  pour  les  con- 
naître. On  ajoute  encore  :  5'  ou'k  l'appui 
des  faits  oue  nous  avons  allégués ,  il  est  im- 
possilde  cle  citer  autre  chose  que  quelques 
exemples  d'hommes  naturellement  imbé- 
ciles et  manquant  de  facultés  intellectuel- 
les. Enfin  6*  on  dit  qu'il  y  a  des  sourds-muets 
k  qui  ces  vérités  sont  connues,  quoiqu'ils 
n'aient  jamais  fréauenté  d'école. 

c  Voici  notre  réponse  k  ees  objections  : 

«  1*  Il  est  vrai  que  ces  vérités  sont  objecti- 
vement évidentes  en  elles-mêmes  ;  mais  leur 
évidence  objective  seule  ne  suffit  pas  pour 
qu'dies  nous  soient  aussi  évidentes  subjec- 
tivement. L'homme  dont  la  raison  est  assez 
développée  en  sent  l'évidence  dès  qu'elles 
lui  sont  convenablement  proposées,  mais 
rhonime  privé  de  tout  enseignement  est  in- 
capable de  se  les  démontrer. 

«  2"  Si  par  le  mot  naiurenememt  eonnnes, 
on  veut  (lire  que  ces  vérités  nous  sont  cor- 
nues d'une  manière  absolument  spontanée  , 
sans  aucun  secours  étranger ,  soit  actuel , 
soit  antérieur,  on  a  tort  ;  mais  on  a  raison , 
si  l'on  veut  dire  qu'elles  nous  sont  connues 
facilement ,  communément ,  k  l'aide  des 
moyens  naturels  ou  appropriés  k  notre  na- 
ture ;  qu'elles  sont  connues  k  tout  homme 
oui  se  trouve  dans  son  état  naturel ,  daiis 
I  état  social,  et  qui  est  doné  de  Acuités  ii.- 
tellectuelles  suflisamment  développées.  Rien 
de  plus  naturel  k  l'homme,  par  exemple, 
que  la  parole  ;  cependant  jamais  il  ne  j  arle, 
MBS  le  sens  propre  du  mot ,  s'il  n'a  appris 
k  parler.  Rien  de  plus  naturel  dans  les  èlres 
vivants  one  le  développeraent  de  leor  vie 
innée  et  latente,  et  cependant  ni  végétal  ni 
animal  ne  maniCBSIe,  ne  déplme  ses  forces 
Vitales  que  sous  l'influence  de  eoBditiof;s 
extérieures.  Donc  on  ne  peut  pas  dire  que 
ee  qui  est  naturel  se  développe  d'un*  miK 
Bière  poreraeet  spontanée. 

«  11  est  très-vrai  que  ces  vérités  ne  peu<* 
vent  être  iguoiées  par  êmtmn  homme  jouis- 
sant du  plein  usage  de  sa  ffei^en  ; 


r^ 


Lsy 


m.THfsnsmiR 


hkH 


n 


JHîfs  PÂtfis  p!tis  liant  prouvent  qitc  rKominc 
privé  (te  toulc  instruction  reste  toujours  eiT- 
hnl.  Il  est  vrai  encore  que  rhonirne  sot- 
va.^e,  membre  d*UTie  société  de  ces  hom- 
raès  qu'on  appelle  sauvages,  mais  qu'on  de- 
vrait plutôt  nommer  barbares  et  Incultes, 
ne  peut  romplétement  ignorer  ces  vérités, 
puisqu'il  n'est  pas  privé  de  tout  enseigne- 
ment; mais  il  n  en  est  pas  de  m^mede  l'hom- 
me sauvage. qui,  dés  son  enfance,  a  été  isolé 
ou  privé  de  tout  commerce  inleHeetuel  avec 
d'autres  hommes  plus  ou  moins  instruits. 

«  4*  Elles  sont  innées  en  ce  sens  que 
renseignement  ne  leur  sert  que  comme  la 
hzrtiière  que  Ton  introduit  dans  une  cliamtxre 
obscure,  pour  v  reconTiaitro  los  objets  qui 
s'y  trouvaient  déjh,  mais  qui  étaient  imper- 
ceptibles jusqu'alors.  Elles  sont  encore  in- 
nées en  ce  sens  que,  quand  on  en  connaît 
quelques-unes,  le  raisonnement  seul  suffit 
pour  en  découvrir  d'autres.  Cependant  dies 
RC  sont  pas  innées  dans  ce  sens  que  nous 
pouvons  en  connaître  môme  les  premières 
sans  aucune  instruction  préalable.  Nous  pou- 
vons doncles  connaître  par  les  lumières  aune 
raison  éclairée  et  cultivée  et  par  la  voix 
d'une  conscience  bien  formée;  mais  notre 
raison  ne  s'éclaire  et  notre  conscience  ne  se 
forme  qu'à  l'aide  de  l'enseignement.  Nous 
pouvons  encore  \es  Tire  au  fond  de  notre 
cœur  et  dans  le  spectacle  de  la  nature;  mai$ 
ce  sont  là  deux  livres  qui  sont  indéchiffrables 

f)our  nous  jusqu'à  ce  que  l'éducalioa,  les 
eçons  de  nos  maîtres,  l'exemple  de  nos 
concitoyens,  nous  apprennent  à  en  démêler 
ïes  caractères. 

«  S"  De  nombreux  exemples  prouvent  qae 
celte  assertion  est  gratuite  et  fausse,  entre 
autres  celui  de  la  fille  sauvage  de  Soigi^, 
près  de  CbAlons-sur-Mame ,  à  laquelle  oo  a 
donné  le  nom  de  Leblanc;  celui  du  sourd-» 
muet  de  Chartres^  dont  parlent  les  mémoires 
de  l'Académie  des  sciences  de  Paris  de  l'an 
1703;  celui  de  Siulenis^  Fauteur  de  Sisterom 
celui  de  Gaèpard  Hau$^r^  surnommé  l'e&fant 
de  Nuremberg;  et,  eu  général,  celui  de  tous 
les  sourds-muets  qui  sont  parvenus,  à  l'aide 
d'une  instruction  méthodique,  au  plein  dé'^- 
veloppemcnl  de  leur  raison.  De  Feller,  on 
parlant  d'êtres  semblal)les,  fait  cette  obser- 
vation très-sai^e  :  «  Leur  raison  est  devenue 
a  semblable  à  une  semence  jetée  dans  une 
«  terre  inculte.  Us  ont  montré  de  rintetli- 
a  gence  dès  que  leur  Ame  a  pu  se  dévelop- 
«  per;  or  rien  né  se  montre  où  il  n'v  a 
Vc  rien.  » 

.  «  &*  Il  n'y  a  aucune  prouve  que  jamais- wi 
60urd«-nmet  soit  parveou  à  la  coanaissanoe 
des  vérités  derordre  moral  sans  une  inatrucH 
iion  méthodique  \  mais  ee>a  fûtril  prouvé 
i  l'évidonce»  il  ne  sanauivrait  milleiBeoi 
4^'il  est  possible  d'arriver  k  oette  eon*- 
Missance  sans  aucun  enseignement.  I/en- 
aai^neifteot  méthodique  et  elassique  et  ren» 
seignement  social  ne  aoitt  pas  tout  à  fait  ia 

«  On  eile  en  ftFve«ir  de  Vfttu  de  meure  tcw 
«infilaade  pre«fi(^  tous  les  anciens  peuptes, 


q!!i  nons  rojvésentenl  ces  peuples  comme 
sortant  ori^îiîairement  de  féiat  sauvage. 

«  Le  fait  est  que  ces  annales  cootiennenl 
doux  esjîèces  de  traditions:  les  unes, con- 
cernant l'origine  du  genre  humain,  nons 
représentent  l'état  de  perfection,  de  puis- 
sance, dhitelligenr^  et  de  bonheur  de 
l'homme  primitif;  les  autres,  relativcsà  To- 
rigine  particulière  de  ehaque  peuple,  nous 
fe  montrent  comme  sortant  d  un  état  voisin 
de  celui  des  animaux,  et  constatent  ainsi  la 
misère  de  Thomme  dégénéré. 

«  On  dit  que  l'intelligence  de  l'homme  est 
perfectible  et  se  perfectionne  sans  cesse,  el 
que  paFf  conséquent  :  1-  les  vérités  que  les 
uns  n  ont  pu  découvrir  neuvent  être  décoa- 
fortes  par  d*autres,  et  2*  que  les  iijots  ont 
pu  se  fermer  graduellement,  le  langage  arti- 
culé n'étant  qu'un  perfectionnement  des  cris 
iastinctifs  et  des  signes  naturels, 

a  Nous  ré^îondons  :  !•  L'homme  est  fcr- 
fectible  et  se  i)*^rfectionne  sans  cesse, 
pourvu  qu'il  se  conforme  aux  lois  de  sa  na- 
ture. Or  une  de  ces  lois,  de  ces  conditions, 
est  qu'il  soit  d'abord  aidé  par  l'instruction 
d'autrui,  sinan  il  restera  toujours  eiiùnl 
sotts  le  rapport  intellectuel. 

«  Les  fait3  prouvent  que  l'homme  ne  par- 
vient jamais  de  lui  seul  à  parler.  11  n'y  a 
aucune  ressemblance  entre  le  langage  des 
signes  et  la  parole  ou  le  langage  proprement 
dit  ;  les  cris  et  les  signes  naturels  manifes- 
tent noa  images  et  nos  sensations,  les  mots 
expriment  nos  notions  et  nos  idées  des  Té- 
rités  iiîorales.  L'homme  n'acquiert  qu'au 
moyen  de  finstruction  la  connaissance  de 
ces  idées  sans  lesquelles  il  n'a  ni  le  besoin 
ni  le  pouvoir  de  parler.  L'objection  attribue 
à  l'homme  muet  et  à  demi^auvage  ce  que  les 
plus  savants  philosophes  n'ont  pu  réaliser. 

«  On  dit  encore  que  recourir  à  Huterven- 
tîcn  divine  pour  la  formation  de  la  raison 
f?t  llustitution  du  langage,  c'est  nier  la  puis- 
sance et  l'activité  naturelle  de  l'esprit  hu- 
main. 

«  Recourir  à  rintervrntion  divine,  c'est 
seulement  nter  que  la  puissance  et  l'activité 
de  l'esprit  humam  soient  infinies,  absolues 
et  indépendantes  de  toute  condition.  Toute 
intelligence  créée  est  limitée,  el  son  activité 
dépend  de  certaines  conditions;  donr-,  en 
montrant  la  nécessité  de  nntervenlion  tli- 
Ttoe,  nous  ne  faisons  qu'expliquer  une  nés 
conditions  primitives  de  l'activité  de  noire 
esprit. 

«  Mais,  ajoute-ton,  la  philosophie  ne  doit 
pas  sortir  de  Tordre  naturel,  elle  ne  doit 
rechercher  que  les  causes  naturellejj  des 
dioses. 

al.orsqu'il  s*agît  des  oriaines,1e  surnaturel 
et  Pextraordinairc  sont  1  ordre  naturel  lui- 
même,  c'est-à-dire  l'ordre  nécessaire  et  seul 
conferme  h  hi  nature  dfes' choses  qin"  rotn- 
meucent.  L'origine  du  monde  et'du  prcmirr 
homme,  aussi  bien  que  Poriglnc  de  Tînlel- 
Tigence  humaine,  dfoivent  nécessarremonl 
fttro  attribuées  ft  une  c*iuse  extraordinaire 
aujourd'hui. 

«I  Mats,  coTitinue-t^r,  on  lîc  peut  coûte- 


in 


LAN 


D^ANTHROPOLOGIE. 


LAN 


Toir  le  mode  de  cette  iuterreotion  ou  réré- 
tation  divine. 

«  L'impossibilité  de  ooneeToir  le  comment 
d*nne  clM>se  dont  on  a  prouvé  la  réalité 
u'affuMit  nullement  cette  démonstration. 
Nous  n'avons  aucun  motif  oéremptoire  pour 
nier  que  la  révélation  udte  au  premier 
homme  ait  été  purement  intérieure.  Cepen- 
dant, comme  nous  voyons  tout  développe- 
ment intellectuel  commencer  par  voie  d  en- 
seigDtmentt  en  admettant  que  lliomme  pri- 
mitif ait  été  instruit  par  un  être  surhumain, 
d*uae  manière  anali^ue  h  celle  dont  un 
homme  instruit  un  autre  homme,  nous  re- 
trouvons la  loi  universelle  de  Tenseigne- 
•nent  à  Torigine  même,  et  dans  cette  origine 
ainsi  conçue,  la  raison  première  de  cette  loi. 
(Fréciê  de  logique^  p.  71.)  » 

H.   ne  B09ALD. 

Hcus  renvovons  aux  ouvrages  de  ce  reli- 
gieux et  profond  génie,  ouvrages  que  tout 
le  monde  a  lus  et  que  Ton  ne  peut  trop  mé- 
diter. Nous  en  extrairons  le  seul  passage 
suirant: 

«  Philosophes,  essayez  de  réfléchir, 

de  comparer,  de  juger,  saiîs  avoir  présents 
et  sensibles  à  Tesprit  aucun  mot,  aucune 
parole....  Que  se  passe-t-il  dans  votre  esprit, 
eC  qu*y  voyez -vous?  Rien,  absolument  nen; 
et  TOUS  ne  pouvez  pas  plus  percevoir  vos 
iwopres  pensées,  lorsqu'elles  s  appliquent  à 
des  objets  incorporels,  comparer  les  unes 
avec  les  autres,  et  juger  entre  elles,  sans 
des  expressions  qui  tous  les  représentent, 
que  vo!is  ne  pouvez  voir  vos  propres  yeux, 
et  prononcer  sur  leur  forme  et  leur  couleur, 
sans  un  corps  qui  en  réfléchisse  l'image. 

c  Et,  en  eflèt,  ce  ne  sont  pas  ici  des  objets 
physiques,  des  objets  particuliers  ou  compo- 
sés de  parties  qu'on  peut  voir  et  toucher,  et 
dont  il  suffit  de  se  retracer  la  figure,  opéra- 
tion de  la  fiiculté  d'imaginer  qui  s'exécute 
dans  la  brute  comme  dans  l'homme  :  ce  sont 
des  relations  de  convenance,  d*utilité,  de 
néeessilé  ;  ce  sont  des  idées  morales,  socia- 
les ou  générales,  des  idées  de  rapports  de 
choses  et  de  personnes,  d'où  dériveront  bien- 
tôt des  lois  et  des  devoirs  ;  ce  sont  même 
des  rapports  intellectuels  entre  des  ètr^s 
physiques  ou  entre  ces  êtres  et  l'homme, 
rapports  qui  deviennent  l'objet  de  tous  les 
arts  et  même  des  plus  hautes  sciences  ;  ce 
sont,  en  un  mot,  des  vérités  et  non  simple- 
mait  des  dits  qu'il  laut  exprimer,  c'est-à- 
dire  des  objets  incorporels  qui  oe  font  point 
image,  et  ne  peuvent  qu'à  Taide  du  discours 
être  la  matière  et  la  forme  du  raisonnement. 
Mais,  de  toutes  les  combinaisons  ou  compo- 
sitions d'idées  ou  de  rapports,  la  plus  vaste, 
l^  plus  compliriuée,  la  plus  intellectuelle, 
et,  si  Ton  peut  le  dire,  la  plus  déliée,  est 
précisément  le  langage  qui  renferme  toutes 
les  idées  et  tous  leurs  rapports,  et  qui  est 
'^instrument  nécessaire  de  toute  réflexion, 
de  tonte  comparaison ,  de  tout  jugement. 
C'était  donc  le  moyen  de  toute  invention 
qu'il   bllait  commencer  par  inventer;  et 

DlCT10!r5.  D'ASTHftOPOLOGU. 


comme  la  pensée  n*est  qu'une  parole  inté« 
rieure,  et  la  parole  une  pensée  rendue  exté- 
rieure et  sensible,  il  fidlait,  de  toute  néces- 
sité, que  l'inventeur  du  langage  pensât,  in- 
ventât l'expression  de  sa  pensée,  lorsque, 
fiiute  d'expression,  il  ne  pouvait  avoir  même 
la  pensée  de  l'invention. 

«  Familiarisés,  dès  le  berceau,  avec  le 
langase,  que  nous  entendons  avant  de  pou- 
voir lecouter,  que  nous  répétons  avant  de 
pouvoir  le  comprendre,  que  nous  parlons 
sans  cesse  ou  avec  nous-mêmes  ou  avec  les 
autres,  nous  ne  fidsons  pas  plus  d'attention 
à  cet  art  merveilleux,  devenu  pour  l'homme 
sa  propre  nature,  qu'au  jeu  de  nos  poumons 
ou  à  la  circulation  de  notre  sang.  La  i>arolo 
est  pour  nous  comme  !a  rie,  dont  nous  joui£* 
sons  sans  connaître  ce  qu'elle  est  et  sans 
réfléchir  à  ce  qui  l'entretient.  Et  cependant 
l'être,  la  société,  le  temps,  l'univers,  tout 
entre  dans  cette  magninque  com|K>sition  : 
l'être,  avec  toutes  ses  modifications  et  toutes 
êes  qualités  ;  la  société,  avec  ses  personnes, 
leur  rang ,  leur  nombre  et  leur  sexe  ;  le 
temps,  avec  le  passé,  le  présent  et  le  futur  ; 
l'univers  enfm,  avec  tout  ce  qu'il  renferme. 
Tout  ce  que  la  langue  nomme  est  ou  peut 
être  ;  seuls,  le  néant  et  l'impossibilité  n'ont 
pas'de  nom.  Lumière  du  monde  moral  qui 
éclaire  iaui  homme  renani  en  ce  monde,  lien  de 
la  société,  rie  des  intelligences,  dépôt  de 
toutes  les  vérités,  de  toutes  les  lois,  de  tous 
les  événements,  la  parole  règle  l'homme,  or 
donne  la  société,  explique  Tunivers.  Tous 
les  jours  elle  tire  1  (^prit  de  l'homme  du 
néant,  comme  aux  premiers  jours  du  monde, 
une  parole  féconde  tira  l'univers  du  chaos  ; 
elle  est  le  plus  profond  mystère  de  notre 
être,  et  loin  d'avoir  pu  l'inventer,  l'hommo 
ne  peut  pas  même  la  comprendre. 

«  Comment  des  hommes,  dont  l'entende- 
ment était,  avant  le  langage,  le  livre  fermé 
de  sept  sceaux,  avaient-ils  pu  découvrir  qu'au 
moyen  d*un  petit  nombre  d'articulations  de 
la  voix,  simples  ou  composées  (voyelles  ou 
consonnes),  la  lançue  pouvait  exprimer  tou- 
tes les  pensées  qui  s  Aèrent  dans  le  ecntr  de 
rhomme,  tous  les  otijets  que  la  nature  ou  la 
société  lui  présentent,  tous  les  accidents  du 
monde  physique,  toutes  les  idées  de  la  mo- 
rale, tous  les  événements  de  la  société,  les 
êtres  et  leurs  rapports,  l'homme  et  son  action, 
le  temps  et  ses  modes?  Je  veux au'un  bruit, 
un  son,  puissent  ajouter  à  une  langue  déjà 
formée  un  mot  énonciatif  de  la  susbtance  ou 
delà  qualité,  qui  rappelle  même,  par  Timi- 
tation,  l'objet  que  Ton  veut  exprimer  :  cette 
onomatopée  rentre  dans  la  classe  des  sensa- 
tions jilutôt  que  dans  celle  des  idées  ;  elle 
appartient  moins  à  l'inteUigence  qu'à  l'ima- 
gination, et  l'on  parle  avec  une  exactitude 
tout  à  fait  philosophique,  lorsqu'on  dit  d'un 
pareil  mot,  qu'ii  fait  image.  Encore  faut-il 
observer  que  l'homme,  en  quelque  sorte,  a 
reçu  ces  mots  tous  faits  de  robjel  qu'ils  re- 
présentent, et  ne  les  a  pas  inventés.  La  na- 
ture physique  a  son  langage,  et  celui-!à 
aussi,  I  nomme  ne  fait  que  leVépéter.  Ainsi 
le  bruit  le  plus  éclatant  et  le  plus  majes- 

25 


779 


LKH 


DICTIONNAIRE 


LAN 


m 


tueux,  celui  du  tonnerre,  a  été  répété  dans 
toutes  les  langues  par  un  mot  qui  fait  image^ 
et  (jui  imite,  autant  qu'il  est  possible  à  la 
voix  articulée,  Tobjet  qu*il  veut  exprimer. 

«  Mais  comment  expliquer  la  formation 
du  verfrf,  parole  par  excellence,  puisque  les 
Grecs  et  les  Latins  ont  donné  son  nom  à  la 
parole  même  ? 

«  L'homme  n'a  pas  besoin  de  parler  pour 
agir^  mais  il  en  a  besoin  pour  exprimer  qu'il 
'41  agû  ou  qu'il  agira  ;  qu'il  a  agi  dans  un 
passé  plus  ou  moins  reculé  ;  qui!  agira  dans 
un  futur  plus  ou  moins  éloigné  ;  qu'il  a  agi 
ou  qu'il  oj^ira  de  telle  ou  telle  manière.  Com- 
ment aurait-il  imaginé  de  désigner,  avec 
quelques  mouvements  de  la  langue  et  des 
lèvres,  quelquefois  avec  une  seule  articu- 
lation de  la  voix,  tous  les  états  de  l'homme 
moral  et  physique,  la  nature,  le  temps,  le 
mode  de  son  action  faite  ou  reçue,  indiquée, 
commandée,  finie,  passée,  présente  ou  future, 
sans  aucune  expression  préalable  qui  pût 
aider  à  retrouver  sa  propre  pensée  dans  les 
infinies  combinaisons  qu'auraient  deman- 
dées l'invention  laborieuse  du  langage,  si 
cette  invention  eût  été  possible?  Et  le  temps, 
le  temps  si  uniforme  dans  une  vie  tout  ani- 
male et  tous  les  jours  uniquement  occupée 
des  mêmes  besoins  ;  le  temps,  dont  le  som- 
meil, qui  remplit  la  vie  de  l'homme  sau- 
vage, efface  si  promptement  la  trace,  com- 
ment l'homme,  dans  l'état  brut  où  on  le 
suppose,  aurait-il  pu,  sans  aucun  signe,  en 
distinguer  les  différentes  époques,  les  rap- 
peler ou  les  prévenir,  lorsaue  nous-mêmes 
dans  une  vie  si  remplie  d'événements,  et 
dont  les  jours  inquiets  ressemblent  si  peu 
les  uns  aux  autres,  nous  avons  besoiiï  de  mar- 
quer d'un  nom  ou  d'un  signe  particulier,  cha- 
que année  d'un  siècle,  chaque  mois  de  l'an- 
née, chaque  jour  de  la  semaine,  chaque 
heure  du  jour,  sous  peine  de  confondre  dans 
notre  souvenir  les  temps,  même  les  plus  ré- 
cemment écoulés  ?  Le  temps  pour  lliomme 
civilisé,  toujours  agité  de  regrets  ou  de  dé- 
sirs, le  temps  n'est  jamais  qu'au  passé  et 
AU  futur,   et  de  là  vient  que,  dans  les  lan- 

Sues  des  peuples  les  plus  cultivés,  les  modes 
e  ces  deux  temps  sont  extrêmement  mul- 
tipliés :  pour  l'homme  brut  et  tel  qu*on  le 
suppose  sans  souvenir,  sans  prévoyance,  et 
•dont  la  vie  n'est  qu'un  jour,  un  moment,  un 
besoin,  le  temps  ne  peut  être  qu'au  présent  ; 
pour  lui,  le  passé  n  est  plus,  l'avenir  n'est 
pas,  et  les  idées  ou  les  expresions  d'Ater  et 
de  demain  sont  aussi  éloignées  de  son  esprit 
qu'étrangères  à  ses  habitudes. 

«c  Cette  philosophie  du  langage,  de  toutes 
les  sciences  peut-être  la  plus  diCBcile,  et 
dont  les  motifs  déliés  échappent  si  aisément 
à  lattention  de  ceux  qui  en  font  leur  uni- 
que étude,  aurait-elle  pu  se  présenter  à  l'es- 
prit d'hommes  sans  asile  constant,  sans 
subsistance  assurée,  satisfaits  de  trouver 
chaque  jour  à  soutenir,  contre  les  besoins 


du  moment,  une  existence  précaire,  d'hom- 
mes placés  dans  un  état  de  déiiuement  ab- 
solu et  de  la  plus  profonde  ignorance  7  Et 
n'est-il  pas  ridicule  de  faire  de  ces  èlres, 
dont  on  peut  dire  que  Tentendement  était 
aveugle ,  sourd  et  muet,  autant  de  Ikscartes 
et  de  Newton,  qui,  riches  de  toutes  les  con- 
naissances des  siècles  antérieurs,  au  sein 
de  l'abondance  et  du  loisir,  entourés  de  se- 
cours, et  disposant  à  volonté  de  langues 
toutes  formées  et  des  moyens  d'en  fiier  les 
expressions  par  récriture ,  ne  iSeûsaient  au 
fond  que  féconder  des  germes  préexistants, 
et  développer  des  vérités  dont  les  éléments 
étaient  connus  ?  Il  y  avait  dans  le  monde  de 
la  géométrie  avant  Newton  et  de  la  philoso- 
phie avant  Descartes  ;  mais,  avant  le  lan- 
gage, il  n'y  avait  rien,  absolument  rien  que 
les  corps  et  leurs  images,  puisque  le  langage 
est  l'instrument  nécessaire  de  toute  opération 
intellectuelle,  et  le  moyen  de  toute  existence 
morale.  Tel  que  la  matière  que  les  Uvres 
saints  nous  représentent  informe  et  nue, 
inanis  et  vacua^  avant  la  parole  féconde  qui 
le  tira  du  chaos,  l'esprit  aussi,  avant  d'avoir 
entendu  la  parole,  est  vide  et  nu  ;  ou  tel  en- 
core que  les  corps  dont  aucun,  pas  même  le 
nôtre,  n'existe  à  nos  yeux,  avant  la  lumière 
qui  vient  nous  montrer  leur  forme,  leur  cou- 
leur, le  lieu  qu'ils  occupent,  leurs  rapports 
avec  les  corps  environnants,  etc.  ;  ainsi,  l'es- 
prit n'existe  ni  pour  les  autres,  ni  pour  lui- 
même,  avant  la  connaissance  de  la  parole 
gui  vient  lui  révéler  l'eiistence  du  monde 
intellectuel,   et  lui  apprendre  ses  propres 
pensées,  v  {Recherches  sur  les  premiers  ohieli 
des  connaissances  morales^  t.  1*%  p.  137  et 
suiv.,  édit.  de  1826.) 

LES    COnTRADICTEURS. 

11  Bûcunum  me  maie  hubei^quoi  ludi- 
Qiiam  a  me  uUatn  veriiatem  agrmà,  in- 
remrit  pitàari  animariterto,  n»  rcctf-' 
tulis  vei  miis  sigmê  m  oMiimoaaliiH  it. 

A.  imo  si  characleres  abes^ent^  tmt  • 
quam  quidquam  distixte  cogilarntmif 
ftetfue  ratiocmaremw. 

{ LEmnm,  Dial  de  Cmuiex.  mUrrad 
verba.  —  Ofiaiv.  phUosaph. ,  édit. 
Raspe,  p.  SU9,  etc.  ) 

La  seule  objection  un  peu  spécieuse  qui 
ait  été  faite  contre  la  nécessité  du  langage 
pour  penser  les  intelligibles,  pour  abstraire, 
généraliser,  coidparer,  juger,  raisonner, 
c'est  celle  qui  consiste  à  aire  que  l'enfant  et 
le  sourd-muet  ne  pourraient  jamais  appren- 
dre à  parler,  si  la  parole  était  nécessaire  à  la 
pensée.  Deux  mots  suffiront  pour  résoudre 
cette  difficulté  dépourvue  de  fondement. 
L'enfant,  et  Ton  eu  peut  dire  autant  du  sourd- 
muet  pour  les  signes  inventés  à  son  usage* 
l'enfant  n'attache  pas  des  idées  aux  mots  par 
un  procédé  rationnel ,  sa  raison  n'est  pas 
assez  développée  ;  il  les  y  attache  par  instinct, 
par  une  sorte  d'intuition  (457)  non  réfléchie, 


(457)  L*acte  intuitif  est  la  simple  vue  de  Tobjet,  Tesprit  fait  à  la  connaissance  quMl  a  ;  c*eat  vu  re- 
sans  aucun  retour  de  Tesprit  sur  ce  qu'il  connaît,  tour  de  la  pensée  sur  eUe-mème.  L*intuitioo  a  um- 
L*é(at  de  réflexion,  au  contraire,  est  Tattention  que     jours  sur  la  réflexion  une  priorité  logique;  la  re 


781 


LAN 


D^ANTHROPOLOGIE. 


LAN 


7IÎ 


mais  qui  est  le  vér: fable  point  de  départ  de 
nntemgence  et  de  toute  réflexion.  L  enfant 
•^t  donc  par  instinct  (1^58) ,  c'est  par  son 
se(X>ars  qu'il  attache  ndée  aux  mots  qui 
résonnent  à  ses  oreilles,  ou  aux  gestes  de  sa 
mère  ou  de  sa  nourrice.  La  peûsée,  la  pen- 
sée réfléchie  n'existe  donc  pomt  en  lui  avant 
le  langage  ;  car  ce  qui  caractérise  l'instinct , 
c'est  gu  il  est  aveugle  et  qu'il  opère  sans 
connaissance.  Les  actions  instinctives  attei^ 
gnent  un  but  caché  è  celui  qui  les  fait  ?  elles 
sont  le  résultat  d'an  penchant  qui  s'ign^mre 
hii-mème  et  produit  aes  effets  qu'il  né  pré- 
voit pas.  C'est  n  ce  qui  distingue  essentielle- 
nenl  l'instinct  de  la  volonté  libre. 

Parmi  les  philosophes  et  les  savants  qui 
ont  essayé  de  combattre  la  thèse  de  la  néces- 
sité du  langage  pour  la  constitution  delà 
raison»  il  en  est  qui  sont  de  bonne  foi,  mais 
qui  ne  comprennent  pas  la  question^  il  en 
est  d'autres  dont  cette  théorie  gène  singuliè- 
rement les  systèmes  ;  ceuxH^i  ont  Irop  d'in- 
térèl  h  la  rejeter  pour  qu'ils  n'emploient  pas 
toutes  les  ressources  de  leur  calent  pour  la 
renverser.  Le  lecteur ,  qui  se  sera  donné  la 
fieine  d'approfondir  cette  importante  ques- 
tion, appréciera  sans  difficulté  la  valeur  des 
raisonnements  auxquels  nos  adversaires  ont 
recours 

M.  âKGBvsba, 
Asdea  prataiear  de  |iliiloiii|.1ué. 


•  Les  mots  considérés  en  eux-mêmes  ne 
sert  autre  chose  que  les  si^qies  convention- 
nels de  nos  idées,  et  n'ont  de  valeur  qae  par 
te  sens  que  nous  y  attachons.  Mais  ils  sont 
tellement  liés  à  toutes  nos  oi)èrations  intellec- 
tuelles, nous  remarquons  si  peu  d'idées  dans 
les  hommes  privés  de  la  parole ,  qu'il  était 
impossible  de  ne  pas  rechercher  à  quoi  tien- 
nent ces  rapports  du  langage  avec  la  pensée  ; 
ouels  en  sont  les  caractères ,  les  enets  ou 
retendue.  Condillac  et  plusieurs  de  ses  dis- 
ciples ont  essayé  de  résoudre  ces  questions , 
et  Ton  doit  reconnaître  qu'ils  ont  réjMndu 
sur  quelques->^unes  d'asset  vives  lumières. 
M&is  on  se  doute  bien  aussi  que  leurs  idées 

ilexioc  est  snoeessive,  Tintuition  est  immaDente, 
C^est-à-dire  que  Pacte  intcilif  est  cooUna,  parce 
qii*il  est  de  Fesseiice  de  Tètre  ioleUigent ,  dont  la 
substance  ne  diaogc  point,  tandis  que  la  réflexion 
est  nne  simple  nMMincation  qui  peut  être  su^n- 
dne  sans  que  Tàme  périsse.  L'intuition  est  toojoors 
la  mène,  H  dans  tons  les  faonunes:  h  réflexion,  an 
coDtraire  est  progressive.  La  première  est  néces- 
saire ei  fatale,  b  seconde  est  libre.  L'une  ea^  oon- 
fase,  raotre  distincte.  La  connaissance  intuitive 
eootieot  le  germe  de  tout  ce  que  nous  pouvons  sa- 
▼otr;  h  réflexion  dérdoppe  ce  germe  et  produit,  par 
eetie  élaboration,  la  prodigieuse  variété  de  nos  con- 
naissances. LMntniUon  saisit  immédiatement  son 
objet  et  sans  rbitermédiaire  d*aucon  signe,  undis 
qme  la  réflexion  ne  peut  s'exercer  sans  un  signe  sen- 
sible, sans  nne  parole  qui  lui  sert  à  traduire  la  pen- 
întuitiTe. 


1  (458)  On  nomme  ifulUut  une  aptitude  et  un  pen- 
Vchant -innés  d*nn  être  intelligent  à  accomplir  cer- 
tains actes  sans  savoir  pourquoi  ni  comment ,  et 
pourtant  sans  y  être  contraint  par  aucune  force  exr 


n*ont  pas  été  toutes  généralement  admises. 
Obligé  de  dire  quelque  chose  sur  ce  sujet,  je 
n'entrerai  pas  dans  tous  les  développements 
qu'exigerait  une  matière  aussi  vaste  ;  je  me 
bornerai  simplement  k  quelques  observations 
générales  sur  les  points  les  plus  importants. 
«  Quelques  philosophes  dans  ces  derniers 
temps  ont  établi  entre  les  idées  et  les  mots 
un  rapport  si  étroit  et  si  nécessaire ,  qu'ils 
semblent  presque  les  confondre  et  ne  voir 
dans  la  pensée  elle-même  ôu'une  articulation 
intérieure  de  la  parole.  Ils  se  sont  ima^né 
que  le  seul  objet  possible  de  nos  perceptions 
devait  èlre  exclusivement  dans  le  langage  ; 
ils  ne  trouvent  rien  autre  chose  où  l'esprit 
humain  puisse  se  prendre  et  fixer  sa  vue  ; 
ils  croient,  pour  ainsi  dire>  connaître  les 
choses  quand  ils  les  ont  nommées.  Nous 
pouvons  bien  saisir  par  elles-mêmes  les 
impfessions  des  sens  et  nous  former  ainsi 
des  images  des  choses  extérieures  ;  mais  là 
s'arrêterait,  selon  eux,  Tintelligence ,  et 
jamais  elle  ne  pourrait  concevoir  aucun  rap- 
|K>rt,  ni  s'élever  à  aucune  idée  intellectuelle, 
si  les  mots  ne  venaient  à  son  secours.  Car 
l'expression  est  absolument  nécessaire  à  la 
représentation  même  mentale  de  l'idée  ;  sans 
la  parole  il  nous  serait  impossible,  non-seu- 
lement de  faire  connaître  aux  autres  notro 
pensée ,  mais  de  la  connaître  nous-mêmes. 
Ainsi ,  quoimie  les  idées  soient  innées  en 
nous ,  elles  n  y  sont  que  comme  dans  une 
chambre  obscure  ;  c'est  par  les  mots  qu'elles 
de  viennent  sensibles  à  l'esprit  ;  elles  demeure- 
raient éternellement  inaperçues  sans  l'expres- 
sion qui  vient  les  revêtir  d'une  forme  et  nous 
les  révéler.  De  sorte  que  l'homme  apprend 
réellement  k  penser  en  app)renant  à  parler,  et 
reçoit  ainsi  toutes  ses  connaissances  et  tou- 
tes ses  idées  de  la  société  qui  le  lui  transmet 
avec  le  langage.  D'un  autre  côté ,  le  langage 
ne  peut  avoir  son  origine  que  dans  une 
manifestation  extérieure  ;  Thomme  a  besoin 
ou'il  lui  soit  communiqué ,  et  serait  dans 
1  impuissance  absolue  de  l'inventer  jamais  » 
soit  parce  qu'il  n'en  peut  avoir  ni  ridée  ni  le 
désir  avant  de  l'avoir  entendu,  soit  parce  que 
le  langage  ne  peut  être  inventé  que  dans  une 

lérienr^ 

L*instmct  n'est  jamais  une  propriété  du  corps  ; 
c*est  un  mobile  sfirilmel  qui  âneut  b  sensibilité» 
inspire  rintelli^ence  et  détermine  factivité.  Si  Tins- 
tinct  n^est  pomt  une  Impulsion  purement  machi- 
nale, il  est  au  moins  entièrement  irréfléchi.  L*homme 
soumis  à  son  influence  ne  sait  ni  pourquoi  ni  com- 
ment il  açt.  0  sent  son  action  ;  il  ne  s*en  rend  pas 
compte;  il  en  ignore  h  nature,  les  mobiles  H  les 
effets;  il  asit,  en  un  mot,  sans  connaissance  ei  sans 
intention.  Le  caractère  le  plus  essentiel  de  tout  ado 
instinctif  est  d*exclure  la  réflexion  et  Texpérienoe  ; 
et  dès  que  nous  voyons  un  acte  nouveau  se  produire 
soudainement,  sans  étude,  sans  calcul,  sans  inten- 
tion distincte,  c^est  toujours  à  Tinstinct  que  nous  le 
rapportons.  H  est,  pour  la  réflexion  et  la  rsison,  un 
point  de  départ  n&essaire  ;  il  leur  fournit  en  tout 
genre  la  matière  première  de  leurs  travaux.  Cest  lui 
qui,  avant  que  la  réflexion  vienne  imposer  des 
régies  à  rinteUigenee,  Imprime  à  nos  facultés  nne 
direction  certaine. 


7i3 


LVS 


DICTIONNAIRE 


LAN 


78  i 


société  déjà  formée ,  et  que  nulle  société  ne 
peut  exister  sans  langage  ';  soit  enfin  parce 
que  rhomme  ne  peut  pas  penser  sans  parole, 
fii  inventer  la  parole  sans  pouvoir  penser. 
D*o{l  il  suit  que  rhomme  abandonné  à  lui- 
même  serait  nécessairement  dans  un  idio- 
tisme complet  9  et  ne  pourrait  faire  aucun 
usage  de  ses  facultés.  Examinons  quelle  est 
la  valeur  réelle  d'un  pareil  système  et  des 
principes  qui  lui  servent  de  fondement. 

«  Et  d*abord  est-il  vrai  que  Tinvention  du 
langage  surpasse  les  forces  naturelles  de 
Tespnt  humain,  et  que  jamais  elle  n'eût  pu 
avoir  lieu,  si  Dieu  lui-même  ne  fût  inter- 
venu pour  nous  révéler  en  même  temps  la 
«arole  et  toutes  les  idées  qu'elle  exprime? 
ousseau,  ce  qui  est  assez  étonnant  de  sa 
Î^art,  semblait  disposé  à  le  croire,  et  ce  sont 
es  dilBcultés  qu'il  expose,  qui  ont  servi  de 
base  à  la  théorie  de  M.  de  Bonald  sur  ce 
sujet.  Quoique  ces  difficultés  soient  graves 
et  spécieuses,  je  ne  crois  pas  cependant 
qu*elles  suffisent  pour  démontrer  rigoureu- 
sement Timpossibilité  de  la  formation  du 
langage  par  des  moyens  purement  humains. 
En  effet,  si  l'on  considère  le  langage  dans 
ce  qu'il  a  de  matériel  et  comme  son  articulé, 
on  ne  trouve  pas  du  tout  comment,  sous  ce 
rapport,  il  excéderait  la  portée  de  nos  facul- 
tés, puisque  l'homme  a  reçu  de  la  nature  les 
organes  nécessaires,  et  que  s'il  a  besoin 
d'apprendre  à  s'en  servir,  le  hasard  ou  la 
réflexion  peuvent  lui  en  fournir  la  pensée, 
l'occasion  et  les  moyens.  Dira-t-on  qu'avant 
l'usage  de  la  parole  Thomme  n'a  nulle  idée 
de  son  articulé?  Cela  prouve  tout  au  plus 
qu'il  en  serait  du  langage  comme  de  toutes 
les  autres  inventions,  qui  sont  presque  tou- 
jours le  résultat  d'un  fait  inattendu,  et  tien- 
nent à  un  ordre  d'idées  que  l'homme  n'avait 
point  auparavant.  L'exemple  de  quelques 
sauvages  trouvés  dans  les  bois,  et  des  sourds- 
muets  qui  ne  parlent  point,  bien  qu'ils  aient 
tous  les  organes  de  la  voix,  n'est  certaine- 
ment pas,  comme  on  le  prétend,  une  raison 
légitime  et  suffisante  pour  affirmer  que 
l'homme  est  incapable  d'articuler  des  sons 
avant  de  les  avoir  entendus;  car  il  est 
évident  que  les  uns  et  les  autres  font  excep- 
tion à  Tordre  commun.  Le  sauvage  isolé  n  a 
nul  besoin  de  la  parole  ni  d'aucun  autre 
moyen  de  communication,  et  par  cela  même 
il  ne  peut  pas  soupçonner  qu  elle  puisse  lui 
être  d^aucun  usage  ;  comment  donc  scmce- 
rait-'il  à  s'en  occuper?  Il  serait  bien  plus 
naturel  qu'il  oubliât  même  sa  langue  mater- 
nelle, s  il  Tavait  déjà  connue.  Quant  au 
sourd-muet,  comme  il  n'a  aucune  idée  du 
son  en  lui-même,  qu'il  ne  peut  ni  l'apprécier, 
ni  l'entendre,  il  est  tout  simple  ou'ancun 
j^  mouvement  des  organes  ne  puisse  l'amener 
.  h  découvrir  et  étudier  les  variaticms  dont  il 
devient  susceptible  au  moyen  de  l'articula- 
tion. On  ne  peut  donc  établir  à  cet  égard 
aucun  rapprochement  entre  ses  facultés  et 
celles  de  l'homme  doué  de  tous  ses  sens. 

ff  Si  l'on  considère  ensuite  le  langage  comme 
signe  de  la  pensée,  on  comprend  difficile- 
ment, je  Tavoue,  comment  les  hommes 


auraient  été  conduits  à  prendre  les  sons  fi 
la  voix  pour  les  .interprètes  eonventioniieis 
de  leurs  idées;  mais  on  ne  voit  pas  non  plus 
pourquoi  cela  leur  eût  été  impossible;  car  si 
les  sons  articulés  n^ont  pas  comme  le  geste 
et  les  cris,  un  rapport  naturel  avec  certaines 
idées,  en  revancne  ils  sont  plus  propres  i 
les  exprimer  toutes  comme  signes  de  con- 
vention ;  et  la  pensée  de  rendre  par  la  parole 
les  conceptions  de  l'intelligence,  pouvait 
s'offrir  à  1  esprit,  peut-être  aussi  facilement 
que  la  pensée  d'exprimer  les  rapports  des 

Srandeurs  et  des  nombres  par  des  si^es 
'une  autre  nature,  également  arbitraires, 
qui  forment  aussi  une  véritable  langue,  et 
qui  par  leurs  combinaisons  servent  à  décou- 
vrir une  foule  d'idées  ou  de  rapports  insai- 
sissables par  les  procédés  du  langage  ordi- 
naire. Ainsi,  dès  qu'un  homme  aurait  re- 
marqué qu  un  cri  naturel,  poussé  dans  un 
transport  de  crainte,  de  joie  ou  d'admiration, 
est  aussitôt  compris  de  celui  qui  l'entend,  il 
ne  manquerait  pas  de  le  répéter  dans 
l'intention  de  faire  connaître  le  sentiment 
qu'il  éjirouve  ;  bientôt  il  en  produirait  d'autres 
analogiies,  dans  une  semblable  intention^;  et 
une  fois  averti  de  la  commodité  de  cessi^es, 
il  essayerait  de  les  varier  autant  que  possible, 
de  les  ajouter  aux  gestes  et  aux  mouvements 
afin  d'exciter  davantage  Tattention,  de  les 
appliquer  ainsi  à  tous  les  objets  usuels  arec 
des  nuances  différentes,  de  sorte  que  dans 
peu  ils  deviendraient  par  eux-mêmes  une  dé- 
signation suffisante.  Lbrsqu'ensuite,pardes 
expériences  multipliées  sur  les  mouvements 
des  organes  de  la  voix,  il  aurait  reconnu  le 

Souvoir  qu'il  a  d'articuler  des  sons  et  de  les 
istinguer  nettement  par  ce  moyen,  des 
mots  simples  d'abord  et  peu  nombreux  se- 
raient substitués  à  des  cris  moins  faciles  à 
apprécier;  à  mesure  quelusage  les  rendrait 
familiers,  on  sentirait  le  besoin  de  les  aug- 
menter, de  les  unir,  de  les  modifier  succes- 
sivement pour  exprimer  des  choses,  des 
aualités  ou  des  rapports  différents;  et  ces 
liances  de  mots,  combinées  de  diverses 
manières,  seraient  un  moyen  de  parvenir 
bientôt  à  former  des  phrases  plus  étendues. 
De  là  résulterait  une  langue  pauvre  et  long- 
temps imparfaite,  mais  qui  pourrait  chaque 
jour  s'enrichir  et  prendrait  enfin  des  modes, 
des  tournures  propres  à  exprimer  toutes  les 
idées  et  tous  leurs  rapports,  à  la  suite  de 
nouvelles  observations  que  ces  premiers 
éléments  rendraient  plus  faciles.  La  manière 
dont  on  a  formé  des  systèmes  de  signes 
complètement  différents  pour  fixer  les  idées 
par  récriture,  la  manière  ■  dont  les  enfenis 
apprennent  à  parler,  et  surtout  le  moyen 
par  lequel  sont  enfin  parvenus  à  se  com- 
prendre des  peuples  qui  ne  parlaient  pas  la 
même  langue,  indiquent  assez  comment  les 
hommes  auraient  pu  remplacer  les  signes 
naturels  par  des  signes  de  convention,  et 
substiuer  les  sons  articulés  aux  gestes  et 
aux  mouvements  qui  sont  d'un  usage  moins 
facile  et  moins  étendu. 

«  Il  est  vrai  que  tout  cela  ne  peut  élre 
fait  que  par  des  hommes  qui  ont  entre  eux 


LAN 


D*ANTHRW<HjOGIE. 


LAN 


786 


des  rapports,  et  qui  sentent  le  besoin  de  se 
commoniqner  leurs  pensées;  par  conséquent 
la  formation  du  langage  exise  nécessairement 
une  société  quelconque.  Mais  il  serait  aussi 
trop  absurde  de  prétendre  que  la  iamille 
serait  impossible  sans  Tusage  de  la  parole, 
ou  qu^arant  les  lois  écrites  et  toutes  les  ins- 
titutions sociales,  il  ne  pourrait  exister  au- 
cune  agglomération  d'indiridus  réunis  sur 
un  même  point,  et  qui  se  trouveraient  ainsi 
dans  la  nécessité  d  entretenir  des  relations 
babîtuelles  et  de  s'entendre  réciproquement. 
Ainsi  la  formation  du  langage,  quoiqu'elle 
eût  exigé  peut-être  bien  des  nasards  et  bien 
des  siècles,  ne  paraît  oSiîr  cependant  au- 
cune impossibilité  réelle,  tant  que  l'on  se 
borne  à  considérer  la  parole  en  elle-même 
et  comme  un  signe  substitué  à  d'autres. 

«  Mais  ce  n'est  pas  là  le  point  important 
de  la  question  qui  nous  occupe.  Ce  qu'il 
s'agit  surtout  d'examiner,  c'est  de  savoir  si 
les  mois  sont  en  eflet  nécessaires  à  la  con- 
ception mentale  de  toute  idée  quelconque,  , 
et  s'il  est  vrai  que  l'homme  ne  pourrait  pas  ' 
absolument  penser  sans  l'usage  de  la  parole. 
Or,  quoiqu'on  l'affirme  arec  assurance,  il 
est  au  moins  permis  d'en  douter,  et  le  con- 
traire noussembie  mêmeincontestable.  Com- 
ment soutenir,  par  exemple,  que  l'homme 
ne  peut  de  lui-même  aperceroir  les  modifi- 
cations de  son  esprit,  et  qu'il  a  besoin  que 
la  parole  de  ses  semblables  vienne  lui  révé- 
ler ses  lacultés  intérieures  et  les  conceptions 
spontanées  de  l'intelligence?  Dès  qu  il  est 
capable  d'éprouver  des  sensations  et  d'asir 
sur  elles,  pourquoi  ne  pourrait-il  pas  Tes 
comparer  et  saisir  les  rapports  qui  existent 
entre  les  objets  qui  les  font  naître.  En  voyant 
une  monts.çie  et  un  arbre,  a-t-il  besoin  du 
langage  pour  reconnaître  que  l'une  est  plus 
grande  que  Tautre?  Lui  faut -il  autre  chose 
que  la  conscience,  pour  savoir  que  certains 
mouvements  dépendent  de  la  volonté  qui  les 
commande?  Nous  pouvons  donc  connaître 
des  laits  soit  intérieurs,  soit  extérieurs, 
percevoir  entre  eux  des  rapports,  et  par 
conséquent  avoir  des  idées  intellectuelles, 
sans  1  usage  d'aucun  signe,  parce  que  ces 
fai  ts  et  ces  rapports  se  montrent  d'eux-mêmes. 
Cela  est  évioent  tant  qu'il  s'a^t  d'idées  con- 
crètes ou  de  jugements  particuliers  ;^  et  il 
semble  que  nous  le  pouvons  aussi  à  l'égard 
de  quelques  idées  composées,  de  même  que 
nous  faisons  les  premiers  calculs,  sans  em- 
ployer les  chiffres  qui  deviennent  néces- 
saires pour  des  calculs  plus  étendus.  11  n'est 
pas  douteux  du  moins  que  nous  ne  puis- 
sions avoir  des  idées  ou  même  saisir  des 
rapportsjtrèsnabstraits,  sans  l'usage  des  sons 
articulés  et  par  le  moyen  d'autres  signes  ; 
car  indépenoamment  d'une  foule  d'autres 
laits,  les  opérations  de  l'algèbre  en  fournis- 
sent une  preuve  incontestable. 

m  La  parole  sert  à  revêtir  les  idées,  à  les 
manifester  aux  autres  ;  mais  elle  ne  les  ré- 
vèle point  à  la  conscience;  et  comme  je  suis 
d*abord  le  terme  et  le  sujet  de  mes  opéra- 
lions  intérieures,  elle  suppose  que  j'ai  dû 
préalablement  penser  pour  moi,  car  je  ne 


puis  parler  que  ma  pensée.  Les  mots  fixent 
le  résultat  de  ces  opérations  et  nous  dispen* 
sent  de  les  recommencer  k  chaque  instant^ 
ils  nous  tiennent  lieu,  pour  ainsi  dire,  des 
idées  complexes  dont  nous  ne  pouvons  dis- 
tinguer du  même  coup  d'oeil  tous  les  élé- 
ments, et  qui  ne  pourraient  nous  servir  à. 
aucune  autre  combinaison,  sans  un  signe 
qui  les  résume  ;  mais  ils  n'en  sont  pas  la 
source  directe,  ni  même  la  seule  expression, 
possible  ;  ils  ne  sont  pas  surtout  indispen- 
sables pour  concevoir  les  notions  élémen- 
taires, que  nous  pouvons  saisir  par  elles- 
mêmes  et  sans  le  secours  d'aucun  signe, 
parce  qu'elles  n'exigent  qu'une  seule  per- 
ception de  l'intelligence,  et  qu'après  tout  les 
idées  et  leur  expression,  la  pensée  et  la  pa- 
role sont  des  choses  tout  a  lait  distinctes. 
Aussi  nous  cherchons  tous  les  jours  des  ex» 
{Messions  pour  des  idées  qui  nous  frappent, 
et  qui  ne  cessent  pas  d'être  présentes  a  l'es- 
prit, parce  qu'aucun  mot  ne  vient  s'y  ratta- 
cher. Souvent  nous  sentons  qu'ime  expres- 
sion manque  de  force  ou  de  justesse  pour 
rendre  l'énergie  ou  la  pré'cision  de  nos  pen- 
sées, qui  par  conséquent  ne  se  confondent 
point  avec  les  mots  qui  les  expriment.  Si 
toutes  nos  idées  proviennent  du  langage  et 
nous  sont  transmises  par  la  société,  qu'on, 
veuille  bien  me  dire  par  quel  moyen  tant 
d*hommes  de  génie  ont  pu  puiser  à  cette 
source  des  notions  ignorées  de  la  société  elle- 
même,  et  pour  lesquelles  il  a  ISillu  créer  des 
expressions  particulières?  Il  est  vrai  que 
nos  idées  ne  paraissent  jamais  que  revêtues 
des  mots  que  nous  y  attachons  des  l'enlance , 
mais  cette  habitude  nous  rappelle  aussi  ceux 
qui  expriment  les  propriétés  de  la  matière 
et  les  objets  sensibles,  sans  qu'on  puisse  ni 
qu'on  veuille  cependant  en  conclure  qu'ils 
sont  nécessaires. 

«  On  nous  allègue  sans  cesse  lexemple 
des  sourds-muets  de  naissance,  comme  une 
preuve  frappante  de  la  nécessité  de  la  pa- 
role, pour  avoir  des  idées  intellectuelles  et 
s'élever  à  des  notions  abstraites.  Mais  il  me 
semble  qu'avec  des  observations  plus  rigou- 
reuses et  un  peu  moins  de  préjugés,  on  y 
eût  vu  précisément  la  preuve  du  contraire  ; 
car  on  ne  saurait  douter  qu'un  sourd-muet, 
sans  le  secours  du  langage  ou  de  l'écriture, 
ne  connaisse  ses  fecultés  et  ses  opérations 
intérieures  ;  qu'il  ne  parvienne  à  acquérir 
les  premières  notions  du  bien  et  du  mal; 
qu'il  ne  puisse  concevoir  certaines  idées 
élémentaires,  et  distinguer  au  moins  quel- 

Îues  principes  qui  servent  k  diriger  sa  con- 
uite.  La  conscience  ne  peut  le  laisser  à  cet 
égard  dans  l'ignorance.  Aussi  voit-on  sou- 
vent dans  leurs  actions  l'expression  de  ces 
sentiments  naturels ,  des  marques  certaines 
de  réflexion,  une  secrète  horreur  du  crime, 
et  de  vils  remords  après  l'avoir  commis. 
Quelques-uns  même  laissent  apercevoir  des 
affections  religieuses,  et  se  font  remarquer 
par  de  grands  sentiments  de  justice  et  de 
probité.  On  peut  enfin  s'assurer  que  tous 
agissent  quelquefois  avec  intention,  et  qu'ils 
ont  |)ar  conséquent  des  idées  de  cause,  de 


787 


UN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


îtt 


fin,  de  moyen ,  et  conçoivent  entre  elles  des 
rapports  quelconques  (US9). 

«  Ces  idées ,  q«ioique  moins  étendues , 
moins  développées  et  peut-être  moins  pré- 
cises dans  leur  esprit  que  chez  le  reste  des 
.  hommes,  n*en  sont  pourtant  ni  moins  réel- 
les, ni  moins  incontestables,  puisau*eJles 
:  produisent  les  m^émes  a&ections  au  dedans, 
-jet  au  dehors  les  mêmes  résultats;  et  cepeur 
dant  on  ne  les  supposera  pas  acquises  avec 
le  langage»  dan^  les  sourds-muets  qui  n'e9 
ont  aucune  connaissance.  £t  quand  on  pré^ 
tendrait  que  ce  sont  simplement  des  images 
et  non  des  idées»  que  gagnerait-on  à  cette 
futile  distinction  de  mots?  Ils  conçoivent 
réellement  des  rapports,-  des  notions  abs- 
traites et  purement  intellectuelles  ;  or,  peut- 
on  dire  que.  l'idée  soit  autre  chose  que  cette 
conception,  et  le  langage  peut-ii  nen  pro^ 
duire  de  plus  ?  Les  mots  pris  matérielle^ 
ment  ne  sont  eux-mêmes  qu  uneimag[e  ou  un 
signe  sensible  ;  comment  donc  produiraient- 
ils  une  idée  ?  ou  pourquoi  d'autres  signes 
ne  le  feraienMls  pas  également? 

«  Quelques  faits  incertains,  isolés ,  peut- 
être  TeiTet  de  causes  particulières  et  acciden- 
telles qui  n^ous  sont  inconnues,  ne  sauraient 
démentir  cette  expérience  générale  et  cons- 
tante, ni  affaiblir  la  preuve  incontestable 
qui  en  résulte.  J'ai  moi-même  interrogé  des 
sourds^ muets  sur  l'idée  qu'ils  avaient  de 
plusieurs  actions  criminelles,  avant  de  con- 
naître le  langage  par  le  moyen  de  l'écriture; 
ils  m'ont  constamment  répondu  qu'ils  en 
concevaient  des  sentiments  d'horreur,  tout 
en  niant  qijkelquefois  qu  lisaient  eu  lamoin^ 
dre  notion  du  bien  et  du  mal  ;  ce  qui  sem- 
ble indiquer  qu'une  conception  nouvelle, 
f)lus  générale  et  plus  frappante,  peut,  en 
es  absorbant,  faire  disparaître  le  souvenir 
exact  des  éléments  antérieurs  ,  et  qu'après 
cette  transformation  d'un  sentiment  primi- 
tif mais  plus  confus,  l'ftme  distingue  dans 
le  fond  ce  qui  ne  fait  que  l'affecter  diverse-» 
ment^  croyant  peut-être  n'avoir  pas  eu  d'i- 
dées, parce  qu'elle  n'avait  point  de  mots 
abstraits  pour  les  exprimer  collectivement, 

{>our  les  embrasser  en  quelque  sorte,  et 
aire  de  là  comme  un  point  de  vue  d'où 
elle  peut  découvrir  un  plus  grand  nombre 
de  rapports.  Jelaisse  è  juger,  sur  cette  simple 
réflexion,  le  cas  que  l'on  doit  faire  de  quel- 
ques observations  particulières ,  presque 
toujours  superBcielles,  et  peut-être  encore 
mal  comprises  et  mal  dirigées. 
«  Mais  on  peut  ajouter  a  toutes  les  rai- 

(459)  Plusieurs  physiologistes  ont  rapporté  , 
comme  un  fait  assez  remarquable  »  Texcmpte  d'un 
sourd-muet  privé  en  même  temps  de  ta  vue,  qui 
était  parvenu  cependant  à  acquérir  un  assez  grand 
nombre  d'idées  abstraites ,  et  qui ,  au  moveh  des 
gestes  et  du  toucher,  les  exprimait  assez  bien,  et 
comprenait  parfaitement  tout  ce  qu'on  voulait  lui 
faire  entendre.  On  peut  voir  à  ce  sujet  quelques  dé- 
tails, dans  la  PhuêiologU  de  M.  âdelon  ,  tome  I*% 
page  476.  Un  chef  d'institution  de  sourds-muets, 
dont  le  tëmoiffnage  doit  être  d'un  grand  poids,  puis- 

Su'il  est  le  fruit  de  l'expérience ,  n'a  pas  craint 
*aflirmcr  c  que  les  savants  font  trop  dépendre  Tac- 


sons  que  nous  venons  d*exposer>  une  der- 
nière preuve  sans  réplique  ;  c'est  que  si 
nous  ne  pouvions  pas  en  effet  penser  sans 
parler,  si  nous  n'avions  pas  des  idées  anté- 
rieures à  leur  expression  et  que  nous 
pouvons  concevoir  sans  elle,  il  nous  devien-1 
drait  impossible  d'en  acquérir  aucune  et  de 
penser  jamais  ;  caria  parole,  n'étant  qu'un 
signe  de  convention ,  suppose  nécessaire^ 
ment  les  idées  et  ne  les  donne  pas.  11  n'est 
point  de  mot  qui  puisse  être  naturellement 
la  manifestation  d  un  objet  ou  aui  soit  pro- 
pfe  par  lui-même  à  nous^  le  révéler }  aucun 
n'emporte  avec  lui  et  ne  peut  produire  tout 
seul  la  connaissance  des  choses  qu'il  ex- 
prime ;  ils  ne  font  tous  que  les  désigner  ea 
vertu  d'un  usage  arbitraire  et  d'après  le 
sens  variable  qu  ils  ont  reçu.  Les  mois  Dieu, 
infiniy  àme^  ne  font  naître  dans  mon  esprit 
une  perception  particulière,  que  parce  que 
les  hommes  sont  convenus  d'y  attacher  une 
idée  que  je  connais,  comme  ils  auraient  pu 
les  employer  pour  signifier  autre  chose  ;  ils 
ne  sont  donc  ni  la  cause  de  l'idée,  ni  une 
condition  nécessaire  pour  la  concevoir  \  ils 
n'en  sont  encore  une  fois  qu'une  expres- 
sion purement  conventionnelle,  et  par  con- 
séquent ils  la  supposent  déjà  existante  et 
connue  antérieurement. 

«  Dès  que  l'on  ne  veut  pas  que  l'idée 
puisse  être  connue  en  elle-même  ou  dans 
ses  éléments,  avant  que  l'expression  vienne 
la  revêtir,  il  suit  de  là  nécessairement,  et 
on  l'avoue  aussi,  que  nous  devons  la  rece- 
voir de  la  société  au  moyen  de  la  parole  ou 
de  signes  qui  n'ont  par  eux-r mêmes  aucune 
valeur.  «  Cependant  on  sait  qu'une  idée 
«  toute  faite  est  une  chose  absolument  in* 
«  transraissible,  que  pour  en  avoir  réelle- 
«  ment  la  conscience,  lorsqu'on  entend  oc 
tt  que  l'on  voit  le  signe  qui  la  représente, 
«  il  faut  nécessairement,  si  c'est  une  sim- 
«  pie  sensation,  l'avoir  éprouvée:  la  preure 
«  en  est  qu'on  parlerait  éterneliement  de 
«  couleur  à  un  aveugle-né,  qu'il  ne  saurait 
ff  jamais  ce  dont  il  s'agit.  Si  c'est  une  idée 
«  composée,  il  faut  avoir  connu  et  rappro- 
tf  ché  tous  les  éléments  qui  la  composent  \ 
«  il  est  évident  que  sans  cela  nous  ne  con- 
<  naissons  pas  la  signification  d'un  mot,  et 
«  que  c'est  ce  qu'on  nous  lait  faire  plus  ou 
«  moins  bien,  ouand  on  nous  le  définit.  Eo- 
«  fin,  si  cette  iaée  est  un  jugement,  la  pro- 
«  position  qui  l'exprime  est  vide  de  sens 
«  pour  nous,  n'est  qu'un  vain  bruit  comme 
«  celui  d'une  langue  étrangère,  si  nous  ne 

tivité  de  Pâme  des  sens  extérieurs,  et  que  le  plu^ 
sage  des  hommes,  privé  en  naissant  de  Touie  ei  de 
la  parole,  Socrate,  né  sourd-muet,  n>en  aurait  p* 
moins  sa  grande  âme  et  son  beau  génie;  il  ^^»^^ 
le  langage  des  «estes,  langage  naturel ,  primitif  et 
universel,  que  les  enfants  parlent  avant  de  satmr 
parler,  et  que  les  instituteurs  n*ont  pas  inveotr, 
parce  qu'il  y  a  des  dispositions  innées  qui  disur- 
guent  les  hommes,  et  qu'un  trait  de  plume  ne  svftt 
pas  pour  les  dépouiller  de  leur  raison.  >  Cette  opi- 
nion a  été  rendue  publique  dans  le  Journal  dit  IH- 
bats  du  5  mars  1821. 


789 


UN 


D'ANTHROPOLOGIE. 


UN 


71H^ 


«  counaissoQS  pas  ses  deux  termes,  si  nous 

•  D'aTOUs  pas  fait  sur  chacun  d^eux  les  opé* 
fl  rations  que  nous  menons  de  décrire  y  et  si 

•  ensuite  nous  ne  faisons  pas  nous-mêmes 
«  lacté  de  la  pensée  qui  consiste-  à  perce- 
«  voirie  rapport  énoncé  entre  eux  («60).  » 
Il  n'y  pas  moyen  de  nier  tout  cela  »  et  il  en 
résulte  clairement,  i^u  il  doit  y  avoir  dans 
notre  esprit  des  idées  préalaolement  per- 
çuest  pour  que  les  mots  puissent  en  deve- 
nir rexpression,  et  nous  offrir  un  sens  dé- 
termine. 

«  L'idée  est  pour  nous  la  connaissance 
<rune  chose,  de  ses  qualités  ou  de  ses  rap- 
ports. Nous  connaissons  les  choses  extérieu- 
res et  leurs  qualités  jpar  le  moyen  des  sens  ; 
la  GODScience  nous  révèle  les  faits  intérieurs  ; 
noas  percevons  des  rapports  par  un  juge- 
ment spontané  ou  réfléchi ,  qui  les  décou- 
vre dans  l'observation  des  faits,  ou  les  y 
ajoute  comme  une  donnée  primitive  de  la 
raison  elle-même.  Hais  rien  ne  peut  nous 
dispenser  ou  nous  tenir  lieu  de  ce  travail 
personnel  de  Tintelligence.  C'est  en  par- 
tant de  ces  notions  élémentaires,  en  géné- 
ralisant ces  premiers  faits,  en  les  observant, 
les  comparant,  les  analysant,  c*est  en  don- 
nant à  chaque  combinaison  différente  un 
signe  particulier  pour  faciliter  de  nouveaux 
rapprochements,  c'est  en  appréciant  les  ju- 
gements et  les  réflexions  d'autrui  d'après  les 
n6tres,  que  nous  pouvons  acquérir  de  nou- 
velles idées  ou  comprendre  celles  qui  nous 
sont  b*ansmi$es.  Otez  à  l'ftme  les  iaées  fon- 
damentales qu'elle  perçoit  directement,  tout 
déyeloppement,  tout  progrès  ultérieur  lui 
deviendra  nécessairement  impossible.  Elle 
ne  comprendra  plus  les  communications  de 
la  société,  parce  qu'elles  ne  répondront  à 
rien.  Or,  pourquoi  aurais-je  besoin,  pour 
ac(]uérir  ces  connaissances  naturelles  et  pri- 
roilives,  d'expressions  qui  tirent  d'elles 
toute  leur  valeur,  et  qui  sans  cela  doivent 
être  inintelligibles  ?  Comment  parviendrais- 
je  à  saisir  des  choses  ou  des  rapports  dont  je 
n  aurais  aucune  idée ,  dont  les  éléments  me 
seraient  inconnus ,  qui  ne  répondraient  à 
rien  d'analogue  dans  mon  esprit,  unique- 
3ientparle  moyen  de  certains  mots,  dès 
lors  vides  de  sens  pour  moi,  et  toujours 
pliables  à  tous  sens  en  eux-mêmes  ? 

«  Il  est  évident  que  les  idées  n'ont  aucune 
liaison  nécessaire  avec  les  mots  qui  les  ex- 
priment, et  qu'ainsi  on  peut  prononcer 
teui-ci  ou  les  entendre  sans  concevoir  au- 
cune idée.  Le  langage  n'est  donc  plus,  si 
iOnne  suppose  point  d'idées  préalables, 
Qu'un  son  vague  et  insignifiant,  qui  n'é- 
nraole  que  les  organes  comme  dans  les  ani- 
IQ^UT,  sans  porter  aucune  lumière  dans  les 
esprits.  Il  ne  peut  produire  que  des  sensa- 
tions confuses,  incapables  de  nous  révéler 
des  choses* spirituelles  et  de  faire  naître  en 
iiousaacune  perception  distincte.  Par  con- 
^^uent,  si  1  on  veut  que  les  mots  devien- 
'^ent  pour  moi  l'expression  d'une  idée  et 
*«rventàia  faire  comprendre,  il   faut  de 

♦IfiO)  Dcstctt-Tràcv,  Éléments  d'idéologie,^,  511. 


toute  nécessité ,  ou  que  je  connaisse  déjà 
leur  signification,  lorsque  je  les  entends 
prononcer,  ou  que  l'on  ait  soin  de  me  l'ex- 
pliquer d'une  manière  quelconque.  Mais 
comment  connaitrais-je  d'abord  leur  signi- 
fication, puisqu'elle  dépend  d'une  institution 
arbitraire?  £t,  d'autre  part,  quel  moyen  de 
me  l'expliquer,  si  déjà  l'on  ne  suppose  en 
moi  quelques  connaissances  antérieures; 
si  je  iry  retrouve  pas  les  éléments  de  l'i- 
dée quils  expriment,-  toutes  les  fois  du 
moins  qu'il  s'agit  d'une  chose  qui  ne  peut 

f>as  frapper  les  sens  ?  Il  faut  pour  cela  que 
es  hommes  attachent  leurs  mots  à  nos  idées 
par  des  signes  qui  puissent  nous  faire  éta- 
nlir  un  rapport  entre  les  uns  et  les  autres. 
Mais  ces  signes  eux-mêmes  ne  sauraient 
être  compris  et  doivent  rester  muets,  sans 
des  perceptions  préexistantes  ;  ils  ne  peu- 
vent pas  plus  que  le  langage,  produire  en. 
nous  des  idées  simples  et  intellectuelles  que 
nous  n'aurions  pas  encore.  Ils  n'offrent  la-* 
mais  qu'un  rapport  très-éloigné,  incapable 
de  me  faire  connaître  ou  de  retracer  1  objeA 
en  lui-même.  Je  peux  tout  au  plus  l'y  atta- 
cher par  réflexion  ;  mais  elle  est  impossi- 
ble, si  l'idée  m'est  inconnue.  Le  signe  alors 
ne  produira  pas  plus  d'effet  que  le  son  qui 
m'a  frappé  louïe.  Ils  sont  lun  et  l'autre 
comme  des  enseignes  qui  ne  disent  rien 
pour  ceux  qui,  n'ayant  nulle  idée  de  la 
chose  signifiée,  ne  peuvent  connaître  l'usage 
auquel  on  les  destine.^ 

«  Aussi  l'on  est  obligé  d'avouer  que  l'idée 
attend  l'expression  pour  s'y  attacner,  que 
sans  cela  nous  ne  comprendrions  pas  plus  le 
mot  ordre,  justice,  que  nous  n'entendons  les 
mots  forgés  à  plaisir.  C'est  une  chose  si  évi- 
dente qu'il  fallait  bien  en  convenir.  Mais 
qu'est-ce  donc  que  cette  idée,  si  nous  ne 

f>ouvons  pas  penser  sans  parler?  Comment 
'attacher  aux  mots,  si  elle  est  encore  incon- 
nue? Et  comment  la  connaître  déjà,  s'il  faut 
pour  cela  qu'elle  soit  revêtue  de  son  expres- 
sion? Il  y  a  là  un  cercle  vicieux  dont  on  ne 
sortira  jamais,  tant  qu'on  ne  voudra  pas  re- 
connaître que  les  idées  simples  et  élémen- 
taires peuvent  être  perçues  immédiatement, 
qu'elles  deviennent  sensibles  par.  elles-mê- 
mes et  sans  le  secours  d'aucun  signe.  Tant 
que  l'Ame  demeure  sans  perceptions  et  dans 
une  ignorance  absolue,  le  langage  encore 
une  fois  n'est  plus  qu'un  son,  et  les  mots 
ne  disent  rien  à  l'esprit.  Or,  nous  en  serions 
là  perpétuellement,  si  l'idée  ne  pouvait  se 
révéler  qu'au  moyen  de  la  parole;  car  une 
idée  inconnue  nous  laisse  dans  le  même  état 
que  si  elle  n'existait  pas  ;  elle  est  comme  le 
néant  pour  l'intelligence. 

«  Pourquoi  d'ailleurs  cette  idée  vient- elle  S- 
de  préférence  s'attacher  au  mot  propre  qui, 
cependant,  n'a  de  rapport  avec  elle  que  par 
une  convention  arbitraire?  On  entendrait 
parler  toute  sa  vie  une  langue  étrangère, 
sans  pouvoir  jamais  la  comprendre,  si  tout 
ce  qui  nous  environne  ne  l'expliquait,  ou 
crue  Ton  n'eût  la  sienne  nronre  nour  inler- 


791 


LAN 


MCTIONNAIKE 


LAN 


m 


prête.  Comment  donc  Vidée  ira-t-elle  se 
joindre  aux  mots  qu'une  mère  prononce  à 
son  enfant,  à  moins  d'employer  quelaues  si- 
gnes dont  il  puisse  saisir  la  valeur  et  l'inten- 
tion, d'après  ce  qu'il  a  conçu  lui-même?  Il 
faut  nécessairement  lui  montrer  les  rapports 
du  mot  à  ridée  exprimée;  désigner  d'une 
manière  ou  d'une  autre  l'objet  que  l'on  reut 
faire  entendre.  Or,  le  moyen  a  v  parvenir, 
si  l'objet  n'est  pas  connu,  si  l'idée  n'est  déjà 
perçue,  lorsqu  on  veut  la  joindre  aux  mots 
qui  l'expriment.  Tous  les  signes  dont  on 
peut  se  servir,  sont  des  rapports  qui  ne  por- 
tent sur  rien  et  se  perdent  pour  un  enfant 
3ui  n'a  pas  une  connaissance  quelconque 
e  ridée  a  laquelle  ils  se  rattachent  ;  c  est 
un  interprète  qui,  lui-même,  parle  une  lan- 
gue inconnue.  Il  faut  donc  supposer  l'idée 
préexistante  à  la  parole,  et  possible  sans  le 
secours  de  la  parole,  pour  que  celle-ci  de- 
vienne elle-même  intelligible  et  puisse  offrir 
un  sens  à  l'esprit. 

«  D'après  tout  ce  qui  précède,  il  est  évi- 
dent que  nos  idées  simples  ou  élémentaires 
ne  peuvent  nous  être  transmises  par  la  so- 
ciété, et  qu'elles  n'ont  besoin  ni  aes  signes, 
ni  du  langage,  pour  devenir  sensibles  à  l'in- 
teliiçence.  Nous  les  percevons  en  nous,  im- 
médiatement et  par  elles-mêmes,  en  vertu 
de  nos  facultés  personnelles.  Ainsi  les  sen- 
sations nous  révèlent  les  idées  de  son,  de 
couleur,  de  saveur,  d'étendue,  et  autres 
semblables,  que  jamais  nous  ne  pourrions 
concevoir,  comme  on  le  sait,  si  nous  étions 
privés  des  sens  qui  doivent  nous  les  trans- 
mettre. C'est  par  la  conscience  que  nous  sai- 
sissons la  pensée,  le  jugement,  la  liberté  et 
toutes  nos  facultés  intérieures;  jamais  nous 
n'en  aurions  eu  connaissance,  si  elles  ne  s'é- 
taient d'abord  exercées  spontanément.  Il  en 
est  de  même  pour  toutes  les  autres  idées 
simples,  pour  toutes  les  conceptions  primi- 
tives de  Ja  raison ,  qui  ne  sont  pas  suscepti- 
bles d'analyse;  jamais  Tintelligeuce  ne  par- 
viendrait à  les  acquérir  si  elle  ne  les  trou- 
vait pas  en  elle-même;  jamais  elle  ne  pourrait 
les  attacher  à  un  signe  quelconque,  si  déjà 
elle  ne  les  percevait  sans  cela.  Ainsi  les  idées 
de  droit,  d  obligation  morale,  de  nécessité, 
de  rapport,  en  un  mot  toutes  celles  que  Ton 
peut  classer  parmi  les  notions  élémentaires, 
ne  pourraient  d'aucune  façon  s'introduire 
Jans  l'esprit  à  l'aide  du  langage,  et  demeu- 
roraient  toujours  insaisissables  à  la  raison, 
si  elle  ne  parvenait  à  les  concevoir  direcle- 
inont. 

<  C'est  donc  seulement  pour  la  formation 
des  fdées  complexes  ou  des  notions  généra- 
les,' que  l'on  doit  reconnaître  l'influence  des 
signes  et  div langage;  mais  à  cet  égard  leur 
utilité  devient  incontestable  ;  ils  sont  même 
nécessaires  pour  le  plus  grand  nombre  d'en- 
tre elles;  et  comme  presque  toutes  nos  idées 
sont  de  ce  genre,  on  conçoit  aisément  que 
sans  le  secours  des  signes,  le  développement 
de  notre  intelligence  serait  extrêmement 
ïyorné.  En  effet,  nous  ne  saurions  fixer  no- 
tre attention  sur  une  foule  d'objets  à  la  fois, 
ni  saisir  en  même  temps  tous  leurs  rapports 


dès  qu'ils  sont  un  peu  nombreux;  cest  là 
un  fait  que  la  plus  simple  réflexion  peut 
constater;  nous  avons  besoin  pour  les  con- 
cevoir nettement  de  les  envîMger  à  part  et 
défaire  successivement  un  grand  nombre 
d'opérations  intellectuelles  ;  ce  n'est  que  par 
ce  moyen  que  nous  pouvons  en  découvrir 
toutes  les   propriétés,  déterminer  diaque 
rapport  en  particulier,  et  former  avec  ces 
éléments  la  notion  générale  quilles  rfeume. 
Or,  toutes  ces  conceptions  diverses,  tous  ces 
jugements  particuliers  ne  peuvent  se  faire 
simultanément,  ni,  une  fois  faits,  se  repré- 
senter à  l'attention  tous  ensemble,  avec  net- 
teté et  sans  confusion  ;  nous  ne  pourrions 
surtout  nous  en  servir,  pour  essayer  d*autres 
combinaisons  et  faire  de  nouveaux  rappro- 
chements, si  la  pensée  devait  se  porter  tou- 
jours sur  ces  éléments,  plus  que  suffisants 
pour  l'absorber  tout  entière.  11  faut  donc 
que  les  signes  ou  le  langage  viennent  fixer 
le  résultat  de  nos  opérations  successives,  et 
soulager  ainsi  la  mémoire  qui  n'a  plus  à  s'ar- 
rêter sur  chacune  d'elles;  il  faut  qu'ils  nous 
tiennent  lieu  des  combinaisons  déjà  faites, 
pour  que  l'esprit,  qui  veut  les  étendre  et  s'é- 
lever à  d'autres,  n  ait  pas  besoin  de  s'occu- 
{)er  directement  des  premières.  Sans  cela 
es  rapports  de  nus  idées  et  leurs  associa- 
tions seraient  à  peine  sensibles,  et  ne  laisse- 
raient aucune  trace  durable;  nos  premières 
notions  générales  seraient  toujours  à  refaire, 
et  il  nous  deviendrait  surtout  impossible 
d'en  profiter  pour  en  former  de  nouvelles, 
ft  C  est  aussi  parce  qu'elle  nous  transmet 
une  foule  d'idées  complexes  arec  les  mots 
qui  les  expriment,  que  la  société  contribue 
si  puissamment  à  développer  la  raison,  à 
étendre  le   cercle  de   nos   connaissances. 
«  D'une  part  il  n'est  pas  douteux  que  cha- 
«  cun  n  a  que  les  idées  qu'il  s'est  faites,  et 
«  que  personne  ne  peut  penser  pour  un  au- 
«  tre;  mais  de  l'autre,  il  n'est  pas  moins 
«  certain  que  chacun  agit  et  réflécnit  de  son 
«  côté,  et  qu'il  fait  part  aux  autres  des  im- 
«  pressions  que  ses  actions  lui  ont  procu 
«  rées,  et  des  combinaisons  qu'il  en  a  faites. 
«  Les  premiers  éléments  de  ces  résultats  et 
«  de  ces  combinaisons  sont  bien  connus  des 
it  hommes  à  qui  il  s'adresse,  puisque  ce  sont 
«  les   sensations  communes  à  tous;  c'est 
«  même  à  cause  de  cela  qu'il  est  compris 
«  par  eux,  et  à  cet  égard  il  ne  leur  apprend 
«  rien;  mais  les  combinaisons  de  ces  pre- 
«  miers  éléments,  les  conséquences  qu'on 
«  peut  en  tirer,  les  analyses  qu'on  peut  en 
«  faire  sont  infiniment  variées  ;  la  plupart  ne 
«  pourraient  avoir  lieu  sans  certaines  cir- 
ff  constances.  Il  s'en  fout  donc  prodigieuse 
«  ment  que  toutes   puissent  se  présenter  à 
«  tous,aulieuq[ueparlebienfaitdelacommu 
«  nication  des  idées,  chacun  se  trouve  agir, 
«  réfléchir  et  choisir  pour  tous  ;  tout  ce  qui 
«  est  découvert  devient  ain  bien  commun, 
«  source  de  nouveaux  progrès,  et  le  tout  est 
«  exprimé  et  consigné  par  les  signes  qu  on 
«  invente  à  mesure,  et  par  les  associations 
«  durables  qu'on  en  fait.  C'est  ainsi,  coroip^* 
«  nous  l'avons  déjà  dit,  que,  dans  les  premiè- 


TC3 


LAN 


DANTHROPOLOGIE. 


LAN 


7!f4 


•  res  années  de  notre  existence,  en  recevant 
n  les  impressions  de  tout  ce  qui  nous  frappe 
«  et  étudiant  les  signes  de  tons  ceux  qui 

•  nous  entonrent,  nous  apprenons  les  qua- 
«  tre-yingt-diiHieuf  centièmes  de  toutes  les 
«  idées  qui  sont  jamais  entrées  dans  la  tête 
«  des  hommes,  et  nous  soomies  tout  de  suite 
«  à  même  d'en  faire  des  combinaisons  in- 
«  nombrables  et  nouvelles  (hêi).  » 

«  Ainsi,  quoique  la  raison  trouve  en  elle- 
même  le  principe  de  son  développement  et 
les  premiers  éléments  de  ses  connaissances, 
elle  a  besoin  néanmoins  que  la  société 
vienne  à  son  secours  et  lui  communique  une 
foule  de  notions  abstraites  pour  étendre  et 
compléter  ce  développement,  qui  sans  cela 
demanderait  un  temps  infini,  et  serait  né- 
cessairement très- borné  dans  chaque  indi- 
vidu; mais  la  société  n'ajoute  à  nos  connais- 
sances, que  parce  qu'il  j  a  dans  notre  nature 
certaines  idées  élémentaires  dont  elle  pro- 
fite et  qu'elle  sert  à  féconder,  mais  qu  elle 
ne  nous  donne  i»as.  L'homme  par  les  sensa- 
tions et  la  conscience  reçoit  des  idées  parti- 
eulières;  il  voit  des  faits  qui  se  succèdent 
ou  se  modifient  les  uns  les  autres,  en  un 
mot  qui  présentent  entre  eui  des  rap- 
ports existants  ;  il  trouve  en  luinnéme  ou 
confit  par  la  raison  des  idées  simples,  des 
notions  absolues,  des  rapports  nécessaires  ; 
mais  jx>ur.  en  multiplier  promptement  les 
combinaisons,  pour  en  tirer  toutes  les  con- 
séquences, pour  en  faire  tontes  les  applica- 
tions possibles,  il  faut  aussi  que  la  société 
vienne  à  son  tour  travaillersur  ces  éléments, 
qu'elle  fournisse  à  l'homme  un  moven  prompt 
et  facile  de  généraliser  ses  perceptions  par- 
ticulières, ou  plutôt  qu'elle  se  charge  le  plus 
souvent  de  les  généraliser  pour  lui.  C'est  en 
cela  qu'elle  ajoute  prodigieusement  à  nos 
rtMiceptions  naturelles,  et  que  le  langage 
devient  pour  nous  une  source  de  nouvelles 
connaissances,  bien  qu'il  fût  impossible  ab- 
solument que  jamais  il  fit  naître  en  nous 
aucune  idée  quelconque,  si  déjà  l'homme 
n*en  trouvait  dans  son  esprit  quelques-unes 
qui  ont  nécessairement  une  autre  oriçine. 

«  La  raison  ne  se  développe  qu'à  l'aide  des 
idées  générales,  et  celles-ci  ne  peuvent  se 
concevoir  nettement  qu'à  la  double  condition 
de  distinguer  les  éléments  qu'elles  embras- 
sent, et  de  saisir  les  rapports  qui  unissent 
res  éléments.  Tant  que  cette  double  opéra- 
tion n'est  pas  fiiîte,  il  n'y  a  pour  l'intelli- 
gence qu'une  vue  confuse  ou  un  sentiment 
vague;  il  nV  a  pas  proprement  perception. 
Le  progrès  de  nos  connaissances  roule  donc 
sur  des  différences  et  des  rapports;  elles  s'é- 
tendent à  mesure  que  l'homme  distingue  et 
compare  un  plus  grand  nombre  d'objets  ;  à 
mesure  qu*il  saisit  plus  nettement  leurs  pro- 
priétés particulières  et  leurs  qualités  com- 
munes; à  mesure  enfin  qu'il  conçoit  de  nou- 
velles idées,  et  qu'il  connaît  mieux  les  rap- 
ports de  chacune  d'elles  avec  toutes  les  au- 
tres. Or,  c'est  là  un  travail  en  quelque  sorte 
inlîni,  et  que  la  société  fait  en  grande  partie 

(  161)  Dt-iTTiT-TiACT,  ÉUmenti  (Tidéologir,  p.  314. 


pour  chacun  de  nous  ;  elle  transmet  à  cha- 
que individu  par  le  moyen  du  langa^  le  ré* 
sumé  des  observations,  des  réflexions  de 
tous  ;  en  attachant  à  nos  sensations,  à  nos 
idées  particulières,  une  expression  qui  s'ap- 
plique à  une  foule  d'idées  analogues,  eue 
nous  communique  ainsi  des  notions  géné- 
rales, dont  elles  nous  offre  ensuite  l'analyse 
toute  faite  à  l'aide  d'autres  signes  différents; 
de  telle  sorte  qu  au  moyen  de  quelques  im- 
pressions élémentaires,  qui  sont  les  mêmes 
chez  tous  les  hommes  et  qui  leur  donnent 
à  tous  la  bcilité  de  s'entendre  réciproque- 
ment, la'  société  nous  révèle,  dès  1  enftnce 
et  à  chaque  instant,  une  foule  de  rapports 
et  de  combinaisons  d'idées,  qui  deviennent 
par  le  langage  des  notions  nies,  préciser, 
durables,  et  qui  ensuite  nous  servent  de 

Eoint  de  départ  pour  arriver  à  d'autres  com- 
inaisons. 

«  On  voit  donc  en  résumant  tout  ce  que 
nous  avons  dit  jusqu'ici  que  l'origine  et  le 
progrès  de  nos  connaissances  déiiendent 
nécessairement  du  concours  de  plusieurs 
principes;  que  le  développement  de  l'esprit 
numain  présente  non-seulement  des  élé- 
ments divers ,  mais  encore  des  faits  com- 
plexes qui  se  rapportent  à  des  causes  dif- 
férentes dont  il  faut  tenir  compte,  si  Ton 
veut  donner  la  véritable  explication  de  cha- 
cun d'eux,  ou  la  théorie  complète  et  réelle 
de  l'intelligence.  L'homme  n  est  pas  un  être 
simple  ;  il  n'est  pas  uniquement  esprit  eu 
matière  ;  il  est  tout  à  la  fois  l'un  et  l'autre. 
Il  n'est  pas  non  plus  un  être  isolé  ;  il  vit  et 
se  développe  dans  la  société,  il  a  des  rap{iorts 
nécessaires  avec  ses  semblables.  Pour  appré- 
cier la  nature  et  l'étendue  de  ses  facultés, 
pour  déterminer  les  lois  de  la  raison,  i-our 
saisir  exactement  l'origine  ,  le  fondement  et 
la  mesure  de  ses  connaissances ,  il  fout  exa- 
miner en  même  temps  les  causes  ou  les  ins- 
tniments  divers  qui  concourent  au  dévelop- 
pement de  la  pensée ,  et  les  circonstances  au 
milieu  desquelles  ce  développement  s'opère  ; 
il  faut  tenir  compte  et  de  la  double  nature 
de  l'homme  et  de  ses  rapports  avec  la  so* 
ciété  ;  il  fout  en  un  mot  prendre  pour  base  , 
l'humanité  avec  tous  les  éléments,  tontes 
les  conditions  de  sa  nature  et  de  sou  exis- 
tence. Si  l'on  s'arrête  à  un  seul  de  ces  faits, 
si  on  le  prend  exclusivement  pour  point  de 
'départ,  on  arrivera  par  là  même  à  des  théo- 
ries contraires,  mais  également  fausses,  et 
qui,  ne  pouvant  rendre  compte  de  tout,  fini- 
ront par  nier  ce  qu'elles  n'expliqueront  pas. 
Veut-on  n'envisager  que  l'organisation  toute 
seule,  par  exemple ,  on  arrivera  au  système 
sensualiste,  qui  fait  dénver  toutes  nos  idées 
de  l'expérience  et  des  sensations  ;  et  comme 
les  sensations  n'ont  pour  objet  que  des  faits 

Sarticuliers,  qu'elles  ne  nous  montrent  rien 
e  général,  de  nécessaire,  d'absolu,  on  sera 
contraint  de  nier  toutes  les  conceptions  çé* 
nérales  etabsolues  de  l'entendement  humain, 
ou  de  les  dénaturer  pour  les  réduire  à  ta 
mesure  de  nos  sensations^Si  l'on  prend  pour 


Lan 


DICTIONNAIRE 


LAH 


191 


point  de  départ  Tintelligence  seule,  on  arri- 
vera tôt  ou  tard  à  un  idéalisme  pur,  qui,  ne 
vojrant  dans  les  sensations  que  des  modifi- 
cations purement  internes  ,  commence  par 
nier  l'existence  des  objets  extérieurs,  et 
finit  par  douter  même  des  vérités  absolues  , 
parce  qu'il  les  confond  avec  nos  idées.  Enfin, 
si  Ton  ne  considère  dans  le  développement 
de  la  raison^  que  Vinfluence  de  la  société 
sans  rien  attribuer  aux  facultés  propres  de 
notre  nature,  outre  que  cette  influence  de- 
vient nulle,  faute  d'un  germe  qu'elle  puisse 
féconder,  on  sera  forcé  alors  de  révoquer 
en  doute  le  témoignage  des  sens  et  de  la 
conscience,  et  Ton  ne  pourra  trouver  d'au- 
tre fondement  à  nos  croyances  que  l'auto- 
rité d'autrui,  sans  aucun  moyen  de  la  re- 
connaître elle^mômcy  ni  de  savoir  sur  quoi 
elle  repose.  C'est  ainsi  qu'en  admettant  des 
théories  exclusives  on  est  conduit  enfin  à 
nier  les  faits  les  plus  incontestables  de  la 
nature  humaine ,  quand  on  ne  peut  pas  les 
dénaturer  suffisamment  pour  les  plier  à  ces 
théories.  »  [Essai  de  physiologie.) 

ERNEST   RENAN. 

( Esraii de  la  EÀberié  de  penser. ) 

«  La  science  expérimentale  de  l'esprit  hu- 
main s'est  généralement  bornée  jusqu'à  nos 
jours  à  étudier  la  conscience  parvenue  à  son 
complet  développement,  et  telle  qu'elle  est 
dans  l'état  actuel.  Ce  que  font  la  physiolo^ 
gie  et  l'anatomie  pour  les  phénomènes  des 
corps  organisés,  la  psychologie  l'a  fait  pour 
les  phénomènes  de  Tftme ,  avec  les  difTéren- 
ces  de  méthode  réclamées  par  des  objets  si 
divers.  Mais  de  même  qu'à  côté  de  la  science 
des  organes  et  de  leurs  opérations  il  y  en  a 
une  autre  qui  embrasse   l'histoire  de  leur 
formation  et  de  leur  développement ,  de 
môme  à  côté  de  la  psychologie  qui  décrit  et 
classifie  les  phénomènes  et  les  fonctions  de 
l'Âme,  il  y  aurait  une  Embryogénie  de  l'es- 
prit humain  qui  étudierait  l'apparition  et  le 
premier  exercice  de  ces  facultés  dont  l'action, 
maintenant  si  régulière,  nous  fait  presque 
oublier  qu'elles  n^nt  été  d'abord  que  rudi- 
mentaires.  Une    telle    science  serait  sans 
doute  plus  difficile  et  plus  hypothétique  que 
celle  qui  se  borne  à  constater  l'état  présent 
de  la  conscience  humaine.  Toutefois ,  il  est 
des  moyens  sûrs  qui  peuvent  nous  conduire  ' 
de  l'actuel  au  primitii ,  et  si  l'expérimenta- 
tion directe  de  ce  dernier  nous  est  impossi- 
ble, l'induction,  s'exerçant  sur  le  présent, 
peut  nous  faire  remonter  à  l'état  qui  l'a  pré- 
cédé et  dont  il  n'est  que  l'épanouissement. 
£n  efiet ,  si  Tétat  primitif  a  disparu  pour 
jamais ,  les  phénomènes  qui  le   caractéri- 
saient ont  encore  chez    nous  leurs  analo- 
gues. Chaque  individu  parcourt  à  son  tour  la 
ligne  gu'à  suivie  l'humanité  tout  entière  , 
et  la  série  des  dévelopi:ements  de  l'esprit 
humain  dans  son  ensemble  est  exactement 
parallèle  au   progrès  de  la  raison  indivi- 
duelle, à  la  vieillesse  près,  qu'ignorera  tou- 
jours l'humanité,  destinée  a  refleurir  à  ja- 
mais d'une  éternelle  jeunesse.  Les  phéno- 


mènes de  Fenlance  nous  représoitent  donc 
les  phénomènes  de  l'homme  primitif .  D'\m 
autre  côté,  la  marche  de  l'humanité  n'est  pas 
simultanée  dans  toutes  ses  parties  :  tandis 
que  par  l'une  elle  s'élève  à  de  sublimes  hau'> 
teurs,  par  une  autre  elle  se  traîne  encore 
dans  les  humbles  régions  qui  furent  son 
berceau  ,  et  telle  est  Ift  variété  infinie  du 
mouvement  qui  l'anime,  que  l'on  pourrait  à 
un  moment  donné  retrouver,  dans  les  diffé- 
rentes contrées  habitées  par  l'homme,  tous 
les  âges  divers  que  nous  voyons  échelonnés 
dans  son  histoire.  Les  races  et  les  cÛmats 

f)roduisent  simultanément  dans  l'humanité 
es  mêmes  différences  aue  le  temps  a  mon* 
trées  successives  dant  la  suite  de  sesdéfe- 
loppements.  Les  phénomènes,  par  exemple, 
qui  signalèrent  le  réveil  de  la  conscience  se 
retracent  dans  l'éternelle  enfance  de  ces 
races  non  perfectibles  ,  restées  comme  des 
témoins  de  ce  qui  se  passa  aux  premiers 
iours  de  l'homme.  Non  qu'il  faille  dire  abso^ 
lumen  t  que  le  sauvage  est  l'homme  primitif; 
l'enfance  des  diverses  races  humaines  dut 
être  fort  différente  selon  le  ciel  sous  lequel 
elles  naquirent.  Sans  doute  les  misérables 
êtres  qui  bégayèrent  d'abord  des  sons  inar^ 
ticulés  sur  le  sol  malheureux  de  lX)cëame, 
ressemblèrent  peu  à  ces  naïfs  et  gracieux 
enfants  qui  servirent  de  pères  à  la  race  reli- 
gieuse et  théocratique  des  Sémites ,  et  aux 
vigoureux  ancêtres  de  la  race  philosophie 
que  et  rationaliste  des  peuples  indo-germa- 
niques.  Mais  ces  différences  ne  nuisent  j^ 
plus  aux  inductions  générales  que  les  varié- 
tés de  caractère  chez  les  individus  n'entra- 
vent la  marche  des  psychologues.  L'enfant 
et  le  sauvage  seront  donc  les  deux  grands 
objets  d'étude  de  celui  qui  voudra  construire 
scientifiquement  la  théorie   des  premiers 
Ages  de  Fhumanité. 

«  Il  reste  à  la  science  un  moyen  pins  di- 
rect encore  pour  se  mettre  en  rapport  aTcc 
ces  temps  reculés  :  ce  sont  les  produits  mê- 
mes de  l'esprit  humain  à  ses. différents  âses, 
les  monuments  où  il  s'est  exprimé  lui- 
même,  et  qu'il  a  laissés  derrière  lui  comme 
pour  marquer  la  trace  de  ses  pas.  Malheu- 
reusement ils  ne  commencent  à  paraître 
qu'à  une  époque  trop  rapprochée  de  nous, 
et  le  berceau  de  l'humanité  reste  toujours 
dans  le  mystère.  Comment  l'homme  aurait-il 
légué  le  souvenir  d'une  ère  oii  il  se  possé- 


toutes  les  phases  diverses  de  cette  Genève 
merveilleuse,  qui  par  ses  mille  aspects  repré- 
sente chacun  de  ceux  qu'a  tour  à  tour  esquis- 
sés l'humanité,  monument  qui  n'est  pas  d'un 
seul  âge,  inais  dont  chaque  partie,  lors  môme 
qu'on  peut  lui  assigner  une  date,  renferme 
des  matériaux  de  tous  les  siècles  antérieurs 
et  peut  les  rendre  à  l'analyse  ;  poëme  admi- 
rable qui  est  né  et  s'est  développé  avec 
l'homme,  qui  l'a  accompagné  à  chaque  f^ 
et  a  reçu  l'empreinte  de  chacune  de  ses  ma- 
nières de  vivre  et  de  sentir.  Ce  monument, 
ce  poëme,  c'est  le  langage.  L'élude  appro- 


m 


LiN 


D'AXrIIRO^OLO€lE. 


LAN 


7M 


fonJie  de  ses  mécanismes  et  de  son  faistotre 
sera  toujours  le  moyen  le  pins  efficace  de  la 
^psycbolojiie  primitive.  En  effet,  le  |)roblème 
.de  ses  ongînes  est  identique  à  celui  des  on- 
/gines  de  l'esprit  humain,  et,  grâce  à  lui, 
nous  sommes  ris^yisdes  âges   primitifs, 
comme  Tartiste  qui  devrait  rétablir  une  sta- 
tue antique  d'après  le  moule  où  se  dessinè- 
rent ses  formes. 

«  Toutefois  ici  encore  Vexpérimentation 
directe  est  impossible.  Les  langues  primiti- 
ves ont  disparu  pour  la  science  avec  l'état 
qtt:*elles  représentaient,  et  personne  n'est  dé- 
sormais tenté  de  se  fatijper  à  leur  poursuite 
avec  l'ancienne  linguistique.  Mais  que  parmi 
les  idiomes  dont  la  connaissance  nous  est 
possible,  il  y  en  ait  qui  plus  que  d*autres 
aient  conservé  des  traces  des^  procédés  qui 
présidèrent  à  la  naissance  et  au  développe- 
ment du  langage ,  et  sur  lesquels  ait  passé 
un  travail  moins  métaphysique  de  refonte 
et  combinaison ,  ce  n'est  point  une  hypo- 
thèse, c'est  un  bit  résultant  des  notions  les 
£lus  simples  de  la  philolo^e  comparée.  Il 
rut  le  dire  :  l'arbitraire  noyant  pu  jouer 
aucun  rôle  dans  l'invention  et  la  formation 
du  langage,  il  n'est  pas  un  seul  de  nos  dia- 
lectes les  plus  compliquée   qui  ne  se  ratta- 
che par  une  généalogie  plus  ou  moins  di- 
recte k  un  de  ces  premiers  essais  qui  furent 
eui-fflèmes  la  création  spontanée  de  toutes 
les  filcultés  humaines,  «  le  produit  vivant 
«  de  tout  l'homme  intérieur.  »  ^F.  Schle- 
6EL.)  Mais  qui  pourra  retrouver  la  trace  du 
monde  primitii  à  travers  cet  immense  ré- 
seau  de  complication  artificielle    dont  se 
sont  enveloppées  quelques  langues  ,  à  tra- 
rm  ces  nombreuses  couches  de  peuples  et 
d*idiomes  qui  se  sont  comme  superposées 
les  unes  aux  autres  dans  certaines  contrées  ? 
Bédoit  à  ces  données,  le  problème  serait  inso- 
luble. Heureusement  ii  est  d'autres  langues 
moins  tourmentées  par  les  révolutions,  moins 
variables  dans  leurs  formes,  parlées  par  des 
peuples  dévoués  à  l'immobilité  ,   chez  les- 
quels le  mouvement  des  idées  ne  nécessite 
Das  de  continuelles  modifications  dans  le 
la^igage  ;  celles-là  subsistent  encore  comme 
des  témoins  ,  non  pas  ,  hâtons-nous  de  le 
dire,  de  la  langue  primitive,  ni  même  d'une 
l4tngue  primitive,  mais  des  procédét  primi- 
iifâ^  qui  serrirent  à  l'homme  pour  donner  à 
sa  pensée  une  eipression  extérieure  et  so- 
ciale. 

«  le  dis  de$  procédés  primitifê^  car  pour 
la  langue  elle-même,  n'espérons  jamais!^ 
atteindre.  De  même  que  le  géologue  aurait 
tort  de  conclure,  du  petit  nombre  de  couches 
qu'il  a  observées,  la  nature  du  centre  du 
^obe,  et  de  le  croire  composé  des  mêmes 

(M2)  Fr.  ScB-ccEL,  PhiioêopkiMche  Vorlenmgem^ 
imskeaùmdere  mber  PhUoêophie  der  Sprache  umd  des 
W^rus,  ».  74. 

iiSS)  VMe  h  plus  cnriense  de  rantîquilé  k  cel 
ëgafd  est  mm  doale  reipérieuce  de  PsamméUque, 
rapportée  pai  *  Hérodote  (Emterpe ,  Ml.  ).  Ce  roi« 
▼oolaBt  savoir  laquelle  des  deux  nations,  des  Egyp- 
tÂeas  ou  des  Phrrgiens,  était  la  plus  ancienne,  lit 
aofUTtr  deux  enfants  par  des  chèrrv^  ^i '^•'  ^ 


éléments  que  hii  ont  offerts  ses  recherches, 
de  même  ce  serait  témérité  de  conclure  l'état 
originaire  des  langues  d'après  l'analogie  de 
l'état  actuel ,  et  de  regarder  comme  absolu- 
ment primitives  celles  qui,  par  rapport  aux 
autres  membres  de  leur  famille,  méritent  le 

Premier  rang  d'ancienneté.  C'est  comme  si 
on  composait  les  parties  intérieures  de 
notre  Dianète  des  mêmes  masses  de  granit 
que  1  on  rencontre  dans  les  dernières  pro- 
fondeurs accessibles  à  l'expérience  (i6â). 

«  Le  problème  de  l'origine  du  langage 
semble  avoir  assez  peu  préoccupé  les  an- 
ciens philosophes;  cela  tenait  sans  doute 
à  l'imperfection  de  la  philologie,  et  sur- 
tout de  la  philologie  comparée  dans  l'an- 
tiquité (V63j.  Platon,  il  est  vrai,  tourne 
souvent,  trop  souvent  même ,  son  attention 
vers  les  mots  ;  mais  on  avouera  sans  peine 
que  ses  essais  étymologiques,  le  Cratjle, 
par  exemple,  n'offrent  guère  de  traces  d'une 
méthode  scientifique.  Aristote  a  donné  dans 
le  U€fi  *EpinTniaic  le  premier  essai  d'une 
grammaire  générale  ;  mais  la  grammaire 
générale  est  aussi'éloimée  de  la  linguisti- 
que que  la  dialectique  Test  de  la  vraie  logi* 
que  ou  de^'analyse  de  la  raison.  Ce  fut  sur- 
tout au  XVIII*  siècle  que  la  philosophie 
attacha  une  juste  importance  à  1  étude  psy- 
chologique du  langage.  Locke,  en  plaçant 
dans  son  Essai  l'étude  des  mots  à  côté  de 
celle  des  idées,  Leibnitz  en  le  suivant  selon 
sa  coutume  dans  ses  Nouveaux  Essais  sur 
cette  route  intéressante,  et  y  semant  les  re- 
marques fines  et  judicieuses  qu'il  sait  ré- 
pandre sur  tous  les  sujets,  Leibnitz,  à  qyd 
d'ailleurs  appartient  la  véritable  idée  de  la 
linguistique  moderne,  attirèrent  de  ce  côté 
l'attention  des  {)enseurs.  La  plupart  des  phi- 
losophes français  qui  les  suivirent,  Condil- 
lac;  Mauucrtuis,  Rousseau,  Condorcet,  Tur- 

Sot,  Volney,  abordèrent  plus  ou  moins 
irectement  le  problème,  mais,  comme  d'or- 
dinaire ,  ils  s  attaquèrent  à  la  plus  haute 
Îuestion  théorique,  avant  l'étude  patiente 
es  détails  positifs  de  la  science.  On  croyai- 
satisfaire  par  une  hypothèse  obvie  et  facile 
à  un  des  problèmes  lés  plus  délicats  de  la 
psychologie,  et  on  ne  songeait  pas  que  vou- 
loir dresser  une  théorie  du  langage  sans 
l'étude  comparée  des  divers  idiomes,  c'était 
renouveler  la  témérité  des  anciennes  oos- 
mologies,  qui  aspiraient  k  présenter  de 
prime  abord  un  système  général  sur  le 
monde  et  son  origine,  avant  d'avoir  acquis 
par  dé  laborieuses  recherches  des  données 
spéciales  sur  chacune  de  ses  parties. 

f  Bien  que  les  hypothèses  du  xvm*  siècle 
soient  loin  d'être  identiques  entre  elles, 
voici  la  manière  générale  dont  leurs  auteurs 

leur  fit  entendre  aucun  langage.  Le  premier  mot 
que  œux-d  prononcèrent  fut  pnaoc ,  Qui  w  troura 
signifier  poin  ok  langue  phrygienne ,  aoà  Ton  con- 
clut que  odle-ci  était  la  langue  primitiTe.  Jamais  b 
croyance  à  Tinnéité  du  laiiga^  et  à  sa  formation 
non  arbitraire  ne  s^est  eipnmée  plus  naivement. 
—  Cf.  Isipou  de  SériUe ,  Origin.  om  ét§wu4og.  , 
1.  IX,  c.  1. 


799 


LAN 


DlGTIONNAmE 


L.iN 


envisagèrent  le  langage,  et  Tesprii  qu'ils 
portèrent  dans  la  solution  du  problème  de  sa 
première  apparition  {k&^).  La  philosophie  de 
ce  temns  avait  une  tendance  marquée  vers 
les  explications  artificielles ,  en  tout  ce  qui 
tenait  aux  origines  de  Tesprit  humain.  On 
prenait  l'homme  avec  le  mécanisme  actuel 
de  ses  facultés,  et  on  appliquait  indiscrète- 
ment ce  mécanisme  au  passé,  sans  songer 
aux  différences  profondes  qui  durent  séparer 
les  premiers  Ages  de  Tétat  présent  de  la 
conscience.  Il  semblait  que  toujours  Thomme 
eût  réfléchi,  combiné,  raffiné  comme  il  fai- 
sait alors,  et  toutes  les  fois  que  les  philoso- 
f)hes  de  ce  temps  veulent  nous  représenter 
'ordre  primitif,  on  est  surpris  de  ne  voir  en 
jeu  que  la  psychologie  du  xviii'  siècle.  Ainsi 
le  langage  était  traité  d'invention  comme  une 
autre  ;  l'homme  l'avait  un  jour  imaginé , 
comme  les  arts  utiles  ou  d'agrément.  Et 
cette  invention,  on  l'assujettissait  aux  lois 
de  progrès  et  de  succession  auxquelles  sont 
soumis  tous  les  produits  réfléchis  de  l'intel- 
ligence. Il  fut  un  temps,  pensait-on,  où 
l'homme  ne  fut,  comme  l'avait*  dit  l'anti- 
quité, qu'un  mutum  et  turpepecus  (lii.65).  Les 
besoins  les  plus  simples  de  la  société  ame- 
nèrent d'abord  la  création  d'un  langage  na^ 
turel^  consistant  en  certaines  expressions  de 
la  physionomie,  certains  mouvements  du 
corps,  certaines  intonations  de  1*  voix.  A 
mesure  que  les  idées  se  multiplièrent,  on 
sentit  combien  ce  langage  était  insuffisant  : 
ce  besoin  senti  amena  a  songer  à  un  moyen 
de  communication  plus  commode.  On  pensa 
à  la  parole  (il  semble  qu'on  eût  pu  prendre 
tout  autre  moyen),  on  convint,  on  s'arrangea 
à  l'amiable,  et  ainsi  fut  établi  le  langage  ar~ 
tificielj  ou  articulé  (k6S).  Ce  premier  langage 
ti\i ,  comme  toutes  les  inventions  humaines, 
imparfait  et  incomplet  à  son  origine.  Pçu  à 
peu  il  s'acheva,  et  arriva  au  degré  de  perfec- 
tion où  nous  le  voyons  de  nos  jours,  à  peu 
près, suivant  la  comparaison d'Adelung  (^loT), 
comme  le  canot  du  sauvage  est  devenu  (e 
vaisseau  des  nations  civilisées.  Ainsi  le  lari- 

Sage  se  tratna  peu  à  peu  par  tous  les  degrés 
'une  invention  successive  et  artificielle. 
Selon  Smith,  il  ne  se  composa  d'abord  que 
de  substantifs;  selon  de  Brosses,  il  débuta 
par  l'interjection  (468)  ;  tous  s'^accordaient  à 
dire  que  ce  ne  fut  qu'au  bout  d'une  longue 

(464)  Turgot  seul  doit  peut-être  faire  exception  ;  il 
semble  avoir  eu  sur  le  langaee  les  vues  les  plus  avan- 
cics.  Quant  à  Rousseau ,  bieu  quMl  ait  vivement 
combattu  Topinion  de  Condillac  suc  ce  point,  dans 
83n  Discours  sur  l'origine  et  les  fondements  de  Viné- 
giliié  parmi  les  hommes^  il  se  réduit  à  exprimer  un 
doute,  et  quand  il  essaye  de  formuler  une  hypo- 
thèse, il  revient  purement  et  simplement  à  celle  de 
rinvention  successive.  Cette  hypothèse  fut  aussi 
celle  de  la  plupart  des  anciens  ,  et  même  de  quei- 

3 ne  Pères  de  rEglisc,  entre  autres  de  saint  Grégoire 
d  i^ysse.  Elle  a  aussi  été  adoptée  par  plusieurs 
écrî  vains  théologiques  ,  comme  Richard  Simon  , 
War  burton,  etc. 

(465)  HoR.,  liv.  r%  sat.  3,  v.  99. 

(4G6)  11  est  surprenant    que   des  psychologues 

tomme  Th.  Reid  et  Dugald-Stcwart  aient  pu  croire 

{ue  l'expression  de  la  parole  était  moins  naturelle 


suite  de  siècles  qu^il  arriva  à  a  conquête  de 
ses  parties  constitutives.  Quelques-uns  al- 
laient à  plus  de  précision  encore,  et  ne  crai- 
gnaient pas  d'en  énumérer  les  éléments  pri- 
mitifs ;  c'est  ainsi  que  le  docteur  Murray 
dérivait  toutes  les  langues  de  l*Europe  de 
neuf  ridicules  monosyllabes.  Et  tout  cela 
sans  aucun  sens  du  spontané,  de  cette  force 
vive  et  vraiment  divine,  que  recèlent  le* 
facultés  humaines,  qui  n'est  ni  la  conven- 
tion ni  le  calcul,  qui  produit  son  effet  d'ell^ 
même,  et  par  sa  propre  tension. 

«  Cette  nypothèse  est  peut-être  de  toutes 
celles  qui  ont  été  essayées  la  plus  fausse,  oa 

Eour  mieux  dire,  la  moins  riche  en  vérité, 
es  penseurs  qui  la  proposèrent  avaient 
bien  compris,  il  est  vrai,  que  Thommea 
tout  fait  dans  Tinvention  du  laneage,  (fm 
ce  n'est  pas  du  dehors,  mais  de  rexercice 
naturel  de  ses  facultés  qu'il  a  reçu  le  don  de 
l'expression  articulée  ;  mais  l'erreur  était 
d'attribuer  aux  facultés  réfléchies,  ï  une 
combinaison  voulue  et  arbitraire,  un  pro- 
duit spontané  des  forces  humaines,  agissant 
sans  conscience  d'elles-mêmes. 

«t  La  réaction  philosophique  qui  signala  le 
commencement  du  xix*  siècle  se  manifesla 
aussi  dans  la  solution  donnée  à  cet  impor- 
tant problème,  et  amena  à  des  anerçus  par- 
tiels encore,  mais  plus  approcnants  de  la 
vérité.  Le  xviii*  siècle  avait  tout  donné  à  la 
liberté ,  je  dirai  presque  au  caprice  de 
l'homme.  Une  des  écoles  qui  s  élevaient 
contre  lui  donna  tout  à  Dieu.  Le  langage 
avait  d'abord  été  une  invention  humaine; 
il  devint  maintenant  une  révélation  dirine. 
Malheureusement  cette  expression,  qui, 
prise  comme  métaphore,  serait  la  plus 
exacte  peut-être  pour  exprimer  celte  appa- 
rition mtrveilleuse,  était  entendue  dans  le 
sens  le  plus  étroitement  littéral,  et  d'ail- 
leurs cette  thèse  n'était  pas,  chez  ses  aa- 
teurs  et  ses  défenseurs,  philosophiquement 
désintéressée  ;  ils  la  soutenaient  au  profit 
d'un  système  de  fidéisme.  Néanmoins  on 
pouvait  y  voir  un  progrès  véritable.  La  nou- 
velle école  excellait  a  montrer  l'incapacité 
de   l'homme    réfléchi  à  inventer  le  lan- 

Sage  (469)  ;  elle  le  retirait  ainsi  de  la  sphère 
es  inventions  vulgaires,  lui  donnait  un  rang 
à  part,  et  y  voyait  l'œuvre  de  Dieu.  Rien  de 
plus  vrai  sans  doute,  pourvu  qu'on  sache 

Sue  Texpression  par  le  geste ,  el  insister  sur  m 
istinction  stussi  superficielle.  Voy.  Esquisu$  <fe 
D.  Stbwart,  I"  part.,  sect.  xi;  —  Phil.  deCap"! 
humein,  suite  de  la  deuxième  partie;  —  Rem»,  l*  H» 
p.  88  et  suiv..  104,  ete.  (trad.  de  Jouffioy). 


(467)  Introd.  au  Mithridate, 

(468) 


y-^^s,.  Celait  aussi,  mais  dans  un  sens  p!as  elt>^ 
ropinion  de  Herder  (  Nouv,  Mém.  de  tAcad.  wy^/. 
des  sciences  de  Berlin,  1783,  p.  388) ,  opinion  ins; 
véritable,  si  Ton  entend  seulement  expriroer  pjr  » 
le  lyrisme  primitif  de  Tesprit  humain  en  face  *  » 
nature. 

(469)  Voy.  De  Bo!«ald,  Bech.  philos.,  1 1".  W: 
163  et  suiv.  (3*  édii.).  M.  de  Maistre  cherche  »«&* 
sans  cesse  à  restreindre ,  en  faveur  de  la  "«^ 
universelle  et  sponUnée  de  rhuinanité,  la  wrt  uw^ 
coup  trop  large  que  le  xvur  siècle  ivail  iail«  *  '* 
raison  iiulividuollc. 


8Jf 


LAN 


D^AKTHROPOLOGIE. 


LAN 


80i 


l*eiitendre.  Car  ce  qui  se  passe  dans  le  spon- 
tané est  plotAt  le  fait  de  Dieu  que  le  fait  de 
rhomme,  et  il  7  a  moins  de  danser  à  l'attri- 
buer à  la  cause  unirerseUe  qu*à  l'action  par- 
ticulière de  la  liberté  humaine.  Toutefois, 
cette  opinion,  dans  son  expression  littérale, 
et  surtout  dans  le  sens  qu*y  attachaient  ses 
auteurs,  était  loin  d*être  exacte  et  scienti- 
fique. Que  signifie  en  eflfet  cette  révélation 
du  langage  IhiO)  ?  Si  on  Tentend  au  sens  pro- 
pre et  matériel,  supposant,  par  exemple, 
qu'une  roix  du  ciel  Tait  dicte  k  l'homme, 
une  telle  conception  est  si  grossièrement 
entachée  d'anthropomorphisme,  elle  s'écarte 
si  complètement  au  tour  de  nos  explications 
scientifiques,  elle  est  si  antipathique  à 
toutes  nos  idées  les  plus  arrêtées  sur  les 
lois  de  la  nature  et  leur  mode  d'action, 
qu'elle  n*apas  besoin  de  réfutation  pour  tout 
«sprit  tant  soit  oeu  moderne;  et  a  ai  Heurs, 
comme  Fa  dit  H.  Cousin  :  «  l'institution  du 
«  lanzage  par  Dieu  recule  et  déplace  la  dif- 
«  ficujte,  mais  ne  la  résout  pas.  Des  signes 
«  înTentés  par  Dieu  seraient  pour  nous,  non 
«  des  signes,  mais  des  choses  qu'il  s*agirait 
«  ensuite  pour  nous  d'élever  à  l'état  de 
«  signes,  en  7  attachant  telle  ou  telle  signi- 
«  fication  (471).  »  Si  on  entend  par  cette 
rérélation  le  simple  jeu  spontané  des  facultés 
humaines,  en  ce  sens  que  Dieu,  ayant  mis 
àsns  lliomme  tout  ce  qui  est  nécessaire  pour 
rinvention  du  langage,  peut  en  être  appelé 
Fauteur,  on  est  alors  bien  près  de  la  vérité; 
mais  c'est  se  servir  à  dessein  d'une  expres- 
sion détournée  et  singulière,  quand  il  7 
en  aurait  une  autre  plus  philosophique.  De 
ce  que  l'exercice  spontané  de  toutes  les  fii- 
cultés  humaines  peut  être  attribué  à  la  cause 
même  de  ces  facultés,  ne  serait-ce  pas  abu- 
ser des  termes  que  de  l'appeler  révélation, 
surtout  quand  ce  mot  est  pris  par  une 
autre  école  dans  un  sens  beaucoup  plus  res- 
treint ? 

«  D'ailleurs,  je  le  répète,  ce  serait  gratui- 
tement que  l'on  prêterait  cette  interpréta- 
tion philosophique  à  ceux  qui  les  premiers 
défendirent  la  révélation  du  langage.  Leur 
but  et  leurs  arguments  étaient  surtout  théo- 
logiques. Ils  croyaient  voir  ce  dogme  capital 
de  leur  philosophie  dans  un  passage  ae  la 
Genèse:  mais  en  cela  ils  furent,  ce  nous 
semble,  fort  mauvais  exégètes.  Jéhova,  est-il 
dit,  ajfoiil  formé  dt  la  terre  tous  les  animaux 


des  champs  et  les  oiseaux  des  eieux%  les  amena 
vers  rhomme^  pour  que  celui^i  vit  eommeni 
il  les  appellerait  f  ei  tous  les  noms  que  f  homme 
leur  donna ,  ce  sont  leurs  noms  (472).  Et 
rhomme  donner  des  noms  à  tous  les  ont- 
maux,  aux  oiseaux  des  deux  et  aux  bêtes 
des  champs,  mais  nul  ne  fut  trouvé  semblable 
à  lui.  [Gen.  11,  19-20).  Bien  qu'il  soit  peu 
critique  d'appliquer  à  ces  anciens  récfts, 
conçus  dans  I  esprit  le  plus  physique  et  le 
plus  simple,  des  interpretatîons  philosophi- 
ques, auxquelles  leurs  auteurs  ou  leurs  ré- 
dacteurs étaient  loin  de  souçer,  quelle  ferait 
pourtant  la  vérité  spéculative  qui  résulte- 
rait de  ce  passage  envisagé  comme  un  philo- 
sophème?  Elle  serait,  je  irrois,  trèsAliffé- 
rente  de  celle  qu'on  a  voulu  en  tirer.  Outre 
Qu'il  n'est  question  dans  ce  passage  que  de 
1  imposition  d'une  certaine  classe  de  noms, 
et  non  du  langage  en  général,  outre  qu'on 
expliquerait  tout  au  plus  par  là  la  formation 
du  dictionnaire,  mais  non  celle  de  la  gram- 
maire, le  véritiible  nomenclateur  que  nous 
y  voyons  en  scène,  c'est  l'homme,  l'homme 
agissant  par  ses  propres  forces,  sous  la  prési- 
dence de  Dieu.  Si  la  philosophie  voulait  revê- 
tir d'un  mythe  poétique  ses  formules  les  plus 
exactes  sur  l'apparition  du  langage,  elle 
n'en  trouverait  pas  de  plus  beau  que  celui 
de  Dieu  apprenant  à  l'homme  à  parler 
comme  le  père  à  son  fils,  et  amenant  les 
causes  occasionnelles  de  l'exercice  des  foi- 
cultes,  tout  en  laissant  agir  les  facultés 
elles-mêmes.  Mais  si  au  lieu  de  cela  on  ne 
cherche  dans  ces  antiques  traditions  qu'un 
dogme  arrêté  et  précis,  on  en  faussera  à  la 
fois  la  lettre  et  l'esprit,  et  pour  ne  pas  avoir 
un  mvthe,  on  n'aura  plus  qu'une  fiible. 

«  Quel  que  fût  le  fondement  sur  lequel 
on  appuya  d'abord  la  théorie  de  la  révéla- 
tion du  langage,  il  y  avait  (}ans  cette  théorie 
un  progrès  réel  et  un  acheminement  à  la 
véritable  hypothèse.  Bientôt  les  progrès  de 
la  linguistique  et  de  la  psychologie  supé- 
rieure amenèrent  la  solution  que  nous  de- 
vons tenir  pour  la  plus  avancée,  en  atten  - 
dant  qu'une  forme  plus  parfaite  la  remplace. 
M.  Cousin,  en  développant  sous  un  jour 
nouveau  la  psychologie  du  spontané  (473), 
MM.  Schlegel,  Humboldt  et  les  autres  créa- 
teurs de  la  science  philosophique  des  lan- 
gues, en  montrant  l'unité  intérieure,  la 
sève  vraiment  divine  du  langage  (474),  mi- 


(470)  On  est  surpris  do  facue  que  M.  de  Bonald 
laisse  planer  sur  ce  mot  capital  de  sa  théorie.  Jamais 
U  ne  parie  do  mode  de  cette  révélation,  ni  ne  cber- 
ebe  à  s*ex|iliqner  ce  fait  étrange. 

(471)  Préface  aux  CEwsresjSUosopIn^ues  de  Mmne 
gU  BiroMt  t.  IV,  p.  IV.  —  Voy.  aossi  le  Coors  de 
1929,  SI*  leçon,  et  M.  DAumos,  Eê$ai  ivr  Chisioire 
de  ta  pkàlotefhU  en  France  au  six*  «tècle,  p.  157  et 
s«hr. 

(472)  Le  narrateur  indique,  par  ces  mots,  qu*il 
crovaît  que  la  lancue  qu^on  panait  de  son  teîapt 
était  la  langoe  primitiTe. 

(475)  Yoy.  Court  de  Ifttô,  pautm;  Cours, de  IfôS, 
6*  et  7*  leçon,  Frofments  pkiio$OfMJme$^  procramme 
de  1817.  —  Do  premier  et  do  dernier  fait  &  cons- 
cience. —  Foy.  aussi  rintroduction  de  G.  Farct 


an  troisième  volome  de  la  Philosophie  de  Pesprit 
hmnunn  de  DcoALn-STEWAMT.  Cest  une  excellente 
rédaction  des  leçons  qu*il  avait  entendues. 

(474)  Voy.  Fr.  Scolcgel  ,  Spraehe  mnd  Weishek 
der  Indier^  1"  tbeil,  5'  kap.  ;  —  PhiioMophiscke  Vor- 
lesungen^  insbesondere  ûber  Philosophie  der  Spraehe 
mnd  des  Warles,  3*  Vorlesonff;  —  W.  Hiwboldt  : 
Uber  dos  rergleichendes  Spraekstmdium  in  Bexiekmng 
auf  die  versekiedenen  Epoeben  der  SprachentMnekiunp^ 
dans  les  Mémoires  de  TAcadémie  royale  de  Berlin 
(dasse  d*iilstoîre  et  de  philolo^)',  i820,  4821, 
p.  239;  —  Et  surtout  dans  Tadmirable  introduction 

3o*il  a  mise  en  tète  de  son  Essai  sur  le  lawi  {Vbet 
te  Kawi'Smaehe  auf  der  insel  Jasa  )  ;  Einlekmng 
ûber  die  Versehiedenheii  des  mensehiiehen  Sfrach- 
boues  und  ihren  Eindmss  .auf  die  geisiige  Entwiekt* 


S05 


LAiN 


MCTIONNAIRB 


LAN 


U 


rent  les  esprits  sur  la  voie  de  la  solution^ 
qui*  prenant  dans  les  hypothèses  précédentes 
ce  qu  elles  offraient  de  véritable,  y  ajoute 
les  explications  sans  lesquelles  elles  ne  se- 
raient qu'erreur.  A  ce  nouveau  point  de  vue^ 
le  langage  n*est  plus  un  don  du  dehors^  ni 
une  invention  tardive  et  mécanique.  Ce  sont 
les  facultés  humaines  qui  par  leur  force 
interne,  agissant  spontanément  et  dans  leur 
ensemble,  Tout  produit  comme  leur  exprès^ 
sion  adéquate.  La  faculté  du  signe  ou  de 
l'expression  est  naturelle  à  Thomme.  Tout 
ce  qu^il  pense,  il  l'exprime  intérieurement 
et  extérieurement.  Sans  doute,  comme  on 
l'a  dit  avec  justesse  :  «  ce  n'est  pas  le  signe 
«  qui  fait  la  pensée,  mais  la  pensée  qui  fait 
«  le  signe  (4>75).  »  L'initiative,  la  force  effi- 
cace et  causante  viennent  de  l'esprit  ;  mais 
aussi  ce  n'est  pas  par  un  choix  arbitraire 
que  Texpression  vient  se  joindre  à  chacun 
aes  actes  de  l'intelligence  ;  c'est  par  le  fait 
même  de  notre  constitution  psychologique. 
Rien  non  plus  d'arbitraire  dans  l'emploi  de 
l'articulation  comme  signe  des  idées.  Ce 
n'est  ni  par  une  vue  de  convenance  ou  de 
commodité,  ni  par  imitation  des  animauif, 
que  l'homme  a  choisi  la  parole  pour  for- 
muler et  communiquer  sa  pensée,  mais 
parce  que  la  parole  est  chez  lui  naturelle,  et 
quant  a  sa  production  organique,  et  quant 


nalité  de  la  parole,  pourquoi  s*obstiner  à  ne 
voir  en  celle-ci  qu  une  imitation  de  celui- 
là?  Il  serait  sans  doute  trop  ridicule  de 
regarder  comme.une  découverte  l'application 
que  l'homme  a  faite  de  l'œil  à  la  vision,  de 
I  o;-eille  à  l'audition  :  il  ne  l'est  guère  moins 
d'appeler  invention  l'emploi  de  la  parole 
comme  jno^en  d'expression.  L'homme  a  la 
faculté  du  signe  ou  de  l'interprétation  (kTl) 
comme  il  a  celle  de  la  vue  et  de  l'ouïe  ;  la 

Krole  est  le  moyen  de  la  première,  comme 
sil  et  l'oreille  sont  les  organes  des  deux 
autres.  L'usage  de  l'articulation  n'est  donc 
pas  plus  le  fruit  de  la  réflexion  que  l'usage 
des  autres  organes  de  nos  facultés.  Il  n'y  a 
pas  un  langage  naturel  et  un  langage  arti- 
ficiel ;  mais  la  nature ,  en  même  temps 
qu'elle  nous  révèle  nos  forces,  nous  révèle 
les  moyens  qui  doivent  servir  d'instruments 
à  leur  exercice. 
«  C'est  donc  un  rêve  d'imaginer  un  pre- 

iung  des  Mentciunaeiehlechtê;  —  Reader,  Euai  iur 
la  formation  du  langage;  —  Ch.  Nomer,  Notions 
élément,  de  linguist, 

(475)  Cousin  ,  Fragm,  pkilosoph.^  t.  I'%  p.  212  et 
BUiv.  (3'  édil.J. 

Aie)  C*ëUit  aussi  TopiDlon  de  Goethe  :  Dicktung 
und  Vahrhêit,  Zehnteê  Buch.  (T.  XXV  de  ses  œic- 
wreê  complétée,  p.  307,  édit.  de  GoUa,  1830.) 

/477)  Cf.  Ad.  Garmier,  La  psychologie  et  la  phré' 
nologie  comparées^  m'  partie,  cbapiu^i",  §  Il 
et  il 

(478|  I  Les  langues,  dit  Turgot,  ne  sont  pas  Too- 
vràge  aune  raison  présente  k  elle-même,  i  On  est 
surpris  de  voir  Maine  de  Biraii  ajouter,  après  avoir 
cité  ces  paroles  :  <  Je  réponds  que  les  langues  insti- 


mier  état  où  Thomme  ne  parla  pas ,  suivi 
d'un  autre  où  il  conquit  1  usage  de  la  p.v 
rôle.  L'homme  est  naturellement  pariaiii , 
comme  il  est  naturellement  pensant,  et  il 
est  aussi  peu  philosophique  d'imaginer  un 
commencement  au  langase  ou'à  la  pensée. 
Qui  oserait  dire  çiue  les  facultés  humaines 
sont  des  inventions  libres  et  arbitraires 
de  l'homme?  Or,  inventer  le  langage  est 
aussi  absurde  que  d'inventer  une  faculté. 
Le  langage  étant  la  forme  expressive,  le 
vêtement  extérieur  de  la  pensée ,  l'un  et 
l'autre  doivent  être  tenus  pour  contempo- 
rains. 

«  Ainsi  donc,  d'une  parti  la  parole  est 
dans  son  tout  l'œuvre  ae  l'homme  et  des 
forces  qui  résident  en  lui.  De  l'autre,  rien 
de  réfléchi ,  rien  de  combiné  artificiellement 
dans  le  langage ,  non  plus  que  dans  Tes- 
prit  (i78).  Tout  est  Toeuvre  de  la  nature  hu- 
maine^ agissant  spontanément  et  sans  ré- 
flexion sur  son  effort.  L'erreur  du  xvm* 
siècle  fut  d'attribuer  à  la  combinaison, à 
une  volonté  libre  et  consciente  d'elle-même, 
ce  qui  n'était  que  le  produit  naturel  des 
facultés  humaines.  En  général  ce  siècle 
ne  comprit  pas  assez  la  théorie  de  ractiTilé 
spontanée.  Dominé  par  l'idée  de  la  puissance 
inventrice  de  l'homme ,  il  étendit  beaucoup 
trop  la  sphère  de  son  invention  réfléchie. 
En  poésie,  il  substitua  la  composition  arii- 
ficielle  à  l'inspiration  intime  qui  sort  du 
fond  de  la  conscience  sans  arrière-pensée  de 
composition  littéraire.En  politique  ^  l'homnie 
créait  librement  et  avec  délibération  la  so- 
ciété et  lautorité  qui  la  régit.  En  morale, 
l'homme  trouvait  et  établissait  le  deToir 
comme  une  invention  utile.  En  psycbologiet 
il  semblait  le  créateur  des  résultats  les  plus 
nécessaires  de  sa  constitution.  Sans  doute 
l'homme  produit  en  un  sens  tout  ce  qui 
sort  de  sa  nature  ;  il  y  dépense  de  son  acti 
vite,  il  fournit  la  force  brute  qui  amène  le 
résultat ,  mais  la  direction  ne  lui  appartient 
pas  ;  il  fournit  la  matière ,  mais  la  forme 
vient  d*enbaut;  le  véritable  auteur,  c'est 
sa  nature  elle-même»  ou,  si  Ton  aimemieuii 
la  force  supérieure  qui  a  établi  cette  nature. 
A  cette  limite ,  il  devient  indifférent  d'attri 
buer  la  causalité  à  Dieu  ou  à  l'homme.  Le 
spontané  est  à  la  fois  divin  et  humain.  Là 
est  le  point  de  conciliation  des  opinions  en 
apparence  contradictoires,  mais  qui  ne  sont 
que  partielles  en  leur  expression,  selon 

tuées  ne  peuvent  être  Touvrage  que  d'une  tdleni' 
son.  M.  Turgot  fait  à  Maupertuts  on  teprwàem 
je  nie  suis  auiré  moî-iiième  en  supposant  on  phw- 
sophe  qui  forme  un  langage  de  sang-froid,  h  u 
vois  pas  ce  qu'il  y  a  d'absurde  dans  cette  bjfpotiièse. 
Sans  la  faculté  de  réfléchir,  il  n>  aurait  pas  ifinsii* 
tution  du  langage  proprement  dite.  Pourquoi  doac 
une  langue  ne  se  serait-elle  pas  formée  en  saA£-froiil 
par  un  nomme  réfiérhi  qui  voudrait  Aier  ses  ioéef  << 
s'en  rendre  compte?  i  (  Œuvres  pkiiasopk, ,  t  U, 
note  sur  les  réflexions  de  Maupertuis  el  de  Tor^ 
au  sujet  de  Torigine  des  langues.)  —  Fpy.  ass»i  ^ 
Mémoire  sur  Vinfiuence  de  C/mbitude  suriafêcuitéét 
penser,  sect.  n,  c.  i  et  suiv. 


S05 


LAN 


D*ANTUR0P0L0G1E. 


LAN 


816 


qu'elles  s'attachent  à  une  face  du  phéno- 
mène platôt  qu'à  l'autre. 

«  L^  langues  sortent  donc  complètes  du 
moule  de  Tesprit  spontané,  représenté  par 
l'esprit  populaire.  La  raison  reûéchissante 
et  combinante,  qui  est  celle  de  la  science , 
n*y  a  point  de  port.  On  ne  peut  admettre 
dans  le  déreloppement  des  langues  aucune 
révolution  artificielle  et  sciemment  exécu- 
tée. 11  n  y  a  pour  elles  ni  conciles ,  ni  as- 
semblées délibérantes;  on  ne  les  réforme 
pas  comme  une  constitution  Ticieuse.  L'his- 
toire des  langues  ne  fournit  pas  un  seul 
exemple  d'une  nation  qui ,  par  le  sentiment 
des  débuts  de  son  langage ,  se  soit  créé  un 
idiome  nouTeaa,  ou  ait  fait  subir  à  l'ancien 
des  modiieatious  librement  déterminées.  Si 
les  langues  pouvaient  se  corriger ,  pourquoi 
le  chinois,  par  exemple,  si  dénué  de 
flexions  et  de  catégories  grammaticales,  qu'il 
semble  être  une  exacte  copie  des  formes  de 
la  pensée,  exprimées  en  signes  de  sourds- 
muets  ,  ne  serait-il  jamais  arrivé  à  dévelop- 
per complètement  dans  son  sein  ce  que 
BOUS  regardons  comme  essentiel  à  Texpres- 
sion  delà  conscience  ?  Pourquoi  les  langues 
sémitiques  n'auraient-elles  jamais  su  inven- 
ter un  système  satisfaisant  de  temps  et  de 
modes ,  et  suf^léer  ainsi  à  une  lacune  qui 
rend  si  i>erplexe  le  sens  de  leur  discours  ? 
Pourquoi  les  neuples  qui  les  parlent  n'au- 
raient-ils pas  lormé  queicraes  nouvelles  con- 
jonctions pour  soulager  1  étemelle  particule 
ei  du  fardeau  d'exprimer  à  elle  seule  toutes 
les  relations  des  parties  de  la  phrase  ?  Bien 
plus ,  comment  se  fait-il  qu'après  des  siè- 
cles de  contact  avec  des  alphabets  plus  par- 
faits, et  malgré  les  immenses  cuflSeultés 
qu*entraîne  l'absence  de  TOjelies  écrites , 
ils  n'aient  jamais  réussi  k  s'en  créer?  La 
seule  de  ces  langues  qui  ait  tenté  sur  ce 
point  un  changement  dans  son  système ,  le 
geez,  n'a  produit  qu'un  alphal>et  syllabi- 
qoe,  moins  naturel ,  plus  compliqué,  plein 
d*erabarras  et  sujet  à  d'innombrables  mé- 
prises ((79).  C'est  que  toute  langue  est  em- 
prisonnée dans  sa  ^ammaire  :  sa  grammaire 
est  sa  forme  individuelle  et  caractéristi- 
que (MO) ,  et  cette  forme  est  elle-même  le 
produit  de  cette  activité  intime  et  cachée  , 
qui.  nous  dérobant  le  moteur,  ne  nous 
laisse  voir  que  des  effets. 

«  C'est  pour  cela  oue  le  peuple  seul  est 
le  Téritable  artisan  oes  langues ,  parce  qu'il 


représente  mieux  les  forces  spontanées  de 
l'humanité  (481).  Les  individus  n'y  sont  pas 
compétents ,  quel  oue  soit  leur  génie  ;  la 
langue  scietUifque  de  Leibnitz  eût  probable- 
ment été  moins  commode  et  plus  barbare 
que  l'iroquois.  Les  idiomes  les  plus  beaux» 
les  plus  riches ,  les  plus  profonds,  sont  sor- 
tis avec  toutes  leurs  proportions  d'une  éla-^ 
boration  silencieuse  et  qui  s'ignorait  elle^ 
même.  Au  contraire,  les  langues  maniées  » 
tourmentées,  faites  de  main  d'homme,  en 
portent  l'empreinte  inefl'açable  dans  \ent 
manque  de  flexibilité,  leur  construction  pé* 
nible ,  leur  défaut  d'harmonie.  Toutes  les 
fois  que  les  grammairiens  ont  essayé,  de 
dessein  prémédité,  de  réformer  une  langue  , 
ils  n'ont  réussi  qu'à  la  rendre  lourde ,  sans 
expression ,  et  souvent  moins  logique  que 
telle  qu'elle  existait  dans  Tusage  vulgaire. 
Qu'on  lise,  par  exemple,  les  notes  que 
Duclos  a  ajoutées  k  la  grammaire  générale 
de  Port-Royal ,  et  qui  rappellent  Te  xvnr 
siècle  tout  entier  dans  sa  tentative  de  con- 
trôler la  nature ,  on  y  reconnaîtra  la  ^ingu-' 
lière  prétention  d'un  homme  qui  cherche  à 
montrer  k  chaque  pas  l'inconséquence,  les 
fcMies  du  langai^e ,  tel  oue  le  peuple  Ta  fait. 
11  sourit  de  pitié  sur  la  bizarrerie  de  l'u- 
sage, c'est-à-dire  de  l'esprit  spontané  des 
peuples,  et  voudrait  corriger  ces  écarts 
par  la  raison  des  grammairiens,  sans  s'aper- 
cevoir que  les  tours  qu*il  veut  supprimer 
sont  d'ordinaire  plus  logiques ,  plus  clairs, 
plus  faciles  que  ceux  qu  il  veut  y  substi- 
tuer. Il  faut  bien  se  fi^rer  que  l'esprit  hu- 
main ,  laissé  à  lui-même,  ne  va  pas  recher- 
cher à  plaisir  les  anomalies  contre  le  bon 
sens.  La  langue  des  enfants  et  du  peuple  est 
d'ordinaire  plus  expressive  que  celle  que 
l'usage  grammatical  a  consacrée.  Ici,  comme 
toujours ,  lorsqu'elle  s*attribue  une  mission 
réformatrice,  l'œuvre  artificielle  de  l'homme 
détruit  l'oBuvre  de  la  nature.  Et  combien 
celle-ci  n'est-elle  pas  plus  vivante  et  plus 
vraie  1  Nous  avons  quelques  langues  qu'on 
peut  appeler  artificielles ,  en  ce  sens  que , 
partant  d'un  fond  traditionnel ,  elles  le  dé- 
veloppent en  dehors  des  habitudes  de  la  vie 
réelle  du  peuple,  comme,  par  exemple,  la 
langue  raobiniaue.  L'épouvantable  chaos , 
l'irrégularité,  la  barbarie  de  ces  langues 
dépassent  tout  ce  qu'on  peut  imaginer.  Le 
sourd-muet,  avant  le  système  mécanioue 
qu'on  lui  enseigne,    est  mille  fois  plus 


(479)  Cf.  D*  WiSEVAN,  Dueoun  <«r  /es  rapports 
entre  ta  êcience  et  ta  retigion  révélée,  h*  discours  sor 
rhtsloire  des  hngaes. 

ÏMO)  Od  a  des  exonples  de  langues  qui  ont  ccm- 
plété  ou  renouvelé  considérablement  leur  lexique, 
mais  aucun  de  lancue  qui  ait  corrigé  sa  {grammaire. 
Une  expérieace  vukaire  confirme  ce  résultat.  Un 
bomme  transporté  hors  de  sa  patrie,  surtout  si  on 
le  sappose  incapable  d^apprendre  une  langue  autre- 
ment  que  par  Fusage  (et  c>st  toujours  le  cas  pour 
les  peuples  réunis),  parviendra,  au  bout  de  quelque 
temps  ,  h  n^employer  g  ne  des  mots  reçus  dans  le 
noorean  pavs  quMI  habile.  Mais  loi  demander  de  se 
défaarrasser  de  son  tour  étranger,  de  ses  idiotîsmes 
;,  c^est  lui  demander  TimpossîMe.  Ces  tours 


ont  vieilli  avec  lui,  et  se  sont  assimilés  à  sa  pensée 
la  plus  intime.  A  combien  plus  forte  raison  n^en 
doit^il  pas  être  ainsi  des  peuples  envisagés  dans  lenr 
ensemMe?  C*est  en  ce  sens  que  N.  de  Humboldt  a 
pu  dire  que  remploi  commun  de  Va  privatif  lui 
prouvait  mieux  Taffinîté  du  grec  et  du  sanscrit  que 
plusieurs  ccnlaincs  de  roots.  (  Prûfung  der  Vnter^ 
suchnng  ûberdie  Urbewohner  ÛhpamevL*^  p.  175  et 
109.) 
(481)  Cest  le  vieux  nomendatcnr  qui  a  reçu  ses 

Snvitéges  an  paradis  terrestre,  disait  spintnellement 
[.  Génizez,  en  faisant  remarquer  dans  rhisloirede 
la  langue  française  Fart  admirable  du  peuple  et 
rinbabdcté  des  grammairiens  à  former  oes  mots 
nationaux. 


807 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


m 


expressif  qu*aprè$  son  éducation  artificiel- 
le (483).  Il  se  fait  de  tout  une  expression 
avec  une  force*  une  originalité,  une  ri- 
chesse *  une  surabondance  qui  étonnent. 
Mais  de  même  que  Finstinct  dans  Tanimal 
est  en  raison  inrer-se  de  Tintelligence  ;  de 
môme,  à  mesure  que  les  moyens  inventés 
et  combinés  se  multiplient  pour  lui ,  il  perd 
cette  puissance  créatrice ,  que  ne  remplace- 
ront jamais  des  artifices  ingénieux ,  mais 
ikctices ,  qu'il  n'apprend  d'ailleurs  que  pé- 
niblement et  par  un  lon^  travail  de  dissec- 
tion. Ainsi,  Tnomme  primitif  put,  dans  ses 
premières  années ,  construire  cet  édifice  qui 
nous  étonne ,  et  dont  la  création  nous  pa- 
raît si  prodigieusement  difficile ,  et  il  le  put 
sans  travail ,  parce  qu'il  était  enfant.  Main- 
tenant que  la  raison  réfléchie  a  remplacé  cet 
instinct  primitif,  à  peine  le  génie  peut-il 
suffire  a  analj^ser  ce  que  l'esprit  d'alors 
créa  de  toutes  pièces  et  sans  j  songer.  C'est 
que  lef  mots  facile  et  difficile  n'ont  plus  de 
sens ,  appliqués  au  spontané  (483).  L  enfant 
qui  apprend  sa  langue ,  l'humanité  qui  crée 
la  sienne,]  n'éprouvent  pas  plus  de  difficulté 
que  la  plante  qui  germe ,  le  corps  organisé 
qui  arrive  à  son  complet  développement. 
Partout  c'est  le  Dieu  caché ,  la  force  univer- 
selle, qui,  agissant  durant  le  sommeil  ou 
l'absence  de  1  Ame  individuelle ,  produit  ces 
merveilleux  effets  autant  au-dessus  de  l'ar- 
tifice humain  que  la  puissance  infinie  dé- 
passe les  forces  limitées. 

«  C'est  donc  la  raison  populaire ,  c'est-à- 
dire  la  raison  spontanée,  qui  est  la  vraie 
puissance  créatrice  du  langage.  La  réflexion 
n'^  peut  rien  ;  les  langues  sont  nées  toutes 
faites  du  moule  même  de  l'esprit  humain , 
comme  Minerve  sortant  tout  armée  du  cer- 
veau de  Jupiter. 

«  De  là  cette  conséquence  que  ce  n'est 
pas  par  des  juxtapositions  successives  que 
s'est  formé  ce  grand. tout,  mais  que,  sem- 
blable aux  êtres  vivants  de  la  nature ,  dès 
sa  première  apparition,  il  fut  complet  et  en 
possession  de  toutes  ses  parties  (484).  En 
effet,  le  langage  fut  à  toutes  les  époques  pa- 
rallèle à  l'esprit  humain ,  et  l'expression 
adéquate  de  son  essence.  Or  dès  le  premier 
moment  de  sa  constitution  l'esprit  numain 
fut  complet.  Le  premier  fait  psychologique 
renferme  implicitement  tout  ce  c}ui  est  dans 
le  fait  le  plus  avancé  (485).  CcTui-ci  ne  con- 

(482)  Tous  les  gens  compétents  dans  l'éducation 
des  sourds-muets,  et  les  sourds-muets  eux-mêmes, 
préfèrent  de  beaucoup  leur  langage  naturel  à  Tarti- 
iiciel.  Par  lui  les  sourds-muets  de  tous  les  pays  se 
comprennent  sans  peine.  Quant"  à  la  question  de 
savoir  si  Ton  peut  parler  saus  langage  articule,  la 
meilleure  autorité  est  sans  doute  celle  des  sourds- 
muets.  Or,  ils  Tafllrment  positivement,  c  J^aurais 
envie,  dit  Tun  d'eux,  d'envoyer  à  ceux  qui  croient 
le  contraire  une  colonie  de  perroquets  pour  péni- 
tence. >  Voy,  une  brochure  publiée  à  Tinstitut  de 
Paris,  Let  sourds-muets  au  xix'  siècle. 

i'485)  C'est  le  continuel  paralodsme  de  M.  de  fio- 
nald  et  des  défenseurs  de  la  révélation  du  langage. 
Quand  les  plus  grands  philosophes,  disent^ils,  sont 
impuissants  à  analyser  le  langage ,  comment  les 
premiers  hommes  auraienl->ls  pu  le  créer?  L'objec- 


tient  pas  un  élément  de  plus  que  le  phéno- 
mène qui  le  premier  révéla  l'homme  à  lui- 
même.  Est-ce  successivement  que  Vhomme 
a  conquis  ses  différentes  facultés  T  Qui  ose- 
rait seulement  le  penser  ?  Or ,  nous  sommes 
autorisés  à  établir  une  rigoureuse  analogie 
entre  les  faits  relatifs  au  développement 

f psychologique  et  les  faits  relatifs  au  déT^ 
oppement  du  langage.  U  est  aussi  ridicule 
de  supposer  celui-ci  arrivant  péniblement  à 
la  conquête  de  ses  parties ,  que  l'esprit  hu- 
main cherchant  ses  facultés  les  ^unes  après 
les  autres.  Tout  ce  qui  est  constitué  comme 
un  tout  vivant,  tout  ce  qui  est  organisé ,  est 
complet  dès  les  premiers  instants  de  soo 
existence.  U  n'y  a  que  les  unités  fictives  et 
artificielles  qui  résultent  d'additions  et  d'ag- 
glomérations successives. 
«  Sans  doute  les  langues,  comme  tous  les 

I)roduits  vivants  de  la  nature,  sont  sujettes  à 
a  loi  du  développement  graduel.  Mais  ce  dé- 
veloppement n  est  pas  une  concrétion  ^- 
sière  et  purement  extérieure.  Elles  vivent 
comme  l'nomme  et  l'humanité  qui  les  parlent, 
elles  se  décomposent  et  se  recomposent  sans 
cesse  ;  c'est  une  vraie  végétation  intérieure, 
une  circulation  incessante  du  dedans  au  de- 
hors, et  du  dehors  au  dedans,  un  jieri  costi- 
nuel.  Un  germe  est  posé ,  renfermant  en 
puissance  tout  ce  que  Vôtre  sera  un  jour;  le 
germe  se  développe,  les  formes  se  consti- 
tuent dans  leurs  proportions  régulières,  ce 
qui  était  en  puissance  devient  un  acte  ;  mais 
rien  ne  se  crée,  rien  ne  s'ajoute  ;  telle  est  là 
loi  de  tous  les  êtres  soumis  aux  condilions 
de  la  vie  changeante  et  successive. 
.  <K  Telle  fût  aussi  la  loi  du  langage.  Sans 
doute,  les  premiers  essais  ne  furent  que  ru- 
dimentaires  ;  sans  doute,  il  y  avait  loin  de 
cette  expression  svnthétique  et  obscure  à 
la  parfaite  clarté  de  l'instrument  que  s*est 
fait  l'esprit  moderne.  Mais  ce  rudiment  ori- 
ginaire contenait  tous  les  éléments  du  déve- 
loppement postérieur;  et  après  tout,  l'exer- 
cice de  la  pensée  moderne  diffère  plus  pro- 
fondément encore  de  la  pensée  primitive, 
sans  c|ue  pourtant  nous  admettions  dans 
l'esprit  humain  l'addition  d'aucun  principe 
nouveau. 

«  L'histoire  des  langues  confirme  cette 
induction  que  nous  n'avons  établie  jusquui 
que  sur  des  données  psychologiques.  En 
effet ,   elle  ne   nous  offre  aucun  exemple 

tion  ne  porte  que  contre  une  invention  léfléchif. 
L^actioD  spontanée  n'a  pas  besoin  d^élre  précédée  de 
la  vue  analytique.  Le  mécanisme  de  Tuitelligeiice 
est  d^une  analyse  plus  difficile  encore»  et  pourueu 
sans  connaître  cette  analyse,  Thomme  le  plos  sin- 
pie  sait  en  faire  jouer  tous  les  ressorts. 
'  (484)  C'est  en  ce  sens  que  M.  G.  de  ITumboI.(u 
pu  dire  que  le  langage  avait  été  donné  tout  faî(  ^ 
rhomme  {etwas  ferttg  gegebenes)^  et  que  Fr.  Scfali*' 


fi 


el  a  appelé  son  apparition  une  production  en  lou- 
ité  (  Hervorbrinçung  im  Ganxen) ,  et  Ta  comparée  i 
un  poème  qui  procède  en  entier  de  Fidéc  du  toat,(t 
non  de  la  réunion  atomisthfue  de  chacune  de  $*« 
parties  (Philos,  Vorlesungen,  v,  78-80);— Hn- 
BOLDT,  Veber  das  vergleichendes  Sprachstudium,  :tr  t 
hc,  cit. 
(485)  Voy.  Cousin,  Cours  de  1818,  S*  K^:o 


8^y 


LAN 


D  ANTHROPOLOGIE. 


LAN 


810 


iime langue  incomplète  ou  qui  soit  arrivée 
peu  è  {)eu  à  développer  son  caractère.  Cha- 
r|ue  langue  correspond  9  dès  les  premiers 
instants  de  son  existence,  au  tout  de  Tesprit 
iiuiiiaiii;  elle  peut  acquérir  par  la  suite  plus 
Aie  grâce,  d'élégance  et  de  douceur;  mais  ses 
■i}iiah(és distiiictives,  son  principe  vital,  son 
/micsij'oseledire,  apparaissent  tout  d'a- 
lH.ri(  coinpiétement  formés.  Des  recherches 
pius  apjTofondies  ont  obligé  les  linguistes 
j  renoncer  à  ces  tentatives  de  l'ancienne 
I  hilolode  qui  tendaient  à  dériver  l'une  de 
l'dutre  les  i>arties  essentielles  du  discours. 
T()Uies  soûl  primitives ,  toutes  coexistèrent 
ijèi  le  premier  instant,  moins  distinctes  sans 
miQf  mais  avec  le  principe  de  leur  indivi- 
ilualiié.  Mieux  vaut  supposer  à  l'origine  les 
tirot  édés  les  plus  compnqués  que  de  créer 
k  langage  par  pièces  et  par  morceaux  ,  et 
de  supposer  qu^un  seul  moment  il  ne  repré- 
^/itajiâs  dans  son  harmonie  l'ensemble  des 
laeuliés  humaines.  La  grammaire  d'un  peu- 
jJp,  qui  seule  constitue  la  partie  essentielle 
'je  sa  langue,  est  faite  du  premier  coup ,  et 
':é>ormais  c'est  à  peine  s'il  y  a  pour  elle  un 
l'ti\irès  possible.  «  Les  formes  grammàtica- 
«  les,  dit  M.  de  Humboldt,  ne  sont  pas  les 
'  fruits  des  progrès  qu'une  nation  fait  dans 
•  l'aualyse  de  la  pensée,  mais  un  résultat  de 
la  manière  dont  elle  considère  et  traite  sa 
langue  {iS6).  »  Ce  moule   une  fois  jeté  , 
M  une  individualité  créée  et  indestructi- 
)!i%  une  ))orne  posée  et  qui  sera  désormais 
peine  franchie.  «  On  trouve  ,  dit  encore 
M.  de  Humboldt,  que  quelque  grands  que 
<oi>nt  les  changements  d'une  langue  sous 
Iteaucoup  de  rapports  ,  le  véritable  sys- 
^me  lexicographique  et  grammatical ,  la 
structure  en  grand  restent  les  mêmes  ,  et 
que  là  où  ce  système  devient  différent , 
<^omme  au  passage  de  la  langue  latine  aux 
langues  romanes,  on  doit  placer  l'origine 
J'uiie  nouvelle  langue.  Il  parait  donc  y 
avoir  dans  les  langues  une  époque  à  la- 
quelle elles  arrivent  à  une  forme  qu'elles 
ncrhangent  plus  essentiellement.  Ce  se- 
rait là  leur  véritable  point  de'raaturilé; 
'wais  pour  parler  de  leur  enfance,  il  fau- 
'♦rail  encore  savoir  si  elles  atteignent  cette 
(orme  insensiblement,  ou  si  leur  premier 
jet  n'est  pas  plutôt  cette  forme  môme. 
Voilà  sur  quoi,  dans  l'état  actuel  de  nos 


«an  I  on  voit  que  i  histoire  des  langues  n  en 
fff'*  pas  une  seule  qui  ait  posléi-icurement 
'm\mé  son  système.  Les  langues  sémiti- 
««•s  sont  peul-^tre,  de  toutes,  celles  qui  en 
lYt'ml  l'exemple  le  plus  apparent.  Telle  est 
*  bcilité  avec  laquelle  leurs  racines  verba- 
^,  actuellement  trilitères  ,  se  réduisent  à 

fM6)  G.  delfcHBOi.DT,  Lettre  à  Abel  Rémusat  sur  la 
^t*re  dtt  formes  grammaticales  en  général,  et  sur 
s  3^m  de  (a  langm  chinoise  en  particulier,  p.  13. 

♦iX/)  Ibid,,  p.  72. 

'^/  CestropinioQ  de  J.  D.  Michaélis,  Simonis, 
^•i»l'ng,  Klaprolh,  Oberleilnor,  Gesenius,  Ewald,etc. 
'  ^<yj.  iWêt^ns,  Lekrgebâude  der  hebr,  Sprache, 
*•  î*-'j  A  suir.  ;  —  Le  même,  Worterbuch  der  hebr. 

DiCTÎONN.  D'À^iTUROPOLOGIC. 


un  thème  bilitère  et  monosyllabique,  que 
plusieurs  philologues  (W8),  ont  pu  supposer 
que  leur  état  actuel  nous  cache  un  état  an- 
térieur et  archaïque  ,  par  suite  de  ce  pen- 
chant trop  naturel  qui  nous  porte  à  expli- 
quer la  complexité  actuelle  par  la  simplicité 
])rimitive.  On  arrive  ainsi  à  une  langue 
simple,  monosyllabique,  sans  flexions,  sans 
catégories  grammaticales,  exprimant  les  rap- 
ports des  idées  par  la  juxtaposition  ou  l'ag- 
glutination des  mots,  une  langue  en  un  mot 
assez  analogue  à  la  forme  la  plus  ancienne 
de  la  langue  chinoise.  Un  tel  système  de- 
vrait être  considéré  comme  logiquement  an- 
térieur à  l'élat  actuel  de  ces  idiomes ,  et 
pourtant  ce  serait  une  grave  erreur  de  sup- 
poser qu'historiquement  il  l'a  précéJé.  Une 
telle  révolution  serait  sans  exemple ,  elle 
irait  à  supposer  deux  moments  dans  le  lan- 
gage, et  après  tout  rien  n*autorise  à  transfor- 
mer en  fait  historique  ce  qui  n'est  qu'une 
manière  commode  de  se  représenter  les  faits, 
et  de  poser  a  priori  à  l'origine  ce  que  nous 
concevons  comme  plus  simple,  méthode  tou- 
jours fautive,  et  qui  ne  saurait  dépasser  la 
sphère  des  hypothèses  artificielles. 

«  Toutefois,  en  soutenant  aue  le  langage 
primitif  possédait  tous  les  éléments  néces- 
saires à  son  intégrité,  nous  sommes  loin  de 
dire  que  tous  les  mécanismes  d'un  âge  plus 
avancé  y  existaient  déjà  dans  leur  complet 
développement.  Tout  y  était,  mais  confusé- 
ment et  sans  distinction.  Le  temps  seul  et 
les  progrès  de  l'esprit  humain  pouvaient 
opérer  le  discernement  dans  ce  tout  obscur, 
et  assigner  à  chaque  élément  son  rôle  indi- 
viduel. La  vie,  en  un  root,  n'était  ici,  comme 
partout,  qu'à  la  condition  de  l'évolution  du 
germe  primitif  et  synthétique,  de  la  distri- 
bution des  rôles ,  et  de  la  séparation  des 
organes.  Rien  ne  prouve  mieux  cette  vie  in- 
térieure du  langage,  que  la  comparaison  des 
dialectes  d'une  môme  famille  dont  l'unité  ne 
puisse  être  contestée.  Prenons ,  par  exem- 
ple, la  famille  sémitique  ;  le  rapprochement 
des  dififérents  idiomes  qui  la  composent  dé^ 
montre  .  1*  qu'ils  sont  fort  inégalement  dé- 
veloppés ;  2°  que  ceux-là  le  sont  davantage 
qui  ;ont  plus  longtemps  vécu ,  et  ont  pu 
s'enrichir  des  progrès  cTun  plus  grand  nom- 
bre de  sièïîles.  Ainsi  l'hébreu  serait  indubi- 
tablement arrivé  à  une  richesse  comparable 
à  celle  de  l'arabe ,  s'il  eût  fourni  une  aussi 
longue  carrière  et  traversé  d'aussi  heureu- 
ses circonstances.  Il  possède  en  germe  tous 
les  procédés  qui  font  la  richesse  de  cette 
dernière  langue;  mais  arrêté  plus  tôt  dans 
son  développement ,  il  n'a  pu  leur  donner 
cette  extension  et  cette  régularité  ,  qui  ne 
sauraient  être  que  le  résultat  d'un  long 
usage.  Sans  doute  il  y  a  un  moule  imposé, 

Spr.,  Vorrede;  —  Ewald,  Grammatik  dcr  hebr,  Spr.^ 
p.  i;  —  Klapboth,  Observations  sur  h$  racines  se- 
mitiques,  à  la  suite  des  Primipes  deTélude  compa^ 
rative  des  langues  de  Méru.n;—  Oderleitner,  Elem, 
aramaicœ  linguœ,  p.  77  ;  —  Simonis,  Arcanum  (or- 
marum,  p.  140;  —  J.  D.  Michaélis,  SuppL  ad  Les, 
I9cbr,,  p.  i55.  —  Adelui^g,  Mithridate ,  L  I ,  p. 
501.  »  •  r 

26 


m 


LAN 


DICTIONNAIRI^ 


LAN 


81) 


d\)ù  chaque  langue,  quelles  que  soient  ses 
variations,  ne  pourra  jamais  sortir  ;  mais  ce 
uioule  n'est  autre  gue  celui  de  la  famille  à 
laquelle  elle  appartient  et  dont  tous  ses  ef- 
forts ne  sauraient  raffranchir.  Qu'après  ces 
transformations ,  on  dise  que  la  langue  est 
différente  ou  qu'elle  est  au  fond  la  môme  , 
parce  qu'il  n  y  a  pas  eu  solution  de  conti- 
nuité, on  sent  que  ce  n'est  plus  qu'une  ques- 
tion de  mots,  dépendant  de  la  manière  plus 
ou  moins  étroite  dont  on  entend  l'identité. 
n  Les  langues,  a-t-on  dit,  ne  font  que  chan- 
«  ger  d'habit.  L'hom:ue  qui  a  changé  d'ha- 
«  bit  n'en  est  pas  moins  le  même  homme.  » 
On  peut  dire  aussi  que  l'être  vivant  qui  par 
une  intime  assimilation  a  renouvelé  ses  par- 
ties constitutives,  est  toujours  le  même  être, 
piirce  qu'une  même  forme  a  toujours  pré- 
sidé à  la  réunion  de  ses  parties,  et  cette 
forme,  c'est  son  âme,  sa  personnalité ,  son 
type,  'son  idée. 

«  En  etfet,  si  d'un  côté  les  caractères  de 
famille  sont  immuables,  s*il  est  vrai,  par 
exemple,  qu'une  langue  sémitique  ne  pourra 
jamais  par  aucune  série  de  développements 
atteindre  les  procédés  essentiels  des  langues 
indo-germaniques  ;  d'un  autre  côté  ,  dans 
l'intérieur  des  familles,  tout  est  flottant,  sans 
moule  arrêté,  sans  limites  imposées.  Les  fa- 
milles apparaissent  conme  des  ty^)es  consti- 
tués une  fois  pour  toutes,  et  réduits  à  se  dé- 
truire ou  à  rester  ce  qu'ils  sont.  Au  contraire, 
cl.acun  des  individus  qui  les  composent  peut 
développer  tous  les  germes  qu'il  porte  en  lui 
-comme  membre  de  la  famille,  et  sans  sortir 
du  type  général  auquel  il  appartient,  subir 
toutes  les  modifications  que  le  temps,  le  cli- 
mat, les  événements  politiques,  les  révolu- 
tions intellectuelles  et  religieuses  peuvent  lui 
imposer.  Rien  de  moins  philosopnique  que 
de  dresser  une  fois  pour  toutes  la  statistique 
d'une  famille  de  langues,  et  de  considérer 
chacun  des  idiomes  qui  en  font  partie  comme 
des  individualités  identiques  à  elles-mêmes 
pendant  toute  la  durée  de  leur  existence, 
tandis  que  depuis  leur  origine  jusqu'à  nos 
.jours,  ça  été  nar  une  suite  de  nuances  in- 
sensibles qu'ifs  se  sont  accommodés  aux  be- 
soins des  diverses  époques  et  à  l'état  in- 
tellectuel des  peuples  qui  les  parlaient. 
Chacun  de  ces  groupes  naturels  ressemble  à 
un  tableau  mouvant,  où  les  masses  de  cou- 
leurs, se  fondant  l'une  dans  l'autre  par  des 
dégradations  insaisissables,  se  nuanceraient, 
s'absorberaient,  s'étendraient,  se  limiteraient 
par  un  jeu  continu.  C'est  une  action  et  une 
réaction  réciproques,  un  commerce  de  par- 
ties communes,  unevéj;étalion  sur  un  tronc 
commun,  où  chacun  des  rameaux  isolés  s'as- 
simile tour  à  tour  les  parties  qui  ont  servi 
h  la  vie  de  l'ensemble,  s'accroît,  fleurit, 
s'atrophie,  meurt,  selon  que  des  causes  di- 
verses favorisent  ou  arrêtent  son  développe- 
ment. 

«  Ainsi,  dès  sa  première  apparition,  le  lan- 
gage fut  complet  aussi  bien  que  la  pensée 

(489)  Cr.  Cousin,  Court  de  i818,  tG«  leçon. 


qu'il  représentait;  mais  ses  parties  confuses 
et  comme  liées  entre  elles  attendaient  des 
siècles  leur  parfait  développement.  11  est 
difficile,  dans  l'état  présent  de  nos  connais- 
sauces,  de  déterminer  davantage  et  de  tracer 
les  caractères  de  la  langue  gue  parla  l'homme, 
lors  du  réveil  de  sa  conscience.  Qu'il  suffise 
de  dire  que,  correspjondant  exactement  ii 
l'état  de  I  esprit  humain  à  cette  époque,  le 
langage  dut  reproduire  les  caractères  que 
la  psychologie  nous  y  fait  reconnaître.  L'é- 
tude des  langues  confirme  d'ailleurs  celle 
induction  ;  en  effet,  plus  on  remonte  dans 
leur  histoire,  plus  on  voit  sy  dessiner  tous 
les  traits  de  la  spontanéité  primitive. 

«  Le  premier  de  ces  traits  fut  sans  doute  h 
prédominance  de  la  sensation  dans  la  créa- 
tion du  signe,  et  la  forme  éminemment  con- 
crète qu'affectait  l'expression  delà  pensée.  De 
même  que  l'esprit  humain  revêt  ses  premiè- 
res aperceptions,  non  de  la  forme  abstraile 
et  générale,  qui  ne  s'obtient  que  par  élimi- 
nation et  analyse,  mais  de  la  lowne  particu- 
lière, laquelle  est  en  un  sens  plus  synthéti- 
que, en  tant  que  renfermant  et  confondant 
une  donnée  accessoire  avec  la  vérité  abso- 
lue (W9)  ;  de  même  les  langues  primitiTes 
durent  ignorer  presque  entièrement  lal»?- 
traction  métaphysique.  Sans  doute  la  raison 
pure  s'y  réfléchissait  comme  dans  tous  les 
produits  des  facultés  humaines.  L'exercice 
le  plus  humble  de  l'intelligence  implique  les 
notions  les  plus  élevées;  la  parole,  aussi  à 
son  état  le  plus  simple,  supposait  des  moules 
absolus  et  éminemment  purs;  mais  toot 
était  engagé  dans  une  forme  concrète  et  sen- 
sible. C  est  ce  que  révèle  d'une  manière 
frappante  l'étude  des  langues  les  plus  an- 
ciennes. Tandis  que  leurs  formes  gram- 
maticales renferment  la  plus  haute  métaphr- 
sique,  on  voit  partout,  dans  leurs  mots, 
une  conception  matérielle,  sorte  de  sensa- 
tion intellectualisée.  Il  semble  que  riiomme 
primitif  ne  vécût  point  avec  lui-même,  ni 
dans  sa  conscience,  mais  répandu  sur  le 
monde ,  dont  il  se  distinguait  à  peine. 
«  L*homme,  a-t-on  dit,  ne  se  sépare  pas  de 
cr  prime  abord  des  objets  de  ces  représenta- 
«  lions  ;  il  existe  tout  entier  hors  de  lui;  la 
«  nature  est  lui,  lui  est  la  nature.  »  AinM 
aliéné  de  lui-même,  suivant  l'expression  de 
Maine  de  Biran  (WO),  il  devient,  comme  dit 
Leibnitz,  le  miroir  concentrique  où  se  peint 
cette  nature  dont  il  fait  partie.  Qui  pe«^ 
dans  notre  état  réfléchi,  avec  nos  rafline- 
ments  métaphysiques  et  nos  sens  iJevenn^ 
grossiers,  retrouver  l'antique  harmonie  <iai 
existait  alors  entre  la  pensée  et  la  sensati(Hi< 
l'homme  et  la  nature  7 

«  L'homme  primitif,  comme  l'enfant, Tirait 
donc  tout  par  les  sens,  et  sa  parole,  qui  dar-^ 
sa  forme  était  l'expression  delà  raison  pure 
elle-même,  n'était  dans  sa  matière  qoe  '*' 
reflet  de  la  vie  sensible.  Ceux  qui  ont  tir^  1^ 
langage  exclusivement  de  la  sensation.  *« 
sont  trompés  aussi  bien  que  tous  ceui  qui 

(490)  T.  lit  de  ses  Œuvres,  p.  42-45.  -  i^ 

Vaperceplion  ijnmédiaie,)  j 


113 


U!« 


D'ANTiiROrOLOGlE. 


LAN 


1114 


eo  ODl  tiré  les  idùes.  La  sensation  a  fourni 
le  phénomène  occasion,  le  yariable,  Tacci- 
dentely  ce  qui  aurait  pu  être  tout  autrement, 
etqui  en  effet  est  différent  dans  les  différents 
idiomes,  c'est-à-dire,  les  mots;  mais  la  forme 
absolue,  sans  laquelle  les  mots  n*auraieiit 
point  été  une  langue,  la  grammaire  en  un 
mot,  tel  est  Télement  pur  et  transcendant 
qui  donne  à  cette  œdvfe  un  caf-actère  vrai- 
ment humain.  L* erreur  du  xviir  siècle  fut  de 
tenir  trop  peu  de  compte  de  celle-ci  dans  ses 
analyses.  Des  sons  ne  forment  point  une 
langue,  pas  plus  que  des  sensations  ne  font 
un  nomme.  Ce  qu  il  faut  mettre  à  part,  dans 
le  langage  comme  dans  lapensée,  c  est  le  lien 
lo/iqne  que  l'esprit  fait  mtenrenir  entre  les 
choses  ;  la  est  l'originalité  de  l'un  et  de  Tau- 
tre  :  on  peut  ensuite  abandonner  sans  scru- 
pule au  monde  inférieur  tout  le  particulier, 
tout  ce  qui  ne  lait,  si  j'ose  le  dire,  que  cou- 
ler de  la  matière  dans  ces  moules  préexistants 
et  indépendants  de  l'homme  (^91). 

«  L'hébreu,  par  exemple,  qui  nous  repré- 
sente un  état  fort  ancien  du  langage,  est 
marqué  dans  ses  mots  d'un  caractère  tout 
physique.  «  Je  conviens,  dit  Herder,  que  le 
«  penseur  abstrait  ne  doit  pas  trouver  la 
«  langue  hébraïque  très-parfaite  ;  mais  sa 
«  forme  agissante  en   fait  l'instrument  le 

■  plus  favorable  au  poète.  Tout  en  elle  nous 
•  crie  :  Je  vis,  je  me  meus,  j'agis  I  je  n'ai 
«  pas  été  créée  par  le  penseur  abstrait,  par 

■  Je  philosophe  profond,  mais  par  les  sens, 
«  par  les  passions  ;  je  conviens  au   poète, 

m  parce  que  je  suis  la  poésie  1 Cette  lan- 

4  gue,  dit-il  ailleurs,  est  énergique,  mais  il 
«  serait  injuste  de  dire  qu'elle  est  grossière. 
«  Je  le  répète,  les  mots  le  plus  rudement 
«  exprimés  sont  des  images  et  des  sensa- 
«  tiens;  la  langue  a  été  formée  par  des  poi- 
«  trines  profondes  et  des  organes  neufs  et  ro- 
«  bustes,  mais  sous  un  ciel  pur  et  léger,  et 
«  par  une  pensée  vive  et  pénétrante,   qui 
«  saisissant  toujours  la  chose  elle-même,  la 
«   marquait  du  sceau  des  passions  (^92j.  » 
£d  effet,  en  parcourant  la  série  des  racines 
qui    nous  sont  restées  de  cette  langue,  à 
peine  en  trouve-t-on  une  seule  qui  n'offre 
un  premier  sens  matériel,  lequel,  par  des 
passages  plus  ou  moins  immédiats,  a  été 
Aftpliqué  aux  idées  suprasensibles.  Le  trans- 
port ou  la  métaphore  a   été  le  grand  pro- 
cédé de  la  formation  du  langage.  Une  analo- 
I4:ie  en  a  entraîné  une  autre,  et  ainsi  le  sens 
<jes  mots  a,  pour  ainsi  dire,  voyagé  de  la 
manière  la  plus  singulière,  et  en  apparence 
la  plus  capricieuse  ;  souvent  môme  la  signi- 

(491)  €  Les  racines  ei  les  mois,  a-l-on  dît ,  sont 
rétofle  des  langues  -  la  grammaire  donne  b  forme 
à  cette  élofle.  f  (  Hérian,  Princ.  $ur  t étude  eomp. 
des  imm^mes^  (1^0  Rien  de  plus  vrai,  pourvu  qu*il 
soif  hè&i  entendu  que  b  forme  n*est  pas  moins  es- 
sentieUe  ipie  le  fond,  et  qu'en  un  sens  elle  est  plus 
ifutée  ^ue  le  fond.  Cest  œ  que  n*avaîenl  pas  assez 
compris  ce  partisan  systématique  de  b  comparaison 
Terfale,  et  tous  œox  qui  suivaient  sai  méthode. 

(492)  Esprit  de  ta  poésu  des  UihreuXi  dial.  1 
d   10. 

(  495)  \^.  même  mol  signifie,  en^  hébreu,  nez  et 


a 


fication  primitive  a  disparu,  et  n  a  laissé 
subsister  que  celles  qui  en  étaient  dérivées. 
De  là  cette  diversité  si  extraordinaire  des 
langues,  ayant  suivi  chacune  leurs  *voies  à 
part  dans'  la  création  des  métaphores,  et 
ainsi  divergé  de  plus  en  plus,  malgré  la  com- 
munauté des  moyens  primitifs  qu'elles  em- 
ployèrent. Chaque  peuple  s*est  attaché  à  des 
rapi)orts  divers,  selon  son  caractère  intime 
et  la  nature  oui  Tentourait;  les  analogies 
ui  ont  mené  Thomme  du  nord,  n*ont  pas 
û  être  celles  qui  ont  présidé  aux  associa- 
tions d'idées  de  Thomme  du  midi,  et  ainsi 
s'est  formé  cet  étrange  tissu  de  dérivations, 
devenu  dans  quelques-unes  de  ses  parties 
absolument  inextricable. 

«  S'agit -il  par  exemple  d'exprimer  un 
sentiment  de  l'âme,  on  eut  recours  au  mou- 
vement organique  qui  d'ordinaire  en  est  le 
signe.  Ainsi  la  colère  s'exprime  en  hébreu 
d'une  foule  de  manières  également  pittores- 
ques, et  toutes  empruntées  à  des  faits  phv- 
siques.  Tantôt  la  métaphore  est  prise  du 
souffle  rapide  et  animé  qui  l'accomivi- 
gne  (V93),  tantôt  de  la  chaleur,  du  bouillon- 
nement, tantôt  de  l'action  de  briser  avec 
fracas,  tantôt  du  frémissement,  de  l'écume 
qui  sort  de  la  bouche  de  l'animal  furieux.  Le 
découragement,  le  désespoir,  sont  toujours 
exprimés  dans  cette  lanzue  par  la  liquéfac- 
tion intérieure,  la  dissolution  du  cœur;  la 
crainte,  par  le  relâchement  des  reins.  L'or- 
gueil se  peint  par  l'élévation  de  la  tète,  la 
taille  haute  et  roide.  La  patience,  c'est  la 
longueur  (longanimité);  l'impatience,  la 
brièveté.  Le  désir,  c'est  la  soif  ou  la  jiâleur. 
Le  pardon  s'exprime  par  uùe  fbule  de  méta- 
phores empruntées  à  l*idée  de  couvrir,  ca- 
cher, passer  sur  une  faute  un  enduit  oui 
l'efface.  Dans  le  livre  de  Job,  Dieu  coud  les 
péchés  dans  un  sac,  y  met  son  sceau,  puis  le 
jette  derrière  son  dos;  tout  cela  pour  signi- 
fier oublier.  Remuer  sa  tète,  se  regarder  les 
uns  les  autres,  laisser  tomber  ses  bras,  et:,., 
sont  autant  d'expressions  que  Thébreu  pré- 
fère de  beaucoup  pour  exprimer  le  dérfain, 
l'indécision,  l'aliattement,  à  toutes  nos  ex- 
pressions psychologiques.  On  peut  même 
dire  qu'il  manque  presque  complètement  de 
ces  dernières,  et  quand  il  en  emploie  que 
l'usage  a  consacrées  ultérieurement  au  sens 
moral,  il  aime  à  y  ajouter  la  peinture  de  la 
circonstance  phvsique  :  11  se  mit  en  colère, 
et  son  visage  s  enflamma  {ï9h)  ;  il  ouvrit  la 
bouche,  et  dity  etc. 

«  D'autres  idées  plus  ou  moins  alistraites 
ont  reçu  leur  signe^  dans  cette  même  langue, 

colère.  Cette  image  se  letronve  chez  lt*s  Grecs.  Kcî 
oc  ait  iûifuïu  x^^  ^^  f'^^  Ttâfinxai.  (  ThéOC.,  /tf., 
I,  v.  18.)  —  ToO  3'w^cv<70  9utiôf ,  uni  fîimç  3t  oc  ^9 
Apitt'j  firwf  tcpovTv^e.  (  Oiyss.  xxiv,  518.  )  —  Ira 
codât  naso.  (Perse.)  —  Pb^lostr.  ,  /roji.,  u.  Il  el 
12.  ~  Cr.  Edwards,  SAcctl  qnœd.  Theocr.  idylL, 
..  127-128.  —  Y»cfiELMA!f!i ,  HmI-  de  Part,  L  I", 

IV,  c.  3. 

(49i)  11  se  mit  en  colère ,  et  son  TÎsafçe  tomba 
(C'en.,  m,  5) ,  pour  eipnmer  un  àéfil  sonrr.\5  et 
concentré. 


r. 


815 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


CI 


d*on  procédé  semblable.  L*eipression  du  vrai 
se  tire  de  la  solidité,  de  la  stabilité;  celle  du 
beaUf  de  la  splendeur;  celle  du  bien^  de  la 
rectitude  ou  de  la  bonne  odeur;  celle  du  mal^ 
de  la  déviation  de  la  ligne  courbe  ou  de  la 
puanteur.  Faire  ou  créer^  c'est  primitivement 
tailler^  couper;  décider  quelque  chose,  c'est 
trancher  (495);  penser,  cest  par/er,  comme 
chez  certaine  peuplade  de  TOcéanie,  qui, 

Eour  penser,  dit  parler  dans  son  ventre  (4%). 
"os  signifie  la  substance,  Tintime  d'une 
chose,  et  sert  en  hébreu  d'équivalent  au  pro- 
nom ipse.  Toutes  les  langues  présentent  du 
reste  des  faits  analogues,  avec  des  degrés 
divers  de  clarté,  selon  qu'elles  sont  restées 
plus  ou  moins  fi  Jèlcs  à  l'esprit  primitif  (497). 
Chose  frappante,  que  les  termes  les  plus 
transccnJants  dont  se  serve  la  métaphysique 
la  plus  avancée  aient  presque  tous  une  racine 
matérielle,  apparente  ou  non,  dans  les  pre- 
mières perceptions  d'une  race  toute  sensi- 
tive  (498)1 

a  Ces  passages  d'idées  si  hardis,  fondés 
sur  des  analogies  si  déliées,  nous  étonnent 
parce  qu'ils  ne  sont  plus  de  l'état  actuel  de 
l'esprit  humain.  11  faut  admettre  dans  les 
premiers  parlants  un  sens  spécial  de  la  na- 
ture [Naturgefuhlj  comme  dit  Fr.  Schlegel), 
•donnant  à  tout  une  signification,  voyant  l'âme 
dans  le  dehors  et  le  dehors  dans  l'âme.  Ce 
serait  un  grave  malentendu  de  considérer 
ce  caractère  sensitif  qui  parait  dans  le  fait  de 
l'apparition  du  langage  comme  ua  grossier 
matérialisme,  ne  comprenant,  fie  sentant 
(|uc  le  corps  :  c'était  au  contraire,  une  haute 
harmonie,  voyant  l'un  dans  Yh  itre,  expri- 
mant l'un  par  l'autre  les  deux  mondes  ou- 
verts devant  l'homme.  L'application  du  phjr- 
sique  à  l'intellectuel  est  le  'rait  distinctif 
des  premiers  âges  de  l'huma aité.  Là  est  la 
raison  de  ce  symbolisme,  qui  n'est  que  l'u- 
sage plus  réfléchi  du  procédé  qui  avait  spon- 
tanément amené  le  développement  du  lan- 
gage ;  là  est  la  raison  de  cette  écriture  hiéro- 
glyphique et  idéologique  donnant  un  corps 
aux  idées,  et  qui  n'est  que  l'application  à  la 
représentation  écrite  du  principe  qui  présida 
à  la  représentation  par  les  sons.  En  effet,  le 
procédé  de  nomenclature  que  nous  avons 

(495)  Les  acceptions  analogues  de  décider^  allem. 
tntscheiden^  juKcpo^ot  (le^pfifvii) ,  sont  fondées  sur 
la  môme  mélaptiore. 

(496)  Gesenius  ,  Lexicon  manuate,  p.  75  ;  — 
Journal  des  savants,  1817,  p.  435  et  suiv. 

(497)  Ainsi,  dans  nos  langues,  les  mots  penchant, 
aversion,  inclination,  et  une  foule  d'autres.  En  grec, 
i'uiÊyMi  ,  opiyofiQt,  désirer,  signifient  proprement 
aller  vers,  s'étendre  vers,  nhifiialiùi,  signifie  pro- 
prement chanter  faux{nlréV-iJié\oç),  et  par  suite  com- 
mettre une  fauie.  —  Le  souflle  dans  toutes  les  lan- 
gues a  servi  de  si^rne  verbal  à  la  vie  comme  il  lui 
sert  de  signe  physique. 

(498)  Locke,  Kssai,  1.  m,  o.  1,  §  b,  —  Leibnitz, 
Nouv.  Essais  sur  l'entendement  humain,  1.  ni,  c.  1 , 
§5. 

(499)  Quel()ues  philologues ,  par  exemple ,  ont 
voulu  faire  dériver  le  var,  qui,  dans  toutes  les  lan- 
guies sémitiques,  correspond  à  la  conjonction  copu- 
fative  e(,  du  sens  même  du  mot  vav,  qui  signifie 
jerochct,  cheville.  De  pareilles  conjectures  so::t  aussi 


décrit  est-il  autre  chose  qu'un  symbolisme, 
un  hiéroglyphisme  continuel?  Et  tous  ces 
faits  ne  se  groupent-ils  pas  [wur  témoiinen 
de  l'étroite  union  oui  rattachait  d'abord  1  une 
à  l'autre  l'âme  et  fa  nature? 

«(  Toutefois,  comme  un  te]  état  était  loin 
d'exclure  l'exercice  de  la  raison  pure, mais 
la  tenait  seulement  enveloppée  dans  de$ 
formules  concrètes,  nous  croyons  qu'on  doit 
admettre  comme  primitifs  dans  leur  signlti- 
cation  les  mots  métaphysiques  esseniieU  à 
la  formule  de  la  sensation  et  rendant  seuls 
l'expérience  possible,  comme  les  pronoms 
personnels,  quelques  particules  (i99),  et 
peut-être  le  verbe  éire  r500).  Ces  mots  aj'par- 
tiennent  tout  autant  à  la  ^Tammaire  que  !a 
lexicologie;  or,  la  grammaire  est  tout  entière 
l'œuvre  de  la  raison  :  la  sensation  n'y  a 
aucune  part.  Mais  ces  exceptions  ne  doivent 
pas  nous  em|  ôcher  de  formuler  celte  loi 
générale  sur  la  formation  des  langues,  que 
c'est  par  une  analogie  phvsique  qu'elles  ont 
procédé  d'ordinaire  a  la  désignation  des  idées 
métaphysiques  et  morales.  Nous  reviendrons 
nlus  tard  sur  les  distinctions  qu'il  faut  faire 
a  cet  é^jard  entre  les  races,  et  les  pcsiriotions 
nécessaires  pour  les  langues  de  l'Inde  en 
particulier. 

«  Mais,  dans  l'expression  des  choses  phy- 
siques elles-mêmes,  quelle  loi  suivirent  Tes 
premiers  nomenclateurs?  L'imitation  ou  l'o- 
nomatopée paraît  avoir  été  le  iirocédé  ordi- 
naire par  lequel  ils  formèrent  leurs  appella- 
tions. La  VOIX  humaine  étant  à  la  fois  siqnt 
et  aon,  il  était  naturel  que  l'on  nrît  le  son  de 
la  voix  pour  signe  des  sons  ae  la  nature. 
D'ailleurs,  comme  le  choix  de  rappellalioQ 
n'est  point  arbitraire,  et  que  jamais  rhommft 
ne  se  décide  à  assembler  des  sons  au  hasatd 
pour  les  faire  signes  de  sa  pensée,  on  peut 
assurer  que  de  tous  les  mots  actuellement 
usités,  il  n'en  est  pas  un  seul  qui  n'ait  sa 
raison  suffisante,  ou  comme  fait  primitif,  ou 
comme  débris  de  langue  plus  ancienne.  Or, 
le  fait  primitif  qui  a  dû  déterminer  lëlection 
des  mots  est  sans  doute  l'effort  pour  imiter 
l'objet  qu'on  voulait  exprimer,  surtout  si 
l'on  considère  les  instincts  sensibles  qui 


vraisemblables  que  celle  d'après  laquelle  fcnvieodrait 
de  iiiwà  et  Si  de  diu.Cf.  Hoogcvrrn,  Doctrina  pani- 
cularum  linguœ  Grœcœ,  c.  14  et  46. 

(500)  c  Je  ne  connais  aucune  langue,  dit  M.  Cou- 
sin, où  le  mot  français  être  soit  exprimé  par  la 
correspondant  qui  représente  une  idée  sensible.  * 
Cours  de  1829,  29*  leçon.  L*opîniou  des  philolo^V 
qui  assignent  pour  sens  premier  a  a  verte  hébrru 
haia  ou  hawa  (être)  celui  de  respirer^  et  cbercbrat 
dans  ce  mot  des  traces  d*onomatopée»  n'est  poortaat 
pas  dénuée  de  vraisemblance.  Eu  arabe,  le  rprbe 
kâna,  qui  joue  le  même  rôle,  signtlie  primitivfiDe»t 
se  tenir  debout  (exstare).  koum  {siare\  en  belinru, 
passe  aussi  dans  ses  dérivés  au  sens  détre  {suittaa- 
tia).  En  sanskrit,  stha,  être  et  se  teuir  debout.  Pv- 
i\cipe—sthane=ithane(p3\\)=stato  {\M.)=ze$té  (rte' 
Ce  curieux  parallélisme  a  été  observé  par  M.  Eo/- 
Burnouf.  —  Le  persan  hestem,  je  suis,  appartient  i 
la  .même  racine.  — Cf.  Bopp,  Closs,  MSfir.,  p.  ^^ 
et  suiv. — Tha  sert  encore  d'auxiliaire  dans  les  bA- 
gués  vulgaires  de  Tlndoustan. 


SI7 


LAN 


D*AMTHROPOLOGIC. 


LAN 


SIS 


durent  présider  aux  débuts  de  l*e$prit  hu- 
main. 

c  La  langue  des  premiers  hommes  ne  fut 
donc  en  quelque  sorte  que  Técho  de  la  na- 
ture dans  la  conscience  humaine.  Sans  doute 
les  traces  de  la  sensation  primitire  se  sont 
profondément  effacées,  et  il  serait  désormais 
impossible  de  retrouver  dans  la  plupart  des 
langues  les  sons  auxquels  elles  durent  leur 
origine.  Toutefois  il  est  des  idiomes  qui  plus 
que  d'autres  ont  conservé  le  souvenir  de  ce 
procédé  primitif  :  dans  le  mantchou,  par 
exemple,  il  forme  un  caractère  tout  à  fait 
dominant;  dans  les  langues  sémitiques,  et 
dans  Thébreu  en  particulier,  il  est  aussi 
très-sensible  pour  un  grand  nombre  de  raci- 
nes, et  pour  celles-là  surtout  gui  portent 
un  caractère  plus  marqué  d'antiquité  et  de 
monosjllabisme;  enGn,  bien  que  plus  rare 
ou  plus  difficile  k  découvrir  dans  les  langues 
indo-gerinaniques,  et  surtout  dans  le  sans- 
krit, il  perce  encore  dans  les  rameaux  les 
filus  avancés  de  cette  famille,  à  tel  point  que 
es  premiers  qui  tournèrent  de  ce  côté  leurs 
réflexions  s'en  laissèrent  éblouir,  et  furent 
entraînés  au  système  dangereux  de  l'union 
essentielle  du  mot  et  du  sens  (501).  La  rup- 
ture, par  exemple,  pouvait-elle  s'exprimer 
d*une  manière  plus  pittoresque  que  par  la 
racine  fvj  [in  »•/*€,  c'c^y*»,  /:«(yff«^;  sanskrit, 
rag;  celte-breton,  rogan;  ou  par  sa  forme 
latine,  frac  ;  allemand,  brechen  t  Frenu  strep^ 
Mîrid^  n'étaient-ils  pas  la  peinture  naturelle 
du  bruit  dans  ses  diverses  nuances?  Leibnitz 
a  rassemblé  de  nombreux  et  curieux  exem- 
ples de  re  genre  d'imitation  dans  nos  langues 
occidentales  (502).  En  résumé,  la  liaison  du 
sens  et  du  mot  n'est  jamais  n/cc##airf,  jamais 
arbitraire^  toujours  motirée. 

«  On  objecterait  en  vain  contre  cette  théo- 
rie la  différence  des  articulations  par  les- 
queUes  les  peuples  divers  ont  exprimé  un 
fait  physique  identique.  En  effet,  un  même 
phénomène  se  présente  aux  sens  sous  milJt 
laces  diverses,  parmi  lesquelles  chaque  lan- 
gue choisit  à  son  gré  sa  caractérique.  Soit, 
par  exemple,  le  tonnerre.  Quelque  bien 
déterminé  que  soit  ce  fait,  il  frappe  diverse- 
ment Toreille,  et  peut  être  également  dépeint 
ou  comme  bruit  sourd,  ou  comme  craque- 
ment, etc.  De  là  vient  la  multitude  de  ses 
noms  divers  :  Adelung  dit  en  avoir  rassem- 
blé plus  de  353,  tous  empruntés  aux  langues 
européennes,  et  tous  évidemment  formés 


sur  la  nature.  La  différence  est  plus  sensible 
encore  quand  quelque  particularité  d'organo 
ou  de  prononciation  vient  donner  aux  arti- 
culations une  valeur  tout  autre  dans  la  bou- 
che des  peuples  divers.  Le  mot  chinois  ley 
n'est  guère  imitatif  pour  le  tonnerre;  il  le 
devient  pourtant,  si  l'on  considère  que  /  re- 
présente r  {rey)^  suivant  l'habitude  de  cette- 
langue.  II  en  est  de  même  du  groënlandais 
kaUak  {karrak)^  et  du  mexicain  tlatUUnitzet 
iratrat...  (503). 

«  C'est  même  par  ces  racines  imitatives 
que  s'opère  en  apparence  la  réunion  de  fa- 
milles de  langues  profondément  distinctes, 
sous  le  rapport  lexicographique  et  gramma-u 
tical.  L*usa^e  du  même  procédé  a  amené  le 
même  résultat  sur  les  points  les  plus  divers, 
et  l'unité  de  l'objet  a  partout  entraîné  l'unité 
de  l'imitation.  C'est  ainsi  que  le  radical  ih 
ou  tk  sert  de  base  à  une  famille  de  mots  des 
plus  étendues,  laquelle  s'étend  sur  toutes  les 
langues  sémitiaues  et  îndo -germaniques, 
pour  exprimer  l'action  de  lécher  ou  avaler. 
Hébreu  :  louaeh  (avaler),  lak  (lécher;  syria- 
que :  lah  (lécher)  ;  arabe  :  lahtka  (id.)  ;  sans- 
krit :  lih  (id.)f  lak^  lag  (goûter)  ;  X^x^,  Hngo^ 
ligurio^  lingua,  Uchen^  to  lick^  leccare^  U-^ 
cher  (oM).  11  en  est  de  même  de  fr  marquant 
la  déchirure,  de  kr  marquant  le  cri,  etc. 

«  Il  serait  d^ailleurs  trop  rigoureux  d'exi* 
g?r  du  linguiste  la  vérification  de  cette  loi 
dans  chaque  cas  particulier.  Il  y  a  tant  de 
relations  imitatives  qui  nous  échappent,  et 
qui  frappaient  vivement  les  premiers  hom- 
mes, si  sympathiques  encore  avec  la  nature  1 
La  sensibilité  était  chez  eux  d'autant  plus 
délicate,  oue  les  facultés  rationnelles  étaient 
moins  développées.  Les  sens  du  sauvage» 
saisissent  mille  nuances  imperceptibles  qui 
échappent  aux  sens  ou  plutôt  à  lattenticn 
de  1  homme  civilisé.  Peu  familiarisés  avec 
la  nature,  nous  ne  voyons  qu'uniformité  là 
où  les  peuples  nomades  ou  agricoles  ont 
vu  de  nombreuses  originalités  individuel- 
les (505).  Il  fout  admettre  dans  les  premiers 
hommes  un  tact  d'une  délicatesse  infinie, 
qui  leur  faisait  saisir  avec  une  finesse  dont 
nous  n'avons  plus  d'idée  les  qualités  sensi- 
bles qui  devaient  servir  de  base  à  l'appella- 
tion des  choses.  La  faculté  d'interprétation,  • 
qui  n'est  qu'une  sagacité  extrême  à  saisir 
les  rapports,  était  en  eux  plus  développée; 
ils  voyaient  mille  choses  à  la  fois.  La  nature 
leur  parlait  plus  qu'à  nous,  ou  plutôt  ils 


(.501)  T«  ijko  ôvôufler^  futuQxtxd  lort.  (Aaist.,  Rhei.^ 
L  m,  c  1,  {  2);  —  Cf.  Plat.,  Crai. 

(502)  *Voiif .  Eêtais^  liv.  ni,  c.  1  et  2.  —  Voy. 
aussi  Dm.  de  Le.ifiep  ,  De  anatogia  linguœ  Grœcœ, 
c.  5,  et  ScHRiD,  Obserrationeê  ad  Lemiep  de  analo- 
gia^p.  256,  280,  ^9. 

(503)  Cf.  Adclctic,  MithridaU^  Disc,  prélîm. 

(504)  Cf.  Borr,  Giouarimm  êanunium^  pag.  301, 


(505)  C'est  ainsi  qiie  la  langue  bébraiqae,  d'ail- 
li*iirs  si  paavre,  possè  le  une  grande  variété  de  mots 
poiir  exprimer  tous  les  objets  naturels,  comuie  la 
plaie,  le  lion,  etc..  suivant  les  différences  les  plus 
dWirales.  C^e  richesse  >\t  synonymes  est  portée, 
«Uns  l'arabe ,  à  un  poi:.l  ^vesqae  iiicroyabie.   Umh 


Chalawaib  fit  un  ouvrage  sur  les  noms  du  lion,  au 
nombre  de  500,  et  un  antre  sur  ceux  du  serpent,  au 
nombre  de  200.  Firuzabad  4it  avoir  écrit  nn  livre 
sur  les  noms  du  miel ,  et  avoue  qa*après  en  avoir 
compté  plus  de  80,  il  était  resté  incomplet.  Le  même 
auteur  dit  avoir  recueiUi  au  moins  1000  mots  pour 
signifier  répée,  et  d'autres  (ce  qui  est  plus  croyable) 
en  ont  trouvé  plus  de  400  pour  exprimer  ie  mal- 
heur. —  Le  lapon  compte  environ  30  mots  pour 
désigner  le  renne  selon  son  sexe,  son  ^e,  sa  cou- 
leor,  etc.  L'ancien  saxon  en  avait  plus  de  15  pour 
désigner  la  mer,  qui  pourtant  n'offre  pas  de  varié- 
tés spécifiques.  ~  Cf.  Enafclop.  d'Eiscn  et  GntTBCB, 
t.  il,  p.  46. 


819 


UN 


[DICTIONNAIRE 


LAN 


m 


trouvaient  en  eux-mêmes  un  écho  secret 
qui  répondait  à  toutes  ces  voix  du  dehors, 
et  les  rendait  en  ai'ticulations,  en  parole. 
De  là  ceç  brusques  passades  dont  la  trace  est 
perdue  pour  nos  procédés  lents  et  pénibles. 
Oui  pourrait  ressaisir  ces  fugitives  impres- 
sions dans  des  mots  qui  ont  subi  tant  tfe  ré- 
volutions, et  sont  si  loin  de  leur  acception 
primitive?  Si  c'est  la  raison  qui  fonde  le 
système  grammatical  de  chaque  langue , 
rimaginalion  vive  et  enfantine  est  la  vraie 
faculté  qui  engendre  les  dénominations. 
C'est  chose  admirable  que  la  puissance  d'ex- 
pression de  Tenfant,  et  la  fécondité  qu'il  dé- 
ploie pour  créer  des  appellations,  des  mots 
à  lui,  avant  crue  l'ha-bitude  lui  impose  le 
langage  officiel.  Il  en  fut  de  même  des  pre- 
miers hommes.  Nous  devons  renoncer  à 
jamais  à  retrouver  les  sentiers  capricieux 
qu'ils  parcoururent  et  les  associations  d'idées 
oui  les  guidèrent  dans  cette  œuvre  de  pro- 
duction spontanée,  où  tantôt  l'homme,  tan- 
tôt la  nature,  renouaient  le  fd  brisé  des  ana- 
logies, et  croisaient  leur  action  réciproque 
dans  une  indissoluble  unité. 

"t  En  indiquant  l'onomatopée  comme  une 
des  lois  générales  du  langage  primitif,  nous 
sommes  donc  loin  de  croire  qu  elle  suffise 
seule  à  l'explication  de  tous  les  faits.  Il  est 
inJubitable  qu'une  foule  d'autres  procédés 
actuellement  perdus  ou  réduits  à  un  chétif 
exercice  et  comme  à  l'état  rudimentaire,  du- 
rent contribuer  à  ce  travail.  C'est  une  ten- 
dance funeste  à  la  science  d'assujettir  de 
force  tous  les  faits  à  ressortir  d'une  seule 
explication,  et  de  vouloir  exclusivement  t  ut 
élever  sur  une  seule  base.  «  En  fait  de  lan- 
«  gués,  dit  M.  de  Humboldt,  il  faut  se  garder 
«  d'asserlions  générales.  »  .<  C'est  une  sup- 
«  position  tout  à  fait  gratuite  et  vraiment 
«  erronée,  dit  Fr.  Schlegel,  que  d'attribuer 
«  une  origine  paptout  la  même  au  langage  et 
«  au  développement  de  l'esprit  humain.  La 
«  variété  à  cet  égard  est  au  contraire  si 
«(  grande  que  dans  le  nombre  des  langues  on 
«  en  trouverait  à  peinn  une  seule  qui  ne  pût 
«  être  employée  comme  exemple  pour  con- 
«  Armer  une  des  hypothèses  imajpnées  sur 
«  l'origine  des  langues  (506).  »  Ainsi  l'ono- 
matopée est  loin  de  se  trouver  dans  toutes 
les  langues  au  même  degré.  Presque  exclu- 
sivement dominante  chez  les  races  sensi- 
tives  comme  chez  les  Sémites,  elle  apparaît 
beaucoup  moins  dans  la  langue  spiritualiste 
et  philosophique  de  l'Indç.  Le  sanskrit  pos- 
sède une  roule  de  mots  qui  n'ont  et  n'ont  pu 

(506)  Ueber  die  Spracne  una  Weisheit  4cr  Indier, 
part.  r%  e.  5. 

(507)  Plusieurs  mots  se  rapportant  à  des  choses 
jnti^Hoctuelles  y  sont  pourtant  empruntées  à  des 
iHiap:?s  physiques.  Ainsi  comprendre^  c'est  se  unir 
au-dessus  de...  Là  même  mctaphoro  existe  identi- 
qupin<'nl  en  aral;e. 

(ri08)  H  semble  aue  la  langue  ait  été  à  Torigine  le 
critérium  par  lequel  on  distinguait  les  tribus  plus 
on  moins  civilisées.  Ainsi  fiKp€v.p  semble  imilatif 
(Vil M  baragouin  inconnu  ,  c'est-à-dire  étranger.  La 
«liirinclion  de  ceux  qui  parlent  bien  et  de  ceux  qui 
ptnloiit  mal  se  retrouve  auss|  dans  Plode,  —Cf. 


avoir  qu'un  sens  métaphysique  (507).  Loin 
que  l'imagination  et  les  figures  y  dominent, 
plus  on  remonte  dans  l'antiauite,  plusonle 
trouve  net  et  immédiat  ;  c  est  comme  m 
rayon  de  l'intellect  pur  émis  dès  les  premiers 
jours  dans  toute  sa  limpidité.  «  La  laague 
«  indienne,  dit  encore  Schlegel,  est presoue 
«  tout  entière  une  terminologie  phifosopni- 

t  que  ou  plutôt  religieuse Elle  fournil 

a  une  nouvelle  preuve  que  l'état  primitif  de 
«  l'homme  n'a  pas  commencé  partout  d'une 
«  manière  analogue  à  celui  de  fa  brute  (508), 
«  état  dans  lequel  l'homme  aurait  reçu,  après 
«  de  longs  et  pénibles  efforts,  sa  faible  et  m- 
a  cohérente  participation  à  la  lumière  de  la 
«  raison.  Elle  montre  au  contraire  que,  si  ce 
a  n'est  partout,  du  moins  là  où  cette  rechcr- 
«  che  nous  ramène,  Tintelligence  la  plus 
«  claire  et  la  plus  pénétrante  a  existé  des  le 
«  commencement   parmi   les   hommes.  En 
«  effet ,  il  ne  fallait  rien  moins  qu'une  pa- 
«  reille  vertu  pour  créer  une  langue  qui, 
«  même  dans  ses  premiers  et  plus  simples 
«  éléments,  exprime  les  plus  hautes  notions 
«  de  la  pensée  pure  et  universelle,  ainsi  que 
«  l'entier  linéament  de  la  conscience,  el  cela 
«  non  par  des  fi[^ures,  mais  par  des  expro.-- 
«  sions  tout  à  fait  directes  et  claires  (509).  » 
«  Ce  ne  sera  qu'avec  des  restrictions  ana- 
logues que   nous  essayerons  d'établir  un 
autre  caractère  non  moins  inaporlant  des 
langues  primitives,  je  veux  dire  la  syn- 
thèse (510),  la  complexité,  qui  semblent  avoir 
é'é  le  trait  dominant  des  premières  créations 
de  l'esprit  humain.  On  se  figure  trop  sou- 
vent que  la  simplicité,   que   nous  conce- 
vons comme  logiquement  antérieure  à  la 
complexité,  l'est  aussi  chronologiquement; 
comme  si  ce  qui,  relativement  à  nos  procé- 
dés analytiques,  est  plus  simple  avait  au  pré- 
céder dans  l'existence  le  tout  dont  il  fait 
partie.  C'est  là  une  habitude  funeste  dans 
toutes  les  sciences  psycholo^icfues,  reste  des 
vieilles  habitudes  des  logiciens  et  de  leur 
méthode  artificielle.  Le  jugement,  par  exem- 
ple, est,  aux  yeux  de  la  psychologie  expéri- 
mentale, la  forme  naturelle  et  primitive  de 
l'exercice  de  Tentendemeiit.  Mais  parce  que 
le  jugement  peut,  par   une  analyse  uKc- 
rieure,  se  résoudre  en  idées  ou  pures  appré- 
hensions sans  affirmation,  Tanciennc  logique 
eji  concluait  que  la  pure  appréhension  pré- 
cède en  effet  le  jugement  affirmatif,  tandis 
qu'au  contraire  elle  n'est  qu'un  fragment  de 
1  action  totale  ps^r  laquelle  procède  l'esprit 
humain.  Loin  que  celui-ci  débute   nar  le 

Manoc,  l.  H,  dist.  25.  En  hébreu  ,  le  même  verbe 
signilie  bégayer  et  parler  un  langage  barbareet 
étranger.  —  Cf.  Gesenius,  Lexicon  manuakj  p.  5o;^ 
534. 

(î)09)  Ibid,  Yoy.  an&si  Philosopkische  VotUsm»- 
gen,  p.  57,  67-69. 

(510)  Je  me  sers  de  ce  mot  poer  me  conformer  a 
Tusage.  Mais,  de  fait,  TéUt  primilif  ne  faisait  qne 
ressembler  à  la  synthèse,  laquelle  sera  le  cowonne- 
ment  de  Pesprit  humain.  On  pourrait  l'appeler  sya- 
crétisme,  si  ce  mot  n'était  éiymolpgiqiiCiKnc^nt  si  in* 
propre. 


fêl 


IXN 


D^ANTIIROI'OLOGIC 


LAN 


831^ 


simple  oa  Tanalytique,  le  premier  acte  qu*it 
pOî>e  est  au  contraire  complexe,  obscur,  sjn- 
théti<iue  (311);  lout  y  est  entassé,  et  sans 
UiMinction 

«  11  en  fut  de  même  de  la  parole.  La  langue 
de  Tenfant,  en  apparence  plus  simple,  est 
|>lu$  compréhensive  et  plus  resserré*  que 
celle  où  s  explique  terme  à  terme  la  pensée 
anal  vsée  d'un  âge  plus  avancé.  L^s  plus  pro- 
fonds linguistes  ont  été  étonnés  de  trouver 
à  Torigine  et  cbex  les  peuples  qu'on  appelle 
enfants  des  langues  synthétiques,  riches, 
complig[uées,si  compliquées  même,  ({ue  c'est 
le  besoin  d'un  langage  plus  facile  qui  a  porté 
les  générations  [)Osténeures  à  analyser  la 
langue  savante  des  ancêtres.  Ainsi  le  groën- 
landais  ne  fait  qu^un  seul  mot  de  tous  les 
mots  d'une  phrase,  et  conjugue  ce  mot  comme 
un  verbe  simple  (512J.  L'aztèque  et  la  plu- 
part des  langues  américaines  [loussent  |us- 
qu^àun  point  que  Ton  croirait  à  peine  la 
composition  et  Tagglutination  des  mots  (513). 
Chaque  phrase  de  ces  langues  n*est  presque 
qu'un  verbe  dans  lequel  sont  insérées  toutes 
les  autres  parties  du  discours.  Le  mongol 
décline  un  nrman  tout  entier,  et  le  sanskrit, 
surtout  celui  des  commentateurs,  remplace 
la  syntaxe  par  les  flexions,  déclinant  aussi 
en  quelque  sorte  la  pensée  elle-même.  Le 
basque,  enfin,  que  M.  de  Humboldt  regarde 
comme  une  des  langues  restées  les  plus  fi- 
dèles à  l'esprit  primitif,  possède  une  prodi- 
gieuse variété  de  formes  et  de  flexions  gram- 
maticales, jusqu'à  onze  modes,  par  exemple, 
pour  le  verbe  (SU),  et  une  foule  d'autres 
procédés  pour  accumuler  les  uns  sur  les 
aulres  rexpression  des  rapports  (515).  On 
peut  étendre  la  même  remarque  aux  langues 
jrrecque  et  latine  comparées  au  sanskrit; 
A  bel  Rémusat  Ta  faite  sur  le  lapon,  et  M.  de 
Humboldt  Ta  vérifiée  sur  tous  les  idiomes 
lie  l'Amérique  et  de  la  mer  Pacifique;  enfin 
le  <avant  M.  Faurieî,  dans  son  cours  de  183i, 
IV'rigeait  en  loi  générale  en  l'appliquant  au 
iatinetaux  idiomes  qui  en  sont  dérivés  (516). 
«  La  formation  ûes  catégories  grammati- 
cales nous  fournira  un  exemple  frappant  de 
c«*tte  loi  du  langage.  En  analysant  les  lan- 
jruos  les  plus  anciennes,  on  voit  peu  à  peu 
^'elTacer  les  limites  de  ces  catégories,  et  on 
arrlTe  à  une  racine  fondamentale  qui  n'est 
uv  rerbe,  ni  adjectif,  ni  substantif,  mais  qui 
est  susceptible  de  revêtir  ces  diverses  for- 
mes (517).  Dans  l'état  actuel,  les  divisions 
(Jes  parties  du  discours  sont  tranchées,  et 
l'ours  rôles  suffisamment  distincts.  Dans  l'état 
primitif,  elles  existaient  sans  doute,  mais 

(511)  <  Des  hommes  grossiers  ,  dit  Turgot ,  ne 
ïotkt  rieo  de  simple.  U  faut  des  hommes  perfection- 
nés pour  V  arriver,  i 

(.jl2)   Cf.    Balsi  ,    Allu   ethnographique^    t^b. 

(513)  A.  »E  HcMiOLdT,  Vues  des  Cordillères^  page 
316. 

(  514)  indiraiif,  eonsuétudinaire,  potentiel,  voIor- 
tjiîre,  forcé,  néoessaire,  impératif,  subjonctif,  opta- 
tif, jiénîtadinaire,  inO:.ilif. 

ol5)  Cf.  VÇssai  sur  le  basque  de  G.  de  Dumboldt, 
à  !a  »-iile  du  Xithridate  d*ADELr?iG  et  Vatcl. 

^jïh)  G.   DL  Hlmbolbt,   Lettre  à  Attl  Rémusat ^ 


fans  séparation  ni  classification  antithétique. 
Dire  qu'il  n'y  avait  dans  Tétat  primitif  que 
des  noms  ou  que  des  verbes  est  également 
vrai  et  également  faux  :  vrai,  parce  cpia  tous 
les  mots  pouvaient  en  effet  le  devenir;  faux, 
car  aucun  mot  ne  Tétait  par  sa  nature.  Il  j 
a  même  quelques  langues  qui  n*ont  jamais 
dépassé  ce  premier  état,  et  qui  ne  sont  jamais 
parvenues  à  se  faire  un  système  complet  de 
catégories  grammaticales,  bien  quelles  en 
aient  le  sentiment  implicite.  Telle  est,  par 
exemple,  la  langue  chinoise*  qui  ne  fende 
point  sa  ^ammaire  sur  la  classification  des 
mots,  mais  fixe  par  d'autres  procédés  les 
rapports  des  i'iées  (518).  Telles  aussi  parais- 
sent avoir  été  à  leur  origine  les  langues  sémi- 
tiques ;  il  est  certain  du  moins  qu'en  perçant 
profondément  leur  forme  la  plus  ancienne 
on  voit  s'évanouir  toutes  ces  catégories  Ci 
apparaître  la  racine  synthétique,  réunissaul- 
en  puissance  tous  les  rôles  divers  que  l'ana- 
lyse a  séparés,  et  auxauels  elle  a  attribué 
une  existence  indépenaante. 

«  La  formation  de  la  conjugaison  présente 
plusieurs  faits  analogues.  Dans  nos  langues 
modernes,  le  sujet,  le  verbe,  et  plusieurs 
des  relations  de  temps,  démodes  et  de  voies, 
sont  exprimés  par  des  mots  isolés  et  indé- 
pendants. Dans  les  langues  anciennes,  au 
contraire,  toutes  ces  idées  sont  accumulées 
dnns  un  mot  unique  et  exprimées  par  une 
flexion.  Le  seul  mot  amabor  renferme  l'idée 
d'aimer,  la  notion  de  la  première  personne,, 
du  futur  et  du  passif.  L'allemand  en  disant  : 
Ich  trerdegeliebl  tterden  représente  ces  quatre 
notions  par  guatre  mots  séparés  (519).  'e>««, 
tiut  Ixfw  serait  sans  doute  beaucoup  plus  ana- 
lytique que  >ÛM,  et  à  entendre  les  grammai- 
riens, on  serait  tenté  de  croire  que  telle  était 
la  forme  primitive.  Rien  ne  serait  plus  faux  : 
il  n'y  a  pas  de  doute  qu'on  n'ait  aébuté  |)ar 
l'implexe,  le  comj;osé,  et  aue  l'esprit  nait 
d'abord  cherché  h  rendre  dans  son  unité  le 
tout  de  sa  pensée,  qu'il  a  ensuite  disséqué  et 
exprimé  partie  par  partie.  L'agglutination 
dut  être  le  procédé  dominant  du  langage  des 
premiers  hommes,  comme  la.  syntnèse  ou 
plutôt  le  syncrétisme,  le  caractère  de  leur 
pensée.  De  là  cette  influence  réciproque  de 
tous  les  mots  de  la  phrase,  et  des  membres 
que  nous  considérons  comme  indépendants 
les  uns  des  autres.  De  là  dans  l'écnture  an- 
cienne, cette  absence  d'interponctuation , 
cette  réunion  des  mots,  oui  semblent  ne  faire 
de  tout  le  discours  quune  seule  proposi-. 
tion  (520).  De  là  enfin  cette  construction 
savante,  prenant  la  période  comme  un  tout, 

Ïip.  50,  74,  e|c«,  ek  A.  de  Hchboldt,  Vues  des  Cordil-^ 
ères,  p*  50;  —  M.  Fauriel  et  sou  eusei/ptemenij  par 
M.  0zA.5Aii,  et  daps  la  Bewe  indépendante  du  25 
juiUet  lft45. 

(517)  Cf.  APELC5C  f  introduction  au  Mithri- 
daU. 

(518)  Votf.  G.   DE  Hchboldt,  Lettre  à  Abel  Ré 
musat» 

(519)  Votf,  Adam  Smith,  Considérciion  sur  tort- 
mne  et  la  formation  des  langues ,  à  la  suilc  de  &a 
Théorie  d.'s  sentiments  moraux, 

r*>20)  Cf.  UATTBiiE,  Gramm.  arecque  ^  Iniiit;  I", 
p.  30,  10,  etc.  (Traduct.  Cail  ci  Loiioiievilie.] 


823 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


%i\ 


dont  les  parties  sont  connexes  entre  elles, 
et  disposant  ces  parties  de  telle  sorte  cjxxe 
rintelligence  de  Tune  d*elles  n'est  possible 
que  supposé  la  vue  collective  de  Tensemble. 

«  Il  serait  possible,  en  prenant  Tune  après 
l'autre  les  langues  de  tous  les  pays  où  1  hu- 
manité a  une  histoire,  d'y  vérifier  cette  mar- 
che constante  de  la  synthèse  à  l'analyse, 
qui  est  la  marche  même  de  l'esprit  humain. 
Partout  une  langue  ancienne  a  fait  place  à 
un  idiome  vulgaire,  qui  ne  constitue  pas  à 
vrai  dire  une  langue  différente,  mais  plutôt 
un  âge  différent  de  celle  qui  Ta  précédée; 
celle-ci  plus  savante,  chargée  de  flexions 
pour  exprimer  les  rapports  Tes  plus  délicats 
de  la  pensée,  plus  ricne  même  dans  son  or- 
dre d'idées,  bien  que  cet  ordre  fût  compara- 
tivement plus  restreint;  image  en  un  mot  de 
la  spontanéité  primitive,  où  l'esprit  confon- 
dait les  éléments  dans  une  obscure  unité,  et 
perdait  dans  le  tout  la  vue  analytique  des 
p/rties;  le  dialecte  moderne,  au  contraire, 
correspondant  à  un  progrès  d'analyse,  plus 
clair,  plus  explicite,  séparant  ce  que  les  an- 
ciens assemblaient,  brisant  les  mécanismes 
de  l'ancienne  langue  pour  donner  à  chaque 
i<^e  et  à  chaque  relation  son  expression 
isolée. 

«  Si  nous  parcourons  par  exemple  les  di- 
yerses  branches  de  la  famille  indo-germani- 
que, aurdessous  des  idiomes  de  l'Inde,  nous 
trouverons  le  sanskrit  avec  son  admirable 
pichesse  de  formes  grammaticales,  ses  huit 
cas,  ses  six  modes,  ses  désinences  nombreu- 
ses et  ces  formes  variées  qui  énoncent  avec 
l'idée  principale  une  foule  de  notions  acces- 
soires Mais  bientôt  ce  riche  édiQce  se  décom- 
pose. Le  pâli,  qui  signale  son  premier  âge 
d'altération,  est  empreint  d'un  remarquable 
esprit  d'analyse.  «  Les  lois  qui  ont  présidé 
«  a  la  formation  du  pâli,  dit  M.  Eugène  Bur- 
«  nouf,  sont  celles  dont  on  retrouve  l'appli- 
«  cation  dans  d'autres  idiomes;  ces  lois  sont 
<?  générales,  parce  qu'elles  sont  nécessaires... 
a  Les  inflexions  organiques  de  la  langue 
a  mère  subsistent  en  partie ,  mais  d^ns  un 
«ï  état  évident  d'altération.  Plus  générale- 
«  ment  elles  disparaissent,  et  sont  rempla- 
«  cées,  les  cas  par  des  particules,  les  temps 
«  par  des  verbes  auxiliaires.  Ces  procédés 
«  varient  d'une  langue  à  l'autre,  mais  le 
«  principe  est  toujours  le  même;  c'est  tou- 
«  jours  l'analyse,  soit  qu'une  langue  synthé- 
«  tique  se  trouve  tout  â  coup  parlée  par  des 
«  barbares,  qui  n'en  comprenant  pas  la  struc- 
^  ture,  en  suppriment  et  en  remplacent  les 
H  inflexions;  soit  Qu'abandonnée  a  son  pro- 
«  pre  cours,  et  à  force  d'être  cultivée,  elle 
H  tende  à  décomposer  et  h  subdiviser  les 
m  signes  représentatifs  des  idées  et  des  rap- 
«  ports,  comme  elle  décompose  et  subdivise 
«  sans  cesse  les  idées  et  les  rapports  eux- 
«  mêmes.  Le  pâli  paraît  avoir  subi  ce  genre 
«  d  altération  :  c'est  du  sanskrit,  non  pas  tel 

(."il)  Cf.  Essai  sur  le  pâli,  de  MM.  Blrnouf  et 
LA.SSK.N,  p.  140- iil. 
(r^ii)  Ibid.,  p.  158-159. 
iC'2r^)  Cf.  Asici.  Bc^.earcl\,\o\.   Mil,    CilriUla, 


«  que  le  parlerait  une  population  étrangère 
«  pour  laquelle  il  serait  nouveau ,  mais  (Ih 
1  sanskrit  pur ,  s'altérant  et  se  moJiCani 
«  lui-même  à  mesure  qu'il  devient  [lus  |io- 
tf  pulaire  (521).  »  Le  prâkrit,  qui  représeiiin 
le  second  âge  d'altération  de  la  langue  an- 
cienne (522),  est  soumis  aux  mêmes  analo- 
gies :  d'une  part  il  est  moins  riche,  delautre 
plus  simple  et  plus  facile.  Le  kawi,  endu, 
autre  corruption  du  sanskrit,  mais  formé 
sur  une  terre  étrangère,  participe  aux  mêmes 
caractères.  «  Si  je  devais  présenter  une  opi- 
fi  nion  sur  l'histoire  du  kawi,  dit  CrawfuH, 
«  je  dirais  que  c'est  le  sanskrit  privé  de  ses 
a  inflexions ,  et  ayant  pris  à  leur  place  ks 
«  prépositions  elles  verbes  auxiliaires  m 
«  dialectes  vulgaires  de  Java.  Nous  pouvions 
a  facilement  supposer  Que  les  Brahmanesiia- 
«  tifs  de  cette  île,  sépares  du  pays  de  leurs  an- 
«  cêtres,  ont,  par  insouciance  ou  ignorance, 
«  essayé  de  se  débarrasser  des  inflexionsdifli- 
n  ciles  et  complexes  du  sanskrit,  par  les  ni- 
n  mesraisons  qui  ont  porté  les  Barbaresàaltc- 
«  rer  le  grec  et  le  latin,  et  à  former  le  modinic 
((  romaïqueet  l'italien  (523).» — MaisceslruLs 
langues  elles-mêmes,  formées  par  dérivâli(  n 
du  sanskrit,  éprouvent  bientôt  le  même  nui 
que  leur  mère.  Elles  deviennent  à  leur  tour 
langues  mortes,  savantes  et  sacrées;  le  [-^11 
dans  l'île  de  Cejrlan  et  l'Indo-Chine;  le  prâ- 
krit chez  les  Djainas;le  kawi  dans  les  îles 
de  Java,  Bali  et  Madoura;  et  à  leur  plan: 
s'élèvent  dans  l'Inde  des  dialectes  plus  |<i- 
pulaires  encore  :  i'hindoui,   le  bengali  Je 
mahratle  et  les  autres  idiomes  vulgaires  «Je 
rindoustan ,  dont  le  système  est  beaucoup 
moins  savant. 

«  Dans  la  région  intermédiaire  de  l'Iniie 
au  Caucase,  le  zend,  le  pehlvi,  le  parsioi, 
persan  ancien  sont  remplacés  par  le  ijersan 
moderne.  Or  le  zend,  par  exemple,  avec  ses 
mots  longs  et  compliqués,  son  manque  de 
prépositions  et  sa  manière  d'y  suppléer  an 
moyen  de  cas  formés  par  flexion,  rcprésene 
une  langue  éminemment  synthétique.  Oo 
peut  y  ajouter  son  alphabet  complique  «le 
quarante-deux  lettres,  dont  quelques-unes 
paraissent  à  peu  près  inutiles.  Les  alubabcN 
en  efl*et,  suivent  la  même  loi  que  les  languev 
Les  plus  anciens  sont  souventles  plus  rid.o 
et  les  i)lus  surchargés  de  superfluités.  Ci< 
ainsi  que  l'alphabet  dêvana^^àrî  ne  couij»^'  \ 
las  moins  de  cinquante-deux  signes,  et  (|u< 
e  système  graphique  des  Chinois  préseu  ' 
une  si  elTrayante  complication.  Taulii*^^ 
vrai  que  la  complexité  se  retrouve  hnii 
plus  que  la  simplicité  au  début  de  l'esi»fii 
humain. 

«  Dans  la  région  du  Caucase,  Tannénien  1 1 
le  géorgien  modernes  succèdent  à  l'arni/'niui 
et  au  géorgien  antiques.  En  Europe  rancin» 
slavon,  le  tudesque,  le  saxon,  le  gothique, 
le  normannique  se  retrouvent  au-des^-ou^ 
des  idiomes  slaves  et  germaniques.  Enlin, 

1820,  p.  161;  —  Yoy.  surloul  W. Himboi «\t,  f  c^f 
die  Kawi'Sprache  auf  der  Insel  Java  I.  Il»  §  I  ** 
passim. 


1 


L\N 


irANTimOâ^LOGIE. 


LAN 


826 


c  est  de  l'analyse  du  grec  et  du  lalin,  sou- 
mis au  tra^rail  de  décomposition  des  siècles 
barbares,  aue  sortent  le  grec  moderne  et  les 
langues  néo-latines. 

«  Les  langues  sémitiques  présentent  une 
marche  analogue.  L'hébreu,  leur  type  le  plus 
ancien,  montre  une  tendance  marquée  à  ac- 
cumuler Teipression  des  ramiorts;  l'agglu- 
tination y  est  le  procédé  dominant:  non- 
seulement  le  sujet,  mais  encore  le  régime, 
les  conjonctions,  l'article,  les  pronoms  n'y 
forment  qu'un  seul  mot  avec  l'idée  princi- 
pale. «  Les  Hébreux,  semblables  aui  enfants, 
dit  HenJer,  Teulent  tout  dire  à  la  fois.  Il 
leur  suffît  presque  d'un  seul  mot,  là  où  il 
nous  en  faut  cinq  ou  sii.  Chez  nous,  les 
monosyllabes  inaccentués  précèdent  ou 
suivent  en  boitant  l'idée  principale;  chez 
les  Hébreux,  ils  s'y  joignent  comme  into- 
nation ou  comme  son  ûnal,  et  l'idée  prin- 
cipale reste  dans  le  centre,  semblable  à 
un  roi  puissant;  ses  serviteurs  et  ses  va- 
lets Tentourent  de  près,  et  ne  forment 
avec  lui  qu'un  seul  tout,  qui  se  produit 
spontanément  dans  une  harmonie  par- 
faite (52^).  B  Or  l'hébreu  dis]iarait  à  une 
épo<pe  reculée,  j/our  laisser  dominer  seul 
le  cnaldéen,  le  samaritain,  le  syriaque,  le 
rabbiniaue,  dialectes  plus  analysés,  plus 
]on:;s,  plus  clairs  aussi  quelquefois,  lesquels 
Tonl  h  leur  tour  successivement  s'absorber 
dans  Tarabe.  Mais  l'arabe  est  aussi  trop  sa- 
vant pour  l'usage  vulgaire  d'un  peuple  illet- 
tré. Les  grossiers  soldats  des  premiers 
khalifes  ne  peuvent  en  obseryer  les  flexions 
délicates  et  Tariées,  le  solécisme  se  multiplie 
et  devient  le  droit  commun  au  grand  scan- 
dale des  grammairiens;  on  y  obvie  en  aban- 
donnant les  flexions  et  y  suppléant  par  le 
mécanisme  plus  commode  de  la  juxtaposi- 
tion des  mots.  De  là'à  c6lé  de  l'arabe  littéral, 
fjui  devient  le  partage  exclusif  des  écoles, 
I  arabe  vulgaire  d*un  système  beaucoup  plus 
simple  et  moins  riche  en  formes  grammati- 
cales. 

«  Les  langues  tartares  présenteraient  plu- 
sieurs phénomènes  analogues  dans  la  super- 
ftosition  du  chinois  ancien  et  du  chinois  mo- 
derne; du  tibétain  ancien  et  du  tibétain 
moderne;  les  langues  malaises  dans  cette 
langue  ancienne  à  laquelle  Marsden  et 
Crawfurd  ont  donné  le  nom  de  grand  poly- 
nésien^ et  que  Baibi  appelle  le  sanskrit  de 
rOcéanie  (5Î5).  Hais  les  faits  que  nous  Tenons 
de  citer  suflîsent  pour  prouver  que  dans  l'his- 
toire des  langues,  la  synthèse  est  primitive,  et 
3ue  l'analyse,  loin  d^èlre  la  forme  première 
e  Tesprit  humain,  n'est  que  le  lent  résultat 
de  son  développement. 

«  Ce  n'est  donc  que  par  une  hypothèse 

(S24)   EffMtl  de  ia  poéne  des  Hébreux^  premier 

l€. 


iVif&)  Balki,  Atlas  ethnographique^  tab.  xxin. 
<.'»i6)  Voy.  AftbELi'^G,  Diu.  prélim.  du  Mithrid.  ; 
—  llL'NM>LDT,.re^«r  die  Kawi  Spraclu,  EiiUeilung, 

s.  iCCLlXXlX,  ff. 

(•iil)  M.  AU»!  Réniusat  a  mortré  sous  quelles  ré- 
«--Mcs  it  faut  attribiHM'  le  monoski iaitismo  au  chi- 
ucts,  qTiicst  p{>iirunt  ta  Ungtic  uiuuu>>; llaU(|uc  far 


purement  artificielle  qu'on  suppose  aux  Ian« 
gués  un  premier  état  monosyllabique  et 
sans  flexions.  Sans  doute  la  racine  fonda- 
mentale exprimant  l'idée  principale  ne  fut 
généralement  composée  que  d  une  seule 
syllabe,  puisqu'il  n'y  a  guère  de  motif, 
comme  dit  M.  de  Humboldt,  pour  désigner, 
tant  que  les  mots  simples  suffisent  au  besoin, 
un  seul  objet  par  nlus  d'une  syllabe.  D'ail- 
leurs, en  chercfiant  a  reproduire  l'impression 
du  dehors,  impression  rapide  et  instantanée, 
l'homme  ne  dut  en  saisir  que  la  partie  la 
plus  saillante,  laquelle  est  essentiellement 
monosyllabique  ^^26).  Mais  en  accordant  que 
l'expression  isolée  de  chaque  idée  fût  telle 
(ce  qui  peut-être  demanderait  encore  bien 
des  restrictions;  (527),  au  moins  faut-il  dire 
que  dans  le  discours  ces  idées  s'accumulaient 
tellement,  et  contractaient  entre  elles  un 
lien  si  étroit  que  la  proposition  en  jaillissait 
comme  un  tout,  et  constituait  presque  dans 
la  psychologie  primitive  ce  qu'est  le  mot 
dans  notre  état  analytique.  Car  pinson  re- 
monte dans  l'histoire  clés  langues,  plus  on 
trouve  l'agglutination  prenant  la  place  de  la 
juxtaposition,  et  la  tendance  à  reunir  dans 
un  tout  compacte  ce  que  plus  tard  on  s'est 
contenté  de  rapprocher. 

«  L'exubérance  des  formes,  l'indétermi- 
nation, l'extrême  variété,  la  liberté  s«r.s 
contrôle,  caractères  qui,  si  on  sait  les  et'^cff- 
dre,  sont  étroitement  liés  entre  eux,  du/eiit 
aussi  constituer  un  des  traits  distinctifs  de 
la  langue  des  premiers  hommes.  Bien  loin 
que  le  travail  littéraire  ait  rien  ajouté  à  la  ri* 
chesse  des  langues,  il  n'a  fait  en  un  sens  que 
les  appauvrir  en  les  régularisant.  Les  idiomes 
les  plus  anciens  sont  plus  riches  en  formes, 
ou  plutôt  plus  indépendants  que  ceux  qui 
ont  subi  la  recension  grammaticale  (528), 
qui  n'est  jamais  qu'un  choix  dans  la  richesse 
excessive  des  langues  populaires,  et  une 
élimination  de  ce  qui  fait  double  emploi.  La 
langue  grecque  et  la  langue  latine,  par 
exemple,  présentent  une  foule  de  mots  qui 
ne  possèdent  point  toutes  les  formes  ordi- 
naires, et  suppléent  à  leurs  lacunes  en  em- 
pruntant k  d'autres  mots  les  formes  qui  leur 
manquent;  comme  f/û,  fioO,...  ^c^u,  oU»^  Ivr/zo»; 
fero^  luii,  iatum^  etc.  Personne  ne  croira  sans 
doute  que  I7M,  ftoû,  soient  les  cas  d'un  même 
pronom,  que  fero^  tuli,  iatum^  soient  les 
temps  d'un  même  verbe.  Ce  sont  deux  pro- 
noms, ce  sont  trois  verbes  incomplets  dans 
l'état  actuel  de  la  langue,  qui,  après  avoir 
vraisemblablement  existé  comme  i'ndépen- 
dants,  n'ont  pu  échapper  à  l'élimination  des 
supeiiluités  qu'en  soutenant  leurs  débris 
l'un  par  l'autre,  et  formant  ainsi  un  seul 
pronom,  un  seul  yerbe  factices,  sufiisant 

excellence.  (Fundgruben  des  Orienis,  111,  s.  27d.)  Ce 
n>st  que  par  des  hypolbéses  hasardées  qu*on  idin- 
bue  ce  caractère  à  Fêtât  primitif  des  laugiies  sémi- 
tiques. La  plupart  de»  racines  les  plus  anciennes  «îii 
C(l:o-brcton  sout  monosyllabiques;  mais  il dcviciU 
polvsvtlabique  par  les  flexions. 

(M8)  Grimm  l'a  prouvé  pour  la  langue  alleniaïKle, 
en  montrant  qu'elle  a  perdu  phisieuis  formes  p;'C- 
cicuiïcs  qu'elle  po^^Jail  autrefois. 


8Î7 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


828 


auxliesoins  de  \a  nouvelle  langue  réglemen- 
tée et  définie.  Quand  on  voit  ywé  Taire  au 
génitif  y  wacxôc»  peut-on  croire  à  la  légitimité 
d'une  pareille  dérivation?  N'est-il  pas  plus 
vraisemblable  que  dans  les  formes  surabon- 
dantes de  la  langue  originelle,  ici  Ton  disait 
yuvq,  là  yvvftiS,  et  que  quelques  membres  de 
ces  deux  formes  sont  seuls  arrivés  à  la  con- 
sécration grammaticale? 

«  C'est  le  point  de  vue  qui  ressort  avec 
évidence  de  1  examen  des  coi^ugaisons  dans 
les  langues  les  plus  anciennes.  En  hébreu, 
par  exemple,  les  verbes  dont  la  racine  est  le 
plus  évidemment  monosyllabique  peuvent 
souvent  se  conjuguer  de  deux  ou  trois  ma- 
nières différentes,  et  ceux  çiui  participent  à 
une  même  racine  bilitère,  bien  que  différents 
pour  la  forme  et  la  signification,  se  confon- 
dent souvent  entre  eux.  Le  même  fait  se 
retrouve  dans  la  langue  grecque,  surtout 
chez  Homère  et  les  poêles  les  plus  an- 
ciens. Elfii,  je  vais,  tire  sps  temps  ae  t"»,  t?», 
îûi,  cp,  non  que  tous  ces  verbes  aient  réel- 
lement existé,  mais  parce  que  le  radical  pri- 
mitif est  successivement  traité  sur  ces  types 
divers.  '03p)îax«j,  o  Wxkv»,  o^tcXc*,  cLffXfu,  ne 
sont  que  des  variantes  de  la  racine  primitive 

i'^'k,  BaivM,  ^ao,  jSq^i;  —  Ktu,  xtivi,  y^cTpac,  xiouotc 
(x'oyrac);  - — xvâu,  xv«Oa>,  xvt^u,  xm^^ioà^  wnviivf 

et  tant  d'autres,  peuvent  être  considérés  de 
même.  11  semble  d'abord  que  ô^Xu,  par  exem- 
ple, doive  être  regardé  comme  la  lorme  pri- 
mitive, d'où,  par  suite,  se  seraient  formés 
iflhx'a,  QfXiJiâ'if'aj  etc.;  mais,  bien  loin  de  là, 
ce  sont  au  contraire  ces  formes  qui  sont 
chronologiquement  antérieures,  et  coexis- 
taient avec  bien  d'autres  encore,  comme 
variétés  capricieuses  d'un  langage  tout  d'ins- 
tinct. 

«  Il  faut  tirer  la  même  conclusion  des 
confusions  que  les  plus  anciens  poêles  grecs 
se  permettent,  comme  les  Hébreux,  entre 
des  verbes  très-divers  pour  le  sens,  mais 
analo^^ues  pour  la  forme.  Miim  signifiant  bA- 
tir,  est  très-différent  deiafiûu^  SscftâC-N  ^a/w?- 
fAc.  etc.;  mais  l'identité  du  radical  df*  suIGt 
pour  établir  entre  eux  une  communauté  de 
temps;  Hfiu  emprunte  ses  parfaits  et  son 
aoriste  {)as$if  à  ^oi^otu  (  df ^pqxa ,  Miir,ft%t , 
iH  lîOi.v),  et  réciproquement  ^«fAyÇ'a  em- 
prunte son  aoriste  second  passif  ( ièàfinv)  à 
èifA%».  Le  radical  dâu  a  produit  detî»,  Baioixai^ 
èaiyjfti,  îiî&orxw,  verbcs  qui,  avec  des  signi- 
fications très-différentes,  offrent  des  confu- 
sions ana1o;;ues.  11  en  est  de  même  de  xpàtà^ 
rendre  un  oracle,  x/»«>/*«s  se  servir,  xpv^'^^ 
désirer,  y^pa,  il  faut,  x^ceivu,  loucher.' Ce 
sont  là ,  au  point  de  vue  de  nos  langues  arti- 
ficiellement fixées,  autant  d'irrégularités, 
ou,  si  l'on  veut,  de  barbarismes  reçus^  dé- 
notant l'état  d'une  langue  où  l'écrivain  n*a 
d'autre  règle  que  l'analogie  générale  qui 
dirige  le  langage  du  peuple.  Le  latin,  au 
contraire,  offre  très-peu  ae  ces  confusions. 
Ce  qui  n'est  pas  erammatiiîalement  régulier 
v  est  décidément  Oar6(irt«mf,  parce  que  cette 
Iftngue,  avant  de  passer  dans  les  livres,  a  subi 
un  travail  de  régularisation  et  de  fixation 
rûflccliie. 


<K  La  forme  ordinaire  des  grammaires  pour- 
rait induire  en  erreur  sur  ce  caractère  des 
langues  anciennes,  exemptes  de  toute  entrave 
conventionnelle,  et  ne  songeant  point  à  réali- 
ser un  type  voulu.  Soit,  par  exemple,  la  lan- 
gue hébraïque.  A  la  vue  d'ouvrages  aussi  im- 
posants par  leur  masse,  la  richesse  de  leurs 
détails,   et  leur  profonde   svstématisation 

Sue  la  Grammaire  critique  d'Ewald ,  ou  le 
ystême  raisonné  de  Gesenius,  ne  dirait-on 
pas  qu'il  s'agit  d'une  langue  compliquée  de 
règles  nombreuses,  et  assujettie  dans  ses 
moindres  détails  à  des  mécanismes  rigou- 
reux? Rien  pourtant  ne  serait  moins  exact. 
Le  plus   lettré  des  anciens  Hébreux,   un 
Isaïe  par  exemple,  n'eût  guère  conçu  la  pos- 
sibilité d'un  SI  long  discours  sur  la  langue 
qu'il  parlait  avec  tant  de  facilité.  Générale- 
ment les  grammaires  les  plus  longues  sont 
celles  des  langues  qui  en  ont  eu  le  moins; 
car  alors  les  anomalies  étouffent  les  règles. 
Chacun  parlait  à  sa  façon ,  imitant  les  au- 
tres sans  y  penser,  mais  ne  s'en  rapportant 
point  à  une  autorité  supérieure.  Le  gram- 
mairien   vient    ensuite,  dominé  par   son 
idée  de  lois,  et  cherchant  à  tout  prix  des 
formules  qui  renferment  tous  les  cas  possi- 
bles. Au  désespoir  de  voir  ses  principes  gé- 
néraux sans  cesse  déjoués  par  les  caprices 
du  langage,  il  se  sauve  par  les  exceptions 
qui    bientôt  sont  elles-mêmes  érigées  en 
règles.  Or,  le  point  de  vue  de  lois  eiSe  fautes 
est  tout  à  fait  défectueux,  appliqué  aux  lan- 
gues anciennes.  Ces  langues  se  permettent 
une  foule  de  constructions  en  apparence  peu 
logiques,  des  énallages  de  genre,  des  phra- 
ses inachevées,  suspendues,  sans  suite.  11 
serait  également  inexact,  et  d'envisager  ces 
anomalies  comme  des  fautes ,  puisque  nul 
ancien  n'avait  l'idée  d'y  voir  des  transgres- 
sions de  lois  qui  n'existaient  pas,  puisque, 
malgré  ces  tours  irré^uliers ,  on  réussissait 
parfaitement  à  se  faire  entendre,  et  de  les 
ériger  en  règles  ^  en  cherchant  des  prescrip- 
tions rigoureuses  là  où  il  n'y  avait  que  ca- 
price instinctif.  La  vérité  est  que  récrivain, 
en  employant  ces  manières  de  parler,  ne 
songeait  ni  à  observer  ni  à  violer  un  règle- 
ment, et  que  le  lecteur  ou  l'auditeur  contem- 
porains n'avaient  non  plus  en  présence  de 
ces  tours,  aucune  arrière-pensée. 

«  Jamais  donc  le  langage  ne  fut  plus  indi- 
viduel quà  l'origine  de  rhorame,  jamais 
moins  arrêté ,  jamais  plus  subdivisé  en  ce 
qu'on  peut  appeler  dialectes.  Trop  souvent 
on  se  figure  que  les  variétés  dialectiques  se 
sont  postérieurement  formées  par  divt^r- 
gence  d'un  type  unique  et  primitif.  11  sem- 
ble, au  premier  coup  d'œil ,  que  rien  n'e.>t 
plus  naturel  que  de  placer  ainsi  Vunité  on 
tê'e  des  diversités;  mais  des  doutes  graves 
s'élèvent ,  quand  on  voit  les  langues  se  sub- 
diviser avec  l'état  sauvage  ou  barl^are,  se 
morceler  pour  ainsi  dire  de  village  en  vil- 
lac50,.je  dirai  presque  de  famille  en  famille. 
Le  Caucase,  par  exemple,  offre  sur  un  petit 
espace  une  quantité  de  langues  cnlièrenionl 
di.sliiicle^.  L'Abyssiuie  présente  un  pliéno- 


129 


LAN 


D*ANTHROPOL0GIE. 


Lilf 


830 


mène  analogue  (5â9).  liais  ces  diversités  ne 
sont  rien  en  comparaison  de  celles  qui  sépa- 
rent les  langues  de  TOcéanie.  C'est  là  que 
l'état  sauvage,  en  armant  le  bras  de  chacun 
contre  ses  voisins,  a  poussé  jusqu'aux  der- 
nières limites  ses  effets  de  désunion  et  de 
morcellement.  Parmi  la  population  é^rse  et 
grossière  de  l'Ile  de  Timor,  on  croit  qu'il 
n'y  a  pas  moins  de  quarante  langues  parlées. 
Dans  nie  d'Endé  ou  de  Flores,  on  trouve 
aussi  une  multitude  d'idiomes,  et  parmi  la 
iiopulation  cannibale  de  Born^,  il  est  proba- 
nle  qu'on  en  parle  plusieurs  centaines  (530}. 
M.  A.  de  Humboldt  a  fait  la  mè Jie  remarque 
sur  les  dialectes  de  l'Amérique,  mais  en 
observant  que  cette  variété  est  plus  res- 
treinte dans  les  lieux  où  les  communica- 
tions sont  plus  faciles,  dans  les  savanes  et 
les  forêts  uu  Nord ,  sans  cesse  parcourues 
par  des  chasseurs,  le  long  des  nvières ,  et 
partout  où  les  Incas  avaient  établi  leur  théo- 
cratie par  la  force  des  armes  (531). 
«  Ces  faits  nous  semblent  suffisants  pour 

Cuver  l'impossibilité  d'une  grande  langue 
Liogène,  pariée  dans  une  société  ))eu 
avancée.  La  civilisat.on  seule  peut  étendre 
}es  idiomes  par  masses  homogènes,  et  en- 
core n'a-t-il  été  donné  qu'aux  sociétés  mo- 
dernes de  réaliser  une  langue  régnant  pres- 
que sans  dialecte  sur  tout  un  grand  pays. 
Si  la  langue  grecque  parlée  par  un  peuple 
si  heureusement  doué  lie  la  nature,  a  compté 
presque  autant  de  dialectes  que  la  Grèce 
comptait  de  peuplades  différentes,  peut-on 
croire  que  les  premiers  hommes,  qui  se 
possédaient  à  peine  eux-mêmes,  et  dont  la 
raison  était  encore  comme  un  songe,  eussent 
réalisé  cette  unité  à  laquelle  les  siècles  les 
plus  polis  ont  eu  peine  à  atteindre?  Loin 
uonc  de  Dlaccr  l'unité  à  l'origine  des  choses, 
il  faut  1  envisager  comme  le  résultat  lent  et 
tardif  d'une  civilisation  avancée.  Au  commen- 
cement, il  y  avait  autant  de  dialectes  que  de 
familles,  je  dirai  presque  d'individus.  Cha- 
cm  se  formait  son  langage  sur  un  fond  tra- 
ditionnel, mais  suivant  son  instinct,  ou 
plutôt  selon  les  influences  que  }i  sol,  les 
aliments,  le  climat  exerçaient  sui  jt^  orga- 
nes de  la  parole  et  les  opérations  de  l'intel- 
ligence. On  parlait  par  besoin  social  et  par 
be^^oin  psychologique  ;  pourvu  qu'on  se  for- 
mulât sufllsamment  sa  pensée,  et  qu'on  la 
fit  en  tendre  aux  autres,  on  s'occupait  peu  de  la 
conformité  de  son  langage  avec  un  tyne  au- 
torisé et  général.  La  surabondance  de  formes 
que  nous  avons  remarquée  dans  les  langues 
les  plus  anciennes  n'a  j.as  une  autre  origine. 
Une  telle  richesse,  en  effet,  n'est  qu'indé- 
termination ,  ces  langues  sont  riches,  parce 
au'elles  sont  sans  règles  et  sans  limites, 
haque  individu  a  eu  le  pouvoir  de  les  trai- 

(529)  Cf.  JoBi  Lddolpi,  Historia  mîkiopiea^  L  i, 
c.  15,  n*  40  et  soîy. 

<530)  Cf.  CftAWFURD,  Bistortf  of  the  Indûm  ArM- 
peéa^o^  Tol.  Il,  p.  79. 

(J&i)  Cf.  A.  DR  llrMFOLdT,  Vues  des  CordUièrti^ 
i:!tro4.,  p.  Tiii  et  ix. 

1532)  Henler  a  dit,  dans  son  Traiié  de  Corigime 
4e*  lamguetf  que  plus  une  langue  eit  barbare  plus  elle 


ter  presque  à  sa  fantaisie,  milléP  formes 
exubérantes  se  sont  produites,  et  le  discer- 
nement grammatical  ne  s'étant  pas  encore 
exercé,  elles  coexistent  dans  un  syncrétisaie 
absolu  (532).  C'est  un  arbre  d'une  végétation 
puissante,  auquel  la  culture  n'a  rien  retran- 
ché, et  qui  étend  capricieusement  et  au 
hasard  ses  rameaux  luxuriants.  Quand  vie^ 
dra  le  travail  réfléchi  et  scientifique  du  lan- 
gage, son  œuvre  ne  sera  pas  d'ajouter  à  cette 
surabondance;  elle  sera  toute  négative,  elle 
ne  fera  que  couper  et  fixer,  elle  imposera 
des  lois,  (*t  ces  lois  seront  des  limites.  L  élimi- 
nation s'exercera  sur  ces  formes  inutiles, 
les  superfétations  seront  bannies,  la  langue 
sera  déterminée,  réglée,  et  en  un  sens  ap- 
pauvrie. 

«  Ainsi  un  langa.:^e  illimité,  capricieux, 
varié,  telle  paratt  avoir  été  la  langue  primi- 
tive ;  et  si  1  on  convient  d'appeler  ces  varié- 
tés dialectes,  au  lieu  de  placer  avant  eux 
une  langue  unique  et  compacte,  il  faudra 
dire  que  cette  unité  n'est  résultée  cfue  de 
l'extinction  successive  des  variétés  dialecti- 
ques. Ce  serait  môme  se  tromper  que  de 
ciîercher  des  groupes  trop  arrêtés  dans  cette 
diversité  même,  et  de  croire,  par  exemple, 
que  tous  les  dialectes  qui  plus  tard  a]iparais- 
sent  dans  chaque  langue  eussent  des  lors 
leur  existence  individuelle.  Ce  n'est  que  pos- 
térieurement que  telles  et  telles  propriétés 
grammaticales  sont  devenues,  en  se  grou- 
pant entre  elles,  le  trait  distmctif  de  tel  et 
tel  dialecte.  Elles  coeiistaieiit  alors  dans  un 
mélange  au'on  a  pv  prenJre  pour  l'unité, 
mais  qui  n  était  q,i.e  la  confusion.  Ce  n'est  ni 
l'unité,  ni  l'analyse  qui  se  trouvent  au  début 
de  i'esprit  hui£&in,  mais  le  svncrélisme. 
Tous  Tes  éi^isents  y  sont  entasses  sans  cette 
exacte  distinction  gui  caractérise  l'analyse, 
sans  cette  belle  unité  qui  résulte  de  la  par- 
faite synthèse.  Tout  y  est  comme  n'y  étant 
pas,  parce  que  tout  y  est  sans  individuaii 
salion  ni  existence  séparée  des  parties.  Ce 
n'est  qu'au  second  degré  que  celles-ci  com- 
mencent à  se  dessiner  avec  netteté,  et  cela, 
il  faut  l'avouer,  aux  dépens  de  l'unité,  dont 
l'état  primitif  offrait  au  moins  quelque  appa- 
rence. Alors  c'est  la  multiplicité,  la  division 
qui  domine,  jusqu'à  ce  que  la  synthèse 
venant  ressaisir  ces  parties  isolées,  lesquelles 
ayant  vécu  à  part  ont  désormais  la  cons- 
cience d'elles-mêmes,  les  fonde  de  nouveM 
dans  une  unité  supérieure.  En  un  mot,  exis- 
tence confuse  et  simultanée  des  variétés  dia- 
lectiques, existence  -isolée  et  indépendante 
des  dialectes,  fusion  de  ces  variétés  dans  une 
unité  plus  étendue  :  tels  sont  les  trois  degrés 
qui  correspondent,  dans  la  marche  des  lan-r 
gués,  aux  trois  phases  de  tout  développe- 
ment soit  indiviauel,  soit  collectif. 

a  de  eottjugaisont.  Sans  doute,  puisque  ehacan  a  e« 
le  droit  d*y  faire  sa  eonju]?aisoii  à  sa  guise,  et  que 
rasage  ne  s*est  pas  constitué  en  artûtre  pour  con- 
sacrer telle  forme  et  éliminer  telle  autre.  Vovez  un 
exemple  remarquable  de  ces  coexistences  de  formes 
multiples  dans  les  langues  populaires,  dans  VE$sai 
9ur  le  pâli,  de  MM.  BoajiovF  el  LisscH,  p.  175. 


831 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


852 


Uue  richesse  sans  bornes  ou  plutôt  sans 
régie,  une  synthèse  obscure  et  conapréhea- 
sive,  tous  les  éléments  entassés  et  indis- 
tincts, tels  étaient  donc  les  caractères  de  la 
pensée  et  de  la  langue  des  premiers  hommes. 
Ainsi  à  toutes  les  époques,  apparaît  le  mer- 
veilleux accord  de  la  psychologie  et  de  la 
linguistique;  nous  sommes  donc  fondés  à 
considérer  les  langues  comme  les  formes 
successives  qu'a  revêtues  Tesprit  humain 
aux  différents  moments  de  son  existence, 
comme  le  produit  des  forces  humaines  agis- 
sant à  tel  moment  donné  et  dans  tel  milieu. 
Ce  résultat  se  confirme  en  considérant  Thar- 
raonie  non  moins  parfaite  des  langues  et  des 
climats.  Tandis  que  celles  du  iMidi  abondent 
en  formes  variées,  en  voyelles  sonores,  en 
sons  pleins  et  harmonieux,  celles  du  Nord, 
comparativement  plus  pauvres  et  ne  recher- 
chant que  le  nécessaire,  sont  chargées  de 
conaonnes  et  d'articulations  rudes.  On  est 
surpris  de  la  différence  que  produisent  à  cet 
égard  quelques  degrés  de  latitude.  Les  trois 
Turincipaux  Idiomes  sémitiques,  par  exemple, 
1  araméen,  Thébreu  et  l'arabe,  bien  que  distri- 
bués sur  un  espace  peuconsidérale,  sont  dans 
un  rapport  exact  pour  la  richesse  et  la  beauté 
avec  la  situation  climalérique  des  peuples 
qui  les  ont  parlés.  L'araméen,  usité  dans  le 
Nord,  est  dur,  pauvre,  sans  harmonie,  lourd 
dans  ses  constructions,  sans  aptitude  pour 
la  poésie,  qui  en  effet  s'est  à  peine  fait  en- 
tendre dans  ce   rude  idiome.  L'arabe,  au 
contraire,  placé  à  l'autre  extrémité,  se  clis-^ 
tingue  par  une  admirable  richesse.  Nulle' 
langue  ne  possède  autant  de  synonymes  pour 
certaines  classes  d'idées,  nulle  ne  présente 
un  système  grammatical  aussi  compliqué; 
de  sorte  qu'on  serait  tenté  quelquefois  de 
voir  surabondance  et  subtilité  dans  l'étendue 

Ï)resque  indéfinie  de  son  dictionnaire  et  le 
abyrinthe  de  ses  formes  grammaticales. 
L'hébreu  enfin,  placé  entre  ces  deux  extrê- 
mes, tient  également  un  milieu  enti-e  leurs 
qualités  opposées.  11  a  le  nécessaire,  mais 
rien  de  superflu  ;  il  est  harmonieux  et  facile, 
mais  sans  atteindre  à  la  merveilleuse  flexibi- 
lité de  l'arabe.  Les  voyelles  y  sont  disposées 
harmoniquement,  et  s'entremettent  avec  me- 
sure pour  éviter  les  articulations  trop  rudes, 
tandis  que  Taraméen  recherchant  les  formes 
monosyllabiques,  ne  fait  rien  pour  éviter  les 
collisions  de  consonnes,  et  que  dans  l'arabe 
au  contraire,  les  mots  semblent  à  la  lettre 
nager  dans  un  fleuve  de  voyelles,  qui  les 

(533)  I  C'est  resprit  qui,  primitivement,  crée  h\ 
langage  ;  mais  le  langage,  une  fois  créé,  développe 
et  perfectionne  Tesprit  :  TefTet  r&igit  sur  la  cause. 
{/e  langage  a  cela  de  commun  avec  toutes  les  gran- 
des institutions,  qui,  après  avoir  été  créées  par  la 
nature  humaine ,  Tont  transformée  .  elle-même.  » 
€ousi!f.  Cours  de  481^20,  5*  leçoji.) 

(554)  On  a  fait  la  remarque  que  la  philosophie 
trauscendentale  ne  pouvait  prendre  naissance  qu'en 
Allemagne,  dont  la  langue,  plus  qu'aucune  autre, 
permet  ou  suggère  d'employer  objectivement  le 
pronom  de  la  preoiière  personne.  Pourtant  Texpres- 
41011  U  moi  est  familier  à  Pascal  et  à  Fénelon.  (Le 
nf}\  est  haïssable,  Pasoau.)  —  Fénelo:^  ,  Lettre  II 


dérobe  de  toutes  parts,  les  suit,  les  précède, 
les  unit,  sans  souffrir  aucun  de  ces  rappro- 
chements que  se  permettent  les  langues 
d'ailleurs  les  plus  harmonieuses.  Si  Ton 
s'étonne  de  rencontrer  de  si  fortes  variétés 
de  caractère  entre  les  idiomes  au  fond  iden- 
tiques, et  parlés  dans  des  climats  dont  U 
différence  est  après  tout  si  peu  considérable, 

3u'on  se  rappelle  les  dialectes  grecs,  qui 
ans  un  espace  plus  restreint  encore  présen- 
taient des  différences  non  moins  profondes, 
la  dureté  et  la  grossièreté  du  dorien  et  de 
l'éolien  à  côté  de  la  mollesse  ionienne,  tout 
infléchie  en  voyelles  et  en  diphthoQgues, 
tout  adoucie  en  sons  efféminés.  Il  faut 
d'ailleurs  reconnaître  que  l'esprit  divers  des 
peuples  est  une  cause  de  variété  bien  plus 
puissante,  et  que  le  cliff.at  ne  peut  ouefque 
chose  qu'en  influant  sur  cet  esprit  même. 

«  C'est  en  effet  dans  la  diversité  des  races 
qu'il  faut  chercher  les  causes  réelles  de  la 
aivcrsit^  des  idiomes.  L'esprit  de  chaque 
peuple  et  sa  langue  sont  dans  la  plus  étroite 
connexité  :  l'esprit  fait  la  langue,  et  la  langue 
à  son  tour  sert  de  formule  et  de  limite  à  1  es- 
prit (533).  La  race  religieuse  et  toute  sensi- 
tive  des  peuples  sémitiques  ne  se  peint-elle 
pas  trait  pour  trait  dans  ces  langues  toutes 
physiques  et  morales,  auxquelles  l'abslratv 
tion  est  inconnue  et  la  métaphysique  imiws- 
sible?  La  langue  étant  le  module  nécessaire 
des  opérations  intellectuelles  d'un  peu- 
ple (534),  des  idiomes  peignant  tous  les  objels 
par  leurs  qualités  sensibles,  presque  dénués 
de  syntaxe,  sans  construction  savante,  priîés 
do  ces  conjonctions  variées  qui  établissent 
entre  les  membres  de  la  pensée  des  relations 
si  délicates  (535),  devaient  être  éminemment 
propres  aux  énergiques  peintures  des  Voyants 
et  aux  tendres  et  doux  accents  d'une  poésie 
peu  intellectuelle,  mais  devaient  se  refuser 
a  ces  profondes  analyses,  qui  mettent  à  nu 
les  lois  de  l'esprit  humain,  et  par  elles  celles 
du  monde  et  de  Dieu.  Imaginer*  un  Aristote 
ou  un  Kant  avec  un  instrument  aussi  gros- 
sier n'est  guère  plus  possible  que  de  (conce- 
voir un  poëme  comme  celui  de  lob  dans  nos 
langues  métaphysiques  et  réfléchies.  Aus>i 
chercherait-on  vainement  chez  les  peuples 
qui  les  ont  parlés  quelque  tentative  indigène 
d'analyse  philosophique,  tandis  «ju'ils  abon- 
dent en  peintures  ravissantes  d'impressioas 
"^«issagères  et  de  beautés  physiques,  en  ex- 
pressions vraies  et  flnes  de  sentiments  mo- 
raux, d'aphorismes  pratiques.  C'est  par  exrel- 

au  duc  iCOrléans.  ^  Log.  de  P.  R. ,  m*  part., 
ch.  XX,  §  6.  —  Locke  dit  de  même  le  wi,  I.  n. 
ch.  XXVI,  §  9. 

(535)  An  lieu  de  ces  savants  eDroulcments  de 
phrase  {circuitui,  comprehensio,  comme  les  app^il«? 
Cicéron),  sous  lesquels  les  langues  grecque  ex  laURe 
savent  assembler  avec  tant  d*art  les  détails  inulu- 

Ïiles  d'une  pensée  unique,  les  Sémites  oc  savcni  que 
aire  suivre  les  propositions  les  unes  après  les  au- 
tres, en  employant  pour  tout  artifice  la  simple  co- 
pulative  «I,  qui  fait  tout  le  secret  de  leur  périodi:  ^ 
leur  lient  lieu  de  presque  toutes  les  autres  coojoik- 
tions. 


833 


LAN 


D'ANTHROPOLOGIE. 


LAN 


854 


lence  la  race  des  religions,  destinée  à  leur 
donner  naissance  et  a  les  propager;  et  en 
effet,  n*est-il  pas  remarquable  que  les  trois 
religions  qui  jusc^u'ici  ont  joué  le  plus  grand 
rôle  dans  Tfatstoire  de  la  civilisation,  les 
trois  religions  marquées  d*un  caractère  spé- 
cial de  durée,  de  fécondité,  de  prosélytisme, 
et  liées  d'ailieujrs  entre  elles  par  des  rap- 
ports si  étroits  qu'elles  semblent  trois  ra- 
meaux d*un  même  tronc,  trois  traductions 
inégalement  belles  et  pures  d*une  même 
idée,  sont  nées  toutes  les  trois  parmi  les 
peuples  sémitioues,  et  de  là  se  sont  élancées 
a  la  conquête  de  hautes  destinées?  Il  n'y  à 
que  quelques  lieues  de  Jérusalem  au  Sinaî, 
et  du  Sinaï  à  la  Mecque. 

«  Au  cuntraire,  la  recherche  réfléchie,  in- 
dépendante, sévère,  courageuse,  philosophi- 
que en  un  mot  de  la  vérité^  semble  avoir  été 
le  partage  de  cette  race  indo-germanique, 
qui  du  fond  de  l'Inde  jusqu'aux  extrémités 
de  rOccident  et  du  Nord,  depuis  les  siècles 
les  plus  reculés  îusqu'aux  temps  modernes, 
a  cherché  à  eipiiquer  Dieu,  1  homme  et  le 
inonde  au  sens  rationaliste ,  et  a  laissé  der- 
rière elle  comme  échelonnés  aux  divers  de- 
grés de  son  histoire  ces  systèmes,  ces  créa- 
tions philosophiques,  toujours  et  partout 
soumis  aux  lois  constantes  et  nécessaires 
d^un  développement  logique.  Les  langues 
de  cette  famillesemblent  créées  pour  l'accom- 
plissement de  cette  mission.  Elles  ont  une 
souplesse  merveilleuse  pour  exprimer  les 
relations  les  plus  intimes  des  choses  par  les 
flexions  de  leurs  noms,  les  temps  et  les 
modes  variés  Je  leurs  verbes,  leur  particules 
ioGniment  délicates,  et  surtout  la  facilité 
qu  elles  ont  de  former  à  volonté  des  mots 
composés.  Possédant  seules  Tadmir^ble  se- 
cret de  la  période,  elles  savent  relier  dans 
un  tout  les  membres  divers  de  la  pensée; 
Finversion  leur  permet  de  conserver  l'ordre 
naturel  des  idées  sans  nuire  à  la  détermi- 
nation des  rapports  grammaticaux  ;  tout  de- 
vient pour  elles  abstraction  et  catégorie; 
elles  sont  les  langues  de  la  métaphysique  et 
de  Fidéalisme.  Elles  ne  pouvaient  apparaître 
que  chez  une  race  philosophique,  et  une 
ra?e  philosophique  ne  pouvait  se  développer 
sans  elles. 

«  Que  faut-il  de  plus  pour  conclure  que 
chez  les  diverses  races  et  dans  chaque  pays, 
la  langue  fut  le  produit  de  l'originalité  hu- 
maine etdu  caractère  individuel  de  l'homme  ? 
Chercher  ailleurs  que  dans  l'esprit  et  les 
procédés  qu'il  employa  l'unité  au  langage, 
supposer,  par  exe.i  pie ,  que  toutes  les  lan- 
gues sont  sorties  par  dérivation  d'une  seule, 
c*est  dépasser  les  faits,  et  supposer  plus  qu'il 
n*est  nécessaire.  Rien  de  plus  commode  sans 
doute  qu'une  telle  hypothèse  pour  expliquer 
les  ressemblances  ûes  langues  et  de  tous  les 

(536)  Les  sauvages  se  montrent  très-ciiricux  de 
savoir  le  nom  des  objets  qui  leur  sont  inconnus.  Ils 
semblent  S!ipposer  dans  ce  nom  quelque  chose  d'ab- 
solu. La  même  idée  se  retrouvait  au  fond  de  Feipé- 
ri^nce  Je  Psammétit|ue.  Nos  aïeux  du  iiii'  siècle 
preoaicnt  aussi  le  français  pour  la  lan^e  naturelle 
de  lous  les  iMimains.  L*un  des  historiens  de  saint 


produits  de  l'esprit  humain  Rapporter  à 
une  même  origine  les  peuples  entre  lesquels 
on  troure  quelque  élément  commun,  et, 
comme  on  trouve  de  ces  éléments  dans 
toute  l'humanité»  en  conclure  l'unité  primi- 
tive, est  la  première  idée  qui  se  présente; 
car  on  s'adresse  toujours  aux  causes  exté- 
rieures avant  de  rechercher  les  causes  psy* 
cholo:.pques.  L'unité  matérielle  de  race  frappe 
et  séduit  ;  l'unité  de  l'esprit  humain  conce- 
vant et  sentant  partout  de  la  même  manière, 
reste  dans  l'ombre.  £n  un  sens ,  l'unité  de 
l'humanité  est  une  proposition  sacrée  et 
scientifiquement  incontestable  ;  on  peut  dire 
qu'il  n'y  a  qu*une  langue,  qu'une  littérature, 
qu'un  système  de  traditions  mythiques , 
puisque  ce  sont  les  mêmes  procédés  qui 
partout  ont  présidé  à  la  formation  des  lan- 
eues,  les  mêmes  sentiments  qui  partout  ont 
lait  vivre  les  littératures,  Ibs  mêmes  idées 

3ui  se  sont  partout  traduites  par  des  mythes 
ivers.  Mais  faire  cette  unité  toute  l'svcho- 
logique,  synonyme  d'une  unité  matérielle 
de  race  ^^ui  peut  être  vraie,  qui  peut  être 
fausse,  n  importe)  c'est  rapetisser  une  grande 
vérité  aux  minces  proportions  d'un  petit  fait, 
sur  lequel  la  science  ne  pourra  peut-être 
jamais  rien  dire  de  certain. 

«  Et  d'abord  les  ressemblances  gramma- 
ticales qui  se  rencontrent  entre  toutes  les 
langues  s'expliquent  suffisamment  par  l'iden- 
dite  même  de  1  esprit  humain,  agissant  de  la 
même  manière  sur  plusieurs  points  à  la  fois. 
Quant  aux  rapports  lexicologiques,  ils  sem- 
bleraient au  premier  coup  d'œil  plus  diffi- 
ciles à  expliquer;  mais,  outre  qu'on  en  a 
singulièrement  eiaséré  l'importance,  en  se 
fondant  sur  les  analogies  les  plus  superfi- 
cielles ou  les  plus  insuffisantes,  on  peut  affir- 
mer qu'il  n'en  est  pas  un  seul  qui  ne  s'ev 
plique  par  des  raisons  intrinsèques,  sans  que 
l'on  soit  obligé  de  recourir  à  la  communauté 
d'origine.  En  effet,  la  plupart  des  racines  com- 
munes appartiennent  à  la  classe  des  racines 
formées  i;ar  onomatopée;  et  lors  même  que 
la  science  se  trouve  dans  Timpossibilité  de 
rendre  raison  en  particulier  de  chaque  ana* 
logie,  il  suffit  qu  elle  ait  réussi  à  expliquer 
l'identité  dans  un  certain  nombre  de  cas, 
pour  qu'on  lui  permette  de  tirer  Tinduction 
générale  que  dans  tous  les  cas  non  expli- 
qués, il  y  a  raison  secrète,  bien  qu'elle  ne  se 
laisse  pas  apercevoir  aussi  facilement.  Toute 
appellation  ayant  sa  cause  dans  l'objet  ap- 

Selé,  et  le  caprice  n'ayant  eu  aucune  part 
ans  la  formation  des  langues,  le  choix  de 
chaque  mot  a  dû  avoir  sa  raisc  n  suffi- 
sante (536).  Est-il  donc  étrange  que  la  même 
raison  ait  existé  à  la  fois  dans  des  lieux  di- 
vers, et  produit  parallèlement  le  même  sif;ne 
pour  la  même  idée  dans  des  familles  diffé- 
rentes? 

Louis,  Guillaume  de  CTartres,  rapporte  qu'un  jeune 
homme,  né  sourd-muet  aux  extrémités  de  la  Bour- 
gogne ,  fut  guéri  miraculeusement  an  tombeau  du 
saint  roi,  et  se  mit  incontinent  à  |)arler  h  Ivtgne  4e 
la  capitale,  (  Hist.  littér.  de  la  ïvLttce,  toaic  VVl 
page  159.) 


855 


LAN 


MCTIOfiiNAlUE 


LIN 


«-* 


c  Quelles  que  soient  les  inductions  que 
#lans  FéUftt  actuel  nous  pouvons  tirer  sur  le 
passé,  il  fout  avouer  que  bien  des  choses 
resteront  toujours  ineipliquées  dans  les 
procédés  primitifs  de  Tesprit  humain,  à 
cause  de  ilmpossibiliié  absolue  où  nous 
sommes  de  les  concevoir  et  de  les  formuler. 
«  Gomment  exprimer  un  point  de  vue  spon- 
tané dans  des  langues  dont  tous  les  termes 
sont  fortement  déterminés ,  c'est-à-dire  sont 
fortement  réflexifs  (537)?  »  Il  faut  dire  que 
rhumanité,  à  e«s  époques  reculées,  était  do- 
minée par  de«  influences,  qui  n'ont  plus  main- 
tenant d'analo2ues,  ou  qui  ne  sauraient  plus 
amener  les  mêmes  effets.   A  la  vue  de  ces 

{produits  étranges  des  premiers  âges ,  de  ces 
àits  qui  semblent  en  dehors  de  Tordre  ac- 
coutumé de  l'univers,  nous  serions  tentés 
d'y  supposer  des  lois  particulières,  mainte- 
nant privées  d'exercice.  Mais  il  n'y  a  pas 
dans  la  nature  de  gouvernement  temporaire; 
ce  sont  les  mêmes  lois  qui  régissent  aujour- 
dliui  le  monde,  et  qui  ont  présidé  à  sa  cons- 
titution. La  formation  des  différents  systè- 
mes et  leur  conservation ,  l'apparition  des 
êtres  organisés  et  de  la  vie,  celle  de  l'homme 
et  de  la  conscience,  les  premiers  faits  de 
l'humanité  ne  furent  que  le  développement 
d'un  ensemble  de  lois  physiques  et  psycho- 
logiipies  posées  une  fois  pour  toutes,  sans 
que  jamais  l'agent  supérieur  qui  moule  son 
action  dans  ces  lois  ait  interposé  une  vo- 
lonté spécialement  intentionnelle  dans  le 
mécanisme  des  choses.  Sans  doute  tout  est 
fait  par  la  cause  première  ;  mais  la  cause 
première  n'agit  pas  par  des  motifs  partiels, 
par  des  volontés  particulières,  comme  le  di- 
sait Malebranche  (538).  Ce  qu'elle  a  fait  est 
et  demeure  le  meilleur;  les  moyens  qu  elle 
a  une  fois  établis  sont  et  demeurent  les  plus 
edicaces.  Mais  comment,  dira-t-on,  expli- 
quer par  un  même  svstème  des  effets  si  di- 
vers? Pourquoi  ces  faits  étranges  qui  signa- 
lèreut  les  origines,  ne  se  reproduisent-ils 
plus,  si  les  lois  qui  les  amenèrent  subsistent 
encore?  C'est  que  les  circonstances  ne  sont 
plus  les  mêmes  :  les  causes  occasionnelles 
qui  déterminaient  les  lois  à  ces  grands  phé- 
nomènes n'existent  plus.  En  général ,  nous 
ne  formulons  les  lois  de  la  nature  que  pour 
l'état  actuel^  et  l'état  actuel  n'est  qu'un  cas 
particulier.  C'est  comme  une  équation  par- 
tielle tirée  par  une  hypothèse  spéciale  d'une 
ériuation  plus  géné.aie.  Celle-ci  renferme 
virtuellement  toutes  les  autres,  et  a  sa  vé- 
rité dans  la  vérité  particulière  de  toutes  les 
autres.  Il  en  est  ainsi  des  lois  de  la  nature. 
Appliquées  dans  des  milieux  différents,  elles 
produisent  des  effets  tout  divers;  que  les 
mêmes  circonstances  se  représentent,  les 
mêmes  effets  reparaîtront.  Il  n'y  a  donc  pas 
deux  ordres  de  lois  qui  s'ordonnent  entre 
eux  pour  remplir  leurs  lacunes  et  suppléer 
à  leur  insuilisance,  il  n'y  a  pas  (Vinierim 
dans  la  nature  :  la  création  et  la  conserva- 
tion s'opèrent  par  les  mêmes  moyens,  agis- 


sant dans  des  circoostaifoes  diverses.  Qoelles 
étranges  combinaisons  ne  dureat  pes  anse* 
ner  ces  bouleversements  dont  notre  globe 
porte  les  traces,  dans  ce  monde  qui  noiu 
parait  fontastique,  parce  qu'il  était  différent 
du  nôtre?  Et  quand  l'homme  apoarut  sot  ce 
sol  encore  créateur,  sans  être  aUaité  par  une 
femme,  ni  caressé  par  une  mère,  sans  les 
leçons  d*ua  père,  sans  aïeux,  ni  patrie, 
songe-t-on  aux  faits  étonnants  (jni  durent  se 

risserau  premier  rtveil  de  son  intellisenoe* 
la  vue  de  cette  nature  féconde,  ({ont  il 
commençait  à  se  séparer?  D  dut  y  aToir  dans 
ces  premières  apparitions  de  l'activité  hu- 
maine une  énergie,  une  spontanéité  dont 
rien  ne  saurait  maintenant  nous  donner  nne 
idée.  Le  besoin  en  effet  est  la  vraie  cause 
occasionnelle  de  Texercice  de  toute  puis- 
sance. L'homme  et  la  nature  créèrent,  tandis 
Su'il  y  eut  un  vide  dans  le  plan  des  choses  ; 
s  oublièrent  de  créer,  sitôt  qu'aucun  besoin 
ne  les  y  força.  Non  pas  que  dès  lors  ils 
aient  compté  une  puissance  de  moins  ;  maâs 
ces    facultés   productrices  qui   à  Tori^ne 
s'exerçaient  dans  une  immense  proportion, 
privées  désormais  d'aliment,  se  trouvent 
réduites  à  un  rôle  obscur,  et  comme  acculées 
dans  un  recoin  de  la  nature.  Ainsi  Torgani- 
sation  spontanée,  qui  à  l'origine  fit  apparaî- 
tre tout  ce  qui  vit,  se  conserve  encore  sur 
une  échelle  imperceptible  aux  derniers  de- 
grés de  l'espèce  animale  ;  ainsi  les  facultés 
spontanées  de  l'esprit  humain  se  retrouvent 
encore  dans  les  faits  de  l'instinct ,  mais 
amoindries  et  presaue  étouffées  par  la  rai- 
son ;  ainsi  l'esprit  créateur  du  langage  se  re- 
trouve encore  dans  celui  qui  préside  à  ses 
révolutions  :  car  la  foi'ce  qui  fait  vivre  e^t 
au  fond  celle  qui  fait  nattre ,  et  développer 
est  en  un  sens  créer.  Si  l'homme  perdait  le 
langage ,  il  l'inventerait  de  nouveau.  Mais  il 
le  trouve  tout  fait  ;  dès  lors  sa  force  produc- 
trice dénuée  d'objet,  s'atrophie  comme  toute 
puissance  non  exercée.  L'enfant  la  possè^ie 
encore  avant  de  parler,  mais  il  la  perd  sitôt 
que  la  science  du  dehors  vient  oe  rendre 
inutile  la  création  intérieure. 

a  Qu'on  ne  dise  donc  plus  :  Si  Thomnie  a 
inventé  le  langage,  pourquoi  ne  l'invenle-i-il 
plus?  C'est  qu  il  n'est  plus  à  inventer;  Tère 
de  la  création  est  passée.  Mais  à  l'origine  des 
choses,  au  milieu  de  l'excitation  produite 
par  les  premières  sensations,  sous  l'influence 
de  l'imagination  et  de  l'instinct ^  on  ne  sau- 
rait assigner  de  limites  à  ce  qu'ont  pu  faire 
les  facultés  humaines,  a  Je  suis  pénétré  de 
«  la  conviction,  dit  M.  G.  deHumboldt,  qu'il 
«  ne  faut  pas  méconnaître  cette  force  rrai- 
«  ment  divine  que  recèlent  les  facultés  hu- 
«  maines,  ce  génie  créateur  des  nations, 
n  surtout  dons  l'état  primitif,  où  toutes  les 
«  idées  et  même  les  facultés  ûe  l'Ame  em- 
«  pruntem  une  force  plus  vive  de  la  nou- 
«  veauté  des  impressions,  où  l'homme  peut 
a  pressentir  des  combinaisons  auxquelles  il 
«  ne  serait  jamais  arrivé  par  la  marche  lente 


(557)  Cousin,  Fraçm.  philowpk.^  U  I*',  page  3$i 
(3*  éUîI.j» 


(538)  Méditations   chréttenneê^  7«  médilation  et 
pas9im. 


07 


LAN 


D*ANTilROPOLOSIE. 


LAN 


«53 


I  et  progressive  de  Tcxpérience.  Ce  génie 
«créateur  peut  franchir  les  limites  qui  sem- 
iblent  prescrites  au  reste  des  naortels,  et 
« sïl  est  impossible  de  retracer  sa  marche^ 
isa  présence  vivifiante  n*en  est  pas  moins 

•  manifeste.  Plutôt  que  de  renoncer,  dans 
c  rexplication  de  Torigine  des  langues ,  à 

•  t  mfluence  de  celte  cause  puissante  et  pre- 
«mière,  et  de  leur  assigner  à  toutes  une 
«marche  uniforme  et  mécanique  qui  les 
<  traînerait  pas  à  pas  depuis  le  commence- 
«ment  le  plus  grossier  jusqu'à  leur  perfec- 
«tionnement,  j'embrasserais  l'opinion  de 
«ceux  qui  rapportent  l'origine  dt'S  langues  à 

•  une  révélation  immédiate  de  la  Divinité. 
«  Ils  reconnaissent  au  moins  Tétincelle  di- 
«T.ne,  qui  luit  à  travers  tous  les  idiomes, 
>  même  les  plus  imparfaits  et  les  moins  cul- 

•  lifés(539).  » 

«Ces  grandes  créations  des  temps  primi- 
lihnous  semblent  maintenant  impossibles, 
{iarre  qu'elles  sont  au-dessus  de  nos  facultés 
réQéchies,  de  notre  puissance  d'invention. 
Mais  cela  prouve  seulement  la  faiblesse  de 
Télat  actuel,  état  pénit>le,  ditiifile,  plein 
(IVfTorts  et  de  sueurs,  que  Tcspril  humain 
aura  dû  traverser  pour  arriver  à  un  état  su- 
périeur. On  serait  tenté,  à  la  vue  de  ces 
pfo.Ji;,'es,  de  regretter  que  l'homme  ait  cessé 
uW  instinclii  pour  devenir  rationnel  ;  mais 
on  se  console  en  songeant  que,  si  sa  puis- 
»!ice  interne  est  diminuée,  sa  création  est 
):ien  plus  personnelle,  qu'il  possède  plus 
émiiiemmeni  son  œuvre,  qu'il  en  est  l'au- 
teur à  un  titre  plus  élevé  ;  en  songeant  en- 
core que  le  pro^Arès  de  l'état  réfléchi  amènera 
une  autre  phase,  où  il  sera  de  nouveau 
créateur,  mais  librement  et  avec  conscience, 
où,  après  avoir  traversé  le  syncrétisme  et 
l'analyse,  il  fermera  par  la  synthèse  le  cercle 
•|e$  choses.  Un  peu  de  réflexion  a  pu  tuer 
i instinct;  mais  la  réflexion  complète  fera  re- 
vivre les  mêmes  œuvres  avec  un  degré  su- 
L'érieur  de  clarté  et  de  détermination.  » 

M.  COUSIN. 

Le  père  de  l'éclectisme  moderne  a  publié 
les  paroles  suivantes  : 

«  Le  langage  est  certainement  la  condi- 
tion de  toutes  les  op  rations  complexes  et 
pout-èlre  de  toutes  les  opérations  simples 
de  la  pensée.  »  (Cours  de  1819,  I"  partie, 
page  109.) 

Après  cela  il  semblait  qn*il  était  de  ri;;ueur 
de  fonclure,  avec  M.  de  Bonald,  qu'il  eût 
fellu  posséder  le  langage  pour  être  en  état 
4f  l'inventer  ;  mais  une  pareille  concession 
aurait  compromis  la  cause  de  l'éclectisme. 
Voici  ce  qu  a  imaginé  le  célèbre  philosophe. 

«  Que  d^absurdités  n'a-t^on  pas  entassées 
^ur  la  question  du  langage  et  des  signes  ? 
L'école  théologique,  pour  abaisser  l'esprit 
humain,  prétend  que  Dieu  seul  a  pu  inven- 
t<;r  le  langage  !  Mais  la  difliculté  n'est  pas 
d'avoir  des  signes  ;  les  sons,  les  gestes,  no- 
ire rha'^ej  tout  notre  corps,  expriment  nos 
sentiiaents  instinctivement  et  souvent  même 

C^)  Uîire  à  Abeî  Hémuiat^  p.  55-50. 


h  notre  insu  ;  voilà  les  données  primitives 
du  langage,  les  signes  naturels  que  Dieu  n'a 
faits  que  comme  il  a  fait  toutes  choses 
Maintenant,  pour  convertir  ces  signes  natu- 
rels en  véritables  signes  et  instituer  le  lan- 
ga^^e,  i)  faut  une  autre  condition  ;  il  faut 
qu  au  lieu  de  faire  de  nouveau  tel  geste,  de 
pousser  tel  son  instinctivement  comme  la 
première  fois,  ayant  remarqué  nous-mêmes 
que  d'ordinaire  ces  mouvements  extérieurs 
accompagnent  tel  ou  tel  mouvement  do 
rame,  nous  les  répétions  volontairement, 
avec  l'intention  de  leur  faire  exprimer  le 
même  sentiment.  La  répétition  volontaire 
d'un  geste  ou  d'un  son  produit  d'abord  par 
instinct  et  sans  intention,  telle  est  l'institu- 
tion du  signe,  proprement  dit,  du  langage. 
Cette  répétition  volontaire  est  la  convention 
primitive  sans  laquelle  toute  convention  ul- 
térieure avec  les  autres  ho  i  mes  est  impos- 
sible ;  or  il  est  absurde  d'employer  Dieu 
pour  faire  cette  convention  première  à  no- 
tre place  :  il  est  évident  que  nous  seuls  (lou- 
vons  faire  celle-là.  L'institution  du  langage 
par  Dieu  recule  donc  et  déplace  la  difficulté 
et  ne  la  résout  pas.  Des  signes  inventés  par 
Dieu  seraient  pour  nous,  non  des  signes, 
mais  des  choses  (ju  il  s'agirait  ensuite  pour 
nous  d*élever  à  1  état  de  signes,  en  j  atta- 
chant telle  ou  telle  signification.  Le  langage 
est  une  institution  de  la  volonté  travaillant 
sur  l'instinct  et  la  nature.  Mais  ôtez  la  vo- 
lonté, il  n'y  a  plus  de  répétition  libre  possi- 
ble d'aucun  signe  naturel,  il  ny  a  plus  de 
vrais  signes  possibles,  et  la  sensibilité  toute 
seule  n'explique  pas  plus  le  langage  que  l'io- 
tervention  de  Dieu.  Enfin  6tez  la  volonté, 
c'est-à-dire  le  sentiment  de  la  personnalité, 
la  racine  du  je  est  enlevée,  il  n'y  a  plus  de 
verbe,  expression  de  l'action  et  de  l'exis- 
tence :  il  n'est  pas  plus  au  pouvoir  de  Dieu 
qu'il  n'appartient  au  sons  et  à  l'imagina- 
tion de  nous  en  suggérer  la  moindre  idée.  » 
{Frag.  phiL,  t.  II,  p.  73fc,3«  édit.) 

Voici  comment  ce  passage  a  été  refuté  en 
quelques  mots  par  M.  Roux-Lavergno. 

«  Nous  aurions  à  présenter  làndessus  de 
nombreuses  observations.  Il  nous  suffira  de 
faire  remarquer,  en  premier  lieu,  que  le 
chef  de  l'éclectisme  proie  gratuitement  à  l'é- 
cole théologique  des  motifs  imaginaires,  et 
qu'après  l'avoir  calomniée,  il  ne  rite,  ni  par 
conséquent  ne  réfute,  aucune  des  raisons  sur 
lesquelles  elle  appuie  l'opinion  qui  émeut 
si  fort  la  bile  de  M.  Cousin.  Nous  demande- 
rons, en  second  lieu,  de  quel  crime  cette 
école  est  coupable  pour  avoir  montré  à 
l'homme  les  limites  vraies  et  infranchissa- 
bles de  sa  puissance  irjtellectuelle.  Et,  s'il  y 
{mise,  comme  il  le  doit,  une  leçon  d'humi- 
ilé,  ne  faut-il  pas  remercier  ceux  qui  lui  ont 
ménagé  un  remède,  très-nécessaire  assuré- 
ment, à  la  superbe  dont  il  est  si  malheureu- 
sement affligé  ?  L'école  que  l'on  gourmande 
d'une  façon  si  magistrale,  en.^eigne  :  1*  guo 
la  société  humaine  et  sou'indispensable  ins- 
trument, le  langage  articulé,  sont  1  œuvro 


859 


L\N 


DICTIONNAIRE 


LAN 


8iO 


de  Dieu  ;  2*  que  la  parole  est  aussi  Tinstru- 
ment  nécessaire  de  la  raison  individuelle. 
Et  parce  que  rhoranie  ne  pourrait  inventer 
la  parole  sans  jouir  du  plein  exercice  de  sa 
raison,  l'école  théologique  tire  de  là  une 
preuve  nouvelle  et  irréiutable  qu'il  n'est  pas 
l'auteur  de  la  parole.  En  attribuant  cette  in- 
vention à  rhoinrne,  M.  Cousin  se  range 
parmi  ceux  qui  font  précéder  la  société  par 
rétat  de  nature.  Il  ne  pouvait  donc  pas  se 
dispenser,  en  proposant  son  avis  sur  les  si- 
gnes, de  discuter  contradictoi remeut,  dans 
ses  principaux  arguments,  la  thèse  de  l'école 
théologique. 

«  Avant  de  trancher  la  question,  il  devait 
en  outre  appliquer  mieux  qu'il  ne  l'a  fait  le 
principe  du  caractère  essentiel  des  idées.  Le 
signe  est-il,  oui  ou  non,  un  de  ces  caractères, 
leur  caractère  commun  et  indéfectible  dans 
rétat  actupl  de  noire  nature?  Voilà  ce  qu'il 
importait  de  décider. 

«  Mais  voyons  sa  théorie.  D'après  M.  Cou- 
sin, le  langage  vient  de  Dieu,  en  ce  que  les 
signes  naturels  et  les  instruments  des  si- 
gnes artificiels  en  viennent  ;  il  est  aussi  d'in- 
vention humaine,  parce  que  c'est  l'homme 
qui  a  fécondé  par  la  réflexion  les  moyens 
qu'il  tenait  de  Dieu.  Nous  résumerons  très- 
exactement  sa  pensée  en  disant  que  l'inven- 
tion du  langage  n'est  autre  chose  que  la  ré- 
pétition volontaire  des  signes  siK)ntanés,  en 
d'autres  termes  que  la  transformation  des 
signes  spontanés  en  signes  réfléchis. 
'  «  Par  signes  spontanés ,  M.  Cousin  en- 
tend les  signes  naturels.  Or  ces  signes  ne 
sont  autre  chose  que  les  phénomènes  sous 
lesquels  nous  apparaissent  les  réalités  con- 
crètes, et  des  trois  conditions  nécessaires 
pour  que  les  trois  éléments  de  la  notion 
complète  de  ces  réalités  soient  déterminés, 
les  signes  naturels  n'en  remplissent  qu'une, 

f)uisqu'ils  n'expriment  que  l'attribut.  D'ail- 
eurs,  comment  les  signes  naturels  pour- 
raient-ils être  transformés  en  signes  réflé- 
chis, si  notre  raison  ne  pouvait  s'exercer  î 
Or  il  est  manifeste  qu'elle  ne  le  peut  qu'à  la 
condition  de  connaître  l'universel  et  l'abs- 
trait, et  qu'elle  ne  réalise  cette  condition 
qu'à  l'aide  des  signes  artificiels  qui  en  doi- 
vent déterminer  l'idée.  L'existence  des  si- 
gnes artificiels  précède  donc*  en  nous  tout 
acte  de  réflexion  ;  d'où  il  suit  qu'ils  ne  peu- 
vent pas  être  une  transformation  des  signes 
naturels  ou  spontanés,  et  que  ces  derniers, 
au  contraire,  pour  avoir  une  valeur,  doi- 
vent être  interprétés  à  la  lumière  des  signes 
artificiels  ou  réfléchis.  Nous  concluons  de  là 
que  le  langage  est  d'origine  divine,  non-seu- 
lement quant  aux  signes  naturels,  et  aux 
instruments  organiques  des  signes  artifi- 
ciels, mais  encore  quant  à  la  création  immé- 
diate de  ces  signes. 

ff  Le  caractère  le  plus  général  et  le  plus 
extérieur  des  idées  est  donc  la  nécessite  du 
signe.  Après  celui-là  s'oîl'rent  immédiate- 
ment les  deux  caractères  signalés  par  Platon, 
par  Aristote,  par  saint  Thomas,  par  les  sco- 
jastiques  avaiit  de  Tôtre  par  Leibnilz  et  par 
M.  Cousin,  savoir  le  particulier  et  l'univer- 


sel, le  contingent  et  le  nécessaire,  etc.,  etc. 
Nous  admettons  cette  distinction,  et  selon 
aue  les  idées  sont  marquées  de  l'un  ou  ùe 
1  autre  caractère,  nous  (es  rapportons  à  des 
sources  différentes  :  les  parlicu'ières  et  les 
contingentes  à  l'expérience,  les  universelles 
et  les  nécessaires  à  la  raison.  Nous  [kmisods 
aussi  avec  saint  Thomas,  suivi  en  cela  |)ar 
M.  Cousin,  que  la  connaissance  humaine 
débute  parle  contingent  et  par  reipérienre, 
et  que  la  raison  termine  Tœuvre  en  d^a- 
geant  le  nécessaire  du  contingent,  l'univer- 
sel du  particulier. 

a  Le  langage  étant  donné,  la  connaib- 
sance  humaine  a  trois  sources  :  l'expérience, 
la  raison  et  la  foi. 

«  L'expérience  est  double.  Elle  n'est  au- 
tre chose  que  notre  faculté  de  connaître,  per- 
cevant d'une  part,  le  monde  extérieur  à  laide 
de  nos  cinq  sens,  et,  dé  l'autre,  les  phéno- 
mènes qui  nous  révèlent  notre  Âme  à  laide 
de  la  conscience. 

«  Tout  ce  (jui  est  visible  pour  nous  dans 
les  faits  extérieurs  et  intérieurs  comiiose  le 
domaine  de  notre  double  expérience.  Mais 
nous  ne  voyons  pas  seulement  les  faits;  nous 
voyons  aussi  la  nature,  les  rapports,  les  lois 
des  faits,  en  d'autres  termes,  toutes  les  véri- 
tés qu'ils  impliquent  et  (ju'ils  supposent. 
C'est  là  la  fonction  de  la  raison. 

«  La  raison  entend  le  vrai,  comme  dit 
Bossuet.  Or  dans  les  vérités  Qu'elle  nous 
découvre,  aussi  bien  que  dans  les  faits  que 
l'expérience  aperçoit,  il  y  a  des  choses  que 
nous  voyons,  et  des  choses  que  nous  ne 
voyons  pas. 

«  L'expérience  et  la  raison  ont  pour  ob- 
jet les  éléments  visibles  de  [notre  conuaiv 
sance.  Les  éléments  invisibles  oui  peuvent 
s'v  rencontrer  sont  les  objets  de  la  foi.  L'e\- 
périence  et  la  raison  sont  fondées  sur  l'évi- 
dence de  la  perception  intuitive  ;  la  foi  s'ap- 
puie sur  l'autorité  du  témoiijnage.  »  {De  ia 
philosophie  de  l'histoire^  p.  2S^.) 

CH.  NODIER. 

Le  brillant  Ch.  Nodier ,  dans  ses  Notion$ 
de  linguistique ^  a  cru  devoir  aborder,  lui 
aussi,  la  question  de  l'origine  du  lanj^age. 
Nous  laisserons  à  Téloquent  auteur  du  Ta- 
bleau de  Vunivers^  M.  Daniélo,  le  soin  de  lui 
répondre. 

Ch.  Nodier  suppose  que  le  langage  du 
premier  homme  a  dû  être  comme  celui  dfs 
animaux,  qui  ne  rencontrent  que  par  hasard 
dans  leurs  meuglements,  dans  leurs  wugiist- 
mentSy  dans  leurs  bêlements  ^  dans  leurs  rou- 
couleiuenlSy  dans  leurs  sifflements ,  des  ron- 
sonnances  mal  articulées, 

a  C'est  ce  que  je  nie,  répond  M.  DaniéM, 
par  la  très-si  mole  raison  que  les  organe^ 
de  la  voix  de  l'nomme  et  des  animauv  dif- 
fèrent ,  par  la  raison  que  le  hautbois  ne 
donne  pas  le  même  son  que  la  troui[H?ll' i 
la  flûte  que  le  cornet  à  bouquin,  et  la  clar- 
nette  que  la  grosse  caisse.  Il  faut  respeiief 
la  nature. 

a  Vous  l'avez  dit  vous-raênie,  et  C,a\\^  î'» 
style  fait  pour  orner  la  vérité,  bien  micai 


Sil 


L\M 


D*ANTHR0P0L0G1E. 


LAN 


hï% 


3  ne  pour  embellir  le  tombeau  d'erreurs  ea- 
uques. 

«  Outre  sa  construction  sublime  (de  For- 
«  gane  de  la  Toix)  et  à  jamais  désespérante 
«  poar  tous  les  facteurs  d*un  instrument  à 
«  touches,  A  cordes  et  à  vent,  Thomme  avait 
«  dans  les  poumons  un  soufQet  intelligent  et 
«  sensible,  dans  ses  lèvres  un  limbe  épa- 
«  nooi,  mobile,  extensible,  rétractile,  qui 
«  jette  le  son,  qui  Tassouplit,  qui  le  contraint, 
«  qni  le  voile ,  qui  Téteint;  dans  sa  langue 
«  un  marteau  souple,  flexible,  onduleux,  qui 
t  se  replie,  qui  s'accourcit,  qui  s'étend ,  qui 
^  se  meut  et  qui  s'interpose  entre  ses  val- 
«  ves,  selon  qu'il  convient  de  retenir  ou 

•  d'épancher  la  voix,  qui  attaque  ses  ton* 
«  ches  avec  âpreté  ou  qui  les  effleure  avec 
«  mollesse  ;  dans  ses  dents  un  clavier  ferme, 

•  aigu,  strident;  à  son  palais  un  tympan 
«  grave  et  sonore.  » 

«  Puisque  l'homme  est  doué  d'uq  organe 
vocal  si  iiche  et  si  varié,  qui  le  met  au-des- 
sus de  toute  comparaison  et  même  de  toute 
imitation'mécanique,  le  mécanicien  fût- il  un 
grand  artiste  au  milieu  d'une  grande  civili- 
sation ,  pourquoi  voudrions-nous  le  rabais- 
fvT  au  niveau  des  meuglements ^  des  bêle- 
r/rni/i,  etc.?  Pourquoi  surtout  ces  bêlements 
û'anîmaux  étaient-ils  déjà  complets  alors,  et 
restent-ils  les  mêmes  aujourd'hui,  tandis 
que  l'organe  humain  était  alors  incomplet , 
méconnaissable ,  et  se  montre  si  supérieur 
maintenant  ?  Selon  vous  aussi,  l'homme  ne 
serait  donc  au-dessus  de  la  bête  qu'après 
^  voir  été  au-dessous  d'elle  ?  Qu'en  dites-vous, 
\L  î^odier?  qu'en  diles-vous,  homme  d'es- 
f  »rit,  de  bon  sens  et  de  bonne  foi? 

«  Suivons  notre  examen  : 

«  Comme  c#  langage  imparfait,  continue 

•  l'auteur ,  n'exprime  d'abord  que    l'élan 

•  d'un  désir>  l'instinct  d'un  appétit,  le  be- 
-  soin,  l'épouvante  ou  la  colère ,  il  s'est  con- 

•  serve  chez  tous  les  peuples  dans  la  sim- 
^  plicité  naturelle  de  ses  premiers  éléments, 

•  sous  le  nom  d'exclamation  et  d'inlcrjec- 

•  lion,  et  il  est  resté  immobile  et  universel 
••  à  travers  toutes  les  révolutions  des  idio- 

•  mes  et  des  dictionnaires,  |)our  marquer 
^  le  passage  de  l'état  de  simple  animation  à 
«  l'état  d  intelligence.  En  effet ,  dès  cette 
«  première  époque,  et  sans  autre  ressource 
«  que  la  voyelle  ou  le  cri,  l'homme  s'é- 
«  leva,  cho$e  étrange ,  par  la  puissance  de  la 
«  f«eDsée,  aux  idées  d*admiration,âe  vénéra- 
«  tien,  de  prescience  contemplative,  de  spi- 
«  ritualisme,  d'adoration  et  de  culte,  qui  im- 

•  priment  seules  à  son  es|)èce  le  sceau  d'une 
4  grande  destinée.  » 

<  Chose  étrange f  en  vérité,  que  de  si  bas 
lliomme  ait  pu  tout  à  coup  monter  si  haut. 
Condillac  va  moins  vite,  et  Dupuis  nous 
tfjnnne  des  siècles  pour  nous  créer  toutes  ces 
^tftstractions  chimériques  de  conscience^  de 
fiTt9citnce^  Me  spiritualisme ,  d'adoration  et 
^\e  culte,  qui,  selon  lui,  toujours  logique, 
toujours  conséquent  à  lui-même ,  sont  un 
fléau  de  fuiire  espèce^  puiscpi'ils  sont  un  abus 
4rJe  nos  facultés,  facultés  uniquement  maté- 
belles. 

Dicno!i]v.  d'Akthbopologie. 


«  Continuons  : 

«  Je  le  répète,  l'homme  était  déjà  parvenu 
«  jusqu'à  Dieu  avant  de  sortir  de  cet  âge 
«  d'enfance  sociale  qu'on  pourrait  appeler 
«  Vâge  de  la  voyelle.  C'est  avec  de  simples 
«  voyelles  qu'il  composa  ce  grand  nom ,  et 
«  c'est  ainsi  que  ce  nom  subsiste  encore  dans 
«  toutes  les  langues  de  première  origine  où 

•  il  est  écrit  et  proféré. 

«  La  société  dans  ses  langues  a  'exprimé 
»  S9^  première  perception  avec  les  premiers 
«  instruments  de  son  langage ,  d^s  cris  d'a- 
«  mour,  d'enthousiasme  et  de  joie,  » 

«  Et  quel  pouvait  donc  être  le  sujet  de 
l'enthousiasme  et  delà  joie,  deux  sentiments 
très-moraux  et  Irès-aflinés,  dans  un  être  si 
stupide  et  si  matériel  ? 

«  Voilà  l'homme  et  ses  premières  acqui- 
«  sitions,  ajoute  l'auteur,  reconnaissez  sa 
«  nature  et  sa  destinée-  » 

«  A  ces  traits,  c'est  difficile. 

«  Il  continue  : 

«  Nous  avons  j)rîs  l^omme  au  premier 
«  jour  de  la  vie  intelligente  :  il  ne  fait  en- 

•  core  oue  vagir,  et  cependant  déjà  le  monde 

•  est  à  lui,  car  il  a  compris  Dieu.  » 
«  Pour  un  début,  c'est  bien  fbril 

«  Mais  laissons  aller  le  penseur,  c'est  son 
génie  qui  réclame  contre  sdi  métaphysique, 
c'est  sa  bonne  foi,  c'est  son  besoin  de  vérité 
qui  l'entraîne  à  travers  toutes  ces  contra- 
dictions : 

«  Dieu  était  !e  plus  primitif  de  tous  les 
«  mots;  il  a  précédé  jusqu'au  nom  de  père, 
•«  ce  qui  le  reporte  étvmologiquement  à  un 
«  âge  de  la  parole  où  l'iiomme,  nouvellement 
«  arrivé  au  milieu  de  la  création ,  ne  s'était 
«  connu  d'autre  père  que  Dieu  lui-même.  Il 
«  est  contemporain  du  premier  cri  qui  re- 
«  présente  la  poncée,  de  la  première  excla- 
«  mation  admirative  qui  se  soit  exhalée 
«  d'un  cœur  d'homme  à  la  vue  de  la  nature  , 
«  des  nremières  plaintes  de  la  douleur  qui 
«  se  réfugie  dans  une  miséricorde  suprême; 
«  et,  aûn  que  vous  n'en  puissiez  pas  dou- 
«  ter,  il  s'est  conservé  sous  telle  forme  ori- 
«  ginelle  dans  la  langue  de  tous  les  peuples, 
«  interjection  immense,  qui  embrasse  tons 
«  les  senti  ments  qui  contient  toutes  les  idées  I 
«  Pylhagore  lui-même,  Pylhagore,enteodez- 
«  vous  ?  gui  était  la  sagesse  humaine  tout 
«  entière  (c'est  beaucoup  trop  dire),  Pythâ- 
«  gore,  presque  divin ,  ne  se  croyait  pas  dî- 
«  gne  de  nommer  Dieu  !  » 

€  Presque  toutes  ces  dernières  paroles  sont 
en  elles-mêmes  aussi  vraies  qu'elles  sont 
belles  et  louables  ;  mais  elles  ne  sont  que 
plus  contradictoires  avec  tout  le  reste  du 
système.  Le  système,  en  effet,  ne  fait  venir 
le  cri  que  bien  longtemps  après  la  sensa- 
tion, la  pensée  que  bien  longtemps  après  le 
cri,  le  mot  que  bien  longtemps  après  la  pen- 
sée, et  par  conséquent  le  nom  et  Tidée  de 
Dieu,  qui  est  le  plus  grand  des  noms  et  la 
plus  haute  des  idées ,  que  bien  longtemps 
après  toutes  les  autres  idées  et  tous  les  au* 
très  noms.  On  croirait  d'abord  que  ce  sont 
là  autant  d'efforts  pour  rappeler  au  vrai  che- 
min un  bon  e-prit  fourvoyé  par  mégarde  o# 

27 


8i5 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


&U 


par  distraction ,  mais  il  faut  bi^tôt  renon- 
cer à  cette .  espérance ,  surtout  quand  on  a 
lu  ce  qui  suit  : 

«  Je  vous  propose  de  venir  chercher  nos 
«  premiers  ensei^ements  près  du  berceau 
«  de  Tenfant  qui  essaye  la  première  con- 
«  sonne  ;  elle  va  bondir  de  sa  botiche  aux 
«  baisers  d'une  mère.  Le  bambin,  le  poupon, 
«  lô  jiarmot  a  trouvé  les  trois  Miales , 
«  il  oée,  il  baje ,  il  balbutie,  il  bégaye  ,  il 
«babille,  il  blatère,  il  bêle,  il  bavarde, 
c  il  braille  ,  il  boude,  il  bougonne  sur  une 
«  babiole,  sur  une  bagatelle,  sur  une  bil- 
«  levesée  ,  sur  une  bêtise ,  sur  un  bébé , 
«  sur  un  bonbon,  sur  un  bobo ,  sur  le  bil- 
«(  boquet  pendu  à  Tétaloge  d'un  bimbelo- 
c  tier.  n  nomme  sa  mère,  son  père  avec  des 
<  mimologismes  caressants  ;  et  quoiqu'il 
«  n'ait  encore  découvert  que  la  simple  tou- 
«  che  des  lèvres,  Fâme  se  meut  déjà  dans  les 
«  mots  qu'il  module  au  hasard.  Ce  Cadmus 
«  au  maillot  vient  d'entrevoir  un  mystère 
«  aussi  grand  à  lui  seul  que  tout  le  reste  de 
«c  la  création  :  il  parle  sa  i}ensée.  Cet  en- 
a  faut,  c'est  l'homme  à  l'origine  de  la  pre- 
«  mière  langue  deThomme.  C'est  ainsi  que 
«  les  langues  se  sont  faites,  s'il  y  a  quelque 
tf  chose  ae  clairement  démontré  dans  leur 
«  histoire.  » 

«  le  croirais  volontiers  à  ce  mode  de  for- 
mation des  langues,  si  l'on  me  prouvait  que 
le  genre  humain  ,  ou  du  moins  le  premier 
homme,  a  été  créé  enfant,  et  non  pas  hom- 
me adulte ,  jouissant  de  tous  ses  membres, 
de  tous  ses  organes ,  de  toutes  ses  facultés. 
Mais  en  fut-il  bien  ainsi,  et  notre  premier 
père  sorlit-il  enfant  des  mains  du  Créateur? 
Dans  cette  hypothèse,  où  était  alors  la  mère 
aux  baisers  de  laquelle  de'vàii  bondir  la  pre- 
mière consonne  de  sa  bouche  de  bambin  ? 
Direz-vous  qu'il  peut  s'en  passer?  Mais  d'où 
vient  alors  que  jamais  il  ne  s'en  passe,  et 
qu'hélas  I  il  mourrait  bien  avant  d'avoir 
trouvé  les  trois  labiales^  si ,  quand  il  est  dé- 
posé ou  délaissé  sur  la  rue,  la  charité  du 
public  ne  lui  venait  en  aide  ?  Direz-vous  que 
cette  mère  institutrice,  ce  sera  Dieu  même 
ou  ses  messagers?  Alors  vous  montez  dans 
un  système  qui  n'est  plus  le  vôtre,  et  votre 
Cadmus  au  maillot  n'aura  plus  besoin  de 
chercher  ni  de  trouver  les  labiales:  elles  lui 
seront  soufflées  mille  et  mille  fois,  car  une 
nourrice,  vous  le  savez,  bavarde  plus  encore 
que  son  nourrisson  ;  il  en  saura  donc  plus 
qu'il  n'en  pourra  dire,  et  ses  organes,  comme 
ceux  de  tous  les  enfants  ,  seront  en  retard 
sur  son  instruction;  encore  une  fois,  il  n'aura 
donc  rien  trouvé,  il  aura  reçu  tout. 

«  Mais  si  vous  supposez  le  premier  hom- 
me venu  au  monde  grand  et  muni  de  tous 
ses  membres,  de  tous  ses  organes  bien  déve- 
loppés, ce  qui  est  Thypotnèse  la  plus  gé- 
nérale; et  SI,  dans  cet  état,  vous  lui  re- 
fusez la  parole  franche  et  nette ,  si  vous 
l'assimilez  à  un  poupon,  à  un  marmot  qui , 
vu  la  faiblesse  de  ses  organes,  ne  peut 
que  béer ,  bayer  ou  bégayer  encore ,  vous 
*Bortez  de  la  nature,  et  vous  comparez  deux 
.êtres    nullement  identiques   et  nullement 


comparables.  L'homme»  vous  dis-je,  ne 
peut  arriver  muet ,  pas  plus  qu'il  ne  penl 
arriver  enfant  jusqu'à  Tâge  viril;  poaronoi 
donc  vouloir  comparer  les  efforts  de  reuani 
de  nos  jours  pour  parler  sa  pensée  ani  ef- 
forts de  l'homme  primitif?  Les  deux  sujets 
et  les  deux  suppositions  différant  si  fort,  les 
effets  et  leurs  résultats  ne  peuvent  se  res- 
sembler. 

c  C'est  la  manie ,  ou  plutôt  la  nécessité 
des  partisans  de  ce  système  de  ne  jamais 
prendre  les  choses  comme  la  nature  les 
donne,  de  les  arracher  violemment  de  leur 
place,  de  les  transplanter  dans  des  conditions 
où  elles  ne  peuvent  être,  et  d'en  faire  là  le 
sujet  de  leurs  hypothèses  arbitraires  et  ao- 
ti-naturelles ,  aussi  bien  qu'anti-vraies,  et 
anti-vraies  parce  qu'elles  sont  anti-Da(u- 
relies.  Au  reste  ils  ont  raison,  et  ils  y  mi 
contraints  ;  car,  pour  faire  des  systèmes  con- 
tre nature,  mieux  vaut  sortir  au  préalable  «ie 
la  natufe. 

a  Comment  pouvoir  autrement  supposer 
des  enfants  abandonnés ,  comme  ceux  de 
Condillac?  Est-ce  ainsi  que  naissent  les  hom- 
mes, ainsi  que  se  fondent  les  coloaieset 
les  peuples  ?  Quelle  métropole ,  quelle  fa- 
mille avez-vous  vue  aller  déposer  ses  en- 
fants au  désert?  Rentrez  donc  dans  la  na- 
ture, renfermez-vous  dans  ce  qui  est,  dans 
le  possible,  et  bientôt,  mieux  que  nous, 
vous  aurez  fait  justice  de  tous  vos  STSlèmes, 
et  vous  vous  serez  délivrés  de  tous  les  tour- 
ments qu'ils  vous  donnent. 

«  Pour  ce  oui  est  delà  révélation primilÎTe, 
je  sais  que,  1  homme  étant  donné,  rhommea 
dû  parler  sans  efforts  et  sans  peine  tout  aussi 
bien  que  l'oiseau  voler  et  chanter  sans  don- 
leur,  aussitôt  que  l'âge  a  suffisamment  fa- 
çonné les  organes  de  l'un,  les  ailes  et  le  gosier 
de  l'autre  ;  mais  ce  que  je  sais  aussi;,  c'est 
que  l'homme  ne  sachant  rien  qu'on  ne  lui  ait 
appris,  ou  qu'il  n'ait  tiré  par  induction  de 
ce  qu'il  savait,  les  commencements  de  son 
langage,  de  ses  idées,  de  ses  sciences,  sont 
pour  moi  autant  de  mystères  si  on  lui  refuse 
une  première  nourrice,  une  nourrice  créa- 
trice et  institutrice  en  même  temps.  Or,  que 
ma  mère  ait  été  la  mienne,  je  le  sais;  mais 
qui  l'a  été  de  l'aïeul  de  tous  les  aïeui,du 
père  de  tous  les  pères? 

«  Le  hasard?  — Bêtise  qui  ne  satisfait  per- 
sonne, pas  même  ceux  qui  nous  la  jettent. 
Pourquoi  le  hasard,  s'il  se  joue  delà  nature, 
n'a-t-il  pas  civilisé  le  sauvase,  blanchi  le* 
noirs,  noirci  les  blancs ,  rendu  pnilosophe^ 
les  éléphants,  les  loups  poètes ,  fait  parler 
les  arbres  et  danser  les  rochers? 

«  Pourquoi  voyons-nous  que  tout  en  ce 
monde  suit  des  lois  fixes  et  d'exactes  pro- 
portions? Pourquoi  parlons-nous  de  la  par- 
faite symétrie  des  choses  et  de-  la  •parfaite' 
harmonie  de  l'univers?  Dans  ce  cas,  il  n  va 
plus  d'harmonie,  tout  est  brisé ,  tout  est  dé- 
truit, tout  fiotte,  rien  ne  marche;  plus  ce 
but,  et  partant  plus  de  principe.  ^ 

M.   PIBRQUIN  DE  6EMBLOUX. 

Voici  un  auteur  qui  a  écrit  près  de  t'"-* 


845 


LAN 


1>'AN'THROPOL0GIE. 


LAN 


840 


▼(^Sumes  sut  les  langues^  y  compris  celles 
oue  parlent  les  animaux. 

€  Est«ce  que,  par  htsard,  diMl,  la  langue 
chantée  du  canari,  c'est-à-dire  si  viTement 
accentuée  et  prosodiée,  ne  ressemble  pas 
en  quelque  sorte  à  Tidiome  de  la  Péninsule 
italique,  créé  par  liante,  ou  bien  à  qiielques- 
uns  des  idiomes  indigènes  de  TAmérique  ? 
en  un  mot  n>st-ce  pas  Titalien  des  oiseaux  ? 
Est-ce  qu'au  contraire  on  ne  trouverait  pas 
h  la  parole  chantée  du  rossignol  quelque 
air  de  famille  avec  les  syllabes  sonores, 
pleines,  majestueuses  et  musicales  de  Tes- 
[tagnol  ?  Est-ce  que  le  monolo^e  ou  le 
dialogue  chantés  de  la  fauvette  n  a  pas  quel- 
que ressemblance  avec  le  portugais,  puis- 
que sa  parole  a  en  même  temps  Ta  douceur 
(le  ritalienet  la  majesté  de  lespa^nol?  Est-ce 
que  le  corbeau  enfin  n'a  pas  rair  de  parler 
plutôt  allemand,  tout  comme  rhirondelle  ou 
le  moineau  paraissent  parler  anglais  (5M))  ?  » 

Toutefois  M.  Gemhloux  ne  pensej>as  que 
nous  puissions  jamais  posséder  VEncydo- 
pr'die  de  l'idiome  des  animaux. 

«  La  raiscn  en  est  bien  simple,  dit-ii, 
r  est  que  les  animaux  n*ont  ni  la  volonté, 
ni  la  faculté,  ni  la  rage  de  (parler  toutes 
leurs  sensations,  toutes  leurs  impressions, 
t<^utes  leurs  pensées.  En  effet,  hormis  les 
actes  ou  les  expressions  des  grandes  pas- 
sions, leur  intelligence  est  aphone.  La  joie, 
le  plaisir,  la  douleur,  la  crainte,  la  jalou- 
sie, etc.,  voilà  réellement  le  fond  de  toutes 
les  langues ,  le  reste  n'est  que  de  la  bro- 
derie (a41). 

«  Il  est  bien  évident,  ajoute-t-il,  (jue  si 
notre  esprit  était  moins  intimement  lié  à 
5- PS  représentations  matérielles  (la  parole  et 
récriture),  nous  nous  apercevrions  plus 
d*une  fois  que  nous  pensons  très-gravement 
et  très-sagement,  sans  avoir  recours  à  Tab^ 
surde  procédé  de  la  parole  inarticulée  ou 
mentale,  c  est-à-dire  à  la  parole  qui  n'existe 
point. 

«  Nul  doute,  en  effet,  que  si  chez  les 
;inimaux  l'exercice  interne  de  la  pensée 
{>ea  très-bien  se  passer  de  mots ,  que  si  la 
matérialisation  de  cette  pensée  est  complé*» 

/5I0)  idiomolùgie  des  animaux,  p.  8^ 

iUÎ)  /tf.,  ibid.,  p.  83. 

(.>4i)  idUmologie  des  animaux,  p.  86. 

(.>43)  Les  Ration,  et  Us  Tradition.,  p.  450,  152  et 
pasêim,  —  f  Si  Dieu  ou  b  nature,  dit  le  R.  P. 
Chaste! ,  fait  connaître  à  Tenfant  celte  muUiiude 
d'oljjets  qui  Tenlourent,  seulement  en  les  déployant 
sous  ses  yeux,  sans  aucune  autre  explication,  sans 
aTerttssemcnt  ou  signe  quelconque,  il  doit  évidem- 
menl  aossi  Ini  faire  connaître  les  vérités  du  monde 
intellectuel ,  en  les  exposant  à  son  regard  inté- 
rîeor.  t  (Ifnd, ,  p.  lii.  )  Hais  alors  quel  besoin 
riMMBine  a-lrîl  de  la  société  et  de  ses  enseignements  ? 
ITest-ce  pas  constituer  une  sorte  de  protestantisme 
en  pJiikMopbîe?  A  chaque  page,  M.  Cousin  et  son 
école  ne  prodament^ils  pas  les  mêmes  principes,  et 
D^esl^ce  pas  là  la  base  même  de  Téclectisme?  Ouï, 
c^est  avec  cette  machine  de  guerre  qu%  se  flattent 
bîeo  de  renverser  le  christianisme  pour  lui  substi'- 
tuer  fa  philosophie.  Ce  n*est  pas  aux  apologistes  ca- 
tholiques à  meure  les  pieds  dans  cette  grande  voie 
du  panthétsme,  du  sensdalisme  et  du  scepticisme 


tement  indépendante  de  sa  formation  et  de 
ses  diverses  combinaisons ,  il  doit  en  être 
exactement  de  même  chez  Tbomme,  quoi 
qu*en  aient  dit  quelques  métaphysiciens,  et 
voilà  précisément  ce  qui  nous  explique  les 
développements  miraculeux  de  certaines 
intelligences  privilégiées  en  Tabsence  des 
mots  et  de  la  société,  ce  qui  semblerait  dé- 
montrer oue  la  solitude,  sans  vocabulaires 
à  apprendure  par  cœur,  vaut  mille  fois  mieux 
pour  le  développement  de  Tintelligence 
que  ces  serres  où  chaaue  jour  on  Té- 
touffe  sous  le  poids  inutile  des  mots  et  des 
paroles  (d^2).  » 

Voilà  les  inflexibles  déductions  de  la  lo- 
gique qui  se  formulent;  voilà  le  résultat 
final  où  conduit  la  doctrine  qui  prétend  que 
rhomme  peut  constituer  sa  raison  sans  le 
langage,  sans  enseignement  préalable,  in- 
dépendamment de  la  société.  l)ès  lors  que 
vous  admettez  dans  Thomme  \ti  connaissance 
de  premiers  principes^  de  principes  généraux 
qui  ne  viennent  ni  de  l'enseignement  ni  de  la 
société  y  et  une  foule  d'autres  vérités  secon^ 
daires  quil  peut  acquérir  également  sans  le 
secours  de  renseignement  et  de  la  société,  et 
qu'il  tire  de  ces  premiers  principes^  innés 
en  lui,  ou  que  son  esprit  se  forme  immédia- 
tement lui-même  à  laide  de  ses  premières 
sensations  {okS),  par  une  conséquence  iné- 
vitable, fatale,  nécessaire,  vous  êtes  amené 
à  proclamer  Tindépendance  de  la  raison,  à 
nier  la  société,  à  isoler  Thomme  et  à  le 
replacer  dans  ces  conditions  jTÎmitives  où 
l'école  éclectique  et  Técole  allemande  ont 

Prétendu  qu'il  était  né,  qu'il  avait  vécu  à 
origine,  lorsque  ces  sophistes,  abaissant 
dans  la  poussière  le  diadème  de  notre  des- 
tinée, nous  l'ont  montré,  ce  roi  de  la  créa- 
tion, sans  voix,  sans  parole,  sans  mémoire 
ni  désir,  gisant  sur  son  lit  de  roseau,  au 
fond  des  antres  de  la  solitude,  dans  toute 
l'abjection  de  la  misère,  comme  dans  le 
plus  complet  dénûment  intellectuel  et  mo- 
ral. 

C'est  la  fameuse  thèse  de  Lamarck  et  de 
tous  les  naturistes  allemands  et  français, 
qui  veulent  que  Tbomme  soit  un  orang- 

pratique. 

c  Si,  diaprés  Tordre  logiaoe,  dit  ailleurs  le  R.  P. 
Chaslel,  la  raison  possède  la  faculté  aNolue  de  dé- 
couvrir et  de  connaître  les  vérités  naturelles,  dans 
Tordre  bislorique  et  d*eipérienee,  il  lui  est  morale- 
ment impossible  d^arri^er  par  elle  seule  à  un  résul- 
tat satisfaisant...  L*homme  peut  connaître  les  véri- 
tés naturelles  qui  lui  sont  indispensables,  mais  avec 
des  diflficultés  dont,  pour  Tordinaire,  il  ne  parrient 
pas  à  triompher  complètement,  i  (Op.  cit.,  p.  54.) 
Nous  voilà  bien  avances  avec  tons  nos  principes  pri- 
mitifs et  généraux,  et  la  fouie  d*auSres  vérités  que 
nous  en  pouTons  déduire  sans  te  secours  de  rensei- 
gnement! Et  comment  concilier  cette  impossibilité 
morale  d'arriver  var  la  raison  sente  à  un  résultat 
satisfaisant  dans  la  connaissance  de  la  vérité  avec  ce 
aui  est  dit  plus  haut,  que  Dieu  doit  évidemment  nous 
faire  connintre  les  vérités  du  monde  intellectuel  en 
les  exposant  à  notre  regard  intérieur,  de  la  même 
manière  quMI  nous  fait  connaître  tes  objets  du 
monde  physique,  sans  avertissement  ou  signe  qu.t- 
conoue? 


ai7 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


Bit 


outang  transformé.  Nous  avions  donc  quel- 
que raison  de  dire  en  commençant  cet  ^irti- 
cle  aue  la  question  du  langage  est  le  point 
de  a^part ,  la  pierre  angulaire  de  tous  les 
systèmes,  de  toutes  les  vérités  ou  de  toutes 
les  erreurs. 

Redisons-le  donc  en  terminant  et  procla- 
mons-le bien  haut  :  la  société  est  le  prin- 
cipe de  Thomme  aussi  bien  pour  l'origine 
que  pour  le  développement  de  son  être.  De 
même  que,  sous  le  rapport  physique,  il  faut 
que  d'autres  commencent  a  nourrir  notre 
corps  pour  qu'il  puisse  vivre,  se  conserver, 
se  développer  et  être  en  état  de  pourvoir 
lui-même  à  sa  nourriture;  de  même  aussi, 
sous  le  rapport  moral,  il  faut  que  d'autres 
commencent  à  nourrir  nos  facultés  intellec- 
tuelles par  l'éducation  pour  les  conduire  à 
l'âge  de  raison;  vérité  simple,  vulgaire, 
mais  base  de  la  plus  haute  philosophie, 
et  point  de  départ  de  toute  la  science  de 
l'homme.  Ainsi,  à  toutes  les  profondeurs 
de  la  méditation  psvchologique ,  on  trouve 
trois  choses  indissolublement  unies  et  cons- 
tituant l'être  humain  placé  dans  ses  condi- 
tions naturelles  de  vie  physique,  intellec- 
tuelle et  morale,  savoir  :  les  deux  principes 
de  notre  nature,  corps  et  Ame,  et  le  principe 
éducateur  qui  les  pénètre ,  les  féconde ,  les 
développe,  la  société.  La  grande  erreur  en 
philosophie  a  été  d'avoir  posé  le  moi  avant 
la  société,  d'avoir  méconnu  au'enfait  comme 
en  logique,  le  moi  suppose  la  société,  celle- 
ci  étant  la  condition  nécessaire  de  la  cons- 
cience humaine.  L'homme  porte  en  lui- 
même  un  caractère  social  indélébile.  Pré- 
tendre résoudre  le  problème  de  notre  nature 
sans  tenir  compte  de  ce  caractère,  c'est  se 
jeter  dans  une  voie  qui  conduit  aux  plus 
graves  erreurs.  Telle  fut  à  toutes  les  épo- 
ques la  principale  cause  des  excès  dans  les- 
quels le  rationalisme  est  tombé. 

LANGAGE.  Voy.  Caractéristique  de 
l'homme. 

LANGUE.  Voy.  Goct. 

LANGUES  (leur  filiation),  —Le  réseau 
des  peuples  européens ,  grâce  aux  lumières 
de  l'nistoire  ancienne  et  de  la  civilisation 
moderne,  a  été  facile  à  démêler  malgré  l'en- 
trecroisement de  ses  fils  (  Voy.  Europe  mo- 
derne. )  En  Asie  la  lâche  est  plus  ardue ,  ;à 
causedel'obscuritédes  matériaux,  même  pour 
l'époque  présente ,  et  de  leur  complication 
dans  tous  les  temps.  Mais  la  physiologie  des 
principales  familles  de  langues  nous  servira 
de  fanal  pour  affronter  les  écueils  et  les 
ténèbres  au  reste  du  monde  ;  après  quoi , 
procédant  du  connu  à  Tinconnu,  nous  pour- 
rons résumer  autant  que  raconter,  atteindre 
des  principes  en  même  temps  que  des  faits. 

Depuis  que  Leibnitz  chercha  dans  l'analyse 
comparative  des  langues  la  véritable  généa- 
logie du  genre  humain ,  beaucoup  d'autres 
érudits  d'Allemagne  ont  montré  la  justesse 
de  la  méthode  par  Tabondance  et  la  richesse 
de  ses  applications.  En  1806 ,  Fréd.  Schlegel 
et  Adelung  avaient  signalé  la  parenté  du 
sanscrit  avec  le  latin ,  le  grec  et  Vallemand. 
Les  formes  grammaticales,  déclinaison,  con- 


jugaison et  syntaxe  qui  sont  la  façon  du  lan- 
gage ;  les  racines  étymoloçioues  qui  en  sont 
l'étoffe  se  retrouvent  dans  la  langue  indienne 
comme  un  douaire  où  les  trois  héritien 
auraient  puisé.  Mais  le  douaire  était  plus 
grand  encore  qu'on  ne  se  rimaginaitd'abord: 
les  formes  et  racines  des  langues  slaves  s« 
sont  rapportées  au  sanscrit  avec  la  même 
exactitude  ;  et  enGn  les  idiomes  celtes  om 
reproduit  ces  singulières  coautations. 

Dugald-Stewart ,  plus  habile  en  mélaphT< 
sique  qu'en  philologie,  s'est  opposé  auï  m 
clusions  obligées  d'un  pareil  rapprochemea 
en  faisant  du  sanscrit  un  jargon  postérieui 
au  grec  et  au  latin,  et  importé  d'Occident  ei 
Orient  par  ie  ne  sais  quelle  nation  ;  les  treob 
mille  Macédoniens  d'Alexandre,  ou  les  du 
mille  Grecs  de  Xénophon,  je  suppose  1 

La  conjugaison  grecque  semble  formée  pu 
des  particules  et  des  verbes  auxiliaires  insea 
siblement  fondus  dans  la  racine.  Dans  le  my 
crit,  les  flexions  tiennent  à  rorganisatim 
primitive  de  la  langue.  Les  changements  dî 
conjugaisons  et  les  cas  des  noms  se  |»m 
sur  la  racine  même  :  la  structure  iodieoflc 
est  donc  antérieure.  Plusieurs  formes  étran- 
gères au  latin ,  au  grec  ,  et  qui  sont  dans  \< 
sanscrit,  se  retrouvent  dans  l'erse,  le  gallois 
le  bas-breton,  dans  le  slave,  dansVallemand 
ou  plutôt  dans  les  patois  frizons  oudaosli 
^oth  d'UIphilas.  Le  pot-pourri  aurait-il  rool^ 
jusque-là  pour  ramasser  ses  ingrédient) 
Le  fleuve  des  langues  aurait-il  coulé  m 
l'Orient ,  tandis  que  le  fleuve  des  penpk 
qui  les  parlaient  courait  vers  l'Occidenl? 

£n  acceptant  la  seule  conséquence  lo^i*]»^ 
on  est  préparé  à  rencontrer  le  grand  mter 
valle  de  l'Inde  à  l'Europe  occidentale,  rempj 
d'idiomes  participant  a  plus  forte  raison  i 
la  parenté  des  points  extrêmes.  La  Thno 
des  Slaves,  l'Ionie  des  Grecs  sont  séparés  I 
la  Bactriaue  par  les  hauts  plateaux  do  ïil 
ghanistan ,  par  les  grandes  plaines  de  ) 
Perse,  par  les  montagnes  de  l'Arménie  et  if 
la  Géorgie.  Géorgien,  Arménien,  Osète 
Alain,  Pouschtou- Afghan ,  Persan  mcHlvrnt 
Perse  ancien ,  c'est-a-dire  Zend  et  PchlTj 
sont  langues  indo-germaniques,  procU 
parentes  du'jsanscril.  La  fraternité  des  itf 
gués  antiques  dure  même  dans  les  proci^t 
par  lesquels  elles  se  permutent  en  lan^iî^ 
nouvelles ,  se  brisent  en  idiomes ,  se  disso 
vent  en  patois. 

c  Quand  un  sultan  patane  monta  sur 
trône  de  Delhi ,  la  langue  brahmanique  j 
démembrait-  De  langue  vivante  et  osant  pr 
duire  des  mots  nouveaux,  elle  devenait  inor 
et  arrêtée ,  n'osant  plus  rien  produire.  ( 
bel  idiome  perdait  la  richesse  de  ses  lorine 
se  dépouillant  de  ses  flexions  multipl^^ 
se  développent  sur  le  radical  comm« 
branches  sur  le  tronc  et  font  jaillir  du  vc 
comme  d'une  souche  inépuisable,  toute 
gerbe  de  pittoresques  images.  De  l«n 
vivante  procédant  avec  logique ,  capable' 

Eroduire  des  composés  sans  nombre,  1  idm 
rahmanique  se  laisait,  pour  ainsi  dire,  « 
ue  morte,  prenant  les  mots  tels  quels,  m 
e  la  racine,  élaguant  les  terminaisons grai 


§ 


849 


LIN 


DàNTHROPOLOGIE. 


LAN 


850 


nif  tîcales ,  s'imnosant  de  ne  plus  rien  créer 
pirlai-mèine.  Coaque  prorince  allérait  h  sa 
laçon  ce  langage  si  |jariaiK.  Il  devenait  rude 
et  concis  chez  les  Rajpouts,  énergique,  mais 
sans  grâce  *  chez  les  Mahrattes ,  énervé  et 
a*Jouci  au  Ben^le ,  plus  correct  mais  sans 
sonorité  dans  l  Indoustan  même  {ôkï),  • 

La  révolution  de  notre  mojen  âge  n'a  pas 
l^s^iin  d*une  autre  formule!  Il  n'y  a  qu'à 
mettre  latin  à  la  place  de  brahmanique,  por- 
(Ui^is  à  la  place  de  rajpout ,  castillan  au  lieu 
dtr  mahratte ,  italien ,  français ,  en  place  de 
bengali,  indoustani. 

Le  persan  moderne,  qui  accomplit  sa  trans- 
formation après  avoir  été  submergé  par  une 
C'jn|uèle  et  par  une  langue  voisine,  se  trouve 
{«drce fait  dans  la  position  de  langlais  issu 
u  saion  après  une  conquête  française.  Les 
eui  langues  se  ressemblent  aussi  par  la 
fabrique  très-simplifiée  du  verbe  et  des  décli- 
naisons. Le  verpe  indoustani  lui-même  est 
l'f.lfrment  plaqué  d'auiiliaires  et  de  partici- 
jies  ijoe  Fanglais  seul  peut  le  traduire  avec 
précision  (5Îà).  L'anglais  aurait  assez  d'ad- 
verbes el  de  prépositions  outre  les  cinq  arti- 
cIl'5  des  cas  |)our  reproduire  les  deui  datifs 
H  les  cinq  ablatifs  admis  par  quelques  gram- 
ii*ai riens  décidés  à  retrouver  dans  des  arti- 
cles posl-Gxes  les  neuf  flexions  de  la  décU- 
n^ison  sanscrite. 

'^tte  habitude  d'abréger  la  conjugaison 
p«*r  des  auxiliaires  et  la  déclinaison  par  des 
articles  s'est  donc  retrouvée  aux  deux  bouts 
du  monde  dans  des  langues  déchue3  par  la 
l^arbarie  ou  rénovées  par  le  principe  utili- 
taire. Le  sanscrit,  d'où  sont  émanées  les 
n  ères  de  ces  langues,  y  a  révélé  le  secret  de 
formes  grammaticales  longtemps  acceptées 
omme  caprices  tneiplicables.  La  racine  pri- 
mitive écourtée  dans  un  temps  du  verbe  ou 
dans  un  cas  du  nom  se  reconstruisait  dans 
un  autre  temps ,  dans  un  autre  cas.  Ainsi  le 
nominatif  latin  elephas  occultait  deux  lettres 
dévoilées  par  les  cas  obliques  qui  rappellent 
d^jà  la  forme  grecque  tlephanto ,  où  le  latin 
emprunta  ce  nom.  Le  grec  avait  puisé  plus 
immédiatement  à -la  source  indienne  ai7a- 
rania.  L'auxiliaire  latin  essty  fort  incohérent 
caas  SCS  temps  divers ,  se  reconstruit  régu- 
yi*'rement  dans  les  deux  verbes  sanscrits  où 
î:  fut  taillé.  La  même  irrégularité  se  retrouve 
««ans  le  verbe  italien  andare.  Les  fragments 
rado  et  ses  dérivés  sont  les  débris  du  verbe 
Ijtin  vadere^  dont  le  verbe  moderne  andare 
t  nvahit  la  moitié.  Beiter^  comparatif  hétéro- 
<L'«ite  de  good ,  a  un  positif  régulier  dans  6eA, 
ZKnd  et  pehlvy. 

ie  passe  à  1  anal vse  du  groupe  sémitique , 
'1  «nt  les  principales  branches  et  la  géogra- 
r*^iîe  ont  été  déjà  indiquées  en  parlant  des 
Juifs  répandus  en  Euro|>e.  (  Voy.  Elbopb 
■oDusns.)  Le  trait  le  plus  frappant  et  le  plus 
eéfléral  cle  ces  langues  est  :  1*  l'uniformité 
de  leurs  radicaux  composés  de  trois  syllabes 
«nj  platAc  de  trois  lettres  selon  un  système 
•J>erîlure  qui  ne  fixe  que  les  consonnes  en 

•  ^4i;  Théoil.  Pitic. 


abandonnant  les  voyelles  à  la  tradition  ; 
2*  la  fabrique  du  verl>e  où  les  trois  radicales 
persistant  toujours,  mais  entremêlées  de 
quelque  crément,  font  passer  l'action  {>ar  ton* 
tes  les  nuances  possibles  ;  actif,  passif,  neu- 
tre, réfléchi,  transitif^  intransitif,  réciprocité, 
désir,  rivalité. 

Les  Sémites  n'ont  pas  eu  le  monopole  de 
ces  langues  que  les  nations  de  Cham  eurent 
en  commun  avec  eux  pendant  qu*elles  habi- 
taient les  bords  de  l'océan  Indien ,  de  la  mer 
Rouge  et  du  Nil.  Ce  que  le  déchiffrement 
des  hiéroglyphes  permet  d'ajouter  aux  vesti- 
ges de  l'ancien  égyptien  conservés  dans  le 
cophte ,  y  montre  une  aflînité  incontestable 
avec  le  vieil  araméen  ;  toutefois  avec  une 
indépendancedu  système  graphique  trilittéré. 
Ce  qui  prouverait  que  cette  ingénieuse  mais 
gênante  discipline  lut  une  invention  compa- 
rativement tardive. 

L'Ethiopie,  fort  ancienne  colonie  chamite,  a 
conservé  jusqu'à  nos  jours  un  idiome  où  l'on  a 
cru  retrouver  tantôt  l'hébreu  des  aïeux,  tan- 
tôt l'arabe  des  neveux.  Les  deux  hypothèses 
sont  soutenables  comme  ix)ur  Malte  où  Sol- 
danis  croyait  parler  le  phénicien,  tandis  que 
les  voyageurs  arrivant  d'£gypte  ou  de  Barba- 
rie, reconnaissent  un  arabe  assez  moderne. 

L'Arabe,  versé  depuis  mille  ans  sur  les 
Berbers  de  l'Atlas,  n'a  pas  avancé  au  même 
degré  l'assimilation  de  leur  idiome ,  forme 
très-antique  du  langage  de  Sem  ou  de  Cham. 
Mais  à  l'Atlas ,  comme  chez  les  Fouis  du 
désert  africain ,  comme  chez  les  Boukliares 
et  les  Ouigours  de  l'Asie  centrale ,  comme 
chez  les  Persans  Afghans,  Indous  convertis, 
chez  les  Turcs  d'Europe  et  d'Analolie,  la  lan- 
gue de  rislam  a  imposé  son  système  gra- 
phique ,  ses  noms  d  action  ,  ses  substantifs 
abstraits ,  ou  ce  qui  compose  la  partie  méta- 
physique du  discours  ;  de  telle  sorte  que 
toute  proposition  un  peu  étendue  et  un  peu 
relevée  a  besoin  de  recourir  à  la  langue  phi- 
losophique et  sacrée.  Cela  suflît  pour  don- 
ner un  air  d'homogénéité  aux  idiomes  mu- 
sulmans. 

La  parenté  de  Sem  et  de  Japhet ,  celle 
d'Elam  elde  Magog,  aïeux  communs  des  Scy- 
thes ,  parenté  longtemps  reléguée  dans  les 
assertions  traditionnelles,  passent  h  Fétat  de 
démonstration  par  la  parenté  dos  langues. 
Le  cophte ,  sorte  de  cabinet  d'antiquités  où 
le  vieil  araméen  domine ,  offre  pêle-mêle 
bon  nombre  de  vestiges  indiens. 

Toute  la  fabrique  ûes  pronoms  cophtes 
s'est  retrouvée  dans  l'hébreu  et  s'est  recons- 
truite dans  le  sanscrit.  L'inventaire  des  raci- 
nes indiennes  communes  aux  langues  sémi- 
tiques va  grossissant  chaque  jour  ;  le  perse 
ancien  ou  pehlvy  est  sémitique  par  les  mots, 
indo-européen  par  la  grammaire.  Le  zeiid 
accepté  comme  la  souche  des  idiomes  sémi- 
tiques, tient  de  fort  près  au  pehlvy ,  el,  par 
conséquent ,  au  sanscrit.  (  >Vil.  Jo?ïes.)  Les 
flexions  du  verbe  arabe  par  des  pronoms 
demi-latins  rappellent  la  conjugaison  grec- 

(545»  CiRcix  DE  T*<^T,  IhuUmcnU  de  la  Uwpte 
indou%mm. 


851 


LAN 


DICTSONXAIRE 


LA5 


Ci 


que  par  des  particules  ;  le  moyen  de  la  con- 
jugaison grecque  rappelle  un  peu  les  formes 
et  tout  à  fait  la  signification  des  réfléchies 
sémitiques.  'Stlt.  de  Sact.) 

Le  troisième  groupe  que  nous  devons  exa- 
miner se  compo*ie  des  langues  océaniennes 
dont  l'hydrograpfiie  plus  étendue  que  la  géo- 
graphie des  langues  japhétiques ,  semble , 
par  cela  même,  deux  fois  difficile  à  expliquer. 
La  prodigieuse  analogie  de  tous  les  idiomes 
réf)andus  dans  FOcéan  indo-africain  et  dans 
rOcéan  Pacifique ,  Tient  heureusement  à 
notre  secours  et  met  hors  de  doute  des  com- 
munications actives  et  anciennes  :  la  nier 
devient  un  moyen  puissant  aussitôt  qu  un 
peu  d*industrie  alevéTobstacle  qu'elle  oppo- 
sait aux  migrations.  Des  lies  de  Sandwich  à 
la  Nouvelle-Zélande  il  y  a  près  de  dix-huit 
cents  lieues ,  cl  les  idiomes  y  sont  fort  res- 
semiilants.  De  Madagascar  aux  lies  Philippi- 
nes il  y  a  presque  aussi  loin ,  et  l'on  y  parle 
des  langues  sœurs.  De  Java  aux  Marquises 
il  y  a  un  tiers  de  la  circonférence  du  globe , 
et  les  glossaires  y  sont  de  la  même  famille. 

Keland,  Cook,  Forster,  furent  \e%  premiers 
è  comparer  les  idiomes  océaniens  et  à  re- 
<:onnattre  leur  parenté  avec  le  madécasse, 
le  malais,  le  javanais.  Ces  deux  derniers, 
dans  leur  forme  populaire,  sont  le  résumé 
et  le  moyen  terme  de  toute  la  famille.  On 
croirait  le  kawij  arrivé  par  mer,  lui  aussi, 
et  colon  récent  du  continent  asiatique.  Ce- 
pendant la  race  qui  le  parle  est  indigène  de 
l'Asie.  On  sent  quel  avantage  avait  un  pareil 
idiome  pour  devenir  langue  franque  de 
rarchijiol  indo-chinois,  surtout  quand  le 
peuple  malais  joue,  dans  cet  océan,  le  rôle 
iiiorcantile  des  anciens  Phéniciens. 

Après  que  Flacourl  eut  publié  le  vocabu- 
laire des  idiomes  de  Madagascar,  les  pre- 
miers savants  qui  y  firent  des  emprunts 
crurent  retrouver  la  trace  du  trafic  et  du 
passage  récent  des  Malais.  Mais  Tintérieur 
de  nie  parle  les  idiomes  du  littoral,  et  parmi 
eux  il  en  est  qui  reproduisent  le  tagala  de 
l'intérieur  des  Philippines.  Que  de  temps 
pour  la  fusion  intérieure  du  langage  des 
colons ,  en  supposant  que  ce  temps  n'eût 
pas  suffi  pour  changer  la  physionomie  de 
ces  colons  eux-mêmes  I  L'idiome  kawi , 
forme  moderne  de  l'ancien  malais,  javanais, 
ou  kawar,  est  la  langue  sanscrite  rognée  de 
ses  inflexions 

En  proclamant  le  vieil  idiomo  de  Tlude 
comme  solidaire  des  trois  plus  grandes  fa- 
îiiilles  de  langues,  nous  ne  prétendons  pas 
tenir  la  langue  primitive,  cette  herbe  im- 
mense, bananier  du  paradis  qui  habilla  la 
nudité  de  nos  premiers  parents,  ou  reçut  les 
l)remiers  essais  de  leur  pensée  !  La  plante 
a  durci  ;  ses  feuilles  sont  moins  larges,  mais 
plus  nombreuses,  les  rejetons  ont  prospéré 
au  point  de  voiler  à  tout  jamais  la  tige- 
mère  ;  ils  ont  couru  si  loin  et  le.  long  de  ra- 
cines si  cachées  qu'il  faut  un  effort  de  Tes- 
prit  Dour  les  reconnaître.  Cet  effort  sera 
complet  seulement  le  jour  où  l'Australie, 

(ol6)  Pallas,  Desmoi'lins. 


l'Afrique  centrale,  rAmériquc  da  Sud,  TAsie 
du  Nord  et  de  l'Est  auront  été  étudiées  aT« 
autant  de  soins  que  l'Earone^  FAiie  cenîTil-i 
et  l'Amérique  du  Nonl. 

Toutefois  ces  desiderala  de  la  philoto-re 
tiennent  déjà  aux  trois  familles  par  «.-s 
liens  encoura^ants.  Les  langues  indo-c:  > 
noises  ont  beaucoup  de  rapport  avec  k-> 
langues  chinoises  proprement  dites  qui,  ai 
Sud,  se  rattachent  au  Kawi  par  le  bugis,  !e 
maiaîa,  le  batta  et  le  tagala  ;  au  Nord  se  rî'.- 
tachent  au  groupe  tartare  par  le  thîbéeain  et 
le  iKjutliya  ou  idiome  du  boutan.  Les  Tartar^ 
sortis  de  la  Camille  ariane  parlent  aussi  û*r> 
]an.;ues  ariaoes  ,  mais  tombéc^s  dans  \*t 
laisser-aller  de  iingua  franco^  puisqu'on  n"jr 
conjugue  pas  le  verbe.  Les  Tartares  basanc<, 
Tongous  et  Mongols  ont  des  idiomes  fort 
rapprochés  de  ceux  de  leurs  frères.  Le 
groupe  de  langues  ouralo-sibériennes  pénè- 
tre en  Diine  par  la  Gorée,  et  en  Europe  par 
les  idiomes  slaves-finnois.  Ainsi  les  Ral- 
mouks,  Vagouls,  Ersdad,  Morduans,  Wo- 
tiaks  et  Tchermisses,  parlent  la  langue  des 
Hongrois,  des  Finnois,  des  Lapons  et  sur- 
tout des  Samoïèdes  (5M}.1 

Les  langues  de  l'Afrique  sont  sémitiques 
au  Nord  par  le  Bercer  ;  à  l'Est,  par  l'Amba- 
rique,  idiome  africain  avec  les  flexions  sé- 
mites. Legalla,  le  samawli,  le  dankali  dont 
nous  commençons  à  avoir  des  dictionnaires, 
les  idiomes  roulana ,  noubi,  tibbou,  tua- 
rik  dont  quelques  voyageurs  ont  entamé  le 
débrouillement,  livreront  peut-être  ces  res- 
semblances asiatiaues  espérées  dans  l'idiome 
des  Fouis  et  réauisées  par  ceux  de  Mada- 
gascar. 

Les  langues  américaines,  malgré  leur  va- 
riété infinie,  cèdent  à  l'analyse  et  se  fondent 
dans  un  type  assez  uniforme  pour  affirmer 
déjà  l'unité  de  leur  émanation;  quelques- 
unes  tendent  au  raonosyllabisme  indo-chi- 
nois ,  mais  pourtant  on  retrouve  cette  fabri- 
que du  verbe  à  la  fois  simple  i>ar  le  procé*Jé, 
compliquée  par  le  résultat,  puisqu'elle  varie 
les  nuances  de  l'action  par  1  interposition  de 
quelques  créments  dans  ia  racine.  Nous 
avons  déjà  expliqué  quelque  chose  de  pareil 
à  propos  dis  langues  sémitiques  ;  le  basque 
l'offre  bien  plus  in  extenso,  puisque  la 
môme  racine  y  fournit  vingt-cinq  conjugai- 
sons (54-7). 

L'existence  d'une  langue  antérieure  aux 
idiomes  sémites  et  indous  est  fort  admis- 
sible, puisque  la  fraternité  Suppose  la  com- 
munauté en  p^re  ou  mère.  Cette  mère,  plus 
complexe  que  les  deux  enfants  connus^  put 
avoir  d'autres  enfants  à  qui  elle  légua  la 
fabrique  du  verbe  avec  son  entière  coai- 
plication.  L'induction  permet  d'y  rapporter 
les  Bflisques,  précurseurs  des  Celtes  dans 
rOccident,  et  d'autres  nations  qui  errèrent 
au  centre  de  l'Asie  avant  de  trouver  passage 
vers  la  grande  lie  américaine. 

Si  la  décadence  monosyllabique  avait  com- 
mencé avant  l'émigration,  une  civilisation 
fut  assez  vigoureuse  pour  limiter  celte  len- 

(K47)  W,  HtiïBOtDT,  Deléclcse,  etc. 


LAN 


D'ANTHROPOLOGIE* 


LAN 


854 


dance'aa  point  qae  les  Ogibbeways  dont  les 
souvenirs  remontent  assez  nettement  vers 
ja  Sibérie,  les  Esquimaux  si  semblables  aux 
Samoièdes  par  les  traits,  conjuguent  le  verbe 

Sar  agglutination  comme  la  grande  majorité 
es  Américains. 

Plusieurs  nations  de  Hnde  méridionale  : 
Tamouls,  Téllngas,  Camaties,  Mysoriens, 
Tulaviens,  Parbathjas,  ont  des  langues  qui 
ne  rentrent  pas  immédiatement  dans  le  sans- 
crit, mais  qui  selrapportent  davantage  aux 
iîliomes  tartares  (Stô).. 

Les  probabilités  qui  autorisent  tant  de 
coaptations,  les  preuves  qui  ont  commandé 
le  rapprochement  de  tant  de  peuples  sé- 
parés par  le  temps  ou  l'espace,  nous  les 
devons  au  zèle  des  voyageurs,  aux  lumières 
des  sociétés  savantes.  Que  les  uns  et  les 
autres  reçoivent  l'expression  de  notre  re* 
connaissance. 

Ce  aue  fui  la  langue  primitive.  —  Si  le 
problème  de  la  langue  primitive  est  insolu- 
ble, il  est  au  moins  fort  tentant  et  peut  bien 
eicoser  l'illusion  des  chercheurs  de  cette 
quadrature  du  cercle  et  des  calculateurs  de 
cette  dernière  approximation.  La  formule  de 
Kennedy,  une  langue-mère  ou  aïeule  com- 
mune du  sanscrit  et  de  Taraméen,  rappelle 
un  peu  la  physique  de  la  cosmogonie  indoue  : 
rélephant  qui  supporte  la  terre  s'appuie  sur 
uDf»  tortue  portée  par  un  autre  élépnant  ap- 
puyé à  son  tour  par  la  même  base  chélo- 
nîénne,  laquelle  aussi  est  soutenue  par 
les  épaules  d'un  troisième  pachiderme  pa- 
reil, etc.  La  ouerelle  s*est  agitée  longtemps 
entre  le  système  éléphant  et  le  système 
tortae.  Le  système  mixte  de  Kennedy  im- 
plique toujours  priorité  absolue  ou  relative 
d'une  langue  de  Sem  ou  de  Japhet,  et 
comme  toujours  l'insolubilité  de  la  question 
tient  à  l'inexactitude  des  termes  dans  les- 
quels elle  est  posée.  Quelle  fut  la  langue 
ItHmitive?  On  ne  peut  le  savoir,  puisque 
es  annales  authentiques  commencent  fort 
lard  et  n'ont  pas  précisé  la  langue  des  pre- 
mières traditions.  Mais  cette  recherche  im- 
jilique  l'existence  d'une  langue  primitive,  et 
c'est  cela  même  qui  est  le  véritable  sujet  de 
la  controverse. 

Comme  toutes  les  propositions  relatives 
aux  causes  premières  se  tiennent  de  fort 
près,  les  épicuriens  et  naturalistes  doivent 
a^imettre  1  éternité  des  langues  comme  l'é- 
ternité de  Fa  matière.  Si  l'arrangement  de  la 
matière  homme  est  un  accident  récent,  une 
transformation  dernière  du  ver  perfectionné, 
la  parole  n'est  qu'une  fonction  fatale  comme 
le  chant  des  oiseaux  ;  seulement  elle  est 
complexe  eu  proportion  de  l'organisation  de 
>on  larynx  qui  varie  les  sons,  de  son  oreille 
qui  recueille  ceux  de  la  nature  ;  de  son  es- 
prit et  de  ses  caprices  qui  mêlent  ce  double 
produit  en  combinaisons  infinies. 

Noas  allons  exposer  dans  toute  leur 
naireté  les  prétentions  de  cette  école  résu- 
mées dans  le  livre  de  Desmoulins  : 

«  Les  langues,  effets  et  causes  de  l'iné- 


galité des  aptitudes,  sont-  l'cBuvre  des  peu- 
ples divers  et  l'ceuvre  primitive.  La  diffu- 
sion des  langues  est  aussi  insoutenable  que 
la  dispersion  des  races.  Les  langues  et  les 
races  se  sont  touchées  sans  se  confondre. 
L'aptitude  cérébrale  qui  modifie  aujourd'hui 
le  dictionnaire  et  la  grammaire,  créa  d'abord 
les  racines  et  formes  grammcticales  par 
l'effet  de  son  primitif  exercice.  L'oreille  re- 
cueillit les  bruits  extérieurs  et  en  fit  les 
onomatopées  ;  elle  enre^stra  les  exclama- 
tions spontanées  des  passions.  Ce  fonds  mo- 
difié par  le  caprice,  Wr  la  tradition,  donna 
des  combinaisons  innnies  comme  le  hasard. 
Le  larynx ,  organe  moins  complexe  que  lo 
cerveau,  resserra  les  langues  dans  des  al- 

{ihabets  assez  bornés.  L'homme  a  fait  sa 
an^e  comme  les  oiseaux  font  leur  chant. 
Il  n  y  a  que  la  différence  du  simple  au  com- 
posé. 

«  Malgré  les  communications  opérées  en- 
tre les  races  par  les  conquêtes  et  les  migra- 
tions, les  variétés  de  linguistique  se  retrou- 
vent encore  partout.  Beaucoup  de  coïnci- 
dences ont  été  remarquées  à  des  dislances 
Ïui  excluaient  toute  idée  de  communication, 
.es  Boschimanes  ont  une  lettre  claquante 
qui  se  retrouve  dans  les  tribus  circas- 
siennes. 

«  Comment  les  importations  auraient-elles 
couvert  un  fonds  primitif  doublement  tenace 
et  par  la  routine  et  par  le  patriotisme  ?  Le 
fonds  a  duré  de  toute  éternité  chez  les  Bas* 
ques,  les  Gaels,  les  Bretons.  Luttes  de  lan- 
gues, luttes  de  races  ;  il  y  a  toujours  eu  des 
autochtones  préexistant  aux  conquérants  ; 
les  masses  ne  se  sont  jamais  déplacées  ; 
les  conouérants  étaient  comparativement 
peu  nomoreux.  Procope  compte  à  peine  cin- 
quante  mille  Vandales  conquérants  de  TAfri* 
que;  les  Turcs  Ouigoars,  qui  faisaient  trem- 
bler Byzance  sous  Justin  11,  étaient  au  nombre 
de  200,000,  au  dire  de  leurs  ambassadeurs  à 
qui  la  pnidence  autant  que  Torgueil  com- 
mandait de  grossir  les  objets  ;  les  armées 
ont  assez  de  peine  à  arriver  à  un  terme 
éloigné  et  à  se  lixer  dans  un  pays  étranger  ; 
les  invasions  de  peuples  meurent  en  masse 
comme  des  sauterelles  ;  les  premières  croi- 
sades nous  l'ont  appris. 

«  De  très-minces  exceptions  n'infirment  pas 
cette  règle  générale.  Les  Espagnols  ont  ex- 
terminé les  Guanches  aux  Canaries,  les 
Caraïbes  à  Saint-Domingue,  où  les  nègres 
ont  usé  de  représailles  envers  les  blancs. 
Chrétiens,  Nègres,  Caraïbes,  avaient  encore 
de  courtes  et  précises  traditions  de  déplace- 
ment ;  mais  que  de  peuples  envahis  étaient 
sans  traditions,  sans  aïeux  plus  sauvages, 
sans  pères  moins  dégradés  qu'eux-mêmes  I 
Quelle  invasion  avait  peuplé  ces  lies  oh  l'on 
a  surpris  des  sauvages  ne  connaissant  pas 
Tusage  du  feu  7  Les  rivages  américains  où 
vivaient  des  tribus  ne  sachant  pas  compter 
jusqu'à  six,  apparemment  parce  qu'elles 
n'avaient  que  cinq  doigts  à  la  main  et  n'a- 


i'^i^)  PftKAàA». 


155 


LAN 


IMCTIO.'UiÂlPtE 


UN 


CI 


Tbient  pâs  remarqué  que  leur  main  était 
double.  9     ^ 

Nous  avons,  par  anticipation,  répondu  à 
cette  dernière  série  d'ar^^unients  ;  quant  à 
Torigine  onomatopéique  du  langage,  soute- 
nue par  Court  de  Gébelin,  et  encore  admise 
par  quelques^Frauçais  (oW),  elle  a  été  brave- 
ment précisée  par  PAnglais  Murray  en  neuf 
monosyllabes  représentant  toute  sorte  de 
coups  et  desquels  il  dérive  toutes  les  langues 
de  la  terre,  oifférentes  de  forme  et  de  fond, 
le  hasard  ne  créant  que  des  individualités 
dépareillées. 

Cependant  les  calculs  d'un  mathémati- 
cien (550)  établissent  que  six  mots  pareils 
dans  deux  langues  appuient  par  dix-sept  cents 
chances  contre  une  Ja  probal)ilité  qu  ils  sont 
dérivés,  cfans  Tun  et  1  autre  cas,  de  quelque 
Tanguc-inère  ou  introduits  par  communica- 
tion. Huit  mots  pareils  donnent  près  de  dix 
mille  chances  contre  une,  c'est-àndire  une 
certitude  à  peu  près  entière.  Que  serait-ce 
lorsque  les  mots  et  racines  semblables  mon- 
tent à  plusieurs  milliers  en  des  langues  sé- 
Î)arées  par  la  longueur  totale  de  la  chrono- 
ogie  ou  par  la  moitié  de  la  circonférence  du 
globe  I 

L'argument  tiré  des  immigrations  est 
surtout  favorable  h  la  dispersion  des  langues 
rayonnant  d'un  tronc  commun.  11  ne  peut 
aider  le  système  de  la  génération  spontanée 
et  universelle  du  langage,  qu'en  faisant 
étouffer  entièrement  l'idiome  autochtone  par 
le  langage  importé;  ainsi  tout  devrait  être 
danois  dans  1  anglais  après  la  conquête  da- 
noise ;  tout  français  après  Guillaume.  En  ce 
cas  l'autochtone  se  présume,  mais  ne  se 
prouve  pas.  Si,  par  hasard,  on  en  découvre 
des  traces,  elles  ne  doivent  ressembler  à 
rien;  mais  l'anglo-saxon  est  goth,  le  celte 
est  sanscrit! 

Comme  dernière  ressource,  pour  soutenir 
les  deux  originalités,  malgré  la  ressemblance, 
on  admet  la  similitude  des  résultats  par  la 
similitude  des  organes  en  action  et  des  for- 
ces en  travail.  Cela  veut  dire  apparemment 
que  les  alphabets  de  tous  les  peuples  sont 
bornés  h  une  quarantaine  de  sons,  et  que  la 
grammaire  générafe  peut  être  enfermée  en 
une  centaine  de  propositions.  Les  éléments 
de  l'instrumentnommé  kaléidoscope  n'étaient 
pas  si  nombreux,  et  l'on  a  estimé  a  plusieurs 
millions  les  combinaisons  possibles  avant 
que  la  môme  se  reproduise  deux  foisl  La 
génération  spontanée  et  multiple  des  lan- 
gues ne  peut  donc  expliquer  ni  les  ressem- 
blances, ni  les  différences  des  idiomes. 

Quand  les  questions  montent  dans  les 
nuages  métaphysiques,  il  y  a  des  chatoie- 
ments capables  de  mettre  en  contradiction 
des  intelligences  aussi  émînentes  par  leur 
savoir  que  par  leur  force.  Fréd.  Schlegel 
commença  par  croire  l'esprit  humain  ouvrier 
primitif  du  langage  et  finit  par  admettre  ex- 

S licitement  la  révélation  divine  du  langage, 
ous  trouvons,  comme  lui,  une  affirmation 


sur  bonnes  preuves  bien  préférable  à  des 
discussions  sans  fin  et  à  des  vagabondages 
dans  un  labyrinthe  sans  issue.  Sos  bonnes 
preuves  sont  déjà  fournies  :  nous  avons  r^ 
trouvé  expérimentalement  les  débris  d'une 
langue  pnmitive  dans  les  trois  grandes  f^ 
milles  sémite,  indoue,  océanienne.  Nous 

{mouvons  hardiment  formuler  le  dogme  de 
'unité  de  l'espèce  humaine  et  de  la  popula- 
tion de  la  terre  par  une  famille  graduelle- 
ment élargie.  Les  individus  et  les  natioDs 
ont  largement  usé  de  leur  libre  initialiTe  en 
combinant,  changeant,  rénovant  selon  le> 
forces  et  les  caprices  de  leur  esprit;  mais  ils 
travaillaient  toujours  sur  une  trame  pre- 
mière, sur  un  patron  primordial  ettraditioD- 
nel.  C'était  plus  que  le  vaisseau  de  Thésée, 
puisque  plusieurs  pièces  n'ont  pas  été  alté- 
rées ;  plus  que  la  gouttelette  de  sang,  héritage 
maternel  préexistant  dans  l'oeuf  avant  l'ébau- 
che du  poulet  (551).  Un  fait  non  moins  cer- 
tain et  non  moins  admirable  que  la  parenté 
des  langues  est  la  fabrique  de  plus  en  plus 
savante  el  compliquée  de  ces  langues  à  me- 
sure qu'on  en  remonte  la  généalogie.  L'an- 
glais est  plus  simple  que  le  français  et  Me- 
mand;  ceux-ci  plus  simples  que  le  latin,  le 
goth,  le  sanscrit.  L'aïeul  ou  les  aieui  incon- 
nus du  sanscrit  durent  être  plus  vastes,  plus 
compréhensifs  ! 

Nous  pouvons  raisonner  ici  comme  Hers- 
chel  remplissant  de  soleils  la  voie  lactée 
explorée  par  son  télescope  :  plus  nous  ap- 
prochons de  Dieu  et  plus  l'immensité  est  ad- 
missible! Ici  elle  a  de  plus  l'avantage  de  se 
trouver  à  la  portée  de  l'intelligence  com- 
mune. 

Dans  tous  les  pays  frontières,  en  pays 
basque,  en  Transylvanie,  à  Smyrne,  à  Cons- 
tantmople,  les  familles  d'une  éducation  or- 
dinaire voient  leurs  enfants  grandir  en  ba- 
billant trois  ou  quatre  langues.  Observons 
les  classes  plus  élevées  où  le  fait  est  à  la 
fois  plus  complexe  etplusrégulier.LaMédie, 
le  Pont,  n'ont  plus  de  Cyaxare  ou  de  Mithri- 
date  ;  mais  les  Scythes  du  Borysthène  ap- 
prêtent leurs  enfants  pour  le  voyage  etpeut- 
ètre  pour  la  conquête  du  monde.  Les  grands 
seigneurs  au  maillot  sont  entourés  de  pré- 
cepteurs de  toutes  les  nations  européennes; 
les  princes  ont,  en  outre,  des  serviteurs  qui 
doivent  toujours  s'exprimer  dans  leurs  lan- 
gues asiatiques. 

A  cinq  ans  le  jeune  boyard,  l'intéressant 
tzarévitz  donne  au  slavon  les  quatorze  cas 
arméniens  ;  il  tâtonne,  dans  le  persan,  le? 
vingt-cinq  formes  positives  et  négatives  du 
verbe  turc,  il  parle  allemand  au  valet  an- 
glais, italien  au  français,  français  el  russe 
à  tout  le  monde.  A  dix  aps  il  fait  des  fautes 
dans  toutes  les  langues  ;  mais  il  ks  a  défini- 
tivement classées  dans  des  cases  distinctes  de 
sa  mémoire.  A  dix-huit  ans,  il  vojage  cl 
pratique  tour  à  tour  chaque  idiome  dans  son 
terroir  ;  il  les  pratiquera  tous  simultanémenl 
à  la  cour  sans  une  erreur  de  grammairC' 


(549)   Cam.  Diteil      Explication  des  hiéroffly- 
phes. 


(^50)  YorNn,  Transac^  of  Ihe  roy.  Soc. 
(bb\)  Isid.  Bourdon,  Phys.  camp. 


8&7 


D'ANTHMPOLOGIE. 


Ul^ 


S3S 


sans  an  retard  de  mémoirCt  sans  une  hési- 
tation de  registre. 

Le  tour  de  force  n*est  pas  exceptionnel  ;  il 
se  reproduit  en  cent  Tilles,  en  mille  châ- 
teau! ;  les  individus  ne  sont  pas  choisis 
parmi  les  privilégiés  de  Fesprit  ;  à  cela  près 
du  talent  polyglotte,  la  plupart  seront  tout 
simplement  de  grands  seigneurs  ou  des  prin- 
ces. A  leur  place  tout  autre  enfant  eût  été 
aussi  curieux,  aussi  admirable;  tout  autre 
nous  eôt  offert  ce  tobu-bohu  déià  sillonné 
de  lumière  et  de  vitalité,  cette  Babel  confuse 
et  savante,  ce  pèle-môle  de  langues  amalga- 
mées maintenant  pour  se  diviser  et  se  pré- 
ciser plus  lard.  Qu  on  appelle  d'un  nom  uni- 
que ce  large  trésor  avec  lequel  cet  être  jeune 
et  naïf  pourra  tenir  tète  aux  représentants 
île  plusieurs  races,  et  Ton  aura  une  idée  ap- 
proximative du  langage  primitif,  cadre  vir- 
tuel et  matériel  de  toutes  les  langues  futures. 
Avais-^e  tort  de  crier  à  Timmense  et  au  sim- 
ple? C  est  un  enfant  de  nos  jours  qui  révèle 
en  le  renouvelant  familièrement  le  grand 
phénomène  rapporté  à  Tenfance  du  monde  ! 

Action  de  la  science^  action  du  peuple ,  ac^ 
tion  du  temps.  —  Les  langues  ont  donc 
roulé  dans  le  torrent  des  âges  comme  ces 
i>!ocs  de  rochers  que  le  frottement  dégrossît 
en  cailloux,  émictte  en  graviers,  é«rru2e  en 
sable  ;  et  de  même  que  la  loupe  du  géologue 
ou  le  creuset  du  chimiste  sij<ua!ent  dans  le 
moindre  grain  le  bloc  auquel  il  fut  agrégé, 
la  montagne  dont  il  fut  partie  intégrante; 
de  même  le  philologue  remonte  à  la  vaste 
fabrique  des  idiomes  anciens  par  l'analyse 
d^s  ptirases  et  des  mots  de  nos  idiomes  mo- 
dernes. 

La  décomposition  des  mots  en  lev.rs  ra- 
cines est  ropération  principale ,  le  fond  de 
cette  science  qui  a  rendu  d  immenses  servi- 
ces à  rhistoire  malgré  les  sarcasmes  encou- 
rus par  les  abus  de  l'étvmologie.  On  com- 
mence à  sentir  aujourd'hui  que  l'analyse  des 
mots  n  est  complète  qu'en  rendant  compte 
aussi  des  flexions.  Celles-ci  faisant  partie  de 
la  forme,  la  çrammaire  spéciale  de  chaque 
lanuiie  ou  collection  de  ses  formes  a  dû  être 
étudiée  en  regard  des  autres  grammaires. 

Les  recherches  leiiques  ou  la  comparai- 
son des  langues  par  dictionnaires  et  racines 
dépistent  des  rapports  plus  nombreux  et 
plus  distants.  Les  ressemblances  par  gram- 
maire constatent  une  parenté  plus  immé- 
diate. 

Cne  grammaire  étrangère  ne  peut  appa- 
raître sans  un  fonds  de  mots  que  l'importa- 
teur impose  comme  première  application  de 
sa  méthode  nouvelle.  On  explique  de  cette 
CaçoD  l'origine  des  langues  néolatines  qui 
auraient  accepté  quelque  grammaire  germa- 
nioae  avec  une  bonne  provision  de  mots 
tocfesques.  Ceux-ci  abondent  effectivement 
partout;  Schœli,  qui  les  estimeà  un  cinquième 


(oS2)  Mou  français  Urés  de  rallemand  : 
f*^rfe,  Hfol,  briser^  cagol^  cingler,  cloche,  digue,  rôle, 
^' A«rpr,  éclrnu^  épenm ,  escadre,  espiègle  ,  (almse, 
fscpm^  friche,  gasum^  Çorge,  guérir,  maréchal,  tnar- 


de  la  langue  française,  n'a  eu  que  emjMtras 
duchoix(S52).  Le  Visigoth»  le  Bourguignon, 
le  Frizon,  déclinaient  avec  des  articles,  fai- 
saient des  passifs  avec  des  auxiliaires.  Mais 
s'est-on  bien  assuré  que  ce  laisser-aller 
ne  préexistait  pas  déjà  dans  le  latin  rusti- 
que d'où  l'anarchie  littéraire  et  politique 
1  auraient  transporté  d'abord  dans  la  langue 
parlée  par  la  bonne  compagnie  et  par  degrés 
dans  le  roman  parlé  et  écrit. 

Il  suffit  d'avoir  voyagé  en  Allemagne,  en 
Turquie,  en  Perse,  pour  voir  que  la  phrase 
longue  et  inversive  est  mono[X)lisée  par  les 
savants  et  par  les  livres.  Le  peuple,  ou  plus 
généralement  la  parole  improvisée,  hache  le 
discours  et  roidit  la  phrase  vers  la  li^ne 
droite,  l^s  barbares  avaient  donc  déjà  des 
intelligences  dans  les  places  et  surtout 
dans  les  campagnes  latines. 

Une  préparation  préalable  par  la  gram- 
maire,par  I  accent}ou  par  les  mots  eux-mêmes, 
est  une  condition  excellente  pour  l'adoption 
d'une lan^^e  nouvelle.  La  Belgique, où  le  peu- 
ple parle  flamand,  aurait  parle  hollandais  si  la 
politique  et  la  religion  n  eussent  brisé  la  loi 
de  Nassau.  Les  Rinircs  d'Albion  étaient  fa- 
çonnés pour  l'accent  tudesque,  puisqu'ils 
prononçaient  6ri7ain  ce  qu'ils  écrivaient  prf- 
dain.  Les  Epirotc s Skipes  s'amalgament  clans 
la  famille  grecque;  les  Pélasges  s'hellénisè- 
rent facilement  en  Grèce,  en  Asie  Mineure, 
en  Italie  (353).  Le  grec  ne  s'acclimata  que 
superficiellement  sur  la  Syrie,  l'Egypte,  la 
Cyrénaïque  où  des  patois  sémites  dormaient 
pour  se  réveiller  arabes. 

L'observation  du  passé  et  plus  encore  du 
présent  aide  un  peu  à  l'éclaircissement  du 
iiroblème  de  l'araarition  secondaire  des 
langues,  de  leur  oiversité,  de  leur  renais- 
sance; problème  grave,  puisque  de  très-res- 
pectables autorités  l'ont  relégué  parmi  les 
miracles,  au  moins  en  ce  qui  regarde  la  con- 
fusion première.  Pour  les  autres  confusions, 
les  seules  dont  nous  veuillions  nous  occu- 
per ici,  un  effet  très-prononcé  peut  tenir  à 
des  cause»;  fort  légères.  Quelques  variantes 
de  synonymes  et  d  accents  suffisent  pour 
empêcher  las  Arabes  Maugrebins  détre 
compris  en  Egypte,  Syrie  ou  AraDie.  Héro- 
dote traite  de  barbares  tous  les  débris  des 
idiomes  pélasgiques.  Partout  où  une  capi- 
tale politique  ou  bien  une  littérature  ne  cen- 
tralise pas  le  langage,  il  se  divise  en  dialec- 
tes aussi  nombreux  que  les  principaux  ag-. 
grenats  de  peuples.  Et  si  l'indifférence  ou 
Finimitié  sont  aidées  par  une  frontière  na? 
turelle,  fleuve,  montage  ou  bras  de  mer  ;  si 
la  nonchalance  des  climats  chauds  est  aidée 
par  une  ceinture  de  désert,  les  schismes 
peuvent  devenir  plus  multipliés  et  plus  pror 
fonds.  On  a  compté  jusqu'à  1,200  dialectes 
en  Amérioue;  le  continent  africain  est  plus 
large  et  plus  coupé.  Dans  la  petite  Ue  de 

sottin^méloMge,  mine,  pièce ,  pisser,  quille,  raffer^ 
rame,  rat,  renard,  riche,  rosse,  sabre,  sénéchal,  seuil, 
soldat,  tourbe,  là  ter,  vague,  valise,  vassal,  voguer, 
(555)  ilalia,  Niebcus,  Uist.  romaine. 


859 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


86^ 


Tioior  ri  y  a,  dit-on,  une  ({uarantaine  de 
dialectes,  et  plusieurs  .centaines  à  Bornéo  1 

Notre  Europe,  avec  ses  langues  soi-disant 
fixées  par  la  littérature  et  par  la  presse,  ne 
peut  les  empêcher  de  virer  de  prononciation 
tous  les  cent  ans,  et  d*orthographe  tous  pes 
deux  cents!  Qui  peut  répondre  que  nos 
aïeux  de  quatre  ou  cinq  siècle^,  réveillés 
subitement,  ne  nous  paraîtraient  p)i$  aussi 
singuliers  par  le  langage  que  par  le  costume? 
£n  tout  cas  pour  Taccent,  aïeux  et  neveux, 
risqueraient  fort  de  demeurer  totalement  in«> 
compris. 

Les  sociétés  anciennes  trouvaient  un  mo- 
dérateur à  ce  frottement  dans  le  repos  des 
masses  el  dans  Tinfluence  des  lettrés,  qui 
étaient  on  même  temps  des  prêtres.  Les  aca- 
démies, au  contraire,  sanctionnent  les  faits 
accomplis  bien  plus  qu'elles  ne  les  prépa- 
rent ou  ne  les  dirigent;  elles  sont  les  échos 
autant  et  plus  que  les  oracles  du  peuple. 
Si  là  même  où  un  idiome  est  abandonné  à 
lui  seul,  il  oscille  et  pivote,  il  tournoie,  à  plus 
forte  raison  sous  le  tiraillement  des  conauê- 
tes,  des  migrations,  des  littératures  et  des  frot- 
tements internationaux. 

Phases  et  âge  des  langues.  —  Les  mots  pro- 

frès  et  décadence  ont  aujourd'hui  des  va- 
eurs  si  contestées,  qu'il  faut  prudemment 
les  restreindre  à  l'acception  de  mouvement. 
Mais,  à  moins  de  nier  le  mouvement  lui- 
même,  il  me  semble  bien  difficile  d'accepter 
l'opinion  de  quelques  savants  qui  croient 
les  langues  secondaires  surgies  de  toutes 
pièces  (554).  Ce  mysticisme  s'explique  ou  se 

Ï)rotége  par  un  autre  :  il  ne  se  fait  plus  de 
angues  I 

Il  suffit  de  regarder  autour  de  soi ,  sinon 
pour  nier  cette  seconde  proposition,  au 
moins  pour  infirmer  la  première.  Toute  la 
côte  méridionale  de  la  Méditerranée  parle  un 
jargon  appelé  petit  maure  ou  lingua  franca  : 
les  mots  sont  espagnols,  français,  italiens, 
grecs,  turcs,  arabes  ;  la  construction  est  di- 
recte, le  verbe  est  réduit  strictement  à 
l'infinitif  présent,  déterminé  tout  au  plus 

tar  des  adverbes  ou  des  pronoms  personnels, 
e  jour  qu'une  puissance  barbaresque  aura 
adopté  cette  langue  comme  moyen  et  sym- 
bole d'une  civilisation  quasi  européenne,  les 
premiers  eflForts  de  ses  écrivains  donneront 
au  verbe  une  précision  plus  grande.  L'an- 
glais est  là  pour  montrer  comment  l'infini- 
tif peut  aisément  devenir  base  d'un  pareil 
travail. 

Qu'un  remaniement  semblable  se  soit 
opéré  sur  l'anglo-saxon,  le  saxon,  le  danois, 
Tanelo-français,  il  n'est  pas  téméraire  de 
l'induire.  Notre  vieux  français  servira  de 
témoignage  plus  positif  :  le  verbe  y  a  pris  les 
pronoms  personnels  si  tard ,  que  leur  sup- 
pression est  encore  un  des  articles  de  la  poé- 
sie voulant  représenter  les  époques  naïves 
et  reculées  ;  enfin  la  plupart  des  patois  du 
Midi  déclinent  plusieurs  cas  sans  articles, 
conjuguent  le  verbe  nu  et  non  encore  armé 
de  tous  ces  temps  trop  nombreux  dans  le 

(5r>i)  JOS.  DE  MaISTRE,  ^'!C.  WlS^MAN. 


français,  puisque  les  étrangers  ne  savent  pas 


'adjectii 
absolu. 

La  démolition  représente  les  degrés  de 
l'édification,  l'économie  explique  l origine 
du  luxe. 

Daus  plusieurs  des  petites  Antilles,  il  s'est 
formé  des  syncrétismes  pareils  à  la  langue 
franaue  d'Afrique.  A  Saint-Thomas,  à  Cura- 
çao, l'anglais,  le  bas  allemand,  sont  mêlés  à 
l'espagnol  et  à  d'autres  idiomes  d'Europe 
ou  d'Amérique,  déjà  rabotés  par  les  paiois 
créoles  ou  nègres. 

L'indépendance  politique  est  la  seule  con- 
dition  qui  manque  pour  constituer  ces  jar- 
gons en  un  langage  officiel  d'abord,  régulier 
plus  tard.  Le  guarany  du  Paraguay  et  le  che- 
roki  de  l'Amérique  du  Nord  ont  bien  affiché 
et  réalisé  une  pareille  prétention,  et  Dieu 
sait  de  combien  de  débris  ils  étaient  formés. 

Ce  qui  a  signifié  ces  langues  au  monde 
américain  I  C6  qui  imposait  l'idiome  roman 
à  Ta  Gaule  des  Carlovingiens,  c'était  Yins- 
truction  et  l'esprit  de  su'ite  des  hommes  ca- 
pables de  les  rédiger  en  manifestes  ou  en 
serments.  Les  idées  et  l'art  d'ajuster  ces  idées 
sont  choses  plus  importantes  que  Imslm- 
ment,  et  l'on  peut  dire  en  ce  sens  que  l'ins- 
trument est  parfait  le  jour  que  quelqu'un 
daigne  ou  sait  l'employer.  Mais  combien  de 
temps  n'avait-il  pas  mis  à  mûrir  sourde- 
ment; quels  changements  ne  subira-t-il  pas 
plus  tard  ? 

Lorsque  dans  le  passé  on  voit  surgir  une 
langue,  instrument  d'un  nouvel  empire  ou 
compagne  d'un  grand  homme,  il  y  a  dans  ce 
fait  complexe  une  portée  providentielle  qui 
peut  compéter,  principalement  deBossuet, 
de  Joseph  de  Maistre  ou  de  Wiseman,  théo- 
logiens. Des  observateurs  plus  humbles 
auront  le  droit  de  noter  que  les  forces  de 
l'esprit  servent  de  levier  à  la  Providence 
aussi  bien  que  les  forces  de  la  matière,  et 
que,  par  exemple,  dans  telle  période  histo- 
rique donnée  dans  le  grand  événement  qui 
lança  sur  le  monde  la  nation  et  la  langue, 
il  n  est  pas  impossible  de  reconnaître  une 
situation  dont  les  éléments  furent  tous  pa- 
reils à  ceux  que  nous  voyons  rouler  sous 
nos  yeux  dans  les  pays  de  moyen  âge  et  de 
renaissance. 

L'ouvrier  ne  peut  être  bien  orgueilleui 
de  sa  part  dans  ce  travail  ;  il  n'y  fournit  pas 
les  matériaux,^  qui  sont  les  mots  ;  pas  mén  e 
l'outillage,  c'est-à-dire  les  formes  grammati- 
cales ;  celles-ci  et  ceux-là  sont,  nous  Tavons 
déjà  montré,  un  héritage  vieux  comme  le 
monde.  Les  remaniements  d'une  ou  de  plu- 
sieurs langues  et  ua  idiome  nouveau  sont 
l'œuvre  du  temps  et  des  hommes  ;  est-rl  be- 
soin de  redire  combien  il  y  a  loin  de  là  à 
une  création  première  et  de  toutes  pièces  ? 
Donc  les  théologiens  ont  eu  quelque  droit 
de  dire  que  l'humanité  n'a  qu'une  seule 
langue;,  mais  ils  doivent  convenir  qu'elle 


t:i 


LàN 


D'INTHROrOLOGlE. 


LAN 


sei 


s*est  éTolttée  et  s*éTolue  encore  dans  le 
temps  et  Tespace  en  des  Tariétés  infinies.  Le 
procès  ne  subsistera  que  sur  la  proportion 
relative  de  neuf  et  de  Tieux  »  u'initiatire  et 
de  tradition  employées  dans  chaque  variété 
ou  idiome. 

L'initiative  par  les  onomatopées  est  une 
fraction  trop  minime  pour  la  mettre  en  ba- 
lance avec  la  masse  énorme  de  convenu, 
e'est-à-dire  de  traditionnel,  qui  fait  le  fond 
des  lanj^es.  Les  lettres  clappantes  des  Cir- 
cas5iens,Cafres  et  Iiottentots,ne  sontqu*une 
variation  des  scbuintantes  slaves  et  sémites, 
ou  des  sifilantes  de  tous  les  pays.  Si  les 
bruits  naturels  ont  eu  une  influence  plus 
iar^e,  cet  élément  humain  sera  de  plus  belle 
impuissant  à  rendre  compte  de  la  ressem- 
blance des  langues.  Les  bruits  naturels  (5S5) 
les  plus  uniformes  partout,  sont  iustement 
ce  que  les  langues  ou  onomatopées  natio- 
eaies  représentent  avec  la  plus  incroyable 
variété. 

Les  mots  et  formes  grammaticales  sont 
employés  en  quantité  à  peu  près  égale,  tan- 
lùc  en  petits  idiomes,  tantôt  en  langues  im- 
menses. Avec  de  pareilles  phases  il  est  bien 
ditlicile  de  contester  aux  cualectes  une  vie 
semblable  à  celle  des  empires  ou  des  indivi- 
dus, une  enfance,  une  maturité,  une  mort. 
Nous  avons  vu  poindre  quelques  idiomes 
i\ui  se  dégagent  de  leurs  langues-patois; 
1  Europe  a  plusieurs  langues  qui ,  après  la 
S4^ve  de  la  jeunesse,  sont  tourmentées  par  le 
pléthore  de  Tâge  mûr;  les  langues  de  1  .Amé- 
rique succombent  et  meurent  par  milliers. 

Jlôle  important  du  sanscrit.  —  Ses  phases 
sont  lentes,  puisque  les  grands  dialectes  ont 
moyennement  duré  1,000  ans,  et  que  Tago- 
nie  de  plusieurs  p|arcourt  Téchelle  chronolo- 
gique presque  entière.  Le  g*ec  s'est  conservé 
dans  un  faubourg  de  Palerme.  Wansleb  le 
retrouva  représenté  à  Siout  par  un  prAtre 
cophte,  malgré  la  loi  sarrasine  qui  ravait 
«iéfendu  depuis  Tan  722.  Lecophte  lui-même 
parait  subsister  dans  quelques  bourgades 
voi-sines  de  Tripoli.  Le  celle  et  le  kymry 
expirent  depuis  la  i^nquète  de  César;  le 
basque  depuis  trois  mille  ans. 

Les  expérimentations  de  la  philologie  ne 
sont  donc  pas  des  travaux  d'anatomie  cada- 
vérique ;  les  comparaisons  peuvent  se  Caire 
sur  des  lances  vivantes,  avec  le  cortège 
précieux  de  Taccent  du  peuple  et  des  com- 
mentaires des  hommes  instruits  qui  les  pra- 
tiquent. L'échelle  sanscrite,  base  principale 
des  travaux  les  plus  glorieux  de  la 
science  moderne,  est  aussi  le  critérium 
de  la  certitude  pour  les  résultats  que  la 

(555)  M.  E.  de  Sakes  a  donné  les  onomatopées 
très-direrses  da  chant  da  coq,  dans  un  mémoire 
sur  la  transcription  des  bngaes  orientales  en  ca- 
ractères européens.  On  peu!  trouver  la  même  dispa- 
rate dans  les  svnonymes  des  vertws  raucatiier,  béler^ 
caqmettj^  dans  les  diverses  langues. 

(.VS^)  Mots  sanscrits  anslais  et  allemands  :  potfff, 
wkmàer^  smwh^  doghter^  broder,  nioii,  vid,  kava,  jurait, 
eywumau,  krowa,  imm,  /ifr,  herti,  stara,  gham. 

Moiâ  sanscrits  grecs  :  aiît^  os;  denta,  dent;  karu. 
wK'JÎn;  nan,  narire. 


science  est  en  droit  d'attendre  dans  Tétude 
comparative  des  autres  langues.  On  cite  le 
sanscrit  de  préférence,  parce  que  sa  {larenté 
avec  les  langues  do  l'Europe  rend  plus  in- 
telli^bles  et  les  rapprochements  et  les  in- 
ductions qu'on  en  tire. 

Les  mots  représentant  les  premiers  be- 
soins de  la  vie,  les  relations  de  famille,  les 
noms  de  nombre,  les  objets  de  la  nature  et 
de  la  primitive  industrie,  forment  un  lexi- 

3ue  avec  lequel  on  a  mesuré  les  parentés 
u  sanscrit;  Kennedy  a  compté  900  mots  de 
cotte  nature  communs  au  sanscrit  et  aiix 
langues  d'Europe.  II  a  trouvé  dans  le  çrec 
208  mots  sanscrits  qui  se  rencontrent  dans 
le  latin  ,  et  dans  celui-ci  188  qui  ne  se 
trouvent  pas  dans  le  grec  ;  il  a  conclu  avec 
raison  que  ces  deux  grands  idiomes,  avant 
de  se  copier  réciproquement,  avaient  dû  sor- 
tir d'un  troisième ,  leur  commun  géniteur. 
Je  cite  en  note  (556) 'quelques  séries  qui 
montreront  l'incroyable  persistance  des  lan- 
gues à  travers  trois  ou  quatre  mille  ans. 
L'analyse  de  la  conjugaison  sanscrite  et  zend 
a  livré  le  secret  des  flexions  du  verbe  dans 
toutes  les  langues  qui  en  dérivent. 

La  faculté  d'assembler  des  mots  nouveaux 
en  agrégats  cohérents,  faculté  perdue  dans 
les  langues,  filles  indiennes  du  sanscrit,  dure 
encore  dans  l'allemand  et  le  grec.  Pendant 

2ue  l'anzlais  juxtapose  deux  mots ,  steam- 
oat;  le  irançais  trois,  bateau  à  tapeur  ;  l'al- 
lemand  soude  deux  racines  saxones,  dampf- 
sthiff;  le  grec  met  en  fusion  deux  racines 
crecques,  atmopleion  ou  atmopleskon»  Le 
français  savant  a  la  ressource  de  refluer  vers 
le  latin  ou  le  grec  pour  y  arranger  locomo^ 
tire  ou  pyroscaphe;  mais  la  langue  populaire 
répugne  à  ce  procédé  rationnel  et  pédant. 
Elle  fait  timidement  des  substantifs  com- 
plexes ou  hardiment  des  qualificatifs,  verbes 
et  substantifs  barbares,  remorqueur^  fixateur j 
distancer^  chefferie 

Les  vieux  idiomes  celtes  ont  encore auiour- 
d'hui  plus  de  vigueur  et  de  force;  ils  aggre:;ent 
par  le  procédé  allemand,  grec,  sanscrit  (557). 
Aussi  leurs  racines  sont-elles  comme  des 
médailles  rierges  du  frottement  et  de  la 
rouille  oii  l'exergue  laisse  déchiffrer  encore 
les  événements  du  passé.  Le  rapprochement 
suivant  nous  semble  parfaitement  justifié  , 
quoique  d'une  hardiesse  heureusement  rare 
parmi  la  gent  friande  d*étymologies. 

Tolg  en  irlandais  signifie  un  lit,  comme 
/y/f ,  en  ik  elsb,  une  couche,  un  lit  de  repos. 
Ces  mots  sont  identiques  au  grec  tolé^  ma- 
telas, coussin.  Ils  viennent  tous  du  sanscrit 

Mots  sanscrits  latins  :  pader,  mader,  jnvan,  genu, 
ped.jecar  (jecur),  agkni  (t^fits),  dharm  (terra),  ar- 
riri  (rirsj),  nav  (narU),  sarpam  (urpens),  tidkna 
(ridua), 

{HSl)  Voici  des  mots  compleies  do  dialecte  welsh  : 
dadien  ûrié  dawcl,  ayant  une  tendance  an  décou- 
ragement ;  dmro  stingie  diaa  sthmml,  tendant  à  ame- 
ner an  état  de  sujétion.  Voici  nn  mot  encore  phis 
lony  dn  dialecte  erse  :  gruaig  fin  ekaod  faimd  dmuiê 
statné  egaek,  ayant  de  heaui  cncTCUX  de  soic'retomr 
bant  en  boucl*rs  contonmér s. 


863 


LAN 


DiCTiONNÀmS 


LAN 


8^ 


tulika^  matelas,  lit,  substantif  dérivé  de  tula, 
un  des  noms  sanscrits  de  coton. 
Surduhj  un  des  noms  sanscrits  du  tigre , 

{»rend  dans  ses  composés  la  signification  de 
art,  grand ,  prééminent,  comme  son  syno- 
nyme viagray  et  comme  les  noms  du  lion  et 
de  réléphant.  En  irlandais  sartulait  signifie 
fort. 

La  langue  celte  sort  donc  d'un  pays  où  il 
y  eut  tout  à  la  fois  le  tigre  et  le  coton. 

Quand  les  voyageurs  du  dernier  siècle  eu- 
rent compté  plus  de  trois  mille  dialectes 
dans  le  moncle  entier;  quand  le  premier 
examen  eut  montré  d'énormes  ditiérences 
entre  la  plupart  de  ces  dialectes  rapprochés 
au  hasard ,  la  parenté  des  races  humaines 
put  sembler  aussi  compromise  que  l'affinité 
de  ces  langues  et  leur  descendance  commune 
d'un  langage  primitif.  Mais  le  classement  des 
idiomes  par  groupes  similaires,  la  parenté  de 
ces  groupes  entre  eux ,  la  liaison ,  la  fusion 
évidente  des  grandes  familles  les  unes  dans 
les  autres,  si  elles  ne  sont  pas  déjà  capables 
de  faire  cesser  la  perplexité ,  doivent  au 
moins  lever  toute  inquiétude  sur  le  résultat 
final. 

Peu  de  mots  suffiront  maintenant  pour 
montrer  le  secours  de  la  philologie  dans 
l'histoire  des  peuples.  Une  langue  est  la  tra- 
dition la  plus  large ,  la  i)lus  complexe  du 
passé;  si  deux  nations  aujourd'hui  diflFéren- 
tes  d'apparence  physiques  offrent  leur  lan- 
gue en  commun,  il  est  évident  que  ces  deux 
nations  eurent  une  communication  très-in- 
time à  un  certain  moment  de  leur  histoire  ; 
il  est  possible  aussi  que  ces  doux  nations 
soient  émanées  d'un  tronc  identique. 

La  conquête  impose  l'idiome  du  vain- 
queur même  quand  le  vainqueur  est  compa- 
rativement peu  nombreux,  ce  qui  est  le  cas 
te  plus  ordinaire.  Mais  cet  idiome  officiel  ne 
se  fond  dans  la  langue  populaire  qu^à  la  con- 
dition d'avoir  avec  elle  une  grande  ressem- 
blance. Le  chaldéen  adopté  pendant  la  capti- 
vité par  la  nation  juive  était  proche  parent 
de  l'hébreu  ancien,  et  les  Juifs  formaient  la 
minorité  parmi  le  peuple  assyrien. 

Quand  U  vaincu  forme  une  nation  avec  un 
idiome  distinct,  celui-ci  reste;  mais  il  faut 
savoir  le  chercher  ailleurs  que  dans  la  lan- 
gue littéraire  ou  officielle.  Le  peuple  hon- 
grois, bohème,  illyrien,  qui  apprend  un  peu 
d'allemand ,  parle  mieux  ses  idiomes  natio- 
paux  slaves.  11  en  est  de  même  dans  le.«  ré- 
publiques nègres  d'Haïti  et  de  Guyane,où  le 
français ,  lé  noljandais,  l'espagnol  officiel, 
peuvent  être  la  langue  politique;  mais  où 
le  peuple  noir  parlera  longtemps  des  patois 
africains  et  finira,  si  l'élément  noir  domine, 
par  élever  ces  patois  au  rang  de  la  langue 
de  l'Etat,  comme  cela  s'est  vu  pour  le  gua- 

Cette  ténacité  ,  cette  durée  indéfinie  des 

(!>58)  Dires  phUoiophiques^  hypothèses  vraies  ou 
fausses  inventées  par  des  raisonneurs  pour  expli- 
quer des  phénomènes. 

(559)  Exé§èse ,  explication ,  interprétation.  Les 
protestants  particulièrement  appliquent  ce  mot  aux 


langues  dont  nous  avons  cité  d'autres  exem- 
ples plus  curieux,  impose  donc  aux  parti- 
sans de  l'antiquité  primitive  et  de  la  multi- 
S  licite  des  espèces  humaines ,  la  nécessité 
e  trouver  partout  une  lan^e  nationale  sur- 
vivant à  côté  des  idiomes  importés.  Si  rien 
de  pareil  ne  se  retrouve  chez  des  peuples 
dont  les  langues  se  fondent  en  totalité  dans 
celles  de  peuples  très-distants  par  le  temns 
et  l'espace,  il  faut  bien  que  l'émisration  de 
la  langue  et  du  peuple  soit  un  fait  simul- 
tané. Et  si  ces  peuples  indiqués  par  la  com- 
munauté d'origine  géographimie  et  linguis- 
tique sont  aujourd'hui  très-différents  d'appa- 
rence, force  est  aussi  d'admettre  que  le  temps 
et  l'expatriation  ont  plus  profondément  el 
plutôt  altéré  ces  apparences,  qu'ils  n  ont  al- 
téré les  traditions  et  les  langues. 

Les  idiomes  les  mieux  analysés  par  la 
science,  les  idiomes  de  l'Europe,  sont  parlés 
en  commun  par  deux  ou  trois  races  d  appa- 
rences très-aivérses.  Les  nations  tarlares  el 
turques  diffèrent  beaucoup  physiquement 
,de  la  nation  mongole  proprement  dite,  et 
pourtant  leurs  idiomes  sont  de  la  même  A- 
mille.  Les  langues  ouraliennes  sont  répan^ 
dues  parmi  des  peuples  de  livrées  très-va- 
riées; et,  enfin,  les  nations  basanées  de 
l'Inde  parlent  des  idiomes  dérivés  du  mi- 
crit  aussi  bien  que  toutes  les  langues  des 

(peuples  blancs  de  l'Europe  moderne  et  de 
'Europe  antique. 

Observations  sur  les  théories  linguiiiiqw 
de  Court  de  Gébelin,  de  Brosses^  etc.  —Moïse, 
le  seul  historien  qui  raconte  l'origine  dû  la 
diversité  des  langues ,  nous  montre  le  genre 
humain ,  avant  sa  dispersion  ,  parlant  une 
seule  langue  dans  la  plaine  de  Sennaar.  C'é- 
tait, sans  doute ,  la  langue  primitive ,  celle 
qu'avait  reçue  du  Créateur  le  premier  cou- 
ple de  la  famille  humaine,  et  qui  sélail 
transmise  aux  huit  personnes  sauvées  fiu 
déluge;  mais  c'était  cette  langue,  altéra 
dans  le  cours  du  temps,  et  enrichie  par  h 
progrès  des  idées  et  de  l'ordre  social.  O'ii- 
tre  les  desseins  de  la  Providence  qui  vi^'i' 
lait  peupler  toute  la  terre,  les  nombreux 
decendants  de  cette  famille  se  pressaient 
dans  cette  plaine,  et  s'y  bâtissaient  une  tour 
qu'ils  voulaient  élever  jusqu'au  ciel ,  p<»uc 
s  en  faire  un  point  de  ralliement.  Dieu  con- 
fond leur  langaçe,  unique  jusqu'alors;  ij« 
ne  s'entendent  plus  à  Babel,  et  voilà  quilî 
se  dispersent  tout  à  fait  sur  le  globe,  cha<jue 
famille  principale  emportant  son  idiome  ^»a^ 
ticulier  provenu  par  altération  de  ce  langage 
unique;  et  de  ces  idiomes  sont  nées  ensijii« 
liu  moins  la  plupart  des  langues  connues,  ei 
toutes  peut-être,  sans  aucune  exception. 

Ceux  qui ,  dans  la  Bible ,  cherchent  par 
tout  de  la  mythologie  ou  des  philosopha 
mes  (558),  en  un  mot,  les  partisans  de  la  nou- 
velle exégèse  (559)  et  les  francs  incrédules. 

doctrines  vraies  ou  fausses  par  lesquelles  lears  tK^c* 
leurs  prétendent  expliquer  la  Bible.  Leur  aiiclfo* 
exégèse  était  Irès-réseivée  en  comparaison  «J«*  '^ 
nouvelle,  de  celle  de  notre  temps.  Cell^wi  n'HK 
dans  le  socinianisme  ;  clic  s'efforce  de  changt  r  loi:» 


LAM 


DANTHRWOLOGie. 


LAM 


âf§ 


rejettent  eette  histoire.  Elle  n*a  rien  pour- 
tant aoi  ne  s*accorde  avec  tout  ce  que  Ton 
sait  aes  lanzues  parlées  jadis  ou  mainte- 
nant sur  le  globe  terrestre. 

On  remarque,  en  comparant  ces  langues , 
particulièrement  celles  de  TEurope,  de  la 
moitié  occidentale  de  FAsie  ,  du  nord  et  de 
Torient  de  TAfrique,  et  même  certaines  lan- 
gues de  FAménque,  qu^elles  ont  entre  elles, 
dans  une  portion  plus  ou  moins  considéra- 
ble de  leurs  mots ,  des  analogies  si  multi- 
pliées, si  frappantes,  qu'un  grand  nombre 
de  philolozues  ont  cru  trouver  dans  quel- 
ques-unes la  langue  primitire,  et  dans  les 
autres  des  dialectes  de  cette  mèmelan^e;  et 
qu'enfin  le  président  de  Brosses  osait  affir- 
mer (que  toute  langue  connue  est  dérivée 
d'une  aufre  {Formalion  mécanique  des  lait- 
gu€$^  t.  H,  ch.  10,  { 1  )  ;  autrement  que  tou- 
tes les  lançues  se  tiennent  les  unes  aux  autres 
par  wu  fUtation  infinie  (/6id.,  ch.  9,  m  /hie). 
Qb  a  TU ,  dans  les  trois  derniers  siècles  , 
la  plupart  des  saTants   assigner   l*hébreu 
pour  langue  primitire,  pendant  que  d'autres 
donnaient  pour  telle,  ou  la  langue  de  leur 
pars,  on  quelque  autre  langue  qu'ils  affec- 
tionnaient. 

Beccan,  Hollandais,  était  pour  la  langue 
des  BataTCS ,  Webb,  pour  le  chinois  ;  Rea- 
dîng,  pour  Tabyssinien  ;  Sternhielm  et  Rudd- 
bek,  pour  le  suédois  ;  Saumaise ,  Boxhorn  , 
CluTier,  pour  la  lan^ie  scvthique;  Erici, 
pour  le  grec  ;  Huço,  pour  le  latin  ;  les  Maro^ 
Dites,  pour  le  syriaque;  Le  Brigant,  et  beau- 
coup d'autres  ayant  et  après  lui ,  pour  le 
celtique  ;  un  Flamand  de  notre  temps,  pour 
la  langue  flamande  ;  d'autres  aujourd'ui  se- 
raient pour  le  sanscrit. 

Quant  aux  langues  oui  ont  moins  d'ana- 
logie arec  les  langues  les  plus  célèbres,  à 
ces  langues  qui  paraissent  ou  qui  paraîtraient 
absolument  étrangères  aux  premières,  il  est 
}Mt>bableque  leur  affinité  originelle  s'est  effa- 
cée arec  le  temps,  par  toutes  les  causes  qui 
influencent  les  prononciations,comme  le  cli- 
mat, les  aliments,  les  montagnes,  les  plaines, 
les  rilles,  les  modes,  les  additions,  les  retran- 
chements, les  métathèses,  les  permutatfons 
de  Torelles  et  de  consonnes.  Quand  on  a 
médité  sur  les  chances  de  toutes  ces  causes, 
multipliées  par  le  cours  des  âges  ,  on  est 
bien  moins  étonné  de  trouver  des  langues 
qui  ne  se  ressemblent  pas,  ou  qui  paraissent 
tout  à  fidt  étrangères  les  unes  aux  autres  , 
«joe  d'en  rencontrer  tant  et  tant  d'anciennes 
et    de  modernes  qui  se  rapprochent  par 
beaucoup  de  ressemblance  dans  leur  maté- 
riel et  dans  leur  structure. 

D'ailleurs ,  il  n'y  a  rien  dans  le  récit  de 
Moise  qui  oblige  à  soutenir  la  fraternité 
d'aucune  langue.  Il  serait  permis  de  croire, 
contre  l'apparence  arec  le  docte  Heryas,  que 
rérénement  de  Babel  abolit  en  entier  la  lan- 
fp^e  pfimitiTe,  établit  pour  tous  les  hommes 
des  bogues  nourelles ,  totalement  différen- 
tes entre  elles,  et  qu'elles  furent  autant  de 


langues  primitiTCs;  dans  ce  système,  la  res- 
semblance des  langues,  ou  leur  dissem- 
blance, n'a  rien  qui  intéresse  la  véracité  du 
récit  mosaïque. 

Lorsqu'on  parle  de  langue  primitive,  il  est 
nécessaire  de  bien  faire  connaître  d'abord  ce 
qii'on  prétend  désigner  par  cette  lan^e. 
Voilà  ce  que  n'a  pas  fait  Gébelin ,  quoique 
dans  ses  ouvrages  il  se  soit  occupé  souvent 
de  langue  primitive.  Cherchons  ce  qu'il  a 
entendu. 

Il  écrivit  après  que  le  président  de  Brosses 
eut  cherché  a  expliquer  les  mots  ressem- 
blants dans  les  langues  diverses,  par  la  res- 
semblance d'organe  vocal  entre  les  hommes, 
et  par  certains  rapports  entre  les  noms 
et  les  objets.  Depuis  que  divers  auteurs 
avaient  soutenu  contre  J. -J.  Rousseau 
l'invention  purement  humaine  des  langues, 
Gébelin  enseigna  que  toutes  les  langues  ne 
sont  que  les  dialectes  d'une  langue  |)rimi- 
tive  quelconque;  il  se  flattait  ouvertement 
de  posséder  cette  langue  primitive  et  pré- 
tendait en  conséquence  pouvoir  expliquer 
tous  les  idiomes  parlés  sur  la  terre.  Il  te- 
nait beaucoup  à  cette  idée  qu'on  trouve  dans 
queloues  anciens,  savoir,  que  les  noms 
sont  les  vraies  images  des  choses.  Il  avance 
que  la  parole  est  un  instinct.  U  dit  qu'il  y  a 
entre  les  noms  et  les  objets  un  juste  rapport 
plus  ou  moins  étroit^  qui  obligea  tous  les 
hommes  à  recevoir  ces  noms ,  et  qui  les  empé^ 
cha  de  les  abandonner;  enfin  il  affirme ,  que 
les  rapports  sont  nécessaires  entre  les  noms 
et  les  idées.  Il  ajoute  que  la  langue  primitive^ 
puisée  dans  la  nature^  na  pu  s^anéantir  en 
aucun  lieu;  que  toutes  les  langues  en  sont  les 
dialectes  ;  que  toutes  les  différences  entre  les 
langues  se  réduisent  à  cfes  différences  de 
prononciation  ,  de  valeur,  de  composition , 
d'arrangement:  enfin  qu'on  peut  ramener 
chaque  langue  à  la  primitive,  en  rétablissani 
chaque  mot  d'après  ces  différences. 

Avec  ces  données  on  peut  comprendre  ce 
qu'est  pour  Gébelin  la  langue  pnmitire   % 

C'est  une  langue  naturelle  que  les  hommes 
n'ont  point  intentée^  que  Dieu  aussi  ne  leur 
a  point  donnée  par  une  intervention  spé-* 
ciale,  mais  (ju'ils  avaient  prise  dans  la  m^ 
iurCf  et  qui  reste  aujourd'hui  cachée  dans 
toutes  les  langues  connues,  anciennes  et 
modernes ,  à  laquelle  qu  peut  les  ramener 
toutes  ;  enfin  que ,  par  son  art  à  lui  on  peut 
y  retrouver  complète.  C'est  donc  une  langue 
naturelle,  nécessaire,  universelle,  impéris- 
sable. 

En  marquer  les  traces  est  une  tAche  bien 
difficile;  car  elle  n'exige  pas  moins,  dit-il  ^ 
que  la  comparaison  du  plus  gramd  nombre 
possible  de  lamgues. 

Or  quelles  sont  les  langues  que  Gébelin 
a  pu  comparer ,  en  supposant  qu'il  les  ait 
toutes  assez  connues  pour  bien  faire  cette 
comparaison  indispensable? 

Hervas,  tom.  I",  in-%%  page  69  de  son  C^ 
ialago  de  las  lenguas,  prétendit  que  Gébelin 


les  faits  sunaturds  de  h  Biblecn  mythologie  oa  en     poar  enseifiier  b  rérélatioB  s*en  rendent  précisé- 
pfciWnnphrmn,  en  sorte  que  les  professeors  éiaUis      ment  les  snb^pertissciirs  les  plus  téméraires. 


Wl 


LAN 


DICTIONNAIRE 


LAN 


MS 


ne  connaissait  pas  encore  la  cinquième  par- 
lie  des  langues  du  monde  ;  et  celte  assertion 
ne  paraîtrait  pas  trop  hardie  à  ceux  qui 
prendraient  la  peine  de  comparer  les  écrits 
de  notre  auteur  avec  ce  qu'ont  publié  ,  de- 

{)uis  sa  mort ,  sur  la  science  générale  des 
angues,  Hervas  lui-même,  Adelung,  MM.  Va- 
ter,  Eicchorn,  ou  seulement  avec  la  seconde 
édition  du  grand  vocabulaire  polyglotte , 
donné  à  Saint-Pétersbourg  en  1790  et  1791, 

in-i%  k  vol. 

A  bon  droit  Ton  récuserait  de  même  et  Le 
Brigant  et  les  autres  qui  se  sont  égarés , 
chacun  en  sa  manière,  a  la  recherche  de  la 
langue  primitive. 

Quand  on  dit  que  les  mots  sont  les  images 
des  choses,  et  qu'il  y  a  un  rapport  naturel , 
juste  et  nécessaire  entre  chaque  mot  et  Vidée 
qu'à  représente  y  il  faut  d  abord  s'entendre. 
Parle-t-on  des  mots  radicaux,  ou  seulement 
des  mots  dérivés  et  des  mots  composés. 

Si  l'on  borne  cette  théorie  aux  mots  dérivés 
et  aux  composés ,  nous  comprendrons  qu'il 
est  utile  de  connaîlrc  la  dérivation  et  la 
composition  des  mots;  qu'ainsi  l'on  peut 
découvrir  des  vues  de  l'esprit  humain  plus 
ou  moins  anciennes,  toujours  curieuses, 
toujours  utiles  pour  comprendre,  pour  ex- 
pliquer les  paroles,  pour  conserver  la  pro- 
priété du  langage ,  et  souvent  d'ailleurs  ou 
ne  peut  pas  plus  exactes,  plus  philosophi- 
ques, plus  morales. 

Tous  ces  précieux  avantages  subsiste- 
raient, dans  Ta  supposition  même  que  les 
mots  primitifs  ou  radicaux  ne  fussent  dus 
qu'au  choix  le  plus  arbitraire. 

Voyons  donc  seulement  si  les  plus  simples 
radicaux  sont,  de  nécessité,  les  justes  images 
des  choses,  s'ils  peuvent  avoir  en  toute  lan- 
gue, et  aujourd'hui  surtout,  un  vrai  rapport 
naturel  avec  l'idée  qu'ils  représentent. 

II  n'v  a  rien  sans  cause  ;  donc  il  y  a  eu 
généralement  quelque  motif,  quelque  rap- 
port plus  ou  moins  éloigné,  plus  ou  moins 
f)roche,  entre  le  signe  radical  ou  primitif  et 
a  chose  signifiée.  Voilà  ce  que  nous  accor- 
dons sans  difficulté. 

Mais,  premièrement,  ce  rapport  a  pu  être 
si  éloigné,  ou  si  singulier,  ou  si  fugitif,  que 
nous  soyons  forcés  de  le  regarder  comme 
arbitraire,  ou  nul,  ou  tout  à  fait  impercep- 
tible. 

£n  second  lieu ,  supposons  tous  les  radi- 
caux fondés  originairement  sur  des  rapports 
naturels,  prochains,  exacts  et  permanents; 
n'y  avait-il  pas  des  rapports  certains  pour 
déterminer  le  choix  spécial  de  chaque  ra- 
dical? Oui,  sans  doute  :  la  richesse  de  la  na- 
ture est  immense  dans  sa  variété  ;  la  volonté 
est  capricieuse  dans  ses  déterminations  ;  le» 
circonstances  qui  fixent  le  choix  sont  pres- 

aue  infinies.  Donc,  en  puisant  également 
ans  la  nature  leurs  idiomes  particuliers, 
les  hommes  auraient  très-naturellement,  à 
àes  syllabes  et  à  des  mots  identiques,  atta- 
ché des  idées  fort  difl'érentes,  et  à  des  idées 
identiaues  les  mots  les  plus  disparates,  les 
plus  éloignés  Tun  de  l'autre.  Admettons 
néanmoins  qu'ils  se  fussent  rencontrés  tout 


à  la  fuis,  et  pour  le  choix  des  rapports,  eC 
pour  celui  des  signes,  les  traces  d'un  accord 
aussi  invraisemblable  n'auraient  pu  généra- 
lement se  conserver  dans  le  cours  des  siè- 
cles, au  milieu  des  altérations,  disons  mieux, 
des  transformations  de  toute  espèce  que  nous 
voyons  s'être  faites  dans  les  mots,  soit  en  la 
même  langue,  soit  dans  le  passage  d'une 
lan^e  à  une  autre. 

Ainsi,  à  la  seule  ouverture  d*un  grand 
dictionnaire  polyglotte  s*évanouit  tout  le 
système  de  Gébelm  sur  sa  langue  unique, 
naturelle,  nécessaire  et  impérissable.  Il  n*y 
a  pas  jusqu'aux  tables  des  radicaux,  labo'- 
rieusement  composées  par  lui-même  tout 
exprès  pour  établir  son  système,  qui  ne  ten- 
dent à  le  renverser.  Dans  ces  tables,  à  la  fin 
de  chaque  volume  du  Monde  primitif,  comme 
dans  les  vocabulaires  polyglottes  et  dans 
ceux  de  chaque  idiome,  vous  trouverez  sans 
cesse  des  sj-llabes  et  des  radicaux  exacte- 
ment identiques,  servant  de  signes  à  des 
idées  qui  n*ont  rien  de  commun  entre  elle^, 
et  toutes  les  idées  les  plus  étrangères  les 
unes  aux  aujrcs  exprimées  par  toute  espèce 
d'assemblages  de  syllabes  et  de  lettres. 

Cependant  on  est  forcé  de  convenir,  el 
c'est  une  vérité  que  nous  avons  déjà  si- 
gnalée,  qu'une  comparaison    attentive   et 
savante  du  matériel  et  de  la  structure  des 
idiomes  les  plus  célèbres  de  la  moitié  oc- 
cidentale de  l'Asie,  d'une  partie  de    rAfn- 
que,  et  de  presque  toute  l'Kurope,  manifeste 
entre  ces  idiomes  des  analogies  si  claires  et 
si  nombreuses,  qu'il  en  résulte  une  évidence 
morale  d^identite  d'orijpne,  ou  pour  le  moins 
d'anciennes  communications   très  -  étroi  ïcs 
entre  beaucoup  de  peuples  de  ces  trois  par- 
ties de  notre  globe.  Il  est  donc  probable  que 
ces  langues  ne  sont  que  des  dialectes  des- 
cendus plus  ou  moins  directement  d^une 
langue  primitive.  On  aperçoit  que  TEurope 
tient  de  l'Asie  ses  langues  diverses  et  sa  po- 
pulation, comme  elle  en  a  reçu  de  précieux 
végétaux,  et  en  général  ses  opinions  et  ses 
sciences,  tant  vraies  que  fausses,  et  ses  arts 
et  ses  usages. 

Veut-on  supposer,  diaprés  l'existence  cl 
l'ancienneté  des  langues  qui  paraissent  le 
plus  étrangères  à  ces  idiomes  et  entre  eltes, 

3ue  plusieurs  langues  primitives,  toutes 
ifférentes  les  unes  des  autres,  ont  com- 
mencé à  la  dispersion  de  Babel,  et  ont  de- 
mandé l'origine  à  beaucoup  de  langues  ac- 
tuelles ?  Je  crois  que  dans  Tétat  présent  de 
nos  connaissances  on  ne  peut  solidement 
ni  prouver,  ni  réfuter  une  pareille  opinion; 
il  me  semble  qu'elle  sera  toujours,  ou  long- 
temps du  moins,  un  problème  irrésolu. 

LANGUE  PRIMITIVE.   Yoy.  Langues  el 
la  note  I  à  la  fin  du  volume. 
LANGUE   ROMANE.    Yoy.  Eoropb    mo- 

SERNB 

LANGUE  ESPAGNOLE.  Voy.  Eo«opb  mo- 

DBRNB 

.  LANGUES  D'OC  et  D'OUI.  Foy.  Edbok 

MODERNE. 

LANGUES  AMÉRICAINES.   Foy.  Am«m- 

CAINS. 


LON 


DAimiRWCMjOGIE. 


LO^ 


«10 


LARYNX.  Voy.  Voix 

LEIBNITZ.  Voy.  Langage. 

LENNI-LENAPES.  Voy.  Algottqui^s. 

LENTILLE,  POIS,  HARICOT,  elc.  —  La 
lenlilie  fut  connue  dans  Tantiquité,  et  c'était 
Traisemblablenient  la  nôtre  (oÎBO).  Notre  pi- 
gum  satitutn  nesi  |)onit  relui  des  anciens. 
Ce  n'est  pas  que  je  veuille  dire  (jue  le  pois 
f^uit  un  légume  inconnu  aui  anciens,  mais 
il  pourrait  être  compris  sous  une  dénomina- 
tion générale  ou  peut-^tre  sous  plusieurs 
noms  d*un  sens  va.aie  et  indéterminé.  Nous 
Tovons,  par  les  écrits  de  Galien,  qu'il  régnait 
une  grande  confusion  dans  la  dénomination 
des  fruits  des  légumineuses  (561).  On  n'est 
pas  plus  d*accord  sur  ce  qu*on  doit  entendre 
]>ar  le  mot  phaseolus.  Pline  semble  indiquer 
par  là  le  haricot  commun,  phaseolus  tni/- 
garis.  Le  dolichos  des  anciens  est  enreloppé 
de  la  même  obscurité.  Le  Mchminkbone  des 
Allemands,  le  phaseolus  vutgaris  des  bota- 
nistes, est  très-vraisemblablement  le  smilax 
de  Dioscoride  (I.  ii,  c.  17G).  Les  noms  latins 
pisum^  cicera^  cicerula^  et  ceux  grecs,  doit- 
rkoSf  phaseolug^  s'appliquent  à  la  gesse^  la 
tkyrus  de  l'Europe  méridionale;  le  pois  en 
général,  pi$um  des  botanistes,  erùse  des 
Allemands,  peut  très-bien  aussi  se  trouver 
s'^us  cette  dénomination.  Le  cicer  arietinum^ 
le  poiê  chichtj  qu'on  cultive  dans  toutes  les 
parties  de  TEurope  méridionale,  particuliè- 
rement en  Espagne,  ne  peut  faire  aucun 
«foute.  C'est  le  cirer  des  Romains,  c/>t€nrde^ 
des  Grecs.  Le  lupin  des  anciens  est  égale- 
ment notre  lupinus  albus  ;  la  tieia  des  Latins 
est  peut-être  Vaphaca  des  Grecs  et  notre  vicia 
saiira;  et  Vorobus  des  Grecs  sera  rfrrumdes 
Latins,  Yervum  ertilia  de  Linné,  très-cultivé 
dans  le  midi  de  l'Europe  comme  plante  four- 
ragère; ouelguefois  elle  enivre  les  bestiaux, 
propriété  qui,  pour  elle,  est  encore  caracté- 
ristique. Nous  ignorons  quelle  fut  la  patrie 
de  ces  plantes;  plusieurs  d'entre  elles,  qu'on 
trouve  croissant  spontanément  dans  le  sud 
de  l*Europe,  y  furent  primitivement  culti- 
récs.  Le  naricot  commun  tire  certainement 
son  origine  d'un  pajs  chaud ,  car  il  gèle  fa- 
ci  lement.  On  lui  assigne  l'Italie  pour  patrie. 
J'ai  bien  trouvé  des  espèces  de  ce  genre  dans 
les  listes  des  plantes  de  cette  partie  de  TAsie, 
mais  jamais  je  n'ai  vu  l'espèce  elle-même 

LIRYENS.  Voy.  AiiomiGèNBS. 

LIVRES  INDIENS.  Voy.  Rouddbisme. 

LOI  DE  RÉPÉTITION  ORGANIQUE.  Voy. 

A?(AT01IIB  COMPABÉK. 

LOI   DES   CONDITIONS   DEXISTENCE 
CHEZ  LES  ÊTRES  ORGANISÉS.  Voy.  Ana- 

TOMIV  COVPAmÉB. 

LOIS  MORALES.  Voy.  Faccltés. 
LONAY  (l'abbé).  F.  à  la  un  du  vol. 
LONAY  (L'abbé).  Voy.  à  la  6n  du  vol. 
LONGÉVITÉ.  —  SUICIDE.  —  Nous  n'hé- 
sitons point  à  dire  que  tout  homme  pénétré 

in&fX)  Le  mets  pour  lequel  Esaû  vendit  son  droit 
ff  aînesse  était  réeUement  composé  de  lentilles  ;  le 
texte  hébreu  emploie  le  mot  kadûsck^  qui  est  celni 
.que  les  Arabe»  donnent  encore  à  la  lentille.  La  pa- 
raphrase cbaldéenne  SHlinet  la  même  inlerpréia- 
tioa. 


du  sentiment  de  son  excellence,  des  devoirs 

Îu'il  a  à  remplir  sur  cette  terre,  doit  préten- 
re  à  fournir  une  longue  carrière,  celle  que 
lui  assigne  la  mort  naturelle ,  ou  ,  en  d'au- 
tres termes,  Timpuissance  nécessaire  de  son 
oi^anisme  parvenu  à  une  certaine  période. 
Il  peut  s'abandonner  à  la  Providence ,  par 
laquelle  tous  les  jours  sont  comptés ,  qui  on 
rompt  le  fil,  quand  il  lui  plaît,  d  que  manière 
brusque  et  inopinée.  Mais  comme  il  ignore 
ses  desseins,  il  doit  tendre  par  lui-même  à 
la  longévité  comme  à  une  fin  respectable  et 
morale.  En  effet ,  nous  allons  le  voir  dans 
un  instant ,  la  longévité  se  mesure  au  degré 
des  bonnes  moeurs  ;  la  ténacité  vitale  qui  en 
fait  l'essence  nuise  en  partie  ses  racines 
dans  le  sol  delà  vertu.  Aussi  ne  peut-on  se 
défendre  d'un  sentiment  de  tristesse.  Ion - 
qu*on  voit  de  nos  jours  si  peu  de  zèle  poi  r 
vivre  longtemps  ;  je  dirai  même  plus ,  lor*  - 

3u'ou  voit  tant  d'appréhension  d'une  longue 
urée  de  l'existence.  Le  découragement  de 
la  vie,  tœdium  vitœ^  résultat  de  nos  misères 
morales  et  sociales  est  si  fort,  qu'on  reJoule 
presque  de  déposer  sur  le  berceau  d'un 
nouveau-né,  es]>érance  de  la  famille  et  qui 
sourit  à  tous,  les  vœux  pour  une  longue 
vie ,  tant  on  craint  pour  lui  les  orages  à 
travers  lesquels  s'écouleront  ses  années. 
Eh  bien,  il  raut,  pour  être  d  accord  avec  les 
lois  providentielles  et  physiologiques ,  lui 
souhaiter  une  longue  série  de  jours  pour  le 
libre  exercice  de  ses  manifestations  morales, 
but  suprême  de  lliumanité ,  et  en  même 
temps  une  grande  sérénité  d'âme  pour  sup- 
porter les  traverses  de  sa  course. 

L'homme  est,  de  toutes  les  créatures  pé- 
rissables ,  celle  qui  est  le  mieux  oi^anisée 
pour  atteindre  la  lougévité.  C'est  injuste- 
ment qu  on  lui  a  contesté  cette  utile  préro- 
gative (5G2),  par  laquelle  Dieu  lui  donne 
ainsi  le  temps  d'accomplir  la  mission  sé- 
rieuse de  ses  devoirs.  L'importance  de  ces 
derniers  atteste  suffisamment  uu'il  ne  pou- 
vait être  doué  d'une  existence  éphémère.  Si 
on  réfléchit  à  l'extrême  lenteur  qui  préside 
à  révolution  de  ses  divers  âges,  on  se  con- 
vainc aisément  que  le  temps  ne  doit  pas  lui 
manquer  :  il  demeure  dans  le  sein  de  sa 
mère  presque  autant  de  mois  que  le  cheval, 
qui  a  un  volume  triple  du  sien.  De  tous  les 
animaux,  c'est  lui  dont  la  dentition  est  la 
plus  lente  ;  comme  chez  l'éléphant ,  animal 
centenaire,  ses  os  se  soudent  très-tard.  Sa 
faculté  de  propagation  ne  se  déclare  qu'au 
bout  de  la  pénode  de  quatorze  années,  ce 
qui  n'a  pas  lieu  chez  tous  les  autres  mam- 
mifères. Haller,  d'après  ses  nombreux  tra- 
vaux, ferait  reposer  cette  aptitude  plus  grande 
à  la  longévité  sur  des  qualités  spéciales  à  la 
fibre  humaine  (563),  et  en  particulier  sur  sa 
trame  celluleuse,  qui  est  plus  souple  et  plus 
délicate  que  chez  les  autres  animaux.  Mais 

(S61}  De  alimetU.  facult.^  1.  n,  c  25,  i8. 

(56â)  Hàuju,*  EUmenia  phgsiologiœ  corp.  Amii., 
t.  V,  p.  95. 

(565)  M.,  îb.  ;  $ed  qmod  caput  rei  est,  honûni  prœ 
ommibuê  qmadrmpedibuê  nuUlisùma  est  ctUnlota  Ula 
et  uni'^sa  fabrica  tencrior. 


m 


Lorc 


DICTIONNAIRE 


LON 


m 


bans  uier  ce  quo  cette  condition  importante 
de  texture  peut  avoir  d*iufluence  sur  la  lon- 

Sueur  de  la  vie,  il  est  juste  de  reconnaître  . 
'autres  causes  plus  générales  ,  tenant  sous 
leur  dépendance  le  tyçe  propre  de  Tôtre.  On 
est  donc  en  droit  d'alurmer  que  la  loi  de  la 
vie  est  la  vieillesse.  Dans  cette  dernière  en- 
core, on  remarque  certains  modes  de  vita- 
lité, qui  ont  incontestablement  pour  effet  de 
proroger  l'existence.  La  lenteur  du  pouls 
chez  le  vieillard  n'aurait-elle  pas  pour  but 
de  diminuer  la  consomption  organique  (564). 
L'histoire  nous  apprend  que,  dans  tous 
les  temps,  cliez  tous  les  peuples,  la  durée 
ordinaire  de  la  vie  humaine  a  été  de  70  à 
80  années.  Toutes  les  tables  de  mortalité  dé^ 
montrent  en  effet,  que  l'époque  normale  de 
la  mort  coïncide  avec  cet  âge  (565).  A  cette 
mort  on  peut  opposer  la  mort  accidentelle, 
c'est-à-dire  celle  que  des  circonstances  in- 
dividuelles amènent  plus  tôt  que  ne  le  com- 
porterait le  caractère  de  l'espèce.  La  mort 
accidentelle  par  elle-même  se  divise  en*  celle 
qui  est  tout  à  fait  indépendante  de  l'individu, 
comme  lorsqu'elle  survient  à  la  suite  d'une 
catastrophe  violente  ou  d'une  maladie  héré- 
ditaire, etc.,  et  celle  qui  doit  être  en  quel- 
que sorte  considérée  comme  son  ouvrage, 
ou  du  moins  qu'il  n'a  pas  pris  soin  de  pré- 
venir en  se  plaçant  dans  des  conditions  ac- 
quises favorables.  C'est  de  cette  dernière  que 
nous  traiterons. 

L'homme  igourne,  c'est  une  chose  non 
douteuse,  l'épuisement  du  fond  de  sa  vie  par 
un  régime  physiologique  et  par  un  régime 
moral.  C'est  en  ce  sens  que  nous  avons  pu 
dire  avac  raison  que  très-souvent  la  vieil- 
lesse était  le  û*uit  d'actes  éminemment  res- 
pectables et  moraux.  Soyons  de  bonne  foi, 
et  interrogeons  le  sens  commun  des  peu- 
ples :  ils  respectent  partout  la  vieillesse, 
qui  leur  apparaît  comme  quelque  chose  de 
sacré.  Est-ce  parce  que  tel  homme  nous 
présente  les  signes  de  la  décrépitude  joints 
a  une  démarche  vacillante  que  nous  l'entou- 
rons de  nos  respects?  e«t-ce  seulement  de- 
vant rintelligence  mû.  le  par  les  années  que 
la  foule  se  découvre  l  Trèa-souvent  cette 
caducité  organique  s'associe  à  une  caducité 
morale.  Tous  les  signes  extérieurs  ne  don- 
nent donc  |)as  la  raison  do  ce  sentiment  de 
vénération ,  si  généralement  répandu.  Ce 
qu'on  vénère  dans  le  vieillard ,  ce  sont  ses 
vertus^  les  sacrifices  qu'il  s'est  imposés  pour 
devenir  vieillard  ;  car  on  sait  bien  que  pour 
parvenir  h  un  âge  avancé  il  a  fallu  déployer 
une  somme  d  efforts  soutenus  ,  avoir  prati- 
qué des  vertus  peu  ordinaires  ;  et  on  les 
vénère  dans  l'homme  qui  a  pu  triompher  du 

(564)  Etemenia  physiologiig  corpJmm.,%,  V,  p.  16. 

(565)  IUjrdàch,  Traité  de  physiologie^  considérée 
comme  scunce  d*observation^  trad.  de  Jourdan  ;  Paris, 
1859, 1.  y,  p.  339.  f  Ge  qui  fait,  dit  ce  professeur 
allemand,  que  la  durée  de  la  vie  de  rtiomme  sur- 
passe celle  des  mammifères  égaux  à  lui  en  gros- 
seur, c'est  qu'il  dépasse  infmiment  ces  derniers  sous 
le  point  de  vue  moral. 

(566)  Haller,  hc.  cit,,  p.  119.  Inlra  non  est  pri- 
mordium  corpoAs  sanum  a  votre  sano,  matre  sana 


temps.  Comme  tout  se  lie  dans  la  morale,  le 
respect  pour  les  vieillards  sera  toujours  us 
des  plus  nobles  principes  sociaux. 

La  lonsévité  appartient  en  quelque  sorte 
à  la  famille,  d'où  elle  se  transmet  aux  des- 
cendants.  La  condition  première  pour  vivre 
longuement  se  trouve  dans  la  possession 
d'un  corps  qui  nous  soit  fourni  par  un  père 
et  une  mère  sains  ;  d  un  organisme  qui  nous 
mette  à  l'abri  de  la  goutte,  de  la  phthisie,  de 
l'apoplexie  et  de  tant  d'autres  fléaux  qui  pé- 
nètrent les  générations  (566).  Il  faudrait  être 
bien  aveugle  après  cela  pour  ne  pas  atta- 
cher une  grande  importance  au  maintien  de 
la  pureté  des  mœurs  dans  la  famille  et  à  sa 
moralité.  Les  vices  du  père  dans  sa  jeu- 
nesse creusent  les  tombes  de  ses  arrière- 
neveux  >  qui  y  descendent  prématurément. 
Le  principe  d'hérédité  morbide  est  un  de 
ceux  que  la  médecine  peut  ofifrir  avecle  plus 
de  certitude  à  la  méditation  des  hommes 
pour  les  exhorter  à  la  tempérance  et  à  la 
vertu.  D'après  une  masse  imposante  de  faits 
on  ne  peut  douter  qu'il  n'y  ait  des  familifë 
chez  lesquelles  la  longévité  ne  soit  presgoo 
générale  pour  les  membres  qui  les  cm^ 
sent.  Celle  du  fameux  Thomas  Pare,  paTsan 
anglais,  qui  fut  présenté  à  Charles  il  à h;,ni 
de  cent  quarante  ans,  comptait  quatre  gêné- 
nérations  mar(^ées  par  des  vies  de  mi 
•douze,  cent  treize  et  cent  vingt-quatre  an- 
nées (567).  Dans  ces  familles  on  remarque 
toujours  une  grande  sobriété  qui  constitue 
le  réçime  physiologique,  et  les  vertus  qui 
établissent  le  régime  moral. 

Le  réçme  physiologique ,  c'est-à-dire  la 
proscription  des  excès,  de  tous  les  actes  qui 
ont  pour  but  d'activer  la  consomption  or^^a- 
nique,joue  un  rôle  très-remarquable  dans  la 
longévité  individuelle  et  celle  de  la  famille. 
Selon  Haller,  la  sobriété  est  la  aualité  qui 
distingue  les  centenaires  :  Nunc  tongeplffi' 
que  eorum  sobrii  fuerunt  strictique  ri; 
c^ua  (56S).  Ce  même  Thomas  Pare  mourut  à 
l'Age  décent  cinquante^-deux  ans,  et  l'on 

{)eutdire  d'une  manière  inopinée: caries 
àveurs  royales  l'ayant  comble,  interrompi- 
rent sa  sobriété  pour  le  jeter  dans  l'abon- 
dance qui  causa  sa  perte  (569),  D'aprèi  le 
même  auteur,  les  anciens  Suédois  parve- 
naient à  une  longue  carrière;  mais  depui> 
que  les  enfants  se  sont  relâchés  de  la  teni- 
péran<?e  salutaire  des  aïeux ,  ils  n'atteignent 
plus  le  nombre  de  leurs  années.  Il  en  est  de 
même  dos  Norwégiens,  dont  la  vie  diminua 
à  proportion  des  excès  qu'ils  firent  en  boif 
sons  îermentées.  Tandis  que ,  septuagénai- 
res, on  les  voyait  autrefois  se  livrer  avec 
vigueur  à  la  culture  de  leurs  champs»  <^o 

nafKtR,  quod  magnorum  morborum  nobis  (acist  te- 
caiiotiem,  poda^rœ,  apovlexiœ,  hy4ropUtpktiôti»i 
quœ  mata  certtssime  viaemus  ,  etiam  contra  vs»^ 
contra  nitentis  ratioms  vivendi  vires,  a  pêtrOv  » 
filios  transirez 

(567)  Haller,  loc.  df.,  p.  113. 

(B68)  Id.,  ib. 

(569)  W.,  ib.  Et  contrû  Thomas  Pare  mm  f»*- 
père  et  dura  dicta  150  innoa  attigerat.  lautiuif** 
vivere  cœverat.  continuo  tteriit. 


S)5 


LON 


D^ANTHROFOLOGIE. 


LON 


874 


E 


je.<7oi(  aajimrd*hui  énerves  h  ia  cinquan* 
urne  (570). 

Le  régime  moral  est  plus  important  en- 
core que  le  précédent,  parce  qu*ii  le  suppose 
et  qu  il  se  résume  en  ces  mots  :  tempérance, 
empire  sur  soi-même ,  force  et  pureté  de 
rame.  En  réalisant  ces  tertus  dans  la  vie 
priîée,  et  airec  une  constitution  non  enta- 
fliée dufl  yice  héréditaire ,  on  peut  juste- 
ment  se  promettre  de  longs  jours.  Nulle  au'- 
(rejpartie  de  Thygiéne  ne  fait  mieux  res^ 
sortir  l'étroite  connexion  qui  existe  entre  le 
caractère  moral  et  le  bien  ou  le  mal  être 
hj'siologique.  Nous  avons  toujours  été 
rappéde  cette  remarque  énergiquement  ex- 
primée par  Haller,  au  s^jet  des  conditions 
(le  la  longévité  :  «  Je-considère,  dit-il,  comme 
lûen  propre  à  hÂter  la  ruine  de  Tor^anisme , 
ce  tempérament  acre,  cet  esprit  irritable  qui 
oe  peut  pas  plus  se  consoler  des  injures  et 
iks  adversités,  que  les  nerfs  du  pied  ne  peu- 
Tent  se  guérir  oe  la  podagre  (571).  »  Le  fe- 
aeux  Stalh  avait  également  ooservé  que  les . 
sujets  très-sensibles  parviennent  rarement  à 
une  longue  vie.  Aux  yeux  de  l'observateur, 
que  ces  remarques  sont  vraies  1  II  peut ,  en 
f (Tel,  classer  les  hommes  en  trois  catégories, 
liaprès  le  mode  de  réaction  sur  leur  âme  des 
('renements  du  monde.  Les  premiers  d'une 
nature  apathique,  et  dans  le  fond  peu  hono- 
rjUe,  puisqu  elle  est  au  n;ioins  sur  les  limi- 
tes de  régoisme,  possèdent  le  rare  privilège 
Je  n*étre  émus  par  rien ,  si  cela  peut  s'ap- 
leler  un  privilège.  Les  événements  les  plus 
ri&tes  viennent  fondre  autour  d'eux ,  les 
ilus  grands  malheurs  de  famille  éclatent 
tans  leur  intérieur  ,  tout  cela  disse  sur  la 
•arface  de  leurs  âmes  sans  y  pénétrer.  Ces 
loujmes  sont  à  l'abri  des  émotions  poignan- 
ts (le  la  vie,  mais  ,  en  revanche  ,  moins  ri- 
hcs  en  joies  douces  et  pures  ;  car  le  bien, 
AS  plus  que  le  mal,  n'a  chez  eux  la  puis- 
'Bce  d'exciter  leur  engourdissement  moral  ; 
^  hommes  sont  incomplets.  11  en  estd'an- 
es,  beaucoup  plus  intéressants,  mais  bien 
lus  à  plaindre  :  les  moindres  événements 
Ha  vie  les  impressionnent  dangereuse- 
leal ,  et  leur  sont  d'autant  plus  funestes 
i*ils  portent  atteinte  à  leurs  affections  ;  i'ad- 
îrsité,  rinjustice  des  hommes  auxquelles 
»  sont  en  butte,  portent  dans  leur  âme  un 
fcouragement  qui  abrège  leur  existence. 
D  les  voit  s*éteindre  de  deux  manières  , 
Ion  les  diversités  originelles  de  leur  cons- 
liition  :  ou  ils  périssent  dans  une  lente 
nsomptioa ,  ou  nien  ils  sont  emportés  par 
le  maladie  cérébrale.  Entre  ces  deux  ex- 
huos  on  a  aussi  fréquemment  l'occasion 
>liserver  avec  bonheur  ces  hommes  qui 
nient  vivement ,  mais  qui  réagissent  sur 

[^70)  HàLLca,  ioc.  cit.,  p.  114. 
r>7t)  Hallu,  i0c.  cit.,  p.  119. 
^72)  UCFCI.AXD,  Macrobiotique;  trad.  de  lonrdan, 

W. 

573)  Mémoire»  de  C Académie  roifole  de  médecine^ 
'\  p.  51  et  suiv* 

574)  La  mortalité  des  nègres  des  colonies  an- 
i$4»  par  rapport  à  la  mot^talité  des  nègres  qui 
vent  dans  rarmée  anglaise  ,  par  conséquent  q!Û 

DicTio:tN.  d'Anthropologie. 


les  infortunes  de  ce  monde,  par  une  fermeté 
de  caractère  qui  se  fonde  sur  une  juste  ap- 
préciation des  choses  et  qui  les  rend  indé- 
pendants des  cotips  du  sort.  Ceux-là  ont  or« 
dinairement  trempé  de  bonne  heure  leurs 
Ames  dans  une  éducation  fortement  chré- 
tienne* Ils  parviennent  presque  toujours  à 
la  longévité  (572).  Nouvelle  preuve  de  Tal- 
lianlce  de  la  force  morale  avec  la  force  phy- 
siologique. 

G*est  un  préjugé  sans  fondement  celui 
qui  porte  à  supposer  des  chances  pour  une 
longue  carrière  dans  un  régime  de  vie 
exempt  de  peines  et  de  labeur.  La  loi  du 
travail  est  celle  de  Texistence  humaifle; 
o*est  elle  aussi  qui  donne  plus  de  puissance 
à  cette  force  de  notre  être,  qui  doit  contre- 
balancer sa  destruction.  Les  beaux  travaux 
statistiques  du  docteur  Villermé  ont  [trouvé 
que  les  différences  de  mortalité  dans  les  di« 
vers  quartiers  de  Paris  dépendaient  moins 
de  l'air,  du  sol,  de  Teau  et  de  rhabitation» 
que  de  Taisance  unie  au  travail  ;  et  qu'il  y 
a  plus  de  mortalité  dans  les  villes  peuplées 
par  les  riches  sans  occupations  que  dans 
celles  ou  règne  une  industrie  qui  amène  le 
bien*étre  à  sa  suite  (573).  Il  est  évident  que 
pour  parvenir  à  de  tels  résultats  il  ne  fau^ 
pas  que  le  travail  soit  de  nature  A  briser  1^ 
courage:  la  vie  alors  se  trouve  prodigieu- 
sement abrégée ,  comme  chez  le  nè- 
gre, surmené  à  la  manière  d'une  béte  de 
somme  (574). 

On  a  cherché  à  évaluer  les  rapports  de  la 
longévité  avec  les  diverses  professions,  et 
les  données  obtenues  oe  sont  point  sans  in- 
térêt, quoique  encore  peu  nombreuses.  Tel 
est  le  tableau  suivant ,  dressé  par  M.   Cas- 

Eer,  qui  donne  d'après  les  professions,  lenom- 
re  de  personnes  sur  100  ayant  atteint  leur 
soixante-dixième  année* 


PROFESSIONS.  KOMB.  rBOIK>RT« 

Théo]ogi.*ns,  .                         42 

Agriculteurs,  ÂO 

Commerçants  ou  manttfaauricrs,  55 

Soldats,  Z± 

Comiitis,  52 

Avocats,  29 

Artistes,  28 

Professeurs,  27 

Médecins,  24 

En  jetant  un  coup  d'œil  sur  ce  tableau,  on 
est  frappé  d'abord  de  voir  que  ce  sont  les 
théologiens  qui  tiennent  le  haut  de  l'échelle 
dans  une  proportion  numérique  assez  re- 
marquable. Nul  doute  qu'ils  ne  doivent  cette 
plus  grande  durée  de  leur  vie  à  des  habitu- 
des journalières  d'ordre  et  de  régularité, 
surtout  à  la  mise  en  pratique  soutenue  des 
préceptes  religieux ,  objets  salutaires  de 

sont  moins  tourmentés  corporellemcnt,  est  dans  la 
proportion  de  cinq  ou  six  noirs  esclaves  sur  un 
nc«re  libre. 

La  race  semble  influer  d'ailleurs  sur  la  mortalité. 
La  race  cavcasique  parait  avoir  une  plus  longue 
durée  de  vie  que  les  races  mongole  et  malaise. 
(  VmBT,  Histoire  natureile  du  aenre  humain^  1. 1*% 
p.  357. 


28 


875 


LON 


mCTIONiNAfRE 


LON 


(76 


leurs  i&éditations  :  ils  y  puisent,  d'une 
part,  cette  renonciation  calme  aux  choses  de 
ce'  monde  et  ensuite  cette  douce  résigna- 
tion, bien  différente  de  la  résignation  hu- 
maine stoïque  et  forcée,  qui  double  le  ma- 
laise de  la  nature  morale  lorsqti'elle  est 
froissée  par  le  malheur.  La  longévité  des 
théologiens,  c'est-à-dire  des  hommes  chré- 
tiens par  pratique  comme  par  conviction , 
ne  peut-être  autrement  expliquée  ;  car  par 
rapport  aux  autres  professions,  ils  se  trou- 
vent dans  des  conditions  physiologiques  dé- 
favorables, puisqu'ils  sont,  pour  la  plupart, 
célibataires.  Or ,  d'après  les  travaux  d'un 
autre  statisticien,  M.  Benoiston  de  Château- 
Neuf,  et  ceux  de  Parcieux,  qui  leur  sont  an- 
térieurs, le  célibat  compte  peu  d'individus 
qui  soient  parvenus  à  un  très-^rand  âge  (575). 
Les  hommes  qui  ont  fourni  une  carrière 
extrêmement  longue  et  dont  l'histoire  a  été 
conservée  dans  les  traités  spéciaux  de  la 
science,  s'étaient  fait  remarquer  par  la  durée 
insolite  de  leur  faculté  procréatrice  (576). 
En  second  lieu,  en  descendant  le  tableau  , 
nous  trouvons  la  contre-épreuve  de  ce  que 
nous  venons  d'avancer  ;  car  nous  vovons  le 
nombre  des  vieillards  diminuer  dansies  pro- 
fessions où  les  passions  augmentent^  où  la 
dévorante  ambition  surtout  est  l'Âme,  le 
stimulus  de  tous  les  efforts.  Quelles  carriè- 
riès  sont  plus  agitées  en  ce  sens  aue  celles 
des  avocats,  des  artistes  et  des  professeurs  ? 
Enfin  les  médecins,  réputés  les  conserva- 
teurs de  la  vie  des  hommes,  sont  nrécisé- 
ment  ceux  qui  l'ont  la  plus  brève.  Voués  à 
toutes  les  fatigues  du  corps,  exposés  à  toutes 
les  émotions  déchirantes,  leur  existence 
doublement  ébranlée ,  doit  se  briser  bien 
vite,  s'ils  ne  s'astreignent  eux-mêmes  au 
régime  moral. 

Il  importerait  beaucoup  au  bonheur  de  la 
société  qu'elle  comptât  dans  son  sein  le  plus 
grand  nombre  possible  de  membres  assez 
robustes  de  cprps  pour  atteindre  l'Age  de  la 
mort  nécessak^e.  Cette  circonstance  lui  four- 
nirait d'abord  une  carantie  morale,  puis- 
qu'il existe  une  relation  directe  entre  le 
nombre  dés  vieillards  et  la  multiplicité  des 
bonnes  pratiques  et  des  bonnes  mœurs.  En 
second  lieu,  ne  paurrait-on  pas  igouter, 
sans  trop  préjuser,  qu'elle  serait  appelée  à 
retirer  ou  grand  développement  de  la  Ion* 
gévité  parmi  ses  membres  un  bien  plus  di- 
rect, que  voici.  On  se  pkdnt  des  agitations 
de  la  société  ;  des  secousses  qui  l'ébranlent  à 
chaque  instant,  pour  remettre  en  question 
toutes  les  institutions  auxquelles  elle  pour- 
rait d'autant  plus  s'attacher,  qu'elle  en  res- 
sent déjà  les  avantages  :  c'est  ce  vice  incessant 
de  décomposition  qui  fait  son  mal,  en  l'em- 
pêchant de  prendre  une  base  fixe  et  défini- 
tive. Et  ne  voit-on  pas  surtout  qu'il   tient  à 

r(575)   Mémoire  sur  la  mortalité  de  la  femme^ 

p.  42.    ^— ^' 

,    ^576)  HuFELASD,  Maerobiotiaue^  p.  1^. 

(577)  Sur  6d4  cas  de  suicide,  ce  médecin  a  re- 
connu quHl  y  en  avait  239  provoqués  par  la  misère 
résultant  d'une  mauvaise  conduite,  n  a  fait  en  outre 
cette  précieuse  remarque,  savoir,  que,  sur  10  sui- 


la  succession  rapide  des  hommes  neofs  aux 
hommes  mûrs  qui  ont  acquis  Texpérience 
des  années?  Les  premiers,  au  lieu  de  don- 
ner suite  à  l'oeuvre  commencée  par  leurs 
devanciers ,  travaillent  sur  de  nouvesux 
faits  ;  d'autres  suivront  qui  recommenceront 
de  même,  si  bien  que  le  temps  leur  manquen 
toujours. 

D'après  ce  qui  précède,  on  peut  juger  du 
suicide,  qui  est  le  plus  grand  attentat  contre 
les  lois  de  la  nature.  Mais  si  quelques  es- 
prits spéculatifs  se  sont  pris  d'indukeiice 
pour  cette  indigne  action,  c'est  faute  d  avoir 
établi  une  distinction  importante  entre  Té- 
tât de  TAme  de  l'individu  au  moment  où  il 
se  suicide ,  et  les  actes  antérieurs  qui  ont 
préparé  cette  résolution  irrationnelle  et 
désespérée.  De  même  que  la  pratique  des 
devoirs,  des  occupations  honorables,  vous 
porte  à  aimer  la  vie,  de  même  l'habitude  du 
vice  vous  en  détache  bientôt.  Le  docteur 
Fabret,  qui  a  fait  des  recherches  très-savan- 
tes sur  le  suicide,  a  mis  en  lumière  ce  point 
de  doctrine,  qui  est  assez  bien  établi  pour 
que  nous  n'ayons  pas  besoin  de  le  dévelop- 

fer  davantage  (577).  Nous  nous  bornerons 
invoquer  1  autonté  la  plus  grave  du  siècle 
concernant  les  maladies  mentales  :  t  Si  par 
son  éducation  l'homme  n'a  point  fortifié  son 
Ame  par  les  croyances  religieuses,  par  les 
préceptes  de  la  morale ,  par  les  habitudes 
d'ordre  et  de  conduite  régulière  ;  s'il  na 
pas  appris  à  respecter  les  lois,  à  remplir  les 
devoirs  de  la  société,  à  supporter  les  vicissi- 
tudes de  la  vie  ;  s'il  a  appris  à  mépriser  ses 
semblables,  à  dédaigner  les  auteurs  de  ses 
jours,  à  être  impérieux  dans  ses  désirs  et 
ses  caprices  :  certainement,  toutes  choses  ^- 
les  d'ailleurs,  il  sera  plus  disposé  à  termi- 
ner volontairement  son  existence  dès  qu'il 
éprouvera  quelques  chagrins  ou  quelques 
revers.  ^Vhofnme  a  besoin  aune  autorité  fui 
diriae  ses  passions  et  gouverne  ses  aetim; 
livre  à  sa  propre  faiblesse,  il  tombe  dans 
l'indifférence,  et  après  dans  le  doute  ;  rien 
ne  soutient  son  courage,  il  est  désarmé 
contre  les  souffrances  de  la  vie ,  contre  les 
angoisses  du  cœur,  etc.  (578).  » 

J'ai  souligné  à  dessein  les  lignes  qui  pré- 
cèdent pour  montrer  aux  personnes  qui  an- 
raient  lu  et  goûté  les  doctrines  contenues 
dans  un  autre  ouvrage  (579),  composé  en 
partie  sur  la  même  matière ,  la  différence 
énorme  qui  sépare  les  témoiznagesde 
deux  auteurs  renommés  au  sujet  de  i  action 
des  croyances  religieuses  dans  la  prati((ue. 
Bien  des  jeunes  fçens  surtout  se  sont  laissé 
gagner  aux  doctrines  matérialistes  par  l'au- 
torité scientifique  du  docteur  Broussais,  b 
concision  de  ses  formules,  la  verve  de  ses 
discours  ;  mais  sur  une  aussi  grave  matière, 
qu'ils  se  recueillent  un  peu  et  qu'ils  priscul 

cides,  on  en  compte  5  qui  ne  vont  pas  an  deU  deb 
tentative 

(578)  ÊsQuiROL,  Maladies  mentalety  U  1*",  p.  5^*: 
Paris    485^. 

(579)  Celui  du  docteur  Broussais ,  tur  Cinit^^ 
et  la  folie.  H*  vol. 


in 


MAG 


DHNTHROFOLOGIE. 


MAG 


S7S 


i'auforité  d*un  homme  qu'ils  estiment  et 
qiii  mérite  autant  de  TAtre.  Quel  est  celui 
des  deux  qiii  doit  être  mieux  écouté  dans 
les  questions  du  moral  humain,  de  celui  qui 
a  passé  la  moitié  de  sa  yie  dans  les  camps, 
IJautfe  moitié  dans  les  ardeurs  d*une  polé- 
mique infatigable  ;  ou  de  celui  qui  a  passé 


quarante  ans  d*une  vie  calme  h  observer  les 
symptômes  de  la  folie  et  à  essayer  pour  elle 
les  meilleures  méthodes  de  traitement? 
Quïls  jugent  dans  la  sincérité  de  leur  cœur, 
et  qu'ils  prononcent. 

LUMIÈRE.  Yoy.  Œil. 

LUZERNE.  Voy.  Tm&FLB 


M 


MADAGASCAR,  ses  naturels.  Voy.  Ml- 

UTO-POLTHÊSIENS. 

MÂDECASSE  (Bbanche).  Yoy.  HalatO- 
Polynésiens 

MAGNÉTISME  HUMAIN.  —  Le  magné- 
(isme  humain,  dont  on  a  tant  usé  et  abusé, 
qu'on  a  nié  et  défendu  avec  une  égale  exal* 
talion,  n^est  autre  chose  que  le  principe 
hémato-nerveux ,  c'est-à-dire  le  fluide  éthéré, 
élevé  à  sa  plus  haute  puissance.  Il  est  résulté 
de  cette  exaltation  passionnée  qu'on  a  exa- 
géré dans  les  deux  sens  :  les  uns,  en  niant 
'les  faits   évidents  et   que  la  physiologie, 
(elle  que  nous  la  proposons  dans  la  philo- 
sophie basée  sur  le  principe  chrétien ,  devait 
le^  conduire  à  admettre  et  à  expliquer;  les 
autres,  en  mettant  des  faits  délicats  au  ser^ 
vice  (lu  charlatanisme  et  souvent  des  passions 
mauvaises.  Ici,  pas  plus  qu'ailleurs,  1  autorité 
des  noms,  quelque  respectables  qu'ils  soient, 
ne  doit  servir  de  guide  à  notre  jugement; 
les  principes  admis  et  les  faits  avérés  doivent 
^tre  pesés  consciencieusement  pour  en  ac- 
cepter les  conséquences  sans  aucun  détour. 
Et  d'abord ,  c'est  un  fait  acquis  à  la  scien- 
ce et  désormais  incontestable,  que  l'électri- 
nté  joue  un  rûle  indispensable  dans  toutes 
les  opérations  chimiques,  et  c'est  pour  cela 
q}ie  Ton  doit  remplacer  les  affinités  de  l'an- 
nenne  chimie  par  les  actions  électriques  ; 
('lies  agissent,  en  eifet,  dans  toutes  les  com- 
binaisons des  éléments  divers  et  dans  toutes 
leurs  décompositions.  Le  contact  de  toutes 
los  substances  hétérogènes  dégage  de  l'élec- 
ti;iclté,  et  le  changement  de  température 
(un  corps  suffit  pour  l'électriser.  Les  expé- 
icnces  galvaniques,  thermo-électriques,  met- 
^nt  cette  thèse  générale  hors  de  tout  doute. 
.  L*action  de  1  (électricité,  dans  la  germina- 
ion  des  plantes  et  dans  tous  les  phénomè- 
nes de  la  végétation ,  n'est  pas  moins  bien 
prouvée,  puisqu'on  a  pu  recueilïïr  et  mani- 
^ier  cette  électricité  par  des  instruments 
fusibles.  Mais  de  plus  la  physiologie  végé- 
Ale  n'est  en  définitive  que  la  série  des  phé- 
tornènes  chimiques,  par  lesquels  les  substan- 
es  diverses  se  combinent,  se  composent  et 
e  décomposent  dans  les  tissus  végétaux  ;  il 
a  donc  nécessairement  action  électriaue. 
^  théorie  chimique  et  les  faits  rendent 
ette  vérité  incontestable. 
La  physiologie  animale  n'est  aussi,  en 
rande  partie,  qu'une  succession  d'opérations 
Mimiques,  par  lesquelles  les  substances  de 
lalure  extrêmement  diverses  sont  mises  en 
ontact,  se  combinent  et  se  composent,  se 
lesagrégeat  et  se  décomposent ,  dans  l'orga- 


nisme animal.  II  y  a  surtout  dans  la  respi- 
ration développement  et  absorption  d'élec- 
tricité, puisque  l'air  est  saturé  de  fluide 
électrique,  répandu  dans  tous  les  espaces 
et  entourant  les  molécules  les  plus  ténues  de 
tous  les  corps  solides,  liquides  et  fluides.  La 
nutrition  doit  en  introduire  aussi  dans  l'or- 
ganisme, aussi  bien  que  l'absorption  cutanée. 
Une  foule  d'expériences  irrécusables,  exé- 
cutées par  des  observateurs  habiles,  ont 
prouvé  que  l'action  galvanique  fait  contrac- 
ter les  muscles  d'un  animal  vivant  et  d'un 
animal  quelque  temps  après  sa  mort.;  sous 
l'influence  électrique,  la  partie  globuleuse 
du  sang  se  contracte  également,  aussi  bien 

Sue  sous  l'influence  des  nerfs.  Un  animal 
tant  ouvert  après  la  digestion  commencée, 
si  l'on  coupole  nerf  pneumagastrique  qui  en- 
voie des  ramifications  à  l'estomac,  la  diges- 
tion est  interrompue;  que  l'on  rapprocI:i& 
ces  deux  extrémités  de  la  section  du  nerf, 
elle  continue  de  nouveau;  qu'au  lieu  de 
rapprocher  ces  deux  extrémités,  on  les  mette 
en  communication  par  l'intermédiaire  d'un 
fil  métallique,  la  digestion  se  continue  en- 
core ;  enfin ,  qu'on  agisse  par  le  moyen  de  la 
pile  galvanique  sur  l^xtrémité  du  nerf  qui  se 
rend  à  l'estomac,  la  digestion  se  continue 
toujours.  De  pareils  faits  ne  peuvent  laisser  de 
doute  sur  Tanalogie  delà  vie  et  de  l'électricité. 

Dans  une  foule  de  maladies,  on  peut  re- 
marc[uer  aussi  l'influence  électrique  :  c'est 
ainsi  que  des  tumeurs  enflammées  ont  fourni 
de  lélectricité  appréciable  à  l'électromètre. 

Les  poissons  électriques,  tels  que  la  tor- 
pille, le  gymnote,  l'anguille  de  Sunnam,  etc., 
dégagent  de  rélectricfté  et  s'en  servent  ou 
pour  saisir  leur  proie,  ou  pour  se  défendre 
contre  l'ennemi  ;  ils  engourdissent  la  main 
qui  va  pour  les  saisir,  et  on  a  pu,  sur  ces 
poissons,  charger  des  bouteilles  de  Leyde , 
qui  ont  donné  des  commotions  violentes  et 
produit  des  étincelles,  absolument  comme 
on  le  fait  avec  une  machine  électrique. 

L'homme,  dans  son  être  physique,  dans 
toutes  les  fonctions  de  sa  vie  organique ,  est 
soumis  aux  mêmes  influences  électriques 
que  les  animaux.  Chez  lui ,  comme  chez  ces 
derniers,  la  digestion ,  la  respiration ,  l'ab- 
sorption cutanée,  la  calorification,  la  nutri- 
tion profonde  ou  l'assimilation,  sont  des 
opérations  chimiques,  soumises  à  l'action 
électrique ,  comme  dans  le  règne  végétal  et 
comme  toutes  les  compositions  et  décomp  (h 
sitions  du  règne  minéraL 

Le  système  hémato-nerveux,  qui  çpm  por( 
le  cerveau  de  l'homnif  -  "  ' 


«7» 


MâG 


DiCTiONNAJRE  - 


MAC 


SM 


doit  donc  être  considéré,  d*après  tous  les 
faits  précédents,  comme  une  sorte  de  con- 
densateur électrique.  L'observation  prouve 
en  outre  que,  dans  les  nerfs,  la  substance 
nerveuse  blanche  est  un  excellent  conduc- 
teur de  l'électricité,  tandis  que  le  névrilème, 
leur  enveloppe,  est  un  isolant,  et  ne  con- 
duit pas  les  fluides  électriques.  Ces  rapports 
frappants  entre  les  nerfs  et  les  conducteurs 
que  nous  employons  dans  nos  expériences 
électriques,  entre  les  névrilèmes  et  les  corps 
isolants,  ne  peuvent  être  l'eflFet  d'une  cause 
sans  nom. 

La  ligature  ou  la  section  des  cordons  ner- 
veux prouve  la  subtilité  du  fluide  vital,  et 
son  analogie  avec  l'électricité  est  démon- 
trée par  des  faits  trop  nombreux  pour  qu'il 
puisse  être  désormais  permis  de  ta  nier. 

Puisque  c'est  par  le  fluide  éthéré  que 
tous  les  corps  de  la  nature,  que  tous  les 
atomes  de  matières  réagissent  les  uns  sur 
les  autres ,  il  faut  bien  admettre  aussi  que 
les  corps  extérieurs  transmettent  leur  action 
aux  nerfs  sensibles  par  le  même  principe 
subtil,  qu'ils  modifient  suivant  leur  nature  : 
la  modification  se  propage  jusqu'au  cerveau 
qui  est  le  foyer  et  le  condensateur  vivant  de 
1  électricité  animale,  dominé,  régi  et  mo- 
difié par  l'Âme  dans  l'homme,  sans  que  nous 
puissions  en  saisir  ni  en  connaître  le  mode; 
car  la  distance  entre  l'âme  spirituelle,  et  ce 
fluide  MATÉRIEL  si  subtil  qu  il  soit ,  est  im- 
mense. 

Mais  il  n'en  e:t  pas  moins  vrai  que  Télec- 
tricité  joue  un  grand  rôle  dans  l'organisme 
humain.  Les  effets  du  galvanisme,  des  ma- 
chines électriques,  sur  les  animaux  et  sur 
l'homme;  l'électricité  atmosphérique,  qui, 
pendant  les  temps  orageux ,  a^it  si  fortement 
sur  les  végétaux,  sur  les  animaux,  sur  les 
hommes  suivant  les  variétés  de  constitution 
organique,  en  sont  des  preuves  certaines. 

En  nous  élevant  plus  haut,  nous  rencon- 
trerons des  phénomènes  analogues  dans  les 
répulsions  et  les  sympathies  qui  existent 
aussi  bien  entre  les  végétaux  et  les  ani- 
maux qu'entre  les  individus^  de  l'espèce 
humaine.  Certaines  plantes  ne  peuvent  vi- 
vre à  côté  de  certaines  autres,  tandis  qu'elles 
semblent  rechercher  leurs' analogies  ;  on  at- 
tribue ce  phénomène  aux  sucs  sécrétés  par 
les  uns  ou  par  les  autres,  mais  ces  sucs  ne 
sont-ils  pas  imprégnés  de  fluides  diverse- 
ment modifiés,  qui  seraient  la  cause  de  ces 
répulsions  ou  de  ces  rapprochements? 

Un  cheval  aperçoit  ou  sent  pour  la  pre- 
mière fois  un  animal  carnassier,  son  ennemi  ; 
il  est  saisi  d'effroi  et  pousse  un  cri  de  ter- 
reur inconnu  jusqu'alors.  Transporté  dans 
les  déserts  de  l'Arrique,  qu'il  vienne  a  flai- 
rer les  vestiges  d'un  lion ,  qu'il  n'a  jamais 
vu-,  il  frémit,  recule,  renifle,  et  fait^en- 
tendre  le  même  cri  perçant,  expression  de 
l'épouvante  qui  l'a  pénétré  tout  entier. 

Le  crapaud  et  la  grenouille  sont  attirés 
malgré  leurs  efforts  vers  la  couleuvre  ou  le 


serpent,  dont  le  regard  les  fascine,  et,  décri- 
vant autour  de  la  gueule  de  leur  enncnri, 
des  courbes  de  plus  en  plus  étroites,  ils 
finissent  par  se  précipiter  dans  le  gosier 
qui  les  engloutit.  Le  lion,  ce  puissant  ani- 
mal ,  est  attiré  de  la  même  façon  par  les  ser- 
pents boas;  et  des  voyageurs  racontent  qu  ils 
se  sont  sentis  entraînés  malgré  eux  vers  ces 
énormes  serpents ,  par  un  courant  auanel 
ils  ne  parvenaient  à  échapper  qu'en  le  bri- 
sant par  le  tournoiement  rapide  de  leur 
bâton.  Si  ces  faits  sont  vrais ,  comment  les 
expliquer  autrement  que  par  le  fluide  uni- 
versel, agissant  dans  tous  les  êtres  delà 
nature  (580)?  N'est-ce  pas  encore  à  lui  quil 
faut  attribuer  la  fascination  que  les  oiseaux 
rapaces  exercent  sur  leur  proie?  Un  éperyiw 
plane  dans  les  airs  sur  les  petits  oiseaui, 
dont  les  cris  perçants  témoignent  de  leur 
impuissance  à  échapper  à  cette  fascination, 
et  bientôt  le  ravisseur  s^abat  comme  un  Irait 
sur  sa  proie.  A  quelle  autre  cause  peul-on 
attribuer  les  répulsions  que  certains  hom- 
mes éprouvent  pour  d'autres,  sans  atoir  à 
s'en  plaindre,  sans  leur  en  vouloir,  mais 
dont  la  seule  présence,  le  trop  crand  rap- 
prochem^nt,  la  vue  les  agite  et  les  éraeul 
sans  qu'ils  puissent  en  deviijer   la  cause. 
Ils  sont  comme  électrisés  par  ces  individus 
ordinairement  d'une  constitution  plus  éner- 
jjique  et  très-différente  de  la  leur.  D'autres 
individus,  au  contraire,  se  recherchent  um- 
tuellemeut,  et  cela  même  neut  devenir  une 
passion  violente ,  par  la  dinérence  dos  scies 
et  par  l'âge,  à  cause  de  la  symijatliic  qui 
s'établit  entre  les  chairs,  par  la  iréquenla- 
tion  et  l'espèce  de  contact*  trop  prolongé 
établi  par  l'atmosphère  ambiant  seul. 

C'est  même  là  un  des  grands  dangers 
pour  les  jeunes  personnes  et  les  jeunes 
gens  réunis  dans  les  assemblées,  surtout 
nocturnes ,  du  monde  ;  ces  grandes  réunions 
illuminées ,  parfumées,  échauffées,  mettent 
en  mouvement  les  fluides  animaux,  ^ous 
savons,  en  effet,  que  les  bouçies,  les  lampes, 
toutes  les  lumières  artificielles  sont  dis 
excitateurs  du  fluide  éthéré,  comme  le  soleil 
et  tous  les  corps  lumineux;  or,  plus  ces  lu- 
minaires sont  nombreux  dans  un  petit  es- 
pace, plus  les  vibrations  de  l'éther  y  sont 
activées  ;  l'air  échauffé,  dilaté,  participe  lui- 
même  à  l'énergique  activité  de  ces  mouve- 
ments ;  la  chaleur  dégagée,  soit  par  les  calf> 
rifères  artificiels,  soit  par  le  mouvement 
vital  de  tous  les  corps  humains  réunis  dans 
un  petit  espace,  contribue  singulière- 
ment à  la  dilatation  de  l'air  et  à  Taugmeo- 
tation  des  vibrations  éthérées.  Les  parfums 
divers,  émanés  des  substances  odoriiérantes 
dont  on  se  sert  en  pareille  circonstance, 
joints  aux  perspirations  odorantes  des  corps 
agissent,  &  leur  tour,  avec  les  boissons  tie 
toutes  sortes,  pour  aiguiser  Todoral  elle 
goût  ;  par  toutes  ces  causes,  un  mouvement 
vital  plus  actif  est  déterminé  dans  les  orga- 
nismes individuels  ;  une  plus  grande  alnm- 


(580)  Fluide  universel  spécialisé  aussi  en  chacun  d'eux,  par  chacun  d^eux,  et  conservant  encore  des  r^" 
ports  avec  la  source  à  laquelle  il  a  été  puisé. 


MAC 


D'ANTHROPOLOGIE. 


HA€ 


m 


dance  de  flaide  électrique,  vital,  s*€n  dégage  ; 
il  s'en  forme  autour  de  chacun  comme  une 
atmosphère  9   qui    rayonne  dans  tous   les 
sens,  suivant  les  lois  physiques  ;  ces  rayon- 
oeffleqts  s'entre-croisent,  et,  fortifiés  par  la 
lumière, par  les  chants,  la  musique,  qui 
viennent  encore  accroître  les  vibrations  par 
la  chaleur  artificielle  et  naturelle,  par  les  par- 
fums, par  les  respirations,  les  perspirations, 
pariesliaueurs,  ils  agissent  sur  Touïe,  la  vue, 
rodorat,  le  soût  :  sur  toute  la  surface  cutanée, 
dont  tous  Tes  pores  sont  dilatés,  dont  les 
houppes  nerveuses  et  vasculaires  sont  dans 
une  érection  presque  continuelle  ;  dans  cette 
espèce  d'ivresse  magnétique,  qui  saisit  tout 
Torganisme  par  ses  sens  extérieurs  et  inté- 
rieurs, les  imaginations  s*exaltent,  les  sym- 
pathies se  démêlent,  se  heurtent  et  se  ren- 
contrent dans  les  courants  d'électricité  vi- 
vante, les  cœurs  se  prennent  (581).  Les 
jeunes  personnes  surtout ,  comme  plus  ner- 
veuses et  plus  absorbantes  de  réiectricité, 
par  leur   constitution,   courent  les  plus 
grands  dançers  pour  le  calme  de  Tesprit  et 
h  tranquillité  du  cœur.  Il  n'est  pas  rare 
alors,  qu'assises  auprès  d'une  mère  impru- 
dente et  inexpérimentée,  qui  a  cru  que  sa 
Erésence  serait  une  sauvegarde,  elles  tom- 
ent  tout  à  coup  dans  une  tristesse  profonde, 
ou  un  silence  morne  de  tous  les  sens  exté- 
rieurs, pendant  qu'une  agitation  pénible, 
inconnue,  dont  elles   ne  se   rendent  pas 
wmpte,  préoccupe    toute   leur  Ame.  Une 
iipaze  importune  s'est  mêlée  à  leur  fluide 
vital,  elles  la  contemplent  et  la  savourent 
malgré  elles,  pendant  que  leur  propre  fluide 
est  allé  former  dans  un  autre  une  image 
iorrespondante  ;  et  ainsi  les  cœurs  s'inch- 
nen(,  et  il  ne  faut  plus  qu'une  étincelle  de 
l'œil  pour  communiquer  tes  pensées  intimes, 
avec  une  énergie  bien  plus  puissante  que 
lafiarole.  La  mère  imprudente  n'a  rien  vu, 
rien  senti  :   elle  croit  toujours  sa  pauvre 
rictime  auprès  d'elle,  mais  elle  n'a    plus 
i|u*un  cadavre,  l'âme  est  ailleurs.  Et  pour 
[<eu  que  des  imprudences  soient  commises, 
H)  soupçonne  assez  les  malheurs  que  fera 
laltre  rimage  «m'emporte  avec  elle  la  vic- 
ime,  et  dont  elle  ne  se  débarrassera  pas 
l'ici  longtemps.  Heureuse  si  elle  trouve  dans 
%t  état  compassion  et  bienveillance  dans 
es  conseils  I 

Or, nous  le  demandons,  comment  expli- 
|uer  tous  ces  faits ,  qui  embrassent  tous  les 
îres,  sinon  par  cet  agent  universel  que 
fipérience  retrouve  partout?  La  négation 
1  )'  fera  rien ,  et  la  passion  aurait  autant  de 
ai5on  à  nier  la  lumière. 
Ce  fluide  universel  reconnu,  il  serait  fa- 
de d'en  suivre  lesmodificationsdans  chaque 
^(^e,  dans  chaque  molécule  ;  de  voir  com- 
ment il  se  spécialise  dans  l'homme  et  dans 
haoue  organe  ;  comment  il  est  le  lien  des 
afférents  organes  entre  eux  ;  de  ceux-ci 
vec  le  cerveau  ;  lien  dont  l'âme  se  sert  pour 
ipr  sur  les  organes  ou  suspendre  leur  ac- 


tion; comment  il  préside  k  la  vie  organique, 
et  sert  à  la  vie  intellectuelle  et  volontaire , 
et  nous  aurions  ainsi  la  clef  de  la  gravita 
tion  universelle,  sidérale,  moléculaire, 
minérale,  végétale,  animale,  humaine,  spi- 
rituelle, d'homme  &  homme,  c'est-è-dire 
de  deux  esprits  mis  en  rapport  par  des  or- 
ganes. Nous  savons,  en  effet,  que  l'homme, 
comme  tous  les  êtres,  possède  de  l'électri*^ 
cité  ;  nous  savons  aussi  que  l'électricité  ,  le 
magnétisme  minéral,  le  magnétisme  ou  l'é- 
lectricité animale  des  poissons  électriques , 
des  serpents ,  des  oiseaux  rapaces,  des  ani- 
maux carnivores  sur  leur  proie ,  des  hom- 
mes dans  les  répulsions  et  les  sympathies , 
sous  l'influence  des  grandes  assemblées 
mondaine^  surtout,  agissent  &  distance ,  en 
raison  de  la  sphère  d'activité  que  ces  fluides 
divers  possèdent  et  que  les  animaux  parais- 
sent étendre  k  vû#jnté. 

Le  fluide  hémato-nerveux  humain  fera- 
t-il  exception  ?  Sera-t-il  limité  à  l'intérieur 
de  l'organisme  ?  Les  lois  de  l'électricité ,  la 
nature  des  fonctions  de  la  peau ,  à  laquelle 
Tiennent  aboutir  les  nerfs  sensibles  et  les 
vaisseaux ,  les  deux  pôles  de  la  pile  héma- 
to-nerveuse, nous  obligent  d'accepter  a 
priori  la  sphère  électrique  humaine.  L'élec- 
tricité humaine  est,  sans  aucun  doute, 
soumise  aux  lois  générales  ;  mais  sa  puis- 
sance est  augmentée  par  le  principe  spiri- 
tuel qui  fait  ae  l'homme  un  règne  a  part  et 
le  résumé  de  tous  les  autres. 

A  priori  donc,  l'homme  peut  étendre  la 
sphère  de  son  principe  némato-nerveux  f, 
éleciro^MTveux y  magnétique,  etc  ,  comme 
on  voudra  l'appeler.  La  même  conséquence 
est  démontrée  a  posteriori^  par  des  faits 
nombreux  et  suffisamment  avérés.  11  ne  s'a- 

fit  pas  ici  de  consulter  le  sentiment  des 
ommes  qui  nient  de  bonne  foi  l'action 
magnétique,  parce  qu^ils  n'ont  pu  ni  voir 
ni  obtenir  des  résultats  suffisamment  posi- 
tifs pour  asseoir  leur  conviction;  Il  ne  s  agit 
pas  davantage  d'accepter  toutes  les  trompe- 
ries du  charlatanisme ,  qui  ont  plus  nui  à 
la  vérité  des  faits  que  les  négations  mal  in- 
formées. Mais  des  témoins  suffisamment 
nombreux ,  dont  la  conscience  et  la  véracité, 
comme  la  perspicacité,  ne  peuvent  être  ré- 
voquées en  doute,  attestent  avoir  vu  et 
proiluit  des  résultats  qu'on  ne  peut  expli-  . 
quer  que  par  la  cause  universelle  du  fluide 
magnétique.  C'est  ainsi  au'un  grand  nom- 
bre de  médecins,  de  la  plus  haute  probité, 
de  l'imagination  la  plus  calme ,  ont  vu  et 
produit  des  faits  magnétiaues  ;  des  ecclésias* 
tiques  assez  nombreux ,  a'une  science  éten- 
due, habitués  par  des  études  sérieuses  à 
discuter  les  faits,  à  exiger  toutes  les  circons- 
tances nécessaires  à  la  certitude ,  affirment 
eux-mêmes  avoir  vu  ou  produit  des  faits 
magnétiques  indubitables.  Plusieurs  eccré- 
siastiques  réunis  ont  vu  plusieurs  fois  une 
femme  magnétisée  par  son  mari ,  endormie 
du  sommeu  magnétique;  et  ils  ont  constaté, 


^1)  Il  y  I  lii,  M  elfci,  un  flmt  et  reflmt  eentiMel  de  Tageat  étoctro-vitil.  GVsl  véritaUement  le  meneaft 
1  mooplK  éoi  MHféethns  faê»kmaeilm. 


tu 


MAC 


DICT10.\KAIK£ 


MAC 


font  aux  maffkéiisenrs  une  haute  obli^tion 
de  prudence  et  aux  directeurs  des  âmes  une 
plus  haute  encore  ;  car,  si  d*un  cdté  ils  doi- 
Tent  demeurer  sur  la  réserre,  de  Tantre  ils 
sont  obligés  à  prémunir  par  de  sages  avis  les 
{personnes  qui  Tondraient  user  du  magné- 
tisme comme  mojen  curatif. 

I>es  magnétiseurs  ont  prétendu  expliquer 
la  mission  des  prophètes  et  des  extases  par 
leur  art;  et  Ik^essus  des  théologiens  se  sont 
effrayés,  peat-ètre  un  peu  trop  tôt.  En  effet, 
quoiau*il  soit  de  toute  impossibilité  d*expli- 

Suer  la  mission  des  prophètes  et  leurs  pré- 
ictions  par  le  magnétisme  naturel,  il  but 
bien  arouer  et  conrenir  de  bonne  foi  que 
les  prophètes,  étant  des  hommes,  étaient 
aoumis  aux  lois  physiologiques  comme  tous 
les  autres,  et  que  le  JDieu  qui  a  créé  le  corps 
et  l'Ame  humaine  et  qui  les  a  si  intimement 
unis„  a  bien  pu,  s'il  a  touIu,  se  servir  des 
lois  établies  i)ar  lui  pour  agir  sur  l'âme  des 
prophètes,  et  leur  révéler  ce  qu'ils  devaient 
annoncer  aux  hommes.  Quand  même  donc 
on  admettrait  que  JDieu  a  modifié  le  fluide 
Tital  de  ces  hommes  extraordinaires,  pour  v 
montrer  k  leur  âme  ce  qu'il  a  voulu,  cela 
prouverait  simplement  qirayant  tout  créé,  il 
|>eut  tout  modifier,  tout  gouverner  à  sou  gré; 
et  une  telle  manière  d'agir  sur  les  prophètes, 
qui  est  loin  d'être  prouvée,  n'en  serait 
ni  moins  surnaturelle,  ni  moins  divine  ; 
quand  les  magnétiseurs  auront  produit  des 
Isaïe,  des  Jérémie,  des  Daniel,  des  David,  etc., 
les  théologiens  pourront  commencer  à  dis- 
cuter; mais  en  attendant,  ils  peuvent  de- 
meurer en  paix.  Dans  les  extases  surnatu- 
relles des  saints,  nul  doute  qu'il  faille  attri- 
buer une  certaine  part  à  la  pnysiologie,  mais 
c'est  toujours  l'action  de  Dieu  qui  agit  sur 
les  êtres  qu'il  a  créés  et  les  lois  qu'il  a  éta- 
blies, pour  produire  des  faits  rares,  extraor- 
dinaires et  qui  sortent  des  lois  comnuines  de 
la  nature. 

Il  n'est  pas  plus  difficile  de  répondre  à 
ceux  qm  prétendent  ({ue  c'est  par  le  magné- 
tisme que  Jésus-Christ  a  fait  ses  miracles  ; 
car^  enfin,  ils  conviendront  au  moins  qu'il 
était  infiniment  plus  habile  que  tous  les 
grossiers  magnétiseurs  qui  sont  venus  et 
avant  et  après  lui  ;  et  que,  pour  commander 
au  fluide  de  vivifier  les  morts,  de  faire  voir 
ceux  qui  n'avaient  jamais  vu,  et  tant  d'au- 
tres miracles  innombrables  et  publics,  il  fal- 
lait qu'il  fût  le  maître  absolu  de  ce  fluide 
merveilleux.  Or,  celui  qui  est  la  lumière  in- 
créée, celui  qui  a  pu  dire  que  la  lumière  soit 
et  ja  lumière  fut,  et  qui,  en  elle,  a  créé  ce 
fluide  universel  qui  préside  aux  mouvements 
des  astres,  à  la  vie  des  plantes  et  des  ani- 
maux, à  la  vie  physique  de  l'homme,  pou- 
vait seul  le  modifier  si  puissamment  dans  la 
substance  humaine  unie  à  sa  divinité,  et  lui 
commander  de  vivifier  les  morts,  de  repren- 
dre son  cours  normal  dans  l'oreille  des 
sourds,  dans  l'œil  des  aveugles,  etc.  Enfin, 

à  lu  magnétisation  proprement  dite,  tenir  compte  de 
Yiêctif  et  du  poêêif  des  dispositioDS  morales  de  ceux 
4|ul  influencent  et  de  ceux  qui  soiu  influencés.  La 


quand  il  a  voulu  se  ressssdter  te-aêBe,il 
a  commandé  à  ce  fluide  vital  de  rêveur  ùh 
son  corys  humain.  A  loot  pradreicacii 
prétention  de  cerlains  mMffiléûsmn  se  kra- 
nerait  contre  eux  et  prouTerait  b  divicje 
des  miracles  de  iésu5-€hrisl  à  sa  manié». 
Bien  donc,  encore  une  loîs^  qnlt  atét  k« 
d*ëtre  prouvé  que  ce  soit  par  le  flaagnétuBe 
que  Jésus  a  opéré  ses  nurades»  il  n  j  i  p» 
i  s'inquiéter  de  cette  préteatioB;  car,  edn, 
on  avouera  au  moins  que  le  Sauteur  ne  ie«- 
gnétisait  p^  comme  tout  le  monde,  il  b 
sufiisait  de  vouloir  et  tout  obéissait;  il cV 
prouvait  pas  de  résistance,  oomae  les  u- 
gnétiseurs  qui  ne  peuvent  produite  avcoa 
phénomène  à  volonté,  puisqu'il  l^ur  f» 
certaines  circo.nstances  favoràUfis;  il  oqb- 
mandait  donc  en  maître  absolu. 

D'aucune  façon  donc  la  religion  na  ha 
à  craindre  du  magnétisme,  pas  plus  qut  de 
toutes  les  connaissances  humaines,  qui» 

Eeuvent  être,  en  définitive,  que  ses  aui- 
aires  et  ses  appuis. 

Aussi,  malgré  l'ardeur  intempestiTe  it 
certains  théologiens  pour  arracher  à  littttf 
rite  de  l'Oise  une  condamnation  du  ai- 
gnétisme,  cette  autorité  a  toujours  opposé  k 
sagesse  et  la  prudence  qu'elle  reçoit  de  Xhr 
pnt*Saint,  à  un  lèle  qui  voulait  la  rendre 
solidaire  de  ses  opinions.  11  a  lonjovs  été 
répondu  par  Rome,  dans  ce.  sens  unique,  que 
si  ce  que  disaient  les  consultations  était 
vrai,  le  magnétisme  n'était  pas  permis;  mais 
elle  s'est  bien  gardée  de  se  prononcer  pour 
ou  contre  la  vérité  des  faits  qu'on  lui  eip(^ 
sait;  l'Eglise  ne  marche  pas  si  précipitam- 
ment, elle  n*est  pas  comme  les  indiridus 
d'autant  plus  avides  de  juger  et  de  faire 
triompher  leurs  opinions  qu'ils  ne  sont  pas 
sûrs  du  lendemain;  le  temps  appartient  k 
l'Eglise,  elle  a  rocu  les  promesses  éternelles; 
voilà  pourquoi  elle  ne  viole  jamais  la  liberté 
humaine.  Les  consulteurs  donc,  avant  de 
s*autoriser  des  réponses  que  Rome  a  faites  à 
leurs  expositions,  doivent  d  abord  se  bien 
assurer  que  ces  expositions  étaient  rraies» 
dans  les  uiits  comme  dans  la  théorie,  dont 
l'Eglise  n'a  pas  jugé  el  ne  jugera  pas  d*ici 
longtemps.  Les  théologiens  consultants  doi- 
vent bien  se  garder  de  rendre  TEglise  res- 
ponsable de  leur  exposition;  ce  serait  icao- 
quer  de  foi  et  de  respect  envers  sa  diyine 
autorité,  en  s'exposant  à  la  rendre  solidaire 
d'opinions  qui  pourraient  bien  n'ôtrequedes 
utopies  et  des  erreurs,  et,  par  suite,  soulew 
contre  elle  des  hostilités  a'autant  plus  dan- 

Î;ereuses  qu'elles  se  parent  du  vêtement  de 
a  science  et  du  progrès.  En  fait  comme 
en  droit,  la  question  du  magnétisme  de- 
meure intacte  vis-à-vis  de  l'autorité  de  TE- 
§lise,  et  nul  n'a  le  droit  de  rien  exiger  au 
elà;  car  l'autorité  de  l'Eglise  étant  divine  ne 
doit  compte  à  aucun  homme  de  ses  déci- 
sions. 

Enfin  le  magnétisme  a  été  attaqué  et  de- 
justice  et  la  vérité  demandent  qu'on  ne  statue  sur  l 
parité  des  résultats  qu'après  avoir  eoustaié  la  jorni 
des  causes  efllcientes. 


M 


D*ANTHiU»0L061E. 


MAL 


8M 


rendtt  dans  sa  valeiir  pbysktogique  et  mé- 
dicale; il  ne  nous  appartient  pas  de  nous 
proooaeer  sur  cette  question.  Cependant, 
s'il  nous  est  permis  d  émettre  notre  senti- 
ment, nous  pensons  que  Ton  doit  croire  a 
prton,  que  ]*asage  du  masnétisme  est  peut- 
être  plus  nuisible  et  plus  aangereux  qu  utile 
è  la  santé.  En  effets  il  agit  d'une  manière 
riolente  et  anormale  sur  le  principe  de  la 
?ie,  sur  le  système  nenreux,  et  par  lui  sur 
tous  les  organes;  il  les  fatigue  et  les  use  par 
une  surexcitation  qui  ne  peut  manquer  de 
produire,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  des 
dccidents  graves,  et  qui  a  toujours  des  in« 
i'onvénients;  la  pratique  du  magnétisme 
offre  plusieurs  faits  malheureux  et  presque 
toujours  des  santés  misérables  dans  les  sujets 
soumis  à  son  action.  Nous  ne  voulons  pas 
nier  pour  cela  qu'il  ne  puisse  être  utile  en 
ierlsins  cas. 

f  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  croyons  avoir  suf- 
fisamment établi  quo  le  fluide  vital,  ou  le 
principe  bémato-neiveux,  n*est  qu'un  dé- 
membrement perfectionné  du  fluiae  éthéré 
universel,  mis  au  service  de  Tintelligence, 
m  le  système  neneux,  siège  de  la  sensi- 
bilité. 
MAIN.  Voy,  MoovisttENT. 

MAÏS.  —  L'Amérique  a  sa  céréale  parti- 
culière, le  mail  ^xea  mais)^  qu'on  cultive 
[Qainienant  au  Japon,  en  Chine,  dans  la 
Cocbinchine,  dans  les  lies  des  Indes  orien- 
tées, dans  une  partie  de  l'Afrique  et  dans 
le  midi  de  l'Europe  M.  de  Humboldt  a  prou- 
vé d*ur.e  manière  irréfragable  qu'il  était 
Of'g-jiaire  de  l'Amérique,  et  qu'il  était  parti 
le  ce  pays  pour  se  répandre  dans  l'ancien 
LionJe.  licite  une  opinion  qui  le  fait  venir 
ie  cette  partie  du  monde,  mais  sans  l'adop- 
er.  Le  voyageur  Siebold  a  constaté  dans  ces 
ierniers  temps  que  le  maïs  était  cultivé  au 
lapon  depuis  plus  de  quatre  sièclej<,  que 
on^équemment  il  n*avait  pu  y  venir  de 
Amérique.  Je  ne  sache  pas  qu'il  ait  exposé 
^*s  (omoignages  historiques  sur  lesquels  il 
'^  fonde.  La  culture  du  maïs  s'est  étendue 
îè!>-raj)idement  dans  les  pays  chauds,  où  sa 
Udtunté  est  précoce,  à  cause  de  l'abondance 
le  ses  produit:»  ;  on  ne  doit  donc  point  s'é- 
fmmr  si  en  peu  de  temps  il  s'est  répandu 
lans  la  plus  grande  partie  de  l'Asie.  L'his- 
oire  avait  déjà  parlé  du  dindon  et  de  l'ananas, 
orMjue  sous  le  règne  de  Dschangir  ils  arri- 
'^rent  dans  l'Inde,  le  maïs  put  les  précéder 
•t  se  répandre  beaucoup  plus  vite  à  cause 
te  son  utilité  plus  générale.  Le  nom  de  blé 
ie  Turquie  (581)  que  dans  plusieurs  pays 
^0  donne  au  mais,  ne  prouve  rien,  quant  à 
'jn  origine;  il  en  est  de  même  pour  le  m«- 
f^gris  gallo  pavo^  qu'on  appelle  en  français 
oq  d^lndcy  en  allemand  mlicutisch  Hahn^ 
('Joi(^uc  certainement  il  ne  soit  pas  venu  de 
Inde  orientale  ou  de  Calicut  en  Europe  ; 
ïiis  le  nom  allemand  est  peut-être  une  uno- 
iv)t0])ée  du  cri  de  l'oiseau.  Le  mais  est  appelé 


en  Italie  grenturco  ;  il  a  pu  y  être  importé 
du  nord  de  l'Afrique  où  se  trouvent  aussi 
des  Turcs,  et  le  nom  s'est  propagé  de  l'Italie 
au  loin  dans  d'autres  parties  (Te  l'Europe. 
Nous  n'avons  point  de  documents  historiques 
précis,  d'après  lesquels  nous  puissions  croire 
que  le  maïs  était  connu  dans  l'antiquité.  Ce 
froment  bactrien  avec  ses  grains  de  la  gros- 
seur d'ifne  olive,  le  froment  dont  parle  Hé- 
rodote, qui  avait  des  feuilles  de  quaire  pou- 
ces de  large,  semblerait  indiquer  le  mais, 
mais  c'est  une  conjecture  qu'on  ne  peut  ad- 
mettre qu'avec  beaucoup  d'hésitation.  Mais 
si  on  venait  à  prouver  que  le  maïs  est  un 
végétal  originaire  de  l'ancien  monde,  cette 
opinion ,  qui  fait  venir  les  Américains  de 
cette  partie  du  monde,  et  qui  jusque-là  n'est 
que  probable,  se  rapprocherait  bien  plus  de 
la  vraisemblance.  Sur  la  côte  nord-ouest  de 
l'Amérique,  on  trouve  bien  le  maïs  cultivé, 
mais  il  n'y  est  nulle  part  à  l'état  sauvage. 

MALAIS.  Voy,  Malaise  (Rage). 

MALAISE  (RACE)  ou  Race  brune.  —  Il 
existe  encore  dans  les  esprits  beaucoup 
d'incertitude  relativement  à  la  classification 
des  tribus  de  cette  race  (17,000,000  d'indi- 
vidus), qui  se  confondent  souvent  par  leurs 
traits  et  par  leur  couleur  avec  celles  de  la 
race  jaune,  de  la  race  blanche  (dans  son  ra- 
meau indo-persique),  et  même  avec  les  tri- 
bus de  l'un  des  rameaux  de  la  race  noire. 
Elle  a  pour  caractères  généraux  :  taille 
moyenne,  cheveux  lisses,  bruns  ou  noirs, 
formes  régulières,  membres  bien  propor- 
tionnés, teint  variant  du  jaune  olivâtre  au 
brun. 

Cette  race  réunit  plus  de  familles  diffé- 
rentes  et  plus  de  dissemblances  que  toutes  les 
autres  variétés.  Il  serait  donc  presque  impos- 
sible de  la  désigner  d'une  façon  toute  spéciale. 
On  peut  seulement  dire  qu'en  général  la 
couleur  de  cette  race  varie  du  brun  clair  au 
noir.  La  chevelure  est  noire,  abondante,  et 
ordinairement  Irisée.  La  tête  est  étroite,  les 
os  de  la  face  sont  fortement  prononcés,  lo 
nez  est  large  et  plat ,  la  bouche  grande. 

On  classe  dans  cette  variété  les  habitants 
de  la  presqu'île  de  Malacea,  des  Iles  de  Su- 
matra, de  Java,  de  Bornéo,  des  Célèbes,  et 
des  tles  environnantes  ;  ceux  des  lies  Molu* 
ques,  des  îles  Philippines,  de  l'archipel  des 
Larrons,  des  Mariannesetdes  lies  Carolines; 
les  habitants  de  la  Nouvelle-Hollande,  de  la 
terrede  Van-Diémen,de  la  Nouvelle-Guinée, 
de  la  Nouvelle-Zélande,  et  de  toutes  les  îles 
de  l'océan  Pacifique.  L'esprit  entreprenant 
de  ces  peuples  les  a  pousses  à  faire  de  nom- 
breuses émigrations;  mais  on  ne  sait  pas  au 
juste  si  c'est  à  eux  que  toutes  ces  lies  doi- 
vent leur  population. 

Une  partie  importante  de  cette  race  res- 
semble beaucoup  aux  nègres  africains  par 
la  couleur,  les  cneveux  et  la  forme  générale 
de  la  face  et  du  crâne.  Leur  langace  toute- 
fois est  différent,  et  ils  ont  une  barbe  abon-- 
dan  te. 


(oS4)  Dans  quelques  parties  de  ia  Gliampa^^ae,  on     Roum^  nom  que  les  Arabes  donnaient  k  rempire  grec 
appelle  blé  de  Rome,  peui-ôtre  par  corruption  de      de  Constanliuoplc. 


891 


MAL 


DiCTIONMAme 


MAL 


On  a  cru  qu'ils  étaient  originaires  de  ces 
lies,  qu'ils  occupent  presque  entièrement. 
Les  autres  peuples  qui  habitent  ces  lies  ont 
le  teint  plus  clair,  la  figure  plus  ovale,  et 
sont  infiniment  mieux  faits.  Ils  ressemblent 
aux  habitants  de  la  presqu'île  deMalacca, 
par  leur  organisation,  leur  langage  et  leurs 
nabitudes.  lis  occupent  les  côtes  de^es  lies, 
et  se  répandent  dans  Tintérieur  de  celles  qui 
sont  les  plus  petites.  L'étude  des  rapports 
qui  unissent  entre  elles  les  nombreuses  peu- 
plades répandues  dans  les  lies  du  grand 
océan  Austral  est  des  plus  intéressantes. 
M.  Lesson  a  fait  connaître  dans  la  zoologie 
du  Voyage  de  la  Coquille  des  détails  très- 
neufs  et  très-curieux  sur  les  rapports  que 
les  peuples  d'un  même  rameau  ont  entre  eux 
et  avec  la  race  dont  ils  dérivent.  D'après  ce 
savant  naturaliste,  les  Océaniens,  qui  occu- 
pent des  lies  séparées  les  unes  des  autres  par 
d'immenses  distances  au  milieu  du  Grand 
Océan ,  ont  pourtant  dans  leurs  vêtements , 
leur  parure,  leur  tatouage,  leurs  divers  usa- 
ges, la  construction  des  pirogues,  leur  reli- 
gion, une  conformité  remarquable. 

Les  habitants  des  lies  Marquises  et  Sand- 
wich, comme  les  Taïtiens,  comme  les  insu- 
laires de  Rotouma  et  de  Tonga,  savent  fabri- 
quer avec  l'écorce  de  l'aouté  une  étoffe 
très-fine,  réservée  le  plus  ordinairement  aux 
femmes,  et  des  toiles  plus  srossières  qu'ils 
vêtirent  du  liber  de  l'arbre  a  pain.  (L'usage 
de  fabriquer  un  papier  vestimental  avec  des 
écorces  d'arbres  est  indien.)  Comme  les  na- 
turels des  lies  de  la  Société,  ils  les  teignent 
en  rouge  très-brillant  avec  les  fruits  d'un 
figuier  sauvage  ou  avec  l'écorce  du  morinda 
cttrifolia^  et  en  jaune  fugace  avec  le  ctir- 
euma. 

Les  Taïtiens ,  les  Sandwichiens  aiment  à 
se  couronner  de  fleurs;  les  habitants  des 
Marquises,  de  Washington,  des  Rotouma, 
des  Fidjis,  attachent  le  plus  grand  prix  aux 
dents  des  cachalots;  cette  matière  est  pour 
eux  ce  que  sont  les  diamants  pour  un  Euro- 
péen. 

Les  Routoumaïens,  comme  les  insulaires 
des  archipels  de  la  Société  et  des  Poniotous, 
quoiqu'un  immense  espace  de  mer  les  sépare, 
ont  conservé  la  même  coutume  de  se  garantir 
du  soleil  avec  des  visières  de  feuilles  de  co- 
cotier, etc. 

lin  genre  d'ornement  généralement  pra- 
tiqué par  tous  les  insulaires  de  la  mer  du 
Sud,  quel  que  soit  leur  rameau^  est  le  ta- 
touage. Ces  dessins  paraissent  étrangers  à 
la  race  nègre,  qui  ne  les  pratique  que  rare- 
ment, toujours  d'une  manière  imparfaite  et 
grossière,  et  qui  les  remplace  par  des  tuber- 
cules douloureux  et  de  lorme  conique  que 
4es  incisions  y  font  élever 

Tous  préparent  et  font  cuire  leurs  aliments 
dans  des  fours  souterrains,  à  l'aide  de  pierres 
chaudes;  ils  se  servent  de  feuilles  de  végé- 
taux pour  leurs  besoins  divers;  ils  conver- 
tissent le  fruit  en  pain,  la  chair  du  coco,  le 
jaro  en  bouillies;  tous  boivent  le  kava  ou 
dér**!**^^  d'un  poivrier  qui  les  enivre  et  les 


Toutes  les  maisons  sont  sur  un  modèle  à 
peu  près  identique. 

La  forme  des  pirogues  est  caractéristique; 
les  pirogues  simples,  creusées  dans  un  troDc 
d'arbre,  peuvent  se  reproduire  ailleurs;  mais 
il  n'en  est  pas  de  même  des  pirogues  dou- 
bles ou  accolées  deux  à  deux,  qu'on  ne  ren- 
contré nulle  i)art  chez  les  jieuples  d'une 
descendance  étrangère  aux  Océaniens. 

Si  l'on  examine  attentivement  les  habitu- 
des de  ces  peuples,  leurs  lois,  leurs  mœars, 
leurs  arts,  leur  musigue,  leur  grammaire, 
leur  poésie  et  même  jusqu'à  l'ensemble  de 
leurs  idées  religieuses,  ob  sera  frappé  de 
Tanalogie  qui  existe  entre  ces  familles  d'un 
même  rameau,  isolées  sur  des  terres  semée> 
à  de  si  grandes  distances  les  unes  des  autres. 

Ces  faits ,  et  beaucoup  d'autres  que  nous 
regrettons  de  ne  pouvoir  citer,  prouTenl^  de 
la  manière  la  plus  évidente,  une  origine 
commune  pour  les  peuplades  désignées  sous 
le  nom  d'Océaniens,  dont  les  caractères  phy- 
siques sont  d'ailleurs  ceux  des  Indous,  et 
parmi  lesquelles  on  retrouve  même  quelques 
usages  encore  en  vigueur  chez  les  bibitanb 
du  continent  de  l'Inae. 

Le  rameau  Mongol-Pélagien,  qui  habite  \ti 
lies  Carolines,  présente  aussi  des  rapports 
de  mœurs  et  d'habitudes  qui  dénotent  uoe 
origine  commune ,  distincte  de  celle  ûi-^ 
Océaniens,  et  montrent  Iquts  rapports  avec 
les  Japonais  et  les  Chinois. 

Ennn ,  cette  conformité  d*usages  se  troore 
parmi  les  peuplades,  si  nombreuses  et  si  dis- 
persées, que  l'on  a  réunies  sous  le  nom  de 
race  noire  ;  tels  sont,  d'après  les  récits  de  la 
zoologie  du  Voyage  de  la  Coquille  : 

1*  Les  ornements  du  nez  ou  des  oreilltt. 
Les  habitants  de  la  Nouvelle-Bretagne,  deii 
Nouvelle-Irlande  avaient  divers  ornemenis 
passés  dans  les  narines ,  ou  des  bàtonneis 
traversant  la  cloison  du  nez  ,  à  l'instar  des 
naturels  de  la  Nouvelle-Galles  du  Sud.  Cette 
mode  se  reproduisit,  disent  les  naturalistes 
de  cette  expédition,  chez  les  Papouas  du  M- 
vre  de  Rouy,  et  tous  nous  assurèrent  quele« 
bâtonnets  qu'ils  portent  étaient  bien  petits 
en  comparaison  de  ceux  des  farouches  En- 
damènes,  leurs  ennemis. 

Les  Endamènes  de    la  Nouvelle-Guiirfe 

{>ortent  dans  la  cloison  du  nez  un  bâtonnet 
ônç  de  six  pouces,  et  un  grand  nombre  de 
familles  d'Australiens  se  placent  dans  la 
cloison  du  nez  des  bâtonnets  arrondis  et 
longs  de  quatre  à  six  pouces,  usage  que  noui 
retrouvons  chez  les  Papouas. 

Les  habitants  de  la  Nouvelle-Irlande  5l 
percent  les  deux  ailes  du  nez  pour  y  passer 
des  dents  de  cochon ,  qui  divergent  comm 
de  petites  cornes. 

Les  insulaires  deVanikoro  se  perforent  w 
lobe  de  l'oreille,  et  en  dilatent  l'ourertuffl 
de  manière  à  y  passer  le  poing. 

2»  Le  tatouage  en  relief.  Sur  les  bras  et  sur 
les  côtés  du  thorax  les  Australiens  font  éle- 
ver ces  tubercules  de  forme  couioue  qui  sem- 
blent être  l'apanage  du  rameau  nègre. 

Leur  tatouage  (aux  îles  Viti)  est  en  reliei, 
c'est-à-dire  que  sur  les  bras  et  sur  la  1"^" 


J 


w 


DANTIIROPOLOGIE. 


MAL 


trine  ils  se  ereuaent  des  trous  qu'ils  avivent 
jusqu'à  ce  que  la  cicatrice  »  'se  boursouflant,  r* 
deneone  grosse  comiBe  une  petite  cerise,     i 

dr  La  eHoraiion  des  cheveux  au  de  la  /f- 
fiire.  Les  habitants  de  la  Nouvelle-Irlande 
se  ^barbouillent  la  figure  de  blanc  et  de 
rouge,  et  se  teignent  les  cheveux  de  plu- 
sieurs couleurs. 

les  Papouas  aiment  à  se  couvrir  la  tète  de 
pcmssière  d*ocre ,  unie  à  la  graisse,  et  à  rou- 

fir  ainsi  leur  chevelure  et  leur  visage 
est  plus  particulièrement  au  Port-Praslin, 
à  la  Louisiane,  qu'on  retrouve  cette  singu- 
lière fflode,  qui  règne  sans  iiarlage  chez  les 
iiabilants  de  la  Nouvelle-Galles  du  Sud. 

Les  Tasraanicns  se  couvrent  les  cheveux 
(iai]^le  ferrugineuse  très-rouge.  Les  Aus- 
traliens aiment  à  se  couvrir  la  tête  et  la  poi- 
trine dd  matières  colorantes  routes. 

V  Les  mulUalions.  Chea;  les  Australiens , 
Fusa^e  a  consacré  l'Iiabitude  d'arracher  une 
dent  incisive  aux  hommes,  h  une  certaine 
époque  de  la  vie«  ei  de  couper  une  phalange 
lui  femmes.  Il  est  curieux  de  retrouver 
cède  mutilation  à  Tonga  (lies  des  Amis)  et 
(ux  lies  SaïKlwich. 

Les  habitants  de  Tonsa  se  coupent  un  ou 
deui  des  petits  doigts  dans  l'articulation  de 
k  première  phalange,  lorsqu'un  de  leurs 
fkvrhts  parents  est  malade,  dans  la  croyance 

Ioe  ce  sacrifice  lui  rendra  la  santé.  —  Aux 
es  Sandwich,  la  mutilation  consistait  à  bri- 
ler  une  ou  deux  dents,  non-seulement  pour 
ks  chagrins  particuliers,  mais  aussi  à  Toc- 
iisioa  d  un  deuil  général.  Certaines  mutila- 
iuns  analogues  ont  été  observées  en  Afi*i- 
|ue  :  les  Damaras  des  pleines  sont  circon- 
"K  et  s'arrachent  les  deux  dents  incisives 
k  la  mâchoire  inférieure. 

S'  La  fabricaiion  de  la  poterie.  Les  habi- 
ânts  de  Dorery  savent  fabriquer  de  la  pote- 
ie,  coutume  qui  semble  propre  à  la  race 
Jûire,  qu  elle  a  portée  avec  elle  dans  ses  mi- 
yrations,  et  que  nous  n'avons  trouvée  nulle 
tari  chez  la  race  jaune. 

to8  industrie  que  les  insulaires  de  Viti 
)Q(  manifestement  apportée  avec  eux  dans 
eurs  migrations,  c'est  la  fabrication  des  va- 
<e$  de  terre ,  qu'on  ne  trouve  dans  aucune 
k$  lies  du  Grand  Océan. 

Ajoutons  à  ces  faits,  qui  prouvent  d'étroi- 
ies  liaisons  entre  des  peuples  si  distants  les 
mis  des  autres,  d'autres  rapprochements  non 
Doins  curieux  entre  "quelques-uns  de  ces 
peuples  et  certaines  nations  du  continent 
ifricain  ou  américain. 

Au  sujet  de  la  fabrication  de  la  poterie  par 
b  femmes  des  Papouas  de  Dorery,  lik  Lés- 
ion ajoute  en  note:  «  Dans  le  paya  des  Kaar- 
ians,  dans  l'Afrique  occidentale ,  le  village 
i'Asamanga-Tary  est  renommé  pour  ses 
3i^nttfactures  de  poterie  de  terre,  travaillée 
[Ktr  les  iémmes.  » 

Mais  ce  qui  met  hors  de  doute  le  rappro- 
chement des  Papouas  avec  les  habitants  de 
l'Afrique,  ce  sont  les  oreillers  en  bois  sur 
lèsc^els  ils  appuient  la  tète  pomr  dormir.  A 
WaigioQ,  k  Dorery,  M.  Lesson  trouva  cbes 
lous  ce  meuble  travaillé  avec  adresse,  re- 


présentant le  plus  constainmen» ,  ei  avec 
plus  ou  moins  de  perfection ,  deux  têtes  de 
sphynx,  attribut  égyptien  ;  et  plusieurs  de 
ces  objets,  comparés  ensemble,  ne  diffèrent 
en  rien  de  ceux  trouvés  sous  la  tète  des  mo- 
mies d'Egypte  dans  leurs  tombeaux,  et  con- 
servés par  les  voyageurs  qui  les  ont  décou- 
verts. 

.Les  huttes  des  naturels  de  la  Nouvelle- 
Irlande  sont  de  forme  africaine ,  arrondies, 
couvertes  de  paille,  ayant  une  porte  étroit? 
et  basse. 

Le  tamtam  dont  font  usage  les  habitants  de 
plusieurs  lies  de  TOcéanie  est  le  même  dont 
se  servent  encore  certaines  peuplades  de 
l'Afrique. 

Le  passage  suivant  pourra  donner  une 
idée  des  relations  qui  lient  entre  elles  plu- 
sieurs des  nombreuses  peuplades  de  l'Océa- 
nie. 

«  Tous  les  peuples  ont  une  musique  en 
rapport  avec  leur  civilisation,  sans  doute; 
mais  les  Océaniens,  les  Mongols-Pélagiens 
et  les  peuples  noirâtres  et  à  cheveux  frisés 
des  îles  de  la  mer  du  Sud  ont  chacun  un 
type  particulier,  suivant  leurs  habitudes  ;  et 
quoique  cet  art  soit  resté  stationnaire  par 
1  isolement  de  ces  peuplades,  il  n'en  est  pas 
moins  caractéristique ,  et  ne  peut  provenir 
que  d'un  ensemble  d'idées  perfectionnées... 
Sur  toutes  ces  grandes  terres ,  nous  relroi*^. 
vftmes  le  tamtam,  qui  est  Vimitation  parfaite 
du  tamtam  de  la  côte  de  Guinée.  Ce  tamJiour, 
creux,  fermé  à  sa  grande  extrémité  par  une 
peau  de  lézard ,  est  encore  usité  dans  plu^ 
sieurs  régions  de  F  Afrique.  Mais  ce  qui  dut 
nous  fournir  matière  a  réflexion  au  Port- 
Praslin,  ce  sont  l'épinette  et  la  flûte  à  Pan 
que  nous  y  trouvâmes.  —  L'épinette  est 
faite  avec  une  lame  de  bambou,  divisée  en 
trois  lamelles  effilées,  qui  se  placent  dans  la 
bouche,  comme  la  nôtre.  Quant  à  la  flûte  à 
Pan,  nous  devons  nous  y  arrêter  un  instant, 
et  indiquer  la  conclusion  d'une  note  que 
nous  a  remise  sur  cet.  instrument  un  excel- 
lent musicien  de  nos  amis. 

«  Les  anciens  connaissaient  deux  espèces 
de  flûte  :  la  simple  et  le  syrinx  ou  flûte  à  Pan  ; 
et  ces  flûtes  n  avaient  qu'une  étendue  de 
sons  très-bornée,  parce  que  les  Grecs  igno- 
raient l'harmonie  proprement  dite ,  et  que 
leur  mode  de  musique  était  mineur,  tant 
l'homme  naturel  éprouve  plus  de  facilité  à 
attaquer  la  tierce  mineure  que  celle  majeure. 
Le  syrinx  de  la  Nouvelle-Irlande  présente  ce 
caractère  mineur;  et,  après  un  examen  sé- 
rieux, je  conclus  que  cet  instrument,  com- 
fosé  de  huit  notes,  dont  cinq  appartiennent 
la  gamme  et  trois  sont  répétées  à  l'octave 
en  dessous,  est  des  temps  les  plus  reculés.  » 

Les  raporochements  a  faire  avec  les  indi- 
gènes de  TAmérique  ne  sont  pas  moins  re- 
marquables. 

On  a  retrouvé  en  Amérique  l'usage^  de 
suspendre  des  ornements  aux  oreinesnet  au 
nez  :  suivant  Oviédo ,  les  Indiens  de  Gueba 
/isthme  de  Panama)  se  percent  les  oreilles  et 
le  nez  pour  y  mettre  des  ornements  d*or  ; 
«ne  baguette  d*or  traverse  la  cloison  des  na- 


MAL 


DiCTMMINAnfi 


MAL 


m 


riaes ;  le  tatoUAge  euste  ches  ees  pea- 

pies.  Neus  avoas  vu  déjà  que  les  Botocudos 
se  percent  les  oreilles  et  la  lèvre  inférieure 
comme  les  Carolins,  pour  y  placer  des  bâ<* 
tonnets^  dont  ils  augmentent  chaque  jour  le 
diamètre,  de  manière  à  donner  à  ces  parties 
une  extrême  dilatation. 

Les  Guatipaires  ressemblent  aux  Antès; 
ainsi  que  ces  derniers  ils  se  percent  les  car- 
tilages du  nez  et  les  lèvres  pour  y  suspen- 
dre des  ornements-  Dorbigny  fait  remarquer 
que  la  coutume  de  se  percer  les  oreilles  est 
américaine.  On  rencontre  le  même  mode  de 
mutilation  chez  les  Charruas  :  la  femme  se 
coupe  une  articulation  d'un  doigt  à  la  mort 
de  chaque  proche  parent. 

La  fabrication  de  la  poterie  est  presque 
partout  le  domaine  exclusif  des  femmes. 

Certaines  nations  américaines  et  asiati'- 
ques  construisent  des  huttes  analogues  à 
celles  qu'on  a  observées  chez  plusieurs  peu- 
plades du  Grand  Océan. 

(c  Les  habitants  de  Waigiou  et  de  la  Nou- 
velle-Guinée ont  placé  leurs  maisons  sur 
Teau  même  des  grèves,  de  manière  (Qu'elles 
sont  supportées  par  des  f^eux...  Ceux  qui 
habitent  Tiatérieur  du  pe^s  ont  élevé  leurs 
demeures  sur  des  troncs  d'arbre  rendus 
lisses,  et  hauts  de  douze  à  quinze  pieds, 
et  se  servent  d'un  énorme  bambou  entaillé 
pour  y  parvenir.  Chaque  soir  cette  échelle 
est  retirée  dans  la  cabane. 

«  Les  cabanes  des  naturels  de  la  Louisiane 
sont,comme£ellesdesPapous,é)evéesavecdes 
pieux  de  deux  ©u  trois  mètres  au-dessus  du 
terrain.  I^  capitainerusseRrusensternditque 
les  Tartares  qui  habitent  Sakhalien  élèvent 
leurs  cabanes  sur  des  pieux  au-dessus  d\i  sol. 

«  Les  Alfourous  des  Célèbes  construisent 
leurs  habitations  sur  des  pieux  élevés  à  terre 
ou  sur  l'eau.  La  construction  ne  varie  point. 

«  Les  Indiens  de  quelques  provinces  (isthme 
de  Panama)  habitent  sur  les  arbres,  sur  des 


grilles  en  bambous  suspendues  entre  quatre 
palmiers. 

n  11  est  à  remarguer  que  chez  les  AlfoQ- 
rotts  des  Célèbes  les  corps  sont  ployés  en 
double,  dans  leurs  tombeaax,  comme  cela  se 
pratique  chez  quelques  peuples  de  l'Afrique 
méridionale. 

«  Les  Chuncos,  Indiens  de  PAmérique,  en- 
terrent leurs  morts  sur  leurs  couches,  assis, 
les  bras  et  les  jambes  âttachési  » 

Cette  coutume  de  ployer  eti  quelque  sorie 
les  morts  en  deux  est  prosj^ue  gén^ral^ 
parmi  les  Indiens  de  l'Amérique  du  Sud, 
d'après  M.  d'Orbiçny. 

Les  chefs  océaniens  seuls  jouissent  de  la 
prérogative  de  porter  le  tipouta ,  vêlement 
qui  pi*ésente  l'analogie  la  plus  remarquable 
avec  le  poncho  des  Araueanos  de  rAméri- 
que  du  Sud. 

Les  insulaires  de  l'Ile  Ringsmill  portaient 
un  poncho  fabriqué  avec  des  nattes,  et  M.  \jf^ 
son  a  retrouvé  cet  ajustement  chez  les  Chi- 
liens indigènes  et  chez  les  Araueanos  d'A- 
mérique, comme  chez  tous  les  Carolins  Id* 
distinctement. 

Ces  rapprochements,  dont  on  pourrait 
multiplier  le  nombre,  suffiront  pour  démon- 
trer des  analogies  auxquelles  bien  de$  per- 
sonnes ne  se  seraient  pas  atteiulues. 

Il  est  bien  difficile  d'expligaer  connnenl 
les  migrations  ont  pu  se  faire,  mais  il  iie 
répugne  nullement  b  l'esprit  d'admettre  qoe 
diverses  peuplades  ont  quitté  successive- 
ment leur  souche  primitive  pour  s'aventurer 
sur  les  flots  à  l'aide  de  leurs  faibles  em- 
barcations ;  les  vents  ou  les  courants  les  au- 
ront fait  aborder  sur  de  nouveaux  rivages 
où  ils  auront  pu  établir  leurs  colonies. 

La  race  brune  est  partagée  en  trois  r>* 
meaux  :  le  faboumy  le  micrùnétim  et  le  am' 
lais*  Le  tableau  suivant  donne  les  subdiri* 
sions  du  ramtau  tabouen. 


RAMEAU  TAfiOUfa^. 

1,000,000. 

Habite  toute  la  partie  orientale  de  TOcéanie.  Les  peuiiles  de  ce  rumêtm  OBt  les. 
plus  grands  rapports  autre  eux  :  tous  sont  soumis  à  la  superstition  du  tabou, 
sorte  de  veto  mystique  et  redoutable  qui  îinpose  une  obéissance  passive  ;  ils  ont 
des  dispositions  avancées  pour  les  arts  et  la  civilisation.  Leur  teint  est  clair 
leur  langue  est  la  môme  dans  toute  retendue  qu'ils  occupent. 


^Méozélandaîs. 

Tongas. 

iBovg^&ofvilioîs. 

Goêàiens. 

Taîtîens. 

iPromotouens. 

Marquesans. 

Sandwikois. 


Ce  rameau  renferme  tous  les  habitants  des 
lies  orientales  djQ  TOcéanie,  où  se  pratique 
le  tabou ,  c'est-à-dire  des  lies  Sandwich , 
Marquises  y  Pomotou^  de  Bougainville  j  de 
la  Société^  des  Àmisj  de  la  Nouvelle^Zé- 
lande j  etc.  11  y  a  beaucoup  de  rapports 
entre  toutes  ces  tributs,   qui  ont  le  teint 

|)lus  clair  que  celui  des  autres  tribus  de 
a  race. 

La  Nouvelle-Zélande,  suivant  la  relation 
des  naturalistes  de  F  Astrolabe ,  est  habitée 
par  les  plus  beaux  individus  de  la  race 
jaune.  Sa. latitude,  qui  la  soumet  aux  va- 
riations atmosphériques  des  contrées  tem* 


pérées  de  l'Europe ,  donnant  à  ses  habitaiilJ 
Te  développement  physique  et  la  vigueur 
oui  les  caractérisent^  il  en  résulte  une  gr«nii< 
énergie  morale,  qui  fait  des  léhndàs  ii 
peuple  le  plus  remarquable  de  toute  Ja  mer 
du  Sud.  Ils  sont  grands  et  robustes,  d'uo<) 
physionomie  agréable  ;  leurs  cheveux,  loup 
et  lisses,  sont  noirs,  ainsi  que  leur  barbe. 
Le  caractère  de  leur  physionomie  estau^si 
varié  qu'en  Europe.  ^  Et  pour  tout  ttire  en 
un  mot,  ajoutent  les  savants  navi^teurs  Que 
nous  citons  ici,  nous  trouvimes  chez  je^ 
insulaires  des  ressemblances  remarquable» 
avec  les  bustes  de  Socrate,  de  Bru  tus,  cic 


»T 


MAL 


D*ANTnROP0L0GIE. 


UAL 


dM 


La  basse  classe  a  les  formes  plus  petites  et 

moins  belles.  • 

Aux  tles  des  Amis  quelques  degrés  de 

différence  en  latitude  apportent  déjà 'dans 

la  {constitution  physique  de  l'homme  de 

légères  modiflcatiODS  qu'il  est  facile  de  sai- 
5ir,  non  sur  des  individus  isolés,  mais  sur 
des  masses. 

Aux  lies  Sandwich ,  à  Owhyhi ,  Mowi  et 
Wahou,  commeà  Tonga,  une  latitude  qui 
u*est  pas  trop  élevée  permet  le  développe- 
ment des  formes  physiques.  Là ,  continuent 
les  mêmes  observateurs ,  on  a  vu  parmi  les 
chefs  des  hommes  de  plus  de  six  pieds, 
oui  paraissaient  de  taille  ordinaire,  tant  ils 
éiaient  gros. 

Ce  peuple»  qni  habite  des  tles  grandes 
et  élevées ,  marche  d'un  pas  rapide  vers  la 
rivilisation. 

Les  navigateurs  de  V Astrolabe  ont  constaté 
l'observation  faite  par  Forster.,  que  le  bas 
|M.'upledes  lies  Sandwich,  qui  travaille  à  la 
lerre  et  eiéeute  des  travaux  qui  rex{)Osent 
constamment  au  soleil,  brunit  au  point  de 
»  approcher  de  la  race  noire. 

'i  Aux  lies  Mariannes ,  disent  ces  savants,. 
nous  eûmes  un  exemple  frappant  de  l'action 
du  soleil  sur  Tespèce  numaine,  relativement 
à  ta  modification  de  la  couleur  des  Sandwi- 
f biens;  hommes,  femmes  et  enfants  avaient 
é\épns  sur  un  corsaire  des  indépendants 
de  {Amérique;  ils  étaient  .devenus  si  bruns 
>{i>e  nous  avions  de  la  ^ine  à  les  recon*- 
naître  pour  être  de  la  race  jaune!  Nous 
»ons  vu  le  mAme  phénomène  sur  un  homme 
Jes  tles  Marquises,  et  tous  les  joui^  on  pou-^ 
rait  i  observer»  en  comparant  les  chefs  aux 
lommes  de  peine  qui,  pour  se  procurer 
Mr  nourriture,  passent  leur  vie  sur  les 
^ils  et  presque  entièrement  nus.  » 

Les  habitants  des  lies  Friendly  ressem- 
•lent  beaucoup  à  ceux  de  la  Nouvelle-Zé- 
ande,  tout  en  étant  plus  civilisés,  lis  sont 
Tands  comme  le  sont  généralement  les  Ëu- 
^pécns.  Il  y  en  a  cependant  qui  dépassent 
il  pieds.  Us  sont  d'un  brun  foncé;  dans  les 
lasses  supérieures  cette  couleur  approche 
0  vert  olive  clair.  Les  traits  de  quelques- 
ios  sont  fort  peu  différents  de  ceux  des 
luroi>éeQs,  les  autres  varient  beaucoup, 
ta  trouve  une  grande  çreuve  de  leur  de- 
Té  assez  avancé  de  civilisation  dans  leur 
manière  de  calculer.  Us  ont  des  termes  pour 
^présenter  les  nombres  iusqu'à  100,000. 

l.es  liabitants  des  tles  de  la  Société  et  d'O- 
^ti  sont  les  plus  beaux  de  tous  les  insu- 
lires  des  mers  du  Sud.  On  rapporte  que 
itos  les  classes  élevées  leur  teint  est  blanc 
itiancé  d'une  légère  apparence  de  jaune,  et 
Itez  quelques  femmes  on  remarque  unci 
«iule  rosée  sur  la  joue.  Depuis  cette  pre- 
•nère  classe  jusqu'à  la  dernière,  on  trouve 
"uies  les  teioîes.  possibles.  Les  cheveux 
''Ot  généralement  noirs  et  fins,  mais  il  s'en 
ruave  quelquefois  de  bruns  ,  de  rouges 
t  même  de  blond  filasse.  Leur  taille  est 
tile  des  plus  grands  Européens;  ils  sont 
len  faits,  leurs  traits  sont  réguliers,  mais 
ii>  ont  le  nez  un  peu  plaL  La  corpulence  est 


assez  habituelle  parmi  eux.  Leur  langago 
est  plus  harmonieux  et  leurs  manières  plus  * 
raffinées  que  celles  de  leurs  voisins. 

Les  peuples  des  îles  Marquises  sont  éga- 
lement remarquables  parmi  les  populations 
qui  habitent  les  mers  septentrionales.  Quant 
à  leur  taille  et  à  leurs  formes,  elles  sur- 
passent celles  de  tous  les  habitants  de  la 
terre.  Leur  taille  moyenne  est  de  cinq  pieds 
dix  pouces  à  six  pieds.  Le  tatouage  rend 
leur  peau  très-foncée;  mais  les  femmes  et 
les  enfants  sont  tout  à  fait  blancs.  Leurs 
cheveux  sont  comme  les  nôtres,  de  diverses 
nuances,  mais  on  n'en  trouve  pas  de  rouges. 
Le  nom  de  ce  rameau  (labouen)  réunit, 
ainsi  que  nous  Tavons  dit,  les  diverses  po- 
pulations océaniennes  qui  pratiquent  le 
tabou^  mystérieuse  puissance  qui  renferme 
en  deux  mots  un  code  pénal  tout  entier  ; 
ce  tabou  est  plus  bienfaisant  que  la  loi,  en 
ce  qu'il  ne  punit  pas  le  crime,  mais  le  pré- 
vient et  l'empêche.  Les  autres  peuples  ont 
des  portes  et  des  verrous  pour  se  défen- 
dre des  voleurs  ;  là  le  tabou  sur  une  maison 
la^rend  inviolable.  Les  temples  sont  taboues; 
les  prêtres,  les  prophètes  sont  taboues;  le 
roi  est  taboue;  et  iusqu'aux  aliments,  jus- 
qu'aux plantes  recherchées,  on  taboue  tout. 
Les  individus  taboues  peuvent  aller  partout, 
et  manger  de  tout;  ce  sont  lés  personnages 
sacrés  :  la  vengeance  de  la  personne  dont  le 
tabou  a  été  insulté  poursuit  le  violateur  jus- 
qu'à sa  mort. 

Si  une  femme  s'oublie  jusqull  toucher  à 
un  objet  devenu  tabou,  parce  au'il  appar- 
tient a  une  personne  tabouée,  elle  doit  ex- 
pier son.  crime  par  la  mort.  Si  un  homme 
tabou  pose  ses  mains  sur  une  natte  à  dor- 
mir, cette  natte  ne  doit  plus  servir  de  cou- 
che. Le  violateur  du  tabou  est  désigné  par 
le  mot  kikino ,  c'esttà-dire  destiné  à  être  sa- 
crifié et  mangé  tôt  ou  tard. 

11  y  a  un  tabou  plus  sacré  encore  et  plus 
sévère,  c'est  le  iniou  décrété  à  la  mort  de 
quelaue  célèbre  takoua  (grand  prêtre).  Les 
sacrifices  qu'il  impose  ont  pour  but  de  désar- 
mer l'esprit  du  défunt. 

Les  prêtres  et  les  rois  ont  le  droit  de  ta- 
bouer;  c'est  ain$i  que  pour  faire  respecter 
le  vaisseau  qui  apporta  le  commandant  d'Ur- 
ville  il  obtint  le  tabou.  Les  objets  taboues 
sont  mis  en  interdit;  un  sauvage  mourrait 
de  faim  à  côté  d'un  garde-manger  taboue^  et 
il  arrive  souvent  que  pour  conserver  ce 
qu'il  renferme  l'on  a  recours  à  ce  moyen. 

Le  respect  du  tabou  vient  d'une  ancienne 
tradition.  On  dit  que  le  dieu  Haii,^  s'étant 

'  reposé  sous  un  arbre,  dit  à  l'arbre  :  Tabou. 
Ce  qui  voulait  dire  à  l'arbre  :  Je  te  fais  sa^ 

^  créf  personne  ne  te   touchera.  Ce  jour-là 

'  même  Haii  mourut,  et  légua  à  un  prêtre  le 
tabou  redoutable. 

*  Rameau  MiCMONésisN.  —  Ce  rameau  réu- 
nit les  habitants  des  petites  lies  du  nord  - 
o^est  de  l'Océanie»  telle  que  les  Mariannes, 

¥  les  Carolines,  les  Mulxraves,  etc.  ;  les  tribus 
qui  les  peuplent  ont  le  teint  plus  foncé,  le 

^  visage  plus  efiilé,  les  yeux  moins  fendus,  les 

^  formes  plus  sveltes. 


889  .     MAL  DICTIONNAIRE 

Le. tableau  suivant  en  donne  les  subdivisions. 

RAMEAU  MIGRONÉSIEN. 
100,000. 


MAL 


(  Mariaiuiaifi. 


Les  Garoiiniens ,  qui  appartiennent  à  la 
race  jaune  de  la  mer  du  sud,  ont  la  peau 
tirant  sur  le  brun.  «  Mais  cette  nuance,  dit 
M.  Gaymardy  qui  ne  {sufiit  pas  pour  en  faire 
une  race  particulière,  tient  manifestement 
aux  latitudes  qu'ils  habitent,  au  peu  d*é)é- 
vduon  de^  leur  sol  aunlessus  du  niveau  de 
la  mer,  à  l'habitude  qu'ils  ont  d*étre  sans 
cesse,  dans  leurs  près  ou  sur  les  bords  de 
rOcéan,  exposés  à  un  soleil  ardent.  La  race 
noire  vit  ici  (à  la  NouviIle-'Irlande)  dans  son 
état  le  plus  naturel,  loin  du  contact  des  peu- 
ples un  peu  plus  civilisés Ces  hommes, 

peu  industrieux,  sont  entièrement  nus  et 
paraissent  fort  misérables.  Quoique  habi* 
tant  sous  une  belle  latitude,  par  i^  sud,  ils 
ne  savent  point  tirer  piurti,  pour  leur  bien- 
être,  de  l'aamirable  végétation  qui  les  en- 
vironne. Ils  paraîtraient,  au  contraire,  en 
recevoir  une  influence  funeste  pour  leur 
développement ,  et  se  ressentir  de  l'atmos- 
phère numide  dans  laquelle  ils  sont  si  fré- 
quemment plongés.  » 

La  race  des  Mariannais  est  belle  ;  ils  ont 
conservé  de  leur  type  ancien  les  cheveux 
noirs  et  lisses,  la  largeur  des  pommettes, 
l'obliquité  de  l'angle  interne  de  l'œil,  un 
peu  de  grosseur  dans  les  lèvres  et  les  ailes 


du  nez.  Leurs  membres  sont  robustes;  les 
inférieurs  sont  d'une  grosseur  remarquable, 
et  un  peu  courts  proportionnellement  au 
torse.  Ils  sont  exposés  a  une  hideuse  mala- 
die, la  lèpre. 

Rameau  valais.  —  De  même  que  ceux  des 
précédents,  les  individus  de  ce  rameau  sod( 

Î)eu  distincts  par  des  caractères  tirés  de 
'anatomie,  et  se  partagent  en  un  grand 
nombre  de  peuplades ,  qui  tirent  leur  nom 
générique  de  Malais  de  la  presqu'île  de  Ma- 
laça,  dont  elles  semblent  originaires,  et  qui 
habitent  les  lies  Mariannes ,  les  Philippioesi 
les  Moluques ,  les  Maldives ,  Ceylan,  Suma- 
tra, Bornéo,  Otaïti,  les  archipels  de  la  mer 
du  Sud,  etc. 
Intermédiaire  aux  races  caucasiqne  etmoD- 

folique,  ce  rameau  est  composé  d'hommes 
chevelure  épaisse,  noire,  crépue,  longue 
et  molle,  i  peau  brune  ou  basanée,  kyeui 
noirs,  è  front  abaissé  et  arrondi,  à  nezpleio, 
large ,  épais  au  bout,  à  narrines  écartées 
à  bouche  très-large ,  à  pommettes  médio- 
crement élevées,  à  mftchoire  supérieure 
un  peu  moins  avancée  que  dans  le  nègre, 
mais  plus  que  dans  le  Kalmouk. 

Le  .tableau  suivant  en  donne  les  subdi- 
visions. 


16,000,000. 


/Tagales. 
I 


RAMEAU  MALAIS. 

Bissa  jos. 

Dayaks. 

Turajas. 
Habite  les  lies  du  sud-^st  de  TAsie  et  la  presqu'île  de  Malâcca.  Il  se  compose  )  Btigis. 
d'un  grand  nombre  de  peuples  dont  les  caractères  ticnnnent  des  Hindous ,  desV  Macassars. 
Hiiido-Cbinois  et  même  de  la  race  noire.  Teint  brun,  taille  moyenne,  corps  1  Javanais, 
souple  et  agile,  yeux  bridés,  cheveux  ilats,  barbe  rofe;  ils  sont  assci  civUisés,  eti  Battas. 
ont  fondé  des  Etats  réguliers.  f  Malais. 

Ovas. 


Les  plus  septentrionaux  de  ces  peuples 
sont  les  Tagales  et  les  Bissagos,  oui  habitent 
l'Archipel  des  Philippines.  La  plupart  sont 
soumis  aux  Espagnols  et  ont  embrassé  le 
christianisme. 

Les  Dayaks  habitent  Ttle  de  Bornéo.  Leur 
physionomie,  leurs  traits,  leurs  usages, 
Jours  croyances  religieuses  offrent  d*intimes 
rapports  avec  les  traits  physiaues  et  moraux 
des  peuples  qui  habitent  les  Philippines  et  la 
Polynésie. 

Les  Macassars  ont  évé,  au  xvii'  siècle,  la 
première  puissance  maritime  de  la  Malaisie. 
Ce  peuple  possède  une  littérature  nationale, 
mais  moins  belle  que  celle  des  Bugis.  Ces 
derniers  peuples  sont  maintenant  la  nation 
la  plus  puissante  de  Tile  Célèbes. 

Les  Javanais  constituent  la  nation  la  pins 
nombreuse  du  monde  maritime  connu  ;  c*est 
le  fieuple  le  plus  policé  de  toute  TOcéanie; 
la  plupart  des  habitants  des  îles  que  ren- 
ferme la  Malaisie  appartiennent  à  cette  race. 
Les  Malais  ont  le  teint  jaunâtre,  plus  ou 


moins  foncé,  la  taille  moyenne,  le  corps 
souple  et  agile;  leurs  yeux  sont  un  peB 
bridés,  leurs  pommettes  sont  saillantes, 
leurs  cheveux  plats  et  lisses  ;  ils  ont  pea 
de  barbe. 

On  compte  parmi  eux  plusieurs  variélfe; 
ils  diffèrent  notablement  des  peuples  de)i 
même  race  répandus  sur  les  autres  [wriics 
de  rOcéanie.  Ceux  qui  dans  la  Malaisie  ont 
paru  avoir  le  plus  de  rapport  avec  les  Poly- 
nésiens, ont  été  les  habitants  de  rintérieur 
de  Célèbes,  désignés  aussi  par  le  nom d'Af- 
fourous.  «  Quel  a  été,  dit  d'Urville,  mm 
étonnement  de  voir  des  individus  dont  le 
teint,  les  formes  et  les  traits  de  pbvsionomïe 
me  rappelèrent  les  figures  observées  à  Taîln 
à  Tonga  et  à  la  Nouvelle-Zélande  1  »  y^l 

PÊLÀP  IR.TVf( 

MALA YO-POLYNÉSIENS.  —  La  race  i«a- 
layo-polynésienne  renferme  trois  branches: 
V  la  branche  indo-malaise  ;  2*  te  brincii« 
polynésienne  de  la  race  malajc-poiyn^ 
sienne,  qui  comprend  les  Nouveaui-2él«n' 


9Af 


MAI. 


D  ANTHROPOLOGIE. 


MAL 


902 


dais  9\  les  habitants  des  tles  Tonga  ;  3"  la 
brificbe  madécasse  ou  naturels  de  Mada- 
gascar 

1'  64AKCHB  iNDO-XALAisB.  —  Les  Caractè- 
res pii^'siques  des  Malais  proprement  dits 
sont  "bien  connus  de  tous  les  voyageurs  qui 
ODt  visité  1  archipel  indien  ;  tous  s'accor- 
dent à  nous  les  représenter  comme  des  hom- 
mes de  petite  taille,  sveites  de  corps,  ayant 
)es  membres  assez  grêles,  le  visage  aplati  et 
des  traits  qui  ressemblent  à  ceux  des  Chi- 
nois. Ils  ont  le  teint  beaucoup  plus  foncé 
4ae  ces  derniers,  mais  beaucoup  plus  clair 
joe  les  Indous.  Ils  habitent  la  partie  méri- 
dionale de  la  péninsule  de  Malacca,  où  ils 
oui  beaucoup  de  villes.  Ils  possèdent  égale- 
ment une  partie  considérable  de  File  de 
Sumatra,  le  peuple  de  Menangkabas  étant 
malais  et  parlant  la  langue  malaise  propre- 
ment dite.  Ils  ont  formé  des  établissi^ments 
sur  les  cAtes  de  la  plupart  des  îles  de  l'ar- 
chipel indien,  et  ils  font  le  commerci*  dans 
la  plus  grande  partie  des  mers  indo-chinoi- 
ses :  ce  sont  les  Phéniciens  des  mers  orien- 
tales. Toutes  ces  peuplades  dispersées  sont 
malaises,  dans  le  sens  le  plus  rigoureux  du 
mol  :  ils  parlent  le  même  dialecte,  ont  à  peu 
[très  les  mêmes  mœurs ,  et  sont  sensible- 
ment au  même  état  de  civilisation.  Il  v  a, 
CD  outre,  des  tribus  nombreuses  qui  parlent 
Jes  dialectes  assez  voisins  de  la  même  lan- 
gue, mais  qui  diffèrent  par  le  degré  de  civi- 
lisation. Les  Orang-Benua  sont  une  race  de 
Murages  qui  vivent  dans  les  parties  monta- 
raeuses  de  l'intérieur  de  la  pénihsule  :  oir 
«oppose  qu'ils  sont  la  souche  première  de 
iij'iie  la  race.  Les  habitants  des  diverses  par- 
ties de  Sumatra,  autr#s  que'  ceux  du  pays 
le  Menangkabas,  appartiennent  également 
^  cette  classe,  de  même  que  le  peuple  abori- 
gène des  iles  de  la  Sonde. 
M.  Marsden  nous  peint  dans  les  termes 
^mnis  les  habitants  de  Sumatra  ;  sa  des- 
tiption  se  rapporte  principalement  aux  Ma-  ^ 
ais  de  cette  île  : 

«  Leurs  veux  sont  constamment  de  cr.u- 
^r  foncée  et  transparents,  et  assez,  sou- 
^nt,  surtout  chez  les  femmes  du  midi,  ils 
assemblent  beaucoup  à  ceux  des  Chinois, 
Mr  la  conformation  particulière  qui  est  si 
[én^rale  chez  ce  peuple.  Leurs  cheveux 
'>nt  gros  et  d'un  noir  brillant  ;  ils  les  tien- 
lenl  toujours  imprégnés  d'huile  de  noix  de 
'>co.  Les  femmes  les  portent  pendants,  et 
'^  ont  quelquefois  assez  longs  pour  qu'ils 
'mchent  jusqu'à  terre.  Les  hommes  se  font 
"mber  la  barbe  par  le  moyen  du  chunam 
'haux  vive),  et  ont  le  menton  si  lisse  qu'une 
•^rsonne  qui  ne  connaîtrait  pas  cette  cou- 
urne  imaginerait  qu'ils  sont  naturellement 
nilierbes.  Leur  teint  est  franchement  jaune, 
1  n'a  rien  de  cette  nuance  rougeâtre  que 
'«•(^sentent  les  peaux  basanées  ou  cuivrées. 
l\sont  généralement  d'une  couleur  plus 
laire  que  les  métis  qu'on  voit  dans  l'Inde 
«^ntinenlale  et  qui  descendent  d'un  Euro- 

C^)  Collect.  eramomm  divenamm  gentium  1/- 
ututa;  Gcettîngoe,  1808,  dec.  v,  p.  18,  pi.  xlix. 


péen  et  d'une  femme  dy  pays.  Les  person- 
nes qui  appartiennent  aux  classes  supérieu- 
res et  qui  ne  sont  pas  exposées  è  I  ardeur 
du  soleil ,  sont  presque  blanches  ;  c'est  ce 
que  l'on  remarque  surtout  chez  les  femmes 
nobles.  » 

RaiBes  décrit  les  habitants  de  Java  comme 
des  homiïies  de  petite  taille,  bien  faits,  svei- 
tes et  ayant  le  pied  et  la  main  petits.  «  Leur 
front,  dit-il,  est  élevé  ;  leurs  sourcils  sont 
très-prononcés,  noirs  et  d'une  forme  autre 
qu'on  ne  s'attendrait  k  la  trouver  avec  des 
yeux  qui,  par  la  configuration  de  l'angle  in- 
terne, sont  presque  chinois  ou  plutôt  tarta- 
res  ;  la  couleur  de  l'œil  est  toujours  très- 
foncée.  Le  nez  est  petit  et  un  peu  plat  ;  les 
Eommettes  sont  le  plus  souvent  saillantes, 
es  hommes  ont  peu  de  barbe.  Leurs  che- 
veux sont  en  général  noirs  et  plats  ;  quelque- 
fois cependant  ils  bouclent  un  peu;  quel- 
quefois aussi  ils  ont  en  certains  points  une 
nuance  d'un  brun  rouge  foncé.  La  physio- 
nomie des  Javanais  est  douce,  calme  et  réflé- 
chie. » 

Les  habitants  des  Célèbes  sont  représen- 
tés par  Labillardière  comme  des  hommes 
de  petite  taille,  avant  le  teint  jaune  et  des 
traits  qui  ressemblent  à  ceux  des  Chinois  ; 
c'est  à  peu  près  la  description  que  l'on  nous 
fait  des  habitants  des  autres  iles  de  l'archi- 
pel indien. 

Blumenbach  a  décrit  et  figuré  (585)  la  tête 
osseuse  d'un  Bugi  ou  Bougni  des  Célèbes. 
Vue  de  face,  cette  tête,  comme  il  en  fait  la 
remarque,  ressemble  à  celle  d'un  Mongole, 
par  sa  grande  largeur,  par  la  forme  des  os 
molaires,  l'aplatissement  des  os  nasaux  et  la 
distance  des  orbites  ;  les  mâchoires,  dans 
cette  tête,  sont  proéminentes  comme  dans 
les  têtes  d'Africains.  Ce  dernier  caractère 
cependant  n'est  pas  général  dans  la  race  ma- 
laise. 

M.  Lesson  a  été  si  frappé  de  la  différence 
que  présentent,  sous  le  rapport  des  caractè- 
res physiques,  les  habitants  des  lies  de  l'O- 
eéah  Indien,  comparés  à  ceux  de  l'Océan  Pa- 
cifique, qu'il  refuse  positivement  aux  peu- 
ples polynésiens  une  origine  malaise.  Il  dé- 
signe les  naturels  des  lies  Garolines,  bien 
connus  pour  appartenir  à  la  même  souche 
que  les  nabitants  des  lies  Philippines  (586), 
sous  le  nom  de  Mongols- Pélagiens,  et  il  en 
forme  une  famille  particulière.  Il  dit  qu'ils 
ont,  de  la  manière  la  plus  prononcée,  cette 
obliquité  des  yeux  oui  caractérise  la  race 
mongole;  qu'ils  ont  le  visage  large,  le  nez 
plat,  le  teint  naturellement  d*une  couleur 
jaune  citron ,  mais  qui  passe  au  brun  par 
suite  de  l'action  du  soleil.  D'un  autre  côté, 
la  race  océanique,  nom  sous  lequel  il  dési- 

f;ne  les  races  polynésiennes,  est,  d'après  lui, 
a  plus  belle,  celle  qui  a  les  traits  les  plus 
réguliers  de  toutes  celles  qui  habitent  les 
lies  du  grand  océan  Méridional. 
2"  Branche  polynésienne  de  la  race  ha- 

LATO-POLTNBSIENNE.  —    LcS  UatlOUS  polyué- 

(586)  Le  Gobion  dit  :  <  La  langue  des  Carolines  a 
beaucoup  de  rappurts  avec  le  tagala.  i 


1)05 


MAL 


DICTIO.NNAIRE 


MAL 


siennes  et  les  Malais  proprement  dits,  quoi- 
que appartenant  à  defs  types  physiques  diffé- 
rents, sont  deux  rameaux  d'une  même  sou- 
che ;  cette  position  mérite  un  sérieux  examen 
puisau'elle  mène  à  des  conséquences  de  la 
plus  haute  importance  pour  l'histoire  natu- 
relle du  senre  humain.  Les  preuves  sur  les- 
quelles elle  repose  ne  sauraient  être  expo- 
sées en  détail  dans  un  ouvrage  de  la  nature 
de  celui-ci,  etie  dois  me  contenter  de  dire 
qu  elles  se  déduisent  de  la  comparaison  que 
1  OR  a  faite  des  langues  des  diuérents  peu- 
ples en  question,  comparaison  qui  a  exigé 
un  immense  travail  et  le  secours  d'une  vaste 
érudition.  Cette  conséquence  est  à  mon  avis 
ce  qui  donne  surtout  une  valeur  inestima- 
ble au  grand  ouvrage  posthume  de  Guil- 
laume de  Humboldt,  ouvrage  qui  forme  à 
lui  seul  trois  volumes  in-quarto  des  Mémoi-- 
res  de  f  Académie  royale  des  sciences  de  Ber^ 
lin:  C'est  à  ce  beau  travail  que  je  renverrai 
ceux  de  mes  lecteurs  qui  désireraient  appro 
fondir  le  sujet. 

Les  races  polynésiennes,  quand  on  les 
compare  entre  elles,  présentent  de  grandes 
différences  sous  le  rapport  des  caractères 
physiques  et  moraux. 

Les  Tahitiens  sont  considérés  par  Lessoa 
comme  le  type  de  toute  la  race  polynésienne* 
n  Tous  les.  Tahitiens,  nous  dit-il,  sans  pres- 
que aucune  exception ,  sont  de  très-beaux 
l^ommes  ;  ]eui*s  membres  ont  des  propor- 
tions gracieuses,  mais  en  même  temps  robus- 
tes en  apparence;  et  partout  les  saillies 
musculaires  sont  enveloppées  d'un  tissu  cel- 
luiaire  épais  qui  arrondit  ce  que  les  formes 
ont  de  trop  saillant.  La  physiononèie  des 
0-Tahiliens  est  généralement  empreinte 
d'une  grande  douceur  et  d'une  apparence  de 
bonhomie.  Leur  tête  serait  européenne  si 
ce  n'était  l'épatement  des  narrÎRes  et  la 
grosseur  trop  forte  des  lèvres.  » 

Blumemt)ach  a  Qguré  le  crâne  d'un  Tahi- 
tieu  et  celui  d'un  individu  appartenant  à  une 
race  très-voisine,  d'un  habitant  des  îles 
Marquises  II  remarque  que  le  premier  est 
assez  étroit  de  forme,  mais  remarquablement 
proéminent  vers  le  sommet;  qu  il  présente 
une  saillie  longitudinale  depuis  lo  milieu  du 
front  jusqu'au  vertex,  et  que  la  mâchoire 
supérieure  s'incline  un  peu  en  avant.  Ce;>en- 
dant,  à  en  juger  d'après  les  dessins,  t^s  deux 
crânes  sont  au  nombre  des  plus  beaux  que 
nous  offrent  ses  décades.  M.  Lawrence,  qui 
cite  ces'fi^ures,  remarque  que  le  crâne  tahi- 
tien  ne  diffère  par  aucun  point  important 
dii  crâne  européen.  Les  différences  consis- 
tent en  ce  que  le  front  est  peut-être  un  peu 
plus  étroit  a  sa  partie  inférieure,  un  peu 
plus  fuyant  supérieurement  ;  que  la  face  est 
proportionnellement  un  peu  grande,  la  mâ- 
choire supérieure  un  peu  forte  et  présen- 
tant dans  sa  portion  alvéolaire  une  légère 
inclinaison  en  avant.  ^  La  tête  d'un  naturel 
de  Nbukahiva  (une  des  lies  Marcpiises)  pré- 
sente, nous  dit-il,  une  conformation  très- 
belle  et  très-symétrique,  bien  en  harmonie 
avec  ce  que  nous  connaissons  des  autres 
caractères  physiques  de  ces  insulaires,  que 


les  voyageurs  s  accordent  à  nous  représen- 
ter comme  des  hommes  tr{'S-^raads,  très- 
vigoureux  et  ayant  d'ailleurs  des  propor- 
tions fort  élégantes.  La  face  sans  doute  est 
un  peu  plus  forte  et  plus  proéminente  à  sa 
partie  inférieure  que  aans  les  beaux  spéci- 
mens de  la  variété  eaucasienne  ;  la  direction 
de  l'arcade  alvéolaire  et  des  dents  est  aussi 
plus  inclinée  ;  mais  à  cela  près,  on  ne  trouve 
dans  cette  tète  rien  qui  la  distingue  essen- 
tiellement de  la  forme  caucasique.  Le  iront 
cependant  est  plus  fuyant  que  dans  les  tètes 
intelligentes  d'Européens.  »  M.  Lawrence 
conclut  de  ses  remarques  que  les  habitants 
des  lies  Marquises,  des  îles  de  la  Soiciété  et 
des  lies  de  Sandwich,  pourraient  être  ran  • 
gés  dans  la  variété  caucasienne. 

«  Les  naturels  des  îles  de  la  Société  (y  com^ 
pris  nie  d'O- Tahiti),  sont,  au  dire  de  Cook, 
égaux  pour  la  taille  aux  plus  grands  Euro- 
péens. Les  hommes  sont  admirablement  pro- 
portionnés dans  toutes  lenrs  parties,  et  leurs 
formes  sont  des  plus  élégantes  :  les  femmes 
de  rang  supérieur  sont,  en  général,  d'une 
taille  au-dessus  de  la  moyenne  ;  les  femmes 
de  la  basse  classe,  au  contraire,  sont  petites, 
et  quelques-unes  même  très -petites.  Leur 
peau  est  d'une  teinte  olivâtre  peu  foncée,  de 
cette  sorte  de  teint  brun  qu'on  préfère  dans 
quelques  parties  de  l'Europe  aut.  teints 
blancs  et  rosés  (ceci  ne  doit  s  entendre  pour^ 
tant  que  des  femmes  nobles  qui  ne  sont  point 
exposées  i  l'action  du  vent  et  du  soleil); 
leur  visage,  d'ailleurs,  n'offre  jamais  cette 
nuance  d  incarnat  qui  embellit  les  joues  de 
nos  femmes  d'Europe.  Les  cheveux  des  Ta- 
hitiens sont  généralement  noirs,  mais  chez 
quelques  individus  ils  sont  bruns,  chez  d'au- 
tres roux,  quelques-uns  enGn  les  ont  blonds; 
les  enfants  des  deux  sexes  sont  presque  tou- 
jours blonds.  D 

«  Rien,  dit  Andersen,  ne  nous  frappa  da- 
vantage à  notre  première  arrivée  à  O-Tabiti, 
que  la  différence  que  nous  trouvions  entre  les 
habitants  de  cette  île  et  ceux  de  Tonga- Taboo 
que  nous  avions  vus  peu  de  temps  aupara- 
vant ;  les  formes  robustes  et  la  couleur  de 
la  poau  de  ces  derniers  contrastant  de  la  ma- 
nière la  plus  trauctiée  avec  l'espèce  de  déli* 
catesse  et  la  blancheur  qui  distinguent  les 
autres.  Les  0-Tahitiennes,  surtout,  avaient  à 
tous  égards,  une  supériorité  évidente  sur 
les  femmes  de  Tonga, 

Les  naturels  des  îles  Marquises  sont  alliés 
de  très-près  à  ceux  des  îles  de  la  Société,  et 
on  peut  presque  les  considérer  comme  ne 
formant  qu'une  même  nation.  Leurs  traiu 
sont  semblables,  et  leur  couleur  offre  les 
mêmes  variétés.  Le  capitaine  Cook  repré^ 
sente.les  habitants  de  ce  groupe  d'fles  comme 
formant  la  plus  belle  de  toutes  les  races  de 
l'Océan.  «  Parla  noblesse  et  l'élégance  de 
leurs  formes,  ainsi  que  par  la  régularité  de 
leurs  traits,  ils  l'emportent  peut-être,  nous 
dit-il,  sur  toutes  les  autres  nations.  Les 
hommes  étant  tatoués  depuis  la  tète  jus- 
qu'aux pieds,  paraissent  très-bruns;  mais 
les  femmes  qui  sont  très-légèrement  poBcti>- 
rées,  les  jeunes  gens  et  les  enfants  qui  ne 


VH 


■AL 


D^ANTHROPOLOOE. 


MAL 


90» 


le  soBi  pts  du  tout,  sonC  «ussi  blancs  que 
bieo  lies  Buropéeus.  Les  hommes  sont  gé- 
Déralêmeiit  grands,  ils  sont  de  cinq  pieds 
dix  pouces  à  sii  pieds  enriron  (mes.  angl.). 
Leurs  eketeux  ont,  comme  Ut  noires^  dif^ 
féremiti  eouUurs^  excepté  la  couleur  rouMte^ 
que  je  ne  tromeai  jamais  parmi  eux.  »  Les 
auteurs  espagnols  ont  fiût,  d*ailleurs,  une 
mention  expresse  de  cbeTeux  roux  en  parlant 
des  habitants  de  l'Ile  de  la  Madelena,  tle  que 
Cook  n*a  pas  Tisitée.  Peut-être  ont-ils 
nommé  ainsi  des  cheyeux  châtains  ou 
blonds  (S87).  Les  habitants  des  lies  Marqui- 
ses ont  différentes  manières  d'arranger  la 
barbe  qu'ils  portent  généralement  très-lon- 
gue. Leurs  rètements  sont  semblables  à  ceux 
des  Taïtiens,  et  faits  des  mêmes  matériaux, 
lesquels  d'ailleurs  ne  se  trouvent,  dans  leur 
pays,  ni  si  abondamment  ni  de  si  bonne 
qualité. 

Les  Hawaîs  (habitants  des  tles  Sandwich) 
forment  dans  la  classification  ethnographi- 
que de  G.  Uumboldt  une  autre  branche  de 
la  souche  polynésienne,  ils  y  sont  placés  à 
la  suite  des  Taitiensou  O-Taïtiens.  Leur  lan- 
gue a  beaucoup  de  rapport  avec  celle  de 
ces  derniers.  Leurs  caractères  physiques 
nous  sont  donnés  par  Choris  dans  les  termes 
&iiiTants  : 

«  Les  enfants,  en  Tenant  au  monde»  sont 
complètement  noirs  ;  la  jeune  fille  la  plus 
jolie  et  la  plus  délicate,  qui  s'expose  le  moins 
a  l'action  de  l'air  et  du  soleil,  est  noire;  ceU 
les  qui  sont  obligées  de  traTailler  constam- 
ment à  rardeur  du  soleil  sont  presque  de 
couleur  orangée.  > 

Les  cheTCux  des  Hawaîs  sont,  chez  quel- 

Înes-uns,  crépus,  frisés  et  presque  laineux, 
hez  d'autres,  ils  sont  doux  et  flexibles. 
M.  Choris  dit  :  «  Les  grands  se  distinguent 
aisément  du  peuple  ;  iis  sont  de  haute  taille 
eC  gras  ;  leur  temt  est  brun  foncé,  ils  ont  les 
eheTCux  moins  longs  que  les  gens  du  com- 
mun^  souvent  crépus  et  courts,  les  lèvres 
généralement  assez  grosses  ;  tandis  que  le 
peuple  est  petit  et  maigre,  a  le  teint  plus 
jaune,  les  cheveux  plus  lisses.  » 

Lee  NouteauX'Zélandaie.  —  Les  crânes 
des  Nouveaux-Zélandais  diflèrent  un  peu  de 
ceux.dfô  nations  que  nous  avons  déjà  men- 
nonaées  ;  mais  la  déviation  n'est  pas  consi- 
dérable. Il  s'en  trouve  beaucoup  dans  diffé- 
rentes collections  en  Angleterre,  et  l'on  en 
peut  voir  plusieurs  dans  le  muséum  du  Col- 
lé^e  royal  des  chirurgiens. 

Les  insulaires  d'Ombai  appartiennent  à 
cette  race. 

Il  parait  que  chez  les  Nouveaui-Zélandais 
la  peau  présente  une  grande  variété  de  cou- 
leur ;  nous«avons  par  les  plus  anciens  voya- 
geurs qu'il  y  en  avait  beaucoup  qui  étaient 
d'un  uoir  passablement  foncé^  et  un  écrivain 
de  notre  époque,  Crozet,  les  divise  en  bruns 
et  en  noirs.  Les  derniers  sont  plus  petits  que 

(587)  n  cit  fiwbable  oo^ils  ant  enpiayé  le  mot 
rm^io^  qui,  bien  qae  dénvé  do  latin  rmkeas^  ne  sî- 
ffnilie  potf  roux  on  ronge,  mais  blond  ;  et  c*est  mène 
fe^enl  mol  dont  on  puisse,  en  bon  espagnol,  se  scr- 

Dicno?!!!.  o'AïrramopoLOGiR. 


les  premiers,  mais  il  n'y  a  rien  qui  indique 
clairement  qu'ils  appartiennent,  ainsi  que 
certaines  personnes  l'ont  conjecturé,  à  une 
souche  différente.  On  a  supposé  que  la  Nou- 
velle-Zélande était  habitée,  avant  l'arrivée 
de  la  race  polynésienne,  par  un  peuple  qui 
ressemblait  aux  Australiens,  et  que  les  indi- 
vidus à  peau  noire  descendent  de  ces  abo- 
rigènes. Mais  on  n'a  point  trouvé  de  preuve^; 
de  ce  lait  :  la  langue  qu'on  parle  dans  toute 
la  Nouvelle-Zélande  n'indique  en  aucune 
manière  que  la  population  actuelle  soit  un 
mélangede  différentes  races;  c'est  un  simple 
dialecte  polynésien.  On  retrouve  de  sembla- 
bles variétés  physiques  parmi  les  autres  ra- 
ces qui  sont  disséminées  dans  le  grand 
Océan  austral  ;  et  si  nous  admettons  cette 
explication  conjecturale  du  phénomène  de 
Tariété  pour  l'une  de  ces  races  insulaires, 
nous  devons  recourir  k  une  hypothèse  sem- 
blable pour  presque  chaque  groupe  d*Hes 
delà  mer  Pacifique;  encore  ne  suffirait-il 
même  pas,  pour  rendre  compte  d'un  fait  qui 
s'observe  oans  plusieurs  de  ces  lies,  de  ra|> 
parition  d'un  type  presque  européen.  Cer- 
tes, le  mélange  des  Malais  avec  des  Austra- 
liens, ou  avec  tout  autre  peuple  ressemblant 
aux  habitants  aborigènes  des  lies  indiennes 
ou  des  répons  australes,  n'aurait  jamais  pu 
donner  naissance  à  une  forme  aussi  voisine 
de  la  forme  européenne  que  celles  qu'offrent 
à  nos  yeux  les  beaux  insulaires  des  tles  Mar- 
quises, parmi  lesquels,  ainsi  qu'il  a  été  dit, 
on  trouve  de  rraies  constitutions  de  blonds. 

Habitants  des  Mes  Tonga,  — Les  lies  qu'on 
appelait  autrefois  îles  des  Amis,  et  qu'on  ap- 
pelle aujourd'hui  tles  Tonga,  du  nom  de  l'une 
des  plus  grandes,  Tlle  de  Tonga-Tabou,  sont 
habitées  par  un  peuple  qui  ressemble  beau- 
coup aux  Nouveaux-Zélandais.  Leur  langue, 
au  dire  de  M.  Anderson,  présente  la  plus 
grande  affinité  avec  Tidiome  parlé  à  la  Nou- 
velle-Zélande. 

On  représente  les  insulaires  de  Tonga 
comme  des  hommes  d'une  taille  an-dessus 
de  la  moyenne,  taillés  en  Hercule,  mais 
ayant  plutôt  en  partage  la  force  que  la  beauté. 
Leur  système  musculaire  est  très-dévelop^ 
et  ils  ne  paraissent  pas  suiets  à  cette  obésité 
qui  est  si  fréquente  chez  les  Tattiens. 
M.  Anderson  dit  que  leurs  traits  offrent  une 
telle  Tariété  qu'il  est  presque  impossible 
d'assigner  à  leur  figure  un  caractère  général, 
si  ce  n'est  un  certain  arroodissement  de 
l'extrémité  du  nez  qui  est  très-commun 
chez  eux.  Mais,  d'un  autre  cAté,  on  rencon- 
tre par  centaines  des  figures  tout  à  fait  eu- 
ropéennes, et,  dans  le  nombre,  on  trouve 
beiaucoup  de  ces  nez  qu'on  nomme  chez  nous 
nez  à  la  Romaine.  On  n'en  voit  guère  qui 
aient  les  lèvres  remarquablement  épaisses. 
Les  femmes  de  cette  race  manquent  en  géné- 
ral de  cette  délicatesse  de  formes  c{ui,  dans 
presque  tous  les  autres  pays,  est  1  apa 


apanage 


r  désigner  cette  nuance  de  dwveoz. 
provinces  on  a  le  mot  «anco,  qv 
Umt  à  bit  an  feir  des  Anglais. 


Dana 


007 


nxL 


DICTlOiNNAIRE 


MAL 


90S 


de  leur  sexe.  La  couleur  dominante  est  d*un 
degré  plus  foncée  que  le  brun  cuivré;  mais 
on  voit  bon  nombre  d'individus,  tant  hom- 
mes que  femmes»  dont  le  teint  est  beaucoup 
plus  clair,  et  de  cette  nuance  quon  désigne 
parmi  nous  sous  le  nom  de  teint  olivâtre. 
Quelques  femmes  même,  dit-on,  ont  la  peau 
beaucoup  trop  blanche  pour  que  cette  épithète 
leur  soit  applicable.  C  est  ce  qui  s'observe, 
surtout  chez  les  femmes  des  hautes  classes, 

2ui  sont  moins  exposées  à  l'action  du  soleil, 
hez  le  bas  peuple,  la  peau  a  le  plus  souvent 
une  teinte  sale,  et  la  surface  en  est  rude. 
On  trouve  parmi  eux  quelques  Albinos. 

«  Leurs  cheveux  sontgénéralement  droits, 
épais  et  forts,  parfois  cependant  ils  sont 
crépus  et  frisés  ;  leur  couleur  naturelle  est 
presque  toujours  noire,  mais  beaucoup  les 
teignent  en  brun  ,  en  rouj^e  sombre  ou 
orange.  C'est  une  coutume  qui  leur  est  com- 
mune avec  les  habitants  des  lies  situées  au 
nord  des  Nouvelles-Hébrides.  » 

Le  peuple  des  îles  Tonga  se  divise  en 
plusieurs  castes  héréditaires  distinctes,  aux- 

S ruelles  des  institutions  flxes  assignent  des 
onctions  différentes.  Une  do  ces  castes  est 
celle  des  Malaboulais,  qui  est  une  sorte  de 
classe  moyenne  au-dessous  des  Egais^  ou 
nobles,  et  au-dessus  du  commun  du  peuple. 
Les  quatre  groupes  que  je  viens  d'énu- 
méreret  de  décrire  comprennent  le  plus 

Srand  nombre  des   nations  polynésiennes, 
lais  il  y  a  d'autres  rejetons  de  cette  souche 
qui,  pour  être  moins  connus,   n'en  sont 

Eeut*-être  pas  moins  intéressants.  De  ce  nom- 
re  sont  les  habitants  de  File  de  Pâques,  qui, 
sous  beaucoup  de  rapports,  diffèrent  nota- 
blement des  autres  tribus  polynésiennes, 
dont  ils  sont  séparés  par  une  vaste  étendue 
de  mer  sans  lies  intermédiaires.  Une  autre 
population^  aussi  très-curieuse  à  étudier,  est 
eelle  que  nous  offre  la  petite  lie  de  Tikopia. 
On  en  trouve  une  description  dans  les  notes 
que  HM.  Quoy  et  Gaimard  ont  jointes  au 
-voyage  de  circumnavigation  du  capitaine 
J)umont  d'Urville. 

3*  .Bbanche  madégassb  ;  9 aturels  db  Mat 
BAGASGAR  (588).  —  Il  y  a  longtemps  que 
Ton  sait  que  la  langue  parlée  dansTilede 
Madagascar  a  de  certains  rapports  avec  la 
langue  malaise,  et  quelques  auteurs,  adop- 
tant la  conjecture  qui  semble  de  prime  abord 
la  plus  vraisemblable,  ont  avancé  que  ces 
traits  de  ressemblance  étaient  de  simples 
résultats  d'anciennes  relations  commercia- 
les, du  contact  et  des  marchands  malais  avec 
les  peuples  des  côtes  de  cette  lie.  Mais  c'est 
là  une  opinion  tout  à  fait  erronée,  comme 
Fa  fort  bien  prouvé  le  baron  Guillaume  de 
Humboldt. 
Dans  toute  l'Ile  de  Madagascar,  on  ne  parle 


qu'une  seule  langue.  Il  y  a  dans  certaines 

f>artios  quelques  dialectes  particuliers;  mais 
es  différences  qu'ils  offrent  sont  si   légères, 
qu'elles  ne  suffisent  même  pas  pour  en  faire 
ce  qu'on  appelle  des   langues  sœurs.  C'est 
ce  ^ue  nous  apprend  Flacourt,  qui,  eu  1(>58, 
écrivit  une  histoire  de  Madagascar,   et  qui 
nous  a  laissé  un  dictionnaire  de  la  langue 
de  cette  lie  ;  son   témoignage,  d'ailleurs,  a 
été  confirmé  par  celui  de  tous  les  écrivains 
ultérieurs,  c'est-à-dire  de  tous  ceux  qui  mé- 
ritent d'être  cités  (589).  La  population  de 
cette  lie  présente,  comme  nous  le  verrons 
bientôt,  de  très-grandes  variétés  sous  les 
rapports  des  caractères  physiques  :  quel- 
ques tribus  ressemblent  aux  noirs  à  cheve* 
lure  laineuse  de  la  cAte  africaine  située  en 
face,  et  d'autres  se  rapprochent  plus  des  Ma- 
lais; mais  toutes,  elles  ont  la  même  langue. 

Les  savants  auteurs  du  MUhridaies^  en 
partant  des  données,  malheureusement  trop 
restreintes,  dont  ils  pou  valent  disposer  [K>or 
se  faire  une  idée  de  fa  nature  de  cette  lan- 
gue, l'avaient  comparée  avec  le  malais,  «-t 
étaient  arrivés  à  conclure  que  les  rapports 
existant  entre  les  deux  langues  ne  remon- 
taient point  à  leur  origine,  et  que  chacune 
avait  une  base  distincte;  mais  cette  opiaion 
a  été  complètement  réfutée  par  M.  de  Hum* 
boldt  (590),  qui  a  mis  la  question  hors  du  do- 
maine de  toute  discussion,  et  qui  a  démontré 
que  l'idiome  madécasse  est  un  vrai  et  légi- 
time rejeton  du  grand  tronc  des  langues 
malayo-polynésiennes. 
:  La  masse  de  la  population  de  cette  tle  doit 
donc  être  considérée  comme  d'origine  ma- 
laise ;  mais  de  quelle  partie  de  l'Océan  est- 
elle  sortie  originairement,  c'est  ce  qu*on  ne 
peut  déterminer  avec  certitude.  La  tangua 
madécasse  a  un  grand  nombre  de  mots  qui 
lui  sont  communs  avec  les  dialectes  des  na- 
tions polynésiennes  les  plus  éloignées*  et  qui 
ne  se  trouvent  pas  dans  le  malais  propre- 
ment dit;  tout  bien  considéré,  c'est  avec  le 
tagala,  la  langue  dominante  dans  les  lit»» 
Philippines,  qu'elle  a  peut-être  le  plus  d'af- 
finité. 

Baucoup  d'Anglais  ont  visité  Madagascar 
dans  ces  derniers  temps,  mais  pas  un  n  a 
jugé  à  propos  de  nous  donner  ties  rensei- 
gnements exacts  sur  les  races  d'hommes  qui 
habitent  celte  lie,  sur  leurs  divers  idiomes 
et  sur  leurs  caractères  physiques  (591).  C*est 
par  les  voyageurs  français  que  nous  avons 
appris  ta  majeure  partie  de  ce  que  nous  sa- 
vons à  cet  égard,  riacourt,  l'abbé  Rochon* 
et  d'autres  auteurs  anciens,  se  sont  dunité 
mille  peines  pour  recueillir  des  documents 
sur  l'histoire  des  Madécasses,  et  plus  réc^em- 
ment  M.  J.-B.  Fressange  en  a  fait  fobjrt 
d'un  mémoire  que  Malte-Brun  a  publié  dau*> 


(588)  Les  peuples  de  celle  He  sont  souvent  appe- 
lés Malécasses  ou  Malgaches ,  les  lettres  rf  et  i  se 
substituant  Tune  à  Vautre,  comme  le  a  se  substitue 
au  c.  Madécasses  ou  Madëcassicns  est  la  forme  de 
nom  ailoiHce  par  le  baron  G.  de  Humlmldt. 

(589)  HuMiioi.DT*s  Kawi  Sprache,  Drilt,   Th.  s 


i>âj. 


(590)  H(jMBOLDT*s  Kanpt  Sprache.  Dnii.  Tk.  $« 
526. 

(50i)  le  dois  excepter  une  note  iuléressaote  i!iê 
capitaine  Lewis,  qui  se  trouve  dans  le  rinquiéfiT.- 
volume  du  Journal  de  îa  Société  ropoie  ^oa»  >^- 
phiqve. 


m 


HAL 


B^ANTHMKWjOGIE. 


MâM 


»lt 


sts  Annales  'des  voyages  (5%).  Les  détails 
que  je  Tais  donner  scmt,  en  grande  partie, 
emprontés  k  ce  mémoire. 

«  Les  Madécasses  on  Malgaches  sont,  dit 
Fressange,  on  des  plus  beaux  peuples  con-- 
nus;  ils  sont  d'une  stature  très-grande  et 
ifune  figure  agréable,  bien  pris  dans  leurs 

formes  et  de  couleur  olivâlre Ils  sont 

d  un  caractère  sérieux  et  réfléchi,  adonnés 
à  Tincontinenre ,  TÎndicaiifs  et  spirituels, 
enfin  suscenlîbles  des  plus  brillantes  quali- 
t<}s  et  des  plus  grands  rices;  l'hospitalité  est 
on  honneur  dans  toute  Ttle.  »  Plus  loin,  il 
restreint  la  généralité  de  cette  description 
oui  est  seulement  applicable  aux  habitants 
des  côtes  et  nullement,  ni  au  physique  ni  au 
moral,  à  ceux  de  Tintérieur  qui  sont  petits 
et  laids,  ont  les  traits  des  Malais,  des  cbeyeux 
longs  et  plats,  et  sont  de  grands  fourbes  et 
àe  grands  Toleors. 

Les  Madécasses  reconnaissent  tous  un  Etre 
snpréme  infiniment  bon,  et  un  çénie  du 
mal;  ils  croient  à  Timmortalité  de  lame. 

Madagascar  se  divise  en  plusieurs  provin- 
ces liont  les  habitants  diffèrent  les  uns  des 
antres  par  le  caractère  moral,  par  le  physi- 
que et  par  les  habitudes.  Ce  sont,  en  com- 
mençant par  la  partie  la  plus  septentrionale: 
«  les  Antavarts,  en  leur  langue  peuple  du 
Nord  ou  peuple  du  Tonnerre,  parce  que  ce 
terrible  météore  vient  toujours,  dans  File, 
de  ce  côté  de  Tborizon;  les  Bestimessarasou 
bon  peuple  ou  grand  peuple;  les  Bétanimè- 
ses  ou  peuple  habitant  un  pays  rouge;  les 
Antaximesou  peuple  du  Sud.  Sur  la  seconde 
li^ne  intérieure  ce  sont  les  Ambarivoules 
ou  peuple  habitant  au  pied  des  montagnes 
rouvertes  de  bamljons.  Sur  la  troisième  li- 
foie  sont  les  Bezonzons,  les  Amayes  ou  An- 
tamayes,  les  Ancovesovas  ou  Ambolambs, 
les  Andratsals,  lesAntsianaxes,les  Saclaves; 
la  province  de  la  reine  de  Bonbétor  et  celle 
fie  la  baie  Saint-Augustin  ne  sont  pas  bien 
«"onDoes.  On  connaît  très-peu  la  c6te  de 
Toiiest.  » 

Ijes  Bestiraessaras  sont  les  plus  beaux 
homaiesde  l'tle  :  ilss^oecupent  de  la  culture 
des  terres  et  du  soin  de  leurs  troupeaux,  et 
sont  d'un  caractère  doux.  Leur  résidence  la 
7>liis  importante,  la  ville  d'Andévourenle, 
peat  armer  dix  mille  hommes.  Les  Antaxi- 
mes  sont  une  tribu  grossière  et  adonnée 
au  p«llage  ;  sur  cette  partie  des  côtes  les  ha- 
bîlants  sont  noirs  et  ont  les  cheveux  laineux. 
Ljcs  Antamayes,  que  Rochon  a  pris  à  tort 
pour  des  Arat)es,  ressemblent  aux  Malais  par 
les  traits  comme  par  le  teint;  ils  ont  aussi 
la  coutume  de  se  noircir  les  dents  avec  le 
bétel.  Ils  habitent  une  haute  steppe  comprise 
entre  deux  chaînes  de  montagnes,  et  qui  a 
quatre-vingts  lieues  de  longueur.  Leurs 
l»iaines  sont  couvertes  de  troupeaux,  et  leurs 
Tillages  sont  bâtis  sur  les  hauteurs.  Les  An- 
co^ans,  Ovàhs,  ou  Ambolambs,  forment  deux 
nations,  les  Ovahs  du  nord  et  les  Ovahs  du 
sud.  Les  chefs  de  ces  deux  nations  se  font 


la  guerre  pour  avoir  des  esclaves.  Les  Ovahs 
ressemblent  aux  Antamayes,  mais  ils  so&l 
de  couleur  plus  claire. 

Les  Andrantsais  sont  des  peuples  pasteurs, 
brutes  et  lâches.  Il  naît  quelquefois  des  nains 
dans  leurs  villages,  et  c^st  leur  nation,  eq  ^ 
effet,  dont  on  a  parlé  comme  d'une  nation  de 
nains,  du  moins  la  position  de  leur  province 
correspond  à  celle  qu'on  assignait  au  pays 
de  ces  pygmées  ou  Kimas.  Le  mot  de  Kimos 
d'ailleurs  est  inconnu  dans  toute  l'tle.  M.  Fres- 
sange  n^  vu  qu^un  seul  nain  madécasse  ;  il 
dit  cependant  qu'il  en  natt  quelquefois  dans 
cette  province,  mais  qu'ils  n'ont  jamais  formé 
de  race. 

Il  parait  que  la  circoncision  se  pratique 
par  toute  Ttle,  mais  non  point  comme  cou- 
tume mahométane. 

De  tous  les  peuples  madécasses,  les  Ovahs 
sont  les  plus  remarquables;  ils  ont  été  dé- 
crits., il  y  a  quatre-vingts  ans  environ ,  sous 
le  nom  Se  Virzimbers,  par  Robert  Drury, 
dans  l'histoire  de  sa  captivité  à  Madagascar. 
Depuis  cette  époque  ils  sont  devenus  là  tribu 
dominante,  et  Badama,  qui,  il  y  a  quelques 
années,  avait  soumis  h  son  eiûpirc  iiresque 
toute  rtîe,  était  un  de  leurs  chefs.  La  pro- 
vince d'Ovah  est  la  plus  petite  de  Madagas- 
car; elle  est  située  à  cent  soixante  milles 
enriron  du  point  le  plus  voisin  de  la  côte. 

Bien  que  les  Ovahs  ressemblent,  dit-on,  à 
la  race  malaise,  ils  ne  paraissent  pas  avoir 
tous  les  caractères  distinctifs  des  véritables 
Malais.  Plusieurs  hommes  de  distinction  de 
l'ile  de  Madagascar  se  trouvaient  à  Londres, 
il  y  a  quelques  années,  comme  faisant  partie 
de  la  mission  envoyée  j»ar  la  reine  des  Ovahs, 
la  veuve  de  Badama.  Un  artiste  distingué  a 
fait  leurs  portraits,  et  l'on  remarquera  qu'ils 
se  ressemblent  tous  entre  eux  d'une  manière 
étonnante.  Si  nous  les  considérons  comme 
représentant  bien  le  type  de  la  race  ovah,  il 
faut  reconnaître  que  cette  nation  a  pris  une 
physionomie  particulière ,  puisqu  elle  n*a 
rien  du  type  chinois,  dont  se  rapprochent 
cejiendant  les  Malais  proprement  dits,  et 
qu'elle  n'a  rien  non  plus  du  caractère  pres- 

Ïae  européen  des  insulaires  polynésiens 
eurs  cheveux  sont  frisés  et  touffus ,  mais 
ils  ne  sont  pas  laineux.  En  général  il  n'y  a 
dans  leur  figure  rien  qui  indique  un  rapjtro- 
cheraent  vers  le  nègre. 
MANCO-CAPAC.  Voy.  Péruviens  et  Amé- 

BICAl!fS. 

MANDANS.  Fof/.  Siocx. 

MANBINGOS.  Voy.  Sétiêgambie. 

MAÎil-CONGO.  —  Dans  l'ouest  de  l'Afri- 
que australe,  et  presoue  en  face  de  ce  qu'on 
appelle  les  empires  du  Monomotapa  et  du 
Mono-Emugi,  se  trouve  une  vaste  région  dé- 
signée sur  les  cartes  comme  le  siège  de  Tem*  ' 
pire  plus  célèbre  encore  de  Mani-Congo, 
sous  la  domination  duquel  étaient  réunis, 
d*après  ce  que  nous  apprennent  les  mission- 
naires portugais,  tous  les  peuples  duLoango, 
du  Congo  et  des  provinces  d'Angola.  Ce|;ays 


i592)  On  prat  voir  aussi,  dans  les   Vojfa^t  de     (Paris,  ISli),  une  description  encore  plus  détailles 
If.    F'roberriiie  à  Madagatcar  et  aux  iies  Comores      des  difiërenles  tribus  madécasses. 


911 


MAN 


DSCTIOiNNAlUE 


MI^D 


5li 


n'a  pas  moins  de  trois  cents  lieues  de  côtes, 
«'étendant  depuis  le  cap  Lopez  ou  Gonzalvo 
jusqu'au  cap  Negro  ;  du  c6té  du  sud  il  con- 
line  avec  le  Benguela,  que  l'on  compte  Aussi 
quelquefois  au  nombre  de  ses  provinces  ;  à 
rintérieur,  il  s'avance,  dit-on,  jusqu'à  deux 
cents  lieues  de  la  mer.  Cette  partie  intérieure 
comprend  une  grande  partie  du  plateau  de 
l'Afrique  australe»  plateau  qui  parait  se  pro- 
lon^jer  presque  juscju'au  côte  opposé  du 
continent. 

Dans  l'histoire  des  premiers  établisse- 
ments portugais  au  Congo,  nous  voyons 
jouer  un  grand  rôle  aux  Jagas,  guerriers 
nomades,  dont  les  hordes  redoutables  par- 
couraient les  hautes  plaines  situées  à  l'est  du 
Congo  et  du  Loango,  et  remplissaient  de  ter- 
reur tous  les  habitants  des  contrées  voisines. 
La  description  que  les  Portugais  nous  ont 
laissée  des  Jagas  s'accorde  de  tout  point  avec 
celle  des  Mantalées  et  des  Vatwahs,  peuples 
qui,  de  nos  jours,  se  sont  rendus  si  formi- 
daldes  par  leurs  incursions  sur  les  frontières 
de  la  colonie  anglaise.  Le  nom  de  Jaga,  qui 
signifie  nomades  belliqueux,  est  aujourd'hui 
un  titre  de  distinction,  et  un  titre  auquel 
prétendent  avoir  droit  exclusivement  les 
r.assangas,  tribu  puissante  qu'on  trouve  à 
l'est  du  royaume  du  Congo.  C'est  dan»,  le 
pays  des  Cassanias,  d'après  les  informations 
recueillies  par  M.  Bowdich,  que  se  trouvent 
les  places  de  commerce,  ou,  si  l'on  veut,  les 
foires  les  plus  reculées  de  toutes  celles  que 
fréquentent  les  colons  portugais  d'Angola  et 
de  Con20.  On  a  fait  des  tentatives  pour  pé- 
nétrer aans  l'intérieur  en  traversant  le  pays 
des  Cassangas,  dans  le  but  d'établir,  s'il  était 
possible,  une  communication  avec  les  Mo- 
zambiques  de  la  côte  orientale  :  un  mulâtre 
parti  de  Cassanga  est  arrivé,  à  ce  qu'on  dit, 
après  deux  mois  de  marche,  à  la  capitale 
d  une  tribu  mulua.  Cette  capitale  est  une 
grande  ville  bâtie  régulièrement,  où  Ton 
sacrifie  par  jour  de  quinze  à  vingt  nègres. 
C'est  des  Mufuas  que  les  Cassangas  reçoivent, 
par  voie  d'échanges,  le  cuivre  qu'ils  vendent 
aux  Portugais.  Les  Cassangas  ont  encore 
pour  voisins,  du  côté  du  nord,  les  Cachiugas, 
et  du  côté  de  l'est,  les  Domges ,  qui  entre- 
tiennent des  communications  avec  les  Portu- 
gais de  Montbaze.  Les  Mexicon^os  ou  Congos  p 
de  l'intérieur  parlent  d'une  tribu  puissante  le 
qu'ils  désignent  sous  le  nom  de  Holangas, 
au  delà  de  laquelle  se  trouve  celle  des  Ama- 
lucas,  dont  le  nom  indique  une  consangui- 
nité avec  les  Cafres  amazulas  et  amakosas. 

Prichard  a  montré  (593)  qu'il  y  avait  de 
fortes  raisons  pour  penser  que  toutes  les 
nations  africaines  que  l'on  connaît  au  sud 
de  réquateur,  à  l'exception  des  seules  tribus 
de  race  hottentote,  parlent  des  idiomes  qui, 
s'ils  ne  sont  pas  des  dialectes  d'une  seule 
langue-mère,  peuvent  du  moins  passer  pour 
nppaplenir  à  des  langues  d'une  même  fa- 
mille. Il  parait  que  ces  langues,  qui  sont 
alliées  entre  elles  de  très-pi-ès,  peuvent  se 
réduire  à  trois  :  à  la  première  appartiennent 


les  divers  dialectes  parh^s  dans  l'empire  du 
Congo,  c'est-à-dire  ceux  du  pays  de  Loanj;o 
au  nord,  ceux  du  Congo  proprement  dit  au 
sud,  et  dans  l'intérieur  ceux  de  Banda  cl  de 
Cassanga  ;  à  la  seconde  se  rapportent  les  dia- 
lectes des  Amakosas  et  autres  Cafres  méri- 
dionaux auxquels  on  peut  rallacher  peut- 
èlre  ceux  des  tribus  de  Bechuanas,  quoique 
ces  derniers  paraissent,  à  certains  égaruN, 
se  rapprocher  des  dialectes  du  Congo  el  iaiie 
le  passage  d'un  groupe  à  l'autre;  enfin,  hs 
dial  ectes  d  es  Makuani  de  Mozambique,  et  cou  i 
d'autres  tribus  de  la  partie  orientale,  paiini 
lesquelles  il  faut  comprendre  les  Suhaili  de 
la  côte,  constituent  le  troisième  groupe,  hs 
dialectes  appartenant  à  cette  troisième  lan- 
gue sont  les  moins  connus,  mais  leur  con- 
nexion avec  les  précédents  est  prouvée  iiar  les 
analogies  nombreuses  que  présentent  les  wv 
cabulaires.  Quant  aux  deux  langues  aux- 
quelles appartiennent,  d'une  part,  les  dia- 
lectes  cafres,  et,  de  l'autre,  les  dialectes  le 
l'empire  du  Con^o,  elles  sont  de  plus  liées 
par  de  très-étroites  ressemblances  dans  !a 
construction  grammaticale.  La  conclusion  qui 
se  déduit  de  ces  remarques,  c'est  que  tous 
les  peuples  de  cette  partie  du  continent  sont 
unis  par  les  liens  de  parenté  et  sont  des  rd- 
meaux  d'un  même  tronc. 

Les  caractères  physiques  de  toutes  ces  na- 
tions, quoiqu'ils  diffèrent  beaucoup  suivaul 
les  lieux,  et  qu'ils  présentent  en  outre,  dans 
le  sein  d'une  même  tribu,  des  différcps 
encore  marquées ,  peuvent  ètro  l'objet  d'una 
description  unique,  ou,  on  d'autres  terDics, 
peuvent  donner  lieu  aux  mêmes  remarqui^s 
générales.  Sur  la  côte  et  parmi  les  races  l6 
plus  sauvages,  telles  que  celle  des  Makuas 
de  Mozambique,  on  trouve  beaucoup  de  la 
physionomie  nègre  ;  cependant,  même  chez 
ces  hommes,  l'expression  du  visage  a  cjuel- 
que  chose  de  plus  doux  et  de  plus  intelligeul 
que  celle  des  nègres  de  Guinée.  Leurs  che- 
veux sont  laineux  et  leur  peau  est  noire; 
mais  leurs  crânes,  comme  on  peut  le  voir 
par  les  spécimens  rapportés  de  divers  poiDls 
de  la  côte  de  Mozambique  et  conservés  dans 
quelaues  collections,  leurs  crânes  sont  {^us 
arques,  plus  développés  à  la  partie  anté- 
rieure, et  ont  beaucoup  moins  du  caractère 
ragnathe.  Mais  dans  le  Congo,  le  Benguela* 
e  Loango,  comme  aussi  du  côté  op|K)sé  du 
continent,  vers  la  côte  orientale,  il  y  a  de 
nombreuses  populations  chez  lesquelles  nous 
trouvons  un  caractère  de  physionomie  q^i 
s^écarte  considérablement  de  là  physionoiuii' 
nègre.  Les  navigateurs  portugais  nous  loui 
dit  depuis  longtemps,  et  leur  témoignante  à 
cet  égard  a  été  pleinement  confirmé  par  cehn 
du  professeur  Christian  Smith ,  qui  accom- 
pagnait la  dernière  expédition  sur  le  fleu^^' 
Zaïre. 

MARCHE.  Voy.  Mouvement. 

MATÉRIALISME  réfuté.  Voy.  RfCÉFiuit 
et  Physiologie  intellectuelle. 

MAUPERTOIS.  Voy.  Langage. 

MÉDITERRANÉENS.  -  Prichard  designs 


("iOS)  ï\esi»arche%  into  tlie  phy^ical  history  ofmankittd. 


913 


D'AMTIIBOPOLOGIE. 


MED 


fl4 


sous  ce  Dom  le  troisième  groupe  des  races 
de  t* Amérique  du  Sud,  parce  que  les  nalions 
dont  ce  groupe  se  compose  habitent  princi- 
palement les  proTinces  de  intérieur,  étant 
|)lacées  entre  les  nations  alpestres  des  Cor- 
dillères, k  Test,  et  les  tribus  des  provinces 
brésiliennes,  k  Touest.  Ce  groupe,  qui  dans 
le  tableau  de  M.  d^Orbigny  est  indiqué  sous 
le  nom  de  race  pampéenne,se  divise  en  trois 
rameaux,  savoir  :  le  patagonien,  le  chiqui- 
léen  et  le  moxéen. 

1*  Ravkau  PATiGONuif.  —  Co  rameau 
comprend,  outre  les  Patagons  proprement 
«lits,  plusieurs  autres  tribus  nomades  qui 
leur  ressemblent  et  qui  se  trouvent  les  unes 
au  sud,  les  autres  au  nord  de  la  rivière  de  la 
Plata.  Les  tribus  du  sud  sont  toutes  celles 
qui  errent  dans  les  Pampas,  grandes  plaines 
ifui  s*étendent,  en  conservant  le  même  ni- 
veau, depuis  le  fleuve  que  nous  venons  de 
no.umer  jusqu'au  détroit  de  Magellan.  Les 
tribus  du  nord,  qui  sous  le  rapport  des 
f'4iractères  physiques  ne  diffèrent,  pour  ainsi 
dire,  en  nen  des  Patagons,  habitent  cette 
portion  de  pays  qui  est  comprise  entre  la 
rivière  du  Paraguay  et  les  derniers  contre- 
forts de  la  Cortlillère,  et  qui  s  avance  au  nord 
jus'^u'au  âO*  degré  de  latitude,  comprenant 
toute  la  région  des  plaines  intérieures  de  la 
province  de  Chaco.  Les  tribus  patagoniennes 
s«)nt  les  noma  les  du  uouveau  monde  (594j. 
A  jonnées  de  temps  immémorial  à  une  vie 
errante,  depuis  que  le  cheval  a  été  naturalisé 

iTtOi)  Le  premi'T  ooTra^  où  Ton  ait  fait  mention 
â":»  PaUgons  esl  la  Rdattûn  dm  toffoçe  de  Magellan^ 
en  1519  ;  ei  voici  ce  oui  se  U^Nive  sur  ce  sujet  dans 
ratirégé  qo*l1arns  a  fait  de  cette  relation  : 

c  L4>r9qtt"ds  eareni  passé  la  ligne  et  qa*iis  virent 
ie  pèle  austral ,  Us  continoerent  leur  route  sud,  et 
arrivèrent  à  la  câte  da  Br^il,  environ  au  22*  degré; 
lis  observèrent  que  tout  ce  pays  était  un  continent, 
plus  élevé  depuis  le  cap  Saînt-Xugustin.  Ayant  con- 
tinué leiir  navigation  encore  à  deux  degrés  et  demi 
plus  loin,  toujours  sud,  ils  arrivèrent  à  un  pays  ha- 
b  té  par  un  peuple  fort  sauvage  et  d^une  stature  pro- 
di  giouse.  Ces  géants  faisaient  un  bruit  effroyable, 
p  as  ressemblant  au  mugissement  des  bceuls  qu'à 
tU^  voix  humaines.  Nonobstant  leur  taille  gigan- 
toque ,  ils  étaient  si  agiles,  qu'aucnn  Espagnol  ni 
Pu '- tu  gais  ne  pouvait  les  atteindre  à  la  course.  > 

Buffun  a  fait  remarquer  qu  il  semblerait,  d'après 
cette  rebtioo,  que  ces  grands  hommes  ont  été  trou- 
vés â  21  degrés  1/2  de  latitude  sud.  Cependant  la 
^ue  de  la  carte  prouve  qu'il  y  a  ici  de  Terreur  ;  car 
le  cap  Saint-Augustin,  que  la  relation  |^ce  à  22 
«Wgres  de  latitude  sud,  se  trouve  sur  la  carte  à  iO 
d*^/rés;  de  sorte  qu'il  est  douteux  si  ces  premiers 
géauts^ont  été  rencontrés  â  là  di^rés  1/2  ou  à  24  de- 
pré>  1/2.  Car,  si  T'est  à  2  degrés  \fi  au  delà  du  cap 
S.âîiit-Angnslin,  ils  ont  été  trouvés  à  12  degrés  1/2; 
mais  si  c'est  à  2  degrés  1/2  au  deUi  de  cette  partie, 
â  Tendrott  de  la  céte  du  Brésil  (|ue  l'auteur  dit  être 
â  ^  d  'i;rés ,  ils  ont  été  trouves  à  24  degrés  1/2  : 
l4fllt?  est  Teuietitude  de  Barris.  Quoi  qu'il  en  soit,  la 
relatioii  poursuit  ainsi  : 

€  Us  poussèrent  ensuite  jnsqn^à  49  di^rés  1/2  de 
latUude  sud,  ou  la  rigueur  du  temps  les  obligea  de 
prendre  des  quartiers  d'biver  et  d'y  rester  cinq 
mois.  Ils  crurent  longtemps  le  pays  inhabité;  mais 
eulin  un  sau? âge  des  contrées  voisines  vint  les  visi- 
ter. Il  avait  Pair  vif,  gai,  vigourraix,  chantant  et 
daosa  t  tout  le  long  du  chemin.  Etant  arrivé  au 


dans  rAmériquc  luéridionale  ces  nations  sont 
devenues  des  nomades  ^uestres  et  parcoo- 
rant  incessamment  leurs  arides  plaines,  vivant 
sous  des  tentes  de  peau,  ou  dans  les  forêts 
du  Chaco,  sous  des  huttes  recouvertes  en 
écorce  ou  en  chaume.  Ce  sont  des  guerriers 
fiers  et  indomptables,  qui  méprisent  Tagri- 
culture  et  les  arts  de  la  civilisation,  et  qui 
ont  toujours  résisté,  dans  quelques  cas 
même  jusqu'à  Fextermination  complète 
d'une  tribu,  aux  armes  des  Espagnols. 

La  couleur  de  \ai  peau,  chez  ces  nations, 
est  d'une  teinte  plus  foncée  oue  chez  la  plu- 
part de  celles  qu  on  connaît  dans  l'Aménque 
du  Sud;  elle  n*a  rien  de  cuivré,  et  est  plutôt 
d'un  brun  olivâtre.  M.  d'Orbigny  la  compare 
à  celle  des  mulâtres.  Toutes  les  nations  du 
Chaco  présentent,  suivant  cet  écrivain,  une 
intensité  de  Ceinte  égale  à  celle  des  Pata- 
gons; les  Charmas  et  les  Puelches  seuls  lui 
ont  paru  plus  foncés  que  les  autres.  C'est 
chez  les  hommes  appartenant  à  ce  rameau 
qu'on  trouve  la  plus  haute  stature,  les  for- 
mes les  plus  athlétiques  et  les  plus  robustes. 
Les  tribus  qui  présentent  la  taille  la  plus 
élevée  sont  celles  qui  se  trouvent  le  plus  an 
midi;  la  taille  diminue  chez  les  autres  à 
mesure  qu'on  se  rapproche  de  la  province 
méditerranéenne  du  Chaco.  Chez  toutes  ces 
nations,  en  général,  le  tronc  est  large  et  ro- 
hxAie^  les  membres  sont  bien  fournis,  mais 
è  contours  arrondis,  les  pieds  et  les  mains 
sont  petits.  Les  femmes  participent  à  cette 

port,  il  s^arrèta  et  répandit  de  la  poussière  sur  ta 
tôte.  Sur  cela,  quelques  gens  du  vaisseau  descendi- 
rent, allèrent  à  lui,  et  ajrant  répandu  de  même  de  la 
poussière  sur  leur  tète,  il  vint  avec  eux  au  vaisseau, 
sans  crainte  ni  soupçon.  Sa  taille  était  si  haute,  que 
la  tète  d'un  homme  de  taille  moyenne  de  Féquipa^ 
de  Magellan  ne  lui  allait  qu'à  la  ceinture,  et  il  était 
gros  à  proportion 

c  Magellan  fit  boire  et  manger  ce  séant,  qni  fut  fort 
joveux  jusqu'à  ce  qu'il  eut  regaroe  par  hasard  un 
miroir,  qu'on  lui  avait  donné  avec  d'autres  baga- 
telles ;  il  tressaillit,  et,  reculant  d'effroi,  il  renversa 
deux  hommes  qui  se  trouvaient  près  de  lui.  Il  fut 
longtemps  à  se  remettre  de  sa  frayeur.  Nonobstant 
ceb,  il  se  trouva  si  bien  avec  les  Espagnols,  que 
ceui-ci  eurent  bientôt  la  compagnie  de  plusieurs  de 
ces  géants,  dont  l'un  surtout  se  familiarisa  prompte- 
ment,  et  montra  tant  de  gaieté  et  de  bonne  humeur,, 
que  les  Européens  se  plaisaient  beaucoup  avec  lui. 

<  MageUan  eut  envie  de  faire  prisonniers  quelques- 
uns  de  ces  céants;  pour  cda,on  leur  remplit  les  mains  de 
divers  colinchets  dont  ils  paraissaient  curieux,  et  pen- 
dant qu'ils  les  examinaient,  on  leur  mit  des  fers  aux 
pieds.liscrurentd'abord  quec'était  une  autre  curiosité, 
et  parurent  s'amuser  du  cliquetis  de  ces  fers  ;  mais,, 
quand  ils  se  trouvèrent  serrés  et  trahis,  ils  implo- 
rèrent le  secours  d'un  être  invisilile  et  supérieur, 
sous  le  nom  de  Setebos,  Dans  cette  occasion,  leur 
force  parut  proportionnée  à  leur  stature,  car  l'un 
d*eux  surmonta  tous  les  efforts  de  ueul  hommes, 
quoiqu'ils  Tenssent  terrassé  et  qu'ils  lui  eussM  nt  for- 
tement lié  les  mains;  il  se  débarrassa  de  tous  ses 
liens,  et  ^'échappa  malgré  tout  ce  qu'ils  purent 
faire.  Leur  appétit  était  proportionné  aussi  à  leur 
taille  ;  llagellan  les  nomma  Pata^ns.  i 

Tels  sont  les  détails  que  donne  Harris  louchant 
l-s  Pata«;ons,  après  avoir,  dit-il,  pris  les  plu*  fçnin- 
des  peini.'S  à  rompa«vr  \(^  relations  des  divers  éciîr 
vains  e^^agnols  et  l'ortugais. 


«fS 


IIED 


niCTÎO.^NAERïT 


IfED 


m 


corapleïîon  Yiî^^ureuse  :  aussi  ne  présentent- 
tulles  jamais  de  formes  gracieuses.  Chez  ies 
Pata^ons,  la  tète  est  grosse,  la  face  large  et 
aplatie,  les  pommettes  saillantes. 
Chez  les  nations  du  Chaeo,  les  yeux  sont 

Eetlts,  horizontaux,  quelquefois  légèrement 
ridés  à  l'extérieur;  le  nez  court,  épaté, 
large,  à  narines  ouvertes  ;  la  bouche  grande, 
les  lèvres  grosses  et  saillantes,  le  menton 
court,  les  sourcils  arvjués,  la  barbe  rare,  les 
cheveux  noirs,  longs  et  plats;  leur  physio- 
nomie est  froide,  sombre,  souvent  féroce. 

Les  langues  de  ces  nations,  quoique  dis- 
tinctes pour  le  fond,  ont  entre  elles  quelques 
analogies;  toutes  sont  dures,  gutturales  et 
d'une  prononciation  difficile. 

Les  nations  particulières  comprises  dans 
ce  groupe  sont  les  Tehuelches,  ou  Patagons 

Proprement  dits;  les  Puelches;  ou  tribu  des 
ampas,  au  sud  de  la  rivière  de  la  Plata;  les 
Charmas,  sur  l'Uruguay;  les  Tobas  ou  Mbo- 
cobis,  qui  possèdent  la  plus  grande  partie  du 
Chaco,  et  sont  supérieurs  en  nombre  à  toutes 
les  autres  nations  du  groupe  /leur  popula- 
tion est  estimée  à  quatorze  mille  âmes);  les 
Mataguayos,  qui  sont  aussi  du  Chaco;  et  en- 
fin les  femeux  Abipones  de  Dobrizhofier  et 
d'Azara,.les  centaui*es  du  nouveau  monde. 

Outre  ces  nations,  les  auteurs  espagnols 
en  indiquent  beaucoup  d'autres  comme  nabi- 
tant  le  Chaco  et  les  pays  situés  à  l'ouest  du 
Paraguay  ;  ils  n'en  comptent  pas  moins  de 
quarante,  parmi  lesquels  les  plus  célèbres 
sont  les  Payaguas  et  les  Mbaias.  Suivant 
M.  d'Orbigny,  qui  croit  que  le  nombre  de 
ces  ufttioDS  a  été  fort  exagéré,  elles  devraient 
aussi  se  ranger,  eu  égard  à  leurs  caractères 
physiques,  dans  sa  race  pampéenne. 

Dobrizhoflfer,  qui  a  longtemps  résidé  dans 
l'Amérique  du  Sud,  nous  a  donné  sur  le 
Chaco  et  sur  ses  habitants  des  renseigne- 
ments que  nous  allons  en  partie  reproduire. 
Le  Chaco,  suivant  cet  historien,  est  regardé 

I)ar  les  Espagnols  comme  un  enfer,  et  par 
es  indigènes  comme  un  paradis. 

«  Il  y  avait  autrefois,  nous  dit-il,  dans  le 
Chaco,  beaucoup  de  tribus  dont  il  ne  reste 
plus  guère  que  le  nom;  telle  était  celle  des 
Calchaquis,  tribu  nombreuse,  renommée 
par  sa  bravoure  et  sa  férocité,  aujourd'hui 
réduite,,  par  suite  des  ravages  de  la  petite 
vérole-,  à  quelques  individus  qui  vivent  dans 
un  coin  de  la  province  de  Santa-Fé.  Des 
causes  semblables  ont  détruit  presque  entiè- 
rement les  tribus  éf}uestres  des  Malbalaes, 
des  Mataras,  des  Palomos,  des  Mogosnas, 
des  Orejones,  des  Aquilotes,  des  Churuma- 
tes,  des  Ojotades,  des  Tanos,  des  Quamal- 
eas,  etc.  Les  nations  équestres  qui  existent 
encore  dans  le  Chaco  sont  les  Abipones,  les 
Natekebits,  les  Tobas,  les  Amokeblts,  les 
Mocobios,  les  Yapetalacas  et  les  Oekakaka- 
lots,  les  Guaycurus  ou  Lenguas.  Les  Mbayas, 
qui  habitent  la  rive  orientale  du  Paraguay, 
se  donnent  entre  eux  le  nom  d'Epiguayegis; 
ceux  de  la  rive  occidentale,  celui  de  Quetia- 
desodis.  Les  nations  non  équestres  sont  les 
Luies  et  les  Ysistines,  qui  parlent  une  même 
langue,  c'est-à-dire  le  tonocote,  et  qui,  pour 


la  plupart  convertis  par  nous,  ont  élé  am^ 
nés  à  se  Q\er  dans  des  villages;  les  Homuam- 
pas,  les  Vilelas,  les  Chunipies,  les  Yooles, 
les  Ocoles  et  les  Pazaines,qui  sont  en  grande 
partie  chrétiens;  les  Matajguayos,  que  nous 
avons  souvent  tenté  de  civiliser,  el  qui  se 
sont  toujours  montrés  rebelles  à  la  persua- 
sion ;  les  Paguayas,  les  Guanas  et  les  Chi- 
quitos.  D'autres  tribus,  parlant  différentes 
langues,  sont,  çrâce  à  nos  efforts,  sorties 
du  fond  des  bois,  et  ont  été  réunies  knos 
colonies  de  Chiquitos  :  tels  sont  les  Zarnn- 
cos,  les  Caypotades,  les  Ygaronos.  » 

Les  caractères  propres  aux  tribus  méridio- 
nales de  ce  groupe,  tribus  qui  habitent  les 
i)laines  sans  arbres  des  Pampas,  doivent  diî- 
érer  considérablement  de  ceux  des  nations 
que  renferment  les  épaisses  forêts  du  Chaco. 
-  Les  Indiens  des  Pampas ,  qui  sont  les 
PuelcJies,  ont  été  décrits  par  le  missioimaira 
anglais  Fatkner  et  par  don  Félix  d'Azara. 
«  A  l'arrivée  des  Espagnols,  i's  erraient  sur 
les  bords  du  Rio-Grande,  sans  avoir  aucune 
communicatioa  avec  les  Charruas  de  la  rive 
opposée,  car  ni  les  uns  ni  les  autres  n'avaieol 
de  canots  pour  pouvoir  traverser  la  rWière. 
Ils  opposèrent  une  vigoureuse  résistance 
aux  premiers  colons  qui  vinrent  s'établir  ï 
Buenos- Ayres  ;  mais  ils  furent  peu  à  peu  re- 
poussés vers  le  sud.  » 

Les  naturels  des  Pampas,  avant  l'arrivée 
des  Espagnols,  chassaient  aux  pacesseui, 
aux  lièvres,  aux  cerfs  et  aux  autruches  (nan- 
dous), animaux  très-communs  dans  leur 
pays;  aujourd*bui  ils  dédaignent  une  (M* 
reille  proie,  et  vivent  principalement  de  la 
chair  des  bœufs  et  des  chevaux,  qui,  repas- 
sés à  l'état  sauvage,  se  trouvent  par  grands 
troupeaux  dans  ces  immenses  plaines.  La 
langue  de  ces  Indiens,  suivant  dAzara, dif- 
fère de  toutes  les  autres;  leur  caractère  n'a 
pas  la  taciturnité  qui  est  si  commune  chez 
les  autres  nations  de  l'Amérique,  K  ils  ne 
parlent  pas  aussi  bas.  «  Leur  taiUe,  «goute-l-ili 
ne  me  parait  pas  inférieure  à  celle  des  Espa- 
gnols ;  mais  en  général  ils  ont  les  membres 
plus  forts,  la  tète  plus  ronde  et  plus  grosse, 
les  bras  plus  courts,  la  figure  plus  large  el 
plus  sévère  que  nous  et  que  les  autres  In- 
diens, et  la  couleur  moins  foncée,  »  Los 
hommes  vont  généralement  nus  ;  «  ils  uô 
font  point  usa^e  du  barbote,  >»  el  celte  cir- 
constance les  aistingue  de  toutes  les  tribus 
du  Paraguay.  Les  femmes  portent  un  poncho 
qui  leur  couvre  tout  le  corps.  Ces  Indiens 
n'ont  point  de  demeure  fixe,  et  vivent  so» 
des  tentes  de  cuir  qu'ils  déplacent  aisément. 
Ils  sont  d'un  naturel  plus  doux,  et  moins  dé- 
pravés dans  leurs  manières  que  la  plupart 
des  Indiens  non  réduits  de  cette  partie  de 
l'Amérique. 

D'Azara  nous  a  aussi  donné  la  description 
des  tribus  qui  habitent  le  Chaco.  11  dit  qua 
les  Abh)ones,  en  particulier,  sont  bien  fa:t> 
et  ont  cie  beaux  traits;  leur  visage  ressemWe 
beaucoup,  à  la  couleur  près,  à  celui  des 
Européens.  «  J'ai  remarqué,  dit-il,  qu'ils  ont 
presque  tous  les  yeux  noirs,  mais  petite;  ce- 
pendant, toul  petits  qu'ils  sont,  ces  yeux  ou; 


917 


UEO 


DAMIIROFULOGIE. 


918' 


la  Tiie  plus  perçante  que  les  nôtres.  »  Leur 
nez  est  g^eralement  aquilin  ;  leur  corps  a 
de  tieUes  proportions,  et  rien  n*estplus  rare 
que  de  rencontrer  parmi  eux  des  individus 
contrefaits.  Presque  tous  les  Abipones  sont 
sî  grands,  qu'ils  pourraient  semr  dans  un 
ré;^nient  de  greuMiers  autrichiens.  Ils  n'onC 
p<iint  de  barbe,  et  leur  menton,  conune  celui 
de  tous  les  autres  Indiens,  est  parfaitement 
lisse,  c  Quand  on  Toit  un  Indien  ayec  un  peu 
de  barbe,  on  peut  être  certain  que  parmi  ses 
ancêtres  il  y  a  eu,  du  côté  paternel  ou  ma- 
ternel, une  personne  de  race  européenne.  » 
Le  même  écrivain  ^oute  cependant  plus 
lard  qu'il  leur  natt  au  menton  quelques 

Culs  clair-semés,  qu'ils  se  font  arracher  par 
urs  femmes.  Tous  les  Abipones  ont  les 
cheveux  d*un  noir  foncé,  et  très-fonrnis.  » 
Quant  à  la  couleur,  d'Azara  dit  :  «  Parmi 
tous  les  indij^nes  de  l'Amérique  que  j'ai  eu 
occasion  de  foir,  il  ne  s'en  trouvait  oertai- 
■ement  aucun  qui  fAt  aussi  blanc  qu'un 
Anglais  on  qu'un  AUemand  ;  mais  j'en  ai  vu 
beaucoup  qui  avaient  le  teint  plus  clair  qu'on 
ne  l'a  en  général  en  Espagne  et  en  Italie. 
Chez  quelques  tribus,  le  visage  a  un  ton 
blanchâtre  qui  rappelle  celui  oe  la  pâte  de 
pain;  chez  d'autres,  il  est  plus  brun,  et  la 
différence  parait  tenir  à  la  diversité  des  cli- 
mats, à  un  ^nre  de  vie,  à  la  nature  des  ali- 
ments. Les  femmes  ont  en  général  le  teint 
plus  clair  que  les  hommes,  ce  qui  dépend 
sans  doute  de  ce  qu'elles  vivent  moins  en 
f>lein  air.  »  Dans  un  autre  endroit  de  son 
livre,  d'Azara  nous  apprend  que  les  Abipo- 
pones,  les  Mbocobios,  les  Tobas,  et  autres 
tribus  du  Chaco  qui  sont  d'une  dizaine  de 
degrés  plus  rapprochées  de  l'éffuateur,  et 
habitent  par  conséquent  un  climat  plus 
chaud  que  les  Aucas  et  les  Puelches  de  la 
région  ma^ellanique,  ont  la  peau  plus  blan- 
che. Probablement  la  différence  d'élévation 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer  doit  être  pour 
i|uelque  chose  dans  ce  résultat.  L'auteur  de 
la  remarque  op|K)se  ce  fait  à  celui  de  la 
blancheur  plus  que  modérée  des  habitants 
de  la  Terre  de  Feu. 

«  Les  traits  des  Chiqnitos,  différents  de 
icux  des  nations  du  Chaco,  peuvent,  dit 
U.  d'Orbi^nj,  servir  de  type  au  rameau  des 
collines  élevées  du  centre  de  l'Amérique. 
Ils  ont  la  tête  arrondie,  plutôt  grosse  que 
moyenne,  presoue  toujours  circulaire,  rare- 
ment comprimée  des  côt^  ;  la  face  ronde  et 
{>leine,  les  pommettes  nullement  saillantes  ; 
e  front  bas  et  bombé  ;  le  nez  toujours  court 
et  l^èrement  épaté  ;  les  narines  peu  ouver- 
tes, comparativement  à  celles  des  nations 
australes.  Les  yeux  ideins  d'expression  et  de 
vivacité  sont  petits,  horizontaux  ;  cependant, 
rhez  quelques  individus,  ils  sont  léfférement 
bridés  à  I  angle  extérieur,  ce  qui  les  ferait 
croire  un  peu  relevés  ^  mais  le  fait  est  ex- 
ceptionnel. Les  lèvres  sont  assez  minces, 
les  dents  belles,  la  bouche  est  médiocre  ;  le 
menton  arromli  et  court;  les  sourcils  sont 
étroits  et  agréablement  arqués  ;  la  barbe  peu 
ffmmîe,  non  frisée,  ne  croit  que  dans  Tâgc 
avaaeé  et  ne  couvre  jamais  que  la  lèvre  su- 


périeure et  le  dessous  du  menton;  les  che- 
veux longs,  noirs  et  lisses,  jaunissent  dans 
Teitréme  vieillesse ,  mais  ne  blanchissent 
jias.  L'ensemble  des  traits  ne  se  rapproche 
aucunement  du  type  européen.  » 

«  Les  Moxéens,  dit  plus  loin  le  même  au- 
teur, ont  des  mœurs  fort  analogues  à  celles 
des  Chiquitéens,et  ces  mœurs  sont,  à  peu  de 
modifications  près,  les  mêmes  pour  toutes 
les  nations.  Avant  la  conquête,  fixés  par 
suite  de  leur  croyance  religieuse,  ils  étaient 

ElutAt  divisés  en  villages  établis  tout  au 
ord  des  rivières,  ainsi  qu'au  bord  des  lacs, 
aue  dans  les  bois  ou  au  milieu  des  plaines 
ont  ils  croyaient  descendre  :  partout  pê- 
cheurs, chasseurs  et  surtout  agriculteurs. 
La  chasse  n'était  pour  eux  qu'un  délasse- 
ment, la  pêche  une  néo^te,  et  l'agricul- 
ture leur  procurait  les  provisions  et  les  ma- 
tières premières  servant  aux  boissons,  qui, 
de  même  que  chez  les  Chiqnitos ,  se  fai- 
saient dans  une  maison  commune  où  l'on 
recevait  les  étrangers,  et  où,  dans  certains 
jours,  les  habitants  se  réunissaient  pour 
boire,  chanter  et  danser;  mais  ces  diver- 
sions avaient  un  caractèro  de  gravité  qu'on 
ne  trouvait  |>as  chez  les  Chiquitos;  leurs 
coutumes  étaient  aussi  plus  barbares.  Un 
Moxos  immolait,  |)ar  superstition,  sa  femme 
si  elle  avortait,  et  ses  enfants  s*ils  étaient 
jumeaux;  tandis  que  de  son  côté  la  mèro  se 
débarrassait  souvent  de  ses  enfants  quand 
ils  Tennuyaient.  Le  mariage  était  une  con- 
Tention  résoluble  à  la  volonté  des  parties  et 
la  polygamie  était  ordinaire.  L  habitude 
d'être  toujours  en  pirogue  leur  faisait  cher- 
cher les  cours  d'eau  qu'ils  parcouraient  in- 
cessamment soit  pour  chasser,  soit  pour  {lé- 
cher ou  même  ]iour  aller  à  leurs  champs. 
Ils  étaient  tous  plus  ou  moins  guerriers  ; 
mais  les  traditions  et  les  écrits  ne  nous  ont 
conservé  la  mémoire  que  d'une  seule  nation 
anthropophage ,  niangeant  ses  prisonniers. 
C'était  la  Canichana  qui,  même  aujourd'hui, 
est  encore  la  terreur  des  autres.  Les  mcsurs 
de  cette  nation  ont  été  modifiées  par  le  ré- 
gime des  missions;  mais  elle  a  conservé 
beaucoup  de  ses  coutumes  primitives.  » 

Les  deux  groupes  de  nations-  que  nous 
venons  de  faire  connaître  par  leurs  traits  les 
plus  généraux,  se  composent  chacun  de  plu- 
sieurs peuples  distincts.  Voici  quels  sont, 
suivant  M.  d'Orbigny ,  les  noms  et  la  force 
numérique  des  diverses  tribus  dont  se  com- 
pose Tun  de  ces  groupes^  celui  qu'il  désigne 
sous  le  nom  de  rameau  chiquitéen. 

HOMBRE  DES  UIDIVIDIS  DC  CflAflCE  HATlOil. 

Non»  dtt  MioMi.         Cliréii«iis.  Non  réàuiÊs.  ToUl. 

Cbiqailo,  il,9i5           t  14,9Î5 

SâiDuca,  1,250  1,000  Î,2S0 

Paîeonëea,  610          300  910 

Saravéea,  350           >  350 

OciiU,  150           »  150 

Cnramiiiaca,  150           •  450 

Curavés,  150           >  450 

Covaréca,  50          100  450 

t^wabeca,  >           400  400 

Tapiis,  50 

Guniraoéca,  50 


» 


50 
50 


Totaux 


17,735        4,500 


10, 


919 


MED 


mcnaNNAiRE 


MED 


H  D*après  ce  tableau,  dit  M.  d*Orbigny,  il 
est  facile  de  juger  ce  qui  reste  aujourd  hui 
d'iiidir^ènes  sur  le  territoire  de  la  proTince 
de  Chiquitos.  Si  nous  en  croyons  les  histo* 
riens,  le  nombre  en  aurait  été  bien  plus 
élevé;  et  des  nations  entières,  ainsi  que 
beaucoup  de  tribus  des  Chiquitos,  auraient 
été  décimées  dans  les  expéditions  de  décou- 
vertes exécutées  par  ces  courageux  aventu- 
riers partis  du  Faraday  pour  chercher  de 
Tor  ;  dans  lei  incursions  des  Mamelucos  de 
San  Pablo  du  Brésil ,  qui  chassaient  les  In- 
diens pour  les  vendre  ;  et  enfin  par  une  corn- 
t^agnie  de  marchands  espagnols  de  Santa- 
]ruz  de  la  Sierra,  laquelle,  a  Timitation  des 
Portugais,  fit  un  instant  le  commerce  infime 
des  pauvres  Chiquitos  avec  les  propriétaires 
des  mines  du  Pérou.  Il  ny  eut  plus  ensuite 

Î[ue  des  pestes  ;  mais  elles  exercèrent  d*af- 
reux  ravages  dès  Tinstant  de  Tarrivée  des 
Jésuites  sur  le  territoire  de  la  province  et 
continuèrent  jusqu^à  nos  jours.  Toutes  ces 
causes  de  dépopulation  nous  feraient  croire 
qu'il  n'existe  ]jàs  maintenant  plus  de  la 
moitié  des  habitants  qui  couvraient  le  sol 
de  la  province  à  l'époque  de  la  découverte. 
Il  est  focile  de  s'apercevoir,  en  jetant  les 
yeux  sur  le  tableau  que  nous  venons  de 
donner,  que  la  population  des  Chiquitos 
forme,  à  elle  seule,  les  six  septièmes  de 
la  population  du  pays;  tandis  que  parmi 
les  autres,  il  n  y  a  que  celle  des  Samucus  et 
celle  des  Païconecas  ayant  encore  une  cer- 
taine importance;  ce  qai  nous  a  déterminé 
h  prendre  le  nom  de  Cniquitos  comme  type 
de  ce  rameau  auquel  nous  avons  reconnu 
les  caractères  généraux  suivants  : 

«  La  couleur,  identique  à  celle  des  natu- 
rels du  Chaco,  quoique  un  peu  moins  fon- 
cée, est  bronzée,  ou,  pour  mieux  dire,  d'un 
brun  pâle  mélangé  d'olivâtre  et  non  de  rouge 
ou  de  jaune.  Les  Samucus  semblent  plus 
fortement  teintés  que  les  autres  nations  de 
la  province,  de  si  peu  toutefois  qu'il  faut 
voir  beaucoup  d'individus  pour  le  recon- 
naître. 

«  La  taille  des  Chiquitéens,  moins  élevée 
que  celle  des  habitants  des  plaines  du  Chaco 
et  du  sud,  ne  varie  guère.  La  movenne  est 
de  1  mètre  663  millimètres  (5  pieds  1 1  pouce), 
tandis  que  les  plus  grands  n  ont  pas  plus  de 
1  mètre  75  à  78  centimètres  (5  pieas  5  à  6 
pouces).  Les  fepinies  n'atteignent  pas  à  une 
stature  presque  égale  à  celle  des  hommes, 
comme  on  le  voit  parmi  les  nations  du  Sud  ; 
elles  conservent  seulement  les  proportions 
relatives  ordinaires. 

«  Les  formes  du  corps  sont ,  chez  les  Chi- 
quitéens, peu  différentes  de  celles  des  In- 
diens du  Chaco  ;  de  même  le  tronc  est  ro- 
buste, la  poitrine  saillante  ;  les  épaules  sont 
larges  ;  mais,  en  général,  il  y  a  moins  de 
force  apparente.  Le  corps  est  d'une  v^iue; 
les  membres  sont  replets,  montrant  des  for- 
mes arrondies,  sans  jamais  iivoir  de  muscles 
a;iparents;  du  reste,  les  hommes  sont  droits, 
bien  plantés  ;  ils  ont  une  démarche  aisée. 
Les  femmes  plus  larges,  plus  massives,  con- 
servent !e  môme  diamètre  sur  toute  la  lon- 


gueur du  tronc  ;  aussi  montrent-elles  l)eaa- 
coup  de  vigueur  et  ne  présentent-elles  rien 
de  la  beauté  idéale  des  formes  antiques. 

«  Nous  ne  répéterons  point  ici  ce  que  nous 
avons  dit  des  traits  des  Chiquitéens.  Nous 
ajouterons  seulement  que  leur  physionomie 
est  ouverte,  annonce  la  gaieté,  la  franchise, 
beaucoup  de  vivacité.  On  ne  peut  néanmoins 
dire  que  les  figures  soient  jolies  ;  la  plupart, 
au  contraire,  sont  moins  que  passables.  Les 
femmes  ont  la  face  plus  arronaie  encore  qae 
les  hommes ,  avec  oeaucoup  de  gaieté  et  de 
naïveté  dans  l'expression.  En  général,  la 
lUure  des  hommes  n'a  rien  de  mâle. 

«  Les  langues  chiquitéennes  sont  aassi 
variées  que  Tes  nations  qui  les  parlent,  loin 
d'être  aussi  gutturales  que  celles  du  Chaco, 
la  plupart  sont  même  très-douces  et  très- 
euphoniques,  ne  présentant  ni  des  sons  durs 
ni  cette  redondance  de  consonnes  si  com- 
munes dans  les  dernières.  La  lan^e  chi- 
qui  ta,  par  ses  finales  en  cA,  ainsi  que  la 
morotoca  (section  des  Samucus)  par  les 
siennes  en  od  et  ad,  offrent  seules  un  der- 
nier trait  de  ressemblance  avec  celles  du 
Chaco.  On  retrouve  le  son  guttural  du)  es- 
pagnol dans  les  langues  saravéca,  cummi- 
uaca,  covaréca  et  paiconeca;  il  manque  dans 
la  langue  chiquita,  dans  l'otuké,  dans  la  cu- 
ruminaca,  dans  la  covaréca  et  dans  la  paico- 
neca* Plusieurs  offrent  noire  cA,  ainsi  que  le 
son  doux  de  notre  x.  Une  anomalie  sm^- 
lière  se  présente  d«is  la  langue  chiqoila, 
où,  pour  beaucoup  de  choses,  Thomme  em- 
ploie dos  mots  aifférents  de  ceux  dont  se 
sert  la  femme,  tandis  que  pour  les  autres  la 
femme  emploie  des  mots  dont  l'homme  se 
sert  en  se  contentant  d'en  changer  la  termi- 
naison. Quoique  ces  langues  soient  très- 
oompliquées,  surtout  celle  des  Chiquitos, 
aucune  d'elles  n*a  un  système  de  numéra- 
tion étendu,  ce  qui  annonce  peu  de  rela- 
tions ;  de  là  défaut  absolu  de  commerce. 

«  Les  nations  comprises  dans  le  rameau 
moxéen  sont,  comme  celles  du  rameau  chi- 
quitéen,  très-inéçales  entre  elles  pour  le 
nombre  des  individus,  ainsi  que  le  montre 
le  tableau  suivant  : 


NOMBRE  DES 

Noms  Uct  aitlons. 

Moxo, 

Chapacura, 

Itonama, 

Ganichana, 

Movîiua, 

CayuTava, 

Pacaguara, 

Iténés, 


INDIVIDUS  DE   CRAQUC  NATlOIf. 

Chrélleas.  Encore  ua? âges.  Tout 

i,350 
4,815 
1,^ 
USSS 

î,073 
1,0ti 
1,200 


42,620 

i,000 

1,050 

300 

4,815 

> 

i,939 

t 

i,238 

> 

2,073 

> 

ii 

i,000 

5 

1,197 

ToUux:  23,750       5,497  27,247 

it  La  couleur  des  Moxéens  est  bnin-pAIe, 
mélangé  d*oli  vàtre  ;  les  Chapacuras,  les  Itona- 
mas  et  les  Canichanas  paraissent  avoir  abso- 
lument la  même  teinte  que  les  Chiquitéens, 
pendant  que  les  Moxos  et  les  autres  nations 
sont  un  peu  moins  foncés ,  ayant  peut-être 
un  peu  de  jaune  mélangé  à  la  nuance  des 
premiers  ;  mais  cette  diOérehce  est  si  légère 
qu'on  ne  s'en  aperçoit  qu'à  l'aide  d'une  aC- 


M 


IIED 


D'ARTIIROPOLaGlE 


IIED 


teation  soutenue  :  du  reste,  la  teinte  gêné- 
Tàle^  peu  distincte  de  celle  des  peuples  du 
Chaeo,  est  seulement  plus  pâle  ou  un  peu 
plus  jaunâtre.  Dans  le  rameau  moxéen  la 
taille,  généralement  plus  éleyée  que  dans 
celui  des  Chiquitéens,  se  rapproche  beau- 
œup  plus  de  celle  des  habitants  du  Chaco. 
Les  plus  grands  atteignent  jusau*à  1  mètre 
79  centimètres  (5  pieds  6  pouces),  et  la  taille 
fDO  venue  des  MoTimas,  oes  Moios,  des  Ca- 
nictianas  et  des  CaruiraTas  est  de  plus  de 
1  mètre  67  centimètres  (  5  pieds  â  pouces): 
Les  seules  nations  qui  ne  panriennent  pas  à 
la  même  stature  sont  celles  des  Chapacuras 
et  <Jes  Itonamas.  On  peut,  jusqu'à  un  certain 
|ioint,  expliquer  cette  différence,  chez  les 
premiers  par  le  Toisinage  des  montagnes  de 
Cliiquitos;  mais  alors  les  derniers  ne  doi- 
vent être  considérés  que  comme  se  trou- 
Tant  dans  une  condition  anomale.  Les  fem- 
lues  sont  en  général  proportionnées  aux 
hommes.  Néanmoins  cènes  des  Canichanas 
O'ius  ont  paru  petites,  tandis  que  chez  les 
Ifofimas,  comme  nous  Tayons  déjà  observé 
fianni  les  rameaux  des  Pampas ,  les  femmes 
>ont,  au  contraire,  presque  aussi  grandes 
«{ue  leurs  maris, ou  au  moins  bien  au-dessus 
ces  proportions  relatives  ordinaires. 

•  Les  formes  des  Moxéens  participent  en- 
rore  de  celles  des  Chiquitéens  et  des  habi- 
tants du  Chaco;  de  même  que  chez  ces  der- 
niers, de  larges  épaules,  une  poitrine  forte- 
ment bombée,  un  corps  des  plus  robustes, 
annoncent  beaucoup  de  force  ;  avec  cette 
iiitférence  toutefois  que  les  Moxéens ,  géné- 
ralement encore  plus  vigoureux  que  les  Chi- 
quitéens, sont  aussi  forts,  en  apparence, 
que  les  nations  du  Chaco;  se  distinguant 
ftourtantdesnns  et  des  autres  par  des  formes 
un  fieu  plus  élancées,  iiar  un  corps  mieux 
d"5siné,  une  ceinture  plus  marquée.  Leurs 
membres,  sans  muselés  saillants,  sont  géné- 
ralement plus' replets  et  plus  arrondis.  Ces 
<-aractères  présentent  une  exception  qu'on 
rt^marque  c»ez  les  Itonamas  qui,  avec  des 
formes  semblables  aux  autres  nations,  ont 
«  on^tamment  les  membres  amaigris,  surtout 
ïes  jambes.  Les  Moxéens  sont  bien  plantés, 
m«irchent  droit  et  avec  beaucoup  d'aisance. 
Le  plus  grand  nombre,  les  Moxos  en  parti- 
rai lier,  sont  sujets  à  Tobésité.  Les  femmes 
(iiffèrent  un  peu  de  celles  du  rameau  chiaui- 
téf*n  ;  elles  ont  les  épaules  et  les  hanches 
larges  ;  mais  leur  corps  moins  d^une  venue 
et  lenr  ceinture  un  peu  plus  étroite  accu- 
sent une  tendance  à  ta  forme  svelte  des  Eu- 
ropéennes. Plus  agréables,  en  général  que 
les  Chiquitéennes ,  elles  sont  des  plus  ro- 
liustesy  ont  les  seins  bien  placés  et  de  mé- 
diocre grosseur  ;  les  mains  et  les  pieds 
[»etits. 

«  Les  traits  sont  assez  différents  chez  les 
Moxéens  et  se  distinguent  facilement  de  ceux 
nîf^  Chiquitéens.  La  tête  est  grosse,  un  peu 
allongée  postérieurement.  La  bce  moins 
pleine  et  moins  large  que  celle  des  Chiqui- 
téens, et  un  peu  plus  oblonzue;  les  pom- 
mettes sont  peu  apparentes,  le  front  est  lias 
et  peu  liombé  ;  le  noz  court,  épaté,  sans  être 


trop  lar^e;  les  narines  sont  ouvertes,  la 
bouche  moyenne  à  lèvres  peu  grosses;  les 
yeux  sont  généralement  petits  et  horizon- 
taux; les  oreilles  petites;  les  sourcils  sont 
étroits  et  arqués  ;  le  menton  est  arrondi  ;  la 
barbe  noire,  peu  fournie ,  pousse  tard,  seu- 
lement au  menton  et  à  la  lèvre  supérieure , 
et  n>st  jamais  frisée  ;  les  cheveux  sont 
noirs,  longs,  gros  et  lisses.  Tels  sont  les  ca- 
ractères généraux  que  nous  avons  remar- 
qués chez  presque  toutes  les  nations  ;  néan- 
moins nous  y  avons  aussi  reconnu  plusieurs 
exceptions.  » 

2"  SECO!n>  ET  TBOisiin  hameau.  —  Tribus 
de  cultivateurs  et  tribus  de  pécheurs  des  pro- 
rinces  de  Moxos  et  de  Chiquitos,  —  Les  pro- 
vinces intérieures ,  et  en  quelque  sorte  cen- 
trales, de  TÂmérique  du  Sud,  qui  se  trou- 
vent au  nord  du  Chaco,  ont  été  appelées  par 
les  Espagnols  provinces  de  Moxos  et  de  Chi- 
quitos, du  nom  des  deux  principales  nations 
qui  y  vivent.  Les  Moxos  et  les  Chiquitos 
sont  chacun  le  type  d*un  groupe  de  nations, 
et  ces  deux  groupes  forment,  avec  celui  dont 
il  vient  d*être  question  précédemment,  les 
trois  rameaux  de  la  race  pampéenne  de 
M.  d'Orbigny.  A  la  vérité,  les  habitants  des 
provinces  de  Chiçpiitos  et  de  Moxos  diffèrent, 
par  plusieurs  points  très-im|)orlants,  et  des 
Palagons  et  des  Indiens  du  Chaco  ;  mais  ces 
différences  peuvent  être  en  partie  attribuées 
à  i'icQuence  de  circonstances  locales  qui 
sont  loin  d'être  les  mêmes  dans  les  deux  ré- 
gions. Au  lieu  d'offrir,  comme  le  Chaco, 
d'immenses  plaines  convenables  aux  habi- 
tudes nomaaes  d'une  nation  équestre,  le 
pays  des  Chiquitos  n'offre  guère  qu'une 
suite  de  montagnes  peu  élevées,  couvertes 
de  forêts  et  entrecoupées  d'une  infinité  de 
petites  rivières  ;  une  pareille  disposition  ren- 
dant les  déplacements  difficiles,  les  habitants 
au  lieu  d'errer  sans  cesse  à  la  recherche  de 
leur  subsistance,  sont  obligés  de  la  demander 
à  la  terre  ;  les  Chiquitos  sont  donc  cultiva- 
teurs et  ont  des  demeures  fixes,  groupées 
iiar  petits  villages.  Les  Moxos,  de  leur  côté, 
habitent  de  vastes  plaines,  sujettes  à  de  fré- 
quentes inondations  et  parcourues  par  d'im- 
menses rivières  dans  lesquelles  ils  sont  fré- 
quemment obligés  de  naviguer  dans  leurs 
tiateaux  ;  leurs  principaux  moyens  de  sub- 
sistance sont  tirés  de  la  pêche  :  ce  sont  les 
ichthyophages  de  la  région  fluviatile  de  l'in- 
térieur. 

LesChi^îtos  vivent  par  clans  dont  chacun 
a  son  petit  village;  les  hommes  sont  nus; 
les  femmes  ont  un  vêtement  flottant  qu'elles 
se  plaisent  à  orner.  Jadis,  on  le  sait,  ils 
avaient  la  coutume  si  générale  parmi  les 
sauvages  d'enterrer  avec  les  morts  leurs 
armes  et  une  certaine  quantité  d'aliments 
destinés  à  leur  usage  dans  l'autre  vie.  Les 
Chiquitos  sont  des  hommes  d'un  naturel 
heureux  et  d'un  caractère  bienveillant;  ils 
ne  paraissent  nullement  inclinés  à  la  jalou- 
sie; ils  sont  sociables,  hospitaliers,  dis- 
posés à  la  gaieté  et  passionnément  épris 
pour  la  danse  et  pour  la  musique  ;  leur  con- 
version au  christianisme  s'est  faite  en  peu 


$B5 


m:*:t 


DICTIONNAIRE 


UET 


n\ 


de  temps  et  a  été  durable,  ces  Indious  a^ayant 
point  Pinconstance  de  caractère  qui,  chez 
d'autres  nations-,  a  tronif)é  tairt  de  fois  les 
espjrances  des  missionnaires.  Il  ne  faudrait 
pas  croire  toutefois  que  leur  conversion  n'a 
coûté  aucune  peine,  et  que  toutes  leurs  tri- 
bus ont  montré  une  égale  docilité  (li  mort 
de  plusieurs  Jésuites  depuis  la  fondation 
des  missions  prouverait  le  cootrairif) }  mais 
ayant  une  fois  embrassé  le  chrisrianisme,  ils 
y  ont  persévéré,  et  rien  aujourd'hui  né  les 
déterminerait  à  retourner  aux  forîts.  En 
cela  ils  diffèrent  des  habitants  de^;  pldines, 
qui,  loin  de  s'être  soumis  au  jou;^,  sont 
aujourd'hui  plus  barbares  peut-être  qu*à 
répoque  où  ils  ont  été  pour  la  ^jremière  lois 
connus.  La  nation  des  Chiquitos  propre- 
ment dite  fut  la  première  nation  convertie, 
et  sou  exemple  contribua  sans  doute  à  ame- 
ner le  même  changement  chez  les  autres 
Indiens  de  la  province. 

MÉLANISME.  Toy.  Albinisme. 

MÉMOIRE.  Voy.  Encéphale. 

MENOU.  Voy,  Bouddhisme. 

MÉTAUX,  —  L'usage  des  métaux  indique 
un  peuple  qui  a  fait  un  grand  pas  dans  la 
carrière  de  la  civilisation,  car  les  peuples 
bruts  et  sauvages  sont  les  seuls  à  qui  l'usage 
des  métaux  soit  inconnu.  Notre  étonnemeiit 
est  à  son  comble,  lorsque  nous  considérons 
le  pas  immense  que  Tes  hommes,  qui  les  pre- 
miers mirent  eii  œuvre  les  métaux,  firent 
f>our  arriver  à  l'art  de  les  reconnaître  et  de 
es  travailler,  eux  qui  n'avaient,  comme  tout 
porte  à  le  croire,  qu'une  connaissance  très- 
superficielle  de  la  nature.  Le  nom  de  celui 
qui  découvrit  l'art  de  reconnaître  les  métaux 
et  de  les  fondre  se  perd  dans  la  nuit  des 
temps  fabuleux,  comme  le  nom  de  celui  qui 
inventa  l'art  de  cultiver  la  terre  et  de  domp- 
ter les  animaux. 

L'or  est  de  tout  les  métaux  celui  qui  fut 
le  plus  facile  à  trouver  et  à  extraire  du  sein 
de  la  terre.  On  le  rencontre  très-souvent  à 
l'état  natif,  parfois  en  srosses  pépites,  et 
souvent  en  petits  grains  disséminés  dans  le 
sable,  soit  à  la  surface  du  soU  soit  sous  la 
terre  végétale  à  peu  de  profondeur,  oii  le 
brillant  de  son  éclat  et  sa  pesanteur  spéci- 
fique durent  de  bonne  heure  attirer  les  re- 
gards sur  lui.  Il  faut  à  toutes  ces  qualités 
ajouter  la  grande  malléabilité  de  ce  métal. 
Il  est  facile,  sans  se  donner  beaucoup  do 
peine  et  sans  avoir  besoin  d'instruments 
compliqués,  sans  être  forcé  de  recourir  à  la 
fusion,  de  donner  à  l'or  une  multitude  de 
formes  variées.  Il  s'adapte  avec  facilité  aux 
objets  dont  il  devient  l'ornement  en  quelque 
sorte  naturel.  La  forme  ronde,  celle  de  l'an- 
neau est  la  plus  simple  qu'on  puisse  donner 
à  ces  ornements  extérieurs  et  d'application  ; 
aussi  voyons- nous  que  l'anneau  est  le  plus 
ancien  des  ornements  dont  les  hommes  aient 
fait  usage.  La  dorure  fut  aussi  «n  moyen 
employé  très-anciennement  pour  embellir 
les  formes.  VOdyssée  (1.  v,  *32),  en  fmr- 


Jant  des  cornes  dorées  des  taureaux,  nous 
fait  connaître  le  moyen  usité  dans  une  anti- 
quité très-reculée,  et  qui  consistait  tout  sim- 
plement à  envelopper  l'objet  d'une  feuille 
d'or  mince.  Il  se  recommande  encore  plus 
par  son  indestructibilité.  Les  influencer  des 
gaz  et  des  vapeurs  ordinaires  ne  lui  canscnt 
aucune  altération,  il  est  à  l'épreuye  de  U 
rouille,  il  se  conserve  dans  le  sein  de  la 
terre,  l'air  et  l'eau  ne  peuvent  ratlajiuer, 
une  fusion  même  longtemps  prolongée  ne 
lui  fait  point  perdre  de  son  éclat  ni  de  son 
poids.  Ce  que  nous  lisons  si  souvent  dans 
les  anciens  écrivains,  des  trésors  inépuisa- 
bles, des  statues  colossales  en  or,  etc.,  ne 
sont  point  de  pures  inventions  de  leur  ima- 

Sination.  L'or,  qui  maintenant  commence  ï 
evenir  très-rare  dans  l'Amérique  du  Sud, 
s'y  trouvait  très -abondamment  et  en  gros- 
ses masses.  Les  anciens  nous  parient  de 
gisements  d'or  dans  des  contrées  où  mainte- 
nant on  n'en  trouve  plus.  La  Colcbide  ren- 
fermait beaucoup  d'or;  Pline  dit  {Uist.  fiai., 
1.  xxxiii,  c.  3)  que  les  rois  Salauces  etEusu- 
bopes  trouvaient  dans  le  pays  des  Suaniens, 
déjà  célèbre  par  ses  toisons  d'or,  une  terre 
vierge  de  laquelle  ils  tirèrent  beaucoup  de 
ce  métal.  Les  anciens  avaient  déjà  commencé 
à  nous  donner  une  explication  de  la  toison 
d'or,  par  les  peaux  d'animaux  emplojM 
pour  retenir  les  paillettes  métalliques  dans 
le  lavage  de  l'or  (595).  Il  parait  assez  certain 
que  cet  usage. fut  la  principale  source  des 
fables  de  la  Toison  a  or.  Hérodote  signale 
pour  l'Europe  le  mont  Pangée,  aujourd'hui 
Casta^^nfita,  en  Thrace,  comme  rontenanide 
l'or  et  de  l'araent.  On  trouvait  aussi  de  l'or 
dans  l'île  de  Tnasos.  L'exploitation  des  ruines 
est  abandonnée  dans  ces  endroits,  peut-être 
parce  que  dans  les  derniers  temps  le  résuilit 
en  a  paru  trop  peu  important.  Les  monto- 
eues  de  l'Espagne,  et  surtout  de  la  Lusit^nie 
(Portugal),  des  Asturies,  de  la  Galicie,  se  re- 
commandaient par  leurs  richesses,  fellecent 
qu'au  rapport  de  Pline  {loc.  cit.  $up.],  ws 
trois  provinces  fournissaient  annuellement 
20,000  livres  d'or  ;  la  province  des  Asturies 
était  celle  qui  en  fournissait  le  plus.  On  trou- 
vait aussi  en  Arabie  de  l'or  en  ))épitesde]a 
grosseur  d'une  châtaigne,  et  d'une  telle  pu- 
reté qu'il  n'avait  point  besoin  d'afliuage;  il 
jouissait  dun  éclat  si  brillant,  que  c'était 
celui  qu'on  préférait  pour  l'incriislalion  d^'j 

f lierres  précieuses  (596).  Les  anciens  signa- 
ent  plusieurs  fleuves  qui  charriaient  d'"» 
paillettes  d'or,  dans  lesquels  maintenant  <>« 
n'en  trouve  plus  que  très-jpeu,  ou  mémei^^ 
du  tout.  Je  mécontenterai  de  citer  le  Pactole 
dans  l'Asie  Mineure,  le  Tage  en  Espagne,  le 
Pô  en  Italie,  le  Gange  dans  l'Inde;  on  pour- 
rait en  nommer  beaucoup  d'autres  encore 
La  recherche  de  l'or  dans  l'Inde  mérite 
qu'on  s'y  arrête  à  cause  des  diverses  fable* 
auxquelles  elle  a  donné  lieu.  Telle  est  celio 
de  ces  fourmis  d'une  grosseur  moyenne  entre 
le  cliien  et  le  renard,  qui  fouillaient  l'or; 


.    (r>!)5)  Stribon,  («VoAr.,  éd.  Cas.,  1763,  p.  4iO  , 
AriiEîf,  0.  Û,  M.^  éd.  Schwcigli,  t.  I",  p.  707. 


(596)  Dioo.,  BibL  hisi.,  h  ii,  c.  50, 


MET 


D'ANTHROPOLOGIE. 


MET 


920 


elles  liabilaient  sous  M  lerrc,  i^oiissaienl  au 
dehors  des  monlicules  de  sable  de  la  nalure 
«Je  l*or,  '^jo^cn^,  qa*on  recueillait  lor$(|ue 
Texcès  de  la  chaleur  aTail  forcé  les  fourmis 
de  se  cacher  dans  leurs  retraites.  Tel  est  le 
récit  d*Hérodote,  gui  place  la  demeure  de  ces 
friurmis  Ters  la  YiUe  de  Kaspaiwrus  daus  la 
contrée  de  Pakiy$ca  (1.  m,  c.  im)  ;  dans  un 
autre  passage  (L  ni,  c.  16),  il  parle  d'une 
^ande  quantité  d*or  venant  du  nord  de  l'Eu- 
ro{>e,  <^ne  les  Arimaspes,  peuples  de  cjclopes, 
enlefaient  aux  griffons  ;  Vauteur  grec  aioule 
immédiatement  qu'il  ne  croit  point  à  1  exis- 
tence des  cjclopes.  Ctésias,  au  contraire, 
parle  de  montagnes  dans  Tlnde,  où  Tor  était 
^rdé  par  des  griffons,  oiseaux  à  quatre 
pieJs  arec  des  plumes  noires  et  la  gorge 
ronge.  Les  iables  passent  rapidement  d*uu 

tiars  dans  un  autre.  Moorcron  a  tu  dans  le 
*eht  Thîiiet  (597),  les  mineurs  et  orpailleurs 
Îui  ont  probablement  donné  lieu  à  la  fable 
es  fourmis  dont  parle  Hérodote  (596). 
Vor  se  trouTC  non-seulement  à  Tétat  natif 
en  pépites ,  mais  il  est  encore  disséminé 
dans  la  gangue  en  parcelles  si  ténues,  qu'on 
ne  peul les  en  séparer  que  par  la  fusion.  Ce 
moyen  dVxtraire  Tor  est  beaucoup  posté- 
rieur au  temps  où  il  se  trouYait  en  masses. 
I  i  ssjppose  la  connaissance  des  autres  métaux . 
Karsten  nous  a  donné  une  histoire  critique 
<iu  IraYail  des  métaux  et  de  leurs  minerais 
en  général  ;  elle  est  si  exacte  que  ie  n'hésite 
fias  à  la  suivre  sans  m'en  écarter  (599).  Bien 
(|oe  les  écriTaiiis  n'eussent  point  de  con- 
naissances bien  profondes  des  opérations 
métallui^ques ,  et  qu'ils  manquent  de  pré- 
ct^ion  dans  leurs  descriptions,  on  est  cepen- 
dant étonné  de  Toir  les  progrès  que  ce  genre 
d'industrie  avait  faits  chez  eux,  et  les  pro- 
i'L'Kiés  Qu'ils  connaissaient  sont  encore  ceux 
aigounl'bui  employés,  sauf  des  améliorations 
iui|iortanies.  L'amalgamation  en  grand,seule, 
e^t  unprocédéentièrement  neuf,  cependant 
les  anciens  connaissaient  la  dorure  à  l'aide 
ou  feu. 

Ces  quatre  Ages  allégoriques  du  monde, 
qu'on  explique  toujours  dans  un  sens  mo- 
ra!,  pourraient  bien  aussi  s'expliquer  dans 
un  sens  physique.  L'âge  d'or  serait  celui 
oaiis  lequel  ce  métal  seul  était  connu;  Tient 
ensuife  dans  son  temps  l'âge  d'argent ,  puis 
l'âge  de  cuivre,  enfin  l'âge  de  fer,  selon  l'Or- 
ly re  de  leur  découverte. 

Vargetu  n'est  point  répandu  d'une  ma- 
nière aussi  générale  que  lor,  il  n'est  point 
iiis^éminé  dans  les  plaines ,  il  ne  se  trouve 
IKiint  comme  le  premier  sur  les  bords  des 
fleuves  et  des  ruisseaux,  on  ne  le  trouve 
qu'en  filons,  c'est-à-dire  dans  les  fentes  des 


(.^97)  ÀsÛÊÊ^  research.^  v.  XII,  p.  455. 

«598)  Huis  la  coUcetioa  des  Mémoires  du  comte  de 
%tiikeim^  Helmsl.,  1810,  ii*  p.,  p.  257,  on  trouve 
un  métnoire  sur  les  fourmis  fooilûnt  for.  L*aaleur 
ifoit  ou'il  existe,  dans  le  désert  de  Gobi,  des  fouil- 
leurs  d'or  ;  mais  ce  désert  est  trop  éloigné  de  Caspa- 
innu  (aajoord'bai  Cachemire  on  dans  le  voisinage). 
I;  cf  oit  qu'une  <^péoe  de  chien  ,  le  cauis  Corut^  a 
donné  lieu  â  b  table  dt*s  fourmis.  U  aurait  pu  indi- 
quer tout  autre  animal.  Il  croit  qnc  cVbt  une  ruse 


rochers.  On  le  rencontre  pourtant  aussi  à 
l'état  natif  et  parfois  en  masses  assez  fortes 
pour  qu'il  ait  im  fixer  l'atteniion  des  hom- 
mes. Souvent  les  filons  viennent  efDeurer  la 
surface  de  la  terre,  de  sorte  qu'il  n'était  pas 
nécessaire,  pour  le  trouver,  de  faire  des 
fouilles  bien  profondes.  La  relation  de  hi 
manière  dont  furent  découvertes  dans  l'Amé- 
rique méridionale  les  mines  d'argent,  peut 
nous  apprendre  comment  les  hommes  arri- 
vèrent à  reconnaître  le  minerai  d'ai^cnt.  La 
mine  de  Potosi,  qui  nous  fournit  encore  de 
l'argent  natif  en  masse,  s'élève,  dit  d'Acostâ, 
comme  une  crête  au-dessus  de  la  montagne, 
sur  une  longueur  de  105  pieds,  une  largeur 
de  f3,  et  sur  environ  9  pieds  de  haut  (la 
hauteur  d'une  lance).  En  1715,  on  découvrit 
au  Pérou,  sur  la  montagne  de  Ccuntaga  , 
une  glande  masse  semblable  à  une  gan^e 
de  filon  ,  c'était  de  l'argent  natif,  d'un  titre 
trè:-élevé  (600).  La  rencontre  fréquente  de 
l'argent  natif  elles  circonstances  dans  les- 

Îueiles  il  se  trouve  ont  probablement  con- 
uit  à  l'art  de  la  coupellation.  Les  gisements 
d'argent  natif  furent  promptement  épuisés  , 
car  il  ne  se  présente  dans  fintérieur  des 
filons  que  i»ar  nids;  il  fallut  donc  chercher  à 
fomire  le  minerai  pour  en  obtenir  le  métal. 
L'arw;ent  se  trouve  souvent  uni  au  plomb 
sulfuré.  Si  on  expose  pendant  longtemps  à 
l'action  du  feu  un  sulfure  de  plomb  argenti- 
fère, le  soufre  se  dégage,  le  plomb  se  change 
en  litharge  ou  s'oxvfJe,  et  si  l'opération  a 
i^té  lifolongée  pemfant  un  temps  suflisant , 
on  finit  par  obtenir  des  grains  d'un  argent 
d'une  pureté  passable.  On  fut  donc  conduit 
h  ajouter  au  minerai  du  plomb  sulfuré  ,  de 
la  litharge  ou  du  plomb  afllné.  Telle  est  ^ns 
cloute  l'origine  cie  la  métallur^e  chez  les 
anciens  et  les  modernes.  L'art  ue  la  fusion , 
qui  est  une  découverte  fort  ancienne,  sup- 

I>ose  toujours  une  observation  attentive  de 
a  nature. 

Les  mines  d'argent  du  mont  Laurion 
dans  TAttique  étaient  célèbres  dans  l'anti  - 
quité.  Le  mont  Laurion  forme  une  ligne  pa- 
rallèle au  mont  Hymelte ,  exactement  à  son 
opposite  vers  l'est  ;  ce|>endant  il  n'est  point 
aussi  élevé,  sa  hauteur  est  de  3.000  pieds 
au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  Vers  la 
mer ,  la  montagne  s'al»aisse  subitement , 
et  c'est  sans  doute  dans  cet  endroit  qu'é- 
taient les  excavations  ;  enfin  elle  se  termine 
fiar  le  promontoire  de  Sunium.  La  monta- 
gne entière  est  formée  de  gneiss  et  de  schiste 
micacé,  avec  des  couches  puissantes  de  cal- 
caire saccharolde,  comme  on  en  Irouve  sou- 
vent dans  les  montagnes  composées  do  gneiss 
et  de  granit.  La  suiiace  de  la  montagne  est 

de  la  politique  qui  a  imagine  ces  contes  pour  éloi- 
gner rcnnemi  de  ces  contrées ,  sans  doute  les  mi- 
nistres qui  les  faisaient  insérer  dans  b  gazette  du 
désert  de  €obi.  L*anlear  prouve  qu*il  n*a  pas  b 
moindre  connaissance  en  arcbéologie. 

<599)  SifiUm  der  MetoUurgie^  von  C.-F.-B.  Kia- 
STEX,  I"  part-,  p.  17  et  suiv. 

(GOO)  Voilage  au  Pérou^  par  Autoluc  de  Vlloa, 
I.  1-,  p.  515;  t.  II,  p.  !%. 


m 


IIET 


DICTIONNAIRE 


MET 


m 


pierreuse  et  ariJe ,  couYerte  çà  et  là  de  pins 
maritimes ,  particulièrement  dans  la  partie 
inférieure ,  car  la  partie  supérieure  produit 
le  chêne  à  kermès  {quercus  coceiferà)  et  le 
lentisque  {pistacia  lentiscus)  ;  ce  dernier 
arbrisseau  est  Tesnèce  dominante.  Ces  pins 
et  ces  arbustes  fournirent  aux  anciens  le 
charbon  qui  leur  était  nécessaire  pour  le 
travail  du  minerai.  Bôckhnous  a  donné  (601) 
une  savante  dissertation  sur  les  mines  du 
mont  Laurion,  à  laquelle  il  a  ajouté  les  rap- 
[)orts  statistiques  élaborés  avec  beaucoup  de 
soin.  Comme  il  n*avait  aucune  connaissance 
en  métallurgie,  la  partie  de  son  ouvrage  qui 
en  traite  n  est  noint  satisfaisante.  Ce  n'est 
point  ici  le  lieu  ae  nous  occuper  de  ce  sujet, 
mais  lorsqu'il  ajoute  que  les  opérations  de 
la  coupellation  étaient  incomplètes  chez  les 
anciens,  parce  qu'on  ne  savait  point  séparer 
l'argent  du  plomb,  quand  il  y  était  en  petite 
quantité  ,  U  cherche  à  nous  faire  croire 
qu'aujourd'hui  il  en  est  de  même ,  encore 
assez  souvent ,  parce  qu'on  reprend  les  an- 
ciens résidus  des  exploitations  pour  en  ex- 
traire l'arçent  qui  a  pu  y  rester.  A  Reich- 
stein  en  Silésie,  on  s'est  remis  à  traiter  de 
nouveau  les  anciens  résidus  à  cause  de  l'or 
qu'ils  pouvaient  contenir,  mais  on  a  fini  par 
trouver  que  le  bénéfice  ne  couvrait  pas  la 
dépense.  C'est  moins  l'imperfection  de  l'art 

au  il  faut  accuser  que  l'inexactitude  du  récit 
es  écrivains ,  qui  probablement  n'étaient 
point  assez  initiés  dans  les  secrets  de  la  mé- 
tallurgie, puisque  ce  sont  les  mêmes  procé- 
dés que  les  leurs  que  nous  employons  encore 
maintenant  (602).  Bechman  a  même  démon- 
tré que  le  départ  de  l'argent  par  le  moyen  du 
mercure  était  un  procédé  bien  connu  des 
anciens  (603). 

Le  cuivre  se  trouve  aussi  à  l'état  natif  dans 
ces  terrains  que  Pline  qualifie  de  vierges  , 
parce  cm'on  n'en  a  encore  extrait  aucun 
métal.  On  le  trouve  dans  les  deux  Améri- 
ques. Dans  la  collection  minéralogique  de 
Lisbonne ,  on  voit  une  masse  consiuérable 
de  cuivre  natif,  et  souvent  les  voyageurs  en 
mentionnent  de  pareilles.  Frezicr  cite  une 
masse  de  cuivre  natif  de  150  quintaux  ;  mais 
le  cuivre  à  cet  état  est  bien  plus  rare  que 
Tor  et  l'argent.  Ce  fut  le  troisième  métal 
dont  l'homme  fit  la  découverte  ;  aussi  le 
troisième  Age  du  monde  porte-t-il  son  nom. 
L'usage  du  cuivre  ne  put  se  répandre  qu'a- 
près qu'on  eut  trouvé  les  moyens  de  fondre 
les  métaux.  L'oxyde  vert  qui  s'attache  au 
cuivre  indique  qu'on  peut  tirer  du  cuivre 
de  la  malachite  ;  que  pour  y  parvenir  il  suffit 
de  la  fondre  avec  du  charbon.  Il  est  proba- 
ble que  ce  fut  de  ce  minerai  que  les  anciens 
tirèrent  d'abord  leur  cuivre,  car  ils  en  fai- 
saient un  fréquent  usage ,  et  que  le  métal 
qui  vient  d'un  minerai  sulfuré  ne  perd  pas 
facilement  sa  qualité  aigre.  L'Ile  de  Chypre 


(601)  AbhandL  d.  Berlin  Akadem  der  IVtsxencA., 
f.  1811  et  1815;  HisL  phiL  K*.,  s.  85. 
(G02)  Karstcn  a  fait  quelques  observations  criti- 
lies  très-inlércssantes  sur  le  mémoire  de  Bôrkh. 
Ai  niiU  hel^ysina^  einployé  par  Pline  {  V.  KARSTt.%, 


l 


donne  encore  de  la  malachite  ,  et  l'on  sait 
que  le  cuivre  de  cette  lie  était  en  réputation 
cnez  les  anciens,  et  que,  suivant  Pline  (ffûf. 
nat.j  1.  xxxiY,  c.  âO),  il  était  ductile.  Dans  le 
même  passage  il  nomme  le  cuivre  cassant 
caldarium.  On  ne  saurait  révoquer  en  douta 
la  connaissance  que  les  anciens  eurent  du 
laiton^  ils  le  nommaient  aurichalcum.  Gomme 
Pline  est  le  seul  auteur  de  rantiquité  qui 
])arle  du  tâ'avail  du  cuivre,  on  doit  compren- 
dre qu'il  règne  sur  cette  matière  une  grande 
obscurité  ;  ce  que  dit  Gallien  est  peu  impor- 
tant, et  Dioscoride  s'est  occupé  des  mélaai 
plutôt  sous  le  point  de  vue  industriel  que 
sous  celui  de  la  métallurgie  proprement 
dite.  11  est  très-probable  que  l'art  de  la  fu- 
sion des  métaux  prit  naissance  en  Egypte, 
et  que  c*est  de  là  qu'il  vint  en  Grèce ,  mais 
ramnaçe  du  cuivre  put  être  im|K)rté  de 
boiine  heure  dans  Ttle  de  Chypre  où  il  était 
très-ancien.  Pline  dit  que  les  Cypriotes  fu- 
rent les  premiers  qui  connurent  le  travail 
du  cuivre  ,  mais  cette  assertion  n'est  point 
vraisemblable. 

Le  cuivre  était  le  métal  que  dans  l'anti- 
quité on  employait  de  préférence  pour  la 
confection  des  armes.  Les  poésies  d'Homère 
nous  en  donnent  une  preuve  si  palpable , 
que  souvent  le  mot  x**^^  (cuivre)  est  le 
synonyme  poétique  d'armes.  Le  fer  («fc^f) 
est  rarement  employé ,  si  ce  n'est  comme 
ornement  ou  pour  là  confection  d*nne  partie 
distincte  de  1  arme.  Lorsque  Vulcain  veut 
forger  des  armes  pour  Achille ,  il  emploie  le 
cuivre,  l'or,  l'argent  et  l'étain;  il  n'est  point 

3uestion  de  fer  (/t.,  xviii,  kGO).  Hérodote 
it  en  termes  bien  clairs  que  les  Ioniens  et 
les  Cariens  avaient  des  armes  de  cuivre,  que 
les  Egyptiens  au  contraire ,  plus  avancés 
dans  I  art  de  travailler  les  métaux,  ne  por- 
taient que  des  armes  de  fer  (l.  ii,  c.  152).  En 
parlant  des  Massagètes  (1.  i,  c.  2j5)ildit 
que  leurs  armes  étaient  seulement  en  or  ou 
en  cuivre,  par  conséquent  qu'ils  n'en  avaient 
point  en  argent  ni  en  fer.  Les  poésies  d'Hé- 
siode ne  parlent  que  du  fer  et  des  armes  en 
fer.  Les  Vandales  n'employaient  que  du  cui- 
vre dans  la  fabrication  de  leurs  armes,  jamais 
dans  leurs  tombeaux  on  ne  trouve  d'arnaes  en 
fer.  Les  Allemands  paraissent  aussi  s'être 
servis  principalement  d'armures  en  cniyre. 
On  ne  trouve  que  des  armes  et  des  boucliers 
d'airain  dans  le  lieu  où  Conrad  Gessner,dan$ 
son  livre  sur  les.  métaux  (p.  12),  place  le 
champ  de  la  bataille  qui  se  livra  entre  l'em- 
pereur Henri  V  et  le  duc  Lothaire  de  Saxe; 
il  en  est  de  même  auprès  de  Beichlingeo, 
que  l'empereur  Henri  IV  prit  d'assaut  sur  le 
roargraf  de  Thuringe  et  de  Metz.  Partout 
on  remarque  que  l'emploi  du  cuivre  a  pré- 
cédé l'usage  du  fer. 

Mais  le  cuivre,  lorsqu'il  est  pur  et  sans 
mélange,   n'a  point   assez   de   consistance 

p.  50),  qui  vient  do  crcc  n»«,  tinv,  s'appH  "«' 
sans  aucun  donlc  à  la  Inliarge,  que  dans  les  op*«a 
tions  de  coupellation  on  obtient  dans  les  fourota^ 
d*aflinago. 
(603)  Geschichte  de  Erfittdmgcn,  th.  i,  $.  H 


W9 


UET 


1/ANTIlROPOLÔGIE. 


UET 


9:0 


l^itir  faire  un  ;  aruic;  il  s*o\yde  aussi  trop 
farilemenU  et, pour  lui  «tonner  les  qualités 
qui  lui  manquaient  on  le  mêlait  arec  Vétain. 
Suivant  lesotiserrationsde  Klaproth  et  d'au- 
tres, on  trouTe  de  Tétain  dans  tous  les  ob- 
jets en  euirre  qu*on  retire  des  tombeaux  des 
Vandales.  Habituellement  aussi  le  cuivre 
entre  dans  la  composition  du  bronze  des  an- 
ciens. Un  fait  remarquable,  c'est  que  Gôbel 
a  trouvé  par  Tanaljse  chimique  d'une  |H)inte 
de  flèche  tirée  d'un  tombeau  égyptien,  78 
pour  100  de  cuivre  et  22  d'étain  (60i)  ;  mais 
comme  du  temps  d'Hérodote  les  Egyptiens 
se  servaient  d'armes  en  fer,  cette  pointe  de 
flèche  devait  venir  d'une  éjjoque  plus  an- 
cienne ou  bien  d'un  ennemi  vaincu.  Véiain 
fat  très-connu  dans  Fantiiiuité  (605),  et  ce 
que  les  Grecs  appelaient  avatztùoc  était  Té- 
tain.  Quand  Vulcain  veut  forger  les  armes 
d'Achille,  il  mêle  le  cuivre,  1  or,  l'argent  et 
Fétain.  (//.,  xviii ,  474.)  Les  armures  des 
jambes  (ocrf<r)  étaient  en  étain  (/frid.,  v.612). 
11  est  très-vraisemblable  que  c'est  des  In- 
diens que  la    connaissance  de  l'étain  est 
Tenue  aux  anciens  ;  peut-être  était-ce  d'eux 
qn*ils  le  recevaient  en  effet.  Kasiira  est  le 
nom  de  l'étain.  Ce  métal  se  trouve  aux  Indes 
orientales,  et  même  l'étain  de  Malacca  est  le 
meilleur  et  le  plus  pur  que  l'on  connaisse; 
mais  c'était  des  lies  Cassitériques,  peut-être 
TAoçleterre,  que,  dans  une  haute  antiquité, 
OD  tirait  l'étain.  Je  ne  connais  pcSy  disait 
Hérodote,  les  Iles  CassUériques  (1.  ni,  c.  115), 
et  jamais  je  n'ai  pu  apprendre  de  la  bouche 
cTon  témoin  oculairela  disposition  de  la  mer 
è  la  partie  la  plus  extrême  de  l'Europe,  quel- 

Sme  soin  que  j'aie  apporté  à  prendre  des  in- 
orroations.  C'est  de  l'extrémité  la  plus  re- 
culée de  l'Europe  que  nous  vient  1  étaîn  et 
le  succin  (elecirum^  c>fmo»).  Plus  tard  ce  corn* 
merce  a  au  cesser,  car  Pline  (1.  xxxiv,  c.  16) 
ne  |»arle  point  d'échange;  il  dit,  au  contraire, 
qu'il  n'est  point  vrai  que  l'étain  soit  jamais 
Tfou  des  Hes  de  la  mer  Atlantique  ;  puis  il 
ajoute  immédiatement  :  Il  est  maintenant 
prouvé  qu*il  se  trouve  dans  la  Galice  et  la 
Lasitanie.  Dans  des  temps  plus  rapprochés 
OD  tirait  du  minerai  d'étain  près  de  v  iseou , 
dans  la  province  de  Beira,  en  Portugal  ;  l'on 
Toît  même  encore  les  traces  qui  rappellent 
Texploitation  d'une  mine  d'étain  vers  un  lieu 
qu'on  appelle  Buraço  de  stano  (trou  de  l'é- 
tain). Pline  donne  une  description  exacte 
du  minerai  de  l'étain  :  il  dit  qu'il  se  présente 
sous  la  forme  de  pierres  noires,  arrondies, 
qui  sont  aussi  pesantes  que  l'or  (1.  gccxu, 
c.  16).  En  réalité,  leur  i)esanteur  n'égale 
j>oint  celle  de  l'or,  mais  elle  est  assez  con- 
sidérable pour  fixer  l'attention  et  détermi- 
ner à  les  soumettre  à  l'expérience  de  la  fu- 
sion. Beckmann,  dans  son  Histoire  des  dé- 
couvertes  (IV,  321),  cher«*he  à  établir  que  le 
zatf-TCTr^oc  dcs  Grccs  n'csl  point  notre  etain. 


mais  il  ne  connaissait  point  un  grand  nom- 
bre d'ar^ments  qui  sont  décisifs  contre  lui. 
Il  est  vrai  que  stannum^  au  moins,  dans 
Pline,  n'indique  point  notre  élain,  car  il  a 
toujours  soin  de  traduire  nwairt&oç  par 
plumbum  album  ou  candidum^  tandis  que 
plumbum  nigrum  est  le  plomb  lui-niême. 
Beckmann  pense  que  stannum  était  chez  les 
anciens  le  nom  de  cette  substance  scoriacée 
impure,  qui  commence  à  'couler  dans  la  fu- 
sion des  métaux,  et  qu'on  apjjelle  en  terme 
de  l'art  travail  de  fonderie  (Werk  auf  den 
HHizen).  Pline  dit  bien  précisément  que  la 
matière  qui  coule  la  première  quan  J  on  pro- 
cède à  la  fusion  d  un  métal  est  le  stannum^ 
que  Tar^jent  vient  ensuite,  et  que  ce  qui 
reste  dans  le  creuset  est  galetna^  qui,  sou- 
mise à  une  seconde  fusion,  sans  doute  en  y 
ajoutant  du  charbon,  donne  du  plomb.  Ce- 
pendant le  mot  stannum  dut  être  usité  pour 
indiquer  l'étain  ou  bien  un  mélange  métal- 
lique brillant,  car  Pline  dit  aussi  que  c*esi 
avec  l'étain  {stannum)  qu'on  fait  les  meil- 
leurs miroirs;  cependant,  aujourd'hui,  cha- 
que femme  de  chambre  veut  avoir  un  mi- 
roir en  argent.  Tandis  qu'au  contraire  ce 
qu'on  nomme  werk  est  un  mélange  métalli- 
que terne  et  noir,  et  que  rien  n*esl  moins 
convenable  que  cette  substance  pour  faire 
des  miroirs. 

Une  preuve  évidente  que  les  anciens  con- 
nurent le  p/omfr,  c'est  qu'ils  l'employaient 
dans  le  travail  métallurgique  de  Targent. 
boh\eu  fait  dériver  le  mot  grec  iioU^^ç  ou 
fiil'f.Q:  du  mot  hindoustani  malva,  qui  si- 
i^ni.^e  plomb  ;  il  le  rattache  eu  nom  de   la 

trovince  Malva^  en  sanscrit  Malaxa^  dans 
iquelle  le  plomb  est  abondant.  Ici  donc  en- 
core se  rencontre  un  point  d'archéologie  au- 
quel se  rattache  bien  positivement  le  nom  de 
rinde. 

Le  fer  est  le  métal  le  moins  facile  à  ex- 
traire de  sa  gangue.  Si  on  traite  le  minerai 
avec  une  quantité  suffisante  de  charbon 
pour  le  convertir  en  fer,  il  parait  alors  mêlé 
de  charbon,  et  il  ressemble  a  une  niasse  mé- 
tallique fusible  et  cassante.  On  l'ex^iose  de 
nouvenuaufeu  du  fourneau  pour  brûler  une 
petite  partie  du  charbon  et  le  rendre  ducliic 
et  malléable  ;  mais  cette  ductilité  est  faible , 
et  il  Gnit  par  cesser  d'être  fusible.  Cepen- 
dant, au  moyen  de  l'opération  qu'on  appelle 
affinage^  on  peut,  de  prime  abord,  rendre  le 
1er  malléable.  Cette  opération  consiste  à 
faire  fondrele  minerai  dans  un  bas  fourneau, 
avec  une  petite  quantité  de  charbon  ;  les 
scories  s'écnappent,  et  le  métal  reste  au  fond, 
sous  forme  d  une  masse  malléable.  Par  ce 
dernier  procédé  on  obtient  du  minerai  une 
quantité  de  métal  moindre  ^ue  celle  qu'on 
obtient  par  les  autres;  maisc  est  le  plus  sim- 
ple et  celui,  sans  doute,  par  lequel  com- 
mença le  travail  du  fer.  Cependant,  le  pre- 


(604)  Fov.  SciWEiccB  Szidels  ,  Jahrhuck  der 
Chimie  uud  Physik^  tb.  xxx,  s.  Ml. 

tiiOTt)  La  .Bible  parle  trois  fois  de  Tétain  et  en 
i»U»n]b.  La  première  {Sombre*^  xxxi,  ^) ,  lorsque 
Mutâe  ordonne  de  purifier  le  batin  fait  sur  les  Ma- 


dianltes,  et  deux  fois  dans  Ezérbiel.  Le  plus  im- 
portant de  ces  Dassares  est  celui  qui  coniii*nt  Ténu- 
mération  des  objets  de  commerce  de  Tyr,  au  nom* 
bre  desquels  est  indiqué  Tétain  et  le  plomb  qu*ai.< 
pirtaient  les  Carthaginqis.  (Ezech.^  xxtii,  li.) 


931 


MEX 


DICTIONNAIRE 


ME\ 


9H 


mier  procédé  était  connu  des  anciens,  car 
un  passage  d'Aristote  ex[)lique  le  procédé 
avec  beaucoup  de  précision.  Ils  savaient 
aussi  faire  une  différence  entre  Tacier  et  le 
fer;  ils  n'ignoraient  point  que  le  fer  ac- 
quiert de  la  dureté  par  un  refroidissement 
subit  dans  un  liquide  froid.  C'est  dans  Tlnde 
qu'il  faut  chercher  le  commencement  du  tra- 
vail du  feP.  Dans  ces  derniers  temps,  nous 
avons  acquis  la  connaissance  de  l'existence, 
dans  cette  contrée,  d'un  acier  d'une  qualité 
supérieure  (le  wootz),  et  Gallien  nous  ap- 
prend que  l'on  connaissait,  de  son  temps, 
la  dureté  de  l'acier  indien  et  sa  fragilité.  Je 
renvoie,  pour  ce  sujet,  à  l'ouvrage  de  Kers- 
ten  (606),  que  j'ai  déjà  cité,  et  dans  lequel 
se  trouvent  des  recherches  faites  avec  beau- 
coup de  précision  et  par  un  homme  qui  con- 
naissait bien  son  sujet. 

Nous  voyons  encore  dans  le  même  écrivain 
quelle  était  la  connaissance  gue  les  anciens 
avaient  du  mercure.  Ils  1  obtenaient  au 
moyen  d'une  distillation  fort  incomplète; 
voilà  le  seul  document  qui  nous  reste  sur  ce 
sujet,  soit  chez  les  Grecs,  soit  chez  les  Ro- 
mains. Leur  mercure  leur  servait  dans  la 
dorure. 

Telles  étaient  les  sept  substances  métalli- 
ques connues  des  anciens.  Le  zinc  n'était 
connu,  chez  eux,  que  comme  une  •'gangue 
de  minerai  ou  comme  cette  substance  miné- 
rale qui,  dans  la  fonte  des  métaux,  s'attache 
aux  parois  du  fourneau  comme  une  scorie 
impure  ;dans  cedernierélat,ilsreniploy&ienl 
en  médecine.  Ils  connaissaient  aussi  Yarsenic 
en  combinaison  avec  le,souffre,  sous  le  nom 
d*arsenic  soufré.  Le  co6â// colorait  leur  verre 
en  bleu,  comme  l'a  démontré  II.  Davy,  dans 
l'analyse  des  couleurs  antiques.  Ils  fabri- 
quaient du  verre  avec  Yantimoiiie  naiifei  le 
manganèse. 

MEXICAINS.  —  Dans  beaucoup  de  parties 
du  monde  on  trouve  des  régions  très-levées, 
où  le  climat,  le  sol  et  toutes  les  productions 
de  la  terre  diffèrent  considérablement  du 
sol,  du  climat  et  des  productions  des  basses 
régions  adjacentes  ;  mais  nulle  part  nous 
n'observons  do  contraste  aussi  frappant  dans 
'toutes  les  formes  de  la  nature  organique  et 
inorganique ,  que  lorsque  nous  comparons 
Jes  hautes  plaines  de  rAnahuac  avec  les 
parties  basses  de  l'Amérique  intertropicale. 
La  chaîne  de  la  Cordillère  qui,  au  Pérou 
est  divisée  en  plusieurs  chatnons  parallèles 
comprenant  entre  eux  de  larges  vallées, 
devient ,  dans  la  latitude  du  Mexique ,  un 
massif  serré  de  montagnes  qui  forment  un 
CTand  plateau ,  sur  la  surface  duquel  sont 
dispersés  des  pics  de  16,000  et  17,700  pieds 
de  hauteur.  Toute  la  région  haute  du  Mexi- 
que se  divise  en  quatre  bassins ,  ou  •  si  l'on 
veut,  en  quatre  vallées  à  fond  plat  qui  diffè- 
rent les  unes  des  autres  i)ar  les  caractères 
géographiques  et  par  les  productions  natu- 
relles. La  première ,  qui  comprend  ce  qu'on 
nomme ,  assez  mol  à  propos  peut-être ,  la 
vallée  de  Tojuca ,   est  élevée  de  S|530  pieds 

(OOG)  SyUcm  der  MeUdlurgie,  1.  lîj.,  s.  93,  etc. 


au-dessus  du  niveau  de  la  mer  ;  la  vallée  de 
Tenochtitlan,  la  seconde,  où  était  la  capitale 
de  Montézuma,  est  élevée  de  7,UM)  pieds; 
celle  d'Actopan,  la  troisième,  l'est  de  6,553; 
et  la  quatrième ,  appelée  vallée  de  Istia ,  de 
3,34-3.  Les  rochers  et  les  montagnes  de  rAna- 
huac ont  la  forme  de  vieilles  tours ,  de  l)as- 
tions  ,  de  cûnes  et  de  pyramides.  Plusieurs 
»'ands  lacs ,   tels  que  celui  de  Tczcuco ,  de 
Christobal  et  de  Chalco,  s'étendent  à  sa  sur- 
face dont  ils  occupent  presque  le  quart.  Dans 
les  daines  dénuées  d  arbres ,  des  cactus  de 
différentes   formes ,   le  maguey  à  feuilles 
piquantes  (  ou  agave  ) ,  et  u'autrcs  plantes 
étranges  d'aspect  couvrent  le  sol  où  errent 
le  chien  muet  et  le  loup  chauve  du  Mexique, 
le  xoloitzcuintli  et  divers  reptiles  saurions. 
•Dans  ce  pays  où  le  cours  des  saisons  n'amène 
ni  un  hiver  ni  un  été  proprement  dits,  et  où 
le  climat  n'est  ni  celui  de  la  zone  torride  ni 
celai  de  la  zone  tem itérée ,  les  conquérants 
espagnols  trouvèrent  un  peuple  qui  n'avait 
lui-même  ni  la  grossière  simplicité  de  la  vie 
sauvage  ni  la  douceur  des  mœurs  qu'amène 
partout  ailleurs  la  civilisation  ;  un  peuple  qui 
réunissait,  à  des  connaissances  assez  étendues 
et  à  beaucoup  d'habileté  dans  la  pratique  ûe 
différents  arts  utiles  et  agréables,  Tinsatiable 
cruauté  des  barbares  les  plus  fcrorcs.  Les 
Aztèques  étaient  d'intelligents  et  laborieux 
agriculteurs  ;  ils  avaient  non-seulement  l'art 
d  exploiter  les  mines  et  de  préparer  [our 
divers  usages  les  métaux  que  recelait  leur 
sol ,  mais  encore  celui  de  monter  les  pierrȔs 
précieuses ,  et  ils  exécutaient  des  ouvrages 
dont  la  perfection  était,  à  ce  que  nousappreml 
Clavigero,  un  sujet  d'admiration  pour  ks 
ouvriers  européens  :  habiles  architectes,  ils 
avaient   construit   des    monuments  splen- 
dides,  qui  pouvaient  rivaliser  avec  ceuï  de 
l'Égynte  ;  enfin ,  s'ils  n'étaient  pas  encore 
complètement  en  ]:ossession  de  cette  admi- 
rable découverte ,  la  plus  grande  de  celles 
qu'il  a  été  donné  aux  hommes  de  faire, 
découverte  qu'ils  n'ont  pu  faire  peut-éirc 
qu'une  seule  fois  et  sous  les  auspices  Is 
jïlus  favorables  (celle  de  représenter  par  des 
signes  les  sons  articulés  de  la  voix  ) ,  ils  en 
sentaient  du  moins  la  nécessité ,  ils  y  aspi- 
raient depuis  longtemps,  et  ils  avaient  ima- 
(;iné  une  méthode  graphique  pour  conserTcr 
e  souvenir  des  événeraenls  et  transmettre 
aux  générations  suivantes  les  traits  saillants 
de  leur  histoire. 

Les  Mexicains  étaient  même  très-avancés 
dans  les  sciences ,  et  ils  avaient  une  année 
solaire  avec  un  système  dMntercalations  fondé 
sur  le  même  principe  que  celui  du  calendrier 
romain.  Il  paraît  qu  ils  étaient  sous  l'influenrc 
d'un  sentiment  de  religion  très-nrolond,  quoi- 
que singulièrement  perverti.  Ils  avaient  un 
ordre  de  prêtres  dont  la  vie  était  consacrée  à  la 
pratique  des  rites  d'un  cérémonial  impo^nl. 
des  pompes  splendides,  des  nroce5sions  f^w 
l'honneur  des  dieux  auxquels  ils  offraient 
des  sacrifices  de  la  yîus  elirayante  cruaul»-. 
sacrifices  insj>irés,  a  ce  qu'iV semble,  jarre 


93S 


IICX 


D'ANTHROPOLOGIE. 


UEX 


951 


sentiment  si  général  parmi  les  hommes  de 
la  nécessité  aune  oxpiation.  Les  relations 
que  nous  ont  laissées  tes  conquistadores  sont 
à  ueine  sufBsantes  pour  nous  donner  une 
idée  un  peu  précise  de  leur  état  social; 
mais,  diaprés  ce  que  nous  en  pouTous  saToir, 
il  parait ,  comme  nous  Tayons  dit ,  que  la 
cullure  des  arts  n'arait  amené  chez  les  Aztè- 
ques civilisés  aucune  amélioration  morale , 
n  arait  apporté  aucune  modi6cation  à  cette 
sombre  cruauté  qui  parait  commune  à  tou- 
tes les  tribus  indigènes  du  noureau  monde. 
Leurs  dieux  n*ont  point  d'attributs  de  clé- 
mence ou  de  miséricorde  ;  ce  sont  des 
démons,  des  veneurs  impitoyables  du  crime, 
les  noires  créations  d*une  mauvaise  cons- 
cience. 

On  sait  que  les  Mexicains  prétendaient 
avoir  des  annales  d*une  très-haute  antiquité. 
Ces  annales  étaient  tracées  dans  des  peintu- 
res historiques  dont  Texplication  tradition- 
nelle fut  donnée  oralement  par  des  indigènes 
mexicains  à  quelques-uns  de  leurs  vain- 
queurs et  à  des  ecclésiastiques  espagnols  et 
italiens.  Ilsavaient  aussi  des  calenariers  dans 
lesquels  la  notation  des  temps  remontait  fort 
loin,  et  où  se  trouvaient  indiquées  les  princi- 
|iales  époques  de  leur  histoire  (607).  L'au- 
tlK'nticité  de  ces  documents  et  la  légitimité 
ùes  interprétations  qu'on  en  a  données 
auraient  besoin  d*ètre  soumises  à  une  criti- 
que plus  sévère  que  celle  qu'on  a  apnortée 
jusqu'ici  à  leur  examen  ;  cependant  rabbé 
Clavigero,  le  professeur  Valer  et  M.  de 
llumboldt  les  ont  considérées  comme  dignes 
«Je  confiance.  Quoique  la  partie  la  plus 
ancienne  des  légendes  que  ces  hiéroglyphes 
ont  conservée  soit  évidemment  mythique,  ils 
continneront  à  tenir  leur  place  dans  les 
archives  des  nations ,  et,  comme  ils  forment 
pour  le  nouveau  monde  les  seules  annales 
des  temps  passés,  ils  devront  être  Tobiet  des 
études  de  tous  ceux  qui  voudront  {)énétrer 
an  peu  profondément  dans  son  histoire. 

Les  principaux  événements  que  retracent 
ces  peintures  se  rattachent  aux  migrations 
de  trois  nations  qui ,  partie  de  régions  éloi- 
gnées du  nord-ouest ,  arrivèrent  successive* 
ment  dans  l'Anabuac.  Ces  nations  étaient  les 
Toltèquesy  les  Chichimecas,  et,  enfin,  les 
Mahuaflacas  divisés  en  sept  tribus  difléreu' 
xe< ,  dont  une  était  celle  des  Aztèques  ou 
31  exicains  proprement  dits. 

Le  pays  d'oi^  sortirent  les  Tollèaues  se 
nommait  Huehuetlapallan.  C'est  de  la  qu'ils 
cfimmencèrent  leur  marche,  dans  l'année  5U 
fie  notre  ère,  époque  la  plus  ancienne  dans 
riiistoire  du  nouveau  monde.  Ils  arrivèrent 
9  Tollautzinco ,  dans  le  pays  d'Anahuac,  en 
6  *8 ,  et  à  Tula  en  670.  Sous  le  règne  du  roi 
toltèqne  Ixtlicuechabuac,  en  706,  l'astrolo- 
gie Huematzin  composa  le  Livre  divin ,  ou 

rOOT)  Foy.  la  nia^îGqoe  collection  de  peiotnret 
bisiorûiaes  des  Mexicains,  publiée  par  lord  Kiogs- 
Lart;. 

(ÔOH)  Parmi  les  restas  les  plus  ÎDlércàsanU  et 
protiaUemenl  les  plus  authentiques  de  la  liuéralure 
df  crue  singulière  race ,  se  trouvcnl  les  bymncs 
composées  par  Né^bualcojoll,  roi  de  Tczcuco,  en 


Teo-Amoxtli,  qui  contenait  en  hiéroglypiies 
leur  histoire ,  leurs  lois ,  leurs  calendriers 
et  leur  mythologie.  Les  Toltèques  pas- 
sent pour  avoir  construit  la  pyramide  i  e 
Cholula  sur  le  modèle  de  la  pyramide  de 
Teotihuacan.  On  suppose  que  ce  sont  là 
les  deux  pyramides  les  plus  anciennes 
du  nouveau  monde.  ^Siguenza  croyait  que 
c'était  l'oeuvre  des  Olmecas ,  habitants  plus 
anciens  et  appartenant  à  une  race  diffé- 
rente de  celle  des  Toltèques.  Ce  fut  sous  la 
dynastie  toltèque ,  ou  même  plus  ancienne- 
ment, qu'apparut  le  bouddah  mexicain, 
QuetzalcohuatI ,  homme  blanc ,  à  longue 
barbe,  qui  était  accompagné  d'étrangers  por- 
tant des  vêtements  noirs.  Grand  prêtre  de 
Tula,  il  fonda  des  cérémonies  religieuses,  et 
resta  investi  de  la  puissance  ecclésiastique , 
tandis  que  l'autorité  séculière  fut  le  partage 
de  son  frère  Huemac  :  avec  eux  commen^*a 
ainsi  une  double  dynastie  comparable  à  celle 
des  Baîris,  ou  empereurs  temporels  et  spiri- 
tuels du  Japon.  La  peste  détruisit  les  Toltè- 
ques en  1051.  Us  émigrèrent  vers  le  sud , 
mais  quelques-uns  restèrent  à  Tula. 

Les  Chichimecas ,  peuple  barbare  sorti  de 
l'Amaquemecan ,  pays  dont  la  position  est 
ignorée ,  arrivèrent  au  Mexique  en  1070.  Là 
migration  des  Nahuatlacas ,  ou  des  sept  tri- 
bus, eut  lieu  bientôt  après.  Ces  tribus  étaient 
les  Sôchimilcas ,  les  chalcas,  les  Tepanecas, 
les  Acolhuas,  les  Tlahuicas,  les  TIascalteeas, 
ou  Teo-chichimecas ,  et  les  Aztècpies  ou 
Mexicains  ;  tous,  ainsi  que  les  Chichimecas, 

E  riaient  la  même  langue  que  les  Toltèques. 
i  étaient  sortis  en  106%,  ou,  selon  une 
autre  version,  en  1160,  d'un  pays  situé  fort 
loin  au  nord,  et  qu'ils  désignent  sous  ie  nom 
d'Aztlan.  Les  Aztèques  se  séparèrent  des 
autres  peuples ,  et ,  en  1325 ,  ils  bAtirenl  la 
ville  de  Tenochtitlan ,  l'ancien  Mexico ,  sur 
les  bords  du  lac  Texcuco  (608). 

Telle  est  en  abrégé  l'histoire  de  l'ancienne 
race  mexicaine ,  celle  qu'on  dit  être  figurée 
dans  les  peintures  historiques  dont  les  con<- 
quérants  espaj^nols  obtinrent  la  possession , 
avec  une  interprétation  qu'ils  considérèrent 
alors  comme  exacte.  Quoiqu'on  puisse  éle- 
ver des  doutes  relativement  à  ce  dernier 
point,  en  ce  qui  concerne  les  détails,  on 
semble  du  moins  autorisé  à-admettre  le  fait 
principal ,  savoir  :  que  les  peuples  de  race 
mexicaine  (car  les  Toltèques ,  les  Aztèques 
et  les  antres  nations  mentionnées  ci-dessus 
ne  formaient  qu'une  seule  race,  puisqu'elles 
parlaient  toutes  la  même  langue)  étaient 
arrivés ,  d'un  pays  situé  quelque  part  vers 
le  noitl,  sur  le  plateau  central  de  l'Anabuac, 
et  que  leurs  migrations  avaient  été  succes- 
sives et  avaient  continué  pendant  plu- 
sieurs siècles,  à  une  époque  antérieure  à  la 
décourerle  de  l'Amérique. 

l'honneur  de  l'Etre  suprême,  et  son  élégie  sur  Hn- 
siabilité  des  grandeurs  humaines  prouvée  par  b 
destinée  du  tyran  Tézozomoé.  Ces  poésies  ont  été 
tradoiles  en  espagnol  par  le  neveu  de  ce  roi,  qui  fut 
liaptisé  sous  le  nom  de  Ferdinand  d'Aka  htliUo- 
cbttl. 


1 


$55 


HEX 


DICTIOiNNAIRE 


MEX 


«3S 


Les  portraits  des  anciens  Aztèques ,  ainsi 
que  le  remarque  M.  de  Huaiboidt,  et  les  fi- 
gures de  quelques-unes  de  leurs  divinités, 
sont  remarquables  par  la  dépression  du 
front,  d*oii  résulte  la  petitesse  de  Tan^le  fa- 
cial ;  c'est  une  forme  qui  paraît  avoir  ap- 
Eartenu  au  beau  idéal  de  la  race ,  et  que 
eaucoup  de  nations  américaines  ont  cher- 
ché à  imiter  au  moyen  d'une  compression 
artificielle  de  la  tête.  Les  traits  caractéristi- 

aues  des    Mexicains  de  notre  temps  sont 
onnés  par  Clavigero  dans  les  termes  sui- 
vants : 

«  Les  qualités  physiques  et  morales  des 
Mexicains,  leur  caractère,  leurs  dispositions 
étaient  les  mêmes  que  ceux  des  Àcolhua- 
cans,  des  Tepanecans,  des  Tlascalans  et  d'au- 
tres nations,  sans  autre  différence  oue  celle 
qui  résultait  de  leur  différent  moue  d'édu- 
cation. 

«  Les  Mexicains  sont  assez  grands,  et  leur 
taille  est  en  général  plutôt  au-dessus  qu'au- 
dessous  de  la  moyenne  ;  ils  sont  bien  pro- 
portionnés dans  tous  leurs  membres;  ils 
ont  le  front  étroit,  les  yeux  noirs,  les  dents 
blanches,  bien  enchAssées  et  régulières ,  les 
cheveux  épais ,  rudes,  noirs  et  brillants,  la 
barbe  rare;  généralement  ils  n'ont  pas  de 
poils  sur  les  jambes,  les  cuisses  et  les  bras  ; 
leur  peau  est  de  couleur  olive. 

«  Il  n'y  a  peut-être  pas  une  nation  sur  la 
terre  chez  laquelle  on  trouve  moins  de  per- 
sonnes contrefaites;  et  il  serait  plus  diffi- 
cile de  trouver  un  bossu ,  un  boiteux  ou  un 
louche  dans  mille  Mexicains  que  dans  cent 
individus  de  toute  autre  nation.  Parmi  les 
jeunes  femmes  de  Mexico  on  en  voit  beau- 
coup qui  sont  très-belles  et  qui  ont  le  teint 
fort  clair,  et  ce  qui  rend  cette  beauté  encore 

Elus  attrayante ,  c'est  qu'elle  est  jointe  ha-* 
ituellement  à  une  expression  de  douceur 
dans  la  physionomie  et  à  beaucoup  de  mo- 
destie dans  les  manières. 

«  Les  sens  des  Mexicains  sont  très4}ons , 
et  jBurtout  celui  de  la  vue  qu'ils  censervent 
dans  toute  sa  force  jusqu'à  l'Age  le  plus 
avancé.  Leur  esprit  est  au -fond  le  même, 
sous  tous  les  rapports,  que  celui  des  autres 
enfants  d'Adam ,  et  doues  des  mêmes  facul- 
tés; de  sorte  que  les  Européens  ne  se  mon-* 
trèrent  réellement  jamais  moins  raisonna- 
bles que  lorsqu'ils  s  avisèrent  de  mettre  en 
question  la  raison  des  Américains.  Beau- 
coup de  personnes  accordent  aux  Mexicains 
un  grand  talent  d'imitation,  mais  elles  leur 
refusent  le  génie  d'invention  :  c'est  une  er- 
reur vulgaire  qui  est  contredite  par  l'histoire 
ancienne  de  ce  peuple.  >» 

Habitants  aborigènes  du  Mexique  et  d'au-- 
ires  parties  de  F  Amérique  centrale.  —  Nous 
avons  vu  que  les  Aztèques  ou  Mexicains,  de 
même  que  leurs  prédécesseurs  les  Toi tèques, 
étaient  étrangers  dans  l'Anahuac,  où  ils  ar- 
rivèrent par  le  nord,  et  que  la  première  do 
leurs  bandes  entra,  à  ce  que  Ton  suppose, 
dans  le  Mexique  vers  l'an  6M  de  l'ère  chré- 
tienne ;  avant  cette  époque,  le  plateau  d'A- 
nalmac  avait  été  habite  par  diverses  races 
dont  quelques-unes  avaient  un  certain  de- 


gré de  civilisation,  et  pcsséJaient  quelques 
arts,  tandis  que  d'autres  nous  sont  repré- 
sentées  comme  tout  à  fait  barbares.  Les  pre- 
mières se  répandirent  au  loin  dans  î'AnK^ 
rique  centrale ,  ainsi  que  le  prouvent  les 
monuments  splendides  de  Palenque  et  ceux 
de  plusieurs  autres  localités  qu'a  décrits  ré- 
cemment M.  Stephens.  Parmi  les  plus  an- 
ciennes tribus ,  Clavigero  et  Humboldl  ci- 
tent les  Olmecas  que  Boturini,  un  des  grands 
collecteurs  d'antiquités  mexicaines,  suppose 
avoir  peuplé  les  Antilles  et  l'Amérique  du 
Sud.  On  est  certain  du  moins  qn'us  ont 
étendu  leurs  migrations  jusqu'à  Léon  de  M- 
r^raçua.  Les  Olmecas  partagèrent  le  sol  du 
Mexique  avec  les  Xicalancas,  les  Cpras,  les 
Tepanecas ,  les  Tarascas ,  les  Miitec^s,  les 
ïzapotecas  et  les  Othomis 

Les  Othomis  et  les  Totonacjues  étaient 
deux  races  barbares  qui  habitaient  les  pays 
situés  près  du  lac  Tezcuco»  antérieurement 
à  Tarrivée  des  Chichimecas,  qui  étaient  de 
race  mexicaine.  Les  Othomis  sont  un  peu- 
ple très-remarquable  par  cette  circonstance 
que,  tandis  que  toutes  les  langues  connues 
de  l'Amérique  sont  polysyllabiçiues  et  abon- 
dent eu  constructions  compliquées ,  leur 
langue  est  monosyllabique.  Ce  fait  qui  a  été 
prouvé  récemment  par  un  écrivain  natif  de 
Mexico,  don  F.  Naxera,  est  représenté  par 
le  grand  philologue  DuPonceau  comme  une 
découverte  du  plus  haut  intérêt.  Il  paraitrail 

3ue  l'othomi  appartient  à  la  même  famille 
e  langues  que  le  chinois  et  les  idiomes  io- 
do-chinois. 

Plus  loin  au  nord,  et  par  delà  les  frontiè- 
res septentrionales  de  l'empire  mexicain, 
habitaient  les  Huaxtecas.  Le  professeur  Va- 
ter  a  reconnu  que  Tidiomc  huaxteca  a  beau- 
coup de  rapports  avec  les  langues  du  Yuca- 
tan  et  du  duatimala,  ce  qui  confirme  Tbis- 
toire  de  la  conquête  d'Aiianuac  parles  Aztè- 
ques. L'Huaxtecapan  est  séparé  de  ces  pro- 
vinces méridionales  par  tout  rAcolbuacan 
et  par  une  grande  partie  de  l'empire  meu- 
cain ,  de  sorte  qu  il  parait  bien  que  les  Az- 
tèques, venant  a  envahir  une  partie  du 
pays  occupé  par  cette  nation,  la  cmfè' 
rent  en  deux  tronçons  qui  demeurèrent 
isolés,  Vater  a  prouvé  qii'ii  existe  une 
très-grande  analogie  entre  le  maja,  qui  e:>l 
l'idiome  du  Yucatan,  le  poconchi  de  Guaii- 
mala  et  le  huaxteca  du  nord,  et  il  y  a  lieu 
de  croire  que  le  maya  était  la  langue  de 
Cuba ,  de  la  Jamaïque  et  de  Saiut-Bomingue. 
Dans  la  province  voisine  de  Chiapa,  on 
compte  au  moins  dix  langues  diiférentes. 
Les  nabitants  de  ce  pays  avaient  des  peintu- 
res hiéroglyphiques  et  des  calendriers  dan> 
le  genre  de  ceux  des  Mexicains.  Selon  leurs 
traditions,  ils  étaient  venus  du  norJ,  con- 
duits par  un  patriarche  nommé  Votan.  Entre 
Chiappa  et  le  Mexique  se  trouvaient  les  Za- 
potecas  et  les  Mixtecas^  qui  avaient  un  sr^- 
tème  mythologique  particulier  et  des  ui^ 
lectes  qui  leur  étaient  propres. 

Les  Tarascas,  qui  habitent  la  grande  et  fer- 
tile contrée  de  Mechoacan,  au  nord  du  Mexi- 
que, furent  toujours  indépendants  de  C0 


m 


MOL 


D^AXTHROPOLOGIE. 


MIL 


938 


roYâame.  Ils  avaient  une  langae  sonore  et 
harmonieuse  différente  de  toutes  les  autres. 
11>  formaieut  une  population  très-nombreuse» 
et  soas  le  rapport  des  arts  et  de  la  civilisa- 
lion,  ils  marchaient  de  pair  avec  les  Mexi- 
cains qui  ne  purent  jamais  les  subjuguer; 
fixais  leur  roi  se  soumit  sans  résistance  à  la 
domination  des  Espagnols.  Avant  de  laisser 
1(  s  nations  d'Anahuac,  il  est  fieut-étre  cu- 
rieui  de  remarquer  que»  malgré  les  grandes 
(Jiiférences  qui  existaient  enire  elles  sous  le 
ra[»port  du  langage,  ces  nations  se  considé- 
raient comme  descendant  d'une  même  race, 
et  elles  avaient  même  des  histoires  mytho- 
lo^ques  qui  exfdiquaient  la  diversité  de 
leurs  langues.  Aeosta  a  conservé  une  de  ces 
légendes  où  il  est  dit  que  les  Tarascas  par- 
laient dans  l'origine  la  langue  des  Aztèques, 
e;  avaient  émisré  d*Aztlan  avec  ce  peuple. 

Selon  cette  légende,  les  Aztèques  étant 
arrivés  dans  le  Mechoacan,  après  avoir  erré 
!'»a^temps,  eurent  le  désir  de  se  fixer  dans 
r»>  r»eau  pays,  qui  se  trouva  cependant  trop 
étroit  pour  toute  la  nation.  Leur  dieu,  Huit- 
/i;opochtIi,  consentit  à  ce  qu'une  partie  y 
r-jstâl,  et  pendant  qu'un  grand  nombre 
li'entre  eux  se  baignaient  dans  le  lac  de  Pa- 
zenaro,  il  conseilla  aux  autres  de  s*emparer 
de  leurs  vêtements  et  de  poursuivre  leur 
voyage.  Les  premiers  furent  si  courroucés 
de*ee  vol  an'us  résolurent  de  se  séparer  à 
jamais  de  leurs  perfiiles  frères,  et  ils  adoptè- 
rtfnt  en  conséquence  une  nouvelle  langue 
qui  fut  le  tarasca. 

Gomara  parle  d'une  histoire  allégorique 
qui  avait  cours  chez  les  Mexicains,  et  dont 
le  sens  avait  plus  de  portée.  Un  rieillard 
uofnmé  Iztac-Mixcoatl  et  sa  femme  Itan- 
rueitl  eurent  six  enfants  dont  chacun  vint  à 
fiarler  une  lançue  différente.  Les  noms  de 
ces  enfants  étaient  Xolhua,  Tenoch,  Olm&- 
cail,  Xicallancatl ,  HixteeatI  et  Otomoti,  et 
ces  noms  sont  devenus  ceux  des  six  prin- 
cipales nations  de  TAnabuac. 

Traces  de  la  migration  aztèque.  —  Dans  les 
contrées  qui  sont  situées  à  1  est  du  golfe  de 
Californie,  et  qui,  comprises  entre  la  mer 
et  It'S  plus  hauts  sommets  de  la  Cordillère , 
&'cf 'endent  au  nord  jusqu'à  la  rivière  de  Gila 
(t  au  Colorado,  on  trouve  beaucoup  de  tra- 
res  du  séjour  temporaire  des  Aztèques,  qui, 
É  ce  qu'il  parait,  traversèrent  cette  contrée 
ians  leur  migration. 

En  divers  endroits  du  pays  situé  au  sud 

lu  Gila,  on  a  trouvé  des  ruines  auxquelles 

e  rattacliaient  encore  des  traditions  locales, 

^t  que  Ton  a  considérées  comme  des  traces 

k^>  fJiiTérenles  stations  des  Az'.èques  dans  le 

r>:jrs  de  leur  marche  vers  TAna^iuac  ;  ces 

(*- titres  se  rencontrent  dans  les  lieux  où  on 

fiiivait  s'attendre  à  les  trouver  d'après  los 

(liications  transmises   par  les   iiistoriens 

ir'xicains,  auxquelles  ils  servent  ainsi  de 

t>n  ûrmation.  Près  de  Nayarit,  on  voit  des 

lenticules  de  terres  rapportées,  et  des  tran- 

b'  es  que  la  tradition  du  pays  suppose  avoir 

lé  construites  par  les  Coras.  Le  peuple  les 

rait  élevées,  disait-on,  pour  se  défendre  des 

ztèques,  lorsque  ceux-ci  se  rendaient  de 

ricno?i5.  d'Asthropologie. 


Uuéoolhuacan  à  Cliicomoztoc,  où  les  sept 
nations  se  séparèrent.  Les  ruines  dans  les- 

auelles  on  croit  avoir  reconnu  des  stations 
es  Aztèques  ont,  dans  quelque  cas,  une 
grande  étendue.  Les  plus  célèbres  sont  celles 
qui  se  trouvent  près  de  la  rivière  Gila.  On 
y  voit  des  restes  d'édifices  d'une  construc- 
tion semblable  à  ceux  du  Mexique,  et  qui 
sont  évidemment  l'œuvre  d'un  peuple  avancé 
dans  les  arts  ;  on  les  connaît  dans  le  pays 
sous  le  nom  de  Casa$  Grandes  (les  grandes 
maisons).  Des  nations  qui  parlent  des  lan- 
gues différentes  habitent  les  provinces-  de 
Sinaloa  et  de  Sonora  et  les  missions  de  la 
Nouvelle-Biscaye ,  qui  sont  situées  entre  le 
Mexique  et  la  rivière  Gila.  Selon  Hibas,  tou- 
tes ces  langues  de  la  province  de  Sinaloa 
contiennent  un  grand  nombre  de  mots  qui 
ressemblent  au  mexicain ,  ce  qui  paraîtrait 
prouver  qu'il  y  a  eu  quel(|ue  ancienne  con- 
nexion entre  les  peuples  de  ces  deux  pays. 
On  dit  cependant  que  les  langues  de  la  pro- 
vince de  Sinaloa  diflréraient  de  la  langue  mexi- 
caine par  la  structure  grammaticale. 

Les  montagnes  de  Tarahumara  et  de  Pi- 
meria  Alta,  gui  s'étendent  depuis  la  Nou- 
velle-Biscaye jusqu'à  Sonora,  ont  donné  leurs 
noms  aux  missions  de  ces  contrées.  Les  na- 
turels de  Tarahumara  ont  une  langue  parti- 
culière. Clavigero  dit  que  les  Endèves  et  les 
Opatas  ressemblent  tant  aux  Tarahumaras, 
qu'ils  doivent  être  sortis  de  la  même  souche  ; 
or,  il  a  longtemps  que  l'on  sait  que  la 
langue  des  Coras,  peuple  qni  habite  les  mis- 
sions de  Nayarit,  et  celle  de  Tarahumara, 
ont  de  très-grands  rafiports  avec  le  mexicain. 
Le  cora  ressemble  au  mexicain ,  non-seule* 
ment  par  son  vocabulaire,  mais  beaucoup 
aussi  par  la  structure  grammaticale;  la  res«- 
semblance  même  est  telle,  qu^elle  prouve 
que  la  nation  est,  en  grande  partie  au  moins, 
sortie  de  la  même  souche  que  les  anciens 
Aztèques. 

Ij^  parties  les  plus  septentrionales  du 

Fays.  où  l'on  rencontre  des  traces  de  ce  que 
on  peut  appeler  la  civilisation  mexicaine, 
sont  celles  qu'arrose  le  Yaquesila  ,  rivière 
qui  va  se  jeter  dans  le  Rio  Colorado.  Les 
Moquis  et  d'autres  tribus  qui  habitent  ces 
contrées  nous  sont  reffrésentés  par  les  mis- 
sionnaires qui  eurent  occasion  de  les  obser- 
ver en  venant  des  missions  de  Pimeria, 
comme  résidant  dans  des  villes  on  villages 
qui  contiennent  deux  ou  trois  mille  habitants. 
Us  portent  des  vêtements,  et  leurs  maisons 
ont  plusieurs  étages,  des  terrasses,  et  sont 
construites  dans  le  genre  des  Casas  Grandes 
et  des  maisons  de  l'ancien  Mexico. 

MICRONÉSIENS.  Yoy,  Malaiss  (Racei. 

MIGRATION  AZTÈQUE.  Voy.  Mexicains. 

MILLET.  —  Les  anciens  cultivèrent  le 
millet.  Les  Latins  avaient  deux  mots  pour  le 
désigner,  panicuai  eimilium:  les  Grecs  en 
avaient  trois,  Hv^mc,  f^ùint^  ^-7XP^'  ^^  Alle- 
magne et  dftns  toute  l'Europe,  on  cultive 
aussi  deux  ou  trois  espèces  de  millet,  pani^ 
€um  ^  miliaceum^  italicum  ei  gemianicum: 
cependant  il  est  douteux  si  les  deux  dernières 
sont  des   espèces  ou  de  sim[»les  variétés. 

30 


959 


IfON 


blCTIONNAlUE 


IIOR 


940 


Dans  la  première  espèce  les  panieules  sont 
lAches,  et  dans  les  deux  autres  elles  sont  ser- 
rées. Théopbraste  dit  {H.  pi.  ïYj  ky  10)  que  le 
riz  n'a  point  d'épi,  mais  une  panicule  sem- 
blable au  xf7Xf o;  et  c>Ti^oc  ;  et  Galien  dit 
(t.  VI,  p.  523,  édit.  deKiJDn)  que  le  premier, 
c'est-à-dire  le  xiy/por ,  est  sous  tous  les 
rapports  préférable  à  YiXviioç ,  qu'on  nomme 
aussi  uAcvi}.  Tous  ces  derniers  noms  sem- 
blent aonc  s'appliquer  au  gros  millet,  pant- 
eum  miliaceum.  Voilà  tout  ce  qu'on  peut  dire 
de  plus  positif  sur  ce  sujet.  Dans  les  Indes 
orientales  on  cultive  abondamment  aussi 
nos  deux  espèces,  le  panicum miliaceum  et 
le  panicum  tlalicum  ;  on  cultive  encore  le 
panicum  miliare.ei  le  panicum  frumenlaceum; 
mais  nous  ignorons  la  patrie  de  toutes  ces 
plantes.  Il  en  est  de  même  pour  deux  autres 
graminées  cultivées  dans  les  Indes  orien- 
tales, paspalum  scrobiculalum  et  eleusine  co- 
racana.  Ehrenber^  a  vu  le  dernier  cultivé 
enAbyssinie;  maison  n'y  cultive  point  le 
poa  abyssinica ,  qui  donne  un  grain  trop 
petit  pour  qu'on  puisse  l'employer  à  la  nour- 
riture de  l'homme. 

MILLOT.  Voy.  Langage. 

MINETARIS.  Voy.  Sioux. 

MINGRELIENS.  Voy.  Aboiugènes. 

MODE.  Voy.  LANOàCE. 

MOHICANS.  Voy.  Algonquins. 

MOMIES^  chez  les  Guanohes.  Voy.  Abori- 

MONGOLIQUE  ou  JAUNE  (RACE).  — 
Cette  jace,  plus  nombreuse  en  individus 
(218,000,000)  et  probablement  plus  ancienne 
que  les  autres,  comprend  les  peuples  qui 
habitent  entre  les  quatrième  et  soixantième 
parallèles  :  en  Europe,  les  Hongrois  ;  en 
Asie  les  Siamois,  les  Chinois,  les  Cochin- 
chinois,  les  Péguans,  les  Tonquinois,  les 
Coréens,  les  Japonais,  les  peuples  du  Na- 
}ioul,  les  Thibétains,  les  Mongols,  les  Mant- 
choux,  les  Kalkas,  les  Kalmouks,  les  Bach- 
kirs  ,  les  Tyaches  ,  les  ïangutiquos ,  les 
Eleuths,  etc.  Elle  se  reconnaît  à  la  force  du 
tronc,  qui  est  court,  carré  et  musculeux  ;  à 
la  petitesse  des   membres   et  surtout  des 

Jambes  qui  sont  courtes  et  cambrées  ;  à  la 
brme  presque  carrée  de  la  tète,  au  peu  de 
proéminence  du  crflne  ;  à  l'aplatissement 
et  à  l'obliquité  du  front,  à  la  dépression  et 
à  la  largeur  de  la  face,  à  la  saillie  des  pom- 
mettes relevées  et  proéminentes  ;  à  I  écar- 
tement  des  sourcils,  qui  sépare  un  espace 
aplati  ;  à  celui  des  yeux,  qui  sont  du  reste 
étroits  et  très-fendus  ;  à  la  dilatation  con- 
sidérable des  narines  ;  au  volume  du  nez 
qui  est  court«  gros  et  écrasé,  surtout  vers 
sa  racine  ;  à  1  enfoncement  des  tempes,  à 
l'avancement  du  mentou,  qui  est  constam- 
ment pointu  ;  au  peu  de  longueur  et  d  abon- 
dance de  la  barbe  ;  à  la  couleur  noire  d^s 
ifeixx  et  des  cheveux,  que  distinguent  d'ail- 
eurs  leur  peu  d*abondaace,  leur  roideur  et 
leur  rudesse  ;  à  la  teinte  basanée  et  jaune 
des  téguments,  qui,  quel  que  soit  le  climat, 
se  rapproche  de  celte  de  l'écorce  d*oran?e 

(009)  I  Cor.  xiu,  ii. 


desséchée  ;  à  Tavancement  des  mâchoires  et 
à  l'obliquité  des  dents. 

Cette  race  habite  surtout  l'Asie,  les  par- 
ties  les  plus  septentrionales  de  l'ancien  et 
du  nouveau  monde,  la  Chine  et  les  tles  de  la 
mer  des  Indes  ;  elle  a  pour  caractères  spé- 
ciaux : 

Taille  généralement  médiocre  ;  corps  ro- 
buste ;  cheveux  rares  et  durs  ;  barbe  bor- 
née à  la  lèvre  supérieure  et  quelquefois 
disséminée  ;  teint  jaune  brun,  suie  ou  olive; 
visage  aplati,  large  aux  pommettes,  étroit  au 
menton  ;  dents  incisives  verticales  ;  jeui 
noirs,  écartés  ;  paupières  très-obliques,  peu 
ouvertes  et  bridées;  nez  aplati  et  écrasé; 
oreilles  grandes  et  détachées  ;  mains  et  pieds 
bien  faits  et  petits. 

Tète  généralement  sphérique,  comprimée 
en  losange  ;  face  élargie  comme  un  disçpio. 


Elle  se  partage  en  trois  rameaux  :  le  mf- 
gue,  le  mongol  et  Vhyperboréen. 

MONGOLS.  Voy.  Nomades. 

MONTAGNES,  sont-elles  le  point  de  dé- 
part de  la  race  humaine  ?  Voy.  Haces  bc- 

HAINES. 

MONUMENTS     INDIENS.     Voy.    Bon» 

DIIISME. 

jVÏOUAL,  SA  NATCRB,  NÉCBSSTrÉ  DBS  PBATt- 
QUBS    REUOIEDSRS     POUR    LB    DEVELOPPEE  R 

L*AFFBRiiiR.  —  Aucunc  autro  question,  dans 
tous  les  temps,  n'a  plus  agité  le  monde  des 
intelligences  que  celle  des  rapports  du  phj* 
sique  et  du  moral  ;  et  aucune  autre,  il  biit 
bien  le  dire,  n'a  été  dIus  stérile,  tant  que  le 
hommes,  auxquels  il  n'est  donné  de  voir!t< 
choses  que  par  un  miroir  et  en  énigme  (CW. 
se  sont  bercés  dans  des  spéculations  clmt- 
riaucs  pour  trouver  le  lien  existant  dans  la 
sphère  d'union  de  l'être  spirituel  avec  la 
matière.  Ceux  de  nos  lecteurs  qui  ont  con- 
sacré du  temps  à  cette  étude  savent  a<^i 
combien  peu  elle  laisse  de  satisfaction  après 
elle.  Mais  si  Ton  a  soin  de  rejeter  tout  9 
qui  est  du  domaine  de  l'hypothèse  de  l'i- 
maginatton  pour  embrasser  la  réalité  d^ 
choses,  si  on  étudie  franchement  les  mani- 
festations morales  et  leurs  lois,  on  entrerô!! 
aisément  Futilité  d'une  semblable  étude  :1ti 
rèzne  de  l'hypothèse  a  cessé. 

Il  n'est  point  utile  de  savoir  si  les  acK^ 
moraux  et  intellectuels  enfantent  ou  nouui: 
travail  organique  dans  la  pulpe  cérébrale: 
il  n'est  point  utile  de  savoir  si  les  fibril  ^ 
nerveuses  de  Tencéphale  sont  agitées  quari 
un  objet  s'empare  rorteinent  de  TespriL  ^J 
alors  le  fluide  nerveux  circule  avec  plus  ^a 
moins  de  rapidité.  Notre  désappointemti! 
ne  peut  être  fondé  à  la  vue  de  ce  secret  qo 
nous  ée?iappe,  recouvert  d'un  voile  impép- 
trabk^  c^.r  ce  secret  a  bien  peu  de  valeur  <•' 
face  d'auires  problèmes  solubles  et  riches  f: 
résultats.  Ce  qu'il  importe  de  savoir,  «^^ 
cette  chose  :  L'homme  est-il  libre  ?  Ce  qï^ 
importe  à  tous  de  connatire,  c'est  cette  >«• 


j 


$11 


ttOR 


D'A!(TnROPOLOGiE 


MOk 


m 


coude  chose  :  Lliomme  peat-il  perdre  sa 
liberté  par  Tinyasion  dans  son  domaine 
moral  des  roouTements  charnels  ou  des  pas- 
sions sensuelles  ?  C*esl  cette  double  solution 
qui  intéresse  au  plus  haut  degré  la  religion, 
qui  n*est,  à  tout  prendre,  selon  les  paroles 
d*un  erand  publiciste  (610),  paroles  qui  ont 
tant  de  poids  parmi  nous,  qu*un  frein,  un 
pooToir,  un  souvemement,  qui  Tient  au 
nom  de  la  loi  diyine  pour  dompter  la  nature 
humaine.  C'est  donc  h  la  liberté  humaine 
qu'elle  a  surtout  affaire. 

La  yolonté  humaine  est  un   agent  bien 
supérieur  à  l'organisme,  puisqu'elle  subju- 
gue en  quelque  sorte  ce  dernier  pour  tout 
ce  qui  tient  à  la  yie  de  relation,  soit  avec 
les  choses,  soit  avec  les  personnes.  El  cette 
force  morale  est  tellement  énergique,  que 
rbomme,  privé  d'un  ou  de  plusieurs  de  ses 
sens  externes,  peut,  au  moyen  de  l'exercice 
fqui  n'est  autre  chose  que  l'action  soutenue 
de  sa  yolonté),  suppléer  à  l'impuissance  de 
ces  derniers  en  décuplant  l'intensité  fonc- 
tionnelle des  autres.   C'est  ainsi  que  l'on 
Toit  des  aveugles  discerner  les  couleurs  au 
toucher  ;  que  les  sourds-muets  comprennent 
cre  qu'on  paraît  écrire  sur  leur  dos.  On  a 
conservé  des  faits  bien  remarqu2bles  attes- 
lanC  le  triomphe  des  efforts  de  la  volonté 
sur  les  fonctions  des  sens  :  celui  du  sculp- 
teur Ganivasius  qui,  devenu  avehgle,  con- 
tinua de  pratiquer  son  art  avec  suçons,  en 
se  guidant  par  le  toucher  ;  de  Taniiquaire 
Saunderson  qui,  aveugle  aussi,  distinguait 
néanmoins  par  le  tact  une  médaille  vraie 
d'avec  une  lausse  (611). 

Haller,  ce  grand  physiologiste  que  nous 
ainaons  tant  à  citer  (612),  sans  s'égarer  dans 
de  vaines  subtilités  au  sujet  de  l'exi«tence 
de  l'âme  humaine,  aborde,  dans  une  défini- 
tion fixe  et  précise,  sa  nature  et  en  même 
temps  son  hjinénée  avec  le  corps.  «  Nous 
donnons,  dit^il,  le  nom  d'âme  à  ce  principe 
qui  est  associé  à  notre  corps,  qui  pense, 
joge,  veut,  a  conscience  de  lui-même,  de 
ses  idées  pcésentes,  et  se  rappelle  ses  idées 
passées  (613).  » 

La  phrénologie  jouit  maintenant  d'une 
certaine  faveur  dans  le  monde,  on  l'ac- 
eaeille  avec  une  sorte  de  curiosité  tout  à  la 
fois  bienveillante  et  circonspecte.  11  semble 
que  la  société  pressente  d'une  manière  ins- 
tinctive que  ses  conséquences  dernières  ne 

f610)  GcizoT,  Uisioire  de  ta  eiviiisa'Jon   euro- 


iOit)  AoEUMi ,  Pkusiolûgie  de  t homme  y  t.  1*% 
p.  298;  1851. 

fÇlâ)  Haller  est  pour  noas  une  autorité  du  pre- 
wnher  ordre,  d*abord  par  son  proJigieox  saToir,  qui 
Cait  de  son  oovrage  la  plus  riche  mine  de  science 
«l«se  roD  puisse  imaginer  ;  ensuite  par  la  haotenr  û.? 
1^^^  pensées,  fénergie  et  le  charme  de  sa  diction,  qni 
foot  de  lui  no  écrivala  de  premier  ordre  dans  I;; 
^r-nre;  enfin  par  ses  croyances  sincê.-ement  reli- 
giea«es.  Tontes  ces  qnahtés  réunies  le  consliuient 
an  autre  Leibnîtz,  c^est-à-dire  un  homme  qui  s*est 
serri  de  son  savoir  pour  honorer  la  religion. 

^613)  S  amen  id  imDommns  enti  quod  nostro  cor- 
pori  eanjun^mr^  qmod  eoptat^  judicat^  ruit  quod  sui 
c^nucimm  e$t  suarumque  td  earum^  easque  qnas  olim 


doivent  point  conduire  au  malérialîsnie , 
pour  lequel  elle  professe  à  juste  titre  du 
mépris.  C'est  qu'en  effet  la  phrénologie  ne 
nuit  pas  à  ladmission  i\es  principes  supé-> 
rieurs  qui  régissent  notre  conscience,  et  en 
première  ligne  la  liberté  morale.  II  serait 
vivement  à  souhaiter,  ix)ur  la  cause  du 
spiritualisme  même,  qu  elle  finit  par  être 
clairement  démontrée  aux  yeux  de  tous  ; 
que  les  incertitudes  et  les  contestations  qui 
régnent  parmi  les  localisateurs  d'organes  se 
dissipassent  totalement.  Au  bout  du  compte 
il  resterait  toujours  la  question  de  savoir 
si  c'est  l'organe  qui  fait  la  faculté,  ou  bien 
la  faculté  qui  fait  lorgane  ;  et  les  spiritua* 
listes,  forts  de  Tunité  et  de  l'identité  du  mot, 

1)ropriétés  qui  ne  peuvent  se  concilier  avec 
a  pluralité  et  la  flactuation  des  éléments 
d'un  organe,  pourraient  admettre  toute  la 

Sartie  organologique  sans  perdre  un  pouce 
e  terrain  (614).  Telle  qu'elle  est  cependant 
de  nos  jours,  la  pbrénoiogie,  qui  consiste  à 
reconnaître  d'après  les  conformations  parti«- 
entières  du  crâne  les  aptitudes  des  hommes 
(nous  parlons  dans  le  sens  le  plus  général, 
sans  nous  faire  le  garant  de  la  vérité  des 
détails  organologiques) ,  est  la  plus  forte 
démonstration  de  cet  axiome  célèbre  qui  a 
passé  en  entier  dans  les  croyances  géné- 
rales :  «  L'homme  est  une  intelligence  qui 
se  sert  d'ori^anes.  »  Toute  la  vérité  repose 
dans  cette  proposition  ;  ailleurs,  il  n'y  a  que 
concision.  Et  cette  vérité  n'est  point  neuve» 
elle  a  constitué  le  fond  des  doctrines  des 
esprits  supérieurs  de  tous  les  temps,  de 
toutes  les  reliions,  depuis  Platon  jusqu  aux 
Pères  de  l'Eglise.  Ces  derniers,  pour  le  dire 
en  passant,  ont  élucidé  bien  des  points 
obscurs  de  la  science  ;  et  si,  comme  1  esprit 
de  notre  époque  semble  le  promettre,  on 
exhumait  de  leurs  oeuvres  un  travail  ency*^ 
clopédique,  bien  des  savants  modernes  se-^ 
raient  stupéfaits  de  voir  que  ce  qni  ae^te 
leur  intelligence  a  agité  celle  de  saint  Ba* 
sile,  de  saint  Thomas,  de  saint  Bonaven- 
ture.  Ce  dernier,  comme  je  vais  le  démon» 
trer  par  un  fragment  bien  peu  connu,  est 
réellement  le  précurseur  de  la  phrénologie. 
Il  est  sans  doute  curienx  de  voir  ce  point 
de  la  nature  humaine  débattu  au  xin*  siècle 
par  un  évéque  et  un  saint.  Voici  ce  curieux 
morceau,  qui  est  aussi  remarquable  par  la 
sagesse  des  idées  que  par  la  nouveauté  des 

feinitf,  qmmdo  renotanîuu  aano$cit  tuas  fuisse,  (EL 
pkifê.  corv.  hum.,  t.  ¥,  p.  551.) 

(6U)  Y09.  rintéressant  ouvrage  de  U.  Ad.  Gau- 
mER,  Psychologie  et  phriaotogie  comparées,  L*anteur, 
dans  cd  ouvrage,  s*att2che  surtout  h  prouver  qtw 
les  phrénoiogistes  n'ont  pas  été  conduits  à  leur  sys- 
tème par  des  études  anatomîques,  mais  bien  par 
une  vois  empirique ,  c'e^t-à-dire  Fobsen^aUon  oun 
talent  connu,  d^un  penchant  prononcé.  Donc  Ils  sont 
obligés  de  reconnaître  qne  les  manifestations  diver- 
ses du  principe  moral  sont  antérieiu^s  à  la  saillie 
d*ua  organe.  De  plus,  les  phrénolocisies  ont  admis 
des  facutté^négatives,  c*est-à-dire,  uaprés  eux,  des 
effets  sans  causes,  des  manifestations  des  idées  sans 
organes;  donc  ils  supposent  une  pu:ssance  iutellec- 
tudle  !ndépendante,  distinguée  par  la  nature  de  ses 
fonctions  de  Tencéphale. 


043 


MOR 


DlCTiONNAIRC 


MOR 


Ml 


aperçus;  et  cela  doit  ranger  saint  Bonaven- 
ture  a  la  tfite  des  écrivains  qui  ont  esquissé 
le  plan  des  travaux  phrénoloçiques. 

«  La  disposition  des  parties  dont  l'en- 
semble constitue  le  corps  humain  offre  de 
nombreuses  variétés  qui,  scientifiquement 
interprétées,  semblent  correspondre  avec 
les  diverses  dispositions  de  l'âme...  Nos 
maîtres  en  cet  art  sont  Aristote,  Avicenne , 
Constantin,  Palémon,  Loxus,  Palémotius. 
Nous  marcherons  à  leur  suite. 

«  Et  pour  commencer  par  les  complexions, 
qu*on  nomme  aussi  tempéraments  ,  nous 
reconnaîtrons  que  les  mélancoliques  ou 
nerveux  portent  l'empreinte  de  la  tristesse 
et  de  la  gravité  ;  les  qualités  contraires  sont 
le  partage  des  sanguins.  Les  bilieux  se 
montrent  enclins  à  la  colère;  les  flegmati- 
ques, à  la  somnolence  et  à  la  paresse.  Le 
sexe  ne  manque  point  d'exercer  une  piiis- 
sante  influence  :  l'homme  est  impétueux 
dans  ses  mouvements ,  ami  des  travaux  in- 
tellectuels, ferme  en  présence  du  péril  ;  les 
femmes  sont  timides  et  miséricordieuses. 

n  La  grosseur  de  la  tête,  si  eile  est  déme- 
surée, est  un  indice  ordinaire  de  stupidité: 
sa  petitesse  extrême  trahit  l'absence  du  ju- 
gement et  de  la  mémoire.  Une  tête  plate  et 
affaissée  par  le  sommet  annonce  1  inconti- 
nence de  1  esprit  et  du  cœur;  allongée  et  de  la 
forme  d'un  marteau  (615)  elle  a  tous  les  si- 
gnes de  la  prévoyance  et  de  la  circonspec- 
tion. Un  front  étroit  accuse  une  intelli^jence 
indocile  et  des  appétits  brutaux  ;  trop  large , 
il  indiquerait  peu  de  discernement  ;  arrondi, 
c'est  le  sié|j;e  liabituel  d'une  humeur  em- 
portée (616)  ;  s'il  s'incline  en  avant,  il  carac- 
térise la  modestie  et  la  pudeur;  s'il  est 
carré  et  d'une  juste  dimension ,  il  est  mar- 
qué au  sceau  de  la  sagesse  et  peut-être  du 
génie... 

«  Les  yeux  bleus  et  brillants  signifient 
l'audace  et  la  vigilance ,  qui  peuvent  aussi 
s'employer  au  mal  ;  ceux  qui  semblent  va- 
cillants et  troubles  révèlent  l'habitude  des 
boissons  fortes  et  des  voluptés  grossières  ; 
ceux  qui  sont  noirs  ,  sans  aucune  autre 
nuance,  désignent  une  nature  débile  et  }ieu 
généreuse  ;...  ceux  qui  sont  rouges  et  petits, 
s'avancent  à  fleur  de  tête ,  accompagnent  or- 
dinairement un  corps  sans  tenue  et  une 
langue  sans  frein  ;  mais  quand  le  regard  est 
perçant,  quoique  voilé  d'une  légère  humi- 
dité, il  annonce  la  véracité  dans  le  discours, 
la  prudence  dans  le  conseil,  la  promptitude 
dans  l'action...  Une  bouche  bien  lendue, 
fermée  par  des  lèvres  minces,  et  dont  la  su- 
périeure déborde  médiocrement  l'inférieure, 
exprime  des  sentiments  nobles  et  coura- 
geux; une  bouche  petite,  et  dont  les  bords 
amincis  se  pressent  pour  réprimer  le  mou- 
vementy  laisse  percer  la  faiblesse  et  la  ruse  ; 

(615)  L*organe  de  la  circonspection  donne ,  en 
ei^t,  aaprès  les  phrénologistes,  cette  conformation 
particuUere. 

f6i6]  Le  iléveloppement  des  parties  latérales, 
siège  de  Forgane  de  la  rixe,  du  meurtre,  arrondit  le 
crâne. 


au  contraire  ,  les  lèvres  entr'onvertes  et 
pendantes  sont  le  symptôme  de  l'inertie  et 
de  l'incapacité  :  cette  observation  peut  se 
répéter  à  loisir  sur  plusieurs  animaux. 

«  L'éner-^ie  et  l'habileté  se  devinent  à  des 
mains  courtes  et  délicates  ;  la  duplicité,  la 
rapacité  se  rencontrent  avec  des  mains  épai- 
ses  et  des  doigts  peu  développés.  Les  doigts 
longs  et  crochus  marquent  1  intempérance  de 
la  table  et  de  la  parole.  Des  ongles  minces, 
flexibles  et  polis,  d'une  blancheur  rosée  et 
d'une  parfaite    transj)arence ,    peuvent  se 
prendre  pour  si^ne  d  un  esprit  excellent... 
Les  hommes  qui  marchent  à  grands  pas  sont 
presque  tous  cens  d'un  caractère  éleyé  et 
d'une  activité  infatigable  ;  ceux  qu'on  Yoit 
hâtant  leur  course,  repliés  sur  eux-mêmes, 
portant  bas  la  tête,  ont  les  apparences  in- 
contestables de  l'avarice,  de  la  timiditéf  de 
l'astuce.  A  une  démarche  brève  et  rapide,  il 
est  facile  de  reconnaître  l'impuissance  et  la 
méchanceté. 

et  En  général,  quand  les  parties  du  corps 
conservent  leur  proportion  naturelle ,  et 
qu'il  règne  entre  elles  une  parfaite  harmo- 
nie de  formes,  de  mesures,  de  couleurs,  de 
situations,  de  mouvements,  il  est  permis  de 
supposer  une  disposition  non  moins  heu- 
reuse des  facultés  morales  ;  et  réciproque- 
ment, la  disproportion  et  le  désaccord  des 
membres,  laissent  aisément  soupçonner  un 
désordre  pareil  dans  l'intelligence  et  la  fo- 
lonté.  On  pourrait  même  dire,  avec  Platon, 
que  souvent  nos  traits  portent  la  ressem- 
blance de  quelque  animal,  dont  notre  con- 
duite reproduit  aussi  les  mœurs;  mais  sur- 
tout il  se  faut  souvenir  que  les  formes 
extérieures  ne  marquent  pas  au  coin  de  la 
nécessité  les  dispositions  intérieures  qui 
leur  correspondent  ;  elle  ne  sauraient  dé- 
truire la  liberté  de  l'âme,  dont  elles  iur 
diquent  les  tendances  :  encore  la  valeur  ^e 
ces  signes  est-elle  seulement  conjecturale 
et  quelquefois  incertaine  ;  de  façon  quVn 
cette  matière,  ce  serait  témérité  que  déju- 
ger promptement ,  car  le  sisne  peut  se 
trouver  accidentel;  et  s'il  est  l'ouvrage  de 
la  nature,  Tinclination  qu'il  représente  peut 
céder  à  l'ascendant  d'une  habitude  opposé**, 
ou  se  redresse  sous  le  frein  modérateur  dt  h 
raison  (617).  » 

Le  cerveau  humain  est  le  support  du  mo- 
ral, comme  les  organes  de  la  vie  plastique 
sont  les  supports  du  principe  vital.  Sans  ce 
support,  point  de  manifestations  morales, 
c'est-à-dire  point  d'actions  ;  car,  en  dernière 
analyse,  le  moral  doit  se  manifester  en  ac- 
tions, comme  la  vie  se  manifeste  en  fonc- 
tions. La  pensée  agit  par  le  cerveau  pour^e 
réaliser  au  dehors,  et  si  l'instrument  e>t 
bon,  les  manifestations  seront  énergiques 
et  puissantes.  De  plus,  comme  la  loi  de  per- 

(617)  Op.  om.f  Compendium  theoiogiœ  feritatk 
vol.  Vil,  p.  712.  —  Saint  Thomas  a  dit  poôtiTeotft 
la  mèrue  chose.  Sed  istœ  ificlinationes  êubjactnijt' 
dicio  rationiSf  eut  obedit  appetitut  inferior,  C^f^ 
htBc  liberiate  arbiirii  non  prœjudicatur,  (Sm^ 
quœit,  1,  xxxiii,  art.  l"*^,  6.) 


S4S 


MM 


D'ANTHROPOLOGIE. 


MOR 


916 


fectibilité  qui  régit  les  organes  de  la  vie  de 
relation  régit  également  le  cenreau ,  ce 
dernier  penl  se  perfectionner  et  se  perfec- 
tionne réellement.  H  y  a  dès  lors  action  da 
principe  spirituel  sur  Finstrument  et  réac- 
tion de  Tinstniment  sor  le  principe  spi- 
rituel, qui  double  ses  forces  par  Texercice. 
Or ,  Texercice  suppose  l'organe.  Nous  ne 
pouvons  pas  entendre  autrement  la  phré- 
nologie ,  qui  derient  menteuse  ;  car  elle 
ne  peut   sans  cela  rendre  compte  des  faits 

f Principes  qui  régissent  la  constitution  de 
*âme. 

A  présent  est-ce  à  la  partie  supérieure 
des  némisphères  cérébraux  que  se  trouYcnt 
les  organes  spécialement  chargés  des  ma- 
nifestations des  sentiments?  La  pbrénolo- 
gie  l'affirme  9  et  cette  affirmation  s'appuie 
sur  une  donnée  expérimentale  bien  flatteuse 
pour  l'espèce  humaine  :  la  beauté  morale  se 
reflète  dans  la  beauté  physioue.  11  est  cer- 
tain aa'à  des  sentiments  nooles,  à  l'éléyar 
lion  oe  l'âme ,  s'associe  presque  toujours  un 
front  sublime.  C'est  ce  grand  caractère  de 
beauté  physique  annexé  à  la  beauté  mo- 
rale ,  qui  se  retrouye  dans  toutes  les  tètes 
des  honunes  dont  la  yie  nous  est  montrée  par 
Thistoire  ornée  de  grandes  rertus.  C'est  lui 
qui  excitait  l'admiration  si  profonde  du  doc- 
teur Gall  pour  la  tôte  de  Jésus-Christ  ;  il  y 
retrouvait  un  caractère  traditionnel  en 
même  temps  qu'un  caractère  de  furAufimnà/y 
si  nous  pouTons  nous  exprimer  ainsi.  Les 
réflexions  que  lui  sugeère  l'aspect  de  cette 
tète  dirine  sont  trop  sérieuses  pour  en  pri- 
Ter  nos  lecteurs,  qui  doirent  s  y  appesantir, 
surtout  à  une  époque  où  la  critique  yerbeuse 
Toudrait  anéantir  une  rie  à  laquelle  celle 
des  peuples  est  liée  irrévocablement  (618). 
m  Dans  les  tètes  du  Christ  de  Raphaël,  on 
remarque  que  les  parties  postérieures  sont 
afilaties ,  par  conséauent  les  organes  des 
qualités  communes  àVhommeetauxanimaux 
sont  très-^u  actifs  ;  les  organes,  au  con- 
traire, placés  sur  la  ligne  médiane  de  la  par- 
tie antérieure  supérieure  et  postérieure  de 
Vos  frontal,  sont  très-développés  :  d'où  il 
résulte  que  ces  tètes  sont  l'expression  de  la 
sagacité,  de  la  pénétration,  de  la  bienveil- 
lance, du  sentiment,  enfin  la  source  de  la 
plus  pure  morale.  Mais  cette  forme  divine  a- 
t-elle  été  inventée,  ou  peut-on  supposer 
qu'elle  soit  la  copie  fidèle  de  l'orignal?  Il 
est  possible  que  les  artistes  aient  imité  la 
forme  des  tètes  des  hommes  les  plus  ver- 
tueux, les  plus  justes,  les  plus  bienveil- 
lants, pour  donner  un  caractère  aux  tètes  du 
Christ  qu'ils  voulaient  représenter.  Dans  ce 
but,  l'observation  de  ces  artistes  confirme- 
rait la  mienne.  Cependant,  cette  marche 
sui>pose,  ou  un  pressentiment  de  l'organo- 
logie, ou  au  moins  trop  de  circonspection, 
pour  qu'elle  me  paraisse  admissible.  U  est 
plus  probable  que  le  type  général  de  la  tète 
de  Jésus -Christ  nous  a  été   transmis.  Saint 

(6IS)  Voy.  roQvrage  do  docteur  Strauss,  tnd.  de 
Littré,  r*  part.,  1859. 

(619)  Giat,  Phusiologie  dm  cenétm ,  t.  V,  pag. 
389. 


Luc  était  peintre,  et  en  cette  qualité*  com- 
ment n'aurait'il  pas  voulu  conserver  les 
traits  de  son  maître?  Il  est  certain  que  cette 
forme  delà  tète  du  Christ  est  d'une  très- 
haute  antiquité  :  on  la  trouve  dans  les  mosaï- 
ques, dans  les  tableaux  les  plus  anciens. 
Les  gnostiques  du  u*  siècle  possédaient  des 
imases  de  Jésus  et  de  saint  Paul.  Ainsi ,  ni 
Rapnaôl  ni  aucun  autre  artiste  n'ont  in- 
venté cette  configuration  admirable  de  la 
tète  du  Christ  (619).  » 

Les  travaux  des  phrénolo^stes  ont  pro- 
pagé dans  le  monde  la  doctrine  nuisible  des 
prédispositions  natives  irrémédiables.  D'a- 
près eux ,  il  existerait  chez  quelques  indi- 
vidus des  penchants  atroces ,  qui  devien- 
nent la  source  des  crimes  inouïs  ;  d'après 
eux,  ces  êtres  si  misérablement  nés  ne 
peuvent  être  mis  au  nombre  des  aliénés 
propremeiit  dits,  mais  ne  méritent  pas  d*èlre 
punis  suivant  toute  la  rigueur  des  lois ,  car 
il  est  évident  qu'ils  sont  entraînés  presque 
irrésistiI>leii:eot  et  sont  comme  sans  lib^rié 
moi  aie.  Cette  doctrine,  qui  peut-être  trop 
souvent  a  arrêté  le  bras  de  la  justice  contre 
de  vrais  coupables,  est  fausse ,  étant  le  fruit 
d'une  oliservation  incomplète  de  la  nature 
morale.  D'abord ,  on  ne  peut  affirmer  gue  les 
hommes  apportent  en  naissant  des  disposi- 
tions moralement  bonnes  ou  moralement 
mauvaises;  leshommes  nenaissentni  vicieux, 
ni  vertueux ,  mais  flottent  du  bien  au  mal,  et 
commencent  tous  par  être  enfanté.  C'est  pré- 
cisément à  cette  période  que  je  puis  appeler 
crépusculaire  de  la  vie  morale,  qu'intervient 
l'éducation  avec  ses  souveraines  consé- 
quences. Si  les  sentiments  dominent  dans 
cette  période,  les  forces  de  l'organisation 
humaine  contribuent  è  servir  leur  dévelop- 
pement ;  s'ils  sont  étouffés ,  l'organisme  cé- 
rébral ,  esclave  d'ailleurs ,  ne  servira  plus 
qu'aux  manifestations  instinctives  et  bruta- 
les. C'est  bien  alors  que  la  liberté  morale 
se  trouve  opprimée  par  une  or^nisation  in- 
complète. Dans  cette  dégradation  de  l'âme 
subsistent  toujours  les  notions  primitives 
du  mérite  et  du  démérite;  par  conséquent , 
toutes  les  fois  qu'un  scélérat  a  conservé 
dans  son  intelligence  le  véritable  rapport 
des  choses  entre  elles,  il  a  toujours  été  ac- 
tif dans  l'exercice  de  ses  méfaits  et  passible 
de  la  rigueur  des  lois.  U  est  bien  vrai  que 
l'habitude  a  favorisé  l'asservissement  de  son 
Ame  par  des  penchants  pervers ,  mais  il  est 
élément  vrai  qu*il  a  été  cause  de  cet  asser- 
vissement. De  là  l'imputation  morale,  l'im- 
putation  juridique.  «  Toute  l'action  civile  » 
dit  M.  Cousin  (020) ,  est  fondée  sur  cette  hy- 
pothèse universellement  admise ,  que 
l'homme  est  une  cause  ;  comme  la  science 
de  la  nature  est  fondée  sur  cette  hypothèse, 
que  les  corps  extérieurs  sont  des  causes , 
c'est-à-dire  ont  des  propriétés  qui  peuvent 
produire  et  produisent  des  effets  (6k1).  » 

De  même  que  l'on  a  reconnu  dans  les  fonc 

(6M)  Hutoire  de  la  phUoêopkie^  t.  0,  p.  217. 

(621)  D'Aguesseao,  dans  un  plaidoyer  célèbre,  a 
donné,  avec  une  haute  sagesse,  les  moyens  de  les 
disceroer.  c  Non-«eulement,  dit-îl,  ladémence  ou  ta 


M7 


MOa 


DICTIONNAIRE 


MOR 


m 


lions  de  la  Tie  nutritive  certains  faits  géné- 
raux échappant  aux  propriétés  connues  de 
la  matière  >  certains  phénomènes  vitaux , 
tels  que  ceux  de  consensus,  de  synergie, 
d'individualité  organique ,  inexi)licables  au 
moyen  des  organes  qu'ils  maîtrisent,  mais 
dérivant  d'un  pouvoir  unitaire  sur  l'orga- 
nisme; ainsi,  pour  ce  qui  a  trait  à  l'enten- 
dement ,  ir  faut  aussi  s'élever  au-dessus  de 
la  substance  animale  et  reconnaître  les  faits 
principes  qui  en  constituent  l'essence.  La 
psychologie,  qui  étudie  les  manifestations 
de  la  conscience ,  ne  s'occupe  point  à  faire 
un  roman  physique  ou  métaphysique  de  la 
nature  de  l'Ame  ;  mais  elle  l'observe  dans 
l'action  de  ses  facultés ,  dans  les  phénomè- 
nes qui  en  résultent ,  et  que  la  conscience 
et  la  réflexion  peuvent  atteindre  et  qu'elles 
atteignent  directement.  Ces  phénomènes 
possèdent  des  caractères  d'absolu,  de  néces- 
sité, d'universalité  qui  les  soustraient  à 
tout  autre  contrôle  qye  celui  de  la  conscience 
humaine.  Au  premier  rang  apparaît  l'idée 
de  causalité.  On  dit  souvent,  et  les  philo- 
sophes mêmes  disent  avec  le  vulgaire  que 
les  sens  nous  découvrent  le  monde.. On  a 
raison,  répond  H.  Cousin,  si  l'on  veut 
dire  seulement  que  sans  les  sens ,  sans  la 
sensation,  sans  le  phénomène  préalable,  le 
principe  de  causalité  manquerait  de  base 
pour  atteindre  les  causes  extérieures ,  de 
^rte  que  jamais  nous  ne  connaîtrions  le 
monde  ;  mais  on  se  tromperait  complète- 
ment si  l'on  entendait  que  c'est  le  sens  lui- 
même  qui ,  directement  et  par  sa  propre 
force  f  sans  l'intervention  de  la  raison  et 
d'aucun  principe  étranger ,  nous  fait  con- 
naître le  monde  extérieur.  Connaître,  en 
général,  connaître  quoi  que  ce  soit,  est 
au-dessus  de  la  portée  des  sens;  c'est  la 
raison  et  la  raison  seule  qui  connaît  et  con- 
naît le  monde  (622). 

C'est  encore  la  raison  et  non  la  matière 
nerveuse  qui  fournit  la  conception  du  devoir 
avec  tous  ses  caractères  d'inviolabilité,  pour 
être  le  modèle  de  notre  conduite.  Rien  de 

{rfus  digne  de  pitié  dès  lors  que  cette  pensée 
éguée  au  monde  par  Broussais  quelques 
jours  avant  sa  mort  :  «  La  sensation ,  la  pen- 
sée, la  volonté,  se  développent  avec  la  sub- 
stance cérébrale,  diminuent  ou  augmentent 
avec  l'action  de  cette  substance,  disparais- 
sent pour  jamais  avec  elle  ;  ces  choses ,  en 
un  mot,  se  lient  à  cette  substance  comme 
un  effet  à  sa  cause,  etc.  (623).  i»  Dans  cet 
ouvrage  posthume ,  qui  ternit  une  mémoire 
que  le  génie  eût  pu  rendre  à  jamais  honor 
rée ,  le  docteur  Broussais  a  prouvé  que  la 
cause  du  matérialisiqe  était  irrévocablement 

sagesse  est  un  feit,  mais  encore  un  fait  habituel, 
une  disposition,  une  afiection  permanente  de  TAme  ; 
et  comme  les  habitudes  ne  s'acquièrent  que  par  les 
fictes  réitérés,  elles  ne  se  prouvent  presque  jamais 
<(ue  |>ar  une  longue  suite,  une  continuité,  une  rouU 
Mplicité  d'actions  dont  il  est  impossible  d'avoir  la 
preuve  par  une  autre  voie  que  par  le  seul  témoi- 
gnage de  ceux  qui  ont  été  spectateurs  assidus  de  ces 
ijictions.  > 
(6^)  HUtoire  de  la  fhiloMphie  au  xvni'  mècie^ 


perdue.  II  l'a  prouvé  par  Faveuffle  brutalité 
de  ses  dénégations  ;  il  l'a  prouve  encore  en 
employant,  au  profit  de  sa  cause ,  les  vieui 
arguments  des  philosophes  sensualistes  du 
xvui'  siècle,  arguments  que  les  trayauides 
idéologistes  modernes  ont  broyés  sous  le 
poids  de  leur  losique  pressante.  Mais  tout 
en  condamnant  Tes  excès  des  matérialistes 
et  des  phrénologues ,  hâtons-nous  de  saisir 
un  point  important  de  la  nature  du  meral 
qu'ils  ont  éclairci;  reconnaissons  avec  eux 
que  de  l'amélioration  du  système  organique 

S  eut  résulter  celle  de  la  faculté  morale. 
lous  ajouterons  une  dernière  remarque  qui 
frappera  les  esprits  peut^tre  aussi  fortement 
qu  elle  nous  a  frappé  nous-méme.  La  to- 
lonté ,  cet  acte  sur  leauel  repose  un  des 
plus  beaux  apanages  deVhomtne,  la  liberté 
morale ,  fonde ,  dans  une  maladie ,  les  élé- 
ments d'un  pronostic  heureux ,  lorsqu'elle 
est  agissante.  Vient-elle  à  succomber, 
l'homme ,  privé  en  quelque  sorte  de  sa  fa- 
culté radicale,  n'a  plus  qu'à  périr  lui- 
même.  On  doit  toujours  conserver  l'espoir, 
quel  que  soit  l'état  du  patient ,  dans  une 
maladie  aiguë ,  tant  qu'il  existe  des  efforts 
assez  puissants  de  sa  volonté,  soit  pour  résis- 
ter è  l'empire  de  la  destruction ,  soit  \m\ 
surmonter  les  répugnancea  qui  se  présen- 
tent è  exécuter  les  mouvements  et  à  prendre 
les  médicaments  nécessaires  à  la  guéri- 
son  (624). 

Il  ne  suffit  pas  de  reconnaître  que  l'idée 
du  bien ,  l'idée  du  mal ,  distinctes  Tune  de 
l'autre ,  sont  inhérentes  à  la  conscience  bu- 
maine;  il  ne  suffit  point  de  savoir  que  leur 
conception  donne  immédiatement  celle  du 
devoir  et  de  la  loi,  et  que  cette  dernière 
entraine  des  obligations  absolues  ;  tout  cela 
repose  sur  des  faits  réels,  bien  importants 
sans  doute ,  pour  ceux  qui  aiment  rhuma* 
nité  et  ne  desespèrent  point  d'elle.  N'esl-il 

[>as  vrai  que  sans  eux  renseignement, 
'espoir  de  réformer  le  cœur  humain,  de 
purifier  ses  sentiments  lorsqu'ils  sont  cor- 
rompus ,  ne  seraient  que  de  vaines  parole<. 
Les  doctrines  n'agissent  sur  l'âme ,  il  ne 
faut  point  l'oublier,  que  parce  que  l'enten- 
dement possède  virtuellement  les  notions 
primitives  d'identité  personnelle,  de  de- 
voir, etc.  De  plus,  admettons  qu'il  j  aitdouie 
sur  ce  point  dans  l'esprit  des  missionnaires 
des  philanthropes,  des  législateurs,  de  tou$ 
ceux  en  un  mot  qui  se  préposent  si  noble- 
ment aux  réformes  humaines ,  nous  les  ver- 
rons aussitôt  abandonner  leur  œuvre  com- 
mencée avec  tant  de  labeur  et  regretter  la 
somme  d'eflforts  et  de  temps  gu'iTs  auront 
consacrée  à  prétendre  mettre  cfe  toutes  piè* 

t.  n,  p.  225;  1829.  —  i  U  faut  toujours,  dit  Rçn- 
Iry,  mettre  au  bout  des  nerfs  quelque  chose  qui  nj 
soit  pas  la  matière;  la  sensation  est  le  fruit  de  <» 
inconcevable  byménée  disposé  par  le  Créateur,  « 
voilé  par  lui  d'un  sombre  rideau.  »  (Induciiom  w 
ral€$  et  physiotogiqties^  p.  121.) 

(623)  De  r irritation  et  de  la  folie,  t.  H  H* 
toute  la  première  partie. 

(624)  tes  faits  sont  reconnus  de  tous  les  prau- 
ciens. 


M 


VOR 


DANTIUIOPOLOGIE. 


MOR 


030 


ces  dans  le  cosor  humain  ce  qui  ne  s*y  trou- 
Tait  pas.  Si  ce  doute  prorient  de  la  soeiété 
en  général ,  elle  les  considérera;,  s'ils  per- 
sistent, comme  des  hommes  en  délire ,  plus 
dignes  de  pitié  que  ceux  pouf  lesouels  ils 
sedérouent.  Mais  heureusement  ae  telles 
suppositions  sont  également  contraires  aux 
faits  fournis  par  Tobsenration  philosophi- 
que et  à  ceux  fournis  par  la  pratique.  Il 
j  a  dans  Thomme  autant  de  grandeur  oue 
de  bassesse;  ses  instincts  moraux  ne  T'a- 
bandonnent jamais;  ils  se  montrent,  ils  jet- 
tent de  l'éclat  jusque  dans  les  prisons,  jus- 
que dans  les  bagnes  ;  et  les  manifestations 
auxquelles  ils  donnent  lieu  dans  cesdemeures 
du  crime  sont  la  preuve  la  plus  irréfragable 
et  la  plus  imposante  de  leur  réalité  et  de 
leur  empire  (625).  Ainsi  la  philosophie  ra- 
tionaliste de  nos  jours  a  rendu  un  grand 
serfice  en  donnant  la  démonstration  rigou- 
reuse du  caractère  absolu  du  sens  moral 
et  du  dcToir.  Mais  c'est  à  cette  démonstra- 
tion qu'il  eût  été  prudent  de  s'arrêter.  Les 
psYchologistes  auraient  dû  descendre  des 
nauteurs  de  la  métaphysique  pour  observer 
un  autre  ordre  de  réalité,  voir  comment 
faiblissent  les  sentiments  moraux  dans  le 
ccBur  humain,  pourquoi  ils  faiblissent.  Au 
lieu  de  tomber  pour  la  plupart  dans  ce  spi- 
ritualisme ralD^équi  les  a  conduitsd'unbond 
an  panthéisme,  ils  en  fussent  venus  aux 
conclusions  si  vraies  et  si  éminemment 
pratiques  des  théologiens  qui  croient  en  la 
révélation  telle  que  l'enseigne  la  tradition 
catholique. 

Cette  dernière  atteste  que  l'homme,  ayant 
prévariqué  en  marchant  dans  l'erreur  de 
ses  sens ,  est  devenu  la  proie  du  mal  moral 
comme ^du  mal  physique,  et  qu'il  n'a  pu 
être  tiré  de  cet  abime  profond  que  par  la 
grâce  divine,  se  manifestant  au  moyen  du 
mrstère  de  la  rédemption  (G26).  A  côté  de 
celui  du  péché  originel  que  nous  devons 
laisser  à  part,  comme  l'arche  sainte  à  la- 
quelle il  n'était  point  permis  de  toucher 
sans  trouver  immédiatement  la  mort ,  appa- 
raissent deux  notions  gui  se  trouvent  dans 
le  domaine  des  investigations  de  l'homme: 

Eremièrement,  l'insuffisance  de  la  moralité 
umaine ,  son  incertitude ,  ses  faiblesses  ;  la 
nécessité  où  elle  se  trouve  d'avoir  en  dehors 
d'elle-même  un  juge  et  un  régulateur.  Les 
préceptes  ressortant  de  la  morale  humaine, 
ainsi  que  leurs  obligations,  sont  précaires, 
parce  gu'ils  sont  influencés  par  tous  les 
états  divers  de  l'organisme,  avec  lequel  ils 
ont  une  connexion  éloi^ée.  Les  impulsions 
qui  naissent  de  la  chair  les  ébranlent ,  les 
besoins  viscéraux  les  font  taire  quelquefois 
et  très-souveot  les  pervertissent  :  Curo 
enim  concupiêcit  adversus  spirilum.  Laphré- 

(025)  Consnllez  sur  œ  sujet  les  ouvrages  qui  ont 
trait  aiii  prisoos  et  aux  étaUissements  <te  détention, 
particulièrement  celui  de  M.  Frégier.  Voy.  Baqnet^ 
priumsy  cnnniie/s,  par  Appebt. 

(6^)  Lavater,  que  Ton  doit  toujours  considérer, 
malgré  ses  écarts  systématiques,  comme  un  des  plus 
fr^tnU  observateurs  de  la  nature  humaine,  a  dit  en 
I»ropro5  terme»  :  «  Tour  le  dire  en  passant,  la  diic- 


nologie,  à  son  insu,  a  puissamment  étayé 
ce  point  de  doctrine.  Un  de  ses  organes , 
homme  dont  Tachamement  anti  chrétien 
s'est  maintenu  pendant  une  longue  vie  avec 
autant  de  persévérance  que  celui  de  Vol* 
taire,  a  écnt  ces  paroles,  dont  tout  homme 
qui  se  livre  à  Tooservation  du  monde  peut 
apprécier  la  portée  :  <  La  justice,  dit-il , 
dont  tous  les  hommes  font  parade,  car 
tous  en  ont  plus  ou  moins  Tesquisse ,  est 
pourtant  une  faculté  ^i  se  présente  rare- 
ment dans  la  société  I  Ine  première  preuve 
que  j'en  donne ,  c'est  que  s  il  existe  dans  un 
canton  un  homme  d'une  probité  remarqua- 
ble ,  il  est  toujours  cité Démontrez  dans 

un  sens  une  vérité  morale,  chacun  applau- 
dira ;  mais  prenez  chacun  en  particulier ,  et 
sommez-le  de  s'en  faire  l'application  :  parmi 
ceux  qui  seront  dans  le  cas  d'en  souffrir , 
vous  en  trouverez  fort  peu  qui  se  résignent 
sans  murmurer,  et  toujours  un  grand  nom- 
bre auront  recours  à  la  ruse  pour  s'y  sous- 
traire... Supposez  une  grande  force  dans 
les  sentiments  qui  tendent  plus  ou  moins  à 
régoîsme,  supposition  qui  sera  facilement 
convertie  en  certitude  par  la  comparaison 
des  tètes  humaines ,  et  dites-nous  si  la 
conscience  morale,  la  justice,  la  probité» 
seule  contre  tant  d'ennemis,  a  beaucoup  de 
chances  pour  triompher.  A  priori  ^  on  se- 
rait tente  de  répondre  par  la  négative  ;  mais 
si  l'on  fait  une  étude  approfondie  de  la 
phrénolosie  ph jsiolo^que ,  si  Ton  a  cons- 
taté par  aes  observations  souvent  répétées 
combien  sont  rares  les  tètes  où  l'organe  qui 
répond  à  ce  sentiment  est  amplement  déve- 
loppé, etc.,  on  n'hésitera  pas;  une  sorte 
de  pessimisme  se  glissera  dans  la  convic- 
tion touchant  le  sort  de  l'espèce  vivante  à 
laquelle  nous  appartenons.  Cfuant  à  moi,  je 
me  sens  enclin  a  présumer  que  nous  ne 
sommes  pas  le  chef-d'œuvre,  je  ne  dirai 
pas  de  la  création,  mais  de  toute  la  hié- 
rarchie sentante  et  vivante  possible  (6^).  » 

Après  des  aveux  semblables,  le  môme  au- 
teur, dont  l'ouvrage  abonde  en  étranges  con- 
tradictions, affirme  plein  d'assarance,  quel- 
Sues  pagres  au-dessous,  que  le  remède  à  la 
épravation  des  classes  inférieures  se  trouve 
dans  l'acquisition  des  faits  qui  démontrent  l'u- 
tilité du  travail,  et  que  l'éducation  reli^euse 
n'en  apporte  aucun  (CStS).  La  question  se 
trouve  ainsi  résolue  dans  le  même  sens 
qu'elle  le  fut  par  les  moralistes  du  xvir  siè- 
cle, Hel vélins  et  Saint-Lambert;  c'est,  en 
d'aulres  termes,  la  doctrine  de  l'utile  substi- 
tuée aux  nobles  instincts  de  l'homme.  Et  je 
l'observe  en  passant,  les  fauteurs  du  maté- 
rialisme moderne  ont  plusieurs  points  de 
contact  avec  l'école  sensualiste  du  xviu*  siè- 
cle, quoiqu'ils  affirment  hautement  des  prê- 
trise du  péché  originel,  «pii  est  presque  un  objet  de 
fÀaisanterie  pour  notre  siéde  sceptique,  a  tous  les 
caractères  d^évidence  pour  le  vrai  philosophe.  » 
(  Euais  phffûogn, ,  tom.  I*%  gr.  ln-4*,  page  175 , 
1786. 

(6i7)  BnorssJiis,  De  rirritation  et  de  (a  /b/iV,  1. 1", 
p.  301-i,  t  ëdit. 

[iMS)  Onrra'je  cité,  t.  I",  p.  355, 


9S1 


MOR 


DICTIONNAIRE 


MOR 


US 


tentions  àd*autres  préceptes  que  ceux  de 
>aurs  devanciers,  sur  lesquels  ils  déversent 
cependant  un  certain  mépris  (629).  li  est  de 
l'essence  de  Terreur  de  tourner  constam- 
ment dans  un  cercle  vicieux ,  et,  de  même 
que  dans  l'ordre  de  la  science  de  la  vérité , 
chacune  de  ses  branches  se  dirigent  vers  le 
môme  point  ;  dans  l'ordre  de  Terreur,  tous 
les  efforts  convergent  au  même  but,  la  né- 
gation. 

Si  Ton  ne  se  borne  point  è  une  observa- 
tion superficielle  du  cœur  humain,  on  recon- 
naîtra bientôt  que  ses  sentiments  subissent 
difFérents  modes  d'altérations.  Les  maladies 
de  Tâme  ont  leur  degré  d'intensité  comme 
les  maladies  du  corps ,  et  il  est  important 
d'en  saisir  les  nuances.  Il  en  est  une  surtout 
dans  laquelle  la  conscience  s'abuse  et  s'af- 
faiblit, sans  pourtant  se  pervertir.  En  lutte 
avec  ses  passions,  qu'il  trouve  le  moyen  de 
justifier  à  ses  propres  yeux,  l'homme  con- 
tracte l'habitude  de  considérer  ses  actes 
comme  fondés  sur  la  conscience,  quoiqu'ils 
s'écartent  insensiblement  de  son  type  ab- 
solu, fiien  plus  encore,  ces  mêmes  actes 
{courront  trouver  des  epplaudissemenis  dans 
e  monde,  qui  ne  juge  que  de  la  superficie 
des  choses,  et  la  conscience  s'engourdira 
davantage. QuedepliiianthropeSj  que  de  per- 
sonnes austères  sont  bénies  du  monde  et  se 
contemplent  elles-mêmes  avec  unsentiment 
d'approbation!  et  en  dernier  terme,  tous 
ces  actes  gu'on  admire  aboutissent  souvent 
aux  émotions  de  la  pitié  ou  aux  jouissances 
de  Tamour-propre  satisfait.  Cette  emur  de 
conscience  revêt  une  foule  de  formes  toutes 
plus  insidieuses  les  unes  que  les  autres,  et 
(|ui,  bien  plus  que  les  forfaits,  sont  Torigine 
(lu  malaise  de  ta  société ,  puisqu'elle  n'a 
contre  elles  aucun  pouvoir  répressif.  Cela 
])rouve  suffisamment,  et  c'est,  encore  une 
fois,  de  l'expérience  vulgaire,  çiue  la  cons- 
cience ne  peut  être  son  propre  juge  et  citer 
ses  actes  à  son  propre  tribunal  ;  elle  est  troj) 
complaisante ,  et  la  conscience  générale,  qui 
certes  a  bien  une  autre  valeur.  Test  égale- 
ment. Dès  lors  il  devient  indispensable, 
puisque  la  loi  morale  humaine  peut  porter 
a  faux,  qu'elle  se  rectifie  auprès  de  Dieu,  la 
cause  et  la  substance  de  tout  bien. 

Les  moyens  lui  sont  fournis  par  le  sacre- 
ment de  la  pénitence  catholique.  Avec  lui  il 
est  impossible  que  le  bandeau  des  illusions 
ne  tombe  point,  que  la  conscience  essaye  de 
3e  justifier  devant  celui  qui  sonde  le  fond 
des  cœurs,  et  qui  n'accorde  son  pardon  qu'à 
celui  dont  les  intentions  sont  pures  et  droi-r 
tes  (630).  C'est  une  grave  erreur  de  croire 
que  la  confession  ne  convient  qu'aux  grands 
coupables  :  elle  est  utile  à  tous  les  hommes 
exposés,  par  les  événements  journaliers  de  la 

(629)  Brocssais  ,  De  tirritalion  et  de  la  folie, 
—  Vov.  ce  qu'il  dit  de  Vécole  sensualiste. 

(630;  Je  supplie  mes  lecteurs  de  réfléchir  mûre- 
inent  sur  ce  point,  et  ils  trouveront  que  la  confes- 
sion ,  întroouction  nécessaire  aux  pratiques  reli- 
gieuses, doit  concourir  puissamment  au  perfection- 
pement  moral  du  genre  tiumain.  Bossuet  a  dit  :  i  De 
inème  que  la  règle  des  mouvements  intérieurs  c'est 


vie,  à  voir  affaiblir  en  eux  les  notions  sacrées 
de  la  justice  et  du  devoir. 

Les  préventions  ont  beau  vouloir  pft&dn 
racine  dans  les  esprits  que  l'incréduklé  tient 
sous  son  empire,  il  faut  (qu'elles  se  taisent 
devant  la  puissance  des  faits.  Quant  à  nous, 
nous  n'en  connaissons  pas  de  plus  propres  à 
suggérer  des  réflexions  sérieuses  en  laVeor 
de  la  religion  catholique,  que  ceux  qui  nous 
démontrent  l'accord  de  ces  préceptes  et  de 
ces  pratiques  avec  toutes  les  choses  exté- 
rieures. Elle  enseiene  tous  les  hommes, 
établit  ses  autels  clans  tous  les  climats, 
sous  toutes  les  latitudes ,  et  peut  y  fleurir. 
Enfin,  chose  aussi  admirable  encore,  non- 
seulement  elle  convient  à  tons  les  tempéra- 
ments des  hommes  en  particulier,  mais  en- 
core elle  les  redresse.  Excepté  les  phréno- 
logues,  tous  les  physiologistes  sont  q  aoeord 
sur  la  juste  importance  qu'il  faut  attribuer 
au  tempérament  pour  expliquer  certaines 
prédispositions  natives  pour  telle  ou  telle 
manifestation  morale. 

Le  tempérament  sanguin,  celui  dans  lequel 
un  sang  riche  et  abondant  excite  les  nerfs, 
açite  les  centres  nerveux,  porte  l'homme  à 
l'impétuosité  et  h  la  colère  :  le  christianisme 
modère  cette  ardeur  vitale  en  sollicitant  à  la 
douceur. 

Le  bilieux,  celui  qui  se  caractérise  parla 
rigidité  de  la  fibre ,  la  prédominance  de  la 
sécrétion  hépati(|ue ,  disnose  à  une  sombre 
mélancolie ,  ou  a  la  violence  :  le  christia- 
nisme inspire  à  ceux  qui  possèdent  ce  tem- 
pérament des  pensées  consolantes  et  les  as- 
souplit. 

Le  lymphatique,  celui  dans  lequel  pré- 
domine la  laxité  de  la  fibre,  l'abondance  des 
sucs  séreux  porte  à  l'indifTérenceet  àla  mol- 
lesse :  le  christianisme  ranime  ceux  oui  sont 
tombés  dans  cet  état  léthargique  et  les  rend 
zélés  pour  le  bien. 

Le  nerveux  est  mobile  à  l'excès  ;  l'homme 
qui  possède  ce  tempérament  se  berce  d'illu- 
sions chimériques ,  s'agite  toujours  au  mi- 
lieu d'un  flux  et  reflux  d'actes  contraires  : 
le  christianisme  le  fixe  et  le  dépouille  de 
ses  illusions  dangereuses. 

Et  lorsque,  enfin,  chose  qui  a  lieu  d'ordi- 
naire, tous  ces  tempéraments  se  combinent, 
le  christianisme  tend  à  étouflfer  les  tIccs 
comme  à  faire  prédominer  les  qualités  qui 
dérivent  de  chacun  en  particulier. 

Si  l'on  nie  cette  infiaence,  on  niera  te 
choses  que  l'on  voit  tous  les  jours  :  des  hom- 
mes qui  sont  devenus  doux  et  humbles,  de 
fiers  et  d'impatients  qu'ils  étaient;  des  hom- 
mes mous  et  apathiques  devenus  zélés  ;  des 
hommes  chimériques  qui  sont  devenus  po- 
sitifs sous  l'influence  aes  idées,  et  surloul 
des  pratiques  chrétiennes. 

la  juste  et  saine  raison,  ainsi  la  re^\e  de  h  raison 
c'est  Dieu  même  ;  et  lorsque  la  volonté  humaiw 
compose  ses  mouvements  selon  la  volonté  de  sw 
Dieu,  de  là  résulte  cet  ordre  admirable,  ce  jo*if 
tempérament  ;  de  là  cette  médiocrité  raisonnable  qii 
fait  toute  la  lieauté  de  nos  âmes,  i  {Sermon  sitr  « 
loi  de  Dieu,) 


9S9 


UOR 


DMNTHROPOLOGIE 


MGR 


9al 


Plus  Tbommo  e>l  libre,  c  est-à-dire  plus  il 
est  soustrait  aux  influences  extérieures  qui 
oppriment  Télan  de  sa  nature  morale  »  plus 
il  se  sent  porté  au  bien.  Mais  sa  liberté  , 
comme  les  granules  conquêtes ,  est  le  prix 
de  nombreux  efforts.  La  philosophie ,  que 
nous  devons  considérer  comme  une  belle  in- 
troduction à  Tétude  des  dogmes  religieux» 
aHirme  cette  vérité ,  mais  ne  donne  nulle- 
ment les  moyens  de  parvenir  à  cette  séré- 
nité de  rame  où  il  ny  a  place  que  pour  les 
L'én(^reux  mobiles.  Le  christianisme  pose 
des  règles  sûres ,  trace  un  plan  de  conduite 
invariable»  et  ordonne  TMucation  des  sens 
par  le  moral,  et  non  celle  du  moral  par  les 
sens.  Et,  chose  remarquable  et  bien  cons- 
tante &  la  fois,  malgré  la  contradiction  ma- 
nifeste de  leurs  actes,  tous  les  hommes  tom- 
bent d'accord  sur  ce  point.  Demandez^leur 
quel  est  le  premier  des  biens ,  fort  peu  vous 
répondront  :  C'est  la  santé  ;  mais  presque 
tous  vous  diront  :  C'est  l'honneur,  ou,  en 
d*aatre$  termes,  Taccomplissement  intégral 
des  obligations  de  conscience.  Donc ,  ils  sa- 
rent  fort  bien  mettre  à  sa  place  et  bien  au- 
dessus  de  leurs  organes  périssables,  ce  quel- 
que chose^  selon  Bossuet,  qui  dans  eux  n'ap- 
j  réhende  pas  la  corruption.  L'histoire  four- 
nit encoredes  arguments  sans  réplique  Avant 
d'avoir  rEvangvIe  pour  sa  sauvegarde,  l'hu- 
manité offrait  pourtant  quelquefois  le  spec- 
tacle de  vertus  sublimes,  d  héroïques  dé- 
vouements ;  mais  ces  vertus ,  ces  actes  dé- 
voués reposaient  toujours  sur  les  habitudes 
de  tempérance  et  de  sobriété  qui  étaient  en 
honneur  dans  la  pratique  de  la  loi  civile.  Le 
commencement  de  la  république  romaine  a 
été  remarquable  par  une  belle  collection 
d'actes  commis  par  ses  austères  citoyens ,  et 
qui  n'ont  pas  d'autre  source.  Ici,  c'est  Corio- 
hn  dont  le  cœur  rempli  de  fiel  et  de  ressenti- 
ment se  laisse  attendrir  par  sa  mère  et  re- 
nonce à  ses  projets  de  vengeance;  ailleurs, 
r'p5tManlius  Torquatus,  qui  oublie  la  du- 
reté de  son  père  pour  voler  à  son  aide;  là, 
rest  Décius ,  qui  offre  son  corps  aux  jave- 
lines ennemies  pour  assurer  la  victoire  à 
son  pays;  plus  loin,  c'est  Réçulus,  dont  la 
^ande  Ame  ne  peut  se  résouofre  à  violer  la 
m  jurée,  même  à  des  ennemis  suspects. 
Ces  traits  admirables  disparaissent  bien  vite 
d«  la  république,  à  mesure  que  le  luxe  s'v 
défïloie  avec  son  cortège  de  vices  et  de  de- 
liauches.  Pour  retrouver  la  sublimité  mo- 
rale, il  faut  traverser  une  longue  période , 
tisane  de  crimes  et  d'infamies,  avant  de  con- 
templer l'aurore  de  la  société  chrétienne, 
avec  laquelle  fleurirent  toutes  les  vertus. 

Nos  sociétés  modernes  sont  plus  parfai- 
tes; mais  la  loi  du  mal  pèse  encore  sur  elles 
?tlear  rend  impérieux  le  besoin  de  la  révé- 
lation. Ce  mie  je  dis  n'est  point  spéculatif, 
mais  découle  des  travaux  d  un  homme  posi- 
tif, d'un  rigoureux  statisticien,  M.  Quete- 
IH  (631).  Dans  son  ouvrage, ■;  qui  doit  jeter 

(^m1)  Sur  t homme  et  le  développement  de  us  (a- 
'"/'j^i,  vu  Eti'A  de  phij$ique  iociale ,  2  vol.  ;  Paris, 


le  désespoir  dans  l'ftme  des  tnerédules,  il 
étudié  froidement  l'espèce  humaine  dans 
l'état  de  société  ;  il  voit  les  crimes  se  répé- 
ter chaque  année  avec  une  effrayante  conti- 
nuité ;  et,  enfin,  il  pose  en  principe  que  ce 
qui  se  rattache  à  l'espèce  humaine  considérée 
en  masse  est  de  l'ordre  des  faits  physiques. 
Plus  le  nombre  des  individus  est  grand , 
plus  la  volonté  humaine  s'efface,  et  laisse 
prédominer  la  série  des  faits  généraux  gui 
dépendent  des  causes  d'après  lesquelles  existe 
et  se  conserve  la  société.  H  faut  bien  l'a- 
vouer, dit-il,  quelque  afiligeante  que  paraisse 
au  premier  abord  cette  vérité,  en  soumettant 
à  une  expérience  suivie  les  corps  bruts  et 
le  svstème  social,  on  ne  saurait  dire  de  ouel 
côté  les  causes  agissent  dans  leurs  effets 
avec  une  régularité  plus  grande  (632).  Or, 

a  ni  est  capable  de  triompher  do  ces  obsta- 
es,  sinon  la  réaction  morale.  M.  Quetelet 
l'admet,  cette  réaction  ;  mais  ,  dit-il  ,  elle 
n'agit  que  de  la  manière  la  plus  lente.  Qui 
lui  prêtera  des  forées?  Tous  les  hommes 
sérieux  m'ont  répondu  :  Le  voyageur  qui 
parcourt  des  déserts  brûlants  recherche  au 
milieu  de  sa  course  un  peu  d'eau  jpour  étan- 
cher  sa  soif,  un  peu  d  ombre  pour  réparer 
la  fatigue  de  ses  membres  ;  l'Ame  humaine 
qui  traverse  le  monde  social ,  où  souffle  le 
vent  si  meurtrier  du  viceetde  l'indifférence, 
a  besoin  de  s'y  sentir  abritée  sous  l'aile  pro- 
tectrice de  Dieu. 
MORDEUR  9  sorcier  chez  les  Haeeltzuks. 

foy.  N00TKA-C0;«0HBIKNS. 

MORT.  ~  Tandis  que  la  poussière  re- 
lourne  à  la  terre^  d'où  elle  fut  tirée  y  l'esprit 
retourne  à  Dieu^  qui  Va  donné  (633).  Il  est 
beau  d'apprendre  que  la  physiologie  donne 
sur  ce  point  les  mêmes  garanties  que  la  tra- 
dition chrétienne.  Ecoutons  Barthez,  qui  ter 
mine  son  grand  ouvrage  par  ces  remarqua- 
bles paroles  :  «  Le  principe  vital  peut  périr, 
sans  que  la  puissance  dont  il  dérive  soit  af- 
faiblie; de  même  que  les  rayons  du  soleil 
se  réfléchissent  et  se  perdent  dans  l'ombre 
des  corps  opaques,  sans  que  cette  source  de 
lumière  puisse  jamais  être  épuisée.  Lorsque 
l'homme  meurt,  son  corps  est  rendu  aux  élé- 
ments; son  principe  de  vie  se  réunit  à  celui 
de  l'univers,  et  son  âme  retourne  à  Dieu, 
qui  l'a  donnée,  et  lui  assure  une  durée  im- 
mortelle. La  parole  du  Tout-Puissant,  en 
créant  les  esprits,  les  a  affranchis  de  la  loi 

S  générale,  qui  condamne  à  finir  tout  ce  qui  a 
(lé  commencé.  Ils  doivent  l'immutabilité  de 
leur  existence  à  la  volonté  de  Dieu,  qui  leur 
en  renouvellera  la  sanction  dans  le  moment 
terrible  où  ils  verront  les  corps  célestes  se 
disr^oudre  et  s'anéantir,  le  spectacle  magni- 
fique de  la  nature  s'évanouir  comme  une 
ombre,  et  le  temps,  qui  avait  fait  nattre  el 
périr  toutes  les  choses  mortelles,  être  ab? 
sorbe  dans  l'abtme  de  l'éternité  (63il).  9. 

Dans  l'ordre  des  choses  naturelles,  la  moit 
est  nécessaire,  puisqu'elle  limite  l'extrême 

(65Î)  T.  n,  p.  248, 
(635)  Eccle.  xit,  7«, 
(654)  Bartbez,  Science  de  thomme,  t  II,  p.  539. 


«6S 


MOR 


UiOTlOiNNAlRË 


MOR 


951 


fécondité  de  la  natnre,  qu'elle  entretient  et 
renouTelie  la  vie.  Cela  étant,  il  devait  entrer 
dans  le  plan  des  lois  provideiHiellesde  rendre 
à  ses  créatures  doux  et  fiicile  à  supporter  le 
passage  de  Tétat  de  vie  à  celui  de  mort.  Ce 

f)assage  peut  être,  en  effet,  considéré  comme 
a  fonction  dernière  des  êtres  organisés.  Hal- 
1er  et  Barthez  affirment  que  Tidée  de  la  mort 
n'affecte  point  ceux  qui  en  approchent  au- 
tant que  le  croient  le  commun  des  hommes.. 
Les  annales  de  la  science  ont  conservé  sur 
ce  point  les  témoignages  authentiques  de 
quelques  grands  hommes  qui  ont  eu  assez  de 
calme  et  de  liberté  pour  analyser  leurs  der- 
nières sensations  dans  le  moment  suprême. 
François  Suarez,  jésuite  célèbre,  qui  mourut 
à  Lisbonne  en  1617,  dit,  peu  avant  d'expi- 
rer :  Non  putabam  tam  dulce^  tam  suave  esse 
mori  :  Je  ne  pensais  pas  qu'il  fût  si  doux  et 
si  agréable  de  mourir.  M.  Simmons,  dans 
la  Vie  qu'il  a  donnée  du  célèbre  William 
Hunter,  rapporte  que  ce  dernier,  étant  près 
d'expirer,  dit  à  son  ami,  M.  Combe  :  «  Si  j'a- 
vais assez  de  force  pour  tenir  ma  plume, 
t'écrirais  combien  il  est  facile  (easy)  et  agréa- 
le  de  mourir.  »  La  mort  n'est  la  terreur  des 
terreurs  que  pour  l'homme  pervers  dont  l'a- 

Sonie  est  troublée,  parce  qu  elle  est  le  terme 
'une  existence  toute  de  désordres  moraux 
et  physiologiques  :  à  lui  une  assistance  toute 
particulière  pour  dissiper  l'épouvante  du 
tombeau. 

Un  des  auteurs  cités  précédemiuent  a  re- 
marqué, avec  raison,  que  les  institutions  hu- 
maines ont  corrompu,  pour  les  hommes, 
jusqu'au  bonheur  de  mourir  (635).  Le  mo- 
ment de  Quitter  la  vie  commence-t-il  à  s'ap- 
procher, l'intelligence  présente  en  foule  aux 
sentiments,  et  surtout  à  l'imagination^  tous 
les  objets  de  jouissance  qui  ont  rendu  la  vie 
si  douce  à  ces  moribonds,  il  est  dur  pour  une 
mère  de  famille  de  voir  finir  ses  jours  quand 
elle  laisse  des  enfants  en  bas  flge  ;  il  est  dur 
de  mourir  pour  l'artiste,  pour  1  homme  poli- 
tique, qui  laissent  des  œuvres  inachevées  :  à 
ceax-là  les  secours  religieux  pour  éloigner 
le  désespoir. 

On  pense  généralement  dans  la  société  que 
rintelligence  s'affaiblit  aux  approches  de  la 
mort.  Les  incrédules  surtout,  s*appuyant  sur 
ce  fait,  bien  gratuitement  supposé,  imputent 
à  la  faiblesse  intellectuelle  des  mourants 
leurs  insistances  pour  obtenir  l'intervention 
du  prêtre.  Cette  supposition  se  montre  dans 


toute  sa  force  lorsqu'il  s'agit  d'agonisants  il- 
lustres, qui  ont  été  durant  leur  vie  les  ad- 
versaires des  croyances  chrétiennes.  La  phy- 
siologie, cependant,  n'enseigne  point  à  con- 
sidérer ainsi  les  choses.  Voici  ce  qu'elle  de- 
montre.  Il  existe  réellement  deux  sortes 
d'agonies  :  l'une  sans  délire  (le  mot  agonie, 
qui  implique  l'idée  de  perte  de  conscience, 
est  donc  impropre  à  la  rigueur).  Les  agoni- 
sants en  délire  ne  pouvant  rien  réclamer,  ce 
n'est  pas  à  eux  que  s'adresse  la  supposition 
dont  nous  venons  de  parler.   Mais  dans  l'a- 
gonie sans  délire,  on  peut  très-légitimement 
rendre  responsables  de  leurs  actes  les  indi- 
vidus qui  succombent  en  accomplissant  lenrs 
devoirs  de  chrétiens;  non-seulement  leur 
intellect  n'est  point  engourdi,  mais  il  a  mèoie 
plus  d'activité.   Ainsi,  lorsque   le  cenreau 
ne  meurt  qu'au  bout  d'un  certain  temps, 
après  que  la  mort  a  pénétré  dans  d'autres 
parties  du  corps,  n'étant  point  alors  frappé 
aussi  directement  par  la  dissolution ,  ou  j 
participant  plus  tard,  l'action  de  cet  organe, 
augmentée  même  par  son  isolement,  peut 
faire  que  les  forces  intellectuelles  de  l'âme, 
par  une  correspondance  harmonique,  soient 
singulièrement  excitées,  et  s'élèvent  au  plus 
haut  degré.  Certains  hommes, aux  approches 
de  la  mort,  ont  une  élévation  d'idées  et  une 
éloquence  qu'ils  n'avaient  jamais  eues  aupa- 
ravant. Avant  la  mort,  dit  Haller,  il  n'est  pas 
rare  de  voir  les  moribonds  recouvrer  la  mé- 
moire, la  régularité  de  l'intelligence,  qu'une 
lon|$ue  maladie  leur  avait  fait  perdre  (636). 
Qui  n'a  remarqué,  au  trépas  de  personnes 
chères,  la  netteté  de  vues,  l'ordre  et  la  clarté 
des  souvenirs,  la  saine  appréciation  des  cho- 
ses passées,  présidant  à  l'exécution  de  leurs 
dernières  volontés? 

Que  de  monarques,  inhabiles  durant  leur 
vie  à  soutenir  le  fardeau  d'un  grand  empire, 
ont  légué  de  lumineux  conseils  à  leurs  suc- 
cesseurs au  moment  même  où  la  mort  allait 
les  en  décharger  ! 

Donc,  il  est  vrai  de  penser  que  ces  con^ 
versions  subites  à  l'article  de  la  mort,  qui 
font  l'étonnement  du  monde  et  en  même 
temps  la  joie  de  l'Eglise,  loin  d'être  fondées 
sur  l'imbécillité  cérébrale,  sont,  au  contraire, 
la  dernière  et  sublime  lueur  d'une  intelli- 
gence épurée,  dégagée  des  étreintes  de  l'er- 
reur, et  plus  libre  dans  ses  déterminations. 
Donc  il  ne  faut  point  se  hâter  de  dire  :  «  Cet 
homme  est  devenu  stupide,  »  en  apprenait 


^635)  Barthez,  Science  de  l'homme^  t.  II. 

(636)  Ante  mortem  non  rarum  est  convalescere  miseras 
etmenu>riam  recuperaresanamque  mentem,forteetexea 
debililate  quœ  in  universa  machina  invalescit,  (Hall.. 
Et.  phys,  corp,  hum,  t.  V,  p.  568.)  A  la  fin  de  son  grand 
ouvrage,  ce  physiologiste  revient  sur  ce  sujet,  qui 
parait  vivement  Tintéresser.  Il  commence  par  dire 
qua  son  expérience  des  mourants  est  immense  ;  que 
les  devoirs  de  sa  charse  Font  obligé  souvent  d'as- 
sister à  des  agonies.  {Stortem  siepe  in  animalibus  $œpe 
in  hominibus  sum  conlemplatus  quibus  officium  me 
jubebat  assidere^  t.  VllI,  p.  123.)  Voici  Tanalysc  qu^il 
donne  de  Tagonie  :  <  La  parole  devient  de  plus  en 

Ïilus  embarcasscc;  la  l<He  ne  pfiut  plus  se  soutenir; 
es  main^  uc  pr*uv«.'!iî  plus   snivrc  l^^s  commande- 


ments de  rame  ;  enfin  Tesprit  (mens)  ne  donne  plus 
aucun  signe  de  son  empire,  non  nas  parce  qu'il  k 
sent  rien,  car  c'est  la  dernière  (acuité  qui  périsse 
(ultimu$  enim  sensus  amittilur),  mais  bien  parce  ({^ 
la  perte  des  mouvements  le  met  dans  Timpuissaott 
d'exprimer  sa  pensée...  Et  c'est  alors  que  te  corps 
court  vers  la  destruction  (tu  putredinem  mit),  Nc<u 
rendons  notre  âme  à  Dieu,  qui  seul  a  statué  sur  oo> 
tre  mort.  Très-souvent  il  m'a  été  donné  de  sur- 
prendre sur  les  traits  des  mourants  illominéi  d^uoe 
douce  joie  (non  sine  blando  subrisu)^  l'expression  de 
l'espérance  la  plus  vraie.  Une  mort  semblable  (^ 
vramicMt  le  dernier  et  le  plus  puissant  désir  ^ty 
homme  sage.  »  (Loc.  ctf.,  lii.) 


937 


MOR 


D'A!«THR0]HHX)€1E. 


MOU 


qu^on  anseor  illastre,  qui  avait  afilieé  le 
taonde  catholique  par  ses  écrits,  a  inondé  des 
larmes  de  son  repentir,  à  son  heure  dernière, 
le  signe  de  la  rédemption.  Les  voies  de  Dieu 
sont  impénétrables ,  sa  miséricorde  e&t  infi- 
nie. L  nooune  fragile  est  détourné  à  diaaue 
instant,  dans  la  plénitude  de  la  vie,  du  cne- 
min  de  la  vérité.  Le  Juge  suprême  attend, 
dans  un  moment  propice,  une  manifesca- 
tion  spontanée  et  libre  de  la  conscience.  Le 
moment  d'après  ces  brillantes  lueurs  d'in- 
telligence doit  être  celui  de  lagonie.  Et 
lorsqu'on  songe  à  la  ^ande  fréuuence  de  ces 
derniers  actes  de  foi  chez  les  hommes  qui 
ont  donné  tant  de  preuves  de  la  plus  remar- 
«juable  intelligence,  lorsqu'on  les  voit  saisis 
au  salutaire  désir  de  brûler  sur  l'autel  du 
vrai  Dieu  le  fruit  de  leur  génie  égaré  et  de 
leur  orgueil,  on  admire  cette  secrète  justice 
de  la  Providence,  qui  offre  une  chauce  de 
salut  de  plus  k  fia  créature  qui  a  ennobli  son 
principe  pensant  par  le  travail.  Les  conver- 
gions a  l'article  de  la  mort ,  quoique  très- 
fréquentes  chez  les  criminels,  les  libertins, 
«liez  tous  ceux  qui  ont  usé  leurs  forces  mo- 
rales et  physiologiques,  sont  moins  sponta- 
nées que  chez  les  penseurs. 

Le  phénomène  physiologique  de  la  mort , 
qxii  nous  présente  ainsi  le  principe  moral  de 
l'homme  subsistant  dans  toute  son  énergie 
au  milieu  de  l'organisme  eu  ruines,  servira  à 
nous  initier  aux  rapports  du  physique  et  du 
moral.  Voy.  Moral.  (637). 

Les  soins  qu'apportent  les  peuples  à  la  sé- 
pulture de  leurs  corps  n'est  point  une  chose 
indifférente.  Le  respect  dont  ils  entourent 
leurs  dépouilles  est  un  hommage  qu'ils  ren- 
dent à  leur  individualilé:  c'est,  en  quelr«ne 
sorte,  le  signe  de  l'idée  qu'ils  se  font  de  leur 

f>ropre  dignité,  et  la  formule  symbolique  pfr 
aquelle  us  traduisent  leurs  saintes  aspira- 
tions à  l'immoFtalité  :  c'est  du  moins  ce  que 
Tbistoire  nous  apprend  d'une  manière  assez 
explicite.  Sous  1  empire  du  polythéisme,  re- 
ligion qui  se  confondait  par  bien  des  points 
avec  le  panthéisme,  les  corps  étaient  soumis 
à  la  combustion  ;  et  dans  l'idée  des  peuples, 
rame  du  défunt  s'exhalait  de  cette  cendre 
pmur  se  réunir  à  l'âme  universelle.  Cette 
pratique  funéraire  est  en  usage  dans  une 
grande  partie  de  l'Orient.  Les  £g>'ptiens 
seuls,  parmi  les  peuples  de  l'antiquité,  nous 
montrent  un  respect  prodigieux  pour  le  dé- 
bris organique  de  la  créature  humaine.  De 

(657)  c  Ao  délire  même  des  agonisants  saccéde 
qDelqoefols  la  ulus  grande  netteté  dans  Peiercice  de 
rîttCelligeDoe.'  La  concentration  du  cerveau  cessait t 
\orsip»e  la  gangrène  survient  à  Porgane  le  pkks  af- 
r-cte,  les  forces  sensîUves  d^autres  parties  du  corps, 
dégagées  des  liens  de  la  sympathie  de  ces  organes, 
repreaneat  plus  d*activit^  dans  leur  distribution  i 
ce!»  parties,  et  Tétat  naturel  des  organes  de  Fintel- 
licence  peut  être  alors  ainsi  rétabli,  i  (Bakthcx, 
ScUnee  de  tkQmme,  t.  Il,  p.  330.) 

Toîci  qui  est  encore  plus  formel  :  c  U  est  presque 

dp  régie  générale  <fue  les  bommes  plongés  depuis 

longues  années  daus  la  mélancolie,  la  manie  et  la 

fureur,  reriennent  pleinement  à  eux  dans  les  dPT- 

iiiert^périoicsde  leurexislencf».  i  (Rlrdach,  Traité 


même  qu'en  tant  que  peuple  ils  avaient 
Toulu  survivre  aux  autres  peuples  par  leurs 
gigantesques  monuments,  chez  eux  les  indi- 
vidus ont  également  voulu  se  survivre.  Tou- 
tes les  castes,  celle  des  esclaves  comme  celle 
des  prêtres,  prétendaient  aux  honneurs  de 
Temoaumement,  et  voulaient  que  leurs  corps, 
soi;^neusement  abrités  par  des  bandelettes , 
fussent  défendus  des  atteintes  de  la  corrup- 
tion et  ne  demeurassent  pas  confondus  avec 
les  éléments  du  monde.  La  religion  chré- 
tienne, sans  entrer  dans  tous  les  détails  mi- 
nutieux de  ce  luxe  funèbre,  vénère  dans  la 
dépouille  terrestre,  et  d'une  manière  bien 
touchante,  ce  qui  fut  le  tabernacle  de  Tes- 
priî  (638).  Elle  répand  sur  elle  ses  prières 
célestes,  dont  bien  peu  d'hommes  ne  sont 
pas  jaloux.  Et  Ton  sait  que  les  premiers 
chrétiens,  alors  qu'ils  étaient  traqués  comme 
des  bètes  fauves,  rangeaient  au  nombre  de 
leurs  plus  strictes  obligations  celle  d'enseve- 
lir les  morts.  Ce  culte  des  tombeaux  est  une 
belle  chose  dans  Tordre  social,  parce  ou'il  se 
fonde  sur  la  religion  et  sur  Timmortalité  da 
l'âme,  dont  les  dogmes  font  vivre  les  nations. 

MORTALITÉ  ANNUELLE  des  divers  pays. 
Voy,  Races  hlmai^ces. 

MOUFLON.  Voy.  Mouton. 

MOUTON.— C'est  un  des  animaux  les  plus 
importants  pour  l'homme,  parce  qu'il  lui  four- 
nit à  la  fois  des  vêtements  et  une  nourriture. 

Deux  animaux  divers  ont  été  indiqués 
comme  étant  le  mouton  sauvage,  ce  sont  le 
mouflon  et  Yargali^  qui,  suivant  Pallas,  sont 
de  simples  variétés  de  la  même  espèce  (639). 
Le  mouflon  se  trouve  en  Sardaigne  et  dans 
le  nord  de  l'Afrique,  peut-être  se  trouve-t-il 
aussi  dans  d'autres  régions  montueuses  de 
l'Europe  méridionale  (6i0).  Les  anciens  con- 
nurent très-bien  cet  animal,  ils  le  nommaient 
intMtmofi  ou  musmony  mot  qui  sans  doute  est 
le  même  que  muflon.  Pline  et  Strabon  (641) 
en  donnent  une  description  fort  exacte  ;  le 
premier  lui  assigne  pour  patrie  TEspagne 
et  la  Corse,  et  le  second  la  Sardaigne.  «  Ba^is 
la  relation  de  mon  voyage  en  Portugal ,  dit 
Link  ,  j'ai  parlé  d'un  animal  connu  dans  le 
pays  sous  le  nom  de  chèvre  sauvage  (642). 
On  le  trouve  en  assez  grand  nombre  dans 
les  montâmes  rocheuses  et  déchirées  de  la 
Sierra  de  Gérez,  dans  le  nord  du  Portugal  ; 
on  lui  donne  souvent  la  chasse  à  cause  de 
la  bonne  qualité  de  sa  chair.  J'ai  rapporté 
une   peau  qui  est  empaillée  et  conservée 

(638)  Ne  sttcezrwmt  vas,  dit  le  srand  Apétre,  que 
toire  corps  est  U  temple  du  Saint-Esprit,  mCU  est  en 
vous  ,  et  aue  tous  Votes  reçu  de  Dieu  (  /  Cor.  vf , 
19).  Et  ailleors  ;  Le  corps,  comme  une  umenu,  est 
mis  en  terre  dans  la  eorrupUon,  et  il  ressuscitera  îr- 
eorruptible.  Il  est  semé  dans  tignominie,  et  il  reuus- 
citera  dans  la  gloire;  il  est  semé  dans  la  faiblesse,  et 
il  ressuscitera  dans  la  fora, 

(659)  Linné  les  avait  confondus  sons  le  nom 
dVrû  Ammon, 

(610)  Vog.  Celti,  Satnrgesekichte  von  Sardinien 
ubers;  Ldpzig,  1785,  th.  I,  s.  142. 

(641)  Hist,  nat.,  L  ^iii,  c.  49;  Strab.,  Qtogr., 
1.  V,  p.  i25.  Cas. 

(61i)  B.  i,  s.  9i,9o, 


C59 


lîOU 


DlCTIONNAmE 


MOtJ 


m 


dans  le  musée  de  zoologie  de  Berlin.  Feu  II- 
liger  donnait  à  cet  animal  le  nom  de  capra 
œgagrus  (chèvre  sauvage).  Mais  les  cornes 
du  mouflon  ne  sont  point  pareilles  à  celles 
de  la  chèvre  sauvage  ;  il  leur  manque  Ta- 
lôte  vive  de  ces  dernières  ,  c'est-à-dire 
que  leurs  arêtes  sont  presque  émoussées  et 
qu^elles  sont  presque  triangulaires,  leur  sur- 
face est  un  peu  concave,  comme  chez  le  bé- 
lier. Cet  animal  est  donc  très-voisin  du 
mouflon»  par  sa  forme,  par  ses  poils  courts, 
son  dos  rayé  de  noir  ;  mais  les  cornes  ne 
sont  point  contournées  en  spirales,  elles 
sont  droites ,  courbées  inférieurement  en 
arrière  et  beaucoup  plus  petites  ;  mais  l'in- 
dividu était  jeune,  et  peut-être  que  dans  un 
Âge  plus  avancé  les  cornes  deviennent  plus 
grandes  et  contournées  en  spirales.  Les  Por- 
tugais habitants  des  montagnes  nous  affir- 
mèrent que  Tœgagre  mftle  portait  de  la 
barbe,  mais  on  ne  peut  se  fier  à  cette  asser- 
tion. »  C'est  donc  une  question  encore  in- 
décise si  cet  animal  et  le  mouflon  ne  for- 
ment qu'une  seule  espèce,  ou  bien  s'ils  en 
constituent  deux  ;  s'il  appartient  au  genre 
chèvre  ou  bien  au  genre  mouton?  Cette 
chèvre  sauvage  se  distingue  du  bouquetin 

{)ar  ses  cornes,  qui  sont  petites,  quadrangu- 
aires,  à  angle  obtus.  Le  mouflon  pas  plus 
que  les  espèces  voisines  ne  parait  être  la 
souche  sauvage  du  mouton  ;  son  pelage  n'a 
pas  la  moindre  apparence  laineuse,  sa  queue 
est  courte  et  tronquée  ;  il  a  la  forme  déga- 
gée du  chevreuil,  et  si  l'état  de  domesticité 
a  pu  changer  le  poil  en  laine,  nous  ne  voyons 
pas  qu'il  ait  amené  le  prolongement  de  la 
queue.  Les  animaux  sauvages  ont  le  corps 
plus  gros  que  les  animaux  domestiques, 
mais  le  corps  élancé  du  chevreuil  ne  peut 

{'amais  devenir  le  corps  épais  et  ramassé  du 
)élier.  Le  mouflon  peut  s'accoupler  avec  la 
brebis  et  donner  des  métis.  Les  produits  de 
ce  croisement  étaient  déjà  connus  des  an- 
ciens sous  le  nom  de  umoer^  l'accouplement 
d'un  umber  avec  un  individu  de  la  souche 
primitive  n'est  point  stérile.  Mais  Cetti  ne 
cite  point  d'observations  qui  établissent  que 
l'accouplement  des  umber  entre  eux  ait  été 
fécond. 

Pallas  (6i3)  donne  une  très-bonne  des- 
cription de  J'argali ,  qu'il  regarde  comme 
appartenant  à  la  même  espèce  que  le  mou- 
flon, mais  il  en  diffère  par  la  forme  et  par  la 
couleur  :  l'argali  devient  beaucoup  plus 
épais  que  le  mouflon,  de  telle  sorte  qu'il  at- 
teint q^uelquefois  un  poids  de  300  livres,  et 
ce  qui  surtout  est  un  caractère  essentiel, 
c'est  que  la  femelle  de  Tar^ali  a  des  cornes 
qui  ne  diffèrent  de  celles  du  mâle  que  parce 
qu'elles  sont  plus  petites ,  tandis  que  la 
femelle  du  mouflon  n'en  porte  jamais  ;  d'où 
Cetti  conclut  avec  assez  de  raison,  comme  le 
fait  aussi  Alzélius,  que  Targali  et  le  mouflon 
appartiennent  à  deux  espèces  différentes. 
Lun  et  Vautre  se  distinguent  du  mouton 
par  l'absence  de  la  queue.  Il  y  a  probable- 
inent  encore  dans  l'Asie  et  dans  l'Afrique 

(643)  Nov.  act.  VpsaL,  v,  7,  p.  211  el  suiv. 


plusieurs  espèces  sauvages  de  ces  aDiuiaax 

Spe  des  observations  plus  attentives  nous 
eront  connaître  par  la  suite. 

On  peut  en  compter  jusqu'à  six  espèces  ! 
1*  Le  mouton  d'Europe,  dont  la  toison  varia- 
ble pour  la  finesse  est  mêlée  de  poib  plus 
ou  moins  durs.  2*  Le  mouton  dont  les  cor- 
nes sont  contournées  en  spirale ,  du  sud  et 
de  l'est  de  l'Europe  ;  le  mouton  à  longue 
cpieue,  qui  parait  en  être  une  sous-espèee. 
3*  Le  mouton  à  grosse  queue  ,  ou  chez  )^ 
quel  cette  partie  a  des  dispositions  pour  at- 
tirer à  elle  la  graisse  ;  on  en  compte  diverses 
variétés  :  par  exemple,  le  mouton  kirguise, 
dont  la  queue  est  large  ;  le  mouton  de 
Bukarie  ,  dans  la  laine  duquel  sont  des 
poils  longs  et  soyeux;  le  mouton  du  Cap, 
avec  une  longue  queue  chargée  de  graisse. 
k'  Le  mouton  de  Guinée ,  qui  a  les  jambes 
élevées  et  du  [ioil  en  place  de  laine.  5'  Le 
mouton  du  Thibet,  oui  a  des  poils  longs  et 
soyeux,  et  qui  ne  diffère  de  la  chèvre  que 

I)ar  l'absence  de  la  barbe.  6**  Le  mouton  de 
a  Tbébaïde  qui  a  de  longs  poils  soyeux  brun- 
rougeâtre  et  une  queue  courte.  Toutes  ces 
espèces  sont  à  l'état  domestique,  on  ne  les 
connaît  point  à  l'état  sauvage.  Aucune  des 
espèces  sauvages  connues  n'a  de  laine,  il 
n'est  donc  point  probable  qu'elles  aient  été 
la  source  des  espèces  lanigères.  Nous  ne 
savons  du  mouflon  des  montagnes  de  TAfrl- 

aue  septentrionale  que  ce  qu'en  -a  écrit 
eoffroy  Saint  -  Uil aire  ;  il  porte  un  poil 
mou  rouçe,  blanc  vers  la  pointe  avec  une 
longue  crinière,  de  sorte  que  c'est  Tanimal 
qui  se  rapproche  leplus  du  mouton,  quoique 
pourtant  de  loin. 

MOUVEMENTS.  —  L'homme ,  considéré 
dans  ses  rapports  avec  les  objets  qui  Tenvi- 
ronnent,  a  pour  but,  en  se  déterminant,  de 
s'éloiçner  de  ceux  qui  pourraient  lui  nuire,  et 
d'atteindre ,  au  contraire ,  ceur  qui  doivent 
lui  être  utiles,  pour  les  saisir  et  les  modi- 
fier  ensuite  selon  ses  besoins.  Mais,  dans  ces 
deux  circonstances,  il  faut  qu'il  se  me^rt, 
qu'il  déplace,  en  totalité  ou  en  partie,  si 
substance  matérielle.  Ce  mouvement,  ce  dé- 
placement, soit  général,  soit  partiel,  est  dose 
alors,  en  dernière  analjrse,  l'obiet  de  ses  M- 
terminations.  L'appareil  de  ces  deux  sortes  (ie 
locomotions  est  le  même  que  celui  des  gestes 
et  des  attitudes;  les  membres  abdominaui 
et  les  membres  thoraciq[ues  en  sont  les 
agents,  et  l'on  observe,  soit  dans  leur  struc- 
ture, soit  dans  leurs  mouvements,  les  même^ 
harmonies  que  nous  avons  signalées  en  par- 
lant de  ces  lonctions  expressives.  Ainsi,  Itj 
membres  abdominaux ,  qui  sont  destinés  â 
supporter  tout  le  reste  de  rorganisaii<y 
dans  les  divers  déplacements  d'ensemble, 
sont  moins  mobiles,  çt  offrent  plus  de  soli- 
dité dans  leurs  articulations  que  les  meni- 
bres  thoraciques  qui  doivent  saisir  les  con^^, 
et  qui,  à  cause  de  cela,  peuvent  exercer  de» 
mouvements  plus  étendus. 

Ainsi  une  foule  d'agents  musculaires  cob- 
courent  synergiquement  à  chaque  mouTt- 


9^i 


MOU 


D  ANTHROPOLOGIE. 


MOU 


<SvS 


Tement  .particulier,  et  se  trourent  en  harmo* 
nie,  soit  entre  eux,  soit  par  leurs  attaches, 
leur  direction,  leur  structure,  leur  puis- 
sance, etc.,  avec  le  mode  d'articulation,  la 
iwiDîTueur,  la  forme,  etc.,  des  leviers  osseux 
quTls  doivent  mouvoir. 

Les  mouvements  d*ensemble  que  Thomme 
f Tovoque  et  dirige  pour  se  déplacer  sont  de 
l-iusieurs  sortes.  Tantôt  il  s*é)oigne  ou  s'ap- 
proche avec  plus  ou  moins  de  lenteur  ou  de 
.rapidité  des  objets  qu'il  veut  fuir  ou  attein- 
Are^  et  il  marche  ou  il  court.  TantAt  il  ren- 
contre dans  sa  marche  ou  dans  sa  course  un 
obstacle  qn'U  peut  franchir,  et  alors  il  saute. 
D'autres  fois  Tobjet  qu'il  veut  saisir  se  trouve 
à  une  hauteur  inaccessible  par  les  mouve- 
ments ordinaires,  ou  bien  celui  qu'il  veut 
<^' viter  ne  lui  laisse  d'autre  refuge  qu'un  lieu 
ftlns  ou  moins  élevé,  et  qu'il  ne  peut  attein- 
«Ire  par  ces  mêmes  mouvements,  et  alors  il 
grimpe.  Dans  d'autres  cas,  il  a  à  pénétrer  à 
travers  des  ouvertures  qui  peuvent  k  peine 
lui  livrer  passage,  à  se  dérober,  en  se  aépla- 
çant,  à  des  regards  ennemis,  à  se  mouvoir 
malgré  de  ^aves  blessures  qui  rendent  sa 
station  verticale  impossible,  et  il  faut  qu'il  se 
traîne,  qu'il  rampe.  Enfin,  il  est  des  circon- 
stances qui  exigent  qu'il  traverse  des  eaux 
dont  la  profondeur  l'emporte  plus  ou  moins 
sur  sa  stature,  et  alors  il  est  obligé  de  nager, 
Ainsi  donc  la  marche^  la  course^  le  taut^  le 
grimper,  \a  reptation  ^  la  nage,  forment  les 
mouvements  généraux  qu'exerce  l'appareil 
locomoteur  de  l'homme. 

Mais  chacun  de  ces  mouvements  est  pré- 
cédé par  la  station  verticale,  attitude  qui  en 
est.»  pour  ainsi  dire,  le  ix)int  de  départ,  et 
par  conséquent  dont  nous  devons  d*al)ord 
exposer  le  mécanisme. 

Lfjrsque  l'homme  est  debout  sur  ses  deux 
pieds,  de^manière  que  la  surface  plantaire 
appuie  sur  le  sol  qui  le  supporte,  les  deux 
re'suUantei,  représentant  la  ligne  de  gravité 
<|ui  passe  entre  le  sacrum  et  le  pubis,  suivent 
1  axe  des  membres  abdominaux,  et  aboutis- 
sentau  point  delà  surlace  plantaire  qui  cor- 
respond au  centre  de  l'articulation  de  la 
jambe  avec  le  pied.  Mais  comme  le  corps 
tend  toujours  à  se  porter  en  avant,  k  cause 
de  la  situation  de  la  tête ,  dont  l'articulation 
est  en  arrière  de  son  centre  de  gravité,  et  de 
celle  des  viscères  thoraciques  et  abdominaux, 
oui  pèsent  sur  le  devant  un  tronc,  cette  snr- 
Kice  plantaire  se  prolonge  antérieurement, 
agrandit  dans  ce  sens  la  base  de  sustenta- 
tion, et  forme  une  espèce  d'arc4K>utant  qui 
s'oppose  à  la  chute  f6&4). 

La  station  verticale  est  maintenue  par  un 
grand  nombre  de  muscles.  Ce  sont  les  exten- 
seurs de  la  tète  et  du  tronc  qui  les  empêchent 
fie  s'incliner  en  avant;  ceux  des  membres 
abdominaux  qui  forment  de  ces  parties  deux 
colonnes  verticales  inflexibles;  les  muscles 
qui  s'attachent  d'une  part  sur  les  côtés  du 
i*assin,  et  de  l'autre  part  sur  les  parties  infé- 
rîeares  et  latérales  des  parois  tnoraciques, 
et  s'opposent  à  ce  que  la  ligne  de  gravité 


tombe ,  de  l'un  ou  de  Tautre  cAté,  au  delà 
de  la  base  de  sustentation  ;  ce  sont  enfin  tous 
les  muscles  fléchisseurs  des  membres,  dont 
l'action,  combinée  avec  celle  des  exten- 
seurs, rapproche  les  extrémités  articulaires 
les  unes  des  autres,  et  les  maintient  forte- 
ment réunies  pour  la  solidité  de  la  station. 

La  station  verticale  est  favorisée  par  le  peu 
de  flexibilité  de  la  colonne  vertébrale,  qui 
est  par  là  moins  susceptible  de  déviation  ; 
par  les  courbures  qu'elle  oflre  en  sens  op- 

Îosé  et  la  largeur  de  sa  base,  qui  fournissent 
la  ligne  de  gravité  un  plus  grand  espace  à 
parcourir  sans  produire  la  chute;  par  la 
saillie  des  apophyses  épineuses  des  vertè- 
bres, qui  forment  autant  de  leviers  très-pro- 
pres k  augmenter  la  puissance  des  muscles 
extenseurs  du  tronc;  par  la  largeur  du  bas- 
sin et  l'écartement  des  fémurs,  qui  donnent 
k  la  base  de  sustentation  une  grande  éten- 
due; par  la  rotule,  qui,  en  rendant  oblique 
la  direction  des  muscles  de  la  partie  anté- 
rieure de  la  cuisse,  donne  k  leur  action  plus 
d'intensité  dans  l'extension  de  la  jambe;  pstr 
la  saillie  du  calcanéum,  qui  rend  plus  puis- 
sante la  contraction  des  muscles  jumeaux  et 
soléaires,  destinés  k  s'opposer  a  la  flexion 
de  Tarticulation  tibio-astra^alienne  ;  par  la 
longueur  et  la  largeur  du  pied;  enfin  par  le 
nombre  des  parties  qui  forment  les  colonnes 
osseuses  destinées  k  soutenir  le  tronc,  par 
les  cavités  dont  elles  sont  creusées,  et  par  la 
largeur  de  leurs  surfaces  articulaires  ;  choses 
qui  concourent  k  donner  plus  de  force  aux 
os  dont  elles  sont  composées,  et  plus  de  soli- 
dité k  leurs  articulations. 

Cependant,  malgré  cette  organisation,  que 
Thomme  possède  seul  parmi  tous  les  êtres 
animés,  et  qui  démontre  évidemment  que  la 
station  verticale  lui  est  naturelle  et  est  un 
de  ses  attributs,  on  a  avancé  qu'il  était  des- 
tiné k  marcher  k  quatre  pattes  comme  les 
brutes,  et  que  ce  n'était  que  par  l'efletde 
l'éducation  qu'il  se  redressait,  se  soutenait 
et  se  mouvait  sur  ses  deux  pieds.  Mais  on 
n  a  pas  réfléchi  qu'en  supposant  que  l'édu- 
cation est  le  principe  de  la  station  verticale, 
il  faut  nécessairement  admettre  aussi  que 
celui  qui  l'a  donnée  le  premier  n'a  pu  la 
recevoir,  que  par  conséquent  ce  serait  de 
lui-même  qu*il  serait  parvenu  k  marcher  de- 
l)Out,  et  qu*i]  aurait  ainsi  contrarié,  changé  sa 
propre  nature,  ce  qui  est  impossible,  car  il 
aurait  fallu  pour  cela  qu'il  modifiât  aussi 
son  organisation. 

En  efîiet,  cette  organisation  prouve  oue 
l'homme  ne  pourrait  se  déplacer  habituelle- 
ment en  s'appvi.yaiil  sur  ses  quatre  membres. 
D'abord  il  manque  de  ligament  cervical  pos- 
térieur, ligament  qui  existe  dans  tous  les 
animaux  vertébrés,  et  qui  est  destiné  k  sou- 
tenir le  poids  de  la  tête,  ce  que  ne  pourraient 
faire  seuls  les  muscles  extenseurs  de  cette 
région.  En  second  lieu,  dans  cette  situation, 
les  yeux  seraient  dirigés  vers  la  terre,  et  il 
ne  pourrait,  sans  de  grands  efforts,  voir  les 
objets  situés  devant  lui;  les  narines  se  trou- 


(644)  La  dinte  a  lîeo  lorsque  la  ligne  de  gravité  tombe  to  delà  de  cette  Inse. 


M5 


HOG 


DICTIONNAIRE 


Êiot 


Kl 


reraient  parallèles  à  l'axe  du  tronc,  et  par 
conséquent  dans  une  position  peu  favorable 
pour  recevoir  l'impression  des  émanations 
odorantes.  En  troisième  lieu,  les  membres 
thoraciquesy  qui  sont  très-écartés  l'un  de 
l'autre»  et  dont  les  articuljftions  ont  une 
grande  mobilité,  rendraient  la  progression 
difficile  et  n'offriraient  point  au  corps  un 
solide  appui.  D'un  autre  côîé,  l'organe  du 
toucher,  épaissi,  durci  par  un  frottement 
continuel,  serait  impropre  à  transmettre  les 
impressions  tactiles.  Des  inconvénients  non 
moins  graves  naîtraient  des  dimensions  et 
de  la  structure  des  membres  abdominaux , 
beaucoup  plus  longs  gue  les  thoraciques; 
outre  qu  ils  s'opposeraient  à  la  promptitude 
des  mouvements,  l'axe  du  corps,  dans  la 
progression  comme  dans  la  station,  se  trou- 
verait incliné  en  avant,  le  cerveau  s'engor- 
gerait, et  la  locomotion  deviendrait  extrê- 
mement pénible,  sinon  impossible;  cela  est 
si  vrai  que,  lorsque  l'on  veut  marcher  à 
quatre  pattes,  on  est  obligé,  pour  le  faire 
avec  facilité,  de  prendre  ses  points  d'appui 
postérieurs  sur  \es  genoux,  pour  diminuer 
la  longueur  des  membres  abdominaux.  De 

{)lus,  le  tarse,  n'ayant  pas,  à  beaucoup  près, 
a  longueur  qu'if  a  chez  les  animaux,  s'ar- 
ticulant  d'une  part  è  angle  droit  avec  le 
tibia,  et  d'une  autre  part,  se  trouvant  dans  la 
même  direction  que  le  métatarse,  il  s'ensui- 
vrait nécessairement  que  le  pied  n'appuierait 
sur  le  sol  que  par  son  extémité,  et  par  con- 
séquent d  une  manière  peu  solide,  et  que, 
d'ailleurs,  comme  tout  le  corps  reposerait 
sur  cette  extrémité,  composée  d'os  très-mo- 
biles, la  locomotion  serait  excessivement 
pénible,  douloureuse,  et  finirait  bientôt  par 
ne  plus  pouvoir  s'exercer. 

Mais  c  est  trop  insister  à  réfuter  une  opi- 
nion dont  Tabsurdité  est  si  évidente.  Consi- 
dérons les  variétés  que  présente  la  station 
verticale  selon  les  Agés,  les  sexes  et  les  in- 
dividus. 

Dans  le  premier  Age  de  la  vie,  cette  station 
est  impossible.  Les  muscles  sont  encore  trop 
faibles  pour  contrebalancer  le  poids  de  la 
tête  et  des  viscères  abdominaux,  qui,  à  cause 
de  leur  masse  proportionnellement  plus  con- 
sidérable que  dans  l'Age  adulte,  tendent  for- 
tement k  entraîner  le  corps  en  avant;  la 
colonne  vertébrale  est  très-flexible,  ses  cour- 
bures n'existent  point  encore,  ses  apophyses 
épineuses  sont  à  peine  sensibles;  le  bassin 
est  étroit,  coupé  obliquement  de  haut  en 
bas  et  d'avant  en  arrière,  et  ne  peut  soutenir 
les  viscères  digestifs,  qui  agissent  de  tout 
leur  poids  sur  le  devant  du  corps  ;  les  fémurs 
sont  peu  écartés  l'un  de  l'autre,  les  rotules 
ont  très-peu  de  saillie,  et  les  dimensions  des 
pieds  ne  sont  point  proi»orlionnées  à  celles 
de  la  tète  et  du  tronc.  Aussi  l'enfant,  à  cet 
Age,  ne  peut-il  se  tenir  debout,  et  lorsqu'on 

(645)  Selon  M.  Glrou  de  Buzareinffue  (  Journ.  de 
phyiique  de  Magendie,  t.  YllI,  p.  309  ) ,  le  cervelet 
agit,  dans  la  station,  en  transmeUant  Timpression 
de  la  résistance  du  sol,  et  en  donnant  lieu  à  la  cons- 
cience des  mouvements  que  Ton  exécute.  G*est 


le  laisse  livré  k  lui-même,  et  qu'il  veut  se 
mouvoir,  il  s'appuie  toujours  sur  ses  quatre 
membres. 

Plus  tard  la  station  verticale  peut  aToir 
lieu,  mais  elle  se  montre  encore  pénible, 
les  causes  qui  la  rendaient  impossible  aupara- 
vant n'ajant  pas  entièrement  disparu. 
Aussi  les  chutes  d'arrière  en  avant  sont-elles 
fréquentes.  Mais  peu  k  peu  le  système  mus- 
culaire se  fortine ,  la  colonne  vertébrale 
f>rend  de  la  consistance,  ses  courbures  se 
brmenty  les  apophyses  épineuses  se  déve- 
loppent, le  bassin  acquiert  de  i'étendaeet 
f)erd  de  son  obliquité,  les  fémurs  s'éoartent, 
a  rotule  prend  de  l'épaisseur,  le  calcan'iim 
de  la  proéminence,  les  pieds  croissent  en 
longueur  et  en  largeur,  et  la  station  verti- 
cale devient  facile. 

Dans  la  vieillesse,  où  le  système  mascu* 
laire  perd  de  son  énergie,  la  colonne  verté- 
brale se  courbe  en  avant,  tout  le  corps  s'in- 
cHne  dans  cette  direction,  et  la  station  ler- 
ticale  serait  impossible  si  les  cuisses  ne  se 
fléchissaient  pour  recevoir  et  transmettre  la 
li^ne  de  gravité  dans  l'espace  que  circoDS- 
crivent  les  pieds,  ou  même,  lorsque  la  copr- 
burô  vertébrale  est  très-considérable,  si  l'on 
n'empruntait  le  secours  d'un  appui  étranger, 
qui  vient  donner  à  la  base  de  sustentation 
une  plus  grande  étendue. 

Dans  la  femme  la  station  verticale  est  pé- 
nible et  moins  solide  que  dans  l'homme  par 
le  peu  de  développement  du  calcanéum,  de 
la  rotule  et  des  apophyses  épineuses  des  ver- 
tèbres, et  à  cause  de  l'obliquité  des  fémurs, 
de  la  largeur  moindre  de  la  base  de  sustenta- 
tion et  de  l'énergie  moins  considérable  da 
système  musculaire.  De  là  vient  qu'elle  ne 
peut  la  soutenir  aussi  longtemps  que  rbom- 
me,  et  que  la  chute  a  lieu  chez  elle  plus  fré- 
quemment. * 

Dans  les  divers  individus  elle  a  plus  ou 
moins  de  solidité  selon  la  force  des  muscles, 
les  courbures  plus  ou  moins  prononcées  de 
la  colonne  vertébrale,  la  saillie  plus  on 
moins  grande  de  ses  apophyses  épineuses 
les  dimensions  du  bassin,  recartementplus 
ou  moins  considérable  des  fémurs,  le  dére- 
loppement  plus  ou  moins  marqué  du  calca- 
néumetdelarotule,etenfinselon  la  longueur 
et  la  largeur  des  pieds.  Ceux  qui  ont  Tabdo- 
men  très-volumineux  sont  plus  exposés  à  faire 
des  chutes  en  avant  que  les  individus  d'une 
organisation  opposée,  à  cause  du  poids  des 
viscères  de  cette  cavité,  qui  tend  sans  cesse 
k  les  entraîner  dans  cette  direction  ;  aussi 
sont-ils  forcés  de  contracter  fortement  les 
muscles  exlenseurs  du  dos,  ce  qui  rend  leur 
corps  plus  ou  moins  courbé  en  arrière,  u 
femme,  dans  l'étal  de  grossesse,  offre  w 
môme  disposition. 

Tels  sont  le  mécanisme  et  les  princnales 
variétés  de  la  station  verticale  (t>45).  Lors- 
ainsi,  selon  lui,  qu'il  est  Fag^nt  d'éqailibwl'wn  dus 
les  mojuvements.  S*il  est  lééé,  comme  dans  l'ivres^ 
se,  etc.,  il  n'y  a  plus  de  transmission;  l«*  "JJJjT 
ments  exécutés  ne  sont  plus  connus  ;  il  r«8^^ 
rindécision  dans  ceux  à  produire  ;  de  là,  le  catf* 


HOU 


D'ANTHROPOLOGIE. 


HOU 


966 


qu  elle  a  lieu  sur  un  seul  pied  elle  est  tou- 
jours pénible,  Tacillante,  k  cause  du  peu  de 
largeur  de  la  base  de  sustentation  et  de  la 
dimculté  que  l'on  éprouve  par  défaut  d'ha- 
bitudot  à  y  amener  la  ligne  de  gravité,  et  de 
plus  parce  que  les  muscles,  se  contractant 
violemment  pour  conserver  Téquilibre,  s'é- 
puisent bientôt,  et  n'exercent  plus  que  des 
mouvements  faibles  et  fréquemment  inter- 
rompus. Mais  elle  acquiert  une  plus  grande 
soiiciité  par  Técartement  des  pieds  en  avant 
eu  sur  les  côtés,  selon  que  nous  voulons  ré- 
sister k  une  puissance  motrice  qui  agit  sur 
nous  d'avant  en  arrière,  d'arrière  en  avant, 
ou  dans  une  direction  latérale. 

La  station  verticale  peut  aussi  s^effectuer 
sur  les  genoux.  Mais  alors,  comme  la  base 
de  sustentation  e^t  nulle  en  avant,  les  mus- 
cles extenseurs  du  tronc  se  trouvent  dans 
une  contraction  forcée  et  permanente  i)our 
l'empêcher  de  tomber  dans  cette  direction; 
ce  qui  rend  cette  situation  très -pénible. 
Aussi  portons-nous  de  temps  en  temps  en 
arrière  l'extrémité  inférieure  du  tronc,  afin 
de  diriger  la  ligne  de  gravité  sur  le  milieu 
des  jambes,  ou  sommes-nous  forcés  d'avoir 
recours  k  un  appui  étranger. 

Dans  la  station  verticale  sur  le  bassin, 
comme  lorsque  l'on  est  assis,  la  base  de  sus- 
tentation est  lai^e,  le  levier  sur  lequel  agis- 
sent la  tête  et  les  viscères  tboraciqûes  et  ab- 
dominaux se  trouve  réduit  à  la  colonne  ver- 
tébrale, et  a  par  conséquent  perdu  près  de 
la  moitié  de  sa  longueur  :  ce  qui  fait  aue  les 
extenseurs  du  tronc  ont  peu  d  efforts  a  faire 
pour  le  maintenir  dans  sa  rectitude;  efforts 
qui  deviennent  nuls  si  Ton  donne  au  dos  un 
point  d'appui. 

La  station  verticale  entre  comme  élément 
dans  plusieurs  de  nos  mouvements  progres- 
sifs. 

La  marche  n*est  que  cette  station  a^ant 
lieu  alternativement  sur  l'un  etlautre  pied, 
en  même  temps  que  le  corps  se  déplace  par 
le  mécanisme  que  nous  allons  exposer: 

Dans  ce  mouvement  de  déplacement,  le 
poids  du  corps  est  d*abord  porté  sur  un  des 
membres,  le  droit  par  exemple,  ensuite  la 
jambe  du  membre  gauche  se  fléchit  légère- 
ment sur  la  cuisse,  et  celle-ci  sur  le  bassin, 
pour  rendre  ce  membre  plus  court,  et  éviter 
par  Ik  de  rencontrer  le  sol  dans  sa  projec- 
tion en  avant;  après  quoi  il  est  porté  dans 
cette  direction,  et  les  extenseurs  lui  font  re- 
prendre sa  longueur  naturelle.  En  même 
temj>s  les  extenseurs  du  pied  du  membre 
droit  ajgissent  sur  cette  partie  comme  sur 
un  IcYier  du  deuxième  genre,  dont  le  poiiit 
d'appui  est  la  pointe  du  pied  ;  le  point  d*ac- 
tion  de  la  puissance,  le  calcanéum,  et  celui 
de  la  résistance,  l'articulation  tibio-astraga- 
lienne.  Le  corps  est  ainsi  soulevé  et  porté 
par  un  mouvement  oblique,  k  cause  de  Té- 
cartement  des  fémurs,  sur  le  membre  gau- 
che, qui  alors  atteint  le  sol.  Le  droit  se  flé- 
chît à  son  tour,  se  porte  en  avant,  reçoit  le 


poids  du  corps  que  lui  transmet  le  gauche, 
et  la  marche  s'effectue. 

Lorsque  la  marche  est  rapide,  les  bras,  * 
qui  se  meuvent  en  sens  inverse  des  mem-i 
bres  inférieurs,  font  l'office  de  balanciers, 
corrigent  les  vacillations  latérales  et  main- 
tiennent le  corps  en  équilibre. 

La  longueur  de  l'espace  parcouru  k  cha- 
que mouvement  des  membres,  ou  le  pas^  est 
pro|^K)rtionnée  k  leur  de^é  d'écartement. 
La  vitesse  et  la  facilité  de  la  marche  dépen- 
dent de  la  rapidité  des  contractions  muscu- 
laires qui  la  déterminent,  et  de  la  saillie 
plus,  ou  moins  considérable  du  calcanéum. 
Sa  durée  possible  est  subordonnée  k  la  force 
contractile  des  muscles  et  k  leur  masse,  qui 
les  rendent  capables  d'agir  pendant  un  temps 
plus  ou  moins  long. 

Un  phénomène  digne  de  remarque  dans 
la  marche,  c'est  son  obliquité.  En  effet,  nous 
ne  marchons  pas  droit,  et  lorsque  nous  vou- 
lons nous  déplacer  en  ligne  droite,  nous 
sommes  forcés  de  ne  point  perdre  de  vue 
l'objet  qui  nous  guide,  pour  régler  sur  loi 
nos  mouvements.  Cette  déviation  a  lieu  or- 
dinairement k  gauche,  et  son  mécanisme  est 
facile  k  concevoir.  Dans  la-  marche,  le  trcmc 
est,  comme  nous  l'avons  dit,  porté  alternati- 
vement sur  Tun  et  l'autre  membre,  de  telle 
sorte  qu'il  est  mu  selon  des  lignes  obliques 
les  unes  aux  autres,  ou  disposées  en  zis- 
zags.  O7,  les  puissances  musculaires  ou 
membre  abdominal  droit  l'emportent  ordi- 
nairement sur  celles  du  membre  gauche;  il 
s'ensuit  que  les  lignes  que  parcourt  le 
tronc,  transporté  sur  celui-ci  par  le  premier, 
sont  les  plus  longues,  que  le  pas  gauche  est 
plus  grand  que  le  droit,  et  que  par  consé- 

3uent  noire  mouvement  de  progression  se 
irige  involontairement  k  gauche. 

Cela  devient  très-sensible  lorsque,  nous 
trouvantdans  l'obscurité,  nous  marchons  pour 
nous  approcher  d'un  objet  dont  le  lieu  nous 
est  connu,  mais  vers  lequel  rien  ne  nous 
guide.  Lorsque  nous  avons  parcouru  l'inter- 
valle qui  nous  en  séparait,  nous  nous  trou- 
vons toujours  déviés  k  gauche,  et  k  une  dis- 
tance plus  ou  moins  éloignée  de  l'otyet. 

L'obliquité  de  la  progression  est  d'autant 
plus  considérable,  et  exige  d'autant  plus 
d'efforts  pour  être  corrigée,  qu'un  des  mem- 
bres est  plus  faible  que  l'autre.  C'est  ce  qui 
fait,  en  grande  partie,  que  chez  ceux  qui 
boitent  du  membre  gauche,  la  marche  est  si 
pénible  et  si  pleine  d'agitation. 

La  marche  varie  selon  les  âges.  Dans  l'en- 
fance elle  est  faible,  vacillante,  par  le  peu 
d'énerçie  et  l'irrégularité  des  contractions 
musculaires,  et  par  toutes  les  causes  qui 
rendent  difficile  la  station  verticale.  Elle  est 
souple  dans  l'adolescence,  par  la  flexibilité 
des  ligaments  articulaires,  et  la  mollesse  des 
contractions  des  muscles.  Elle  est  ferme 
dans  la  jeunesse  et  dans  la  virilité.  Dans  la 
vieillesse,  elle  est  chancelante,  et  s'exerce 
avec  lenteur,  par  la  faiblesse  musculaire,  la 


erflement  do  corps;  de  là,  comme  dans  les  aoimaox  auxquels  on  Teoléve,  rîTrégularité  des  meavements 
ju^u'â  la  renconu^  du  point  d'appui. 


W1 


MOU 


DICTIONNAIRE 


HOU 


roideur  des  articulations,  la  cour))ur6  de  la 
colonne  vertébrale  en  avant,  qui  exige  le 
transport  du  bassin  en  arrière  et  la  flexion 
des  cuisses,  ce  .\ui  s'oppose  à  la  facilité  des 
mouvea»ents. 

Dans  la  femme  elle  offre  une  allure  parti- 
culière, à  cause  de  la  largeur  du  bassin.  Cette 
largeur  nécessite  un  plus  grand  mouvement 
pour  la  transmission  du  poids  du  corps  au 
membre  qui  atteint  le  sol,  d'où  résulte  un 
balancement  analogue  à  celui  des  canes.  De 
plus,  la  femme  offre,  dans  sa  marche,  une 
souplesse,  une  mollesse  de  mouvements,  un 
rir  d'abandon  qui  sont  en  harmonie  avec  la 
douceur  de  sh  physionomie  et  de  sa  voix,  et 
concourent  avec  elle  à  faire  naître  en  nous 
les  sentiments  que,  dans  l'ordre  naturel,  elle 
doit  nous  inspirer. 

La  marche  varie  dans  les  divers  individus 
par  sa  durée  possible,  sa  facilité,  sa  rapi- 
dité, l'étendue  de  l'espace  parcouru  à  cha- 
que pas,  etc.,  selon  que  les  forces  muscu- 
laires sont  plus  ou  moins  énergiques,  les 
conditions  ae  la  station  verticale  plus  ou 
moins  complètes,  les  articulations  plus  ou 
moins  mobiles,  et  le  bassin  plus  ou  moins 
étendu  ;  selon  la  longueur  plus  ou  moins 
considérable  des  leviers  osseux,  celle  de  la 
saillie  du  calcanéum,  la  vivacité  plus  ou 
moins  grande  du  caractère,  et  l'énergie  des 
sentiments  pendant  lesq^uels  on  se  déplace  et 
qui  exigent  la  progression. 

La  marche  reçoit  quelques  modifications 
de  la  nature  du  plan  sur  lequel  on  l'exerce. 
Sur  un  plan  horizontal,  elle  a  lieu  comme 
nous  l'avons  dit  ci-dessus.  Lorsque  nous 
marchons  sur  un  plan  incliné  ascendant, 
nous  fléchissons  beaucoup  plus  l'extréraiié 
que  nous  portons  en  avant  que  dans  la  mar- 
che horizontale;  et  tandis  que  le  pied  oui 
supporte  le  poids  du  corps  s  étend  pour  1  é- 
lever  verticalement,  les  muscles  antérieurs 
de  la  cuisse  se  contractent,  entraînent  le 
tronc  en  avant,  et  portent  le  centre  de  gra- 
vité sur  l'extrémité  antérieure  (646).  C'est 
pour  faciliter  ce  mouvementet  éviter  de  trop 
grands  efforts  musculaires,  que  nous  incli- 
nons le  corps  dans  cette  direction,  comme 
aussi  pour  empêcher  que  la  ligne  de  gravité 
ne  tombe  en  arrière  et  au  delà  du  pied  qui 
soutient  lé  corps. 

La  marche  descendante  s'exécute  par  un 
mécanisme  opposé  :  ici,  le  membre  que  l'on 
porte  en  avant,  au  lieu  d'être  fléchi  est  éten- 
du ;  celui  qui  soutient  le  poids  du  corps  se 
trouve  au  contraire  dans  la  flexion,  et  ne  le 
transmet  au  premier  qu'en  s'étendant  d'une 
manière  incomplète,  afin  que  la  ligne  de  gra- 
vité ne  tombe  point  par  une  impulsion  trop 
considérable  au  delà  de  la  base  de  sustenta- 
tion. C'est  encore  pour  cela  que  les  muscles 
extenseurs  du  tronc  se  contractent;  ils  main- 
tiennent cette  ligne  dans  la  direction  verti- 
cale; et  voilà  pourquoi,  lorsque  la  descente 
est  rapide  et  prolongée,  on  ressent  de  la  fa- 
tigue dans  les  reins. 


La  course  n'est  qu'une  marche  précipitée, 
et  dans  laquelle  le  poids  du  corps  est  trans- 
mis d'un  membre  a  l'autre,  par  l'extensioo 
rapide  de  leurs  articulations.  Ces  membres 
peuvent  être  considérés  chacun  comme  une 
suite  d'arcs,  dont  l'inférieur  appuie  sur  le  sol, 
tandis  que  le  supérieur  se  trouve  comprimé 
par  la  partie  inférieure  du  tronc.  Or,  ces 
arcs,  qui  sont  dans  un  état  de  flexion,  s'éten- 
dent brusquement;  et  comme  l'arc  infé- 
rieur trouve  dans  le  sol  un  point  d'appui 
immobile,  tout  le  mouvement  se  porte  à 
l'extrémité  de  l'arc  supérieur,  et  par  celle-ci» 
au  tronc,  qui  est  porté,  comme  par  un  mou- 
vement de  projection,  sur  le  membre  qui 
s'avance  pour  atteindre  le  sol. 

Il  est  a  remarquer  que,  dans  la  course, 
surtout  lorsqu'elle  s'exerce  rapidement,  le 
corps  n'appuie  que  sur  la  pointe  des  pieds, 
afin  que  leur  extension  soit  plus  prompte. 
En  même* temps,  la  tête  et  le  haut  du  tronc 
sont  un  peu  portés  en  arrière,  pour  que  la 
ligue  de  gravité  ne  tombe  pas  au  delà  de  la 
base  de  sustentation,  et  que  les  muscles  ins- 

Inrateurs,  qui  agissent  vivement  afin  de  fari- 
iter  dans  les  poumons  la  circulation  du 
sang  qu'y  précipitent  les  contractions  mus- 
culaires des  membres,  aient  un  point  d'appui 
solide  dans  leurs  mouvements  ;  enfin,  les 
membres  thoraciques  font  l'office  de  balan- 
ciers, maintiennent  l'équilibre,  et  prévien- 
nent les  chutes. 

Dans  l'enfance,  la  course  ne  peut  élre  ni 
rapide,  ni  longtemps  prolongée,  et  les  chutes 
eu  avant  sont  très-fréquentes.  Le  peu  de 
}>roéminence  du  calcanéum  s'oppose  à  ce 
que  les  muscles  jumeaux  et  soléaires  puis- 
sent agir  fortement  dans  l'extension  du  pied; 
les  muscles  des  membres  inférieurs  noal 
point  encore  acquis  tout  le  développement 
que  la  locomotion  exige  et  leurs  contrar- 
iions ne  peuvent  être  de  longue  durée;  enfin 
toutes  les  causes  qui  font  que  le  corps  a  une 
tendance  à  s'incliner  en  avant,  et  que  nous 
avons  exposées  en  parlant  de  la  station  rerti- 
cale,  concourent  à  porter  la  ligne  de  gravité 
au  delà  de  la  surface  du  sol  circonscrite  par 
les  pieds,  dont  d'ailleurs  les  dimensions  ne 
sont  pas  encore  proportionnées  à  celles  des 
parties  supérieures.  Dans  l'âge  adulte,  tout 
concourt  a  donner  à  la  course  la  rapidité,  la 
durée,  et  la  solidité  qui  lui  sont  nécessaires. 
Le  calcanéum,  très -développé  en  arrière, 
forme  un  bras  de  levier  qui  favorise  singu- 
lièrement l'action  des  muscles  du  mollet 
dans  l'extension  du  pied.  Ces  mêmes  mos- 
clés  et  les  extenseurs  de  la  jambe  et  de  la 
cuisse  ont  une  grande  force  contractile,  cl 
la  tendance  du  corps  à  se  porter  en  avant  est 
puissamment  contre-balancée  par  les  exten- 
seurs du  tronc.  Mais  il  n'en  est  plus  de 
même  dans  la  vieillesse,  où,  comme  nous 
l'avons  déjà  dit,  le  corps  se  courbe,  oil  les 
cuisses  sont  fléchies  sur  le  bassin,  où  les 
articulations  ont  perdu  leur  souplesse,  lei 
muscles  une  grande  partie  de  leur  contracti- 


(046)  C*est  ce  qui  fait  que  lorsque  la  montée  est     vous  un  sentiment  de  fatigue  dams  les  geaoux,  qui 
'trop  rude  ou  la  marche  trop  prolongée,  nous  éprou-      sont  le  point  fixe  de  ces  muscles. 


m 


uou 


D*ÂNTHROPOLOGIE. 


MOU 


970 


lité;  aussi  la  course  esl-clle  ordinairement 
étrangère  à  ce(  âge. 

Dans  la  femme  ce  mode  de  locomotion  est 
pénible,  à  cause  des  grands  mouvements 
que  nécessite  la  largeur  du  bassin  dans  la 
projection  du  tronc  sur  le  membre  qui  se 
porte  en  avant.  Elle  ne  peut  être  rapiae,  par 
le  peu  de  développement  du  calcanéum,  et 
la  uiiblesse  du  système  musculaire  ;  et  toutes 
ces  causes  réunies  font  qu'elle  ne  peut 
s'exercer  pendant  lon^emps. 

Enfin  la  course  varie  dans  les  individus, 
selon  que  les  conditions  qui  la  favorisent 
existent  d'une  manière  plus  ou  moins  com- 
plète, c'est-à-dire  selon  que  le  calcanéum  est 
plus  ou  moins  proéminent,  que  les  leviers 
osseux  des  membres  abdominaux  sont  plus 
ou  moins  longs»  que  le  système  musculaire 
est  plus  ou  moins  développé,  que  l'abdomen 
a  puis  ou  moins  de  volume,  etc.  Lorsque  le 
ventre  est  très-volumineux,  le  corps  tend 
fortement  à  se  porter  en  avant  dans  la  course, 
ce  qui  nécessite  de  grands  efforts  de  la  part 
des  muscles  extenseurs  du  tronc,  et  rend  ce 
mode  de  progression  très-pénible,  très-fati- 
gant, et  même  impossible. 

Le  mécanisme  du  taui  est  analogue  à  celui 
de  la  course.  Il  consiste  dans  l'extension  su- 
bite et  simultanée  de  toutes  les  articulations 
d'un  ou  des  deux  membres  inférieurs,  selon 
qu'il  s*exerce  sur  un  seul  pied  ou  sur  tous 
les  deux  à  la  fois,  préalablement  fléchies, 
50n  de  produire  une  forte  réaction  du  sol 
sur  lequel  ils  agissent,  et  de  déterminer  un 
grand  mouvement  de  projection. 

Le  saut  peut  être  vertical  ou  oblique. 
Dans  le  premier  cas,  le  corps  ne  fait  que 
s'élever,  et  il  retombe  sur  la  même  (partie  du 
sol,  qui  lui  servait  auparavant  de  point  d'ap- 
pui, llans  le  second  cas,  il  est  projeté  en 
avant,  et  l'espace  qu'il  parcourt  est  d  autant 
plus  considérable,  que  les  articulations  ont 
été  fléchies  davantage  avan*  leur  extension, 
que  le  point  d'appui  est  plus  solide  (6^7),  le 
calcanéum  plus  aéveloppé,  la  force  muscu- 
laire plus  intense,  et  qu'une  course  prélimi- 
naire a  communiqué  au  corps  une  plus  ou 
moins  grande  quantité  de  mouvement. 

L'homme  est  quelquefois  obligé  de  grim- 
per:  et,  quoique  ses  membres  ne  soient  pas 
organisés  d'une  manière  favorable  à  ce  mode 
de  progression,  il  l'exerce  pourtant  avec 
assez  de  facilité  lorsque  les  circonstances 
Texigent.  C'est  en  saisissant  avec  ses  mains 
le  corps  sur  lequel  il  veut  s'élever,  et  en 
contractant  fortement  les  muscles  fléchis- 
seurs des  avant-bras,  les  pectoraux  et  le 
grrand  dorsal ,  qu'il  exerce  ce  mouvement. 
fl  prend  ensuite,  sur  ce  même  cor()s,  un 
point  d'appui  avec  ses  membres  abdominaux 
u^is  dans  l'état  de  flexion  ;  et,  en  les  éten- 
dant, il  soulève  le  tronc,  et  atteint  ainsi  un 
point  d*appui  plus  élevé,  qu'il  saisit  de 
nouveau  fiour  se  mouvoir  de  même. 

Quelquefois  aussi  il  a  besoin  de  ramper  sur 

(OiT)  Lorsqve  le  poini  d^appiii  est  pen  solide, 
qii*il  esi  mocvanl,  comme  le  sable,  par  ciemple,  il 
rciSc  â  raaion  de  la  iiartie  inférieure  de  Parc  que 

DiCTioxii.  d'Artueopologie. 


un  plan  horizontal.  11  exerce  ce  mouvement 
en  s'accrochant  au  sol  au  moyen  de  ses  mains, 
ou  en  y  prenant  un  i)oint  d'appui  avec  ses 
avant-bras  portés  en  avant,  et  en  contractant 
ensuite  les  muscles  qui  s'attachent  d'une 
pari  à  l'humérus,  et  de  lautre  aux  parois 
thoraciques,  et  qui  entraînent  le  corps  dans 
cette  direction. 

La  nage^  qui  est  une  sorte  de  reptation, 
forme  une  locomotion  beaucoup  plus  com- 
pliquée et  bien  moins  facile  que  la  précé- 
dente ;  aussi  a-t-on  besoin  pour  l'exercer 
d'une  plus  ou  moins  longue  éducation.  Les 
muscles  qui  portent  ïà  tète  en  arrière  se 
contractent  fortement  pour  l'empêcher  de 
plonser  ;  les  inspirateurs  agissent  pour  rem- 

I)lir  d'air  les  poumons  ;  les  constricteurs  de 
a  glotte  ferment  cette  ouverture,  afin  que 
ces  oi^anes  ne  puissent  se  vider,  et  qu^ils 
diminuent  ainsi  la  pesanteur  spécifique  du 
corps,  qui  est  horizontalement  étendu  dans 
le  liquide  qui  le  supporte.  Ea  même  temps, 
les  membres  thoraciques,  fléchis,  s'étendent 
dans  la  même  direction,  et  ks  doigts  rappro- 
chés les  uns  des  autres  impriment  une  im- 
pulsion verticale  k  l'eau,  dont  la  réaction 
empêche  le  corps  de  s'enfoncer  ;  tandis  que 
celle  qui  reçoit  la  surface  plantaire  des 
membres  abdominaux  qui  s'étendent  vive- 
ment comme  dans  le  saut  et  la  course,  déter- 
mine la  progression. 

Tels  sont  les  mouvements  généraux  que 
rhomme  exerce  pour  fuir  les  objets  qu'il 
veut  éviter,  ou  s'approcher  de  ceux  qu'il 
désire  d'atteindre.  Mais  il  en  est  une  foule 
d*autres,  partiels,  au  moyen  desquels  il  les 
saisit,  et  les  modifie  selon  ses  besoins.  C'est 
aux  membres  thoraciques  qu'ils  appartien- 
nent. 

Ce  sont  ces  mouvements  qui  font  toute  la 
puissance  de  l'homme,  qui  manifestent  son 
intelligence  en  exécutant  tout  ce  qu'elle  a 
conçu,  et  qui  assurent  son  empire  sur  tout 
ce  qui  existe  dans  la  nature.  La  force  physi- 
que, en  efl!et,  n'est  point  son  apanage,  et  il 
n'existe  et  ne  se  soutient  réellement  que  par 
ses  moyens  intellectuels.  Aussi  le  corps  so- 
cial, qui  connaît  sans  doute  l'utilité  de  la 
puissance  musculaire,  mais  qui  sait  aussi 
que  l'esprit  seul  peut  le  diriger  et  entretenir 
son  existence,  qu'il  est,  en  un  mot,  son 
principe  de  vie,  apprécie-t-il  bien  plus  ce 
noble  attribut  que  la  force  matérielle,  qui  ne 
peut  par  elle-même  le  soutenir  ;  et  les  pro- 
lessious  qui  l'exigent  au  plus  haut  degré,  et 
qui,  par  conséquent,  lui  sont  le  plus  utiles 
y  sont  le  plus  en  honneur. 

Les  mouvements  partiels  des  membres 
supérieurs  employés  dans  les  modifications 
diverses  que  nous  faisons  éprouver  aux 
corps  qui  nous  entourent,  sont  l'action  de 
Mtfftr,  de  pousser^  de  iirer^  de  comprimer^ 
de  déchirer j  de  rompre^  de  saulerer^  etc. 

La  main  est  merveilleusement  organisée 
pour  la  préhension  des  corps;  la  mobilité  de 

représente  le  pied,  et  sa  réaction  est  falUe,  ce  qal 
rend  le  saut  peu  étendu. 


31 


•9>l 


mu 


DICTIONNAIRE 


IIOU 


m 


son  articulation  avec  le  radius,  le  mouve- 
ment de  rotation  que  ce  dernier  exerce  sur 
.  le  cubitus,  ceux  des  os  du  cacpe  les  uns 
;  sur  les  autres,  le  nombre  des  phalanges,  leur 
mobilité,  la  faculté  que  possède  le  pouce  de 
pouvoir  être  opposé  a  tous  les  autres  doij^s, 
l'ont  de  cette  partie  du  membre  thoracique 
un  instrument  précieux  qui  favorise  singu- 
lièrement le  développement  des  produits  de 
l'intelligence  humaine.  Aussi  est-ce  de  sa 
structure  que  dépendent  toutes  les  profes- 
sions diverses,  et,  par  conséquent,  l'exis- 
tence du  coriis  social  ;  non  point,  comme  on 
Ta  dit,  qu'elle  en  soit  la  source  première,  et 
que  l*homme  lui  doive  son  lentendement, 
mais  uniquement  parce  qu  elle  est  un  ins- 
trument de  son  intelligence ,  un  moyen  de 
manifestation  des  idées  qu  il  a  conçues,  et 
que  sans  elle  il  ne  |)ourrait  représenter. 

Dans  l'action  de  saisir^  de  comprimer^  les 
^articulations  des  doigts  se  fléchissent.  Dans 
celle  de  pousser^  le  membre  thoracique,  flé- 
chi en  forme  d'arc,  tend  à  se  développer^  et 
*comme  son  extrémité,  du  côté  du  corps,  est 
•fixe  par  la  résistance  de  celui-ci,  dont  toutes 
les  articulations  mobiles  s'étendent  et  coir- 
courent  à  l'effort,  l'obstacle  est  obligé  de 
céder.  Dans  l'action  de  tirerj  ce  sont  les  flé'- 
chisseurs  qui  agissent,  et  qui  entraînent 
dans  leur  mouvement  le  corps  que  la  main  a 
saisi.  Lorsque  ce  corps  tend  a  s'éloigner, 
nous  concevons  l'idée  de  Vintensité  du  mou-- 
tement  qui  l'anime.  On  le  àîstend^  on  le  dé- 
chire^  en  le  tirant  en  sens  contraire,  soit  par 
l'action  des  extenseurs  de  deux  membres , 
soit  en  combinant  l'extension  de  l'un  avec 
la  flexion  de  l'autre,  et  l'on  se  forme  l'idée 
de  Yextensibilitéj  de  la  ténacité.  On  le  rompt 
par  deux  mouvements  simultanés  de  supHia- 
tion  ;  ce  qui  fait  concevoir  son  degré  de  dureté^ 
par  sa  résistance  plus  ou  moins  grande  aux 
contractions  musculaires.  Dans  l'action  de  sotp- 
lever  au  moyen  des  mains,  ce  sont  les  fléchis** 
seurs  des  avant-bras  qui  agissent.  Les  exten- 
seurs du  tronc  entrent  en  contraction,  lors- 
?|ue  nous  employons  le  dos  et  les  épaules. 
:ette  action  nous  donne  l'idée  du  poidê  du 
corps  soulevé,  que  nous  dét^minons  ensuite 
par  des  types  métriques,  et  celle  plus  géné- 
rale de  pesanteur. 

Nous  ne  crevons  pas  devoir  pousser  plus 
loin  l'analyse  des  mouvements  de  la  locomo- 
tion partielle.  Il  faudrait,  pour  la  rendre 
complète,  exposer  tous  ceux  qui  s'exercent 
dans  les  professions  diverses,  et  l'on  sent 
qu'un  travail  de  ce  genre  formerait  un  véri- 
table hors-d'œuvre  dans  ce  Dictionnaire. 

Les  mouvements  partiels  varient,  comme 
les  généraux,  selon  l'âge,  le  sexe  et  les  in- 
dividus. 

Dans  l'enfance,  la  force  musculaire  est  peu 
intense,  les  mains  sont  inhabiles ,  et  leurs 
mouvements  faibles  et  incertains.  Dans  la 


vieillesse,  el!es  sont  tremblantes,  et  leurs 
mouvements  irréguliers  (648). 

Dans  la  femme,  elles  ont  une  dextérité 
que  l'on  n'observe  point  chez  l'homme  qui 
1  emporte  sur  elle  par  l'intensité  des  con- 
tractions musculaires. 

Dans  les  divers  individus,  on  obserTc^ 
sous  ces  rapports,  des  variétés  infinies  ()ui 

{proviennent  de   l'exercice  jplus  ou  moim 
réquent  du  corps  en  général,  et  de  la  main, 
partie  la  plus  importante  du  meinbre  thon' 
cique,  en  particulier,  et  souvent  aussi  de 
dispositions  innées   en  harmonie,  comme 
les  facultés  intellectuelles  auxquelles  elles 
sont  liées,  avec  les  besoins  du  corps  social. 
Un    phénomène   remarqpiable    dans  les 
mouvements  partiels,  c'est  que  la  pluj^art 
des  hommes  sont  droitiers.  Cela  s'expliqu<i 
aisément  par  les  considérati(ms  suivantes  : 
la  tète  étant  la  partie  la  plus  pesante  du 
corps  du  fœtus,  il  s'ensuit  qu'eue  occupe, 
pendant  toute  la  durée  de  la  gestation,  la 
partie  infiérieure  de  la  matrice.  Hais  comme, 
d^une  part,  [l'obliquité  latérale  droite  dé  cet 
organe  est  la  plus  fréquente,  et  que,  de  l'au- 
tre, la  surface  antérieure  du  corps  du  fœtus 
est  dirigé»  en  bas  par  le  ^loids  des  viscères 
abdominaux  et  thoraciques>,  il  en  résulte* 
nécessairement  que  l'occiput  correspond  à 
la  cavité  cotyloïde  gauche  du  bassin  de  la 
mère.  Dans  cet  état,  le  membre  pectoral 
gauche>  «t  toutes  les  parties  latérales  du 
tronc  du  ni^me  côté,  sont  comprimés  par  les 
points  résistants  de  la  moitié  postérieure 
de  la  circonférence  interne  du  bassin,  et 
par  la  colonne  lombaire  ;  et  il  résulte  néces- 
sairement de  cette  pression  un  rétrécisse- 
ment des  vaisseaux^  une  nutrition  molR^ 
active,  et  par  suite  une  contractilité  muscu- 
laire moins  intense  dans  le  membre  pectoral 
gauche  que  dans  le  droit.  Cette  faiblesse 
relative  engage  l'enfant,  après  la  naissance, 
à  se  servir  plutôt  de  ce  dernier  que  du 
, membre   gauche;  ce  qui  devient  ensuite 
*  habituel.  Si  l'enfant  a  une  position  inverse 
dans  la  matrice,  on  peut  affirmer  qu'il  sen 

f  gaucher.  Si  l'on  compare  ces  deux  positions 
'une  h  l'autre  relativement  à  leur  fré- 
quence, on  trouve  que  cette  comparaison 
donne  exactement  les  rapports  des  droitiers 
aux  gauchers  (049);  preuve  évidente  que 
c'est  a  ces  deux  [influences  qu'il  faut  rap 
porter  ces  deux  modes  de  meuvements  par- 
tiels. 

Remarquez  oue  l'homme  étant  destiné  à 
vivre  en  société,  et,  par  conséquent,  à  par- 
tager dans  mille  circonstances  les  travaui 
de  ses  semblables,  il  devait  être  propre  à 
exécuter  les  mouvements  d'ensemble.  Or 
ces  mouvements  ne  pourraient  avoir  lieu 
s'il  n'y  avait  une  sorte  (de  régularité  parmi 
les  individus,  dans  la  détermination  des 
forces  de  l'un  et  l'autre  membre  thoracique; 


(648)  Le  tremblement  des  mains,  et  en  général 
ranaibiissement  de  tous  les  mouvements  locomo* 
leurs,  chez  le  vieillard,  dé|^ndraient-ils  de  la  dimi- 
nuUon  du  fluide  séreux  cérebro-spioal  découvert  par 
M.  Ma^endie? 


m^)  Dans  20,539  accouchements ,  la  premi«t 
Dosition  a  eu  lieu  !7,29t6  fois,  et  la  deuxtéfli< 
x,i53  fois;  la  présenution  d'autres  parties,  ij<^ 
fois. 


m 


nai 


D'ANTHROPOLOGIE. 


Nil 


974 


d'où  ilsiMt  qae  les  rapports  des  droitiers 
ani  gauchers,  qui  semblent  ne  tenir  qu'à 
uHe  position  organioue,  sont  éTidemraent 
établis  par  une  intelligence  providentielle 
qui  veille  sur  le  corps  social. 

D'autres  influences  modifient  sensible- 
ment la  fonction  locomotrice  dans  ses  mou- 
vements, soit  partiels  soit  généraux. 

Plus  les  contractions  musculaires  sont 
intenses  et  fréquemment  répétées,  plus 
elles  acquièrent  de  Ténergie.  Voilà  pour- 
quoi les  individus  dont  les  professions  exi- 
gent de  grands  mouvements  locomoteurs 
sont  aussi  les  plus  vigoureux  (650). 

Les  climats  chauds  affaiblissent  les  con- 
tractions musculaires ,  en  concentrant  dans 
le  système  cutané  la  puissance  vitale  gui 
les  produit.  Les  climats  froids,  au  contraire, 
les  rendent  plus  énergiques.  Aussi  est-ce 
daus  les  régions  septentrionales  que  se  ren- 
contrent les  hommes  les  plus  forts. 

Les  saisons  agissent  aune  manière  ana- 
logue sur  la  fonction  locomotrice.  Tout  le 
monde  sait  que  l'on  est  bien  plus  dispos  en 
hiver  qu'en  été. 

Enfin  les  affections  morales  modifient  les 
forces  musculaires,  par  l'influence  qu'elles 
exercent  sur  le  système  nerveux.  Toutes 
les  passions  tristes  les  abattent;  la  frayeur, 
et  surtout  la  terreur,  les  paralysent.  La  co- 
lère, le  désespoir,  les  affaiblissent  ;  souvent 
Aussi ,  comme  le  courage  et  les  détermina- 
tions fortes,  ils  leur  donnent  une  nouvelle 
activité.^ 

MOXÉENS.  Voy.  MéurrEERÀNÉBivs. 

MOZAMBIQUE.  —  On  donne  le  nom  de 
cAte  de  Mozambique  à  cette  portion  de  la 
côte  orientale  d'Alrique,  qui  s'étend  depuis 
reihbouchure  du  Zambesi  jusqu'au  cap 
]>elg^o.  A  partir  de  ce  dernier  point  com- 
mence la  c6te  de  Zanzibar  ou  Zanguebar,  qui 
se  termine  à  la  rivière  Juba.  Les  habitants 
de  la  côte  de  Mozambique  sont  des  noirs 
connus  sous  le  nom  de  Macouas ,  Makuas  ou 
Makaunas;  ceux  de  la  côte  de  Zanguebar 
sont  les  Suhaillii  ou  Sovauli. 

Les  tribus  de  la  c6te  de  Mozambique  sont 
les  premières  auxquelles  les  Européens  aient 
donné  le  nom  de  cafres,  dérivé  du  mot  Rafir 
(  infidèle),  que  leur  avaient  déjà  imposé  les 
navigateurs  musulmans  de  la  c6te  orien- 
tale. Il  y  a  dans  cette  étendue  de  pays  beau- 
croup  de  nations  qui,  d'après  ce  que  nous  en 
savons,  parient  toutes  des  dialectes  apparte- 
nant à  la  même  famille  que  la  langue  des 
Cafres  du  Sud;  néanmoins  ces  nations  ne 
sont  pas  en  général  désignées  par  les  écri- 
vains modernes  sous  le  nom  de  Cafres.  Les 
noms  qu'elles  se  donnent  à  elles-mêmes, 
commençant  par  Ha,  Mani,  ou  Mone,  sem- 


blent indiqutf  une  affinité  entre  les  idiomes; 
les  listes  de  mots  qu'on  en  a  formées  con- 
firment encore  ce  s<9ttpcon ,  et  portent  à  re- 
garder comme  bien  fondée  l'opinion  des 
missionnaires  et  des  voyaeeurs  qui  consi- 
dèrent toutes  les  nationsfue  la  partie  est  de 
l'Afrique  australe  comme  des  branches  is- 
sues du  même  tronc  que  les  Amakosas  et 
les  Amazulas. 

Dans  toutes  ces  provinces,  les  traits  des 
naturels  présentent  la  même  variété  que 
dans  d'autres  parties  de  la  côte  africaine. 
«  A  mesure  que  nos  voyageurs  avançaient 
dans  l'intérieur  du  pays,  dit  le  capitaine 
Owen,  ils  trouvaient  une  amélioration  sen- 
sible dans  l'apparence  extérieure  des  indi- 
gènes :  ceux  de  Moroora  étaient  presque 
tous  bien  bâtis,  forts,  et  de  proportions 
élégantes;    quelques-uns  offraient   réelle- 
ment des  modèles  de  la  forme  humaine 
dans  toute  sa  perfection.  Ces  hommes  vont 
entièrement  nus  ;  du  moins  ils  n'ont  d'au- 
tres vêlements  qu'un  petit  morceau  d'étoffe 
à  peine  su£Qsant  pour  leur  conserver  les 
apparences  de  la  décence  :  quelques-uns  se 
rasent  toute  la  barbe;  d'autres  en  rasent 
seuleaient  une  partie;  beaucoup  la  conser- 
vent tout  entière.  Dans  ce  dernier  cas,  leurs 
cheveux ,  car  ce  sont  des  cheveux  et  non 
pas  de  la  laine,  ont  une  assez  grande  lon- 
gueur; ils  en  font  de  petites  nattes  très- 
serrées,  dont  chacune  se  termine  en  crochet, 
et  il  en  résulte  un  genre  de  coiffure  qui 
donne  à  leur  physionomie  quelque  chose 
d'étrange  et  de  sauvage.  La  distinction  que 
nous  bisons  ici  entre  des  cheveux  laineux 
et  des  cheveux  simplement  frisés  est  im- 
portante et  a  malheureusement  été  nédigée 
par  les  voyageurs  ;  n'ayant  point  attacné  un 
sens  précis  aux  expressions  qu'ils  emploient, 
ce  qu'ils  disent  du  genre  de  chevelure  des 
peuplades  qu'ils  décrivent  ne  nous  apprend 
réellement  rien,  et  souvent  semble  être  en 
contradiction  avec  le  témoignage  d'autres 
voyageurs  qui  ont  pourtant   observé  les 
mêmes  peuples  ou  des  peuples  de  races 
très  -  voisines.  Le   genre  de   coiffure  que 
nous  venons  de  décrire  pour  les  Morooras 
-est  à  peu  près  celui  qui  s'observe  diez  les 
Khosas,  oe  même  que  chez  les  habitants 
des  régions  montagneuses,  particulièrement 
des  Mocarougas. 

MULTHOMAHS.  Foy.  Nootka-Columbiexs. 

MUSCLES.  Yoy.  Y  Introduction. 

MUSIQUE    f Instruments    de)    chez  les 
peuplades'de  1  Océanie.  Foy.  Malaise  (Race) 

MUSKOGEES  ou  Mcscogcjlges.  Toy.  Al- 

LiCHANtEMS. 

MYOLOGIE.  Voy.  An atomib  humaine. 
MYOPES.  Voy.  Œil. 


N 


KAGE.  Foy.  Mouvement.  chez  lequel  toutes  les  parties  du  corps  ont 

NAINS.  —  On  entend  par  ce  mot  un  être     subi  une  diminution  générale,  et  dont  la 


leoi 


systérae  moscaUire  esl  très-développé 
nuaire  ou  atblétiaut. 


975 


NA1 


DICTIONNAIRE 


NAl 


976 


taille  se  trouve  ainsi  de  beaucoup  inférieure 
à  la  taille  moyenne  de  son  espèce  ou  de  sa 
race.  Cette  définition,  dlie  à  M.  Geoffroy 
Saint  -  Hilaire  ,  s'applique  parfaitement  a 
Mathias  GuUias,  ee  nain  de  vingt -deux  ans, 
qui  ifut  montré,  il  y  a  quelques  années,  à 
TAcadémie  des  sciences.  Né  de  parents  bien 
Hjonformés ,  il  a  cessé  de  croître  à  l'âge  de 
ci«q  ans.  Sa  tète  est  volumineuse ,  sa  tigure 
-expressive  et  régulière,  sans  apparence  de 
barbe  ;  la  poitrine  est  large  et  bien  dévelop- 
pée la  colonne  vertébrale  droite,  les  bras 
«(les  jambes  proportionnés  à  sa  taille  d'un 
mètre. 

Les  auteurs  les  plus  anciens  ont  parlé  des 
'nains;  ils  en  admettaient  des  peuplades  en- 
^tières  dans  les  régions  les  plus  Jrides  et  les 
.  plus  desséchées  de  l'Afrique.  Mais  cette  hy- 
pothèse est  sans  fondement,  et  l'eiistence  des 
'troglodytes  dans  TÀbyssinie  n'est  pas  plus 
digne  de  foi  que  celle  des  pygraées,  petits 
hommes  que  les  Grecs  supposaient  tou- 
jours en  guerre  contre  les  grues.  Abstrac- 
tion faite  de  ces  nations  imaginaires  et  de 
quelques  histoires  particulières,  telles  que 
celle  d'un  poëte  nommé  Philétas,  si  petit 
et  si  léger  qu'on  était  obligé  de  lui  mettre 
des  semelles  de  plomb  pour  l'empêcher 
d'être  renversé  par  lèvent,  ibest  au  moins 
incontestable  que  des  nains  ont  été  ob- 
servés dans  l'antiquité.  Marc -Antoine  en 
^vait  un  dont  la  taille  était  de  moins  de 
^650  millimètres,  et  auquel  il  donnait  par 
dérision  le  nom  de  Sisyphe.  Domitien  en  fit 
^rassembler  un  assez  grand  nombre  pour 
.pouvoir  en  composer  une  troupe  de  gladia- 
teurs. Dans  les  temps  modernes  on  en  a  vu 
■plusieurs  sur  le  nouveau  continent. 

Lors  de  la  conquête  du  Mexigue,  les  Es- 
pagnols trouvèrent  dans  le  palais  de  Monte- 
zuma  plusieurs  nains  conservés  pour  l'amu- 
sement de  ce  prince.  En  Europe,  la  mode 
des  fous  de  cour  étant  tombée  vers  la  fin  du 
itvr  siècle,  ce  fut  aux  nains  qu'on  accorda  le 
triste  privilège  de  les  remplacer.  Catherine 
•de  Méaicis  en  avait  réuni  un  certain  nombre 
des  deux  sexes,  entre  lesquels  elle  se  plai- 
sait à  former  des  mariages,  qui  presque  tou- 
jours demeuraient  stériles.  On  cite  une  élec- 
Irice  de  Brandebourg  qui  ne  réussit  pas 
xdieut  à  léguer  une  race  de  ces  petits  êtres 
aux  plftisirs  de  la  postérité.  Cependant  cette 
règle  a  ses  exceptions.  Les  journaux  anglais 
annonçaient ,  il  y  quelques  années ,  la  nais- 
sance, à  Londres,  cTun  nain  de  365  millimè- 
tres et  pesant  590  grammes.  Malgré  sa  nais- 
sance à  terme  et  sa  conformation  extérieure 
parfaite,  il  ne  vécut  pas  plus  d'une  heure. 
Ce  qui  rendait. sur  tout  ce  fait  remarquable 
c'était  la  taille  des  parents.  Loin  d'être  d'une 
stature  ordinaire,  comme  on  l'observe  chez 
tous  ceux  qui  engendrent  des  nains,  don 
Santiago  de  los  Santos  et  sa  femme,  Anna 
Hopkins,  étaient  nains  eux-mêmes.  Don 
Santiago,  né  à  Manille,  abandonné  à  dessein 
dans  une  forêt,  fut  sauvé  par  le  vice-roi  qui 
le  vit  à  la  chasse  et  en  eut  pitié.  Son  père 
ivait2,lll  millimètres,  et  sa  mère  était  d  une 
taille  moyenne  ;  mais  lui  n'avait  pas  plus  de 


6T7  millimètres  de  haut ,  et  il  élait  âgé  de 
quarante  ans.  C'est  à  Birmingham  qu'il  avait 
lait  connaissance  de  sa  femme,  âgée  do 
trente  et  un  ans,  et  plus  grande  que  lui  de 
352  millimètres.  Tous  deux  s'aimèrent  dès 
le  premier  instant ,  et  leur  union  fut  célé- 
brée dans  cette  ville  le  U  juillet  1831  Don 
Santiago  était  doué  d'une  bonne  constitu- 
tion; il  parlait  plusieurs  lances,  etainiait 
la  musique  et  les  objets  d'orlévrerie.  L\m 
chaude  était  sa  boisson  habituelle;  les  jours 
de  tête  il  se  permettait  seulement  un  peud« 
vin  de  France.  Sa  femme  était  remarquable 
par  sa  gentillesse  ;  en  un  mot  c'était  un  miS 
nage  parfait. 

Le  nanisme  peut  n'exister  que  temporai- 
rement. Virey  rapporte  l'histoire  d'un  en- 
fant nain  qui,  vers  l'âge  de  quinze  ans,  ic 
développa  rapidement  et  ne  tarda  pas  à  nt- 
teindre  1,624>  millimètres.  D'autres  ibis  des 
sujets  nés  avec  les  dimensions  normales  s'ar- 
rêtent bientôt  dans  leur  accroissement  gén^ 
rai,  et  restent  toute  leur  vie  au-dessous  de  \\ 
taille  de  l'adulte  :  c'est  le  cas  de  Matliias 
Gullias;  enfin  des  enfants,  remarquahles  |  t.r 
leur  extrême  petitesse  en  venant  au  mond^, 
sont  nains  à  toutes  les  épo.pies  de  leur 
existence.  Ces  trois  genres  de  cas  compren- 
nent toutes  les  anomalies  par  diminution  i!o 
la  taille. 

Les  nains  sont,  en  général,  irascibles  el 
turbulents.  Chez  eux  la  circulation  et  les 
autres  fonctions  s'opèrent  avec  plus  de  rapi- 
dité ;  ils  deviennent  aussi  plutôt  pubères,  (S 
l'on  a  dit  que,  le  cercle  de  leur  vie  étant 
plus  promptement  parcouru,  ils  sont  vieux 
et  cassés  de  bonne  heure.  Quclques-mt^ 
«leurent  caducs  et  infirmes  avant  vingt-ei«ii 
ans,  d'autres  po;irsuivent  une  longue  car- 
rière, et  conservent  leur  bonne  santé  dans 
un  âge  très-avancé  ;  les]  uns,  comme  le  cé- 
lèbre Bébé,  sont  presque  idiots;  d'aulre-s 
comme  Borvilaski^  gentilhomme  polonais 
montrent  au  contraire  une  intelligence  peu 
commune.  Jeffery  Hudson,  favori  de  la  reiw 
d'Ançleterre,  fit  preuve  de  courage;  on  sait 

Ïu'à  la  suite  d'une  querelle  avec  un  nommé 
roft,  il  ne  craignit  [ms  de  l'appeler  en  duel. 
On  se  battit  à  cneval,  au  pistolet;  Croflfut 
blessé  à  mort  au  premier  coup. 

Les  causes  du  nanisme  ne  sont  pas  entiè- 
rement connues;  cependant  le  rachitisme 
f)roduit  le  plus  ordinairement  ces  arrêts  dans 
e  développement  général  que  l'on  voit  sur- 
venir après  la  naissance,  et,  par  analogie,  on 
est  porté  jà  lui  attribuer  de  même  ceux  qui 
surviennent  pendant  le  cours  de  la  vie  lœ- 
talc.  Cette  opinion  est  d'ailleurs  pleinement 
confirmée  par  ce  fait,  que  presque  tous  Ks 
nains  ont,  dès  leur  première  enfance,  les  ca- 
ractères que  Ton  nomme  la  constitution  ra- 
chitique.  Le  squelette  de  Bébé  présentait  des 
courbures  évidentes  dans  Tépine  dorsale  et 
los  os  des  jambes.  Mathias  Gullias  était  mieux 
conformé.  On  ne  remarquait  chez  lui  aucune 
trace  de  rachitisme;  son  esprit  était  cultivé. 
Il  parlait  cinq  langues  :  le  croate,  rillyrien, 
laîlemand,  le  français  et  l'italien.  Il  niofiUi'ï 
à  cheval,  tirait  un  fusil  avec  adresse  ot  eau- 


fn 


NAI 


D'ANTUROPOLOGIE. 


NAT 


sait  agréablemesl.  La  puberté  chez  lui  se 
déclara  à  Tâ^e  des  autres  hommes ,  et  il 
songea  à  se  marier  avec  une  personne  de  sa 
Uille,  qu'il  arait  rencontrée  en  Italie. 

On  sait  oue  le  nain  nommé  Bébé  du  roi 
ai  Poloçne  (Stanislas),  avait  893  millimètres. 
A  sa  naissanee  il  pesait  un  peu  plas  de  325 
grammes  ;  sa  lon^eur  ne  dépassait  pas  2i4 
uiillimètres,  et  un  sabot  à  moitié  reuiDli  de 
laioe  lui  serrait  de  berceau.  Comme  if  avait 
la  bouche  extrêmement  petite,  sa  mère  Té- 
leva  avec  beaucoup  de  peine  :  elle  fu:  obli- 
gée de  le  faire  allaiter  i>ar  une  chèvre.  !îéj>é 
■e  marcha  pas  avant  deux  ans  ;  à  cet  âge  la 
longueur  de  ses  souliers  ne  dépassait  pas 
41  millimètres;  de  deux  k  six  ans^  il  eut 
plusieurs  maladies  graves  ;  à  cinq  ans  il 
avait  677  millimètres,  [lesait  5  kilogrammes, 
et  paraissait  entièrement  formé  ;  jusqu'à 
douze  ans  son  accroissement  fut  propor- 
tionné à  sa  petitesse  primilive  :  alors  la  na- 
ture parut  faire  un  enori,  mais  l'accroisse- 
ment  se  répartit  inégalement,  et  à  Tâge  de 

Sninze  ou  seize  ans  sa  taille  commenta  à 
evenir  contrefaite.  Il  mourut  l'an  1764,  à 
Kâge  de  vingt-trois  ans. 

La  science  a  enregistré  d'antres  exemples 
de  nains  :  l'un,  qu'on  a  vu  à  Paris,  en  1760; 
c'était  un  gentilhomme  po!on<'iis,.qui,  à  l'âge 
de  vingt-deux  ans,  n'avait  que  la  liautcur 
de  758  millimètres,  mais  le  corps  bien  fait  et 
l'esprit  vif;  il  possédait  même  plusieurs 
langues.  11  avait  un  frère  aîné  qui  n'avait 
que  920  millimètres  de  hauteur. 

Un  autre  à  Bristol,  qui,,  en  1751,  à  l'âge  de 
rfuinze  ans,  n'avait  aue  839  milUmèlro>  ;  il 
éiait  accablé  de  tous  les  accidents  de  la  vieil- 
lesse, et  de  10  kilogrammes  au*il  avait  pesé 
dans  sa  septième  année,  il  n  en  pesait  plus 
que  7  {. 

Un  pavsan  de  Frise,  qui,  en  1731,  se  fit 
iFoir  pour  de  l'ar^^ent,  k  Amsterdam  ;  il  n'a- 
vait, a  l'âge  de  vingt-six  ans,  que  la  hauteur 
de  785  millimètres. 

Un  nain  de  Norfolk,  qui  se  Gt  voir  dans  la 
même  année,  à  Londres,  avait,  à  l'âge  de 
irinst-deux  ans,  1,029  millimètres  et  pesait 
IV  kilo^ammes.  {Transactions  philosophi- 
ques.) 

On  a  des  exemples  de  nains  qui  n'avaient 
que  650,  568,  487  millimètres,  et  même  d'un 
«{uî,  à  l'âge  de  trente -sept  ans,  n'avait  que 
433  millimètres. 

Dans  les  Transactions  philosophiques^ 
H*  467,  art.  x,  il  est  parlé  d'un  nain  â^é  de 
YÎngt-deux  ans,  qui  ne  pesait  que  17  kilo- 
grammes étant  tout  habillé,  et  <iui  n'avait 
que  f  ,(^  millimètres  de  hauteur  avec  ses 
sonliers  et  sa  perruque. 

Pline  fait  mention,  en  ces  tonnes,  de 
deux  nains  qui  existaient  à  Rome,  sous  Au- 
fcii^te  :  «  àfanium  Maximum  e:  Marcuin 
Tuiiium^  équités  romar^os^  binnm  cubitorum 
fuisse  auctor  est  M.  Vmro^  et  ipsi  ridimus 
in  loruiis  adsertatos  :  Varron  écrit  que  Ma- 
niusMaximus  et  M.  Tullias,  chevaliers  ro- 
riakis,  avait  deux  couriécs.  J'ai  vu  moi- 
iTiéme  leurs  sc]uelettes  conserves  dans  des 
^raioires.  »  (Lib.  vu,  eau.  16.) 


NAMOLLOS.  Voy,  Icuthtopdages. 

NATCHEZ.  Voy.  Allégoaniexs. 

NATURE  (DE  LA),  su  mELATions  avec 
l'homme.  —  Qu'est-ce  que  l'homme?  Qu'est- 
ce  que  l'humanité?  C'est-i-dire  :  Quels  sont 
les  traits  caractéristiques  de  l'homme  et  ses 
rapports  avec  les  autres  créatures  ?  Quelles 
sont  et  la  mesure  et  la  signification  des  races 
qui  diversifient  le  genre  humain  ? 

Chacun  comprend  l'intérêt  et  l'importance 
do  ces  deux  questions,  objet  sommaire  de 
l'anthropologie.  Toutea  celles  qu'on  ren- 
contre dans  le  domaine  des  sciences  morales 
et  politiques  trouvent  ici  leurs  prémisses. 

Dire  ce  quest  l'honune  dans  l'ensemble- 
de  ses  caractères  et  de  ses  relations,  n'est-ce 
pas  déterminer  implicitement  nos  conditions 
d'existence,  notre  rôle  et  notre  destination 
au  double  point  de  vue  de  l'individfu  et  de 
l'espèce?  Sortir  de  la  controverse  dont  il  est 
encore  l'objet,  le  problème  de  l'origine  et  de 
la  signification  des  races  humaines;  décider, 
I>ar  la  mesure  exacte  des  diflérences  qui  sé- 
parent celles-ci  y  entre  l^s  personnes  qui 
comptent  plusieurs  espèces  d'hommes  et 
celles  qui  affirment  que  toutes  les  races  ne 
sont  que  des  variétés  secondaires  d'une  seule  - 
espèce,  n'est-ce  pas  mettre  en  évidence  les. 
relations  naturelles  et  légitimes  de  tous  les 
peuples,  et  dire  une  fois  pour  toutes  si  ces 
relations  découlent  d'un  fait  de  fraternité  ou 
d'un  fait  de  subordination  naturelle,  si  lles- 
clavage  est  le  crime  ou  le  droit  des  races 
dominantes  ? 

Je  prenJs  ici  l'homme  tel  au'il  nous  est 
donne  dans  sa  condition  actuelle,  comme  un 
être  organisé,  force  et  organisme  toute  la 
fois*  constituant  une  parfaite  individualité; 
puis^roiriine  |>artie  intégrante  de  ce  vaste 
système  (ie  forces  et  de  corps  qu'on  nomme 
la  nature. 

L'homme  est  une  force,  mais  une  force 
incorporée  :  n'isolons  ni  la  force  de  son  mi- 
lieu corporel,  ni  ce  milieu  de  la  force  qui  le 
pénètre  et  s'y  manifeste  ;  ne  séparons  dans 
nos  études  sur  Thomme,  ni  l'âme  de  son  or- 

fanisme,  ni  l'organisme  de  son  âme.  Est-ce 
dire  que  nous  confondions  substantielle- 
ment le  corps  et  Tâme»  que  nous  cherchions 
dans  la  matière  organisée  le  secret  de  la  vie 
et  de  la  pensée?  A  Dieu  ne  glaise!  et  riei» 
dans  ce  que  je  viens  de  dire  n  emporte  cette 
conséquence.  J*ai  toujours  considéré  le  ma- 
térialisme comme  la  doctrine  non-seulement 
la  plus  irrationnelle,  mais  la  plus  obscure 
et  la  plus  hérissée  de  difficultés^  doctrine 
brutale  et  grossière,  instrument  de  lutte  et 
de  réaction ,  qui  est  moins  encore  une  affir- 
mation qu'une  fin  de  non-recevoir  ;  car,  après 
tout,  une  doctrine  ensei^e  quelque  chose» 
et  celle-ci  devrait  nous  dire,  voulant  substi- 
tuer la  notion  de  matière  à  la  notion  de  force, 
comment  celte  substitution  peut  avoir  lieu» 
comment  le  phénomène  devient  substance, 
l'effet  cause,  l'inertie  activité,  comment  et  en 
vertu  de  quelle  propriété  la  matière  brute 


s  organise. 


Ce  qui  a  fait  au  spiritualisme  une  position 
diflicilCt  c'est  la  théorie  cartésienne,  qui  a 


07*i 


NAT 


DrCTIONNAIRE 


NAT 


m 


divisé  la  vie  et  sa  cause,  n'attribuant  à  Tâme 
oue  la  pensée,  et  réservant  au  corps  toute 
1  activité  physiologique.  Dire  que  la  relation 
de  Târae  et  du  corps  est  la  relation  occa- 
sionnelle d*une  machine  toute  matérielle  et 
d'une  force  pensante,  qu'elle  résulte  d'une 
sorte  de  rencontre,  que  le  corps  reçoit  l'âme 
à  un  jour  donné,  a  titre  d'hôte  et  de  suze- 
rain, c'est  dénaturer  le  dualisme,  c'est  dé- 
posséder l'âme  au  proQt  du  corps  sous  pré- 
texte d'assurer  sa  dignité ,  c'est  s'exposer  à 
des  questions  importunes  comme  celle-ci  : 
Quand  Tâme  prend-elle  possession  de  sa 
demeure?  c'est  enfin  briser,  par  une  hypo- 
thèse que  rien  n'autorise,  une  série  de  faits 
étroitement  en 'chaînés. 
En  eflfet,  observons  les  êtres  vivants  en 

Î;énéral  dans  le  développement  corrélatif  de 
eur  organisation  et  ae  leur  activité  ;  que 
voyons-nous?  Au  sein  d'une  matière  in- 
forme, d'un  germe  image  du  chaos,  se  des- 
sinent peu  à  peu  des  organes  qui,  dans  le 
tout  dont  ils  font  partie,  vivent,  c'est-à-dire 
fonctionnent  en  même  temps  qu'ils  se  pro- 
duisent, confondant  comme  dans  un  seul  fait 
d'activité  leur  développement  et  leur  rôle 
physiologique.  De  leur  concours  résultent 
un  organisme  à  formes  déterminées  et  une 
vie  générale,  organisme  et  vie  qui  vont  se 
modifiant  sans  cesse  et  qui  remplacent  un 
Age  par  un  autre  âge,  ajoutent  un  nouveau 
mode  d'activité  aux  modes  antérieurs,  et  s'il 
s'agit  d'un  animal ,  aux  fonctions  premières 
et  nécessaires  d'autres  fonctions  plus  spé- 
ciales et  plus  élevées,  à  la  nutrition  la  sen- 
sibilité, a  la  sensibilité  la  spontanéité  des 
instincts,  puis  l'action  intelligente;  enfin, 
chez  l'homme,  toutes  les  manifestations  de 
la  raison  et  de  la  vie  morale. 

Ce  progrès,  qui  commence  au  même  point 
pour  tous  les  organismes,  qui  se  prociuit  à 
travers  des  phases  analogues  pour  ceux  d'un 
même  règne  ou  d'un  même  type,  qui  enfin 
d'un  être  à  l'autre  varie  surtout  par  son 
terme  supérieur  et  définitif,  ce  progrès,  que 
nous  montre-t-il?  Une  cause  active,  une 
force,  s'appropriant  la  matière  informe  qui 
lui  est  donnée,  s'en  revêtant  non  comme 
d'une  enveloppe  immobile,  mais  comme  d'un 
milieu  organique  qu'elle  élabore  et  renou- 
velle par  un  mouvement  modificateur  intime 
et  continu,  se  manifestant  avant  tout  comme 
force  organisatrice,  puis  comme  être  sen- 
sible, enfin  comme  une  âme  intelligente, 
iusqu'à  s'élever,  consciente  d'elle-même,  de 
la  perception  des  phénomènes  particuliers  à 
la  conception  des  idées  universelles.  C'est 
ainsi  que  se  constitue  cette  individualité 
réelle,  concrète,  vivante,  qui  s'appelle 
homme;  c'est  ainsi  d'abord,  et  dans  l'en- 
semble harmonique  de  ses  attributs,  que 
nous  l'étudierons,  le  plaçant  successivement 
en  présence  des  autres  créatures  et  en  pré- 
sence de  ses  semblables. 

Du  moment  où  la  vie  de  l'homme  est  une, 
où  toutes  ses  manifestations  procèdent  d'une 
force  unique,  soit  qu'il  s'agisse  d'assimiler 
K  nos  organes  une  matière  empruntée,  soit 
que  nous  nous  élevions  à  l'activité  ration- 


nelle et  morale,  du  moment  où  c'est  Time 
elle-même  qui  entre  en  relation  avec  la  na- 
ture dans  toutes  les  fonctions  qui  supposent 
un  échange  quelconque  entre  nous  et  le 
monde  extérieur,  une  intime  solidarité  nous 
unit  à  ce  monde,  et  notre  histoire  ne  saurait 
être  détachée  de  la  sienne.  Sans  parler  en- 
core de  ce  que  nous  sommes  pour  la  nature, 
de  la  tendance  qui  l'élève  dans  la  direction 
de  l'homme,  nous  trouvons  en  elle  notie 
premier  milieu,  nos  premières  conditioes 
d'existence  et  de  développement.  Soit  donc 
que  nous  voulions  chercner  notre  place  dans 
le  système  de  la  création»  soit  que  nous 
voulions  connaître  les  premiers  moditica- 
teurs  en  présence  desquels  nous  nous  déve- 
loppons, et  comme  individus  et  comme  es- 
pèce, il  faut  que  nous  commencions  par 
jeter  un  coup  d  œil  appréciateur  sur  cet  en- 
semble de  corps  et  ae  forces  qui  constitue 
la  nature  ;  que  nous  cherchions  à  en  com- 
prendre l'oraonnance  générale  et  la  signifi- 
cation, en  même  temps  que  sqs  relations  avec 
nous. 

Cette  Question  :  Qu'est-ce  que  la  nature? 
comprena,  comme  on  le  voit,  une  question 
de  philosophie  générale  et  une  question  plus 
spécialement  physiologique  et  anthrojpoio- 
gique.  Comme  question  de  science  spécula- 
tive, c'est  la  première  qui  se  soit  présentée 
et  qui  ait  été  débattue  dans  les  écoles  des 
philosophes  ;  car  le  premier  regard  de  l'es- 
prit humain  fut  pour  la  nature»  pour  Tobjei 
.  de  la  sensation  {externe  ;  les  faits  de  cons- 
cience, avec  les  questions  qu'ils  soulèvent, 
ne  vinrent  ou  ne  se  dégagèrent  du  moins 
que  plus  tard.  Qu'on  nous  permette  de  jeter 
un  coup  (l'œil  sur  l'histoire  de  la  philoso- 
phie pour  apprendre  comment  se  pose  défi- 
nitivement, et  au  point  de  vue  le  plus  élevé, 
le  problème  dont  nous  demanderons  ensuite 
la  solution  à  la  science  contemporaine. 

La  philosophie  débuta  par  des  systèmes 
cosmogoniques.  Les  faits  eurent  nécessaire- 
ment moins  de  part  à  ces  conceptions  que 
l*imagination  do  leurs  auteurs ,  alors  même 

3ue  ceux-ci,  au  lieu  de  procéder  en  vert» 
'idées  métaphysiques,  comme  firent  les  py- 
thagoriciens,  prenaient  leur  point  de  départ 
dans  la  physique  du  temps ,  composée  de 
plus  de  préjuçes  que  d'expériences.  Aussi  les 
philosophes  ioniens,  tout  en  cherchant  leur 
théorie  de  la  nature  dans  la  nature,  s'en- 
cagèrent-ils  parfois  dans  les  régions  de  Ti- 
aéalisme  autant  que  ceux  qui  procédaieul 
par  la  méthode  purement  rationnelle.  La 
différence  des  méthodes  ne  prit  gue  très- 
tard  l'importance  que  lui  accorde  à  juste  titre 
l'histoire  des  sciences. 

Qu'est-^îe  que  la  nature  pour  cette  école 
de  philosophes  ioniens  qu  on  désigne  sous 
le  nom  de  dynamistes,  et  qui  commence 
avec  Thaïes?  La  manifestation  diversifiée 
d'un  principe  unique  représenté  ou  peui 
être  même  seulement  symbolisé  par  l'un  des 
fluides  généraux  qui  jouent  un  si  grand  m 
dans  Téconomie  de  notre  planète  :  Pair,  selon 
les  uns,  et  Teau,  si  l'en  en  croit  les  autres. 
Ce  principe,  à  la  fois  force  et  matière,  e>' 


Ml 


ïtAT 


DANTflROPOtOGIE. 


NAT 


982' 


tout;  il  est  infini  par  son  existence  générale 
et  se  limite  dans  les  corps  particuliers ,  qui 
B*ea  sont  que  des  modes  dirers.  Qu'est-ce 
là  qu'une  première-formule- du  panthéisme? 
Uo  philosophe  de  cette  éeole^  Dio^ène  d'A- 
(loUonie,  nous  dit  bien^  il  est  vrai,  que  le 
prioeipe  du  monde  est  intelligent,  et  ce 
philosophe  se  sépare  en  cela  de  ses  devan- 
ciers Tnalès  et  Anaxymène  ;  mais  il  continue 
néanmoins  à  confondre  le  monde  et  sa  cause. 

Parallèlement  à  cette  première  dcole,  le 
génie  de  la  race  ionienne  en  inspirait  une 
autre,  l'école  des  mécaniciens,  qui  com- 
menée  avec  Anaximandre,  et  compte  Anaxa- 
gore  au  nombre  de  ses  derniers  et  plus  illus- 
tres che6.  Ici  on  ne- cherche  pas  a  ramener 
la  diversité  à  l'unité  de  principe.  Non-seule^ 
ment  la  matière  est  étemelle,  mais  eHe  est 
éternellement  diverse,  et  se  compose  d'un 
nombre  infini  d'éléments.  Mais  ces  éléments 
ne  sont  oueles  semences  des  chote$;  pour 
produire  les  corps,  il  faut  qu'un  mouvement 
les  açite,  l9s  dégage  de  leur  confusion  ori- 
ginelle, les  associe  hamioniquement.  Tout 
phénomène  est  un  mouvement,  tout  corjis 
un  résultat  de  mouvements,  et  de  très-grands 
efforts  sont  dépensés  par  Técole  pour  mon- 
trer comment  les  êtres  vivants  sont  issus  de 
ee  procédé  mécanique.  Quant  à  la  cause,,  les 
uns  la  disent  inhérente  à  la  matière,  aveugle, 
fatale,  tandis  qu*Anaxagore  enseigne  l'exis- 
tence d'un.moteor  qui  agit  avec  intelligence. 
Le  caractère  de  ce  système  est  d'èire  pure- 
ment physique  d'intention  ;  matérialiste  k 
son  ongine,  il  tend  ensuite  au  déisme  ;  mais 
il  transmettra  à  ses  premiers  successeurs  le 
dogme  de  l'éternité  de  la  matière  en  même 
temos  que  celui  d'une  cause  intelligente. 

L  école  de  Socrate  donna  à  la  pensée 
encore  timide  d'Anaxagore  une  accentuation 
plus  fvécise  et  plus  énergique.  La  personne 
hamaine,  un  peu  oubliée  jusqu'ici  pour  la 
eontemplatioB  de  la^  nature^,  se  relève  ;  une 
plus  jgrande  part  lui  est  fiiite  dans  la  philo- 
sophie, et  le  premier  effet  de  cette  révolution 
p!  us  morale  que  spéculative  est  de  faire  res- 
sortir les  attributs  delà  Divinité,  de  placer 
la  personne  divine  au  sommet  comme  à  la 
^oufce  de  tootes*les  existences,  de  présenter 
la  nature,  non  plus  comme  une  manifesta- 
tion, mais  comme  mie  œuvre. 

La  cosmogonie  du  Timée  est  évidemment 
inspirée  par  cette  philosophie.  Platon  peuple 
le  ciel  et  la  terre  d'agents  personnels  et 
libres.  Au  sommet  de  cette  hiérarchie  est  le 
Oiea  souverain,  qui  prend  la  matière  et 
produit  le  monde-  universel  coitforme  aux 
idées  archétypes  qui  sont  en  lui  de  toute 
éternité.  Ce  monde  lui-même  est  un  être 
clÎTin,  et  il  tire  de  son  seiu  les  astres,  divi- 
nités subordonnées,  formées  defélément  le 
dus  pur;  le  feu,  et  les  astres  produisent 
'homme.  Celui-ci,  venant  à  démériter,  expie 
<%a  faute  en  descendant  aux  conditions  d  un 
sexe  plus  faible,  puis  aux  formes  de  plus  en 
plus  dégradées  de  l'animalité,  en  sorte  que 
clans  ce  système  la  femme  et  les  animaux 
o^appartiennent  pas  au  plan  primitif  de  la 
création ,  et  disparaîtront  de  la  nature  au 


I 


jour  où  l'expiation  aura  réhabilité  tous  Iqs 
individus  en  déchéance. 

Si,  dans  ce  système,  la  création  est  encore 
divinisée,  elle  ne  l'est  cependant  qu'en  sous-- 
ordre,  et  l'initiative  reste  au  Dieu  souverain. 

Platon,. sans  échapper  complètement  en-- 
cOre  de  fait,  sinon  cTintention,  à  l'influence 
des  conceptions  panthéistes,  et  en  se  laissant 
dominer.par  les  habitudes  d'uae  religion  qui 
peuplait  la  nature  de  divinités ,  nous  donne 
cependant  ici  une  conception  bien  éloignée 
non-seulement  du  panthéisme  ionien ,  mais 
aussi  du  polythéisme  vulgaire  ;  à  défaut 
d'une  doctrine  savante,,  qu^on  ne  pouvait: 
attendre  de  sa  méthode,  il  donne  une  doctrine 
morale  où  figurent  les  notions  de  liberté,  de 
responsabilité,  de  mérite  et  d'expiation. 

Chez  Aristote ,  la  question  morale  cède  le 
premier  rang  k  la  question  scientifique. 
Aristote  procède  autremeat  que  Platon  et 
connaît  beaucoup  mieux  la  nature.  11  y 
constate  un  ordre  de  progression  qui,  de  la 
matière  brute,  conduit  aux  plantes,  puis  aux 
animaux,  puis  à  l'homme.  La  première  four- 
nit les  éléments,  les  plantes  s'en  emparent  eX 
les  transmettent  aux  animaux  et  à  1  nomme. 
Mais  comment  la  nature  s'élève-t-elie  d'un  rè- 
gne à  l'autreî  Spontanément ,  par  une  suite 
d'efforts  qui  transforment  la  matière  inor- 
ganique en  matière  organisée,  et  font  pas- 
ser celles-ci  par  toutes  le^  formes  végétales 
et  animales ,  lesquelles ,  comme  autant  d'é* 
hanches,  tendent,  et  arrivent  enfin. k  leur 
perfection  dans  l'organisme  de  l'homme 
Aristote  admet  cependant  un^  sorte  de  créa, 
tion;  mais,  selon  lui,  Dieu  se  borne  à  pro- 
duire un  monde  animé  qui.  porte  en  lui 
toutes  les  énergies  nécessaires  k  l'espèce 
d'évolution  dont  Thomme  est  le  terme  défi- 
nitif. Il  suit  de  Id  qu'ici,  pas  plus  que  chez 
Platon  ,«les  êtres  iniérieurs  à  l  homme  n'au- 
raient une  place  légitime  dans  la  nature; 
pour  Aristote  ce  ne  sont  que  des  ébauches , 
comme  pour  Platon  ce  sont  des  types  dé- 
gradés. 

Que  dirions-nous  de  Técole  épicurienne  ? 
C'est  à  peine  si  elle  mérite  une  mention 
pour  mémoire,  car  elle  ne  fut  ni  savante  ni 
morale,  La  philosophie  ne  lui  doit  qu'un 
système  de  matérialisme  brut,  grossier ,  su- 
perficiel, négation  pure  et  gratuite  sous  les 
formes  de  l'afiirmation. 

Tandis  que  l'antiquité ,  dans  le  plus  bel 
essor  de  sa  vie  intellectuelle,  mais  livrée  aux 
seules  ressources  du  génie^  avant  l'âge  de 
l'expérience,  essayait  d'atteindre  à  la  cause 
et  aux  origines  de  l'univers,  et  n'arrivait 
qu'à  des  hypothèses  bientôt  emportées  par 
le  progrès  des  sciences,,  un  petit  peuple  de 
la  Syne,  presgue  illétré  et  d'un  génie  très- 
peu  philosophique,  possédait  dès  longtemps 
sur  cette  vaste  questioa  quelqMes  notions 
fondamentales,  simples  et  précises.  Le  pre- 
mier chapitre  des  annales  sacrées  de  ce 
peuple  débute  par  ces  mots  :  Au  commence- 
mtniDieu  créafescieuxetlaterre^ei  continue 
en  nous  montrant  dans  la  nature  non-seule- 
ment l'œuvre  d'un  Dieu  unique ,  mais  une 
opuvre  sucres^îive  et  progressive  qui ,  par 


385 


N\T 


DICTIONNAIRE 


NAT 


voie  de  créalioa,  ajoute  une  assise  à  une 
autre  assise ,  et  ne  s'arrête  gu*après  avoir 
placé  l'homme  au  faîte  de  l'édifice.  Cette  fois 
toute  créature  a  sa  place  dans  l'ensemble  et 
tout  s'harmonise;  les  étages  inférieurs  sont 
ordonnés  en  vue  des  supérieurs.  Que  nous 
dit  celte  cosmogonie,  cette  première  page  de 
la  Bible  commentée  par  elle-même?  Dieu 
seul  n'a  pas  de  commencement;  créateur 
d'une  matière  universelle ,  d'abord  informe 
et  chaotique,  il  la  féconde ,  l'anime,  la  met 
en  œuvre  avec  cette  seule  parole  :  Que  la 
lumière  soit.  Il  sépare  les  eaux,  l'atmosphère 
et  le  sol  ;  ordonne  à  la  terre  de  produire  les 
plantes,  fait  surgir  au  sein  de  l'Ooéan  la  mul- 
titude des  ani<maux  aauatiques,  peuple  les 
airs  d'oiseaux,  appelle  les  quadrupèdes  à  se 
répandre  sur  les  terres  couvertes  de  végéta- 
tion ;  l'homme  enGn  sort  de  ses  mains ,  et 
son  Créateur  lui  donne  une  comnagne  de 
même  nature  que  lui  pour  compléter  son 
existence. 

Dans  ce  système,  tout  remonte  à  Dieu. 
Chaq[ue  espère  procède  d'un  acte  spécial  de 
création;  elle  se  perpétuera  et  demeurera 
distincte  des  autres  par  une  force  de  produo- 
tion  essentiellement  conservatrice  (651). 

Les  données  de  làGenisey  commentées  par 
une  science  pauvre,  dépourvue  de  critique 
et  mal  disciplinée,  défrayèrent  les  rares  pen- 
seurs qui ,  au  moyen  âge ,  essayèrent  de 
comprendre  la  nature;  trop  ordinairement 
le  commentaire  emportait  le  texte.  De  toutes 
les  conceptions  qui  datent  de  cette  époque, 
celle  qui  a  eu  et  qui  devait  avoir  le  plus  de 
succès  est  la  doctrine  de  la  chaîne  des  êtres, 
formulée  en  ces  termes  par  le  P.  Nierem- 
berg  :  Nullus  hiatus  <,  nultafractio^  nulla 
dispersio  formarum ,  invicem  connexœ  tunt 
velut  annulus  annulo.  En  grande  faveur  chez 
les  naturalistes  de  la  renaissance  ,  cette 
doctrine  fut  profess.ée  avec  éclat  par  Charles 
Bonnet,  à  la  fin  du  siècle  dernier ,  et  ce 
philosophe  y  rattachait  l'idée  d'une  évolution 
palingénésique  de  la  nature.  On  eût  fort 
scandalisé  les  partisans  de  la  chaîne  des  êtres 
en  leur  apprenant  que,  par  leur  conception 
de  la  nature,  ils  aonneraientun  jour  la  main 
aux  plus  grands  adversaires  de  la  philosophie 
chrétienne.  Celte  conception  est,  en  effet, 
bien  plus  dans  la  lovçique  du  panthéisme  que 
dans  celle  de  notre  dogme  religieux. 

Représenter  les  trois  règnes  do  la  nature 
comme  ne  formant  qu'une  longue  série  d'an- 
neaux enlacés  les  uns  aux  autres,  une  suite 
de  termes  qui  ne  laissent  enlre  eux  aucun 
intervalle,  tant  les  nuances  se  fondent  et  se 
transforment  les  unes  dans  les  autres,  c'est, 
qu'on  le  veuille  ou  qu'on  y  répugne,  qu'on 
le  sache  ou  qu'on  l'ignore ,  entrer  dans  la 

(6.51)  Remarquons  encore  que  la  Genhe,  tout  en 
refusant  à  la  force  physique  universelle  ce  que  lui 
nccordeiit  d*autres  cosmoaonies,  la  production  des 
êtres  vivants,  rattache  néanmoins  ces  êtres  à  la 
nature  générale  par  les  matériaux  quMIs  lui  em- 
pruntent. Dieu  ne  crée  pas  une  matière  spéciale 
pour  les  corps  organisés,  et  sous  ce  rapport  les  na- 
turalistes modernes  qui,  avec  RufTon,  ont  encore 
silmis  une  matière  cssemioUement  organique  dès  sa 


pensée  des  systèmes  qui  substituent  k  h 
pensée  d'une  création  providentielle,  cello 
d'une  nature  animée ,  comme  la  concevait 
Aristote,  nature  qui,  dans  son  essor  ascen* 
sionnel,  traverserait  tous  les  termes  imagi- 
nables d'une  progression  continue. 

Vraie  ou  fausse,  et  ce  n'est  encore  le  mo- 
ment ni  de  l'absoudre  ni  de  la  condamner, 
la  doctrine  que  je  viens  de  caractériser  deraii 
être  bien  venue  des  naturalistes  qui  profes- 
sèrent ouvertement  l'autonomie  de  la  nalnre. 
Ce  serait  trop  dire  que  d'accuser  Buffon  d«- 
voir  accepté  ce  principe ,  puisqu'il  a  posé 
celui  de  la  création  et  de  la  permanence  des 
espèces;  cependant  les  belles  pages  (pie  ce 
grand  écrivain  a  consacrées  à  TexiiositiOD  de 
ses  vues  générales  sur  la  puissance  des  forces 
naturelles  n'ont  peut  être  pas  été  sans  in* 
fluence  sur  un  de  st%  successeurs ,  sur 
Lamarck  qui,  affranchi  de  tout  scrupule  en 
matière  de  croyances,  nous  montre  les  forces 
universelles  qui  pénètrent  le  monde ,  pro- 
duisant les  êtres  vivants,  et  s'élevant  peu  à 
peu  dos  formes  les  plus  simples  de  Torgani- 
sation  à  l'organisation  de  l'homme.  Le  sys- 
tème de  Lamarck  mérite  l'attention  de  toute 
personne  qui  veut  voir  et  juger  dans  un  de 
ses  essais  de  réalisation  les  plus  rooderoe.^ 
le  principe  d'une  nature  auteur  de  la  diver- 
sité des  êtres. 

Tandis  que  par  l'apothéose  de  la  fo^x 
physique  on  reproduisait  une  doctrine  phi- 
losophiquement équivalente  à  celle  des  pbr- 
siciens  fatalistes  de  l'école  ionienne,  ailleurs 
on  demandait  encore  une  fois  au  purraliot 
nalisme  des  principes  de  philosophie  nato* 
relie.  Fichle  ayant  conduit  la  science  aubori 
d'un  abîme  en  faisant  douter  de  toute  antre 
réalité  que  de  celle  du  moi,  Schelling  ima* 
gina,  pour  conjurer  le  péril,  de  poser  au- 
aossus  du  moi  et  du  non-moi  une  nolioD 
conciliatrice,  celle  de  Têtre  absolu,  substance 
et  cause  universelles,  qui  descend  incessam- 
ment dans  le  temps  et  dans  l'espace  sous  les 
deux  modes  corrélatifs  de  l'idée  et  du  réel 
du  sujet  et  de  l'objet. 

Que  l'on  adopte  le  principe  très-arbitraire 
de  Schelling  ou  qu'on  y  substitue,  avec  Bé- 
gel,  une  notion  purement  logique,  on  arrîTe 
toujours  à  considérer  le  monde  comme  une 
manifestation  diverse  et  progressive  d*un 
être  de  raison  qui  traverse  tous  les  modes 
d'existence  poirr  venir  enfin  prendre  cons- 
cience de  lui-même  dans  l'humanité. 

Il  résulte  do  la  revue  que  nous  venons  de 
faire,  que  1  univers  a  été  compris  et  envi* 
sa^é  tantôt  comme  la  manifestation  néces- 
saire d'un  principe  impersonnel,  taniùl 
comme  l'œuvre  d'un  Dieu  créateur.  Si  la  ni- 
ture  n'est  que  la  manifestation  d'une  force 

création,  sont  non-seulement  en  opposition  afec  b 
Bible,  mais  moins  avancés  qu*elle. 

La  cosmogonie  sacrée  nous  montre  la  (erre  ^ 
Feau  pro^fuisant  les  êtres  qu'elles  nourrissent,  iwtf 
toujours  au  commandement  de  la  parole  txéiXvxt- 
Et  Dieu  dit  :  Qtie  la  terre  pousu  ton  jet,  etc.,  eir 
Enfin  Dieu  forma  le  corps  humain  de  la  poudre  <v 
la  terre. 


«5 


NAT 


D^ANTliBOPOLOGIE. 


NAT 


e86 


impersonnelle,  nous  conœYons  que  la  diTer- 
silédoQt  il  nousoRrele  tableau  résulte  d*une 
IransfofiDation  successiTe  <]ui  ait  pour  résul- 
tats une  série  de  termes  aistingués  par  de 
faibles  nuances  ;  et  comme  ces  termes,  qu'on 
nomme  des  espèces,  surtout  en  parlant  des 
êtres  organisés,  sont  toujours  prêts  à  passer 
aux  suiTants,  il  est  éyident  que,  dans  cette 
manière  de  Toir,  Tespèce  n'eiiste  qu*à  titre 
de  mode  temporaire  d*un  fait  plus  général. 
Si  le  monde  est  une  création,  s'il  a  un  au- 
teur ;  si  un  Dieu  personnel  Ta  conçu,  youIu 
et  produit,  un  plan  s*y  révèle  et  nous  en 
donne  la  signification.  Sa  diversité  est  régie 
)>ar  une  loi  d'harmonie  et  de  prozrès  qui 
D  enchaîne  pas  généaloçiquement  les  exis- 
tences i^articulières,  mais  qui  les  échelonne 
et  les  subordonne  les  unes  aux  autres  dans 
un  ordre  tel,  que*  les  inférieures  sont  les 
conditions  des  supérieures.  Cette  fois,  cha- 
que espèce  de  corps  ayant  un  r61e  à  remplir 
revêt  des  caractères  définitifs  et  inaliénables, 
appropriés  à  sa  destination,  et  Ton  peut  dire 
alors  que  Tespèce  existe. 

Il  est  facile  de  voir  qu'il  n'y  a  d'alterna- 
tive qu'entre  ces  deux  philosophias  de  la 
nature  qui  concluent,  l'une  au  panthéisme, 
l'antre  au  déisme;  Tune  à  une  loi  de  néces- 
sité, dé^isée  quelquefois  sous  des  formes 
sévluisantes  et  poétiques;  l'autre  à  une  loi 
lEorale,  qui,  sous  son  apparente  sévérité, 
n'en  est  [ms  moins  la  loi  de  la  liberté. 

L'histoire  de  l'esprit  humain  a  posé  la 
question,  c'est  à  la  science  à  la  résoudre; 
commençons  par  la  circonscrire  et  la  pré- 
ciser. 

On  distingue  dans  lanaturedenx  empires: 
r  'lui  des  corps  bruts  et  celui  des  corps  or- 
ganisés ;  deux  mondes  :  le  monde  physique 
il  le  monde  physiologique.  Cette  distinction 
est -elle  fondée,  et  les  cari(ctères  des  deux 
rrnpires  sont-^ils  relatifs  ou  absolus,  c'est-à- 
iiirc  permettent-ils  ou  non  de  considérer  le 
Monde  physiologique  comme  procédant  du 
jijonde  physique,  et  n'en  étant  qu'un  mode 
l^articulier?  Si  telle  n'est  pas  leur  relation, 
PO  quoi  consiste4-elle?  De  son  côté,  l'em- 
pire des  corps  vivants,  toute  réserve  faite 
|20ur  ce  qui  concerne  lliomme,  se  subdivise 
1  a  deux  règnes  :  le  règne  végétal  et  le  règne 
animal.  Sont-ce  là  deux  groupes  si  bien  ca- 
ractérisés qu'on  ne  puisse  supposer  entre 
tf  ux  un  lien  de  généalogie,  ou  passe-ton  de 
l'un  à  l'autre  par  de  simples  nuances  c[ui 
I.îissent  place  a  l'idée  que   l'animal  «n'est 
«  I  u'une  plante  transformée  ?  Si  ce  n'est  pas 
1  ^  Jeur  relation,  quelle  est-elle? 

i::n6n  chaque  r^ne  des  êtres  vivants  sem- 
]»Ie  se  composer,  en  dernière  analyse,  d*es- 
|~»èces  nomXireuses ,  que  plusieurs  degrés 
«i'analo^cs  et  de  différences  répartissent,  à 
nos  yeux,  par  poupes  plus  ou  moins  géné- 
raux; ces  espèces  ont-elles  une  existence 
r  >el!e,  ou  ne  sont-elles  que  les  modes  tran^ 
«>  i  loires  d'un  être*qui  parcourrait  successive- 
f  iieut  tous  les  degrés  d'organisation  et  de  vie 
«jue  représente  la  diversité  du  règne? 

Telles  sont  les  questions  que  nous  avons  à 
recoudre  pour  obtenir  la  notion  vraie  de  la 


signification  de  la  nature.  Leur  élude  em- 
porte avec  elle  non-seulement  une  doctrine 
sur  le  monde,  mais  une  appréciation  des 

{premières  conditions  de  l'organisation  et  de 
a  vie,  aussi  bien  que  de  leurs  rapports  avec 
l'empire  inorganique.  Voyons  d'abord  quels 
sont  les  caractères  de  ce  dernier. 

L'empire  inorganique  nous  offre  la  ma- 
tière dans  ses  conditions  les  plus  générales 
de  structure,  de  formes,  de  composition  et 
d'activité. 

Ici  les  corps  ne  sont  que  des  a^égats  de 
matériaux,  soit  homogènes,  soit  divers  ;  ils 
se  présentent  ou  à  l'état  de  fluides  élasti- 
ques, et,  dans  ce  cas,  n'ont  pas  de  formes 
déterminées  ;  on  i  l'état  liquide,  et  tendent 
alors  i  revêtir  des  formes  sphéroldales  ;  ou 
à  l'état  solide,  et  constituent  cette  fois  des 
cristaux  ou  des  masses  informes,  selon  que 
leurs  molécules,  en  se  juxtaposant,  peuvent 
obéir  ou  non  i  leur  tendance  naturelle.  Du 
reste,  aucune  limite,  aucune  dimension,  ne 
sont  assi^ées  à  ces  corps,  qui  ne  figurent 
dans  l'univers  que  comme  les  \  arties  et  en 
quelque  sorte  les  fragments  de  celui-ci,  ou 
tout  au  moins  du  corps  astronomique  auquel 
ils  appartiennent  spécialement. 

Quant  aux  éléments  qui  concourent  à  for- 
mer le  monde  inorganique,  les  chimistes  en 
comptent  déjà  plusde  soixante,  et  dans  cette 
liste  on  retrouve,  à  côté  de  bien  d'autres, 
tous  ceux  iquc  nous  verrons  titrer  dans  la 
composition  des  corps  organisés.  Ces  élé- 
ments existent  ouè  l'état  d'isolement,  comme 
quelques  métaux  nous  en  offrent  l'exemple; 
ou  à  rétat  de  simple  mélange,  comme  les 

Sazqui  composent  l'air  atmosphérique;  ou 
ans  un  état  de  combinaison  intimée!  molé- 
culaire donnant  naissance  à  des  composés 
doués  de  propriétés  spéciales.  Or  ces  com- 
posés inorganiques  non-seulement  sont  très- 
simples,  puisque  leurs  éléments  s'unissent 
toujours  deux  à  deux,  très-fixes,  puisgue 
ces  mêmes  éléments  obéissent  pour  les  for- 
mer i  leurs  afiinités  naturelles;  mais  ils 
offrent  seuls  ce  caractère  important,  qu'a- 
près les  avoir  analysés  et  décomposés,  nous 
n'avons  qu'à  les  replacer  en  présence  les 
uns  des  autres,  avec  ou  sans  le  concours  d'un 
agent  physique,  comme  la  chaleur  ou  l'élec- 
tricité, pour  qu'ils  se  reconstituent;  c'est-à- 
dire  que  les  combinaisons  inorainiques  sont 
régies  par  des  lois  assez  simples  pour  être 
rigoureusement  formulées,  soumises  à  des 
conditions  assez  générales  et  assez  accessi- 
bles pour  tomber  dans  le  domaine  de  notre 
industrie. 

Bans  ces  premiers  traits  de  l'histoire  (des 
corps  inorganiques,  nous  voyons  déjà  les 
effets  d'une  activité  aussi  incessante  que  gé- 
nérale, car  l'agrégation  des  molécules  et 
leurs  divers  degrés  de  rapprochement,  puis 
leur  association  pour  former  des  corps  com- 
posés, sont  de  véritables  actes,  non  moins 
Sue  la  chute  des  graves  et  les  révolutions 
es  planètes  autour  du  soleil. 
Hais  ces  actes,  pour  l'explication  desquels 
les  physiciens  ont  imaginé  les  forces  qu'ils 
a|ipel]ent  laltraction  universelle,  la  uesan- 


•87 


NAT 


T  MCTIONNÂIRE 


NAT 


9S8 


leur,  la-  cohésion,  •  'af&nite,  se  raltacnent  in- 
timement à  d'autres  phénomènes,  à  ceux 
qu*on  désigne  sous  les  noms  de  chaleur,  lu- 
mière, électricité  et  ma^étisme.  Non-seu- 
lement toutes  les  attractions,  toutes  les  ex- 
pansions, les  impulsionsles  pluséner^ques, 
tous  les  déplacements  de  matière,  tous  les 
changements  d*état,  tous  les  faits  de  compo- 
sition et  de  décomposition,  relèvent  d  un 
ou  de.  plusieurs  de  ces  ordres  de  phénomè- 
nes ;  mais  la  plus  étroite  solidarité  unit  ces 
derniers  entre  eux,  comme  les  divers  modes 
d'un  même  phénomène  sénéral.  Tandis  que 
Vélectricité  et  le  magnâisme  se  signalent 

Ear  des  actes  d'attraction  et  de  répulsion,  qiie 
1  chaleur  compte  parmi  ses  caractères  les 
plus  importants  l'expansion  qu'elle- imprime 
a  la  matière,  que  tout  changement  d'état 
d'un  corps,  comme  toutt  combinaison  molé- 
culaire, sont  accompagnés  de  phénomènes 
électriques,  la  chaleur  communique  des  pro- 
priétés électriques* aux  corps  qu^elle  pénètre^ 
et  l'électricité  produit  à  sou  tour  de  la  cha- 
leur, de  la  lumière  et  des  effets  magné- 
tiques. 

Que  nous  indique  cette  dépendance  étroite^ 
constante,  universelle,  de  tous  les  phéno- 
mènes du  monde  physique.  Qu'ils  rentrent 
dans  un  même  fait  général  et  qu'ils  procè- 
dent d'une  même  cause,  en  un  mot,  gu'une 
force  commune  pénètre  la  nature  entière  et 
la  met  à  l'œuvre.  Telle  est  aussi  la  conclu-* 
sion  implicite  des  physiciens  modernes, 
lorsque,  dans  leur  théorie  la  plus  accréditée, 
ils  substituent  à  la  doctrine  des  fluides  im« 
pondérables,  qui  divise  la  source  des  phé- 
nomènes phvsiques,  celle  qui  explique  tous 
ces  phénomènes  par  les  vibrations  diversi- 
fiées d'un  fluide  éthéré  répandu  dans  Tes- 
pace  universel  et  pénétrant  tous  les  corps. 
L'activité  qui  se  manifeste  dans  la  nature 
inorganique  a  pour  premier  caractère  son 
universalité,  car  elle  s'étend  aux  êtres  orga- 
nisés eux-mêmes,  et  joue  un  rôle  imi)ortant 
jusque  dans  les  fonctions  physiologiques; 
c'est  une  activité  fondamentale.  Son  second 
caractère  est  la  simplicité  au  moins  relative 
des  lois  qui  la  régissent,  d'où  résultent  les 
merveilleux  succès  de  l'analyse  appliquée  à 
cet  ordre  de  phénomènes,  analyse  qui  donne, 
avec  une  exactitude  mathématique,  leur  en- 
chaînement, leur  mesure,  leurs  conditions 
d'existence,  permettant  de  féconder  l'obser- 
vation par  le  calcul,  et  d'en  déduire  ces  bel- 
les et  fécondes  applications  qui  sont  la  gloire 
de  la  science  moderne. 

Le  monde  physique  nous  livre  ainsi,  avec 
le  secret  de  son  activité,  les  moyens  non- 
seulement  d'en  apprécier  l'importance  gé- 
nérale ,  non-seulement  d'en  multiplier  les 
bienfaits,  mais  encore  d'en  mesurer  la  por- 
tée, et  de  déterminer  en  quoi  et  jusqu'où  la 
force  universelle  qui  pénétre  ce  monde  peut 
entrer  dans  les  conditions  d'existence  des 
ôlrcs  vivants.  C'est  ici  que  va  se  montrer  à 
nous  le  caractère  le  plus  significatif  de  l'em- 
pire ihor.ganique.  Pour  le  mettre  en  évi- 
dence dans  son  en.semble,nous  devons  deman- 
der aux  sciences  physiques,  d'abord  et  avant 


tout,  ce  que  l'action  séculaire  de  la  force 
universelle  a  Coût  pour  le  |;Iobe  que  nous  ha- 
bitons ;  dans  quelles  relations  ses  conditions 
actuelles  sont  avec  les  êtres  vivants  ;  eofio 
jusqu'où  va  et  en  quoi  coasiste  rintemn- 
tion  de  cette  force  dans  la  sphère  de  l'orga- 
nisation  de  la  yie. 

Et  d'abord  la  géologie  nous  dit  que,  mal- 
gré la  régularité  rigoureuse  et  en  apparence 
nécessaire  et  fatale  de  l'activité  qui  le  tn- 
vaillO)  ce  globe  a  subi  une  lon^e  série  de 
modifications,  qui  l'ont  graduellement  pré- 
paré à  devenir  le  séjour  d'êtres  vivants  de 
toutes  les  classes  connues  aujourd'hui.  Aucun 
fait  ne  trahit  le^  secret  de  l'origine  de  ce& 
êtres,  mais  tout  indique  une  œuvre  préj^a- 
ratoire  et  providentielle ,  une  œuvre  quia 
harmonisé  le  monde  physique  avec  les  coq- 
ditions  d'existence  des  corps  organisés. 

Voyez,  ce  sphéroïde  oui  circule  autour  du 
soleil,  incliné  sur  le  plan  de  son  orbile  de 
manière  à  présenter  successivement  ses  hé- 
misphères nord  et  sud  aux  rayons  les  plus 
directs  de  l'astre  qui  Téclaire  et  le  r/§chduffe;. 
voyez4e  tournant  sur  son  axe  et  faisant  suc- 
céder graduellement ,  pour  chacune  de  ses 
longitudes,  le  joue  ît  la  nuit^ua  temps  d'afr 
tivité  à  un  temps  de  repos.  La  matière  qui 
compose  ce  globe,  d'abord  incohérente  et 
chaotique,  s'est  dégagée  de  sa  première  cob- 
fusion  pour  constituer  des  masses  de  deit 
sites  différentes,  et  surtout  trois  couches 
concentriques  qui  représentent  les  trois  état) 
de  la  matière  :  la  plus  externe  forme  une 
atmosphère  gazeuze  ,  par  conséquent  émi- 
nemment mobile  et  élastique,  transparen(e, 
mélange  de  quelques  gaz  qui  jouent  uo 
grand  rêlo  dans  la.  composition  des  corjH 
vivants.  Elle  pèse  sur  une  couche  d'eau  dont 
elle  modère  l'évaporation,  et  qui,  après  avoir 
recouvert  toute  la  planète,  en  avoir  remanié 
les  matériaux,  retirée  maintenant  dans  de 
vastes  bassins,  occupe  encore  les  trois  quarts 
de  la  surface  de  ce  globe.  C'est  ici  un  secon»! 
milieu  mobile  et  toujours  en  mouvemeol 
sous  la  triple  influence  des  inégalités  de 
température,  des  courants  atmospliérigues» 
et  de  l'attraction  de  la  lune  ;  c'est  un  dissol- 
vant énergique  qui  entraîne  et  charrie  è 
nombreux  matériaux.  Vient  enfin  ce  sol  mi- 
néral ,  si  varié  dans  sa  composition ,  formé 
ici  de  masses  cristallines,  là  et  plus  généra- 
lement d'une  succQSsion  de  couches  diverses 
déposées  par  les  eaux  pendant  une  longue 
suite  de  siècles  et  qui  accusent ,  par  leur 
position  et  leurs  dislocations,  des  bomeferse- 
ments  plus  ou  moins  nombreux.  De  là  an 
relief  terrestre  inégal  qui  donne  des  bassins 
à  l'Océan  ,  qui  élève  au-dessus  de  celui-fi 
des  îles  ,  des  continents ,  et  sur  ces  conti- 
nents ,  des  plateaux,  des  montagnes;  de  li 
tout  un  système  de  configuration  géographi: 
que  qui  diversifie  les  conditions  cliroatén- 

Îues,  plus  que  ne  le  font  les  seules  différences 
e  latitude. 

Si,  dans  le  inonde  ^inorganique ,  quelque 
chose  rappelle  l'idée  île  Torganisation,  cet 
bien  certainement  ce  concours  de lair,  « 
l'eau  et  du  sol,  réagissanfl'un  sur  l'aulrti  ^ 


9S9 


NAT 


D*ANTHROH>LOGIE. 


NAT 


990 


fonctionnant  sous  l'ioflqence  du  soleil  au 
profil  (Jes  corps  organisés.  Ainsi  s'établit 
cette  circulation  incessante  qui  amène  sur 
les  continents,  à  Taide  de  ratmosphère  et  par 
s^-s  mouyenynts,  les  eaux  de  la  mer ,  que 
rinclinaîson  du  sol  ramène  au  grand  léser- 
Toir.  Ainsi  se  constitue  un  ensemble  de 
conditions  d*eiistence  qui  non-seulement 
prépare  la  surface  de  notre  planète  à  rece- 
Toir  les  hôtes,  mais  qui  leur  ofifre  la  plus 
grande  variété  de  circonstances. 

A  ce  moment,  le  monde  inorganique  se 
présente  à  nous  comme  la  première  assise 
d'un  édifice.  Les  étages  supérieurs  sont  in-> 
diqués  par  cette  base;  elle  les  attend,  mais 
en  surçiront-ils  spontanément,  et  en  vertu 
du  seul  principe  d'activité  qui  produit  les 
phénomènes  physiques? 

Les  êtres  vivants  trouvent  dans  la  compo* 
sition  des  corps  inorganiques,  dans  celle  de 
l'air,  de  Teau,  du  sol,  les  éléments  matériels 
de  leur  organisation  ;  il  se  produit  même  au 
«*'in  de   ces  êtres  quelques  combinaisons 
Mnaîres  et  entre  autres  celles  qui  donnent 
J 'acide  carbonique  et  l'eau,  ces  composés  qui 
wuent  un  si  grand  rôle  dans  Fensemble  de 
la  nature.  La  pesanteur  n'épargne  pas  plus 
les  corps    organisés  oue  les  autres;   elle 
5'çxercesur  eux,  mais  a  leur  profit,  soit  di- 
rectement, en  donnant  à  la  station  et  aui 
mouvements  de  premières  conditions  d*équi- 
li!>re,  soit  indirectement,  en  contrebalançant 
une  antre  action  physique ,  l'expansion,  par 
la  pression  de  ratmosphère,ou  en  précipitant 
l'air  dans  nos  poumons.  L'attraction  capil- 
laire joue  un  rôle  important  dans  le  mouve- 
ment des  fluides,  et  l'ascension  de  la  sève  ne 
reconnaît  guère  que  des  causes  physioues. 
La  chaleur  externe  est  nécessaire  au  déve- 
loppement des   germes,  dont  sa  privation 
laisse  dormir  la  vitalité  ;  et  les  organismes 
foui  formés  ne  fonctionnent  et  ne  vivent 
f  f  u*aatant  que  la  température  du  milieu  am- 
tûaat  se  maintient  entre  certaines  limites, 
f^uî  rarient  beaucoup  selon  les  groupes  aux- 
•I fiels  ces  organismes  se  rattachent.  On  sait 
ri^mhien  la  lumière  est  nécessaire  à  la  no- 
irition  des  plantes,  et  son  influence  sur  les 
liarlies  vertes  en  particulier.  Chez  les  ani- 
ma ux,  le  rôle  de  ce  modificateur  ne  se  borne 
f  »as  à  transmettre  des  images  h  la  laveur  d'un 
r.r^ane  construit  conformément  à  ses  lois  de 
propagation;  car  non-seulement  les  couleurs 
qui  ornent  les  oiseaux,  les  insectes,  même 
l«-s  poissons  ou  les  coquillages,  proportion- 
nent leur  éclat  à  l'intensité  de  la  lumière 
^ous  l'influence  de  laquelle  vivent  ces  êtres; 
non-seulement  l'animal  des  hautes  latitudes 
est  plus  sujet  à  l'albinisme  que  celui  des 
autres   régions  du  globe,   mais  tout  être 
animé  appelé  à  vivre  au  grand  jour  souffre 
•^î  dépéntdans  l'obscurité.  Quanta  l'électri- 
cité   atmosphérique ,    on  ne  peut   douter 
r|u'eile  n'ait  sa  part  d'action  sur  les  êtres 
viTants;  elle   accélère  la  végétation,  elle 
T  end  les  absorptions  plus  rapides  et  donne 
<?iux    animaux  des  sensations  de  malaise  i 
l 'a  nnroche  des  orages  ;  mais  son  rôle  physio- 


logique est  moins  bien  connu  que  celui  de 
la  chaleur  et  de  la  lumière. 

A  leur  tour,  les  corps  organisés  sont  eux-» 
mêmes  des  foyers  de  chaleur  ,  des  sources 
d'électricité  et  d'action  magnétiaue ,  enfin 
quelquefois  aussi  ils  deviennent  lumineux. 
Tous  ont  un  fond  de  température  propre  » 
qu'Os  doivent  à  leur  mouvement  vital ,  et 
qui  résulte  immédiatement  de  Tactivilé  dQ 
la  nutrition  et  s'y  proportionne.  11  se  pro' 
duit  des  phénomène$  électriques  dans  les 
muscles  oui  entrent  en  contraction,  et  gui  ne 
sait  que  1  électricité  va  jusqu'à  produire  des 
étincelles  et  des  décharges  puissantes  chez 
quelc|ues  poissons  pourvus  d'un  appareil 
spécial  qu  anime  un  système  nerveux  con* 
sidérable  ?  Enfin  est-il  besoin  de  rappeler 
que  beaucoup  d'animaux  invertébrés,  des 
insectes ,  des  mollusques  ,  des  zoophy tes  , 
sont  plus  ou  moins  complètement  lumineux» 
et  que  la  phosphorescence  de  la  mer  est 
due  à  la  présence  de  myriades  d'animalcu^ 
les  qui  Jouissent  de  cette  propriété,  laquelle 
réside  dans  une  matière  d  origine  organique» 
formée  sous  l'influence  de  la  vie. 

11  y  a  donc  comme  une  pénétration  réci- 
proque du  monde  physique  et  du  monde 
physiologique  ;  la  force ,  qui  se  manifeste 
seule  dans  le  premier,  étend  son  action  sur 
tout  ce  qui  s'appelle  matière,  que  celle-ci 
soit  ou  non  organisée  ;  et  la  vie,  à  son  tour, 
compte  au  nombre  de  ses  effets  des  faits  de 
chimie  générale  et  des  phénomènes  physi- 
ques. 

Cette  relation  des  deux  mondes,  tout  in- 
time et  réciproque  qu'elle  soit,  suffit-elle  à 
nous  montrer  dans  le  monde  physiologic|ue 
un  produit ,  une  dépendance  ,  une  spéciali- 
sation du  monde  pnysique?  Non,  eUe  s'ar- 
rête en  deçà  de  cette  démonstration.  Réu- 
nissez tous  les  éléments  matériels  que 
l'analvse  retire  des  corps  organisés,  rappro- 
chez-les, faites  agir  sur  eux  avec  toute  leur 
énergie  et  dans  les  conditions  les  plus  diver- 
ses, la  chaleur,  la  lumière,  Télectncité,  vous 
ne  produirez  jamais  l'organisme  le  plus 
simple,  que  dis-je,  le  moindre  des  composés 

f propres  aux  corps  vivants  et  qu'ils  accumu- 
ent  sous  nos  yeux  ;  vous  ne  produirez  que 
des  combinaisons  binaires,  minérales;  vous 
les  multiplierez  en  les  variant,  mais  vous 
n'irez  pas  au  delà.  Et  si ,  vous  défiant  des 
procédés  de  Tart,  vous  cherchez  quelque 
part  dans  la  nature  des  circonstances  tout 
spécialement  heureuses  qui  feraient  surgir 
tout  à  coup  l'organique  de  l'inorganique , 
l'expérience  vous  les  refuse  partout;  car 
si  Ton  a  pu  croire  et  si  beaucoup  de  person- 
nes admettent  encore ,  dans  une  certaine 
mesure,  des  générations  spontanées  d'êtres 
infimes  au  sein  d'une  eau  que  réchauffent 
les  rayons  du  soleil,  personne  du  moins 
n'ignore  que  cette  apparition  n'a  jamais  lieu 

3ue  dans  un  liquide  qui  tient  en  dissolution 
es  débris  de  corps  organisés. 
Tout  à  l'heure  ,  quand  nous  aurons  pré- 
cisé les  caractères  de  l'organisation  et  de  la 
vie,  nous  comprendrons  encore  mieux  que 
mainteiytnt  l'impossibilité  de  déduite  généa- 


991 


NAT 


DICTIOr^NAIRE 


NAT 


99) 


I 


logiquement  la  physiologie  de  la  physique , 
Tempire  des  êtres  Yivanls  de  Tempire  des 
corps  bruts.  Mais  ne  nous  sera~t-il  pas  per-> 
mis  de  penser  dès  à  présent  que  le  monde 
physique  s'arrête  aux  conditions  les  plus 
générales  et  les  plus  nécessaires  de  Texis- 
tence  matérielle  et  dynamique,  que  son 
caractère  est  de  s*y  arrètvjr,  et  d'offrir  par  là 
une  base»  non  une  ori^inei  à  des  existences 
plus  spéciales? 

Abordons  maintenant  cet  autre  empire^ 
ces  autres  règnes  qui,  de  la  base  sur  la- 
quelle ils  s*appuient ,  yont  continuer  les 
ligues  de  Tédifice. 

Un  corps  brut  n'était  qu*uft  agrégat  derno^ 
lécules,  fragment  détaché  d'une  masse  géné- 
rale. Un  corps  organisé  est  une  individua^ 
lité  existant  pour  elle-même^  d'une  compo-* 
sition  et  d'une  structure  plus  ou  moins 
complexes,  comme  le  mot  organisation  le 
donne  à  entendre»  enfin  d'une  forme  et  d'unj& 
dimension  constamment  déterminées  pour 
chaque  espèce. 

Et  d'abord,  quant  h  sa  composition  molé- 
culaire ,  le  corps  organisé  n'admet  qu'un 
certain  nombre  d'éléments;  il  choisit  parmi 
ceux  de. la  nature  générale.  Quelques-uns 
de  ces  éléments,  plus  proi)res  que  les  autres 
à  entrer  dans  un  mouvemont  plus  ou  moins 
rapide  de  composition  et  de  décomposition» 
forment  ici  des  combinaisons  inconnues  à 
la  chimie  minérale  ,  des  combinaisons  ter- 
naires ou  quaternaires  qu'il  est  impossible 
de  reproduire  artificiellement;  on  les  nomme 
principes  immédiats  organiques  ,  parce  que 
ce  sont  les  premiers  produits  gu'on  obtient 
de  l'analyse  des  corps  qui  ont  joui  de  la  vie. 

A  ce  caractère  de  composition  chimique» 

f premier  effet  de  la  force  spéciale  qui  anime 
es  organismes,  ajoutons  cette  structure  hété- 
rogène où  nous  Toyons  toujours  au  moins  le 
concours  de  liquides  et  de  solides  dans  un 
état  de  pénétration  réciproque,  réagissant 
sans  cesse'  les  uns  sur  les  autres»  et  faisant 
(!change  de  mat^'riaux.  Les  solides  forment 
des  tissus  qui,  organes  de  fonctions  simples, 
composent  des  pr^anes  plus  complexes;  cha- 
que partie  existe  ici  pour  le  tout»  et  vit  sous 
la  dépendance  dos  autres.  11  y  a  certes  bien 
loin  d'v'n  cor])s  ainsi  constitué  à  ces  masses 
inorgalfiques  où  des  molécules  homogènes 
se  groupent  sans  autre  relation  mutuelle 
que  leur  identité  de  nature  et  l'attraction  qui 
les  rapproche. 

Avec  ses  conditions  de  structure,  le  corps 
organisé  revêt  nécessairement  une  forme 
déterminée.  La  pénétration  des  solides  par 
les  liquides,  l'abondance  de  ceux-ci,  et  la 
souplesse  nécessaire  à  toute  partie  vivante, 
excluent  d'abord  l'idée  des  formes  cristalli<- 
nes,  et  lui  substituent  celle  des  contours 
arrondis;  puis, sous  cette  condition  morpho- 
logique générale,  nous  entrevoyons  déjà  des 

(652)  Ayant  à  discuter  la  valeur  du  mot  eipèce  ou 
ptiilêt  du  fait  qu'il  exprime,  en  traitant  des  races 
uiimalnes,  je  ne  m'arrête  fias  en  ce  moment  à  cette 
question  importante,  et  le  lecteur  remarquera  de 
Ittirmémc  que,  dans  riiistoire  des  corps  organisés, 


modifications  en  harmonie  avec  le  degré 
d'organisation  et  avec  le  genre  d'acliTitéqtte 
l'être  vivant  doit  déployer  au  dehors. 

La  première  et  la  plus  constante  de  cts 
relations  consiste  dans  les  emprunts  im  11 
s'aiimeute,  et  qui.  servent  à  son  dérdoppe- 
ment.  Ce«  qu'il  emprunte,  il  ne  rAJoute  pasl 
sa  surface»  mais  il  rabsorj)eyj'elal)ore,se 
^assimile  et  le  fait  entrer  dans  un  rnooTe^ 
ment  intime  de  nutrition  ;  composition  et 
décomposition  incessantes,  travail  d'organi- 
sation perpétuel  qui  fourjiit  sa  carrièce  eatre 
le  développement  du  ^emie  et  la  mort,  se 
signalant  par  les  modifications  succcssiv» 
q^u'on  nomme  les  Ages  de  la  vie* 

L'être  vivant  naît  de  son  semblable  et 
Tenf^endre  ;  génération  essentiellement  dj- 
namique,  car  son  eésuitat  matériel  n'est 
qu'un  çerme,  un  produit  qiri  n'a  encore  ni 
iN^rganisation  ni  la  forme  ae>  son  espèce,  et 

Îui  néanmoins  les  revêtira  bientôt  par  suite 
'une  évolution  spontanée  (652|. 
*  A  guelque  degré  de  simplicité  que  nous 
étudiions  l'organisation  et  la  vie,  il  nous  d 
impossible  de  trouver  le  moindre  indice  de 
transition  du  corps  brut  au  corps  organisé, 
de  l'activité  physique  à  l'activité  vitale.  L* 
relation  qui  unit  les  deux  empires  n'est duor 
pas  une  relation  de  généalogie»  et  il  faui 
chercher  ailleurs  oue  dans  la  force  univer- 
selle l'origine  des  forces  spéciales  qui  orga- 
nisent les  matières  et  qui  fonctionnent  sum 
le  nom  d'êtres  vivants. 
Immédiatement  auwlessus  du  monde  im* 

Sanique  se  place  cette  première  grande  série 
e  corps  organisés  qu'on  nomme  le  rèpie 
végétal.  Celui-ci  a  pour  fonction  spéciale  <k 
convertir  la  matière  brute  en  matière  orgi* 
niaue  ;  il  plonge- de  toutes  i)arls  dans  la  |>rf^ 
mière,  prend  au  sol,  prena  à  l'eau,  prenJ  i 
l'atmosphère,  et  accumule  ses  piioUuiis  à  (i 
surface  du  globe. 

L'organisation  et  les  formes  de  la  plutc 
correspondent  évidemment  au  rôle  qu'dlf 
remplit.  Quant  à  l'organisation,  elle  se  ré- 
sume en  un  tissu  perméable,  composé  de 
petites  cellules  et  oe  tubes  fermés  dont  les 
formes  varient,  mais  qui  représentent'toa* 
jours  des  fiDyers  d*élaboration,  des  espaces 
circonscrits,  où  pénètrent,  séjournent  et  se 
modifient,  sous  l'action  de  la  vie,  les  subr 
tances  al)Sorbées.  Celles-ci  composent  ub 
fluide  nourricier,  la  sève,  qui  remnlit  le 
espaces  intercellulaires,  baigne  ainsi  les  ceh 
Iules,  fait  des  échanges  avec  leur  oonteno, 
s'avance  de  proche  en  proche  en  revêtam 
un  caractère  de  plus  en  plus  organique,  et 
finit  par  se  convertir  en  un  tissu  nouTeao 
qui  vient  s'additionner  jeux  tissus  existanl^. 
Si  la  cellule  et  ses  variantes  composent 
tout  l'organisme  intérieur  du  végétal,  ce  qui 
caractérise  ses  dispositions  extérieures, c»^ 
avant  tout  un  grand  déploiement  de  suiia^ 


les  espèces  se  composent  d*indlvidualilés  raciacbef* 
les  unes  aui  autres  par  le  lien  de  la  ^taénti»» 

u\  garantit  l'identité  de  la  nature  en  coofrittliM 

le  la  similitude  des  caractères. 


S 


NAT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


MAT 


qui   répond    essentiellement  aux   besoins 
«Fune  absorption  active,  cooiine  la  cellule  à 
l'élaboration  des  sucs.  Le  corps  d'une  plante 
ci^»mplè(e,  ce  qu  on  nomme  la  tige.  Taxe,  a 
deui  pôles.  Tan  terrestre,  Tautre  atmosphé- 
rique et  cherchant  la  lumière.  Le  premier 
s*épand  en  nombreuses  dirisions,  en  proton- 
céments  spongieux  d'une  grande  ténuité;  en 
un  mot,  u  fournit  le  système  des  racines. 
Le  second  donne  toutes  ces  expansions  laté- 
rales et  terminales  qu'un  milieu  fluide  bai- 
.rne  de  toutes  parts,  et  qui  constituent  les 
t'^uilleset  Ws  fleurs.  C'est  ici  aue  le  luxe  du 
déTeloppement  végétal  arrive  a  son  apogée. 
Les  appendices  de  la  tise,  en  subissant  quel- 
ques modifications  de  formes  et  de  disposi- 
lons,  deviennent  ou  des  organes  nourriciers, 
»'5  feuilles  proprement  dites,  sous  leur  mo- 
leste livrée  verte,  ou  des  organes  de  fructifica- 
i«  jii,  des  fiSîtirs  formées  de  plusieurs  cercles  de 
Wuilles  plus  ou  moÎRs  transformées,  peintes 
ies  plus  belles  couleurs.  C'est  dans  ta  fleur 
|ue  s^épuise  le  dernier  développement  de  la 
•lante,  et  cet  acte  suprême  de  la  vie  végé- 
tale est  encore  un  acte  de  production.  Pro- 
duction de  tissus  nouveaux,  production  de 
jrturgeons,  production  d'ovules  et  de  vési- 
uies  polliniques,  et  pour  cola  absorutîons 
ar  les  racines,  aJjsorptions  par  les  larges 
surfaces  des  feuilles,  élaborations  intracellu- 
aires,  organisation  de  la  sève,  voilà,  en  y 
tjouiAot  quelques  excrétions  et  quelques 
!ér»ùls,  toute  la  vie  végétale  et  tous  ses  ré- 
liltats  immédiats.  Tout  ce  qu'on  a  dit  de  la 
ensibilité  des  plantes,  tous  les  exemples  de 
uouvements  qu'elles  nous  ofl'rent,  n'ajoutent 
if'^n  au  caractère  de  cette  vie.  Quant  à  la 
ensibilité,  rien,  ni  dans  les  actes  ni  dans 
' »  r^anîsation,  n'en  autorise  la  supjiosition, 
i  ]  es  mouvements  résultant  ici  de  simples  de- 
**a.'emeats  de  liquides  toujours  occasionnés 
té^  une  cause  externe,  ils  ne  sortent  ni  des 
nTjJiiioiis  ni  de  la  destination  des  autres 
>h^omèues  physiologiques  de  la  plante, 
loroarquons  aune  manière  générale  que  ces 
IjéiioraèneSy  depuis  l'ascension  de  la  sévc 
[iv]u'à  la  germination,  sont  dans  une  dé- 
^ntJance  très-prochaine  des  agents  physi- 
[ues  ;  que  ceux-ci  jouent  ici  un  rôle  de  prc- 
aière  importance,  et  renferment  la  sponta- 
éité  dans  les  plus  étroites  limites  ;  que  tout, 
commencer  par  les  matériaux  qu  elle  em- 
loie ,  met  la  plante  dans  le  contact  le  pins 
ireet  avec  le  monde  inorganique,  et  en  fait 
omme  le  médiateur  de  ce  monde  et  des 
^^es  plus  élevés. 

Dans  les  services  qu'elle  rend  à  ceux-ci, 

ous  devons  compter  non-seulement  l'orga- 

isation  de  la  matière,  mais  encore  la  puri- 

cation  de  l'atmosphère  qui  alimentera  la 

aspiration  animale.  C'est  un  point  sur  le- 

uel  nous  aurons  occasion  de  revenir. 

Quoique  arrêté  aux  premières  fonctions 

e  la  vie,  Torganisme  aes  plantes  ne  laisse 

9s  de  se  prêter  à  une  grande  diversité  de 

^  l^^s  a  na tomiques  et  morphologiques,  comme 

:  [trouve  le  nombre  des  espèces  végétales  el 

-ut  !o-ur  système  de  classification.  Cette  di- 

^rsit^  représente  une  échelle  de  progression 


et  de  spécialisation,  en  même  temps  qu'elle 
se  rattache  aux  différences  du  séjour,  des 
milieux,  des  climats,  etc.  ;  en  un  mot,  elle  a 
tous  les  caractères  que  supposent  à  la  fois 
l'idée  de  développement  et  celle  de  cosmo- 
politisme, c'est-a^lire  la  notion  de  règne. 

Quant  au  progrès ,  il  ne  consiste  que  dans 
la  localisation  des  fonctions  et  dans  la  spécia* 
lisation  des  organes. 

C'est  ainsi  que  nous  passons  des  plantes 
homogènes,  ou  exclusivement  composées  de 
cellules  (plantes  cellulaires),  à  celles  qui  ad- 
mettent oans  leur  structure  des  cellules  pro- 
prement dites  et  des  vaisseaux  de  diverses 
sortes  (plantes  vasculaires)  ;  de  celles  qui 
manquent  de  ti^e  à  celles  qui  en  ont  une; 
puis  a  celles  qui  ont  tige,  racines  et  feuilles  ; 
de  celles  qui  n'offrent  qu'une  fructiiScation 
simple,  consistant  en  spores  plus  ou  moins 
diffuses,  à  celles  qui  produisent  des  graines; 
gradation  dans  laquelle  plusieurs  de  ces 
progrès  sont  combinés,  et  qui  nous  fait  par- 
courir les  trois  types  principaux  des  acoty- 
lédonés,  des  monocotylédonés  et  des  dicoty- 
lédones, et  dans  chacun  de  ces  types,  une 
suite  de  groupes  composés  eux-mêmes  de 
plusieurs  familles.  Mais,  du  moment  où 
nous  quittons  les  grandes  divisions  du  règne 
pour  étudier  le  caractère  de  la  diversité 
végétale  dans  les  groupes  de  moindre  im- 
portance, nous  cessons  d'apercevoir  un  véri- 
table progrès;  et  si, dans  les  familles  et  dans 
les  genres,  les  espèces  se  coordonnent  en- 
core dans  un  ordre  de  série,  c'est  seulement 
pour  réaliser  des  tendances  partielles  qui 
n'intéressent  pas  le  plan  général.  Ajoutons 
que  tout^cette  gradation,  comme  toutes  les 
modifications  de  moindre  valeur,  et  celles 
qui  se  rattachent  au  séjour  et  aux  autres 
circonstances  extérieures,  sont  représentées 
par  des  espèces  très-variables  sans  doute 
dans  certaines  limites,  mais  qui  ne  se  trans- 
forment jamais  l'une  dans  l'autre,  d'après  lo 
témoignage  des  botanistes  les  plus  expéri- 
mentés. 


Encore  une  fois,  quand  on  embrasse  Fen- 
semble  du  règne  végétal,  on  constate  une 
spécialisation  et  une  complication  progres- 
sives d'organisation  et  de  forme,  on  voit 
s'activer  et  se  diversifier  une  première  fonc- 
tion Titale.  Cette  fonction  peut  s'étendre, 
mais  non  s'élever,  car  elle  s  appelle  la  pro- 
duction de  la  matière  organique  aux  dépens 
de  la  matière  élémentaire.  Ses  progrès  mê- 
mes démontrent  son  vrai  caractère  et  ses 
limites  ;  ils  démontrent  que  pour  atteindre 
plus  haut  il  faut  de  nouvelles  données  de 
vie  et  d'organisation,  que  pour  aller  plus 
loin  il  faut  franchir  une  solution  de  conti- 
nuité; que,  par  conséquent,  le  règne  végétal 
ne  peut  pas  plus  se  transformer  en  un  règne 
nouveau,  qu  il  n'a  pu  procéder  lui-même  de 
l'empire  inorganique;  enfin,  nous  avons  vu 
que  ses  propres  éléments,  quelque  rattachés 
qu'ils  soient  les  uns  aux  autres  par  la  com- 
munauté d'un  même  sysî^me  d'organisation 
et  de  facultés,  et  par  celles  d'un  même  plan 
général,  ne  sont  |>as  issus  les  uns  des  autres. 

A  la  série  des  espèces  végétales  vient 


99» 


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DICTIONNAIRR 


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9M 


maintenant  se  superposer  une  autre  série, 
un  autre  règne,  en  qui  la  vie  prend  une 
dignité  nouvelle  et  un  immense  développe- 
ment. En  possession  de  la  matière  organique 
cï^éée  par  la  végétation,  et  de  celle  qu'il 
s'emprunte  à  lui-même,  ce  rèsne  nous  offre 
l'être  vivant  émancipé  du  sol  et  entrant,  à 
l'égard  de  la  nature,  dans  des  relations  où 
sa  spontanéité  devient  prépondérante.  Il  s'a- 
nime, c'est-à-dire  qu'il  sent  et  qu'il  se  meut 
par  lui-même. 

Sentir  et  se  mouvoir  spontanément  sont  les 
deux  traits  caractéristiques  de  la  vie  animale  ; 
de  là  tous  ceux  de  l'organisation  et  des 
fonctions  q^ui  concourent  à  cette  vie. 

La  physiolo^e  animale  comprend  deux 
ordres  de  fonctions  et  deux  ordres  d'orga- 
nes: des  fonctions  et  des  organes  qui  inté- 
ressent directement  la  vie  de  l'individu,  et 
la  propagation  de  l'espèce  dans  l'espace  et 
dans  le  temps;  des  fonctions  et  des  organes 

Sour  les  relations  avec  le  monde  extérieur, 
tais  la  distinction  de  ces  deux  sphères,  dé- 
signées par  Bicbat  sous  les  noms  de  vie  or- 
ganique  et  de  vie  animale^  ne  doit  pas  nous 
îaire  oublier  leur  étroite  dépendance,  leur 
pénétration  réciproque.  L'animal  n'est  pas 
simplement  la  plante  s'enveloppant  d'ani- 
malité, comme  le  représentait  Buffon.  La 
vie  animale  ne  se  borne  pas  à  ajouter  de  nou- 
veaux modes  d'activité  à  ceux  que  nous  offre 
la  plante  ;  elle  change  à  la  fois  et  le  but  et 
les  conditions  de  la  vie  organique,  elle  com- 
munique à  toutes  les  fonctions  nutritives 
son  caractère  d'indépendance  et  d'activité, 
car  elle  les  affranchit  presque  entièrement 
de  la  nature  inorganique,  et  accélère  toutes 
leurs  opérations. 

Ces  réserves  faites,  rai)pelons-nous  les 
principaux  traits  de  l'organisation  et  de  la 
physiologie  animales. 

Cette  organisation  ne  se  résume  pas,  comme 
celle  de  la  plante,  en  un  tissu  formé  de  cel- 
lules simples  ou  composées.  Chez  l'animal, 
nous  retrouvons  des  cellules,  mais  seule- 
ment dans  le  premier  âge  de  formation,  et, 
plus  tard,  sur  quelques  surfaces  qui  doivent 
ou  absorber,  ou  élaborer  et  séparer  certains 
produits.  Partout  ailleurs  cet  élément  de 
texture  fait  place  à  diverses  sortes  de  fibres  ; 
à  une  fibre  connective  gui  forme  la  trame  et 
le  moyen  général  d'union  de  tous  les  orga- 
nes, et  qui  se  montre  tantôt  inextensible, 
tantôt  élastique;  à  une  fibre  charnue  ou  con- 
tractile ;  enfin  à  une  fibre  nerveuse,  qui  sous 
la  forme  de  tubes  extrêmement  déliés,  très- 
longs,  remplis  d'une  sorte  (l,e  gelée,  transmet 
les  incitations  sensoriales  et  locomotrices. 

Ces  éléments  de  texture  répondent  aux 
données  physiologiques  de  l'animalité.  Us 
composent,  en  se  combinant,  et  caractérisent 
par  la  prédominance  de  l'un  d'entre  eux,  les 
organes  proprement  dits.  Ceux-ci  se  dispo- 
sent à  leur  tour  en  systèmes  généraux  et  en 
appareils,  conformément  à  un  plan  dont  il 
importe  de  se  rendre  compte  avant  d'en 
aborder  les  détails! 

Toute  vie  suppose,  d'une  part,  un  échange 
quelconque,  une  relation  avec  le  monde  ex- 


térieur ;  d'autre  part,  des  actes  intimes  qui 
se  passent  dans  l  organisme  lui-même.  De  là 
deux  régions  organiques  :  une  région  ex- 
terne ou  superficielle,  qu'on  peut  appeler 
Tenveloppe  générale,  et  une  région  imerne 
ou  profonde.  • 

Tandis  aue  la  plante  déploie  tonte  sasiiN 
face  en  présence  des  milieux  qui  l'alimen- 
tent, l'animal  divise  la  sientie,  car  il  n'apius 
ses  racines  dans  le  sol;  il  reçoit  là  matière 
tout  organisée,  et  entre  dans  de  nouvelles 
relations  avec  le  monde  extérieur.  Cne  par- 
tie de  l'enveloppe  s'interile>  forme  une  miié 
alimentaire  ou  viendra  s'accumuler  une  cer- 
taine quantité  de  nourriture,  et  la  partie  de 
cette  même  enveloppe  qui  demeure  en  de- 
hors sert  à  protéger,  à  recueillir  des  impres- 
sions, enfin  à  une  locomotion  spontané^. 
La  région  superficielle  de  l'animal  se  c<)ai- 
pose  donc  de  deux  parties  emboîtées  l'une 
dans  l'autre,  et  séparées  par  la  région  ptt^ 
fonde. 

Ces  deux  moitiés  ont  la  même  organisa- 
tion fondamentale,  et  de  simples  modifica- 
tions suffisent  pour  les  rendre  propre*  à 
leurs  fonctions  spéciales,  première  preuTe 
de  la  solidarité  des  deux  sphères  vitales  de 
l'animal,  puisque  l'enveloppe  internée  ap- 
partient à  la  vie  nutritive,  et  Texteme  à  la 
vie  animale  proprement  dite.  Dans  l'une 
comme  dans  l'autre,  nous  trouvons  tout  à 
fait  superficiellement  un  revêtement  tégu- 
m  entaire,  et  au-dessous  de  lui,  un  ou  plusieurs 
plans  de  fibres  charnues.  Le  tégument,  qui 
prend  le  nom  de  peau  à  l'extérieur,  celui  dt 
membrane  muqueuse  dans  la  partie  rentrée. 
se  compose  du  derme,  couche  de  fibres  plu^ 
ou  moins  élastiques  que  traversent  des  Tais- 
seaux  sanguins  et  des  nerfs,  et  d'un  plan  d^ 
cellules,  qui  forment  ce  qu'on  nomme  ob 
épiderme  s'il  est  protecteur  et  externe,  n 
épithélium  s'il  est  essentiellement  appropria 
à  des  actes  d'absorption  ou  de  secrétiuo. 
Quant  aux  plans  de  fibres  charnues,  ils  se  dé- 
posent selon  deux  directions  principales  et 
croisées  qui  varient  celles  des  mouYcroeni*. 
Dans  la  partie  externe  de  l'enveloppe  gént- 
raie,  l'élément  locomoteur  prend  un  déTf- 
loppement  considérable,  et  devient  un  gnc^ 
appareil,  tandis  que  dans  la  partie  rentr>t 
il  s'efface  plus  ou  moins,  et  demeure  à  l'état 
membraniforme. 

Tandis  que  la  première  région  de  l'orga- 
nisme étale  en  couches  superposées  et  sou> 
la  forme  d'une  enveloppe  tous  ses  élémenN 
de  structure,  la  région  profonde  ramasse  !•'> 
siens  sous  la  forme  d'organes  centralisateur 
Ces  organes  se  partagent  aussi  les  deu 
sphères  de  la  vie  animale  et  de  la  vie  oça- 
nique,  les  uns,  comme  centres  d'incitatif^ 
les  autres,  comme  centres  d'impulsion  poi^' 
la  circulation  du  fluide  nourricier. 

Voilà  donc  les  appareils  des  grandes  foo-"^ 
tions  divisés  en  appareils  de  surface  et  at"^ 
pareils  centralisateurs,  qui,  les  uns  et  )^ 
autres,  fournissent  aux  fonctions  nutritif» 
et  aux  fonctions  de  relation. 

Ce  premier  aperçu  ne  nous  donne  eDe<";i 
qu'une  vue  très-générale  des  fonctions  et  ^ 


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D^AMTHaOPQLOGIE. 


NAT 


leurs  appareils;  il  nous  orieole,  maïs  il 
nous  Sut  désirer  en  mênie  temps  des  noUons 
plus  sfiéciales,  qui  Don-seulemeut  nous  fe- 
ront mieux  comprendre  la  richesse  de  déve- 
leppement  qui  caractérise  Tanimatiléy  mais 
BOUS  introduiront  en  même  temps  à  Tétude 
delliomme.  Commençons  par  les  organes  et 
1^  actes  les  plus  caractéristiques  du  règne 
qui  nous  occupe;  en  les  abordant  les  pre- 
miers, nous  comprendrons  mieux  les  acles 
et  les  o^anes  d'un  ordre  moins  élevé,  et 
^empreinte  que  la  fie  animale  met  sur  la 
vie  nutritiTe. 

La  Tie  animale  débute  par  la  sensation  en 
«pparenoe  et^usqu'è  un  certaia  point  par  un 
fait  de  passivité.  Mais  toute  sensation  corn- 

f>rend  deux  éléments  :  une  impression,  et 
e  sentiment  de  cette  impression.  L'animal 
o*est  passif  que  dans  l'impression  qu*il 
éprouve  au  contact  du  monde  extérieur;  dès 
qu'il  sent  cette  impression,  il  entre  en  acti- 
vité, il  s'éveille,  et  se  manifeste  comme  être 
sensible. 

La  physiologie,  d'accord  avec  l'analyse  psy- 
ciioloisîque,  nous  apprend  que  deux  sortes 
<1  ^organes  concourent  à  l'action  sensoriale; 
on  organe  externe  qui  reçoit  l'impression, 
et  un  organe  central  où  elle  est  sentie  et 
perçue.  Que  ces  organes,  au  lieu  des  inter- 
médiaires oui  les  rattachent  l'un  à  l'autre, 
soient  isolés,  ils  pourront  fonctionner  sépa- 
rément; non-seulement  les  impressions  au- 
ront lieu,  mais  on  observera  souvent  des 
sensations  spontanées,  ce  qu'on  nomme  des 
hallucinations. 

La  peau  a  pour  première  et  principale 
destination  les  relations  de  la  sensibilité  avec 
le  monde  extérieur.  lA  se  montre  ce  qu*on 
nomme  les  appareils  des  sens  externes,  qui 
sont  tous  ou  des  parties  ou  des  dépendances 
de  la  peau,  entraînant  comme  auxiliaires 
quelques  portions  de  l'appareil  locomoteur. 
Pour  répondre  à  cette  destination  géné- 
rale, et  pour  s'approprier  à  la  diversité  des 
laits  extérieurs  qui  doivent  Timpressionner, 
et  par  son  intermédiaire,  éveiller  les  sen- 
sations qui  leur  correspondent,   le  système 
té^Tomentaire  offre  des  modifications  plus  ou 
uioins  particulières. 

Qae  le  derme  se  montre  souple,  qu*un  ré- 
seau nerveux,  abondant,  se  répande  à  sa 
surface,  que  sa  couche  épidermique  borne 
son  épaisseur  à  ce  qui  est  nécessaire  pour 
prérenir  l'effet  exagéré  d'un  contact  trop 
imodédiat,  et  nous  aurons  les  conditions  ana- 
.  lomiques  les  plus  générales  d'un  sens  ex- 
terne. 

Ce  sont  les  seules  qu'exigent  les  sensa- 
tions tactiles;  elles  suffisent  pour  ces  pre- 
mières impressions  qui  font  apprécier  la 
tf^mpérature  d'un  corps  et  l'état  de  sa  sur- 
lace. Mais  l'animal  a-t-il  besoin  et  ses  fa- 
cnltés  le  rendent-elles  capable  d'ajouter  à 
ces  premières  notions  celle  de  la  cousis- 
tance^  puis  celles  de  la  forme  et  du  volume; 
la  peau,  empruntant  le  secours  des  (H^nes  [ 
ilu  mouvement  qu'elle  couvre,  formera  avec  I 
teuiE-cî  un  appareil  de  toucher;  ce  sera  une  5 
uartie  du  corps  saillante,  souple,  d'une  forme  * 


déliée,  propre  à  s'adapter  aux  surfaces  dont 
le  contact  doit  indiquer  les  directions  et  l'é- 
tendue. Le  toucher  est  déjà  un  acte  à  son 
point  de  départ:  la  volonté  détermine  et 
dirige  ici  un  effort  musculaire,  en  même 
temps  qu'elle  exalte  l'organe .  directement 
impressionné;  delà  une  sensation  composée 
de  celles  des  mouvements  exécutés,  des  ré- 
sistances rencon  trées,et  enfin  des  impressions 
générales  du  tact.  Il  s'ensuit  que,  si  le  tact 
proprement  dit  est  le  sens  le  plus  général,  le 
plus  élémentaire,  le  toucher  estunefouctton 
complexe  qui  suppose  un  certain  dévelop- 
pement des  iacultés  psychologiques,  et  Ion 
serait  tenté  de  n'attnbuer  ce  sens  complexe 
qu'aux  animaux  les  plus  élevés,  si  Ton  ne 
se  rappelait  que  beaucoup  d'animaux  infé- 
rieurs agitent  sans  cesse  des  appendices  au 
moyen  desquels  ils  palpent  les  corps  placés 
à  leur  portée;  ils  n'en  étudient  certes  pas 
les  formes,  mais  ils  en  apprécient  au  moins 
la  consistance. 

Les  deux  sens  du  goût  et  de  l'odorat  agis- 
sent encore  au  contact  de  la  matière,  mais 
de  la  matière  à  Tétat  de  dissolution,  et  pour 
y  reconnattrecertaines  qualités  moléculaires 
qui  éveillent  les  sensations  spéciales  de  H 
saveur  et  de  l'odeur.  Les  appareils  de  ces 
deux  sens  ne  sont  encore  que  des  surfaces 
tégumentaires  très-impressionnables.  Hais 
ces  surfaces  sont  d^  très-cireonscrites,  et 
reçoivent  un  seul  nerf  partant  d'un  seul  des 
centres  de  sensations  ;  sous  ce  double  rajHport, 
elles  contrastent  avec  la  surface  générale, 
qui  fonctionne  comme  organe  dutact,  et  qui 
reçoit  des  nerfs  nombreux  de  divers  points 
du  système  central. 

Le  goût,  sentinelle  avancée  des  fonctions 
alimentaires,  est  placé  à  l'entrée  de  l'appa- 
reil de  ces  fonctions.  Là  des  liquides  abon- 
dants viennent  humecter  et  dissoudre  les 
aliments  solides;  mais  souvent  aussi  ces 
aliments  solides  sont  avalés  en  masse,  ce 
qui  annonce  l'annulation  plus  ou  moins 
complète  du  sens.  Le^  animaux  les  mieux 
doués  à  cet  é^ard  ont  leur  membrane  gusta* 
tive  portée  sur  une  langue  très-mobile,  qui 

Emt  presser  la  matière  alimentaire  de  sa 
ce  supérieure  et  de  ses  bords  couverts  de 
papilles  nerveuses  et  toujours  humides.  Cette 
disposition  organique  n'est  complète  que 
chez  les  mammifères. 

L'odorat  étend  déjà ,  plus  que  le  goût ,  la 
sphère  des  relations  de  1  être  animé  ;  eu  effet, 
il  s'exerce  sur  des  molécules  dispersées , 
véritables  émanations  des  corps,  transportées 
à  distance  de  ceux-ci  par  le  milieu  auquel 
ils  les  ont  cédées.  Ce  sens  avertit  donc  l'ani- 
mal de  la  présence  d'un  corps  dont  il  est 
encore  plus  ou  moins  éloiçné ,  et  lui  en  fait 

«discerner  certaines  qualités  caractéristiques. 
Ses  applications  varient,  du  reste ,  plus  que 
celles  du  coût.  Associé  à  celui-ci,  il  concourt 
à  l'appréciation  des  substances  alimentaires, 
ou  bien  il  dénonce  à  l'anima  carnassier  une 
proie  encore  lointaine  ;  à  un  autre,  Tappror 
che  d'un  ennemi  ;  il  dirige  le  mâle  dans  la 
recherche  de  sa  femelle.  Sa  place  est  toujours, 

'  et  nécessairement,  à  la  partie  la  plus  avancée 


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DICTIONNAIRE 


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1000 


lu  corps.  La  membrane  olfactive  se  porte 
4insi  à  la  rencontre  des  molécules  odorantes  ; 
Me  les  reti(»nt  soit  en  les  couvrant  d'une 
numidité  plus  ou  moins  prononcée,  soit  à  la 
laveur  de.certaines  dispositions  qui  multi- 
plient en  m6me  temps  sa  surface.  Quelque- 
fois, placée  en  saillie  sur  un  appendice, 
eomme  l'antenne  d'un  insecte ,  cette  mcm- 
Draiie  formera  ces  panaches  élégants  qui 
urnent  la  tète  de  quelques  papillons  de  nuit 
et  de  quelques  mouches ,  telles  que  les  cou- 
sins, les  leuillets  antennaires  des  scara- 
bées, etc.  D'autres  fois,  elle  se  retirera  dans 
une  cavité ,  se  plissera ,  et ,  flnissant  par  se 
placer  sur  le  trajet  de  l'air  respiré,  elle  aspi- 
rera dans  un  espace  restreint  une  quantité 
considérable  d'émanations  propres  à  l'im- 
pressionner. Certains  animaux  surprennent 
tous  les  jours  notre  admiration  par  les  preu- 
ves merveilleuses  qu'ils  nous  donnent  de  la 
finesse  et  de  l'intensité  de  leur  odorat.  Nous 
verrons  plus  tard  auel  est  le  vrai  caractère 
de  cette  supériorité. 

Viennent  maintenant  la  vue  et  l'ouïe,  quit 
agrandissant  encore  le  cercle  des  relations  de 
l'animal ,  établisseiit  entre  lui  et  les  objets 
extérieurs  des  rapports  à  distance  par  les  seuls 
ébranlements  des  milieux  intermédiaires. 
Que  ces  lignes  de  vibration  de  l'éther,  qu'on 
nomme  les  rayons  lumineux,  viennent  à  ren- 
contrer l'épanouissement  d'un  nerf  d'élical 
préparé  à  les  recevoir  et  à  les  transmettre  à 
un  centre  de  sensation  spécial,  l'animal  aura 
une  sensation  de  lumière*  Qu'au-devant  de 
la  surface  nerveuse  impressionnable  se  place 
un  appareil  de  dioptrique,  une  chambre  obs- 
cure avec  son  petit  orifice  et  des  milieux 
réfringents,  une  image  des  corps  placés  dans 
le  champ  de  cet  appareil  se  peindra  sur  la 
toile  nerveuse ,  et  tous  ces  objets  se  révéle- 
ront à  l'animal,  qui  appréciera  plus  ou  moins 
exactement  leurs  formes,  leurs  distances 
relatives,  leur  arrangement.  Et,  de  même 
qu'il  a  pu  palper,  coûter,  flairer ,  à  la  faveur 
des  moyens  auxiliaires  que  l'appareil  loco- 
moteur fournissait  aux  appareils  des  sens 
précédents^  des  perfectionnements  analogues, 
des  muscles  «doutés  à  des  yeux  mobiles ,  lui 
permettront  de  regarder  ce  qu'il  lui  importe 
tout  particulièrement  de  voir. 

De  leur  côté,  les  ébranlements  de  l'air  et 
des  corps  élastiaues,  que  nous  nommons 
sonores,  venant  a  rencontrer  les  filets  déliés 
et  mous  d'un  nerf  qui  les  transmet  à  un  nou- 
veau centre  particulier  de  sensation ,  rani- 
mai aura  la  perception  d'un  son  plus  ou 
moins  intense.  Si ,  avant  d'atteindre  le  nerf 
qu'elles  doivent  ébranler ,  les  ondes  sonores 
traversent  un  appareil  qui  les  dirige  conve- 
nablement, le  son  arrivera  aux  organes  qui 
doivent  le  sentir ,  avec  ses  caractères  toni- 
ques, son  timbre,  son  rhyVbme,  et  sa  direc- 
tion. Le  discernement  des  sons ,  complété 
par  les  perfectionnements  de  l'appareil,  et 
aiguisé  par  l'attention ,  établit  des  relations 
de  plusieurs  genres  entre  l'animal  et  les  êtres 
placés  h  quelque  distance  de  lui.  C'est  avec 
raison  qu'on  a  nommé  l'ouïe  le  sens  social 
Dor  excellence ,  car  elle  met  en  rapport  des 


individus  d'une  même  espèce;  mais,  en 
même  temps  qu'elle  leur  permet  de  s'appe^ 
1er,  de  s'avertir,  de  se  communiquer  récipro- 
quement le  sentiment  qui  les  anime,  elle 
sert  h  la  vigilance  du  timide  mammiftre  qui, 
dirigeant  à  volonté  sa  conque  audilÎTe  de 
côté  et  d'autre,  recueille  les  moindres  bruits 
qui  peuvent  lui  dénoncer  un  ennemi.  L'oi- 
seau  qui  nous  enchante  de  ses  vives  et 
sémillantes  mélodies  les  sent«^il  lui-même 
autrement  gue  comme  l'expression  des  seo- 
timents  qui  les  lui  inspirent?  Husicico  par 
l'exécution  l'est^-il  aussi  comme  auditeur! 
Son  talent  d'imitation  permet  peut-être  de 
croire  ici  à  des  sensations  qui  dépassent  1« 
bornes. 

£n  suivant  les  fibres  nerveuses  répandues 
dans  chaque  appareil  sensorial  «  nous  le» 
voyons  se  grouper  en  faisceaux  qui  se  réu- 
nissent à  leur  tour,  et  qui,  formant  enfin  des 
cordons  plus  ou  moins  gros,  nous  conduisent 
jusqu'aux  organes  centraux  de  la  vie  ani- 
male. Là,  l'impression  transmise  devient  une 
sensation  plus  ou  moins  déterminée  ;  de  là 
aussi  partent  les  incitations  locomotrices. 
Hais ,  entre  la  sensation  et  le  mouvemeDt 
qui  v  répond,  au-dessus  de  l'un  et  de  Tauire, 
se  place  une  activité  centrale,  prouvée araol 
tout  par  ses  résultats,  et  qui  a  aussi  ses  orga- 
nes propres  :  c'est  ce  qu'on  nomme  l'activilé 
psycnologique.  Nous  l'observons  à  un  haut 
degré  de  développement  chez  les  animaui 
supérieurs ,  en  même  temps  qu'il  est  k-ile 
de  distin^er  dans  leur  système  nerrcui 
central ,  uans  le  système  cérébro-spinal  des 
vertébrés,  des  centres  sensoriaux ,  des  ceu- 
tres  d'incitation  locomotrice  et  des  centres 
d'actions  intermédiaires ,  ralliés  les  uns  et 
les  autres  à  ce  centre  commun  qu*on  appelle 
la  moelle  épinière.  Remarquons  en  passaot 
que  les  formes  générales  de  l'organisme  cor- 
respondent si  bien  à  celles  de  cet  ensemble 
de  centres  nerveux,  qu'elles  semblent  dépen- 
dre de  ces  dernières. 

L'animal  n'est  rien  moins  qu'une  marbiD8 
sensible,  qu'une  sorte  d'automate,  Qoronielt 
pensait  Descartes.  Buffon ,  jen  lui  accordant 
le  sentiment  de  son  existence  présente  et 
quelque  réminiscence  du  passe ,  s'arrêtait 
encore  trop  tôt.  D'un  autre  côté,  lesauteun 
qui,  comme  Condillac  et  Georges  Leroj. 
voyaient  de  l'intelligence  dans  tous  les  actes 
de  l'animal ,  tombaient  dans  une  autre  eia- 
gération.  L'errenr  provenait  de  part  et  d*au- 
tre  de  ce  qu'on  n'avait  pas  sufiisamment ana- 
lysé l'activité  animale  et  de  ce  qu'on  n'ari'i 
pas  su  y  distinguer  deux  ordres  de  faits  trè*- 
différents ,  les  faits  instinctifs  et  tes  fait^ 
intellectuels. 

Quand  l'animal ,  avant  toute  expérience. 
sans  éducation  spéciale,  exécute  des  traTau\ 
qui  témoignent  plus  ou  moins  de  préTOvancc 
quand  tous  les  individus  et  tontes  les  géo<^ 
rations  d'une  même  espèce  font  invariable 
ment  les  mêmes  choses  et  de  ta  uiéme  m»* 
nière,  quand,  les  circonstances  qui  motiTrai 
ces  actes  venant  à  changer,  la  tendance  à  1^ 
accomplir  n'en  persiste  pas  moins,  ouandie 
castor  dépaysé,  séparé  de  ses  semblabij^ 


lOOf 


NAT 


D^AXrimOPOLOGIE. 


NAT 


1C01 


mis  è  coureit  de  la  maaTaisc  saison  et  bien 
nourri,  essaye  encore  de  tailler  du  bois  et  se 
prépare  à  bâtir ,  quand  le  chien  domestique 
enterre  les  restes  de  son  repas,  je  reconnais 
là  des  impulsions  à  la  fois  j^roridentielles  et 
îrréQécbîes,  des  déterminations  instinetiTes. 
ÉTeilîé  par  une  sensation  ou  par  un  besoin , 
Tinstinct  se  présente  à  l'observateur  avec  les 
caractères  d  une  sorte  d'intuition  simple,  qui 
met  l'activité  de  l'animal  en  rapport  avec  des 
circonstances  spéciales.  L'araignée  lui  doit 
Tart  de  tendre  ses  fils  et  de  tisser  ses  toiles  ; 
il  dirige  les  constructions  des  abeilles  et  des 
fourmis,  porte  Toiseau  à  émigrer,  et  lui 
apprend  à  construire  un  nid,  préside  aux 
Eoœurs  caractéristiques  de  chaque  esi»èce. 

Mais  à  mesure  que  I  animal  se  meut  dans 
nne  sphère  plus  large ,  en  présence  de  cir- 
constances plus  vanables,  il  a  besoin ,  pour 
coordonner  son  activité* aux  faits  imprévus, 
d*nne  vue  plus  étendue  que  celle  de  1  instinct 
oc  qui  laisse  plus  de  champ  à  la  s[:ontAnéité  ; 
il  lui  faut  de  l'intelligence.  L'intelligence 

Fourvoil  an  présent,   comme  l'instinct   à 
avenir.  Elle  suppose  l'expérience,  le  souve- 
nir, et  tout  le  monde  a  pu  se  convaincre ,  en 
Tovant  nos  animaux  domestiques ,  qu'ils  se 
souviennent  et  qu'ils  mettent  à  profit  leur 
expérience.  Le  chien  qui  bondit  de  joie  en 
vorant  son  mattre  prendre  son  fusil ,  que 
fait-il,  sinon  un  acte  d'intelligence?  S'il  le 
voit  le  fouet  i  la  main,  témoigne-t-il  la 
même  joie  ?  Pour  qui  sait  observer  les  ani- 
maux ,  la  question  de  leur  intelligence  est 
hors  de  cause.  Capable  de  souvenir  et  par  con- 
séquent d'expérience,  ranimai  sait  associer 
one  réminiscence  à  une  {>erception  actuelle  ; 
il  saisit  la  relation  de  dépendance  de  deux  faits 
qu'il  a  vus  se  succéder,  il  va  plus  loin  encore  : 
par  un  premier  degré  de  généralisation ,  il 
s*élèvedes  faits  identiquesauxfaitsanalogues, 
et  le  cas  accidentel  lui  dénonce  le  cas  géné- 
ral ;  piois  il  imagine,  il  combine  des  mojtns 
en  me  d'un  but ,  il  agit  en  connaissance  de 
cause.  L'intelliçerce  ne  supplée  pas  seule- 
ment à  l'insuttisance  des  instincts  en  pré- 
sence de  situations  nouvelles,  mais  elle  tend 
à  les  remplacer  ;  son  rôle  grandit,  tandis  que 
celui  des  instincts  diminue  dans  les  animaux 
5iii>érieurs.  De  là  la  possibilité  et  le  plus  ou 
moins  de  facilité  de  leur  Mucation.  Celle-ci 
s'arrête  cependant  de  bonne  heure  et  ne  va 
l»^^  très-loin,  donnée  par  les  parents  à  leurs 
petits;  maisl*homme,  en  élevant  à  lui  le 
but  de  la  vie  animale ,  donné  à  celle-ci  de 
noureaux  développements,  la  sortant  enfin 
•Je    ce  cercle  en  quelque  sorte  vicieux ,  qui 
fait  aboutir  l'intettigence  à  mieux  assurer  la 
conservation  de  l'individu  et  de  l'esnèce.  Ce 
fait  nous  indique  les  tendances  et  la  vraie 
si:^ification  de  la  vie  animale. 

Les  tendances  dont  je  viens  de  parler  se 
TOontrent  encore  dans  un  autre  ordre  de 
faits  qui,  chez  l'animal  supérieur  ,  viennent 
^'assorier  aux  opérations  inteDccluelIcs.  A 
rînstinctse  rattachent  seulement  des  appé- 
tits, rintelligence  suppose  des  sentiments. 
L'animal  intelligent  est  capable  d'aimer  ot 
de  haïr,  il  Test  dans  la  mesûredc  son  intelli- 

Dicno!i?r.  D'A?rniiiop.>LoniE. 


cence,  et  c'est  lliomme  i-ar  conséquent  qui 
imprimera  le  plus  noble  élan  aux  affections 
de  ranimai  en  les  rendant  désintéressées. 

Enfin,  intelligent  et  sensible,  l'animal  est 
déterminé  h  l'action  par  das  préférences  pré* 
cédées  d'un  choix  ;  ses  sympathies  peuvent 
être  motivées,  et  S9  spontanéité  s'affranchit 
par  cela  même  des  entraînements  purement 
instinctifs,  surtout  si  l'homme  intervient  ici 
comme  éducateur  et  comme  but. 

Voilà  l'animal  déterminé  à  l'action.  Pour 
réaliser  celle-ci ,  il  imprime  avec  la  rapi- 
dité de  réclair  une  incitation  spéciale  à  ses 
organes  locomoteurs.  Des  centres  nerveux , 
siéçe  des  opérations  précédentes  et  de  cette 
incitation  ,  nous  sommes  ramenés  par  les 
cordons  porteurs  de  celleK*i  h  un  appareil 
qui  occupe  toute  la  partie  de  l'or^^anisme 
animal  placée  immédiatement  sous  la  peau , 
appareil  qui  se*  confond  parfois  avec  cette 
dernière  membrane,  qui  s  y  rattache  en  tout 
cas,  et  fait  originairement  partie  de  Fenve- 
loppe  générale.  Destiné  à  établir  les  rela- 
tions actives  de  l'animal  avec  le  monde  ex- 
térieur, l'appareil  de  la  locomotion  décUie 
des  formes  de  l'organisme  ,  quant  à  leur  en- 
semble et  à  la  plu()art  de  leurs  détails  :  que 
le  corps  soit  rayonné  ou  bilatéral,  d'une 
seule  venue  ou  articulé,  réduit  au  tronc  ou 
muni  d'appendices  ;  que  ceux-ci  aient  telle 
ou  telle  forme,  c'est  la  locomotion  qui  y  est 
la  première  intéressée  ,  et  son  appareil  qui 
réclame  la  part  la  plus  importante  de  ces 
modifications.  Nous  avons  vu  qu'une  fibre 
particulière,  douée  de  contractilité  ,  est  l'é- 
lément essentiel  des  organes  locomolenrs,  et 
que  cette  fibre  compose  au-dessous  de  la 
peaux  des  couches  qui  se  ]jartagent  les  prin- 
cipales directions  du  mouvement.  Ce  par- 
tage est  porté  à  son  dernier  terme  de  spé- 
cialité par  la  subdivision  de  chaque  couche 
en  faisceaux,  destinés  à  produire  des  mou- 
vements particuliers. 

C'est  ici -un  perfectionnement  qui  en  ré- 
clame d'autres  :  çuand  les  couches  charnues 
se  subdivisent,  c'est  pourproduire  des  mou- 
vements partiels  et  pr'cis ,  et  dans  ce  cas  il 
faut  aux  faisceaux  particuliers ,  aux  mus- 
cles, des  points  d'aj>pui  et  des  parties  spé- 
ciales à  mouvoir.  C  est  alors  oue  nous  voyons 
s'ajouter  à  la  partie  essentielle  et  active  de 
l'appareil  locomoteur,  une  partie  auxiliaire 
et  passive,  un  squelette.  Ce  squelette  est  d'a- 
bord fourni  par  la  peau,  et  c'est  tout  particu- 
lièrement le  cas  des  premières  classes  de? 
animaux  articulés,  notamment  des  crustcV- 
cés  et  des  insectes.  Mais  il  permet  une  loco- 
motion plus  én^rjiique  lorsnue ,  laissant  la 
peau  h  ses  fonctions  naturelles  et  à  sa  sou- 
plesse, le  squelette  se  forme  au  centre  des 
couches  locomotives  et  se  place  directement 
sous  leur  puissance.  Il  commence  par  entou- 
rer les  jirands  centres  nerveux  de  cette  sé- 
rie de  pièces  qu'on  nomme  des  vertèbres, 
puis  il  étend  sur  les  deux  côtés  de  Taie 
vertébral  les  appendices  qui  en  avant  for- 
ment la  face  et  complètent  la  tète,  ceux  qui 
plus  loin  constituent  les  côtes  et  soutien- 
nent les  parois  cavitaires  du  tronc,  ceux  enfin 

32 


1005 


NAT 


DICTIONNAIRE 


NAT 


m 


qui  forment  les  membres  proprement  dits, 
avec  tous  ces  modes  de  terminaison  qui  en 
fout  tour  à  tour  des  nageoires,  des  ai  es,  des 
organes  marcheurs  ou  des  organes  préhen- 
seurs. Cet  aperçu  doit  nous  suffire  pour  con- 
cevoir la  puissance  et  la  variété  de  cette  ac^ 
tivité  spontanée  dont  jouit  Tanimal ,  tantôt 
dans  un  milieu  aquatique,  tantôt  en  pleine 
âtmosj;)hère,  ou  bien  sur  le  sol  auquel  il 
s*appuie,  se  transportant  d'un  lieu  à  un 
autre,  poursuivant  l'objet  de  ses  désirs, 
fuyant  le  danger  qui  le  menace,  pourvoyant 
à  tous  ses  besoins. 
Si  de  cette  vie  supérieure  C[ui  commence 

f>ar  la  sensation,  et  qui  réagit  au  dehors  par 
e  mouvement,  nous  descendons  à  cet  autre 
ordre  de  fonctions  qui  nous  rappelle  et  qui 
semble  devoir  reproduire  dans  Tanimal  la 
vie  de  la  plante,  nous  nous  trouvons  encore 
l)ien  loin  de  celle-ci.  Tout ,  jusqu'à  la  nu- 
trition, porte  ici  le  cachet  de  l'animalité, 

Emancipé  du  sol ,  l'animal  ne  se  nourrit 
que  de  matières  organiques  ,  et  sa  vie  n'a 
pas  pour  but  la  multiplication  ,  l'entasse- 
ment de  ces  matières  ;  ce  rôle  est  celui  de  la 
végétation.  La  nutrition  animale  est  une 
nutrition  d'entretien  ,  de  développement  ; 
une  nutrition  modificatrice,  première  mani- 
festation d'une  force  qui  se  prépare  ainsi  les 
conditions  organiques  d'une  activité  plus 
élevée. 

Ici  toutes  les  expansions  nourricières  de 
l'être  vivant  se  retirent  du  sol  pour  rentrer 
dans  l'organisme,  et  pour  y  constituer  non- 
seulement  des  surfaces  absorbantes,  mais  ce 
^rand  appareil  d'élaboration  alimentaire 
qu'on  nomme  l'appareil  de  la  digestion,  et 
dans  lequel  nous  retrouvoas ,  quoique  très- 
modifiés,  tous  les  éléments  de  l'enveloppe 
générale,  une  peau  sous  le  nom  de  membrane 
muqueuse,  et  des  plans  de  fibres  contractiles. 

Les  aliments  dont  lanimal  se  nourrit 
sont  saisis  par  les  organes  locomoteurs,  di- 
visés et  plus  ou  moins  ramollis ,  puis  sou- 
mis à  des  sucs  qui  agissent  sur  leur  nature 
chimique,  absorbés  enfin  après  cette  élabo* 
ration,  en  laissant  un  résidu  dans  lequel  les 
liquides  élaborateurs  entrent  pour  une  bonne 
part,  et  qui  bientôt  est  rejeté.  Cette  série 
d'opérations  suppose  un  concours  de  dis- 
positions organiques  spéciales  ;  des  organes 
préhenseurs  et  des  agents  de  division  mé- 
caniçiue,  des  organes  pour  la  sécrétion  des 
liquides  qui  doivent  dissoudre  ou  modifier 
les  substances  alibiles ,  des  smrfaces  absor- 
bantes, des  couches  de  fibres  contractiles 
poui*  faire  cheminer  les  matières  soumises 
a  ces  divers  actes  ;  sans  parler  des  différen- 
ces de  forme  que  prendront  les  régions 
successives  de  l'appareil,  tour  à  tour  resser- 
rées en  canaux  ou  élargies,  selon  que  les  ali- 
ments devront  les  traverser  ou  s'y  accumu- 
ler. Mais  que  l'appareil  soit  simple,  comme 
dans  les  animaux  inférieurs,  ou  qu'il  se  com- 
plique plus  ou  moins  ,  il  présente  toujours 
ces  mêmes  traits  essentiels  d'organisation  et 
d'activité,  qu'il  doit  me  suffire  de  rappeler 
en  ce  moment  pour  caractériser  les  premiè- 
res opérations  de  la  nutrition  animale. 


Absorbée  par  les  parois  intestinales,  el 
introduite  dans  les  tissus  de  Tanima!,  la 
matière  alimentaire  a  de  nouvelles  modifi- 
cations à  subir,  et  elle  les  subit  à  mesure 
qu'elle  s'avance  vers  le  centre  de  l'orga- 
nisme. 

Cette  fois  ce  n*est  plus  une  sève  chargée 
d'éléments  inorganiques ,  qui,  s^aidant  des 
forces  physiques ,  chemine  lentement  dans 
les  voies  irrégulières  et  capillaires  que  lais- 
sent entre  elles  des  cellules  élaboratrices: 
c'est  un  liquide  qui  porte  déjà  le  sceau  de  la 
vie  et  de  l'organisation,  et  qui  trouve  deTani 
lui  des^ voies  toutes  formées  dans  les  inlor- 
valles  des  organes  et  de  leurs  divers  élé- 
ments de  texture.  Puis  ce  tribut  de  Talimen- 
lation  vient  enrichir  un  fluide  nourricier 

3ui  parcourt  incessamment  l'organisme  en 
eux  sens  inverses.  Jeté  par  les  contractions 
d'un  muscle  creux  dans  un  système  de  ca- 
naux ramifiés  qui  le  distribuent,  en  se  divi- 
sant à  tous  les  organes,  ce  fluide  revient  de 
ceux-ci  à  son  point  de  départ,  ci  roulant  ainsi 
d'un  centre  d  impulsion  à  la  périphérie,  ol 
de  la  périphérie  au  centre,  passant  du  cœur 
dans  les  artères,  qui  le  portent  dans  lorja- 
nisme  entier,  et  revenant  au  cœur  parles 
veines.  Ce  qu'il  y  a  ici  de  constant ,  d  essen- 
tiel, ce  n'est  pas  la  présence  des  canaui  ar- 
tériels et  veineux  qui  régularisent  le  couis 
du  sang  ;  c'est  le  double  mouvement  de  ce 
liquide  sous  l'action  du  cœur,  d'une  force 
de  vie  et  non  plus  d'une  force  physique; 
c'est  ensuite  le  double  échange  qui  se  fait 
entre  la  partie  liquide  et  la  partie  solide  de 
l'organisme,  dans  l'intimité  des  tissus  ri- 
vants ,  et  les  modifications  réciprooûes  q\ii 
en  résultent  pour  le  sang  et  pour  les  orga- 
nes, à  la  fois  nourris,  renouvelés  et  raniinés 
par  cet  échange,  tandis  que  le  liquide  noD^ 
rider  s'y  altère,  et  par  les  pertes  qu'il  subii. 
et  par  les  matériaux  qu'il  emporte.  La  un- 
trition  animale  est  tout  entière  dans  («"t 
échange,  dans  ce  renouvellement  conlinutl 
des  éléments  organiques. 

Le  sanç  répare  ses  pertes  par  Talimeota- 
tion  ;  il  élimine  sa  surcharge  par  des  sécré- 
tions dépuratrices  et  par  la  respiration, 
fonction  toute  animale ,  trop  longteoip» 
comparée  à  celle  qui  appartient  aux  leoiile» 
dans  les  plantes.  Les  plantes  comme  les  ani- 
maux font,  en  eS^et,  des  échanges  avec  YtA- 
mospbère,  mais  le  but  de  ces  échanges  ue 
difiEère  pas  moins  que  les  matériaux  qui  en 
sont  l'objet.  Les  végétaux,  par  leurs  parties 
vertes  et  sous  l'influence  de  la  lumière,  pui- 
sent dans  l'air  de  l'acide  carbonique;  il> 
fardent  le  carbone  et  rendent  l'oiygène  à 
atmosphère  ;  c'est^àndire  qu'ils  gardent  et 
fixent  dans  leurs  tissus  un  des  éléments  qf^i 
concourent  à  la  composition  de  ceax-o. 
Leur  prétendue  respiration  est  donc  un  arti? 


carboniqiu, .  - 

du  carbone  uni  à  de  l'oxygène.  On  peo' 
considérer  l'oxygène  qu'ils  respirent  comp* 
servant  à  entraîner,  en  les  brûlant,  en  s  o- 
nissant  à  lui,  le  carbone  de  l'acide  eiW^- 


IM 


KAT 


DAMIUIOPCILOCIE. 


NAT 


iO€6 


Par  conséquent,  la  respiration  animale,  loin 
d'être  an  acte  de  nutrition ,  est  une  sorte  de 
dépuration,  qui  enlevant  au  sang  un  excès 
Je  carbone,  lui  rend  ses  qualités  riviGantes, 
en  même  temps  qu'elle  élèye  la  tempéra- 
ture de  Tor^anisme  proportionnellement  à 
l'actif  lié  de  cette  fonction.  Les  plantes  et  les 
animaux»  par  leur  action  inverse  sur  Tat- 
roospbère,  se  rendent  un  mutuel  serrice, 
chacun  des  règnes  donnant  au  milieu  aérien 
l'élément  que  l'autre  réclame.  Quant  à  Tap- 
pareil  de  la  respiration ,  il  consiste  en  une 
membrane  absort)ante  baignée  ou  abreuvée 
d'une  part  par  le  sang,  en  rapport  de  Taulre 
arec  le  milieu  qui  doit  lui  fournir  de  Toxy- 
^ène  et  se  charger  de  Tacide  carbonique 
eihalé.  Ce  sera  ou  une  branchie,  c*est-à-aire 
une  expansion  tégumentatre  plus  ou  moins 
dlTisée,  sll  s*agit  d*un  animai  qui  doit  res- 
j>irer  dans  Teau,  ou  un  système  de  rentrées, 
'ie  cavités  en  communication  avec  Texté- 
rieur,  des  tracbfes  ou  des  poumons,  si  ra- 
nimai est  aérien.  Dans  ce  dernier  cas ,  et 
souvent  aussi  dans  le  premier,  l'appareil  lo- 
^t>moteur  fournit  des  parties  auxiliaires  à  la 
respiration,  pour  foire  arriver  le  fluide  res- 
pTable  à  la  suriace  cfui  doit  faire  échange 
ûe  matériaux  avec  lui.  A  son  tour,  la  respi- 
ration exerce  une  influence  très-prononcée 
sur  Tactivité  de  la  locomotion,  et  les  animaux 
ûoot  s'élève  le  plus  la  température  élevée  sont 
aussi  ceux  dont  les  muscles  ont  le  plus  d*é- 
ner^ie,  dont  les  sens  sont  le  plus  éveillés, 
et,  toutes  choses  égales  d'ailleurs ,  Tensem- 
oie  de  la  vie  porté   à  sa  plus  haute  puis- 
sance. 

Parmi  les  fonctions  de  Téconomic  ani- 
male, il  en  est  encore  une  qui,  malgré  les 
analogies  qu'elle  présente  dans  les  deux  rè- 
gnes, se  distingue  dans  celui  qui  nous  oc- 
nipe  par  quelques  traits  assez  significatifs  ; 
je  veux  parler  de  la  reproduction. 

La  génération  proprement  dite,  la  géné- 
ration par  des  ovules  fécondés ,  se  montre 
'if^jà  chez  les  animaux  inférieurs  à  côté  de 
la  faculté  que  possèdent  ceux-ci  de  se  re- 
produire par  division  et  par  des  germes 
simples;  et  non-seulement  le  premier,  le 
ni  us  sp<^ial  de  ces  modes  de  propagation  de 
i'esj>èce,  existe  généralement  dans  toute  la 
>éne  animale,  mais  ce  qui ,  pour  les  végé- 
aux,  est  Texception,  le  partage  des  orga- 
les  reproducteurs  entre  deux  sortes  d'indi- 
riijus,  devient  la  règle  chez  les  animaux.  Ce 
lemier  fait  qui ,  comme  toute  spécialisa- 
ion,  est  un  progrès,  reçoit  une  nouvellesigni- 
ication  de  la  spontanéité  d'action  qui  signale 
es  relations  des  êtres  animés.  L'attrait  qui 
approche  les  deux  sexes  fonde  ici  un  com- 
Liencement  de  vie  sociale,  ou  du  moins  j 
ontribue  i>our  beaucoup  ;  ce  qui  n'est  pas 
iioins  significatif,  ce  sont  les  soins  que  les 
larenls  prennent  souvent  de  leur  progéni- 
urc  ;  pour  certaines  espèces ,  ces  soins  se 
•Ciment  à  placer  les  cnus  dans  les  condi- 
ions  les  plus  favorables,  à  mettre  les  petits 
iiî  en  sortiront  à  portée  de  la  nourriture 
uî  leur  convient  le  mieux  ;  pour  les  clas- 
sas supérieures  du  rè^ne,  il  s'agit  d'une  vé- 


ritable éducation  qui  continue  jusqu'au 
moment  où  les  forces  des  jeunes  leur  ren- 
dent inutiles  les  secours  de  leur  mère. 

La  nature  de  lanimal, bien  différente  en 
cela  de  celle  de  la  plante  est  susceptible  de 
gradation,  de  développement,  il  y  a  place 
pour  de  nombreux  échelons  entre  la  pre- 
mière trace  d'irritabilité  qui  se  traduit  aus- 
sitôt par  des  mouvements,  et  cette  sensibi- 
lité diversifiée  qui  entre  en  action  à  Tocca- 
sion  d'une  excitation  du  dehors,  et  qui, 
avant  de  provoquer  la  contraction  d'un 
muscle,  suscite  des  perceptions,  des  rémi- 
niscences, des  associations  d'idées,  éveille 
des  affections,  à  la  suite  desquelles  vien- 
nent enfin  un  choix,  une  préférence,  une 
détermination,  et  l'acte  (jui  en  est  la  con- 
naissance. Cette  gradation,  réalisée  par  la 
multitude  des  espèces  animales,  met  une  si 

Srande  distance  entre  les  premières  et  les 
ernières  de  celles-ci,  qu'il  est  permis  de  se 
demander  ce  qu'il  y  a  de  commun  entre  el- 
les, ce  qui  raine  ces  espèces  en  un  même 
système,  comment  il  se  peut  que  le  zoopbyte 
et  le  mammifère  appartiennent  au  même 
r^;ne?  Ce  qui  fait  l'unité  du  système,  ce  qui 
permet  de  comprendre  cette  longue  série  de 
termes  divers  sous  le  nom  d'animalité,  c'est 
quesi  les  facultés  grandissent,  le  but  de  l'acti- 
vité demeure  le  même  :  ce  but^  c'est  la  conser- 
vation de  l'individu  et  celle  de  l'espèce.  Au- 
cun animal,  livré  à  son  impulsion  naturelle, 
ne  va  au  delà  des  besoins  qui  intéressent 
son  bien-Atre,  son  existence,  et  la  propaga- 
tion de  sa  race.  Le  polype  dérobe  ses  bras, 
puis  son  corps,  à  l'ennemi  que  lui  dénonce 
son  obscure  sensibilité  tactile;  ou  bien  il 
s'épanouit  dans  l'eau  qu'il  habite,  cherchant 
à  saisir  une  proie  au  passage.  Placé  au  som- 
met de  l'échelle,  le  mammil'ère  fait-il  autre 
chose  que  de  se  défendre  contre  ses  ennemis, 
de  chercher  sa  nourriture,  de  perpétuer  son 
espèce?  Il  déploie  sans  doute  dans  tout  cela 
des  ressources  bien  supérieures  i  celles  du 
polype  ;  il  ne  se  borne  pas  à  produire  de 
nouvelles  générations,  il  pourvoit  à  leurs 
premiers  besoins.  La  vie  animale  s'élargit, 
s'élève  même ,  mais  change-t-elle  de  carac- 
tère? Non,  car  elle  demeure  identique  par 
ses  résultats. 

Envisagé  dans  le  caractère  général  du  dé- 
veloppement qu'il  représente,  le  rè^e  ani- 
mal s  élève  dans  la  direction  de  lliomme  ; 
mais  le  p\an  suivant  lequel  s'accomplit  cette 
progression  n'est  pas  celui  qu'exige  la  logi- 
que des  théories  qui  veulent  que  la  nature 
soit  en  voie  d'évolution  spontanée,  et  mar- 
che par  nuances  d'une  forme  à  une  autre.  Au 
lieu  d'une  série  de  termes  posés  sur  une 
même  ligne  et  se  servant  de  transition ,  au 
lieu  d'une  chaîne  continue,  le  règne  animal 
nous  offre  des  espèces  inégalement  espacées 
et  distribuées  en  séries  partielles,pe  its  grou- 
pes qui  en  forment  à  leur  tour  de  plus  gé- 
néraux, et  nous  atteignons  ainsi  de  grandes 
séries  représentant  autant  de  types  de  pre- 
mier ordre.  Or,  le  progresse  réalise  d'abonl 
de  type  en  type  ;  puis,  pour  chaque  tyiK> 
principal,  de  classe  en  classe  ;  et  c  est  ainsi 


1007 


NAT 


DICl    lONNAlRE 


MG 


que  ranimai  vertébré  construit  sur  un  plan 
très-supérieur  à  celui  de  l'insecte,  progresse 
à  son  tour  des  poissons  auxamphibiens,  de 
ceux-ci  aux  rep^tiles  ,  des  reptiles  aux  oi- 
seaux, et  des  oiseaux  aux  mammifères ,  les- 
quels à  leur  tour  réalisent,  dans  la  série  de 
leurs  ordres,  un  véritable  progrès.  C'est  en 
vain  qu'on  voudrait  essayer  de  rattacher  sé- 
rialement  le  dernier  des  poissons  aux  pre- 
miers insectes ,  le  dernier  des  mammifères 
aux  oiseaux  du  premier  ordre  ;  tandis  que, 
de  type  à  type,  de  classe  à  classe  et  d'ordre 
à  ordre,  en  un  mot,  entre  les  éléments 
d'une  même  série  nous  reconnaissons  les 
termes  successifs  d'une  même  progression. 

Nous  aurons  besoin  de  nous  souvenir  de 
ces  faits,  lorsque  la  question  des.  races  hu- 
maines ramènera  pour  nous  celle  de  l'es- 
pèce et  de  son  origine.  Bornons-nous  en  ce 
moment  à  ajouter  que ,  dans  l'étude  du  plan 
de  la  diversité  des  espèces  animales,  il  faut 
tenir  compte  non-seulement  des  caractères 
qui  appartiennent  au  développement  du  rè- 
gne, mais  encore  de  ceux  qui,  plus  acciden- 
tels en  apparence,  harmonisent  Torga- 
jiisation  avec  certaines  conditions  de  séjour 
ou  de  régime ,  et  permettent  ainsi  la  diffu- 
sion des  animaux  sur  toutes  les  parties  ha- 
bitables du  globe.  C'est  ainsi  que,  dans  le 
sein  d'une  même  classe,  nous  rencontrons 
des  habitants  de  la  mer,  les  cétacés,  et  des 
habitants  de  l'air,  les  chauve-souris ,  réunis 
à  des  espèces  terrestres  dont  les  unes  vivent 
même  sur  le  sol  et  d'autres  sur  les  arbres.  En 
dehors  de  ces  modifications,  nous  voyons, 
parla  distribution  géographiaue  des  ani- 
maux, que  le  cosmopolitisme  du  règne  se 
réalise  par  un  certain  nombre  de  centres  de 
population,  qui  donnent  aux  espèces  d'un 
même  groupe  des  parties  différentes,  au- 
tre fait  qui  se  représentera  à  notre  apprécia^ 
lion  à  propos  de  la  diversité  du  genre  hu- 
main. 

Pour  qui  veut  écouter  le  langage  de  l'ex- 
périence plutôt  que  le  besoin  de  reposer  son 
esprit  dans  l'unité  d'un  fait  général  qui  ab- 
sorbe toute  diversité  ;  pour  qui  préfère  une 
notion  positive  à  une  vague  aspiration,  une 
vue  directe  des  choses  au  mirage  des  pers- 
pectives lontaines,  enfin  une  science  posi- 
tive et  prudente  aux  spéculations  de  l'idéa^ 
lisme,  la  nature  se  présente  comme  une 
construction  harmonique ,  non  comme  une 
chatne,  non  comme  une  série  de  manifesta- 
tions successives  et  procédant  les  unes  des 
autres,  non  comme  révolution  spontanée  et 

{)rogressive  d'un  fait  principe ,  non  comme 
a  détermination  diversifiée  d'une  première 
existence  indéterminée,  non  comme  la  forme 
Tisible  d'un  Dieu  à  la  fois  substance,  cause 
et  phénomène.  Les  éléments  divers  qui 
composent  le  monde  sont  dis-je,  les  uns  à 
l'égard  des  autres,  dans  un  rapport  d'harmo- 
nie physiologique ,  et  rien  n  autorise,  tout 
éloigne  au  contraire ,  de  l'hypothèse  de  leur 
relation  généalogique.  De  l'empire  inorga- 
nique au  plus  simple  des  corps  organisés , 
il  y  a  une  distance  que  rien  ne  remplit  :  la 
nature  physique  et  la  nature  vivante  sont 


deux  assisses «iiperposées  et  nondeslermes 
consécutifs  dont  le  premier  engendrerait  le 
\    second.  L'animal  n'est  pas  non  plus  un  m. 
l   duit  perfectionné  de  la  vie  végétale.  Éilin 
1  les  espèces  des  deux  règnes  organiques 
M.  montrent,  à  la  manière  dont  elles  se  m- 
n.pent  et  se  conservent,  qu'elles  ne  procèdent 
\  Vas  les  unes  des  autres.  Indépendants  par 
'  lo.  ur  origine,  placés  par  leurs  caractères  à 
des •  distances  inégales,  mais  rattachés  te 
uns  aux  autres  par  la  communauté  Sm 
Tîiême  fonds  matériel  et  de  quelques  pro- 
priéti  ^s  générales,  les  règnes  de  la  nature 
sant  .les  étages  successifs  d'un  édifice;  cet 
édifice  nous  dénonce  un  architecte  suprême, 
créateur  et  ordonnateur  tout  à  la  fois,  oui  a 
mis  partout  le  cachet  d'un  pensée  providen- 
tielle; il  *a  procédé  dans  ses  actes  de  création 
des  oondîAions  générales  de  l'existence  maté- 
rielle à  des  conditions  de  structure  deplos 
en  plus  spô^ciales,  d'une  activité  uniferselle, 
simple,  nécessaire  et  réglée  avec  la  dernière 
rigueur,  à  ane  vie  de  plus    en  plus  spon- 
tanée. Mais  cette  œuvre  ne  s'est  point  éle- 
vée jusqu'à  la  vie  animale  pour  s  y  arrêter; 
elle  tend  à  un  terme  supérieur  à  l'homme, 
qui,  à  ce  point  oit  nous  sommes  arriréS)  se 

Présente  devaat  nous,  entouré  desélémenu 
e  comparaison  que  nous  venons  de  réunir 
pour  comprendre  ses  caractères ,  pour  m^ 
surer  sa  supériorité,  pour  lui  assigner  s« 
place  et  son  rôle  ;  par  lui,  nous  achèTeron« 
de  comprendre  la  nature,  et  nous  pourrons 
.  donner  une  formule  du  système  de  création 
dontU  est  le  conronnemeut  {Voy.  Hollud. 
De  Vhofntm  et  des  races  humaines.) 

NATURE  ;  il  y  a  un  dessein  dans  ses  on* 
vrages.  Voy,  V Introduction. 

NECKER  DE  SAUSSDRB  (Madame}.  Toi 
Langage. 

NEGRES  .^ELAGIENS.  —  Une  popnlatios 
noire  à  chevelure  laineuse,  ressemblant  par 
les  traits  et  la  couleur  aux  nègres  de  Gniiiéf. 
est  répandue  au  loin  dans  Tarchipel  indien. 
Elle  habite  l'intérieur  de  beaucoup  d*iies  H 
M.  Grawford  nous  apprend  que  aans  dan- 
très  îles  d'où  elle  a  disparu  on  trouTe  en- 
core les  traces  de  son  existence.  Dampieret 
d'autres  anciens  navigateurs  en  ont  rencon- 
tré le  long  des  côtes  septentrionales  de  U 
Nouvelle^Guinée,  de  la  Noiivelle-Brettpif 
et  de  la  Nouvelle-Irlande  ;  il  parait,  d'âpre 
les  récits  des  voyageurs,  qu'outre  les  Pfr 
pouas  hybrides,  dont  nous  avons  déjà  ftu 
mention,  il  y  a  dans  ces  parages  des  tribn.^ 
à  cheveux  courts  et  laineux  qui  ressemblent 
beaucoup  plus  aux  Africains.  A  quelle  éçtr 
que  se  sont-elles  répandues  dans  ces  régions 
c  est  oe  que  Ton  ne  peut  détenDinen  H 
nous  ne  savons  pas  non  plus  qu'elle  fot 
leur  premier  point  de  départ.  Il  est  à  remar- 

Suer  que  le  pays  montagneux  de  Tintéheiff 
e  la  péninsule  malaise  est  habité  parde5 
peuples  à  chevelure  laineuse,  qui  sont  c(^ 
nus  sous  le  nom  de  Samany,  et  qoe  h^ 
suppose  être  les  aborigènes  du  pays  qitf  ^ 
partagent  aujourd'hui  les  Orang-Benuas  « 
les  habitants  des  plaines.  On  dit  que  (t^ 
derniers  ressemblent  aux  Malais.  Aai  ^ 


m  i^fiti  DANTIlROPOLOGiC.  KEC  iOlO 

ADdaman ,  (tans  le  golfe  du  Ben^le ,  on     bien  peu  de  nègres  ont  éié  con virtis  ;  ear.  es 

rocherchant  dans  le  registre  où  sont  imcrit». 


connaît  un  pea)>lé  tout  semblable,  et  ces  Iles 

forment  la  limite  orientale  de  la  région  où 

on  Its  a  trouvés. 

I  Les  nègres  pélagiens  sont  eonnus  depuis 

longtemps  comme  hatritants  de  l'intérieur 

des  Iles  Penang»  dans  Tarchipel  des  Phiiipi- 

nes,  oà  ils  ocoupent,  loin  de  la  côte,  des  can- 
tons montagneux.  Une  des  petites  lies  a  été 

nommée  à  caose  d'eux  :  Jsta  tfe  loi  negros^ 

dans  d*atttres  tles,  on  les  appelle  neariios 

âd  monte.  Ils  portent  encore  le  nom  d'Aïg- 

(as  et  dlgnatast  ce  quir  suivant  don  Fran- 
cisco Garcia  de  Terres,  signifie  noirs.  Oh 

les  appelle  aussi  I^olotes.  Nous  avons  de 

nombreuses  descriptions  de  ce  pepple  dans 

les  écrits  des  missionaires  catholiques  qui 

)0(  résidé  aux  îles  Philippines. 
Il  paraît,  d'après  tontes  ces  relations  qu'il 

r  a  Jeux  races  de  noirs  dans  Tinténeur 

ks  lies  Philippines.  Ce  qui  suit  est  extrait 

la  récit  de  i*abbé  Bernado  de  la  Fuente. 

^  Les  noirs  des  lies  Philippines  sont  de 

teui  races  difTérenles.  On  suppose  dans  le 

^p  cnie  Tune  descend  des  Malabars  ou  Se- 

^ys  (Cipajes),  parce  que,  bien  que  leur 

mu  soit  tout  à  fait  noire,  leurs  cheveux 

r^nt  longs,  &ns  et  brillants  comme  ceux  des 

utres  Indiens,  et  leur  visage  n'est  {>oin,t 

éfî^niré  par  le  nez  épaté  et  les  grosses  lè- 

res  des  nègres  de  <jUïnée.  Ce  peuple,  soH 

ton  l'observe  dans  l'état  d'esclavage,  soit 

iion  le  considère  dans  l'état  de  liberté,  a 

«  manières  qui  indiquent  un  certain  de- 

^é  de  cjrilîsfttion, 

«  O'jant  aux  noirs  de  la  seconde  race  que 

>B  connaît  sous  le  nom  d'Aïgtas,  ils  sont 

«perses  dîins  les  montagnes,  où  ils  mènent 

^  vie  errante  ;  ils  ont  dans  leurs  traita 

^lipxe  chose  de  la  difformité  des  nègres, 

comme  eiw,  ils  ont  les  eheveui  crépus. 

ïen  trouve  quebpies-un»  dans  l'île  de  Lu- 

B,  et  ils  sont  très-nombreux  dans  ïlsla  de 

^negroiy  dont  ils  se  croient  les  premiers 

bitâats.   On  diiait  que  ces  mafheupeux 

lit  sous  le  poids  d*une  malédiction  divine  : 

vivent  dans  les  bois  et  les  montagnes  à  la 

nière  des  animaux,  par  familles  séparées     leVtes  du  bisaya  et*du  ta^ala,  qui  sont  les 

i  errent  à  Tarenture,  en  se  nourrissant^  idiomes  principaux  des  Iles  Philippines,  et 

^  fruits  que  In  terre  produit  spontané-  ^  sont  connus  pour  être  des  dialectes  de  la  lan- 

!ot.  Il  n*eat  jamais  venu  à  ma  connais*  *  me  malaise.  L*abbé  Terres  dit  :  «  La  lingua 

ice  qu'ufie  de  ces  familles  nègres  ait  fixé     3eir  Isola,  delta  de*  negri  è  la  bissava  stessa, 

aemeure  dans  un  village.  S'il  lenr  arrive     col  miscuglio  dî  moUissime  parole  fores- 

tieri  »;  et  de  La  Fuente  répète  dans  un  au^ 
tre  endroit  ce  qu'il  a  dit  de  leur  langue  dans 
le  passage  cité  plus  haut  :  Lo  loro  linma  è 
bohalana^  poicheniesiami  parfat^ano  ieobene 
adutterata. 

A  ))artir  de  l'extrémité  méridionale  de  la 
Nouvelle-Bretagne  et  de  la  Nouvelle-Irlande, 
on  trouve  des  peuplades  de  nègres  pélagiens 
dispersées  dans  les  archipels  de  la  Louisiane 
et  des  îles  Salomon  tusqu'à  Santa-Cruz ,  et» 
encore  pins  loin,  dans  les  Nouvelles-Hi^- 
brides  et  la  Nouvelle-Calédonie.  Du  reste, 
l'ethnographie  de  ces  derniers  pays  n'est 
encore  qu'imparfaite^ient  onyg^  <|t  nlu- 
aieurs  voyageurs  nous   r-  ^^ 

que  les  cheveux  des'  nou^ 


les  baptAmes  depuis  deux  cents  ans,  je  n'ai* 
trouve  que  le*  nom  d'un  seul  de  ces  hom- 
mes. J'ai  toujours  été  très-doux  et  très-bien- 
veillant avec  ces  familles  de  noirs,  espérant 
Îue  la  grâce  du  Seigneur  finirait  par  fructi- 
er  dans  leurs  cœurs,  et  je  m'aperçus  à  la 
fin  qu'ils  commençaient  à  avoir  confiance  en 
moi  et  qu'ils  m'obéissaient  pour  plusieurs 
choses.  »  Noire  auteur  ajoute  qu'ils  parlaient 
la  langue  bobalane,  et  que  Ton  supposait 
qu'ils  descendaient  de  nègres  africains,  con- 
jeclure  aussi  peu  fondée  que  celle  par  la- 
quelle il  fait  descendre  des  Malabares  l'autre 
race  noire  à  cheveux  lisses.  On  lui  dit  qu'il. 
y  avait,  dans  l'intérieur  de  l'île,  des  nègres 
qui  avaient  les  yeux  tout  à  fait  rouges,  et 
qui  étaient  cannibales ,  mais  il  n'en  vit  ja- 
mais un  seul. 

Le  capitaine  Gabriel  Lafond  (de  Lavey)  a 
donné  récemment  des  détails  très-intéres- 
sants sur  une  tribu  de  ces  nègres  qui  habi- 
tent riJe  de  Lasso,  où  ils  occupent  des  lieux 
d'un  abord  très-difficile.  M.  Lafond  a  visité 
un  de  leurs  villages  dans^  la  montagne,  et  il 
dit  que  les  habitants  avaient  les  mosurs  les 

Clus^  sauvages.  Cet  auteur  s'accorde  avec 
egenlil  pour  les  représenter  comme  des 
sauvages  presque  nus,  à  nez  plat  et  ayant 
les  chevaux  semblables  à  de  la  laine  ou  du 
coton.  Ils  ressemblent  parfaitement  aux  nè- 

Îjres  de  lllede  Luçon.  Ils  sont  maigres,  ont 
e  corps  gréb,  et  paraissent  très-agiles.  Leur 
taille  est  remarquablement  petite,  ne  s'éle- 
vant  guère  au-dessus  de  quatre  pieds,  ël 
plus  près  de  quatre  que  de  quatre  et  demi. 
Sous  ce  rapport  les  Inagtas  ou  Igolotes  res- 
semblent a  certains  Samangs  des  montagnes 
malaises  que  Crawford  représente  comme 
étant  d'une  race  très-petite.  M.  Lafond  re- 
connaît que  dans  d'autres  lieux  leur  stature 
est  plus  élevée. 

Il  est  à  remarquer  que  M.  Lafond,  de 
même  que  tous  les  missionnaires  qui  ont 

f)u  connaître  ces  peuplades  noires  des  Phi- 
ippines ,  affirme  qu  elles  parlent  des  dia- 


>. 


tre  faits  esclaves  par  les  màhométans,  ils 
«ssent  battre  jusqu'à  La  mort  plutôt  que 
•e  soumettre  à  aucune  fatigue  corporelle, 
li  la  forée,  ni  la  (persuasion  ne  peuvent 
enir  d'eux  le  moindre  travail.  Non  loin 
ma  mission  de  Buywan,  dans  l'île  dé  lo$ 
Fos,  il  se  tr<mv«it  une  borde  de  familles 
noirs  qui  avait  certains  rapports  de 
aaierce  avec  quelques  Indiens  barbares  ; 
i*ri  leur  doniièreat  l'idée  que  les  tenta- 
'*  que  je  ftdaais  pour  les  engager  k  reee- 
r  le  tMptème  n'avait  d'autre  objet  que  de 
mettre  dans  une  poeition  où  le  gouver- 
^leiit  pûl  les  Ibrew  h  payer  le  tribut  :  en 
^luenee,  je  ne  parvins  jamais  h  réus- 
«uj»rè9  d'un  seul.  Je  crois  en  général  que 


lOH 


NEG 


DICTIONMASRE 


WS 


fOti 


soient  crépus  et  très-frisés,  ils  ne  sont  pas 
semblables  à  ceux  des  Africains.  L'Ile  de 
Màllicollo  renferme  à  ce  qu'il  parait  une 
race  de  nègres  petits  et  grêles  dont  la  tête, 
ainsi  que  Cook  Ta  remarqué,  est  singulière- 
ment prognathe.  Enfin,  les  Xasmaniens,  ou 
naturels  de  la  terre  de  Diémen,  peuple  pres- 
que entièrement  exterminé  aujourd'hui , 
•  sont  décidément  de  lai  souche  des  uè^^res  pé- 
lagiens. 

On  a  supposé  que  la  race  des  nègres  péla- 
giens  s'étendait  à  l'est  aussi  loin  que  Tarchi- 
])el  des  îles  Fidji,  dont  les  habitants  parais- 
sj'ut  avoir  avec  eux  quelque  ressemblance. 
Ce  y^oupe  d'îles  a  é!é  visité  par  le  capitaine 
d'Urville,  à  qui  nous  devons  de  nouveaux 
renseignements  sur  le  pays  et  sur  sa  popu- 
lation. Ces  îles  spnt  appelées  par  les  indigè- 
nes, îles  Viti,  et  il  paraît  que  Fidji  n'est  que 
Taltératien  de  ce  mot  dans  la  langue  tonga. 
Ils  se  donnent  à  eux-mêmes  le  nom  de  Kaï 
Viti,  et  désignent  leurs  voisins,  les  insulai- 
res de  Ton^a,  sous  celui  de  Raï  Tonga,  mots 
formés  de  la  racine  taï,  qui  veut  dire  man- 
ger ou  vivre.  M.  d'Urville  etdonpé  le  portrait 
d'un  iusulaiçe  dçs  llçs  Viti,  nommé  Tambua 
Nakoro.  Cet  homme ,  à  ce  qu'il  dit,  avait 
des  manières  prévenantes,  une  physionomie 
agréable  et  un  caractèro  très- doux;  il  lui 
parut  de  beaucoup  supérieur  à  tous  les  sau- 
vages qu'il  avait  vus  jusqu'alors.  Par  l'en- 
semble, de.  tout  sou  extérieur,  l'expression 
de  sa  physionomie ,  la  couleur  de  sa  peau, 
qui  u  était  que  d'une  teinte  basanée,  il  rap- 
pelait à  M.  d'Urville  le  type  ^rabe  :  «  Sou 
intelligence,  dit  le  célèbre  navigateur,  ne  le 
cédait  pas  à  cellç  de  ces  homm^  naguère  si 
célèbres  dans  les  arts  et  les  sciences.  »  Sa 
conduite,  à  bord  du  vaisseau,  fut  toujours 
grave,  convenable,  réservée.  îl  parais'sait 
avoir  beaucoup  do  calnje,  quelles  que  fus- 
sent les  circonstances,  il  ne  s'abandonnait 
pas,  comme  ses  compatriotes,  à  des  transp(n*ts 
immodérés  de  joie  ou  de  chagrin,  d^  colère 
ou  d'enthousiasine.  «  Les  caractères  physi^ 
ques  de  cet  homme  étaient  également  remar- 
quables. Sa  chevelure,  abondante  et  frisée , 
ressemblait  presque  h  celle  des  Pai)ouas,  et, 
ce  gui  lui  donnait  l'air  le  plus  étrange»  elle 
était  du  plus  beau  noir  sur  le  devant  de  la 
tète,  tandis  que  par-derrière  elle  était  d'un 
rouge  foncé  ;  cette  diversité  de  couleur  ré- 
sultait, à  ce  que  suppose  M.  Dumont  d'Or- 
ville,  de  quelque  procédé  artificiel  exf.  usage 
parmi  <;.es  insulaires.  ».  ^ 

.  M.  d*Urvilie  partage  l'opinion  générale  re- 
lativement à  l'origine  des  habitants  des  îles 
V^ili.  Il  pense  que  la  race  noire,  après  s'être 
avancée  progressivement  vers  l'est,  s'est  re]> 
contrée  dans  ces  lies  avec  les  Polynésiens, 
qui  étendaient  leurs  conquêtes  dans  une  di- 
rection opposée,  et  que,  leur  ayant  résisté 
avec  succès  dans  ces  iles,  elle  a  empêché  les 
progrès  ultérieurs  de  l'invasion.  Fjrtchard 
n'admet  point  cette  rencontre»  car  il  ne  doute 
point  que  la  race  malaise  se  soit  elle-mâoiû. 
avancée  de  Tousi  à  l'est,  et  il  croit ,  avec 
M.  Lesson,  que  la  race  polvnésienne  avait 
peuplé  les  groupes  éloignes  du  Grand-Océan 


avant  les  nègres  pélagiens,  qui  s'avancèrent 
«ensuite  dans  la  même  direction.  Tfous  n'a- 
vons pas  encore  de  renseignements  suffisants 
sur  les  habitants  des  îles  Viti  pour  émettre 
une  opinion  définitive  sur  ce  sujet  ;  mais 
Guillaume  de  Humboldt  a  montré  qu'il  y  a 
de  fortes  raisons  pour  révoquer  en  doute 
Tooinion  généralement  reçue. 

Nègres.  Voy.  ethwpique  (Race) 

NEGUSU.  Voy,  ÂBYSsiN^Eifs. 

NELUMBO.  —  Le  Nelumbo  élégant  (AV 
lumbiuvi  speciosum)  est  le  padma  sacré  des 
Indiens,  la  fleur  du  loto$  aes  anciens,  dont 
les  fruits  et  les  racines  étaient  bons  à  man* 
ger;  les  mythologies  des  peuples  qui  ont 
connu  cette'^plante  se  sont  plu  à  se  jouer 
sur  elle  de  diverses  manières.  Les  feuillets 
rondes  dentées  qui  s'élèvent  au-dessus  des 
eaux  avec  leurs  pétioles  épineux,  ces  gran- 
des fleurs  polypétales  de  couleur  rose,  et  qui 
ressemblent  à  celles  du  nénuXar,  leur  odeur 
douce  et  suave,  tous  cçs  brillants  avantages 
attirèrent  sur  elle  les  çegards  de  la  popula- 
tion à  l'exclusion  de  tous  les  autres  végé- 
taux. 

L'élégant  Padma  put  devenir  remblèmedc 
la  nature  productrice ,  parce  que,  dans  k 
centre  du  noyau,  on  voit  d^à  rembryoa 
tout  formé,  semblable  à  un  bourgeon  vl'rt. 
U  paraît  qu'on  a  transporté  sur  la  i^ve  les 
idées  religieuses  et  mystérieuses  attachées 
çu  Padma.  La  ressemtdanœ  extérieure  de  h 
noix  de  Padma  avec  la  fève  fut  la  cause  pour 
laquelle  on  appela  la  fève  d'Egypte  le  lota$, 
pour  le  distinguer  de  la  fève  grecque;  ma  s 
on  ne  s'en  tint  pas  là.  La  sainteté  qui  envi- 
ronnait le  lotos  passa  à  la  fève  commune^ 
Earce  que,  peut-être,  le  rempl^ça-tl-eUe  iians 
',s  contrées  sèches  et  arides.  De  là  vint  h 
défense  de  manzer  des  fèves ,  qu'on  attribue 
communément  a  Pytbagore.  Mais  diaprés 
Aulu-Gelle,  le  vers  si  connu  qui  contient  b 
défense  de  l'usage  des  fèves  est  d'KmpédO' 
cle  ;  suivant  les  Géoponiquês ,  il  serait  d*Or- 
phée.  Hérodote  (i.  u,  c.  37)  attribua  oett< 

Erohibition  aux  anciens  Egyptiens.  Il  e>t 
ien  constant  que ,  dans  une  antiquité  Irèr 
reculée,  les  Egyptiens  fuirent  en  relation  de 
commerce  avec  les  Indiens,  et  que  Tin- 
'  fluence  de  ces  derniers  opéra  la  fusion  de  h 
religion  du  fétichisme  et  des  noines  d  £- 
gypte.  Chez  les  Bomains  qui,  par  leur  lan- 
gue et  les  usages,  se  rapprochaient  encore 
plus  des  Indiens  que.  des  Grees^  la  Sève  de- 
vint aussi  une  chose  sacrée  et  religieu:^'. 
Nous  en  trouvons  U  preuve  dans  les  Fa- 
bariœ^  ffttes  eopsacrées  à  la  déesse  Carua.  It^ 
fèves  noires  avec  lesquelles  ou  metiait  ea 
fuite  les  Umureê^  et  la  fab0  re/ertra,  qu'on 
rapportait  des  champs  quai^d  on  revenait  tit 
semer.  La  culture  oe  la  fève  s'^t  répandue 
très-loin  :  elle  est  pratiquée  dans  toute  i*£a- 
i^ope,  en  Asie,  jusque  dans  la  nartie  septeo- 
trionale  de  l'Inde,  eu  Gbiae,  ou  elle  exisUit 
depuis  les  temps  les  plus  aticiens»  s'ii  fitu 
en  croire  les  Mémoires  sur  les  CkîMêi^. 
NËVROLOGIE.  Voy.  Ahatomib  ii^iiAfiiu 
NIGOLAS  (Augcstk).  Voy.  Lawaqk. 
NISIS  FORMAT! VI  S.  Voy.  Vabutios 


mi 


NOM 


DXMUROPOLOGIE. 


NOM 


10U 


KOBATES.  Voy.  Ni 

NODIER.  Voy.  LAïfCAGB. 

NOMADES  (Races).  —  Ces  races,  an  nom- 
bre de  cinq,  suivant  Pricfaanl,  appartiennent 
au  rameau  Mcyihique  d^  quelques  autres 
ethnographes. 

La  grande  ré^^on  centrale  de  la  hante  Asie, 
d*où  naissent  tous  les  fleuves  qui  vont  se  je- 
ter, au  sud  dans  l'Océan  indien,  à  Test  dans 
la  mer  d*Okhotsk  et  du  Japon,  au  nord  dans 
la  mer  glacée  de  la  Sibérie,  peut  être  consi- 
dérée comme  un  immense  plateau  égal  en 
superflcie  au  quart  de  tout  le  continent  asia- 
tique 11  est  ceint  de  deux  côtés,  c'est-à-dire 
au  nord  et  au  sud,  par  une  double  chaîne  de 
montagnes,  dont  chacune  s'élève  de  b^u- 
i-oup  au-des5us  du  niveau  des  neiges  perpé- 
tuelles. Des  ouatre  chaînes  dont  se  compose 
cette  double  iMirrière,  les  deux  méridiona- 
les sont  mimalaja  et  le  Kuen-Lun.  Cette 
dernière  chaîne,  située  au  nord  de  la  ure- 
tuière,  lui  est  en  partie  parallèle.  Dans  V es- 
i»ace  qui  les  sépare  et  qui  comprend  les 
iiauts  pays  du  Thibet,  de  Ladak  et  de 
H'Lassa,  près  du  lac  sacré  de  Manasa-Saro- 
wara,  naissent  les  deux  grands  fleuves  de 
rinde,  rindas  et  le  Brahmapoutra,  qui  em- 
brassent des  deux  côtés  et  isolent  toute  la 
ré^xion  connue  sous  le  nom  dlndoustan.  Au 
nord  du  Kouen-Lun,  on  trouve  le  grand  pla- 
teau centr^il  de  la  haute  Asie,  où  coulent  plu- 
sieurs rivières  qui,  ne  pouvant  trouver  ais- 
sue  à  travers  ces  barrières  de  montagnes, 
versent  leurs  eaux  dans  des  mers  intérieu- 
res. Les  rivières  qui  se  jettent  dans  le 
Koko-Nor  ou  le  lac  Bleu,  dans  le  Nor-Saisan, 
le  Lob-Nor  et  la  mer  de  Balkasb,  fertilisent 
de  vastes  pâturages;  c'est  là  que,  de  temps 
îmmémonal,  les  nomades  de  l'Asie  centrale 
ont  conduit  leurs  tit>upeaux;  c'est  là  que  se 
sont  multipliées  les  hordes  qui  devaient  plus 
iard,  sous  la  conduite  des  Attila,  des  Gen- 
lU^Khan,  des  Timour,  changer  la  face  de  la 
société  dans  une  grande  partie  du  monde 
habitable.  Au  nord  de  la  plaine  centrale,  le 
Tian-Shan  ou  la  Montagne-Céleste,  et  la 
montagne  d'Or  ou  l'Altaï,  limitent  la  région 
njontagneose  qu'ils  séparent  des  contrées 
liasses,  à  travers  lesc[uelies  courent  les  fleu- 
ves de  la  Sibérie,  qui  vont  se  jeter  dans  la  mer 
<vlaciale.  Sur  divers  points  de  ce  plateau  que 
l*on  peut  nommer  l'tle  de  la  haute  Asie  (car 
ce  devait  être  une  lie  à  Tépoque  où  l'Océan 
n'avait  pas  encore,  dans  sa  retraite  proçres- 
^tre,  laissé  à  sec  les  plaines  basses  qui  en- 
▼ironnent  de  tous  côtés  ses  hantes  terrasses), 
cJemeuraient  ou  plutôt  erraient  les  cinq  ra- 
ces nomades.  Nous  en  comptons  cinq,  bien 
«]u'îl  y  en  ait  une  dans  ce  nombre  que  i'Iiis- 
toîre  ne  peut  suivre  jusqu  au  plateau  ;  si  l'on 
est  conduit  à  admettre  qu'elle  en  est  descen- 
due du  côté  du  nord-ouest,  c'est  par  des 
déductions  tirées  de  certaines  affinités  de 
langages,  certaines  conformités  de  caractères 
fthvsiqttes  et  moraux ,  existant  entre  cette 
première  iamille  de  nations  et  les  trois  prin- 


cipales famille5  nomades.  Une  quatrième  fa- 
mille, celle  du  sud-est,  n'appartient  pas  au 
centre  du  plateau ,  mais  à  son  bord  thibe- 
tain.  Les  trois  familles  du  groupe  central 
sont  les  races  turque,  mongole  et  tongouse  ; 
la  branche  du  nord-^uest,  c'est  la  branche 
ugorienne  ou  ugrienne,  que  quelques  écri- 
vains désignent  sous  le  nom  de  race  finnoise 
ou  de  Tschudis  ;  la  branche  du  sud^st  est 
celles  de  Bohtjias,  peuple  montagnard  éta- 
bli vers  les  frontières  nord  de  l'Indoustan, 
et  qui  s'est  approprié  le  nom  de  Tartares, 
quoique  n'ayant  aucun  droit  à  ce  nom  célè- 
bre, lequel  appartenait,  dans  l'origine,  aux 
tribus  mongoles  des  bords  du  lac  Bouyir. 

Affirmer  que  toutes  ces  nations  appartien- 
nent à  une  môme  race,  ce  serait  aller  au-delà 
des  limites  légitimes  de  Tinduction;  et 
pourtant  il  faut  reconnaître  que,  dans  bien 
des  cas,  on  s'est  contenté,  pour  établir  une 
identité  de  races,  de  preuves  beaucoup 
moins  satisfaisantes. 

Toutes  ces  nations,  excepté  la  race  ugo- 
rienne, pour  laquelle  on  ne  peut  à  cet  égard 
rien  afinner,  ont  habité  ou  plutôt  ont  erré 
de  temps  immémorial  dans  des  pays  conti*r 
gus  ;  elles  sont,  quant  à  l'état  social  et  aux 
progrès  dans  les  arts,  à  très -peu  près  sur  un 
même  niveau  :  leur  caractère  moral,  leurs 
mœurs  et  leurs  habitudes  sont  semblables  ; 
leur  religion  et  leurs  superstitions  étaient 
anciennement  les  mêmes  ;  leurs  caractères 
physiques  peuvent  à  peine  donner  lieu  à 
des  distinctions  (653).  Leurs  langues,  quoi- 
aue  n'étant  pas  identiques^  et  ayant  même 
été  longtemps  considérées  par  les^^auteurs  les 
plus  instruits  comme  tout  à  fait  distinctes, 
ofl^nt  cependant,  quand  on  les  analyse  avee 
soin,  des  analogies  qui  prouvent  entre  elles 
une  parenté  éloignée,  mais  réelle,  compara- 
ble à  celle  dont  on  a  récemment  démontré 
l'existence  entre  les  membres  les  |[»Ius  éloi- 
gnés du  groupe  indo-européen.  Il  n  y  a  d'ex- 
ception à  fpire  que  pour  la  langue  du  Bou- 
tan,  à  laquelle  cette  remarque  pourrait  bien 
ne  pas  s'appliquer,  ou  du  moins  qe  s'appli- 
quer que  partiellement. 

Bien  qu'on  ait  une  histoire  des  oation^ 
mongoles  écrite  par  un  prince  mongol,  une 
histoire  des  nations  torques  écrite  par  up 
khan  turc,  et  ^e  les  deux  nobles  historiens 
prétendent  suivre  les  faits  et. gestes  de  leujr 
race,  à  partir  du  commencement  du.  monde, 
on  peut  dire  réellement  qiie  les  peuples  nor  : 
mades  de  l'Asie  centrale  ne  possèdent  poinjt 
de  titres  historiques  qui  remontent  jus- 
qu'à' leur  origine.  Les  compilations  d'Abul- 
fhasi  Bahadur-Khan  et  dc^  Sanang-Setzen, 
un  musulman,  l'autre  bouddhiste,  rattachent 
l'origine  de  leurs  races  respectives,^ la  pre- 
mière à  l'histoire  des  patriarches  de  TAn- 
cien  Testament,  comme  c'est  l'usage  de  tous 
les  auteurs  mahométans,  l'autre,  aux  dieux 
incarnés  ou  aux  sages  divins  de  l'Inde,  cé- 
lébrés dans  les  fables  du  bouddhisme.  Fn 
fait  remarquable,  cependant,  c'est  que,  dans 


<655)  le  ne  fais  œtie  reoiarqiic  que  nHativement     celles  de  la  soochc  arianei  aussi  bien  «pi^à  cdies  de 
races  encore  nomades  ;  mais  je  l'applique  à     la  souche  turque. 


irt5 


NO\i 


OlCTIONxNAIRE 


mm 


lOtG 


plusieurs  tradîtious  très-r<5panJues9  qui  soot 
iilus  ou  moins  intimement  liées  à  toutes  ces 
histoires,  et  qui  ont  été  recueillies  à  des 
époaues  et  dans  des  lieux  très-éloignés ,  on 
semble  apercevoir  une  obscure  réminiscence 
de  l'arrivée  de  quelques  i)andes  fu:pL'ves, 
venant  d*un  pays  lointain,  et  qui,  s*éîant  ré- 
fugiées dans  les  déserts,  pour  échapper  à  la 
destruction,  seraient  devenues  par  la  suite 
la  souche  des  races  nomades.  Une  de  ces  sa- 
gas fait  fonder  sur  le  mont  Altaï  la  dynastie 
turque  par  une  famille  issue  d'une  louve, 
•OU,  si  Ton  veut  donner  à  Thistoire  une  inter- 
prétation un  peu  raisonnable ,  nourrie  par 
un  de  CCS  animaux.  Le  père  de  cette  famille 
est  représenté  comme  un  ê:re  mutilé  de  tous 
ses  membres,  et  échappé  aux  terribles  cala- 
mités qui  avaient  accablé  sa  race.  Une  autre 
tradition  est  relative  à  Toriginc  des  Mon« 
gols  :  suivant  cette  légende  qui  était  si  ré- 
pandue que  non-seulement  on  la  trouve  re- 
produite i)ar  Rashid-Eddih  et  Abulgliasi-»Khan, 
mais  que  Sanang-Setzen  y  fait  aussi  allusion, 
la  race  mongole  avait  été  enfermée  pendant 
des  siècles  dans  la  vallée  de  Irgbœn^e-Koun, 
vallée    ceinte   par  des   montagnes  de  fer. 
Quand,  à  la  un ,  la  population  se  fut  aug- 
mentée au  point  de  ne  plus  trouver  de  quoi 
subsister  dans  des  limites  aussi  resserrées, 
elle  chercha  à  s'ouvrir  une  issue,  et  y  par- 
vint en  fondant  les  roches  de  fer,  au  moyen 
d'un  grand  feu  animé  par  les  soufllets  de 
soixante-dix  forges.  Cet  événement  se  célé- 
brait par  uLe  f&tc  annuelle  jusqu'au  siècle 
de  Gengis-Khan.  La  petite  horde  qui  sortit 
de  Irghœnœ-Koun  pour  conquérir  le  monde 
oriental,  descendait  de  deux  patriarches  qui 
y  étaient  réfugiés  depuis  nomlire  de  siè- 
cles. La  plus  nombreuse  et  la  plus  célèbre 
de  toutes  ces  nations  était  celle  des  Hiong- 
Nu,  qui  possédait  un  vaste  pays,  s'étendant 
im  nord  de  la  grande  muraille  de  la  Chine 
jusqu'au  fleuve. Amur,  etàTauest,  depuis 
les  montagnes  d'In-Shan  qui  dominent  tout 
le  cours  supérieur  de  la  rivière  Jaune  ou 
Hoang-Ho.  Leurs  guerres  avec  les  empe- 
reurs de  la  dynastie  de  Han,  qui  correspon- 
dent au  commencement  de  l'ère  chrétienne, 
sont  au  nombre  des  événements  les  plus 
importants  de  l'histoire  de  ce  grand  empire. 
Lapolitiauo  chinoise  sut  arrêter  les  projets 
hostiles  de  Tan-Shu,  souverain  des  Hiong- 
Nu,  en  lui  donnant  en  mariage  une  prin- 
i.'csse  de  la  maison  royale.  Les  lamentations 
d'une  femme  élevée  au  milieu  de  la  civili- 
sation et  devenue  reine  d'un  peuple  barbare, 
ont  paru  aux  historiens  chinois  dignes  d'ôlre 
rappelées,  et  ils  les  ont  reproduites  dans  des 
vers  que  nous  allons  citer,  parce  qu'ils  ca- 
ractérisent bien  les  mœurs  de  ces  races  no- 
mades : 

Mes  parents  m'ont   abandonnée    dans    une   terre 
Us  m'ont  livrée  au  chef  des  Usiins.      |êirangère, 
H  habite  une  huUe  misérable  couverte  de  |Kiaux  ; 
U  se  nourrit  de  chair  crue  ;  il  ne  boit  que  du  iail. 
Oh!  quand  je  pense  à  mon  ancien  séjour, 


J'envie  les  ailes  de  Toîe  sauvage 
Pour  revoler  au  pays  paternel. 

1"*  De  la  race  ugorienne  ou  ugrienne.  —  Je 
commencerai  la  dfescription  sommaire  de  ces 
cinq  races  nomadef^  par  celle  du  nord-ouest, 
qui,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  ne  peut  pas 
être  directement  rattachée  à  la  région  cec- 
traie  de  la  haute  Asie. 

11  est  probable  que  c'est  une  de  ces  races 
que  l'histoire  de  la  Chine  nous  dit  avoir  été 


qu  eue  est  eu  euei  aescenuue  ae  ce  pla- 
teau, c'est  l'anal  vse  et  la  comparaison  de  sa 
langue  avec  celle  des  grandes  naticos  cen« 
traies.  La  race  qui  forme  ce  qu'on  a  nommé 
les  nations  ugrlenncs  ou  les  Ogres,  avait 
abandonné  le  plateau  oriental  et  pris  posses- 
sion des  pa.ys  du  nord*ouest,  è  une  époaue 
antérieure  à  celle  dont  il  est  parlé  dans  les 

Plus  anciennes  histoires.  Longtemps  avant 
arrivée  des  nations  germaines  et  slaves 
dans  le  nord  de  l'Europe,  les  Ugriens  occut 

Ê aient  tout  le  pays  qui  s'étend  depuis  la 
altique  jusqu'aux  monts  Ourals,  et  allaient 
mémo  jusqu  à  l'Obi  et  l'Irtisch,  en  Sibérie. 
Plus  loin,  vers  l'ouest,  se  trouvaient  les 
Finns  et  les  Lappes,  qui  formaient  une  bran* 
che  de  cette  race.  Le  peuple  que  les  Russes 
nomment  Tschudes  appartenait  aussi  à  la 
même  souche.  Plus  loin,  à  Test,  le  nom 
d' Ugriens  ou  Jugoriens  prévalut.  Les  Ogres 
sont  le  prototype  de  ces  monstres  sauvages, 
qui  habitaient  les  forêts  et  les  montagne, 
et,  grAce  à  celte  circonstance,  leur  nom  s  est 
conservé  dans  les  fables  populaires  beaucoup 
mieux  que.dans  les  histoires.  Ce  nom  cejx^M- 
dant  est  le  plus  ancien  de  tous  ccnx  m 
leur  race  a  portés.  Les  hommes  du  Nord  les 
considéraient  comme  une  race  de  raonslres 
et  de  géants.  L'épithète  de  Jotnar  ou  Jotuns, 
qui  se  rencontre  souvent  dans  les  Sagas, 
avait  cette  si^^niiication.  Les  Jotuns,  pour  b 
anciens  poètes  du  nord,  de  même  que  les 
Titans  pour  les  Grecs,  étaient  ennemis  dei 
dieux  et  des  hommes»  des  créations  de  rima- 
gination,  des  symboles  des  maux  physique 
et  moraux.  Certaines  races  d'hommes  qui 
étaient  les  ennemis  constants  et  héréditaires 
des  tribus  teutoniques,  étaient  aussi  ap|)elés 
Jotuns,  et  ce  nom  prend  un  sens  historioue 
lorsqu'il  est  employé  pour  désigner  les  abo- 
rigènes barbares  du  nord  de  l'Europe,  dont 
la  coiiquête  et  Texterminatiou  par  une  race 
plus  heureuse  est  célébrée  dans  les  anciens 
poëmes  des  Scaldes.  On  retrouve  la  trace  de 
ces  premiers  habitants  de  la  Scandinavie  dans 
l'histoire  de  leurs  guerres,  qui  s'est  trans- 
mise d'âge  en  âge  depuis  les  premiers  leffl^ 
historiques.  Adam  de  Brome  qui,  au  xi'  p 
de,  passa,  tant  en  qualité  de  missioDpa|re, 
que  comme  engagé  dans  le  service  militai** 
douze  années  près  d'un  roi  de  Danemark, 
Swen  Ulfson,  nous  a  conservé  dans  lepaj^ 
sage  suivant  le  souvenir  d'événeoicnU  de 
ce    genre.  NarravU    mihi^  Rex  Danoru» 
sœpc  recolendusj  gentem  quamdam  ex  »«^'^' 


(654)  Researchçs  in  (he  physkai  hisionj  of  Mankind^  vol.  III,  p.  504  et  &uW. 


1017 


NOM 


D*ÂNTIIROPOLOCIE. 


KIS 


nis  tu  plana  descendere  iOAtam^  et  incertum 
esseuwie  reniai...  Subito  accedunt  ;  omnem 
depopulantur  regionem.  Ennemis  de  la  civi- 
lisation, ces  barbares  habitants  des  monta- 
gnes et  des  forêts  étaient  vêtus  de  peaux 
de  bêtes  fauves,  et  proféraient  des  sons  pbis 
semblables  aux  cns  des  animaux  sauvages 
qu*à  la  parole  humaine:  Oui/frarvm  peiiiùue 
tiiuntur  pro  restibus^  et  laquent e$  ad  inti- 
rrm,  frendere  magi$  quam  rerba  ferre  dicun» 
tur.  Ils  habitaient  des  cavernes  et  des  cre- 
vasses de  rochers ,  qu'ils  ne  Quittaient  que 
la  nuit  ponraller,  comme d*ignobles  brigands, 
surprendre  et  massacrer  des  hommes  endor* 
mis.  Ij^  Islandais  les  nommaient  Jotnen  et 
Thnrsen,  géants  et  enchanteurs.  Ce  qui 
prouve  que  ces  noms  n*étaient  pas  réservés 
a  des  êtres  Durement  imaginaires,  tels  aua 
ceux  avec  lesquels  ils  se  trouvèrent  plus 
tard  confondus  ou  associés  par  la  supersti- 
tion, c*est  que  les  Sagas  historiques,  dans 
les  généalogies  de  beaucoup  de  fiimilles»  les 
font  descendre  d'ancêtres  jotniens.  C'est  ûe 
guerres  très-réelles,  s'il  faut  en  croire  Geyer, 
que  parlent  les  poèmes  anciens  dans  leurs 
descriptions  des  combats  contre  les  barbares 
des  rochers  et  des  montagnes.  Dans  le  chant 
de  Tbiodulf  en  l'honneur  de  Thor,  ce  dieu 
est  nommé  Texterminateur  des  loups  des 
montagnes,  le  destructeur  des  autels  élevés 
aux  idoles  de  Fornjot,  le  vainqueur  des  Jo- 
tuns  et  des  Finns.  Ici  vient  se  Joindre  à  l'an- 
cien nom  de  Jotuns  un  nom  historique  qui 
montre  ce  qu'il  signifiait  dans  sa  plus  an- 
cienne acception;  ainsi  Snorro  Sturleson, 
ifans  le  Heimskrin^la,  emploie  comme  syno- 
nymes les  mots  Finns  et  Jotuns.  Le  peuple 
4|fi*il  désigne  sous  ces  deux  noms,  est  cer- 
tainement celui  des  Skritiifinni,  dont  Procope 
l^arle  comme  habitant  dans  le  vr  siècle  TUe 
de  Tbule.  Au  vin*  siècle,  nous  les  trouvons 
encore   mentionnés  sons  un  nom  qui  est 

{>resque  le  même,  par  le  fils  de  Paul  Warne- 
rid  ;  enfin  plus  tara,  ainsi  que  nous  venons 
de  le  dire,  Adam  de  Brème  en  parle  à  son 
tour.  Ces  hommes ,  qu'il  dépeint  comme  si 
légers  à  la  course  que,  dans  leur  fuite,  ils 
surpassaient  les  animaux  sauvages ,  habi- 
ta ient^  selon  lui,  certaines  parties  du  nord 
entre  la  Suède  et  la  Norvège,  principalement 
rUelsingland;  il  en  fait  mention  aussi  dans 
les  Wermslands.  Au  xi'  siècle,  ils  erraient 
2^ur  les  frontières  méndionales  de  la  Nor- 
vège, et  à  une  époque  antérieure,  ils  se 
trouvaient  certainement  dans  le  midi  de  la 
Suède  où,  dans  une  partie  du  Smaland,  on 
retrouve  encore  des  noms  de  lieux  tels  que 
Finweden,  le  Champ  des  Finns,  Finnheide 
et  Finnia. 

Les  Finns,  ou  Finois  étaient,  au  temps  de 
Tacite,  aussi  sauvages  que  les  Lappes;  mais 
dans  les  siècles  suivants,  ils  se  civilisèrent 
assez  pour  quitter  la  vie  nomade  et  se  livrer 
à  l'agriculture ,  tandis  que  les  Lapons  sont 
restés  jusqu'à  ce  jour  des  barbares  nomades, 
et  il  en  a  été  de  même  pour  les  tribus  sibé- 
ii*'unes  qui  apparlicnuent  à  la  même  race. 


et  notamment  pour  les  Togouls  et  les 
Ostiaks.  \j^  Finnois,  ainsi  que  leurs  frères 
les  Beonnahs,  Biarmiens  ou  Finnois  de  la 
mer  Blandie,  avaient  probablement  subi 
depuis  longtemps  ce  changement  dans  leurs 
halûtudes,  lorsqu'ils  furent  visités  par  Ottber, 
l'hôte  d'Alfred.  A  l'époque  où  les  Finnois 
furent  subjugués  par  les  Suédois,  ils  étaient 
déjà  depuis  longtemps  une  nation  séden- 
taire, mais  ils  présentaient  un  caractère  cu- 
rieux de  singularité  et  d'isolement. 

Ijes  branches  orientales  de  cette  race  sont 
les  Vogouls  des  monts  Ourais,  et  les  Ostiqks 
des  bords  de  l'Obi  :  les  Magyars  ou  Honnis 
qui  en  descendent  sont  un  peuple  énergique 
et  guerrier;  ils  ne  ressemblent  guère  à  leurs 
frères  du  Nord ,  chez  lesquels  une  longue 
habitation  dans  le  centre  de  r£urope  a  dé- 
veloppé les  qualités  physiques  et  morales 
de  la  race  anane,  en  même  temps  qu'elle  a 
révélé  leur  aptitude  à  s'élever  au  plus  haut 
deçré  de  civilisation.  Entre  les  nations  ou- 
raliennes  et  les  Finnois  occidentaux,  il  y 
a  diverses  tribus  de  la  même  race,  les  Mor- 
duins,  les  Tscheremisses,  les  Votiaks,  que 
le  savant  historien  de  cette  famille  de  na- 
tions ,  MùUer ,  nomme  Bulgares  finnois  ou 
Ougres  :  ces  tribus  furent  longtemm  sou* 
mises  au  khanat  turcdeBolgari,  surleWolga. 
^  Delà  race  turque  —  Les  tribus  turques 
ont  été  souvent,  mais  à  tort,  désignées  sous 
le  nom  de  Tartares.  Les  vrais  Tartares  ou 
plutôt  Tatares  sont  un  peuple  qui  tient  do 
près,  non  pas  aux  Turcs,  mais  aux  Mongols, 
et  qui  demeuraient  originairement  dans  le 
voisina^  du  lac  Bouyir,  dans  l'est  de  la 
Mongolie.  Les  écrivains  les  plus  versés  dans 
l'histoire  de  l'Asie,  de  Guignes,  Abel  Rému'» 
sat,  Klaproth,  Ritter,  sont  tous  d'acccrd  sur 
ce  point  (qui,  à  la  vérité,  semble  établi  d'une 
manière  incontestable),  que  les  races  tur« 
ques  répandues  maintenant  dans  différentes 
régions,  depuis  la  grande  muraille  de  la 
Chine  jusquau  Danube  et  à  l'Adriatique, 
sont  de  la  souche  des  Hiong-Nu,  peuple 
puissant  et  célèbre  qui  menaçait  déjà  Vexis- 
tence  de  l'empire  chinois  à  une  éiM>que  an« 
térieure  à  l'ère  chrétienne,  et  qui  occupait 
anciennement  une  vaste  contrée  située  entre 
le  nord  de  la  Chine  et  le  mont  Altaï,  c'est-à« 
dire  presque  tous  les  pays  dont  se  compose 
actuellement  la  Mongolie.  Après  la  chute  de 
l'empiro  des  Hiong-^Nu,  ces  mêmes  peuples 
sont  désignés  dans  les  histoires  chinoises 
sous  le  nom  de  Thu-K'iù  ou  Turcs,  et  sous 
celui  de  Whey-K>u-euls ,  que  les  Européen^ 
écrivent  Huf^Hursj  et  plus  correctement 
Ouigoun.  Les  Ouigours  ou  Turcs  orientaux, 
dont  Thistoire  a  été  éclaircie  par  Abel  Ré- 
musat,  forment  le  chaînon  qui  relie  ces  na- 
tions lointaines  aux  Seljukis  et  aux  Turcs 
Osmanlis,    mieux  connus  des    historiens 
européens.  Il  ne  serait  pas  impossible,  d'à* 
près  ce  qui  nous  reste  de  l'histoire  des  pre- 
miers temps  de  ces  tribus,  d'établir  leurs 
filiations,    mais   cela   nous  mènerait   fort 
loin  (655),  et  je  dois  me  contenter  de  j»? 


^';ôô>  Voy.  Be%e4irchci  into  ihe  ph^iicai  hnlonf  of  Hlanfiind,  toI.  IV 


1019 


NOM 


DICTIONNAIRK 


NOU 


m 


senter  ici  Quelques  remarques  sur   leurs 
caractères  pnysiques. 

On  trouve  chez  les  nations  turques  aujour- 
d'hui existantes  deux  types  fort  différents 
de  .visage  et  de  conformation  corporelle. 
Les  tribus  nomades  qui  n*ont  point  quitté 
les  pays  occupés  originairement  par  leur 
race,  et  qui  mènent  encore  jusqu'à  ce  jour 
la  même  vie  pastorale  et  errante,  ont  con^ 
serve  la  physionomie  et  les  caractères  géné- 
raux qui  paraissent  avoir  appartenu  aux 
Turcs  primitifs. 

Pour  nous  faire  une  idée  de  ce  que  sont 
les  races  turques  nomades,  il  nous  suffira 
d'en  considérer  une  seule ,  la  race  nom- 
breuse des  Kirghis*  qui  habite  les  pays  si- 
tués sur  les  limites  des  empires  russe  et 
chinois  et  qui  erre  dans  de  vastes  plaines  » 
depuis  le  lac  Âksakal  et  le  lac  Tengbiz  ou 
Balkash  jusqu'à  la  haute  région  de  Pâmer. 
Nous  allons  les  faire  connaître  en  re})rodui- 
sant  ce  qu'en  dit  un  voyagent*  qui  a  eu  ré- 
cemment occasion  de  les  observer ,  et  qui 
n'était  bien  certainement  influencé  par  au- 
cune idée  préconçue. 

«  Les  Kirçhis,  dit  le  lieutenant  Woods, 
dans  la  relation  de  son  voyage  aux  sources 
de  rOxuSy  sont  d'une  taille  fort  au-dessous 
de  la  moyenne  :  dans  un  kyl  où  il  se  trou- 
vait sept  hommes,  le  plus  grand  n'avait  que 
cinq  pieds  cinçi  pouces  et  oemi  (mes.  angl.). 
Ils  sont  fort  laids  de  visage.  La  partie  supé- 
rieure de  leur  nez  étant  très^ffaissée,  I  es- 
pace compris  entre  les  deux  yeux  est  tout  plat, 
et  parfaitement  de  niveau  avec  le  reste  de 
la  face;  les  yeux  sont  allongés,  très-cou^ 
verts  ;  le  front  très-saillant  à  sa  partie  infé- 
rieure et  fuyant  vers  la  partie  supérieure  et 
se  porte  en  arrière  beaucoup  plus  brusque-» 
ment  que  chez  les  Européens  ;  leurs  joues 
larges  et  bouffies  semblent  deux  morceaux 
de  chair  crue  qu'on  leur  aurait  collés  sur 
les  côtés  du  visage  ;  leur  menton  est  recou- 
vert d'une  barbe  rare  qui,  chez  les  individus 
dont  la  chevelure  est  le  plus  fournie,  frise 
naturellement.  Leur  corps  n'est  pas  muscu- 
leux.  Leur  teint  est  bruni,  moins  par  l'ar-^ 
deur  du  soleil  que  parce  qu'ils  sont  exposés 
à  toutes  les  intempéries.  Comme  chez  les 
Hazaras,  les  femmes  sont  beaucoup  mieux 
que  les  hommes,  leur  physionomie  est  assez 
agréable,  et  leurs  formes  ne  manquent  pas 
d élégance;  elles  font  de  bonnes  ména-^ 
gères.  » 

Dans  plusieurs  endroits  de  sa  relation, 
M.  Woods  revient  sur  la  fraîcheur  du  teint 
et  l'air  de  santé  des  femmes  kirghises.  Il 
dit  :  <c  Les  Rirghis  ressemblent  aux  Uzbecks  ; 
mais  tandis  que  ces  derniers,  qui  vivent 
dans  un  climat  tempéré,  sont  grands  et  bien 
faits,  les  Kirghis,  soumis  à  l'influence  d'un 
climat  rigoureux,  sont  petits  et  rabougris; 
ceux-ci,  d'ailleurs,  disent  être  alliés  aux  Uz- 
becks, et  ils  parlent  la  même  langue.  » 

Le  témoignasçe  de  Woods  est  conGrmé  par 
celui  de  plusieurs  autres  voya,Teurs.  Les 
missionnaires,  MM.  Zwick  et  Schill  assurent 
que  la  physionomie  des  Kirghis  a  une  très- 
grande  ressemblance  avec  celle  des  Mongols. 


Blumenbach,  qui  a  décrit  deux  tèlesde  Kir* 
ghis  faisant  partie  de  sa  collection,  y  troaTe 
complètement  les  caractères  mongols.  Comme 
preuve,  il  donne  le  dessin  de  deux  télés  os- 
seuses, dont  Tune  provient  d'uu  Kirghis,  et 
Tautre  d'un  Cosaque  du  Don,  et  ces  deux 
tètes  offrent  en  effet  des  exemples  parfaits 
de  la  forme  mongole. 

Si  je  voulais  rassembler  ici  les  descriptions 
de  toutes  les  races  de  Turcs  nomades  que  me 
pourraient  fournir  les  relations  d^s  TOjra- 
geurs,  j*en  remplirais  plusieurs  pa^es.  Gequ 
résulte  de  ces  diverses  descri[)lions,  c'est 
que  toutes  les  races  turques  qui  ont  persé- 
véré dans  leur  ancienne  vie  uomaclCi  et  er- 
rent dans  les  déserts  arides  et  froids  duTur- 
kestan,  ont  ce  qu'on  est  convenu  d'appeler 
la  physionomie  mongole  ;  aujourd'hui  on  re- 
trouve encore  beaucoup  de  ce  caractère  dans 
les  Nogaysde  la  Crimée,  et  (poup  aller  pren- 
dre un  exemple  dans  la  partie  la  plus  reculée 
du  vaste  pays  sur  lequel  se  sont  répandues 
les  races  turques),  dans  la  Sibérie  orientale» 
on  le  retrouve  chez  les  Yakouts,  qui  habitent 
le  long  du  cours  inférieur  de  la  Lena. 

Plusieurs  écrivains  à  qui  ces  faits  ne  sont 
pas  inconnus,  et  qui  sont  pourtant  détermi- 
nés à  rattacher  les  Turcs  à  la  souche  cauoa- 
sique,  essaient  de  rendre  compte  de  la  res- 
semblance qu'il  y  a  entre  ces  peuples  et  les 
Mongols,  en  supposant  des  mélanges  de  ra- 
ces ;  mais  la  considération  des  langues  ne 
permet  pas  d'admettre  cette  supposition :1a 
plupart  des  nations  dont  il  s^agit  parlent  uoe 
langue  qui  est  purement  turque,  avec  pea 
ou  point  de  mongol.  Nous  savons  d'ailleurs, 

fiar  d'abondantes  preuves  historiques,  que 
es  Mongols  ont  toujours  été  un  peuple  si 
peu  nombreux,  si  peu  important,  comparati- 
vement aux  Turcs,  qu'une  pareille  hypo- 
thèse devient  tout  à  fait  inadmissible,  dès 
qu'on  veut  l'appliquer  sur  une  grande 
échelle. 
La  race  turque  est  véritablement  abori- 

?;ène  des  régions  lointaines  de  l'Asie  centrale 
en  prenant  le  mot  aborigène  dans  le  m 
restreintoù je  me  hasarde  à  l'employer),  c'est 
un  peu  pie  originairement  lié  de  parenté  aoi 
Mongols  et  aux  Tonçouses,  et  qui  participe 
de  leurs  caractères  pnysiques. 

Les  premières  conquêtes  des  Turcs  dan» 
l'Occident  datent  du  règne  de  Yez-dejird,  le 
dernier  des  rois  de  Perse  adorateurs  du  feu» 
qui  avait  été  déjà  en  butte  à  leurs  attaques 
avant  qu'Omar  n'apportât  l'islamisme  ponr 
supplanter  la  religion  d'Ormuzd.  L'établis- 
sement des  tribus  turques  dans  le  Mawen 
Inahar  et  le  Khorasan,  et  leurs  premiers  pis 
vers  les  habitudes  des  nations  civilisées  et 
agricoles  correspondeut  donc  à  peu  près  à 
rëpoque  de  l'hégire. 

Les  Turcs  Osmanlis,  descendus  ea  grande 
partie  des  bordes  qui  formaient  les  aimées 
des  conquérants  seljucides  du  Khorasan,  sont 
les  plus  anciennement  civilisés  de  toute  leur 
race  ;  aussi  trouve-t-on  dans  rensem))le  ^ 
leur  organisation  et  dans  leur  physionoffiie 
beaucoup  de  traits  qui  sont  tout  i  fait  wiï 
du  type  européen,  et  les  autres  ne  s'en  m- 


fOSt 


NOM 


D^ANTIIROPOLOGIE. 


ROM 


iOH 


gneut  qae  très-pea.  Cette  ressemblance  se 
Toit  bien  dans  une  tète  qu*a  dessinée  M.  Mar- 
tin. Cette  tète,  comme  M.  Martin  lui-même 
en  fait  l'obsenration,  est  remarquable  par  sa 
forme  spbérique  ;  le  front  est  lar^e,  le  men- 
ton proéminent.  Tontes  les  oarties  sont  dans 
de  belles  proportions,  et  l'angle  fiicial  est 
presque  droit. 

Les  Tartares  de  Kasan  et  de  quelques  pro- 
Tînces  adjacentes  de  l*empire  de  Russie  sont 
au  nombre  des  nations  les  plus  ancienne- 
ment civilisées  de  la  race  turqne,  et  leur 
tête,  ainsi  que  Blumenbach  Ta  prouvé  par 
plusieurs  exemples,  a  presque  le  caractère 
européen. 

3*  La  race  mongole.  —  La  race  mongole 
proprement  dite  est  généralement  considé- 
rée comme  un  des  exemples  les  plus  frap- 
pants de  la  forme  pyramidale  du  crâne,  ou, 
ce  qui  revient  au  même,  de  rélargissement 
de  la  lace.  La  vérité  est  que  ce  caractère 
n'existe  pas  chez  elle  à  un  aussi  haut  degré 
&  beaucoup  près,  que  chez  les  Esçiuimaux  et 
chez  quelques  autres  nations  qui  errent  sur 
les  bords  de  l'océan  Glacial  ;  mais  cependant 
elle  appartient  décidément  à  une  variété  de 
l'espèce  humaine  qui  se  distingue  des  races 
européennes  par  la  forme  de  la  tète  osseuse. 
Un  autre  trait  de  configuration  qu'on  donne 
comme  un  des  caractères  de  la  race  mongole, 
c  est  la  forme  arrondie  du  crâne,  forme  très? 
éloignée  de  la  tète  proj$nathe,  de  la  tète  al- 
longée du  nègre  africain.  Toutefois  ce  n'est 
pas  encore  là  un  caractère  complètement 
distinctif,  car  il  se  trouve  dans  beaucoup  de 
races  européennes  ;  il  a  été  particulièrement 
observé  dans  les  tètes  que  renferment  les 
tombeaux  du  nord  de  l^urope,  tètes  que 
Ton  suppose  avoir  appartenu  a  des  peuples 
de  race  celtique. 

Les  caractères  physiques  des  Mongols  ont 
été  bien  exposés  par  Pallas,  dans  les  obser- 
vations suivantes  qui  se  rapportent  plus 
particulièrement  aux  Kalmouxs,  tribu  mon- 
gole établie  dans  les  plaines  voisines  de  la 
mer  Caspienne. 

«  Il  est  aisé,  dit  notre  auteur,  de  recon- 
naître aux  traits  du  visage  les  individus  ap- 
partenant aux  principales  nations  de  l'Asie; 
ces  nations  ne  se  mêlant  guère  entre  elles 
par  voie  de  mariage,  chacune  a  sa  physio- 
nomie propre,  et  c'est  surtout  le  cas  pour 
les  Mongols.  Si  Ton  foit  abstraction  de  la  cou- 
leur de  la  peaa,  il  y  a  certainement  autant 
de  différence  entre  la  nation  mongole  et 
toute  autre  nation  à  laquelle  on  pourrait  la 
comparer,  qu'il  y  en  a  entre  le  nè(p*e  et  l'Eur 
ropéen. 

«  La  forme  du  crâne,  qui,  dans  la  confi- 
iniration  particulière  à  cette  race,  constitue 
le  trait  le  plus  saillant,  est  surtout  très-re- 
marfjuable  chez  les  Kalmouks.  Au  reste,  les 
Mongols  proprement  dits  et  les  Bouriats  res- 
semblent tellement  aux  Kalmouks,  par  la 
physionomie,  les  habitudes  et  les  mœurs, 
que  ce  qu'on  peut  dire  d'une  de  ces  nations 
convient  également  aux  autres.  » 

^  Les  Kalmouks  sont  généralement  de 
faille  moyenne,  plus  petib  que  grands.  Ils 


sont  bien  faits  ;  et  |e  ne  me  souviens  pas 
d'avoir  vu  parmi  eux  une  personne  contre- 
faite. Ils  abandonnent  entièrement  leurs  en- 
fants à  la  nature,  d'où  il  résulte  que  ceux- 
ci  sont  tous  bien  portants  et  ont  le  corps  bien 
porportionné.  ils  ont  généralement  les 
membres  grêles  et  le  corps  assez  svelte.  Je 
n'en  ai  jamais  vu  un  seul  qui  fût  très-gras. 
«  Les  traits  caractéristiques  de  la  physio- 
nomie  kalmouque  sont  des  yeux  obliques, 
déprimés  vers  1  angle  interne  et  trèsrpeu  ou- 
verts; des  paupières  charnues,  des  sourcils 
noirs,  peu  fournis  et  formant  un  arc  sur- 
baissé; un  nez  généralement  court  et  aplati 
vers  le  front;  des  pommettes  saillantes,  un 
visage  rond  et  un  crâne  approchant  de  ^a 
forme  spbérique.  La  prunelle  de  l'œil  est 
très-brune,  les  lèvres  sont  épaisses  et  char- 
nues, le  menton  court,  les  aents  fort  blan- 
ches et  qui  se  conservent  belles  et  saines 
jusque  dans  un  âge  avancé.  Les  oreilles  sont 
démesurément  grandes  et  très^étachées  de 
la  tète.  Toutes  ces  particularités  s'observent 
plus  ou  moins  dans  chaque  individu,  et  sou- 
vent elles  se  trouvent  toutes  à  un  haut  de- 
gré chez  la  même  personne.  »  Pallas  ajoute, 
ce  qui  ne  semble  pas.  tout  à  fait  d'accord 
avec  ce  qu'il  vient  de  dire  :  «  On  croirait 
volontiers,  d'après  les  relations  de  plusieurs 
voyageurs,  que  tous  les  Kalmouks  sont  des 
êtres  difformes  et  à  figure  repoussante;  nous 
trouvons  cependant  parmi  eux  des  individus, 
tant  hommes  que  femmes,  qui  ont  un  con- 
tour de  visage  et  une  physionomie  agréa- 
bles; nous  avons  même  vu  des  femmes  qui, 
par  la  régularité  et  la  beauté  de  leurs  traits, 
juraient  été  remarquées  dans  toutes  les  villes 
de  l'Europe.  » 

4*  De  la  race  iongouse.  —  Les  Tongouses 
errent  sur  les  immenses  répons  montagneu- 
ses qui  s'étendent  depuis  le  lac  Baîkal  jus- 
qu'à la  mer  d'Okhotsk.  Au  nord,  ils  sont  dis- 
{>ersés  dans  diverses  contrées,  sur  la  Lena, 
Indi^rska,  la  Kolyma  et  la  Tungouska,  dans 
le  voisinage  de  la  mer  Glaciale.  Mais  il  est 
probable  que  leur  pays  propre  et  originel 
est  la  Daourie,  au  nord  de  la  Corée  et  de  la 
Chine,  où  ils  occupent  les  districts  arrosés 
par  les  rivières  Amour  et  Csuri.  On  les 
trouve  au  nord  de  la  rivière  Uda,  sur  les 
bords  du  grand  Océan  oriental.  Toutes  les 
tribus  tongouses,  dans  les  limites  de  Fem- 

Sire  chinois,  portent  le  nom  général  de 
lantchoux,  mais  c'est  à  tort  qu'on  les  ap- 
pelle Tartares  Mantchoux.  Les  Tongouses 
qjn  vivent  sous  la  domination  de  la  Rus- 
sie sont  divisés,  conformément  aux  animaux 
domestiques  qui  font  leur  principale  res- 
source, en  Tongouses  à  chiens,  Tongouses 
à  chevaux  et  Tongouses  à  rennes. 

Les  Tonçouses,  depuis  l'époque  la  plus 
reculée,  existentcomme  race  distincte.  Long- 
temps avant  la  fondation  de  l'empire  mant- 
chou,  qui  date  du  xvi'  siècle,  ils  élevèrent  le 
puissant  empire  de  Kin ,  et  les  Kitans, 
qui,  deux  siècles  auparavant,  avaient  établi 
1  empire  de  Liao,  étaient  une  autre  nation  de 
la  race  tongouse. 
Les  Tongouses  ont  une  langue  qui  leur 


am 


NOM 


DICTIONNAIRE 


NOO 


lOii* 


est  propre,  langue  qui  d'ailleurs,  ainsi  que 
le  remarque  Klaprotn,  a  de  très-grands  rap- 
ports avec  les  langues  turque  et  mongole  ; 
mais  ce  qui  est  beaucoup  plus  remarquable 
et  ce  qu#)  notre  auteur  paraît  avoir  sufD* 
samment  prouvé,  c'est  que  le  vocabulaire 
mantcnou  oifi*e  un  très-grand  nombre  de 
points  de  correspondance  avec  certaines 
langues  de  TAsie,  et  encore  plus  avec  les 
langues  européennes. 

Pallas,  qui  a  voyagé  en  Daourie,  a  donné 
une  description  des  Tongouses.  Suivant  lui, 
leur  figure  est  encore- plus  plate  et  plus 
large  que  celle  des  Mongols,  et  se  rapproche 
davantage  de  celle  des  Samoyèdes,  qui  ap- 
partiennent au  groupe  des  Ichthyophages. 
Voici,  au  reste,  sa  description  : 

a  Leur  visage  est  plus  aplati  et  plus 
grand  que  celui  des  Mongols  ;  c'est  une  res- 
semblance que  je  leur  trouve  avec  les  Sa- 
^noyèdes.  Ils  ont  peu  de  barbe,  plusieurs 
n!en  ont  point  du  tout,  sans  se  l'être  arra- 
chée. Lors  de  mon  vojage  en  Daourie,  j'a- 
vais emmené  avec  moi  un  vieillard  tongouse 
et  son  fils.  Quoique  âgé  de  soixanlCKiix 
ans,  il  était  fort  gai,  et  avait  la  peau  du 
visage  aussi  douce  qu'un  adolescent.  Leur 
chevelure  est  noire  et  longue;  ils  la  laissent 
pendre  naturellement  autour  dd  la  tète,  h 
une  longueur  uniforme.  Ils  conservent  une 
houppe  de  cheveux  plus  longue  sur  le  som- 
met de  la  tête,  et  en  forment  une  (resso 
pour  y  attacher  leur  arc,  et  le  tenir  à  sec, 
lorsqu'ils  sont  obligés,  dans  leurs  voyages 
ou  à  la  chasse,  de  traverser  une  rivière  pro- 
fonde à  la  nage.  » 

Les  Tongouses  Mantchoux  qui  sont  établis 
en  Chine  depuis  près  de  deux  siècles,  con- 
servent encore  beaucoup  du  caractère  phy- 
sique des  Tongouses  nomades;  mais  ce  ca- 
ractère paraît  en  général  tendre  à  s'effacer, 
et  il  est  très-commun  de  trouver,  à  des  in- 
dividus appartenant  à  cette  race,  un  type  do 
physionomie  tout  différent.  C'est  une  re- 
marque que  fait  sir  John  Barrow,  dans  sa 
Description  des  Mant choux  de  la  Chine. 

«  Nous  avons  observé,  dit-il,  plusieurs  in- 
dividus, hommes  et  femmes,  qui  avaient  la 
peau  très-blanche  et  le  teint  très-fleuri; 
quelques-uns  avaient  les  yeux  d'un  bleu 
clair,  le  nez  droit  etaquilin,  les  cheveux 
bruns;  les  hommes  avaient  la  barbe  très- 
forte  et  très-touffue,  et  ressemblaient  beau- 
coup plus  à  des  Grecs  qu'à  des  Tartares.  » 

5"  De  la  race  bhotiym.  —  Les  Bhotiyahs 
sont  les  peuples,  souvent  désignés  sous 
le  nom  de  Tartares  ,  qui  habitent  une 
grande  partie  du  Thîtiet  et  de  la  chaîne  de 
l'Himalaya,  particulièrement  le  Bhutan  ou 
Boutati,  auquel  ils  ont  donné  leur  nom.  On 
les  dépeint  comme  ayant  au  plus  haut  degré 
la  physionomie  tartare  ou  mongole;  mais 
en  rigueur  corporelle  et  en  stature,  ils  sont, 
suivant  M.  Turner,  très-supérieurs  aux  na- 
tions dont  nous  venons  de  parler.  Ils  sont 
bouddhistes,  et  ont  des  coutumes  qui  leur 


sont  propres,  jparticulièrement  en  ce  qui 
a  rapport  à  leurs  mariases  :  ainsi  une 
femme  est,  en  général,  réjX)use  de  toute! 
une  famille  de  frères.  Il  parait  que  sous  le 
point  de  vue  physique ,  cette  coutume  si 
étrange  est  moins  préjudiciable  que  Vaulre 
sorte  de  jwlygamie. 

La  langue  des  Bhotiyahs  est  une  langue 
proi>re,  qui  se  rapproche  d'ailleurs  beaucoup 
du  chinois  et  d  autres  langues  monosylla- 
biques. On  conserve  dans  les  monastères  du 
Thibet  des  masses  de  livres  écrits  dans  cette 
langue. 

NOMINAUSME.  Voy.  Langage. 

NOOTKA-COLUMBIENS  xt  autres  triku 
de  la  côle  nord-ouesi  et  de  la  rivière  Colum- 
bia  (Amériaue  du  Nord).  —  Les  renseigne- 
ments les  plus  nouveaux  et  les  plus  com- 
plets que  nous  possédions  sur  les  tribus 
indigènes  qui  peuplent  la  côte  noni-oucst 
do  1  Amérique,  depuis  les  environs  de  la 
Nouvelle-Californie  jusqu'au  mont  Saint- 
£lie  et  au  pays  des  Esquimaux  Tchugazzi, 
sont  ceux  que  renferme  un  mémoire  publié 
par  le  professeur  Scouler  (650). 

L'auteur,  qui  a  visité  ce  pays,  a  recueilli 
de  copieux  vocabulaires  des  lances  indi- 
gènes, ot  c'est  principalement  d  après  les 
indications  que  lui  fournit  cet  ordre  de  don- 
nées qu'il  distribue  en  différents  groupes 
Jes  poiHilations  qiii  ont  fait  l'objet  de  ses 
éludes.  Son  mémoire  renferme  de  curieuses 
observations  sur  les  rapports  qui  parais<cDl 
exister  entre  les  caractères  physiques  de  ces 
populations  et  les  circonstances  eitérieures 
sous    Tempire   desquelles   elles  vivent. 

«  Les  tribus  de  la  côte  nord-ouest  offrenl 
général,  nous  dit-il,  des  caractères  phy- 
siques et  des  habitudes  qui  les  dislinjnienl 
fortement  des  peuples  chasseurs,  errants 
dans  les  plaines  du  Missii^uri.  Dansttmtle 
nord  de  l'Amérique,  les  vents  d'ouest  ré- 
gnent habituellement  le  long  des  côtes  de 
l'Océan  Pacifique,  et  en  rendent  le  climat  à 
la  fois  humide  et  doux;  c'est  ce  qui  fait  que 
les  hivers  y  sont  peu  rigoureux,  cora|«ra- 
tivemenl  à  ceux  des  pavs  situés  sous  les 
mêmes  ])arallèles ,  mais  du  côté  do  l'Atlan- 
tique. 

«  A  l'embouchure  do  la  Colunibia,  pres- 
que par  la  latitude  de  Québec,  la  neige  reste 
rarement  sur  la  terre  au  delà  d'un  petit 
nombre  d'heures,  et  les  naturels  vonl, 
môme  au  cœur  de  l'hiver ,  avec  des  vêle- 
ments forts  légers.  La  côte  est  toute  bordée 
d'îles,  et  découpée,  par  un  grand  nombre  de 
golfes  et  de  baies  ;  les  indigènes  vivent  su^ . 
tout  des  produits  de  la  pèche,  et  ont,ï»rf| 
suite,  des  habitudes  plus*  sédentaires  que 
les  peuples  chasseurs.  Les  tribus  même  de 
l'intérieur  sont,  dans  cette  partie  nord-ouec*( 
de  l'Amérique,  moins  exclusivement  adon- 
nées h  la  chasse  que  celles  du  liassindu 
Missouri,  et  il  y  en  a  qui,  vivant  sur  1» 
bords  de  rivières  ou  de  lacs,  d'eau  don^^ 
tirent  leur  principale  subsistance  de  la  fkh^ 
des  saumons  qui  y  remontent  cliaquc  an- 


(6Ij6)  Dans  leXP  vol.  du  lourn.  de  la  Sec.  royale  géogr.  de  Londrei* 


luis 


ROO 


DANTimOPQLOGlE. 


KOO 


liée.  C*csl,  dit  le  docteur  Sconler,  a  ees 
liailicalarités  dans  les  conditions  extérieures 
J*eiistence  qo*est  dû  en  grande  jiartie  le 
contraste  si  frappant  que  nous  oITrent  les 
moeurs  et  les  usages  des  Indiens  des  deux 
côtés  opposés  de  la  chatne.  •  Les  tribus  du 
littoral  ont  iaii  dans  les  arts  de  première 
nécessité  d*assez  notables  progrès  :  la  seule 
circonstance  d*a?oir  des  demeures  tiies  les 
accoutume  à  la  continuité  du  trayait,  et 
cette  habitude  les  prédis(X)se  merveilleuse- 
ment à  un  passade  à  la  Tie  agricole. 

Nous  allons  toit  que,  sous  le  rapport  des 
caractères  physiques,  et  principalement  de 
la  couleur  de  la  peau,  ces  tribus  diirèrent 
des  nations  de  Tintérieur  de  TAmérique  au 
moins  autant  que  sous  le  rapport  des  ha- 
bitudes. 

M.  Scouler  nous  a  donné  de  précieux  ren- 
seignements sur  des  tribus  ai^^iartenant  à 
(plusieurs  des  eroupes  qu'il  forme  parmi 
es  habitants  de  ce  pays;  mais  ses  obser- 
Tations  sont  principalement  relatires  aux 
races  insulaires  ou  maritimes,  quHl  répartit 
en  deux  familles,  Tune  du  midi,  lautre  du 
nord.  Je  rapprocherai  ce  qull  nous  en  dit 
de  ce  que  nous  ont  appris  les  obserTations 
de  quelques^ns  de  ses  deyanciers. 

i*  La  famille  septentrionale  se  compose 
de  toutes  les  trihus  qui  habitent  la  côlê  -lie 
l'océan  Pacifique,  depuis  le  cercle  arcûrine 
et  les  éublissements  des  Esquimaux,  jus- 
Huh  l'extrémité  nord  de  Tlle  de  Quadra  et 
^'aneouyer.  C'est  dans  cet  espace  que  se 
trouvent  les  populations  du  territoire  russe 
dont  plusieurs  ont  été   mentionnées    par 
Vater»  et  plus  récemment  par  Wrangel, 
sous  une  variété  de  noms,  tels  que  Xolusiii, 
Ugalyachmutzi,  Kinaitzi,  etc.  Il  résulte  des 
recherches  du  docteur  Scouler  que  ces  diver- 
ses trihus  sont  toutes  liées  rar  plus  ou 
moins  d'aflSnité  dans  leurs  dialectes,    et 
que   probablement  elles  ont  eu  originaire- 
ment une  même  langue.  On  arrive  presqu'À 
la  même  conclusion  en  s'appuvant  sur  les 
f  preuves  fournies  par  Vater  qui  les  a  dédui- 
tes des  grammaires  et  vocabulaires  manus* 
mis  formés  par  Von  Resanoff,  dans  les  éta- 
MissemenU  russes.  C'est  à  cette  Cmiille  que 
Scouler  rattache  les  tribus  de  l'île  de  la  reine 
CharioUe ,  les  ttaïdas,  qui  cultivent  les  oom- 
mes  de  terre,  dont  ils  font  des  exportations 
fiar  tiottiUes  de  quarante  à  cinquante  ennots* 
|our  en  disposer  dans  les  différents  villages 
*le  la  nation  Cbemesyenne,  où  il  se  tient  des 
foires  principalement   approvisionnées   de 
ceUe  précieuse  denrée.  Il  parait  'qu'il  y  a 
entre  les  tribus  haïdas  une  con:pétinon  très- 
active  à  qui  portera  les  premiers  à  la  terre 
lerme  les  pommes  de  terre  nouvelles.  Tou- 
tes les  tribus  de  cette  famille  se  ressemiileni 
entre  elles  an  physique  comme  au  moral  : 
comparées  aux  tribus  du  sud ,  elles  l'em- 
portent  sur  celles-ci  par  le  courage ,  Tin- 
çlustne ,  Fesprit  d'invention,  n  y  a  parmi 
les  tnbus  du  nord  une  coutume  ctont  il  est 
lait  mention  dans  les  récits  de  tous  les  voya- 
geurs qui  ont  visité  cette  côte  :  c'est  l'habi- 
tude qu  ont  les  femmes  de  se  pratiquer  dans 


90H 


la  lèvre  inférieure  une  ouverture  ou  elles 
introduisent  un  ornement  en  bois.  D'un 
autre  côté  les  triv)us  du  sud,  ou  tribus  co- 
lombiennes, ont  un  usage  qui  leur  est  parti- 
culier et  inconnu  plus  loin  vers  le  nord« 
vcelui  d'aplatir  la  tè;e  des  enfants. 

2*  Les  tribus  méridionales  sont  désignées 
par  le  docteur  SiXHiler  sous  le  nom  de  Noot- 
ka-Columbiens.  Ce  groupe  se  compose  des 
différentes  hordes  qui  habitent  la  baie  do 
Nootka  et  le  bas  de  là  rivière  Columbia ,  et 
à  partir  de  ce  point  s'avancent  an  sud  le 
long  de  la  côte.  Les  Nootka-Columbiens  dif- 
fèrent des  naturels  apfiartenant  aux  tribus 
septentrionales,  par  le  langage  et  par  les 
caractères  physiques  :  ils  sont  de  plus  petite 
taille,  ont  le  cor{)s  plus  charnu  et  nlus  gras; 
ils  ont  les  pommettes  saillantes,  et  leur  teint, 
quoique  clair,  a  plus  de  la  couleur  cuivrée  : 
hommes  etfemuies  ont  les  membres  mal  for- 
més. La  couUime  d  ai-laîir  la  tète  est  univer- 
selle parmi  les  Nootka-Colum biens  et  s'ob- 
fervedans  toute  retendue  de  la  côte  com- 
prise entre  la  rivière  du  Saumon,  par  les 
53"  30  lat.  N.,  et  la  rivière  Umqua  ,  par  les 
46*lat.  N.  Le  docteur  Scouler  a  décrit  le 
procédé  suivi  pourceîte  opération,  laquelle 
se  praîique  sur  la  tète  des  enfants  nouveau- 
nés.  Le  crâne,  chez  ces  tribus,  est  tout 
aussi  plat  crue  le  sont  les  crânes  remarqua- 
bles ap^iorles  par  M.  Pentland,  des  environs 
du  lac  Gc  Titicaca  au  Pérou.  Il  semble  que 
cet:c  élrànze  pratique  n'a  jpoint  d'influence 
sur  rintelifgenee  des  individus  qui  y  sont 
soumis;  mais  M.  Scouler  nous  apprend  que 
ces  hommes  sont  particulièrement  sujets  à 
l'apoplesie. 

A  la  f>jnille  nootka-columbienne  appar- 
tiennent les  tribus  désignées  sous  les  noms 
de  Chenooks,  Tètes-Plates,  Clalsops,  Cla- 
mooths,  Miilnomahs  et  autres,  ainsi  que 
la  tribu  appelée  Wacash ,  qui  habite  I  lie 
du  môme  nom  dans  la  baie  de  Nootka.  La 
tribu  la  plus  septentrionale  de  la  famille 
nootka-columbienne  est  («Ile  des  Hacelt- 
zuks,  qu'on  dit  être  fort  sales  dans  leurs 
habitudes  et  avoir  quelque  chose  dVfleminé 
dans  leur  aspect.  Lp  trait  suivant,  cité  par 
le  docteur  Scouler,  d'après  le  récit  dô 
M.  Tolmac ,  peut  donner  une  idée  de  ee  que 
serait  le  tableau  com])let  de  l'histoire  mo- 
rale de  cette  race  : 

m  Les  Haeeltzuks  forment  la  plus  septen- 
trionale de  tontes  les  tribus  qui  ont  coutume 
de  s'aplatir  le  crâne.  Ces  Indiens  vivent 
paisiblement  entre  eux  ;  leurs  che&  exer* 
cent  sur  eux  peu  d'influence ,  si  ce  n'est  en 
qualités  de  sorciers.  Quand  la  saison  de  la 
pèche  du  saumon  est  passée,  que  les  provi- 
sions pour  l'hiver  sont  emmagasinées,  alors 
commencent  les  réjouissances  et  les  conju- 
rations :  le  sorcier  porte  le  nom  de  Tzeet- 
Tzaiak.  Le  chef  se  retire,  loin  des  yeux  des 
hommes,  dans  quelque  partie  écartée  de  la 
fbrèt*  sous  prétexte  d'y  jeûner;  mais  il  est 
réellement  fourni  de  vivres  en  secret  par 
un  compère.  Tandis  qu'il  est  dans  la  re- 
traite, il  est  désigné  sous  le  nom  de  taa- 
mish  y  et  pendant  ce  temps,  il  est  supposé 


NOO 


DICTIONNAIRE 


NOO 


m 


I 


avoir  ilos  communications  aTcc  les  nawloks. 
Au  moment  où  il  est  le  moins  attendu,  il 
fait  son  ap|iarition  ddns  le  village,  vêtu 
iKune  rotic  noire  en  («clleteries ,  portant  sur 
la  lôlo  un  «lia'lème  iférorce  ifaune,  qui  est 
il'un  rouge  vif,  et  au  cou  un  collier  de  la 
môme  suTistance.  Les  femmes,  les  enfants 
et  môme  l»eaurou|i  d*liommes  fuient  à  son 
approche:  mais  il  se  trouve  toujours  quel- 
fiu  un  qui,  désiri'utde  se  distinguer,  attend 
(le  pied  ferme  et  présente  son  bras  au  Taa- 
misli  qui  y  mord  fi  hclics  dents,  avale  la 
portion  de  penu  qu'il  a  détachée,  et  quelque- 
fois même  en  prend  une  seconde  bouchée. 
Toutes  les  personnes  qu'il  atteint  sont  obli- 
gées de  subir  cetle  épreuve.  Le  mordeur  ac- 
cpiiert  de  la  réputation  en  se  montrant  ca- 
lable  de  prendre  une  large  bouchée,  et  de 
a  détacher  lestement  avec  ses  incisives, 
sans  recourir  au  couteau;  le  mordu ,  de  son 
côté,  ne  se  fait  pas  moins  d'honneur  par  le 
courage  avec  lequel  il  souffre  cette  opéra* 
tion.  Les  Indiens  sont  aussi  fiers  des  cica- 
trices qui  leur  restent  après  cette  bizarre 
cérémonie,  que  peut  l'être  un  soldat  des 
blessures  reçues  en  iléfendant  son  pays.  J'ai 
souvent  demandé  les  raisons  sur  lesquelles 
se  fonde  cette  coutume,  mais  on  m'atoujours 
fait  la  mùme  réponse  laconique  :  «  ireinaA, 
c'est  une  chose  imporlante.  »  Pour  ce  qui 
est  des  nawloks,  le  chef  laamish ,  Wacasli, 
l'homme  qui  sait  le  mieux  mordre  de  tous 
les  Haeeitzuks,  m'avoua,  non  sans  s'être  fait 
beaucoup  prier,  qu'il  ne  les  voyait  point  et 
qu'il  entendait  seulement  leurs  cris  ;  il 
ajouta  que  ce  sont  des  ôtres  qui  habitent 
dans  tes  montngncs,  mais  pas  des  êtres  hu- 
mains. Pendant  la  durée  du  Tzeet-Tzaiak, 
il  n'est  pas  regardé  comme  convenable  de 
se  réunir  ou  de  voyager,  pour  quelque 
cause  que  ce  soit.  Les  Haeeitzuks  passent 
communément  pour  être  cannibales,  mais 
la  vérité  est  au  il  n'y  a  que  le  Taamish 

3ui  goûte  de  la  chair  humaine,    et  cela 
ans  les  circonstances  que  je  viens  de  faire 
connaître.  » 

Voici  dans  quels  termes  le  capitaine  Cook 
et  le  docteur  Anderson  parlent  des  hommes 
de  Noolka. 

«  Les  indigènes  sont,  en  général ,  d^une 
taille  au-dessous  de  la  moyenne,  mais  ils 
no  sont  pas  minces  à  proportion ,  et  leur 
corps  est  replet  sans  être  musculcux  ;  ils  ne 
sont  cependant  pas  remarquabblement  gros, 
et,  dans  la  vieillesse,  il  n'est  pas  rare  de 
leur  voir  un  extérieur  assez  grêle.  Ils  ont, 
en  général,  le  visage  rond  et  plein  ;  quel- 
quefois même  une  face  lar^e  et  à  pommettes 
saillantes;  la  partie  supérieure  est  souvent 
trùs-dépriméc  ;  le  nez  est  aussi  très-aplati 
h  sa  base,  le  bout  en  est  arrondi  et  les 
nnrincs  sont  larges;  les  yeux,  fort  petits  et 
noirs,  sont  plutôt  languissants  qu'étince- 
lants  ;  la  bouche  est  ronde  avec  de  grosses 
lèvres  faisant  bourrelet  ;  les  dents  sont  as- 
sez égales,  bien  enchâssées,  mais  pas  très- 
blanches.  Les  hommes,  pour  la  plupart, 
n'ont  point  de  barbe,  d'autres  n'en  ont 
qu'une  petite  à  la  pointe  du  menton,  ce 


qui  ne  tient  pas  à  ce  que  .es  poils  manquent 
naturellement  è  cette  partie  du  visage,  mais 
à  ce  qu'on  les  arrache  avec  soin;  car  on 
trouve  des  individus,  surtout  parmi  les 
vieillards ,  qui  ont  non-seulement  one  assez 
grande  barbe  au  menton,  mais  encore  des 
moustaches.  Leurs  jsourcils  sont  toujours 
peu  fournis  et  toujours  étroits,  mais  leurs 
cheveux  sont  très-abondants,  très-gros, 
très-durs,  constamment  noirs  et  plats,  et 
retombant  sans  faire  la  moindre  ondulation, 
iusque  sur  les  épaules.  Ils  ont  le  cou  court, 
les  bras  et  le  corps  d'une  forme  assez  lourde, 
les  jambes  grêles,  petites,  avec  de  grands 

fûeds  mal  faits,  et  de  grosses  chevilles  saiU 
antes.  Nous  eûmes  de  la  peine  h  juger  de 
la  couleur  véritable  de  leur  peau,  à  cause 
de  la  couche  de  crasse  ou  de  peinture  dont 
elle  est  toujours  recouverte;  dans  quelgues 
cas  particuliers  où  l'on  eut  occasion  de  laire 
disparaître  cet  enduit,  on  trouva  que  la 
blancheur  de  la  peau  était  presque  égale  \ 
cetle  de  la  peau  des  Européens,  mais  avec 
ce  ton  blafard  et  étiolé  qu'elle  a,  en  géné- 
ral, dans  nos  pays  du  nord.  Leurs  enfants 
dont  la  peau  n  avait  jamais  été  peinte  étaient 
presque  aussi  blancs  que  les  nôtres.  11  y  a 
entre  tous  tes  individus  de  cette  nationune 
ressemblance  extraordinaire  ;  tous  oiu  éga- 
lement la  physionomie  pesante  et  flegmati- 
que; tous  ont  le  même  mangue  d'expres- 
sion. Les  femmes  ne  se  distinguent  guère 
des  hommes  par  les  traits  du  visage,  et  ne 
peuvent  avoir  nulle  prétention  à  la  beauté.  » 

Un  trait  qui  distingue  ce  peuple  de  la  géné- 
ralité des  indigènes  américains  c'est  leur 
amour  pour  la  musique  ;  le  capitaine  Cook 
nous  apprend  qu'ils  font  preuve  de  beaucoup 
de  talent  dans  la  composition  de  leurs  chan- 
sons. Il  dit  que  leur  musique  n'a  pas  celte 
raonotomie  qu'on  trouve  chez  celle  de  la 
plupart  des  peuples  barbares  ;  qu'elle  a  une 
gamme  très-étendne  et  des  modulations  ra- 
riées  ;  qu'elle  a  de  la  mesure,  de  la  mélodie 
et  de  Texpression. 

Les  tribus  de  la  famille  septentrionale 
constituent  une  race  beaucoup  plus  intéres- 
sante que  celle  des  Nootka  Columbiens,  sur- 
tout en  ce  qu'elle  nous  offre  une  nation 
américaine  h  peau  blanche,  et  qui,  à  cet 
éçard,  semble  être  avec  les  noirs  Califor- 
niens dans  les  mêmes  rapports  que  les  Euro- 
péens avec  les  nègres  de  l'Afrique  tropicale 
Le  docteur  Scouler  nous  apprend  que  ces 
Américains  sont  aussi  blancs  que  les  habi- 
tants du  midi  de  l'Europe,  et  quelques  voy,i- 
geurs  prétendent  môme  qu'ils  le  sont  encore 
plus.  Le  capitaine  Dixon  dit  :  «  Les  naturel? 
du  port  Mulgrave  ont  la  peau  tellement  con- 
verte  de  peinture  qu'il  nous  était  à  ik?u  pr?? 
impossible  d'en  distinguer  la  couleur;  mais, 
étant  parvenus  à  déterminer  une  de  leurs 
femmes  à  se  laver  les  nfains  et  le  yiss^* 
nous  fûmes  confondus  du  changement  pro- 
duit chez  elle  par  cette  ablution.  Son  teint 
avait  la  vivacité  de  celui  d'une  lailière  an- 
glaise, et  le  vermillon  de  ses  joues  faisait  nn 
contraste  charmant  avec  la  blancheur  de  son 
cou.  Son  front  était  si  poli,  et  la  peau  en 


lOtf 


lilOO 


DÂfiTHROrOLOGIE. 


NOO 


i^Sê 


était  tellement  transparente  qu*on  pouvait 
*  distinguer  au  travers  les  moindres  rameauji 
Teineux.  »  Ces  renseignements  sont  parfai- 
lement  d'accord  avec  ceux  qu'ont  donnés 
Langsdorf  et  RoUin.  Ce  dernier  qui,  comme 
je  lai  déjà  dit,  était  attaché  en  qualité  de 
médecin  et  de  naturaliste  à  Texpëdition  de 
rinfortuné  La  Pérouse,  nous  apprend  que 
•  leurs  cheveux  sont  souvent  châtains.  » 

Le  j;>assage  suivant  de  La  Pérouse  nous 
ft'Umit  une  observation  importante  en  nous 
ai>prenant  que  ces  races  n'appartiennent 
pîiint  à  la  grande  famille  des  Esquimaux, 
mais  qu  elles  sont  alliées  aux  peuples  chas- 
seurs île  TAmérique  du  Nord. 

«  Mes  vojages,  dit  cet  illustre  voyageur, 
m'ont  mis  à  portée  de  comparer  les  différents 
peuples,  et  j  ose  assurer  que  les  Indiens  du 
port  des  Français  ne  sont  point  des  Esqui- 
maux; ils  ont  évidemment  une  orisine  com- 
mune avec  tous  les  habitants  de  1  intérieur 
du  Canada  et  des  parties  septentrionales  de 
TAmérique Des  usages  absolument  diffé- 
rents, une  physionomie  tout  à  lait  particu- 
lière distinguent  les  Esquimaux  des  autres 
Américains....  Les  Esquimaux  sont  un  peu- 
ple beaucoup  plus  chassseur  que  pécheur, 
préférant  l'huile  au  sang,  et  peut-être  à  tout, 
mangeant  très-ordinairement  le  poisson  cru  ; 
leurs  pirogues  sont  toujours  bordées  avec 
des  peaux  de  loups  marins  très-tendues;  ils 
sont  si  adroits  qu'ils  ne  diffèrent  presque  pas 
des  phoques;  ils  se  retournent  dans  l'eau 
avec  la  même  adiité  que  les  amphibies  : 
leur  face  est  carréQ,  leurs  yeux  et  leurs  pieds 
petits,  leur  poitrine  large,  leur  taille  courte. 
Aucun  de  ces  caractères  ne  parait  convenir 
aux  indigènes  de  la  baie  des  Français;  ils 
sont  beaucoup  plus  ^nds,  maigres,  point 
robustes,  et  maladroits  dans  la  construction 
de  leurs  pirogues,  oui  sont  formées  avec  im 
arbre  creusé,  relevé  de  chaque  côté  par  une 
planche  (657).  » 

«  La  taille  de  ces  Indiens  est  à  peu  près 
comme  la  nôtre  ;  les  traits  de  leur  visage  sont 
très-variés,  et  n'offrent  de  caractère  particu- 
lier que  dans  l'expression  de  leurs  yeux  qui 
n'annoncent  jamais  im  sentiment  doux.  La 
couleur  de  leur  peau  est  très-brune,  parce 
qu'elle  est  sans  cesse  exposée  à  l'air  ;  mais 
leurs  enfants  naissent  aussi  blancs  que  les 
nôtres  :  ils  ont  de  la  barbe,  moins  à  la  vérité 
que  les  Européens,  mais  assez  cependant 
pour  qu'il  soit  impossible  d'en  douter,  et 
c'est  une  erreur  trop  légèrement  adoptée  de 
croire  que  tous  les  Américains  sont  imber- 
bes. J'ai  vu  les  indigènes  de  la  Nouvelle- 
Angleterre,  du  Canada,  de  TAcadie,  de  la 
baie  d'Hudîson,  et  j'ai  trouvé  chez  ces  diffé- 
rentes nations  plusieurs  individus  ayant  de 
la  barbe  ;  ce  qui  m'a  porté  à  croire  que  les 
autres  étaient  dansrusagederarracher(658).» 


Les  habitants  de  la  liaie  de  Norfolk  ont  été 
décrits  par  Wilson,  et  d'après  les  traits  géné- 
raux du  tableau  qu'il  en  a  tracé,  aussi  bien 
que  d'ar.rès  la  considération  d'un  petit  voca- 
bulaire qui  contient  leurs  noms  de  nombres, 
on  est  porté  à  supposer  qu'ils  appartiennent 
à  la  même  nation  que  les  habitants  du  port 
des  Français.  Leur  langage,  suivant  Bixon, 
est  différent  de  celui  qu  on  parle  à  la  baie 
du  Prince-Guillaume,  dont  les  habitants, 
ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué,  sont 
Esquimaux.  Leurs  femmes  ont,  cie  même 
que  celles  du  port  des  Français,  la  coutume 
de  se  percer  la  lèvre  iniérieure  et  de  faire 
à  la  bouche  une  seconde  ouverture,  cou- 
tume qui  se  retrouve  chez  les  habitants  du 
port  Hulgrave  avec  lesquels  ils  ont  un  cer- 
tain nombre  d'usages  communs  et  auxquels 
ils  ressemblent  d'ailleurs  par  les  formes  du 
corps,  par  les  traits  du  visage,  et  rar  le  lan- 

t^age  ;  «  les  habitants  du  port  MuJgrave,  dit 
e  capitaine  Dixon,  sont,  en  général  de 
taille  moyenne.  Us  ont  les  membres  droits 
et  bien  faits,  t» 

Le  docteur  Scouler  observe  que  les  idio- 
mes des  Nootka-Columbiens,  et  ceux  des 
tribus  du  nord,  quoique  constituant  deux 
branches  bien  distinctes,  offrent  des  traces 
d'ane  liaison  éloignée,  de  sorte  qu'il  est 
probable  que  ce  sont  deux  rameaux  issus 
d'une  soncne  commune.  Dans  les  uns  et  les 
autres,  on  trouve  les  indices  d'une  ancienne 
affinité  avec  le  Mexicain  Aztèque,  affinité 
qu'on  observe  pas  sans  intérêt ,  quand  on 
se  rappelle  la  tradition  qui  fait  venir  les 
Nahuatlacas  d'un  pays  situé  fort  loin  vers  le 
nord  (659).  Il  y  a  longtemps  qu'Anderson  a 
iait  remarquer  que  la  langue  de  Nootka  res- 
semble beaucoup  au  mexicain  rar  les  dési- 
nences des  mots  et  le  retour  fréquent  des 
mêmes  consonnes.  Ce  fait  n'avait  pas  échappé 
au  baron  de  Uumboldt,  mii,  en  examinant 
les  vocabulaires  recueillis  è  la  baie  de 
Nootka  et  à  Monterey,  fut  étonné  de  voir 
combien  ces  langues  se  rapprochaient  liu 
mexicain  par  la  ressemblance  des  sons  et  le 
mode  de  terminaison  des  mots  :  ainsi,  dans 
la  langue  de  Nootka,  on  trouve  les  mots 
apquixitlj  embrasser;  temexiixlU^  donner 
un  baiser;  hitlzill,  soupirer;  iziizimlil^  terre  ; 
inicoatzimiily  nom  d'un  mois,  etc.  Cependant, 
tout  bien  considéré^  ces  deux  langues  se 
trouvent  être  essentiellement  distinctes, 
comme  le  prouve  la  comparaison  de  leurs 
noms  de  nombres.  A  ces  remarques  de 
M.  de  Humboldt,  j'ajouterai  les  observations 
originales  de  Vater.  Après  avoir  relevé  une 
circonstance  qui  distingue  la  langue  de 
Nootka  du  mexicain,  savoir,  que,  dans  cette 
dernière  langue,  la  terminaison  en  il  ne  se 
présente  que  dans  les  substantifs,  tandis  que 
dans  l'autre,  on  la  trouve  dans  des  mots  de 


(657)  y^mage  de  La  Pérwue  auUmr  du  monde; 
Paris,  1791^  t.  n,  p.  905. 

(658)  Tome  II,  page  205. 

(659)  Les  mots  lenninés  en  atl  abondent  dans  la 
langue  des  habitants  de  Nootka  comme  dans  la  lan- 
gue aztéqiie.  Açcoatl^  qai  signifie  jeune  femme  dans 


la  première  langue,  ressemble,  comme  Tavait  déjà 
remarqué  Yaler,  au  moi  aztèque  cou-ali,  qui  veut 
dire  femme  ou  ^khisc.  Le  nom  que  les  naturels  de 
Nbctka  donnent  aa  soleil,  OjmUxtkl^  est  rapproché, 
par  le  rédacteur  du  Voyage  de  Caok^  du  nom  bien 
connu  d*une  divinité  mexicaine,  VUzIi  pmtdi. 


lOSt 


NOO 


DICTIONNAIRE. 


NOD 


m 


tout  genre,  et  le  plus  fréquemment  même»  à 
ce  qu*il  paratt,  dans  les  verbes,  il  ajoute  : 
H  Cependant  il  y  a  certains  cas  de  ressem- 
blance plus  intime,  comme  celle  q^e  nous 
trouvons  entre  le  mot  aqcoally  qui,  dans  le 
dialecle  de  Nootka,  signifie  une  jeu  ne  femme, 
et  le  mot  cou-atl^  qui,  en  mexicain,  veut 
dire  épouse,  et  se  prend  aussi  généralement, 
dans  le  sens  de  lemme.  Dans  tous  les  cas, 
le  fréquent  retour  de  sons  et  d'articulations 
qui,  dans  les  autres  langages,  sont  compara- 
tivement rares,  est  une  circonstance  qui 
mérite  d'être  prise  en  considération,  v  Cette 
circonstance  cependant  n'est  pas  propre  ex- 
clusivement à  la  langue  des  habitants  de 
Nootka  ;  elle  se  présente  aussi,  et  même  à  un 
plus  haut  (Icfçré,  dans  la  langue  des  Kolus* 
chis.  D'après  ce  que  nous  avons  pu  apprendre 
des  langues  parlées  sur  les  divers  points  de 
la  côte  où  les  Russes  ont  formé  depuis  peu 
des  établissements,  il  paraît  que  ce  mode  de 
terminaison  si  remarquable  est  d'une  telle  fré- 
quence dans  la  langue  des  Ugaliachmutzis, 
que,  sur  douze  cents  mots  environ  recueillis 
par  M.  de  ResanofT,  il  n'y  en  a  guère  moins 
de  cent,  tant  substantifs  qu'adjectifs,  verbes, 
etc.,  qui  unissent  en  (/,  en  r/tou  en  tle.  >» 

NORWÉGIENS.  Voy.  Europe  moderne. 

NOURRITURE  DE  L'HOMME  ET  AN- 
THROPOPHAGIE. —  Les  propriétés  pîiysi- 
ques  et  les  facultés  intellectuelles  de  l'homme 
lui  permettent  d'habiter  toutes  les  contrées 
de  la  terre;  il  n'est  également  assujetti  à 
aucun  genre  particulier  de  nourriture.  En 
d'autres  termes,  l'homme  doit  être  naturel- 
lement omnivore.  Si  les  plaines  de  la  I.a- 
ponie,  les  rivages  de  la  mer  Glaciale,  les 
neiges  du  Groenland  étaient  destinés  par  la 
nature  à  êtrv'^  les  habitations  de  l'homme, 
comment  serait-il  herbivore?  Il  lui  serait 
impossible  de  se  procurer  des  végétaux  sur 
une  terre  toujours  couverte  de  glace  et  de 
neige. 

L'usage  continuel  de  la  nourriture  ani- 
male est  aussi  salutaire  pour  TEsquimau 
que  la  nature  variée  est  nécessaire  à  d  autres 
hommes.  Les  Russes  qui  habitent  l'hiver  la 
Nouvelle-Zemble  doivent,  pour  conserver 
leur  santé,  imiter  les  Samoyèdes,  manger 
de  la  chair  crue  et  boire  le  sang  du  renne. 
Tel  est  le  régime  nécessaire  à  la  santé  dans 
ces  régions.  Les  Groënlandais  mangent  avec 
appétit  de  la  baleine  crue  et  des  veaux  ma- 
rms  presque  gelés  et  à  demi  putréfiés,  qui 
ont  séjourné  sous  Therbe  pendant  Tété  et 
sous  la  neige  pendant  l'hiver.  Ces  peuples 
boivent  aussi  le  sang  de  ces  animaux,  et  il 
n'est  pas  de  mots  plus  délicat  pour  eux 
qu'un  nareng  trempé  dans  de  rhuile  de  ba- 
leine. Dans  ta  zone  torride  il  serait  difficile 
de  nourrir  les  troupeaux  nécessaires  à  la 
subsistance  des  habitants.  Des  pluies  pério- 
diques, des  inondations  et  l'action  prolongée 
d'un  soleil  brûlant  détruisent  les  pâturages. 
Mais  la  nature  a  remédié  à  cet  inconvénient 
par  la  noix  de  coco,  le  plantin,  le  sagou  et 
la  banane,  une  quantité  de  racines  et  de 
graines  nutritives.  Ainsi  nous  voyons  que  la 


nourriture  végétale  est  p.us  sa  ntaire  sous 
la  zone  torride. 

La  nécessité  de  ce  régime  qu'impose  aui 
hommes  l'abondance  des  végétaux  et  le  petil 
nombre  des  animaux  révèle  une  vue  prori- 
dentielle  qui  s'applique  à  conserver  noire 
espèce  dans  les  climats  les  plus  chauds.  Cn 
régime  exclusivement  animal  eiposerail 
Thomme  à  toutes  les  maladies  épidemiques 
gui  naissent  de  la  putréfaction  des  snimaai 
(fans  les  pays  bas  et  humides.  Ainsi  la  na- 
ture a  eu  soin  de  distribuer  les  animaux  sur 
la  terre  pour  qu'ils  soient  utiles  à  la  santé 
de  l'homme ,  surtout  dans  les  pays  qui,  m 
eux-mêmes,  ne  sont  pas  propres'à  son  ué- 
veloppement  physique  et  intellectuel. 

Le  rapport  qui  existe  entre  la  nourriture 
de  l'homme  et  la  nature  du  pays  et  du  climat 
qu'il  habite  a  été  peu  observé,  et  cenenaanl 
1  homme,  bien  qu'indépendant  du  cliraal  et 
du  sol,  est  dans  certains  cas  esclave  de  ces 
conditions.  Ses  manifestations  morales  ci 
physiques  sont  liées  àces  influences,  ainsi  jp 
cela  a  lieu  dans  les  autres  animaux,  et  quel- 
quefois avec  plus  de  force  encore.  C'est  le 
sol  qui  fournit  à  l'homme  sa  nourriture,  et 
c'est  du  sol  aussi  que  viennent  les  exhalai- 
sons malsaines  qu'il  respire  dans  l'air.  Lors- 
aue  l'on  étudie  1  homme  physiologiquemenl, 
ne  faut  pas  perdre  de  vue  ses  rapports 
avec  la  terre  où  il  vit  :  sous  les  tropiques, 
l'homme ,  toujours  exposé  à  de  fortes  cha- 
leurs, a  le  tempérament  nerveux,  et  sona> 
tivité  vasculaire  est  sans  cesse  fortement 
excitée,  malgré  les  téguments  qui  mettent 
son  corps  à  Fabri  de  l'ardeur  du  soleil.  Cela 
tient  à  la  couleur  brune  de  l'épiderme,  qui 
rejette  promptement  la  chaleur  superflue  du 
corps,  et  à  la  grande  activité  de  la  transpira- 
tion, particularités  qui  caractérisent  la  peau 
sous  les  tropiques. 

Ces  pays,  surtout  ceux  qui  sont  bas  elbo- 
'  mides,  produisent  une  grande  quantité  de 
végétaux  et  un  très-petit  nombre  des  ani- 
maux qui  servent  à  notre  nourriture.  Ao$<i 
les  habitants,  excepté  ceux  des  régions  éle- 
vées et  froides,  telles  que  l'Abyssinie,  le 
Mexique,  etc.,  sont-ils  obligés,  par  la  rare»i 
des  animaux ,  de  se  nourrir  de  végétaux,  et 
ont-ils  été  conduits  à  des  dogmes  rcli^^ieut 
qui  défendent  la  destruction  des  esjèces 
utiles.  Ainsi,  dans  l'Afrique  intorlropicale, 
les  'animaux  sont  sacrés  pour  les  prêtres. 
Dans  d'autres,  surtout  sur  la  côte  occiden* 
taie,  l'usage  de  la  nourriture  animale  esldé- 
fendu.  Dans  l'indoustan,  il  n'est  pas  permis 
aux  indigènes  de  se  nourrir  de  chair,  et  la 
vache  y  est  sacrée,  sans  doute  pour  emnA- 
cher  la  destructîoft  d'une  espèce  dont  le  lait 
est  si  essentiel  à  la  nourriture  de  rhomnie. 
Mais  ces  précautions  religieuses  no  sont 
pas  seulement  destinées  à  préserver  une  es- 
pèce utile,  mais  encore  à  assurer  la  santé  d>> 
l'homme.  Car  cette  abatinenee  préserve  le> 
habitants  des  maladies  épidémiques,  '^ 
communes  dans  ces  climats,  et  dont  cette 
nourriture  augmenterait  le  danger.  Les  grai- 
nes, les  racines  nourrissent  leur  corp^  san< 
l'exciter.  Ce  régime,  qui  ne  trouWe  ni  ^ 


f053 


NOt 


DANTimOPOLOCIE. 


NOU 


103  i 


sang  ni  les  nerCs,  lenr  oonoe  de  a  fopcc. 
tan&sqoe  les  épices  qai  y  naissent  aussi  les 
présenrenl  des  miasmes  dont  ces  pays  abon- 
dent. 

Dans  les  deux  Indes  et  dans  TAfricpie  in- 
tertropîeale  les  habitants  vivent  de  riz  et  de 
maïs.  Les  épioes  sont  employées  dans  lears 
maladies.  Ces  toniqoes  les  protègent  contre 
1  action  des  pluies  et  l'inTasion  des  animaux 
parasites  qpii  les  attaquent.  Si  les  indigènes 
TiTtient  du  ré^me  animal^  ils  auraient  les 
systèmes  sanguin  et  nerveux  trop  excités,  et 
seraient  victimes  des  maladies  oui  infectent 
ces  pays.  Les  vues  providentielles  qui  lient 
Itis  productions  naturelles  aux  besoins  de 
l'homme  ne  se  montrent  nulle  part  aussi 
clairement  que  sons  les  tropiques.  Là,  si  les 
sources  des  maladies  sont  abondantes ,  elles 
sont  du  moins  restreintes  à  celles  qui  vien- 
nent directement  du  sol  et  du  climat  :  la  na* 
tare  en  a  écarté  toutes  les  maladies  qui 
viennent  de  la  iiourriture  de  l*bomme.  Nous 
croyons  donc  que  c'est  sous  Tinfluence  des 
lieux  au*il  habite  gue  Thomme  arrête  le 
genre  oe  régime  qui  lui  est  le  plus  conve- 
nable. 

Lorsqu  on  considère  les  facultés  de  V es- 
prit et  le  don  de  la  parole,  on  proclame 
i'bompie  Tfttre  raisonnable  par  excellence. 
La  raison  n'appartient  qu*a  rhoinoie.  La 
grande  supériorité  de  Thomme  se  maidfeste 
encore  par  l'empire  qu'il  exerce  sur  tout  le 
reste  de  la  création.  Les  hommes  mêmes 
dont  rintelligence  est  le  plus  bornée  possè- 
dent un  immense  avantage  sur  lanimai,  non 
fiar  une  supériorité  de  force  physique ,  mais 
f*ar  une  suite  d'opérations  systématiques 
que  la  nature  n'a  donné  qu'à  l'homme  de 
pouvoir  accomplir. 

Les  plus  forts  et  les  plus  intelli^nts  des 
animaux  n'ont  pas  une  autorité  iniSiillible 
sar  d'autres  êtres  plus  faibles  et  moins  in- 
telligents. Les  plus  forts,  il  est  vrai,  font 
leor  proie  des  pluslaibles;  mais  ceci  est  le 
résultat  de  la  nécessité  et  de  leurs  instincts 
carnivores  ;  il  n'y  a  aucun  rapprochement  à 
Caire  entre  cet  acte  et  les  actions  régulières 
qui  concourent  chez  l'homme  à  un  but  pré- 
rné  lité.  11  n*y  a  rien  de  pareil  chez  les  ani- 
maux. Il  est  donc  permis  de  croire  qu'à  cet 
é.^rd  tous  les  animaux  sont  égaux,  et  qu'ils 
sont  bien  au-dessous  de  l'homme  par  l'in- 
telligence. 

Jamais  les  animaux  n'agissent  de  concert, 
pour  arriver  à  un  but  commun,  de  la  même 
Dianière  et  par  les  mêmes  principes  que 
rhornme.  Le  travail  en  commun  de  certaines 
tribus  d'insectes,  et  les  opérations  réunies 
i:i  mâle  et  de  la  femelle  dans  les  animaux 
plus  élevés,  soit  pour  chercher  la  nourri- 
ture ,  soit  pour  travailler  à  la  propagation 
Je  leur  espèce,  ne  révèlent  que  des  mou- 
rements  instinctifs  et  presque  automati- 
iu?s. 

Gomme  complément  de  l'étude  des  diver- 
^*>  substances  dont  l'homme  se  sert  pour 
iliiueot,  nous  ne  pouvons  passer  sous  si- 
euce  V anthropophagie.  Personne  n'ignore 
'existence  de  cette  habitude,  mais  où  existe- 

])iGno?f!f  n'ATmaoroLOCre. 


t-elle,  dans  quelles  conditions,  et  sous  quelles 
formes?  Est-elle  le  résultat  d'un  instinct 
phvsique  et  naturel,  ou  bien  de  certains 
préjugés,  de  certaines  déoravations  des  fa- 
cultés intellectuelles  ou  morales?  Voilà  deu^ 
questions  bien  distinctes,  que  nous  devons 
examiner  successivement. 

L'anthropophagie  se  rencontre  quelque- 
fois chez  les  peuples  civilisés;  elle  n'est 
alors  qu'une  sorte  de  phénomène  accidentel, 
isolé,  en  dehors  de  la  civilisation  elle-même, 
qu'une  abominable  exception,  qui  ne  se  rat- 
tache ni  aux  mceurs  ni  aux  idées  d'aucune 
nation  ni  d'aucun  temps.  Qui  n'a  lu  les  hor- 
ribles histoires  de  Tantale  et  de  Pélops ,  de 
Lycaon,  d'Atrée  et  de  Thyeste,  de  Gabriellc 
de  Vergv,  du  sire  de  Coucy  et  de  la  dame 
de  Fayel  ?  Qwi  ne  connaît  les  infortunes  de 
ces  navigateurs  poussés  par  les  intolérables 
souffrances  de  fa  fiiîm  a  se  nourrir  de  la 
chair  de  leurs  semblables?  Josèphe  raconte 
que,  pendant  le  siège  de  Jérusalem  par  Titus, 
une  femme,  nommée  Marie,  6lle  d'Eléazar, 
d*au  delà  du  Jourdain,  tua  son  fils  et  le  dé- 
vora. L'historien  arabe  Abd-Allatif  nous  a 
laissé  on  effrayant  tableau  des  effets  d'une 
famine  en  Egypte  :  on  s'arrachait  des  lam- 
beaux de  cadavres  humains,  on  ésorgeait  les 
enfants  pour  s'en  nourrir,  et  des  bandes 
d'anthropophages  s'organisèrent.  Une  des 
plus  cruelles  famines  dont  Thistoire  fasse 
mention  désola  la  France  en  l'an  1030,  et 
dura  trois  ans.  Les  hommes  allaient ,  pour 
ainsi  dire,  à  la  chasse  des  hommes,  ils  s'at- 
taquaient les  uns  les  autres,  non  pour  se 
voter,  mais  pour  se  manger.  Un  homme, 

f>rès  de  Mâcon ,  qui  faisait  profession  Av 
oger  les  passants,  en  avait  tué  et  mangé 
nante*4iuit  dont  on  trouva  les  ossements 
sa  maison  ;  il  fut  brûlé  vif  à  Mâcon, 
par  ordre  d'Othon,  comte  de  la  ville.  Cn 
autre  fut  aussi  condamné  au  feu,  pour  avoir 
exposé  publiquement  en  vente  de  la  chair 
humaine,  dans  le  marché  de  Tournay.  Les 
annales  des  tribunaux ,  les  recueils  da  mé- 
decine rapportent  aussi  plusieurs  cas  d'an- 
thropophagie accidentelle. 

Pour  étudier  convenablement  Fanthropo- 
phagie,  il  faut  l'observer  dans  les  lieux  où 
elle  existe  comme  un  fait  constant  et  habi- 
tuel, où  elle  fait,  en  quelque  sorte,  part'c 
des  moeurs  d'une  nation,  c  est-è-dire  chez 
les  peuples  sauvages. 
Les  anciens  nous  ont  laissé  peu  de  témo:- 

Kages  sérieux  à  cet  égard.  Sans  parler  des 
strigons,  cités  par  Homère,  les  renseigne- 
ments qui  méritent  le  plus  d'attention  nous 
sont  fournis  ^r  Strabon,  qui  s'est  toujours 
montré  si  soigneux  d'écarter  de  ses  récits 
les  fables  et  les  traditio«is  mensongères  des 
autres  historiens.  Au  rapport  de  Slrabon,  les 
Massagètes  considéraient  comme  impies  ceux 
qui  mouraient  de  maladie,  et  ils  les  jetaient 
en  proie  aux  bêtes  féroces.  «  La  plus  belle 
mort,  selon  eux,  lorsqu'ils  touchaient  à  la 
vieillesse,  c'était  d'être  coupés  en  morceaux 
et  mangés  avec  des  viandes  de  boucherie.  » 
Les  mêmes  détails  nous  sont  donnés  sur  ce 
peuple  par  Hérodote.  I^s  Massagètes  appar- 

33 


1055 


NOU 


DICTIONNAIRE 


yw 


lOSt 


tenaient  aui  peuples  sc}^lii(|ues,  et  leur 
pays  était  situé  au  nord  de  la  partie  orien- 
tale du  Jaurus. 

Le  môme  Strabon  parle  encore  des  Der- 
biceSy  peuple  compris   dans  la  deuxième 

Eartie  oe  1  Asie  septentrionale.  «  Les*Der- 
ices,  dit-il,  adorent  la  terre,  et  n*immolent 
ni  ixe  mangent  les  animaux  femelles.  Ils 
égorgent  les  vieillards  qui  ont  passé  soixante- 
dix  ans,  et  ce  sont  les  parents  les  plus  pro- 
ches qui  eu  mangent  la  chair.  Les  vieilles 
femmes,  ils  les  étranglent  et  les  ensevelis- 
sent. Quant  aux  hommes  qui  meurent  avant 
soixanle-dix  ans,  ils  ne  les  mangent  point  et 
les  ensevelissent  comme  les  femmes.  » 

L'anthropophagie  n'était  nulle  part  plus 
répandue  autrefois  que  dans  le  nouveau 
monde;  il  paraît  même  qu  elle  a  existé  chez 
presque  toutes  les  nations  de  l'Amérique 
méridionale. 

Les  Tapuyas,  qui  occupaient  tout  le  lit- 
toral depuis  le  Rio  de  la  Plata  jusqu'au 
fleuve  des  Amazones,  ont  été  visités  par 
Barlffîus,  qui  nous  a  transmis  de  curieux  dé- 
tails sur  leurs  usages.  S'il  n'est  pas  bien 
prouvé  que  toutes  les  tribus  des  Tapuyas 
fussent  anthropophages  dans  toute  l  éten- 
due du  mot,  c'est-a-dire  qu'elles  sacrifiassent 
leurs  ennemis  à  leur  vengeance,  il  est  bien 
certain  du  moins  que  ceux  de  Rio-Grande 
dévoraient  les  corps  de  leurs  guerriers 
après  leur  mort.  Les  chefs,  dit-on,  déyo- 
raient  les  chefs,  et  les  guerriers  les  simples 
guerriers.  Les  mères  mangeaient  la  chair  de 
leurs  enfants  morts.  Les  os  des  cadavres 
étaient  piles  avec  le  mais,  et  le  deuil  durait 
jusqu'à  ce  que  lo  corps  tout  entier  eût  servi 
de  nourriture.  On  ajoute  que  les  cheveux 
mêmes  étaient  mêlés  k  du  miel  sauvage ,  et 
préparés  ainsi  pour  le  repas  funéraire.  Les 
vieillards  recevaient  la  mort  de  leurs  en- 
fants, qui  les  dévoraient. 

Plus  tard  les  Tupinambas  occupèrent  ces 
mêmes  pays,  et  conservèrent  en  partie  les 
mêmes  mœurs.  Hans  Stade,  qui  fut  prison- 
nier de  ces  barbares',  et  qui  fut  sur  le  point 
de  devenir  leur  victime,  Lery,  le  père  Yves 
d'Evreux,  Thevet  et  Francisco  da  Cunha 
rapportent  une  foule  de  détails  sur  les  hor- 
ribles festins  des  Tupinambas,  sur  les  pré- 
parations diverses  qu'ils  faisaient  subir  à  la 
chair  de  leur  victime,  sur  les  distributions 
qui  en  étaient  faites  dans  toutes  les  familles 
de  la  tribu.  Tous  ces  documents  viennent  à 
l'appui  des  indications  qui  avaient  été  four- 
nies par  Améric  Vespuce,  lors  des  premiers 
temps  de  la  découverte  du  nouveau  monde. 

Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  rapporter  ici 
les  propres  paroles  de  Thevet,  qui  visita  le 
Brésil  vers  le  milieu  du  xvi*  siècle.  Un  chef 
sauvage ,  que  Thevet  nomme  Konian-Bebe, 
fit  devant  lui  une  harangue  qui,  pendant 
près  de  deux  heures ,  roula  sur  ce  sujet  : 
a  J'en  ai  tant  man^é,  et  de  Margaias,  j'ai 
tant  occis  de  leurs  femmes  et  de  leurs  en- 
fants, après  en  avoir  fait  à  ma  volonté,  que 
je  puis  par  mes  faits  héroïques  prendre  lo 
titre  du  plus  grand  morbicna  qui  fut  onc- 
(jues  entre  nous.  J'ai  délivré  tant  de  peu 


pies  de  la  gueule  de  mes  ennemis;  je  sak 
grand,  je  suis  puissant,  je  suis  fort...  11  njr 
avait ,  ajoute  Thevet  ^  quasi  homme  qui  ne 
tremblât  de  l'ouïr  parler  avec  une  si  grosse, 
hideuse  et  épouvantable  voix ,  que  tous 
n'eussiez  pas  quasi  pu  ouïr  tonner.  >  Ce 
chef  barbare  aimait  à  se  comparer  lai-mèoif 
^u  jaguar,  et  il  se  vantait  d'avoir  roan^é  si 
part  de  plus  de  cinq  mille  prisonniers. 

Francisco  da  Cunha  retrace  éuer^que- 
ment  le  sentiment  d'effroi  que  causaient  ja- 
dis aux  Européens  les  féroces  Aymor^, 
descendants  des  Tapuyas,  et  qui  occupaient 
les  plages  à  demi  désertes  où  vont  se  perdre 
le  Uio-Doce  et  le  Belmonte.  «  Les  Aymorès, 
dit-il ,  mangent  la  chair  humaine*  eomme 
nourriture^  ce  que  ne  font  pas  les  antres 
peuples»  qui  ne  dévorent  leurs  ennemis  que 
par  vengeance,  à  la  suite  de  leurs  conjâits 
et  par  ancienneté  de  haine.  » 

Les  nombreuses  nations  du  Pérou,  arant 
Tapparition  de  Manco-Capac  sur  le  plateau 
de  Titicaca,  et  les  Caraïbes,  qui  dommaient 
dans  l'archipel  des  Antilles  et  le  lomc  de« 
c6tes,  entre  l'Amazone  et  le  golfe  de  Mara- 
caibo,  étaient  également  anthropopbaçfô.  Les 
Mexicains  dévoraient  la  ch«ir  des  victime^ 
humaines  qu'ils  sacrifiaient  à  leurs  dieai. 
Maintenant  encore  nous  retrouvons  l'anthro- 

Sophagie  dans  le  haut  Orénoque,  chez  les 
fanitibitanos  établis  sur  les  bords  du  Rio- 
Negro,  et  les  Quaipunabis.  Les  Botécudos. 
que  Ton  regarde  comme  les  descendants  des 
Aymorès,  les  Purys  et  les  Bogres,  les  Mu- 
ras et  les  Mundrucus,  sur  les  bords  de  l'A- 
:nazone,  quelques  autres  peuplades,  daosli 
ci-devant  Amérique  espagnole  du  sud;!» 
Quai^ivos,  qui  errent  le  long  du  Meta,  ju«- 
qu'>.  son  confluent  avec  TOrénoque ,  et  qui 
désolent  les  établissements  colombiens  :  tels 
sont  les  anthropophages  le  mieux  connus 
de  toutes  ces  contrées  américaine- 

Il  est  digne  toutefois  de  remarque  que 
cette  affreuse  coutume  n*existe  pas  chez 
plusieurs  tribus  voisines  de  ces  cannibales, 
et  mêlées  en  quelque  sorte  avec  eux;  qu'elle 
est  inconnue  aux  nations  abruties  du  bass'ïi 
de  rOrénoque,  et  que  les  Caraïbes  du  a«- 
tinent  américain ,  ce  qui  est  plus  notab.e 
encore,  ne  sont  point  anthropophages  comnw 
ceux  des  Antilles. 

Il  est  inutile  de  reproduire  ici  la  lon^^^i^ 
liste  des  peuples  anthropophages  de  i'Afriq«e 
qui  habitent  les  côtes  de  la  Guinée  et  les  dt- 
verscs  contrées  de  la  Nigrilic  conirale  et  de 
la  Nigritic  australe;  nous  dirons  seulement 
qu'il  en  est  parmi  eux  dont  les  mœurs  et  ir 
caractère  sont  très-doux,  et  que  cher  eai 
l'anthropophagie,  comme  au  Congo,   c^l^a 
conséquence  des  sacrifices  humains.  La  vic- 
time est  désignée  longtemps  d'avance,  nw:> 
elle  ignore  le  sort  qui  lui  est  réservé  ;  on  tt 
prend  le  plus  grancl  soin,  et  on  ticlie  mém^ 
de  l'engraisser.  Lorsque  le  moment  fatal  jf^^ 
arrivé,  on  la  tue  subilemeul,  au  milieu  dj* 
ffttes  et  en  présence  du  roi  et  de  tout  » 
f>euple;  son  corps  est  coupé  en  guatre  (par- 
ties, grillé  immédiatement,  puis  disfnhué 


1537 


NOU 


DANTIIROPOLOCIE. 


NOU 


lOlff 


8G1  assistants»  selon  leur  rang,  fiour  être 
mangé  sur-le-champ. 

En  Asie>  les  Bhenderwas,  tribu  indienne 
qui  habite  les  montagnes  d^Omerkantak,  dans 
le  GranJwânâ,  croient  faire  une  action 
azréable  à  leur  dieu  et  un  acte  de  miséri- 
rorde  enrers  leurs  parents  en  les  tuant  et  en 
les  mangeant  »  lorsqu'ils  sont  parvenus  à  la 
vieillesse,  ou  attaqués  d'une  maladie  regar- 
lée  comme  incurable.  Ce  festin,  dit  le  lieu- 
toDanl  Prendegast,  qui  visita  cette  peuplade 
pn  18â0,  est  partagé  par  tous  les  parents  et 
imis  de  la  victime. 

C^est  surtout  dans  TOcéanie  qu'il  faut 
iiercher  l'anthropophagie.  Non-seulement 
[»resque  tous  les  peuples  de  ce  monde  mari- 
ime  ont  été  ou  sont  encore  cannibales,  mais 
ette  coutume  est  établie  chez  plusieurs 
l'entre  ceux  qui  sont  assez  avancés  dans  la 
irilisation.  On  la  retrouve  dans  la  Ualaisie, 
es  naturels  de  l'Ile  d'Ombay ,  les  tribus  nè- 
gres de  Timor ,  les  Djachs  de  Bornéo,  et  les 
lalbas  de  Sumatra.  Ces  derniers,  particuliè- 
'emeni,  offrent  un  mélange  extraordinaire 
le  douceur  et  de  culture  intellectuelle  avec 
es  usages  les  plus  barbares.  C'est  par  rcs- 
)ec|  pour  les  lois  et  les  institutions  de  leurs 
incètres  que  les  Battas  sont  anthropophages. 
>s  lois  condamnent  à  être  mangés  vivants 
es  adultères,  les  voleurs  de  nuit,  les  |.ri- 
>onoiers  faits  dans  une  guerre  importante , 
enx  enlin  qui*  étant  d'une  môme  tribu,  se 
narient  ensernble,  et  sont  supposas,  par 
on>équenl ,  descendre  des  mêmes  père  et 
nère,  La  chair  du  criminel  est  man^'ée  tan- 
•*l  erup,  tantôt  grillée,  assaisonnée  "de  sel, 
îe  [Kiivre,  de  citron,  quelquefois  avec  du 
iz,  et  jamais  ailleurs  que  sur  le  lieu  de 
appHce.  La  chair  humaine  est  défendue 
lux  femmes  ;  elles  savent  pourtant  s'en  pro- 
urer  quelques  morceaux  à  la  dérobée.  On 
calculé  aue  le  nombre  moyen  des  indivi- 
l'js  man/cs,  en  temps  de  paix,  était  de  60  à 
W  par  (ii«ir|ue  annét». 

Les  Céiébiens,  et  même  les  Javanais ,  Sc- 
an M.  Crawford ,  mangent  anelauefois  le 
•^urde  leurs  ennemis.  Dans  i  Oceanie  cen- 
l'aie,  on  retrouve  l'anthropophagie  parmi 
"^  naturels  les  plus  sauvages  du  Port-Wes- 
Tn,  dans  le  voisinage  des  montagnes  Bleues, 
^n  la  rencontre  surtout  dans  la  Nouvel le- 
clanle  et  chez  les  tribus  noires  rie  la  Nou- 
Hle-Calédonie.  Dans  la  Polynésie ,  les  na- 
irels  des  lies  Viti  ou  Fidji,  de  Noukahiwa , 
l  les  Marquises,  ceux  de  l'archipel  des  Ca- 
bines, ceux  même  de  l'archipel  de  Tonga 
l  des  Iles  Pclew,  si  vantés  pour  leur  dou- 
'Ur,  sont  plus  ou  moins  authropopha  *es. 
i.  Jules  de  Blosseville  a  constaté  que  1  aii- 
iropophagie  avait  existé  autrefois  jusque 
3ns  les  lies  de  la  Société. 
Tous  les  peuples  anthropophages  n'esti- 
i^nt  pas  au  même  degré  le  coût  de  la  chair 
umaine.  Au  rapport  des  anciens  voyageurs 
ne  nous  avons  cités  plus  haut,  quelques- 
ns  des  Tupinambas  du  Brésil  convenaient 
ue  souvent  leur  estomac  était  contraint  de 
^jeter  celte  horrible  nourriture.  Les  Zé- 
ui  iais,  au  contraire,  la  trouvent  excellente. 


Suivant  eux,  la  chair  de  l'homme  a  le  mémo 
goût  que  celle  du  cochon,  mais  est  préfé- 
rable. Taouaî,cfaef  zélandais  à  demi  civi- 
lisé par  un  lonç  séjour  chez  les  Anglais , 
tout  en  reconnaissant  que  l'anthropopliagie 
était  une  mauvaise  action,  avouait  cepen- 
dant qu'il  avait  toujours  trouvé  le  plus  grand 
plaisir  à  manger  la  chair  de  ses  ennemis,  et 
qu'il  regrettait  vivement,  malgré  lui,  d'être 
privé  depuis  longtcfmps  de  cette  jouissance. 
Au  moment  même  ou  ce  chef  barbare  ex- 
primait un  tel  désir,  il  était  assis  à  une 
table  sur  laquelle  étaient  abondamment  ser- 
vis des  mets  excellents. 

Simon  de  Vasconcellos,  jésuite  portugais, 
raconte,  dans  les  Chroniques  de  la  Société  des 
JésHîtesau  Brésil^  qu'il  assistait  un  jourunb 
vieille  femme  brésilienne  convertie  au 
christianisme ,  et  pi-ès  de  mourir.  Il  lui  of- 
frait du  sucre  et  diverses  choses  délicates  : 
«  Je  n'aurais  qu'un  désir,  répondit-elle,  ce 
serait  de  grignoter  les  petits  os  de  la  main 
d'un  enfant.  » 

En  général,  les  anthropophages  dn  Brésil 
préfèrent  la  chair  des  femmes  et  celle  des 
enfants.  Dans  d'autres  pays,  au  contraire,  en 
Malaisie,  par  exemple,  etdans  quelques  par- 
ties aussi  de  la  Nouvelle-Zélande,  ils  aiment 
mieux  celle  d'un  homme  de  cinquante  ans 
ou  d'un  vieillard.  Les  Zélandais,  qui  ont  use 
aversion  marquée  pour  nos  viandes  salées , 
1  retendent  que  la  chair  des  Européens  est 
désagréable  parce  qu'ils  mangent  trop  r!o 
sel;  la  chair  des  Zélandais  leur  parait  meil- 
leure. Selon  les  lieux  et  les  mœurs,  on  dévore 
telle  partie  du  corps  plutôt  que  telle  autre  : 
ici  la  cervelle,  là  le  cœur,  ailleurs  l'œil  gau- 
che ;  dans  d'autres  pays,  la  chair  musculaire 
est  surtout  fort  recherchée.  Les  os  sont  quel- 
quefois broyés  et  leur  poussière  roêléeàii'au- 
tres  aliments  ;  mais  le  plus  ordinairement  ils 
sont  réservés,  et  servent  à  faire  divers  usten- 
siles, des  flûtes  surtout,  et  des  instruments 
de  musique.  M.  Bennett  ayant  rencontré 
dans  la  Nouvelle-Zélande  un  amas  d'osse- 
ments humains,  demandait  à  un  chef  zélaii- 
lais  si  ces  os  appartenaient  h  des  hommes 
qui  eussent  été  dévorés;  celui-ci  aiïlrma 
qu'il  était  sûr  du  contraire,  car,  dans  ce  v;^^^ 
les  os  ne  fussent  point  restés  en  place,  et  on 
eût  enlevé  les  mâchoires  inférieures  i>our 
en  faire  des  crochets.  On  sait  enfin  que  les 
sauvages  des  divers  pavs,  et  particulièrement 
de  rOcéanie,  gardent  les  fêtes  de  leurs  en- 
nemis ,  après  les  avoir  dévorés,  qu'ils  sont 
frès-habiies  à  préparer  ces  têtes  de  manière 
à  les  conserver  longtemps,  et  que  souvent 
ils  les  vendent  plus  tard  à  ces  Européens. 
La  chair  humaine  est  mani;ée  quelquefois 
crue,  quelquefois  grillée  ou  cuite  par  divers 
procédés. 

Lors({ue  les  Zélandais  tuent  un  homme 
dans  le  combat,  ils  s'élancent  sur  lui  et  lui 
déchirent  la  gorge  avec  les  dents,  afin  de 
boire  un  peu  de  son  san^  avant  qu'il  soit 
tout  à  fait  mort.  Les  anciens  sauvages  du 
Brésil  préparaient  très-grossièrement  les 
morceaux  de  chair  qu'ils  voulaient  dévorer, 
de  là  l'explication  toute  naturelle  des  difll* 


1059 


KOU 


DlCTiOiNNAIRE 


NOU 


cullés  qu'ils  éprouvaient  à  les  digérer,  et 
qui  ne  peut  tenir  à  la  nature  même  de  la 
chair  humaine.  EWis  (Recherches  sur  la  Poly- 
nésie) dit  avoir  vu  un  guerrier,  poussé  par  un 
sentiment  de  vengeance,  manger  trois  ou 
quatre  bouchées  de  la  chair  d'un  ennemi 
vaincu. 

Les  habitants  des  lies  Viti  et  les  Zélandais 
coupent  ordinairement  les  parties  du  corps 
en  plusieurs  morceaux,  dont  ils  séparent 
les  os  ,  et  les  font  cuire  au  feu  après  les 
avoir  entourés  de  feuilles  et  disposés  sur 
une  espèce  de  gril  en  bois  désigné  sous  Ip 
nom  de  boucan.  D'autres  fois  on  creuse  une 
jfosse,  on  la  garnit  de  larges  feuilles  sur  les- 
quelles on  place  des  morceaux  de  chair; 
Suis  on  les  recouvre  d'autres  feuilles  et 
e  terre,  et  le  feu  qu'on  allume  au-dessus 
leur  donne  un  de^ré  de  cuisson  remarqua- 
ble. Ce  procédé  est,  du  reste,  celui  qu'ils 
emploient  pour  la  préparation  de  toutes 
les  chairs  animales. 

Maintenant  l'anthropophagie  e^t-elle  le 
résultat  d'un  instinct  physique  et  naturel , 
ou  bien  de  certains  préjugés,  de  certaines 
dépravations  des  facultés  intellectuelles  et 
morales  ?  Nous  remarquerons  d'abord  que 
cette  coutume,  bien  qu'elle  ait  existé,  sui- 
vant Hérodote  et  Strabon,  chez  les  Massa- 
gètes  et  les  Derbices ,  peuples  à  peu  près 
septentrionaux,  n'a  guère  été  observée  dans 
le  nord ,  et  que  rien  n'annonce  qu'elle  ait 
appartenu  en  aucun  temps  à  la  race  qu'on 
est  convenu  d'appeler  caucasique.  Toutefois, 
nous  savons  guo  les  Scandinaves ,  enfants 
d'Odin,  buvaient  la  cervoiso  et  l'hydromel 
dans  le  crâne  de  leurs  ennemis  morts.  Les 
sacrifices  humains,  si  fréquents  chez  tous 
les  peuples  anthropophages,  et  qui  sont  sui- 
vis presque  partout  ae  l'anthropophagie,  se 
sont  longtemps  conservés  parmi  les  nations 
lés  plus  avancées  de  la  civilisation,  tels  que 
les  Égyptiens,  les  Indiens,  les  Carthaginois, 
les  Grecs  et  les  Romains,  du  temps  même  de 
l'empereur  Claude.  On  les  retrouvait  dans  la 
Gaule  et  la  Germanie.  Qui  n'a  entendu  {)ar- 
)er  des  ogres,  si  célèbres  dans  les  vieux  ro- 
manciers l 

Il  est  donc  permis  de  croire,  par  une  sorte 
d'induction  assez  légitime ,  que  l'anthropo- 
phagie a  pu  exister  aussi  originairement 
chez  ces  divers  peuples,  et  que  si  l'hislairo 
n'en  fait  aucune  mention,  cest  qu'elle  ne 
remonte  point  jusqu'aux  époques  primitives 
de  leur  existence.  Il  est  vrai  de  dire ,  néan- 
moins, qu'un  certain  nombre  de  tribus  amé- 
ricaines et  indiennes ,  arrêtées  encore  à  ce 
même  état  d'enfance  que  nous  avons  icmar- 
qué  chez  les  sauvages  océaniens ,  ne  lais- 
sent voir  aucun  exemple  ni  aucune  trace  de 
cette  horrible  coutume.  Comment  donc  con- 
cilier ces  trois  grands  faits ,  en  apparence 
contradictoires  :  l'existence  de  l'anthropo- 
phagie dans  la  plupart  des  contrées  étran- 
gères à  la  civilisation ,  son  absence  dans 
quelques  autres,  et  cette  horreur  qu'inspire 
partout  à  Thomme  civilisé  la  seule  idée 
d'une  telle  nourriture,  horreur  si  profonde, 
»  invincible,  qu^elle  semble  tenir  à  une 


sorte  de  sentiment  originel  inhérent  à  noire 
nature? 

Il  faut  le  reconnaître,  l'homme  à  Féiat 
sauvage  n'est  qu'un  homme  incomplet  (t 
inachevé.  La  persistance  de  certains  appé- 
tits, et  leur  association  aux  idées  grosMèri> 
et  aux  passions  féroces  qui  les  enlrelien- 
nent,  attestent  seulement  que  la  partie  in- 
tellectuelle et  morale  de  cet  homme  est  en- 
core arrêtée  dans  son  développement;  de 
telle  sorte  que  ce  n'est  point  véritableraeni 
à  l'homme  lui-même  qu  il  faut  attribuer  ee^ 
actes  barbares,  puisque  l'homme  porte  en 
lui  les  instincts  sociaux  et  les  faciiliés  m- 
raies  qui  doivent  inévitablement  l'en  dé- 
tourner plus  tard.  Dire  que  Tanthropopha- 
Çie  est  un  des  caractères  distinctifs  (Je  Tes- 
pèce  humaine,  comme  l'ont  osé  afTirmercei- 
tains  auteurs ,  n'est-ce  pas  mutiler  sa  na- 
ture, et  lui  retrancher  ce  qui  en  est  l'attri- 
but essentiel?  Si  un  peuple  civilisé  restait 
anthropophage,  il  serait  dans  Tordre  de  k 
société  ce  que  sont  les  monstres  dans  lor 
dre  physique. 

M.  de  llumboldt ,  dont  l'autorité  est  n 

Srande,  dit  en  propres  termes,  en  parlant 
es  sauvages  américains  :  ^  L'anthropoplia* 
gie  n'est  parmi  ces  peuples  que  reffot  u'ur. 
système  de  vengeance  ;  ils  ne  mangent  ipe 
des  ennemis  faits  prisonniers  dans  un  coq- 
bat;  les  exemples  où,  par  un  raffinement  do 
cruauté,  l'Indien  mange  ses  parents  les  pia< 
proches,  sa  femme,  une  maîtresse  doTcnuc 
infidèle,  sont  extrêmement  rares.»  Ellispn- 
tend  que  les  seules  causes  de  l'anthropopha- 
gie, quelque  part  qu'on  robservc,  sunl  b 
superstition  et  la  vengeance.  Telle  est  ausM 
l'opinion  du  prince  Maximilien  de  NeuTiei), 
cet  excellent  observateur ,  de  M.  d*L>Ti]lt% 
de  M.  Gaimard ,  et  de  la  plupart  des  uan^ 
tours.  Il  est  incontestable  que  Tamourdcia 
vengeance,  si  violent  chez  ces  hommes  bar- 
bares, est  le  principal  motif  de  l'anlhrop- 
phagic;  cependant  cette  coutume  estprfr- 
que  toujours  liée  à  quelque  superstition  r^ 
ligieusc.  Les  uns  dévorent  leurs  cLefs»  p'-r 
donner  à  leur  corps  une  noble  sépulture  ; 
d'autres  mandent  lœil  seulement,  s'inidci- 
nant  qu'ils  s'incorporent  ainsi  la  faculté  <V 
guérir  les  maladies;  d'autres  croient  (\\:t 
chaque  homme  a  son  atoua,  ou  son  dieu,  •• 
que  s'ils  mangent  leur  ennemi,  surtout  siN 
boivent  une  partie  de  son  sang  avant  qt'>' 
soit  tout  à  fait  mort ,  ils  s'assimileront  S"U 
aloua^  et  accroîtront  ainsi  leur  puissance 
Plusieurs  supposant  que  l'œil  gauche,  ap^n- 
la  mort,  monte  au  ciel  et  devient  une  élofl'. 
mangent  l'œil  gauche  de  leur  ennemi,  et  po- 
sent ajouter  ainsi  à  leur  eloireet  à  TéfUi 
qu'aura  leur  œil  gauche  lorsqu'ils  stiî\.^\ 
morts. 

Nulle  part  la  faim  ou  le  défaut  de  sub<i>- 
tance  n'ont  donné  lieu  à  Tanthropophadt  : 
nulle  part  la  chair  humaine  n'a  été  cousue 
rée  sicûplement  comme  un  aliment  semtîî- 
ble  ou  analogue  aux  autres  ;  nuUe  part  o  -• 
coutume  n'a  été  détruite  queparla  destrj 
tion  des  idées  ou  des  passions  gui  lui  avu.-  ^ 
donné  naissance.  Doù  il  suit  éridenan;^': 


);i 


KJB 


OANTIIROPOLOGIE. 


NCB 


fM2 


lie  ranthro{>opha^e  est  un  fait  qui  tient  à 
ne  dénravation  oiorole  plutôt  qu*à  un  ins- 
nrt  pnrsit|ue. 
Pour  c  impiéler  ces  observations  sur  cette 

I  uière,  disons  aussi  auelques  mots  de  ces 
i>  extraordinaires  uantbropoplia^e  qui 
••ItserTent  de  loin  en  loin  dans  nos  pays 
Tilisi'S,  et  dont  les  récits  jettent  Tépou  vante 

l'horreur  dans  la  société. 
<ÀT{ains  hommes  sont  saisis  tout  à  coup 
une  affreuse  manie  :  ils  tuent  et  dévorent 
i:rs  semblables.  Plusieurs  faits  de  ce  genre 

II  éié  recueillis  j:ar  le  professeur  Chr. 
rûner  d'iéna.  Des  lemmes  enceintes  éprou- 
vât le  même  désir.  Enfin,  cette  fiassiou 
nihle  quelquefois  se  perpétuer  dans  une 
luille  et  se  transmettre  héréditairement, 
t:iime  unedis|)ositioo  pliysique  ou  morale, 
'S  |)ères  à  leurs  enfants. 

NOYER.  Fojf.  Châtaig^iieb. 
NUBIENS.  —  Nous  avons  décrit  dans  un 
itre  article  les  anciens  Egyptiens  (  Voy.  et 
ot);  nous  allons  dans  celui-ci  passer  rapi- 
'fiioQt  en  rerue  les  races  nombreuses  qui , 
\\n\âni  de  même  les  jiarties  orientales  de 
Afrique,  présentent  dans  leurs  caraclères 
hvM'iues  quelques  traits  de  ressemblauec 
V'.-c  te  f)euple  célèbt::?.  Plusieurs  de  ces  ra- 
'< ,  il  est  vrai ,  se  rapprochent  d'une  ma- 

•  re  plus  ou   moins  prononcée  du  type 

•  -T.%  mais  ne  nous  présentent  pas  certai- 
.')  {hirticulari  tés  d'organisation  considérées 
>MDiiie  caractéristiques  de  ce  type,  qu'on  ne 
oit  atteindre  son  développement  complet 
ue  dans  les  parties  occidentales  d«  TAfri- 
'if  inlertropicale.  En  considérant  successi- 
ornent,  et  dans  leur  ordre  de  position  géo- 
ra{»!ii  {ue,  les  habitants  des'  pays  compris 
nire  l'E^ypîe  et  la  Sénégambie,  nous  ver- 
m<  leurs  caractères  physi(}ues  se  modifier, 
e  manière  à  passer  du  ty|ie  égyptien  au 
n»^  nè^re  par  transitions  graduées,  sans 
u[il  y  ail  jamais  saut  brusque  d*un  terme 
l'autre  de  cette  série,  sans  qu'il  y  ait  |)0S- 
iiiilité  d'établir  en  un  point  une  ligne  de 
['marration  naturelle. 

Nous  avons  donc  ici  l'eiemple  d'une  fa- 
ii)le  de  l'espèce  humaine  dont  le  type  ca- 
M'Tisiirjue  se  transforme  complètement, 
t  i>ar  des  degrés  presque  insensibles,  sans 
ue  ce  changement  puisse  être  considéré 
'»nime  le  résultat  d'un  mélange  qui  aurait 
il  Heu  entre  des  races  primitivement  dis- 
nrtes,  sur  les  confins  des  jMiys  échus 
Jis  en  partage  à  chacune  d'elles.  Une  sup- 
jsiiion  semblable  |K)uvait  être  faite  il  y  a 
aelques  années  encore,  et  Ta  éiè  en  effet 
>so2  souvent,  car  elle  se  présente  d'abord 

)'e<:prit  comme  offrant  une  explication 
ni;*!e  du  phénomène;  mais  les  |»euples  in- 
;rm('*.iiaires  ne  sont  point  des  métis  et  ils 
ont  aucun  des  caractères  qui  pourraient 
'S  fnire  regarder  comme  tels  :  ils  ont  chacun 
'S  traits  distinctifs  qui  suffiraient,  quand 

n'y  aurait  pas  la  différence  des  langues, 
»ur  !es  faire  reconnaître  comme  des  races 
^mrées  et  particulières,  non  moins  dis- 
nrtes  des  races  nègres  que  ne  le  sont  les 
Kos  blanches  elles-mêmes.  Voilà  ce  qui 


résulte  de  recherches  récentes  faites  sur  les 
lieux  par  des  personnes  très-versées  dans 
l'histoire  naturelle,  dans  la  physiologie, 
dans  l'anatomie  comparée,  et  bien  convain- 
cues d'ailleurs  de  l'importance  dt:  pareilles 
investigations  pour  l'histoire  physique  de 
l'espèce  humaine.  Commencées  par  les  sa- 
vants qui  accompagnaient  l'armée  française 
dans  l^ipédition  d'Egypte,  ces  recherches 
ont  été  continuées  depuis  par  divers  voya- 
geurs :  je  citerai  en  particulier,  comme  fort 
étendues,  celles  de  H.  d'Abbadie,  qui  a  fait 

{'usqu'à  deux  voyages  en  Abyssinie.  Je  suis 
leureux  de  pouvoir  m'aider  des  distinctions 
judicieuses  établies  par  cet  habile  observa- 
teur, dans  la  comparaison  que  je  vais  faire 
entre  les  peuples  qui  nous  offrent  les  diffé- 
rents degrés  de  cette  transformation  par  la- 
quelle on  passe  d'un  type  à  un  autre.  Je  com- 
mencerai par  les  habitants  à  demi-liarbares 
des  pays  oui  sont  situés  au-dessus  de  l'E- 
gypte et  s  étendent  jusque  vers  les  limites 
de  l'Abyssinie. 

Les  pays  situés  au-dessus  de  l'Egypte  sont 
habités  par  deux  races  d'hommes  «jui  se 
ressemblent  par  les  caractères  physiques, 
mais  qui  ont  une  langue  et  une  origine  dif- 
férentes. 

L'une  est  peut-être  la  race  aborigène,  et 
l'autre  une  race  étrangère.  Je  les  désignerai 
sous  les  noms  de  Nubiens  orientaux  ou  Nu- 
biens de  la  mer  Rouge,  et  Nubiens  du  Nil 
ou  llarabras.  Tous  ces  différents  peuples  ont 
le  teint  d'un  brun  rougeâtre;.  quelquefois 
leur  couleur  se  rapproche  beaucoup  du  noir, 
mais  ce  noir  est  toujours  très-différent  de  la 
teinte  d'ébène  des  nègres  orientaux.  Leur 
chevelure  est  épaisse,  souvent  frisée,  et 

auelquefois  même,  dit-on ,  laineuse  :  cepen- 
ant  elle  n'est  pas  tout  è  fait  semblable  à 
celle  des  nègres  de  Guinée. 

Les  Nubiens  orientaux  sont  divisés  en  peu- 
plades errantes  qui  habitent  le  pays  compris 
entre  le  Nil  et  la  mer  Rouge.  La  portion 
septentrionale  de  cette  race  est  composée 
des  Ababdehs  qui,  dans  le  désert  de  l'est,, 
s'avancent  au  nord  jus.^u'à  Cosseir ,  et  qui , 
vers  le  parallèle  de  Dt^ir,  confinent  avec  les 
Bicharyehs  ou  Bishari.  Les  Bicharvehs  s'é- 
tendent à  partir  de  là  jusqu'aux  frontières 
de  l'Abyssinie,  mais  ils  sont  surtout  nom- 
breux vers  le  mont  Offa,  qui  est  à  quinze 
journées  de  marche  d'Assouan.  Lei  Uadha- 
rebs  sont  encore  plus  au  sud  et  vont  jusqu'à 
Souakin,  sur  la  mer  Rouge.  Les  Souakinis 
eux-mêmes  appartiennent  à  cette  race. 
Macrizy  parle  de  ces  nations  comme  étant 
pour  la  plupart  chrétiennes  à  l'époque  où  il 
écrivit.  Ils  les  désigne  sous  le  nom  de  Be- 
jawy  ou  Bejas.  On  dit  qu'avant  la  dévasta- 
tion de  l'Afrique  septentrionale  par  les  ap<y- 
tres  de  l'islamisme,  leur  pays  renfermait 
beaucoup  d'églises  et  d'établissements  reli- 
gieux. Les  Bedjahs  paraissent  être  les  des 
cendants  du  peuple  connu  dans  Tantiquité 
sons  le  nom  oe  Blemmyes,  et  dont  Slrabon , 
ainsi  que  d'autres  auteurs,  parle  comme» 
d'un  peuple  très-puissant  de  la  vallée  du 
Nil.  Etant  pour  les  gouverneurs  romains  do 


ion 


NUS 


DICTIONNAIRE 


MB 


i(i( 


VE^y\}ie  des  voisins  incomniodes,  i!s  furent 
i.has^cs  de  leur  pays  par  Dioclétien,  qui  y 
AiL'ena  pour  )os  remplacer  les  Nobates  de 
Libye.  Ceux-ci  sont  très- probablement  les 
Barabras,  ([ul  habitent  maintenant  la  vallée 
du  Nil. 

Les  Bicharyehs  sont  exlrômement  sauva- 
ges et  inhospitaliers  ;  on  prétend  qu'ils  boi- 
vent le  sau^  chaud  des  animaux  encore 
vivants  :  ils  sont  pour  la  plupart  nomades, 
et  se  nourrissent  ce  la  chair  ou  du  lait  de 
leurs  troupeaux. 

Les  caractères  physiques  de  cette  race  ont 
été  donnés  par  plusieurs  voyageurs  qui  ont 
visité  quelques-unes  des  tribus  dont  elle 
se  compose.  Nous  citerons  entre  autres 
MM.  Sait,  Buckhardt,  Dubois-Aymé,  Bel- 
zoni  et  Wilkinson.  Quant  à  leur  histoire, 
les  renseignements  qui  s'y  rapportent  et 
qui  se  trouvaient  épars  dans  dillurcnls  ou- 
vrages, ont  été  réunis  avec  soin  par  M.  Qua- 
tremère  et  par  le  savant  professeur  Kilter. 
Tous  les  écrivains  s'accordent  à  nous  les 
représenter  comme  de  beaux  hommes  ayant 
des  traits  réguliers,  des  yeux  grflinds  et  ex- 
pressifs, et  une  taille  sveltc  et  élégante. 
Leur  teint  est  d'un  brun  très-sombre,  ou, 
pour  en  donner  uuc  plus  juste  idée,  il  a  une 
couleur  foncée  de  chocolat.  Belzoni,  dans 
sa  descWption  des  Ababdehs,  ait  qu'ils  ont 
les  cheveux  très-crépus,  a  Li*ur  coilfure, 
aioute-t-il ,  est  très-curieuse.  Ceux  dont  les 
clieveux  sont  assez  longs  pour  descendre 
plus  bas  que  l'oreille  les  laissent  pendre  en 
moches  droites,  terminées  chacune  par  une 
boucle.  Celte  chevelure  est  imurégnée  de 
graisse,  et  si  bien  brouillée  qu'il  serait  dif- 
li;dle  d'y  faire  pénétrer  un  peigne;  mais  ces 
hommes  se  garderaient  d'ailleui»s  d'y  tou- 
cher, et  afin  de  ne  pas  déranger  leur  coif- 
fure, ils  ont  un  morceau  de  bois  de  la  forme 
d'une  aiguille  d'emballeur,  dont  ils  se  ser- 
vent pour  se  gratter  la  tôte.  » 

La  description  la  plus  complète  que  nous 
ayons  des  Ababdehs  est  celle  qu'a  donnée 
M.  d'Abbadie.  Il  dit  que  les  tribus  des.  envi- 
rons de  Cosseïr  ont  les  cheveux  crépus, 
lon^^s  de  sept  ou  huit  centimètres.  Il  remar- 
que que  les  cheveux  ues  hommes  de  ces  tri- 
bus sont  arrangés  d'une  façon  toute  particu- 
lière, ce  qui  leur  donne  une  étrange  api^a- 
vence.  Leurs  lèvres  ne  sont  pas  épaisses. 
«  Leur  nez  est  un  peu  gros  dans  le  bas,  et  se 
rapproche  du  type  cophte;  leur  teint  est 
presque  noir.  »  " 

Les  Barabras  sont  bien  connus  en  Egypte, 
où  ils  arrivent  du  haut  de  la  vallée  du  Nil 
pour  chercher  du  travail.  Ils  habitent  la  {>af- 
tie  de  la  vallée  comprise  entre  la  frontière 
sud  de  rE2;ypte  et  le  Sennaar.  Ils  se  donnent 
le  nom  de  Barabras  :  les  Arabes  les  appellent 
Nubas.  C'est  un  peuple  bien  distinct  des  Ara- 
bes et  de  toutes  les  nations  voisines;  il  ha- 
bite sur  les  bords  du  Nil,  et,  partout  où  il  se 
trouve  un  sol  propice,  il  plante  des  dattiers, 
établit  des  norias  pour  les  irrigations ,  et 
sème  du  dhourra  et  diverses  plantes  légu- 
mineuses.  Au  Caire,   où  il  se  trouve  un 


grand  nombre  d'individus  ne  cette  race,  ils 
sont  estimés  pour  leur  probité. 

D'après  ce  qu'on  a  pu  savoir  de  leur  his- 
toire, les  B&rstbras  paraissent,  ainsi  que  nous 
l'avons  déjà  dit,  être  les  descenJants  <!e  ces 
Nobates  qui,  il  y  a  quinze  siècles,  furent 
amenés  d'une  oasis  de  l'ouest,  nar  ordnMJe 
Dioctétien,  pour  habiter  la  vallée  du  Nil.  Il» 
furent  un  peu  plus  tard  convertis  au  chris- 
tianisme, tel  qu'il  existait  dans  ces  contrées 
mais  maintenant  ils  professent  rislamisoie. 

BlumenJjach  fut  vivement  frappé  de  la 
ressemblance  des  Bar^ras  avec  les  peintu- 
res de  Tantiaue  Egypte.  Sous  le  rapport  des 
caractères  [)nysiques,  ils  ont  en  effet  que!^ 
que  analogie  avec  les  Egyptiens:  comiue 
eux,  ils  ont  la  peau  rougeâtre,  mais  d'une 
teinte  beaucoup  plus  foncée;  chez  les  uns 
et  chez  les  autres  la  teinte  est  sujette  à  n- 
rier  d'intensité.  Brown,  auteur  ti-ès-exad, 
nous  apprend  que  les  habitants  de  Tile  d'E- 
léphantme  ont  la   peau  noire,  tandis  qu< 
ceux  de  Tile  Açouan,  qui  est  en  face,  onlij 
peau  rouge  ou  \qs  traits  des  Nubiens  ou  6c- 
rabras.  Dans  un  mémoire  sur  cette  dernier-' 
race,  qui  faix  partie  de  la  «  Description  dt 
r Egypte^  »  on   parlOv  dos  Barabras  comm^ 
étant  d'une  couleur   acajou  foncé.  «IK  y 
prévalent  de  cette  nuance,  dit  lauteur  bj 
mémoire,  pour  se  ranger  parmi  les  blancs... 
Leur  peau  est  d'un  tissu  extrêmement  ûd,  sa 
couleur  ne  produit  pas  une  couleur  désa- 
gréable, la  nuance  rou^e  qui  y  est  mèif 
leur  donne  un  air  de  santé  et  de  vie...Clit^ 
quelques  enfants  on  voit  des  touffes  de  cl" 
veux  noirs  mêlées  à  das  touffes  blondes.  ' 
Leur  nuance  de  blond  n*est  pas  d'aillei:r> 
semblable  à  celle  des  Euro,  éens,  mais  n-î- 
semble  à  la  couleur  des  cheveux  roussi>^: 
le  feu.  Le  docteur  Riippell,  qui  a  donné  t^ 
délails  hîs  plus  circonstanciés  sur  ce  \m\^r 
chez  lequel  il.  a  fait  un  long  séjour,  dilqu'ux 
«  observation  attentive  peut  nous  faire  a- 
connaître  chez  les  Bar^ras  la  vieille  plij- 
sionomie  naliooale  de  leurs  aacètres,  dus: 
les  statues  colossales  et  les  bas-reliefs  J" 
temples  et  des  tombeaux  nous  offrent  la  rn 
prouuction.  »  Le. docteur  Rùppell  fait  i'< 
allusion  aux  scul[)tures  qui  ont  été  trouu** 
suc  le  Nil,  au-dessus  de  l'Egypte  ;  mais,  bJO 
qu'elles  nous  offrent  en  effet  des  traits  sp 
Diables  à  ceux  des  Barabras,  elles  n^t: 
point  été  faites  d'après  les  ancêtres  de  vt 
peuple,  mais  d'après  des  hommes  qui  apr^- 
tenaient  à  l'ancienne  race  éjryptiennc.  V  i 
le  jx)rtrait  qu'çn  fait  Riippell  :  «  Un  vïn-- 
ovale  un  peu  allongé;  un  nez  aquilic  < 
d'une  très-belle  forme,  légèrement  arn;-: 
vers  le  bout  ;  des  lèvres  ^rosscs  sâRS  i-'* 
proéminentes  ;  un  menton  fuyant,  unehaf  < 
clairsemée  ;  des  yeux  animés,  des  chei  m 
très-frisés  sans  jamais  être  crépus,  un  «t.' 
parfaitement  proportionné  et  en  généf*»'  / 
taille  moyenne,  une  peau  de  la  couleur  - 
bronze,  tels  sont  les  traits  caractéri>li'iîi*' 
du  DongoJah  de  race  pure.  Les  mème^  ca- 
ractères se  retrouvent  géuéraJementcbei  *" 
Ababdehs,  les  Biccharyelis  et  chez  unei^rtit 
des  habitants  de  la  province  de  SehcoJî  -"^ 


1015 


NLH 


D*ANTHROPOLCGIE 


KCB 


ÎM 


tn  retroure  aussi  plusieurs  chez  les  Abys- 
sins. » 

Cette  race  nous  présente  un  fait  qui,  s*il 
était  bien  constaté  (et  les  témoienages  his- 
toriques semblent  autorisés  à  le  regarder 
comme  tel),  serait  du  plus  haut  intérêt  : 
c'est  le  passage,  dans  la  succession  des  géné- 
rations, du  type  nègre  à  un  type  très-sem- 
blable à  celui  des  anciens  Egyptiens  (660). 

Les  Barabras  se  partaient  en  trois  grou- 
pe<î,  dont  chacun  a  son  dialecte  propre  :  les 
5ubas  ou  Noubas,  les  Kenouhs  et  les  Don- 
goiahs;  tous  habitent  la  vallée  du  Nil.  Le 
nom  de  Nuba  n*est  pas  celui  que  ce  peuple 
se  donne  à  lui-même,  et  c*est  paf  les  Arabes 
qu'il  est  ainsi  appelé.  Au  reste  les  Arabes 
i«>nt  aussi  usage  de  ce  nom  pour  désigner 
tous  les  noirs  qui  viennent  des  pays  à  es- 
claves situés  au  sud  du  Sennaar  (tiei).  On, 
doit  remarquer,  au  reste,  que  ces  noirs  appar- 
tiennent  à  des  races  nègres  qui  se  rappro- 
chent réellement  un  peu  par  les  caractères 
phy>iaue5  des  habitants  de  la  vallée  du  Nil. 
Burcknardt  en  faitla  peinture  suivante  :  <  Les 
Noubas  se  distinguent  des  nègres  par  plu- 
sieurs points,  et  en  particulier  par  la  dou- 
ceur de  leur  peau,  qui  est  très-unie,  très- 
souplci  tandis  que,  cnez  le  véritable  nègre, 
lapaumede  la  main  estrude  et  dure  comme  du 
bois.  Leur  nez  est  moins  aplati  que  celui  des 
nègres;  leurs  lèvres  sont  moins  épaisses  et 
leurs  pommettes  moins  saillantes.  Leurs 
cheveux  ressemblent  généralement  à  ceux 
àes  Européens,  mais  ils  sont  plus  gros  et 
toujours  irisés;  quelquefois  aussi  ils  sont 
laineux.  La  couleur  de  leur  peau  est  moins 
obscure  que  celle  des  nègres  et  a  une  nuance 
cuivrée.  » 

D'autres  auteurs  s'accordent  avec  Burck- 
hardt  dans  la  description  qu'ils  font  des 
nègres  du  Quamâmil  et  du  Bertat,  pays  natal 
des  Noutias.  M.  Cailliaud  dit  que  leurs  che- 
veux sont  généralement  laineux,  mais  que 
souvent  aussi  ils  sont  seulement  crépus  ou 
même  frisés.  Le  canton  particulier  d'où  sont 
sortis  les  Barabras  paraît  être  le  Rordofan, 
et  les  nègres  Koldagi,  comme  les  appellent 
les  voyageurs,  conservent  et  parlent  encore, 
à  ce  qu'il  semblerait,  un  dialecte  de  la  lan- 
gue barabra.  Leur  idiome  au,  moins  pré- 
sente beaucoup  d'affinité  avec  celui  des  Ba- 
rabras, et  dans  ce  que  Ton  connaît  du  voca- 
bulaire des  deux  nations,  il  y  a  une  grande 
i»artie  qui  est  commune,  il  y  a  donc  tout 
lieu  de  croire  que  l'oasis  d'où  Ton  a  fait  ve- 
nir les  Nol>ates  ou  Noubas,  au  temps  de  Dioi 
clétien,  n'était  autre  que  le  Kordofan. 

Etablis  dans  la  vallée  du  Nil,  où  ils  n'a- 
iraient  pas  tardé  à  se  civiliser  jusqu'à  un 
c-ertain  point,  les  Nobates,  ancêtres  des  Bara- 
bras actuels*  ont  subi,  dans  les  quinze  siè- 
cles que  l'on  compte  depuis  l'époque  de  leur 
arrivée  en  ce  pays,  des  modifications  qu'on 


(660)  MM.  Costal,  Borckard,  Waddlngloo,  Rûp- 
pelU  Seelzen,  Ritter,  el  d^autres  aateurs,  ont  re- 
eiseilli  Imucoup  de  renseisnemeiits,  tant  sur  rbts- 
t«Mrp  qiie  sur  rethiiogra|mie  des  Barabras  ou  Nu- 


doit  attribuer  i  l'action  de  circonstances 
extérieures  différentes  de  celles  auxquelles 
la  race  était  soumise  dans  sa  terre  natale,  et 
anssipeut-être  à  l'influence  de  la  civilisation, 
maisqui  ne  sauraient  être  considérées  comme 
le  résultat  d'un  croisement  avec  une  race 
étrangère;  les  Barabras,  en  effet,  ne  con- 
tractent point  de  mariages  avec  les  Arabes, 
et  ils  n'ont  pu  se  mêler  non  plus  avec  les 
anciens  habitants  du  pays,  les  Blemmyes, 
puisque  ceux-ci  avaient  été  expulsés  pour 
leur  faire  place. 

Je  sais  bien  que  les  conclusions  qu'on 
peut  tirer  des  faits  sur  lesquels  on  s'appuie 
dans  l'ethnologie  et  dans  Inistoire  des  races 
sont  presque  toutes  fort  sujettes  è  objection, 
attendu  qu'on  n'est  jamais  sûr  d'avoir  pris 
en  considération  toutes  les  données  du  pro- 
blème, et  qu'il  est  fort  possible  qu'une  de 
celles  dont  on  n'a  pas  eu  connaissance  ait 
exercé  sur  les  résultats  dont  on  s  occupe  une 
influence  marauée  ;  mais,  en  faisant  la  part 
à  cette  cause  (l'erreur,  et  en  tenant  compte 
de  l'inceriitude  qui  en  résulte  relativement 
aux  résultais  de  ces  sortes  de  recherches,  je 
crois  que  l'on  a  dans  l'histoire  des  tribus 
nubiennes  un  bon  exemple  des  changements 
qui  peuvent  survenir  avec  le  temps  dans  les 
caracfères  physiques  d'une  race.  S'il  est 
vrai  que  les  Barabras  ou  Nubiens  du  Nil 
soient  descendus  des  Nobas  Koldagis,  il 
nous  est  bien  permis  de  supposer  que  les 
anciens  Epjypliens,  qui  ressemblaient  beau- 
coiip  aux  Barabras  de  nos  jours,  sont  descen- 
dus d'une  souche  semblabb.  Celte  supposi- 
tion s'accorderait  avec  beaucoup  de  faits  qu« 
len'îont  è  nous  faire  voir  dans  les  habitants 
de  l'Egypte  ancienne  une  nation  africaine 
d'origine.  D'un  autre  côté,  il  n'y  a  poin 
d'invraisemblance  à  admettre  la  supposition 
contraire,  savoir,  que  les  Nobas  eux-même 
seraient  descendus  d'un  peuple  semblable 
aux  Egyptiens  :  on  sait,  dans  le  cas  des  ani- 
maux, que  lorsqu'une  race  longtemps  do- 
mestique repasse  à  l'état  sauvage,  elle  re- 
prend tous  les  caractères  qu'elle  avait  avant 
d'être  devenue  l'objet  des  soins  de  l'homme, 
l'uniformité  de  ses  couleurs,  la  teinte  fon- 
cée, ta  conformation  primitive  de  la  tête  et 
des  membres  {Voy.  V'ariatioîïs).  11  n'y  aurait 
donc  rien  d'improbable  à  ce  qu'une  tribu 
qui  aurait  offert  à  une  certaine  épogue  le 
type  hara!>ra  ou  é^ptien  ancien  se  fût  par 
là  suite  éloignée  de  ce  type,  et,  en  perdant 
au  milieu  des  forêts  de  f  Afrique  centrale  ce 
qu'elle  avait  eu  de  civilisation,  eût  acquis 
insensiblement  les  caractères  que  nous 
voyons  aujourd'hui  dans  les  Noubas  Kolda- 
gis\  Ce  changement  est  tout  aussi  aisé  à  con- 
cevoir que  le  changement  opposé,  de  sorte 
que  rien  ne  nous  empêche  de  considérer  ces 
Noubas  comme  descendants  de  la  souche  qui 
peupla  dans  l'origine  l'Egypte  et  la  Nubie. 

(661)  Le  mot  Suba  est  pour  les  Arabes  ce  qu'est 
le  mot  Schangalla  pour  les  Abyssiniens ,  un  nom^ 
qui,  dans  chaque  nation  respectivement,  s'applique 
aux  n^|;res  en  aénéraL 


I0i7 


MB 


DICTIONNAIRE 


NUT 


tOtô 


De  quelques  autres  peuplades  du  KwoUa  et 
eu  Samhar  qui  présentent  un  type  intermé- 
diaire.  —  A  Djouddah  ou  Jeddah,  M.  d'Ab- 
badie  vit  un  certain  nombre  de  marchands 
et  de  marins  des  environs  de  Souakin,  qui 
avaient  tous  un  même  type  de  visage,  et  ce 
qu'on  pourrait  appeler  une  ressemblaiice 
nationale  des  mieux,  prononcées.  Voici  ce 
qu*ii  dit  de  leurs  caractères  physiques  : 

«  Tête  d'une  moyenne  grandeur  ;  les  lè- 
vres épaisses ,  la  supérieure  presaue  poin- 
tue dans  le  milieu,  le  nez  élevé  à  la  racine 
qui  est  étroite,  ensuite  abaissé  un  peu,  puis 
«renflé  vers  le  milieu,  et  enfin  déprimé  vers 
le  bout  qui  est  rond  ;  les  yeux  enfoncés  ;;  la 
paupière  inférieure  en  poche,  mais  très-pe- 
lite;  la  supérieure  entièrement  cachée  sous 
Le  sourcil,  quand  elle  est  ouverte  ;  les  pom- 
mettes saillantes  et  peu  éloignées  du  men- 
ton qui  est  court  et  retroussé  ;  les  dents  très- 
bel  les  par  le  soin  qu'ils  ont  de  les  brosser 
plusieurs  fois  par  jour.  Leur  front  a  un  léger 
creux  horizontalau-dessusdes  sourcils,  puis 
est  très-renflé  dans  la  partie  nommée  saga- 
cité comparative  par  Spurzheim.  Cet  auteur 
aurait  appelé  le  front  des  gens  de  Souakiu 
large  et  philosophique;  oreille  petite,  à  lobe 
kion  détaché;  les  joues  grasses  en  haut,  mais 
élevées  autour  du  menton  qui  est  dégarni  de 
chairs;  bras  longs;  peau  bistrée,  mais  pres- 
que noire;  cheyenulaineux  et  portés  comme 
chez  les  Ababdehs,  mais  formant  une  per- 
ruque encore  plus  épaisse;  sourcils  rares; 
peau  fine  et  ayant  peu  de  poils  ;  yeux  bruns 
et  enfoncés,  cuisses  moins  grêles  que  chez 
beaucoup  d'Arabes;  point  de  mollet,  la  par- 
tie antérieure  du  tibia  étant  aussi  saillante 
que  le  derrière  de  la  jambe.  » 

M.  d*Abbadie  dépeint  encore  une  autre 
race,  les  habitants  de  Samhar  et  les  Somalis, 
qui  ressemblent,  à  ce  qu'il  dit,  aux  Euro- 
péens pour  la  forme  du  corps,  mais  ont  le 
teint  complètement  noir,  des  lèvres  épaisses 
et  des  cheveux  qui  ressemblent  à  ceux  des 
Ababdehs.  «  Leuts  cheveux  épais  naturelle- 
ment frisés  se  projettent  derrière  la  tête  en 
épaisse  oerruque  comme  le  chaume  d'un 
toit.  »  Quelques-uns  dos  Chohou  ont  les 
yeux  gris  ou  bleus..  «  Comme  chez  les  Nu- 
biens, la  peau  des  Chohou  et  des  Habab  est 
très-douce,  quoiaue  presque  noire,  x»  Il  pa- 
raît, d'après  les  observations  de  Burckhardt, 
que  cette  qualité  de  la  peau  est  considérée 
comme  un  caractère  particulier  de  ces  noirs 
à  chevelure  laineuse  qu'on  appelle  Nobas, 
et  sert  à  les  distinguer  des  véritables  nègres. 
Mais  parmi  les  races  que  Ton  considère 
comme  bien  décidément  nègres,  nous  trou- 
vons cependant  plusieurs  des  caractères  des 
Ababdehs,  c'est  ce  que  prouve  la  descrip- 
tion suivante  de  la  race  nègre  qui  habite  le 
KwoUa,  c'est-à-dire  le  plat  pays  qui  confine 
du  côté  du  nord  avec  l'Abyssinie  ;  je  cite  les 
propres  termes  de  M.  d'AÉbadie  : 

(662)  c  Si  les  substances  colorées  que  Ton  intro~ 
^uit  dans  le  tissu  de  la  peau  au  moyen  des  piqûres 
ne  disparaissent  jamais,  cVst  que,  par  leur  nature, 
elles  ne  sont  point  susceptibles  d'être  absorbées  ;  cl 


«  Ces  nègres  forment  Tune  des  races  in- 
termédiaires qui  offrent  la  transition  du  type 
européen  à  celui  du  noir  de  Guinée.  *J  ai 
dessiné  ainsi  leur  portrait  : 

«  Oreille  en  arrière  du  plan  passant  par  le 
milieu  de  la  tête,  lèvres  épedsses,  cheveui 
laineux,  absolument  comme  chez  les  Cho- 
hou ou  Habab;  racine  du  nez  sensiblement 
I)lus  aplatie,  mais  beaucoup  moins  que  dans 
e  nègre  de  l'occident,  nez  court  et  légère- 
ment aquilin  et  s'approchant  du  camus; 
menton  fuyant  un  peu  en  arrière;  vis^a^e 
paraissant  peu  intelligent,  mais  bien  au* 
dessus  de  celui  des  nègres  en  général.  Leur 
langue  s'appelle  napat,  et  l'on  dit  qu'ils  ont 
plusieurs  grandes  villes.  » 

NUBIUTÉ,  a-telle  lieu  au  même  Age  chez 
les  divers  peuples.  Voy.  IIagbs  huvaiivbs. 

NUTRITION.  ~  Cette  fonction  est  la  plus 
importante  de  l'organisme.  Ce  serait  en  vain 
que  la  digestion  aurait  préparé  un  fluide 
nourricier ,  que  l'absorption  l'aurait  trans-. 
porté  dans  1  appareil  pulmonaire ,  que  cet 
appareil  l'aurait  mo<lifié  convenablement,  et 
que  le  cœur  et  les  artères  l'auraient  distri- 
bué à  tous  les  organes ,  si  ceux-ci  n*avaieat 
la  faculté  de  s'en  nourrir. 

Nul  doute  que  nos  éléments  constitutifs  se 
renouvellent  sans  cesse  ;  les  os  des  animaui 
que  la  racine  de  garance  mêlée  à  leurs  ali- 
ments a  teints  en  rouge ,  reprennent  peu  à 
peu  ,  après  la  cessation  du  mélange ,  leur 
primitive  couleur.  Il  y  a  donc  ici  soustrac- 
tion ,  élimination  de  molécules  artificielle- 
ment  colorées,  et,  par  conséquent,  décompo- 
sition évidente  d'un  tissu  ;  ce  (^ui  démontre 
celle  de  tout  le  reste  de  l'organisme.  On  sait 
d  ailleurs  que  l'abstinence  diminue  le  volume 
de  nos  organes ,  ce  qui  provient  incontesta- 
blement de  ce  que  les  vides  qu'y  déterminent 
continuellement  les  absorbants  ne  sont  pai 
proportionnellement  remplis.  Ainsi  donc, 
nos  éléments  matériels ,  sans  cesse  expulsés 
au  dehors^  sont  sans  cesse  remplacés  par  de 
nouvelles  molécules  organiques,  de  telle 
sorte  que  Ton  peut  dire  qu'après  un  certain 
temps ,  dont  on  ne  peut  fixer  la  durée ,  à 
cause  des  variations  qu'éprouvent  les  innouî- 
brables  circonstances  qui  activent  ou  ralen- 
tissent nos  mouvements  vitaux,  notre  organi- 
sation se  trouve  entièrement  renouvelée  (66i;. 

Mais  pour  que  ce  renouvellement  ait  lieu, 
il  faut  que  nos  organes  s'assimilent  les  maté- 
riaux que  la  circulation  leur  fournit,  et 
qu'ils  réparent  ainsi  leurs  pertes  continuelles. 

Cet  acte  par  lequel  toutes  nos  parties  éla- 
borent les  éléments  nutritifs  cpie  les  capillai- 
res qui  les  traversent  viennent  y  déjxjser, 
cette  fonction  dans  laquelle  ils  se  les  appni- 
prient,  les  convertissent  en  leur  propre 
substance ,  est  un  des  plus  mystérieux  pbé- 
nomènes  de  notre  organisation. 

Les  ramifications  artérielles  qui  se  distri- 
buent dans  tous  nos  tissus  »  qui  s'y  anasto- 

si  les  taches  congéniales  persistent  toute  la  vif,  c*c»i 
que  la  nutrition  vicieuse  qui  les  a  produites  ne  c*.»^' 
point  de  s'exercer,  i  (Richerand.) 


1019 


NIJT 


D'A>TUaOPOLOGIE. 


Nt'T 


f; 


lîioicnl,  qui  sV  subdirisent  à  rinfini ,  lais- 
sent échapper  des  iA>res  dont  ils  sont  criblés 
le  »Q^  dont  les  gaules  colorés  sont  plus 
ou  moins  sensibles,  selon  que  les  capillaires 
qui  le  renferment  ont  plus  ou  moins  de 
Toittme  et  en  contiennent ,  par  conséquent , 
une  pjus  ou  moins  grande  quantité  ;  ce  qui 
cîélermine  la  couleur  plus  ou  moins  rouje 
de  nos  organes  (663). 

Hais  par  queF  mécanisme  ces  pores  exba-- 
leot'ils  dans  chacun  d'eux  les  cléments 
matériels  qui  leur  con?iennent?  Par  quelles 
affinités  vitales,  comment  les orjanes'ttiodi- 
lient-ils  eux-mêmes  ces  éléments,  de  manière 
à  leur  imprimer  leur  propre  nature ,  à  les 
convertir  en  leur  tissu?  Est-ce  Tinfluence 
nerveuse  qui  préside  à  cette  modification 
importante  ?  Un  membre  paralysé,  et  qui  ne 
transmet  plus  à  Tâme  les  impressions  exté- 
rieures quil  reçoit,  s*atropbie.  Sans  doute , 
ce  phénomène  est  en  grande  partie  produit 
par  rioaction  des  muscles  ;  mais  enfin  cette 
inaction  n*est-elle  pas  Teffet  direct  de  Tab* 
sence  de  Tafllux  nerveux  dans  leurs  fibres  ? 
Et  n'est-ce  pas  cet  afflux  qui  est  le  principe 
de  leur  vitalité  ?  Qui  ne  sait ,  d'ailleurs ,  le 
rôle  essentiel  que  joue  l'électricité  dans  les 
combinaisons  réciproques  des  substances 
inorganiques  ?  Pourquoi  la  puissance  ner- 
veuse, qui  a  tant  de  rapport  avec  elle,  n'a.^- 
rait-elle  point  dans  celles  qui  se  passent 
clans  nos  tissus  ? 

Quoi  qu'il  en  soit ,  il  demeure  évident , 
f  uisque  les  veines  qui  s'abouchent  directe- 
luentaTcc  les  capillaires  artériels  n'en  reçoi- 
vent plus  qu'un  sang  altéré,  que  ce  fluide  a 
été  dépouillé  dans  ces  derniers  vaisseaux  de 
^es  pnncipes  alimentaires;  et  comme  cha- 
«{ue  organe  diffère  des  autres  par  la  nature 
<.e  son  tissu,  il  faut  nécessairement  aJinettrc 
4jue  les  capillaires  artériels  versent  da^is 
(  liacun  d'eux  les  éléments  conslituliis  qui 
leur  conviennent. 

Ces  vaisseaux  ont  donc  dans  chacune  de 
nos  parties  des  propriétés  particulièf  es,  et  la 
faculté  de  décomposer  le  uuide  sanguin  par 


des  modes  d'action  en  rapport  avec  la  nature 
diverse  de  nos  tissus.  Ainsi ,  ceux  des  mus- 
cles ne  sont  pas  les  mêmes  que  ceux  des  os, 
ceux  du  foie  diffèrent  essentiellement  de 
ceux  de  la  rate,  etc.  ;  et  notre  organisation  • 
considérée  sous  ce  rapport,  offre  un  ensem- 
ble d'organes  à  chacun  desquels  corresijon- 
dent  des  capillaires  d'un  mode  d'action  i)ar- 
ticulier. 

D'uii  autre  côté,  ces  mêmes  organes,  qui 
ont  reçu  dans  leur  tissa  les  éléments  de  leur 
nutritrou ,  sont  aussi  doués  de  la  faculté  de 
les  modifier,  de  les  convertir  en  leur  propre 
substance ,  et  c'est  par  cette  transformation 
merveilleuse  qu'ils  opèrent  leur  nutrition, 
liais  ce  qui  est  non  moins  admiralde ,  c'est 
que  cette  transmutation  embrasse,  non-seu- 
lement la  siructure,  la  consistance ,  la  cou- 
leur, etc.,  des  organes ,  mais  encore  jusqu'à 
leur  forme  et  à  leurs  dimensions  I  Quelle 
est  donc  cette  puissance  inconnue  qui  trace 
les  lignes  de  leur  surface ,  et  qui  met  des 
bornes  à  leur  accroissement  ?  Qui  a  établi 
en  nous  ces  lois  immuables  qui  dirigent 
ainsi  notre  substance  matérielle  et  oui  se 
transmettent  de  race  en  race  par  la  généra- 
tion ?  En  un  mot,  qui  a  circonscrit  la  matière 
nutritive  dans  des  limites  qu'elle  ne  peut 
franchir,  si  ce  n'est  l'Être  tout-puissant,  éga- 
lement grand  dans  toutes  ses  œuvres,  qui  a 
dit  à  la  mer,  au  commencement  des  choses  : 
Là  viendront  te  brher  te$  fiots  (66b). 

Ainsi  donc  le  sang  transporté  par  les  artè* 
resdans  chacune  de  nos  parties  s>  dépouille 
de  tous  ses  principes  nutritifs,  et  arrive  aux 
capillaires  veineux  oui  s'abouchent  avec  les 
artériels ,  avant  perdu  sa  couleur  rutilante, 
une  partie  àe  son  calorique,  et  tous  les  prin- 
cipes qui  le  rendaient  propre  à  l'entretien 
de  l'organisation.  Les  veines  alors  l'absor- 
bent et  le  transportent  de  nouveau  dans  le 
système  pulmonaire  pour  lui  faire  recouvrer 
toutes  les  propriétés  qu'il  a  perdues  ;  et  c'est 
ainsi  que  le  fluide  nourricier ,  dont  le  poids 
est  évalué  h  environ  trente  livres,  sans  cesse 
formé ,  absorbé,  modifié ,  distribué ,  entrc- 


f  6«j3)  •  Daos  los  mnscles,  par  exemple,  les  capil- 
laires sont  pins  développés,  les  glfibuks  rooges  pins 
rapproriiés,  pios  nombreux  aoe  dans  les  ligamenls, 
1'^»  os,  les  canihges  et  tous  les  lissas  qu*on  appelle 
tl'2U€s^  et  qai  D*ont  ceue  couleur  que  parce  que  ces 
^lobiiles  y  sout  rarement  disséminés,  disposes  p->ar 
Misi  dire  un  à  un,* à  cause  de  b  petitesse  du  calibre 
tie  leurs  capillaires.  •  {Richjjuxd.) 

(661)  n  est  érident  que  la  matière  ne  peut  s^orga- 
nî>pr  dle-mènie;  car,  pour  nue  s<mi  organisation  fikt 
«!^a  propre  ouTrase,  il  faa  Jrait  ou  que  le  hasard  y 
fi«^idâl^  ou  que  chacun  de  nos  éléments  organiques 
Uit  doue  d'intelligence ,  connût  les  fonctions  qu'il 
aura  à  remplir,  et  se  rangeât  de  lui-néme  à  h  plare 
qu'il  doit  occuper  dans  le  système  de  nos  appa- 
reils. 

Mais,  eo  premier  lieo,  le  hasard  nV<t  qa^nn  vain 
mot,  qui  ne  Cait  qu^exprioier  Pignoranœ  oè  nous 
éoasmes  des  rapports  de  certains  événeoieats  ou  de 
c^rrtaios  phénoméiies  avec  les  causes  qui  les  pro- 
duÂseaU  El  d'ailleurs,  qui  pourrait  admeOre  le  ba- 
ss^rJ,  chose  si  inconstante  et  si  ▼ariatJe,  dans  la 
l>ro  ioctjon  si  coaslanle  ci  si  régulière  de  notre  or- 
rr^iiisalîon? 


En  second  lieu,  comment  une  matière  d'aloui 
brute  et  non  organisée  pourrait-elle  coœprcmhc 
Porganisation  qu'elle  doit  former,  et  se  mottvoir  eu- 
suite  dTelleHnéme  pour  exécuter  le  plan  qu'elle  au- 
rait conçu,  elle  gui  est  inintelligentp,  inorte,  et  qui 
ne  se  meut  jamais  spontanément  ?  Ou  bien ,  c  m- 
ment  celte  même  matière  poarrait^elle,  de  son  pro- 
pre  mouTeroent,  exécuter  ce  plan  sans  le  compren- 
dre? Car,  il  n'jr  a  point  de  milieu,  ou  il  faut  admet- 
tre que  les  aliments  dont  nous  nous  nourrissons, 
que  Pair  que  nous  respirons  sout  doués  d'intelli- 
gence et  comprennent  toute  notre  structure,  ce  que 
sans  doute  on  rougirait  de  supposer;  ou  bien  que, 
sans  intelligence,  ils  forment  spORUnément  notre 
admiraUe  organisation,  ce  qu'on  n'aurait  pas  moins 
honte  d'admettre. 

On  est  donc  forcé  de  condnre  que  le  déreloppe- 
ment  et  Pentretien  de  notre  organisme  sont  deter- 
mmés  par  les  lois  d'une  puissance  Intelligente,  (  t 
qui  dispose  nos  élémente  matériels  selon  le  plan 
conçu  par  sa  sagesse  imoérétrable.  Et  cette  puis- 
sauce,  qui  pourrait  la  meconnaitre?  Qui  pourrait  uç 
pas  s'ccTÎor  :  Hic  digiiui  Ski  ? 


i051 


NUT 


DICTIONNAIRE 


«KJT 


I05i 


tient  coalinuellement  toutes  }es  parties  de 
tiotre  organisme,  qu*il  parcourt  dans  Tinterr 
valle  de  sept  à  quinze  minutes. 

Cet  entretien  qui  n*a  point  de  relftcbe , 
cette  nutrition  qui  ne  doit  finir  qu'avec  ]a 
vie,  offre,  comme  toutes  les  autres  fonctions, 
des  variétés  remarquables  selon  les  âges,  les 
sexes,  les  individus,  les  professions,  les  clir 
mats,  les  saisons. 

Dans  l'enfant,  elle  est  d'autant  plus  active 
qu*il  se  rapproche  davantage  de  l'époque  do 
sa  naissance  ;  ce  que  témoigne  -  assez  le 
rhythmcj  si  ie  puis  ainsi  parler,  du  dévelop- 
pement de  1  organisme,  dont  Tacccoissemeut 
se  montre  d'autant  plus  rapide  ,  que  l'on  le 
considère  à  une  époque  pl^us  éloigoéc  de  la 
puberté  (665). 

Mais ,  à  cette  période  de  la  vie,  des  nutri- 
tions particulières  apparatesont  ;  ce  sont 
celles  des  parties  qui  alors  ont  des  fonc- 
tions à  remplir,  têts  que  le  système  pileux 
et  Tappareil  de  la  fonction  génératrice.  En 
même  temps,  le  corps  conlinue  de  s'ac- 
croître dans  toutes  ses  dimensions,  d\ine 
manière  de  plus  en  plus  lente ,  quelquefois 
pourtant  avec  une  très-grande  rapidité,  et 
cet  accroissement  ne  s'arrête  que  lorsque  la 
matière  organique  a  atteint  les  limites  que 
lui  a  fixées  VJnleltigeHce  suprême ,  et  qu'il 
n'est  pas  en  son  pouvoir  de  dépasser. 

Ces  limites,  qui  sont  en  harmonie  avec  ce 
qui  nous  entoure,  qui  fopment  un  des  grande 
mystères  de  la  création  ,  étaient  essentielle^; 
knotre  existence;  comment,  en  elfet,  aurions- 
nous  pu  étre^  tout  étant  limité  autour  de 
nous ,  si  notre  accroissement  n  avait  point 
eu  de  bornes  ? 

Dès  que  nos  organos  ont  acquis  le  déve- 
loppement qui  leur  a  été  prescrit,  la  nutri- 
tion devient  stationnaire.  A  la  virilité,  elle 
s'effectue  dans  le  sens  de  la  largeur  du  «îorps, 
en  développant  le  tissu  cellulaire  ^niisseux 
sous-cutané  et  abdominal.  Dans  la  vieillesse, 
elle  languit  dans  tous  les  organes ,  qui  per- 
dent alors  de  leurs  dimensions ,  comme  on 
le  voit  surtout  dans  les  systèmes  cutané , 
celluleux  et  musculaire.  Enfin  elle  est  pres- 
que nulle  dans  la  caducité ,  où  toutes  les 
fonctions  vont  bientôt  s'anéantir. 

La  nutrition  générale  est  moins  étendue» 
moins  active ,  a  moins  de  rapidité  chez  la 
femme  que  chez  l'homme.  Faite  pour  plaire 
et  non  pour  commander,  sa  stature  est  moins 
haute  ;  une  taille  élevée  n'aurait  point  été 
en  harmonie  avec  ses  destinées,  et  l'on  sait 
quel  contraste  choquant  elle  produit  chez 
celles  qui  la  présentent.  Plus  sédentaire, 
exerçant  des  mouvements  moins  intenses  et 

(665)  II  est  digne  de  remarque  que  le  systôroe  ar- 
-énel  se  trouve  en  harmonie  avec  cette  activité  de  lu 
fonction  nutritive.  En  effet,  les  parois  du  cœur  et 
Jes  artères  ont  proportionnellement  plus  de  con- 
sistance et  d'épaisseur  dans  Tenfance  que  daas 
radtille. 

(666)  Puisçiue  le  développement  des  organes  dé 
p^ad  de  celui  du  système  artériel  (Serres,  A naeomte 
comparée  du  cerveau,  t.  I".  p.  568) ,  il  est  évident 
que  leurs  formes,  leurs  dimensions,  leurs  situationi 
respectives,  leurs  rapports  mutueb  soîîI  subordon- 


moins  soutenus,  ses  pertes  or^^aniques  sont 
moins  considérables,  et  nécessitent  par  con- 
séquent moins  de  réparation.  Elle  diffère 
encore  de  l'homme  par  des  nutritions  f)ar- 
tielles  qui  lui  sont  propres.  Dans  celui-ci,  à 
la  puberté,  c'est  l'appareil  vocal  et  le  système 
musculaire  qui  prennent  de  l'éteydue  ;  dans 
la  femme  ,  ce  sont  le  tissu  cellulaire  sous- 
cutané  ,  destiné  à  arrondir  les  formes,  et  les 
glandes  mammaires ,  liées  à  la  génération , 
qui,  à  cet  âge,  acc[uièrent  de  la  prédominanci'. 

Mais  les  variétés  des  nutritions  indivi- 
duelles ne  sont  pas  moins  admirables  que 
celle»  que  nous  venons  d'exposer.  Toujours 
subordonnées  au  développement  et  au  nom- 
bre des  vaisseaux  artériels  qui  se  distribuent 
aux  organes,  et  se  trouvant  dans  une  parftite 
harmonie  avec  la  vie  en  société,  elles  déter- 
minent, par  leurs  limites  variées,  les  statures 
diverses,  les  dimensions,  les  formes  pvlicu- 
lières,  soit  générales,  soit  partielles,  les  traib- 
physionomiques  individuels ,  et  donnent 
ainsi  aux  membres  du  corps  social  des 
mo/ens  assur-és  de  se  reconnaître,  coBamc 
Gflès  sont  la  source,  dans  Vamour  du  sexe^ 
de  la  diversité  des  penchants  (066). 

C'ej>t  en  les  considérant  sous  ces  beaux 
rapports  que  l'on  s'écriera  avec  le  Psalmiste: 
Seigneur!  Seiqneur!  ma  substance  vous  élaH 
conuue  lorsau  elle,  a  été  conçue  dans  le  secret^ 
lorsqu'elle  était  encore  dans  les  entrailles  de 
la  (erre.  Vous  m'avez  vu  qucCnd  mes  membres 
n'étaient  quune  masse  informe;  et  avant 
ou'ils  fussent,  ils  étaient  écrits  dans  totr$ 
livre  (687)  avec  l'objet  que  chacun  d'eux  de- 
vait rerr.plir. 

La  rt^.udité  de  la  nutrition  générale  varie, 
dans  les  professions,  selon  l'intensité  des 
mouvements  locomoteurs  qu'elles  nécessi* 
tent.  Ces  mouvements,  en  elfet,  détermiceut 
une  déperdition  de  substance  organique 
d'autant  plus  considérable,  et  par  conséquent 
une  réparation  d'autant  plus  prompte,  qu'ils 
sont  eux-mêmes  plus  énergiques,  plus  sou- 
tenus ou  plus  fréquemment  répétés.  De  plui 
l'impulsion  qu'ils  impriment  a  tous  les  or- 
ganes les  excite,  rend  leurs  actions  vitalei 
plus  vives,  et  favorise  ainsi  leur  nutritioD. 
Cela  est  évident,  surtout  pour  le  systèiBC 
musculaire,  que  l'exetcice  développe  sin>m- 
lièremeut,. conuno-  on  le  voit  chez  les  forts 
de  la.  halle,  pour  les  muscles  du  dos  et  des 
épaules,  chez  les  boulangers  pour  ceux  des 
membres  thoraciques,  et  chez' les  danseurs 
pour  ceux  des  abdominaux.  C'est  sur  ceue 
observation  que  repose  l'art  de  la  gymnas- 
tique. Les  professions  influent  encore  sur  k 
nutrition  par  les  matières  qu'elles  fournis- 
nés  à  ces  mêmes  objets  considérés  dans  les  rapî/ 
laires  ;  d*oii  il  suit  que  ce  sont  les  capillairfs  enir 
mêmes  qui  déterminent  les  états  organiques  dlven, 
cl  que  c'est  par  les  limites  de  ces  vaisseaux  que  se 
trouvent  représratées  la  surface  de  toutes  nos  par* 
ties  ou  les  lignes  qui  en  terminent  la  sabstanoe. 

Mais  quelle  est  la  puissance  qui  borne  ainsi  àt 
mille  manières  les  extrémités  des  capillaires  ulé- 
riels,  et  avec  un  mode  toujours  replier  dans  les  é- 
vers  organes,  si  ce  n'est  celle  qui  a  tont  créé? 

(607)  Psal.  cxxxviii. 


liu 


OEIL 


IKâNTKROPOLOGIE. 


Q£:l 


lOÙI 


sent  aux  absorptions  cutanée  et  pulmonaire. 
Ainsi  ]es  boueners,  qui  vi\ent  continuelle- 
menl  dans  une  atmosphère  surchargée  d'é- 
manations animales,  offrent  en  général  un 
embonpoint  considérable  et  une  grande  fraî- 
cheur. ' 

.  Les  climats  et  les  saisons  modifient  aussi 
la  fonction  nutritive.  Elle  est  plus  énergique 
dans  les  régions  froides  que  dans  les  climats 
équatoriaux,  en  hiver  au'en  été;  d'ai^oni 
uorce  que  Vair,  qui  y  est  {.uns  dense,  qui  ren- 
îermc  plus  d'oxygène  sous  un  même  volume, 
rend  le  sang  plus  excitant;  et  eniuitc  par.e 
que  les  dénerditionb  cutanées  y  étant  moins 
considérables  et  la  digestion  y  ayant  plus 
d'activité,  beaucoup  plus  d'éléments  maté- 
riels sont  employés,  dans  un  temps  donné, 
à  )a  nutrition  des  organes.  Aussi,  en  général, 
e5l-on  plus  dispos  et  mieux  portant  en  hiver 
qu'en  été.  C'est  ce  qui  fait  encore  que  l'orga- 
nisme est  plus  développé  chez  les  habitants 
des  montagnes,  où  l'air  est  froid  et  pur,  que 
chez  ceux  des  plaines,  et  que  les  peuples  du 
Nord  l'emportent  nar  la  hauteur  de  la  sta- 
ture sur  ceux  qui  liabitent  les  pars  chauds. 
Mais  ii  faut  remarquer  à  cet  égard  que  lors- 
que le  climat  est  trop  rigoureux,  le  dévelop- 
pement des  organes  n'a  plus  la  même  éten- 
due, les  hommes  se  montrent  rabougris, 
comme  les  végétaux  au  milieu  desquels  ils 
vivent,  et  semblent  ne  point  apparteniv  à 
l'espèce  par  les  dimensions  de  leur  corns. 
Cela  est  manifeste  dans  les  Lapons  y  les  Es- 
quimaux et  les  Samoïèdes. 

Les  aliments,  comme  les  climats  et  les  sai* 
sons,  modifient  la  nutrition  des  organes.  Une 
nourriture  abondante,  succulente,  saîubre, 
nonne  à  Taction  réparatrice  une  intensité 
remarquable;  et  peut-être  chez  les  peuples 
du  Nord,  oui  se  nourrissent  presque  exclu- 
sivement de  substances  animales,  cette  cause 
contribue4-elIe  autant  que  le  climat  au  dé* 
veloppement  or^çanique  qui  les  caractérise. 

Mais  la  nutrition  n'est  pas  seulement  sou- 
mise h  l'influence  des  causes  que  nous  ve- 
nons d'énuniérer;  les  autres  fonctions  orga- 
niques agissent  encore  sur  elle  et  la  modi- 
fient d'une  manière  plus  ou  moins  parfaite. 
Ainsi  la  réaction  de  l'encéphale  sur.  le  reste 
de  Tor^'anisation  dans  les  affections  morales, 
vives  ou  profondes,  l'altère  singulièrement; 
on  sait  combien  les  passions  amaigrissent, 
soit  ((u'elles  agissent  en  troublant  la  fonction 
di^estive,  soit  qu'elles  portent  directement 
leur  influence  sur  tous  les  organes  fiar  l'in-» 


termédiaire  du  système  nerveux.  La  locomo- 
tion agit  sur  la  fonction  nutritive  en  exci- 
tant toutes  nos  parties  par  les  impulsions 
qu'elle  leur  communique,  et  en  activant  la 
circulation  dans  leur  tissu  (668).  Le  sommeil 
n'influe  qu'indirectement  sur  elle;  le  repos 
des  appareils  sensitifs  et  locomoteurs  qui  le 
constitue  favorise  la  concentration  des  forces 
virales  sur  les  viscères  gastriques,  et  con«* 
court  ainsi  à  la  perfection  de  l'élaboration 
dos  aliunents.  L'influence  de  la  fonction  di- 
gesiivc  est  évidente  ;  plus  elle  est  parfaite, 
])Uis  la  propriété  nutritive  de  son  produit 
est  })rononcée  ;  on  connaît  la  maigreur  oui 
survient  à  la  suite  de  digestions  pénibles 
plus  ou  moins  longtemps  prolongées,  et  par 
le  seul  effet  d'aliments  mal  élaborés.  La 
fonction  absorbante  influe  sur  la  nutrition 
})ar  sa  rapidité  ou  sa  lenteur  :  rapide,  elle 
lournit  dans  un  temps  donné  plus  de  maté- 
riaux à  l'appareil  pulmonaire,  et  par  suite  à 
tous  nos  tissus  ;  lente,  elle  produit  un  ctfet 
contraire.  La  respiration  anime  ou  affaiblit 
la  fonction  nutritive,  selon  qu'elle  s'exerce 
d^une  manière  plus  ou  moins  complète.  Lors* 
que  le  fluide  qu'elle  modifie  y  acquiert  toutes 
les  conditions  qu'il  doit  posséder,  la  nutri- 
tion est  très-active  ;  elle  languit,  au  con- 
traire, lorsque  les  organes  ne  reçoivent  qu*un 
sang  à  demi  oxygéné,  et  qui  n'a  pas  été  en-* 
tièrement  débarrassé  des  nrincipes  hétéro- 
gènes qu'il  renferme.  Ennn  la  circulation, 
lorsqu'elle  est  vive,  régulière,  que  les  con-» 
tractions  du  cœur  sont  fréquentes,  fortes, 
que  celles  des  ar:ères  sont  énergiques,  la 
rend  rapide,  parce  qu'il  en  résulte  une  dis- 
tribution abondante  du  fluide  nourricier. 
Elle  la  ralentit,  au  contraire,  lorsque  les 
mouvements  du  cœur  et  des  artères  sont 
lentî-,  faibles,  peu  développés. 

Mais  si  la  nutrition  est  modifiée  par  les 
fonctions  organiques,  elle  influe  à  son  tour 
SUT  chacune  d'elles ,  puisqu'elle  en  est  le 
principal  appui.  La  locomotion  est  d'autant 
[)lus  énergique  que  les  muscles  s'assimilent 
plus  d'éléments  nutritifs;  la  digestion,  ral>- 
sorption,  la  respiration,'  la  circulation  sont 
d'autant  plus  actives  que  les  tissus  des  or-^ 
ganes  qui  les  exercent  reçoivent  une  plus 
prompte  et  plus  complète  réi>aration.  En  un 
mot,  toutes  les  actions  vitales  se  trouvent 
immédiatement  sous  l'influence  de  la  fonc- 
tion nutritive,  qui  les  rend  d'autant  plus  in- 
tenses qu  elle  jouit  elle-même  de  plus  d'ac- 
tivité. —  Vny.  rintrcduction. 


o 


OBJECTIONS  contre  le  nominalisme,  ré- 
futation. Voy.  Langage. 

OEIL  HUMAIN.  —  L'œil  est  le  premier 
organe  des  sens  qui  apparaisse  dans  la  tête 
^u  fœtus,  et  rœiJ  est  le  pôle  principal  du 

(668)  C'ttii  pour  mettre  en  jeu  cctle  influence  si 
ncr^saire  à  son  développement,  que  ^^enfant  a  été 
o'iuc  d'une  mobllitc  musculaire  si  active,  i.i  à  la- 


cerveau,  comme  le  cerveau  est  lui-même  le 

Eùle  supérieur  du  foyer  de  Torsanisme. 
'œil  est  en  rapport  direct  avec  la  lumière, 
l'objet  le  plus  général  du  monde  physique  ; 
c'est  par  lui  qu'elle  est  reçue,  perçue  et 

quelle  il  est  si  dangereux  de  s*oppo$er;  on  sait,  en 
ciïcU  combien  une  vie  trop  sédeutaiic  lui  est  nui- 
sible. 


1055 


OË!L 


DICTIONNAIRE 


OEIL 


1050 


transmise  au  cerveau.  Or,  ai  i'or^ane  de  a 
lumière  est  formé  dans  l'hojnme'par  la  na- 
ture avant  tout  autre  organe  de  perception 
externe,  c'est  que  le  besoin  de  la  luniii^ro 
est  le  premier  besoin  de  l'homme  ;  c't%t  que 
la  lumière  est  son  premier  objet,  son  élé- 
ment primitif.  L'ori^ane  qui  1  aperçoit  est 
donc  aussi  le  plus  noble  des  organes  et  la 
condition  première  pour  subjèctiver  l'objec- 
tif, particulariser  le  général. 

Plusieurs  choses  sont  à  considérer  pour 
expliquer  le  fait  si  remarquable  de  la  vision  ; 
d'abord  la  lumière,  puis  1  objet  qui  l'envoie, 
l'organe  qui  la  reçoit,  et  le  sens  qui  !a  per- 
çoit. 

Il  n'y  a  point  de  vision  sans  lumière,  et  h 
proprement  dire  la  lumière  seule  est  l'ob- 
jet direct  de  la  vue.  Ce  n'est  point  le  mo- 
ment d'exposer  de  hautes  considérations  sur 
sa  nature  ;  nous  la  prenons  ici  comme  un 
fait,  et  nous  constatons  les  lois  qu'elle  suit 
dans  ses  rapports  avec  les  corps  ;  car  nous 
lie  pouvons  comprendre  l'appareil  de  la  fonc- 
tion dé  la  vision  (jue  par  la  connaissance 
préalable  de  ces  lois.  C  est  un  fait  constant 
que  notre  atmosphère  est  remplie  de  lu- 
mière comme  d'air.  Môme  pencfant  la  nuit 
la  plus  obscure,  il  y  a  encore  des  rayons 
diffus,  puisque  certains  animaux  y  voient. 
Ce  qui  est  encore  évident,  c'est  qu'il  y  a  deiJ 
corps,  comme  le  soleil  et  les  corps  en  igni- 
tion,  qui  rayonnent  une  lumière  propre, 
tandis  que  les  autres  ne  font  que  répercuter 
celle  qui  tombe  sur  leur  surface.  Quant  à  la 
manière  dont  se  produit  la  lumière,  lesdeui 
opinions  qui  partagent  les  savants,  celle  do 
Descartes  et  celle  de  Newton,  nous  paraissent 
très-conciliables.  Il  y  a  une  lumière  géné- 
rale répandue  dans  notre  monde,  dont  le 
soleil  est  la  source,  et  qui  par  scë  mouve- 
ments, ses  vibrations  et  les  modifications 
qu'elle  subit,  proiuit  les  phénomènes  visi- 
bles ;  lùais  il  y  a  aussi  des  lumières  particu- 
lières, rayonnées  par  différents  œrps  et  qui 
se  mêlent  au  fluide  général,  se  combinent 
avec  lui  et  lui  impriment  des  modifications, 
comme  nous  voyons  chaque  corps  se  faire 
par  ses  émanations  sa  propre  atmosphère 
i!ahs  l'atmosphère  commune,  ou  encore  cha- 
que êire  vivant  avoir  sa  vie  privée  au  rai- 
Keu  de  la  vie  générale  du  monde  où  il  est 
placé. 

Quoi  qu  il  en  soit,  dans  l'un  et  l'autre  sys- 
•tème  les  lois  générales  de  la  lumière  sont 
les  mêmes,  et  ainsi  nous  remarquons  : 

1*  Que  la  lumière  marche  toujours  en  li- 
gne droite,  ce  qui  fait  le  rayon  lumineux  ; 
que  cette  ligne  se  forme  des  particules  lan- 
cées par  un  corps  rayonnant,  ou  seulement 
des  molécules  du  fluide  général  mis  en  ébran- 
Jement  par  les  vibrations  des  corps  éclairés, 
comme  l'air  par  les  corps  sonores. 
,  2'  Tout  rayon  de  lumière  forme  par  son 
développement  uq  cône  lumineux  dont  le 
sommet  est  le  point  d'où  part  la  lumière  et 
dont  les  côtés  se  prolongent  en  divergeant 
dans  l'espace.  C'est  une  conséquence  de  la  pro- 

Sméié  du  rayonnement,  qui  tcnJ   toujours 
i  ff)rmer  une. sphère,  s'il  ne  rencontre  point 


d'obstacles.  Or  une  sphère  se  décompose  en 
une  multitude  de  cônes,  dont  tous  les  som- 
mets sont  au  contre  et  toutes  les  bisses  à  la 
circonférence. 

3*  Le  rayon  qui  tombe  perpendiculaire- 
ment sur  un  plan  le  traverse  directement 
sans  subir  aucune  motiification, 

4"  S'il  tombe  obli<f  uement,  il  est  diverse- 
ment modifié,  suivant  la  nature  du  corps.  Si 
le  corps  est  o^)aque,  le  rayon  est  réfléchi  ou 
l'épercuté  par  la  surface  du  cor^s  sous  un  an- 
gle é^^l  et  opposé  à  celui  d*incidence.  Si  le 
corps  est  tranr.;)arent,  le  rayon  y  pénètre,  et 
si  la  densité  du  milieu  où  il  entre  est  diffé- 
rente de  celle  du  milieu  qu  il  quitte,  il  est 
réfracté,  s*écartant  de  la  perpendiculaire  au 
plan,  quand  le  nouveau  milieu  est  moins 
dense,  s'en  rapprochant  quaud  ij  l'est  da- 
vantage. 

5'  Le  résultat  de  la  réfraction  du  rayon  est 
la  division  de  la  lu^nière  en  sept  rayons  co- 
lorés, dont  chacun  a  un  différent  degré  de 
r/frangibilité,  ce  qui  donne  le  spectre  so- 
laire. C'est  par  le  prisme  que  cette  décom- 
position de  la  lumière  s'opère  le  mieux. 

Ceci  posé,  voyez  comment  les  corps  dc- 
YÎennenl  visibles 

Les  corps  qui  n'émettent  point  de  lumière 
ne  sont  vus  que  par  celle  qu'ils  réfléchis- 
sent ;  mais  ils  la  réfléchissent  diversement 
en  raison  de  leur  constitution,  laquelle  a 
plus  d'analo;ne  avec  certains  éléments  de  la 
Kimière  qu'ifs  absorbent  qu'avec  les  autres 
qu'ils  renvoient,  en  sorte  qu'ils  nous  ap|)a- 
raissent  sous  la  couleur  (les  rayons  ré|)cr- 
cutés.  Si  tous  les  rayons  sont  réfléchis,  le 
corps  parafl  blanc  ;  c^r  le  blanc  est  la  réunion 
de  toutes  les  couleurs  ;  si  tous  ou  prévue 
tous  sont  absorbés,  il  parait  noir,  le  noir 
étant  l'absence  des  couleurs.  Il  se  fait  donc 
à  la  surface  du  corps,  en  raison  de  leur  na- 
ture, de  leurs  propriétés,  de  leur  position 
vis-à-vis  de  la  lumière  et  de  leur  affinité  avec 
ses  éléments,  une  espèce  d'action  ctde  réac- 
tion moléculaire,  qui  produit  les  apparences 
si  variées  et  si  changeantes  sous  lesquelles 
les  corps  se  montrent  à  nos  yeux.  Les  cou- 
leurs que  nous  voyons  ne  sont  donc  point 
dans  les  objets  ;  toute  couleur  est  dans  la 
lumière,  intermédiaire  nécessaire  entre  l'ol;- 
jct  et  l'œil  ;  mais  il  y  a  dans  l'objet  une  cer- 
taine qualité  qui  le  rend  apte  à  absorber  ou 
à  répercuter  telle  partie  de  la  lumière,  ce 
qui  implique  que  par  la  réflexion  la  lumière 
est  décomposée  jusqu*à  un  certain  point 
comme  dans  la  réfraction. 

Cette  lumière  réfléchie,  partant  de  tous  les 
points  de  la  surface  de  l'objet  en  forme  de 
cônes,  vient  tomber  sur  la  partie  antérieure 
de  l'œil,  y  pénètre  et  nous  fait  voir  l'objet. 
Suivons-la  dans  Tintérieur  de  l'organe,  et 
pour  apprécier  la  manière  dont  elle  s'y  coni- 

t)orte,   examinons  d'abord  l'appareil  ocu- 
aire. 
L'œil,  vu  à  nu  et  hors  de  son  orbite,  a  une 


Les  deux  nerfs  ooliques  sortent  do  la  Iwt* 


1^7 


D'ANTHROTOLOGIC 


GLIL 


io:8 


do  cerreaa,  devant  le  ponl  de  VaroUe?  et 
s'entrecroisent  en  se  rendant  à  chaque  or- 
bite. A  la  partie  antérieure  est  une  mem- 
brane transparente  qui  représente  à  peu 
prè<  un  segment  de  sphère  d*un  diamètre 
plus  petit  <|ue  la  partie  enfoncée  dans  1  or- 
tHte;  ce  qui  la  rend  plus  saillante,  et  par  là 
plus  propre  à  recevoir  les  rayons  qui  arri- 
vent de  côté  :  on  rappelle  la  comée  tranâpa- 
renie.  L'autre  membrane  qui  enveloppe  le 
reste  de  Tmil,  opaque  et  fortement  consis- 
tante, se  nomme  la  iclérotique  oncornée opa- 
que. L'une  et  l'autre  sont  des  prolongements 
de  la  dur^^re^  l'enveloppe  la  plus  exlé- 
rieure  du  cerveau  et  du  nerf  optique. 

La  seconde  tunique  du  nerf  optique,  qu'on 
appelle  la  pie-mère^  donne  naissance  à  la 
choroïde.  Celle-ci  s'appligue  immédiatement 
sur  la  sclérotique  dans  Tintérieur  et  au  fond 
de  rœil  ;  elle  est  remplie  de  vaisseaux  et  de 
filets  nerveux,  et  toute  imprégnée  d*un  en- 
duit noirâtre  qui  ne  s'enlève  point  par  le 
lavage.  Vers  l'endroit  où  la  cornée  transpa- 
rente s'unit  à  la  sclérotique,  la  choroïde  se 
détache  en  avant  et  forme  cette  membrane 
colorée  qu'on  appelle  l'im . 

Vins  9  percé  dans  son  milieu  par  une  ou- 
verture ronde  qui  est  la  prufuUe,  est  com- 
|iosé  de  fibres  circulaires  et  de  fibres  rayon- 
nées  qui  servent  à  rétrécir  ou  à  dilater  lou- 
verlure  de  la  prunelle  ou  la  pupille,  poi>r 
aJmettreplus  ou  moinsde  rayons  lumiacui. 
Les  rayons  oui  ne  passent  point  nar  la  pru- 
nelle sont  réfléchis  par  Tins  et  c  est  ce  qui 
bit  la  couleur  des  yeux. 

L*iris  sépare  presque  verticalement  l'es- 
pace compris  entre  la  cornée  transparente  et 
le  fond  de  l'œil.  Derrière  sa  partie  posté- 
rieure se  trouve  le  cristallin  qui  est  comme 
chatonné  duns  la  couronne  ciliaire,  et  qui 
est  cependant  séparé  de  l'iris  par  Vkumeur 
eupuuse^  laouelle  remplit  tout  l'espace  en- 
tre la  comee  et  le  cristallin. 

Le  cristallin  est  un  corps  transparent,  so- 
lide, lenticulaire,  et  plus  convexe  vers  le 
fond  de  l'oeil  que  par  devant. 

Derrière  le  cristallin  jusqu'au  fond  de  l'œil 
se  trouve  l'Avmeur  nïr^e,  qui  embrasse  de 
tons  cAtés  le  cristallin.  Cette  humeur,  qui  a 
la  consistence  et  la  transparence  d  une  ge- 
lée blanche  et  limpide,  e&t  enveloppée  dans 
les  replis  d'une  membrane  trè3-une  Elle 
s'applique  immédiatement  sm*  la  réiintj  qui 
estl  épanouissement  de  la  substance  médul- 
laire du  nerf  optique,  et  la  rétine,  mem- 
brane blanchâtre  et  t/ès-mince,  s'étend  sur 
la  choroïde  dont  l'enduit  noirâtre  fait  à  son 
^rd  la  fonction  de  la  feuille  d'étain  der- 
rière le  miroir. 

Suivons  maintenant  la  marche  d'un  rayon 
de  lumière,  réfléchi  par  un  objet  à  travers 
les  parties  que  nous  venons  de  décrire.  Nous 
ne  considérons  au'un  rayon  pour  plus  de 
simplicité. 

Le  ra^on  A,  parti  de  la  pointe  de  la  flèche 
A  B,  arrive  sous  forme  de  c/^ne  et  oblique- 
ment sur  la  cornée  transparente.  11  la  tra- 
verse, et,  comme  elle  est  plus  dense  que 
l'air  ambiant,  il  sulût  une  première  réfrac- 


tion qui  le  rapjiroche  de  la  perpendiculaire 
à  son  point  Uimmergence,  ce  qui  brise  sa 
direction.  De  là    il  passe  dans   l'humeur 
aqueuse,  moins  dense  que  la  cornée  et  ainsi 
moins  réfringente,  et  alors  il  s'éloigne  quel- 
que peu  de  la  perjiendiculaire  en  mardiant 
vers  le  cristallin.  Il  arrive  à  la  sur&ee  du 
cristallin  après  avoir  passé  par  le  trou  de  la 
pupille.  Là  il  rencontre  un  milieu  toujours 
plus  dense,  à  mesure  qu'il  avance  vers  la 
partie  centrale,  et  par  conséquent  il  se  rap- 
proche de  la  perpendiculaire  à  la  surface  an- 
térieure du  cristallin  qui  est  convexe  ;  la- 
quelle perpendiculaire  est  le  rayon  de  la 
sphère  dont  la  convexité  du  cristallin  est  le 
sèment.  Passant  ensuite  dans  l'humeur  vi- 
tr&  moins  dense  que  le  cristallin,  il  s'éloi- 
gne de  la  per;;endiculaire,  laquelle  dans  ce 
cas  est  le  rayon  même  de  la  sphère  dont  la 
surface  concave  de  cette  humeur  est  le  seg- 
ment. S  écartant  de  la  perpendiculaire,  les 
deux  c6lés  du  cône  convergent  de  plus  en 
plus  dans  leur  trajet  à  travers  l'humeur  vi- 
trée, et  se  rencontrant  enûn  sur  un  ]K)intde 
la  rétine,  ils  y  déposent  un  point  lumineux, 
correspondant  au  point  de  l'objet  éclairé 
dont  ils  sont  partis.  Or  tous  les  points  de  la 
surface  de  l'objet  envoyant  à  la  rétine,  par 
un  rayonnement  semblable,  leur  représen- 
tant sur  un  i)oint  de  ce  miroir,  il  s  y  lorme 
une  image  ae  l'objet,  et  cette  image  est  ren- 
vc?:>ée  à  cause  de    Tentre-croisemenl  des 
rayons  à  travers  la  pupille  et  le  cristallin. 

Pour  que  l'image  se  forme  nette  et  distincte 
sur  la  rétine,  il  doit  exister  une  certaine 
proportion  en!re  les  rayons  de  lumière  qui 
arrivent  à  l'œil,  la  manière  dont  il  les  reçoit 
et  les  différentes  parties  que  les  rajons 
traversent  et  où  ils  sont  réfractés.  Ainsi , 
par  exemple  : 

1*  Si  I  objet  est  trop  près ,  les  rayons 
lumineux  qui  partent  des  points  extrêmes 
de  la  surface ,  arrivant  sous  un  an^le  trop 
erand ,  n'entreront  pas  par  la  pupille ,  et 
Fimage  sera  confuse.  Ou  encore  si  la  cornée 
est  trop  convexe  ou  le  cristallin  trop  dense, 
les  rayons,  trop  fortement  réfractes,  s'ap- 
procheront plutôt  de  la  perpendiculaire ,  et 
ainsi  se  réuniront  en  avant  de  la  rétine, 
dans  l'humeur  vitrée,  et  l'image  ne  se  for- 
mera pas.  C'est  le  cas  des  myopes.  On  peut 
ir  obvier  en  plaçant  devant  1  œil  un  verre 
égèrement  concave,  qui  corrige  l'excès  de 
réfringence  et  pousse  les  rayons  jusqu'à  la 
rétine. 

2*  Si  l'objet  est  trop  éloigné,  les  rayons 
du  cône  deviennent  presque  parallèles,  et 
alors  étant  très-faihleinent  réfractés,  ils  vont 
converger  au-delà  de  la  rétine,  ce  qui  arrive 
aussi  quand,  par  l'aplatissement  de  la  cornée 
transparente,  par  le  dessèchement  des  hu- 
meurs ,  par  la  diminution  de  j'a  densité  du 
crisiallin ,  le  pouvoir  réfringent  s'affaiblit. 
C'est  le  cas  de  la  presbytie^  infirmité  com- 
mune chez  les  vieillanls  et  à  laquelle  on 
remédie  par  un  verre  légèrement  convexe 
placé  devant  l'œil,  et  qui,  en  au^entant  la 
réfraction  des  rayons  lumineux,  les  ramèue 
sur  la  rétine. 


i05a 


œiL 


DICTIONNAIRE 


Œ.L 


Joja 


3'  Le  cristallin,  avons-nous  dit,  a  la  forme 
lenticulaire.  Or,  quand  des  rayons  lumineux 
traversent  une  lentille  artificielle  par  tous 
les  points  de  la  surface,  comme  ils  arrivent 
sous  des  angles  différents,  la  ligne  courbe  de 
la  surface  convexe  se  décomposant  en  une 
multitude  de  petites  droites,  toutes  en  posi- 
tion diverse,  il  en  résulte  que  la  perpendi- 
culaire est  diverse  pour  chacune ,  d'où  pro- 
vient une  grande  diversité  de  réfraction 
pour  chaque  rayon ,  et  par  conséquent  des 
apparences  confuses  au  lieu  d'une  image 
distincte.  C'est  ce  qu'on  appeWeVabtrration 
de  sphéricité.  Mais  dans  notre  œil  il  n'y  a 
rien  de  pareil;  les  images  au  contraire  s'y 
peignent  très-nettement,  et  nous  distinguons 
clairement  les  objets.  Cet  avantage  est  dû  à 
la  pupille,  qui  ne  laisse  arriver  au  cristallin 
qu  une  somme  de  rayons  éjçale  au  diamètre 
de  son  ouverture;  ce  qui  diminue  de  beau- 
coup J'effet  de  la  courbure  du  cristallin ,  en 
sorte  que  la  diversité  de  réfraction  devient 
presque  nulle  ou  au  moins  insensible.  Ce 
procédé  de  la  nature,  pour  détruire  l'aber- 
ration de  sphéricité,  a  été  imité  avec  succès 
dans  la  fabrication  des  lunettes,  qui  ont  été 
munies  d'une  pupille  artificielle. 

Les  différents  milieux  réfringents'  qui 
sont  dans  l'œil  sont  admirablement  combi- 
nés pour  la  fin  de  cet  organe,  la  vision  nette 
et  distincte.  Au  premier  abord ,  l'anpareil 
paraît  très-compliqué;  il  semble  qu  on  au- 
rait pu  obtenir  le  même  résultat  plus  sim- 
plement, avec  le  seul  cristallin,  par  exemple. 
On  peut  s'étonner  aussi  que  la  cornée,  lliu- 
raeur  aqueuse,  les  diverses  parties  du  cris- 
tallin et  le  corps  vitré  aient  une  densiîé 
diverse  et  une  autre  puissance  de  xéirin- 
gence.  Eh  bienl  c'est  justement  cet  arrange- 
ment de  parties  différentes,  se  compensant 
Tune  l'autre,  qui  donne  à  l'image  sa  pureté, 
sa  netteté,  et  if  a  fallu  à  l'art  bien  dcô  efforts 
et  beaucoup  de  temps  pour  obtenir  le  môme 
résultat  en  reconnaissant  et  en  suivant  les 
indications  de  la  nature.  S'il  n'y  avait  dans 
l'œil  qu'un  seul  milieu  réfringent,  le  cris- 
tallin, et  s'il  était  homogène  dans  toute  son 
épaisseur,  comme  nos  plus  pures  lentilles , 
il  y  remplirait  la  fonction  d  un  prisme,  par 
conséquent  il  en  produirait  l'etfet,  c'est-à- 
dire  qu'il  décomposerait  la  lumière,  et  alors 
nous  verrions  tous  les  objets  avec  les  cou- 
leurs de  l'arc-en-ciel.  C'est  ce  qui  arrivait 
autrefois  avec  toutes  les  lunettes  et  les  lou- 
pes; elles  iridaient  les  corps,  ce  qui  cènait 
singulièrement  TobseiTation.  EulereutTheu- 
reuse  pensée,  si  simple  en  apparence,  de  les 
construire  sur  le  modèle  de  î'œil ,  en  y  fai- 
sant entrer  plusieurs  corps  trtnsparents  de 
densité  inégale  et  de  capacité  réfringente 
diverse.  Il  appliqua  l'un  sur  l'autre  du  fUnt- 

?lass ,  ou  du  verre  dans  lequel  il  entre  de 
oxyde  de  plomb,  du  cristal,  et  ducrotwi- 
glasSf  ou  du  verre  à  vitre  bien  pur,  et  par  la 
compensation  de  leur  densité  et  de  leur  ré- 
fringence, la  lumière  ne  fut  plus  décomposée 
et  la  coloration  i ridée  disparut.  De  la  les 
lunettes  dites  achromatiques  ou  sans  cou- 
leurs. De  tels  faits  étudiés  en  détail  et  dans 


loîi^s  applications  augmentent  encore  r«J- 
nn/dtion  qu'excite  la  création  dans  sou  en- 
sei  f  ble.  Quelle  sagesse,  quelle  science  a  pré- 
side à  cette  organisation,  où  tout  est  calculé, 
coii\)biné  pour  produire  l'effet  voulu,  lantùl 
par  les  moyens  les  plus  simples,  tantôt  par 
ceux  qui  nous  paraissent  les  plus  compliqués 
et  dmi  la  nécessité  se  démontre  tôt  ou  tardi 

Jusqu'ici  nous  n'avons  examiné  que  la 
partie  purement  physique  de  la  vision,  c'est- 
à-dire  la  formation  d'une  image  dans  le  fond 
d'u|i  appareil  optique ,  au  moyen  de  la  lu- 
mière modifiée  par  les  diverses  parties  de 
cet  appareil.  Cette  image  se  peint  dans  une 
chambre  obscure,  sur  un  ooil  mort  ou  artift- 
ciel,  comme  dans  un  œil  vivant.  Il  nous  reste 
h  considérer  ce  qu'il  y  a  de  plus  important 
dans  la  vision ,  savoir  :  la  fonction  du  sens 
de  la  vue  ou  l'action  de  l'esprit  voyant  à  tra- 
vers \'organe  et  ymrson  moyen.  Ici  la  physique 
et  la  physiologie  nous  abandonnent,  et  nous 
trouvons  mèine  peu  de  secours  dans  les 
psychologues  qui,  s'en  rapportant  trop  aux 
explications  des  physiciens,  ont  nédigésur 
ce  sujet  l'observation  interne.  Reid  est,  de 
tous  les  philosophes  que  nous  connaissons, 
celui  qui  a  fait  le  plus  d'efforts  pour  eipli- 
c[uer  la  perception  sensible ,  dans  son  livre 
intitulé  :  Recherchée  sur  V entendement  A«- 
main.  On  y  trouve  d'excellentes  observa- 
tion;^, mais  qui  portent  plutôt  sur  les  résultats 
de  là  perception  et  sur  ses  caractères  que  sur 
la  fonction  elle-même  et  sur  l'acte  vital  de 
l'çsprit  par  lequel  elle  s'accomplit.  Nous  al- 
lons tâcner  de  remplir  cette  lacune. 

Dans  le  fait  psychologique  de  la  vision, 
telle  qu'elle  s'exerce  chez  un  homme  adulte, 
la  réflexion  peut  distinguer  trois  faits  qui  se 
révèlent  à  la  conscience  :  1**  la  sensation 
produite  dans  le  su^et  par  l'objet  ;  2*  la  per- 
ception que  le  sujet  acquiert  de  l'objet; 
3-  la  croyance  invincible  que  l'objet  vu 
existe  au  dehors.  Dans  la  sensation,  le  sujet 
est  plus  passif  qu'actif,  bien  qu'il  y  ait  tou- 
jours quelque  réaction  de  ror^anismc  et 
même  de  l  esprit ,  ce  qui  produit  un  com- 
mencement de  perception,  une  perception 
vague  et  plui  ou  moins  confuse.  Dans  ce 
cas,  nous  voyons  sans  reaarder^  ce  qui  nous 
arrive  toutes  les  fois  que  l'attention  n'est  pas 
fixée  sur  l'objet.  Dans  la  perception  au  con- 
traire, l'esprit  est  plus  actif  que  passif,  et  il 
réagit  vers  l'objet,  non-seulement  par  l'entraî- 
nement de  l'instinct  organique,  mais  enco:e 
avec  70]on'«é  et  intention.  Or  cette  réaction 
qui  part  r!u  dedans  s'exprime  clans  la  fonc- 
tion de  la  vue,  non  plus  seulement  parle 
mouvement  imprimé  aux  muscles  des  yeux 
pour  les  mettre  en  position  de  recevoir 
mieux  la  lumière,  mais  aussi  par  l'émission 
d'un  rayon  propre  h  l'esprit,  qui  passante 
travers  le  cerveau,  les  nerfs  optiaues  et  tout 
l'appareil  de  l'œil,  se  dirige  en  ctroîte  ligne 
vers  l'objet.  Ce  rayon  est  ce  qu*on  appelle  le 
regard.  A  son  orij^ine  et  dans  l'esprit,  il  est 
lumière  pure  de  l'intelligencei  comme  qnand 
nous  fixons  l'attention  de  l'esprit  sur  un  ob- 
jet intellectuel,  sur  une  peiis^  ou  une  idiV. 
Mais,  lorsqu'il  doit  se  produire  au  dehors  îl 


m\ 


GEIL 


D'ANTHROP0tX)CIE. 


(EIL 


î^ià 


tombât  comae  Tesprit  Ini-méme ,  sous  les 
conditions  de  la  matière,  et  il  contracte  né- 
cessaîremeot  quelque  chose  d'organique  en 
traversant  les  organes.  11  se  scusualise  ou 
revêt  une  enveloppe  physique  en  descendant 
dans  la  région  pliysique,  comme  la  pensée^ 
le  sentiment  ou  la  volonté  humaine,  quand 
ils  se  posent  au  dehors  par  la  parole;  comme, 
dans  un  autre  ordre  de  choses ,  la  lumière 
solaire  s*envcloppe  dans  la  couche  atmosphé- 
rique où  elle  pénètre. 

Le  regard  ou  le  rayon  de  l'intelligence  a 
des  propriétés  analogues  à  celles  de  la  lu- 
mière physique  ;  car  les  lois  de  la  nature 
f^ml  universelles.  11  marche  toujours  en 
liznc  droite.  11  peut  être  réQéchi  et  réfrangé, 
eu  comme  le  rayon  solaire,  il  reste  simple, 
n*:  souffre  aucune  déviation,  aucune  décom- 
[MMiion ,  et  conserve  toute  l'intensité  de  sa 
pénétration ,  quand  il  tombe  directement 
]M>rpendiculairement  sur  Tobjet,  et  le  perce 
]us{uà  soo  centre.  Alors  seulement  il  porte 
sa  lumière  et  sa  chaleur  au  fond  même  de 
la  chose. 

Vu  dans  l'esprit ,  le  regard  se  partage  en 
(leui  rayons,  qui,  agissant  sympathiquemenl 
et  uniformément  par  chaque  «ml ,  vont  se 
réunir  dans  le  dernier  point  perceptible  de 
l'objet  qu'ils  saisissent,  comme  les  deux 
branches  d'une  ;  en  sorte  cni'il  y  a  toujours 
perception  de  l'unité  de  I  objet,  malgré  la 
flualilé  de  l'organe,  et  ici  comme  partout  se 
retrouve  le  mystère  du  passage  de  l'unité  à 
la  dualité  et  du  retour  de  la  dualité  à  l'unité. 
Ces  «leux  rayons  nommés  par  les  physiciens 
oxcf  opdqûtê^  et  que  nous  afipelons  axes 
visuels^  qu'ils  disent  imaginaires  et  que 
nous  regardons  comme  très-réels,  sont  les 
instruments  de  l'attention,  en  tant  qu'elle 
s  eierce  au  dehors  par  les  yeux  du  corps , 
et  c'est  i*ar  leur  moyen  que  se  produit  la 
perception  nette  et  distincte  de  l'objet  visi- 
ble. Que  chacun  s'observe,  quand  il  est  at- 
tentif par  la  vue,  quand  il  cherche  à  bien 
re;^arder  un  objet ,  il  sentira  qu'il  fait  un 
effort  particulier  pour  se  mettre  en  lace  de 
lobjet,  s*exposer  uniquement  à  son  action  ; 
puis,  quand  il  a  placé  son  organe  dans  la  po- 
sition convenable,  il  danle  son  regard  vers 
l'objet,  le  perce  pour  ainsi  dire  de  son  rayon, 
et  chaque  émission  du  regard,  chaque  projec- 
tion de  Taxe  visuel  lui  coûte  un  nouvel  ef- 
fort ,  demande  un  redoublement  d'énergie , 
ce  qui  le  fotigiie,  l'épuisé,  quand  rattentioii 
est  longtemps  soutenue.  Or,  c'est  en  regar- 
dant Gxement  les  choses  qu'on  peut  mieux 
les  concevoir  et  ainsi  les  connalfrc. 

C'est  donc  une  explication  incomplète  et 
fausse  de  la  vision,  que  celle  qpii  ne  tient 
compte  que  de  la  lumière  solaire  et  de  son 
action  sur  l'organe.  Décrire  la  formation  de 
l'image  sur  la  rétine,  ce  n'est  pas  expliquer 
la  vue  ;  un  œil  mort  ou  artificiel,  une  cham- 
bre obscure  reproduisent  aussi  une  image, 
et  ils  ne  voient  pas.  A  la  partie  physique  et 
physiologique  de  la  fonction  il  faut  ajouter 
^  It  partie  psychologique  ;  car  derrière  l'œil, 
'  le  nerf  optique  et  le  cerveau,  il  y  a  un  prin- 
cipe vivant  et  actif  qui  a  la  fnf*ûltéde  voir, 


comme  il  a  celle  de  vouloir  et  de  sentir,  et 
son  existence  et  son  action  se  constatent  par 
le  sens  intime  et  par  la  conscience,  comme 
l'existence  et  l'action  du  corps  se  constatent 
par  la  perception  des  sens.  La  nature  intelli- 
gente et  libre  a  sa  part  d'action  dans  la  fonc- 
tion de  la  vue,  comme  la  nature  physique, 
comme  les  organes;  et  par  conséquent  la 
lumière  de  l'esprit  ou  le  rayonnement  de 
l'âme,  qui  est  un  œil  psychique,  y  exerce 
une  ^ande  influence,  l'influence  la  plus 
énergique,  la  plus  vivante,  sans  laquelle  il 
n'y  aurait  point  de  perception  nette,  point 
de  conception  légitime,  et  partant  point  de 
connaissance. 

11  se  fait  donc  dans  l'œil  un  mélange  de 
deux  sortes  de  lumières.  Tune  qui  vient  du 
dehors  et  l'autre  qui  vient  du  dedans,  un 
croisement  de  deux  rayons,  celui  de  Tobjet 
et  celui  du  sujet  ;  et  ici  s'applique  ce  qu'on 
a  dit  de  l'union  des  deux  natures  qui  cons- 
tituent l'homme ,  se  pénétrant  sans  cesse 
par  leur  rayonnement,  par  leuresprit,  et  ja- 
mais par  leur  fond.  C'est  ce  qui  donne  à 
l'œil  et  au  regard  humain  la  puissance  d'ex- 
primer toutes  les  choses  du  ciel  et  de  la 
terre,  qui  se  rencontrent  en  lui  par  leur 
lumière.  L'œil  est  pur  ou  impur,  selon  le 
feu  qui  l'anime,  et  comme  il  est  la  lumière 
ou  le  flambeau  du  corps,  puisque  l'éclat  de 
la  vie  et  de  l'âme  brille  surtout  par  lui,  ce 
queet  VaiU  twU  le  corps  le  sera^  dit  la  pa- 
role évangélique  (Maith.  vi,  2â).  Aussi  1  c^ 
est' il  le  miroir  du  corps  comme  celui  de 
l'âme;  le  médecin  doit  le  consulter  aussi  soi- 
gnement  que  le  psychologue  ;  car  toutes  les 
alTections  organiques  viennent  s'y  refléter, 
aussi  bien  nue  les  sentiments,  les  désirs  et 
les  volontés.  Par  l'œil  l'homme  exprime 
le  plus  énergiquement,  le  plus  spontanément 
ce  qu'il  sent,  ce  qu'il  pense,  ce  qu'il  veut,  ce 
qu'il  aime,  ce  qu  il  est.  Qui  ne  connaît  l'as- 
cendant puissant  ou  le  charme  magique  d'un 
regard  !  C'est  un  pouvoir  presque  surnatu- 
rel, par  lequel  l'homme  domine  son  sembla- 
ble, les  animaux,  toute  la  nature. 

L'image  qui  se  peint  sur  la  rétine  con- 
court-elle à  la  perception  visuelle  ?  On  n'en 
peut  douter,  puisque  tout  l'appareil  de  l'œil 
est  destiné  à  la  former.  Des  moyens  amsi 
admirablementcombinés  ne  peuvent  produite 
un  résultat  inutile.  Puis,  quand  par  une  con- 
formation vicieuse,  ou  par  un  état  roala  Jif  de 
l'organe,  l'image  manque  on  est  défectueuse, 
nous  ne  voyons  pas  l'objet  ou  nous  le  voyons 
mal,  comme  dans  la  myopie  et  la  presbytie. 
Enfin  quand  l'œil  reganie  à  travers  une  lu- 
nette, il  voit  certainement  une  image  prfi- 
duitc  par  les  rayons  Jumineux,  doublement 
modifiés  par  les  verres  de  l'instrument  et  yar 
l'œil.  Mais  il  est  difficile  de  déterminer  com- 
ment cette  image  contribue  à  la  vision  ;  car 
nous  n'avons  point  In  conscience  de  son 
eT.islenre  sur  la  rétine,  et  ain?i  l'observa- 
tion interne  ne  nous  apprend  rien  sur  la 
part  qu'elle  prend  à  la  fonction.  11  est  vrai- 
semblable que  l'esprit,  rayonnant  par Icsess 
de  la  vue  à  travers  les  nerfs  optiques  et  le 
globe  de  l'œil,  voit  l'image  dessinée  sur  la 


loes 


OËti 


MCTTONNAinE 


OEIL 


m 


latine,  ou  plutôt  sent,  ûu  moyen  de  la  pulpe 
nerveuse  (font  la. rétine  est  formée,  toutes 
\cs  extrémités  des  rayons  lumineux  qui 
composent  l'image  par  un  arrangement  cor- 
respondant à  la  suriace  de  Tobjet  qui  les 
envoie;  et  c'est  pourquoi  illa  rapporte  au- 
dehors  selon  le  prolongement  et  dans  la  di- 
rection des  rayons,  à  peu  près  comme  nous 
rapportons  derrière  le  miroir  l'objet  c[ui  s'y 
réfléchit.  L'esprit  extériore  donc  l'image, 
qui  se  confond  alors  pour  lui  avec  l'objet 
extérieur.  Le  fait  de  la  vision  droite  malgré 
le  renversement  de  l'image,  et  que  nous  ex- 
pliquerons tout  à  l'heure,  confirme  cette  opi- 
nion. 

Mais  pour  que  l'esprit  rapporte  l'image  au 
dehors,  il  faut  qu'il  ait  déjà  la  certitude 
qu'il  y  a  quelque  chose  hors  de  lui,  ou  que 
le  monde  extérieur  existe.  Est-ce  par  la  vue 

Sue  s'acquiert  primitivement  cette  certitude? 
bus  ne  le  pensons  pas.  Nous  sommes  au 
contraire  persuadé  qu'un  homme  placé  au 
milieu  du  monde  des  corps  avec  le  seul  sens 
de  la  vue  ne  verrait  que  des  images,  des 
représentations  dont  il  ne  pourrait  distin- 
guer ni  l'existence  des  objets,  ni  la  sienne 
propre.  La  notion  de  Vtxiériorité  matérielle 
ou  du  non-moi  sensible  se  forme  par  le 
toucher,  qui  est,  à  proprement  dire,  le  sens 
de  la  matière.  C'est  pourquoi  dans  les  cbo- 
«es  physiques,  il  faut  toucher,  palper  pour 
connaître; l'enfant  porte  instinctivement  la 
main  vers  tout  ce  qui  l'entoure.  L'homme 
des  sens  n'a  la  pleine  assurance  qu'une 
chose  existe  qu'après  l'avoir  touchée.  PaU 
pâte  et  videte^  touchez  et  voyez,  dit  le  Christ 
ressuscité  à  ses  disciples. 

Outre  la  perception  de  Vextériorité^  qui 
exige  dès  l'origine  l'association  de  la  vue  et 
du  toucher  ,  1  œil  doit  encore  à  l'enseiene- 
ment  du  sens  du  tact  le  pouvoir  d'apprécier 
la  grandeur  des  corps,  leur  forme  solide  ou 
leur  relief  et  leur  distance. 

Par  lui-même  l'œil  ne  perçoit  que  la  lu- 
mière simple  ou  décomposée,  par  conséquent 
les  couleurs,  et  les  figures  qu'elles  forment 
par  leur  limitation  réciproque.  Or  rien  n'est 
plus  vague  que  la  détermination  d'une  sur- 
face par  la  couleur  toute  seule,  puisque  le 
phénomène  coloré  varie  avec  la  distance  et 
tous  les  accidents  de  la  lumière  et  de  Tœil . 
Pour  avoir  une  notion  exacte  de  la  grandeur 
.  d'un  corps  et  de  ses  dimensions,  il  faut  su- 
perposer à  la  surface  une  unité  de  mesure, 
et  cela  ne  peut  se  faire  que  j»ar  le  contact. 
Le  toucher  seul  apprécie  donc  la  grandeur 
d'une  manière  rigoureuse.  Mais  comme  dans 
la  vie  de  tous  les  jours  les  perceptions  visi- 
bles s'associent  aux  perceptions  tactiles,  elles 
deviennent  signes  1  une  ae  l'autre,  en  sorte 
que  l'apparence  visible  des  corps  suggère 
aussitôt  la  notion  de  leur  grandeur  tangible, 
et  réciproquement.  Les  jugements  qui  pro- 
viennent de  cette  combinaison  des  rapports 
des  sens  sont  d'autant  plus  sûrs  que  i  asso- 
ciation est  plus  ancienne,  et  que  les  expé- 
riences ont  été  plus  souvent  répétées. 

Quant  à  la  distance,  les  faits  prouvent  que 
la  vue  privée  du  secours  du  toucher  ne  la 


perçoit    pas.   L*aveusle-né    do  CbesoUen 
après  l'extraction  de  la  cataracte,  voyait  le 
monde  autour  de  lui  comme  un  plan  appuyé 
sur  son  œil  ;  les  couleurs  seules  y  mettaient 
quelque  différence.  Il  étendait  la  main  pour 
saisir  les  choses  les  plus  éloignées  qu'il 
croyait  à  la  portée  de  son  bras,  et  plus  tard, 
quand  le  toucher  eut  instruit  la  vue,  la  pre^ 
mière  fois  qu'on  lui  présenta  un  tableau*  il 
voulut  en  saisir  les  objets,  et,  tout  étonné  de 
ne  le  pouvoir,  il  demandait  avec  inquiétude 
quel  sens  le  trompait,  l'œil  ou  la  main. 
M.  Hautain  a  renouvelé  ces  expériences  à 
rhopilal  civil  de  Strasbourg  sur  un  jeune 
homme  opéré  de  la  cataracte,  et  il  a  constaté 
à  peu  près  les  mêmes  résultats.  [Voyez  le 
rapport  fait  à  la  Faculté  de  médecine  de 
Strasbourg  en  1817.)  L'éloignement  ou  le 
rapprochement  ne  sont  pour  la  vue  seule 
qu'une  coloration  plus  vive  ou  plus  pâle.û 
distance  s'estime  à  l'œil,  au  moyen  du  trian- 
gle formé  par  les  deux  axes  visuels  se  ren- 
contrant, en  un  même  point  de  l'objet.  La 
grandeur  apparente  de  l'objet  mesurée  par 
le  cône  lumineux  dont  la  base  est  syr  sa 
surface,  tellement  qu'un  petit  corps  rappro- 
ché peut  paraître  grand  et  éloigné  et  réci- 
proquement ,  y   entre  aussi  comme  élé- 
ment. Mais  le  toucher  seul  peut  donner  une 
détermination  .exacte  de  ces  phénomènes^ 
C  est  ce  qu'il  fait  au  moyen  du  mouvement, 
en  se  transportant  lui  et  sa  mesure  dans  Tes* 
pace,  et  il  prend  sa  mesure  primitive  soit 
dans  l'écartement  naturel  des  pieds  quand 
on  marche,  ce  qui  fait  le  pas  d  un  homme^ 
soit  dans  l'étendue  de  la  main  ou  de  rayant- 
bras,  ce  qui  donne  la  palme  et  la  coudée. 
Les  perceptions  de  la  distance  sont  donc 
pour  la  vue  des  perceptions  acquises.  L'es- 
prit ne  peut  les  estimer  par  les  ap|)arences 
visibles  qu'à  ca^.se  de  leur  association  aui 
perceptions  tactiles.  Il  en  est  de  même  des 
formes  solides  et  en  relief.  Pour  la  vue  seule, 
c'est  un  plan  diversement  coloré,  avec  des 
teintes  variées,  des  lumièlres  et  des  ombres, 
et  c'est  par  le  toucher  qu'elle  apprend  à 
détacher  les  objets ,  à  les  poser  à  distance 
dans  l'espace,  et  à  saisir  la  dégradation  de 
leurs  formes  en  perspective.  Les  illusioas 
que  la  peinture  et  surtout  les  fresques  peu- 
vent produire  en  sont  la  preuve.  On  c^it 
pouvoir  toucher  avec  la  main  ce  qui  n'est 
saisissable  qu'à  l'œil,  comme,  au  contivûret 
dans  son  exercice  solitaire  et  avant  tout  en- 
seignement des  autres  sens,  la  vue  rapporte 
sur  le  même  plan  ce  qui  dans  la  réalité  est 
détaché  et  plus  ou  moins  distant 

Restent  encore  deux  questions  principales 
parmi  un  grand  nombre  d'autres  oui  pour- 
raient êlreîaites  sur  le  comment  de  la  vision. 
La  première  est  celle-ci  :  L'image  peinte  sur 
la  rétine  étant  renversée,  comment  voyons 
nous  les  objets  droits  î  Trois  opinions  ont 
été  émises  sur  ce  sujet. 

Quelques-uns  ont  pensé  que  nous  com- 
mençons en  effet  par  voir  Tes  objets  ren- 
verses, comme  le  sont  lears  inM^s,  et  que 
le  toucher  exerce  peu  à  peu  l'œil  à  les  re- 
dresser^ en  faisant  ix)incider  leà  représcn- 


106S 


(EU. 


D'ANTHRWOLOGIEL 


(ElL 


lOotî 


Cations  dé  ]A  tue  avec  les  perceptions  de  la 
main.  Cette  opinion  nous  parait  une  pare 
bj])0thèse.  L'expérience  ne  proure  pas  que 
les  en£atnts  Toient  les  objets  a  l'enTers  dans 
l'origine,  et  personne  n'a  jamais  pu  cons*- 
tater  l'opération  de  ce  redressement  de 
Tjmage  par  le  toucher.  Il  s'est  présenté 
quelques  cas  où  des  personnes  onf  semblé 
voir  les  objets  renversés.  On  cite  entre  au* 
très  un  enfant  qui,  apprenant  à  dessiner^ 
plaçait  à  rebours  ou  sens  dessus<dessous 
tous  les  obiets  qu'il  devait  imiter.  11  est 
très-probable  que  ces  cas  exceptionnels  dé^ 
{lenoaient  de  quelque  maladie  de  l'organe 
ou  dudé&ut  des  milieux  réfringents,  qui  ne 
produisaient  ]uis  le  croisement  des  rayons; 
on  ne  peut  pas  en  bonne  logique  juger  de 
Félal  général  de  la  vision  par  ces  aoeraents. 

B*autres  ont  prétetidU  que  par  le  croise- 
ment des  deux  nerfs  optiques  au  delà  de 
chaque  rétine  et  dans  la  cavité  cérébrale, 
Teffet  du  premier  entre^croisement  des 
rajons  lumineux  à  travers  le  globe  de  l'œil 
se  trouve  détruit,  et  par  conséquent  l'image 
renversée  sur  la  rétine  doit  apparaître 
droite  à  Tœil  de  l'esprit.  Cette  opinion  a 
quelque  chose  de  spécieux.  Les  nerfs  opti- 
ques semblent  en  effet  s'entre-croisec,  bien 
t^ue  quelques  anatômistes  le  nient.  Mais  il 
est  difficile  de  constater  par  l'expérience  ce 
qui  résulte  de  cette  circonstance,  qui  ce« 
pendant  ne  peut  être  inutile  et  sans  valeur 
pour  l'acte  de  la  vision. 

La  troisième  opinion  nous  paraît  la  plus 
vraisemblable,  parce  qu'elle  se  justifie  le 
mieux  par  l'observation.  Ce  n'est  point  la 
rétine  qui  voit,  dit-on,  c'est  l'esprit  par  le 
sens  et  par  son  oreane.  Or,  la  rétine  étant 
l'épanouissement  de  la  substance  pulpeuse 
du  nerf,  chaque  point  eu  est  sensible  ;  en 
d'autres  termes,  resprit  sent  par  chacun  des 
I3oints  de  la  rétine  où   vient  aboutir  un 
rayon  de  lumière,    en  sorte  que  tous  les 
points  de  la  suiiàce  de  l'objet  sont  en  con- 
tact médiat  avec  des  points  correspondants 
de  la  membrane,  par  les  rayons  lumineux 
qu'ils  y  envoient.  On  peut  donc  se  repré^ 
senter  chaque  rayon  comme  un  bâton  dont 
une  extrémité  touche  un  point  de  l'objet,  et 
l'autre  un  point  de  la  rétine  ;  et  comme  les 
ravons  s'entre^croisent,  il  se  trouve  que  les 
rayons  qui  viennent  de  la  partie  supérieure 
da  corps  aboutissent  à  la  partie  inférieure 
de  la  rétine  \  ceux  qui  viennent  de  la  droite 
vont  tomber  sur  la  gauche  et  vice  versa. 
Mais  comme  l'esprit  ne  sent  l'action  d'un 
}»oint  de  l'objet  que  par  le  rayon,  ou,  si  l'on 
veut,  par  le  bâton  qui  en  est  le  conducteur, 
il  rapiKHte  la  cause  de  Taction  à  l'extrémité 
du  rayon  dont  elle  part  et  dans  la  direction 
d  u  rayon,  et  par  oonséouent  il  sent  et  voit 
l'objet,  telqu*u  est  réellement  en  agissant 
sur    lui.  En  preuve  de  cette  explication, 
faites  l'expérience  suivante.  Prenez  un  bâton 
dans  chaque  main,  et  après  les  avoir  croisés, 
touchez  par  leurs  extrémités  les  objets  qui 
vrous  entourent.  Ceux  que  vous  atteignez 
avec  le  bâton  de  la  main  droite  vous  parai*» 
trocf  à  droite,  bien  qu'ils  soient  effective- 
Dirrioxiv.  d'Ahthbopologib. 


ment  à  votre  gauche,  et  cetix  touchés  avec 
le  bâton  de  la  main  çiuche  vous  paraîtront  à 
gauche,  quoiqu'ils  soient  h  droite.  Vous  obte- 
nez lemème  phénomène  en  palpant  les  choses 
avec  vos  mains  entre^^roisées.  Cette  explica- 
tion nous  parait  plus  psychologique  que  les 
autres,  et  nous  l'adoptons,  sans  exclure  pour 
cela  l'effet  possible  de  l'entre^^croisement  des 
nerfs  optiques.  Du  reste,  on  ne  peut  établir 
jusqu'à  présent  en  cette  matière  que  des 
liiductions  plus  ou  moins  probables. 

11  y  a  deux  images  formées  par  le  même 
objet,  puisque  nous  avons  deux  yeux.  Corn* 
ment  se  iait-^il  qu'avec  cette  double  image 
on  ne  voie  qu'un  seul  obgel  7 

C'est  un  fait  que  nous  n'en  voyotis'qu'uni 
excepté  dans  les  cas  où  le  mouvement  parai» 
lèle  des  deux  yeux  se  troute  dérange,  soit 
par  cette  habitude  vicieuse  de  toir  qu'on 
appelle  loucher ^  soit  par  une  position  forcée 
de  l'un  des  deux  yeux,  soit  enfin  par  une 
indisposition  quelconque  de  l'organe.  Or  ce 
qui  arrive  dans  ces  cas  accidentels  nous  ex* 
plique  pourquoi  il  en  est  autrement  dans 
l'état  normal.  Le  strabisme  ou  l'acte  de 
loucher  provient  de  ce  que  l'axe  visuel  de 
chaque  œil  n'est  pas  dirigé  vers  le  même 
point  de  l'objet,  en  sorte  que^  ces  axes  ne  se 
rencontrent  jamais  en  un  point  commun.  11 
en  résulte  que  ceux  qui  louchent  voient  les 
objets  doubles,  s'ils  les  regardent  avec  les 
deux  yeux,  les  images  qui  se  forment  sur 
chaque  rétine  ne  se  correspondant  point  ) 
ou,  ce  qui  est  le  plus  ordinaire,  ils  ne 
voient  l'objet  que  d'un  seul  ceil,  l'autre  étant 
le  plus  souvent  vicieux  et  ne  donnant  qu'une 

Eerception  confuse.  Us  prennent  donc  Tha-* 
itude  de  ne  regarder  que  d*uii  ceil ,  et 
pendant  ce  temps  l'axe  visuel  de  l'autre 
s'écarte  de  la  direction  du  premier  ce  qui 
donne  â  leur  vue  cette  apparence  désa* 
gréable,  qu'on  appelle  regard  de  travers. 
Dans  l'état  normal,  où  les  deux  yeux  fonc» 
tinnneut  sympatbiquemetit  et  avec  une  par* 
faite  correspondance  de  leurs  mouvements 
et  dans  la  direction  de  leur  axe  Visuel,  les 
rayons  lumineux  envoyés  par  l'otget  tom-» 
l>cnt  exactement  sur  les  points  corres* 
pondants  de  chaque  rétine.  Les  deux  images 
doivent  donc  être  tout  à  fait  semblables,  et 
comme  il  n'y  a  qu'un  seul  sens  de  la  vue, 
quoiqu'il  y  ait  deux  yeux,  et  qu'en  défini-* 
tive  les  deux  nerfs  optiques  vont  se  réunif 
dans  la  substance  du  cerveau  au  point  de 
jonction,  les  deux  images  ou  les  deux  pro-* 
diiits  de  l'organe  visuel,  quels  qu^ils  soient^ 
coïncident  et  s'identifient  pour  effectuer  une 
perception  unique.  Du  reste  il  en  va  âe 
même  avec  les  fonctions  des  autres  sens. 
Nous  n'entendons  qu'une  seule  parole^  un 
seul  bruit  avec  nos  deux  oreilles.  Nous  ne 
sentons  qu'une  odeur  en  l'aspirant  par  les 
deux  narines  t  l'objet  que  toucnent  nos  deux 
mains,  ne  nous  paintt  pas  double.  Cet  anta-« 
gonisme  de  l'unité  et  de  la  dualité  se  mon« 
tre  partout  dans  la  vie  htunaine.  Chose  re« 
•marquablel  Tout  est  un  dans  l'homme 
psjrcnique  et  intelligent,  quand  au  con« 
traire  tout  est  double  dans  l'I.omme  phy 

2^ 


I0G7 


OËtl. 


DICTIONNMRE 


{fXL 


m 


siquo ,  dans  lo  genre  comme  dans  l'indi- 
vidu, dans  son  corps  considéré  d'une  ma- 
nière générale,  comme  dans  chacun  de  ses 
organes  el  de  ses  membres 

La  dignité  hiérarchique  des  sens  est  dé- 
t€rminée  par  Tordre  de  la  formation  de 
leurs  oriçanes.  II  faut  donc  constater  avant 
tout  les  ^aits  de  Torgano^énésie. 

Yoici,  en  résumé,  ce  (jue  l'observation  a 
appris  aux  physiologistes  sur  ce  sujet. 
L  œuf  humain,  c  est-à-dire  la  vésicule  rem- 
plie du  liquide  albumino-^^élatineux  qui 
contient  les  rudiments  de  1  homme  futur, 
et  qui  est  attachée  par  les  racines  du  pla- 
centa à  l'une  des  parois  de  la  matrice,  ne 
donne  signe  d'organisation  que  quinze  jours 
h  peu  près  après  la  fécondation.  C'est  d'a- 
bord un  point  rougeâtre  qui  apparaît  au 
centre  de  l'embryon,  et  de  ce  point  éma- 
nent dans  tous  les  sens  des  rayons  rougeâ- 
tres  aussi  ;  les  battements  et  les  pulsations 
qu'on  peut  déjà  saisir  ne  laissent  aucun 
doute  que  ce  point  central  ne  soit  le  coeur, 
et  ses  rayons  les  vaisseaux.  A  un  mois  à 
peu  près,  la  tête  se  dessine,  très-grosse 
d'abord  relativement  au  reste  du  corps,  et 
dans  la  tête  paraissent  deux  points  noirs  qui 
sont  les  yeux.  L'œil  est  donc  le  premier 
organe  de  perception  qui  soit  formé,  et  de 
là  nous  tirons  plusieurs  conséquences- 
La  première,  c'est  que  l'œil  est  le  pôle 
principal  du  cerveau,  comme  le  cerveau  est 
le  pôle  principal  du  cœur.  La  vie  dans  tous 
les  règnes  s'organise  par  la  loi  universelle  de 
\à  polarisation.  Une  existence,  quelle  qu'elle 
soit,  part  toujours  primitivement  d'un  cen- 
tre ou  foyer,  qui  porte  en  soi  la  puissance 
de  son  dévelbppement.  Quand  ce  centre  est 
fécondé  ou  excité  à  sortir  de  lui,  il  rayonne 
et  tend  à  poser  au  delà  la  sphère  de  sa  vitalité 
ou  sa  forme  vivante.  Or,  dans  tout  cercle  ou 
sphère  naturelle,  il  y  a  un  plan  radical  qui 
est  le  substratum  de  la  forme,  qui  soutient 
et  détermine  tout  le  développement.  Ce  plan 
est  constitué  par  deux  rayons  nrinciuaux, 
dont  l'un,  le  rayon  primordial  ou  l'axe, 
jTorte  toute  la  sphère  et  devient  le  rayon 
recteur  du  développement  vital  ;  dont  I  au- 
tre ,  le  diamètre ,  plus  passif  qu'actif,  est 
subordonné  au  premier  dont  il  est  comme  le 
reÔet,  et  tend  a  stabiliser,  à  formaliser  ce 

aue  le  premier  produit.  Par  leur  rapport  ces 
eux  lignes  constituent  la  forme  primitive, 
et  en  se  coupant  au  centre,  elles  donnent 
les  quatre  angles  droits  ou  la  croix  fonde- 
ment nécessaire  de  toute  existence.  Là  se 
trouve  la  raison  de  toutes  les  figures  géo^ 
métriques  et  de  leur  génération,  par  consé- 
quent de  tout<^$  les  définitions  fondamen- 
tales et  de  tous  les  axiomes  de  la  géométrie. 
Ces  deux  lignes,  la  verticale  ou  l'axe, 
l'horizontale  ou  le  diamètre,  déterminent  le 
haut  et  le  bas,  la  droite  et  la  gauche,  c'est-à- 
dire  les  quatre  parties  principales  ou  les 
quatre  points  cardinaux  de  l'existence.  Elles 
supportent  tout  le  rayonnement  du  centre, 
et  quoique  l'extrémité  de  chaque  rayon  soit 
un  pôle  par  où  le  centre  s'objective,  cepen- 
dant les  extrémités  d^s  rayons  fondamen- 


taux sont  des  pôles  dominants,  et  priacipa- 
lement  ceux  de  Taxe,  dont  Tun^  le  pôle  su- 
périeur ou  nordj  est  primitif>  et  en  celle 
qualité  chef  de  toute  la  polarisation  de  l'or- 
ganisme. Le  pôle  inférieur  de  Taie  ou  le 
pôle  sudj  est  subordonné  au  pôle  nord 
comme  secondaire  dans  la  formation,  ainsi 
que  les  pôles  diamétraux  de  la  droite  et  de 
la  gauche  qui  ne  viennent  qu'après.  Or,  le 
cœur  étant  le  centre  de  Torganisme,  il  est 
évident  que  la  tète  ou  le  cerveau  qu'elle 
renferme  est  le  pôle  supérieur  de  l'axe  vitai, 
dont  le  pôle  inférieur  se  trouve  dans  la 
cavité  abdominale,  dans  le  système  de 
l'estomac  qui  en  est  l'organe  central.  De  là 
la  première  de  toutes  les  sympathies  orga- 
niques, la  sympathie  fondamentale,  celle 
qui  unit  le  cœur,  le  cerveau  et  l'estoffiac. 

Cependant  la  loi  qui  préside  à  la  forma- 
tion de  l'ensemble  régit  aussi  celle  de  cha- 
que partie.  Chaque  organe  se  forme  par  po- 
larisatipn,  comme  le  corps  auquel  il  appar- 
tient; il  se  constitue  de  la  même  manière,  mais 
en  raison  de  sa  position  et  de  ses  rapports,  par 
un  centre  qui  rayonne  et  tend  à  se  poser  en 
sphère,  ayant  son  axe,  son  diamètre,  ses  pôles 
principaux  et  ses  pôles  secondaires.  Ainsi  le 
cerveau, envisagé  de  ce  point  de  vue,  peutèlre 
divisé  en  quatre  régions  :  la  région  anté- 
rieure où  domine  le  pôle  principal,  l'œil  par 
leguel  il  se  pose  dans  le  monde  de  la  lu- 
mière ;  la  région  postérieure  où  se  trou?e  le 
pôle  inférieur  représenté  par  la  moelle  épi- 
nière,  prolongement  de  la  moelle  allongée, 
laquelle,  avec  le  pont  de  Varolle?  forme  la 
partie  moyenne  du  cerveau,  et  parait  en  dé- 
signer le  centre.  La  moelle  épinière  s  étend 
dans  le  canal  osseux  des  vertèbres,  et  à 
l'opposite  du  pôle  supérieur,  qui  cherche 
toujours  la  lumière  ;  elle  s'enfonce  dans  les 
profondeurs  de  l'organisme,  et  va  distribuer 
des  nerfs  à  tous  les  muscles  et  à  tous  les  tis- 
sus de  la  vie  animale.  Ici  encore  il  y  a  ac- 
tivité vitale,  non  plus  lumineuse  et  intelli- 
gente, comme  à  la  partie  antérieure,  mais 
purement  organique  ,  s'exercant  dans  la 
chair,  agissant  sur  les  parties  les  plus  gros- 
sières du  corps.  C'est  un  monde  inférieur, 
subordonné  au  premier,  comme  le  montre 
l'empire  de  l'esprrit  intelligent  et  de  lato- 
lonte  raisonnable  sur  les  membres  et  les  or- 
ganes. Les  deux  régions  diamétrales  du  cer- 
veau ont  pour  pôles  principaux  les  organes 
de  l'ouïe,  et,  en  effet,  les  nerfs  auditifs  sor- 
tent de  la  partie  moyenne  de  la  moelle  allon- 
gée et  vont  se  rendre  aux  oreilles ,  des  deui 
côtés  de  la  tète  ;  et  comme  il  y  a  une  cor- 
resf)ondance  intime  entrô  la  funclion  dVn- 
tendre  et  celle  de  parler ,  les  organes  de  ces 
facultés  sont  en  liaison  étroite  :  les  nerfs 
qui  les  servent  sont  voisins  dès  leur  origine, 
et  marchent  de  concert  dans  les  parties  la- 
térales de  la  tète.  Le  sens  de  l'ouïe  est  plu$ 
passif  qu'actif,  tandis  que  celui  de  la  Toe 
est  plus  actif  que  passif;  il  y  a  le  même  ra|- 
port  entre  eux  qu  entre  l'axe  el  le  diamètre. 
La  vue  est  donc  le  sens  principal,  le  ^^^ 
recteur  des  autres  sens,  si  l'on  peut  sV%- 
primer  ainsi,  et  l'œil,  son  organe,  pôle  prt* 


IM9 


OQL 


D'ANTHROPOLOGIE. 


ORE 


1070 


mitif  du  cerveau,  est,  en  vertu  tle  son  origine 
et  tjp  sa  nature  lumineuse,  le  chef  de  tous  les 
or-:anes  de  perception.  Nous  verrons  en  ef- 
f  :U  tout  à  l^neure,  que  la  vue  a  hautement 
i<i  prélominance  sur  les  autres  sens  dans  la 
fiirmation  de  la  connaissance. 

Une  autre  conséquence  du  fait  qui  vient 
d'ètfe  constaté,  c'est  que,  si  l'oeil  est  le  pre- 
mier organe  <  ie  perception  formé  par  la  nature; 
l'objet  profireoe  cet  organe,  la  lumière,  est 
Je  plus  important  pour  l'homme,  et  ainsi  le 
i^foin  de  fa  lumière  est  son  premier  besoin. 
L'homme,  en  effet,  dès  qu  il  entre  dans  ce 
monde,  recherche  la  lumière  tout  autant 
que  Pair  et  la  nourriture  matérielle.  Quand 
il  sort  du  sein  maternel ,  son  œil  s'ouvre , 
l^Mt  le  ravon  lumineux,  el jusqu'à  la  fin  de  sa 
vie  il  ne  cessera  plus  de  se  tourner  instincti- 
vf'cnent  vers  la  lumière.  La  bouche  ne  s'ou- 
vre qu'après  ToBil  ;  l'enfant  ne  respire,  ne  gé- 
ruil  qu'après  avoir    vu,  et  ce  n'est  quen 
tr.jisième  lieu  gue  s'accomplit  pour  la  pre- 
i.jî ère  fois  la  fonction  la  plus  grossière  de 
l'organisme. 

Ainsi,  dès  le  commencement  de  sa  vie, 
rhomme  se  met  en  relation  par  toutes  les 
j  arties   de  son  existence    avec  celles    du 
lûonde  qui  leur  correspondent.  L'enfant  a 
naturellement    horreur  des    ténèbres  ;    il 
)  'leure ,  il  crie  quand  on  l'y  laisse  ;  il  se  ré- 
j'juît,  s'épanouit  quand  la  lumière  lui  est 
rendue,  et,  à  mesure  qu'il  grandit,  il  veut 
jtlus  de  lumière;  il  aime  de  préférence  les 
objets  qui  lui  en  donnent  :  le  soleil,  le  feu, 
les  flambeaux,  tous  les  corps  brillants  ou 
revêtus  de  couleurs  éclatantes.  Plus  tard, 
quand  il  commence  à  comprendre  le  lan- 
^a^e  et  que  son  esprit  se  développe,  il  de* 
mande  une  autre  lumière  que  celle  du  so- 
leil, la  lumière  de  l'intelligence  qui  ne  luit 
plus  devant  les  yeux  du  corps,  et  que  la  pa- 
role de  FinstructioD  lui  transmettra.  Son  es- 
prit Tit  de  cette  lumière,  conmie  son  corps 
vit  de  la  substance  terrestre,  et  quand  cette 
faim  de  la  lumière  intelli^ble  est  éveillée 
en  lui,  U  en  devient  insatiable,  et  c'est  ce 
qui  excite  et  entretient  l'amour  de  la  vérité 
et  de  la  science.  Tous  les  hommes  aiment 
naturellement  à  connaître  et  à  s'instruire, 
connine  Us  aiment  à  boire  et  à  manger;  ils 
cherchent  volontiers  Taliment  de  leur  esprit, 
rjuand  il  ne  leur  en  coûte  pas  trop  d'etrorts 
et  de  travail  ;  et  toutes  les  méthodes  d'ensei- 
pnecnent,  tous  les  procédés  de  l'instruction, 
tous  les  degrés  de  la  doctrine,  ne  sont  en 
(iétinitive  que  des  formes  diverses  pour  com- 
muniquer la  lumière  de  la  vérité,  plus  ou 
inoins  pure,  plus  ou  moins  réfrangée,  selon 
riutelligence  de  chacun,  Tétat  de  son  œil  in- 
térieur et  le  besoin  qu'il  en  ressent.  Aussi 
la    ^sion  de  la  lumière  céleste  ou  la  con- 
templation de  l'étemelle  Vérité  est-elle  pro- 
mise par  l'Evangile  aux  hommes  de  bonne 
volonté  et  d'un  cœur  pur,  qui  se  dévelop- 
pent convenablement  sous  1  iniluence  delà 
parole  divine ,  agissent  comme  Ils  doivent 
azir,  et  deviennent  pe  qu'ils  doivent  être  en 
raison  de  leur  nature  et  de  leur  destination. 
C*esl  à  cette  fm  sublime  et  àFineffable  jouis- 


sance qu'elle  procure  que  le  christJ^anisme 
nous  appelle  et  nous  conduit  par  une  voie 
d'épuration,  de  perfectionnement  et  de  pro-j 
grès,  où  il  nous  fait  marcher  de  clartés  en 
clartés,  commeditsaintPaul.  Lalumière,  c'est' 
toute  la  viehumaine.  Naître,  c'est  voir  le  jour; 
vivre,  c'est  absorber  la  lumière;  manrir, 
c'est  y  fermer  les  yeux;  savoir,  c'est  voir 
par  Tesprit  ;  aimer,  c'est  voir  par  le  cœur, 
par  l'âme  ;  car  notre  âme,  faite  a  Timage  de 
Dieu,  est  aussi  lumière,  et  c*est  pourquoi  la 
parole  de  Vérité  appeMe  les  hommes  régé- 
nérés des  enfants  de  lumière. 

OEIL,  merveilles  de  la  vision,  démon- 
trent une  intelligence.  Voy.  VJniroduciion. 

OGRE,  oriane  de  ce  mot.  Foy.NoMADss. 

OIE.  T  oy.  Canird. 

OIGNONS,  oignonsd'Egypte.  Foy.PLAKTsa 

OISEAUX  DOMESTIQUES.  Foy.  Pouls. 

OMAGUAS.  Foy.  GuAmAms. 

OMAHA WS.  Voy.  Siocx. 

OMBRES  et  OMBRIENS.  Vax.  Sctthss. 

OREILLE.  —  Si  le  développement  des 
facultés  les  plus  précieuses  de  1  homme  dé- 
pend de  la  parole  ;  si  la  compréhension  et  la 
puissance  de  la  parole  sont  essentielles  à  sa 
nature,  en  font  le  complément  et  la  dignité  ; 
si  l'homme  n'est  homme  que  par  la  parole, 
il  faut  que  dans  les  premiers  degrés  de  son 
développement  se  forment  aussi  l'organe 
pour  recevoir  la  parole,  le  sens  pour  la  sai- 
sir et  la  percevoir.  Ce  sens  c'est  l'ouïe,  l'or- 
Î;ane  c'est  l'oreille,  et  l'oreille  apparaît  aprds 
a  bouche  et  l'œil  comme  une  cavité  mysté- 
rieuse dans  la  léte  du  fœtus. 

A  la  naissance  de  l'enfant  l'oreille  ne 
remplit  encore  aucune  fonction.  Elle  en  est 
incapable,  parce  que  son  omuisation  n'est 
pas  achevée.  Le  pavillon  ou  la  conoue  est  à 
peine  formé,  et  son  tissu  n'a  point  la  dureté 
nécessaire  pour  répercuter  les  sons  et  les 
envoyer  dans  le  conduit  auditif.  La  mem- 
brane du  tympan  n'est  pas  encore  placée 
verticalement,  et  la  cavité  du  même  nom  ou 
la  caisse  est  toute  remplie  de  mucosités. 
Aussi  le  nouveau-né  paratt-il  ne  rien  en- 
ten  re,  et  c'est  seulement  après  quelques 
mois  que  l'audition  entre  en  exercice.  En. 
général  le  sens  de  l'ouïe  ne  se  développe 
convenablement  chez  Thomme  qu'avec  Tes 
organes  de  la  parole.  L*enfiuit  apprend  à  en- 
tendre et  à  (Murler  tout  ensemble,  tet  cela 
doit  être,  puisque  la  parole  est  l'objet  prin- 
cipal de  l'ouïe  ,  et  que  l'homme  ne  parle 
qu  autant  qu'il  entend  parler. 

On  ne  peut  assez  admirer  la  sagesse  du 
Créateur  dans  la  disposition  des  organes  du 
corps  humain,  et  leur  correspondance  par- 
faite avec  le  développement  de  l'espriT  et 
ses  besoins.  Le  premier  besoin  de  l'homme 
est  la  lumière,  parce  que  la  lumière  est  le 

Î;rand  excitateur  de  la  vie,  et  c'est  le  sens  de 
a  lumière  qui  reçoit  d'abord  son  organe. 
Le  second  besoin  est  celui  de  l'alimentation 
corporelle,  pour  entretenir  la  vie  allumée 
et  conserver  l'organisme  ,  et  voilà  Vor^ane 
du  goût  qui  parait.  Quand  l*bomme  an*ma'i 
est  organisé  et  que   sa  subsistance  i?rait 


iOU 


OtlE 


DICTIONNâIRF 


ORE 


m 


assurée  j  rhomme  spirituel  commence  à 
poindre,  et  pour  cel«  il  faut  aue  la  vie  spi- 
rituelle lui  soit  communiquée  par  une  in- 
Auénce  analogue  à  sa  nature,  et  soit  nour- 
rie par  un  aliment  qui  lui  convienne,  C*est 
par  la  parole  que  lui  arrivent  cette  excitation 
et  cette  noUfritUré  f  et  alors  le  sens  qui  ré- 

{>ond  à  la  parole  achève  de  s'organiser.  L'en- 
àut  devient  capable  d'entendre,  d'écouter, 
et  par  conséquent  de  parler.  A  ce  moment 
il  se  passe  dans  l'homme  quelque  chose  de 
très-remarquable,  savoir,  la  transition  du 
monde  physique  au  monde  moral  ou  méta- 

{>hysique  au  moyen  du  sens  de  l'ouïe  et  par 
e  ministère  de  la  parole.  Jusque-là,  par  la 
vue  organique  et  par  le  goût  physique,  l'en- 
fant n  était  en  relation  qu  avec  le  monde 
matériel,  avec  la  nature  sensible,  et  il  n'y 
avait  là  aucune  influence  qui  pût  féconder 
et  développer  son  intelligence  et  son  flme. 
S'il  eût  grandi,  muni  seulement  de  ces  deux 
sens,  il  serait  resté  animal,  bien  qu'il  eût  la 
capacité  ou  la  virtualité  de  l'homme  spiri- 
tuel. Hais  la  puissance  n'aurait  point  passé 
en  acte,  faute  d'une  excitation  convenable. 
Pour  faire  un  homme  intelligent,  il  faut  donc 
une  fécondation  intelligible,  et  elle  ne  peut 
venir  que  du  monde  intellectuel,  par  l'ac- 
tion d'une  intelligence,  obligée,  pour  parve- 
nir jusqu'à  l'esprit  et  à  l'âme  de  l'homme, 
de  revêtir  une  torme  accommodée  à  son  or- 
ganisation, et  ainsi  de  se  faire  souffle,  son  et 
r»arole  pour  s'introduire  par  l'oreille  et  par 
'ouïe.  Par  la  parole  ,  et  par  elle  seulement, 
rhomme-esprit  est  mis  en  commerce  avec 
le  monde  des  esprits.  C'est  une  nouvelle 
sphère  qui  lui  est  ouverte  ,  et  dès  ce  rao« 
ment,  sa  vie,  en  rapport  avec  tous  les  mon- 
des, excitée  à  la  fois  par  toutes  les  espèces 
d'influences  dans  le  c^rps ,  dans  l'esprit  et 
dans  l'Âme,  pourra  se  développer  avec  toute 
la  plénitude  et  dans  toute  la  magnificence  de 
la  nature  humaine. 

L'œil  est  le  pôle  principal  du  cerveau  et  le 
cerveau  est  loi^ane  spécial  de  l'homme- 
esprit.  La  bouche ,   en  tant  qu'organe  du 

foût,  est  le  pôle  supérieur  de.  resloraac  ,  et 
estomac  est  l'organe  principal  de  l'homme 
animal.  L'oreille  est  le  pôle  diamétral  du 
cerveau,  qui  est  lui-môme  le  pôle  supérieur 
du  cœur,  et  le  cœur  placé  dans  la  poitrine 
est  l'organe  principal  de  l'être  psychique,^  le 
représentant  organique  de  l'âme.  Or  l'o- 
reilîe,  en  rapport  avec  le  cerveau,  le  cerve- 
let et  tous  les  organes  de  la  tête  d'un  côté, 
communique  de  l'autre  avec  la  cavité  guttu- 
rale et  par  elle  avec  la  poitrine.  C'est  de  la 
poitrine,  animée  par  le  cceur,  que  partent  la 
voix,  le  ton,  la  parole.  La  bouche  parle  de 
l'abondance  du  cœur,  et  la  parole  qu'elle 
émet,  admise  par  l'oreille,  pénètre  en  vibrant 
dans  la  poitrine  et  jusqu'au  cœur.  Les  sons 
résonnent  dans  la  cavité  pectorale  ;  la  voix 
s'y  répète  en  écho  ou  s^y  réfléchit. 

Gomme  pôle  diamétral  du  cerveau ,  l'o- 
reille est  plutôt  un  Ofc^anc  do  passivité  que 
«l'activité  ;  elle  reçoit  et  ne  transmet  rien, 
Aième  dans  l'acte  d'écouter  où  l'esprit  réa- 
git vers  le  son  pour  mieux  entendre  ;  mais 


sa  réaction,  qui  ne  sort  point  de  l'organe,  se 
borne  à  le  mettre  dans  les  conditions  les  plus 
favorables  à  l'audition.  C'est  le  contraire  de 
l'œil  qui,  comme  pôle  supérieur  de  Taie  de 
l'encéphale,  est  éminemment  actif,  donne 
autant  qu'il  reçoit,  et  sert  avec  la  parole  à  li 
génération  spirituelle,  comme  l'ouie  est  em- 
ployée à  la  conception.  Le  regard  en  effet  i 
une  tertu  pénétrante,  une  puissance géoi- 
ratrice  ;  il  lance  du  feu  et  de  la  lumière  :  il 
éclaire,  embrase,  vivifie.  Il  est  surtout  l'ei- 

£ression  de  la  force  expansive  de  l'âme. 
'ouïe  est  plus  en  rapport  avec  la  force  at- 
tractive, et  c'est  pourquoi  elle  attire,  absork 
rassemble,  et,  par  la  parole  qu'elle  est  char- 
gée de  recueillir  et  de  transmettre  à  l'esprii, 
elle  l'aide  surtout  à  concevoir  spirituelle- 
ment les  choses.  C'est  pourquoi  le  nom  de 
la  fonction  de  ce  sens  est  devenu  celui  de  h 
faculté  de  la  conception,  l'entendement. 

Le  sens  de  l'ouïe  a  un  objet  spécial,  qu*il 
peut  seul  saisir  et  percevoir,  le  son.  Le  son 
est  quelque  chose  de  mixte  ,  qu'on  ne  peut 
comprendre  sans  l'explication  de  tout  ce  qvi 
concourt  à  le  former  ;  savoir,  l'objit  doniil 
émane,  le  moyen  par  lequel  il  se  forme  elsf 
propage,  l'organe  qui  le  reçoit  et  enfin  ]e 
sens  qui  le  perçoit. 

Tout  obiet  peut  rendre  un  son  ou  pro- 
duire un  bruit,  quand  il  est  frappé,  ébranlé. 
Ses  molécules  entrent  alors  en  vibration,  et 
ces  vibrations  sont  plus  ou  moins  rapides, 
en  raison  de  la  percussion  ,  et  de  la  consti- 
tution du  corps,  de  sa  forme,  de  sa  position 
et  de  plusieurs  autres  circonstances.  Chaque 
corps  rend  un  son  analogue  à  ce  qu'il  e^t 
constitutionnellement  et  accidentellement 
Il  a  une  certaine  propriété  sonore,  manifes- 
tée par  l'ébranlement ,  et  qui  dé[)endde5a 
nature  et  de  sa  composition.  Ainsi  il  y  a  de 
corps  plus  sonores  que  d'autres,  comme  I&' 
métaux,  le  bois  sec,  les  tissus  animaux  de^ 
séchés,  dont  on  fait  les  instruments  de  m- 
sique.  Tout  le  monde  sait  que  le  son  d*ane 
cloche  dépend  du  mélange  et  de  la  p^opo^ 
tlon  des  matières  qui  la  composent.  Cepen- 
dant le  corps  ne  produit  point  de  son  a  lai 
tout  seul,  quoiqu  il  détermine  et  luiimprime 
le  ton  par  sa  manière  de  vibrer  ;  il  faut  en- 
core qu'il  vibre  dans  l'air,  et  que  l'air  m» 
en  mouvem»mt  par    les    mouvements  a 
corps  vienne  aflecter  l'oreille.  Lairesi  i« 
principal  conducteur  du  son  ,  quoiqu'il  n>a 
soit  pas  le  meilleur  ;  il  est  indispen^ate 
pour  que  le  son  soit  formé,  ou  au  mcir^ 
pour  que  nous  l'entendions.  Qu'on  place  iff 
corps  sonore  dans  le  vide,  une  montr  * 
sonnerie  sous  la  cloche  de  la  machine  pn?  - 
matique,  et  le  son  n'est  plus  perçu.  Q^'f 
fasse  tomber  une  balle   de  pioinb  dfln^  te 
tube  de  Torricelli,  et  elle  ne  fait  pasplu<<^« 
bruit  dans  sa  chute  que  la  phirae  qui  se  pn- 
cipite  avec  elle.  Les  molécules  de  lair^^irtr* 
lées  parcelles  du  corps,  vibrent  comme  el:*^; 
elles  sont   successivement  comprimées  t< 
détendues  en  vertu  de  leur  élasticité,  et  a:* 
sant  ainsi  les  unes  sur   les  autres  ^  1^  '^^  * 
depuis  l'objet-jusqu'à  l'oroille,  ellc^foni  t 
autant  de  lignes  droites  ou  de  rayons  sa- 


1173 


OBE 


D*ANTUROPOL0GIE. 


9RE 


1074 


res,  qui  ébranlenl  à  lear  tour  la  membrane 
da  tympan  et  toutes  les  parties  eontiguës. 
Nous  laissons  aux  physiciens  àexpliquer  plus 
eo  détail  rirradilion  sonore  et  les  conditions 
qui  la  rendent  })lus  ou  moins  active. 

L  oreille  reœit  les  rayons  sonores  à  peu 
près  comme  1  coil  reçoit  les  rayons  lumi- 
neui.  On  peut  la  partager  en  trois  parties 
distinctes  :roreilleexteme«  Toreille  moyenne 
et  ]*oreilie  interne.  L*exteme  se  compose  du 

KrilloD,  espèce  de  conoue  propre  par  sa 
rmeetpar  sa  substance  tibro-cartila^neuse 
à  rassembler  les  rayons,  à  les  réfléchir  et 
à  les  diriger  par  le  conduit  auditif  vers  la 
membrane  du  tympan.  Le  conduit  auditif  a 
eorifon  six  lignes  de  longueur  ;  il  est  revêtu 
d'une  membrane  très-sensibie  qui  sécrète  le 
cérumen,  humeur  jaune  et  visqueuse ,  qui 
empêche  la  poussière,  les  insectes  ou  autres 
corps  étrangers  de  s'appliquer  sur  le  tym- 

ran,  lequel  doit  être  uniquement  touché  par 
air,  comme  la  cornée  transparente  par  la 
lumière.  Le  tjmpan  est  une  membrane  de 
forme  cellulaire,  placée  verticalement ,  qui 
séjiare  le  conduitauditif  de  Toreille  moyenne, 
a[ipelée  aussi  caisse  du  tympan.  A*  cette 
membrane,  oui  ierme  exactement  la  caisse , 
s'attache  la  cnalne  des  osselets,  le  marteau, 
Feoclume  «  l'os  lenticulaire  et  Tétrier:  ce 
<iernier  s'applioue  immédiatement  sur  un 
trou  <}u'on  appelle  fenêtre  oro/e ,  et  qui  se- 
j»are  1  oreille  moyenne  de  Toreille  interne. 
La  caisse  du  tympan  est  remplie  d'air,  et  cet 
air  5e  renouvelle  continuellement  par  un 
canal  ouvert  dans  Tarrière-bouche,  et  qu'on 
a  nommé  la  trompé  éTEustache.  Nous  atta- 
chons une  grande  importance  à  constater 
eette  communication  de  l'oreille  avec  la 
gorge,  et  par  la  gor^e  avec  la  poitrine.  Par 
De  f»assage  on  peut  injecter  un  liquide  dans 
Torcille  moyenne  en  cas  d'inflammation. 
Voila  aussi  pourquoi  on  ouvre  instinctive- 
ment la  Louche  pour  mieux  entendre,  ce 
]ui  <iônne  un  nouvel  accès  aux  rayons  so- 
lores.  On  remarque  encore  dans  la  caisse 
lu  tympan  le  trou  rond  fermé  comme  la  fe- 
létrê  orale  par  une  membrane,  qui  empêche 
a  communication  de  l'air  de  la  caisse  avec 
e  liquide  renfermé  dans  l'oreille  interne, 
lette  ueruière  se  divise  en  trois  parties  prin** 
ipales,  savoir  :  le  vestibule  qui  est  au  mî- 
ieu,  le  thnaçon  H  les  canaux  semi^circulai- 
e*  qui  communiquent  avec  lui  de  chaque 
ôté  :  dans  ces  trois  cavités  le  nerf  acouiti- 
iue  se  répand  en  plusieurs  branches  et 
omme  une  pulpe  qui  s'épanouit.  Ainsi  que 
]»us  les  nerCs  très-sensitifs,  il  est  continuel- 
lent  lubrifié  par  une  humeur  qui  remplit 
oreille  interne,  et  cfu'on  appelle  la  lymphe 
eCotuni.  Ce  liquide  est  indispensable  à 
au'lition;  elle  se  fait  moins  bien  quand  il 
îminue,  parce  que  le  nerf  auditif  n  est  plus 
ofBsamment  humecté  ;  c'est  une  des  causes 
e  surdité  dans  la  vieillesse  La  membrane 
u  tympan,  qui  parait  un  des  organes  prin- 
ijaux  de  Touîe,  n'est  cependant  point  abso- 
lent  nécessaire;  comme  le  cristallin,  qui 
^iie  un  rêle  si  im^iorlant  dans  la  vision , 
?ut  être  suppléé  jusqu'à  un  certain  point, 


quand  il  a  été  extrait  pour  cause  de  cataracte. 

Comment  se  produit  la  sensation  de  l'au- 
dition au  moyen  de  ces  parties,  c'est  ce 
qu'on  ne  peut  dire  exactement.  Nous  savons  ' 
seulement  en  général  qu'elles  v  contribuent 
toutes,  mais  il  est  difficile  de  oéterminer  la 
part  qu'y  prend  chacune.  Le  corps  ébranlé 
vibre  et  fait  vibrer  l'air;  Tair  ébranle  la 
membrane  du  tympan,  celle-ci  Fair  de  la 
caisse  et  surtout  la  chaîne  osseuse  qui  unit 
le  tym|ian  h  la  membrane  de  la  fenêtre 
ovale.  De  là  Tébranlement  se  communique 
au  liquide  de  l'oreille  interne ,  et  c'est  dans 
ce  liquide  et  parce  liquide  que  le  nerf  acous- 
tique est  affecté.  Nous  sommes  portés  à 
croire  que  l'air  de  la  caisse  du  tympan  est 
pour  peu  de  chose  dans  l'audition,  et  que  les 
vibrations  se  propagent  surtout  par  les  os- 
selets; car  l'expérience  prouve  gueles  corps 
solides  et  l'eau  conduisent  mieux  le  son 
que  l'air.  Ainsi  s'expliquerait  l'arrangement 
des  osselets  dans  l'oreille  moyenne  ;  le  son 
se  renforçant  à  mesure  qu'il  avance  conduit 
d'abord  par  l'air,  puis  par  les  osselets ,  puis 
par  l'eau  deForeille  interne,  où  il  rencontre 
le  nerf  qui  en  est  le  conducteur  par  excel- 
lence, et  qui  le  transmet  au  êensorium  com^ 
munej  au  sens  proprement  dit. 

Le  sens  de  Touie  ne  doit  \aLS  être  con- 
fondu avec  lori^ane  de  l'ouïe.  Le  sens  est 
une  irradiation  de  l'esprit,  un  mode  du 
sensorium  commune^  de  la  faculté  de  sentir, 
et  bien  qull  s'exerce  habituellement  par  l'o- 
reille, cependant  il  n'y  réside  point,  pas 
plus  que  l'esprit  est  attaché  exclusivement 
au  cerveau.  Ils  fonctionnent  l'un  et  l'autre, 
dans  réiat  normal ,  par  la  partie  de  l'orga- 
nisme qui  leur  correspond,  mais  la  coopéra- 
tion de  tel  organe  n'est  pas  une  conoition 
absolue  de  leur  exercice.  Il  y  a  des  circons- 
tances plus  ou  moins  extraordinaires,  mais 
constatées  par  l'observation,  où  certaines 
personnes  ont  entendu  des  paroles,  qui  ne 
leur  arrivaient  point  par  1  oreille  externe, 
et  dont  elles  saisissaient  parf&itcment  le 
sens,  tandis  que  ceux  qui  les  entouraient 
n'entendaient  rien.  Un  autre  fait  qui  dis- 
tingue le  sens  de  l'organe,  c'est  que  dans 
l'audition  comme  dans  la  vision  la  percep- 
tion est  simple,  quoique  l'organe  smi  dou- 
ble et  qu'il  doive  y  avoir  un  double  ébran- 
lement. La  parole  qui  résonne  aux  deux 
oreilles  est  (HTrue  comme  une  seule  parole 
malgré  la  double  impression. 

Une  .chose  qui  surpasse  toute  compré- 
hension, c'est  la  manière  prompte  et  nette 
dont  l'oreille  saisit  les  sons  divers  oui  vi- 
brent en  même  temps  sans  se  conibndre, 
en  sorte  qu'elle  discerne  à  la  fois  leur 
variété  et  leur  unité,  comme  il  arrive  à  un 
chef  d'orchestre,  dirigeant  un  grand  nom- 
bre d'exécutants  et  de  chanteurs.  Ici  l'art 
d'écouter  parait  poussé  au  plus  haut  deçré. 
Qu'on  se  ugure,  si  l'on  peut,  des  milliers 
de  rayons  sonores  arrivant  à  la  fois  à  la 
membrane  du  tympan ,  inondée,  pour  ainsi 
dire,  par  des  torrents  de  mélodie  et  d'har- 
monie, et  qu'on  explique  comment  tous 
CCS  rayons  s  unissant  sans  se  confondre,  se 


f07B 


ORÈ 


DICTIONNAUIE 


ORR 


m 


croisant  sans  se  g6ner,  parviennent  è  dé^ 

E oser  dans  1  oreille  une  impression  d*enseai- 
le  qui  leur  correspond»  et  à  exciter  dans 
Tespritpar  le  sens  une  perception  analogue 
à  cette  impression.  Quelle  immense  multi-' 
plicité»  et  en  môme  temps  quelle  belle  unité  I 
Que  doit-ce  6tre  que  rame  humaine  avec 
son  esprit  et  sa  sensibilité  pour  suffire  à 
tout  cela,  pour  recevoir  k  la  ibis  tant  d'ex- 
citations et  y  réagir  ?  Nous  voyons  tous  les 
jours  res  merveilles»  nous  en  sommes  les 
témoins  et  les  acteurs,  et  il  faut  toute  la 
puissance  de  Thabitude  pour  ne  pas  être  à 
chaque  instant  stupéfait  d'admiration. 

Les  physiciens  ont  observé  plusieursana* 
logies  entre  les  ravons  sonores  et  les  rayons 
lumineux.  Ainsi  les  uns  comme  les  autres 
marchent  en  ligne  droite  avec  une  vitesse 
uniforme,  ot  quand  ils  rencontrent  un  obs* 
tacle,  ils  sent  répercutés  suivant  la  même 
loi,  en  faisant  un  angle  de  réflexion  égal  à 
Tangle  d'in^cidence.  Les  phénomènes  de  Té* 
cho  SQ  pi*oduisent  à  peu  près  comme  ceux 
du  miroir,  sous  une  forme  bien  différente. 
Une  autre  analogie  remarquable,  c'est  que 
le  r^yon  sonore  éprouve  une  espèce  de  dé* 
composition  comme  le  ra  von  de  lumière  ;  il 
trouve  aussi  dans  l'oreille  une  sorte  de 
prisme  qui  le  brise  et  l'analyse.  Ainsi  il  n'y 
a  pas  de  son  qui  ne  produise  ses  harmoni- 
ques :  c'est-à-dire  que  dans  tout  son,  une 
oreille  exercée  peut  en  discerner  au  moins 
deux  autres  concomitants  et  qui  dépendent 
du  son  générateur.  Il  n'y  a  donc  rien  de 
Traiment  simple  dans  le  monde  physiaue, 
pas  même  un  rayon  de  lumière,  pas  même 
un  son,  pas  même  la  sensation  qu'ils  exci*- 
tent.    La   simplicité-,  l'unité  n'appartient 

Îu'aumoQde  intelligible,  au  monde  divin, 
our  nos  sens  tout  est  complexe ,  multiple, 
composé ,  et  il  leur  est  impossible  d'atteindre 
jamais  le  principe  des  existences  «  l'élément 
qui  les  produit,  ni  le  terme  final  où  elles 
'vont  se'résoudre.  C*est  que  le  monde  sen- 
sible n'est  rien  par  lui-même  ni  de  lui-même; 
il  n'a  en  lui  ni  la  raison  ni  la  fin  de  son  exis- 
tence, et  on  ne  peut  l'expliquer  qu'en  s'éle- 
▼ant  au-«dessus  de  lui.  Ici-bas  nous  sommes 
sans  cesse  pressés,  comme  dit  Pascal,  entre 
deux  infinis  que  nous  oe  saisissons  jamais, 
et  que  le  monde  dans  son  ensemble  comme 
dans  ses  parties  les  plus  minimes  nous  re- 
présente toujours  symboliquement  :  l'infini 
en  grandeur,  l'infini  en  petitesse.  Notre  ima- 
gination s'évertue  à  se  uffurer  l'un  et  l'au- 
tre, et  elle  se  perd  daas  lindéfini ,  augmen- 
tant sans  cesse  une  quantité  qu'elle  peut 
toujours  accroître,  divisant  sans  relAcheune 
particule  de  l'éteadue ,  dont  les  parties  se 
présentent  encore  à  la  division:  tant  il  res- 
sort de  tous  côtés  aue  ce  monde  est  une 
i^;ure  passagère,  omore  d'un  monde  supé- 
rieur oii  sont  les  principes  et  les  raisons 
dernières  d^  toutes  choses,  et  sans  lequel 
la  scène  qui  frappe  nos  sens  et  les  enchante 
trop  souvent  n'a  ni  beauté,  ni  vérité,  ni  bonté  I 
L'objet  principal  de  l'ouïe  dan$  l'homme, 
c'est  la  parole ,  car  c'est  par  la  parole  que  ce 
sens  acquiert  toute  sa  perfection,  et  remplit 


sa  fonction    principale,  qui  est  de  serrir 
d'instrument  a  la  f&ondalion  intellectuelld 
morale,  afin  que  l'homme-esprit  naisse  à  la 
lumière  de  la  vérité.  La  parole  est  l'idée,  la 
pensée  revêtues  d'un  souffle  ,    enveloppées 
u'air  et  vibrant  k  travers  l'espace daas  les  vi* 
brations  de  l'air  qu'elle  a  mis  en.  mouTe* 
ment.  Au  fond  de  toute  idée,  de  toute  pen^ 
sée,  il  y  a  un  sentiment»  une  volonté  qui 
parlent  de  l'âme,  qui  sont  l'âme  elle-inèaie 
subissant  une  action  et  réagissant.  PlusTâme 
sent  vivement,  profondément,  plus  sa  téac* 
tion  sera  intense,  plus   son  désir  sera  fort, 
plus  aussi  ce  qu'elle  éprouve  et  ce  qu'elle 
veut  retentira  dans  le  corps,  affectera  les 
fonctions  de  l'organisme ,   celles  du  cœur 
surtout,  parce  qu'il  est  l'organe  central  et  le 
représentant  spécial  de    lêtre  psychique. 
Aussi  dans  ce  cas  l'action  du  coeur  est  nota- 
blement changée.  Il  bat   plus  rapidement, 
il  palpite,  il  se  dilate  et  se  contracte  atee 
énergie  ;  le  sang  s'en  échappe  avec  impé* 
tuosité  et  circule  avec  ardeur.  Le  contraire 
arrive,  quand  l'affection  éprouvée  est  tiiste, 
douloureuse.   Le  cœur  se   concentre;  les 
battements  sont  gênés,  serrés  et,  pour  ainsi 
dire,  ramassés;  le  sang  se  retire  au  centre  ou 
s'en  échappe  avec  peine ,   la  circulation  se 
ralentit,  la  chaleur  diminue,  le  pouls  baisse, 
est  opprimé  ,  roide ,  intermittent.  Toutes 
nos  affections  morales,  quelle  que  soitieui 
nature,  se  font  sentir  à  la  région  précor- 
diale, et  y  produisent  des  sensations  analo- 
gues. Que  nous  jouissions  ou  que  nous  souf- 
frions, nous  avons  besoin   de  le  manifester 
pour  trouver  de  la  symphatie  ou  du  secours, 
et  c'est  par  la  parole  surtout  que  se  fait 
cette  manifestation.   Or  la  parole,  dans  ce 
qu'elle  a  de  physique,  se  compose  de  souiDe 
et  d'air.  Le  souffle  vient  des  poumons  qui 
le  produisent  continuellement  par  la  fonc- 
tion de  la  respiration  ;  ils  attirent  l'air  eiié- 
rieur,  nécessaire  à  l'oxygénation  du  sang 
qui  circule  dans  leur  réseau  cellulaire  pour 
y  être  refait,  et,  tout  en  chassant  au  dehors 
en  expirant  la  partie  non  respirable  de  cet 
air  et  le  résidu  de  l'hématose,  ils  exhalent 
aussi  un  esprit  particulier,  tout  imprégné 
de  la  substance  de  l'homme,  et  qui  oonstl- 
tue  son  haleine,  son   souffle.  C'est  ce  souf- 
fle qui  est  le  véhicule  de  la  parole ,  la  ma- 
tière première  de  la  voix ,  modiGée  ensuite 
par  le  larynx  et  tous    les  organes  vocaux. 
Or  le  coeur  a  une  action  immédiate  sur  h 
poumons,  et  par  eux  sur  les  organes  de  1« 
voix,  en  sorte  que  la  passion    ou  le  senti- 
ment qui  affecte  le  cœur  affecte  aussi  ces  orii- 
nés  et  par  suite  les  résultats  de  leur  fonctios. 
là  voix,  la  parole,  le  langa|çe:  de  là  I ex- 
pression, l'accent,  le  ton  de  la  iwirole.  w 
effet  la  respiration  et  la  voix  changent  att^ 
les  affections  du  cxaur.  Il  y  a  un  rapport  5> 
mirable  entre  leurs  organes,  et  ce  rapi-  '; 
n'est  point  seulement  une  sympathie  :  l^^- 
le  saisit,  le  doigt  le  touche,  puisqu'il  j  » 
continuité  d'organisation.  Quand  nous  dix*^* 
que  la  bouche  parle  de    rabon<iaiicei.'J 
cœur,  nous  exprimons  à  la  fois  un  fait  W' 
siologique  et  un  fait  psychologique,  et  cefie 


wn 


OSE 


D'ANTHROPOLOGIE. 


oaG 


MÎT 


parole  de  TE? angile  est  Traie  moralement 
el  aaatomiquemenl  tout  ensemble.  Ce  n*est 
point  une  métaphore,  une  ûgure,  c'est  Tei- 
pression  simple  et  précise  d'une  profonde 
lérilé,  qui,  bien  comprise,  jette  du  jour 
sur  U  pnjsiolugie,  en  lui  aidant  à  eipliquer 
les  fonctions  de  la  respiration  et  de  la  pho- 
nation :  sur  la  pathologie,  en  lui  décourrant 
là  caose  de  plusieurs  altérations  graves  du 
cœur  et  de  la  poitrine  ;  sur  la  thérapeuti- 
que, en  indiquant  les  meilleurs  moyens  de 
les  traiter  ;  et  enfin  sur  la  psychologie,  en 
lui  réfélant  la  cause  profonde  de  Tenergie 
et  de  Tefficacité  de  la  parole. 

L^ouîe  est  un  sens  intermédiaire  entre  le 
monde  physique  et  le  monde  intellectuel. 
C*est  par  1  ouïe  que  l'action  de  l'esprit  in- 
telligent pénètre  pour  la  première  fois  dans 
rhomme  au  moyen  de  la  parole,  laquelle, 
comme  tout  moyen  terme,  participe  à  la 
nature  des  deux  extrêmes  qu'elle  doit  mettre 
en  rapport;  physique  par  sa  forme»  psychi- 
que par  son  esprit,  en  tout  point  semblable 
à  lliomme  dont  elle  est  l'expression  |jarson 
double  caractère.  Chaque  genre  d'existence 
ue  peut  être  développé  que  par  un  esprit  de 
son  degré  ;  c'est  pounciuoi  la  raison  ne  parait 
dans  1  enfant  qu  après  qu'il  a  été  actionné , 
pénétré,  Tivifiépar  la  parole,  et  alors  seule- 
ment fl  commence  à  parler.  C'est  le  point 
de  départ  du  développement  de  l'homme 
psychique,  qui  se  fait  dans  un  ordre  inverse 
a  celui  de  l'honmie  physique.  Ce  qui  l'excite 
dans  celui-ci ,  c'est  la  lumière  ;  par  consé- 
quent son  premier  acte  est  de  voir  ;  ce  qui 
porte  la  vie  dans  celui-là,  c'est  la  parole  ; 
par  conséquent  son  premier  acte  est  d'en- 
tendre. Or  la  vue  saisit  d'abord  la  totalité,  la 
généralité,  l'unité.  Elle  s'occupe  ensuite  à  dis- 
tinguer,  diviser,  abstraire  ;  et  le  maximum  de 
laconnaissance  physique  acauise  par  ce  sens, 
c'est  de  saisir  tous  les  détails  dans  l'ensem- 
ble» la  variété  et  la  multipHcité  dans  l'unité. 
Il  en  va  tout  autrement  de  laconnaissance 
intellectuelle.  Partant  de  l'audition  et  de  la 
lïcirole,  elle  débute  par  la  mulliplicité,  par 
ie^>  sous  détachés  et  successifs  du  langage; 
el  il  faut  qu  elle  apprenne  à  les  combiner 
fKjnr   en  saisir  l'unité  et   la  reconstituer. 
Ainsi   l'enfant  qui  apprend  à  parler,  pro- 
nonce d'abord  les  sons  les  plus  élémentaires. 
Qucind  il  apprend  à  lire ,  il  commence  par 
considérer  les  lettres  séparément   pour  les 
bien  distinguer,  puis  il  les  assemble  en  syl- 
labes ,  puis  avec  les  syllabes  il  compose  les 
mots;  puis  il  enchaîne  les  mois  pour  faire 
des   phrases  et  ainsi  de  suite ,  jusqu'à  ce 
c|u*il  s'élève  à  l'unité  d'une  pensée  expri- 
mée  complètement  i^ar  le  diseours.  Mais 
^-uelle  distance  immense  entieses  premiers 
ifforis  pour  discerner  les  sons  primitifs  du 
angage  et  les  reproduire ,  et  le  temps  où  la 
>arole  devient  lumineuse  pour  lui,  od  il 
b'oit  clairement  et  objectivement  ce  quelle 
énonce  1  Entre  ces  deui  points  extrêmes  se 
rouve  l'exercice  du  goût  de  l'esprit,  qui  lui 
'ait  savourer  le  sens,  la  saveur  ou  le  sel  de 
a  parole ,  longtemps  avant  qu'il  puisse  en 
ivoir    la  lumière.  L'enfant  sent  la  parole 


avant  de  la  comprendre,  avant  den  avoir 
l'évidence,  ou  plutôt  il  la  comprend  par  le 
sentiment;  car  sentir,  c'est  recevoir  en  soi 
une  influence  qui  modifie. 

Ce  temps  intermédiaire  est  l'époque  domi- 
nante de  la  croyance  et  de  la  foi ,  époque 
extrêmement  importante  dans  le  développe* 
meut  de  l'homme ,  et  où  doivent  être  posées 
les  bases  de  la  science  et  de  la  moralité  hu- 
maines.C'est  un  grand  bonheur  pour  l'enfant 
d'être  placé  alors  sous  l'action  d'une  parole 
de  bien  et  de  vérité  U  en  est  pénétré  à  sou 
insu,  il  la  goûte  obscurément ,  en  exprime 
le  suc,  se  l'assimile,  sans  pouvoir  s'en  ren- 
dre compte  et  souvent  sans  qu'il  enparaisser 
rien  au  dehors  ;  comme  la  plante  qui  germe^ 
pompe  les  humeurs  de  la  terre  et  s'en  nour- 
rit longtemps  avant  que  sa  tige  surgisse, 
l'esprit  parait  sommeilles ,  parce  aue  le 
mouvement  se  fait  lentement  et  dans  la  pro- 
fondeur. C'est  un  sommeil  réparateur  pen- 
dant lequel  la  nutrition  s'opère  au  dedans, 
et  il  en  sortira  plus  tard  un  élan  vigoureux. 
Aussi ,  à  cet  âge,  il  ne  faut  pas  trop  exciter 
l'enfant  à  exprimer  ce  qui  est  en  lui.  Com- 
ment voulez-vous  qu'il  vous  dise  nettement 
ce  qu'il  éprouve,  quand  il  ne  le  sait  pas  lui- 
même  ,  incaïuible  qu'il  est  encore  aen  ac- 
auérir  la  conscience  par  la  réflexion?  On 
oit  lui  laisser  absorber  et  digérer  traa- 
ouillement  l'instruction  reçue  et  ne  pas  le 
forcer  à  produire  prématurément  ;  car  il 
n'est  pas  encore  nubile  dans  Tordre  intellec- 
tuel, on  ne  ferait  que  le  fatiguer  en  pure 
perle,  ou  Tépuiser  à  produire  des  avortons.  11 
ne  faut  donc  point  lui  imposer  un  travail  d'es- 
prit qui  exige  de  l'invention,  des  vues  d'en- 
sembje,la  distinction  des  parties  dans  le  tout» 
d'une  idée  dans  ses  développements ,  d'un 
princi|ie  dans  ses  conséquences.  Pour  cela 
il  faut  être  capable  de  la  vue  de  Tintelligence 
et  de  la  compréhension  qu'elle  donne.  C'est 
bien  plus  à  goûter  les  choses  qu'à  en  rendré- 
raisou  qu'on  doit  l'exercer  ;  et  les  explica- 
tions qu'on  peut  lui  demander  doivent  porier 
sur  la  forme  plus  que  sur  le  fond.  —  Foj. 
Vlnlrodudion. 
ORGANISATION  de  l'hoxhb.  Voy.  Cx- 
ORGANOGÈNËSIE.  Voy.  OEa. 

BACTÉRlSTlQCE  DE  l'hOMIIK. 

OUGE.  —  L'orge,  itpi'horpi  des  anci^is  poè- 
tes grecs, serah  des  Hébreux,  yara  en  sans- 
krit, a  été  cultivée  depuis  longtemps.  Dans 
les  poèmes  d'Homère ,  on  trouve  souvent 
xM^cvxov;  souvent  aussi  il  est  question  de 
1  oi^e  dans  les  livres  de  la  Bible.  Le  terri- 
toire d'Athènes  est  renommé  à  cause  de  la 
bonne  qualité  de  î'oi^e  qu'on  y  récolte,  tan- 
dis que  les  autres  produits  sont  d'une  qua- 
lité inférieure.  Théojphraste  fait  l'énumé- 
ration  des  espèces  d  orges  suivantes  :  or^e- 
à  deux  rangsj  à  troUyà  quatre^  à  einq^  à  six 
rang$  ou  hexaêtique.  Mais  il  faut  croire  que 
les  copistes  ont  intercalé  sans  réflexion  cette 
indication  des  espèces  à  trois  et  à  cinq, 
rangs,  ou  bien  que  c'est  guidé  par  des  in- 
ductions philosophioues ,  que  Tnéophraste^ 
a  introduit  ces  espèces  eu  histoire  naiu* 
relie,  car  on  ne  les  rencontre  jamais  dans  la 


lOTtt 


om 


DICTIONNAIRE 


OS 


ION 


nature:  Columelle  ne  mentionne  que  deux 
espèces,  Vorge  distique  ou  galatique  et  Forge 
kexastique  ou  cantherinum  ;  la  première  de 
ces  espèces  se  semait  au  printemps  et  la 
seconde  en  automne.  Palladius  ne  cite  éga- 
lement que  deux  espèces.  Théophraste  re- 
gardait rorçe  comme  une  céréale  d'biyer , 
excepté  celle  qu'on  appelait  orfe  de,  troit 
moiê.  Il  paratt  que  notre  orge  à  quatre  rangs 
ou  carré  est  une  production  moderne ,  et 
qu'elle  sort  d'un  pays  froid  et  humide , 
car  Columelle  regarde  les  semailles  des 
céréales  au  printemps  comme  une  sîmplç 
exceçtion  à  Pusage  commun,  cpii  n'est  pra- 
ticable que  dans  les  pays  froids ,  et  jamais 
dans  les  contrées  d'une  température  élevée. 
Du  reste,  les  anciens  connurent  plusieurs 
yariétés  d'orge,  comme  le  prouve  le  pas* 
sage  de  Théophraste  que  nous  avons  cité  , 
mais  elles  ne  sont  plus  maintenant  cultivées 
que  par  curiosité  et  pour  avoir  des  variétés, 
et  non  pour  leur  produit.  L'orge  peut,  selon 
Diodore  de  Sicile,  croître  à  l'état  sauvage  en 
Egypte,  en  Sicile,  suivaqt  Homère;  suivant 
Bérose,  en  Babyloniej  ou  dans  l'Attique  ,  à 
côté  du  froment  suivant  Platon j  Pline  en 

Klace  la  patrie  dans  Tlnde  orientale ,  et 
[oyse  de  Chorène  dans  l'Arménie ,  sur  les 
bords  du  fleuve  Kour  (669).  Il  faut  appli-o 
quer  i  l'orge  tout  ce  que  nous  avons  dit 
sur  la  patrie  du  blé.  Les  observations  ré- 
centes n'ont  point  confirmé  ce  que  Linné 
avait  avancé,  que  l'orge  et  le  blé  croissent 
spontanément  en  Sibérie.  La  patrie  de  cette 
céréale  nous  reste  donc  inconnue.  Avant  de 
penser  à  la  chercher  en  Asie,  il  faudrait  ie- 
ter  ses  regards  sur  l'Afrique  septentrionale, 
avec  d'autant  plus  de  raison  que  du  temps 
d'Hérodote  l'orge  était  employée  à  faire  de 
la  bière  ou  du  vin  d'orge,  suivant  l'expres- 
sion du  père  de  l'histoire.  La  confection  de 
la  bière  avec  l'orge  suppose  une  culture 
très-ancienne  et  une  connaissance  approfon^ 
die  de  ses  propriétés. 

ORIGINE  DE  L'HOMME.  —  Nous  lisons 
dans  le  plus  ancien  des  livres  :  Dieu  dit  : 
Faisions  l'homme  à  notre  image  et  à  notre 
ressemblance:  et  au'it  domine  sur  les  poissons 
de  la  mer ^  et  sur  tes  oiseaux  duciel^  et  sur  les 
animaux  f  et  sur  tome  la  terre,  —  Et  Dieu 
créa  thomme  à  son  image;  et  il  le  créa  à 
rimage  de  Dieu  :  il  les  créa  mâle  et  femelle.  — 
JDieu  Us  bénit  ^  et  leur  dit  :  Croissez  et  multi^ 
pliez^vous  :  remplisse:i;  h  terre  et  vous  t'assur 
jeitisseZy  etc. 

A  la  place  de  celle  doctrine,  qui  constitue 
^  dignité  de  f homme  et  le  fait  sortir  des 
mains  du  Créateuri  le  rationalisme  a  ima- 
giné une  théorie  qui  fait  descendre  l'homme 
de  la  race  des  quadrumanes^  dé  Tespèce  orang, 
dont  l'organisation  s*est  perfectionnée.  Nous 
avons  réfuté  longuement  cette  théorie  abjecte 
(lans  Viniroduction  du  deuxième  et  dans  celle 
du  troisième  volume  de  notre  Dictionnaire 

(Û09)  i^eoqraph.  Armena^  p.  360.  Peut-être  au- 
ro:)<3-ri;oiis  bientôt  Tôccason  d^étudier  là  graminée 
do!:t  parle  ce  céographe.  Vhordèum  hulbosum 
^\:.ève,  dans  le  sud  de  TEurope,  à  une  hauteur  qui 


de  ^ooloaie^  ainsi  (pi'à  Tapticle  G£i«ÉaATioi 
SPONTANEE,  qul  so  trouve  dans  le  deuiième 
volume  de  ce  même  Dictionnaire.  Foye^ aussi 
l'article  Génération  spontanée,  dans  le  prér 
sent  Dictionnaire.  On  trouvera  encore  ces 
théories  panthéistes  et  matérialistes  expo- 
sées avec  détail,  et  combattues  par  de  nou- 
veaux arguments,  dans  notre  ouvrage  Ek 
langage  et  de  son  rôle  dans  la  consîit^iwK  dt 
la  raison,  ou  Vues  philosophiques  sur  Ton* 
gine  des  connaissances  humaines.  On  trouYen 
particulièrement  dans  notre  Nouveau  (rade 
des  sciences  géologiques  les  arguments  em« 
pruntés  à  la  paléontologie  pour  réfuter  ces 
systèmes  dégradants. 

ORIGINE  DIVINE  de  la  parole.  7oi  h 
note  III,  à  la  fin  du  volume. 

09,  ls;dr  structure  et  leurs  proportioits 
dans  les  diflPêrentes  races  humaines.  —  Oa 
sait  qu'il  existe  entre  les  différentes  rares 
d*hommes  quelques  variétés  relatirement  i 
la  stature  moyenne  du  corps,  à  la  grandeur 
et  aux  proportions  des  membres  et  du  tronc, 
et  aux  rapports  des  différentes  parties.  Ces 
variétés  ont  été  diversement  considérées  par 
les  anatomistes  :  quelques-uns  ont  pensé 
que,  prises  dans  leur  ensemble,  et  surtout 
prises  conjointement  avec  les  autres  faits 
de  déviation  qui  peuvent  se  présenter  dans 
les  races,  elles  constituent  des  caractères 
vraiment  spécifiques  et  suffisants  pour  auto- 
riser à  admettre  dans  le  genre  humain 
Texistence  de  plusieurs  espèces  distinctes. 

Dans  ces  dernières  années,  et  depuis  que 
les  vovageurs  ont  songé  à  recueillir  les  faits 
relatifs  k  l'histoire  physique  de  l'espèce 
humaine,  on  a  pris  les  mesures  absolues  et 
relatives  des  diverses  parties  du  corps,  et 
l'on  a  fait,  au  moyen  d'un  instrument  nommé 
dynamomitre,  des  expériences  destinées  à 
faire  connaître  avec  quelque  précision  la 
force  musculaire  des  races  nouvellenicnt 
découvertes.  Les  faits  qui  ont  été  recueillis 
jusqu'ici  sont  loin  d'être  assej  complets  pour 
permettre  une  vue  d'ensemble»  et  le  seul 
résultat  général  auquel  on  soit  arrivé,  cV^ 
que  chaque  nation  offre  à  cet  égard  quelque 
particularité  qui  est  pour  Qlle  caracténsti-f 
que.  Il  n'y  a  pas  un  continent,  il  n'y  a, 
pourainsi  dire,  pas  une  tle  dont  les  habitants 
n'offrent  dans  les  proportions  de  leurs  mem- 
bres, dans  les  dimensions  relatives  des  di- 
verses parties  de  leur  corps,  quelque  chose 
dp  particulier  qui  peut  servir  à  les  dislifl- 

guer. 
Dans  le  nombre  de  ces  variétés,  l'une  (ie> 

f)lus  importantes  est  celle  qui  se  rapporte  à 
aconformation  du  bassin.  Camper,  Sœmmer- 
ring,  White  et  plusieurs  autres  anatomisles, 
ont  depuis  longtemps  observé  oue  la  ra« 
nègr«  présente  è  cet  égard  quelque  cho^c 
de  particulier;  et  afin  de  bien  faire  ressortir 
la  difiérence  qu'ils  apercevaient,  ils  oU 
donné  plusieurs,  des  mesures  de  cette  parce 

éga^e  celle  de  notre  orge  à  deux  rancss,  de  telle  >orte 
qu'il  est  facile  de  la  confondre  a^ec  VoT%t  >t^' 
table. 


lOSI 


os 


D'ANtftROPOLOClE. 


OS 


lOSi 


da  squelette.  Ce  sojet  a  été  repris  depuis 
par  le  docteur  G.  Vrolik»  d'Amsterdam  (670), 
dont  les  recherches  {sortent  un  cachet  encore 
I»lus  marqué  de  précision,  et  dont  les  résul- 
tats ont  pu  d^aiiieurs  être  comparés  à  ceux 
du  professeur  M.-J.  Wèber,  de  Bonn  (071), 
uui  a  examiné  la  question  d'un  autre  point 
cJe  rue.  M.  Vrolik  semble  aToir  été  conduit 
à  ces  recherches  par  la  remarque  que  la 
forme  du  bassin  devait  exercer  une  influence 
pi'is  ou  moins  (grande  sur  la  conformation 
du  fetus.  Il  a  essayé  de  découvrir  quelles 
sont  les  particularités  caractéristiques  de  la 
forme  du  bassin  dans  différentes  nations, 
en  examinant  la  forme  de  cette  partie  du 
squelette  chez  un  homme  et  chez  une  femme 
de  race  nè^re,  chez  une  femme  de  race  hot* 
lentote  ou  boschismane,  chez  deux  Javanais, 
homme  et  femme,  et  chez  un  métis  issu 
d'un  blanc  et  d*iine  mulfttre. 

M.  Vrolik  a  remarqué  que  chez  les  Euro* 

I^éeos  les  différences  entre  le  bassin  de 
'homme  et  celui  de  la  femme  sont  très- 
considérables,  mais  beaucoup  moins  frap- 
pantes et  moins  prononcées  que  celles  que 
1  on  aperçoit  en  comparant  les  deux  sexes 
dans  la  race  nègre.  «  Dans  cette  race,  dil-il, 
le  bassin  de  Tbomme,  quand  il  serait  pris 
de  quelque  bète  féroce,  ne  pourrait  ])as  être 
d'une  substance  plus  ferme  ou  avoir  des  os 
l'Ius  forts;  le  bassin  de  la  femme,  au  con- 
traire, réunit  la  délicatesse  et  la  légèreté  à 
la  rondeur...  Cependant,  quelque  délicate 

2 ne  soit  sa  composition,  il  est  difiicile  d'en 
carter  l'idée  de  Vanimalité. 

«  La  direction  verticale  des  iléons,  leiu* 
élévation  aux  tubérosilés  postérieures  et 
supérieiu'es  ;  la  grande  proximité  des  épines 
antérieures  et  supérieures,  la  moindre  lar- 
geur du  sacrum,  la  moindre  étendue  des 
hanches,  la  petite  distance  entre  le  bord  su- 
périeur du  pubis  et  la  proéminence  du  sa- 
crum, la  brièveté  des  diamètres  transverses 
aux  épines  et  tubérosités  ischiatiques ,  la 
forme  allongée  que  le  bassin  acquiert  par 
là ,  tout  cela  rappelle  à  notre  espnt  la  forme 
du  bassin  du  singe. 

«  La  structure  des  mêmes  parties  dans  la 
race  bottentote  et  boschismane  n'est  connue 
jusqu'à  présent  que  par  le  squelette  de  la 
femme  qui  mourut  à  Paris  en  1815.  La  forme 
du  bassin  chez  cet  individu  indique,  selon 
le  docteur  Vrolik,  la  condition  inférieure  de 
la  race  ou  sa  plus  grande  animalité,  compa- 
rée même  avec  la  race  nègre. 

«  On  n'observe,  ajoute  notre  auteur,  dans 
^ucun  homme  exempt  de  difformité,  une 
direction  si  verticale  des  os  des  lies.  Ils  se 
distinguent  en  otitrc  par  leur  hauteur  très- 
grande,  en  comparaison  de  leur  largeur. 
Cette  largeur  est  à  peu  près  d'un  pouce  et 
demi  moindre  que  dans  les  bassins  de  fem- 
mes européennes.  Leur  hauteur,  an  contraire, 
f  l  de  beaucoup  supérieure  à  celle  des  autres, 

^^70)  Considérations  sur  U  dirersiêé  des  bauins  de 
dt \érentes  races  humaines;  Amslcrdam,  1936,  inra", 
«  i  .U!as  de  8  planches  in  fol. 


s'élevant  à  plus  de  la  moitié  de  la  quatrième 
vertèbre  lombaire. 

«  La  distance  mutuelle  des  épines  anté- 
rieures et  supérieures  des  os  àes  lies  est 
d'un  quart  de  pouce  moindre  que  dans  le 
plus  petit  bassin  de  négresse  que  j'ai  me- 
suré, et  il  s'en  faut  bien  de  trois  quarts  de 
pouce  ou  d'un  pouce  entier  dans  les  plus 
grands.  » 

Le  docteur  Vrolik  oppose  à  la  forme  du 
bassin  chez  ces  Africains  celle  de  la  pre- 
mière partie  chez  les  naturels  de  Java,  et  il 
insiste  particulièrement  «  sur  la  singulière 
légèreté,  la  petitesse  apparente,  et  1  ouver- 
ture à  peu  près  ronde  au  détroit  supérieur 
du  bassin  de  la  femme  javanaise.  » 

M.  Vrolik  nous  donne  dans  sor*  ouvrage 
la  flgure  du  bassin  d'une  femme  et  d'un 
homme  de  Java. 

Le  professeur  Weber,  comme  nous  l'avons 
dit,  a  examiné  d'un  autre  point  de  vue  les 
différences  dans  la  forme  du  bassin  humain. 
11  réduit  à  quatre  toutes  les  variétés  de 
forme  que  peut  présenter  cette  |)artie  da 
corps,  et  il  les  décrit  ainsi  qu'il  suit  : 

1*  La  forme  orale.  —  Cn  oassin  ovale  est 
celui  dans  lequel  le  détroit  supérieur  pré- 
sente la  figure  d'un  œuf;  c'est-à-dire  qu'é- 
troit en  avant,  vers  la  symphyse  des  pubis, 
il  va  en  s'élargissant  vers  la  partie  moyenne 
qui  comsspond  à  peu  près  aux  articulations 
sacro-iliaques,  puis  au  delà  se  resserre  jus- 
que vers  le  promontoire,  où  il  se  termine  en 
pointe  mousse. 

S*  La  forme  ronde,  —  Un  bassin  rond  est 
celui  dans  lequel  l'ouverture  supérieure  est 
ronde.  La  partie  de  la  circonférence  corres- 
pondant à  la  symphyse  et  aux  branches  ho« 
rizontales  du  pubis  est  moins  resserrée  ouo 
dans  la  forme  ovale,  ce  qui  fait  que  le  dia- 
mètre antéro  -  postérieur  a  à  peu  près  la 
même  étendue  qpe  le  diamètre  transverse, 

3*  La  forme  carrée  ou  quadrilatère,  — 
C'est  la  forme  du  bassin  dont  les  cAtés,  prin- 
cipalement celui  qui  est  formé  par  les  os 
pubis,  sont  jusqu'à  un  certain  point  rectilî^ 
gnes,  de  sorte  que  le  détroit  supérieur  re^ 
présente  à  peu  près  un  carré  fiariait  ;  le  dia- 
mètre transverse  cependant  est  plus  gran4 
que  l'antéro-postérieur. 

4"  La  forme  en  coin  est  celle  d*un  bassin 
qui  est  comme  comprimé  latéralement,  de 
manière  à  être  notablement  plus  étroit  d'ui^ 
côté  à  Tautre  que  d'avant  en  arrière.  Les  os 

Imbis  s'unissent  sous  un  angle  aigu,  et  lea 
)ranches  horizontales  se  portent  eu  arrière, 
suivant  une  ligne  plus  droite  que  dans  la 
forme  ovale.  Le  diamètre  antéro^postérieur 
est  allonge^,  et  le  détroit  supérieur  est  plutôt 
obloqg  qu'ovale. 

Ce  qui  résulte  des  recherches  faites  paiv 
notre  auteur  sur  les  différentes  formes  di^ 
bassin,  c'est  qu'on  trouve  des  exemples  da 
chaque  forme  dans  les  différentes  race^^ 
d'hommes  :  d'où  on  doit  donc  tirer  la  cou- 

(671)  Die  Lekre  ron  den  ur-und  Racenformem  der 
Schàdel  und  Becken  des  Menschcn  :  Diisseldorf,  1830, 
ÎR^*,  :ivcc  35  planchff. 


lOSS 


os 


DlCTlOiNiNAIRE 


OS 


im 


I  • 


clusion  importante  qu*il  ny  a  point,  pour 
celte  partie  du  corps,  de  conformation  qui 
soit  particulière  à  une  race,  et  constitue 
âhez  elle  un  caractère  permanent.  Dans  la 
première  partie  de  son  ouvrage,  M.  Weber 
avait  établi  une  classification  semblable  pour 
les  formes  du  crâne.  11  avait  posé  en  fait 
que  quatre  formes  principales,  qu'il  désigne 
chacune  par  un  nom  particulier,  i)euvent 
f  ire  distinguées  dans  les  tètes  humaines,  et 

3ue  la  configuration  crAnienue  correspon- 
ante  à  chacun  de  ces  quatre  princijjaux 
types  se  montre  dans  plusieurs  races  aiffé- 
rentes.  Les  exemples  qu'il  donne  de  chacune 
des  formes  du  bassin  sont  les  suivants  : 

l**  Pour  la  forme  ovale  :  le  bassin  d*un 
Européen  et  celui  d'un  Botocudo  ; 

2°  Pour  la  forme  ronde  :  le  bassin  d'une 
femme  européenne,  celui  d'une  négresse, 
celui  d*une  Uottentote,  enfin  celui  d'une  Ja- 
vanaise. 

3*  Pour  la  forme  carrée  :  le  bassin  d'une 
européenne,  celui  d'un  Javanais,  d'une  Ja- 
vanaise, d'un  métis,  d'un  second  Javanais, 
d'un  second  métis. 

k*  Pour  la  forme  en  coin  ou  forme  oblon- 

giie  :  le  bassin  d  une  Européenne,  celui  d  un 
otocudo,  d'un  Cafre,  et  de  plusieurs  né- 
gresses existant  dans  les  collections  de  Sœm- 
merring  et  de  Vrolik. 

M.  Webert  conclut  que  chacune  des  formes 
du  bassin  qui  dévie  du  type  ordinaire,  peut 
être  rencontrée  dans  des  individus  apparte-* 
nant  à  plusieurs  races  différentes,  et  que 
cependant  il  v  a  une  de  ces  formes  prédomi- 
nante dans  cnaque  race.  Ainsi  la  forme  la 
plus  commune  chez  les  Européens,  c'est  la 
forme  ovale  ;  chez  les  nations  américaines, 
c'est  la  forme  ronde;  chez  les  Mongols  et 
ceux  qui  leur  ressemblent,  c'est  la  forme 
carrée  ;  chez  les  races  africaines,  enfin,  c'est 
la  forme  oblongue  qui  prédomine. 

De  la  structure  du  squelette.  —  En  compa- 
rant entre  elles  plusieurs  races  humaines,  les 
anatomistes  ont  observé  des  variétés  dans  la 
longueur  relative  des  os  et  la  forme  des 
membres,  et  ils  ont  cru  remarquer  que  les 
races  les  plus  croisières,  les  moins  civili- 
sées, avaient,  dans  plusieurs  particularités 
de  leur  organisation,  une  ressemblance  éloi- 
gnée avec  les  animaux  inférieurs.  Ces  diffé- 
rences ne  s'aperçoivent  que  lors  qu'on  con- 
sidère, dans  cnaeune  des  races  que  l'on  com- 
pare entre  elles,  un  grand  nombre  d'indivi- 
dus; car,  dans  chaque  race,  quelle  qu'elle  soit, 
on  trouve  des  hommes  qui,  sous  le  rapport 
des  particularités  en  question,  s'écartent  tel- 
lement de  la  moyenne,  qu'on  pourrait,  si 
l'on  n'avait  égard  au'à  ce  caractère,  les  ratta- 
cher à  une  race  fort  différente  de  celle  à 
laauelle  ils  appartiennent  effectivement. 

Il  est  évident  qu'on  ne  saurait  considérer 
comme  caractères  spécifiaues  des  particula- 
rités de  cette  nature  ;  elles  ne  doivent  être 
considérées  que  comme  variétés,  même 
quand  elles  se  rencontrent  dans  la  grande, 
majorité  des  individus  dont  une  race  se  com- 
pose, puisque  les  causes,  qui,  agissant  sur 
un  individu,  donnent  naissance  à  celte  par- 


îl 


ticularité  de  conformation,  ont  bien  pu  mg- 
difier  toute  la  tribu. 

Proportions  des  parties.  —  Les  races 
d'hommes  peu  avancées  dans  la  civilisation 
ont,  ainsi  que  les  races  d'animaux  qui  n'ont 

Eoint  été  modifiées  par  la  culture,  les  mem- 
res  grêles,  maigres  et  allongés 
Les  nations  qui  ne  vivent  que  d'alimenis 
empruntés  au  règne  végétal,  et  en  quantité 
à  peine  suffisante,  sont  moins  vigoureuses 
que  celles  qui  sont  mieux  nourries,  et  il 
semble  que  les  proportions  de  leurs  mem- 
bres soient  différentes.  Les  Hindous,  c  est  un 
fait  bien  connu,  ont  les  bras  et  les  jambes 
proportionnellement  plus  longs  et  moins 
musculeux  que  les  Européens  ;  et  ron  a  re- 
marc^ué  de  plus,  lorsque  des  sabres  de  sol- 
dats indiens  ont  été  a[)portés  en  Angleterre» 
que  la  poignée  en  était  trop  petite  pour  les 
mains  anglaises.  On  sait  encore  que  toutes 
les  races  sauvages  ont  moins  de  force  mus- 
culaire que  les  peuples  civilisés  ;  c'est  ce 
qu'ont  prouvé  pour  la  première  fois  les  expé- 
riences de  Pérou,  qui  trouva  les  naturels  de 
l'Australie,  de  Timor  et  de  la  Tasmanie, 
faibles  en  comparaison  des  Européens.  Ceb 
expériences  ont  été  répétées  plusieurs  fois 
sur  d'autres  nations  sauvages,  et  toujours 
avec  le  même  résultat.  Mackensie,  Lewis  el 
Clark  nous  assurent  que  les  indigènes  de 
l'Amérique  offrent  la  même  infénerité  de 
force  physique  :  dans  les  combats,  de  Iroui» 
è  troupe  ou  d'homme  h  homme,  les  Yirgi- 
niens  et  les  Kentuckiens  ont  toujours,  sui- 
vant Volney,  lavantage  sur  les  Américains 
sauvages. 

Dans  toutes  les  autres  races  comparées  è 
la  race  européenne,  les  membres  présentent 
une  plus  grande  courbure  des  os  longs,  el 
des  rormes  moins  parfaites.  Chez  les  nègr«.s 
les  os  des  jambes  sont  déjetés  en  dehors. 
Sœmmerring  et  Lawrence  ont  observé  que 
chez  ces  hommes  le  tibia  et  le  péroné  sodi 
en  avant  pins  convexes  que  chez  les  Euro- 
péens ;  leurs  mollets  sont  très-haut  el  attei- 
gnent jusqu'au  jarret  ;  leurs  pieds  sont  très- 
plats,  et  le  calcanéum,  au  lieu  d'être  arqué, 
se  continue  presque  en  ligne  droite  avec  les 
autres  os  du  piea,  qui  est  remarquablement 
large.  Leur  main  présente  aussi,  dans  .^ 
disposition  générale,  quelque  chose  dana- 
logue. 

White  a  avancé,  et  l'on  a  cru  générale- 
ment d'après  lui,  que  Tavant-bras  est  chez 
le  nègre  beaucoup  plus  long  que  chez  l'Eu- 
ropéen, et  que  la  différence  est  portée  au 
point  de  constituer  un  véritable  rapproilie- 
ment  vers  les  caractères  des  singes.  Les  ïiils 
cependant  prouvent  que  celle  différence  est 
très-légère,  et  ne  dépasse  en  aucune  foç^n 
les  variétés  qu'on  peut  observer  chaque  jour 
en  comparant  plusieurs  individus  api^rte* 
nant  à  une  même  race  ou  à  une  môroe  na- 
tion. D'ailleurs,  il  y  a  une  telle  disprojKJf- 
tion,  sous  le  rapport  de  la  lontfueur  di> 
extrémités,  entre  les  hommes  cl  les  ^i^;'^' 
adultes,  qu'on  ne  voit  pas  trop  de  (I'h*'»^ 
importance  pourrait  être  le  rapprocbnin«'r' 
qu  on   voudrait  établir,  cl  quelle  ^tra:i  rf 


FAL 


D*ANTflROPOLOGIE. 


PAL 


1066 


conetosion  qa  on  en  pourrait  tirer.  Les  bras 
de  Torang,  selon  M.  Owen,  atteignent  ses 
talons  ou  an  moins  sa  cheville,  et  ceux  du 
chimpanzé  ou  troglodyte,  descendent  en- 
core au-<lessous  du  genou.  C*est  là  une  diffé- 
rence très-tranchée,  trës-positiye  entre  les 
espèces  de  singes  les  plus  anthropoïdes  et 
les  races  d'hommes  les  plus  incultes.  Cepen- 
dant le  plus  léger  rapprochement  vers  le 
type  des  quadrumanes  serait,  s'il  était  bien 
constaté,  une  circonstance  très-digne  de 
fixer  Tattention  et  qui,  conjointement  avec 
d'autres  laits,  tendrait  à  prouver  que  même 
dans  la  conformation  physique  on  retrouve 

{lus  de  ranimai  chez  les  races  humaines  à 
état  sauvase  aue  chi^z  les  races  cultivées 
ou  chez  celles  dont  la  civilisation  remonte  à 
une  époque  très-reculée  dans  Thistoire  du 
monde. 

]>epuis  le  temps  de  Sœmmerring,  on  s'ac- 
corde généralement  à  admettre  que,  chez  le 
nègre ,  la  colonne  vertébrale  rencontre  la 
base  du  crâne  en  un  point  situé  assez  en 
arrière  pour  ou'il  en  résulte  une  différence 
sensible  dans  faspect  général  du  corps.  Dau- 
benton  avait  observé  aue,  dans  les  quadru- 
pèdes, le  trou  occipital  est  placé  derrière  le 
centre  de  gravité  de  la  tète,  circonstance  oui 
exerce  une  grande  influence  et  à  laquelle 
tient  la  différence  qu'on  observe  entre 
l'homme  et  les  animaux  inférieurs  quant  à 
la  position  relative  de  la  tète  et  du  tronc. 
M.  Owen,  dans  la  comparaison  qu*il  a  faite 
da  squelette  humain  avec  le  squelette  d*un 
singe,  nous  a  parfaitement  montré  retendue 
de  cette  différence,  et  a  prouvé  qu'elle  est 
Leaucoup  plus  grande  poin-  le  sin^e  adulte 
qa*on  ne  l'avait  supposé  avant  lui.  Mais  si 
on  compare  entre  elles  les  races  humaines. 
Cil  ne  trouve  réellement  pas  qu'elles  présen- 
tent sous  ce  rapport  des  différences  appré- 
ciables. Le  trou  occipital,  dans  le  crâne  du 
nègre,  n'est  pas  en  effet  plus  en  arrière  que 
dans  le  crâne  de  l'Européen  ;  s'il  parait  l'être, 
cela  tient  seulement  a  la  projection  de  la 


mâchoire  supérieure,  et  particulièremeot  à 
la  saillie  de  rarcade  alvéolaire. 

En  résumé,  l'examen  des  faits  relatifs  aux 
différences  que  présentent,  dans  les  races 
humaines,  les  formes  du  corps  et  les  pro* 
portions  des  parties,  nous  conduit  à  cou 
dure  qu'aucune  de  ces  déviations  ue  s'élève 
au  rang  de  distinction  spécifique.  Cette  con- 
clusion repose  sur  deux  arguments  princi- 
paux. Le  premier,  c'est  qu'aucune  des  diffé- 
rences en  question  n'excède  les  limites  des 
variétés  individuelles,  qu'aucune  n'est  plus 
tranchée  que  les  diversités  qu'on  rencontre 
sans  sortir  du  cercle  d'une  nation  ou  même 
d'une  famille  ;  le  second,  c'est  que  les  varié- 
tés qui  se  montrent  dans  les  races  humaines 
ne  sont  pas,  sous  tous  les  rapports,  aussi 
considérables,  à  beaucoup  près,  que  celles 
qu'on  voit  se  présenter  chaque  jour  dans  les 
oifférentes  races  d'animaux  issues  d'une 
même  souche  ;  et  il  n'y  a  pas,  on  peut  le 
dire,  une  seule  espèce  domestique  qui 
n'offre  des  exemples  nombreux  de  beaucoup 
plus  grandes  déviations  du  caractère  typique 
de  la  race. 

Après  ce  gui  a  été  dit  à  ce  sujet,  nous  pou* 
vous  regarder  la  conclusion  générale  quo 
nous  venons  d'énoncer  comme  suiBsamment 
établie.  Cependant,  ces  particularités  propres 
à  certaines  races  n'en  devront  pas  moins 
fixer  notre  attention,  et  nous  les  considérerons 
plus  spécialement  quand  nous  en  serons  à 
décrire  les  diverses  tribus  dans  lesquelles 
elles  ont  été  observées  comme  faisant  partie 
du  caractère  national. 

OS  du  corps  humain,  leur  disposition  mé- 
canique. Voy.  Y  introduction, 

OSAGES.  Yoy.  Siocx. 

OSSEMENTS  HUMAINS  découverU  à  Meu- 
don  (18^5),  rapportde M.  Serres.  Yoy.  Celte», 

OèSÈTES.  Yoy.  Ariane. 

OSTÉOLOGIE.  Voy.  Anatomie  hlhiaisb. 

OTAHITL  Yoy.  Malayo-polv.nésiens. 

OCIE.  Yoy.  0EEU4X. 


p 


PALMIER»*— L'Afrique  centrale  produit 
plusieurs  arbres  qui  croissent  ssontané- 
naent  et  dont  les  firuits  sont  comestibles , 
mais  jamais  elle  n'en  produisit  un  dont  le 
fruit  fût  assez  substantiel  pour  devenir  la 
f  >rincipale  nourriture  de  Thomme  et  lui  te- 
nir lieu  de  pain.  Lorsque  nous  avançons 
vers  le  nord  de  cette  partie  du  monde,  aus- 
sitôt parait  le  palmier  dattier  (phœnix  dac- 
/f//i/era},  avec  son  fruit  doux ,  agréable  et 
t*dlement  nourrissant,  que  des  peuplades 
entières  en  firent  leur  principal  aliment  et 
qu'elles  en  ont  conservé  l'usage  même  jus- 
qu'à ce  jour.  Le  i>almier  crotl  en  abondance 
dans  toute  la  Nunie  d'Egypte ,  sur  le  ver- 
sani  méridional  de  l'Atlas ,  jusqu'à  l'Océan 
atlantique;  il  croît  aussi  dans  l'Arabie,  la 
Perse  et  une  partie  de  Tlnde,  mais  au  sud, 
il  ne  passe  pas  les  bouches  de    Tlndus, 


comme  l'a  déjà  remarqué  Garcias  de  Orfa  ; 
on  ne  le  trouve  plus  dans  Toasis  de  Dar- 
four ,  entre  les  13  et  15'  lat.  N.  C'est  depuis 
le  19*  jusqu'au  35  de  lat.  N. ,  que  le  dattier 
réussit  le  mieux.  Au  sud  de  l'Europe,  il 
croit  facilement,  donne  des  fleurs,  même 
des  fruits ,  dans  la  partie  méridionale  du 
Portugal ,  en  Sicile ,  dans  la  Morée  ;  mais 
ces  fruits  n'atteignent  point  une  maturité 
complète ,  excepté  dans  la  plaine  brûlante 
d'Elcha ,  dans  le  royaume  de  Vtfence  (  Esp. 
mér.  ) ,  où  on  en  cultive  une  grande  quan- 
tité à  cause  de  la  douceur  de  leurs  fruits. 
On  cultive  encore  le  palmier  près  de  Saint- 
Remo ,  sur  la  rivière  di  Ponente^  en  Pié- 
mont, sous  le  U'  de  lat.;  mais  seulement  à 
cause  de  son  feuillaj^e ,  qu'on  emploie  pen- 
dant la  semaine  sainte  à  l'ornement  des 
églises  ;  on  l'exporte  pour  Rome  et  le5  au- 


1087 


PAL 


DICTIONNAIRE 


lAL 


1018 


très  villes  de  l'Italie.  Le  palmier  aime  les 
plaines,  il  ne  croît  pas  sur  les  hautes  mon- 
tagnes, parce  qu'il  veut   une  température 
moyenne  de  21  a  23*  centigrades  (  10  |  —  27 
\  Réaum.)  pour  porter  de  bons  fruits.  II 
aime  les  terrains  sablonneux  et  humides;  si 
on  veut  le  cultiver  dans  les  endroits  frais, 
il  faut  se  donner  beaucoup  do  peine  pour 
l'arroser  et  avoir  grand  soin  de  le  faire;  il 
est  du  reste  très-facile  à  cultiver,    on  le 
propage  par  le  semis  des  noyaux  ou  bien  en 
éclatant  les  drageons  qui  poussent  des  raci- 
nes ;  il  faut  avoir  l'attention  de  couper  les 
anciennes  feuilles ,  si  l'on  veut  avoir  des 
fruits  de  meilleure  qualité.  Le  palmier  a 
une  tige  belle,  grêle,  sans  branches,  ter- 
minée par  une  touffe  de  feuilles;  il  s'élève 
h  une  hautenrr  de  50  pieds,  rarement  il 
dépasse  celle  de  70.  Il  pousse  lentement. 
Cet  arbre  n'a  pas,  àprourenienl  parler,  une 
véritable  lige,  c'est  plutôt  un  bourgeon, 
un  stipe  {Stipes^  Rich.  ) ,  comme  celui  que 
produit  l'asperge  ;  ainsi ,  il  ne  croit  point  en 
diamètre,  mais  il  conserve  la  grosseur  qu'il 
avait  quand  sa  toulîfe  de  feuilles  est  arrivée 
à   son   développement  complet.  La   crois- 
sance du  palmier  est  très-lente,  il  vit  un 
siècle;  on  prétend  qu'il  peut  vivre  deux 
cents  ans  et  plus ,   cependant  il  doit   dé- 
croître beaucoup  pendant  le  second  siècle. 
Nous  avons  sur  le  palmier  un  ancien  traité 
assez  rccommandable  ;  il  est  de  C.  Kemp- 
fer  (672).  Ce  traité  est  dans  la  partie  de  son 
livre  où  il  décrit  avec  beaucoup  d'enthou- 
siasme les  voyages  qu'on  fait  au  travers  des 
bosquets  de  palmier,  dans  les  montagnes 
de  la  Perse ,  quand  les  chaleurs  de  l'été  et 
les  maladies  qu'elles  amènent  commencent 
h  se  faire  sentir  à  Bender-Abbassi ,  sur  le 
golfe  Persique ,  et  qu'il  peint  le  plaisir  qu'on 
éprouve  dans  ces  bosquets.  Kempfer  décrit 
déjà  fort  exactement  la  fructification  du  pal- 
mier ,  dont  les  fleurs  mules  et  les  Heurs  fe- 
melles sont  portées  sur  des  individus  sépa- 
rés ;  (juand  il  n'existe  pas  dans  le  voisinage 
dMndividus  à  fleurs  mâles ,  on  détache  une 
spathe  avec  les  fleurs  mAles  qu'elle  contient, 
on  la  divise  en  plusieurs  morceaux  qu'on 
suspend  auprès  des   fleurs  femelles.  Les 
anciens  connaissaient  cette  manière  de  fé- 
ponder  le   palmier.  ïhéophraste  dit  très- 
précisément  qu'on  incisait  la  spathe,  cju'il 
pomme  aussi  spatha  ((màBn  ) ,  servant  d  en» 
yeloppe  aux  fleurs ,  les  fleurs  niÂles  ^  qu  on 

(672)  Amœnlt.  exofîc,  fasc.  i. 

(675)  HUt.  Phnt.,  1.  ii,  t.  IX ,  i  4 ,  édition 
^clineid.   • 

(074)  Reisen  uddamerkungen  ,  venchiedene  theile 
4er  Barbarei  oder  de  Levante  betre/fend  ,  2*  ausg  ; 
l^eipzig,  4765,  s.  272. 

(675)  Toutes  ces  expressions  dérivent  sans  doute 
fie  foi'Hxhç^'  couleur  de  sang,  sanguineus^  qui  sans 
doute  vient  d'un  ancien  substantif,  ^ocvô^,  sang, 
{ V.BociURT,C/mnâait,562,  où  la  question  de  rétymoio- 
gie  du  nom  des  Phéniciens  est  traitée  fort  au  lon^.  )  Non- 
seulement  il  est  très-vraisemblablequeles  Phéniciens 
liraient  leur  nom  de  celui  qu'on  donnait  à  la  couleur 
rouge,  et  non  celle-ci  le  sien  des  Phéniciens,  mais 
on  peut  même  l'affirmer,  parce  que  dans  iiliade  on 
trouve    très-souvent  un   mot  dciivé     de    yotvoç, 


secouait  pour  en  faire  tomber  la  poussière 
fécondante  sur  l'ovaire  des  fleurs  femel- 
les (673).  Pline  décrit  les  amours  du  pal- 
mier dans  un  style  emphatique  et  d'une 
manière  si  peu  vraisemblable,  qu'on  ne 
peut  s'arrêter  à  cette  description. 

La  Bible  parle  souvent  du  palmier.  Lors- 
que les  Israélites,  après  leur  sortie  d'Egj'pie, 
erraient  dans  le  désert,  ils  vinrent  à  la  pé- 
ninsule d'Ezion  Geber,  près  d'Elini;  là  il 
yavait  douze  puits  et  soixante-dix  palmiers; 
les  Israélites  y  campèrent  sur  le  bord  de 
l'eau.  Vers  le    milieu  du  siècle  dernier, 
Schow  n'v  vit  plus  que  neuf  puits,  mais  il 
y  avait  plus  de  deux  cents  palmiers  (67î^), 
ce  n'est  pas  è  dire  pour  cela  que  le  pajs, 
comnarativement  aux  autres,  ait  éprouvé 
du  cliangement.  La  scène  des  poèmes  homé- 
riques est  trop  reculée  vers  le  nord,  aussi 
n'est-il  question  qu'une  seule  fois  dans 
y  Odyssée  d'un  palmier  à  Délos,  qui  long- 
temps après  était  encore  célèbre.  Ainsi, nu 
grand  plmier,   célèbre   dans  lanliquité, 
avait  nécessairement  dû  exister  dans  celle 
île.  Plus  tard ,  le  palmier  devint  un  arbre 
très-connu  des  Grecs.  Le  nom  de  foi»ôç  sem- 
ble dériver  du  nom  des  Phéniciens  qui  por- 
tèrent le  palmier  du  sud  vers  le  nord.  A  une 
époque  fort  reculée ,  les  Phéniciens  habile- 
rent  le  rivage  de  la  mer  Rouge ,  comme  lo 
prouve  une  ancienne   tradition  citée  jiar 
Hérodote  (1.  t,  c.  89),  c'est-à-dire  dans  une 
contrée  ou  ils  durent  apprendre  à  connaî- 
tre le  palmier.  Il  est  hors  de  doute  que  le 
nom  des  Phéniciens,  ainsi  que  celui  du 
phénix  ,  dérive  du  nom  donné  à  la  couleur 
rouge,  car  il  est  bien  établi  qu'on  doit  aui 
Phéniciens  l'invention  de    la    couleur  de 
pourpre,  tirée  du  murex  ^  ou  plutôt  des  pro» 
cédés  pour  produire  en  général  les  couleurs 
vives  (075). 

Ainsi ,  nous  trouvons  la  patrie  du  dallier 
dans  ces  contrées  qui  furent  le  berceau 
d'une  civilisation  plus  élevée  :  dans  l'E- 
gypte, à  Méroë,  dans  l'Arabie,  ces  con- 
trées qui  dans  le  principe  furent  habitées 
par  les  Phéniciens ,  dans  le  pays  de  ces 
Ethiopiens  si  renommés  dans  l'anliquilé. 
Dans  les  bosquets  de  palmiers  de  ces  con- 
trées, l'homme  trouva  une  nourriture  abon- 
dante; en  faisant  sécher  les  fruits,  il  aug- 
menta leur  qualité  nouiTissanle.  L'homme 
apprit  donc  a  faire  des  provisions,  et  une 
fois  qu'il  fut  en  sécurité  pour  sa  nourriturf, 

et  une  fois  seulement  le  mot  yocvtxrr,  dianl  uni, 
V,  744.  Probablement  les  Pbéuicieiis  employérwi, 
dans  la  coroposUion  de  leurs  couleurs ,  on  ^^ 
nombre  de  substances  autres  ^ue  ranimai  (Su  m- 
rex,  et  l'on  serait  tenté  de  croire  qu'ils  laisaicaii  m 
secret  de  la  connaissance  de  ces  matières  en  v^ 
parlant  que  du  murepc.  Les  Phéniciens  n'auraical-ui 
pas  donné  leur  nom  h  la  mer  Rouge,  dont  ils  ^»' 
lèrcnt  les  côtes  dans  Toriginc?  La  fable  du  pl»r« 
se  rattache  sans  doute  à  un  oiseau  qui  avait  un  pn* 
mage  d'un  rouge  vif,  qui  rarement  prenait  sonj« 
vers  les  contrées  du  Nord,  comme  il  arrive  à  p- 
sîeurà  oiseaux  de  passade,  oui  ne  vont  qoc  ll«srr^ 
rement  dans  des  contrées  éloignées ,  par  «'"'K 
Toiscau  de  paradis,  le  guénier  commun  {Mv^^ 
apiasteff  Lik2<0- 


100 


PEA 


D*A!HTimOPOLOGIE. 


PEA 


1090 


il  songea  à  se  prémunir  surlesautres  points. 
LHndostrie  et  les  sciences  sont  les  sœurs  de 
la  paix  et  du  repos. 

PAMPÉEN.  Toy.  MÉormiLàTcéE!!». 

PANTHÉISHE.  Voy.  Pstsiologib  itfel- 
tccTCKixB  et  NATums. 

PAON.  —  Tous  les  voyageurs  s'accordent 
à  dire  que  le  paon  se  trouve  à  Tétat  sauvage 
aui  Indes  orientales  :les  anciens  ont  connu 
cet  oiseau.  Buffon  pense  que  le  paon  est 
Tenu  en  Grèce  après  les  conquêtes  d  Alexan- 
dre ;  Cuvier  le  répète  d*apr&  Buffon  :  mais 
ils  n  ont  pas  pris  garde  qu  Aristophane  parle 
déjà  du  paon  dans  S9i  pièce  des  Oiseaux  et 
des  Achamaniens,  car  il  dit  que  Fambassa- 
deur  du  roi  de  Perse  a  apporté  des  paons. 
Suivant  Plutarque  et  Athénée ,  le  paon  est 
venu  k  Athènes  dû  temps  de  Périclès  »  où 
on  le  montrait  alors  pour  de  Targent.  Le 
nom  grec  xaùç  est  certainement  le  mot 
persan  thatus^  dérivé  d*une  manière  un 
peu  forcée  de  tiiv»  (676).  Le  temps  où  le 
ffaon  fut  importé  eu  Grèce  est  celui  où  les 
républiques  grecques  étaient  en  relation  si 
particulière  avec  les  Perses,  que  Ton  vit 
quelquefois  des  personnages  influents  se 
laisser  corrompre  par  le  roi  de  Perse.  Bo- 
crhart  a  réuni  avec  beaucoup  de  soin  les  pas- 
sages des  anciens  sur  les(|uels  je  me  suis 
appujré*  {Hierozoiconj  p.  ii»  1.  n,  c.  10, 
p.  242^  Schneider  avait  déjà,  dans  ses  notes 
sur  VÉîstoire  des  animaux  d*£)ien ,  relevé 
Terreur  de  Buffon.  II  est  pro!>ab1e  ciue  cette 
erreur  vient  d*un  passage  d'£lien  aans  le- 
quel il  parle  de  Tadmiratioo  qu^éjirouva 
Alexandre  lorsqu'il  vitdcspaonsdans  Ilade. 
Schneider  pense  avec  beaucoup  de  justesse 
uu*£lien  a  voulu  dire  qu'Alexandre  avait  élé 
ctonné  de  trouver  dans  Tlnde  le  paon  à 
l*état  sauvage  L£ua\.,  tfis/.anim.,  I.  v,  21.) 

PAPOUAS.  Yoy.  Gé!«re. 

PABBATITAS   Toy.  AB0RiGi!CES, 

PARIAGOTOS.  Yoy.  Cabibes. 

PAROLE.  Yoy,  OiiEnxE  et  Langage. 
/    PASSIONS.  Yoy.  Affectiotis  morales. 

PATAGONS.  Yoy.  MÉnrrEBRATiÉExs. 

PAWNÉES.  Yoy.  Siocx. 

PEAU.  —  Les  variétés  dans  la  couleur  et 
la  eontexture  des  téguments  internes  et  ex- 
ternes dépendent  de  Torganisation  de  par^ 
lies  qui  sont  en  quelque  sorte  extra-cuta- 
nées. Ces  parties  appartiennent  à  ce  au'on 
a^ipelle  quelquefois  Tenveloppe  cornée  du 
corps,  et  elles  sont  souvent,  quoique  à  tort, 
représentées  comme  étant  de  nature  inorga- 
nique, ou  tout  au  moins  comme  ne  possé- 
dant pas  de  vitalité  propre.  Cependant  elles 
sont  réellement  douées  de  propriétés  vitales 
particulières,  et  présentent  un  ronde  d'orga- 
nisation très-remarquaLle  et  très-:urieux, 
dont  les  pricipaux  caractères  ont  été  récem- 
ment constatés  par  des  recherches  micros- 
copiaues.  D*ailleurs  ces  recherches  ne  peu- 


I 


vent  pas  encore  être  considérées  comme  coiur 
plètes,  et  il  reste  même  beaucoup  à  faire 
pour  que  le  sujet  soit  complètement  élu- 
cidé. 

On  a  pensé  jusqu'à  présent  que  les  diffé- 
rences de  couleur  ou  de  teint  sont  moins 
importantes,  pour  la  séparation  à  établir  en- 
tre les  races,  que  quelques  autres  caractères 
et  particulièrement  que  les  différences  dans 
la  forme  du  corps  et  dans  la  conGguration  du 
crâne.  Cependant  un  savant  français,  bien 
connu  pour  l'étendue  et  Texactitude  de  ses 
recherches  sur  divers  sujets  relatifs  à  Tana- 
tomie  et  à  la  physiologie,  M.  Fiourens,  con- 
sidère les  aifférences  de  couleur  comme 
constituant,  pour  les  diverses  races,  un  ca- 
ractère plus  essentiel  qu*aucune  autre  par- 
ticularité. Les  raisons  de  cette  opinion  se- 
ront développées  dans  les  pages  suivantes. 

C'est  une  remarque  commune  qu'il  existe 
entre  la  couleur  de  la  peau  ou  le  teint,  et  la 
couleur  des  cheveux  et  celle  des  yeux,  ou 

Elutôt  de  l'iris,  une  certaine  corr&spondance. 
,e  fait  est  vrai  comme  observation  générale, 
mais  il  est  sujet  à  beaucoup  d'exceptions, 
particulièrement  dans  les  individus  et  dans 
les  races  qui  ont  les  cheveux  noirs.  Parmi  les 

Européeus,Iesdeuxvar:été5le5p!usmarquéi3S 
de  teint  sont  celles  qui  se  montrent  chez  les 
individus  que  les  Français  désignent  par  les 
mots  de  blonds  et  de  bruns.  I^s  uns  avant 
les  yeux  bleus,  des  cheveux  blond-clair  et 
la  peau  blanche;  les  autres  ayant  les  yeux 
noirs,  la  peau  brune  et  les  cheveux  noirs. 
A  ces  deux  variétés,  nous  devons  en  «ijoutf  r 
une  troisième  qui  est  la  tariéié  albine^  re- 
gardée comme  une  sorte  de  monstruosité, 
mais  seulement  peut-être  parce  qu'elle  est 
beaucoup  plus  rare  que  les  précédentes. 

Dans  les  contrées  du  centre  de  l'Europe, 
la  plupart  des  habitants  ne  sont,  à  propre- 
ment parler,  ni  blonds  ni  bruns  ;  mais  leur 
teint  tient  le  milieu  entre  ces  deux  extrê- 
mes. Les  blonds  prédominent  dans  les  cen- 
trées septentrionales,  et  les  bruns  dans  les 
contrées  méridionales.  Si  nous  divisons  les 
races  humaines  d'après  ces  trois  variétés, 
fondées  principalement  sur  la  couleur  des 
cheveux,  nous  devons  considérer  le  grouf)e 
des  bruns  comme  comprenant  de  grandes 
variétés  qui  se  montrent  dans  la  couleur  àe 
Firis  et  dans  la  teinte  de  la  peau.  Chez  plu- 
sieurs nations  qui  ont  généralement  les  che- 
veux noirs,  Tins  est  souventd'un  brun  foncé 
ou  de  couleur  chocolat,  comme  parmi  les 
Chinois;  chez  d'autres,  il  est  fréquemment 
verdâtre  ou  noisette,  comme  dans  quelques 
races  de  nègres  du  Con^o;  chez  quelques 
populations  à  cheveux  noirs,  il  est  gris  et 
même  bleu.  Ce  sont  autant  de  déviations  de 
la  couleur  dominante  qui  est  noirâtre  quanj 
les  cheveux  sont  noirs.  La  tendance  au  dé- 
veloppement des  teintes  claires  n'apparaît 


(STbl  Cest  ropinion  des  grammairiens  grecs; 
repemunt  tkanu  n*est  pas  dans  le  Dictionnaire  per- 
san de  CasteJ,  mais  dans  le  cbalJécn ,  le  syriaque 
et  rarabe.  Dans  le  chaldéen  et  le  syriaque,  il  est 
sous  la  racine  thous.  vcler^  crier;  la  cinquième  forme 


du  verbe  arabe  signifie  ajuster  ies  omemenis,  eomrre 

fait  le  paon  ;  toutes   ces  expressions  conv*e  i:e;  t 
lien  à  cet  oisêaa,  et  le  radical  des  diverses  langues 
oaraii  plus  rapproché  de  tm»^,  que  de  t4c»6#« 


iOOl 


PEA 


DICTIONNAIRE 


PEA 


10» 


donc  quelquefois  que  dans  la  couleur  des 
yeux,  la  peau  demeurant  très-noire.  Dans 
d'autres  cas,  on  observe  en  outre  que  la  peau 
est  blanche  ou  plutôt  étiolée.  Dans  quelques- 
uns  enfin,  les  cheveux  eux-môtues  varient 
et  deviennent  jaunes  ou  rouges,  et  cela  ar- 
rive même  chez  les  races  à  peau  noire;  ce- 
pendant, en  pareille  circonstance,  la  couleur 
de  la  peau  prend  généralement  une  nuance 
plus  claire. 

Ces  variations  apparaissent,  comme  nous 
le  prouverons  par  des  exemples,  chez  des 
enfants  nés  de  parents  bruns  ou  môme  chez 
des  enfants  issus  de  races  noires  ;  mais  des 
changements  analogues  se  manifestent  en- 
core chez  un  même  individu  considéré  à  dif- 
férentes époques  de  sa  vie.  Des  enfants  nés 
blonds  et  continuant  è  avoir  les  cheveux 
brun-clair  pendant  leur  enfance  arrivent 
souvent  à  avoir  des  cheveux  noirs  en  appro- 
chant de  l'âge  adulte.  Une  semblable  transi- 
tion transforme  quelquefois  en  blonds  des 
individus  qui  d'abord  ne  pouvaient  être  com- 
pris que  dans  la  variété  albine.  Dans  cette 
dernière  variété,  la  couleur  de  l'œil  est 
rouge,  parce  que,  en  raison  de  la  matière 
colorante  de  l'iris  et  de  celledu pigment  noir 
qui  tapisse  le  choroïde,  la  lumière  rétléchie 
prend  une  teinte  rougeâtreen  traversant  les 
vaisseaux  sanguins  transparents  de  l'iris  et 
des  parties  internes  de  l'œil.  Ce  défaut,  joint 
h  l'absence  totale  de  matière  colorante  dans 
les  cheveux  et  dans  la  peau,  constitue  le  vé- 
ritable albinisme.  Quand  la  matière  colo- 
rante, qui  n'existait  pas  dans  l'enfance,  vient 
plus  tard  à  se  produire,  le  teint  du  blond 
succède  à  celui  de  l'albinos.  Il  est  au  reste 
plus  commun,  comme  nous  l'avons  dit,  de 
voir  le  teint  de  brun  remplacer  le  teint  de 
blond. 

Les  observations  suivantes  qui  offrent  plu- 
sieurs cas  auxquels  s'applique  cette  remar- 
3ue,  sont  extraites  d'un  excellent  mémoire 
u  professeur  Graves,  de  Dublin. 

«  L'année  passée,  dit  notre  auteur,  le  doc- 
teur Ascherson  me  fit  part  d'un  cas  où  il 
avait  vu  le  pigment  de  l'œil  se  développer 
chez  un  enfant  albinos  âgé  de  trois  ans.  Cet 
enfant  avait  en  naissant  les  cheveux  blancs 
et  les  yeux  violets,  avec  les  pupilles  rouge- 
foncé  ;  à  la  fin  de  sa  troisième  année,  ses 
clicveux  étaient  blonds  et  ses  yeux  étaient 
bleus,  mais  ils  conservaient  encore  à  un  de- 
gré très  -  remarquable,  quoique  moindre 
qu'auparavant,  cette  mobilité  et  cette  agita- 
tion particulières  à  l'Albinos.  C'était  alors 
le  seul  cas  de  cette  nature  dont  j'eusse  en- 
tendu parler,  excepté  l'exemple  cité  par  Mi- 
chaëlis  dans  Blumenbach  [Bibliothtqut  de 
Médecine^  volume  111,  page  679),  exemple 
qui  encore  ne  repose  que  sur  l'autorité 
incertaine  de  quelques  paysans.  Par  un  ha- 
sard assez  singulier,  j'eus  bientôt  la  bonne 
fortune  de  rencontrer  moi -môme  un  cas 
semblable.  Dans  ma  jeunesse,  vivaient,  non 
loin  de  chez  moi,  deux  enfants,  le  frère  et 
la  sœur,  dont  les  yeux,  les  cheveux  et  le 
teint  offraient  à  un  tel  degré  les  caraclères 
de  la  leurosisy  qu'ils  étaient  reconnus  pour 


albinos  môme  par  des  personnes  étrangères 
à  la  médecine.  Dernièrement,  j'eus  occasion 
de  me  souvenir  d'eux  en  lisant  dans  un  jour* 
nal  un  avertissement  oîx  leur  nom  se  troo^' 
vait  :  j'appris  que  le  frère  était  devenu  mar- 
chand de  tabac;  en  allant  le  voir  je  troa?ai, 
à  mon  grand  étonnement,  que  ses  yeux,  de 
violet-rouge  qu'ils  avaient  été,  étaient  deie- 
venus  gris,  et  que  ses  cheveux,  de  blancs 
étaient  devenus  blonds  ;  la  sensibilité  mor- 
bide des  yeux,  jjour  la  lumière,  avait  aussi 
grandement  diminué.  » 

Le  système  dans  lequel  toutes  ces  variétés 
ont  leur  siège  est  le  système  extra-corial  ou 
exodermal,  Teouel  constitue,  si  je  puis  m'ei* 
primer  ainsi,  l'enveloppe  externe  du  corps, 
enveloppe  extérieure  môme  à  la  vraie  peau.  Ce 
système  auquel  appartiennent,  chez  les  ani- 
maux, les  diverses  productions  cornées,  com« 
Erend,  quand  on  le  considère  dans  l'ensem- 
le  des  vertébrés,  non-seulement  les  cornes, 
mais  aussi  les  sabots  et  les  ongles  en  gêné-* 
rai,  les  cheveux,  les  plumes  et  autres  appen* 
dices  de  môme  nature.  Les  diversités  qn\\ 
nous  présente  dans  sa  couleur,  sa  constitu- 
tion et  son  organisation  sont  infinies,  et  c'est 
certainement,  de  tous  les  tissus  du  corps, 
celui  qui  est  le  plus  variable.  On  a  fait,  de- 
puis quelques  années,  de  grandes  recher- 
ches relativement  à  la  nature  et  à  la  texture 
des  parties  d'où  dépend  Est  variété  de  couleur, 
et,  aQn  d'obtenir  à  cet  égard  des  notions  tant 
soit  peu  satisfaisantes,  il  sera  bon  d'embras- 
ser uun  coup  d'œil  rapide  l'histoire  de  ces 
investigations  qui  ont  conduit  leurs  auteurs 
à  des  opinions  mii,  il  faut  le  dire,  ne  sont 
pas  toutes  parfaitement  conformes  entre 
elles. 

Les  anciens  anatomistes  ne  connaissaient 
que  deux  des  parties  dont  se  composent  les 
téguments  communs  ;  ils  n'avaient  aucune 
idée  d'un  tissu  interposé  entre  la  vraie 
peau,  c'est-à-dire  le  derme  (appelé  aussi 
quelquefois  corium)^  et  la  peau  extérieure 
ou  superflcielle,  c'est-à-dire  répiderme;ce 
sont  là  d'ailleurs  réellement  les  deux  parties 
principales  de  l'enveloppe  tégumentaire 
commune,  tant  chez  l'homme  que  chez  tous 
les  mammifères.  En  général,  le  nom  d'épi- 
derme  ne  s'appliçiue  qu'à  la  portion  de  l'en- 
veloppe superûcielle  qui  revêt  les  parties 
véritablement  extérieures  du  corps,  et  celle 
qui  se  continue  sur  les  surfaces  intérieures 
est  désignée  plus  particulièrement  sous  le 
nom  (ïépithétiuTn.  Au  reste,  quelques  per- 
sonnes ne  font  point  cette  distinction,  et  em- 
ploient le  mot  épithélium  pour  désigner  Té- 
piderme,  aussi  bien  que  l'epithélium  propre- 
ment dit. 

Le  célèbre  anatomiste  Malpighi  fut  le 
premier  qui  découvrit  une  troisième  couche 
mlcrnosée  entre  le  derme  et  répiderme.  Il 
vit  que  le  siège  de  la  coloration  du  nègre  ne 
se  trouve  ni  dans  l'épiderme,  ni  dans  le 
derme,  ces  deux  parties  de  la  peau  étant, 
chez  l'homme  noir,  de  môme  couleur  que 
cliez  l'Européen.  Quelque  temps  auparavant, 
Malpighi  avait  découvert  dans  lalanzuedu 
bœuf  une  membrane  muqueuse,  de  texture 


I0f»3 


PEA 


D*A.^TIII(OPOLOGiE. 


PE.% 


IM4 


rétieulaire,  située  au-dessous  de  répidermey 
et  il  supposa  que  la  muqueuse  qu*il  Tenait  de 
trouver  en  pareille  situation  dans  la  peau 
du  nè^^re,  c  est-à-dire  placée  au-dessus  du 
derme,  devait  avoir  la  même  disposition.  De 
cette  supposition  naquit  l'expression  restée 
si  longtemps  populaire  de  rete  fnucoium. 

Albmus  rectina  plus  tard  Tobsenration  de 
Maljpigbi,  et  il  montra  que  la  substance  co- 
lorée qui  s'étend  entre  le  derme  et  l'épi- 
derme  Tonne  une  membrane  continue.  De 
son  temps,  on  admettait  que  la  peau  du  nè- 
Kro  se  comuosait  de  trois  parties  distinctes: 
le  derme  blanc,  l'épiderme  de  couleur  cen- 
drée, et  le  corps  muqueux  noir. 

Longtemps  après  Albinus,  Cruiksbank, 
flans  une  série  d'observations  sur  la  iieau 
«l'un  nègre  atteint  de  la  petite  vérole,  ne 
ctécouvrit  pas  moins  de  quatre  couches  in- 
terposées entre  Tépiderme  et  la  vraie  peau; 
deu\  placées  au-dessous  de  la  couche  colo- 
rée, cette  couche  elle-même  et  une  autre 
placée  au-dessus.  Ces  recherches  furent  con- 
tinuées par  tf.  A.  Gaultier  (6T7),  qui  s'ap- 
pliqua principalement  à  examiner  les  effets 
lies  vésicatoires  sur  la  peau  du  nègre,  et  il 
trouva  aussi  les  quatre  couches,  savoir: une 
réimposée  de  bourgeons  Tasculaires  san- 
guins, qu*on  a  nommée  le  corps  papillaire; 
une  seconde,  que  cet  auteur  nomme  mem- 
brane atbuginée  profonde;  puis  une  autre 
formée  d*une  substance  brune  (la  couche 
fie  matière  colorante);  euGn  la  membrane 
a!t>ugînée  superficielle. 

M.  Flourens  a  essayé  d'arriver  encore  à 
une  plus  grande  précision.  Dans  les  prépa- 
rations qu  il  a  mises  sous  les  jeux  de TAca- 
«lémie  des  sciences,  il  a  montré  entre  Tépi- 
f  Jerme  et  le  derme  quatre  couches  distinctes 
sans  compter  le  corps  papillaire  ou  vascu- 
laire  dont  nous  avons  parlé  plus  haut.  Les 
«iécou vertes  de  ce  célèbre  anatomiste  sont 
eitrèmement  curieuses  et  Font  conduit  à 
d'importants  résultats.  Les  quatre  couches 
qu'il  reconnaît  sont  :  1*  une  qui  repose  im- 
médiatement sur  le  derme  (cette  première 
membrane  est  de  structure  celluleuse  et 
forme  un  tissu  réticulaire)  ;  2*  une  membrane 
f'ontinue  et  qui  a  Taspect  des  jnugueuses 
ordinaires;  y  le  pigment  noir,  oui  repose 
sur  celle-ci,  et  qui  peut  être  considéré  comme 
constituant  une  couche,  bien  qu'il  n'ait  pas 
assez  de  consistance  et  de  cohésion  pour  re- 
cevoir le  nom  de  membrane  ;  4*  enfin,  la  lame 
interne  de  Tépiderme,  qui  est  placée  au-des- 
sus du  pigment  coloré,  et  qui  forme  la  qua- 
trième couche. 

De  ces  quatre  couches,  la  seconde'est 
celle  qui  doit  fixer  le  plus  particulièrement 

(G77)  Recherches  iur  torgamsation  di  la  peau  de 
r homme;  Paris,  1809,  in-^'. 

<078)  Recherches  anatomiqmen  sur  le  corps  mu- 
queux ^  am  appareil  pigmentai  de  la  peau  dans  Cin- 
dien  Charma^  le  nègre  et  le  mulâtre^  par  M.  Floc  • 
RKNS.  (Annales  des  sciences  nalurelkSj  u*  série,  Zoo- 
iutjte^  U  Vif,  p.  !5C.) 

<679)  Cette  race  a  été  tout  à  fait  eiterminée.  Lps 
4\t-u\  individos  qui  furent  examir.és  par  H.  Ftca- 
re:«&  avaient  été  aineriés  en  France  d*un  pays  Toiiia 


l'attention,  d'autant  mienx  que,  selon 
M.  Flourens,  elle  constitue  un  oorps  orga- 
nisé distinct ,  qui  se  trouve  seulement  chez 
les  hommes  à  peau  colorée  et  manque  com- 
plètement chez  les  blancs; chez  ces  uemiers, 
du  moins,  M.  Flourens  dit  n'avoir  pu  la  dé- 
couvrir par  la  méthode  ordinaire  de  la  ma- 
cération (678). 

Le  ptymeiMttm,  ainsi  que  nous  l'avons  vu» 
est  étendu  sur  la  membrane  muqueuse,  el 
lorsqu'il  est  mis  à  nu  par  la  macération,  i* 
est  beaucoup  plus  foncé  qu'il  ne  le  parait  à 
travers  la  demi-transparence  des  deux  épi- 
dermes.  La  surface  interne  de  la  couche 
muqueuse  est  hérissée  de  prolongements 
qui  passent  par  les  interstices  du  tissu  cellu- 
laire et  vont  se  fixer  au  derme.  Ces  prolon- 
gements, qui  forment  la  gaine  des  poils,  se 
portent  jusque  sous  leur  racine  et  parais- 
sent constituer  la  lame  interne  de  leur 
bulbe.  On  ne  les  trouTC  que  dans  les  régions 
où  il  7  a  des  poils.  Quant  à  la  men&rant 
pigmentait  même ,  elle  est  d'une  consistance 
partout  à  peu  près  égale,  et  assez  épaisse 
pour  pouvoir  être  divisée  en  deux  feuillets  : 
c'est  sur  sa  fiice  extérieure  que  la  substance 
colorante  est  étendue.  Cette  dernière  subs- 
tance, comme  nous  l'avons  observé,  ne 
forme  point  une  membrane  distincte,  mais 
une  simple  couche,  un  dépAt,  une  sorte 
d'enduit  ;  el  le  est  recouverte  par  une  véritable 
membrane  continue,  qui  est  la  lame  interne 
de  l'épiderme. 

M.  Flourens  a  démontré,  au  moyen  de  la 
macération,  l'existence  de  toutes  ces  couches 
dans  la  peau  d'un  nègre ,  dans  celle  d'un 
mulâtre,  et  aussi  dans  celle  de  deux  In- 
diens Charmas,  indigènes  de  l'Amérique  du 
Sud  (679)  qui  appartiennent  à  une  race  de 
couleur  très-foncée.  La  même  méthode  de 
macération,  essayée  sur  la  peau  d'une  per- 
sonne blanche,  ne  put  lui  faire  découvrir  ni 
la  membrane  muqueuse,  ni  le  pigmentum 
qui  y  est  déposé.  11  ne  trouva,  entre  le 
derme  blanc  et  la  lame  externe  de  l'épi- 
derme, rien  autre  chose  que  cette  lame  in- 
terne de  l'épiderme  dont  nous  avons  déjà 
fait  mention;  c'est,  pour  le  remarauer  en 
passant,  dans  ce  second  épiderme  qu  il  croit 
reconnaître  le  siège  de  la  couleur  brune  qui 
se  produit  dans  le  teint  Aqs  blancs,  par  suite 
d'une  longue  exposition  à  la  chaleur  du 
soleil. 

H.  Flourens  n'est  pas  le  premier  anato- 
miste qui  ait  essayé  sans  succès  de  décou- 
vrir le  retemucosaméàus  la  peau  des  blancs. 
11  y  a  longtemps  que  le  docteur  Gordon  en 
a  paiement  reconnu  rim;iOssibilité ,  après 
avoir  essayé  de  tous  les  moyens  ordinaires. 

d  >  rUrugiiaj.  Leur  teint  éuii  aussi  foncé  que  celai 
de  beaucoup  de  nègres,  ei  le  nom  de  peams  roufn, 
que  Fon  donne  assez  généralement  à  toutes  les  tri- 
1ms  américaines,  n*aurait  pu  assurément  leur  con- 
venir. Don  Félix  d*Azara  a  fait  hi  même  remarnne 
sur  la  peau  des  Indiens  de  cette  même  triha.  Les 
Charmas  éUieot  des  hommes  très-féroces,  d'un  ca- 
ractère Ucitume  et  sombre,  et  qui,  lûen  différents 
on  cela  de  leurs  Yoî^^ins  les  Guaranis,  paraiç&iieut 
i.  capables  (!e  tecevoir  aucune  civilisation. 


lOM 


VU 


DICTIONNAIRE 


PEà 


m 


M.  Flourens,  avons^nous  dit)  établit  dans 
le  mémoire  dont  nous  venons  de  citer  des 
extraits,  que  l'altération  qui  se  produit  dans 
les  peaux  blanches  par  1  action  du  soleil,  a 
son  siège  dans  la  lame  interne  de  l'épi- 
derme;  dans  un  mémoire  postérieur,  il  s  at- 
tache à  démontrer  cfue  cette  même  membrane 
est  le  siège  de  la  couleur  brune  Une  Ton 
observe  chez  les  femmes  dans  raréoie  mam^» 
maire  (680J. 

Sœmmerring  a  depuis  longtemps  annoncé 
que  réj)iderme,  chez  le  nègre,  est  d'une 
teinte  plus  brune  et  plus  obscure  que  chez 
l'Européen;  mais  cette  assertion  ne  coïn- 
cide pas  avec  l'opinion  à  laquelle  M.  Flou- 
rens  a  été  conduit  par  ses  observations.  Ce 
dernier,  en  effet,  considère  l'altération  de 
couleur  qui  se  produit,  sous  l'influence  de 
diverses  causes  «  dans  la  peau  des  blancs, 
comme  étant,  par  sa  nature,  totalement  diffé* 
rente  de  celle  qui  est  naturelle  à  la  peau  du 
nègre,  et  comme  ayant  son  sié.^e  dans  un 
tout  autre  tissu.  La  première  altération,  se* 
Ion  lui,  dépend  simplement  d'une  teinte 
accidentelle  de  l'épioerme,  tandis  que  la 
couleur  du  nègre  est  donnée  par  une  mem* 
brane  particulière  qui  ne  se  trouve  point 
chez  les  races  blanches.  M.  Flourens  établit 
ainsi  une  ligne  de  séparation  très-distincte 
entre  ces  deux  divisions  du  genre  humain. 
Il  considère  la  diversité  en  question  comme 
constituant  une  véritable  distinction  spéci* 
fique,  ou,  en  d'autres  mots,  comme  prouvant 
que  le  nègre  et  TEuropéen  appartiennent 
à  des  espèces  différentes.  En  effet,  rexis*- 
tence  d'un  tissu  tout  à  fait  particulier  à  une 
race,  d'un  tissu  dont  on  ne  {>cut  trouver 
aucune  tcace  dans  les  races  voisines,  cons- 
titue une  différence  beaucoup  plus  grande 
que  celle  que  l'on  trouve  souvent  en  com- 
parant les  espèces  qui  sont  placées  les  unes 
auprès  des  autres  dans  les  séries  zoologie- 
ques. 

Cependant  une  foule  de  faits  consignés 
depuis  longtemps  dans  les  ouvrages  de  mé- 
decine, et  d'autres  qui  se  présentent  jour* 
nellement  à  l'observation ,  seraient,  pour 
ainsi  dire,  inexplicables,  si  l'on  admettait  la 
supposition  de  M.  Flourens.  Par  exemple , 
on  sait  ({u'il  y  a  diverses  affections  géné- 
rales qui,  chez  les  Européens,  donnent  à  la 
peau  une  teinte  très-foncée;  chez  beaucoup 
de  femmes,  une  teinte  brune  parait  autour 

(680)  Recherches  anatomiquei  sur  les  structures 
comparées  de  la  membrane  cutanée  et  de  la  membrane 
Y/iti^u^us^,  par  M. 'Flourens.  (Annales  des  sciences 
naturelles^  ii*  série,  Zoologie^  t.  IX,  p.  230.  ) 

(681)  Ramare,  dans  un  article  cité  par  Blumen- 
baeb,  fait  mention  d'une  paysanne  française  dont 
Tabdomen  devenait  complètement  noir  pendant  cha- 
que grossesse;  et  Camper  parle  d'une  femme  de  haut 
rang  qui  avait  naturellement  la  peau  blanche  et  un 
très-beau  tehit,  mais  qui,  chaque  fois  qu'elle  deve- 
nait enceinte,  commençait  immédiatement  à  brunir, 
f  Vers  la  fin  de  sa  grossesse ,  ajouie-t^l,  elle  deve- 
nait une  véritable  négresse.  »  Après  raccouchement, 
la  couleur  noire  s'eimçait  graduellemeut. 

Le  docteur  C.  Strack  (  Observationes  médicinales 
de  febribus  tntermitteniibus  ;  Ticini,  1791,  in-S**)  fait 
mention  d*uu  homme  qui  devint  aussi  noir  qu'un 


des  mamelles  «  et  s*étend  oonsidérablemetil 
nendantle  temps  de  la  grossesse,  puis,  après 
j  accouchement,  s'efface  presque  complète- 
ment. L'altération  de  couleur  qui  se  produit 
dans  cette  circonstance,  varie  noD-sealement 
q|uant  au  degré  d'intensité  de  la  teinte^  el  à 
1  espace  qu'elle  occupe,  mais  aussi  quant 
aux  régions  qui  en  sont  le  siège  :  chez  cer- 
taines femmes ,  c  est  Tabdomeo  seiûement 
qui  présente  cette  coloration  ;  chez  d  autres, 
c  est  le  corps  tout  entier.  Ces  faits,  qui  ne 
sont  pas  raresi  suiliseut  pour  prouver  qu'in- 
dépendamment de  rinfluence  de  la  chaleur 
solaire,  11  peut  survenir  dans  la  constitution 
tel  changement  qui  donne  à  la  peau  une 
couleur  noire,  semblable  à  celle  qui  est  oê- 
turelle  à  la  race  africaine  (681). 

La  substance  colorante  du  derme  est  daîl^ 
leurs  susceptible  d'être  résorbée,  et  de  dis- 
paraître ainsi ,  même  des  peaux  où  elle  se 
trouve  naturellement.  On  a  vu  assez  fré- 
quemment, et  datis  différents  pays,  des  nè- 
gres perdre  leur  couleur  noire  et  devenir 
aussi  blancs  que  des  Européens  (683). 

Ces  cas  de  développement  accidentel,  dans 
la  peau  des  blancs,  d'une  substance  quiU 
colore  eç  noir,  et  ceux  de  disparition,  dans 
la  peau  de  certains  noirs,  du  pigment  coloré 
qui  y  est  naturel,  sont,  je  le  répète,  des  faits 
çiui  paraissent  inexplicables,  si  on  admet  les 
idées  de  M.  Flourens,  sur  la  composition  de 
la  peau  dans  les  différentes  races.  Or,  les 
faits  étant  constants ,  on  est  naturellement 
reporté  vers  Tautre  alternative  qui  parait 
s'être  présentée  à  l'habile  anatomiste  lui- 
même,  savoir,  que  la  méthode  d'investiga- 
tion employée  par  lui  (les  procédés  ordinaires 
de  la  macération  et  l'examen  à  l'œil  nn\ 
n'était  pas  suffisante  pour  nous  faire  péné- 
trer dans  la  structure  intime  de  la  pc^u. 

Les  recherches  microscopiques,  en  effet, 
nous  offraient  le  seul  mode  d'investigation 
qui  pût  lever  tous  nos  doutes  à  cet  égard,  et 
nous  révéler  la  structure  intime  des  organes 
té^umentaires.  Ces  recherches  ont  été  entre- 
prises et  poursuivies  avec  succès  par  plu- 
sieurs anatomistes  allemands,  parmi  lesquels 
nous  citerons  comme  les  plus  distingués, 
Heb'le,  Purkinje  et  Schwann.  Il  résulte  de 
l'ensemble' des  travaux  de  ces  savants  que 
la  peau  n'est  point  composée  de  membranes 
continues^  mais  qu'elle  est  de  structure  cel- 
lulaire, c'est-à-dire  formée  de  nombreosa 

Dégre  à  la  suite  d'une  fièvre.  Blomenbach  dit  a«*d 
possède  un  morceau  de  la  peau  de  Tabdomeo  tn 
mendiant,  laquelle  est  aussi  noire  que  celle  d'us 
africain.  Haller,  Ludwig  et  Albinus  ont  générale- 
ment cité  des  faits  de  ce  genre. — F.  aussi  P.  Raii«< 
Traité  théorique  et  pratique  des  maladies  de  lapea: 
Paris,  4855,  t.  III,  p.  553,  et  pi.  un. 

(682)  Un  exemple  de  ce  genre  est  consigné  da» 
le  LVIP  volume  des  Transactions  philosophie 
Klinkoscb  cite  le  cas  d^in  nègre  qui,  de  noirrdeniii 
jaune,  et  Caldani  nous  apprend  qu*on  nègre  qu 
exerçait  à  Venise  l'élal  de  cordonnier,  a  qui  e*^ 
noir  lorsqu^on  l'amcîîa  encore  enfant  dans  ci-ae 
ville,  devint  en  grandissant'dé  moins  en  moins  foit^^' 
et  finit  par  avoir  le  teint  d*uoe  persounc  sft^^ 
'  d'une  légère  jaunisse. 


m) 


PE\ 


B^ANTHROPOtOGIE. 


VEA 


IMS 


coQches  superposées  de  cellules,  de  sorte 
que  ces  diferses  parties  ne  sont  point  aussi 
nedement  séparées  les  unes  des  autres  qu'on 
I  arait  juscpi*iâ  supposé. 

.  Les  aoatomîstes  désignent  sous  le  nom  de 
cy/oÙoi/ef ,  ces  cellules  qui  offrent  dans  leur 
arrangement  des  dispositions  très-remarqua* 
hle«,  et  dont  Tensemble  constitue  en  totalité 
Teaveloppe  tégnmen taire .  Cette  enveloppe 
Q*est  pas  propre  exclusivement  aux  surfaces 
ultérieures  ou  corps;  elle  se  continue  aussi 
sur  les  memA)ranes  muqueuses  et  dans  les 
conduits  excréteurs;  elle  revêt  la  surface  lisse 
r-l  polie  des  membranes  séreuses,  les  cavités 
du  c<Bur  et  l'intérieur  des  vaisseaux  sanguins, 
jusque  dans  leurs  dernières  ramifications. 

Les  cellules  ou  cytol)lastes  contiennent  un 
norau  solide,  de  forme  ronde  ou  ovale  et 
marqué  par  un  on  deux  granules  ponctués. 
1^  structure  de  ces  noyaux  est  constante, 
ruais  celle  des  cellules  transparentes  qui  les 
enveloppent  est  variable,  et  de  cette  variété 
résultent  les  différences  qui  s*observent 
C'utre  les  épit hélium  ou  tuniques  membra- 
tieuses  externes  des  diverses  surfaces. 

Selon  Henle,  on  peut  distinguer  trois  sor- 
tes d'épithélium.  Dans  Tune,  les  cellules* 
U)Dt  en  contact  immédiat  avec  le  noyau  qui 
es  remplit,  et  sont  disposées  en  couche  con-> 
iniie.  Comme  cette  disposition  rappelle  celle 
i^*''  pierres  dans  les  pavés  de  nos  rues,  Hetilc 
désigne  Tespècc  d'épithélium  qui  la  présente 
»ous  le  nom  d'épithélium  en  pavé  {pflasier- 
*pUheiium).  Cette  espèce  est  celle  qui  recou- 
rre le  derme  et  la  plupart  des  mea\branes 
éreuses,  y  compris  la  conjonctive  qui  s'étend 
»ur  le  globe  de  Vœil. 

Des  cellules  de  forme  conique ,  disposées 
le  différentes  manières,  composent  les  deux 
I  litres  espèces  d'énithélium  (Tépithélium 
ylindriforme  et  lépithélium  cilié),  qui 
ouvrent  différentes  surfaces  iotemes  du 
•orps. 

Daus  répitbéUum  ai  pavé,  qui  forme  Ten- 
eloppc  superficielle  de  la  peau ,  on  voit  les 
i^Iiiîles  rangées  par  couches  superposées 
^lacées  au-dessus  clu  derme,  et  présentant  des 
>rïaes  un  [>eu  différentes,  selon  qu*e11es  sont 
•lus  ou  moins  extérieures,  et  par  suite  plus 
u  moins  exposées  aux  compressions.  Dans 
is  couches  supérieures ,  les  noyaux  et  les 
pilules  s'aplatissent  progressivement  et 
dissent  par  ressembler  à  des  écailles.  Le 
>atour  iits  cellules,  de  rond  qu'il  était  dans 
>s  couches  profondes ,  passe  par  suite  de  la 
ression  à  la  forme  polygonale  dans  les  cou- 
les moyennes  ;  dans  les  couches  externes 
3  I*épiderme,  les  noyaux  sont  à  peine  visi- 
les  9  et  les  lamelles  ou  écailles  sont  telle- 
ent  confondues,  que  ce  n'est  ou'au  moyen 
^s  plus  forts  grossissements  qu  on  peutdis- 
Q^uer  Ia  véritable  structure  de  ces  parties, 

encore  y  parviendrait-on  difficilement,  si 
>n  D*avait  pu  suivre  les  changements  gra- 
jels  da  forme  des  cytoblastes. 
On  Toît ,  d'après  cela ,  que  l'on  ne  peut 

(682*)  UcLixm,  Arckh.  fur  die  Pkysioiogu,  i8i0, 

pC  S,  180. 

(683)  Page  ISI  ,   Ceber  die  Sirmeîur  der  Warztn 

DICTION!!.  c'A?ITHBOPOLOGIE 


phu  se  représenter  l'appaivi J  té^mentaire 
comme  composé  d'un  nombre  déterminé  de 
membranes  continues,  indépendantes  des 
tissus  avec  lesquels  elles  sont  en  contiguïté, 
et  ayant  chacune  une  or^nisation  distincte  ; 
cette  idée  rejposait  évidemment  sur  des 
observations  incomplètes  et  des  déductions 
erronées. 

Henle  a  porté  aussi  son  investigation 
sur  ce  qu'il  nomme  les  membranes  pigmen- 
taires ,  c'est-à-dire  sur  ces  parties  d'appa- 
rence membraneuse  qui  donnent  la  couleur 
à  différentes  surfaces  ;  il  a  trouvé  qu'elkis 
offraient  aussi  une  structure  cellulaire,  mais 
qu'elles  ne  constituaient  point  de  véritables 
membranes.  La  couche  pigmentafre  de  la 
tunique  choroïde  de  Tœil  est  composé  de 
celliues  polygonales,  offrant  chacune  à  leur 
centre  un  noyau  incolore  et  ayant  l'espace 
environnant  rempli  en  partie  de  granules 
du  pigment  coloré.  Le  même  anatomiste  a 
lait  aussi  des  observations  sur  la  peau  du 
nègre ,  et  il  a  découvert ,  outre  les  cellules 
dont  nous  venons  de  parler,  d'autres  cellules 
renfermant  le  pigment  noir  qui  communi- 

Sue  sa  teinte  foncée  à  la  peau  de  l'Africain  : 
les  a  trouvées  agglomérées  surtout  sur  les 
parties  saillantes  du  reie  Malpighii  qui  cor- 
respondent aux  rides  ou  aux  petites  éminen- 
ces  de  la  surface  du  derme.  Ces  cellules 
qui  ressemblent,  pour  la  forme ,  à  celles  du 
pigment  de  Tceil ,  représentent  quelquefois 
une  sorte  de  prisme  à  six  pans  ;  mais  le 
plus  communément  leur  forme  est  celle 
d'un  polyèdre  irrégulier  arrondi  sur  les 
angles.  Selon  les  mesures  prises  par  Henle, 
leur  longueur  serait  de  0,0039  à  0,0062  do 
ligne,  et  leur  largeur  d'environ  0,005  (682). 

Postérieurement  aux  recherches  de  Henle, 
le  docteur  G.  Simon ,  de  Berlin,  en  a  entre- 
pris de  nouvelles  dans  le  but  de  déterminer 
si  les  diversités  de  couleur  qui  s'observent 
dans  la  peau  des  Européens  (tant  celles  qui 
ne  sont  autre  chose  que  des  variétés  natu- 
relles du  teint  dans  l'état  de  sauté,  que 
d'autres  oui  se  produisent  dans  certains  états 
maladifs),  dépendent  de  la  présence  de 
semblables  cellules  remplies  de  pigment, 
ou  proviennent  de  Quelque  autre  cause  (663^). 

Parmi  les  variétés  normales  ou  naturelles 

Ïui  s'observent  \  cet  é^rd  dans  la  peau  des 
uropéens,  il  faut  distinguer  surtout  la 
coloration  de  l'aréole  mammaire.  Le  docteur 
Simon  dit  qu'il  a  souvent  examiné  l'aréole 
sur  des  cadavres  dont  la  peau  était  elle- 
même  assez  fortement  colorée  et  d'une  teinte 
brune  bien  décidée.  En  examinant  de  min- 
ces lames  séparées  au  moyen  d*lncisions 
perpendiculaires ,  il  a  vu  que  la  couleur 
brune  était  causée  par  la  présence  de  cellu- 
les remplies  de  pigmentum.  Elles  sont  pla- 
cées dans  le  reîe  Malpighii,  et  on  les  trouve 
en  grand  nombre  dans  les  espaces  compris 
entre  les  papilles  tactiles  [den  Genfuhhttarz- 
chen).  Lorsqu'il  isolait  les  cellules  en  déta- 
chant un  fragment  de  cette  partie  de  la  peau. 


und  ueber  PigmaU'bildnMg  im  dU  Html ,  lûn  D.  G. 

Simon.  (Mlller,  Archiv.,  1840,  189.) 


35 


If05 


rac 


DICTïONNAinB 


PEC 


1104 


souche  d'une  race  dont  les  individus  auraient 
la  môme  nature  de  téguments.  Or,  si  cela  arri- 
vait et  qpi'on  oubliât  l'origine  accidentelle  de 
de  cette  race,  il  est  assez  probable  qu'on  en 
viendrait  à  la  considérer  comme  constituant 
dans  le  çenre  humain  une  espèce  distincte.  » 

Que  la  couleur  de  la  peau  ne  constitue 
point  chez  l'homme  un  caractère  perma- 
nent, c'est  ce  qui  est  suffisamment  prouvé 
Î)ar  les  faits  nombreux  que  nous  présente 
'histoire  physi(jue  de  certaines  races,  sans 
qu'il  soit  besoin  de  recourir  aux  phéno- 
mènes que  l'on  observe  chez  les  animaux, 
et  qui  sont  complètement  analogues  aux 
premiers,  tant  par  leur  origine  que  par  la 
lîianière  dont  ils  se  propagent  ensuite  dans 
toute  une  lignée.  Ces  phénomènes  sont  en 
nombre  infini,  et  parmi  tous  les  vertébrés  à 
sang  chaud,  il  est  à  peine  une  espèce  qui 
ne  soit  sujette  à  ce  genre  de  variation.  Lo 
lecteur  trouvera  à  l'article  Ghevecx  humains 
des  exemples  de  cette  variation  de  couleur, 
de  changement  du  blanc  au  noir  et  du  noir 
au  blanc,  ou  de  l'apparition  accidentelle  des 
deux  couleurs  réunies  dans  un  individu 
dont  le  père  et  la  mère  ne  présentaient  point 
celle  particularité  :  ces  exemples  sont  si 
multipliés  et  si  authentiques,  qu'ils  ne  lais- 
sent aucun  doute  sur  la  lé^timité  de  la  con- 
clusion que  nous  en  devrons  tirer  dans  la 
grande  question  de  l'unité  ou  de  la  diversité 
de  l'espèce  humaine. 

Les  teintes  diverses  de  la  peau  humaine 
auraient  besoin  d'un  instrument  spécial 
dans  le  genre  de  celui  qu'imagina  M.  de 
Huraboldt  pour  mesurer  l'intensité  de  l'azur 
du  ciel.  Il  commencerait  par  la  gamme  chro- 
matique du  carmin  descendant  vers  le  fauve, 
et  aurait  une  seconde  partie  graduant  les 
nuances  du  fauver  au  noir  en  passant  par  les 
variantes  du  rouge  et  du  jaune.  Pour  cette 
seconde  division,  le  café,  dans  ses  divers 
états,  fournit  un  chronomètre  grossiei*,  mais 
commode,  parce  que  tout  le  monde  connaît 
avec  précision  ses  nuances. 

Le  café  cru  et  fauve  est  le  point  de  par- 
tage des  races  humaines  ;  cru  et  un  peu  vert, 
il  représente  le  teint  des  Giièbres,  de  quel- 
ques Indiens  du  Nord  et  des  Malais  ;  un  peu 
roussi,  il  a  le  bistre  d'autres  Indous,  des 
Mongols  et  des  Egyptiens  septentrionaux; 
charbonné  très-clair  est  le  teint  des  Abvs- 
sins,  encre  pâle  ou  pomme  de  fenouillet, 
comme  dit  Bruce;  cnarbonné  brun,  celui 
des  Malabares  et  Ceylanais  ;  plusieurs  races 
nègres  ne  sont  pas  plus  foncées.  Quelques 
tribus  nubiennes  descendent  encore  plus 
bas  dans  l'échelle,  puisqu'elles  sont  aussi 
noires  que  les  Yolofs. 

LÉCHERAIS     ou    ICHTUYOPHAGES     DE     LA 

TERRE  DE  FEC  — Lcs  Péclicrais  que  M.  d'Or- 
bigny  comprend  dans  son  rameau  Arauca- 
uien,  ont  été  désignés  sous  ce  nom,  pour  la 
première  fois,  par  Bougainville.  Le  nom 
ayant  été  adopté  généralement,  nous  le  con- 
serverons, et  il  nous  semble  préférable  à 
celui  de  Fuégien  dont  le  son  est  déplAisant. 
L'alBnité'des  Pécherais  et  des  Araucatios 
est  jusqu'à  présent,  il  faut  le  reconnaître, 


fmreraent  conjecturale;  la  supposition  est 
ondée  sur  la  proximité  géo^aphique  elli 
rcs.^erbblance  mutuelle  des  Jeux  nations. 

Les  Pécherais  habitent  toutes  les  côtes  de 
la  terre  de  Feu  et  des  deux  rives  du  détroit 
de  Ma,^ellan  ;  depuis  l'île  Elizabeth  et  le  pofl 
Famine,  vers  Test,  jusqu'à  cette  multitude 
dlles  qui  couvrent  toutes  les  parties  occi- 
dentales au  nord  et  au  sud  du  détroit;  ils 
sont  séparés  des  Patagons  par  la  mer  cl 
par  la  chaîne  de  montagnes  gui  réunit  la  pé- 
ninsule deBrunswich  au  continent.  C'est  tou- 
jours entre  ces  limites  que  les  navigateurs  ont 
aperçu  les  hommes  qu'ils  ont  décrits  comuie 
des  Patagons  de  petite  taille.  Les  Pécherais 
peuvent  donc  communiquer,  d'im  côté,  avec 
les  Patagons,  à  l'est  du  port  Famine;  de  l'au- 
tre, avec  les  Araucanos  de  l'archij.el  de 
Chonos,  sur  la  côte  occidentale  de  l'Amé- 
rique; c'est  sans  doute  par  le  moyen  dç  ces 
communications  qu'ils  ont  appris  les  mots 
espagnols  que  le  capitaine  Weddel  leur  a 
entendu  prononcer.  Leur  genre  de  vie,  et 
les  glaces  qui  couvrent  tout  l'intérieur  du 

fays  montueux  qu'ils  habitent^  tes  forceut 
se  tenir  exclusivement  sur  les  côtes. 
Leur  couleur    olivâtre  ou  basanée,  est 
plus  pâle  que  celle  des  Péruviens  et  de  leurs 
voisins  les  Araucanos, 

Leur  corps  manque  d'élégance,  ce  qui  est 
au  reste  le  cas  pour  presque  tous  les  Amé- 
ricains; ils  ont  les  formes  massives,  et  sont 
néanmoins  assez  bien  bâtis.  La  diversité 
des  opinions  émises  à  leur  é-^ard  par  les 
voyageurs  Brak,  Narborough,  Degennes, 
Cook  et  Weddel ,  qui  les  ont  vus  robustes 
et  ayant  des  membres  bien  fournis,  tandis 
que  d'autres,  comme  Duclos-Guyot  et  Bou- 
gainville, au  contraire,  les  représentent  mai- 
Sres  et  décharnés,  tient  probablement  à  la 
ifférence  des  saisons  dans  lesquelles  on  les 
aura  observés,  les  saisons  devant  avoir  une 
grande  influence  sur  le  plus  ou  moins  d  a- 
bondancede  leur  nourriture.  Leur  démarche 
chancelante  tient  sans  doute  à  la  forme 
arquée  de  leui'S  jambes,  forme  déterminée 
par  la  manière  dont  ils  s'asseyent  è  terre, 
les  jambes  croisées  à  la  manière  des  Orien- 
taux :  celte  coutume  a  naturcllcroenl  aussi 
pour  résultat  de  tourner  les  pieds  en  dedans. 
Les  femmes  paraissent  avoir  la  même  cou- 
formation  extérieure  que  les  hommes,  et 
l'on  chercherait  vainement  en  elles  les  pro- 
portions consacrées  par  l'art  européen. 

Leurs  traits  annoncent  des  rapports  anc 
les  Araucanos  dont  ils  sont  voisins^  leur 
tète  est  assez  grosse,  leur  visage  arrondi; 
ils  ont  le  nez  court  et  un  peu  élargi,. les  na- 
rines ouvertes,  les  yeux  petits,  noirs  et  bo- 
rizontaiix;  la  bouche  grande  à  grosses  li- 
vres ,  les  dents  blanches  bien  rangées,  les 
oreilles  petites  et  les  pommettes  peu  sail* 
lantes.  Ils  paraissent  n'avoir  que  très-peu 
de  barbe  et  l'arrachent  ainsi  que  les  sour^ 
cils.  Leurs  cheveux»  semblables  à  ceux  de 
tous  les  Américains,  sont  noirs,  longs  et 
plats.  Avec  cet  ensemble  de  traits  on  se 
remarque  jamais  chez  eux  cet  air  féroce  qui 
caractérise  quelques  nations  de  chasseurs  ; 


ims 


PEC 


D  anthropologie; 


PEC 


iror 


ils  cnt  au  contraire  le  sourire  doui,  plein 
de  naïTelé  ;  leur  caractère  répond ,  ô.v.  reste, 
parfaitement  à  leur  eitérieur;  naturelle- 
ment obligeants  ;  aucun  navigateur  ne  b^en 
est  plaint  lusqu  ici ,  et  beaucoup  même  ont 
eu  à  s*en  louer. 

Essentiellement  ambulants  et  yagabonds, 
leurs  conditions  d'exiiti.'ncc  ne  leur  per- 
mettent pas  de  se  former  en  mandes  socié- 
tés. Ne  Tivant  que  de  chasse  et  de  pé^^he, 
ils  Toot  touijours  en  petit  nombre  d'un  Heu 
à  un  autre ,  changeant  de  séjour  dès  qu'ils 
ont  épuisé  les  animaux  et  surtout  les  co- 
quillages des  cdtes.  Comme  ils  habitent  une 
terre  morcelée  en  une  multitude  d'tles ,  ils 
sont  devenus  navigateurs,  différant  com- 
plètement en  cela  des  nations  qui  les  avoi- 
sinent,  car  les  Patagons  B*ont  jamais  eu  la 
pensée  de  se  construire  un  radeau  pour 
passer  une  rivière.  Les  Pécherais  parcou- 
rent donc  incessamment  toutes  les  plages 
de  la  terre  de  Fea  et  des  contrées  situées  à 
Touest  du  détroit»  réunis  par  troupes  de 
deux  ou  trois  familles,  et  quelquefois  moins. 
Ils  savent  se  construire,  en  écorce  d'arbres 
qu'ils  cousent' avec  des  nerfs  d'animaux, 
des  barques  auxquelles  ils  donnent  jusqu'à 
douze  ou  quinze  pieds  de  long,  sur  trois  de 
large  ;  ils  soutiennent  le  dedans  par  des 
branches,^  bouchent  les  joints  avec  du  jonc, 
et  enduisent  le  dehors  de  résine  ;  et  ils  font 
tout  cela  tans  autres  outils  que  des  coquil- 
les ou  des  morceaux  de  silex.  Leurs  cabanes 
^ont  coniaues,  construites  en  branchages 
Gxés  circulairement  en  terre  etréunis  h  leur 
sommet  :  souvent  établies  à  quelques  pieds 
.srous  terre,  elles  sont  recouvertes  d'argile 
ou  de  peaux  de  loup  marin  «  et  vers  leur 
centre,  s'allume  un  feu  dont  la  fumée  ne 
{»eut  sortir  que  par  une  seule  ouverture 
basse,  qui  leur  sert  de  porte.  Un  beau  ma- 
tin ,  la  cabane  est  abandonnée ,.  et  l'on  voit 
hommes,  femmes,  enfants,  avec  nombre  de 
chiens,  s*émbarquer  dans  une  frêle  nacelle, 
telle  que  celle  que  nous  venons  de  décrire. 
Les  femmes  rament;  les  hommes  restent 
taactiXs ,  toujours  prêts  néanmoins  à  percer 
te  poisson  qu'ils  aperçoivent  d'un  dard  armé 
l*une  pierre  aiguë  à  son  extrémité.  Ils  arri- 
rent  ainsi  à  une  autre  tle  :  de  suite  les  feni- 
ues  s'occupent  de  mettre  la  pirogue  en  sû- 
^té  et  d'aller  à  la  pèche  des  coquillages, 
andis  que  les  hommes  vont  chasser,  se  ser- 
rant tour  .à  tour  de  la  fronde  et  de  lare 
irec  des  flèches  armées  d'un  morceau   de 
ilex.  Ils  construisent  ensuite  une  nouvelle 
-abane  et  j  séjournent  quelque  temps;  mais 
lès  que  la  chasse  et  la  pèche  deviennent 
uoins   abondantes,  ik  se  rembarquent  et 
^ont  s'étabtir  ailleurs.  Chaque  famille  est 
insi  constamment  exposée  aux  dangers  de 
a  mer,  aux  intempéries  d'une  région  pres^ 
[ue  toujours  glac^,  et  cela,  pour  ainsi  dire, 
ans  Yéiements^  un  morceau  de  peau  de 
r>up  marin  vient  à  peine  couvrir  les  épaules 
le  l'homme,  tandis  que  la  femme  n'a  qu'un 
>eiit  tablier  de  même  nature,  ou,  en  hiver, 
es  morceaux  de  peaux  de  guanacos.  Au 
Lin  de  cette  indigence,  il  règne  parmi  les 


Pécherais,  quelque  extraordinaire  que  la 
chose  puisse  paraître,  une  sorte  de  reCâjerche 
et  de  coquetterie  :  ils  se  chargent  le  cou, 
les  bras,  les  jambes  de  colifichets  ou  de  co- 
quilles; ils  se  peignent  le  corps,  et  plus 
souvent  la  figure,  de  divers  dessins  blancs, 
noirs  et  rouges,  usaze  qui  est  aussi  commun 
aux  Pala^ODS.  Les  hommes  s'ornent  quel- 
quefois la  tète  d'un  bonnet  de  plumes.  Tous 
Sortent  des  espèces  de  bottines  laites  de  peau 
e  loup  marin. 

Comme  tous  les  peuples  chasseurs,  ils 
ont  entre  eux  des  querelles,  de  petites 
guerres  qui  durent  peu,  mais  paraissent  se 
renouveler  souvent. 

La  rieueur  du  climat  et  la  stérilité  du  pays 
les  condamnent  à  une  vie  misérable  ;  ils  se 
nourrissent  principalement  de  coqnillages 
cuits  ou  crus,  de  poissons,  d*oiseaux,  de 
loups  marins  dont  ils  mangent  la  graisse 
crue,  partageant  leur  nourriture  avec  leurs 
chiens  qui  les  accompagnent  en  tous  lieux. 
Les  saisons  n'ont  aucune  influence  sur  leur 
manière  de  vivre,  et  pendant  l'époque  la 

fdus  rigoureuse  de  l'hiver,  ils  poursuivent 
eurs  occupations  en  plein  air  au  lieu  de 
passer  ce  temps  sous  terre,  comme  les  habi- 
tants du  pôle  nord.  Chez  eux,  comme  chez 
d'autres  nations  sauvages,  la  femme  que  la 
civilisation  dispense  de  travaux  pénibles , 
est  astreinte  aux  occupations  les  plus  fati- 
gantes :  ce  n'est  pas  assez  qu'elle  ait  à 
remplir  les  charges  naturelles  à  son  sexe,  et 
ses  devoirs  de  mère,  il  faut  qu'elle  rame, 
qu'elle  pèche,. qu'elle  construise  les  cabanes,, 
et  que,  même  par  le  froid  le  plus  rigoureux, 
elle  plonse  dans  la  mer  pour  aller  chercher 
les  coquillages  attachés  aux  rochers.  Les 
femmes  des  Pécherais  sont  peut-être,  de 
toutes  les  femmes  sauvages  de  l'Amérique , 
celles  dont  le  sort  est  le  plus  dur. 

La  religion  des  Pé<;herais ,  d'après  le  peu 
qu'en  ont  pu  dire  les  navigateurs,  serait,  au 
fond ,  celle  des  Patagons  ;  ils  croiraient  de 
même  à  une  autre  vie,  et  marqueraient  Fins- 
tan  t  de  la  mort  par  un  deuil  et  par  des  cé- 
rémonies superstitieuses. 

Malades,  ils  ont,  comme  les  Patagons, 
comme  les  Araucanos,  des  jongleries  prati- 
quées |iar  une  femme  :  pression  de  ventre , 
succion  des  diverses  parties  du  corps,  pa- 
roles magiaues  adressées  à  un  être  invisi- 
ble.... Seulement  le  médecin-prêtre  a  les 
cheveux  poudrés,  et  la  tête  ornée  de  deux  plu- 
mes blanches,  ce  qu'on  ne  voit  pas  chez  les 
Patagons. 

Bien  qu'on  ait  voulu  les  rapporter  à  la 
race  d'hommes  noirs  qui  habitent  la  terre 
de  Diemen,  les  Fuégiens  n'ont  aucun  dos 
traits  caractéristiques  de  la  race  du  grand 
Océan;  ils  appartiennent  bien  certainement 
à  la  race  américaine.  Leur  langage  se  rap- 
proche, pour  les  sons,  de  celui  des  Patagons 
et  des  Puelches ,  et  de  celui  des  Araucanos 
pour  les  formes.  Leurs  armes,  leur  religion, 
les  peintures  de  leur  visage ,  sont  aussi 
celles  des  trois  nations  voisines;  mais  ils 
s'en  distin^ent  par  l'idiome.  Leurs  carac* 
tères  physiques  semblent  en  tout  les  ralta- 


flOT 


TEL 


DICTIONISAIRE 


PEL 


llflS 


cher  au  rameau  des  Aucas  ou  Araucanos  du 
Chili. 

PÉLAGIENS.  —  On  a  désigné  sous  ce 
nom  la  race  malayo-polynésienne,  les  nè- 
gres pélagiens  et  les  Alforas  ou  ARburous. 

La  région  du  globe  qui  s'étend  à  Test  de 
l'Afrique,  et  que  l'on  supposait  autrefois  oc- 
cupés par  une  grande  terre  australe,  n'offre 
m  réalité  qu'un  vaste  océan  semé  de  grou- 
pes d'Iles  plus  ou  moins  étendues  ,  plus  ou 
moins  élevées,  groupes  séparés  par  d'im- 
menses distances  et  paraissant  complète- 
ment isolés  les  uns  des  autres.  Les  races 
qui  habitent  ces  archipels  constituent  dans 
leur  ensemble  une  grande  famille  dont  les 
diverses  branches  sont  liées  entre  elles  par 
des  rapports  plus  étroits,  et  en  même  temps 
répanaues  sur  une  plus  grande  surface  de 
pays  qu'aucune  des  familles  qui,  en  Asie  et 
en  Afrique ,  occupent  des  pays  dont  la  con- 
tinuité n'est  point  interrompue.  Cette  région 
insulaire  a  ses  parties  habitables  comprises 
principalement  entre  les  tropiques,  mais 
s'étendant  toutefois,  en  quelques  points,  as- 
sez avant  dans  la  zone  tempérée,  £n  longi- 
tude, elle  a  encore  plus  d'étendue  ;  car ,  de 
Tune  de  ses  extrémités  à  l'autre,  de  Mada- 
gascar à  nie  de  Pâques ,  elle  se  prolonge 
presque  sur  une  moitié  de  la  région  éoua- 
toriale  du  globe.  Malte-Brun  (680)  considère 
l'ensemble  de  ces  terres  comme  constituant 
une  cinquième  partie  du  monde  qu'il  dési- 
gne sous  le  nom  d'Océanie.  Les  lies  qui  en 
font  partie  peuvent  être  divisées  en  îles  bas- 
ses et  îles  nautes.  Parmi  ces  dernières,  il  en 
est  beaucoup  de  volcaniques,  et,  quoique 
dans  les  autres,  la  présence  de  montagnes 
brûlantes  n^ait  pas  été  constatée,  ce  que 
nous  en  connaissons  déjà  suflit,  comme  le 
remarque  Malte-Brun,  pour  montrer  que  1*0- 
céanie  renferme  un  plus  grand  nombre  de 
volcans  qu'aucune  des  quatre  autres  parties 
du  monde.  Partout  elle  nous  ofiVe,  dans  ses 
lies  hautes,  des  roches  volcaniques,  des  cra- 
tères dont  les  uns  sont  brûlants,  d'autres  jet- 
tent seulement  de  la  fumée,  et  quelques-uns 
enfin  sont  à  l'état  de  volcans  éteints.  Quant 
aux  lies  basses,  elles  sont  d'une  nature  toute 
différente;  elles  reposent  sur  des  bancs  de 
coraux,  disposés  généralement  en  forme 
circulaire  et  renfermant  un  bassin  intérieur. 

Il  n'y  a  point  de  rézion  dans  le  monde 
qui  offre  une  plus  grande  variété  de  condi- 
tions locales,  et  aucune  qui  puisse  présen- 
ter un  meilleur  champ  d'observation  aux 
personnes  curieuses  d'étudier  l'influence  des 
circonstances  physiques  sur  l'organisation 
des  corps  animés,  et  surtout  sur  celle  de 
l'espèce  humaine. 

'ï  Les  habitants  de  l'Océanie,  dit  Prichard, 
se  partagent  en  trois  groupes, dont  l'un  peut, 

(686)  Géographie  universelle;  Paris,  1841,  t.  YI, 
p.  401. 

(687)  Hiitaire  de  Carehipel  Indien ,  par  Craw- 

FORD. 

(688)  Voy,  le  grand  ouvrage  de  W.  vom  Huhboldt 
OUI  a  pour  titre  Ueber  die  Kawi  Sprache  auf  der 
tnsel  Java^  ouvrage  qui  forme  trois  volumes  du 
Heciiet(  det  mémoirei  de  V Académie  des  sciences  de 


à  juste  litre ,  être  désigné  sous  le  nom  de 
famille,  puisque  la  parenté  ou  coromunauii 
d'origine  des  diverses  poputations  qui  en 
font  partie  est  prouvée  par  Taflinitédes  Ift». 
gués.  Los  deux  autres  groupes  conslitoent 
aussi  probablement  chacun  une  race,  puis- 
qu'il semble  au*on  peut  établir  leurs  rap- 
ports d'un  arcnipel  è  Tautre  ;  mais  ?ur  co 
point  on  n'est  pas  encore  arrivé  à  utie  cer- 
titude complète. 

«  La  première  des  trois  races  que  j'admets 
provisoirement  est  celle  que  les  différcms 
écrivains  ont  nommée ,  tantôt  race  malaise, 
tantôt  race  polynésienne,  race  océanique.  A 
la  vérité  l'identité  ou  l'étroite  afDnité  des 
Malais  et  des  Polynésiens,  proprement  dits, 
a  été  mise  en  doute,  et  même  tout  k  fait 
niée  par  des  auteurs  dont  l'opinion  est  d'un 
grand  poids  (687);  mais  elle  a  été,  depuis 
peu,  établie  d'une  manière  oompléteroent 
satisfaisante  par  les  recherches  de  M.  Gnil- 
laume  de  Hum}>oldt  (688).  Je  désigneiti  ks 
hommes  compris  dans  ce  groupe  sous  le 
nom  collectif  de  race  malayo-polynésieDÔc, 
ou,  pour  abréger,  sous  le  nom  do  race  ma- 
laise. 

t  Le  second  groupe  nous  offre  des  hom- 
mes plus  noirs  de  peau«  à  cheveux  crépus, 
et  ressemblant  plus  ou  moins  aux  nègres 
africains  :  on  les  trouve  dans  beaucoup  (ïl- 
les,  mais  ils  ne  sont  pas  disséminés  sur  on 
aussi  grand  espace  que  ceux  qui  appartien- 
nent à  la  race  malaise;  je  les  nommerai  nè- 
gres pélagiens.  On  les  a  appelés  souvent  Pa- 
pous, mais  cette  désignation  n'api^rtient 
véritablement  qu'è  une  race  croisée,  qui 
descond  d'une  port  des  nègres  pélagiens,  cl 
do  Tautre  d*une  race  a  cheveux  plats. 
MM.  Quoy  et  Tiaimard ,  ainsi  que  d'autres 
auteurs  français,  désignent,  seus  le  nom  de 
Papous  hybrides,  ces  peuples  de  races  croi- 
sées. 

n  Le  troisième  groupe  se  compose  de  tribus 

qui  diffôrentdes  deux  premières  par  les  caraC' 
tères  physiques.  Ce  sont  les  Alfouroux,  Alfo- 
ras, Haraforas  de  différents  voy ageurs,  sauna- 
ges au  teint  noirâtre,  aux  cheveux  plats,  à  la 
tète  prognathe.  Les  naturels  de  1  Australie 
appartiennent  à  ce  groupe.  Je  les  désigne- 
rai colleclivemeiit  sous  le  nom  d'AMbras, 

«  Sous  le  nom  de  races  pélagiennes,  je 
comprends  l'ensemble  des  nations  qui  hsb]- 
lent  l'Océanie  (689).  n 

1*  La  souche  malaise  peut  être  diviscfe  m 
trois  branches  :  la  première  est  la  Uranrhr 
indo-malaise,  qui  comprend,  outre  les  Ma- 
lais proprement  dits  (c'est-è-^dire  les  peuple^ 
(io  la  presqu'île  deMalacca),  les  insulaires  àf 
l'archipel  indien,  tels  que  les  habitants  (î<* 
Sumatra ,  de  Java ,  des  Célèbes ,  des  Molu- 
ques  et  des  Philippines.  Ces  in^sulaires,  eo 

Berlin^  années  1852  et  siiiv. 

(G89)  €  Je  rae  sors  de  l'expression  raee$  pétegi^Maf* 
de  préfcrenee  à  celle»  de  races  océaniques^  mt»  r^ 
lynésiennes  ,  parce  que  ces  deux  dernières  ont  ctf 
appliquées  par  plusieurs  écrivains  comnie  ^ésiç^y 
tion  particulière  pour  l'un  des  trois  groupes  (M  » 
est  ici  question,  i 


tio» 


KL 


VAKÏVBOPWLMaL 


tiir 


effet,  sous  le  rapport  de  le  lenrae  et  des  ca- 
ractères physiques,  ressembfeni  aux  rrais 
UàiÊis  beaneoop  plus  que  les  uaturels  de  >a 
PolTnésîa.  Les  habilants  des  lies  Carolines 
ddes  fies  des  Larrons,. qui  paraissent  être 
altiÀ  de  très-près  k  leurs  roisins  les  naturels 
des  Philippines  »  doivent  peut-être  encore 
être  rattachés  k  la  branche  indo-malaise. 

S*  La  seconde  branche ,  la  branche  poly- 
nésienne^ se  compose  des  habitants  des  Ues 
des  Amis  (Tonga-Taboro,  etc.),  des  Nou-. 
Teaux-Zâaiidais,  des  habitants  des  ttes  de  la 
Soiété  [O-Taiti,  etc.);  dit  ceux  des  fies 
Sandwich  (Hawaii^^etc..);  ces  quatre  princi- 
paux groupes  de  la  famille  polynésienne  sont 
établis  diaprés  les  indications  qu*a  fournies 
l'élude  de  leurs  laneues. 

^  te  troisième  bcanche^  est  formée  des 
Madécasses  ou  habitants  de  Madagascar. 

Blomeobach  a  réuni  dans  une  seule  classe 
t0u:ei  les  nations  ^U^uaes,  et  dans  son 
sTstème  elles  eoiistituent  une  des  cinq  ys-. 
nélé«  qu'il  établit  paami  l'espèce  humaine. 
Hais  à  I  époque  où  Blumenhach  lai^ait  sa 
classification»  la  ligne  bien  tranchée  qui  sé-^ 
l^re  des  Malais,  les  nègres  pélagiens  et  les 
sa^es  australiennes,  était  k  peine  entrevue  ; 
autrement  il  n*aui:ait  pas  lait  de<  toutes  ces 
nations  un  seul  groupe,  et  il  ne  les  aurait 

Pintcoo.prises  sous  une  même  description, 
n'aurait  pas  non  plus ,  comme  il  Ta  lait , 
assigné  à  sa  variété  malaise  une  place  inter^ 
médiaire  entre  la  variété  caucasienne  et  Té^ 
Viiopiqne.  A  la  vérité  les  Australiens  ont,. 
a«nsi  quo  certaines  peu|^ades  des  archipels 
voisins,  quelques  caractères  qui  les  rappro- 
chent des  races  nègres  africaines,  de  sorte 
qu'ils  pourraient  être  rangés,  ou  dans  la 
même  classe,  ou  au.  moins  dans  une  classe 
voisine;  mais  les  Malais  proprement  dits 
n  oui  aucun  trait  qui  leur  soit  commun  avec 
les  nègres,  et  ils  ne  se  rapprochent  non  plus, 
aaranemeni  dece  que  nous  avons  appeléle 
t/pe  éthiopien.  Les  nations  polvnésienne» 
a*oDt  elles-mêmes  noUe  ressemblance  réelle 
avec  les.  caces  nègres  pour  la  Corme  de  la, 
tète.  SidcMic  (m.  veut  conserver  la  classifica- 
tion de  Blumenhach,  il  but  exclure  les  Ma- 
lais, ainsi  que  toutes  les  nations  qui  leur 
sont  alliées,  de  sa  quatrième  variété  de  Tes- 
pèce  humaine,  laquelle  ne  se  composerait 
plus  ainsi  que  de  deux  gcoupes  :  les  nègres 
péla^ens  et  les  Alforas.  Ces  nations,  quoi-^ 
c|aa  ne  formant,  k  parler  strictement,  qu'une 
seule  race,  ne  pr^entent  pas  toutes  le  même 
(rpe  physique.  On  peut  oemaïquer  d'aiU 
leurs,  que  dans  ces  derniers  temps,  beau- 
coup de  voyageurs  ont  été  tellement  frappés 
de  la  différeace  cpii  existe  k  cet  égard  entre 
les   naturels  de  race  malaise  de  rarchipel 
indien  et  les  nations  polynésiennes  les  plus 
éloignées,  qu'ils  n*out  pas  hésité  k  assigne! 
aux  deux  groupes  une  origine  distincte.^ 

Quelque  grandes,  cependant,  que  soient 
les  differaices  physiques  qui  existent  entre 
ees  nations,  il  faut  reconnaître  oue  les  re- 
cberebes  dont  leur  histoire  a  été  robjet,  de- 
puis quelques  années,  établissent  d'une  ma- 
nière incontestable  la  pcauve  que  tous  ces 


rameaux  sont  issus  d'un  tronc  commun  ;  de 
sorte  que  les  diversités  qu'ils  nous  présen- 
tent quand  nous  les  comparons  entre  eux 
ne  peuvent  être  considérées  que  comme  le» 
résultats  de  ces  changements  spontanés  qui 
se  produisent  dans  des  tribus  d'origine 
commune,  par  suite  d'un  séjour  prolongé^ 
dans  des  climats  très-différents  |;ar  l'action 
longtemps  continuée  des  circonstances  lo^ 
cales.  —  Vojf.  MALATO-Pou9ÉsiBir ,  Nèeacs-. 

PiVAQIBHS»  AuroGAOu. 

P£KCHANTS.  Vof.  AFrecnoifs  mqwlalws. 

PENSfiB»  sou  analyse.  Voy.  Lahgagb. 

PERCEPTION.  Foy^  Ekcéthalb. 

PERMANENCE  DES  TYPES.  —  La  mobi-. 
Uté  virtuelle»  signalée  par  4es  laits  rares  et 
difficiles  k  interpréter,  lavorisa  l'apathie 
de  savants  qui  ne  voulaient  pas  remonter, 
aux  causes  premières,^  ou  leur  ototination 
k  juger,  du  passé  par  le  présent.  Yoilk  corn-, 
ment  Desmoulins,  et  l'école  dout  il  se  fit  le 
disciple,  ont  soutenu  l'immobilité  des  types 
humains  et  Ja  permanence  des  races.  La 

3 gestion  serait  tacite  k  résoudre  et  k  tran- 
ler  par  la  négative,  si  elle  était  réuuite 
aux  limites  étroites  qu'on  lui  assignfit  et. 
que  voici  : 
On  ne  voit  pas  les  blancs  noircir  dans  les. 

Bfs  chauds,  les  noirs  blanchir,  en  jpays 
lids.  Cne  auti^  objection  est  posée  aune, 
foçon  moins  précise,  la  voici  :  les  types,  ac-. 
tuellement  visibles,  existaient  d^  dans  les . 
premiers  temps  historiées. 

L'opinion  dont  ce  Dictionnaire  est  le  dé- 
veloppement ,  l'émanation  de  toutes  les  ra- 
ces numaines  d'une  seule  famille  primitive, . 
BOUS  permet  déjk  de  si^aler  le  viceprin-. 
cipal  de  ces  deux  <ri>jections  : 

1*  Si  les  blancs  et  les  noirs,  subissent  des. 
changements,  c'est  dans  une  longue  suite 
de  sénérations^  changements  qoe  la  vie  d'un 
seul  observateur  ne  peut  suffire  k  constater. 

2*  La  plupart  des  types  d'aujourd'hui  ont 
pu  exister  dès  les  premiers  temps  histori- 
ques; mais  on  n  a  pas  prouvé  que  les  types 
actuels  existassent  tous  dès  ce  temps-ià;. 
encore  moins  que  ces  types  n'eussent  pas 
varié  auparavant,  ou  qu!ils  n'aient  pas  varié 
depuis  en  changeant  de  pays  et  de  climat. 

Tel  est  le  sommMre  que  nous  allons  dé- 
veloimer  dans  cet  article. 

Je  laisse  les  statues  mongoles  du  Pont- 
Euxin  décrites  par  Ammien  Marcellin,  les 
bas-reliefs  persépolitains  et  assyriens,  les 
figures  de  Palanqué  ;  tout  cela  est  plus  ré- 
cent et  moins  complet  que  les  tombes  roya- 
les de  Thèbes. 

J'avoue  que  les  monuments  égyptiens 
sont  k  la  fois  les  plus  anciens,  les  mieux 
conservés  et  les  démonstrateurs  les  plus 
explicites  d'une  grande  variété  de  tyi*es 
existant  déjk  dans  la  famille  humaine.  Ex- 
cepté les  Polynésiens,  les  Américains  et  les 
Mongols,  il  y  a  de  tout  ce  que  nous  connais^ 
sons  aujourd'hui.  Mais  ces  monuments 
précisent,  k  plus  forte  raison,  les  tvpes. 
égyptiens  de  Nubie,  de  Tbèbes ,  de  Mem^ 
p£is,  que  la  population  actuelle  de  ces  di^ 
verses  régions  reproduit  avec  la  plus  fidète^ 


Illl 


FËft 


D1€TI0N.'«A1R& 


FER 


m 


^tactitude;  laniiis  aue  sans  cesse  renou- 
velée par  les  conquérants  pasteurs,  éthio- 
piens, grecs,  romains,  arabes,  turcs,  elle 
aurait  dû  varier  et  non  pas  rester  identiaue. 
Les  observateurs  ont  évidemment  négligé 
les  influences  locales  duxlioiat  ou  du  croi- 
sement. 

Ce  sont  les  mêmes  gens  qui  repoussent, 
par  la  différence  des  langues,  l'assimilation 
qu'on  voudrait  établir  entre  les  Américains 
et  plusieurs  nations  asiatiaues  dont  ils  re- 
produisent les  caractères  physiques,  les  tra- 
ditions et  les  monuments  :  si  on  leur  répond 
par  la  ressemblance  des  langues  indiennes 
et  celtes,  ils  disent  que  les  Celtes  blancs  ne 
peuvent  procéder  des  Indous  basanés.  Tou- 
jours un  à  priori  contestable  pour  appuyer 
une  assertion  contestée.  La  distance  géo- 
graphique masque  apparemment  le  cercle 
vicieux.  Mais  voici  la  Perse  orientale  qui 
renferme  deux  populations  dont  les  annales 
respectives  sont  bien  connues  :  les  Belout- 
ehis  sont,  par  les  traditions,  par  les  traits, 
aussi  bien  que  par  les  langues,  des  Ilates- 
Persans  :  ils  sont  basanés  comme  les  In- 
dous de  l'autre  côté  du  Sind!  Au  nord  du 
Beloutchislan ,  le  pays  élevé,  frais,  nourrit 
les  troupeaux  des  Brahuis,  parlant  Pancha- 
by  et  sortis  du  Penchab  où  la  race  est  fort 
brune.  Les  Brahuis  sont  olive  comme  les 
Persans  proprement  dits  ;  mais  moins  que 
d'autres  Indous  de  THimalaya,  du  Cache- 
mire, et  du  Kohistan;  olive  clair  comme  les 
Afghans,  lesquels  se  sont  aussi  maintenus 
tels  dans  le  Rohilcund,  pays  froid  et  monta* 
gneux  arrosé  par  les  quatre  affluents  du 
Gange  oriental. 

Selon  Elphinstone,  les  Afghans  de  l'e^t 
ont  généralement  la  peau  assez  sombre, 
tandis  que  ceux  de  l'ouest  l'ont  bien  plus 
clair.  Fraser  ajoute  qu'il  y  a  remarqué  quel- 
ques hommes  à  cheveux  roux  et  à  yeux 
bleus.  Les  Afghans  cumulent  les  grands 
traits  juifs,  le  nez  aquilin,  avec  la  face  large 
et  les  pommettes  fortes  que  M.  de  Salles 
nota  chez  les  Samaritains,  de  Naplou^e. 
Il  y  a  loin  de  ce  portrait  à  celui  que  nous 
emprunterons  bientôt  è  Desmoulins. 

Les  Arabes,  que  pciv;oune  ne  sépare  de  la 
race  caucasienne ,  sont  dans  l'Yémen  aussi 
foncés  que  dans  les  Malabares.  De  l'autre 
côté  de  fa  mer  Rouge,  beaucoup  de  nations 
qui  se  disent  arabes,  ont  le  teint  nègre  et 
la  chevelure  fort  crépue.  Nous  avons  vu 
k  l'article  Croisbment  que  le  mélanse 
avec  les  nations  Africaines  ne  donne  pas  le 
dernier  mot  de  ces  apparences  singulières. 
D'autres  arabes  fort  éloignés  de  la  souillure 
nègre,  les  tribus  de  la  rive  gauche  du  Jour- 
dain ,  ont  pris,  dans  un  pays  sec  et  brûlé,  le 
teint  ferrugineux  et  surtout  les  traits  Afri- 
cain» è  un  plus  haut  degré  que  les  Tibbous, 
Scheggia  et  Routana. 

Un  peu  plus  loin,  dans  l'Asie,  que  sont 
devenues  tes  Coiches.  colonie  indienne  ou 
égyptienne»  et  les  Araméens  noirs  de  l'Asie^ 

^690)  DuTLOT  DE  MofRAS,  voyageur  et  diplomate. 


Mineure,  poste  avancé  des  Ethiopiens  oriei». 
taux?  ils  ont  disparu  eu  blanchi. 

Nous  ne  savons  pas  au  juste  combien  il 
faut  de  temps  pour  aévelopper  et  consolider 
l'influence  locale;  mais  on  |>aralt  croire  le 
temps  un  élément  insignifiant  quand  on  de- 
mande si  les  colons  d'Europe  ont  noirci  suqs 
les  tropiques  ou  si  les  nègres  sont  devenus 
blancs  dans  les  pays  tempérés  ?  A  la  Harane, 
nous  dit-on,  à  Goa,  au  Brésil,  aux  Philippi- 
nes, les  Espagno  les  ontconservé  leurchaudt 
f)Aleur.  A  Batavia,  Calcutta  «  à  la  Jamaïque, 
es  Hollandaises,  les  Anglaises  ont  toujours 
leurteiiit  de  lis  et  de  rosos%  leurs  yeux  ct'leî- 
tes,  leur  luxuriante  hevelure  blonde! L'A- 
sie offre  une. colonie  plus  ancienne.  Le  Ro- 
hilcund est  peuplé  d'Afghans  transcorlcs  au 
xiii*  siècle  par  le  premier  conqumnl  Pa- 
tane  de  l'Inde ,  et  encore  aujouni'hui  les 
Babillas  sont  blonds  comme  les  Afghans aa 
milieu  des  races  Indoues.  L'Afrique  sep- 
tentrionale possède  les  twariks  d'AureSi 
vus  par  Shaw,  race  blonde  qui  descend  des 
Aurasiens,  décrits  par  Procope  comme  habi- 
tants de  la  Cyrénaîque  bien  avant  la  con- 
quête des  Goths. 

Depuis  quatre  siècles,  il  est  vrai,  les 
Portugais  et  Espagnols  sont  établis  dans  les 
deux  Indes  et  en  Afrique.  Quelques  échan- 
tillons noirs  ou  basanés  ont  été  inaiportés  on 
Europe.  Existe-t-il  une  série  d'obse^?atioD^ 
appliquées  à  une  de  ces  familles  nègres  ou 
basanées,  pendant  quelques  siècles  de  âuite? 
Non,  les  alliances  et  plus  souvent  latoort 
sans  postérité  ont  fait  disparaître  les  indi- 
vidus et  la  race.  Les  colons  blancs,  mieux 
armés  contre  les  périls  do  racclimatement, 
ont  fait  famille  de  blancs,  purs  d'alliauce 
native,  il  es^  vrai ,  mais  incessamment  it- 
trempés  par  le  sang  de  la  métropole;  aurait- 
on  fermé  les  yeux  sur  cette  condition  neu- 
tralisant le  climat? 

Le  préjugé  a  fait  commettre  de  bien  au- 
tres négligences.  Il  y  a  parmi  les  colons 
auelques  exceptions  notoires  à  l'habilwie 
es  alliances  européennes.  Trois  ou  qualrt» 
(générations  do  créoles  pur  sang  se  sont  écou- 
ées,  et  celles-là  manifestent  déjà  très-visi- 
blement rinfluence  du  climat  ;  le  teint  tst 
devenu  olivâtre  avec  la  sclérotique  jaune; 
les  ieunes  femmes,  étiolées  sous  des  voiles 
et  des  abris,  ont  une  peau  blême  sans  incar- 
nat I  Les  familles  créoles,  chez  lesquelles  il 
se  trouve  par  fois  de  bons  observateurs,  ont 

f)Ositivcment  démenti  TassertioD  relative  i 
a  permanence  du  teint  des  nègres.  Les  nè- 
gres nés  en  Amérique  sont  moins  fomé? 
que  leurs  pères.  Cette  seconde  génération 
ressent  déjà  visiblement  les  influences  du 
hâle  et  de  l'étiolement  selon  qu'elle  est  nur 
ou  vêtue,  selon  qu'elle  habite  la  ville  ou  la 
campagne,  les  pays  frais  ou  les  climats  ar- 
dents (690). 

L'histoire  ou  la  géographie  lointaine  5oni 
traitées  sans  plus  de  façon.  On  remairque  w 
teint  blanc  et  les  cheveux  châtains  ofi 
Kabvles  aiirès  comme  si  tons  les  autres  àa* 


liU 


fE» 


DANTHROroLMlE. 


i>eA 


ilU 


bries  iUient  des  nègres  ;  et  Ton  ne  prouve 
las  que  tous  ces  peuples  blanchis  par  les 
ombres  de  TAtlas  ne  sont  pas  descendus 
des  Phéniciens  et  Cbanaites,  représentés 
fort  basanés  dans  les  monuments  éj^yptiena 
et  étrusques.  On  affirme  rimmutabuité  des 
colons  blancs  sous  les  tropiques;  et  les  voya- 
geurs trouvent  des  Portugais  noirs  aux  In- 
des, des  Juifs  noirs  à  Cochin ,  basanés  en 
Abyssinie  et  en  Cbine,  blonds  de  filasse  en 
litissie. 

L*hisioire  romaine  vante  les  chevelures 
blondes  gauloises»  dont  les  matrones  ro- 
maines se  faisaient  des  atours;  et  la  France 
méridionale,  où  les  Celtes  se  sont  conservé 
ie  moins  mélangés,  est  remplie  de  teints 
l  runs.LesKimrys  d^Aruiorique,  eux-mêmes, 
ont  des  cheveux  noirs,  quoiqu'ils  aient  gardé 
l's  yeux  bleus!  Les  Allemands  notent  la 
disparition  graduelle  des  blonds  clairs ,  qui 
ue  se  retrouvent  déjà  plus  qu*en  pays  Scan- 
uaave.  Le  déboisement  des  (laules  et  de  la 
forêt  hercynienne  produit  donc  ses  effets 
^u^  des  races  jadis  blanchies  par  les  pays 
froids  de  la  mer  Noire  et  de  l'Asie. 

Que  serait-ce  donc  si  le  séjour  dés  villes 
et  les  arts  de  la  civilisation  n'amollissaient 
|as  lâction  des  climats?  Pour  affirmer  que 
Les  agents  n'ont  jamais  eu  que  leur  force 
actuelle»  et  que  l'humanité  ne  fut  jamais 
[iius  impressionnable,  il  faudrait  connaître 
i;xaclement  la  physiologie  de  l'homme  et 
lies  météores  avant  les  premières  lueurs- 
lie  l'histoire. 

Li  ciiilsatioii  avec  ses  abris,  ses  vête- 
ments, ses  hygiènes,  élude  ou  amoindrit 
les  elTets  du  climat  qui  sont  profonds  et 
indubitables.  Au  commencement  du  monde 
riiumanité  fut  certainement  plus  désarmée 
^t  peut-être  plus  impressionnable.  Que  sa- 
rons-nous  sur  les  iuUucnces  telluriques  ou 
sidérales  de  ces  temps  reculés  I  Quelques 
itomcs  de  carbone  de  plus  dans  lair  don- 
nèrent, selon  M.  Brongniart,  un  dévelop- 
pement gigantesque  aux  fougères  et  aux 
auriens.  Quelque  autre  combinaison  ne 
)eut-e]le  pas  avoir  charbonné  la  peau  de  la 
majorité  des  hommes,  comme  Ovide  fait 
>rûler  la  peau  des  nègres,  par  la  révolution 
âdérale  de  Phaëton? 

Lar^ment  tiré  de  la  délimitation  pré- 
coce des  races  on  espèces  naturelles ,  n  em- 
pruntait pas  une  grande  valeur  à  l'antiquité 
rabuleuse  attribuée  aux  monuments  Egyp- 
iens.  Des  milliers  d'années  avaient  précédé 
-es  monuments  qui,  après  tout,  ne  remon- 
taient ni  au  déluge  ni  à  la  création ,  ni  même 
m  commencement  de  la  civilisation  Cgyp^ 
liennel  Cette  période,  réduite  selon  les 
ionuées  de  la  critique  moderne,  est  encore 
>uûiiante  pour  encadrer  des  changements 
«ombreux  et  profonds. 

Les  voyages  éclairés  et  contrôlés  par 
I  histoire  nous  ont  appris  qu'il  en  est  ûes 

(^91)  I  11  s'en  forme  chaque  Jnuraubord  dcTétang 
w  HiTic,  du  M.  de  Salle».  J'en  ai  trouvé  sur  la  côte 
►fnennc,  prés  de  Césarëe.  »  Cuvîer  (Owern.  foss,) 
')<^  W  formations  de  la  Nouvello-HoUande  cl  le 


altéfations  des  races  bumaines,  comme 
de  la  formation  des  rochers.  La  plupart  de 
ceux-ci  proviennent  d'un  sédiment  lente- 
ment déf)osé;  mais  quelques-uns  s'aggluti- 
nent rapidement,  se  fonnent  de  toutes  piè- 
ces, sous  nos  veux  (691). 

L'homme,  être  social  par  l'esprit,  est, 
par  le  corps,  un  animal  domestique,  et 
comme  tel  éminemment  modifiable  par  les 
croisements  et  par  les  milieux.  Or,  dès  les 
commencements  de  l'histoire  aussi,  la  sou- 
che primitive  de  la  plupart  des  esj:èces  do- 
mestiques était  déjà  divisée  en  variétés  que 
Fon  voit  encore  se  modifier  chaque  jour,  et 
dans  certains  pays  plus  promptement  que 
dans  d'autres. 

Le  môme  observateur  a  pu  vivre  assez 
pour  remarquer  la  modification  des  races 
aanimaux  domestiques  par  le  climat,  et  il  a 
accepté  ce  fait  comme  une  certitude.  Au 
contraire,  la  modification  des  races  humai- 
nes, même  quand  elle  est  rapide,  s'accom- 
plit à  travers  plusieurs  siècles,  et  l'observa- 
teur isolé  nie  un  mouvement,  dont  il 
n'aperçoit  gu'une  aliquote  infinitésimale» 
comme  l'onrant  placé  devant  une  pendule 
doute  de  la  marcnede  lai^ille des  heures. 

Les  générations  humaines  ne  sont  guère* 

Sue  de  trois  ou  quatre  par  siècle.  Beaucoup 
'animaux  domestiques  se  reproduisent  dès 
l'âge  d'un  an.  Les  influences  des  tnilieux 
rapidement  développées  à  travers  des  jgéné- 
rations  nombreuses ,  nous  ont  fourni  plus 
d'une  fois  de  précieuses  analogies,  (roy. 
Acclimatement.  ) 
PERRONE.  Voy.  Langage. 
PERSANS.  Voy.  Ariane. 
PÉRUVIENS  ou  ANDO-PÉRUVIENS.  —  La 
famille  ando-péruvienne  se  compose  des 
principales  nations  des  Cordillères  de  l'A- 
mérique du  sud,  c'est-à-dire  de  celles  qui 
habitent  le  Pérou  et  le  Chili  et  quelques 
autres  contrées  situées  tant  à  l'ouest  qu'à 
l'est  <le  cette  grande  chaîne.  Ces  nations, 
quoique  différant  entre  elles  par  la  langue' 
et  par  les  mœurs,  ont  d'ailleurs  assez  de  traits 
communs  pour  légitimer  la  réunion  qu'on  en 
a  faite  dan$  un  seul  groupe.  Leurs  caractères 
physiques  tels  que  les  donne  M.  d'Orbigny, 
sont  :  «  Couleur  d'un  brun-olivâtre  plus  ou 
moins  foncé;  taille  petite;  front  peu  élevé 
ou  fuyant;  yeux  honzontaux,  jamais  bridés 
à  leur  angle  extérieur.  »  Cette  famille  se 
divise  en  trois  rameaux.  Le  premier,  rameau 
péruvie'n ,  s'étend  sur  la  plus  grande  partie 
de  l'ancien  royaume  des  Incas,  c'est-à-dire 
sur  le  pays  qui  comprend  toute  la  république 
actuelle  dû  Pérou ,  celle  de  Bolivia  et  une 
partie  de  la  république  argentine.  Le  second 
rameau  ou  rameau  antisien,  se  compose  des 
tribus  qui  habitent  les  contrées  appelées 
Antis,  par  Tincas  Garcilasso  de  la  Vega, 
historien  de  ce  pays  à  la  race  duquel  il  ap- 
partenait du  côté  de  sa  nière.  Ces  contrées 

Travertin  de  Rome,  les  bancs  de  la  Guadeloupe,  le 
ffrès  de  Mesânc,  les  coraux.et  madrépores  de  toutes 
les  mers. 


1113 


Ka 


UCTiMNAIRE 


vm 


m 


4^pe»7eQi  de  la  plus  orientale  ées  trois 
«  laines  de  la  Coruillèro  et  soat  par  coasé- 
queut  à  Test  du  Cuzco;  c*est  pav  suite  d'usé 
erreur  quç  les  Espaguols  odI*  appliqué  ce 
xnotit  en  TaUérant,  à  Fensemble  des  trois 
ciiatnes  qui  sont  ainsi  mal  à  propos  dési^ 
gnées  sous  le  ]|om  d'Andes.  Le  troisième 
vameâu  ne  se  compose  que  d*uae  seule  na- 
tion^ fameuse  à  la  vérité  dans  les  fostes  amé^ 
ricaias ,  je  veux  parler  de  la  jrace  guerrière 
des  Araucaniens  qui  défendit  longtemps 
contre  lés  I^spa^nols  les  montagnes  du  Chili. 
Toutes  ces  naijons  présentent  en  commun 
les  carai'lères  physiaues  que  nous  avons  in-n 
idqùés  oi-<iessus;.  d  ailleurs  elles  diffèrent 
pour  quelques  autres  :  ainsi  le  rameau  pé- 
ruvien nous  offre  la  plus  petite  taille»  le 
rameau  araucanien  l^s  formes  les  phis  vi- 
goure^uses  et  la  couleur  la  plus  claire; 

I.    RAlIBAq    PàBirVUll   DB  I«4    R4CB    ANOO-. 

i>ÉauviENNK>  —  Ces  nations,  ccuoime  j^  l'ai 
dit«  appartiennent  à  quatre  races  distinctes 
par  le  lai^ga^c  :  V  la  race  quichua  ou  iuca, 
c'est-rà-dire  la  race  sur  laqueUe  régnaient 
primitivement  les  princes  de  la  dynastie 
inca,  et  qui  fut  Viustrumeni  de  l^urs  con^ 
quêtes  ;  ^  les  Aymaras }  3°  les  Atacamas  i 
h"  les  Cbangos. 

1'  QutVAuos  ou  Péruviens-Jnca$,  —  C*esl 
parmi  les  nations  de  cette  race  qu'existait 

Fresque  exclusivemeat  la  civilisation  de 
Amérique  du  sud.  Les  Péruviens,  comma 
chacun  le  sait»  avaient  de  grandes  villes;  ils 
possédaiei>t  sur  leujrs  hauts  plateaux  des 
troupeaux  nombreux  d'animaux,  apparte- 
nant à  deux  espèces  indigènes  qu'ils  avaient 
su  réduire  en  domesticité,  le  Ilama  et  Tal- 
paca  ;  ils  y  avaient  de  vastes  plantations  de 
quinoa  et  de  pommes  d.6  terre  j  végétaux 
propres  à  leurs  montagnes  et  qui  étaient 
pour  eux  ce  que  sont  les  graminées  céréales 

g3ur  les  poufjles  civilisés  de  l'ancien  monde, 
ans  les  plaines  chaudes  ils  cultivaient  le 
maïs  et  Tacca  {oxalis  des  botanistes).  Les 
étoffes  de  laine  qu'ils  fabriquaient  étaient 
eom|  arables  aux  plus  beaux  produits  des 
fabriques  européennes.  Us  travaillaient  les 
métaux  précieux ,  ainsi  que  le  cuivre  et  le 
plomb;  mais  ils  ignoraient  l'usage  du  fer, 
métal  incomparablement  le  plus  utile  do 
tous. 

Parmi  les  nations  péruviennes,  la  race 
dominante  était  celle  des  Quicbuas  ou  Incas, 
qui  parlait  une  langue  distincte,  le  quichua. 
Les  hommes  ajtpartenant  à  cette  race  ont 
l'esprit  très-susceptible  de  culture,  et  M.d*Or- 
bi^ny  ne  craint  pas  de  dire  que,  sous  le  rap- 
port des  facultés  intellectuelles,  ils  ne  sont 
nullement  inférieurs  aux  peuples  de  Tancien 
conlinenL  Ils  ont  la  conception  vive  et  ap- 
prennent avec  facilité. 

Les  anciens  incas  avaient  calculé  avec 
exactituie  la  durée  de  l'année  solaire;  ils 
avaient  fait  d'assez  grands  progrès  dans  l'art 
de  la  sculpture;  ils  conservaient  le  souvenir 
des  événements  de  leur  histoire  au  moyen 
des  signes  symboliques  et  à  l'aide  de  leurs 
quipùs;  ils  avaient  ocs  lois  sages,  et  un  gou- 
vernement bien  organisé.  On  trouvait  parmi 


^ux  des  orateurs  qui  savaient  agir  sur  les 
masses  par  l'éloquence,  des  poètes,  des  mu- 
siciens; leur  langue,  abondante  en  images 
et  agréable  à  l'oreille ,  offrait,  dans  sa  ma- 
nière de  combiner  les  mots,  et  dans  son 
systèmed'inflexioHs,  les  traees  d'une  Ionique 
<»ilture.  Leur  religion  était  empreinte  au 
plus  haut  decré  d'un  caractère  de  spirihia- 
liame  :  elle  était  sublime,  s'il  est  permis  de 
se  servir  de  cette  expression  pour  une  reli- 
gion non  révélée,  pour  une  religion  inspirée 
seulement  par  cette  lumière  intérieure  qui 
lujt  dans  une  âme  è  laquelle  le  vrai  Dieu  ne 
s'est  point  Ikiit  coRAalire.  lis  reconnaissaient 
dans  Pachacamac  le  Dieu  invisible,  le  cfé^ 
teur  de  toutes  choses,,  te  régulateur  des 
mouvements  des  cor|)S  célestes,  HarbitTP 
suprême  :  ils  l'adoraient  en  plein  air»  s9ûs 
temples,  sans  images,  tandis  qti- ils  élevaient 
au  soleil,,  qu'ils  considéraient  comme  la: 
plus  noble  de  ses  créations,  des  temples 
somptueux  où  ils  disaient  de  riches  ottnvt- 
des  et  où  des  Tierces  consacrées  célébraient 
les  cérémonies   d'un  rite   imposant.  Les 
princes  de.  la  dynastie  des  Incas  étaient, 
comme  les  princes  rad|jpoutes  de  l'Inde,  les 
enfants  du  soleiL  Le  plus  ppoc^he  parent  de 
yincas  r^nant   exerçait  tes  fonctions  de 
grand  prêtre,,  fonctions  qui  consistaient  à 
faire  au  ciel  des  offrandes  de  fruits  et  dans 
certaines  circonstances  déterminées,  le  sa- 
crifice d'un  Uama,  seul  sacriSice  sanglant  qui 
se?  pratiquât  chez  les  Péruviens,  il  y  atait, 
en  effet ,  dans  la  religion  de  ces  peuples» 
comme-dans  leurs  mœurs,  un  caractère  de 
douceur  qui  les  distinguait  fortement  des 
nations  de  UAnahuac,  et  particulièrement  de 
celles  des  races  aztèque  et  toltèque* 

Les  caractères  physiques  des  peuples  de 
race  quichua  ou  inca  ont  été  tracés  très-cor- 
rectement par  M.  d'Orbigny  :  «  Leur  cou- 
leur, dit-il,  n'a  rien  de  lateinlecuivréequon 
assigne  aux  nations  de  l'Amérique  septen- 
trionale ,  ni  le  fond  jaune  de  celle  la  race 
brasiliov-guaranienne^e'est  la  même  inten- 
sité, le  même  mélange  de  brun-olivâtre  qu'on 
retrouve  dans  notre  race  pampéenne.  Es 
effet ,  la  couleur  des  Quicbuas  est  celle  des 
mulâtres,  et  l'uniformité  est  très-remarquft- 
ble  parmi  les  hommes  de  race  pure.  Olloa» 
dans  sa  description  des  Américains,,  confond 
souvent  les  nations;  il  parle  comme  s'ilnW 
en  avait  qu'une  seule  et  mAfamt  ainsi  les 
souvenirs  qu'il  a  gardés  des  habitants  de^ 
l'Amérique  septentrionale,  il  les  donne  tous 
C'Omme  rous^eâtres,  ce  qui  n'est  pas.  Néan- 
moins on  voit  qu'il  attribuait  k  1  ardeur  da 
soleil  et  à  l'acUon  de  l'air  la  couleur  pus 
foncée  des  Péruviens  que  M.  de  Humboldt 
indique  avec  raison  comme  bronzés. 

«  i-a  taille  est  très-peu  élevée  chex  k< 
Quicbuas  ;  jamais  nous  n'en  avons  rencontre 
qui  atteignissent  1  mètre  70  centimètres  [9 
pieds  3  pouces).  Le  grand  nombre  de  me- 
sures que  nous  avons  prises  nous  autorise* 
croire  que  leur  taille  moyenne  est  de  l  naèlre 
60  centimètres!  et  nous  pensons  môme  qu  elle 
reste  souvent  au-dessous  dans  beaucoup  ac 
provinces ,  surtout  sur  les  plateaux  ékvc? 


Ifl7 


D'Â.MTIUK)rOLOGIE. 


PER 


fil» 


où  la  rarébction  de  lair  est  plus  grande t 
taodii  qae  ceux  qui  uous  ont  montré  une 
siature  plus  éIcTée  vivaient  princiDalement 
dans  les  vallées  ebaudes  et  buraides  de  la 
province  d'Ayupaya.  Les  femmes  sont  plus 
petites  encore*  et  iieot-^tre  au-dessous  de  la 

f>roportion  relative  qui  existe  ailleurs  dans 
a  race  blancbe  (1  mètre  460  millimètres). 

<  Les  formes  sont  plus  massives  chez  les 
Quicfauas  que  cbez  les  autres  nations  des 
montagnes  ;  nous  {louvoos  les  présenter 
comme  caractéristiques.  Les  Quicbuas  ont 
les  épaules  très«larges,  carrées,  la  poitrine 
excessivement  volumineuse,  très-liombée  et 
plus  lon^^e  qu'à  l'ordinaire»  ce  qui  au;?- 
niente  le  tronc;  aussi  le  rapp^^rt  normal  de 
l'»nguettr  respective  de  celui-ci  avec  tes  ex* 
(remîtes  ne  paralt-il  pas  être  le  môme  chez 
U'S  Quicbuas  que  dans  nos  races  euro[>éen« 
lies,  et  diflère^-il  également  de  celui  des 
aulres  rameaux  américains^  Vous  voyons 
iiièroe  que,  sous  ce  rapport ,  il  sort  tout  k 
l'iit  des  règles  observées,  étant  plus  long  k 
]  roportion  que  les  extrémités,  qui  n*en  sont 
|^^as  moins  bien  fournies,  bien  musclées,  et 
annoncent  beaucoup  de  force.  La  tête  est 
plutôt  grosse  que  moyenne,  proportion  gar- 
iéc  avec  ^ensemble;  les  mains  et  les  pieds 
^*mi  toujours  petits  ;  les  articulations,  quoi- 
|ue  un  peu  grosses,  ne  le  sont  |ias  extraor- 
M  inaircment.  Les  femmes  présentent  le  même 
-aractère  :  leur  gorge  est  toujours  volumi* 
ueuse. 

tf  Nous  venons  de  dire  que  le  tronc  est  plus 
long  k  proportion  que  cbez  les  autres  Amé* 
ricaîns;  et  que,  par  la  même  raison,  les  ex- 
trémités sont,  au  contraire,  plus  courtes  : 
lous  cbercherons  maintenant  k  expliquer 
-e  fait  par  le  grand  développement  anormal 
Je  la  poitrine.  Nous  croyons  que  telle  partie 
iéterminée  d'un  corps  peut  prendre  plus 
l'extension,  par  suite  d'une  cause  quelcon- 
|ue,  sans  que  les  autres  parties  cessent  de 
suivre  la  marche  ordinaire.  Nous  en  avons 
me  preuve  évidente  dans  le  cas  tout  k  fait 
fpposé  k  celui  oue  nous  voulons  établir  : 
^lui,  par  exemple,  où  telle  partie  du  corps, 
«r  suite  d'une  difformité,  ne  prend  pas  en 
pparence  extérieure  tout  son  développe- 
nent  naturel,  comme  on  le  voit  dans  le  tronc 
es  bossus;  ce  qui  n'empêche  pas  les  extré- 
jîtés  d'acquérir  les  proportions  qu'elles  au- 
aient  eues  si  le  tronc  eût  reçu  son  accrois- 
ement.  De  Ik,  ce  défaut  d'barmonie  dans 
^ur  personne;  de  Ik,  cette  longueur  des 
lenabres  su|)érieurs  et  inférieurs ,  démesu- 
(T's  comparativement  au  tronc.  Si  l'on  admet 
e  fait  aifficile  k  contester,  pourquoi,  dans 
*  cas  dont  il  s'agit,  n'admettrait-on  pas  aussi 
ien  que  la  poitrine,  par  une  cause  que  nous 
lions  tenter  de  déterminer,  ayant  acquis 
ne  extension  plus  qu'ordinaire,  peut  na- 
i Tellement  allonger  le  tronc  sans  que  les 
xl  réalités  perdent  rien  de  leurs  proportions 
ormales,  ce  qui  le  fera  paraître,  comme  il 
'  sera  en  effet,  plus  long  que  cbez  les  autres 
ommes  où  nul  accident  n'est  venu  altérer 
'S  formes  propres  k  l'espèce  7 
«  Revenons  aux  causes  qui  déterminent, 


dans  les  Quicbuas,  le  grand  volume  de  ta 
poitrine  que  nous  y  avons  observé:  beau- 
coup de  rechercbes  ont  dû  nous  les  faire  at-. 
tribuer  à  Tinfluenee  des  régions  élevées  sur 
lesquelles  ils  vivent*  Les  luateaux  qu'ils  ba- 
biteni  sont  toujours  compris  entre  les  limi- 
tes de  7,300  k  15,000  pieds ,  ou  de  2,500  k 
5,000  mètres  d'élévation  au-dessus  du  ni- 


y  trouve  les  éléments  de  la  vie.  Les  pou- 
mons ayant  besoin,  par  suite  de  leur  grand 
volume  nécessaire  et  de  leur  plus  grande 
dilatation  dans  l'inspiratieB ,  d'une  cavité 
plus  tarife  qu'aux  régions  basses,  cette  ca- 
vité reçoit^  dès  l'enfance  et  pendant  toute  la 
durée  de  l'accroissement,  un  grand  dévelop- 
pement, tout  k  fait  indépendant  de  celui  des 
autres  parties.  Nous  avons  voulu  nous  assu- 
rer si,  comme  nous  le  supposions  a  fhorf\ 
les  poumons  eux-mêmes,  par  suite  de  leur 
plus  grande  extension ,  n'avaieiK  jms  subi 
de  modifications  notables.  Habitant  la 
ville  de  la  Paz,  élevée  de  3,717  mètres  au- 
dessus  du  niveau  de  TOcéan ,  et  informés 
Î[u'k  l'bépital  il  y  avait  constamment  des 
ndiens  des  plateaux  très-pop«ileux  plus 
élevés  encore  (3,900  k  k^khO  mètres) ,  nous 
avons  eu  recours  k  la  eomiriaisance  de  notre 
Gomuatriote,  M.  Bumief,  médecin  de  cet  bé- 
pital;  nous  lavons  jprié  de  vouloir  bien 
nous  permettre  de  faire  l'autopsie  du  cada- 
vre de  qnelques-uns  de  ces  Indiens  des 
plus  bautes  r^ons,  et  nous  avons,  eomme 
nous  nous  y  attendions,  reconnu  avec  lui 
aux  poumons  des  dimensions  extraordinai- 
res, ce  qu'indiquait  la  forme  extérieure  de 
la  poitrine.  Nous  avons  remarqué  une  les 
cellules  sont  plus  grandes  que  celtes  des 
poumons  que  nous  avions  disséminés  en 
rranoe,  condition  aussi  nécessaire  pour 
au^enter  la  surface  en  contact  avec  le 
fluide  ambiant.  En  résumé ,  nous  avons  cru 
reconnaître  :  l^gue  les  cellules  sont  plus  di- 
latées; S*  que  leur  dilatation  augmente  nota- 
blement le  volume  des  poumons  ;  S*  que , 
par  suite,  il  faut  k  eeux-a,  pour  les  conte- 
nir, une  capacité  plus  vaste  ;  k*  que  dès 
lors  la  poitrine  a  une  capacité  plus  grande 

Sue  dans  l'état  normal;  5*  enfin  que  ce  grand 
éveloppement  de  la  poitrine  allonge  le 
tronc  un  peu  au  delk  des  proportions  ordi- 
naires, et  le  met  presque  en  désharmonie 
avec  la  longueur  des  extrémités  restées  tel- 
les qu'elles  auraient  dû  être,  si  la  poitrine 
avait  conservé  ses  dimensions  naturelles. 

«  Les  traits  des  Quicbuas  sont  bien  carac- 
térisés et  ne  ressemblent  en  rien  k  ceux  des 
nations  de  nos  races  pampéennès  et  brasilto- 
guaraniennnes  :  c'est  un  type  tout  k  fait 
distinct,  qui  ne  se  rapprocbe  que  des  peu- 
ples mexicains.  Leur  tète  est  oblongue  d'a- 
vant en  arrière,  un  peu  comprimée  latéra- 
lement; le  front  est  l^èrement  bombé, 
court,  fuyant  un  peu  en  arrière  ;  néanmoins 
le  crâde  est  souvent  volumineux,  et  annonce 
un  assez  grand  développement  du  cerveau. 
Leur  face  est  généralement  larg«>  ;  et, 


U19 


PER 


iMCTlONNAIRE 


IHCR 


m 


Être  arrondie ,  son  ellipse  approche  beau- 
coup plus  du  cercle  que  de  Vovale.  Leur 
liez  remarquable  est  toujours  saillant,  assez 
long,  fortement  aquilin.  comme  recourbé  à 
son  extrémité,  sur  la  livre  supérieure,  le 
haut  en  est  renfoncé,  les  narines  sont  larges, 
épatées,  très-ouvertes.  La  bouche  est  plutôt 
urande  que  moyenne  et  saille,  sans  que  les 
lèvres  soient  très-grosses;  les  dents  sont 
toujours belles,pcrsistantesdans  la  vieillesse. 
Le  menton  est  assez  court  sans  être  fuyant, 
quelquefois  même  assez  saillant.  Les  joues 
sont  méiiocrement  élevées,  et  seulement 
dans  r&ge  avancé  ;  les  yeux  de  dimension 
moyenne  et  môme  souvent  petits,  toujours 
horizontaux,  ne  sont  jamais  bridés  ni  rele- 
vés à  leur  angle  extérieur.  La  cornée  n'est 
pas  blanche;  elle  est  invariablement  un  peu 
jaune.  Les  sourcils  sont  très-arqués,  étroits, 

Iieu  fournis  ;  leurs  cheveux,  toujours  d'un 
)eau  noir,  sont  gros,  é|)ais,  longs,  très^ 
lisses,  très^droits  et  descendent  très-bas  sur 
les  côtés  du  front.  La  barbe  se  réduit,  chez 
tous  les  Quichuas,  sans  exception,  à  quel- 
ques poils  droits  et  rares,  poussant  fort  tard, 
couvrant  la  lèvre  supérieure,  les  côtés  de  la 
moustache  et  la  |)artie  culminante  du  men* 
Ion.  La  nation  quichua  est  même,  peut-être 
des  nations  indieènes,  celle  qui  en  a  le 
moins.  Le  profil  des  Quichuas  forme  un  an-^ 
gle  très -obtus  et  peu  différent  du  nôtre  ; 
seulement  les  maxillaires  avancent  plus  que 
dans  la  race  caucasique  ;  les  arcades  sourci- 
lières  sont  saillantes;   la  base  du  nez  est 
très-profonde.  Leur  physionomie  est,  à  peude 
chose  près, unifbrme,   sérieuse,  réfléchie, 
triste  même,  sans  cependant  montrer  d'in- 
différence; elle  dénoterait  niutôt  de  la  pé- 
nétration sans  franchise.  On  dirait  quils 
veulent  cacher  leur  pensée  sous   Taspect 
d'uniformité  qu'on    remarque  dans  leurs 
traits,  où  \es  sensations  se  peignent  rare- 
ment à  l'extérieur,  et  encore  jamais  avec  la 
vivacité  qui   les  trahit  chez  certains  peu« 
pies.  L'ensemble  des  traits  reste  toujours 
lians  le  médiocre:  rarement  voit-on,  chez 
les  femmes,  une  figure  relativement  jolie  ; 
néanmoins  elles  n'ont  pas  le  nez  aussi  sail- 
lant et  aussi  courbé  que  celui  des  hommes. 
Ceux-ci,  quoiqu'ils  ne  portent  pas  de  barbe, 
doivent  un  aspect  mêle  à  la  saillie  de  leur 
nez.  Un  vase  ancien ,  qui  représente,  avec 
une  vérité  frappante,  l'image  des  traits  des 
Quichuas  d'aujourd'hui,  nous  donne  la  cer- 
titude Que,  depuis  quatre  à  cinq  siècles ,  les 
traits  n  ont  éprouvé  aucune  altération  sen- 
sible. » 

2'  Les  Aytnaroâ.  —  La  seconde  race,  ap- 
partenant au  rameau  (léruvien  de  la  famille 
alpestre  de  l'Amérique  du  sud,  est  celle  des 
Aymaras  qui,  par  les  caractères  physiques, 
ressemble  beaucoup  à  la  race  des  Quichuas, 
dont  elle  se  distingue  d'ailleurs  complète- 
ment par  le  langage.  Les  Aymaras  formaient 
une  nation  nombreuse,  répandue  sur  une 
gran  ie  étendue  de  pays,  et  qui  parait  avoir 
été  très-anciennement  civilisée.  Il  y  a  lieu, 
en  effet,  de  tes  considérer  comme  les  des- 
icendantsde  cette  race  antique,  qui,  dans  des 


temps  fort  reculés,  habitait  les  hantes  plai- 
nes couvertes  par  les  singuliers  monumenis 
de  Tiaguanaco,  la  plus  ancienne  cité  de  TA^ 
mérique  méridionale,  et  peuplait  les  bords 
du  lac  de  Titicaca,  lac  célèbre  dans  les  tra- 
ditions péruviennes,  comme  ayant  tu  sortir 
du  sein  de  ses  eaux  Manco-Capac,  le  fon- 
dateur de  la  dernière  dynastie  des  locas.Le 
Quatrième  roi  de  celte  dynastie,  qui  a?ait 
tabli.à  Cuzco  sa  résidence,  s'empara  de  ia 
ville  de  Tiaguanaco  et  subjugua  le  pays  des 
Aymaras.  Cette  conquête  eut  lieu  aeui  on 
trois  siècles  seulement  avant  TarriYée  de 
Pizarre  au  Pérou. 

«  Aucune  preuve  autre  que  les  monih 
ments,  dit  M.  d'Orbigny,ne  nous  reste  pour 
relcouver  les  traces  de  l'ancienne  religion 
des    Aymaras;   mais  ces  ar^ments  nous 
fournissent  des  argumeitts  péremptoires  en 
faveur  de  l'opinion,  que  le  culte  du  soleil, 
rindustrie  et  la  civilisation  des  Incas  ont  pris 
naissance  sur  les  rives  du  lac  de  Titicaca.  Ne 
le  reconnaît-on  pas,  en  effet,  dans  l'orienla- 
tion  de  tous  les  temples  à  Test  vrai,  du  côi? 
où  l'astre  anparatt?  N'est-il  pas  écrit  dan* 
les  reliefs  allégoriques  de  ces  portiques  m^»- 
nolithes  qui  représentent  le  soleil  la  tèleen* 
tourée  de  rayons,  sous  la  figure  d'homm  s 
tenant  deux  sceptres,  signes  du  double  poo- 
voit  religieux  et  séculier,  occupant  le  ccnîrp 
du  tableau,  tandis  que,  de  chaque  cOté,mar 
chent  vers  lui  les  rois  couronnés  et  les  con- 
dors regarJés  peut-être  comme  ses  ména- 
gers, ceux-ci  dans  leur  vol  élevé conlemplani 
de  plus  près  sa  gloire?  »   Tiajuanaco  fci 
don/^,  suivant  noire  auteur,  le  berceau  û*> 
arts  et  de  la  civilisation  que  Maiico-Capao, 
avec   ses  sujets  Incas,  apporta  à  Cuzdi. 
ville  qui,  à  tépoque  de  la  conquête  cs|ia- 
gnole,  était  la  capitale  où  ces  princes,  re- 
vêtus à  la  fois  du  pouvoir  royal  et  du  pou- 
voir sacerdotal ,  déployaient  leur  magnifi- 
cence. 

Les  Aymaras  ressemblent  aux  Quichua? 
par  le  trait  le  plus  remarquable  de  leur  w- 

(;anisation,  par  la  longueur  et  la  largeur  <k 
a  poitrine,  disposition  qui ,  en  permetlani 
aux  organes  pulmonaires  de  prendre  un  plus 
ample  développement,  rend  les^  races,  qu: 
nous  la  présentent,  particulièrement  propre 
à  vivre  sur  les  hautes  montagnes  où  la  r^ 
reté  de  l'air  rendrait  la  respiration  diffin!^ 
pour  des  hommes  autrement  organisés.  ll> 
ont  aussi  la  môme  forme  de  tête  que  les  Qui- 
chuas, c'est-à-dire  une  tête  souvent  àm 
volumineuse,  avec  un  crâne  ample,  oblns-' 
d'avant  en  arrière,  et  légèrement  comprinî^ 
sur  les  côtés.  Les  Aymaras  actuels  ne  n<'u> 
offrent  jamais  cet  aplatissement  de  la  ii; 

3ui  rend  si  remarquables  les  rrânes  Irouw'^ 
ans  les  environs  du  lac  Titicaca  et  i^ 
d'autres  parties  du  pays  aymara. 

«  Pour  le  caractère,  pour  les  hcullésio- 
telle  :tuellcs,  pour  les  moeurs,  pour  les  f»"- 
tûmes,  pour  les  usages  privés  et  de  socJ^'f- 
pour  l'industrie  agricole  et  manufaclunff^ 
pour  les  vêtements,  les  Aymaras,  dit  M.  u*'f' 
bignv,  ressemblaient  et  ressembl«nl  ^"^ 


1121 


nn 


D*àMT1iROrOLmïlE. 


ren 


un 


en  tout  aoi  Qaichoas,  auxquels,  du  reste,  ils 
l'taient  soumis.  Mais  si  nous  roulons  jeter 
au  coup  d'œil  rapide  sur  le  mode  d'architec- 
ture de  leurs  monuments  dont  Torigine  se 
perd  dans  la  nuit  des  temps,  nous  j  trouTe- 
roBS  de  suite  une  grande  différence  avec 
ceux  des  Incas.  Nous  voulons  parier  des  mo- 
numents de  Tiaguanaco,  situés  au  centre  de 
la  nation,  près  du  lac  de  Titiacaca;  monu- 
nents  dont  beaucoup  d'auteurs  anciens  ont 
parlé,  et  dont  Torigine  leur  était  tellement 
inconnue,  que  Tun  d'eux  a  dit  naïvement, 
en  prenant  au  propre  une  expression  figurée, 
qu'ils  avaient  été  bâtis  avant  que  le  soleil 
n'éclairât  la  terre.  Ces  monuments ,  retrou* 
vés  par  nous,  annoncent  une  civilisation 
plus  avancée  peut-être  que  celle  même  de 
Palenqué.  Ds  se  composent  d'un  tumulus 
élevé  de  près  de  cent  pieds,  entouré  de  pi- 
lastres; dfe  temples  de  100  à  SOO  mètres  de 
longueur,  bien  orientés  k  l'est,  ornés  de  so- 
cies,  de  colonnes  anguleuses,  colossales,  de 
portiques  monolithes,  que  recouvrent  des 
grecques  élégantes,  des  reliefs,  plats  d'une 
exécution  régulière,  quoique  d'un  dessin 
grossier,  représentant  des  allégories  reli* 
pieuses  du  soleil  et  du  condor  son  messager; 
de  statues  colossales  de  basalte,  chargées  de 
rHiefs  plats,  dont  le  dessin  à  tète  carrée, 
e^t  demi-^vptien  ;  et,  enfin,  d'un  intérieur 
de  palais,  lormés  d'énormes  blocs  de  rochers 
X«arfaitement  taillés,  dont  les  dimensions  ont 
courent  jusqu'à  7  mètres  80  centimètres  de 
lon>fueur,  sur  k  mètres  de  largeur  et  2  d'é*- 
paî«^.seur.  Dans  les  temples  et  dans  les  palais 
les  plans  des  portes  sont ,  non  {Mis  inclinés 
comme  dans  ceux  des  Incas ,  mais  perpendi- 
culaires, et  leur  vaste  dimension,  les  masses 
imiMsantes  dont  ils  se  composent,  dépassent 
de  beaucoup,  en  beauté  comme  en  grandeur, 
tout  ce  qui  postérieurement  a  été  bâti  par 
les  Ineas.  D'ailleurs,  on  ne  connaît  aucune 
KTolpture,  aucuns  reliefs  plats  dans  les  mo- 
numents des  Quicbuas  du  Cuzco,  tandis  que 
loos  en  sont  ornés  k  Tiaguanaco.  La  pré- 
ftence  de  ces  restes  évidents  d'une  civilisa- 
tion antique ,  sur  le  point  même  d'oik  est 
çorti  le  premier  Inca,  pour  fonder  celle  du 
Cuico  9   n'offrirait-elle  pas  une  preuve  de 
^lus  quedelèftirent  transportés,  a  vecManco- 
[laf^ac,  les  derniers  souvenirs  d'une  grandeur 
Iteinte  sur  la  terre  dassique  des  Incas? 

m  Les  tombeaux  des  Aymaras  sont  bien 
1 1  fiTérents  de  ceux  des  Quicbuas  :  an  lieu  d'è- 
.re  souterrains,  tantôt  c'étaient  dé  grands 
.."iiimenis  carrés  avec  une  simple  ouverture 
».ir  la  iuelle  on  introduisait  les  morts  qu'on 
-n  ngeait  autour  d'une  cavité  restreinte,  bs^ 
*l:%  a  vendeurs  vêtements,  et,  dans  d'autres 
*as^  recouverts  d'une  espèce  de  tissu  de 
>aillc  enveloppant  le  corps;  tantôt  de  petites 
liaisons  en  bnques  non  cuites,  de  la  même 
'.^rme,  à  toit  incliné,  è  ouverture  également 
1  î  rigée  vers  Test  ;  ou  bien  encore*  des  es- 
>ëees  de  tours  carrées,  à  divers  étages  cou- 
inant chacun  des  corps»  comme  oans  les 
les  de  Quebaya  et  autres,  sur  les  rives  du 
AC  de  Tilîcaea  ;  mais  œs  tombeaux ,  Quel- 
quefois très-vastes,   sont   toujours   reunis 


par  groupes  «ombreux  et  forment  souvent 
comme  ae  vastes  villages.  • 

Le  lait  que  l'aplatissement  des  crânes 
trouvés  k  Titicaca  et  dans  quelques  antres 
Keux  a  été  le  résultat  d'une  pression  artifi- 
cielle, est  un  fait  si  important  pour  l'his- 
toire physique  de  cette  race  et  pour  celle 
du  genre  humain  en  général,  que ,  dussé-ie 
encourir  le  reproche  de  prolixité,  je  ne  puis 
résister  k  l'envie  de  reproduire  aux  yeux 
de  mes  lecteurs  les  <riiservations  de  M.  d'Or- 
bigny  sur  ce  sujet. 

Il  n'est  pas  difficile  de  trouver  dans  l'exa* 
men  des  crânes  eux-mêmes  la  preuve  que 
leur  déformation  est  un  effet  de  l'art,  c  Nous 
voyons,  dit  M.  d'Orbigny ,  dans  l'aplatisse^ 
ment  du  coronal,  dans  la  saillie  qu'il  forme 
sur  les  pariétaux  ,  k  la  partie  supérieure, 
qu'évidemment  il  y  a  eu  pression  d'avant 
en  arrière,  ce  qui  a  forcé  la  masse  du  cer« 
veau  de  se  porter  en  arrière,  en  détermi- 
nant une  espèce  de  chevaudiement  du  co- 
ronal sur  les  pariétaux.  La  tête  d'un  jeune 
sujet  que  nous  possédons  atteste  plus posi- 
timent  encore,  par  un  pli  longitudinal  qui 
existe  k  la  partie  supérieure  médiane  du 
eoronal,  par  la  forte  saillie  du  coronal  sur 
les  pariétaux,  par  la  saillie  non  moins  forte 
de  la  partie  supérieure  de  l'occipital  sur 
ces  pariétaux ,  que  la  pression  a  dû  être 
exercée  circulairement,  dès  la  plus  tendre 
enlance,  sans  doute  même  au  moyen  d'une 
large  ligature.  Cette  supposition  parait  d'au- 
tant plus  admissible  mie,  refoulée  en  ar- 
rière, non-seulement  la  masse  du  cerveau 
a  donné  une  très-çrande  largeur  aux  parties 
postérieures,  au  détriment  des  antérieures  » 
mais  encore  que  la  pression  avant  de  beau- 
coup augmenté  la  convexité  des  lobes  pos- 
térieurs du  cerveau,  les  pariétaux  ont  dû 
nécessairement  suivre  les  mêmes  contourst 
en  se  modelant  sur  ceux-ci  ;  aussi  les  parié- 
taux forment-ils  toiqours  deux  eonvexités 
iatéro-postérieures  >  légèrement  séparées 
par  une  dépression  évidente.  Nous  trou- 
vons, enfin,  une  preuve  de  plus  de  cette 
pression  dans  l'oblitération  des  sutures , 
que  nous  avons  remarquée  sur  tous  les 
points  pressés,  même  sur  les  têtes  de  jeu- 
nes sujets.  » 

Apres  avoir  prouvé  que  la  forme  dépri- 
mée ou  allongée  de  ces  têtes  n'est  pas,  comme 
on  t'avait  cru,  le  caractère  propre  aux  crâ- 
nes des  Aymaras,  mais  bien  une  exception 
évidemment  due  k  l'intervention  de  l'art, 
M.  d'Orbigny  s'occupe  de  rechercher  jus- 

au'k  quelle  antiquité  remontait  cet  usage 
e  l'aplatissement  delà  tête,  et  quelle  in- 
fluence il  a  pu  exercer  sur  rintelligenc«> 
des  sujets  chez  lesquels  il  se  trouvait  le  plus 
marqué. 

«  (jnant  k  I  antiquité,  dit-il ,  nous  voyons 
par  le  profil  de  la  tête  d'une  statue  colos- 
sale antérieure  k  l'époque  des  incas,  que 
la  leur  n'était  pas  alors  déprimée  ;  car  les 
anciens  peuples,  qui  eherchaient  toujours  k 
exagérer  les  caractères  existants ,  n'auraient 
pas  manqué  de  la  faire  sentir  ;  aussi  nous 
croyons  cette  coutume  contemporaine  de  la 


ili3 


H:r 


UGTtONNAmfi 


PEA 


m 


souTorainelé  des  Incas  ;  et  même  l'allonge- 
ment des  oreilles  d*un  des  sujets  à  iâte 
comprimée,  que  nous  possédons ,  pent  hou^ 
conoiùre  à  déterminer  à  peu  près  le  siècle 
où  il  a  vécu.  Il  a  été  trouvé  dans  la  pro^ 
▼inee  de  Cassangas,  à  Touest  d*Oruro.  On 
sait  que  cette  province  fut  conquise  seule-*» 
ment  sous  le  regae  du  septième  Inca  Yahuar 
HwteaCf  qui,  selon  toutes  les^  probabilités» 
vivait  vers  le  xn*  siècle  4  aussi  comme  les 
Incas  n'accordaient  Tbonneur  du  prolonge^ 
ment  des  oreilles  que  par  grAce  Sf>éciale  et 
pour  récompenser  une  nation  vaincue  de 
sa  prompte  soumission  à  leurs  lois  ;  comme 
cette  concession  devait  néeessûrement  v^ 
iiir  à  la  suite  de  rétablissement  des  eoutu* 
mes  des  conquérants,  nous  devons  suppo- 
ser qu'elle  ne  put  se  généraliser  chez  les 
Aymaras^cpie  vers  le  xiv*  ou  le  xv*  siècle. 
Les  statues  montrent,  d'ailleurs*  que  l'usaffo 
d'allonger  les  oreilles  était  inconnu  lors  de 
la  première  civilisation  du  plateau  des 
Anoes. 

«  Rien  absolument  ne  vient  nous  éclairer 
relativement  à  Tinfluence  aue  devait  avoir» 
sur  les  facultés  intellectuelles  des  Aymaras, 
la  déformation  artificielle  de  leur  tète,  puis* 
que  les  andens  historiens  n'eu  ont  pas 
parlé  ;  mais  nous  sommes  tentés  de  croire 
qu'il  n'y  avait  que  dépiaçement  ^ies  pid*ties 
constitutives  du  cerveau,  sans  disparition 
ni  même  lésion  de  ces  dernières.  On  ad- 
mettra que,  par  la  nature  de  leurs  occupa- 
tions, ceschefe  devaient  avoir  des  facultés  in* 
telleetuelles  plus  étendues  que  leurs  vassaux* 
Ne  pourrait-iOn  pas ,  de  ce  fait,  tirer  un  argu- 
ment en  faveur  de  notre  opinion  7  Car  les 
tètes  les  plus  déprimées  que  nous  ayons 
rencontrées,  se  trouvaient  toujours  dans  les 
tombeaux  dont  la  construction,  de  plus  d'ap- 
parenoe,  annonçait  qu'ils  appartenaient  % 
des  chefs  (692).  » 

9*  Atueamas  U  Changea  •*-  Pour  eomi^«- 
ter  le  groupe  péruvien»  11  nous  reste  à  par- 
ler de  deux  nations  inférieures  en  nomi)re 
à  celles  dont  nous  venons  de  parler,  des 
Atacamas  qui  occupent  le  versant  occûental 
des  Indes  péruviennes,  et  des  Changes  qui 
habitent  le  littoral  de  l'Océan  pacifique.  Les 
uns  et  les  autres  ressemblent  aux  Quichuas 
par  leurs  caractères  physiques  ;  mais  la 
couleur  de  la  peau  des  Changes  est  peut- 
être  un  peu  plus  foncée  de  ton  et  d'un  bistre 
noirAtre.  Nous  ne  pouVons  manquer  de  re* 
lever  cette  circonstance,  en  la  rattachant  à 

(69S^)  Quelques  auteurs  out  niç  qiie  la  forme  du 
crâne  pût  être  modiRée  par  des  pressions  extérieu- 
res :  tels  furent,  entre  autres,  Arthaud  et  Satatler. 
Ils  n^ont  vu  qa*un  corps  dur  soumis  à  une  compres- 
sîoit  nécessairenent  iuesaete.  Mais  ils  ont  eu  le  tort 
de  ae  point  tenir  cmnpie  de  l'itiffiicnci  qu'une  pres- 
sion inéme  légère  peut  exercer  à  la  longue  sur  le 
mouvement  nutritif  de  Tos.  Au  reste,  la  question  est 
ingée  aujourd'hui,  puisqu'on  a  apporté  en  Europe 
les  instruments  employés  par  les  (faraibes  pour  dé- 
primer le  crâne  de  leurs  enfants.  Cette  pratique  est 
trés^répandue  en  Amérique.  Quelques  auteurs  oiit 
pettlpéire  exagéré  la  facilKé  à  modifier  la  forme  du 
cr&ne.  Suitant  Vésale,  les  Germains,  que  Voa  eoM^ 
che  sur  le  dosy  ont  pour  eela  l'oectpai  apUtî  et  la 


la  disposition  locale  des  Changes,  l'habita- 
tion près  de  la  meri  puisque  noa^  atoqs  «q 
déjà  plusieurs  fois  l'occasion  de  signaler 
un  semblable  rapport. 

La  masse  entière  des  nations  péruTieB- 
nés  a  embrassé  le  christianisme.  Les  an- 
ciens Péruviens  étaient  pasteurs  et  agricul- 
teurs ;  leurs  descendants  se  livrent  encore 
principalement  aux  mêmes  occupations.  On 
estime  leur  nombre  à  près  de  deui  millions, 
dont  plus  d'un  million  trois  cent  mille  sont 
Américains  pur  sang.  L'exemple  des  nations 
péruviennes  suffit  pour  résoudre  la  question 
qui  a  été  autrefois  débattue ,  de  savoir  si 
les  races  américaines  sont  susceptibles  de 
se  civiliser  et  d'entrer  dans  la  communion 
chréti^ne. 

IL  RaMBAC  ATTTISmiV  DBS  HAtlOUSALKmc 

]>B  L'AvàBiQUfi  DU  SUD. --^  Lo  r^meau  que 
H.  d'Orbigny  appelle  antisien  parce  qu'il 
est  conQné  dans'ie  pays  que  les  Incas  nom- 
maient Antis  (693),  est  réparti  sur  le  ver- 
sant oriental  des  Andes  boliviennes  et  pé- 
ruviennes, depuis  le  13*  jusqu'au  17'  d^ 
de  latitude  sud.  «  Le  pays  qu'habite  cert* 
meau  est,  dit  notre  auteur,  uniforme  dans 
ses  détails.  Là,  plus  de  plateaux  élevés  ^ 
nues  d'ombrages ,  où  des  plaines  étendues, 
des  montagnes  froides  couvertes  de  grami- 
nées croissant  au-dessous  des  neiges  perpé- 
tuelles, permettent  au  pasteur  aymara  elqni- 
chuade  vivre  tranquille  des  fyroduits  de  sacul- 
ture,de  ses  troupeaux,ausein  deson antique 
civilisation  et  des  ruines  de  ses  monumenb. . 
Le  pays  des  sauvages  antisiens  parait,  à  Ii 
première  vue,  inhabitable  :  partout  des  mon- 
tagnes déchirées  ou  aij^uës ,  |sur  lesquels 
se  développe  néanmoins  la  végétation  la 
plus  active,  la  plus  grandiose;  parioat  de 
sombres  et  profondes  vallées,  où  roulent 
avec  fracas  des  torrents  furieux,  parmi  d'é- 
pouvantables précipices.  C'est  au  bord  de 
ses  torrents,  que  Tiiomme  antisien  a  fité&a 
demeure  sous  des  arbres  énormes  dont  le< 
rameaux  forment  une  voûte  impénétnble 
aux  rayons  du  soleil ,  •  e^est  k  rinfluencf 
de  ces  circonstances  extérieures  qu'il  àtà 
les  particularités  d'orsanisationetdemcpoff 

Îui  le  distinguent  de  l'habHant  des  régiuB< 
levées  et  découvertes  dont  nous  avons  ti 
précédemment  la  description. 

Les  nations  qui  se  rattachent  à  ce  ramen 
sont  les  Yuracarés,  les  Mocétànes,  les  Ta- 
canas,  les  Maropas  et  les  Apolislas. 
Ces  nations,  vivant  toi^ours  à  l'ombre  à 

léte  large;  tandis  que  les  Belges,  qae  foiaN:^ 
sur  le  côté,  CDt  la  télé  allongée.  Le  baron  hsA  < 
dit,  dans  une  lettre  à  M.  BluraeDbadi,  qar  to  stp- 
femmes,  à  Gonstantinople,  demandent  aox  actue* 
cbées  quelle  forme  elles  déshvnt  poor  hièkk 
leur  enfant,  et  que  ceUesHsi  préfèrent  la  léle  rM* 
qui  a  mdlleare  grAoe  avec  le  turkiD. 

M.  FoviUe  a  décrit  une  déforfloatioa  du  mif  fi 
serait  surtout  commune  en  Nomiaiidie,  et  mm- 
naîtrait  pour  cause  la  coiffure  adcmlée  pour  bx*- 
nés  «nfanU.  *  Toutes  les  fois,  dîirti,  que  te  booi^ 
est  Axé  sur  la  circonfërence  du  criae,  'ûk^ 
forme.  » 

(695)  GamOLAsao,  Commmarigg  nâlnii^^ 
TM^  ttb.  Il,  cap.  19,  ii. 


M 


PEU 


D**NTUROPOL0CIE. 


vm 


flM 


foréU  humides  où  pénètrent  à  peine  les 
fajoRS  du  soleil  I  sont  presque  blanches 
romparativemeDt  aux  Aymaras  et  aux  Qui- 
cbuas,  et,  comparées  entre  efles,  leurs  di*- 
verses  tribus  sont  d'autant  moins  foncées  en 
couleur  qu'elles  habitent  des  forêts  plus 
épaisses  et  plus  obscures.  Leur  oouleur  est 
I^èrcment  basanée  ,  et  contient  peu  de 
jaune.  Ufl  autre  caractère  qui  parait  néaa* 
moins  avoir  pour  cause  quelq[ue  maladie 
cutanée^  «ais  qm  n*est  pas  moins  général 
parmi  les  individus  de  ce  rameau^  c*est  d'a- 
voir la  figure  et  tout  le  corps  couverts  de 
)ar^e$  tadies  d*un  toa  encore  plus  p&le  que 
celui  du  reste  de  4a  peau. 

Les  Antisiens  sont  en  général  beaucoup 
plus  grands  que  les  Péruviens  des  hautes 
répons  de  la  Cordillère  ;  ils  sont  vigou- 
.*'eux  et  robustes  ;  leurs  traits  diffèrent  de 
ceux  des  montagnards.  Us  ont  le  visage 
plus  rond,  le  nez  moins  saillant  ;  ils  ont 
leurs  langues  particulières  «  leurs  coutumes 
propres  qui,  du  reste»  sont  barbares  et  sau«> 
wfes. 

ut.  Rambau  abaugmien^  —  Le  rameau 
araucanien  de  la  race  ando-péruvienne  s*é^ 
tend  sur  le  versant  occidental  des  Andes» 
depuis  le  30'  degré  de  latitude  sud,  jusqu^k 
reitréfflitéde  la  terre  de  Feu»  et  occupe 
aussi  les  vallées  supérieures  et  les  plaines 
situées  à  Test  des  Cordillères.  Il  se  compose 
seulement  de  deux  nations ,  les  Araucanos» 
guerriers  indooiptablesy  dont  l'héroïsme  est 
célébré  dans  Tnistoire  de  la  conquête  du 
Pérou  par  les  Espagnols,  et  les  Pécherais  ou 
li'hthyophages  de  la  terre  de  Feu  qui  habitent 
la  partie  la  plusaustrale  des  montagnes  amé- 
ncaines,  partie  détachée  du  reste  de  la  chaîne 
et  séparée  du  continent  par  le  détroit  de  Ma* 
gellan  Ces  deux  nations  offrent ,  sous  le  rap- 
port des  mceurS)  des  différences  qui  tiennent 
ceriaineoient  à  la  différence  oes  circons- 
tanees  locales  dans  lesquelles  elles  sont 
((lacées  ;  mais,  sous  le  rapport  des  carac- 
tères physiques,  elles  présentent^  au  dire  de 
H.  d*Orbigny,  qui  a  vécu  au  sein  d*une  de 
^s  nations, une  très-gran^e  similitude.  Elles 
mi  en  commun  le  type  physique  qui  est 
particulier  aux  montagnards  américains,  et 
|ue  nous  avons  déjà  fait  ressortir  en  par- 
ant du  premier  des  trois  rameaux  de  la 
ace  ando-péruvienne.  Une  même  descrip- 
ion  convient  aux  deux  nations  :  Tète  forte 
i  proportion  du  corps,  visage  arrondi, 
loinmettes  «aillantes,  bouche  large,  lèvres 
^laisses,  nez  court  et  éjiaté;  narines  larges , 
»eu  de  barbe,  front  étroit  et  fuyant ,  menton 
ourtet  également  fuyant.  lies  yeux  sont 
lorizontaux  ;  s*ils  étaient  obliques,  la  phy- 
lunomie  serait  de  tout  point  celle  des  far- 
ares  nomades. 

Les  Araucanos  ont  la  peau  de  même  cou* 
ffur  que  les  Péruviens,  mais  d'une  nuance 
Qui  us  foncée»  et  les  Boroanos,  qui  forment 
me  des  tribus  de  cette  nation ,  sont  même 
Tf^ue  blancs.  Molina  avait  été  jusqu'à  dire 

(69i)  De  tentendtment  humain^  liv,  iv,  cb.  il. 
(«95)  EUmêHts  d:idéologie,  t.  I*%  Préface. 


que  les  habitants  de  cotte  province  élevée 
de  Boroa  sont  blonds  et  ont  tes  yeut  Menf?.- 
Cette  assertion,  que  M.  d'Orbigny  cohlredit 
formellement,  a  été  répétée  par  plusieurs 
auteurs.  Ainsi  Malte-Brun,  donnant,  dans 
les  Annales  des  voyages^  la  traduction  d'un 
passase  sur  le  Chili,  extrait  du  Viagero  i«fii- 
venafj  dit,  en  parlant  des  Âraucahos  en  gé- 
néral :  «  Ils  ont  le  teint  brun-roux  et  plus 
clair  que  celui  des  autres  Américains.  Ceux 
de  la  tribu  des  Boroanos  sont  même  blancs 
et  blonds.  ï»  Un  Anglais  qui  a  voyagé  dans 
le  Chili,  M.  Caldeleugh*  confirme  jusqu'à  un 
certain  point  cette  remarque  :  il  dit  avoir 
vu  au  Chili,  parmi  les  personnes  des  classes 
inférieures,  certains  individus  qui  étaient 
extrêmement  blancs,  avec  des  traits  tout  à 
fait  différents  de  ceux  des  Espagnols,  et  qui 
lui  furent  désignés  comme  descendants  des 
Araucaniens  blancs.  Remarquons,  au  reste  » 
que  quand  on  trouverait  dans  l'Amérique  du 
sud,  en  dehors  de  la  région  intertropicale 
et  à  une  assez  grande  hauteur  au-dessus  du 
niveau  de  la  mer,  des  hommes  qui  auraient 
complètement  la  constitution  de  blonds,  ce 
serait  un  fait  qui  ne  devrait  point  nous  sur- 
prendre, puisque  dans  l'Amérique  du  nord , 
certains  habitants  des  montagnes  Rocheu- 
ses nous  ont  déjà  offert  un  cas  semblable. 

niARYNX.  Voy.  Voix. 

raASBS  et  A6£  DES  LANGUES.  Voy. 
Làh^ubs.       

PHILOSOPHIE,  ses  rapports  avec  la 
science  de  l'homme.  Voy,  Natuiib. 

PHYSIOLOGIE  INTELLECTbSLLE.  — 
Locke  veut  quelque  part  que  l'histoire  de 
l'intelligence  devienne  une  partie  de  la 
physigue  (6M).  La  philosophie  a  pris  quel- 
quefois oes  paroles  a  la  lettre,  et  s'est  voulu 
confondre  avec  les  sciences  qui  portaient  un 
autre  nom  que  le  sien.  L'idéologie  est  une 
partie  de  la  zoologie,  a  dit  M.  de  Tracy  (695)  ; 
et  ces  principes  n'ont  été  souvent  que  des 
avances  de  la  métaphvMque  à  la  physique. 
Chatune  des  Jeux  avait  eu  iusqu  alors  nés 
droits  et  son  domaine  ;  de  là  bien  des  pro- 
cès, que  l'une  a  enfin  demandé  à  l'autre  d'é* 
teindre,  comme  on  dit  en  droit,  par  la  con- 
fusion :  le  dernier  ferme  de  la  pfailosfopbio 
eût  été  son  anéantissement. 

On  ne  peut  donc  s'étonner  que  les  physi- 
ciens et  les  naturalistes  aient  accepié  les 
offres  de  la  philosophie.  Comment  auraient- 
ils  refusé  de  s'enrichir  de  ses  dépouilles, 
et  de  s'arroger  de  son  aveu  la  connaissance 
de  l'homme  tout  entier.  Aussi  un  médecin 
célèbre,  Cabanis»  a-t-il  décidé  que  /et  #cfeic- 
ees  morfdes  derotetil  rentrer  dans  le  dùmaine 
de  la  physique^  pour  n'éire  plus  qu'une  bran- 
ehe  de  rhistoire  naiureUe  de  V homme  (690). 
Et  la  médecine  française  a  conservé,  tantAt 
silencieusement,  tantôt  avec  éclat ,  une  pré- 
tention traditionnelle  à  la  possession  de 
toute  philosophie.  C'est  depuis  cinquante 
ans  unartide  defoidans  une  bonne  partie  du 
monde  savant,  qu'il  n'y  a  de  sciences  que  les 

(696)  RMfiperU    du    ph^ique    et  du  merai  de 
tMmme,  Préface. 


iïll 


MT 


blCTrONNAIRE 


PUS 


m 


..sciences  expérimentales  ,  de  sciences  ex- 
périmentales que  les.  sciences  naturelles, 
de  sciences  naturelles  que  les  sciences  phy- 
siques. Ainsi  Ton  a  cru  satisfaire  la  raison 
moderne  et  la  raison  de  tous  les  temps»  en 
conciliant  l'observation  et  Tunité. 

C'était  abuser  des  termes.  Sans  aucun 
doute,  Tobsèrvation  est  nécessaire  à  toute 
science  ;  elle  n'est  pas  inutile,  elle  n'est  pas 
étrangère  à  la  métaphysique  même.  L'expé* 
rience  est  un  des  fondements  de  la  certitude. 
L'esprit  humain  fait  partie  de  la  nature  hn-- 
maine;  les  choses  philosophiques  sont  dans 
la  nature  et  le  nom  de  physique  simitie 
primitivement  la  science  de  la  nature,  il  est 
donc  permis  de  dire  que  la  philosophie  est 
une  science  d'observation,  une  science  na- 
turelle, expérimentale,  et  si  l'on  veut  parler 
plus  grec  que  français,  une  science  physi» 
que.  Ces  expressions  sont  acceptables,  si  de 
l  identité  des  mots  on  n'infère  pas  l'iden-* 
tité  des  choses,  et  si  l'on  entend  que  la  phi* 
losophie  est  observatrice  ou  expérimentale 
dans  sa  sphère,  qu'elle  a  son  fondement 
dans  les  faits,  et  tient  sa  place  dans  la  science 
de  la  nature.  On  conçoit  même  que  des  phi- 
sophes,  les  Ecossais,  par  exemple,  inquiets 
et  las  de  s'entendre  accuser  de  spéculation 
chimérique,  aient  revendiqué  les  droits  de 
leur  science  aux  méthodes  d'observation ,  et 
l'aient  assimilée  aux  connaissances  où  se  fie 
le  plus  la  raison  humaine.  Du  temps  de 
Bayie,  l(i  philosophie  se  réfugiait  quelque- 
fois sous  le  canon  de  la  liMniire  surnaturelle  ; 
depuis  le  dernier  siècle,  la  physique  expéri- 
mentale est  devenue  la  seule  citadelle  dont 
le  canon  sauve  ce  qu'il  protège,  et  l'esprit 
humain  ne  sort  plus  guère  de  la  place  pour 
s'aventurer  dans  la  plaine.  C'est  donc  aussi 
par  prudence  qu'on  a  quelque  peu  déguisé 
la  philosophie,  ou  qu'on  l'a  montrée  dans  ce 
qu  elle  a  de  commun  avec  ce  qui  n'est  pas 
elle.  On  a  fait  pour  elle,  comme  pour  les 
pobles  en  temps  de  troubles ,  on  a  ca- 
ché ses  titres  ,  effacé  ses  armoiries*  ;  et 
pour  qu'elle  fdi  sauve ,  on  l'a  engagée  à 
se  faire  petite.  Le  calcul  était-il  bon  7  Je  ne 
sais.  A  trop  invoquer  la  protection  des  scien- 
ces naturelles»  il  y  avait  danger  d*6tre  abr 
sorbe  par  elles.  G  est  un  parti  mal  sûr  que 
de  vous  appuyer  sur  ce  qui  vous  menace, 

8ue  de  vous  allier  h  qui  veut  vous  envahir, 
en  a  coûté  cher  à  la  Pologne,  et  la  poUti«> 
que  soupçonne  que  l'empire  ottoman  payera 
un  jour  au  même  prix  la  protection  qu'il 
s*est  donnée.  De  même  on  pourrait  bien 
avoir  fait  courir  à  la  philosophie  le.  danger 
d'un  partage  ;  en  lui  cherchant  un  allié,  en 
la  exposée  à  un  démembrement.  Heureus«»- 
ment  il  n'y  a  point  d'usurpation  définitive 
ni  lie  destruction  irréparable  dans  l'empire 
de  la  science.  L'esprit  humain  n'est  lié  par 
aucun  traité,  dominé  par  aucune  presciip- 
4ion.  C'est  un  monde  a  part,  où  jamais  aa 
droit  ne  manque  avec  le  temps  la  puissance. 
Encore  si,  en  rabaissant  la  philosophie,  on 
lui  eût  garanti  une  existence  mieux  assu-^ 

9 

(697)  Rapports,  etc.,  Préface. 


rée,  un  caractère  plus  constant,  une  auloriîé 
mieux  reconnue  ;  elle  se  serait  dédommagée 
de  la  grandeur  par  la  sécurité;  un  rang 
moins  contesté  console  d'un  ran^  plus  mo- 
deste. Mais  une  pariaite  harmonie  ne  règne 
pas  entre  les  systèmes  physiologiques.  La 
lumière  n'est  ni  bien  pure  ni  bien  vive  dans 
les  régions  élevées  des  sciences  physiques. 
Les  théories  s'y  combattent  et  s'y  succèdent, 
laissant  le  doute  après  elles,  et  ramenant  peu 
à  peu  les  esprits  aux  sciences  mêmes  qu'elles 
ont  voulu  dédaigneusement  plroscrire.  Une 
certitude  claire  et  invariable  est  loin  d'être 
rattribut  des .  principes  de  la  science  eipè- 
rimentaie  de  1  homme  ;  et  l'observation,  se 
perfectionnant  en  se  diversifiant,  découvre 
chaque  jour  de  nouvelles  raisons  d'iporer 
ce  que  Ton  croyait  savoir.  Certainement,  le 

{)eu  que  nous  dit  de  la  sensation  la  psjrcho- 
ogie  écossaise  est  plus  intelligible  que  ce 
que  nous  en  raconte  .la  physiologie;  \\^ 
faits  que  nous  décrit  l'une  sont  moins  hjpo- 
thétiques  que  les  faits  que  l'autre,  suppose, 
et  la.  perception  est  plus  concevable  qne 
l'innervation.  En  se  confondant  avec  l'his- 
toire naturelle,  la  philosophie  n*a  donc  rien 
rien  gagné  ;  ses  bases  ne  sont  pas  devenues 
plus  solides,  ses  théories  plus  durables: 
elle  s'est  amoindrie  en  pure  perte,  et  la  reine 
des  sciences,  en  des  jours  de  révolution,  n'a 
point  sauvé  sa  tête  en  jetant  sa  couronne. 
.  Est-il  vrai  du  moins  que,  en  lui  donnant 
un  nouveau  nom  et  de  nouvelles  formes, on 
l'ait  réconciliée  avec  le  sens  commun,  et  m 
>nienée  à  ces  notions  vnlgaires  d'évidence  que 
les  sciences  les  plus  hautes  ne  doivent  )<ar. 
dédaigner?  «  Depuis  qu'on  a  jugé  conveDS' 
ble,  prétendait  encore  Cabanis  (697),  de  tra- 
cer une  ligne  de  sé|:)aration  entre  I  étude  de 
l'homme  physique  et  celle  de  Thomme  mo- 
ral, les  principes  relatifs  à  cette  dernière 
étude  se  sont  trouvés  nécessairement  obs- 
curcis par  le  va^e  des  hypothèses  méta- 
physiques. »  Mais  d'abord  il  est  difficile  dr 
prouver  que  cette  ligne  de  séparatm  sol 
quelque  chose  ou'on  ait  fugé  canteneble  é< 
tracer j  et  cpie  aepuis  cette  prétendue  con- 
vention scientifique  tout  «lit  été  de  mal  eo 
pis  au  point  qu  il  fallût  l'aliolir  pour  rete- 
nir au  vrai,  au  raisonnable,  aii  bon  sm 
primitif.  On  ne  roit  point  que  ce  soit  le  $<lr 
moyen  de  rendre  à  la  science  un  caract^ 
populaire,  et  que  l'existence  des  seienfe> 
intellectuelles  soit  une  hypothèse  artificielle 
qui  fasse  violence  à  l'esprit  humain.  L'appi- 
.rence  du  paradoxe ,  l'innovation,  au  con- 
traire, est  du  côté  des  naturalistes.  Ce  n'ert 
point  le  sens  commun,  ce  n*est  point  le  lan- 
gage ordinaire,  ce  fidèle  et  involontaire  i^ 
terprète  du  sens  commafn,  qui  dit  que  li 
science  de  l'homme  physique  et  celle  de 
rbomme  moral  soient  la  même  chose,  que 
la  morale  devrait  faire  partie  de  llibtoire 
naturelle,  que  la  métaphysique  devrait  ren- 
trer dans  la  zoologie.  Toutes  ces  assertko» 
sont  restées  dans  les  livres;  et  biea  a» 
maintes  fois  réimprimées  depuis  duquenL* 


im 


PHT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


PllY 


1130 


ans,  elles  n*ont  point  Gonrs  dans  la  conrer* 
sation  ordinaire,  elles  n*ont  point  passé  dans 
Fusaze;  la  littérature  ne  les  a  pas  adoptées; 
la  poiitiqne  n*en  tient  compte  ;  Texpérience 
journalière  ne  s*7  soumet  pas ,  et  le  public 
.s'obstine  à  dislin^er  le  naturaliste  et  le 
philosophe,  le  moraliste  et  le  médecin,  h  ne 
point  confondre  le  moral  et  le  physique.  Le 
matérialiste  lui-même  est  obligé  de  les  dis- 
tinguer pour  se  faire  entendre.   Bans  Topi- 
nion  du  monde,  il  y  aura  toujours  une  dif- 
férence saillante  entre  la  science  d^UipiK)- 
rrate  et  celle  de  Platon.  La  Logique  ou  la 
Métaphysique  d'Âristote   ne  seront  jamais 
des  parties  de  son  Traité  des  animaux  ;  ce 
qui  choquerait  les  penchants  et  les  habitu- 
des de  notre  esprit,  ce  serait  d*ideotifier  Té- 
tude  de  rintelligence  avec  Tanatomie  du 
système  nerveux.  Il  le  faut  cependant ,  ou 
les  physiologistes  se  tromf>ent  ;   il  faut  re- 
nouyeler  totalement  les  notions  et  les  locu- 
tions usitées.  Si  Cabanis  a  raison,  on  doit 
rhanger  jusqu'au  titre  de  son  livre.  Ou*est- 
ce«  en  effet,  que  les  Rapports  du  physique  et 
du  moral  de  thomme?  Le  mot  rapports  sup- 
pose diversité,  li  où  Ton  nous  ensei^e  Tu- 
nité;  le  titre  du  livre  implique  la  distinction 
que  le  livre  nie;  dès  qu  il  nV  a  que  le  phy- 
sique, il  n*y  a  f^us  de  moral,  donc  plus  de 
rap|)ort.  Le  nom  même  de  l'esprit  humain, 
le'^uel  n'est  plus  distinct  de  Fapiiareil  encé- 
phalique, est  une  expression  fautive  que  le 
philosophe  doit  s'interdire,  et  Condorcet  a 
erré  en  n'intitulant  pas  son  dernier  çt  célè- 
bre ouvrage  :  Esquisse  des  progrès  du  eerteau 
humain. 

On  peut  donc  dire,  avant  de  rien  discuter 
au  fond,  que  la  physiologie  n'a  tenu  aucune 
de  ses  promesses,  et  qu'elle  n'a  rendu  la  i>hi- 
losophie,  ou  plutôt  sa  philosophie,  ni  moins 
contestée,  ni  moins  variablet  ni  plus  popu* 
laire  ;  rien  ne  justifie  sous  ce  rapport  la  ré- 
volution que  la  physiologie  a  entreprise  en 
sVmparant  de  la  métaphysique. 

Il  s'agit,  comme  on  le  sait,  d'effacer  la 
▼îeille  et  familière  distinction  du  corps  et  de 
rame,  c'est-à-dire  de  n'admettre  dans 
l'homme  que  des  organes,  et  d'expliquer 
tout  Thomme  par  ces  organes.  Or,  on  peut, 
chose  assez  singulière,  arriver  à  cette  con- 
clusion par  deux  voies  opposées ,  en  procé-' 
dantde  lintérieur  k  l'extérieur,  ou  oe  l'ex- 
térieur à  rintérieur.  Le  premier  procédé  est 
celui  des  psychologistes,  oui  tendent  au  ma- 
térialisme, le  second,  celui  des  physiolo- 
gistes, qui  veulent  anéantir  la  psychologie 
mênie. 

La  philosophie  sensuali^le  a  le  même 
point  de  départ  que  DescarCes;  elle  débute 
par  le  moi  ou  la  conscience  ;  mais  n'obser- 
vant dans  la  conscience  que  ia  sensation,  et 
dans  celle-ci  que  l'affection  qui  lai  semble 
se  transformer  en  idée,  elle  e^t  impuissante 
à  garantir,  soit  la  certitude  des  ventés  intel- 
teilectuelles,  soit  l'existence  des  réalités  ex- 
térieures. Lorsqu'elle  veut  de  la  sensation 
conclure  aux  premières,  elle  n^aboutit  qu*k 
ridéologie;  lorsqu'elle  veut  affirmer  les  se- 
condes, elle  se Caiit  gratuitement  motérialiste  : 

DlCT10!«?l.  d'âxtbbopoloc». 


je  dis  gratuitemeni,  car  la  sensation  seule 
ne  donne  pas  la  matière,  et  de  la  sensation 
seule  ne  |>ent  se  déduire  aucune  des  vérités 
physiologiques.  La  conscience  ne  les  sug- 
gère pas,  et  ridéalisLC  les  ébranle.  Voyez, 
flairez,  entendez,  ces  sensations  mille  fois 
répétées  ne  vous  feront  connaître  ni  le  nerf 
optique,  ni  le  nerf  olfactif,  ni  le  nerf  auditif^ 
ni  le  cerveau  qui,  dit-on,  sent  et  pense  par  tons 
ces  nerfs.  Il  n'est  aucune  des  observations  des 
naturalistes  dont  nous  ayons  une  conscience 
quelconque.  L*anatomie  et  ses  conclusions 
reposent  sur  deux  principes  :  la  véritédes per- 
ceptions du  monde  sensible,  et  la  validité 
extérieure  de  la  loi  de  causalité.  L'analyse 
de  la  sensation,  comme  affection  des  sens, 
ne  donne  aucun  de  ces  principes.  Ni  Condil- 
lac  ni  M.  de  Tracy  n'ont  su  les  établir  ;  ils 
ont  donc  laissé  la  physiologie  sans  bases,  et 
en  lui  abandonnant  1  homme  tout  entier,  le 
sensualisme  lui  a  concédé  par  delà  son  pou- 
voir. 

11  faut  revenir  à  l'autre  procédé,  et  de  l'ob- 
servation externe  induire  la  nature  et  la 
cause  des  opérations  internes.  Ainsi  raison- 
nent généralement  les  physiologistes.  Les 
phénomènes  de  la  santé  et  de  la  maladie,  les 
expériences  pratiquées  sur  les  animaux, 
l'inspection  des  organes  après  la  mort ,  les 
conduisent  k  de  certaines  inductions  sur  les 
fonctions  intellectuelles  de  Thomme,  ou  du 
moins  sur  la  manière  dont  elles  s'accomplis- 
sent dans  ce  milieu  physique  où  réside  le 
moi  humain.  Ils  fondent  ainsi  toute  la  psy- 
chologie dans  la  physiolode,  et  prétendent 
avoir  trouvé  le  secret  d'â*iger  la  première 
en  science  positive.  Cette  prétention  suppose 
deux  principes  :  d'abord,  qu'il  n'y  a  de  cer- 
tain que  le  visible  ;  ensuite  que  l'observa- 
tion n'est  possible  qu'alors  que  l'observé  est 
distinct  de  l'observateur.  Si  ces  deux  propo- 
sitions ne  sont  pas  vraies,  sur  quel  fonde- 
ment asseoir  la  prééminence  des  méthodes 
dites  expérimentales?  Mais  si  ces  proposi- 
tions sont  vraies,  comment  et  de  quel  droit 
appliquer  la  physiologie  aux  fiait»  psycholo- 
giques ? 

Les  choses  visibles  ne  sont  certaines  qu'en 
ce  qui  est  du  ressort  de  la  vue;  et  sans  dres- 
ser contre  la  sensation  toutes  les  batteries  du 
scepticisme,  il  faut  reconnaître  que  le  do- 
maine de  la  sensation  est  tMMné,  et  que, 
comme  champ  de  connaissance,  elle  serait 
bientôt  stérile  sans  les  jugements  qui  la  fé- 
condent, sans  la  raison  qui  l'exploite  et  la 
limite  k  la  fois.  La  sensation  ne  dépose  que 
les  choses  senties,  et  les  choses  de  l'intérieur 
de  l'homme  ne  sont  à  la  portée  d'aucun  sens. 
Jamais  le  physiologiste  ne  verra  ni  ne  tou- 
chera une  pensée,  un  souvenir,  une  volonté, 
une  sensation  même;  soit  qu'il  veuille  les 
considérer  comme  ojiération,  fonction  ou  ré- 
sultat, soit  qu'il  prétende  atteindre  jtar  les 
sens  une  idée  déterminée,  l'organe  qui  la 
conçoit,  l'acte  par  lequel  cette  conception 
s'opère  ;  il  veut  toucher  l'impalpable  ou  voir 
l'invisible.  Le  moral  échappe  à  tous  les  sens. 
Or,  s'il  y  a  un  moral,  s'il  y  a  des  pensées, 
des  souvenirs,  des  sentiments,  des  volontés, 

36 


1151 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PHY 


IIM 


nous  savons  qu  il  y  en  a  ;  il  faut  donc  que 
nous  ayons  les  moyens  de  le  savoir;  et 
comme  ces  moyens  ne  sont  pas  les  sens ,  il 
suit  que,  pour  obtenir  la  connaissance  «  il 
n'est  nul  besoin  d'une  différence  entre  Tob- 
scrvateur  et  l'observé.  Ce  n'est  que  dans  la 
sphère  des  sens  que  cette  différence  est  né- 
cessaire. Un  écrivain  a  été  jusqu'à  dire  que 
la  psychologie  des  passions  était  la  seule  pos^ 
stble,  parce  que  le  cerveau  étant  différent  des 
entrailles,  la  pensée  qui  appartient  à  l'un 
pouvait  observer  les  passions  qui  résident 
dans  les  autres  (698).  Mais  cela  même  était 
une  chimérique  espérance  ;  car  le  cerveau 
ne  verrait  point  les  passions  en  re^^ardant 
les  entrailles  ;  et  môme  quand  il  voudrait 
regarder  les  entrailles,  il  n'aurait  pas  le 
bonheur  de  les  voir,  il  n'a  que  la  consolation 
bien  vaine  d'y  penser.  O  faiblesse  de  la 
science  humaine!  misérables  viscères  que 
nous  sommes  1  Qu'il  y  a  loin  de  l'abdomen 
au  crâne  ;  et  lorsque  la  cervelle  est  si  cu- 
rieuse, pourquoi  le  péritoine  est-il  impéné- 
trable? 

Il  pourrait  être  utile  d'eiposer  avec  dé- 
tail les  idées  des  chefs  de  la  philosophie 
physiologiste,  et  de  la  réfutcT  en  forme.  On 
y  montrerait  partout  l'hypothèse  sous  les 
dehors  de  l'observation,  et  la  dialectique 
sous  le  masque  de  l'expérience  ;  mais  ce  serait 
J'objet  d'un  ouvrage  entier.  Nous  ne  présen- 
ierons  ici  que  des  observations  générales 
sur  un  système  oue  recommande  le  nom  de 
frouasais. 

Broussais  était  un  esprit  hardi.  Au  çénie 
de  l'obfierxation  il  unissait  un  don  précieux, 
d\  osait  conclure^  courage  peu  commun,  au- 
jourd'hui çpie  le  doubla  abus  de  l'expérience 
et  de  la  critique  a  si  {)rofondément  intimidé 
les  sciences,  et  rabaisse  leur  essor.  11  sut 
iionc,  lorsque  passant  de  la  médecine  à  la 
philosophie  il  embrassa  l'idée  d'appliquer  la 
physiologie  à  la  métaphysique  «  écarter  les 
.réserves  et  les  doutes  circonspects  dont  s'en- 
couraient beaucoup  d'écrivains;  4ii  de  l'ob- 
.servation  .reprise  à  nouveau  des  phéno* 
mènes  nerveux ,  induire  hardiment  l'iden- 
tité substantielle  du  système  nerveux  et  de 
l'esprit  humain.  Il  fut  vraiment  matéria'i- 
liste,  et  n'eut  pas  peur  des  conséquences  de 
la  science  telle  qu  il  la  croyait.  Chez  lui  il 
n*est  plus  Question  de  rapports  du  physique 
et  du  moral;  les  phénomènes  du  second  ne 
jsont  plus  seulement  rapprochés  de  o^ux  du 
|)remier.;  le  physique  n'est  plus  une  cause, 
jun  siège,  un  tKéâtre;  il  est  le  moral  mémo. 
I.e  physiologiste  n'admet  plus,  il  me  conçoit 
plus  autre  chose;  hors  delà  il  permet  les 
conjectures»  les  vœux ,  les  désirs  ;  mais  il 
ne  voit  rien  de  certain^  rien  de  démontra- 
ble, rien  d'intelligible. 

Nous  devons  quelque  examen  à  cet  aveu 
franc  et  assez  imposant  du  vrai  sens  de  la 
physiologie  appliquée  à  la  métaphysique; 
nous  nous  trouvons  pour  la  première  fois  en 
face  du  matérialisme  scientiuquc  (699). 

(098)  M.  Auguste  Comtr,  Coure  de  philosophie  po^ 
iil)iv,  l.  \'%  leçon  l'«. 


Nous  en  résumerons  les  principes,  sui- 
vaut  Broussais ,  dans  les  propositions  sui- 
vantes : 

1"  La  contraction,  c'est-à-dire  un  mouie- 
ment  alternatif  de  condensation  et  de  relâ- 
chement, est  la  forme  générale  de  l'action 
de  la  matière  vivante,  par  conséquent  de  h 
matière  nerveuse,  par  conséquent  de  la 
matière  cérébrale. 

2r  II  n^se  passe,  d'observable  et  de  cer- 
tain que  cela  dans  le  phénomène  de  l'inner- 
vation. Dans  les  phénomènes  intellectneU 
et  moraux ,  il  ne  se  passe  d'observable  et  de 
certain  que  des  phénomènes  d'innenralion. 

3*  Les  phénomènes  intellectuels  et  moraux 
ne  sont  pas  autre  chose  pour  la  science  ;  ils 
n'ont  pas  pour  elle  d'autres  causes  que  les 
propriétés  du  système  nerveux.  Qu'il  y  ait 
d'autres  causes  ou  propriétés  plus  cachées, 
mais  également  physiques,  cela  est  infini- 
ment probable.  Il  faut  bien  en  outre  que  les 
éléments  mêmes  de  la  matière  se  retrouvent 
dans  la  matière  vivante,  avec  leurs  proprié- 
tés primitives,  avec  les  affinités  moléculai- 
res, avec  leurs  modes  d'action  atomique; 
mais  quant  à  la  cause  première  de  l'inner- 
vation ,  on  peut  admettre  son  existence,  on 
ne  peut  ni  connaître,  ni  soupçonner  sa  na- 
ture ;  elle  peut  se  confondre  avec  la  caus« 
première  de  cet  univers  qui  existe  assuré- 
ment, mais  qui  est  impénétrable. 

4"  La  prétention  de  définir  celle-ci,  de 
comprendre  sa  nature,  de  connaître  ses 
moyens  d'action ,  est  téméraire.  Plus  témé- 
raire ehcore  il  est  de  considérer  comme  un 
principe  distinct ,  comme  un  être ,  la  cau50 
ou  le  sujet  de  la  pensée.  Aucune  perception 
n'y  autorise  ;  aucune  expérience  scientifique 
ou  vulgaire  ne  le  laisse  entrevoir  ;  et  il  y 
a,  soit  contre  la  nature,  soit  contre  l'eiis- 
tcnce  qu'on  lui  attribue,  des  objections  in- 
vincibles. 

5°  Le  principe  indépendant  des  organes 
n'apparaît  en  rien,  tandis  que  la  liaison 
nécessairedes  phénomènes  intellectuels  ave: 
les  phénomènes  nerveux  apparaît  constam- 
ment et  invariablement. 

6**  Ce  principe  indépendant  ou  du  moins 
distinct  des  organes,  qu'est-il  quand  les 
organjBs  ne  sont  pas  encore  développés,  lors- 
que leur  action  est  suspendue,  quand  elle 
est  af&iblie,  altérée,  viciée?  L*état  embryon* 
naire,  lanfajQce,  le  sommeil,  la  maladie, 
la  folie,  la  vieillesse,  montrent  l'esprit  dans 
un  état  rigoureusement  proportionnel  à  Té- 
tât des  orgaines  cérébraux. 

T  Le  principe  pensant  n'a  été  inventé  que 
pour  expliquer  le  comment  dos  phénomène^ 
intellectuels  ;  et  d'abord ,  c'est  vouloir  eî- 

Ëliquer  l'inexplicable,  et  excéder  la  porU'i^ 
Sgitime  de  La  science. 
8°  £n  second  lieu,  ce  priocipe  n  eipliqu^ 
xien,  eX  don^e  naissance  à  des  dimcultés 
non  moins  insolubles  que  celles  mril  e>t 
destiné  à  lever  et  qu'il  ne  lève  pas.  Telle  e^i 
sa  liaison  avec  l'organisme,  telle  est  son  ùc- 

(699)  Voy.  Touvraffe  intitule  :  De  nrriiation  d  ^ 
la  folie,  2  vol  în-S",  édit.  de  1859. 


1135 


MIT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


rsY 


1131 


lion  sur  ror^janisme.  Il  y  a  là  plus  que  mvs- 
tère,  il  y  a  impossibilité ,  il  y  a  coalradio 
(ioa  (700). 

Le  fond  de  ces  propositions  est  le  thème 
éternel  du  matérialisme.  C'est  le  sujet  du 
troisième  lirre  du  poème  de  Lucrèce,  ce 
chantre  austère  et  pathétique  de  la  matière. 
Cependant  ne  coiuondons  pas  les  consé- 
quences que  Broussais  tirait  de  ses  prin- 
cipes arec  les  négations  célèbres  que  le 
ma  érialisme  dicta  souvent  aux  disciples 
d^Epicure  ;  constatons  dès  labord  deux  points 
de  dissidence  importants  qui  sont  à  Thonneur 
de  Broussais,  et  qui  peuvent  servir  è  réfuter 
sa  doctrine. 

Premièrement  il  n*est  pas  sceptique,  non 
qu  il  ne  doute  de  beaucoup  de  choses  à  mon 
>ens  indubitables;  mais  on  sait  que  celui-là 
nVst  pas  sceptique  qui  n'admet  le  doute  ni 
.sur  Texistence  du  monde  extérieur,  ni  sur  la 
véracité  de  nos  facultés  quand  elles  Vattes- 
teat.  Or,  notre  auteur  ne  permet  aucune 
incertitude  à  cet  égard;  il  se  fie  pleinement 
à  la  sensation,  à  la  perception;  le  contraire 
lui  parait  absurde;  il  n'attribue  Tidéalisme 

3u*au  spiritualisme  même  et  à  Tignorance 
es  fûts  physiologiques.  En  un  mot,  Texis- 
tence  des  corps  et  leurs  rapports  avec  nous 
lui  paraissent  choses  sans  réplique.  Il  ne  se 
montre  en  aucune iaçon  touché  de  largu- 
mentation  de  Hume  contre  la  causalité,  la 
causalité  étant  une  induction  et  Tinduction 
étant  un  fait  cérébral  tout  aussi  positif  que 
la  sensation  même  (701). 

En  second  lieu  Broussais  n'est  po'nt athée; 
jamais  du  moins  il  n*est  disposé  à  regarder  ce 
monde  comme  Tœuvre  du  nasard,  à  mécon- 
naître dans  la  nature  Faction  d'une  cause 
première.  Il  confesse  «  une  cause  suprême, 
ordonnatrice  et  conservatrice  que  nous  ne 
pouvons  définir.  »  Il  «  conçoit  la  nécessité 
d'une  cause  ou  d'une  force  qui  soit  le  moyen 
d'union,  peut-être  le  premier  mobile  des 
autres  forces.  »  Il  a  «  le  sentiment  d'une 
c^use  et  d'une  force  première  qui  lie  tout 

(700)  De  rîfTÎIalton,  passlm,  et  notamment  1. 1". 
«.  202,  520,  569,  579;  l.  Il,  p.  63,  119. 

(701  >  De  nrnîattw,  t.  I'%  p.  207,  255,  515  ;  t. 
B,  p.  42,  216. 

(702)  <  Quant  à  moi,  moii  opinion,  que  je  ooost- 
içne  ici  fMWr  moi  sent  peai-étre  et  pour  un  petit 
nombre  d*amis,  c*est  que  tout  homme  oompléiement 
«organisé  a  le  sentiment  d*uiie  caose  et  d^une  force 
pmniére  aai  lie  tout  et  enchatoe  toat  ;  mais  je  oe 
puis  la  délinir,  et  je  ne  sens  pas  le  besoiû  de  Tbono- 
rer  par  un  aotre  culte  que  celui  que  lui  rend  ma 
conscience.  •  {Irtilaiion^  t.  !*%  p.  608.) 

(703)  Même  ouvrage^  t.  !'%  p.  445;  t.  Il,  p.  70; 
iS±;  Coun  de  pkrénohgie^Xe^n  19*,  p.  725.  Lisez 
sooi  le  passage,  et  cet  autre  de  ce  dernier  ouvrage  : 
«  l^e  eerreau  ne  peut  agir  sans  le  concoora  de  divers 
aij^enls,  le  calorique,  roxTgène,  rélectridté,  les  im- 
poodérables  enfin,  dont  Tadion  n^est  pas  aussi  étu- 
diée parlespbjsiologistesque  par  les  physiciens.  Nous 
ajouterons  que  ces  prindpes,  qui  ne  nous  sont  con- 
nos  que  par  quelques  effets,  semblent  se  confondre 
»'%^e>e  la  cause  première  de  la  vie;  mats  que  pourtant 
noas  ne  rqNignons  point  à  en  distinguer  ceUe  der- 
nière, poonru  qu*on  ne  Temprisonne  pas  par  (rag- 
n>r>f  Ils  dans  les  différents  cenreaux  d^une  seule  espèce 
d'êtres  vivants.  C^te  cause,  nous  la  sentons  par  in- 


et  enchatne  tout  (702).  »  C*est  un  grand  in- 
connu qu'il  ne  iisiut  ni  personnifler  ni  défl- 
nir,  dont  Tidée  est  une  induction  de  la  ca- 
sualité.  Comme  le  sentiment  seul  nous  élève 
k  lui,  il  serait  insensé  de  vouloir  le  connaî- 
tre; mais  il  se  met  en  rapport  avec  nous 
dans  la  matière  des  nerfs  ;  car  la  cause  iirc- 
mière  de  Faction  du  cerveau  n'est  pas  dans 
le  cerveau;  et,  conduit  par  la  nécessité  de 
trouver  «  un  lien  commun  è  toutes  ces  for- 
ces qui  lui  paraissent«ètre  de  la  matière  en 
mouvement,  »  M.  Broussais  a  écrit  ces  pa- 
roles :  «  L'athéisme  ne  saurait  pénétrer  dans 
la  tête  d'un  homme  qui  a  réfléchi  profondé- 
ment sur  la  nature  (703).  » 

A  cette  double  affirmation  y  l'existence  du 
monde  extérieur  attestée  par  nos  facultés  et 
l'exislencede  la  cause  prem  lère,  se  réduit  pour 
Broussais  toute  la  philosophie  transcendante; 
car  c'est  là  de  la  philosophie  transcendante.  Le 
reste  n^esty  avec  lui,  qu'observation  empirique 
et  externe,  c'est-à-dire  que  physiolome.  Hors 
de  ce  cercle,  il  ne  voit  que  de  la  metaphjsi- 

aue  et  jamais  il  ne  prononce  ce  mot  qu'avec 
édain.  A  peine  prend-il  la  peine  de  réfuter 
la  science  ainsi  nommée.  Il  fait  plus  d'hon- 
neur à  la  psychologie  qu'il  poursuit  avec 
beaucoup  de  verve  et  d'obstination  et  qu'il 
réussit  a  peu  près  à  convaincre  de  n'être 
qu'une  métaphysique  déguisée. 

Il  reconnaît  cependant  que  la  psycholo- 
gie des  Ecossais  oébute  assez  bien  (704).  On 
sait  en  effet,  que  ceux-ci  ont  en  général 
réduit  la  science  à  l'histoire  naturelle  de  la 
pensée  ;  ils  se  renferment  dans  l'enceinte 
de  l'observation  et  de  la  description  des 
phénomènes.  Ils  ne  s'aventurent  qu'avec 
scrupule  aux  inductions  qui  vont  au  delà, 
même  à  celles  qui  obtiennent  d'eux  bien- 
veillance et  croyance,  et  l'on  pourrait  citer 
de  Dugald  Steward  tel  passage  qui  laisse  le 
champ  libre  au  matérialisme,  et  réserrant 
toutes  les  questions  concernant  l'essence  de 
l'homme  (705).  Une  psychologie  aussi  mo- 
deste méritait  bien  quelque  indulgence  ; 

ductîoo  sans  la  concevoir;  nous  comprenons  même 
h  nécessité  d*mi  moteur  unique  pour  tCNite  la  na- 
ture ;  mais  nous  n*avons  aucun  moyen  de  la  décou- 
vrir, i  (Leçon  3',  p.  79.  Voy.  aussi  les  leçons  iî*' 
et  18',  p.  406,  et  092  et  sniv.)  Il  y  a,  dans  les  deux 
ouvrages  de  M.  Broussais,  quelque  confusion  sur 
Porigine  de  la  notion  de  Dieu,  qa*il  rattache  toujours 
au  senUment,  tout  en  b  faisant  sortir  de  Tinduc- 
tion.  n  PaUribue  à  la  causalité,  et  non,  comme  Gail, 
à  la  vénération.  La  confusion  vient  de  ce  qu*il  rap- 
porte volontiers  au  sentiment  toute  induction  qui 
n*est  pas  le  produit  immédiat  d'une  percq>tion  par 
les  sens.  (Voy.  De  Cirritation,  L  P%  p.  290,  5if , 
546,  569,  et  t.  II,  p.  126,  261,  etc.,  et  le  Cours  de 
pkrénoloaie^  leçon  iO',  p.  825.) 
.  n04)  BaocssAis,  Cours  de  phréiudogie^  leçon  5*. 
(705)  ff  ÏJd  caractère  distinctif  de  la  sdence  in- 
dnctive  de  Tesprit  est  de  s'abstenir  de  toute  spécn- 
htion  sur  la  nature  el  Fessence  de  ce  même  esprit... 
Jjcs  conclusions  sur  Tesprit  humain  auxquelles  nous 
conduit  naturellement  la  méthode  d'induction... 
s*arrangent  également  des  systèmes  métaphysiques 
des  matérialistes  et  de  ceui  des  partisans  de  Betkc- 
ley.  t  (D.  Stewait,  Es$aii  plrtlos.,  Disc  prélim., 
ch.  r%  1.)  La  même  idée  est  exprimée  au  commen- 
cement de  ses  EléwÊenU  de  ia  fmilowpkie  de  FesprU 


ilw 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PKT 


\m 


.aaxsi  Broussais  en  parle-t-il  sans  amer- 
tunie,et  reconnaissant  qu*elle  est  dans  une 
bonne  voie,  il  lui  reproche  seulement  de 
n'avoir  pas  continué  à  y  marcher.  Elle  est 
pour  lui  sage,  mais  timide,  et  ne  va  point 
assez  au  fond  des  choses.  Si  la  psychologie 
n'est  en  effet  que  l'observation  des  phé- 
nomènes de  la  conscience,  si  elle  s'interdit 
la  foi  et  presque  l'examen  en  ce  qui  tou- 
che les  lois  de  la  raison  impliquées  dans  ces 
faits  et  leurs  inductions  immédiates,  il  est 
certain  qu'elle  ne  mérite  pas  les  anathèmes 
proférés  ailleurs  contre  son  nom  par  son 
véhément  adversaire.  Mais  il  faut  reconnaî- 
tre que,  malgré  qu'elle  en  ait,  la  psycholo- 
gie va  toujours  un  peu  plus  loin  ;  bien  que 
principalement  descriptive,  elle  est  toujours 
partiellement  rationnelle,  et  nous  qui  fai- 
sons profession  de  très-peu  nous  hasarder 
au  delà  des  limites  de  la  psychologie,  nous 
avouons  volontiers  que  nous  dépassons  le 
point  où  Broussais  déclare  que  de  psy- 
chologie on  tombe  en  métaphysique,  et  nous 
n'aimons  pas  que  la  psychologie  s'attache 
trop  h  s'en  disculper  ;  cela  sent  la  faiblesse 
et  l'hvpocrisie. 

11  demeure  vrai  qu'avec  les  faits  de  cons- 
cience pris  à  titre  de  simples  phénomènes, 
on  ne  peut  construire  une  science  du  fond 
des  choses,  mais  pas  plus,  mais  moins  en- 
core le  matérialisme  que  le  spiritualisme. 
La  part  que  dans  tous  les  systèmes  l'organe 
encéphalique  prend  à  l'activité  morale,  n'est 
point  aperçue  de  la  conscience.  Personne  ne 
sent  distinctivement  l'activité  quelconque 
du  cerveau.  Dans  la  sensibilité  uniquement, 
on  s*iGiperçoit  de  l'intervention  des  organes, 
mais  aes  seuls  organes  extérieurs  des  sens, 
et  une  illusion  naturelle  et  irréfléchie  nous 
porte  même  à  croire  d'abord  que  l'œil  voit, 

3ue  l'oreille  entend,  que  la  vue  est  toute 
ans  l'œil,  l'audition  toute  dans  l'oreille  ;  il 
faut  Y  penser  un  peu  pour  se  convaincre 
que  roreille  et  l'œil  ne  font  que  servir  à 
voir  et  à  entendre,  et  sont  les  instruments 
d'un  organe  plus  intérieur.  La  multitude  n'y 
songe  guère,  et  quoique  le  sentiment  du  mot 
respire  dans  tout  son  langage,  dans  toute  sa 
conduite,  c'est  pour  elle  foi  implicite  plutôt 
que  science  distincte,  et  l'on  peut  ici  remar- 
(mer  en  passant  combien  il  laut  se  déGer  de 
I  empirisme  des  sensations.  Il  nous  porte  à 
donner  aux  organes  extérieurs  des  sens  une 
toute  autre  importance  que  celle  qui  leur 
est  reconnue  par  l'universalité  des  physio- 
logistes. Eux-mêmes  le  récusent  ^n  cela,  et 
ils  ont  raison. 

Il  faut  donc  chercher  la  connaissance  hors 
de  l'expérience  externe  ;  après  elle  ou  à  côté 
d'elle  se  trouve  l'expérience  interne  ou  la 
conscience.  J'avoue  que  si  Ton  ne  s  at- 
tache point  à  démêler  les  principes  envelop^ 
pés  dans  les  crovances  qu'elle  suggère,  ov 
ne  fera  point  par  l'étude  de  la  conscience  de 
grands  pas  dans  la  voie  de  la  vérité,  et  j'ac- 

Attfitaîfi  (Inlrod.,  pari.  r*).  Reid  insinue  guelqoe 
chose  de  semblable  (Euai  i«%  ch.  l'M,  et  M.  Joiif- 
roy  a  répété  et  développé  Tasserlion  (Préface  de  In 


corde  à  Broussais  qu*il  faut  quelque  diose 
de  plus.  L'intelligen  Je  développée,  la  raison 
instruite  d'abord  et  comme  excitée  par  IVi- 
périence  et  la  conscience,  les  féconde,  les 
dirige  à  son  tour,  les  emploie  plus  savani- 
ment,  et  refait,  tant  à  l'aide  de  leurs  sugges- 
tions que  de  ses  principes  et  de  leurs  con- 
séquences prochaines,  une  science  propre- 
ment dite.  Au  fond  c'est  [mv  ce  procédé  que 
l'on  établit  toutes  les  théories  anthropolo- 

Î;igues  y  compris  le  matérialisme,  et  il  est 
oin    d'être   aussi  purement  expérimenlal 
qu'il  le  prétend. 

La  doctrine  opposée,  aussi  expérimentale 
que  lui,  n'est  pas,  comme  on  le  pense  bien, 
moins  rationnelle. 

Elle  puise  d'abord  dans  le  sentiment  bi^n 
étudié  le  principe  de  l'identité  de  la  personae 
humaine,  et  montre  ensuite  ce  principe  con- 
tradictoire avec  la  diversité,  la  multiplicité 
des  organes.  En  disant  que  le  sentiment 
manifeste  l'identité,  je  veux  dire  que  Tex- 
périence  externe  et  interne,  ou  la  sensibilité 
et  la  conscience,  complétées  par  la  mémoire, 

aue  la  perception  intérieure  des  sensations, 
es  affections  morales,  des  actes  de  FinteU 
ligence,  de  ceux  de  la  volonté  et  de  ceux  des 
organes  qu'elle  dirige,  atteste  diversement 
mais  concurremment  un  même  mot.  Or,  ce 
mot  quel  est-il  pour  la  plus  simple  réflexion? 
Il  est  quelque  chose;  il  est  la 'personne 
même  ;  il  est,  par  rapport  à  toutes  tes  modi- 
fications, à  toutes  les  opérations  qui  vien- 
nent d'être  rappelées,  un  azent  et  un  patient. 
Telle  est  la  philosophie  de  tous  ceux  qui 
ne  sont  pas  philosophes.  La  réflexion  n 
plus   loin,  elle  distingue  davantage,  elle 
devient  analytique,  et  elle  remarque  qu'a- 
près tout   la  sensibilité,  Texpérience,  la 
conscience,  n'attestent  rigoureusement  que 
des  phénomènes  qu'elles  lont  croire  au  moi, 
mais  qu'elles  ne  le  montrent  ni  ne  le  prouvent. 
Alors  elle  suppose  que  le  mot  n'est  qu'une 
sensation  de  sensations  et  d'idées,  une  col- 
lection d'impressions,  d'affections  ;  et  sans 
Ï>lus  reconnaître  d'autres  faits,  elle  sépare 
'observation  et  l'étude  des  sensations  et 
des  idées,  de  toute  recherche  relative  au 
principe  duquel  elles  dépendent  ;  et  suivant 
qu'elle  est  ou  non  portée    soit  à  se  Ger 
aux  inspirations  de  la  conscience,  soit  à  se 
laisser  gagner  aux  [subtilités  de  l'analyse* 
soit  è  garder  la  réserve  et  la  neutralité  entre 
la  crédulité  et  le  paradoxe,  elle  admet  le 
mot  comme  existence,  ou  elle  le  nie  abso- 
lument, ou  elle  s'interdit  toute  conclusionà 
ce  sujet.  Là  s'arrête,  en  général,  la  psychc^- 
logie  proprement  dite.  Par  une  sorte  de 
tendance  a  l'empirisme  ou  de  déférence  lu 
sens  commun ,  elle  adhère   à  rexistence 
d'un  être  qui  sent,  pense  et  veut,  sans  qu'il 
résulte  pour  elle  d  aucune  analyse  scienti- 
fique ;  ou  bien  elle  le  rejette  comme  ane 
induction  gratuite  ;  ou  bien  enfin  elle  ne  le 
croit  pas  objet  de  science  et  cesse  de  s>o 

trarluctîoD  de  YEuruiiU  ae  phiios.  mor.  de  STfwiiT. 

4). 


1137 


roY 


D'ANTHROPOLOGIE. 


PUT 


113^ 


occuper.    Le   scepticisme    est  contenu  à 
dirers  degrés  dans  ces  trois  partis  pris  ou  à 
prendre  ;  et  c'est  par  là  qu  u  a  été  permis 
a'accuser  la  psychologie  de  penchant  au 
scepticisme.  Le  dernier  parti  est  celui  au- 
quel incline  la  psychologie  écossaise,  au 
moins  chez  quelques-uns  de  ses  interprètes. 
Elle  paraît  souvent  penser  que  la  science 
proprement  dite  devrait  s*en  tenir  à  Tobser- 
Tatjon  du  phénomène  des  facultés  ;  c'est  le 
scepticisme  par  restriction.  Le  second  parti 
est  un  scepticisme    presque   do^^matique, 
ridéalisme*  à  parler  exactement.  C*est  une 
doctrine  sceptique,  parce  quVIle  révoque 
en    doute   les    croyances     naturelles    de 
Thumanité   et    méconnaît    l'autorité    des 
principes   de  la  rai^son.  C'est  une  doctrine 
aCBrmative,    parce    que  sur  cette     récu- 
sation de    nos   (acuités,   elle    fonde    une 
conclusion.  C'est  enfin  un  scepticisme  qui 
conclut,  l'autre  ne  conclut  pas.  Mais  des 
trois  systèmes,  le  premier  est  le  plus  sensé, 
quoique  faible  encore  et  insuffisant.  Distin- 
guant par  l'analyse,  comme  tous  les  autres, 
les  questions  de  phénomène  et  les  questions 
d'existence,  ce  système  ne  résout  pas  les 
dernières  par  la  négation.  U  croit  au  mot 
sur  la  foi  de  la  conscience,  ou  sur  celle  de 
la  sensation,  par  bon  sens,  par  imitation, 
par  respect  pour  le  témoignage  commun, 
par  un  instinct  pratique,  mais  pourtant  |jar 
une  sorte  d'inconséquence,  en  ce  sens  qu'il 
admet  que  cette  croyance  est  sans  preuve 
sensible,  le  mot  substantiel  encore  une  fois 
ne  restant  pas  au  fond  du  creuset  de  son 
analyse.  Voici  les  formes  que  prend  ordinai- 
rement cette  doctrine.  Si  le  respect  du  sens 
commun,  des  croyances  qui  importent  à  la 
morale,  qui  sont  les  plus  consolantes  et  les 
plus  honorables  pour  Thumanité,  la  domine, 
c'est  alors  une  psychologie  excellente,  bien 
qu'incomplète  et*^  faible  ou  vulnérable  par 
quelques  côtés.  C'est  la  psychologie  des 
Écossais  prise  largement.   Si  elle  accorde 
beaucoup  à  la  sensation,  et  que  dans  ce 
fût  puissant  elle  répugne  à  ne  voir  qu'un 
phénomène  sans  substance,  plutôt  par  une 
sorte  de  foi  irrésistible  dans  la  sensibilité, 
que  par  une  adhésion  réfléchie  aux  lois  de 
1  esprit  humain  ;  c'est  le  sensualisme  rai- 
sonnable, lequel   cependant  peut  prendre 
deux  routes,  ou,  avec  Condillac,  se  décider, 
en  vertu  du   principe  de  Tunité,  pour  la 
croyance  à  l'esprit,  pour  le  spiritualisme  ; 
on,  avec  M.  de  Tracy,  ne  sauver  la  psycho- 
lo^e  de  cet  idéalisme  provisoire,  qu'on  ap- 
pelle l'idéologie,  au'en  se  jetant  dans  le 
matérialisme  avec  la  plupart  des  physiolo- 
gistes. Ceux-ci  ne  roient  dans  le  mot  de  la 
conscience  qu'un  mot  phénoménal,  ou  le 
phénomène  d'un  mot  matériel  qu'ils  s'atta- 
chent à  observer  et  à  décrire.  Mais  tous  ces 
sytèmes,  je  le  répète,  sont  plus  ou  moins 
entachés  de  scepticisme,  en  ce  point  que 
tous  admettent   plus  ou  moins  nettement 
pour  la  philosophie  une  impossibilité  qui 
les  touche  plus  ou  moins,  d'établir  scienti- 
i»|uement  l'existence  de  la  personne  réelle  ; 
cette  concession  esc  un  des  titres  principaux 


ï 


n'invoque  le  matérialisme  physiologique. 

e  fond  de  scepticisme  provient  de  l'emploi 
exclusif  de  ce  qu'on  est  convenu  d'apfie- 
1er  la  méthode  analytique.  L'analyse,  telle 
que  le  dernier  siècle  l'a  enseignée,  est  le 
caractère  commun  et  le  principe  dominant 
de  toute  cette  psychologie. 

Nous  avons  dit  que  c  était  à  ces  doctrines 
que  s'arrêtait  le  second  degré  delà  réflexion  ; 
mais  il  est  un  troisième  degré.  Plus  atten- 
tive, plus  profonde,  plus  hardie,  la  réflexion 
démêle  les  principes  enveloppés  dans  les 
inductions  de  la  conscience,  et  qui,  bien  que 
suggérés  par  celle-ci,  sont  vrais  indépendam- 
ment d'eue.  Le  moi^  manifesté  par  ses  phé- 
nomènes ,  est  plus  qu'un  phénomène,  parce 
au'il  n'y  a  jias  de  qualité  sans  substance,  ni 
'eflet  sans  cause.  Ce  sont  là  des  lois ,  des 
dogmes,  des  axiomes  de  la  raison,  des  véri- 
tés régulatrices ,  bien  qu'amenées  par  voie 
d'induction.  Les  crmances  de  la  conscience 
peuvent  tenir  d'elle  feur  empire  ;  mais  elles 
sont  légitimes,  larce  qu'elles  s  appuient  sur 
les  princi|>es  de  la  raison  ;  elles  ont  ainsi 
une  vérité  empirique  et  une  vérité  ration- 
nelle; elles  sont  vraies  de  fait  et  de  droit. 
La  raison  fonde  ce  que  la  conscience  atteste, 
l'eiistence  du  mot. 

Mais  à  cette  existence  la  raison  ajoute 
l'unité  ;  et  de  même  que  la  conscience  donne 
l'unité  empirique  et  phénoménale  du  mot , 
la  raiso^  lui  reconnaît  une  unité  réelle  et 
nécessaire ,  et  du  droit  qui  est  en  elle ,  eile 
prononce  que  cette  unité  est  d'autre  nature 
que  celle  d'un  tout  matériel.  L'organisme 
humain ,  celui  d'un  animal  quelconque,  est 
un  tout  matériel.  Il  a  son  unité,  c'est-à-dire 
son  ensemble.  Il  est  un  en  tant  qu'il  est 
délimité  de  toutes  parts  ou  figuré  et  distinct , 
et  que  toutes  ses  parties  conspirent.  Mais 
cette  unité  même  comporte  multitude,  niuN 
titude  de  côtés  et  de  plans ,  multitude  de 
parties.  L'activité  harmonique  de  lanimal 
implique  diversité  des  instruments  et  des 
fonctions  ;  il  n'y  a  point  de  concert  sans 
diversité. 

L'unité  du  moi  est  tout  autre  et  pour  la 
conscience  et  pour  la  raison. 

Elle  est  tout  autre  pour  la  conscience,  car 
elle  n'est  pas  l'accord  seulement  des  parties 
et  des  fonctions.  L'accord  n'est  (pie  la  rela- 
tion ,  l'accord  n'est  pas  une  existence ,  et 
nous  sommes  partis  d  une  première  donnée, 
celle  du  mot  existant,  du  moi  substance. 
Or ,  la  substance ,  plus  l'unité ,  est  autre 
chose  que  l'accord  des  substances  diverses. 
Le  sujet  des  actes  du  mot  est  le  sujet  d'attri- 
buts qui  ne  sont  percevables  qu'à  la  coirs- 
cience  ,  d'attributs  qui  n'ont  sous  ce  rapport 
rien  de  commun  avec  les  qualités  des  corps. 
Ainsi,  à  eq  juger  par  ses  qualités,  et  l'on  ne 
peut  ju^r  d'une  substance  autrement,  rien 
n'autorise  à  identifier  la  substance  du  mot 
avec  celle  du  corps.  L'unité  que  lui  prêta  la 
conscience  n'est  point  celle  qui  ne  sied  qu'à 
la  matière  et  qui  suppose  des  parties ,  c  est 
celle  qui  n'en  suppose  pas  ;  car  dans  les 
différents  points  de  sa  durée,  dans  la  succes- 
sion de  ses  modifications,  dans  la  comparai- 


IfW 


WIl 


DICnONMAlRe  ' 


PUT 


m 


son  successive  ou  simultanée  quil  en  fait, 
le  moi  change  et  persiste ,  il  est  le  même  et 
diyers. 


alius  et  idem 


NmicerU. 


L'individualité  rigoureuse  a  son  type  oans 
le  mot.  Par  son  identité  en  des  temps  divers, 
sous  des  phénomènes  divers  il  nous  donne 
le  sentiment  et  la  notion  d'une  unité  dont 
aucune  représentati  n  externe  ne  nous  offre 
la  pareille  ou  l'image. 

A  ce  sentiment ,  a  cette  notion  implicite , 
comme  toutes  celles  de  la  conscience,  la  rai- 
son ajoute  cette  double  réflexion. 

Les  phénomènes  du  mot  nous  garantissent 
quelque  chose  d'existant ,  comme  les  quali- 
tés des  corps  nous  font  percevoir  quelque 
chose  d'existant.  Le  support  des  qualités 
des  corps  s'appelle  la  substance  matérielle. 
Que  savons-nous  de  cette  substance  ?  Rien , 
sinon  son  existence  et  ses  modes.  Dire  qu'elle 
est  matérielle ,  c'est  dire  qu'elle  est  mani- 
festée par  de  certaines  Qualités  fort  connues, 
et  qu'on  appelle  qualités  de  la  matière.  Le 
support  des  modes  du  mot ,  le  sujet  de  ses 
phénomènes  est  attesté  et  manifesté  par  des 
accidents  qui  n'ont  nul  rapport  avec  les  qua- 
lités dites  de  la  matière.  Ne  lui  voyant  aau- 
tre  point  de  commun  avec  la  substance 
matérielle ,  que  l'existence ,  nous  la  devons 
donc  appeler  substance  autre  que  la  subs- 
tance matérielle.  A  ces  deux  ordres  de  qua- 
lités différents  qui  donnent  chacun  la  seule 
définition  possible  de  la  substance  à  laquelle 
ils  se  rapportent ,  il  faut  donc  assigner  des 
substances  de  différente  nature.  Par  la  défi- 
nition même,  il  y  a  donc  la  substance  maté- 
rielle et  la  substance  qui  ne  l'est  pas. 

Développant  celte  distinction ,  la  raison 
établit  que,  pour  elle,  la  substance  des  corps 
est  manifestée  multiple ,  et  la  substance  du 
mot  manifestée  une  ;  et ,  qu'en  effet ,  il  est 
Impossible  de  comprendre  sans  l'unité  l'ac- 
tion du  sujet  pensant.  Le  sujet  du  corps  est 
donc  la  substance  étendue ,  impénétrable , 
multiple  ;  le  sujet  de  la  pensée  la  substance 
non  étendue,  non  impénétrable,  une.  C'est  ce 

3u'on  veut  dire ,  et  rien  de  plus ,  quand  on 
it  l'une  matérielle,  l'autre  immatérielle , 
Tune  corporelle,  l'autre  incorporelle.  On  les 
appelle  cians  Thomme  le  corps  et  l'Ame  (706). 
Voilà  jusqu'où  va  la  réflexion  philosophi- 

3ue,  même  avant  de  s'élever  au--dessus 
'une  science  démonstrative  et  logique,  pour 
atteindre  à  une  science  purement  spécula- 
tive, tentative  qui  ne  lui  est  pas  interdite  et 
qu'elle  peut  risquer  en  poussant  plus  avant 
ses  recherches  sur  la  nature  de  la  substance 
et  sur  les  causes ,  la  portée  et  l'essence  de 
ce  dualisme,  auquel  nous  venons  de  la  con- 
duire. Mais  nous  n'avons  pas  dessein  d'aller 


aussi  loin ,  et  ce  qui  vient  d'être  dit  suiSt 
pour  établir  contre  la  phjfsiologie  et  le  maté- 
rialisme cette  dualité  qui ,  en  même  tetuj^s 
qu'elle  est  une  vérité  scientifique ,  est  on 
lien  commun  de  la  croyance  populaire. 

Après  avoir  dégagé  le  principe  de  lunité 
du  mot,  nous  rappellerons  qu'il  est  telle- 
ment naturel  à  1  esprit  humain ,  que  pour 
établir  le  matérialisme  il  faut  changer  le 
sens  commun  et  innover  dans  le  commun 
langase.  L'abus  de  la  causalité  et  de  la  per- 
sonnalité, ou  la  déviation  des  organes  phré- 
nolo^ques ,  n*  22  et  n*  35 ,  a ,  selon  Breus- 
sais,  introduit  la  chimère  d'un  esprit  bamaiu  ; 
mais  ce  n'est  pas  tant  un  paradoxe  des  méta- 
physiciens spéculatifs  ou'une  croyance  du 
peuple  routinier ,  et ,  s  il  y  a  erreur ,  c'est 
une  de  ces  erreurs  accréditées  par  une  forte 
ap})arence,  par  un  air  de  vérité ,  tout  au 
moins  comme  l'était  jadis  la  foi  dans  le  mou- 
vement  du  soleil  et  l'immobilité  du  elobe 
terrestre.  Comme  disent  les  jurisconsultes , 
Vonus  probandi  est  donc  du  coté  des  physio- 
logistes. Ne  l'oublions  {>as  en  discutant  les 
preuves  ou  les  présomptions  de  Broussais.ll 
n'a,  à  ma  connaissance,  rien  établi  de  direct 
contre  ce  qui  vient  d'être  posé.  Il  a  plutôt, 
suivant  Tusage  des  physiologistes ,  présenté 
des  fins  de  non-recevoir,  qu  il  n'a  réfuté  eu 
soi  l'argument  philosophique. 

N'importe  ;  dans  cet  ordre  d'objections ,  il 
V  en  a  de  fortes ,  peut-être  même  d'insolu- 
bles, ce  qui  ne  serait  d'ailleurs  une  raison  ni 
de  nier  ni  de  douter.  Jusque  dans  les  ques- 
tions pratiques  de  la  vie,  la  raison  doit  saiFoir 
se  décider  même  contre  des  objections  inso- 
lubles. 

La  première  et  la  plus  générale  dans  la 

Juestion  qui  nous  occupe  est  prise  de  la 
ifiiculté,  ou,  si  l'on  veut ,  de  l'impossibilité 
de  se  représenter  l'esprit,  son  union  avec  le 
corps ,  et  son  action  sur  les  organes.  Conn 
ment  est  et  comment  agit  l'esprit  î  Mystère 
impénétrable ,  sans  doute  ;  mais  de  quel 
droit  nous  l'objectez-vous  T  N'est-ce  pas  une 
vérité  triviale  dans  votre  philosophie  qu'il 
est  téméraire  de  vouloir  connaître  le  com- 
ment des  choses  ?  Ne  faites-vous  ras  profes- 
sion de  penser  qu'il  y  a  des  mystères  impé- 
nétrables ?  Ne  dites-vous  pas  :  «  Nous  ne 
découvrons  pas  la  manière  dont  l'appareil 
nerveux  proauit  la  pensée.  Il  ne  s'agit  pas 
de  savoir  pourquoi  ni  comment  ;  rhypothe>c 

commencerait Le  comment  ou  la  cause 

première  reste  inconnue  pour  les  psychoio- 
gistes  comme  pour  les  pnysiologistes.  Les 
agents  primitif^...  meuvent  la  matière,...  la 
mettent  dans  divers  états  où  figure  l'état  de 
vie....  Voilà  le  mystère  impénétrable  de  la 
nature  ;,..  les  causes,  les  forces  ou  les  prin- 
cipes obtenus  par  la  voie  de  l'induction, 
cessent  de  l'être ,  dès  qu'on  y  pense  atlen* 


(706)  Voy.,  pour  le  développement  de  cette  dé- 
iBOBSlration  ,  Bvylb,  IHct.  erit. ,  art.  Dicéarque^ 
notes  G  et  L,  et  Leucippe,  note  E  ;  Tart.  Ame  de  la 

f[rande  Encuclopidie;  Conuillac,  Art  de  rationner^ 
iv.  1",  ch.  3  ;  Jouffroy,  Préface  de  la  traduction  de 
VEi^inisie  de  phitcs,  morale  de  D.  Stewart,  1826  ; 


Damiron  ,  Eisai  tw  t^itoire  de  ta  plntùuphe  n 
France  an  xw  titcU,  t.  1"  ;  EcoU  tauMëiitu,  rt 
Coaf$  de  philoêophU,  U  !•'  ;  Piyckoiope,  ch.  i  '  ; 
Revue  française.  Examen  de  Toiivrage  de  M.  Bmy 
sais,  n"*  xi,  1829. 


lui 


PHT 


D^ANTHROPOLOGie. 


rat 


IMt 


tÎTement ,  pour  se  résoudre  dans  le  grand 
inconnn.  Le  moi  se  passe  dans  la  matière  et 
par  les  impondérables  ,  peut-être  en  partie 
en  eux  ;  cest  un  mystère...  Le  phénomène 
de  la  conscience  est  un  fait  dont  on  doit 
s*abstenir  de  tenter  Fesplication.  Que  se 
passe-t-il  de  matériel  dans  les  nerfs  et  le 
cerTeau  pour  Texécution  de  leurs  fonc- 
tions?... Cest  le  grand  my$iêre  de  Técono- 
mîe  Tirante  (707).  m  On  le  Toit,  partout  il  j 
a  mystère.  11  y  a  dans  le  cas  de  Tmconnu  un 
ioTincible  inconnu.  Les  diverses  doctrines 
ne  sauraient  se  le  reprocher  mutuellement. 
On  ne  peut  examiner  qu'une  chose,  le  mys- 
tère est-il  plus  grand  .d*un  cAté  que  de 
Tautre  ?  Est-il  du  côté  du  spiritualisme  plus 
répugnant  pour  la  raison  que  du  côte  du 
matérialisme  7 

Nous  avons  déjà  touché  les  diflSirultés  du 
matérialisme.  11  iaut,  avec  Broussais,  que 
de  simples  condensations  d'une  substance 
molle  produisent  intégralement  et  substan- 
tiellement tous  les  genres  de  sensations, 
d*idées,  d*émotions,  aaflections,  de  volon- 
tés, et  dans  chaque  genre  les  variétés  infi- 
nies de  ces  divers  phénomènes  de  Faetivité 
mentale.  Cela  est  au  moins  étrange  et  trou- 
ble rimagination.  Un  froncement  de  pulpe 
avec  une  altération  insensible  de  tempéra- 
tore  et  de  couleur,  un  phénomène  d'irrita- 
tion, c'est-ànlire  de  pénétration  des  fluides 
impondérables  et  des  liquides,  sera  indiffé- 
remment, et  sauf  des  mooifications  fugitives, 
la  sensation  de  Todeur  d'une  rose,  la  sensa- 
tion de  la  soif,  la  convoitise  d'un  trésor,  la 
tentation  du  suicide,  la  découverte  des  lo- 
garithmes, l'invention  de  la  machine  à  va- 
leur, la  conception  du  Parodié  perdu j  le 
plan  de  la  bataille  de  Rivoli,  la  résolution 
du  chevalier  d'Assas,  l'improvisation  du  po- 
lichinelle de  Naples.  Cette  contraction  ner^ 
Teuse,  dans  ces  diverses  nuances ,  sera  tout 
cela  et  des  millions  d'autres  choses;  et  en 
même  temps  ces  millions  de  choses  ne  se- 
ront en  tout  que  contractions  nerveuses,  et 
rien  de  plus.  Broussais  ne  dit  pas  seulement 
qa'nne  contraction  nerveuse  est  attachée  et 
nécessaire  à  nos  actes,  mais  qu'elle  est  ces 
actes  mêmes,  en  tant  qu'accomplis  et  en 
tem^  que  perçus.  Résoudre  une  équation, 
ce  n  est  pas  employer  et  diriger  sou  cerveau 
de  manière  à  la  résoudre;  car  qui  l'em- 
ploierait ou  le  dirigerait,  si  ce  n'est  qu'un 
moi  distinct  des  organes,  par  conséquent  un 
esprit?  La  résolution  dune  équation  est 
une  action  du  cerveau  qui  se  meut  pour 
cela,  stimulé  par  une  équation ,  comme  le 
poumon  stimulé  par  Fair  vital  se  gonfle  et 
respire.  La  contraction  nerveuse,  encore 
un^^ois,  n'est  nt  le  moyen,  ni  l'instrument, 
ni  la  condition  de  la  chose,  c'est  la  chose 
même  ;  et  le  résultat  du  fait  de  penser  est, 
somme  le  penser  même,  un  phénomène  or- 
ganique. Je  le  demande,  ouoi  de  plus  diffi- 
cile à  comprendre?  Quoi  ae  plus  contraire  à 
la  présomption  naturelle  ?  Quoi  de  plus  ré- 

(707)  T.  l-,  p.  aiî,  «41;  t.  D,  p.  64  65,  74,  76, 
«6»  104  et  Wî. 


pu^^iant  pour  la  raison?  Essayez  de  vou3  r<*- 
présenter  cein  :  11  n'y  a  pas  d'esprit  :  l'idée 
n'est  plus  un  acte,  un  produit  de  l'esprit, 
un  certain  état  de  l'esprit;  l'idée  n'est  plus 
même  un  effet  d'une  opération  du  cerveau  ; 
car  un  eflbt  est  distinct  de  sa  cause,  et  il  fiiu- 
drait  que  l'idée  se  produisit  du  cerveau  dans 
un  autre  milieu,  qui  serait  alors  un  mot 
distinct  de  l'organe  ;  non,  elle  est  elle-roê-ne 
une  opération  du  cerveau.  Ce  je  ne  sais  quoi 
qui  est  comme  l'idée  de  la  vertu  uu  comme 
1  idée  d'une  quantité  négative,  n'est  que  de 
la  fihre  et  du  sang.  C'est  faute  de  la  voir, 
c'est  faute  d'être  organisés  pour  l'aperce- 
voir à  l'aide  des  sens,  que  nous  nous  figu- 
rons que  ce  ne  soit  pas  cela,  que  ce  soit  au- 
tre chose.  La  douleur,  la  colère,  la  pensée, 
le  souvenir,  la  compréhension,  ne  sont  pas 
seulement  des  produits  de  la  modification 
des  oreanes,  ce  ne  sont  que  des  organes 
modifiés.  Autrement  il  fiiudrait  qu'il  y  eût 
quelqu'un  qui,  par  le  moyen  des  organes, 
conçut,  reçût  la  douleur,  la  colère,  la  pen- 
sée, le  souvenir ,  et  alors  le  matérialisme 
n'existerait  plus.  Quand  je  dis  :  je  pense  à 
la  vertu,  je  devrais  dire  :  la  circonvolution 
placée  sous  le  pariétal ,  sous  la  partie  laté- 
rale de  la  voûte  de  mon  crâne  (708),  est  dans 
l'état  de  tension ,  de  couleur  et  de  chaleur  , 
expérimentalement  connu  sous  le  signe peti^ 
êéedela  ver  lu.  Pensée  de  la  vertu»  souvent  n 
de  Rome,  calcul  des  fractions,  sont  des  états 
d'oif ânes  comme  œdème ,  bjrpertrophie  ,. 
phlosose,  gangrène  ;  et  ce  qui  est  curieux 
et  n&sessaire ,  les  idées  de  gangrène ,  phlo- 
gose,  hypertrophie,  œdème,  sont  aussi  des 
états  des  organes»  distincts  des  états  mêmes 
désignés  par  ces  noms.  Quand  le  ceeveau, 

Kr  exemple»  pense  an  cerveau,,  il  est»  dans 
tat  physique,  idée^  du  cerveau  »  état  où 
lui-mêime  représente  lui-même- à  lui-même, 
sans  que  lui-même  se  sente  lui-même. 

Demandez-moi  maintenant  comment  un 
esi>rit  peut  agir  sur  un  corps;  cela  est  mys- 
térieux. J'en  conviendrai  ;  mais  les  idées, 
les  sentiments ,  les  raisonnements  ne  sont 
pas  {NHir  l'expérience  des  choses  corporel- 
les ;  il  est  impossible  de  leur  percevoir  ni 
concevoir  une  étendue»  une  impénétrabilité 
quelconque,  et  je  vous  demanderai  à  mon 
tour  comment  des  corps  peuvent  produire 
des  choses  incorporelles ,  comment  des  or^ 

S  ânes  peuvent  engendrer  des  sentiments , 
es  idées ,  des  raisonnements  ;  comment  le 
sensible  i>eut  engendrer  l'insensible.  Ce 
mystère-cî  vaut  l'autre.  Qu'on  y  songe  bien, 
un  frémissement  fibreux  sera  pour  lui- 
même  la  démonstration  du  théorème  de 
Ta^lorl  Et  par  suite  ce  théorème  n'existera 
ou  autant  qu'un  cerveau  sera  actuellement 
dans  l'état  local  d'irritation  qui  devrait  eu 
porter  le  nom  1  Voilà  le  sort  réservé  aux 
vérités  éternelles  des  mathématiques. 

Dans  les  deux  systèmes,  la  difficulté  vient 
de  la  dissemblance  qui  existe  entre  les  deux 
termes  qu'il  faut  ou  rapprocher  ou  confrm- 

(708)  Organe  de  h  conscience  morale,  ou  c  >ii^ 
cicnciosité.  (Srvazacui  ) 


1143 


PllY 


DICTIONNAIRE 


PBT 


1144 


dre.  Remarquez  cependant  une  différence 
saillante;  pour  le  spiritualisme ,  les  deux 
dissemblables,  le  corns  et  Tesprit,  sont  dans 
la  relation  d'action  ae  Tun  à  Tautre ,  selon 
ce  que  Kant  appelle  la  catégorie  de  commu- 
nauté Igermeinschaft  ^  ou  commerce).  Pour 
ie  matérialisme,  les  deux  termes  sont  dans 
la  catégorie  d'attribut  à  substance  ou  d'effet 
à  cause  Le  spiritualisme ,  en  effet ,  ne  dit 
pas  que  Tesprit  produit  le  corps,  ce  qui  pa- 
raîtrait plus  que  mystérieux  ,  ce  qui  paraî- 
trait absurde  ,  au  lieu  que  le  matérialisme 
attribue  au  corps  la  puissance  de  produire 
l'incorporel  ou  de  se  manifester  par  l'incor- 

f>orel.  Pour  l'un  le  corps  est  le  relatif  de 
'esprit;  pour  l'autre,  le  spirituel  est  l'effet 
ou  le  mode  du  corps.  Ce  dernier  mystère  est 
tout  à  fait  inintelligible  ;  le  premier  au  con- 
traire se  réduit  à  la  conception  d'un  être 
dont  la  nature  soit  précisément  de  compren- 
dre ce  qui  n'est  pas  lui,  ou,  p)\is  brièvement 
de  •comprendre.  Or  tout  revient  à  la  ques- 
tion de  savoir  d'abord  si  le  fait  de  Tintel- 
ligence  existe,  ensuite  si  ce  fait  ne  donne 
pas  nécessairement  l'existence  de  l'être  in- 
telligent, être  8ui  generisj  aucune  propriété 
de  la  matière  observable  ou  concevable  ne 
donnant  Tintelligence ,  et  n'étant  pour  la 
raison  compatible  avec  l'intelligence.  Une 
fois  que  l'être  intelligent  serait  reconnu 
comme  nécessaire,  on  ne  serait  plus  rece- 
vable  à  demander  comment  il  est  dans  un 
certain  commerce  avec  la  matière,  car  ce  se- 
rait demander  ce  qui  résulte  de  la  suppo- 
sition môme.  Par  la  supposition  ,  ou  lôtre 
intelligent  n'est  pas,  ou  il  est  l'être  qui  n'est 

f)as  la  matière.  Et  du  moment  que  cette  re- 
ation  existe,  l'action  de  l'une  sur  l'autre, 
à  l'aide  d'une  liaison  et  d'une  coordonnance 

{préalable  »  devient  admissible  comme  une 
orme  ou  une  condition  de  cette   mysté- 
rieuse relation. 

La  relation  donnée ,  je  ne  refuse  pourtant 
pas  de  l'examiner ,  et  de  réduire  à  sa  juste 
valeur  cette  interrogation  sans  cesse  renais- 
sante de  Broussais  :  Comment  ce  qui 
n'est  pas  corps  peut-il  exercer  de  l'action  sur 
ce  qui  est  coips? 

Cest  demander  en  d'autres  termes  com- 
ment le  dissemblable  peut  agir  sur  le  dis- 
semblable. Ceci  parait  s'appuyer  sur  le  prin- 
cipe longtemps  reçu  en  pnysique  :  le  sem- 
blable ne  peut  agir  que  sur  le  semblable  ; 
principe  admis  par  toute  l'antiquité,  et  qui, 
dès  le  temps  de  Démocrite,  et  dans  ses  mains, 
fut  l'instrument  du  matérialisme  (709).  Mais 
d'abord  ce  principe,  pris  d'une  manière  ab- 
solue, est  faux  ;  car  le  rigoureusement  sem- 
blable c'est  l'identique,  et  en  physique  l'i- 
dentique n'agit  pas  sur  lui-même.  Toute  re- 
lation d'action  nécessite  au  moins  la  du- 
pHcitét  c'est  déjà  une  dissemblance,  et  il  y 
aurait  plus  de  vérité  à  dire  :  Il  n'y  a  d'action 

Î n'entre  les  différents.  Il  faut  au  moins  une 
ifférence  de  lieu  entre  les  mêmes  ;  et  en- 
core en  différant  de  lieu,  les  mêmes  agissent 
peu  les  uns  sur  les  autres  ;  il  faut  supposer 


en  eux  des  forces  contraires  pour  qu*un  loi 
phénomène  s'accomplisse.  En  chimie,  il  n'y 
a  que  les  différents  qui  agissent  les  uns  sur 
les  autres.  Le  spectacle  de  toute  la  nature 
atteste  qu'un  certain  degré  de  différence  en- 
tre les  corps  est  nécessaire  à  l'action  des 
uns  sur  les  autres. 

Jusqu'où  peut  aller  celte  différence  sans 
que  l'action  devienne  impossible?  Elle  peut 
aller  très-loin;  on  dirait  que  Faction  est 
d'autant  plus  intense  que  la  différence  est 
plus  grande.  Exemple  :  Les  rapports  d'ac- 
tion qui  se  manifestent  entre  les  corps  or- 
ganises et  ceux  qui  ne  le  sont  pas.  Méca- 
niquement, quelle  force  modîQe  plus  la  ma- 
tière que  la  force  humaine  ?  Chimiquement, 
quel  corps  la  modifie  plus  que  l'animal  gui 
se  l'assimile?  Comme  aussi  quelle  action 
saisissante,  terrible  même,  les  corps  inor- 
ganiques ne  peuvent-ils  nas  exercer  sur  les 
corps  organisés  1  II  semblerait  que  ractioii 
n'est  iamais  plus  énergique  qu'entro  les  hé- 
térogènes. 

Mais  il  faudrait  s'entendre  sur  l'hétéro- 
généité ;  c'est  une  expression  dont  ie  sens 
varie  suivant  l'ordre  d'idées  dans  lequel  on 
raisonne.  Les  hétérogènes  de  la  mécanique 
ne  sont  pas  ceux  de  Ta  chimie,  et  une  défi- 
nition générale  serait  difficile.  C'est  avec  les 
physiologistes,  c'est  avec  Broussais  que 
nous  discutons.  Pour  ceux  qui  ne  croient 
qu'à  la  matière,  il  u'v  a  dans  tout  ce  qni 
existe  rien  de  plus  hétérogène  que  ce  qu  ils 
appellent  les  impondérables  et  les  corps  pe- 
sants. Ils  l'admettent  au  point  d'expliquer 
presque  tout  par  elle.  Voilà ,  certes ,  une 
grande  dissemblance  :  l'impondérable  a^t 
sur  le  pesant  !  C'est  la  négation  de  l'axiome: 
le  semblable  agit  seul  sur  le  semblable. 

Mais  qu'est-ce  qu'un  impondérable?  C'est 
un  corps  sans  pesanteur.  C'est  un  corps; 
car,  que  serait-ce  ?  un  esprit  ?  Nous  pour- 
rions, nous,  dire  de  ces  folies  ;  mais  les  phy- 
siologistes ne  nous  feraient  pas  si  beau  jeu. 
C'est  donc  un  corps ,  et  un  corps  sans  pe- 
santeur; non  pas  un  corps  pesant  dont  la 
pesanteur  serait  absolument  insensible; 
car,  qu'est-ce  qu'une  pesanteur  insensible, 
une  pesanteur  qui  ne  pèse  pas?  La  pesan- 
teur n'est  pas  une  qualité  absolue  de  la 
matière  ;  l'idée  de  pesanteur  est  relative  à 
l'homme.  La  pesanteur  est  un  effet  d'une 
propriété  qui  peut-être  elle-même  n*es(  point 
absolue.  Peser  suppose  une  sensation  :  les 
impondérables  sont  donc  les  corps  sans  pe- 
santeur. Tout  le  monde  sait  d'ailleurs  quils 
sont  invisibles,  intangibles,  et  ainsi,  |>onr 
les  sens  du  moins  ,  immatériels.  Or,  qu'est- 
ce  qu'un  corps  ainsi  conçu?  Ce  qui  lui  reste 
des  qualités  de  la  matière  est  insaisissable, 
et  il  y  a  bien  du  mystère  dans  ces  mots  :  la 
matière  électrique  ou  le  fluide  lumineui. 
Je  n'en  conteste  pourtant  pas  l'existence. 
Je  demande  seulement  si  la  nature  de  ces 
corps  ne  devrait  pas  donner  de  pands  sou- 
cis, de  grandes  défiances  aux  physiologis- 
tes, et  si  elle  ne  devrait  pas  être  saluée  de 


(700)  Aristote,  Metaphys,,  xii,  10;  De  gcnerat.  et  corr,,  i,  7;  Sexi.  Emp.  adv,  Matth.  i,  7. 


lia 


PHT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


niT 


IliS 


leur  pari  de  la  déeUralion  aupeibemenl 
homble  qu'ils  ne  comprennent  pas  ce  qu'on 
veut  dire  quand  on  en  parle. 

Et  la  nature  de  ces  corps  n'est  pas  toul  ; 
reste  leur  action.  Qu'est-ce  que  cette  ac- 
tion? Il  est  bien  aisé  d'nnir  ensemble  les 
mots  suivants  :  «  Nous  ne  vivons  que  par 
l'excitation.  L'excitabilité  est  entretenue 
ftar  le  calorique  et  roiV£rène...  L'électricité 
jdue  aussi  un  grand  rôle...  Les  impondé- 
rables donnent  a  la  matière  cérébrale  la 
puissance  de  produire  ces  phénomènes  vi- 
taux. Le  moi  se  passe  par  ou  dans  les  im- 
liTindérables.  Le  concours  d'une  matière  vi- 
vante et  des  impondérables  peut  être  donné 
niinme  cause  appréciable  du  sentir  et  du 
moi.  »  Mais  en  vérité  qu'est-ce  que  cela  veut 
dire  comme  explication?  Ce  n'est  qu'une 
traduction,  encore  très-hasardée,  des  phéno- 
mènes; c'est  Texpression  de  quelques  ap- 
I>arences  combinées  avec  quelques  hypothè- 
ses, expression  destinée  à  représenter  sjsté- 
maliouement  des  faits  certains;  mais  je  ne 
vois  aailleurs  rien  de  plus  convenable  dans 
tout  cela  que  dans  Tunion  de  l'Ame  et  du 
corps  (710). 

On  me  répondra  ce  que  j'ai  dit  moi-même, 
que  toutes  les  théories  des  faits  un  peu 
cooipliqués  de  la  physiologie,  de  la  chimie, 
de  la  physique,  se  réduisent  à  des  descrip- 
tions de  mouvements,  et  le  mouvement  à 
des  phénomènes  d  attraction  ou  de  répul- 
sion,  peut-être  même  d'impulsion  seule- 
ment ;  et  1  on  en  conclura  que  Faction  et  la 
réaction  des  corps  entre  eux  se  bornent  à 
des  phénomènes  de  mouvement,  quoique 
niTstérieuse  dans  ses  effets,  et  aussi  admis- 
sîTile  que  les  phénomènes  les  plus  simples 
des  forces  mécaniques.  Ainsi  Ton  expliquera 
tout  par  le  mouvement.  Mais  d'abord,  quoi 
de  pins  obscur  que  le  mouvement?  Que  n'en 
a-t-on  pas  dit  chez  les  Grecs,  que  n'en  a-t-on 
fias  dit  chez  les  modernes,  jusqu'à  ce  que 
Galilée  s'avisât  d'en  recfiercber  les  lois  au 
lieu  d'en  scruter  la  nature?  Puis,  est-ce  donc 
chose  si  intelligible  que  l'action  purement 
mécanique  d'un  corps  sur  un  autre   pour 
qu'on  y  trouve  encore  le  cause  de  l'essence 
même  dn  sentiment  et  de  la  pensée?  L'im- 
f  ulsion,  la  plus  simple  impulsion  elle-même 
es»t  impénétrable;  et  en  assimilant  k  Tim- 
fulsion  le  phénomène  de  la  perception  ou 
d^  la  volonté,  on  croira  Ta  voir  mieux  com- 
l«rise!  Mais  n'est-ce  pas  expliquer  obicurum 
au  moins  par  obscurum:  et  parce  que  vous 
ne  s^rez  pas  pourquoi  ni  comment  une  bille 
l»ou5seune  bille,  saurez-vous  mieux  com- 
ment le  corps  et  l'esprit  agissent  l'un  sur 
Tautre,  quand  vous  aurez  dit  qu'il  se  passe 
cri  ire  eux  la  même  chose  qu'entre  les  deux 
L»i Iles  (711). 

Ne  sortons  pas  de  cet  ordre  d'exemples. 
Presque  tous  les  physiciens  admettent  des 

(710)  De  tirrii.,  etc.,  L  I",  p.  242, 247  ;  t  il,  p. 
71,273,274,276. 

(711)  Gel  argument  a  été  parfaitemeot  dévdo|ipé 
•fans  on  «ovnfe  remaniiiable  el  peu  oooira ,  Doe^ 
M  imcdti  rapporii  dm  ptn^ùifMe  et  du  moral,  par  F.  Bé- 


forces.  Slls  les  supposent  distincCes  des 
corps,  voilà  des  existences  incorporelles,  ac* 
tives  cependant  et  agissant  sur  les  corps ,  et 

f>roduisant  des  phénomènes  sensibles.  C'est 
a  même  difficulté  que  celle  de  Faction  de 
rame  sur  le  corps.  Si  cette  difficulté  n  arrête 
pas  quand  il  s'agit  de  mouvement  inor^^ani- 
que,  elle  ne  doit  pas  arrêter  en  physiologie  ; 
car  il  est  naturel  d*indnire  du  sjpectacle  de 
l'activité  humaine  que  le  prinape  de  cette 
activité  est  une  force  en  même  temps  qu'une 
intelligence.  Mais  il  est  vrai  que  Broussais 
n'admet  la  force  qu'avec  répugnance,  même 
dans  Tordre  physique  (712).  Accordons-lui 
tout  :  Il  n'y  a  point  de  force,  il  n'y  a  que 
des  éires  forts,  comme  il  n'y  a  d'étendue  ou 
de  solidité  que  dans  le  concret.  Ces  êtres 
Ibrts  sont  les  atomes  actifs.  Les  atomes  ao-» 
tifs  sont  les  derniers  éléments  des  corps, 
ayant  en  eux-mêmes ,  comme  conditions  de 
leur  existence,  toutes  les  propriétés  néces* 
saires  pour  produire  les  phénomènes  sans 
nombre  de  1  Univers ,  depuis  le  mouvement 
de  diastole  et  de  systole  du  cœur  jusqu'à  la 
course  elliptique  du  soleil  autour  du  fojer 
inconnu  de  son  incommensurable  orbite; 
depuis  l'adhérence  réciproque  des  imper- 
ceptibles fossiles  à  cent  <{aatre-vingt-sept 
millions  par  grain  dans  le  tnpolide  Bohême, 
jusqu'à  la  conception  nerveuse  de  l'autre 
vie  dans  la  protubérance  cérébrale  de  l'idéa- 
lité. Mais  alors,  je  le  demande,  est-ce  là,  je 
ne  dis  pas  une  science,  une  explication,  ja 
ne  dis  pas  une  expression  philosophique  » 
mais  une  description  intelligible  et  de  sens 
commun  ?  Qu'est-ce  qu'une  physique  qui  se 
réduit  à  dire  :  U  n'y  a  que  des  corps  sans 
force  distincte ,  et  constitués  de  manière  à 

Iiroduire  tout  ce  qui  se  passe?  Ce  n'est  pas 
à  une  science  ;  c'est  la  né^^ation  de  toute 
science  ;  c*est  le  sytème  des  qualités  occultes 
dans  sa  plus  grande  nudité  ;  c'est  le  mystère 
affirmé  en  langage  mystérieux. 

Une  seule  lumière  luit  au  milieu  des  té- 
nèbres. Point  d'âme,  point  d'esprit,  point  de 
forces;  mais  il  y  a  une  cause  première  in* 
connue,  et  c'est  parce  que  cette  cause  existe 
que  les  choses  sont  comme  elles  sont.  De 
ses  propriétés ,  de  ses  lois ,  de  sa  nature ,  de 
sou  action,  d'elle,  en  un  mot,  résulte  l'ordre 
que  nous  voyons.  Le  monde  est  son  phé- 
nomène. Faute  de  pouvoir  montrer  que  la 
matière  soit  intelligente  par  elle-même, 
c'est-A-dire  en  vertu  seulement  de  ses  pro- 
priétés et  des  agents  physiques  qui  1  ani- 
ment, on  admet  en  sus  Taction  de  la  cause 
première,  et  sur  cette  action  invisible,  in- 
connue, indescriptible ,  on  reporte  tout  ce 
qu'on  n'ose  expliquer  par  la  simple  puis- 
sance des  causes  connues.  On  chai^  le  pre- 
mier principe  de  tout  ce  qu'à  elle  sente  la 
matière  en  mouvement  ne  saurait  donner. 
C'est  lui  qui  s'irrite  et  qui  se  meut,  qui  sent 

AAi»  (I  vol.  io-^,  Puis,  1823).  Cest  aoe  réfoU- 
tioo  de  Cabanis  et  an  traité  de  ps jdMiogir . 

(712)  De  rirritmtiom ,  PréfMe ,  pages  lxv,  lxvi, 
Lxxv,  Lxxvi;  —  t4MBe  i«%  pages  51»,  566;  lonc  11^ 
page  69. 


fU7 


PHY 


DICTIONNAinE 


MfT 


flU 


et  qui  pense,  dans  tous  les  êtres  organisés, 
simples  machines  dont  il  est  le  moteur  im- 
médiat et  commun,  formes  diverses  de  TE- 
tre  unique  et  suprême. 

Ht»  quidem  iignis  atque  hœc  exempta  »ecuti, 
Eise  ajnbm  partem  aivinœ  menti»,  et  hau»tu» 
jEthereo»  dixere  :  Deum  namque  ire  per  omnes 
Terra$que,  tractu»que  mari»,  cœlumque  profundum; 
ttine  pecudet,  armenta,  viro»,  gehu»  omne  ferarum, 
Quemque  »ibi  tenue»  na»centem  arce»»ere  vita»  : 
Scilicet  hue  reddi  deinde,  ac  resoluta  referri 
Omnia;  nec  morti  e»»e  locum,  »ed  viva  votare 
Sideri»  in  numéro  atque  alto  »uccedere  cœlo. 

Or,  sait-on  bien  comment  s'appelle  cette 
opinion?  Elle  s'appelle  le  panthi^isme.Brous- 
sais  est  panthéiste.  Comment  l'éviterait-il? 
11  ne  veut  pas  du  principe  spirituel  indivi- 
duel ;  le  spiritualisme  est  un  roman  dont  le 
héron  est  un  homme  déguisé. (liS).  Reste  le 
matérialisme  ;  mais  le  matérialisme,  réduit 
à  la  physique  expérimentale,  est  trop  in- 
suffisant. L  oxvgène ,  le  calorique,  Télectri- 
cité,  ont  beau  faire,  ils  ne  peuvent  tout  faire, 
il  faut  quelque  chose  de  plus,  il  faut  une 
cause  au  delà  de  tous  ces  agents,  qui  se 
mette  en  rapport  avec  Thomme  dans  le  mi- 
lieu nerveux,  dans  Talbumine  irritable  (7U). 
Le  recours  à  Faction  de  la  cause  première 
pour  expliquer  les  phénomènes  immédiats, 
cette  ascension  sans  intermédiaire  de  Tindi- 
viduel  au  général,  c'est  proprement  le  pan- 
théisme. Le  matérialisme  y  conduit  néces- 
sairement les  esprits  distin^és,  car  en  lui- 
même  il  n*est  pas  une  position  tenable. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  cette  cause  supérieure 
aux  phénomènes  agit  sur  le  monde  matériel 
et  dans  le  monde  matériel  sans  être  obser- 
vable, sans  avoir,  à  l'existence  qu'on  lui  re- 
oonnatt, d'autre  titre  que  d'être  exigée  parla 
raison  (715).  Comme  nécessité  lo<pque,  cette 
cause  suprême  se  fait  admettre  d  autorité  ; 
on  ne  lui  dispute  plus  la  réalité,  quoiqu'elle 
n'ait  aucun  des  attributs  de  la  nature  maté- 
rielle; ni  l'action,  quoiqu'elle  doive  agir  sur 
cette  nature  matérielle  dont  elle  est  si  dif- 
férente. Que  deviennent  après  une  telle 
concession  la  plupart  des  objections  péremp- 
toires  dirigées  contre  le  spiritualisme?  Que 
devient  cette  impossibilité  prétendue  d'ad- 
mettre quoi  que  ce  soit  de  dépourvu  des  ap- 
parences corporelles,  et  de  l'admettre  aîris- 
sant  sur  le  monde  des  apparences  corporelles? 
Elle  tombe  et  l'argument  principal  de  maté- 
rialisme perd  sa  validité  universelle. 

Ne  dites  donc  plus  que  l'esprit  ne  peut 
agir  sur  le  corps,  puisque  voire  cause  non 
phénoraéuale  produit  les  phénomènes,  et 
inobservable  dans  le  monde,  agit  sur  le 
monde  observable  ;  il  n'est  ni  plus  absurde, 
•  Ai  plus  contradictoire,  ni  plus  difficile  de 
concevoir  dans  l'homme  une  force  intelli- 
gente et  voulante,  une  cause ,  un  principe» 

(715)  De  tirritation.  t.  II,  p.  85. 

(7i4)  Ibid,,  t.  Il,  p.  182,  186. 

(715)  Nous  disons  par  la  raison  ,  puisque  Citle 
notion  se  forme,  sutirani  Broussais,  en  vertu  de  la 
causalilé,  faculté  supérieure  oi  réilective.  Mais  cette 
Uculié,  agissaiu  par  Tinduction  spontanée  et  non 


un  être  inconnu  et  invisible,  mais  attesté  par 
ses  phénomènes  immédiats ,  comme  la  sub- 
stance corporelle  par  ses  qualitésou  appa- 
rences sensibles  qui  sont  ses  phénomènes.  L'i- 
dée d'un  tel  agent  n'est  pas  plus  négative  que 
celle  d'une  cause  suprême  conclue  par  in- 
duction de  l'ordre  de  ce  monde,  mais  qu  on 
n'assimile  à  aucun  phénomène  de  ce  monde; 
jamais  inaccessible  aux  sens  n'a  été  syno- 
nyme de  néant.  Dire  que  l'esprit  ne  oeut 
agir  sur  le  corps  parce  que  Te  né^atii  ne 
peut  agir  sur  le  positif  (716),  c'est  décider 
la  question  par  la  question;  Tesprit  n'est  né- 
gatif que  s'il  n'existe  pas.  Parce  qu'en  méta- 
physique on  arrive  souvent  à  l'idée  de  sub- 
stance spirituelle  par  l'élimination ,  et  si 
l'on  veut  par  la  négation  des  phénomènes 
ou  qualités  de  la  matière,  il  ne  s'ensuit  pas 
que  rôlre  spirituel  soit  négatif.  N'être  [«s 
telle  ou  telle  chose  n'équivaut  pas  à  n'être 
rien,  et  ce  n'est  point  mer  un  être  que  de 
le  définir  iiar  ce  qu'il  n'est  pas.  D'ailleurs, 
quand  on  dit  avec  Descartes  :  L'esprit  est 
inétendu ,  on  entend  surtout  qu*il  est  un. 
La  substance  une,  sujet  des  phénomènes  du 
sentiment  et  de  la  pensée ,  c'est  une  idée 
positive  ,  non  une  négation.  Ce  n'est  pas 
une  négation  en  logique,  et  pour  la  traiti^r 
comme  telle  en  ontologie,  il  faudrait  avmr 
prouvé  qu'elle  n'existe  pas,  or  c'est  ce  qui 
est  resté  à  démontrer. 

Conclusion.  Les  physiologistes ,  et  Brous- 
sais en  particulier,  n'entreprennent  de  prou- 
ver leur  thèse  que  par  des  objections  apri&ri 
contre  la  thèse  contraire.  Nous  croyons 
qu'il  résulte  de  cet  examen  que  de*  ces 
objections,  les  unes  sont  supprimées,  les 
autres  sont  affaiblies ,  et  que  celles-ci ,  eo 
tant  qu'elles  subsistent ,  sont  démontrées 
communes  à  tous  les  systèmes.  C'est  ce  que 
résument  les  propositions  suivantes  : 

V  Si  la  contraction  est  la  forme  générale 
de  l'action  de  la  matière  cérébrale,  il  n'y  a 
nulle  identité,  nulle  analogie  percevable  en- 
tre un  nerf  contracté  et  un  phénomène  de 
pensée. 

^  L'assertion  qui  confond  avec  les  phé- 
nomènes d'innervation  les  phénomènes  in- 
tellectuels et  moraux,  ne  repose  donc  sur 
aucune  observation  directe,  soit  interne, 
soit  externe,  soit  des  sens,  soit  de  la  cons- 
cience; et  comme  d  ailleurs  elle  ne  résulte 
d'aucune  des  lois  de  la  raâson,  elle  est  grt- 
tuite. 

3"  Ce  n'est  donc  pas  un  procédé  léffîtiine 
de  la  science,  une  application  régulière  de 
la  méthode  expérimentale ,  que  de  nier  des 
causes  spéciales  ou  des  sujets  f^péciaux  pour 
des  effets  ou  phénomènes  spéciaux»  quand 
d'ailleurs  on  admet  des  causes  incotinae>, 
des  actions  mystérieuses,  ou  tout  au  moios 
une  cause  première  dont  l'action  et  la  natunr 
sont  impénétrables. 

liai  suite  d^une  perception  directe,  il  Tappelfe  ««- 
timent.  c  On  ne  peut  remonter  que  par  le  seattaroK 
à  un  mobile  supérieur  aux  impondérables.  »  (T.  h  • 
p.  569.  > 
(716)  De  tirriUtionf  t.  D ,  ch.  6,  aedi  6,  ^  ^ 


1119 


rav 


D*A!ITBROMLOG1F. 


PUl 


Il5i 


V  Toutes  les  objeetioDS  préalables  que  1  on 
dirige  ooDtre  Texislence  et  Taetion  d'un 
prindjie  pensant,  retombent  ainsi  sur  le 
matérialisme  quand  il  n*est  pas  athée. 

5*  L'unité  du  mot  à  trafers  ses  phénomè- 
nes suppose  l'unité  de  substance.  L'unité  de 
substance  du  mot  étant  nécessaire ,  sa  liai- 
son avec  les  organes  devient  le  fait  donné 
par  Texpérience.  Comment  s*opère  cette  liai- 
son, comment  est-elle  oossible?  là  est  le 
mvstère. 

G*  Cette  liaison  étant  admise»  les  organes 
étant  une  condition  de  l'action  de  Tintelli- 
gence,  toutes  les  suites  de  Télat  des  orga* 
nés  pour  Tin  tell  igence,  tous  les  faits  connus 
de  réaction  du  physique  sur  le  moral,  sont 
des  choses  fort  natarelles,  qui  concordent 
avec  llijpothèse  d'une  liaison,  aussi  bien 
qu  avec  l'hypothèse  d'une  confusion. 

T  Quant  au  rapport  entre  le  physique  et 
le  moral,  on  peut  renoncer  à  l'expliquer,  il 
le  dut  même;  et  la  tentative  de  le  représen- 
ter par  les  propriétés  seules  de  la  matière , 
d*une  part  ne  réussit  pas ,  de  l'autre  excède 
la  portée  de  la  science.  Le  comment  reste 
dans  tous  les  cas  un  mystère  impénétra- 
ble. 

8*  n  est  plus  obsfTur  dans  l'hypothèse  du 
matérialisme;  il  y  a  dans  cette  hypothèse 

Elus  qu'obscurité,  il  y  a  contradiction  avec 
«  phénomènes.  La  matière  n'a  jamais  Tu- 
nrié  du  mot;  les 'phénomènes  du  moi  n'ont 
non  de  commun  avec  les  Qualités  de  la  ma- 
tière. 

En  définitive,  et  supposition  pour  suppo- 
sition, tout  se  réduit  à  savoir  quelle  hypo- 
fhèse  est  plus  admissible,  de  celle  d'un  être 
/nlelligent,  uni  par  une  relation  mystérieuse 
»  TCCT  le  corps,  ou  de  celle  de  la  matière 
étendue  et  multiple,  pourvue  de  la  propriété 
i^ystérieuse  de  sentir,  de  penser  e!  de  rai- 
.  i^roncr,  c'est-à-dire  de  faire  acte  d*unité,  en 
^  ertu  d'un  simple  arrangement  de  parties. 
Or  le  mystère  de  l'action  d'un  principe  de 
nature    inconnue    sur  la  matière  dont  il 
est  distinct  a  pour  précédent,  pour  type  ou 
pour  analogue,  le  mystère  de  l'action  non 
contestée,  soit  des  forces,  soit  des  causes 
ffremières  sur  Iç  monde  ;  tandis  que  le  mys- 
j^re  delà  matière  intelligente  est  en  contra- 
lîction  avec  tous  les  phénomènes,  autant 
{u*avec  la  raison. 

Trois  motifs  portent  à  contester  l'existence 
le  I*esprit.  —  Cette  existence  ne  nous  est 
ttestée  par  aucune  perception,  révélée  par 
ijcune  intuition  directe.  —  Les  phénomènes 
[*où  elle  est  induite  sont  constamment  ac- 
ompagnés  de  phénomènes  organiques.  — 
i  les  uns  et  les  autres  appartenaient  à  des 
rineipes  différents,  l'union  de  ces  deux 
nncîpes,  qui  serait  l'union  de  l'âme  et  du 
r>rp$,  serait  inexplicable  :  donc  elle  est  im- 


On  peut  répondre  :  En  admettant  que 
esprit  n'existe  pas,  nous  n'avons  pas  da- 
9Xita;^e  intuition  ou  perception  de  la  cause 
B  ^  phénomènes  intellectuels.  —  Les  phéno- 


mènes organiques  eux-mêmes  ne  peuTent  s® 
concevoir  que  par  la  supposition  de  eause^ 
ou  de  forces  qui  ne  sont  ni  constatée;^  ni  ex- 
pliquées, ni  connues.  —  L'union  de  la  ma- 
tière des  organes  avec  les  propriétés  qui  en 
font  des  oi^anes  vivants  est  elle-même  inex- 
plicable :  donc  elle  est  impossible. 

Sur  ces  trois  chefs,  le  procès  contre  la 
physiologie  serait  plus  facile  à  instruire  et  à 
motiver  que  ne  l'est  celui  qu'elle  intente  à 
la  métaphysique.  Un  gros  livre  ne  suifirait 
pas  à  l'analyse,  même  sommaire,  des  svstè- 
mes  sur  le  principe  de  l'organisation,  de  la 
vie,  de  l'animation,  de  la  sensibilité.  Les 
hy[)othèses  et  les  formules  ont  été  diversi- 
fiées à  l'infini  pour  expliquer  ou  exprimer 
ce  qui  lait  que  nous  sommes  ce  que  nous 
sommes  physiquement.  Cet  essai  a  offert 
plus  d'une  ailnsion  aux  doutes  et  aux  discor- 
dances de  la  science  sur  le  principe  physique 
des  phénomènes-intellectuels.  Personne  n'ose 
les  rapporter  purement  et  simplement  aux 
propnétés  connues  de  la  matière  en  général. 
Si  elle  était  pensante,  sentante,  animée  seu- 
lement, ou  seulement  organisée,  en  vertu  de 
ses  propriétés  générales,  elle  le  serait  tou- 
jours et  partout,  comme  elle  est  étendue, 
impénétrable,  figurée,  colorée,  et  les  attri- 
buts qui  la  placent  accidentellement  dans  le 
règne  animal  se  retrouveraient  essentielle- 
ment dans  ses  moindres  parties.  La  mort.se 
réduirait  à  la  dispersion  des  molécules  orga- 
niques, et  celles-ci  emporteraient  chaaine 
avec  elle  leur  part  de  sensibilité,  d'intelli- 
gence et  de  vie.  Or,  cela  n'est  pas  :  ces  ca- 
ractères résident  distinctement  et  exclusive- 
ment en  de  certains  agr^ats  individuels  qui 
sortent  de  ligne,  et  qui  ne  les  conservent 
qu'autant  que  subsiste  la  cause  invisible  qui 
les  a  développés  et  qui  les  maintient.  Ces 
caractères  tiennent-ils  à  l'agrégation  même? 
Il  le  parait;  mais  ce  n'est  pas  cependant  la 
combinaison  des  molécules  chimiques  d'oxy- 
gène, d'azote,  de  carbone  ^i  d'hydrogène, 
principes  généraux  de  la  matière  animale, 
qui  suflit  à  la  constituer  telle  qu'elle  nous 
apiHiratt.  L'animal  est  un  agrégat  formé  sui- 
vant un  certain  plan,  dans  uu  certain  but; 
un  corps  mécaniquement  et  chimiquement 
disposé  comme  le  corps  humain  serait  pro- 
duit par  l'art,  qu'il  ne  serait  qu'un  corps  in- 
animé. Le  corps  «d'un  être  tué  en  parfaite 
santé  donne  la  preuve  visible  que,  même 
composées  et  placées  dans  l'ordre  particu- 
lier k  Toi^nisation ,  les  molécules  maté- 
rielles ne  suflBsent  pas  pour  produire  la  na- 
ture vivante.  Dans  la  formation  de  l'animal, 
ces  molécules  acquièrent  donc  une  propriété 
s|)éciale  qu'elles  ne  tireraient  jamais  d  elles- 
mêmes.  Si,  comme  on  n'en  saurait  douter* 
elles  ne  sont  pas  des  substances  nouvci'es 
créées  à  nouveau  pour  chaque  être  et  dé- 
truites avec  chaque  être;  s'il  n'y  a  pas,  lors- 
que l'animal  est  conçu,  transmutation  de  la 
matière,  mais  appropriation  de  la  matière 
préexistante  à  une  nature  nouvelle,  cette 
nature  nouvelle  suppose  uu  principe,  une 
cause,  une  propriété  qui  la  transforme  et 
qui  s'unit  temporairement,  à  elle,  sans  touter 


mi 


PHY 


JMGTîO.NNAlli£ 


PUT 


1131 


fois  s'identifier  jamais  avec  ses  parties.  Or, 
ce. je  ne  sais  quoi  qui  fait  que  la  mat'ère 
brute,  inanimée,  insensible,  inerte,  est  main- 
tenant organisée ,  vivante,  douée  de  sensi^ 
bililé,  de  force  libre,  de  volonté,  d'intelli- 
gence, ne  peut  être  ni  consubstantiel  au 
corps,  car  la  substance  est  ce  qui  ne  périt 
pas,  ce  qui  persiste  après  la  dissolution;  ni 
mode  accessoire  de  la  matière  du  corps,  car 
tout  mode  est  homogène  à  l'essence,  ou  ré- 
sulte des  modes  essentiels,  et  Tessence, 
comme  les  modes  essentiels  de  la  matière 
en  général,  ne  donne  en  aucune  façon  les 
propriétés  de  la  vie  ni  de  la  pensée.  Ce  je  ne 
sais  quoi  est  cependant  une  abstraction  ou 
un  être.  Est-ce  une  abstraction?  C'est  alors 
une  qualité;  or,  si  nous  retrouvons  dans  le 
corps  toutes  les  qualités  de  la  matière,  les 
])ropriétés  nouvelles  dont  nous  parlons  ne 
sont  réductibles  à  aucune  d'elles;  du  mouve- 
ment, de  la  forme,  de  la  couleur,  tels  sont 
bien  encore  les  symptômes  de  ces  propriétés 
nouvelles;  mais  ce  n'est  rien  de  tout  cela 
qui  les  constitue.  Est-ce  un  être?  Sa  nature 
nous  est  inconnue;  elle  échappe  à  la  per- 
ception comme  à  la  conscience;  elle  n'est 
rien  pour  les  sens.  Etre  ou  abstraction,  ce  ie 
ne  sais  quoi  qui  serait  principe  de  vie,  de 
sensibilité,  d'intelligence,  ne  saurait  en  au- 
cun cas  être  l'objet  de  l'expérience.  La  phy- 
siologie, en  qualité  de  science  toute  expéri- 
mentale, ne  saurait  donc  l'admettre,  et  pour- 
tant,  comme  science  eipérimenlale,  l'obser- 
vation des  faits  ne  lui  permet  point  de  s'en 
passer.  Matériel  ou  spirituel,  un  élément  in- 
connu, que  nous  appellerons  par  hvpothèse, 
à  la  manière  des  scolastiques,  Vantmalité  ou. 
V humanité^  est  nécessaire  à  l'existence  et  à 
la  possibilité  de  l'animal  ou  de  l'homme;  et 
cet  inconnu,  fût-il  un  élément  matériel,  est 
exigé  par  la  raison  et  non  empiriquement 
donné.  Ainsi,  non-seulement  les  phénomè- 
nes intellectuels,  mais  même  ceux  de  la  vie 
et  de  l'organisation,  nécessitent  l'interven- 
tion de  quelque  chose  que  ne  manifeste  au- 
cune sensation,  et  dont  la  nature  est  incon- 
cevable. Sans  ce  principe,  l'organisation  de 
Télre  vivant  est  une  transsubstantiation  de 
la  matière,  c'est-à-dire,  un  miracle;  or,  le 
bon  sens  n'y  a  jamais  vu  qu'une  incarnation. 
Mais  qui  est  incarné?  Est-ce  une  matière 
nouvelle,  différente  de  la  matière  générale, 
une  matière  spéciale  qui  ne  tombe  pas  sous 
les  espèces  du  corps  visible  et  tangible,  une 
matière  subtile?  Je  ne  sais  pas  une  objection 
contre  l'existence  de  l'esprit  qui  ne  puisse 
être  dirigée  contre  celle  de  la  matière  sub- 
tile. Une  matière  qui  n'a  aucune  des  appa- 
rences de  la  matière  est  une  conception  aussi 
gratuite  que  celle  d'un  être  qui  n'est  pas 
matière.  La  matière  subtile  qui  sent,  qui 
pense ,  n'est  ni  [)lus  ni  moins  difficile  à  ad- 
mettre qut  le  principe  immatériel  du  senti- 
ment et  de  la  pensée.  Elle  n'a  que  son  nom 
qui  la  sauve. 


Les  physiologistes  ne  diront  pas  quon 
leur  impute  des  chimères.  On  les  met  au  défi 
de  citer  un  naturaliste  qui  n'ait  tôt  ou  tard 
invoqué,  pour  expliquer  les  phénomènes 
vitaux,  et  avec  eux  les  phénomènes  intellec- 
tuels, l'intervention  dune  entité  spéciale. 
Ce  n'est  pas  notre  faute  s'ils  ont  mal  défini 
cotte  entité,  et  si  elle  a  pu  tour  à  tour  ëtra 
prise  pour  un  souffle,  un  feu,  un  corps,  UDe 
abstraction.  Nous  ne  nous  chargeons  pas  de 
prouver  que  la  physiologie  se  soit  constam- 
ment rendu  bien  compte  de  ses  conceptioiLs. 
La  nature  médiatrice  d'Hippocrate ,  l'àme 
irraisonnable  de  Galien,  l'archée  de  Van- 
Helmont,  Yimpetum  faciens  de  Boerhaaie, 
l'âme  sensitive  de  Hoffmann,  les  esprits  ani- 
maux de  Descartes,  air,  vent,  flamme  oa 
liqueur  (717),  l'animisme  de  Stahl,  la  sensi- 
bilité organiaue  de  fiordeu,  le  principe  vital 
de  Rarthez,  1  organisation  de  Bichat,  sa  sen- 
sibilité animale  distincte  de  la  sensibilité 
organique,  la  puissance  nerveuse  de  Pro- 
chaska,  la  force  vitale  de  Chaussier,  Texcita- 
bitité  de  Brown,  l'irritabilité  de  Haller,  <le 
Gall,  de  Broussais,  ce  principe  inconnu  wmis 
matériel^  comme  dit  le  dernier,  qui  faUjontr 
les  ressorts  de  fexistenctj  ou,  comme  il  dit 
encore,  la  sensibilité^  résuhai  immatériel  H 
incompréhensible  de  rexereice  de  nos  fonc- 
tions (718) ,  qu'est-ce  que  tout  cela ,  des  mé- 
taphores, des  qualités  ou  des  êtres?  BicQ 
habile  qui  répondrait  à  cette  question.  Toult 
conception  analogue  ne  peut  se  rapiwrter 
pourtant  qu'à  un  être  de  raisou,  uue  matière 
subtile ,  une  force ,  une  âme ,  ou  un  Dieu. 
S'il  s'agit  d'un  être  de  raison ,  il  s*agit  d'une 
qualité.  Une  qualité  de  quoi?  De  rien,  car 
ce  ne  peut  être  une  qualité  de  la  matière, 
l'être  de  raison  étant  ici  inventé  tirécisémetit 
pour  suppléer  à  l'insuflisance  aes  quali:é5 
de  la  matière.  S'agit-il  d'un  fluide,  d*oi:e 
matière  subtile ,  rhy()Othèse  d'un  corps  quj 
échappe  aux  sens,  qui  n'a  ni  l'étendue,  ni  li 
solidité,  mais  oui  pénètre  et  meut,  si  ele 
n'est  une  chimère,  est  la  conception  de  U 
force.  La  force  est  ou  substance  ou  qualit-. 
Qualité,  quelle  est  sa  substance?  Sub^taiKtf, 
une  force,  cause  du  mouvement  vital,  nnt 
force,  cause  de  la  pensée,  du  sentiment,  tle 
la  volonté,  diffère  bien  peu  d'une  âme.  Ains 
la  physiologie  est  amenée  à  cette  déMiIanîc 
alternative  :  une  âme  ou  Dieu.  Elle  prendn 
son  parti  ;  nous  l'avons  vu,  elle  se  dévouer», 
elle  choisira  Dieu.  Elle  fera  circuler,  s*ii  ie 
faut,  la  cause  suprême  dans  tous  les  canacii 
du  rèiçne  organique,  et  les  nerfs  charrîenmt 
la  Divinité  dans  leur  mystérieux  trajet. 

On  ne  peut  réussir  a  rester  matériali^i-'. 
Après  s'être  bien  attaché  aux  phénomèn*-^ 
corporels,  après  avoir  montré  au  bout  «ia 
sf^alpel  ou  sous  le  verre  de  la  loap«  ^-^ 
fibrilles  tressaillantes  de  la  vie  et  de  ù  per.  • 
sée,  le  physiologiste,  à  un  moment  tcco. 
pose  ses  instruments,  quitte  la  terre,  <*î. 
s'élançant  dans  un  monde  intelligible,  ior<^ 


(717)  Lfi  description  du  çprpt  humain  ,  Préface,  (718)  De  rirritation,  t.  !•%  part,  r-,  <*.  S,  |k.  Ç. 
t.  IV,  p.  4^5;  L'Homme,  t.  IV,  p.  545  ;  Réponse  aux  Traité  de  physiohfie  appUt/néeè  lu  ptMûtfie,  L  v\ 
r/u  ifrtèmci  objcclioiu^  t.  Il,  p.  53.  p.  26. 


MIS 


PHT 


D*AMimoroix)Gir. 


pi:r 


lt5« 


que  des  eatises  accessibles  h  Tesprit  seul,  et 
S4>  dédounnage  d^aroir  matérialisé  l'esprit  en 
>piritualisanl1a  matière. 

Il  serait  aisé,  en  effet,  de  oooTaincre  les 
physiologistes  les  plus  décidés  contre  Tad- 
nii'^^sion  d*un  esprit  doué  de  personnalité, 
qu'ils  admettent  forcément  en  aemière  ana- 
lyse un  principe  inrisible,  soit  indiriduel, 
soit  général,  gui  reproduit  sous  divers  noms 
l'âme  vé^étatire  ou  Tâme  unirerseUe.  Car, 
ou  les  phénomènes  de  l'organisme  rivant 
sont  sans  cause,  ou  leur  cause  n*est  pas  de  la 
nature  de  la  matière  connue.  Une  cause  qui 
n'est  pas  de  la  nature  de  la  matière  con- 
nue est  déjà  «quelque  chose  approchant  une 
cause  immaténelle. 

Toutes  les  fins  de  non*recevoir  contre 
rintervention  de  tout  principe  supérieur  à 
rexpérience  sont  donc  défHacées  dans  la 
bouche  des  physiologistes.  Ne  souffrons  pas 
que  les  Gracques  se  plaignent  de  la  sédition. 
Pour  contester  le  spiritualisme,  les  savants 
devraient  commencer  par  v  renoncer  eux- 
mêmes;  c'est-à-dire  que  réduisant  la  science 
a  u  classement  et  à  l'analyse  des  phénomènes, 
ils  devraient  se  taire  sur  les  causes,  constater 
fies  mouvements  sans  induire  des  forces.  Ils 
devraient  dire  :  Fhornme  n'a  connaissance 
cf^j'*  des  phénomènes,  ceux  qu'il  sent  et  ceux 
rfa'il  suppose;  1*  diaprés  les  effets  qu'il  leur 
a-si^ne;  2*  d'après  rétat  et  la  structure  des 
ai^ents  visibles  auxquels  il  les  rapporte. 
Toute  science  est  donc  éminemment  pnéno- 
raénale.  Or,  les  phénomènes  de  l'organisme 
n'étant  pour  les  sens  que  des  phénomènes 
d'étendue  et  de  mouvement,  restent,  comme 
tons  les  phénomènes  d'étendue  et  de  mou- 
rement,  soumis  à  la  science  des  lois  géné- 
rales de  la  matière.  En  quoi  d'essentiel  pour 
la  simple  ot>servation  les  apparences  d'un 
▼iscère  en  fonctions  diflèrent-^lles  de  celles 
d*une  machine?  On  ne  peut  le  dire.  Or, 
puisque  toute  Hiachine,  le  monde  inorga- 
nique lui-même,  cette  machine  immense, 
est  régie  par  des  principes  mécaniques,  tous 
les  phénomènes  de  la  vie  rentrent  ou  doivent 
rentrer  dans  la  science  de  la  physique  gé- 
nérale. Limitons  la  science  à  l'observation. 
Inobservation  aux  phénomènes,  les  phéno- 
mènes à  des  mouvements  d'or|$anes ,  et  dé- 
composons ces  mouvements  et  ces  organes, 
comme  nous  ferions  du  mécanisme  d'une 
montre,  en  les  rangeant  dans  l'ordre  de  leur 
action.  La  science  de  l'homme  se  réduira  ainsi 
À  une  anatomie  et  à  une  physiologie  pure- 
ment descriptives.  Voilà  dans  toute  sa  pru- 
dence le  rôle  de  la  science  expérimentale 
Appliquée  à  la  natui-e  humaine. 

Mais  quel  physiologiste  s'en  est  tenu  là? 
Jkxtcnn.  M.  Magendie  lui-même,  qui  professe 
uui  inflexible  mépris  pour  les  abstractions 
st  ystématiques,  après  avoir  bien  simplement 
«i  écrit  toutes  les  propriétés  physiques  ou 
€'himianes  des  éléments  du  corps  humain, 
crst  obligé  d'en  admettre  une  qu'il  appelle 
4Mriiom  vitale  y  et  qu'il  ne  peut  rattactier  à 
r*ien.  Cette  action  vitale  semble  résulter  de 
I  "organisation  et  non  de  la  nature  des  élé- 
finenu  du  corps  organisé.  Or,  l'organisation 


n'est  qu'un  mot,  ou  elle  est  un  principe 
nouveau  introduit  dans  la  matière. 

Les  phénomènes  organiques  sont  des 
mouvements  sans  doute  comme  ceux  de  la 
chimie,  comme  ceux  de  la  physique,  à  cet 
égard  ils  sont  mécaniques;  ils  le  sont  pour 
le  toucher  et  pour  la  vue.  Cependant  aucune 
mécanique  ne  donnera  la  formation  constante 
et  harmonique  des  organes,  c'est-à-dire  la 

Génération.  Aucune  mécanique  ne  donnera 
irritabilité,  même  l'irritation  des  organes; 
aucune,  leur  mouvement  propre,  leur  activité 
originelle,  l'ensemble  de  leur  action ,  la  vîe 
enfin;  aucune,  leurs  sympathies,  ces  condi- 
tions fondamentales  ce  la  santé  et  de  la  ma- 
ladie: aucune,  la  sensation  purement  ner- 
veuse, ni  le  moyen  du  mouvement  volon- 
taire. De  là ,  pour  le  physiologiste,  des  laits 
qui  ne  peuvent  être  que  verbalement  rame- 
nés aux  lois  générales  de  la  matière.  De  là 
Timfjossibilite  que  la  mécanioue  organique 
suffise  à  l'homme,  comme  la  mécanique 
céleste  suffit  au  monde.  Encore  celle-ci 
est-elle  obligée  d'emprunter  sans  explication 
deux  forces  à  l'observation,  la  force  de  pro- 
jection et  la  force  centrale.  La  physique  est 
toujours  sans  réponse  à  la  question  de 
Rousseau  :  «  Que  Newton  nous  montre  la 
«  main  oui  a  lancé  les  planètes  sur  la  tan- 
«  geule  de  leur  orbite?  » 

D'ailleurs,  les  phénomènes  appréciables 
ne  sont  pas  les  seuls  certains;  faut-il  redire 
que  les  sensations,  les  pensées,  les  affections, 
les  volontés  sont  des  faits  tout  aussi  certains, 

Îuoique  parfaitement  inaccessibles  aux  sens  ? 
incore  bien  moins  ces  faits  sont-ils  réduc- 
tibles aux  lois  mécaniques  de  la  matière. 
Aucun  phénomène  de  mouvement,  absolu- 
ment aucun  ne  présente,  même  pour  une 
induction  éloi^ée,  une  analogie  saislssable 
avec  ces  actes  si  fréc|uents,si  connus,  accom- 
pagnement nécessaire  et  témoignage  unique 
des  faits  dont  s'enquiert  l'oliservation  ex- 
terne. 

La  physiologie  mécanique  est  donc  une 
science  incomplète;  elle  n'explique  pas,  elle 
ne  décrit  même  pas  tout  l'orçanisme.  Elle 
l'embrasserait  tout  entier  qu'elle  n'embras- 
serait pas  tout  l'homme,  ou  elle  n'y  parvien- 
drait que  par  des  conjectures  et  par  des 
hypothèses. 

Si  donc  les  physiologistes  tiennent  à  se 
montrer  observateurs  aussi  sévères,  expéri- 
mentateurs aussi  scrupuleux  qu'ils  le  pré* 
tendent,  qu'ils  se  gardent  d'aucune  conclu- 
sion sur  la  nature  et  la  cause  de  ceux  des 
phénomènes  organiques  qui  ne  sont  pas 
jairement  mécaniques,  ue  ceux  des  phéno- 
mènes humains  qui  ne  sont  pas  sensible- 
ment organiques  ;  et  qu'ils  s'en  tiennent  à 
cette  modeste  conclusion  :  //  n'y  a  de  science 
que  la  science  ^observation.  L'observation 
montre  dans  l'homme  une  masse  étendue, 
figurée,  mobile,  colorée,  avant  la  tempéra- 
ture, la  pesanteur,  la  'cohésion,  etc.  Par  là 
il  ne  diffère  pas  essentiellement  du  reste  de 
l'univers  sensible,  et  les  phénomènes  de  sou 
C0â*ps  sont  les  mêmes  que  ceux  de  tous  les 
corps.  Dans  quelles  conditions,  sous  quelles 


ii:;6 


PH\ 


DICTIONNAIRE 


m\ 


II» 


formes,  dans  quel  ordre ,  à  quel  degré  ces 

ÏihénoiDènes  se  manifestent-ils?  Telle  est 
'unique  question  que  doit  se  poser  la  scien- 
ce, et  qu  elle  peut  résoudre  par  Tobserva* 
tion  en  se  faisant  descriptive.  L'observation 
el  la  description  reconnaissent  alors  à  ces 
phénomènes  cx>mmuns  des  caraclères  spé- 
ciaux. Ils  paraissent  distincts  de  tous  les 
autres  par  leurs  causes  GnaJes,  par  les  cir- 
constances de  leur  manifestation,  cousé- 
guemment  par  leurs  causes  immédiates  ou 
instrumentales.  Lesclasser  méthodiquement, 
c'est-à-dire  dans  leur  ordre  de  succession,  et 
dans  leur  ordre  d'action  et  de  réaction ,  tel 
est  encore  le  pouvoir  et  le  droitde  la  science. 
Enfm  l'observation  distingue  entre  elle- 
même  et  les  faits  organiques,  des  faits  inter- 
médiaires, observables  par  sentiment  intime 
dans  l'observateur,  et  cependant  invisibles 
et  intengibles,  phénomènes  pourtant,  puis- 
qu'ils sont  connus  et  qu'on  peut  rappeler, 
comparer,  juger,  soumettre  à  l'induction  et 
au  raisonnement,  conséquemment  intro- 
duire dans  la  science  comme  tout  le  reste, 
Ni  par  les  circonstances  de  leur  manifesta- 
tion, ni  par  la  forme  dans  laauelle  ils  sont 
connus,  ni  par  leurs  causes  nnales,  ni  par 
leurs  causes  immédiates,  ils  ne  paraissent  se 
confondre  avec  les  phénomènes  précédents. 
Les  confondre  ne  serait  plus  observer  ni 
décrire,  et  la  science  de  ces  faits  se  formera 
par  l'observation  et  s'achèvera  par  la  des- 
cription. 

voilà  oîi  doit  conduire  el  s'arrêter  l'esprit 
de  la  méthode  eipérimentale  religieusement 
suivie.  Or,  cette  conclusion,  quelle  est-elle? 
C'est  la  conclusion  même  de  la  physiologie 
ordinaire.  L'objet  de  la  phjrsiologie  n'est 
connu  et  ne  peut-être  défmi  que  par  ses 
phénomènes ,  c'est-à-dire  par  ses  qualités 
sensibles.  L'objet  de  la  psychologie  ne  peut 
être  connu  nidéflnique  par  ses  phénomènes», 
c'est-à-dire  par  ses.  mndes  observables.  De 
là  deux  sciences,  comme  il  y  a  deux  ordres 
de  phénomènes.  Ne  dites  pas  que  ce  qui  pré- 
sente l'un  de  ces  ordres  de  phénomènes 
s'appelle  matière;  nous  ne  dirons  pas  que 
ce  qui  présente  l'autre  s'appelle  esprit;  ou, 
si  nous  parlons  de  la  matière  et  de  l'esprit, 
il  sera  bien  entendu  que  ce  sont  des  noms 
arbitraires,  l'un  de  ce  qui  est  étendu,  figuré, 
coloré,  mobile,  etc.;  I  autre  de  ce  qui  sent, 
juge,  veut,  se  souvient,  etc.  Quelle  est  l'es- 
sence de  l'une  ou  de  l'autre  de  ces  choses  ? 
Est-elle  la  même  pour  l'une  et  pour  l'autre? 
Questions  étrangères  à  la  science  d'observa-^ 
tion  ;  questions  étrangères  à  la  physiologie 
et  à  la  psychologie.  L  une  sera  matérialiste 
pour  elle-même ,  l'autre  spiritualiste  pour 
elle-même,  c'est-à-dire  chacune  dans  ses 
limites;  mais  l'une  ne  conclura  point  pour 
l'autre.  L'opposition  delà  matière  et  de  l'es- 
prit ne  sera  que  la  distinction  entre  les  deux 
ordres  de  phénomènes  que  chacune  des  deux 

(7i9)  I  En  exposant  les  notions  relatives  que  nous 
avons  de  Pcsprit  et  du  corps,  j*ai  évité  d'employer 
le  mot  substance ,  pour  n^éveiller  aucune  contro- 
verse. »  (D.  Stewart,  Eléments  de  la  phitosophie  de 


sciences  étudie.  Le  sujet  immédiat  de  l'un 
de  ces  ordres  de  phénomènes  est-il  essen- 
tiellement différent  du  siget  immédiat  de 
l'autre  ;  ou  bien  les  deux  ordres  se  réunis- 
sent-ils dans  un  même  et  unique  sujet? 
Les  deux  sciences  consentent  à  l'ignorer; 
le  mot  même  de  substance  ne  sera  point 
prononcé^  et  la  paix  sera  faite  (719). 

Tel  est,  en  effet,  le  compromis  que  la 
psychologie  offre  à  la  physiologie,  et  il  est 
vraiment  singulier  qu'il  ne  soit  pas  accepté 
par  celle  de  qui  la  proposition  aurait  dû  ve- 
nir. Quant  à  moi,  je  l'avoue,  je  ne  me  rési- 
gne pas  pour  la  psychologie,  encore  moins 
pour  la  philosophie,  à  une  teUe  humilité! 
Ce  ne  serait  pas  même  un  partage  éçal.  U 
psychologie  ne  dispute  pas  a  la  physiologie 
son  domaine  ;  elle  se  borne  à  déiendre  le 
sien.  Elle  lui  laisse  le  corfis,  tandis  que  la 
physiologie  ne  veut  pas  lui  laisser  l'esprii. 
Il  ne  s'agit  pas,  en  effet,  de  mettre  d'accord 
le  matérialisme  et  l'idéalisme,  mais  le  maté- 
rialisme et  le  spiritualisme.  Le  matérialisine 
est  un  envahissement  dont  la  physiologie  n'a 
pas  besoin  pour  exister,  et  l'esprit  serait 
toléré  qu'elle  resterait  tout  entière.  Il  n  j  a 
de  partage  égal  |que  dans  le  système  d^ 
frontières  naturelles.  Aussi  bien  je  soup- 
çonne quelque  artifice  dans  le  désintéresse- 
ment de  la  psychologie.  Lorsqu'elle  dit  que 
par  la  transaction  proposée  tous  les  droits 
de  la  philosophie  de  l'esprit  hiunain  sonteo 
sûreté,  elle  a  bien  l'air  de  garder  Tarrière- 
pensée  de  reprendre  son  terrain  par  un  dé- 
tour. Plus  tard ,  en  présentant  comme  des 
phénomènes,  et  partant  comme  des  faits Jes 
convictions  naturelles  de  Tesprit  humain 
par  lui-même,  elle  pourrait  bien  faire  ren- 
trer dans  la  science  oescriptive  toutes  les  no- 
tions qu  elle  aurait  paru  écarter  avec  U 
science  rationnelle.  Nous  aurons  plus  d'exi- 
gence et  plus  de  sincérité. 

On  sait  que  penser  maintenant  de  Tirige^ 
tion  fondée  sur  l'impossibilité  de  constater 
directement  l'existence  de  l'esprit.  C'est  U 
sort  de  toutes  les  causes,  de  toutes  les  for- 
ces, de  toutes  les  substances,  de  tout  ce  qui 
est  invisible  dans  l'ordre  de  la  physique. 
La  difficulté  étant  commune  à  tous  les  sys- 
tèmes, à  toutes  les  sciences,  est  donc  iW 
comme  nulle.  Deux  points  restent  à  considé- 
rer :  l'un  est  la  liaison  constante  des  phéno- 
mènes organiques  avec  les  phénomènes  mo- 
raux, ce  qui  constitue,  dit-on,  une  probabt- 
lité  en  faveur  du  matérialisme;  raulrr. 
l'impossibilité  d'expliquer  le  rapport  û^ 
l'Ame  et  du  corps,  ce  qui  constitue ,  dit-on. 
une  objection  contre  le  spiritualisme.  Sou- 
mettons ces  deux  points  à  un  demHT 
examen 

L'union  des  phénomènes  des  deux  ordrr^ 
n'est  rien  moins  qu'une  découverte.  Ce  fait, 
vieux  comme   le  monde,  n'a  échappé  es 

Pesprit  humain,  t.  I*%  note  Â.  Foy.  aussi  sno  Bi^ 
foire  des  sciences  métapbys,^  t.  I'%  ch.  2,  |i.  183,  d 
la  note  I. 


I1S7 


rai 


D'ANTBROPOLOGœ. 


PAT 


IlSi 


aacun  temps  aux  philosophes  d*aiicune 
école;  il  n*a  été  ni  méconnu  ni  atténué  par 
ceux  qui  ont  le  plus  insisté  en  fareur  du 
principe  spirituel.  Mais  il  n'a  ^las  plus  mis 
d'obstacle  aux  doctrines  spiritualistes  qu'il 
n  a  exercé  d'influence  sur  la  croyance  du 
genre  humain.  Car  c'est  la  croyance  du 
genre  humain  que  celle  d'un  principe  dis- 
tinct des  organes  et  des  sens,  et  qui  ne  peut 
élre  de  même  nature,  puisqu'on  ne  le  croit 
pas  détruit  avec  eux.  L  objection  poite  donc 
sur  des  Ciits  connus,  dès  longtemps  appré- 
ciés et  elle  n'a  pas  beaucoup  troublé  1  hu- 
manité ni  décourasé  les  philosophes. 

Parmi  les  naturalistes,  elle  est  loin  d'aroir 
constamment  produit  les  mêmes  effets,  ils  ne 
se  sont  pas  tous  accordés  à  ne  voir  dans 
rhomme  qu'un  système  organique.  Un  grand 
nombre,  ne  pouvant  réussir  à  explî(|uer 
l'organisation  par  elle-même,  ont  cru  qu  elle 
réclamait  un  principe  invisible,  ne  fût-ce 
que  pour  présider  à  ses  propres  fonctions. 
La  pnysiologie,  matérialiste  pour  le  compte 
de  la  philosophie,  a  été  spiritualisle  pour 
son  prop.e  compte,  si  c'est  être  spiritua- 
liste  que  d'atinicttre  un  principe  d'action 
inaccessible  aux  sens.   11  est  Trai  qu'on  a 
t'ré  de  là  une  autre  conséc^ucnce  ;  de  ce 
principe,  âme  de  la  vie  physique  on  a^  fait 
toute  Tâme,  qui  n*a  plus  guère  été  que  Tani- 
ination.  C'est  même  en  ce  sens  que  le  mol 
m  été  sou  vent  et  longtemps  employé.  Vanhna 
«Je  tonte  la  latinité  philosophique  ancienne 
cr  moderne  n'est  pas  le  synonyme  de  l'es- 
prit pur,  et  Descaries,  l'inventeur  pcul-élre 
de  l'esprit  pur.  se  plaint  de  réquirojue  qui  est 
dans  le  moi  d'âme,  et  de  ce  que  les  premiers 
auteurs  n^oni  pas  distingué  en  nous  ce  prin- 
cipe par  lequel  nous  sommes  nourris,  nous 
croissons  et  faisons  sans  la  pensée  toutes  les 

{onctions  qui  nous  sont  communes  avec  les 
étes^  d'arec  ctlui  par  lequel  nous  pensons. 
Aassi  celui-ci,  cet  acte  premier^  cette  forme 
principale  de  fhomme,  il  l'a,  dit-il,  le  plus 
Moureni  appelé  du  nom  d'esprit  pour  ôter 
cette  équivoque  et  ambiguïté  (720).  Mainte- 
nant, que  cet  esprit  soit  distinct  de  cet  aulre 
principe  qui  n'est  pas  le  corps,  en  sorte  qu'il 
y  ait  dans  Thomme  trois  principes,  l'âme 
pensante  ou  l'esprit^  Féme  animante  ou  la 
^^îe,   lappareil  organique  ou  le  corps,  ou 
t>ien  que  les  deui  âmes  doivent  être  réunies 
on  une,  c'est  une  question  dont  la  solution 
î niéresse  peu  la  dîmcultë  qui  nous  occupe  en 
oe  moment    11  s'agit,  en  effet,  de  savoir  si 
1  "identité  des  deui  natures  apfiarait  dans  le 
Tii^iange  des  phénomènes.  De  ce  que  des 
fdiénomènes  intellectuels  sont  précédés,  ac- 
croni|iagnés  et  suivis  de  phénomènes  organi- 
«|aes,  résulle-t-il  que  les  uns  doivent  être 
rapportés  au  même  sujet  que  les  autres?  La 
io^^que  universelle,  Teifiérience  univer- 
«»eile,  ne  fait  qu'une  réponse;  c'est  que  la 
croïncidence  ne  peut  légitimement  suj^érer 
4  lue  la  conneiion.  La  liaison  dans  le  temps 
«Jes  phénomènes  distincts  n'a  iamais  attesté 
^utre  eux  l'identité  substantielle,  mais  bien 


un  rapport-  Et  lequel  ?  un  rapport  de  cau- 
salité. 

Prenons  le  plus  simple  exemple,  la  sensa- 
tion. Mes  sens ,  ou  les  organes  externes  de 
mes  sens,  sont  affectés  par  un  objet.  Cette 
affection  des  membranes  oii  (s'épanouissent 
les  nerfs,  e^t  communiquée  à  mes  nerfs; 
l'affection  des  nerfs  est  communiquée  au 
centre  nerveui,  c'est-à-dire  à  mon  cerveau. 
La  sensation  s'accomplit;  je  sens;  où  ^e 
passe  la  sensation?  Dans  les  organes  exter- 
nes? Non,  sans  doute.;  le  vulgaire  le  croit, 
il  croit  que  Tœil  voit,*  tandis  que  l'œil  repré- 
sente. Hais  ici  le  phvsiologiste  est  d'accorJ 
avec  le  philosophe;  la  sensation  n'est  point 
dans  l'organe  externe.  Est-elle  dans  les  tra- 
jets nerveux?  Pas  davantage.  Est-elle  dans 
le  cerveau?  Oui ,  dit  le  physiologiste.  Mais 
en  quoi  l'affection  des  nerfs  du  cerveau  res- 
sembie-t-elle  plus  à  la  sensation  que  l'affec- 
tion des  neris  proprement  dits  ou  celle  de 
leurs  extrémités  épanouies  ?  Impossible  de 
le  dire.  11  y  a  plus  de  similitude  entre  ces 
trois  affections  successives  qu'entre  aucuno 
d'elles  et  la  sensation.  Or,  si  de  l'aveu  de 
tous  ni  la  première,  ni  la  seconde  n'est  la 
sensation,  si  l'une  et  l'autre  ne  sont  que  les 
conditions  oi^aniquts  de  la  sensation  et 
non  pas  elle,  pourquoi  la  troisième,  qui  ne 
diffère  pas  essentiellement  des  premières, 
et  que  les  physiologistes  appellent  comme 
les  autres  une  irritation,  ne  serait-elle  pas 
de  même  une  condition  organique  de  la  sen- 
sation, pourquoi  serait-elle  la  sensation  elle- 
même?  C'est  par  une  supposition  gratuite  et 
contraire  à  1  analogie  que  Ton  rayerait  ces 
mots  échappés  à  la  conscience  universelle  : 
Je  sens,  pour  les  remplacer  par  cette  for^ 
mule  :  Mon  cerveau  sent.  Le  vulgaire  dis- 
sémine la  sensibilité,  le  physiologiste  la 
centralise ,  le  philoso[ihe  la  personnîfle. 
liais  le  vulgaire  qui  croit  (]oe  l'œil  voit ,  ne 
dit  point  :  Mon  ail  voit:  il  dit  :  Je  vois.  Le 
physiologiste  ne  croit  pas  que  l'œil  voie, 
mais  il  devrait  dire  :  Mon  cerveau  voit ,  et 
non  je  vois.  Le  philosophe  ne  croit  à  la  vi- 
sion ni  de  lœil,  ni  des  nerfs,  ni  du  cerveau  ; 
il  ne  croit  qu'à  celle  de  la  personne,  et  il 
dit  :  Je  vois,  comme  le  vulgaire.  La  science 
et  le  sens  commun  s'accordent. 

La  physiologie  divise  le  phénomène  orga- 
nique. Elle  ne  met  la  sensation  ni  dans  l'or- 
inne  externe,  ni  dans  le  nerf.  Pourquoi? 
Parce  qu'elle  ne  l'y  voit  pas,  ou  n'y  voit  rien 
qui  lui  ressemble.  Elle  le  met  dans  le  cer- 
veau :  l'y  voit-elle  ou  y  voit-elle  ce  qui  lui 
ressemble?  Non.  Mais,  dit-elle,  le  i*erve<in 
supprimé,  la  sensation  n  a  plus  lieu.  L'or- 
gane externe  et  les  filets  nerveux  supprimés, 
a-t-elte  Heu  davantage?  Mais  on  ne  sent  yas 
quand  le  cerveau  est  oaralysé,  on  sent  mal 
quand  il  est  malade;  donc  c'est  lui  qui  sent. 
On  ne  .voit  pas  quand  Tœil  est  crevé,  on  voit 
mal  quand  l'œil  est  malade;  est-ce  donc 
Tœil  qui  voit?  Mais  au  delà  du  cerveau  on 
n'aperî^it  rien.  Aperçoit-on  quelque  part  la 
sensation.  Cependant  elle  se  constate  d'une 


(7^)  Répoiue  aux  cinqmicmes  objections,  p.  253  ;  t  THl,  Letlr:  au  P.  Mencuie^  «.  5M. 


1159 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PHY 


\m 


ceitame  façon  ;  et  si  cette  façon  particulière 
de  la  constater  n'existait  pas,  jamais  Tobser- 
vatiou  scientiGque  ne  la  ferait  connaître. 
Instrument,  autopsie,  injection,  dissection, 
analyse  chimique,  rien  ne  ferait  connaître  la 
sensation ,  n'était  la  sensation  même.  Ainsi 
aucune  expérience,  aucun  phénomène  sen- 
sible, aucune  raison,  aucune  ressemblance, 
aucune  analogie,  n'identifie  l'affection  du 
cerveau  avec  la  sensation.  L'épanouissement 
e'xterne  est  Tépanouissement  de  mes  nerfs; 
mes  nerfs  sont  les  prolongements  de  mon  cer- 
veau; moncerveauesllecerveaudemoî.  C'est 
ce  dernier  terme  que  la  physiologie  retranche. 
Avec  elle,  mon  cerveau  est  le  cerveau  de 
mon  corps,  mon  corps  le  corps  de  mon  cer- 
veau, ou  plutôt  c'est  un  cercle  vicieux.  Du 
cerveau  vous  né  remonterez  jamais  qu'au 
cerveau,  (jui  ne  sera  qu'un  cerveaa,  et  ja- 
mais le  mien.  Le  cerveau  qui/sent,  etquiçent 
qu'il  sent,  ne  sera  jamais  que  le  cerveau  de 
lui-même.  Rigoureusement,  le  mot  est 
inexprimable  dans  le  système  de  la  sensibi- 
bilite  organique. 

Ce  qui  est  vrai  de  la  sensation  sera  vrai 
de  la  pensée.  De  ce  qu'un  phénouène  orga- 
nique est  l'antécédent  ou  1  accompagnement 
nécessaire  dune  sensation,  une  induction 
naturelle  nous  persuade  qu'un  phénomène 
organique  convoie  nécessairement  tout  acte 
de  la  pensée,  séparé  même  de  toute  sensa- 
tion ;  et  cette  analogie  est  confirmée  par  la 
nécessité  de  la  présence  du  cerveau  pour 
Ja  pensée,  de  la  santé  du  cerveau  pour  que 
la  pensée  soit  normale  ;  enfin  la  fatigue 
de  ta  tète  suit  l'activité  de  la  pensée.  Que  se 

£iasse-t-il  alors  dans  le  cerveau?  On  l'ignore, 
fais  ce  qui  s'y  passe  est-il  identique  ou 
comparable  à  la  pensée?  Pas  plus  au'à  la 
sensation.  La  pensée  n*a  phénoménalement 
rien  de  commun  avec  une  irritation,  une  vi- 
bration, une  stimulation.  Le  moi  pensant 
n'est  pas  plus  atteignable  dans  le  cerveau 
pensant  que  le  moi  sentant  dans  le  cerveau 
sentant  ;  et  la  nécessité  d'une  condition  or- 
gaiû^ue  de  la  pensée  ne  confond  pas  né- 
cessairement la  pensée  avec  cette  condi- 
tion. 

Enfin,  quand  la  pensée  se  transforme  en 
volonté,  c  est-à-dire  qu'un  phénomène  orga- 
nique voulu  se  manifeste  dans  le  corps  et 
Ëour  la  sensibilité  interne,  en  conformité  de 
i  pensée,  quelle  identité,  quelle  parité, 
quelle  analogie  nous  autoriserait  à  confon* 
dre  la  volonté  avec  l'action  du  cerveau  sur 
les  nerfs,  des  nerfs  sur  les  membres?  Nous 
retrouvons  dans  Tordre  inverse  tous  les  phé- 
nomènes qui  accompa^^nent  la  sensation,  et 
les  raisons  qui  nous  ont  portés  à  distinguer 
de  ces  phénomènes  la  sensation  nous  obli- 
gent à  en  distinguer  la  volonté. 

Mais  vous  ne  concevez  pas,  dans  la  sensa- 
tion, dans  la  pensée,  dans  la  volonté ^  quel- 
que chose  au  delà  du  cerveau.  Vous  ne  le 
concevez  pas,  dites-vous;  mais  dans  la  vo- 
lonté, dans  la  pensée,  dans  la  sensation, 
quand  le  cerveau  agit,  ou  sent,  pense,  veut, 
le  fait-il  en  vertu  des  propriétés  connues  de 
la  matière,  ou  d'au 'une  des  forces  supposées 


dans  les  corps  par  la  physiqae  générale? 
Vous  ne  l'affirmeriez  pas.  Aucune  de  ces  pro- 
priétés ou  de  ces  forces  ne  tous  rendraient 
un  phénomène  moral.  Vous  pouvez  le  dire 
de  toutes,  de  la  pesanteur,  de  FalBnité,  de 
l'électricité  et  du  reste;  vous  les  faites  jouer 
au  gré  de  l'art  des  expériences.  Jamais  vous 
ne  réussiriez  à  tirer  la  pensée  ou  la  sensa- 
tion de  tout  cela  ;  vous  ne  le  tenteriez  point 
Il  y  a  donc  là  une  propriété  inconnue,  une 
force  inconnue.  Le  cerveau ,  comme  masse 
étendue,  figurée,  même  organisée,  ne  se 
meut  pas  lui-même,  n'agit  point  par  lui- 
même.  Vous  êtes  obligé  d'admettre  un 
principe  d'action  qui  est  en  lui,  qui  ne  se 
sépare  point  de  lui ,  tant  qu'il  est  cerveau, 
mais  qm  cependant  n*est  essentiel  à  aucune 
de  ses  parties.  Ce  principe,  n'étant  pas  U 
matière , dont  est  composé  le  cerveau,  s'il 
est  une  abstraction  «  n'est  rien.  C'est  la 
cause  inconnue  de  tous  les  phénomènes 
que  vous  attribuez  au  cerveau,  par  con- 
séquent des  phénomènes  intellectuels  et 
moraux.  11  est  donc  la  cause  inconnue 
et  spéciale  de  phénomènes  incompara- 
bles avec  les  phénomènes  généraux  de  la 
matière.  Or,  cette  cause  est,  par  la  supposi- 
tion même,  un  principe  réel,  spécial,  dis- 
tinct de  la  matière  connue,  n'ayant  rien  de 
commun  avec  elle  que  d'être  avec  elle  et  en 
rapport  avec  elle  ;  tout  cela  vous  l'avouez. 
Que  cette  force  soit  une  énergie  individuelle 
ou  la  cause  universelle  et  suprême,  vous 
êtes  contraints  de  la  concevoir,  au  delà  ou  en 
dedans  du  cerveau  phénoménal ,  et  en  rap- 
port d'action  avec  la  matière  du  cerveau.  Ne 
me  dites  pas  que  ce  n'est  qu*une  qualité,  K 
qu'une  qualité  n'est  pas  proprement  un 
être.  Quoi  1  la  pensée  est  un  accident  de  la 
substance  céréorale,  c'est-à-dire  de  la  ma- 
tière du  cerveau  ?  Mais  d'abord  les  accidents 
de  la  matière  soiit  du  ressort  de  la  peroep* 
tion  ;  celui-ci  est  impercevable.  Puis  un  aixi- 
dent  est  la  qualité  du  tout  ou  des  parties. 
Celui-ci  appartiendra ît-il  au  tout  et  ocm 
aux  parties?  La  matière  ne  comporte  pas  de 
telles  qualités  ;  elles  sont  contradictoires 
avec  la  nature  de  l'être  homogène  et  étendu. 
La  qualité  serait  donc  inhérente  à  toutes  les 
parties?  Mais  aucune  partie,  séparée  dm 
tout,  ne  pense,  ni  ne  veut,  ni  ne  senL  Enfin 
serait-elle  dans  une  seule  partie?  Laquelle 
donc?  un  point?  divisible  ou  indivisible! 
Divisible,  c  est  le  tout  matériel,  la  diiDcult^ 
revient.  Indivisible ,  un  principe  spécial, 
réel,  différent  de  la  matière  par  tous  ses 
phénomènes!,  concentré  dans  un  point  ind  - 
visible,  et  cependant  en  rapport  d'ar4ion  h 
de  passion  avec  Ja  matière,  qu'est-ce  autre 
chose  oue  la  conception  même  d*uji  principe 
immatériel  ? 

Voilà  ce  qui  résulte  de  l'examen  méthodi- 
que de  la  première  probabilité  du  matéria- 
lisme. Maintenant  passons  au  rapport  de» 
phénomènes  entre  eux. 

Si  l'homme  est  corps  et  esprit ,  comiseat 
le  corps  et  l'esprit  sont-ils  liés,  oomaieni 
agissent-ils  Tun  sur  l'autre?  Cette  liai.vir. 
cette  action  mutuelle  est  inexplicable  ;  «îoac 


tilll 


Plllf 


DANTHROrOLOGIE. 


PH¥ 


nos 


elle  est  inconcerable,  donc  elle  est  impossi- 
ble. Mais  d'abord  ce  qui  est  inooaceyable 
n'est  pas  nécessairement  impossible.  Cocd- 
mont  les  molécules  d*un  corps  sont«eiles  à 
ia  fois  agrégées  par  la  force  de  cohésion  et 
5é|)arées  par  la  force  de  répulsion  du  calori-< 
que  ?  Comment  Télectricite  est-elle  tout  à  la 
foi^  si  manifeste  dans  ses  effets ,  si  insaisis- 
sable dans  sa  nature  ?  Comment  la  forée  est- 
elle  transmise  d'un  corps  à  un  autre  dans  le 
plus  simple  phénomène  d'impulsion  ?  Tout 
cela  est  inconceTablCf  et  tout  cela  est  reconnu 
possible  et  réel.  Mais  il  peut  y  avoir  des 
jegrés  dans  l'inconcevable  ;  on  peut  dire 
^ue  dans  toutes  les  liaisons  de  cause  et  d'ef- 
>t  de  la  pb  jsiciue,  un  rapport  de  nature  rend 
)lus  vraisemblable  la  connexion  des  phéno- 
nènes  et  Faction  mutuelle  des  forces  et  des 
•obstances.  On  posera  même  en  principe 
rail  n'j  a  point  de  rapport  possible  entre 
leai  natures  substantiellement  et  essentielle- 
Dent  différentes.  Mais  ce  principe  serait  le 
»;:ement  de*  la  question  par  la  question ,  et 
l'a  ni  plus  ni  moins  de  valeur  que  ces  autres 
propositions  :  Le  corps  et  Tesprit  sont  deux 
très  dont  les  essences  soitt  différentes  et 
excluent  Tune  l'autre;   mais   elles  sont 
nnsiituées  de  manière  à  pouvoir  être  unies 
tA^r  lune  sur  Tautre,  ou  Tune  à  Toccasion 
el  autre.  Ceci  est  aussi  la  question  jugée  par 
I  question  ;  les  deux  assertions  ne  sont  dé- 
lontréesni  l'une  ni  l'autre  ;  mais  pour  soute- 
irlaivremière,  la  physiologie  aurait  à  répon- 
re  préalablement  aux  Questions  suivantes  : 
1*  Comment  admet-elle  l'action  d'un  prin- 
ipe  de  lorganisation  et  de  la  vie  qui  n'eit 
isS  ainsi  que  nous  croyons  le  lui  avoir 
émontré ,  de  même  nature  que  la  matière 
a  corps  7  Ou  si  elle  rejette  ce  principe , 
Moment  expHque-t-eile  «  comment  conçoit- 
Ile  la  vie,  la  sensibilité»  l'activité  organique 
e  la  matière  du  corps  ? 

^  Dans  tous  les  phénomènes  de  mouve- 
lent,  comment  explioue-t-elle  Faction  de  hi 
trre?  Si  elle  croit  la  lorce  immatérielle ,  le 
rincipe  qu'elle  oppose  à  l'action  de  l'Ame 
ir  le  corps  est  faux.  Si  elle  croit  la  force 
itérielle,  qu'elle  la  montre  confondue  avec 
^  propriétés  générales  de  la  matière.  Si  elle 
ie  la  force ,  qu'elle  montre  les  phénomènes 
?  mouvement  et  de  ehansement  résultant 
^  propriétés  générales  de  la  matière  inerte. 
3*  Comment  conçoit-elle  l'action  de  Dieu 
ir  le  monde  matériel  ?  Dieu  n'est  yas  ma- 
^«  Dieu  est  matière ,  ou  Dieu  n'est  pas. 
u*eile  s'explique  sur  tous  ces  points ,  ou 
uelle  renonce  à  l'existence  d  une  cause 
remière.  Car  admettre  son  existence  et 
'fuser  de  s'expliquer  sur  sa  nature ,  c'est 
vrjrlerquc  cette  nature peutêlretellequ'elle 
'  »lisiin:;ue  profondément  de  tout  ce  que 
f>us  cotraaissons  de  la  matière,  et  demeurer 
pendant  compatible  avec  l'attitude  de  cotte 
ïuse  sur  la  matière.  Or ,  cette  concession 
jffit,  et,  de  Dieu,  elle  est  principe  applica- 
leàrâme. 

Tout  r^eci  est  purement  polémique  ;  abor- 
'^os  à  jïrésenl  la  question  des  rapports  du 
^n^selde  l'âme,  non  pour  la  résoudre,  mais 

DicTio^if.  d'Anthropologie 


pour  réclaircir.  Quels  sont  les  caraclèpes 
principaux  de  ces  rapports ,  et  ces  rapports 
une  fois  caractérisés,  s'ensuit-il  une  impos- 
siblité  absolue  de  les  su|)poser  entre  un  sys- 
tème matériel  et  un  principe  qui  ne  l'est  pas? 
.  Bien  des  phénomènes  se  passent  dans  l'or- 
ganisme sans  que  l'espvity  participe  ;  bien  dos 
phénomènes  ont  lieu  sans  conscience  ;  mais 
aucun  phénomène  dont  il  y  ait  conscience  « 
n'a  lieu  sans  une  certaine  coopération  du 
corps  ;  il  faut  au  moins  que  le  corps  soit 
présent  et  vivant.  11  faut  même ,  c'est  une 
probabilité  qui  est  pour  nous  une  certitude 
expérimentale ,  une  action  d'une  partie  de 
l'organisme  qui  réponde  à  tout  acte  donnant 
lieu  à  un  phénomène  de  conscience.  C'est  là 
le  fait  le  plus  éminent  de  la  liaison  pure  el 
simple.  Point  d'action  de  la  pensée  sans 
action  du  cerveau  ;  ce  n'est  pas  la  tête  qui 
pense,  mais  on  pense  avec  la  tête.  Sans  aucun 
acte  de  la  volonté ,  sans  rapport  appréciable 
d'influence  mutuelle ,  par  une  coïncidence 
constante  érigée  à  juste  titre  en  connexion, 
l'action  de  la  pensée  est  acr>ompagnée  de  l'ac- 
tion du  cerveau.  Assurément  la  première 
détermine  la  seconde  ;  peut-être  la  seconde 

E eut-elle  déterminer  la  première  »  même 
ors  le  cas  de  la  sensation.  Dans  les  rêves  » 
dans  la  rêverie ,  dans  les  moments  où  l'es- 
prit se  laisse  aller  vaguement,  sans  lier  ses 
pensées  [>ar  un  autre  fil  que  l'association  for- 
tuite des  idées ,  il  est  possible  que  l'action 
propre  du  cerveau ,  laissée  en  quelque  sorte 
a  euc-même ,  détermine  à  peu  près  seule  la 
suite  des  différentes  consciences  qui  se  suc- 
cèdent en  nous  ;  mais  il  est  encore  plus  cer- 
tain que  l'intelligence,  par  ses  facultés  volon- 
taires ,  l'attention  et  la  réflexion,  détern^ine 
impérieusement  les  actions  correspondantes 
du  cerveau  qui  lui  sont  nécessaires ,  et  sus- 
cite même  les  phénomènes  du  cerveau  qui 
se  rapportent  à  l'action  de  deux  facultés 
moins  soumises  à  la  volonté  que  les  autres , 
savoir,  l'association  des  idées  et  la  mémoire. 
Ces  facultés  sont  moins  volontaires ,  en  ce 
qu'elles  sont  mises  directement  en  action 
par  une  faculté  tout  à  fait  involontaire,  la 
sensation.  Tous  nos  souvenirs ,  toutes  nos 
associations  d'idées ,  ont  été  originairement 
le  produit  de  causes  accidentelles,  d'expé- 
riences internes  ou  externes  ;  c'est  là  ce  qu'il 
y  a  de  fortuit  et  de  fatal  dans  notre  monde 
intérieur.  La  sensation  a  sa  cause  hors  du 
moi  ;  c'est  la  plus  iuvolontaire  de  nos  facul- 
tés ,  ou  plutôt  elle  l'est  tout  à  fait  en  ce  sens 
que  nous  ne  pouvons ,  par  les  seules  forces 
ûe  l'intelligence  et  de  la  volonté,  la  renouve- 
ler ou  l'empêcher  ;  nous  ne  pouvons  que 
jusqu'à  un  certain  point  suspendre  son 
empire  ou  modérer  sa  vivacité,  en  disposan 
de  notre  attention ,  dont  parfois  même  elle 
s'empare  de  vive  force ,  ou  bien  réaliser  au 
dciior.<^  les  circonstances  nécessaires  [K)ur  la 
reproduire.  Par  Tentreraise  de  la  sensibilité, 
un  pouvoir  extérieur  s'exerce  donc  sur  rolro 
moral  ;  et  en  déterminant  certaines  modifica- 
tions cérébrales ,  des  causes ,  indépemir.ntes 
de  nous,  limitent  notre  volonté,  la  gêLent, 
quelquefois  la  subjuguent,  mo-scplement 


il63 


PHÏ 


DICTIONNAIRE 


PHY 


m 


nous  ne  saurions  nous  empêcher  de  sentir , 
mais  nous  ne  pouvons  métne ,  à  un  certain 
degré ,  nous  défendre  de  faire  céder  ou  de 
laisser  cédera  la  sensation  nos  facultés  les 
plus  volontaires.  Les  sensations  ne  sont  pas 
seulement  perceptives ,  elles  sont  affectives. 
Si  nous  sentions  comme  nous  pensons,  sans 
peine  comme  sans  plaisir,  sans  haine  comme 
sans  amour,  Forgane  physique  ne  serait 
qu'un  pur  instrument.  Notre  intelligence  se- 
rait libre,  si  ce  n'est  qu'elle  ne  pourrait  point 
ne  pas  voir  ce  qu'elle  voit ,  sentir  ce  qu'elle 
sent.  Mais  ce  qu'elle  sent,  ce  qu'elle  voit  ne 
serait  que  matériaux  bruts  et  neutres ,  et  il 
ne  résulterait  de  la  nécessité  de  se  servir  de 
ces  matériaux  et  de  les  prendre  comme  ils 
sont ,  qu'une  limitation  de  la  portée  de  Tin- 
telligence.  Dans  sa  sphère,  elle  serait  abscriu- 
ment  libre.  Mais  it  en  est  autrement.  Les 
sensations  sont  agréables  ou  désagréables. 
La  cause  finale  de  ce  fait  paraît  être  éminem- 
ment dans  les  besoins  de  la  vie  physique  ; 
ainsi  le  voulait ,  on  peut  le  conjecturer ,  la 
conservation  de  l'individu  et  de  l'espèce. 
D'où  l'on  infère  à  bon  droit  que  le  plaisir  et 
la  peine ,  et  toutes  leurs  conséquences ,  ont 
leur  origine  dans  les  intérêts  de  la  matière. 
De  là  cette  grande  sévérité  de  la  morale  pour 
la  matière,  et  les  imprécations  que  l'esprit  a 
souvent  prononcées  contre  le  corps.  Quoi 
qu'il  en  soit  de  ces  coi^ectures ,  Ja  sensibi- 
lité ,  en  tant  qu'affective ,  e^enie  un  élément 
considérable  a  l'action  des  phénomènes  orga- 
niques sur  l'intelligence  et  la  volonté.  Nous 
ne  pouvons  nous  abstenir  non-seulement  de 
percevoir  ce  que  nous  percevons ,  mais  de 
jouir  et  de  souffrir ,  de  désirer  et  de  crain- 
dre ,  d'espérer  et  de  regretter.  Ainsi  notre 
mémoire ,  notre  jugement ,  notre  raisonne- 
ment ,  sont  modifiés  non-seulement  par  le 
fait,  mais  par  la  gualité  des  sensations.  Cette 
oualitéest  un  poids  nouveau  dans  la  balance 
de  l'intelligence.  Le  phénomène  organique , 
qui  n'avait  qu'une  action  informante  sur  les 
phénomènes  inorganioues,  exerce  une  action 
sollicitante;  ce  qui  limitait  seulement  la 
liberté ,  la  séduit.  En  rapportant  ces  deux 
modes  d'action ,  l'un  à  la  perception  et  l'au- 
tre au  sentiment,  on  peut  dire  que  la  percep- 
tion instruit  ,  que  le  sentiment  émeut  ;  si  le 
premier  peut  tromper,  le  second  peut  cor- 
rompre ;  et  toujours  rintelligencecède  quel- 
que chose  aux  besoins,  aux  désirs,   aux 
craintes.  Elle  a  toigours ,  il  est  vrai ,  cons- 
cience qu'elle  pourrait  céder  plus ,  qu  elle 
pourrait  céder  moins  ;  et ,  sous  ce  rapport , 
sa  liberté  s'appelle ,  pour  cette  raison ,  libre 
arbitre.  La  part  qu'elle  doit  abandonner  à  la 
perception  est  fixée  par  la  sensation  même  ; 
elle  est  toute  faite.  Celle  qu'elle  délaisse  au 
sentiment  est  variable,  parce  qu'elle  est 
arbitraire.  L'intelligence  oscille  entre  deux 
limites  extrêmes,   l'absolue   résistance  et 
l'abandon  absolu.  Tout  ceci  est  de  la  plus 
haute  importance  pour  le  bonheur  pratique, 
pour  la  morale  pratique  :  en  métaphvsique , 
cela  n'importe  que  comme  phénomène  des 
rapports  des  organes  avec  le  moi  ou  du  oorQ^ 
avec  l'Ame. 


Ainsi  les  rapports  d'action  de  l'Ame  et  du 
corps  peuvent  s'exprimer  comme  il  suit  : 

Point  d'action  intellectuelle  sans  onc  ac- 
tion organique  correspondante. 

Dansie  cerveau,  la  première  déterminené- 
cessairement  la  seconde,  c'est-à-dire  5am  en 
avoirconscience,  sans  en  avoir  la  volonté,  sans 
savoir  qu  elle  est  ni  qiielie  elle  est ,  comme 
une  cause  détermine  fatalement  son  effet. 

Par  la  volonté  dont  elle  a  conscience,  c«Ue 
même  cause  peut  déterminer,  au  moyen 
d'une  action  déterminée  fatalement  dans  le 
cerveau,  une  action  à  l'extrémité  des  ûr;â- 
nés  dont  elle  a  une  connaissance  phénomé- 
nale par  la  sensation  externe  ou  interne. 

La  présence  et  la  santé  du  cerveau  et  de^ 
organes  sont  donc  nécessaires  au  moi  dans 
la  vie  terrestre. 

L'action  des  organes,  déterminée  i>ar  des 
causes  étrangères  ou  extérieures  à  1  intelli- 
gence,détermineouoccasionneforcémeDtcer< 
tains  phénomènes  dans  la  conscience,  et  par 
conséquent  une  certaine  action  intellecluelle: 

Les  uns,  complètement  soustraits  dans  leur 
nature  à  l'action  de  la  volonté,  à  l'initiatiTc 
de  i'intelligence,'les  sensations  perceptiTe>: 

Les  autres  également  indépendants  quani  i 
h  leur  nature,  mais  dépendants  jusqu'à  un 
certain  point  quant  à  leur  degré ,  les  sa- 
sàtions  effectives  ; 

D'autres  enfin,  qui  suivent  de  ceui-Ià, 
plus  dépendants  de  l'intelligence  et  de  ûi 
volonté,  mais  pouvant  être  cependant  ky 
effets  indirects  et  les  plus  prononcés  de  l'aol 
tion  des  phénomènes  organiques,  savoir,  les 
besoins,  les  sentiments,  les  passions  qui  dé- 
rivent  des  sensations.  { 

Ces  trois  modes  d'action  du  physiaue  suri 
le  moral  pourraient  s'appeler,  l'uni  action,  j 
le  second  l'influence,  le  troisième  l'empire. 

Cette  description  nous  parait  embrasser! 
tous  lea  rapports  du  physique  et  du  moral  | 
Car  si  l'on  admet  les  faits  élémentaires  dont 
elle  se  compose,  on  admettra  et  on  compre^ 
dra  aisément  comme  conséquence  les  taiîb 
secondaires.  C'est-à-dire  qu'aisément  l'o^ 
comprendra  que  l'état  particulier  où  se 
trouvent  les  organes,  comme  les  accident^ 
de  la  constitution,  de  la  santé,  de  la  vie, 
modifient  dans  leur  degré ,  dans  leurs  pro- 

Eortions,  les  phénomènes  de  l'action  yèri^- 
le  que  ces  organes  exercent  ;  et  l'on  cessera 
de  se  beaucoup  enquérir  de  toutes  ces  cir- 
constances de  la  vie  physique,  qui  de 
Lucrèce  à  Cabanis  ont  tant  charmé  les  na- 
turalistes. 

Maintenant  cette  action  mutuelle  estrelle 
possible?  est-elle  un  mystère  qui  non  seule- 
ment dépasse  notre  connaissance,  mais  qui 
répugne  à  notre  raison.  C'est  le  point  de  ia 
question 

La  difficulté  a  troublé  les  plus  gran-i^ 
esprits,  ceux-là  même  qui  n'ont  pas  pris  .-e 
parti  de  l'abolir  pour  Ta  résoudre. 

On  en  cherche  vainement  la  solution  dan> 
Bacon.  Bien  qu'il  ait  mis  au  rang  des  scien- 
ces la  théorie  de  l'alliance  entre  l'âme  el  ic 
corps,  Ihcirinaét  fœdere^  il  semble  n'y  àxoir 


II«S 


PHT 


D'ARTIIROPOLOGIE. 


?HY 


Îtf6 


▼Q  qpm  l*ooeasioa  de  qoelqnes  recherches 
physiologiqoes  sur  les  rapports  appréciables 
des  deui  natures.  L^interprétation  de  la  phy- 
sioaomie  et  celle  des  songes^  Finfluence  des 
maladies  sur  Téme  et  des  passions  sur  le 
corps,  lui  paraissent  les  quatre  parties  qui 
constituent  cette  science  (721  )  ;  cest-à-dn« 
c|ue  Bacon  n*a  tu  que  des  ex|)eriences  à  iaire 
sur  les  conséouences  d*un  lait  qu'il  a  oublié 
(ie  demander  à  Texpérience  d'établir. 

Deseartes  et  Leibnitz  ont  été  plus  curieux, 
et  le  problème  n'a  pas  tenu  peu  de  place  dans 
leurs  méditations. 

Descartes  qui  le  premier  a  distingué  sévè- 
rement les  deux  substances  (722),  a  cepen- 
dant insisté  pour  qu'on  se  gardât  bien  de 
penser  que,  soit  l'âme,  soit  le  corps,  soit  k 
simple  juxtaposition  de  l'âme  et  du  corps  fût 
Thomme  rentable.  Dans  l'homme,  l'âme  est 
iré^^iroiiemetU  con§oinie^  réeUement  ei  êub^ 
stamiieUememi  «nie  au  corps,  et  cette  union, 
unité  de  composition  mais  non  de  nature , 
constitue  Thumanité  (723).  En  parlant  ainsi, 
il  n'aflaiblissait  pas  la  difficulté,  et  s'exposait 
hardiment  aux  objecliMis.  Elles  ne  lui  ont 
I»as  manqué.  Il  a  rencontré  sur  son  chemin 
et  ceux  oui  doutaient  ayant  Locke ,  que  la 
pensée  fut  incompatible  avec  l'étendue,  et 
ceux  qui  dès  lors  attaquaient  le  spiritualisme, 
par  l'impossibilité  tant  de  l'union  du  simple 
et  de  l'étendu,  oue  de  l'action  de  Tincorporel 
sur  le  corporel  (72%).  Sesoravres  polémiques 
si  nombreuses ,  si  remplies,  ses  précieuses 
lettres  abondent  en  éclaircissements,  en 
réfutations,  en  explications.  S'il  n'a  pas  dé- 
livré la  raison  du  fardeau  d'un  tel  problème, 
il  eo  a  du  moins  diminué  le  poids. 

Sa  doctrine  est  connoe.  L'esprit  et  le  corps 
sont  deux  substances.  En  tant  que  substan- 
ces, ils  s'excluent;  car  la  pensée  constitue 
Tessenee  de  Tun,  comme  l'étendue  l'essence 
de  l'autre.  Pour  l'un  comme  pour  l'autre,  la 
pensée  et  l'étendue  ne  sont  pas  de  ces  attri- 
buts qu'on  donne  ou  retire  à  Tolonté;  l'es- 
prit et  la  pensée,  le  corps  et  l'étendue  sont 
inséparables.  Ainsi  l'âme  pense  toujours,  le 
corps  est  toujours  étendu.  Mais  le  corps  et 
lesprit  sont  séparables,  cependant  ils  sont 
unis.  Chacun  éprouTC  par  soi-même  qu'il 
est  une  seule  personne  qui  a  un  corps  et 
une  pensée,  lesquels  sont  dételle  nature, 
que  cette  pensée  peut  mouvoir  le  corps  et 
sentir  les  accidents  oui  lui  arrircnt  (725). 

Cependant  l'âme  n  a  que  les  attributs  d'une 
substance  incorporelle.  Elle  n'est  point  prin- 
cipe de  mouvement  et  de  vie;  il  n'y  a  point 

(721)  De  dign,  ei  amgm,  scient.^  lib.  tir,  cap.  1. 

(722)  Cest  un  hommage  que  lui  rendent  Amald  et 
H.  More  (CEiirr.^ll^fearles,t.  l,Lett.,p.  I57el386), 
ci  D.  Stevait  ao  nioiiis  pour  les  temps  modernes. 

<7i5)  T.  V%  MédUaUon  ti,  p.  ZSé;  t.  U,  Bépotue 
mmx  mutrième»  objectàoms^  p.  50;  t  Vfl  ,  Letin  à 
M.  Remu»,  p.  581. 

(7i4)  Objectioiis  de  Hobbes,  d'AmanId,  de  Gas- 
sendi, de  divers  théologiens  etgéomélres,  de  Henry 
More  et  de  Henry  L«roy.  (CEvrres  de  Deêcmrtes^ 
Objed.  confie  les  MédiL^  L  1",  p.  468 ,  et  t.  U, 

Lii,  n  et  snir. ,  229  et  snir.,  et  p.  517  ;  t.  X, 
rir»«  p.  71  et  2M.) 
1735)  T.  I**.  Mélh.  nr,  Médit,  ti  ;  t.  D,  fUp.  mut 


d'âme  motrice,  T^tali?e ,  sensitiye.  L'âme 
agit,  et  par  son  action  même  elle  détermine 
sans  le  savoir ,  dans  la  glande  romirton  ou 
pinéale,  qui  est  son  principal  si^e,  des 
raouyements  des  espnts  animaux,  agents 
directs  du  mouvement  comme  du  sentiment. 
Ces  esprits  sont  de  petits  corps,  les  parties 
les  plus  rives  et  les  plus  subtiles  du  sang 
que  la  chaleur  a  rarénées  dans  le  cœur,  et 

3ui  de  là  entrent  sans  cesse  dans  les  cavités 
u  cerveau  et  en  sortent  sans  cesse  par  ses 
pores,  pour  aller  courir  dans  les  nerfs,  par 
où  ils  entretiennent  la  sensibilité  externe  et 
cérébrale  et  la  contractilité  musculaire. 
Le  principe  du  mouyement  est  donc  dans  le 
sang  échauffé  par  le  ccBur,  et  si,  dans  certains» 
des  mouyements  sont  déterminés  par  l'âme 
ou  l'esprit,  ils  ne  sont  pas  l'ouyrage  direct 
de  la  yolonté;  ils  procèdent  princi^ement 
de  la  disposition  des  organes,  soumis  au 
cours  de  la  liqueur  des  esprits  animaux , 
dont  la  direction  est  modifiée  nécessairement 

Gr  les  actes  de  la  yolonté  h  l'insu  de  la  vo- 
Jité  même  (796). 

U  ne  se  passe  rien  dans  le  corps  dont  il 
nesoitpossible  de  rendre  raison  par  des  prin- 
cipes mécaniques  {1^}^  rien  par  conséquent 
qui  doiye  être  attribué  à  autre  chose  que  la 
substance  étendue.  La  substance  incorporelle 
est  donc  exclusivement  sentante,  youlante, 
pensante.  Il  n'y  a  pas  d'autre  âme  que  l'âme 
raisonnable. 

C'est  k  la  distinction  de  l'âme  et  du  corps, 
que  Descartes  s'est  surtout  attaché;  et  long- 
temps il  n'a  presque  rien  dit  de  leur  union. 
Cependant'comme  on  fait  de  celle-ci  une  ob- 
jection contre  celle-là,  il  répond  en  niant 
d'abord  que  de  cette  union  il  résulte  que  la 
pensée  soit  un  mode  ou  une  dépendance  du 
corps.  Si,  par  exemple,  chez  les  fous,  la  fa- 
culté de  penser  est  troublée,  il  n'en  Ciut  pas 
conclure  qu'elle  soit  tellement  attachée  aux 
organes  qu'elle  ne  puisse  être  sans  eux.  De 
ce  qu'elle  est  souvent  empêchée  par  ces  or- 
ganes, il  ne  s'ensuit  aucunement  qu'elle  soit 
produite  par  eux.  11  s'ensuit  seulement  que 
tant  que  1  esprit  est  uni  au  corps,  il  s'en  sert 
comme  d'un  instrument,  pour  faire  ces  sor- 
tes d'opérations  auxquelles  il  est  pour  l'or- 
dinaire occupé ,  mais  non  que  le  corps  le 
rende  plus  ou  moins  parfait  qu'il  n'est  en 
soi.  De  ce  ou'un  artisan  ne  trayaille  pas 
bien  toutes  les  fois  qu'il  se  sert  d'un  mau- 
yais  outil,  on  ne  peut  inférer  qu'il  emprunte 
son  adresse  et  la  science  de  son  art  de  la 
bonté  de  son  outil  (728). 

cinûmèm. ei  $ixièm.  dnect.^ p.  25  et359;  t.  IH^  Prine. 
deUjMi,^nan.iF^;utk,Leii.èiM^riM€€MuEU$mketk^ 
p.  123el  129  ;  t.  Vlll,i4  um  Ré9.  Père  detOrmi.,  p.  568, 
et  t.  Vllj>.392;  Rem.  de  Deuarie$  tmruMcerimu  pim^ 
emrd^vi^f.n^HLeii.àArmmUd^p.  146  el  156. 

(726)  T.I V,  Let poM . detâme^p.  v  ;  Tr.  de  t homme, 
La  deur,  dm  cam  Imm^  Préf.  ;  t.  U,  Rép.  ma  quûir. 
oéj.p.  51;  t.  \m,Uit.àRemu$,  p.  5llet518;  1 11, 
Leit,  à  un  Seian, ,  p.  il  8  ;  t.  a,  Leti,  à  M,  ChamU^  p.  i5. 

S 7)  T.  11 ,  Réponse  emx  quûinème$  oèjeeOmUj 
;  U  X,  LeUre  à  Morus,  p.  235. 
(728)  T.  U,  Réponu  aux  qmoinhneê  okfetihnê^ 
p.  5(^-55;  Réponu  miS  einqmtème»  objeeiionê,  p.  551  ; 
t.  n,  Leiife  à  tm  prince$$e  Elisëkeik,  p.  125  et  129. 


1101 


PHY 


niCTIONNAIRE 


PHY 


Uii 


Que  resprit  qai  est  incorporel,  puisse 
faire  mouvoir  le  corps,  il  n'y  a  ni  raison- 
nemenl  ni  comparaison  inii  nous  le  puisse 
apprendre;  mais  néanmoms  nous  n*en  pou- 
vons douter,  et  il  faut  bien  prendre  garde  que 
cela  est  Tune  des  choses  qui  sont  connues 
par  elles-mêmes  et  que  nous  obscurcissons 
toutes  les  fois  que  nous  les  voulons  expliquer 
par  d'autres  (729). 

Cependant  comme  toute  la  difficulté  ne 
procède  que  d*une  supposition  qui  est  fausse 
e(  qui  ne  peut  être  aucuneiùent  prouvée,  à 
savo'ir,  que  si  Tâme  et  le  corps  sont  deux 
substances  de  diverse  nature,  cela  les  empê- 
che de  pouvoir  agir  Tune  contre  Tautre,  on 
peut  représenter  aux  physiciens  qu'ils  ad- 
mettent dans  les  corps  des  accidents  réels , 
comme  la  chaleur,  la  pesanteur  et  autres 
semblables,  et  qu'ils  ne  doutent  pas  que  ces 
accidents  ne  puissent  agir  contre  le  corps; 
et  toutefois  il  y  a  plus  de  différence  entre 
eux  et  lui ,  c'est-à-cfire  entre  des  accidents 
et  une  substance ,  qu'il  n'y  en  a  entre  deux 
substances.  Par  exemple ,  l'accident  réel  ou 
qualité  réelle  distincte,  appelée  pesanteur, 
peut ,  dit-on ,  mouvoir  une  pierre  vers  le 
centre  de  la  terre,  et  l'on  croit  l'entendre 
assez  bien,  parce  qu'on  en  croit  avoir  une 
expérience  manifeste.  Or  il  n'est  pas  plus 
difficile  de  concevoir  comment  l'âme  meut 
le  corps  que  comment  une  telle  qualité  meut 
la  pierre  en  bas.  Il  n'importe  pas  que  cette 

f>esanteur  ne  soit  pas  une  substance,  car  on 
a  conçoit  comme  une  substance,  puisqu'on 
la  croit  réelle.  Et  si  l'on  dit  qu'on  la  conçoit 
comme  corporelle,  ou  elle  sera  corporelle 
en  tant  qu'elle  appartient  au  corps  ou  peut 
s'unir  à  lui,  encore  (ju'elle  soit  d'une  autre 
nature,  et  l'âme  aussi  peut  être  dite  corpo- 
relle en  ce  sens-là  ;  ou  par  corporel  on  en- 
tendra ce  qui  participe  de  la  nature  des  corps, 
et  dans  ce  sens  la  pesanteur  n'est  pas  plus 
corporelle  que  l'âme  elle-même.  Du  reste, 
selon  Descartes,  ces  qualités  n'existant  nas 
dans  la  nature,  il  ne  peut  y  en  avoir  d'idée 
vraie  dans  l'entendement  humain,  et  la  no- 
tion qu'on  s'en  forme  vient  précisément  de 
celle  au'on  a  de  l'action  d  une  substance 
immatérielle  dans  le  corps  et  contre  le  corps. 
C'est  ainsi  qii'on  donne  à  la  pesanteu  r  et  autres 
choses  semblables  une  existence  distincte. 
Nous  leur  appliquons  des  notions  que  nous 
expérimentons  en  nous-mêmes ,  et  qui  ne 
nous  ont  été  données  que  pour  concevoir  la 
fo'çon  dont  l'âme  meut  le  corps  (730). 

La  notion  en  elle-même,  la  notion  géné- 
rale n'a  rien  que  la  philosophie  réprouve. 
«  Comme  il  ne  messied  pas  à  un  philosophe 
«  de  croire  que  Dieu  peut  mouvoir  le  corps, 
«  quoiqu'il  ne  pense  pas  que  Dieu  soit  cor- 
«  porel,  il  ne  lui  messied  pas  également  de 
«  croire  quelque  chose  de  semblable  des 
«  substances  incorporelles;  et  bien  que  je 
«  croie  qu'aucune  manière  d'agir  ne  convient 
«  dans  le  même  sens  à  Dieu  et  aux  créatu- 


.'729)  T.  X,  Lettre  à  Arnautd,  p.  ÎM. 

(730)  T.  If,  Lettre  à  M.  Cterseîier,  contenant  une 
réponse  aux  instances  de  Gassendi,  p.  514  ;  t.  IX, 
Lettre  à  la  princesse  Elisabeth^  p.  127. 


«  res ,  j'avoue  cependant  que  jo  ne  trouTe 
a  en  moi-même  aucune  i Jee  qui  me  teffré- 
«  sente  une  manière  différente  dont  Uieu 
a  ou  un  ange  puisse  mouvoir  la  matière  de 
«  celle  qm  me  représente  la  manière  dont 
<r  je  suis  convaincu  en  moi-même  que  je 
«  ^is  mouvoir  mon  corps  par  ma  pen- 
«  sée  (731).  » 

Ces  considérations,  dégagées  de  la  Ibéorio 
propre  à  Deseartes  sur  la  constitution  phy- 
siologique de  l'homme,  nous  paraissent  en- 
core justes  et  puissantes,  et  nous  nous  y  t^ 
puyonsavec  confiance.  Cependant  elles  con- 
tiennent sur  le  mode  d'action  des  deux  s\dh 
stances  une  doctrine  implicite  qui,  déTclnp- 
pée  par  Malebranche,  est  devenue  le  système 
des  causes  occasionnelles.  Les  deux  substan- 
ces, l'une  par  rapport  à  l'autre,  ne  sont  pas 
cause  dans  toute  l'énergie  du  mot  ;  seule- 
ment, à  l'occasion  des  pnénomènes  de  Vone 
naissent  les  phénomènes  de  l'autre.  Ce  sys- 
tème exige  entre  elles  un  médiateur  qui ,  \ 
l'occasion  d'un  mouvement  du  corps,  im- 
prime une  pensée  à  l'âme  ,  et  à  l'occasion 
d'une  pensée  de  l'âme,  imprime  un  mouve- 
ment au  corps.  Et  comme  Descartes  nafl- 
met  que  deux  substances ,  et  proscrit  sévè- 
rement toute  qualité  occulte ,  ce  médiateur 
ne  peut  être  que  Dieu.  Dieu,  dit  Fontenelle, 
demeure  alors  la  seule  cause  véritable  des 
mouvements  et  des  pensées  (732).  Ce  sys- 
tème contient  eu  principe  celui  de  Leibnitz. 
On  sait  que,   touché  de  la  difficulté  d*a<i- 
mettre  une  union  active  entre  l'âme  cl  k 
corps,  «  parce  qu'il  n'y  a  pas  de  proportion 
entre  une  substance  incorporelle  et  telle  ou 
telle  modification  de  la  matière ,  n  il  tooIoI 
que  de  toute  éternité  le  corps  eût  été  con^ 
titué  de  manière  à  répondre  à  toutes  les 
pensées  de  l'âme  (733)  et  qu'il  y  eût  ainsi 
entre  les  actes  de  1  une  et  les  modificatioos 
de  l'autre,  non  une  connexion  de  cause  à 
effet,  mais  une  coïncidence  exacte  et  fatale 
qu'il  nomma  l'harmonie  préétablie. 

C'est  notre  faute  peut-être ,  mais  il  ne 
nous  semble  pas  que  la  difficulté  exige  un  si 
grand  appareil  de  systèmes  ,  et  le  mystère 
de  l'union  des  deux  substances  ne  nous  a^ 
cable  pas  à  ce  point  oue,  pour  Vailégprt 
nous  nous  jetions  dans  ae  telles  extrémités. 
La  question  de  l'origine  du  mal,  celle  de 
l'origine  de  la  matière ,  celle  de  la  présenre 
divine ,  par  exemple ,  nous  troublent  biec 
autrement  et  donnent  un  ébranlement  bieo 
plus  redoutable  aux  croyances  de  notre  rai- 
son. Nous  ne  voyons  dans  l'action  mutuelle 
des  deux  substances ,  qu'un  mystère  assez 
comparable  à  ceux  que  présentent  toutes  les 
actions  que  nous  pouvons  percevoir  ou  con- 
cevoir en  ce  monde.  Toute  action  est  inex- 
plicable. L'incompatibilité  dans  le  mém 
sujet  des  essences  de  l'esprit  et  du  corp* 
sera,  si  l'on  veut ,  une  difficulté  de  plu* 
Cependant  celte  difllculté  supixise  cette  pn»- 
position  :  11  parait  qu'il  faut  l'étendue  pc^r 

(751)  T.  X,  Lettre  à  Morus,  p.  245. 
<  (75S)  Œtivris  de  Fontenelle,  t.  VIII,  Ikmkt  9tr  k 
système  physique  des  causes  occasiotmeiles^  cb.  i 
(735)  Nouv,  essais  sur  ten'end.  kum.^  I.  n,  «*♦  '" 


1169 


PHY 


D^ANTUBOPOLOGIC 


PHY 


ft70 


a^r  sur  retendue.  Mais  c'estaflirmer  une^ro- 
priété  de  Tinconnue.  Or  celte  propriété  est- 
elle  une  donnée  du  problème  ?  non,  elle  est 
le  problème  lui-même.  £si-elle  une  déduc- 
tion des  donniées  de  Téqualion  ?  non,  car  on 
la  pose»  on  ne  la  démontre  pas.  Aller  [>lus 
loin  et  dire  que  la  substance  est  nécessaire- 
ment étendue,  c*est  s'avancer  dans  les  ténè- 
bres. Cela  n^est  soutenable»  en  effet ,  que  de 
la  substance  même  de  l'étendue.  Ce  n'est 
pas  rétendue  qui  est  nécessaire  à  la  sub- 
stance, c'est  )a  substance  qui  Test  à  reten- 
due. L'eipérience  ne  donne  que  l'étendue; 
la  nécessité  d'une  substance  pour  l'étendue 
est  en  fait  une  induction  ultérieure  de  la 
perception,  en  droit  une  loi  de  la  raison. 
L'une  et  l'autre  attestent  et  supposent  un 
principe,  c'est  qu'il  n'y  a  point  de  phéno- 
mène sans  substance.  Quel  phénomène?  vas 
plus  celui  de  l'étendue  qu'un  autre,  le  pné- 
Domène  indéterminé.  La  substance  est  donc 
le  corrélatif  nécessaire  de  phénomène  et 
non  d'étendue.  Qu  est-elle  en  cette  qualité? 
un  inconnu.  Vouloir  que  cet  inconnu  soit 
essentiellement  et  uniTersellement  étendu, 
c'est  affecter  sur  la  substance  des  connais- 
sances qu'on  n'a  pas.  Il  est  étrange  que  cette 
proposition  se  rencontre  surtout  dans  les 
ouTrages  de  ceux  qui  font  profession  de  par- 
ler peu  de  la  substance  ,  et  d*en  fuir  la  no- 
tion et  le  nom  comme  ce  qu'il  y  a  de  plus 
oiiscur  et  de  plus  périlleux  dans  h  science. 

Tous  les  êtres  réels  sont  substances,  c'est- 
à-dire  que  tous  les  êtres  réels  sont  chacun 
quelque  chose  qui  ne  peut  exister  que  par 
soi-même,  et  qui  ne  peut  ê&re  distingue  ni 
par  plus,  ni  par  inoins  d'un  seul  concept  ; 
car,  suivant  une  belle  idée  de  Descartes,  la 
substance  est  ce  qui  n'a  besoin  pour  exister 
que  de  Dieu  et  de  soi-même  (73^^).  Tous  les 
èlres  réels  sont  des  causes  ,  c'est-à-dire  que 
la  présence  des  uns  par  rapport  aux  auîres 
résultent  des  changements  dans  les  acci- 
dents, soit  des  uns,  soit  des  autres. 

Tous  les  êtres  sont  des  essences ,  c'est-à- 
dire  que  quelque  changement  qui  s'opère 
dans  les  accidents  d'un  être ,  il  lui  reste 
toujours  un  attribut  constitutif  qui  fait  que 
sp&ifiauement  il  est  ce  qu'il  est,  et  n'est  pas 
ce  qu'il  n'est  i^as. 

Tous  les  êtres  présentent  des  accidences 
inTariahles  dans  leur  nature,  yariables  dans 
leur  manifestation,  de  sorte  que  toute  durée 
e>t  un  perpétuel  changement,  et  que  la  sub- 
stance change  incessamment  dans  ses  acci- 
dences sans  en  perdre  aucune. 

Or  comment  les  êtres  sont-ils  sulistances, 
causes,  essences,  modalités  ?  Cela  est  iinpos- 
siblc  à  dire,  et  la  contradiction  est  ici  au 
s^uil  de  toute  tentative  d'explication.  Ce 
li'est  pas,  du  moins,  le  naturalisme  qui 
nous  apprendra  ce  qu'il  faut  penser  de  tout 
cfria.  Comment  donc  prétenurait-il  limiter 
l'action  de  la  substance  à  raison  de  sa  na- 


r754)  T.  m,  Pniur.  de  la  philot.^  part.  i'\  J  57  > 
t.  Il,  Éiéponte  aux  quatrièmes  obieetiôns^  p.  47. 

(735)  f  Poar  éclatrcir  Fidéc  de  sobsUoce,  H  Imt 
rvmaaterk  œlie  de  force  el  d*énergie...  La  force 
3.;issanie  est  inhérente  ^  toute  substance,  qui  ne 


ture  ?  S'il  l'essaie ,  foppuSMrai  la  notion  de 
cause  à  la  notion  de  substance ,  et  j'arri- 
verai sur  les  pas  de  Leibnitz,  à  ne  voir  que 
des  forces  dans  l'univers  (735).  Il  est  facile, 
en  effet,  de  réduire  tout  l'être  interne  à  une 
action,  tout  l'être  externe  à  une  résistance, 
c'est-à-dire  l'un  et  l'autre  substantiellement 
à  une  force ,  et  aussitôt  l'objection  des  ma- 
térialistes devient  incompréhensiMe  dans 
les  termes.  Nous  n'embrassons  pas  formel- 
lement la  théorie  de  M.  Biran  ;  nous  disons 
seulement  qiie  nos  adversaires  seront  reçus 
à  définir  l'action  de  la  substance  ,  quand  ils 
nous  auront  expliqué  ce  que  c'est  que  Tac- 
tion  de  la  cause. 

L'âme  peut-être  dite  une  force,  en  ce  sens 
qu'elle  est,  non  une  cause  de  mouvement, 
mais  un  i>rincipe  d'action  ,  lequel  se  mani*-^ 
feste  distinctement  par  l'acte  volontaire,  im- 
plicitement par  l'acte  intelligent ,  c'est-à- 
dire  en  général  par  la  pensée.  Le  principe 
d'action  qui  se  manifeste  par  la  uensée  peut- 
il  être  uni  à  un  tout  étendu  ?  Nous  dirions 
que  cela  est  impossible,  si  nous  n'avions 
pour  garants  qu'il  en  est  ainsi  la  consdenee 
et  la  sensation  ;  l'impossibilité  entrevue  on 
supposée  le  cède  au  fait.  Le  principe  d'action 
qui  se  manifeste  par  la  pensée ,  peut-il  être 
le  même  que  le  sujet  du  tout  matériel  en 
tant  gue  matériel ,  c'est<^-dire  le  même  que 
le  suiet  de  la  matière  ou  de  l'étendue  en  gé- 
nérai ?  Il  n'y  a  pas  une  seule  raison  à  donner 
tour  l'affirmative  ;  personne  même  ne  l'a 
asardée,  car  personne  n'a  imaginé  que  la 
substance  matérielle  fût  pensante  par  elle- 
même.  Il  faut  que  la  pensée  advienne  à  la 
substance  matérielle  comme  ime  forme  es- 
sentielle de  l'école ,  et  qu'elle  en  change 
l'essence.  Or  cette  addition  à  la  substance 
matérielle  et  qui  en  change  l'essence ,  si  ce 
u*est  la  transmutation  de  la  matière  par  la 
volonté  du  Créateur,  c'est  l'adjonction  d'un 
principe  nouveau  qui  manqiuûtà  la  matière, 
et  qui  agit  sur  elle.  Que  l'on  nous  demande 
comment  ce  principe  hétérogène  peut  agir 
sur  le  tout  matériel  auquel  il  est  uni ,  pour 
la  troisième  fois,  nous  répondrions  que  c'est 
impossible,  parce  que  c*est  inexplicable,  si 
pour  la  troisième  fois ,  l'évidence  de  la 
sensation  et  de  la  conscience  ne  nous  don- 
nait comme  réel  l'inexplicable  qui  cesse 
d'être  impossible.  Que  conclure  de  là? 
Qu'il  est  téméraire  de  prendre  |jour  l'abime 
de  l'impossible  une  lacune  de  nos  connais- 
sances- Si  l'on  accorde  un  moment  que  deux 
substances  ne  peuvent  agir  l'une  sur  l'au- 
tre, parce  qu'on  ignore  comment  elles  agis- 
sent, non-seulement  Dieu  disparaîtra  de  l'u- 
nivers, mais  l'univers  lui-même  tombera 
dans  runité  immobile  où  l'avait  plongé  Par- 
ménide,  c'est-à^lire  qu'il  conservera  l'être 
en  acquérant  toutes  les  conditions  du 
néant 

Démocrite  sut  observer  la  nature;  il  avait 

peut  être  ainsi  un  seul  instant  sans  agir.  >  (De 
princ.  phiias.  emendat.  et  notiau,  ntbstant.  ;  Il awc 
M  BiaA5,  Doeirine  de  LeitnHt,  Œuvres  pkUa$ofk., 
t.  IV,  et  ailleurs. 


il7l 


WJV 


DIGTlONNÂiae 


PHÎ 


i17i 


presque  inventé  la  philosophie  expérimen- 
tale ;  il  est  le  créateur  des  prin  iipes  du  ma- 
térialisme. On  sait  l*anecdote  antique.  Un 
jour  Abdère  le  crut  fou.  On  appela  pour  en 
juger  le  génie  de  Tobservation  en  personne, 
le  père  de  la  médecine ,  Hippocrate.  Il  Tint 
et  trouva  Démocrite  qui,  un  crâne  à  ia 
main,  étudiait  les  formes  du  cerveau.  Hip- 
|K)crate  admira,  et  il  jugea  les  Abdéritains 
insensés. 

Or  c*est  Hippocrate  qui  a  dit  :  Si  unuê  e^ 
ê$i  homo^  non  aoleret^  quia  non  sciret  und^ 
doleret.  Il  croyait  donc  qu'il  fallait  un  moi 
qui  ne  fût  pas  Torganisme,  pour  s'aperce- 
voir de  l'organisme.  C'est  ce  mot  qu'il  faut 
connaître.  Connais  le  moi ,  disait  l'oracle  ; 
dissèque  ton  cerveau ,  semblait  dire  Démo- 
crite le  philosophe.  Le  cerveau  et  le  mot, 
c'est  l'homme,  pensait  Hippocrate  le  méde- 
cin. Et  nous  ,  nous  disons  à  la  médecine  : 
«  Souviens-toi  de  ton  père.  » 

PHYSIOLOGIE  DES  RAGES  HUMAINES, 

GQNSmÉRÉES  DANS  LSI7RS  RAPPORTS  AVEC  L'hIS- 

T01RE.  —  Nous  allons  donner  sous  ce  titre 
un  travail  publié  en  1829  par  M.  F.  Edwards, 
et  adressé  sous  forme  de  lettre  à  M.  Amédée 
Thierry,  auteur  de  l'Histoire  de»  Gaulois, 
Ce  travail  a  excité  un  vif  intérêt,  et  est  de- 
venu très-rare.  Quelle  en  est  la  valeur 
réelle  ?  Nous  engageons  le  lecteur  à  lire  ce 
qui  en  a  été  dit  à  l'article  Galles  et  Kimrys 
de  ce  Dictionnaire.  Vu  l'importance  des 
questions  que  nous  abordons  dans  notre 
livre,  nous  ne  pouvions  omettre  ce  docu- 
ment, qui  constate  au  moins  les  difficultés 
du  sujet  et  les  efforts  de  la  science  pour 
les  résoudre.  Dans  ces  grands  débats,  il  est 
bon  de  connaître  toutes  les  pièces,  les  faus- 
ses, les  douteuses  ou  incertaines  comme  les 
plus  authentiques. 

«  Monsieur,  dans  un  voyase  que  je  viens 
de  faire,  j'ai  eu  l'occasion  d  observer  quel- 
ques faits  qui  peuvent  vous  intéresser.  J'ai 
parcouru  la  plupart  des  pays  qui  ont  rap- 
port à  rbistoire  que  vous  venez  de  publier, 
et  j'ai  cherché  à  vérifier  quelques-unes  des 
distinctions  que  vous  établissez  parmi  les 
peuples  gaulois.  C'est  le  résultat  de  cet  eia- 
men,  joint  à  d'autres  observations  de  même 
nature,  relatives  à  d'autres  points  de  l'his- 
toire, que  je  vous  offre  aujourd'hui.  Il  pa- 
raîtra peut-être  singulier  que  je  prétende 
appuyer  ou  infirmer  ce  que  vous  déduisez 
de  documents  historiques  par  des  observa- 
tions relatives  à  l'état  actuel  des  peuples. 
Quels  qu'aient  été  les  Gaulois  jadis,  et  les 
grandes  familles  qu'ils  pouvaient  former 
alors,  qu'y  a-t-il  de  commun  entre  eux  et 
les  peuples  qui  occupent  le  même  sol  au- 
jourd'hui? Qu'a  l'histoire  à  démêler  avec 
la  physiologie  ?  Quelle  lumière  peut-elle  en 
emprunter  t  II  y  a  longtemps  que  je  ))ense, 
et  je  ne  suis  pas  le  seul  de  cette  opinion, 
qu'elle  peut  en  tirer  un  çrand  secours  ;  et 
si  longtemps  elle  lui  9  été  étrangère,  c'est 
faute  d'en  avoir  étudié  les  rapports.  Il  est 
vrai  que,  jusqu'à  Tépoque  actuelle,  ni  l'une 


ni  l'autre  de  ces  sciences  n  a  été  culti?é«  de 
manière  à  les  rapprocher  et  à  ce  qu'elles  se 

{prêtassent  des  lumières    mutuelles.  Votre 
rère  a  ouvert  b  carrière  en  histoire  (736). 
li  a  distingué  les  divers  peuples  qm  consti- 
tuaient la  nation,  et  a  suivi  attonii?emeot 
les  vicissitudes   de  leur  sort.   Vous  mi 
adopté  sa  marche  ;  mais  ayant  un  plus  yasie 
champ  à  parcourir  et  plus  de  complications 
h  débrouiller,  il  vous  a  fallu  employer  toutes 
les  méthodes  de  critique.  Vous'parTenez 
ainsi,  à  travers  la  confusion  des  temps  et 
des  auteurs,  à  reconnaître  plusieurs  grandes 
familles  parmi  les  peuples  dont  vous  écrivez 
l'histoire.  Les  caractères  par  lesquels  vous 
les  distinguez  sont  pris  dans  la  science  que 
vous  cultivez.  Vous  établissez  delà  sorte 
des  races  historiques  qui  peuvent  être  tout 
à  fait  indépendantes  de  celles  qu'afottcrait 
l'histoire  naturelle.  Vous  en  avez  le  droit  ; 
car  chaque  science  a  ses  principes  ;  mais  ii 
se  peut  aussi  qu'en  les  suivant,  vous  arri- 
viez au  même  résultat  auquel  on  parrieiu 
par  l'application  d'une  autre  science.  Vojons 
maintenant   quelles  données  nous  fournil 
l'histoire  naturelle  pour  que  noas  puissions 
espérer  de  nous  rencontrer.  Il  n'y  a  m 
lon^emps  que  l'étude  de  l'homme  en  fait 
partie.  Chose  étrange,  que  ce  qui  devait 
nous  intéresser  le  plus,   parce  qu*il  ooos 
touche  de  plus  près,  ait  été  le  plus  négligé. 
Cette  branche  de  nos  connaissances  est  si 
récente,  qu'elle  a  été  fondée  par  un  auteur 
vivant.  Le  célèbre  Blumenbach  a  reconnu* 
dans  le  genre  humain,  cinq  familles  ani- 
quelles,  suivant  lui,  tous  les  peuples  peo- 
vent  ère  rapportés.  Il  a  rendu  un  grani 
service  en  posant  ces  premières  bases.  Mais 
que  peut  faire  ce  petit  nombre  de  groupes 

Eour  éclairer  l'histoire  ?  Ils  corresiwndeDi 
peu  près  à  autant  de  grandes  divisions  du 
monde,  et  chacun  d'eux  embrasse  et  confowi 
trop  de  nations  pour  qu'ils  soient  duii 
grand  secours.  Dans  leur  vaste  étendue, 
cependant,  ces  divisions  du  genre  buroaii 
ne  sont  pas  sans  utilité  pour  rbislorieo; 
mais  cette  utilité  est  très-bornée.  Dt?p«^^ 
peu,  deux  naturalistes  en  ont  beaucoui" 
accru  le  nombre,  M.  Desmoulins  et  M.  B(»f; 
de  Saint-Vincent.  Vous  ne  les  en  hlhmetu 
pas  sans  doute,  si  tes  caractères  qu  ils  oci 
indiqués  suffisent  pour  distinguer  les  mi 
pies,  et  vous  croirez,  avec  raison,  queplpj 
ils  auront  multiplié  leurs  divisions,  plus  lil 
auront  satisfait  aux  besoins  de  l'histoire.  P^ 
vous  importe,  s'il  faut  les  appeler  du  nm 
d'espèces,  de  variétés,  de  sous-variélés,  «^ 
de  races,  et  dans  quel  ordre  on  les  c\m 
entre  elles  ;  vous  laisserez  ces  discussu^us 
aux  naturalistes.  Ce  qui  vous  intéressée  H 
de  savoir  si  les  groupes  qui  forment  Je  genn 
humain  ont  des  caractères  physiques  ref*»r.j 
naissables,  et  jusqu'à  quel  point  les  disunj 
tiens  que  l'histoire  établit  parmi  les  i* 
pies  peuvent  s'accorder  avec  celles  ue  J 
nature.  Vous  voyez  que  la  quesnon.^| 
compliquée.  Il  ne  vous  suffirail  pas  qu»' . 


(750)  Histoire  de  la  conquête  de  r Angleterre  par  les  Normande, 


I17S 


PHY 


D*AMTHR0P0L0G1E. 


PHY 


1114 


eât  de  pareils  groupes  ;  il  faudrait  aussi 
que,  tels  qu'ils  existent  aujourd'hui,  ils 
eussent  toujours  été,  du  moins  dans  les 
temps  historiques.  S*il  en  éîait  ainsi,  on  pui- 
serait dans  cette  nouvelle  source  de  la  ulia- 
tion  des  peuples,  et  l'on  remonterait  à  leur 
origioe  malgré  les  mélanges  qui  constituent 
les  nations.  Voilà  Tétat  de  la  question  dans 
sa  généralité;  elle  a  déjà  été  traitée  par 
M.  Desmouiins.  Mais  ce  sujet,  à  cause  de  sa 
noureauté,  a  besoin  d'être  repris,  et  je  vous 
dirai  les  raisons  qui  m*ont  conduit  à  penser 
que  Ton  i)ourrait  retrouver  les  anciens  peu- 
ples dans  les  modernes.  Il  est  indispensable 
que  j'entre  d'abord  dans  cette  discussion, 
avant  d'exposer  les  observations  particu- 
lières qui  vous  intéressent,  et  celles  qui  ont 
trait  à  d'autres  |)oints  de  l'histoire.  Je  ne 
vous  dissimulerai  pas  les  difficultés  ;  elles 
s'offrent  en  foule.  Quand  même  les  peuples 
auraient  eu  des  caractères  physiques  capa- 
bles de  les  distinguer,  comment  supposer 
qu'ils  aient  pu  les  conserver  sans  altération 
profonde  à  travers  une  longue  suite  de 
siècles,  durant  lesquels  ils  ont  été  exposés  à 
tant  de  causes  de  changement,  dont  une 
seule,  si  l'on  s'en  tient  a  des  opinions  eé- 
néralement  répandues,  suffirait  pour  les 
rendre  méconnaissables  ;  l'influence  du 
eliinat  sur  ceux  qui  ont  changé  de  patrie, 
les  progrès  de  la  civilisation  ou  de  la  déca- 
dence, et  le  croisement  multiplié  des  races ^ 
»t  outFQ  ces  causes  de  changement,  com- 
bien ont  péri  par  extermination  ou  ont  été 
sspulsés  de  leur  sol  natal.  Lorsque  nous 
lisons  l'histoire,  et  que  nous  ne  consultons 
{ne  i*impression  qui  nous  reste,  en  com- 
Mrant  les  temps  anciens  et  les  temps  mo- 
iernes,  qu'y  trouvons-nous  de  commun? 
le  nom  même  des  nations  qui  ont  paru  avec 
Sclat  est  éteint  depuis  des  siècles  ;  dans  le 
Mvs  qu'elles  ont  habité,  tout  a  pris  un  nou- 
rri aspect  ;  on  y  parle  des  langues  étran- 
gères ;  et  si  quelque  ruine  subsiste  encore, 
^lle  seule  nous  retrace  le  souvenir  des  an- 
iens  habitants.  En  histoire,  quand  un  peu- 
ple est  conquis,  qu'il  a  perdu  son  indépen- 
lance,  qu'il  ne  forme  plus  une  nation,  il  a 
e>sé  uexister  ;  et  dans  ces  révolutions 
M)liliques  comme  dans  les  bouleversements 
le  lancien  monde,  on  croirait  que  chaque 
l^ue  désastreuse  fait  disparaître  les  races 
|ui  avaient  subsisté  jusqu  alors.  Mais  une 
tutre  branche  des  connaissances  humaines, 
'éo  de  nos  jours,  vient  rectifier  ces  fausses 
Répressions.  Une  comparaison  plus  appro- 
miliedcs  langues  fait  souvent  découvrir, 
ans  celle  que  l'on  parle  actuellement,  les 
iiunics  anciens  qui  les  ont  formées,  et  l'on 
lat»lit  ainsi,  dans  des  pays  où  sans  ces  in- 
'i*es  on  ne  l'aurait  pas  soupçonné,  une 
oniiexion  non  interrompue  entre  les  anciens 
lalûtants  et  les  nouveaux. 
•  Mais  si  les  formes  du  langaze  laissent 
les  (races  dans  les  idiomes  moclernes  qui 
l<^f'èlent  leur  antique  origine,  que  pense  - 
v^nsr-nousdes  formes  du  corps  ?  seront-elles 
i)oins  persistantes  ?  n'aurons-nous  rien 
uiiserTé  des  traits  de  nos  ancêtres?  au- 


ront -ils  changé  au  sré  du  climat  de  maBière 
à  être  méconnaissables  7  Les  mélanges  au- 
ront-ils tout  confondu ,  la  civilisation  tout 
régénéré,  la  décadence  tout  dégradé,  la 
force  tout  exterminé  ou  expulsé  ?  Y oilà  les 
questions  qu'il  faut  examiner  succinctement 
avant  d'exposer  les  observations  qui  font 
le  sujet  de  cette  lettre.  Il  fallait  d'abord 
croire  ces  observations  possibles  avant  de 
chercher  à  les  faire,  et  les  mêmes  raisons 
qui  ont  servi  à  ma  conviction  peuvent  servir 
à  la  vôtre. 

«  Nous  traiterons  ces  questions  sous  des 
points  de  vue  peut-être  nouveaux.  Pour 
apprécier  l'influence  du  climat  sur  les  formes, 
les  proportions  du  corps,  et  les  autres  carac* 
tères  pnvsiques,  nous  n'en  examinons  pas 
les  résultats  sur  quelques  individus,  mais 
sur  les  masses  en  général. 

«  Peu  nous  importe,  pour  l'objet  qui  nous 
occupe,  ce  que  la  nature  a  pu  faire  dans 
quelques  cas  extraordinaires.  Il  faut  savoir 
ce  qu  elle  fait  le  plus  souvent  ;  et  nous  bor- 
nerons nos  recherches  à  ce  qu'elle  opère 
dans  des  temps  limités,  puisqu'il  s  agit 
d'applications  a  l'histoire.  Pour  bien  con- 
naître les  tendances  générales  de  la  nature, 
il  convient  de  l'étudier  sur  une  erando 
échelle  ;  voyons  d'abord  quelle  influence 
exerce  le  climat  sur  les  êtres  vivants  qui 
diffèrent  le  plus  de  nous,  et  qui  paraissent 
les  plus  susceptibles  d'en  éprouver  des  mo- 
difications. 

«  Nous  confondrons  d'abord,  comme  on  le 
fait  souvent,  sous  l'expression  générale 
d'influence  du  climat,  plusieurs  autres 
causes  puissantes  qui  agissent  en  même 
temps,  et  nous  verrons  ensuite  si  nous 
aurons  à  nous  repentir  d'avoir  fait  cette 
concession. 

<r  Des  plantes  se  couvrent  ou  se  dépouil- 
lent de  poils  et  d'épines,  leurs  feuilles  se  dé- 
coupeiit,  leurs  fleurs  se  colorent  diverse- 
ment, leurs  pétales  se  multiplient,  leurs 
fruits  changent  de  saveur,  et  leur  taille 
s'élève  ou  s'abaisse  suivant  la  terre  et  le 
ciel  de  leur  nouvelle  patrie.  Il  en  est  même 
qui  perdent  quelques-uns  des  caractères 
de  leur  genre  ou  de  leur  famille,  comme 
lorsque  les  fleurs  deviennent  doubles  ou 
pleines. 

c  Elles  peuvent  donc  s'altérer  profondé- 
ment, mais  elles  conservent  presque  tou- 
jours quelques-uns  de  leurs  traits  primitifs 
qui  rappellent  leur  origine. 

«  Quand  même  un  certain  nombre  d'entre 
elles  aurait  été  altéré  au  point  de  prendre 
des  caractères  spéci floues  différents,  ce  qui 
n'est  pas  encore  avéré,  la  plupart  ont  beau 
changer  de  climats,  elles  restent  tellement 
semblables  à  elles-mêmes  que  l'œil  le  moins 
exercé  ne  saurait  les  méconnaître. 

«  En  admettant  les  plantes  à  déposer  en 
faveur  de  l'influence  du  climat,  on  admet 
les  preuves  les  plus  fortes  de  la  puissance 
de  cette  cause  ;  mais  on  voit,  en  même 
temps,  combien  elle  est  bornée,  puisqu'elle 
n'atteint  pas  le  plus  grand  nombre. 

«  Et  combien  n'en  est-il  pas  ^  *  * 


1175 


MiY 


OiCTiONI^AmE 


PHY 


m 


portées  dans  des  régions  lointaines,  lan- 
guissent et  meurent  avec  les  formes  qui  leur 
sont  propres  ?  On  voit  ainsi  qu'il  est  des 
forces  qui  tendent  à  conserver  le  type  ori- 
ginel avec  une  telle  constance»  que  bien 
souvent  il  se  rompt  plutôt  que  de  se  plier 
aux  changements  que  les  agents  eitérieurs 
voudraient  lui  faire  subir. 

«  Il  ne  me  convient  pas  d'avancer  des  faits 
de  cette  nature,  qui  ne  sauraient  être  le 
résultat  de  mes  propres  observations,  sans 
les  appuyer  sur  des  autorités  irrécusables. 
Je  les  ai  soumis  è  des  botanistes  distingués 
qui,  outre  leurs  connaissances  profondes 
(le  rétat  de  la  science,  ont  la  plupart  voyagé, 
et  réunissent  ainsi  leur  expérience  person- 
nelle à  celle  d'autrui.  MM.  Desfontaines, 
de  Candolle,  Mirbel,  Bory  de  Saint-Vincent, 
Turpin,  m*ont  donné  leur  assentiment. 

<f  Si  des  plantes  nous  passons  aux  ani- 
maux, nous  dirons  que  rnomme  ne  peut 
suivre  de  rœil,  dans  leurs  migrations,  que 
ceux  qu'il  transporte  avec  lui.  Voyons 
d'abord  ce  que  nous  savons  de  positif  sur 
les  animaux  domestiques.  Mais  ici  nous 
distinguerons  soigneusement  les  effets  du 
climat  de  ceux  qui  proviennent  du  croise- 
ment des  races  et  d'autres  causes  étran- 
gères. 

«  Nous  voyons  (jue  le  changement  le  plus 
prononcé  est  celui  que  subit  leur  foun'ure, 
qui  devient  plus  épaisse  ou  moins  garnie, 
plus  fine  ou  plus  rude,  et  varie  de  couleur 
suivant  les  extrêmes  de  froid  ou  de  chaud  ; 
ils  deviennent  plus  gras  ou  plus  maigres  ; 
leur  progéniture  change  quelquefois  de 
dimension,  mais  la  voit-on  changer  de  pro- 
portions et  de  formes  ?  Si  les  formes  et  lea 
proportions  changent,  c'est  ordinairement 
par  l'augmentation  ou  la  diminution  de  la 
graisse  ou  des  sucs  qui  remplissent  le  tissu 
cellulaire.  La  charpente  osseuse  ne  reste- 
t-elle  pas  la  même,  et,  si  elle  s'altère,  c'est 
dans  des  cas  rares,  et  dans  d'autres  qui  peu- 
vent être  regardés  comme  des  maladies. 

^  En  subissant  les  modifications  les  plus 
ordinaires  que  je  viens  d'indiquer,  ils  ne 

{>erdent  pas  plus  leur  type  que  tel  homme 
orsqu'il  devient  chauve ,  qu'il  éprouve 
quelque  changement  dans  le  teint,  ou  qu'il 
gagne  ou  perd  de  l'embonpoint  ;  il  conserve 
presque  toujours  les  traits  caractéristiques 
qui  le  font  reconnaître. 

<«  Quant  aux  animaux  voyageurs,  comme 
ils  recherchent,  autant  que  possible,  l'éga- 
lité de  température,  ils  ne  sauraient  çuere 
subir  de  changements  de  la  part  du  climat. 
«  On  voit  des  variétés  dans  des  climats 
divers,  et  l'on  prétend  que  ces  climats  en 
sont  cause.  Mais  on  voit  dans  le  même  i)»ys, 
sous  le  même  ciel,  une  foule  de  variétés 
appartenant  à  la  même  espèce.  11  faut  donc 

3u  il  y  ait  aussi  d'autres  causes  qui  les  pro- 
uisent,  et  à  moins  que  l'observation  ne  le 
constate,  on  ne  saurait  faire  la  part  du  cli- 
mat. Combien,  d'ailleurs,  n-est-il  pas  d'es- 
Î)èces  communes  à  des  régions  diverses  dont 
es  individus  sont  partout  semblables  ?  Il 
wi  est  donc  une  foule  qui,  par  cola  même, 


sont  capables  de  changer  de  climaisuio 
changer  de  formes.  Je  n>i  pas  besoin  «le 
dire  que  la  généalogie  que  Bullbn  a  donnée 
des  différentes  races  du  chien  est  loat  à  laii 
arbitraire.  Il  est  vrai  qu'on  y  a  cm  quelque 
temps,  mais  on  est  devenu  plus  dilbcile  eo 
fait  de  preuves  ;  et  M.  Desmoulins  a  remar- 
qué que  Bufion  lui-même  avait  ruiné  son 
hypothèse  eu  opérant,  dans  la  suite,  des 
croisements  avec  le  loup  et  le  reniml. 

«  Voilà  ce  que  j'avais  à  vous  dire  de  plus 
positif  à  l'époque  où  je  m'occupais  de  iitUe 

rirtie  de  mon  sujet.  Je  croyais  être  panreou 
un  résultat  satisfaisant  ;  mais  comme  les 
Yoyageurs  n'avaient  pas  donné  -  à  cet  ol^el 
toute  l'attention  qu  il  mérite,  il  manquait 
à  mes  preuves  cet  éclat  de  vérité  qui  en- 
traîne de  suite  la  conviction.  J*étais  derniè- 
rement à  rAcadénaie  des   sciences  lorsque 
le  docteur  Boulin  se  présenta  pour  lire  ud 
mémoire  sur  les  changements  qu'ont  subis 
les  animaux    domestiques  transportés  ^e 
Tancien  dans  le  nouveau  continent.  11  venait 
de  l'Amérique,  où  il  avait  résidé  six  aus.  Je 
savais  combien  il  était  projire  à  résoudre 
la  question  et  par  ses  connaissances  et  par 
son  talent  d'observateur.  J  allais  donc  en- 
tendre juger  les  conclusions  que  j'avais 
tirées  de  données  peut-être  imparfaites;  a 
vous  concevez  le  vif  intérêt  avec  lequel  je 
l'écoutai.  La  confirmation  fut  complète.  Les 
animaux  transportés  dans  le  nouveau  monde 
n'ont,  en  général,  éprouvé  que  ces  lé^rs 
changements  que  i  ai  indiqués  plus  bant 
comme  résultat  de  l'influence  du  climat.  Il 
est  à  espérer  que  l'auteur  ne  tardera  pss  à 
donner  au  public  Tensemble  de  ses  obserri- 
tions  qui  sont    relatives   non-seulemeat  i 
Faction  du  climat,  mais  aussi  à  rio&ueBce 
de  la  vie  sauvage  et  au  développeœeol  dr 
Tinstinct. 

«  Ce  que  nous  venons  de  dire  des  animaai 
est  à  plus  forte  raison  applicable  à  Thomme. 
Lorsque  du  Midi  il  émigré  vers  leT<ord,sou 
industrie  lui  fournit  des  moyens  puissant» 

Kur  se  défendre  contre  Tintempérie  (1< 
ir.  Il  porte,  pour  ainsi  dire,  son  cbmatam 
lui.  Le  Lapon,  dans  sa  butte,  se  |)rocureli 
cbaleur  de  la  Syrie.  Les  jeunes  tilles  de U 
Russie  sont  précoces,  dit-on»  comme  celie> 
des  pays  méridionaux. 

«  Que  si  Tbomme  savait  rafiratcfair,  eoouse 
il  sait  échauffer  son  atmosphère,  il  chaa- 
gérait  presque  impunément  de  climat,  pourra 
qu'il  menAt  une  vie  tout  artifiaelle. 

<K  Mais  ses  passions  qui  raccompagnenll^ 
rendent,  la  plupart  du  temps,  à  la  nature. 
et  rompent  les  combinaisons  de  son  ioteilr 
gence.  11  s'en  faut  d'ailleurs  de  beaucoup 
que  les  arts  mécaniques  soient  le  partage  d^ 
tous  les  peuples  de  la  terre.  Et  même,  ehez 
les  nations  les  plus  civilisées,  une  graoti^ 
portion  du  peuple  est  mal  pourfue  i^ 
moyens  propres  a  la  'garantir  des  ioipr^ 
sions  nuisibles  de  l'air  et  do  ciel. 

«  Malgré  ces  restrictions ,  il  sera  toujours 
vrai  de  dire  que  les  hommes,  quel  quesoi^ 
leur  état  social,  pourront  mieux  résister  ijv 
les  autres  êtres  animés  au  cbaogeœeot  'if 


1117 


PRY 


D'AMTUnOPOLOGIE. 


PHY 


H78 


climatf  mais  qu*ils  ne  sauraient  entièrement 
se  soustraire  a  l'influence  de  cette  cau*^. 

«  Nous  voulons  en  apprécier  les  résultats,  , 
et  nous  consultons  plutôt  notre  imagination 
que  les  faits.  Il  en  est  peu  cependant  de  cet 
ordre  qui  soient  plus  multipliés,  plus  faciles 
à  apprécier  dans  de  certaines  limites.  Pre* 
oons  les  premiers  qui  se  présentent. 

«  La  plupart  des  pays  de  TEuroiie  ont 
eDYûjé  dans  des  répons  lointaines  une  par- 
tie de  leur  population,  où  elle  est  étaolie 
depuis  un  ou  plusieurs  siècles  ;  et  comme  un 
grand  nombre  de  ces  colonies  est  confiné  dans 
des  lies  où  elles  sont  restées  presque  sans 
aiélange,  on  peut  y  juger  de  l'influence  pro- 
longée du  climat.  Il  y  a  eu  à  layéritcun 
luélange  de  races  plus  ou  moins  étendu  avec 
les  esclaves  noirs  ;  mais  il  en  est  résulté 
une  caste  particulière,  qui,  portant  les  ca- 
raclères  visibles  de  son'origine,  ne  peut  être 
confondue  avec  la  population  blanche.  Celle- 
ci  habite  depuis  longtemps  les  régions  équa- 
toriales,  dans  cet  extrême  de  température 
contre  lequel  l'industrie  de  l'homme  sait 
moins  te  défendre  ;  et  quel  en  a  été  le  résul- 
tat? L'Angleterre,  la  France,  l'Espagne, 
méconnaissent-elles  leurs  enfants?    ou  si 
elles  les  trouvent  un  peu  hAlés,   un  peu 
brunis,  plus  sensibles  au  plaisir  et  moins 
disposés  au  mouvement,  leur  voient-elles 
des  traits  différents  ?  paraissent-ils  h  leurs 
veux  comme  une  race  étrangère  ou  altérée  ? 
In  colon  anglais ,  français,  espagnol,  ne 
porte-l-il  pas  les  cai*actères  propres  de  la 
Dière-palne  î 

«  £t  si  quelqu'un  avait  le  tact  assez  fin 
pour  les  distinguer  comme  colons,  il  saisi- 
rait des  nuances  si  délicates  qu'elles  écba> 
peraientà  la  plupart  des  hommes,  et  parla 
n'auraient  aucune  importance  dans  la  q  ;3$- 
lion  qui  nous  occupe. 

«  Ce  sont  des  observations  de  cette  espèce 
lui  ont  d'abord  fait  une  impression  pro- 
^nde  sur  mon  esprit.  Elles  m*ont  donné  la 
preuve  que  des  peuples  établis  dans  des  cli- 
uats  différents  pouvaient  conserver  leur 
ype  pendant  plusieurs  siècles. 
<<  Mais  la  vérité  n'en .  est  peut-être  pas 
issez  évidente,  parce  que  les  peuples  de  la 
aère-pairie  n'ayant  pas  chacun  un  type  uni- 
jue,  mais  plusieur^i  qui  n'ont  pas  été  défi^ 
lis,  la  comparaison  serait  difliciie  et  embar- 
a^sante.  Il  se  poarraitmème  que,  plus  frappé 
l's  nuances  qui  les  distinguent  que  des  for- 
>ies  et  des  proportions  qui  leur  sont  com- 
inn.s,  on  arrivât  aune  couclusioa  con- 
uifv.  Je  citerai  donc  un  exemple  qui  ne 
aissera  pas  de  doute. 

•*  Les  traits  des  Juifs  sont  tellement  ca- 
attérisés  qu'il  est  diiTicile  de  s'y  tromper, 
U  comme  il  s'en  trouve  dans  presque  tous 
•^  pays  do  l'Europe,  il  n'est  point  de  figure 
alionale  plus  généralement  connue  et  plus 
•  connaissable.  On  peut  les  regarder  comme 
es  colonies  de  même  race  établies  dans 
<'S  contrées.  Depuis  des  siècles  ils  font  par- 
i<>  de  la  population  des  pays  où  ils  se  sont 
ités  ;  et  s  ils  n'ont  point  participé  aux  bien- 
i^is  du  gouvernement,  on  ne  lésa  pas  privés 


de  la  liberté  d'habiter  le  même  sol,  de  res- 
pirer le  même  air,  de  jouir  du  même  soleil. 
Comme  ils  ont  conservé  leur  religion,  leurs 
moeurs  et  leurs  usages,  qu'ils  ont  fait  peu 
d'alliance  avec  les  peuples  chez  lesquels  ils 
demeuraient,  il  serait  difTicile  de  trouver 
des  conditions  plus  pro|  res  à  faire  ressortir 
les  effets  du  climat. 

a  D'abord  le  climat  ne  les  a  paç  assimilés 
aux  nations  parmi  lesquelles  ils  habitent  ;  et 
ce  qu'il  y  a  de  plus  important,  c'est  qu'ils 
se  ressemblent  tous  dans  dés  climats  divers. 
Un  Juif  anglais,  français,  allemand,  italien, 
espagîîol,  portugais,  est  toujours  un  Juif 
par  la  fi^re,  quelles  que  soient  les  nuances 
qu'il  présente  ;  c'est-à-dire  ({ue  tous  ont  les 
mêmes  caractères  de  formes  et  de  propor- 
tions, en  un  mot,  tout  ccqui  constitue  essen- 
tiellement un  type. 

n  Ainsi  les  Juifs  de  ces  divers  pays  se  res- 
semblent beaucoup  plus  entre  eux  qu'ils  no 
ressemblent  aux  nations  parmi  les(|uolIes  ils 
vivent;  et  le  climat,  malgré  la  lon.^ue  durée 
de  son  action,  ne  leur  a  guère  donné  que 
des  diversités  de  teinte  et  d'expression,  et 
peut-être  d'autres  modifications  aussi  lé- 
gères. 

«  De  ce  qu'ils  se  ressemblent  entre  eux 
partout,  il  ne  suit  peut-être  pas  à  la  rigueur 
qu'ils  étaient  anciennement  ce  qu'ils  sont 
aujourd'hui.  Mais  si  vous  voulez  vous  con- 
tenter d'un  espace  de  trois  cents  ans,  je  puis 
vous  en  donner  une  preuve  irrécusable.  A 
Milan  i'ai  vu  la  Cène  de  Léonard  de  Vinci  ; 
ce  chef-d'œuvre,  tout  dégradé  qu'il  est  par 
l'injure  du  temps  et  l'incurie  des  habitants, 
conserve  encore  distinctement  les  figures  de 
presque  tous  les  personnages.  Les  Juifs 
d'aujourd'hui  y  sont  peints  trait  pour  trait. 
Personne  n'a  représenté  comme  ce  grand 
peintre  le  caractère  national,  tout  en  con- 
servant aux  individus  la  plus  grande  diver- 
sité. Vous  le  concevrez  facilement  si  vous 
vous  rappelez  combien  il  aimait  les  sciences 
en  général,  et  surtout  Thistoire  naturelle. 
Si  vous  n'avez  pas  lu  sa  vie,  écrite  par 
M.  Beyle  dans  son  Histoire  de  la  peinture  en 
Italie^  lisez-la  :  aucun  auteur  ne  l'a  mieux 
fait  connaître. 

«  Je  vous  ai  donné  une  date  précise  et  au- 
thentique ;  elle  détermine  un  espace  de  temps 
(juî  peut  être  considérable  comme  période 
historique,  mais  qui  ne  Test  pas  assez  dans 
la  question  qui  nous  occupe. 

«  Quel  était  le  tvpe  des  Juifs  à  l'époque 
de  leur  dispersion?  voilà  ce  qu'il  importe- 
rait de  savoir.  On  aurait  ainsi  une  période 
de  plus  de  1700  ans,  pendant  laquelle  le 
climat  aurait  eu  le  temps  d'agir,  et  nous 
saurions  ce  que  nous  devons  en  attendre 
dans  un  espace  qui  embra.vsc  h  peu  près  la 
moitié  des  temps  historiques. 

«  On  pourrait  se  contenter  h  moins  ;  mais 
si  vous  étiez  plus  exigeant  et  si  vous  vou- 
liez savoir  quel  était  le  type  des  Juifs  à  une 
époque  plus  reculée,  je  puis  vous  dire  ce 
qu'il  était  il  y  a  plus  de  trois  mille  ans. 

«  Pour  remonter  si  haut,  vous  jne  per- 
mettrez de  vous  dire  à  quelle  *♦* 


1179 


PilT 


mcnomàsuL 


rar 


\m 


recooans  ce  fait  ;  je  no  m'éloignerai  guère 
de  mon  sujet.  Je  lisais  un  ouvrage  de  M.  Pri- 
chard  sur  Tbisloire  naturelle  (ie  Thomme, 
dans  lequel  il  soutenait  une  thèse  sin^lière: 
que  les  hommes  étaient  primitivement 
noirs,  et  quMls  devenaient  blancs  par  la  ci- 
vilisation. L'ouvrage  est  plein  d'intérêt,  et 
traité  avec  un  talent  remarquable  :  Tauteur 
nous  montre  dans  diverses  parties  du  monde 
un 3  gradation  de  couleur  cnez  les  habitants 
d*un  même  [>ays;  les  plus  foncées  dans  les 
classes  inférieures,  les  plus  claires  dans  les 
plus  riches  et  les  plus  puissantes.  Vous 
voyez  que  ces  faits  cadrent  fort  bien  avec 
son  hypothèse  ;  mais  vous  voyez  aussi  qu'ils 
se  rapportent  tout  aussi  bien  à  d'autres  faits 
que  nous  présentent  des  peuples  dont  l'his- 
toire nous  e$t  parfaitement  connue;  c'est-à* 
dire  des  races  différentes  établies  sur  le 
même  sol,  parmi  lesquelles  il  y  a  une  gra- 
dation de  puissance  et  de  civilisation  :  les 
noirs  obéissant  aux  jaunes  ;  les  uns  et  les 
autres  soumis,  dans  des  degrés  différents, 
aux  blancs;  des  nuances  intermédiaires  ré- 
sultant du  mélange,  et  occupant,  dans  la  so- 
ciété, des  rangs  intermédiaires  à  ceux  de 
leurs  parents. 

«  Parmi  les  faits  rapportés  par  l'auteur ,  il 
y  en  avait  un  oui  attira  particulièrement 
mon  attention  :  Il  était  un  auteur  grec  qui, 
en  parlant  des  E^ptiens,  dit  expressément 

Îu'ils  étaient  noirs  et  crépus.  J'étais  alors  à 
ondres ,  avec  le  docteur  Hodgkin ,  jeune 
médecin  très-instruit,  actuellement  profes- 
seur d'anatomie  pathologique  à  rhôpital  de 
Guy,  et  avec  le  docteur  Knox,  profondément 
versé  dans  Tanatomie  comparée,  et  qui, 

{rendant  son  séjour  en  Afrique,  avait  étudié 
es  races  nègres.  Je  leur  parlai  de  la  cita- 
tion de  l'auteur  grec  ;  et  il  me  vint  dans 
l'esprit  de  la  vériner  en  ayant  recours,  non 
au  texte,  mais  à  un  monument  qui  était  à 
notre  portée ,  le  tombeau  du  roi  d'Egypte , 
qui  se  trouvait  alors  h  Londres,  et  que  vous 
avez  probablement  vu  à  Paris.  En  ce  cas, 
vous  savez  qu'une  multitude  de  figures  y 
sont  peintes  de  grandeur  naturelle ,  dont  la 
plupart  représentent  les  personnes  du  peu- 
ple. Leur  teint,  à  la  vérité,  est  d'un  brun 
très-foncé,  mais  elles  n'ont  ni  la  couleur,  ni 
les  cheveux  crépus  du  nègre.  Ces  caractères 
ne  se  voient  que  dans  un  très-petit  nombre 
à  part,  qui  évidemment  sont  des  nègres^ 
éthiopiens.  A  côté  se  trouvent  deux  autres 

Petits  groupes  de  nations  étrangères,  dans 
une  desquelles  nous  reconnûmes  d'une  ma- 
nière frappante  la  nation  juive.  J'avais  vu 
la  veille  des  Juifs  qui  se  promenaient  dans  les 
nies  de  Londres  ;  je  croyais  voir  leurs  por- 
traits. 

«  Je  ne  doute  pas  que  le  témoignage  de 
MM.  Knox  et  Hodgkin,  et  le  mien,  ne  vous 
paraissent  suffisants;  je  ne  cherchais  pas 
d'autres  preuves,  lorsque,  lisant  depuis  peu 
le  Voyage  de  Belzoni  en  Egypte^  je  trouvai  à 
l'endroit  où  il  décrit  les  figures  de  ce  tom- 
beau, les  passages  suivants  :  «  On  distin- 
«gue,  à  l'extrémité  de  ce  cortège,  des  hom- 
«  mes  de  trois  sortes  rie  nations,  qui  dif- 


«  fèrenldes  autres  individus,  et  qui  représeo- 
«  tent  évidemment  des  Juifs,  des  Ethiopiens 
«  eidesPcrses{Voyage$  enEgyptt  tt  enAnite; 
«  Paris  1821,  p.  389, 1. 1)  ;»  et  ailleurs,  p.  390: 
«On  y  distingue  des  Perses,  des  Juifs  et  des 
«Ethiopiens;  les  premiers  k  leurs  costumes, 
«auxquels on  les  reconnaît  toujours  dans  les 
«  tableaux  qui  renrésententleurs  guerresaree 
«  les  Egyptiens;  les  Juifs  sontreconoaissables 
«à  leur  phyêionomie  ei  à  leur  teinta  et  les 
«  Ethiopiens  à  la  couleur  de  leur  peau  et  à  leur 
«  parure.  ■ 

«(  Voici  donc  un  peuple  qui  subsiste  arec 
le  même  type  pendant  une  longue  suite  de 
siècles ,  qui  embrasse  presque  toute  reten- 
due des  temps  historiques  ;  durant  la  pre- 
mière moitié  de  cette  période  éproutant  des 
désastres  inouis  ;  durant  l'autre  moitié  dis- 

Eersé  dans  des  climats  divers,  persécuté, 
onni,  vilipendé,  formant  une  caste  de  parias, 
le  rebut  du  genre  humain.  On  ne  saurait 
guère  imaginer  une  réunion  de  circonslauces 
plus  propres  à  modifier  profondément  ^o^ 

Sanisation  physique  d'un  peuple;  il  bat 
onc  nue  la  nature  humaine  ait  une  grande 
force  de  résistance  pour  avoir  su  en  triom- 
pher. 

«  Ce  grand  exemple  parait  comme  ore 
expérience  riçoureuse  faite  dans  le  dessein 
de  constater  l'influence  des  climats  divers 
sur  les  formes  et  les  proportions  humaines 
dans  toute  l'étendue  des  siècles  historiques. 
«  N'en  forçons  pas  cependant  les  coosé- 

?uences  ;  tous  les  peuples  ne  seraient  peut* 
tre  pas  également  aptes  à  résister  de  même; 
mais  s'ils  ne  conservaient  pas  toujours  leor 
type  avec  la  même  constance,  admettons  du 
moins  que  telle  est  la  tendance  de  la  nature, 
et  que  s'ils  n'étaient  exposés  qu'à  cette  seule 
cause  d'altération,  une  ^ande  partie  conser- 
verait les  traits  caractéristiques  de  leurs  an- 
cêtres dans  une  lon^e  suite  de  terni^. 

«  Mais  que  peut  faire  le  climat  en  compa- 
raison du  croisement  des  races!  Or  tous 
les  i)eupl6s  dont  nous  connaissons  l'histoire 
y  ont  été  plus  ou  moins  soumis  ;  cause  d'au- 
tant plus  puissante,  qu'a^ssant  sur  Tor- 
S^anisation  intime,  elle  préside  k  la  première 
ormation  de  Tètre,  et  semble  devoir  tou- 
jours en  altérer  les  former.  Si  elle  a^ssait 
sans  frein,  peut-être  qu'elle  confondrait 
tout  ;  mais  elle  a  des  bornes  :  et  d'abord  il 
y  en  a  d'évidentes ,  qu'il  suffit  de  nommer. 
Les  dififérences  de  castes  et  de  rangs  dont  IVh 
rigine  remonte  souvent  à  une  différence  do 
race,  opposent  en  premier  lieu  une  barrière 

Ju'on  franchit  souvent  par  quelques  en- 
roits,  malgré  la  sévérité  des  lois  et  la  force 
des  préjuges,  mais  qui  retient  longtem|)$  la 
multitude.  Ces  resti*ictions,  tout  artificiel- 
les qu'elles  sont ,  n'ont  pas  laissé  de  dorer 
chez  certains  peuples  depuis  qu'ils  ont  coin- 
mencé  à  paraître  distinctement  sur  la  srène 
du  monde;  néanmoins,  comme  toutes  les  ins- 
titutions humaines  doivent  c^der  au  teror^^ 
et  qu'ailleurs  tous  les  rangs  ont  été  boule- 
versés, voyons  ce  qui  arriverait  dans  un 
état  de  choses  où  l'impulsion  de  la  sature  ne 
connaîtrait  pas  de  frein.  Or  nous  étaMirt«» 


IlSl 


MY 


D*iNTUllOPOLOGIE. 


POT 


ÎÎH 


ici  des  principes  qui  naos  serviront  de  gui- 
des dans  la  suite ,  et  oui  dépendent  de  la 
proportion  nouiéri^Qe  des  races  qui  se  mè- 
nent et  de  lenr  distribution  respective  sur  le 
même  territoire. 

«  D^abord  le  nombre  relatif  ;  supposant 
que  le  penchant  au  mélange  soit  sans  entra- 
ve», la  nous  savons  à  point  nommé  ce  que 
fait  la  nature  lorsque  la  dispro(iortion  est 
grande;  le  type  du  trèsnpetit  nombre  peut 
«iisparaltre  entièrement.  Voici  dans  quelles 
conditions»  et  après  combien  de  générations 
le  fait  a  lieu  ordinairement.  On  croise  un 
animal  domestique  avec  un  autre  d'une  race 
différente;  on  croise  ensuite  le  produit  de 
ce  mélange  avec  un  individu  de  Tune  de  ces 
races  pures.  Le  nouveau  produit  so  rappro- 
che de  celle-ci.  On  continue  les  croisements 
d*après  le  même  principe  jusqu'à  ce  que  le 
dernier  produit  rentre  dans  un  des  tvpes 
primitifs  ;  ce  qui  arrive  en  général  au  bout 
de  la  quatrième  génération.  Ce  résultat  |)eut 
avoir  lieu  plus  têt  ou  plus  tard;  il  peut 
même,  suivant  ce  que  j'ai  appris  de  M.  Gi- 
rou  de  Buzareingnes,  se  faire  attendre  jus- 
qu'à la  treizième  génération,  et  peut-éîre 
au  delà  ;  mais  ce  fait  est  rare,  et ,  de  quel- 
que importance  qu'il  soit  pour  la  science , 
nous  ne  cherchons  pas  les  extrêmes,  mais 
ce  qui  a  lieu  communément.  D'ailleurs  nous 
avons  des  renseignements  positifs  sur  ce 
qui  arrive  en  pareil  cas  dans  les  races  hu- 
maines dont  les  traces,  dans  les  générations 
successives,  sont  les  plus  reconnaisables  : 
celles  des  nègres  ou  des  blancs  disparaissent 
▼ers  la  quatrième  ou  la  cinquième  généra- 
tion; conformément  au  résultat  général  que 
nous  avons  indiqué  chez  les  animaux  do- 
mestiques. 

«  Ce  titt  parait  d'abord  défavorable  à  la  re- 
cherche des  anciennes  races  dans  les  mo- 
dernes. Oui,  sans  donte,  si  Ton  se  proposait 
de  retrouver  tous  les  éléments  qui  ont 
formé  une  nation,  quelque  faibles  qu'ils 
aient  été  ;  mais  lorsqu'il  s'agit  des  grandes 
masses ,  remarquez  combien  l'examen  de- 
vient plus  facile  par  cette  élimination. 

m  Supposons  toutefois  que  le  ty[»e  subsiste 
à  cause  des  entraves  mises  au  mélange  ;  à 
plus  forte  raison  le  plus  petit  nombre  n  aura 
pas  altéré  les  formes  du  plus  grand.  Voilà 
un  princi^ie  d'une  grande  importance ,  dont 
nous  ferons  souvent  l'application. 

«  Prenons  maintenant  l'autre  cas  extrême, 
où  les  deux  races  sont  en  nombre  égal  ;  que 
faut-il  pour  qu'elles  se  confondent  en  un 
seul  tjpe  intermédiaire? 

«  II  fiiut  que  chaque  individu  de  l'une  s'u- 
nisse à  un  individu  de  l'autre,  il  faut  que 
chacun  ait  une  grande  part  dans  la  fusion 
des  caractères;  car  de  Itères  nuances  ne 
cicfigurent  pas  un  type. 

«  Voilà  des  conditions  impérieusement 
requises;  croyezrvous  qu'elles  soient  fiiciles 
à  remplir?  Nous  ne  dirons  pas  que  cet  équi- 
libre est  impossible  ;  il  est  rare  que  ron 
IHiisse  se  permettre  de  pareilles  assertions  ; 
mais  nous  dirons  qu<^,  tout  en  supposant  la 


possibilité  de  cette  égalité,  nous  ne  aevons 
jamais  nous  y  attendre. 

«  Car  qui  peut  supposer  que  chaque  indi- 
vidu d'une  race  s'unisse  à  un  individu  de 
l'autre?  De  pareilles  unions  ne  sauraient 
être  l'effet  du  choix,  mais  de  la  nécessité  ; 
et  quelle  nécessité?  Je  ne  connais  que  celle 
d'obéir  au  despote  le  plus  absolu,  et  tel  qu'il 
n*en  a  jamais  existé.  Admettons  cependant 
qu'elle  ait  lieu  ;  le  peuple  ne  sera  qu'un  vil 
troupeau;  et  pour  savoir  ce  que  serait  le 
fruit  de  son  obéissance,  examinons  ce  qui 
arrive  chez  d'autres  êtres  aussi  abrutis  et 
également  asservis  à  la  volonté  d'un  mattre. 

c  Vous  savez  que  des  races  différentes 
d'animaux  se  croisent  suivant  la  volonté  de 
l'homme,  et  que  le  produit  des  croisements 
que  vous  connaissez  le  mieux,  participe  de 
1  une  et  de  l'autre  souche. 

a  II  forme  aussi  un  type  nouveau,  mais 
intermédiaire ,  et  par  cela  même  distinct  et 

Earticulier;  car,  n'ayant  que  des  ressem- 
lances  partielles  avec  ceux  dont  il  dérive , 
il  ne  représente  plus  ni  l'un  ni  Tautre. 

€  Voilà  ce  que  l'on  sait  généralement,  et 
Ton  ne  connaît  guère  que  des  faits  de  cet 
ordra.  11  en  est  cependant  qui  démontrent 
une  autre  tendance  de  la  nature  qui  nous 
intéresse  ici  particulièrement.  M.  Coladon , 
pharmacien  de  Genève,  pour  multiplier  les 
expériences  sur  les  croisements  de  races,  et 
étendre  nos  idées  sur  ce  sujet,  éleva  un 
grand  nombre  de  souris  blanches  et  de  sou- 
ris grises.  Il  en  étudia  attentivement  les 
mcBurs  et  trouva  le  moren  de  les  faire  pro- 
duire en  les  croisant.  Il  commença  alors  une 
longue  suite  d'expériences  en  accouplant 
toujours  une  souris  grise  à  une  souris 
blanche.  Quel  résultat  attendez-vous?  Qu'il 
y  ait  eu  souvent  des  mélanges?  Non,  jamais. 
Chaque  individu  des  nouveaux  produits  était 
ou  entièrement  gris  ou  entièrement  blanc, 
a  veclesau  très  caractères  de  la  race  pure;  point 
de  métis,  point  de  bigarrure,  rien  d'inter- 
médiaire, enfin  le  type  parfait  de  Tune  ou 
de  l'autre  variété.  Ce  cas  est  extrême ,  à  la 
vérité,  ma!S  le  précédent  ne  Test  pas  moins  ; 
ainsi  les  deux  procédés  sont  dans  la  nature , 
aucun  ne  règne  exclusivement. 

«  En  réfléchissant  aux  rapports  dans  les- 
quels se  trouvent  les  races  primitives,  voici 
des  conditions  qui  peuvent  faire  prévaloir 
l'un  ou  l'autre  de  ces  effets.  Quand  les  races 
diffèrent  le  plus  possible,  comme  lorqu  elîes 
ne  sont  pas  de  la  même  espèce,  telles  que 
l'Âne  et  le  cheval ,  le  chien  et  le  loup  ou  le 
renard,  leur  produit  est  constamment  métis. 
Si  au  contraire  elles  sont  très-voisines,  elles 
peuvent  ne  pas  donner  naissance  à  des  mé- 
langes et  reproduire  les  types  purs  primi- 
tifs. Voilà  deux  principes  fondamentaux  et 
féconds  en  applications.  Quelque  légitimes 
qu  elles  soient ,  nous  nous  en  abstien- 
drons, jusqu'à  ce  que  nous  ayons  fait  voir 
que  la  même  tendance  existe  chez  Thomme. 
Continuons  cependant  à  pénétrer  plus  avant 
dans  ce  sujet,  en  ne  le  considérant  d'abord 
que  chex  les  animaux,  le  n'ai  pas  besoin 
d'appuyer  sur  ces  faits  pour  les  conirmer  ; 


1133 


PHY 


.niCTlONXAiUE 


PlIY 


\m 


comme  ils  sont  authentiques,  on  est  forcé 
de  les  admettre  malgré  leur  apparente  con- 
tradiction. 

«  Que  la  nature  tantôt  confonde,  tantôt 
sépare  les  types,  il  n'y  «  rien  là  que  de  très- 
conforme  à  sa  marche  orviinaire,  puisqu'on 
voit  ses  efforts  sans  cesse  conspirer  ou  se 
combattre  ;  puisqu'on  la  voit  toujours  occu- 
pée à  produire,  conserver  et  détruire. 

«  Mais  ce  n'est  pas  à  ces  généralités  crue 
nous  devons  nous  borner.  Examinant  les 
faits  de  plus  près,  nous  trouvons  la  plus 
grande  conformité  précisément  où  nous 
voyons  au  premier  coup  d'œil  le  plus  de 
contraste.  Dans  le  croisement  de  races  très- 
éioi^nées,  le  métis  présente  un  type  dîJBférent 
de  celui  de  la  mère,  lùalgré  certaine-;  con- 
formités. Lorsque  deux  races  voisines  repro- 
duisent l'un  et  Tautre  type  primitif,  la  mère 
donne  aussi  naissance  à  un  être  qui  diffère 
d'elle.  Voilà  la  coriformité  des  faits  ;  mais 
remarquez  que  dans  ce  dernier  croisement 
la  mère  repro.luit  un  être,  plus  semblable 
à  elle-même  que  dans  le  premier;  elle  s'é- 
loi  jne  donc  moins  dans  ce  cas  de  la  tendance 
la  plus  générale  de  la  nature,  qui  est  la  pro- 
pagation des  mômes  types.  Elle  s'y  con- 
forme bien  plus  encore  lorsqu'on  considère 
celte  tendance  sous  son  véritable  point 
de  vue. 

«  Dans  les  classes  inférieures  des  animaux 
il  n'v  a  pour  ainsi  dire  (ju'un  sexe ,  puis- 

Su'il  n'y  a  pas  de  distinction  parmi  les  in- 
ividus  quant  aux  organes  de  la  reproduc- 
tion, et  chaque  être  donne  la  vie  à  un  autre 
parfaitement  semblable  à  lui-même.  Il  n'y 
a  donc  ici  qu'un  seul  type  de  procréé.  Dans 
les  ordres  plus  élevés  deuxsexesconcourent 
à  la  formation.de  doux  individus  qui  les  re- 
présentent; ainsi  la  mère  met  au  jour  tantôt 
l'un  fait  à  son  image,  tantôt  l'autre  gui  re- 
trace celle  du  père.  Or  elle  produit  deux 
types  très-distincts  malgré  leurs  rapports, 
et  à  tel  point  que  le  mâle  et  la  femelle.d*une 
même  espèce  diffèrent  souvent  plus  entre 
eux  que  l'un  et  l'autre  ne  diffèrent  d'indivi- 
dus de  même  sexe  dans  des  espèces  voisines. 
Cela  est  si  vrai  que  le  mâle  et  sa  femelle, 
chez  des  animaux  dont  on  n'avait  pas  eu 
l'occasion  d'observer  les  habitudes ,  ont 
fréquemment  été  classés  comme  des  espè- 
ces diverses;  les  insectes  et  les  oiseaux  sur- 
tout en  ont  fourni  des  exemples  nombreux. 

«  Il  est  manifeste  que  les  observations  de 
M.  Colalon  rentrent  dans  cet  ordre  de  faits, 
considérés  dans  leur  généralité;  puisque  la 
mère  produit  deux  types,  dont  1  un  repré- 
sente celui  de  sa  propre  race  et  l'autre  les 
caractères  physiques  de  la  race  du  père.  Je 
pourrais  citer  d'autres  exemples  tirés  des 
animaux,  mais,  comme  le  résultat  des  ex- 
périences de  M.  Coladon  est  plus  tranché, 
je  m'en  tiens  à  cet  exemple  frappant. 

•t  Ce  qui  nous  importe  davantage,  c'est 
que  le&  mêmes  phénomènes  arrivent  chez 
1  homme,  qui  plus  est,  dans  les  mêmes  con- 
ditions que  j'ai  iiidiquées.  Les  races  humai- 
nes qui  diflerent  le  plus  entre  elles  donnent 
constamment  des  métis.  C'est  «insi  que  le 


mulâtre  résuite  toujours  du  mélange  tles 
races  blanches  et  noires.  L'autre  observa- 
tion de  la  reproductiou  des  deux  types  pri- 
mitifs, lorsque  tes  parents  sont  de  deux  Ta- 
riétés  voisines,  est  moins  notoire,  mais  o'eo 
est  pas  moins  vraie.  Le  fait  est  eommiio 
chez  les  nations  européennes,  l'ai  eu  de 
fréquentes  occasions  de  le  reconnaître.  Le 
phénomène  n'est  pas  constant  ;  mais  qu'im- 
porte ?  Le  croiscuient  produit  tantôt  la  fu- 
sion ,  tantôt  la  séparation  des  types  ;  d'où 
nous  arrivons  à  cette  conclusion  fondamen- 
tale, que  les  peuples  appartenant  à  des  va- 
riétés de  races  différentes,  mais  voisines, 
auraient  beau  s'aliier  entt-e  eux  de  la  nu^ 
nière  hypothétique  que  nous  avons  décrite 
plus  haut,  une  portion  des  nouvelles  géné- 
raiions  conserverait  los  types  primitifs. 

«  Ce  qui  tend  encore  à  les  maintenir  e$l 
la  distribution  géographique  des  peuples  de 
race  différente  sur  le   même  territoire.  Car 

2ui  peut  admettre  une  répartition  tellement 
^a\e  qu'il  ne  s'y  forme  une  multitude  de 
groupes  où  tantôt  l'un  tantôt  l'autre  pré* 
domine  dans  une  grande  proportion?  Cette 
condition  seule  sumt  pour  empêcher  l'ei- 
tinction  des  types  primitifs. 

<r  II  en  disparaît  aussi  par  exterminatioD; 
des  tribus,  des  peuplades,  peuvent  tomber 
sous  le  fer  ennemi ,  mais  difficilement  une 
nation,  et  surtout  une  race  entière.  Le> 
Guanches  ont  disparu  ;  ils  ont  été  anéantis 
principalement  par  cette  cause  ;  mais  ils 
étaient  confinés  dans  les  petites  lies.  Si  les 
Caraïbes  ont  cessé  d'exister  de  même  dans 
leê  t!es  de  rAmérique,  leur  race  subsiste 
encore  sur  le  continent.  Je  n'en  coniuis 
guère  d'autres  exemples  bien  avérés;  car  je 
n'adopte  pas  l'opinion  généralement  répan- 
due parmi  mes  compatriotes,  de  l'extinction 
des  anciens  Bretons  sur  le  territoire  oonqui> 
par  les  Saxons.  Je  m'intéresse  beaucoup  i 
cette  ({uestion,  comme  vous  le  verrez  dacb 
la  suite,  et  je  la  discuterai  brièvement,  dtr 
manière  à  ce  que  cet  exemple  serve  pour  la 
plupart  des  autres.  Remarquez  toutefoi> 
que  je  ne  nie  pas  la  possibilité  du  lait  ;  je  no 
traite  que  de  sa  probabilité  i  Et  souvenez- 
vous  que  les  Bretons  n'étaient  pas  des  sau- 
vages ,  mais  qu'ils  avaient  un  certain  déféré 
de  civilisation;  ce  qui  change  essentieHe^ 
mentles  rapports  de  deux  peuples,  commt: 
e  le  ferai  voir  plus  tard.  Quel  intérêt  avaient 
es  Saxons  à  les  expulser  ou  les  exlcT- 
miner  entièrement  ?  Ils  firent  la  conquête 
d'Angleterre  pour  y  jouir  d'une  plus  grandr 
aisance  ;  c'était  à  une  époque  où  les  esclaves 
faisaient  une  partie  considférable  des  richef- 
ses;  se  seraient-ils  privés  d'une  pareille 
ressource  ?  ou  les  Bretons  auraient-ils  eu 
un  si  grand  amour  de  la  liberté  et  un  >i 
profond  mépris  pour  la  vie,  qu'ils  aient 
préféré  la  mort  à  l'esclavage  Iorsqu*il$  ne 
pouvaient  s'y  soustraire  par  la  fuite?  Quelle 
qu'ait  été  la  valeur  naturelle  des  Brelo» 
ou  leur  esprit  d'indépendanoe ,  ils  ne  pa- 
raissent pas  avoir  eu  ce  caractère  à  teiic 
époque  :  leur  suppliaue  aux  Honiwns  pour 
les  rappeler  à  leur  défense  en  fait  f*>*  •  «i*^* 


m 


PllY 


DANTUROroLOGIE. 


PHY 


1180 


mie  Talliance  des  Saxons,  qu'ils  rédamèrent 
pn  désespoir  de  cause.  Une  pareille  cons- 
tance n*est  pas  admissible  chez  les  Bretons 
Rj  à  cette  époque  ni  à  aucune  autre,  ni  chez 
«ncune  nalion.  Un  petit  nombre  peut  se  dé- 
foner,  nrais  non  tout  un  peuple.  Les  Ro- 
mains, c'est  assez  dire,  rendaient  les  armes 
et  se  soumettaient  à  Tesclavage. 

«  Il  faudrait  une  constance  d'un  autre 
genre  non  moins  incroyable,  pour  qu'un 
(leuple  exterminât  une  grande  nation.  Il 
raadrait  une  persévérance  de  cruauté  et  de 
rage,  qui  n'est  guère  dans  la  nature  hu- 
maine. Une  fois  une  pareille  proposition  a 
été  faite  et  mise  en  délibération:  ce  fut  à 
l'époaue  de  la  conquête  du  nord  de  la  Chine 
rar  uengis-Kan,  ou  Tchingbis-Khaham , 
ainsi  qu'on  récrit  actuellement  d'après  l'or- 
Ihographc  primitive.  Comme  un  événement 
Mélraiige,  et  peut-être  unique  dans  tous 
les  siècles,  mente  d'être  connu  dans  ses  dé- 
tails, je  le  rapporterai  tel  que  M.  Abel  Ré* 
fflusat  vient  de  le  publier. 

«  Au  moment  ou  Tchinxbis  était  revenu 
«  (le  son  expédition  d'Occident,  Yeiiuthou- 
■  ibsaï  (737]  avait  en  occasion  de  rendre  aux 
«  peuples  ae  la  Chine  un  service  encore 

•  plus  important.  Les  greniers  se  trou- 
«  raient  victes  ;  on  n'avait  pas  un  boisseau 

•  lie  grain  ni  une  pièce  d'étoffe.  Il  fut  alors 
t  représenté  dans  le  conseil  que  les  Chinois 

•  n'étaient  d*aucune  utilité  pour  le  service 
«der£tat,et  qu'en  exterminant  toute *]a 

<  population  des  provinces  conquises  on 
«  ferait  de  ces  pays  d'excellents  pâturages, 

<  oui  seraieat  du  plus  grand  secours.  Thou- 
«  thsaï  seul  peut-être  pouvait  faire  rejeter 

<  cettoëpouvantableproposition.  llfltremar- 
'  qiier  à  l'empereur  qn'en  s'avançant   vers 

•  le  midi  de  la  Chine  des  armées  auraient 
ksoii)  d*une  infinité  de  choses  qu'il  se- 
rait aisé  de   se  procurer,  si  l'on  voulait 
asseoir  sur  une  base  équitable  les  contri- 
Imttons  territoriales  et  les  taxes  commer- 
ciales, rimp6t  sur  le  sel,  le  fer,  le  vin,  le 
Wnaigre,  le  produit  des  montagnes  et  des 
lacs  ;  que  de  cette   manière  on  pourrait 
tirer  par  an  cinq  cent  mille  onces  aargent, 
quatre-vingt  mille  pièces  d'étoffes,  plus 
de  quarante  mille  quintaux  de  grain,  en 
on   mot    tout  ce  qui  serait  nécessaire 
^    l'entretien  des  troupes.    Comment, 
ajmita-t-ii,  peut-on  dire  qu  une  telle  po- 
pulation ne  soit  d'aucune  utilité  pour  le 
service  de  l'Etat?  »  Vous  concevez  bien 
te  ses  raisons  prévalurent,  quoique  les 
i>n.:ols  fussent  d'une  cruauté  atroce. 

•  Ine  nation,  j*entend$  par  là  une  po- 
lialion  très-nombreuse,  peut  être  dépos- 
'iée  d*une  grande  étendue  de  territoire; 
c^iro  ce  tait  ést-il  extrêmement  rare,  et 
>  sauvages  seuls  en  fournissent  un  exe^n- 
^  :  ceux  de  l'Amérique  ont  abandonné  aux 
iropéens  de  vastes  contrées.  Et  Ton  con- 
i(  en  etfet  que  la  cohabitation  devrait  être 
licilc  à  cause  de  l'extrême  incompatibilité  ; 

'  un  ^auva;;e  ne  possède  rien,  ne  sait 


rien,  n'est  bon  à  rien.  Mais  dans  l'histoire 
de  l'ancien  continent  il  n'est  pas  question  de 
sauvajj'es;  il  ne  s'agit  gue  de  barbares,  c'est- 
à-dire  de  peuples  qui  ont  un  commence- 
ment de  civilisation. 

«  Les  barbares  ont  de  l'industrie.  Voilà 
ce  qui  s'oppose  aux  émigrations  complètes 
forcées  ou  volontaires  ;  car  les  chefs  qui 
proposent  une  expédition  de  conquête  n'ont 
ni  le  pouvoir  de  traîner  après  eux,  ni  l'in- 
fluence capable  d'attirer  une  nation  tout 
entière.  Dès  qu'on  possède,  on  calcule  ;  et 
toutô  ne  calculent  pas  de  même. 

a  Si  au  contraire  elle  est  envahie  et  vain- 
cue, le  vainqueur  ne  cherche  pas  à  expulser 
la  nation  entière;  il  veut  de  l'espace,  surtout 
s'il  est  nomade,  et  il  en  expulse  une  partie  : 
mais  comme  il  veut  aussi  des  tributs,  des 
esclaves  ou  des  auxiliaires,  il  désire  con- 
server le  reste.  Ceux-ci  se  partagent;  les 
uns,  poussés  par  l'amour  de  l'indépendance, 
abandonnent  Je  sol  natal  ;  les  autres  entrent 
en  composition  avec  les  vainqueurs. 

«  Telles  sont  les  conclusions  qu'on  peut 
déduire  sinon  de  l'histoire ,  du  moins  de  la 
connaissance  de  la  nature  humaine.  Je  dirai 
plus,  l'histoire  en  général  les  confirme.  A 
cause  des  bout  versements  nombreux  et  con- 
sidérables qui  ont  eu  lieu  chez  les  peuples 
nomades  de  l'Asie,  on  croirait  à  peine  en 
retrouver  un  seul  dans  sa  première  patrie. 
M.  Abel  Rémusat  en  s'occupent  des  peuples 
Tartares,  les  y  trouve  presque  tous ,  quand 
l'histoire  et  les  langues  lui  fournissent  des 
renseignements  assez  clairs  pourqu'il  puisse 
les  reconnaître. 

«  J'ai  déjà  dit  quelque  chose  de  l'influence 
de  la  civilisation  en  parlant  de  l'hypothèse 
de  M.  Prichard,  et  j'ai  fait  voir  que  les  trois 
faits  qu'il  cite  à  l'appui  peuvent  s'expliquer 
plus  naturellement  par  le  mélange  des  races 
sur  le  même  sol.  J'ajouterai  que  l'influence 
de  la  civilisation  sur  les  formes  et  les  pro- 
portions des  races  humaines  nous  est  abso- 
lument inconnue. 

«  Il  ne  faut  donc  ni  prétendre  d^une  part 
qu^elIe  doit  leur  imprimer  un  caractère  nou- 
veau, ni  d'autre  part  le  nier.  Il  est  possible 
que  le  passage  de  l'état  sauvage  à  l'état  civi- 
lisé produise  de  pareils  effets;  mais  cette 
question  ne  nous  regarde  pas,  puisqu'il  s'r.- 
git  de  temps  si  recules  et  si  obscurs  qu'ils 
sortent  des  limites  de  l'histoire.  La  mytho- 
logie et  la  fable  ont  pu  nous  on  tracer  le  ta- 
Ueau  imaginaire,  mais  jamais  l'histoire  riC 
nous  a  montré  un  peuple  d'abord  dans  l'état 
sauva^^e,  puis  inventant  ou  apprenant  les 
arts.  Elle  le  fera  un  jour,  lorsque  les  sauva- 
ges du  nouveau  monde  auront  subi  cette  ré- 
.  voiution,  la  plus  grande  que  puisse  éprouver 
la  société  humaine,  mais  la  postérité  seule 
entendra  ces  récits  dans  des  temps  probable- 
ments  fort  éloignés. 

'ï  Quant  aux  progrès  d'une  civilifaton 
avancée  chez  un  peuple  dont  les  caractères 
physiques  seraient  déjà  changés  pour  avo.r 
quitté  la  vie  sauvage,  ses   effets  sur  les  for- 


'Zl)  biographie  unkeneUe  dz  Michavo,  au  mot  YetiU'TlwH-Thctth 


IIS7 


PHY 


D1CTI0!WA1RE 


PHY 


\m 


mes  et  les  proportions  ne  sauraient  être  que 
partiels  ;  car  elle  est  toujours  très-irréguliè* 
reinent  répandue  chez  une  nation ,  et  les 
classes  intérieures  qui  sont  les  plus  nom- 
breuses y  |>articipent  très-peu.  Ce  raisonne- 
ment TOUS  paraîtra  sans  doute  concluant;  mais 
j*irai  plus  loin ,  en  m*appuyant  sur  Tobser- 
valion  directe  :  c'est  que  partout  où  j'ai  dé- 
terminé un  ou  plusieurs  types,  je  les  ai 
trouvés  dans  tous  les  rangs  de  la  société, 
dans  les  villes  et  dans  les  campa^^nes,  de- 
puis le  paysan  et  l'ouvrier  sédentaire  les 
plus  pauvres  et  les  plus  ignorants  jusqu'aux 
personnes  de  familles  anciennes  et  distin- 
guées par  tous  les  genres  d'illustration.  Ces 
différentes  classes  représentent  à  coup  sûr 
tous  les  degrés  de  civilisation,  et  cependant 
le  même  type  subsiste  dans  toutes.  En  voilà 
assez  pour  prouver  qu'il  i»eut  se  conserver 
?t  travers  CCS  modiû-ations  de  Tétat  social. 
Nous  n'en  demandons  pas  davantage;  nous 
n'avons  pas  besoin  de  pousser  plus  loin  nos 
recherches. 

.  «  Je  crois  avo'r  examiné  cette  partie  de 
mon  sujet  sous  les  points  de  vue  les  plus  rm- 
portants,  et  n'avoir  rien  négligé  pour  m'as- 
surcr  de  la  vérité,  La  question  était  compli- 
q[uée  et  obscure  ;  je  me  suis  attaché  à  la 
simplifier  et  à  l'éc^lairer;  et  je  ne  doute  pas 
que  vous  soyez  parvenu  avec  moi  h  la  con- 
viction que  lès  principaux  caractères  physi- 
ques d'un  peuple  peuvent  se  conservera  tr»-. 
vers  une- longue  suite  de  siècles  dans  une 
granule  partie  de  la  population,  malgré  Tin- 
tluence  du  climat,  le  mélange  des  races,  les 
invasions  étrangères  et  les  progrès  de  la  ci- 
vilisation. Vous  n'oublierez  pas,  j'espère, 
dans  le  cours  de  ces  recherches ,  que  nous 
les  avons  bornées  aux  temps  historiques,  les- 
quels ne  commencent  qu'après  qu'un  peuple 
a  commencé  à  être  civilisé.  Nous  devons 
donc  nous  attendra  &  retrouver  chez  les  na- 
tions modernes,  h  quelques  nuances  près  et 
dans  une  portion  plus  ou  moins  erande,  les 
traits  çui  les  distinguaient  à  l'époque  où 
l'histoire  apprend  à  les  connaître.  Nous 
ayons  vu  que  si  l'accession  de  nouveaux 
peuples  multiplie  les  ty[)es,  elle  ne  les  con- 
fonu  pas;  leur  nombre  s'accroît  et  far  ceux 
que  ces  peu)>les  apportent  et  par  ceux  qu'ils 
créent  en  se  mêlant  ;  mais  ils  laissent  sub- 
sister les  anciens  ;  toutefois,  en  les  réstrei- 
uT)ant  à  raison  de  l'extension  une  prennent 
les  races  intermédiaires.  Ainsi  les  types  pri- 
mitifs et  ceux  de  nouvelle  formation  subsis- 
tent ensemble  sans  s'exclure  chez  les  peu- 
ples plus  ou  moins  civilisés,  toutes  les  fois 
(pio  chacun  d'eux  fait  une  grande  partie  de 
la  nation.  Au  contraire,  si  I  un  ou  plusieurs 
d*entr($  eux  ont  été  peu  considérables,  il  est 
h  présumer  que  leurs  ty()es  ont  disparu,  ou 
n'ont  laissé  que  de  faibles  traces.  Cependant 
Il  est  permis  de  les  chercher,  puisqu'il  y  a 
das  causes  capables  de  les  conserver;  mais 
M  on  no  les  trouve  pas,  qu'on  n'en  soit  pas 
Murpris  :  il  serait  plus  étonnant  de  les  dé- 
couvrir. 

«  lA^n  principes  qui  nous  ont  conduite  ce 
réduKat  j{éiiéral  serviront  aussi  5  l'appliquer. 


C*est  pourquoi  je  vous  engage  à  ne  pas  per- 
dre de  vue  ce  que  nous  avons  dit  de  la  pro- 
portion numérique  et  de  la  distribution  géo- 
graphique des  peuples  sur  le  même  sol. 
L'observation  donne  l'état  actuel  ;  l'histoire 
fournit  les  données  sur  l'état  ancien;  la 
comparaison  établit  le  rapport,  lorsque  ces 
peuples  se  sont  trouvés  aans  les  conditions 
requises  pour  que  leurs  types  subsistent.  Or, 
comme  nous  avons  vu  que  cette  persistance 
appartenait  surtout  aux  grandes  masses, 
nous  devons  être  conduits  a  retrouver  prin- 
cipalement les  descendants  des  grandes  na- 
tions. Cet  objet,  sans  contredit,  est  aussi  le 
f)ius  digne  de  nos  recherches;  et  bien  que 
es  petites  fractions  étrangères  qui  s^y  sooi 
mêlées  dans  la  suite  puissent  piquer  notre 
curiosité ,  n'ayons  f  «s  trop  de  regret  si  elles 
nous  échappent  :  il  faut  savoir  se  borner.  De 
là  naîtra  même  une  sûreté  de  plus  dans  nos 
déterminations;  caria  multiplicité  des  {\\m 
doit  tendre  à  nous  embarrasser  et  à  mn^ 
confondre. 

«  Tel  est  d'abord  l'état  de  notre  es)ru 
lorsque  nous  nous  rappelons  confu^émeni 
ce  débordement  de  barbares  qui  a  rcn^rr^t' 
l'empire  romain ,  et  qui  a  continué  asM  2 
longtemps  après.  La  longue  liste  de  ces  peu- 
ples effraie  nmagjinarïon.  11  semblerait  qn^ 
tout  ce  vaste  territoire  dât  è  peine  leur  suf- 
fire, quand  même  ils  l'auraient  occupé  5eub. 
Dans  la  terreur  panique  que  le  lecteur  par- 
tage avec  les  nations  envahies,  il  en  grossit 
la  multitude  et  la  croit  innombrable.  Cepen- 
dant les  historiens  en  on  t  sou  vent  tenu  com]  te, 
ou  nous  ont  fourni  des  renseignements  yTi- 
près  à  nous  donner  des  idées  plus  jnbXes  : 
miiis  c'est  précisément  ce  qui  nous  échappa. 
et  ce  qu'il  fout  rappeler.  Prenons  les  prin- 
cipaux exemples;  ils  suffiront  pour  délwir- 
rasser  notre  esprit  d'une  foule  de  préonu- 
pations  qui  rolTusquent.  Certes  on  n*acrn- 
sera  pas  les  auteurs  grecs  et  latins,  et  feni 
des  i^ays  conquis,  d'avoir  dissimulé  le  noot- 
bre  de  leurs  ennemis,  mais  plutôt  de  l'avoir 
exagéré  pour  pallier  la  honte  de  leur  dé- 
faite. 

«  Les  y isigoths ,   les  Vandales,  les  Hun  . 
les  Hernies,  les  Ostrogoths,  les  Loml^ar.!^. 
les  Normands,  fondent  successivement  siir 
lltalie.  Que  reste-t-il  en  Italie  de  ces  essatub 
de  barliares?  Al-je  même  besoin  du  dénoni-j 
brement  des  Yisigoths,  des  Vandales  et  de» 
Huns?  Ils  n'ont  fait  que  passer.  Si  j'ign^^re 
quelles    étaient    les   forces    des    Hérules 
et  des  Ostrosoths   h  leur  entrée  en  Italie, 
ne  me  suffit-u  pas  de  savoir  que  les  Hénil(*<. 
à  peine  établis,  eurent  h  soutenir  contre  h^ 
Goths  une  guerre  sanglante  oii  ils  succomba 
rent?  Et  l'on  peut  juger  de  l'afTaiblissemeni 
des  vainqueurs  par  le  petit  nombre  des  trou- 

Kes  qu'ils  eurent  dans  la  suite  i  opposer  ï 
élisaire,  après  avoir  eu  le  temps  de  secoi»- 
solider  et  de  se  refaire.  D'abord  de  50,000 
hommes,  ils  furent  réduits  ensuite  h  un 
corps  de  7,000,  qui  capitula  et  fut  tran«* 
porté  à  Constantinople.  Sans  doute  il  resu 
en  Italie  quelques  débris  de  ces  peuples, 
quoiqu'il  n'en  soit  p«$  question;  mais  qae  | 


1189 


PH^ 


DANTIIfiOPOLOGlE. 


PH\ 


t1i)0 


noovaient-ils  être  ou  devenir  dans  la  popu- 
lation dltalie,  quelque  réduite  qu'on  la  sup- 
pose? Les  Lombards ,  qui  ont  laissé  leur 
iidffl  à  une  grande  partie  de  cette  contrée»  et 
tiui  en  possédaient  plus  de  la  moitié,  y  sont 
demeurés.  Combien  étaient-ils?  peut-être 
100,003  portant  les  armes  (738).  Et  les 
Normands,  qui  s'emparèrent  de  presque  tout 
le  midi  de  1  Italie  ?  une  poignée  d'hommes, 
mais  aussi  les  Amadis  et  les  Roland  de  This- 
(oire.  La  Gaule  a  changé  de  domination  et 
de  nom  sous  les  Francs  :  cependant  vous 
«avez  combien  neu  l'armée  de  Clovis  était 
nombreuse;  et  plus  tard  Guillaume  le  Con- 
quérant subjugua  l'Angleterre  avec  60,000 
hommes.  Voila  de  grandes  et  mémorables 
enquêtes,  qui  ont  changé  l'état  des  choses 
?t  des  hommes,  mais  qui  n'ont  pas  dû  pro- 
juire  des  changements  considérables  dans 
es  tvpes  des  peuples  vaincus.  Si  quelques 
lescêndants  de  ces  vainqueurs  ont  conservé 
e^  caractères  physiques  de  leurs  ancêtres, 
I  est  évident  ou  qu'ils  forment  de  petits 
:n>upes,  ou  qu'ils  sont  disséminés  et  comme 
lerdus  dans  la  masse  de  la  population.  Beau- 
coup d'autres  conquêtes  ressemblent  h  celles- 
i  surtout  quand  elles  ont  eu  lieu  par  une 
«ule  irruption  ;  parce  qu'en  générai  une  na- 
ioo  ne  se  précipite  pas  sur  une  autre,  mais 
me  portion  souvent  très-petite  vient  subju- 
luer  une  nation  tout  entière, 
i  Tel  a  été  l'état  ordinaire  des  choses  dans 
es  temps  historiques  qui  nous  sont  bien 
Qonus,  saus  qu'il  faille  entrer  en  aucune 
Ustinction  relativement  au  but  de  la  con- 
[Qéte.  Mais  combien  n'ont  pas  été  faites 
ans  des  vues  purement  politiques,  pour  ac- 
[uérir  la  suprématie,  pour  dominer  sur  un 
«uple  ;  et  non  pour  s'établir  sur  son  terri- 
ûire  et  changer  de  patrie?  Tel,  vous  le  sa- 
ez,  a  été  l'objet  constant  des  Romains  en 
codant  leur  empire;  et  ce  n'est  pas  sans 
eisein  que  je  les  ai  cités,  ainsi  que  la  plu- 
vtdes  barbares  qui  ont  pen versé  leur  puis- 
ince  :  vous  en  pressentez  l'application. 
«  Il  est  cependant  d'autres  conquêtes  qui 
pèrent  de  grandes  mutations  :  les  invasions 
DccessiTes  par  un  même  peuple.  Leurs  flots 
Mtés,  quand  même  ils  se  suivraient  à  des 
Atervalles  assez  considérables ,  e.t  que  leur 
^rce  serait  faible,  finissent  par  s'accumu- 
^r  et  former  de  grandes  masses  qui  subsis- 
îDt.  C'est  ainsi  que  les  Saxons  se  sont  em- 
ares  de  l'Angleterre,  et  que  leur  race  a  pu 
8  perpétuer* 

]  L'ne  autre  cause  du  mélange  des  peuples, 
ui  frappe  moins  l'imagination ,  mais  n'en 
si  pas  moins  réelle,  se  trouve  dans  l'escla- 
>ge  des  temps  anciens  et  du  moyen  âge.  Si 
^  esclaves  provenaient  des  guerres  que  les 
^ples,  non  réunis  en  corps  de  nation ,  se 

j^)  Je  D*ai  trouvé  ce  nombre  que  dans  VHis  - 
^t  dei  peupUs  de  V Italie,  par  M.  Botta.  Il  est  à 
^umer  que  cet  auteur  distingué  Ta  pris  quelque 
ti.  Quoi  qu*ii  en  soit,  il  n*en  fallait  pas  tant  pour 
l^aguer  toute  Thalie  à  cette  époque  oe  décadence, 
^pire  d^Orienl,  qui  venait  de  a'epuiser  en  efforts 
|ttr  eipalser  les  Goths,  commença  Tentreprise  avec 
MHIO  honuBes,  et  n*eB  eut  jamais  plus  de  90,000 


sont  faites  entre  eux ,  les  types  du  (ays 
n'auront  {Mis  changé.  Il  en  sera  de  mêmV, 
s'ils  proviennent  de  peuple?  voisins  lors- 
qu'ils sont  de  même  race.  S'ils  dérivaient  do 
sources  tout  à  fait  étrangères ,  soit  par  des 
ex^péditions  militaires,  soit  ]  ar  les  impor- 
tations du  commerce,  il  sera  résulté  de  la 
multiplicité  et  de  la  diversité  de  ces  sources 
un  amas  confus,  qui  rentre  dans  la  partie  in- 
déterminable de  la  population. 

<«  Si  cependant,  caril  faut  tout  prévoir,  il 
y  avait  eu  une  telle  prédominance  dans  plu- 
sieurs de  ces  races  d'esclaves  qu'elles  se 
soient  maintenues  jusqu'à  nos  jours,  leurs 
types  appartenant  à  des  classes  moins  nom- 
breuses ne  sauraient  embarrasser  dans  la  dé- 
termination de  ceux  qui  caractérisent  la 
masse  de  la  nation. 

«  Vous  pensez  bien  que  je  distingue  soi- 
gneusement les  esclaves  d'avec  les  serfs  ; 
ceux-ci  sont  les  naturels  du  pays,  le  corps 
du*peupl6  attaché  à  la  glèbe  par  la  main  uu 
vainqueur;  et  si  dès  lors  l'histoire  les  ou- 
blie ou  n'en  tient  plus  compte,  il  est  de  la 
nécessité  de  mon  sujet  que  je  ne  fasse  )  as  de 
même.  Vous  en  aurez  un  exemple  manifeste, 
lorsque  vous  verrez  reparaître  sur  la  sc^ène 
du  monde  un  de  ces  peuples  qu'elle  croyait 
éteints. 

^  Nous  avons  consulté  l'histoire  naturelle 
et  l'histoire  civile,  et  il  résulte  de  leur  accord 
que  les  descendants  directs  de  presque  tou- 
tes les  grandes  nations  connues  dans  l'anti- 
auité  doivent  exister,  encore  aujourd'hui, 
remarquez  que  cette  conclusion  ne  serait 
I>as  moins  vraie  quand  même  nous  n'aurions 
pas  le  moyen  de  les  reconnaître;  car  l'ex- 
traction des  individus  est  un  fait,  leur  res- 
semblance avec  leurs  ancêtres  un  autre,  qui 
peuvent  être  liés  dans  la  nature,  mais  qu'il 
ne  faut  pas  confondre  dans  notre  esprit.  Ce 
serait  déjà  une  grande  vérité  d'établie,  encore 
qu'il  fallût  s'y  borner.  Hais  ce  n'est  qu'un 
IH*emier  pas.  J'ai  constamment  supposé  jus- 

3u'ici  qu  il  y  avait  des  types  caractéristiques 
espeuplesanciens;  il  le  fallait  bien,  cardvai;t 
tout  il  convenait  de  s'assurer  si  les  types 
sont  transmissibles  malgré  l'influence  des 
causes  perturbatrices  que  nous  avons  exami- 
minées.  Rassurés  sur  ce  point,  nous  allons 
nous  occuper  de  l'autre.  Et  voici  un  autre 
avantage  qui  résulte  de  la  manière  dont 
nous  avons  envisagé  notre  sujet  :  si  de  pa- 
reils types  ont  existé,  ils  existent  encore 
aujourd  hui,  d'après  la  discussion  que  nous 
venons  d'établir.  Or  la  marche  à  suivre  est 
évidente  ;  il  s'agit  d'abord  de  constater  par 
l'observation  si  chez  les  peuples  qu'on  veut 
étudier  il  y  a  un  ou  plusieurs  types  distincts. 
Si  l'on  en  trouve,  il  faut  ensuite  chercher  les 
moyens  de  les  rapporter  à  leur  origine.  Me 

à  leur  opposer.  Aussi  les  Lombards  s*éfablirent  da.s 
le  nord  de  Tltalie  presque  sans  obstacle.  Les  Lom- 
bards d'ailleurs  n^étaient  pas  une  nation,  mais  pour 
ainsi  dire  u:.e  peuplade.  Ils  eurent  besoin  d*auxi- 
iiaires,  et  Ton  voit  dans  leur  historien,  Paul  Diaere, 
qu'ih  amenèrent  avec  eux  15,000  Saxons,  qui,  les 

?  aillant  ensuite,  furent  presque  exieminét  par  les 
ranks.  i 


IIS7 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PHY 


m 


mes  et  les  proportions  ne  sauraient  être  que 
partiels  ;  car  elle  est  toujours  très-irréguliè- 
rement répandue  chez  une  nation,  et  les 
classes  inférieures  qui  sont  les  i>lus  nom- 
breuses y  |>articipent  très-peu.  Ce  raisonne- 
ment TOUS  paraîtra  sans  doute  concluant;  mais 
j'irai  plus  loin,  en  m*appuyant  sur  Tobser- 
valion  directe  :  c'est  que  partout  où  j'ai  dé- 
terminé un  ou  plusieurs  types ,  je  le^  ai 
trouvés  dans  tous  les  rangs  de  la  société, 
dans  les  villes  et  dans  les  caropa^jnes,  de- 
puis le  paysan  el  l'ouvrier  sédcnlaire  les 
plus  pauvres  et  les  plus  ignorants  jusqu'aux 
personnes  de  fauiilles  anciennes  et  distin- 
guées par  tous  les  genres  d'illustration.  Ces 
différentes  classes  représentent  à  coup  sûr 
tous  les  degrés  de  civilisation,  et  cependant 
le  même  type  subsiste  dans  toutes.  En  voilà 
assez  pour  prouver  qu'il  i»eut  se  conserver 
h  Iravers  ces  modiûv-ations  de  Télal  social. 
Nous  n'en  demandons  pas  davantage;  nous 
n'avons  pas  besoin  de  pousser  plus  loin  nos 
recherches. 

«  Je  crois  avor  examiné  cette  partie  de 
mon  sujet  sous  les  points  de  vue  les  plus  im- 
portants, et  n'avoir  rien  négligé  pour  m'as- 
surcr  de  la  vérité.  La  question  était  compli- 
q[iiée  et  obscure  ;  je  me  suis  attaché  a  la 
simplifier  et  à  l'éclairer;  et  je  ne  doute  pas 
que  vous  soyez  parvenu  avec  moi  à  la  con- 
viction que  lès  principaux  caractères  physi- 
ques d'un  peuple  peuvent  se  conserver  à  tr*-. 
vers  une.  longue  suite  de  siècles  dans  une 

granic  partie  de  la  population,  malgré  l'in- 
uence  du  climat,  le  mélange  des  races,  les 
invasions  étrangères  el  les  progrès  de  la  ci- 
vilisation. Vous  n'oublierez  pas,  j'espère, 
dans  le  cours  de  ces  recherches ,  que  ik)us 
les  avons  bornées  aux  temps  historiques,  les- 
quels ne  commencent  qu'après  qu'un  peuple 
a  commencé  à  être  civilisé.  Nous  devons 
donc  nous  attendrcf  à  retrouver  chez  les  na- 
tions modernes,  h  quelques  nuances  près  et 
dans  une  portion  plus  ou  moins  grande,  les 
traits  gui  les  distinguaient  à  l'époque  où 
l'histoire  apprend  à  les  connaître.  Nous 
avons  vu  que  si  l'accession  de  nouveaux 
réunies  multiplie  les  ty[)es,  elle  ne  les  con- 
lond  [jas;  leur  nombre  s'accroît  et  far  ceux 
que  ces  peuples  apportent  et  par  ceux  qu'ils 
créent  en  se  mêlant  ;  mais  ils  laissent  sub- 
sister les  anciens  ;  toutefois,  en  les  restrei- 
gnant à  raison  de  l'extension  une  prennent 
les  races  intermédiaires.  Ainsi  les  types  pri- 
mitifs et  ceux  de  nouvelle  formation  subsis- 
tent ensemble  sans  s'exclure  chez  les  peu- 
ples plus  ou  moins  civilisés,  toutes  les  l'ois 
que  chacun  d'eux  fait  une  grande  partie  de 
la  nation.  Au  contraire,  si  1  un  ou  plusieurs 
d'entre  eux  ont  été  peu  considérables,  il  est 
5  présumer  que  leurs  types  ont  disparu,  ou 
n'ont  laissé  que  de  faibles  traces.  Cependant 
il  est  permis  de  les  chercher,  puisqu  il  y  a 
des  causes  capables  de  les  conserver  ;  mais 
si  on  ne  les  trouve  pas,  qu'on  n'en  soit  pas 
surpris  :  il  serait  plus  étonnant  de  les  dé- 
couvrir. 

«  Les  principes  qui  nous  ont  conduit  à  ce 
résultat  général  serviront  aussi  à  l'appliquer. 


C'est  pourquoi  je  vous  engage  à  ne  pas  per- 
dre de  vue  ce  que  nous  avons  dit  de  la  pro- 
portion numérique  et  de  la  distribution  géo- 
graphique  des   peuples  sur  le  même  soi. 
L'observation  donne  l'état  actuel  ;  rhistoire 
fournit  les  données  sur  l'état  auden;  li 
comparaison  établit  le  rapport,  lorsque  ces 
peuples  se  sont  trouvés  clans  les  conditions 
requises  pour  que  leurs  types  subsistent.  Or, 
comme  nous  avons  vu  que  celte  persistance 
appartenait   surtout  aux   grandes  masses, 
nous  devons  être  conduits  a  retrouTer prin- 
cipalement les  descendants  des  grandes  na- 
tions. Cet  objet,  sans  contredit,  est  aussi  le 
f dus  digne  de  nos  recherches;  et  bien  que 
es  petites  fractions  étrangères  qui  s'y  sont 
mêlées  dans  la  suite  puissent  piquer  notre 
curiosité,  n'ayons  }*as  trop  de  regret  si  elles 
nous  échappent  :  il  faut  savoir  se  borner.  De 
là  naîtra  même  une  sûreté  de  plus  dans  nos 
déterminations;  caria  multiplicité  des  tyjiis 
doit  tendre  à  nous  embarrasser  et  è  nous 
confontire. 

cr  Tel  est  d'abord  Tétat  de  notre  esjTit 
lorsque  nous  nous  rappelons  oonfufémeot 
ce  débordement  de  barbares  qui  a  rcnfmé 
l'empire  romain ,  et  qui  a  continué  sssn 
longtemps  après.  La  longue  liste  deces{teii- 
ples  effraie  1  imagination.  11  semblerait  que 
tout  ce  vaste  territoire  dôt  à  peine  leur  suf- 
fire, quand  même  ils  l'auraient  occupé  seuls. 
Dans  la  terreur  panique  que  le  lecteur  par- 
tage avec  les  nations  envahies,  il  en  créait 
la  multitude  et  la  croit  innombrable.  Cepen- 
dant leshistoriensenontsouventtenucomplet 
ou  nous  ont  fourni  des  renseignements  j^n- 
pres  à  nous  donner  des  idées  plus  justes; 
mais  c'est  précisément  ce  qui  nous  échappe, 
et  ce  qu'il  iSaut  rappeler.  Prenons  les  prin- 
ci[)aux  exemples;  ils  suffiront  pour  débar- 
rasser notre  esprit  d'une  foule  de  préoccu- 
pations qui  l'offusquent.  Certes  on  n'accu- 
sera pas  les  auteurs  grecs  et  latins,  et  cem 
des  pays  conquis,  d'avoir  dissimulé  le  nom- 
bre, de  leurs  ennemis,  mais  plutôt  de  lavoir 
exagéré  pour  pallier  la  honte  de  leur  dé- 
faite. 

«  Les  Visîgoths ,  les  Vandales,  les  Ban . 
les  Hernies,  les  Ostrogoths,  les  LonaUrJs 
les  Normands,  fondent  successivement  sur 
lltalie.  Que  reste-t-il  en  Italie  de  ces  e<sai«u5 
de  bartiares?  Ai-je  même  besoin  du  dénooi- 
brement  des  Visigoths,  des  Vandales  el  des 
Buns?  Ils  n'ont  fait  que  passer.  Sij'i^o^r^ 
quelles  étaient  les  forces  des  Hérules 
et  des  Ostroçoths  h  leur  entrée  en  Ittiie, 
ne  me  suffit-il  pas  de  savoir  que  les  Hérulcs 
à  peine  établis,  eurent  à  soutenir  contre  K*" 
Goths  une  guerre  sanglante  où  ils  succombe 
rentî  Et  l'on  peut  juger  de  l'affaiblisseraent 
des  vainqueurs  par  le  petit  nombre  des  tros- 
pes  qu'ifs  eurent  dans  la  suite  à  opposer  ^ 
Béîisaire,  après  avoir  eu  le  temps  desecoo- 
solider  et  de  se  refaire.  D*abord  de  oftfW 
hommes,  ils  furent  réduits  ensuite  à  on 
corps  de  7,000,  qui  capitula  et  fut  tiaii^ 
porté  à  Constantinople.  Sans  doute  il  resu 
en  Italie  quelques  débris  de  ces  peuple»» 
quoiqu'il  n'en  soit  pus  question;  miisq» 


Il» 


MIT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


PHY 


lliie 


pouvaient-ils  être  oa  devenir  dans  la  popu- 
lation dltalie,  quelque  réduite  qu*on  la  sup- 
pose? Les  Lombards ,  qui  ont  laissé  leur 
nom  k  une  grande  partie  de  cette  contrée,  et 
oui  en  possédaient  plus  de  la  moitié,  j  sont 
clemeurés.  Combien  étaient-ils?  peut-être 
100,003  portant  les  armes  (738).  Et  les 
>'ormanaSy  oui  s^emparèrent  de  presque  tout 
le  midi  de  I  Italie  ?  une  poignée  d'hommes, 
mais  aussi  les  Amadis  et  les  Roland  de  This- 
tuire.  La  Gaule  a  changé  de  domination  et 
«le  nom  sous  les  Francs  :  cependant  tous 
5aTez  combien  peu  l'armée  de  Clovis  était 
nombreuse;  et  plus  tard  Guillaume  le  Con- 
quérant subjnsua  l'Angleterre  avec  60,000 
hommes.  Voila  de  grandes  et  mémorables 
ronquètes,  qui  ont  changé  Tétat  des  choses 
et  des  hommes,  mais  qui  n*ont  pas  dû  pro- 
duire des  changements  considérables  dans 
les  types  des  peuples  vaincus.  Si  quelques 
flescendants  de  ces  vainqueurs  ont  conservé 
\f^  caractères  physiques  de  leurs  ancêtres, 
il  est  évident  ou  quHls  forment  de  petits 
groupes,  ou  qu'ils  sont  disséminés  et  comme 
l^erdus  dans  Ja  masse  de  la  population.  Beau- 
coup d'autres  conquêtes  ressemblent  à  celles- 
ci,  surtout  quand  elles  ont  eu  lieu  par  une 
seule  irruption  ;  parce  qu'en  général  une  na- 
tion ne  se  précipite  pas  sur  une  autre,  mais 
une  portion  souvent  très-petite  vient  subju- 
guer une  nation  tout  entière. 

«  Tel  a  été  l'état  ordinaire  des  choses  dans 
les  temps  historiques  qui  nous  sont  bien 
connus,  sans  qu'il  faille  entrer  en  aucune 
flistinction  relativement  au  but  de  la  con- 
ouète.  Mais  combien  n'ont  pas  été  faites 
clans  des  vues  purement  politiques,  pour  ac- 
quérir la  suprématie,  pour  dominer  sur  un 
peuple  ;  et  non  pour  s'établir  sur  son  terri* 
toire  et  chanzer  de  patrie  ?  Tel,  vous  le  sa- 
▼ezy  a  été  l'objet  constant  des  Romains  en 
fondant  leur  empire;  et  ce  n'est  pas  sans 
dessein  que  je  les  ai  cités,  ainsi  que  la  plu- 
part des  barbares  qui  ont  renversé  leur  puis- 
sance :  vous  en  pressentez  l'application. 

«  Il  est  cependant  d'autres  conquêtes  qui 
opèrent  de  grandes  mutations  :  les  invasions 
successives  par  un  même  peuple.  Leurs  flots 
répétés,  quand  même  ils  se  suivraient  à  des 
intervalles  assez  considérables ,  et  que  leur 
source  serait  faible,  finissent  par  s'accumu- 
ler et  former  de  grandes  masses  qui  subsis- 
tent. C'est  ainsi  que  les  Saxons  se  sont  em- 
parés de  l'Angleterre,  et  que  leur  race  a  pu 


Une  autre  cause  du  mélange  des  peuples, 
qui  frappe  moins  l'imagination ,  mais  n'en 
est  pas  moins  réelle,  se  trouve  dans  l'escla- 
vage des  temps  anciens  et  du  moyen  Âge.  Si 
les  esclaves  provenaient  des  guerres  que  les 
]ieoples,  non  réunis  en  corps  de  nation ,  se 

<758)  Je  D*ai  trouvé  ce  nombre  qtie  dans  YHis- 
tûire  des  peupin  de  tltaiie^  par  M.  Botta.  Il  est  à 
présuner  que  cet  aniair  distincné  Fa  pris  quelque 
pi-t.  Quoi  qu^il  en  soit.  Il  n*en  fallait  pas  tant  pour 
«ibjaj^ner  toute  rhafie  à  celle  époque  de  décadence. 
L'enpue  dthîenl,  qui  venait  de  t^épuiser  en  eièrU 
pour  eifmker  les  Goths,  eonnença  Penirepriae  avec 
lO^oeO  luMunes,  et  n*eB  cul  jauMto  plus  de  ^,609 


sont  faites  entre  eux,  les  types  du  i^\s 
n'auront  pas  changé.  11  en  sera  de  uiêmV, 
s'ils  proviennent  de  peuple»  voisins  ioi5* 
qu'ils  sont  de  même  race.  S'ils  dérivaient  de 
sources  tout  à  fait  étrangères ,  soit  par  des 
expéditions  militaires,  soit  |  ar  les  impor- 
tations du  commerce,  il  sera  résulté  de  la 
multiplicité  et  de  la  diversité  de  ces  sources 
un  amas  confus,  qui  rentre  dans  la  partie  in- 
déterminable de  la  population. 

«  Si  cependant,  car  fl  faut  tout  prévoir,  il 
y  avait  eu  une  telle  prédominance  dans  plu- 
sieurs de  ces  races  d'esclaves  qu'eile^i  se 
soient  maintenues  jusqu'à  nos  jours,  leurs 
types  appartenant  à  des  classes  moins  nom- 
breuses ne  f^auraient  embarrasser  dans  la  dé- 
termination de  ceux  qui  caracUrisent  la 
masse  de  la  nation. 

«  Vous  pensez  bien  que  je  distin^c  soi- 
gneusement les  esclaves  d'avec  les  serfs; 
ceux-ci  sont  les  naturels  du  pays,  le  corps 
du*peuple  attaché  à  la  glèbe  par  la  main  du 
vainqueur;  et  si  dès  lors  l'histoire  les  ou- 
blie ou  n*en  tient  plus  compte,  il  est  de  la 
nécessité  de  mon  sujet  que  je  ne  lasse  )  as  de 
même.  Vous  en  aurez  un  exemple  manifeste, 
lorsque  vous  verrez  rc|.araitre  sur  la  scène 
du  monde  un  de  ces  peuples  qu'elle  croyait 
éteints. 

^  Nous  avons  consulté  l'histoire  naturelle 
et  l'histoire  civile,  et  il  résulte  de  leur  accord 
que  les  descendants  directs  de  presque  tou- 
tes les  ^andes  nations  connues  dans  l'anti- 
quité doivent  exister  encore  aujourd'hui. 
Remarquez  que  cette  conclusion  ne  serait 
pas  moins  vraie  quand  même  nous  n'aurions 
pas  le  moyen  de  les  reconnaître;  car  Tex- 
traction  des  individus  est  un  fait,  leur  res- 
semblance avec  leurs  ancêtres  un  autre,  qui 
peuvent  être  liés  dans  la  nature,  mais  qu'il 
ne  faut  pas  confomire  dans  notre  esprit.  Ce 
serait  déjà  une  grande  vérité  d'établie,  encore 
qu'il  fallût  s'y  borner.  Mais  ce  n'est  qu'un 
premier  pas.  J'ai  constamment  suppose  jus- 

Ju'ici  qu  il  y  avait  des  types  caractéristiques 
es  peuples  anciens;  il  le  MUait  bien,  car  avaLt 
tout  il  convenait  de  s'assurer  si  les  types 
sont  transmissibles  malgré  l'influence  des 
causes  perturbatrices  que  nous  avons  exaroi- 
minées.  Rassurés  sur  ce  point,  nous  allons 
nous  occuper  de  l'autre.  Et  voici  un  autre 
avantage  qui  résulte  de  la  manière  dont 
nous  avons  envisagé  notre  sujet  :  si  de  pa- 
reils types  ont  existé,  ils  existent  encore 
aujourd  hui,  d'après  la  discussion  que  nous 
venons  d*établir.  Or  la  marche  à  suivre  est 
évidente;  il  s'agit  d'abord  de  consUter  (»ar 
l'observation  si  chez  les  peuples  qu'on  veut 
étudier  il  y  a  un  ou  plusieurs  types  distincts. 
Si  l'on  en  trouve,  il  faut  ensuite  chercher  les 
moyens  de  les  rapporter  à  leur  origine.  Me 

à  leur  opposer.  Aussi  les  Lombards  s^établirent  da  s 
le  nord  de  nialie  presque  sans  obstacle.  Les  Lom- 
bards iTailkurs  n*elaieot  pas  une  nation,  mais  pour 
ainsi  dire  u:.e  peuplade.  Us  eufent  besoin  d'auxi- 
liaires, et  Ton  voit  dans  leur  historien,  Paul  Diane, 
qu*ils  amenèrent  avec  eux  95,609  Saxons,  qui,  les 
quittant  ensuite,  lurent  presque  exterminés  par  les 
rranks.  > 


1191 


PilY 


DICTK>NA.%1itiS 


PlIY 


\m 


voici  arrivé  au  moment  où  je  puis  vous  ren- 
dre compte  des  observations  que  j'ai  faites, 
en  vous  faisant  d'abord  connaître  les  fonde- 
ments sur  lesquels  elles  reposent.  11  faut  donc 
3ue  vous  sacniez  ce  qu'il  y  a  d'essentiel 
ans  les  caractères  physiques  pour  consti- 
tuer un  type. 

1  Les  caractères  tirés  de  la  forme  et  des 
proportions  de  la  tète  et  des  traits  du  visage 
tiennent  certainement  le  premier  rang.  Vous 
allez  le  sentir  sans  qu'il  faille  développer 
les  principes  de  classification  en  histoire  na- 
turelle. A  quoi  reconnatt-on  principalement 
l'identité  (Tun  homme?  Ce  n'est  ni  à  sa 
taille,  ni  au  degré  de  son  embonpoint,  ni  à 
la  coloration  de  sa  peau,  ni  à  sa  chevelure  ; 
mais  au  visage,  c'est-»à-dire  à  la  forme  de  la 
tête  et  aux  proportions  des  traits  de  la  face. 
La  vue  de  cette  seule  -partie  du  corps  suffit 
pour  le  faire  reconnaître,  tandis  qu'A  serait 
facilement  confondu  avec  une  foule  d  autres 
s'il  se  présentait  sous  tout  autre  aspect. 

«  C'est  ainsi  que  la  sculpture  représente  un 
individu  par  nn  buste.  L  identité  est  parfai- 
tcinent  reconnue.  Supposez  maintenant  qu'on 
le  décrive  dans  des  termes  clairs  et  précis, 
la  description  s'appliquera  bien  à  l'individu, 
mais  ne  le  distinguera  pas  comme  tel.  La 
parole  ne  saurait  rendre  les  nuances  qui  con- 
stituent l'individualité;  mais  la  description 
embrassera  tous  ceux  qui  seront  formés 

?our  ainsi  dire  sur  le  même  modèle,  c'est- 
-dire  tous  ceux  qui  se  ressemblent  le  plus 
possible.  On  ne  saurait,  je  crois,  arriver  par 
un  moyen  plus  rigoureux  h  déterminer Fiden- 
tité  de  race,  puisqu'il  présente  la  plus  grande 
approximation  aux  caractère»  de  l'indivi- 
dualité, en  faisant  abstraction  des  nuances 
que  j'ai  indiquées  et  que  je  consid^e,  pour 
ainsi  dire,  comme  fugitives;  car  la.  même 
personne  peut  varier  a  leur  égard  sans  deve- 
nir méconnaissable.  Je  ne  néglige  pas  les 
modificationis  relatives  à  y*  ehevelure,  à  la 
coloration  de  la  peau,  à  la  taille,  lorsqu'elles 
sont  assez  générales  ;  elles  acquièrent  alor^ 
par  cette  association  une  grande  valeur; 
mais  je  les  regarde  toujours  comme  très-se- 
condaires et  absolument  impropres  à  fonder 
par  elles-mêmes  des  caractères  de  races, 
excepté  dans  les  eas  extrêmes. 

(T  Remarquez  que  plus  j'aurai  étéexigeant, 
sur  l'identité  du  type,  plus  mes  applications 
à  l'histoire  devront  inspirer  de  confiaace.il 
se  peut  que  !a  nature,  dan«  la  création  des 
laces,  ait  pris  plus  de  latitude;  je  n'en  doute 
même  pas,  puisqu'en  suivant  de  préférence 
un  modèle,  elles  en  écarle  souvent  en  diffé- 
rentes directions,  par  des  causes  mêmes  qui 
nous  sont  inconnues:  à  td  point  quelque- 
fois qu'il  en  résulte  les  plus  grandes  dévia- 
tions, qu'on  a  désignées  par  le  nom  de 
monstres.  Ainsi  en  limitant  étroitement  le 
type,  en  écartant  les  ressemblances  qui  ne 
réunissent  pas  tous  les  caractères  essentiels, 
le  nombre  des  applications  diminue,  mais 
leur  certitude  au^^men  te . 

«  Ge  grou|)e  bien  déterminé ,  plus  il  est 
grand  >  plus  li  donne  de  confiance  aux  dé- 
ductions qui  en  dérivent.  Car  on  ne  pour- 


rait le  considérer  comme  une  de  ces  dévia- 
tions accidentelles  qui  ne  caractérisent  pas 
un  peuple.  C'est  pourquoi  je  me  suis  atta- 
ché ,  dans  le  récit  de  ce  que  j  u  obsené ,  k 
vous  donner  une  idée  de  la  mnltipûcilé  dés 
mêmes  impressions. 

€  J'en  ai  assez  dit  maintenant  pour  qœ 
vous  puissiez  me  suivre  avec  confiance  et 
intérêt  ;  car  dans  ces  matières  l'intérêt  ne 
peut  nattre  que  de.respoir  bien  fondé  d'ar- 
river à  la  vérité.  Vous  m'accompagnerez, 
pour  ainsi  dire  ^  dans  mon  voyage  à  tra- 
vers la  France,  l'Italie  et  une  partie  de  la 
Suisse  ;  vous  assisterez  à  mes  observations; 
et  ce  n'est  que  lorsqu'elles  serontassez  nul- 
tipHées,  assez  étendues,  qu'il  s'agira  d'en 
discuter  Tapplicalion. 

«  A  peine  arrivé  sur  les  frontières  de  la 
Baursogne ,  je  commençai  à  démêler  un  en- 
semble de  formes  et  de  traits  qui  consti- 
tuaient un  type  particulier.  Il  devenait  pins 
prononcé  et  se  reproduisait  plus  souvent  à 
mesure  que  {'avançais  dans  le  pays,  n  se 
présentait  fréquemment  le  long  de  la  roule 
d'Auxerre  à  Cbâlons.  J'arrivai  dans  celte 
ville  un  jour  de  marché.  Je  m'empressai  d'y 
aller  pour  observer  les  figures  de  la  popula- 
tion de  la  campagne  aux  environs.  Je  fus 
surpris  d'en  voir  un  grand  nombre  totale- 
ment différentes  de  celles  que  favais  vues 
auparavant.  Los  unes  et  les  autres  présen- 
taient des  types  tellement  distincts  quils 
formaient  entre  eux  un  parfait  contraste.  Ce 
n'est  pas  ici  le  lieu  de  les  décrire;  je  le 
ferai  plus  tard,  lorsqu'il  s'agira  de  discu- 
ter leur  dénomination  historique.  Je  m 
gardai  bien  dans  le  moment  de  faire  au- 
cune conjecture  à  cet  égard  :  je  les  anis 
vues  dans  une  trop  petite  étendue  de  terri- 
toire pour  les  distinguer  parmi  les  peuples 
3ui  l'avaient  occupé.  Je  me  contentai  dooe 
0  remarquer  les  faits  et  d'en  conserverie 
souvenir,  jusqu'à  ce  q?ie  l'occasion  se  pré- 
sentât d'en  tirer  partie 

«  Lç  t}[pe  prédominant  et  bien  caractérisé 
que  j'avais  observé  jusqu'à  ChAlons,  conti- 
nua à  s'offrir  fréquemment  à  mes  jeui 
Kndant  tout  le  reste  de  ma  route  dans  h 
ursogne. 

«  Il  ne  changea  pas  de  nature  dans  le 
Lyonnais ,  quoiqu'il  cbaneeât  de  teinte. 

«  Il  en  fut  de  même  dans  le  Dauphiné. 
Les  mêmes  caractères  de  formes  et  de  j)ro- 
portioRs ,  avec  une  autre  nuance  de  teint* 
se  fprésentèrent  dans  la  Savoie  jusqu'au 
Mont-Cenis. 

.  «  Je  l'avoue  ,  une  si  parfaite  siroilitcie 
de  traits  chez  un  grand  nombre  d'individus 
répandus  surtout  le  terjitoire  entre  Auxcrre 
et  les  Alpes ,  ne  laissa  pas  de  me  surprendre, 
quoique  ce  fût  dans  mes  principes.  Sai2> 
doute  que  toute  la  population  n'était  |«> 
jetée  dans  le  même  moule  ,  il  s'en  fallait 
de  beaucoup  :  mais  ce  type  était  le  seul  iM 
caractérisé  que  je  reconnusse  alors,  eicepl« 
le  petit  groupe  que  j'avais  ohservé  à  un- 
ions. 

«  8i  je  m'étais  fait  un  autre  plan  d'obser- 
vation eii  attachant  plus    d'importante  i 


1193 


PKT 


D^ANTUROPOLOCIE. 


PUY 


ll'JI 


la  coloration  qu*aax  formes  et  aux  propor- 
tioDs,  je  n'aurais  tu  que  des  Bourguignons, 
des  Lyonnais,  des  Dauphinois  et  des  Sa- 
Tojards,  au  lieu  de  voir  un  peuple  de  même 
race  modilé  par  des  nuances  de  teint ,  et 
distribué  sur  un  grand  espace  compris 
entre  Auxerre  et  le  mont  Cenis. 

«  Voilà  un  biU  monsieur ,  dont  vous  pou- 
vez déjà  tirer  parti,  quoique  je  ne  m'en 
serve  pas  encore. 

«  Le  territoire  était  occupé,  dans  les 
terrps  les  plus  anciens,  par  des  Gaulois, 
n'«uipoHe  lesquels.  Les  Romains ,  dans  la 
suite ,  en  font  la  conquête  et  se  mêlent  à  ce 
{»euple.  S*il  fallait  attribuer  le  type  dont  je 
viens  de  parler  aux  descendants  des  uns  ou 
des  autres,  vous  n'hésiteriez  pas  à  lerap- 
imrter  aux  Gaulois  ;  car  le  plus  petit  nom- 
bre ne  donne  pas  ses  caractères  physiques 
au  plus  grand.  Mais  la  dénomination  change: 
Jp5  Bourguignons  se  substituent  aux  Ro- 
mains. Le  même  raisonnement  vous  fera  tirer 
la  même  conclusion ,  qui  subsistera  malgré 
la  conquête  subséquente  des  Francs ,  parce 
qu'ils  se  sont  trouvés  dans  de  semblables 
rapports. 

€  Telle  sera  nécessairement  votre  opinion. 
Je  ne  vous  dis  pas  qu  elle  ait  été  la  mienne; 
non  (pie  j'aie  pensé  autrement ,  mais  parce 
que  je  n'y  ai  pas  pensé  du  tout.  J*étais  tel- 
lement occupé  du  matériel  de  l'observation 
que  je  ne  me  livrais  alors  à  aucune  vue  in- 
tellectuelle. 

«  L'Italie  était  devant  moi  et  me  promet- 
tait une  foule  d'objets  dignes  d'attention.  Je 
ne  voulais  ni  négliger  ni  examiner  exclu- 
sivement les  productions  de  l'art  des  temps 
anciens  et  modernes.  La  plupart  des  voya- 
geurs ne  songent  qu'à  les  visiter,  à  les  con- 
templer et  se  contentent  des  souvenirs  que 
leur  présentent  quelques  débris  informes 
des  siècles  passés.  Mais  sur  ces  décombres 
mêmes,  sur  cette  poussière  de  l'antiquité, 
objets  de  leur  admiration  et  de  leur  culte , 
l»eut-être  les  descendants  de  ceux  qui  ont 
élevé  ces  monuments,  existent-ils  encore 
offrant  l'image  de  leurs  ancêtres. 

«  Voilà  ce  que  je  désirais  vérifier ,  espé- 
rant, si  je  réussissais,  trouver  non  moins 
d'attraits  dans  ces  recherches  que  les  anti- 
quaires dans  les  fouilles  les  plus  heureuses. 

«  En  passant  à  Florence ,  je  saisis  l'occa- 
sion que  me  fournissait  la  galerie  ducale, 
d'étudier  le  type  romain.  Je  donnai  la  pré- 
férence aux  bustes  des  premiers  empereurs, 
parce  qu'ils  descendaient  des  anciennes  fa- 
milles, et  n'étaient  pas,  comme  un  assez 
frand  nombre  de  leurs  successeurs,  de  races 
trangères.  Ils  ont  cela  de  remarquable , 
que  non-seulement  un  certain  nombre  d'en- 
tre eux  a  des  formes  et  des  proportions  sem-* 
blables,  mais  aussi  un  caractère  teUement 
prononcé  qu'il  est  difficile  de  l'oublier  ou  de 
le  méconnaître. 

«  Tous  pouvez  vous  en  former  une  idée 
exacte  en  jetant  les  yeux  sur  les  bustes 
d'Auguste ,  de  Sextus-Pompée ,  de  Tibère , 
de  Germanicus ,  de  Claude,  de  Néron,  de 
TitiLS  9  que  vous  verrez  au  musée  de  Paris 

I>iCTi053r.  d'Autbropologie. 


ou  ailleurs.  Eu  voici  la  déleruiiuation  pré- 
cise :  Le  diamètre  vertical  est  court,  et  par 
conséquent  le  visage  large  ;  comme  le  som- 
met du  crine  est  assez  aplati  et  le  bord  in- 
férieur de  la  mâchoire  presque  horizontal , 
le  contour  de  la  tête,  vue  de  face,  se  rap- 
proche beaucoup  d'un  véritable  carré.  Cette 
configuration  est  tellement  essentielle  que 
si  la  tête  s'allongeait  tout  en  conservant  la 
réunion  des  autres  traits,  auand  même  oUe 
offrirait  le  portrait  fidèle  d*un  ancien  Ro- 
main ,  il  ne  serait  pas  caractéristique.  Les 
parties  latérales  au-dessus  des  oreilles 
sont  bombées,  le  front  est  bas,  le  nez  véri- 
tablement aquilin ,  c'est-à-dire  que  la  cour- 
bure commence  vers  le  haut  et  finit  avant 
d'arriver  à  la  pointe,  en  sorte  que  la  base 
est  horizontale.  La  partie  antérieure  du 
menton  est  arrondie. 

«  Vous  reconnaîtrez  tous  ces  caractères 
dans  les  bustes  ou  statues  des  personnages 
que  je  vous  ai  nommés,  et  dans  d'autres 
que  je  n'ai  pas  indiqués  ;  mais  vous  ne  les 
verrez  pas  dans  tous,  et  cela  doit  être: 
un  type  n'est  pas  universel  chez  un  peuple. 

«  Celui-ci  restait  profondément  gravé  dans 
ma  mémoire;  mais  je  n'en  étais  pas  préoc- 
cupé. Une  multitude  d'objets  devait  atti- 
rer mon  attention  sur  la  route  de  Florence 
à  Rome  par  Péruge  ;  et  si  je  pensais  quel- 
quefois a  trouver  les  représentants  des  an- 
ciens Romains  ,  ce  n'était  guère  chemin  fai- 
sant ,  mais  au  terme  de  ce  voyage.  Ne  m'at- 
tendant  jas  à  les  rencontrer  ailleurs ,  il  fal- 
lait que  la  ressemblance  fût  bien  frappante 
Siur  les  reconnaître  sur  le  monte  Gualan- 
o,  à  peine  entré  sur  le  territoire  du  Pape; 
et  je  ne  cessais  de  voir  le  même  caractère 
chez  un  grand  nombre  d'individus  sur  toute 
la  route,  àPéruee,  à  Spolèle,  etc.,  jus- 
ou'à  Rome.  Nous  étions  plusieurs  en  voyage, 
u  une  même  société ,  et  nous  reconnûmes 
tous  la  vérité  de  la  ressemblance.  Je  -n'ai 

EHs  besoin  d'ajouter  qu'il  existe  aussi  à 
ome,  malgré  le  mélange  des  peuples  ;  d'au- 
tres l'ont  signalé.  Mais  il  n'est  pas  néces- 
saire de  le  chercher  dans  un  faubourg  ou 
dans  quelque  coin  de  Rome,  où  on  la  in- 
diqué :  on  peut  le  rencontrer  partout ,  et 
qui  plus  est ,  chez  l'un  et  l'autre  sexe  dans 
tous  les  rangs  de  la  société.  La  ressemblance 
ne  porte  pas  seulement  sur  le  buste,  mats 
aussi  sur  la  stature;  vous  savez  que  les 
Romains  étaient  d'une  taille  médiocre. 

«  Je  ne  saurais  déterminer  jusqu'où  ce 
type  s'étend  au  Midi.  11  disparaît  à  Naples , 
ou  du  moins  ne  s'y  fait  pas  assez  remarquer 
pour  qu'on  paisse  le  compter  parmi  les  fi- 
gures caractéristiques  de  la  capitale.  Il  y  ea 
a  une  bien  prononce  qui  prédomine,  mais 
il  n'est  pas  de  mon  sujet  d'en  parler.  J'ai 
quelques  raisons  de  croire  que  le  type  que 
nous  avons  appelé  romain  se  continue  dans 
la  partie  supeneure  du  royaume  de  Naples, 
s'il  fiallait  juger  par  quelques  individus  qui 
en  provenaient.  Quoi  quil  en  soit,  il  est 
répandu  an  nord  de  Rome  non-seu]eD:ent 
du  côté  de  Pérage ,  ainsi  que  je  l'ai  indiqué 

38 


*fl'»« 


PHY 


dictionnaiul: 


piir 


m 


maii   encore  dans    Tautre  direction    vers 
Sienne  ,  Viterbe  et  au  delà. 

K  Ces  observations,  quoique  limitées, 
nous  fournissent  déjà  des  renseignements 
utiles  et  applicables  à  Thistoire.  Je  ne  pré- 
tends pas ,  dans  cette  occasion  ni  dans  au* 
rune  autre,  que  tout  un  peuple  ne  soit 
formé  que  sur  un  modèle.  La  généralité  de 
celui-ci  nous  suffit.  Je  dis  qu'il  est  caracté- 
ristique des  habitants  de  ces  contrées ,  dans 
les  temps  actuels  comme  dans  les  temps 

f>assés ,  et  en  voici  la  raison  :  c'est  qu'étant 
e  type  des  empereurs ,  il  l'est  aussi  d'un 
grand  nombre  de  soldats  et  de  particuliers 
représentés  par  les  bas-reliefs  et  sur  les 
bustes  trouvés  dans  ce  territoire.  Que  pen- 
serons-nous maintenant  du  peuple  romain? 
Sera-t-il  descendu  d'Enée  et  des  Troyens , 
formant  une  nation  étrangère  à  l'Italie,  et 
renfermée ,  pour  ainsi  dire ,  dans  l'enceinte 
(le  Rome  ?  Comme  ce  sont  les  campagnes  qui 
fournissent  leur  population  aux  villes ,  et 
non  les  villes  aux  campagnes ,  siirtout  lors- 

Su'il  s'agit  d'une  grande  étendue  de  pays , 
ome  aura  été  peuplée  de  cette  manière , 
et  plusieurs  des  peuples  voisins ,  et  entre 
autres  les  Sabins  et  une  grande  partie  des 
Etrusques ,  auront  été ,  comme  As  le  sont 
aujourd'hui ,  de  même  race.  Les  peuples 
qui  habitaient  le  même  sol  étaient  telle- 
ment divisés  en  corps  indépendants,  et  gui 
différaient  par  leurs  noms  et  par  leurs  in- 
térêts ,  que  les  historiens  les  ont  presque 
toujours  représentés  comme  étant  d  origine 
dififérehte.  Mais  Micali  et  Niébuhr  ont  eu 
des  vues  plus  justes ,  et  les  faits  que  je  pré- 
sente serviront  à  confirmer  une  partie  de 
leurs  opinions. 
«  Des  étrangers  peuvent  venir  chez  un 

J)euple,  y  dominer,  l'instruire ,  en  changer 
e  nom  et  la  langue,  sans  altérer  en  géné- 
ral ses  caractères  physiques.  Car  un  petit 
nombre  est  capable  de  dompter  la  multitude 
et  d'influer  sur  son  esprit  ;  mais  nous  avons 
vu  que  l'organisation  ne  cédait  pas  de 
même.  J'ignore  à  quel  peuple  les  Etrusques 
ont  dû  leur  langue,  leurs  institutions,  leurs 
arts  ;  s'il  était  indigène  ou  étranger,  car  il 
s'en  faut  que  la  question  soit  décidée.  Ce 
qui  est  manifeste,  c'est  qu'une  partie  de  la 
population  est  semblable  à  celle  des  autres 
peuples  que  j'ai  indiqués.  L'histoire  nous 
apprend  qu'elle  a  été  mélangée,  et  l'obser- 
vation des  formes  le  confirme.  Mais  je  suis 
loin  de  l'avoir  analysée  dans  tous  ses  élé- 
ments ;  il  en  est  un  autre  cependant  que 
j'ai  reconnu,  çt  que  j'ai  été  longtemps  à  rap- 
porter à  son  origine. 

«  Âgricola,  l'un  des  peintres  distingués  de 
Rome,  a  fait  les  portraits  des  quatre  plus 
grands  poètes  de  l'Italie ,  le  Dante ,  Pétrar- 
que, le  Tasse,  et  l'Arioste.  Il  avait  fait  ses 
études  diaprés  tous  les  monuments  du  temps, 
et  il  eut  la  bonté  de  me  montrer  la  collection 
de  ses  dessins.  Leur  comparaison  me  fit 
voir  c[ue  ceux  qui  représentaient  le  Dante 
devaient  être  tres-ressemblants,  parce  qu'ils 
différaient  peu  entre  eux. 
tt  D'ailleurs  lespopdrtions  sont  tellemmit 


marquées,  et  les  traits  si  prononcés,  comme 
nous  pouvons  en  juger  par  une  description 
qu*un  de  ses  amis  en  a  donnée,  qu'un  pein- 
tre n  aurait  pu  les  manquer. 

^  Il  avait  la  tête  longue,  par  conséquent 
peu  large,  le  front  haut  et  développé,  le  m, 
recourbé  de  manière  que  la  pointe  était  en 
bas,  et  les  ailes  du  nez  relevées,  le  menton 
proéminent. 

«  Cette  fijjure,  bien  caractérisée,  me  fit 
une  profonde  impression.  Je  ne  songeai  pas 
cependant  à  en  chercher  le  type  dans  la 
Toscane,  lorsque,  par  un  singulier  hasard,  à 
peine  arrivé  sur  la  frontière  par  la  roule  de 
Sienne,  je  vis  plusieurs  personnes  à  Radi- 
cofani  qui  m'en  offrirent  les  premiers  e\em- 
pies,  du  moins  les  premiers  qui  attirèrent 
mon  attention  ;  l'un  d'eux  surtout  était  IV 
mage  vivante  du   Dante.  A  mon  premier 
passage  à  Florence,  j'avais  remarqué  dans  îa 
galerie  ducale  quelques  figures  semblables 
dans  les  statues  et  bustes  'de  la  famille  des 
Médicis,  et  dans  le  monde.  Mais  je  ne  m'en 
étaisr  pas  rendu  un  compte  exact,  et  rensem- 
ble  des  traits  n'était  pas  bien  distinct  daos 
mon  esprit.  Comme  je  fis  cette  foisuns^our 
prolongé  dans  le  pays ,  j'eus  l'occasion  d'ob- 
server que  c'était  un  véritable  type  chez  les 
Toscans.  Nous  avons  vu  qu'il  existait  da 
temps  de  Dante,  et  j'ajouterai  aue  beaucoup 
d'hommes  célèbres  de  la  république  de  Flo- 
rence s'y  rapportent.  Je  l'ai  même  observé 
sur  quelques  statues ,  bustes  et  bas-reliefs 
étrusques. 

«  Je  continuai  à  l'observer  à  Bologne ,  à 
Ferrare,  à  Padoue,  et  sur  la  roule,  dans  les 
villages  intermédiaires.  Non-seulement  ii 
était  fréquent  à  Venise,  mais  il  y  avait  lou- 

{'ours  existé  dans  une  étendue  surprenante. 
1  est  tellement  remarquable  que,  lorsqu'on 
le  voit,  on  ne  peut  plus  s'y  méprendre.  Je 
vous  en  ai  donné  une  idée  en  vous  citant  iâ 
tête  du  Dante.  Vous  allez  voir  que  la  res- 
semblance est  quelquefois  si  forte  qu  elle 
frappe  des  personnes  qui  ne  reconnaissent, 
pour  ainsi  dire,  que  Tindividualité.  J'étais  ii 
Venise,  dans  la  galerie  de  l'école  vénitienne, 
devant  un  tableau  qui  représentait  un  saint 
du  pays  ;  comme  je  Je  regardais  attentive- 
ment ,  le  cicérone  me  dit  de  remarquer 
combien  cette  tête  ressemblait  à  celle  du 
Dante.  Quant  à  la  fréquence  avec  laquelle  te 
caractère  se  reproduisait  anciennement . 
j'eus  l'occasion  d  en  juger  au  palais  du  doge. 
où  se  trouvent  réunis  tous  les  portraits  des 
doges.  J'étais  étonné  de  voir  combien  panni 
eux  portaient  l'empreinte  de  la  même  race. 
a  Je  rencontrais  ce  type  plus  souvent,  ^ 
mesure  que  j'avançais  dans  ma  route  ve^ 
Milan.  Il  se  présentait-  quelquefois  avec  um 
telle  exagération  qu'il  tombait  dans  la  œl- 
cature.  Un  jour  je  m'arrêtai  dans  un  village 
pendant  deux  heures;  j*allai  à  la  grance 
place  où  se  trouvait  rassemblé  un  granJ 
nombre  de  paysans.  Je  ne  pouvais  me  U?- 
ser  de  les  examiner  à  cause  de  leur  parfaite 
ressemblance  avec  un  des  types  qoe  f  ayt'^ 
vus  en  France.  Je  me  croy ais,  pour  ainsi 
dire,  tout  à  coup  transporté  sur  la  place  da 


1197 


WIT 


b\VNTIIROPOLO€IE. 


ps:t 


tI9S 


marché  à  Cbàlons  où  je  TOUS  ai  dit  quejV 
Tais  TQ  parmi  les  paysans  on  caractère  de 
tète  tout  à  lait  différent  de  celui  que  j'aTais 
obserré  jusque-là  dans  la  Bourgogne.  Si  je 
fus  frap^  de  la  différence,  je  le  lus  ici  de  la 
conformité;  et  si  tous  vous  rappelez  com- 
bien je  TOUS  ai  dit  que  le  caractère  en  était 
fortement  prononcé,  tous  reconnaîtrez  qu'il 
n  j  ayait  pas  lieu  à  s*j  méprendre.  Remar- 
quez dans  quelle  étendue  je  FaTais  ohserTé 
en  It^ie ,  et  aTec  quelle  fréquence,   aTec 
quelle  netteté  je  deTais  donc   reconnaître 
1  existence  d'une  race ,   bien  caractérisée  et 
nombreuse,  répandue  dans  tout  le  nord  de 
l'Italie.  Vétais-je  pas  dans  la  Gaule  Cisal- 
pine ?  N*aTais-je  pas  tu  un  peuple  semblable 
dans  la  Gaule ,  au-delà  des  Alpes  ?  Pourquoi 
ne  serait-il  pas  le  même  sniTant  lliistoire  ? 
Pourquoi  pas  des  Gaulois?  Mais  pour  recon- 
naître cette  identité  aTec  le  degré  de  certi- 
tude qui  seul  pouTait  satislaire  Tesprit,  il 
me  restait  d'autres  obserTations  à  faire.  11 
tiilait,  sll  était  possible,  Toir  ce  type  sur 
une  plus  grande  étendue  de  pays,  et  le  sui- 
Tre,  pour  ainsi  dire,  de  proche  en  proche.  A 
mon  retour  je  deTais  IraTerser  une  partie  de 
la  Suisse  oue  des  peuples  Gaulois  aTaient 
jadis  possédée,  je  pouTais  y  trouTer  Tune  ou 
rantre  race,  oi»  peut  être  les  deux. 

«  La  jfeute  septentrionale    du  Simplon 
donne  naissance  à  la  Tallée  du  Rhdne.  Les 
premiers  habitants  qu'on  rencontre,  même 
au  sommet  de  la  montagne,  sont  des  Ger- 
mains. Ils  diffèrent  des  autres  peuples  Toi- 
sins  par  leur  àspecî  et  par  leur  bogue,  qui 
est  allemande.  BientAt,  en  aTançant  dans  le 
Valais,  la  langue  change,  les  traits  changent 
en  mène  temps.  Je  n'entends  plus  qu'un 
dialecte  français,  et  je  reconnais  partout  le 
même  peuple  que  j'aTais  tu  dans  la  SaToie 
aTec  les  mêmes  traits  et  jusqu'au  même 
teint.  A  mesure  que  j'approchais  de  GenèTe, 
quelques  indindus  de  i  autre  type  se  pré- 
sentaient parmi  cette  population.  A  GenèTe, 
ils  étaient  en  grand  nombre,  et  tout  à  fait 
semblables  à  ceux  que  j'aTais  tus  dans  le 
nord  de  l'Italie  et  à  Cnâlons.  Voici  donc  une 
population    appartenant  principalement  à 
deux  races,  mais  parfaitement  distinctes  et 
formant,  comme  je  tous  l'ai  dit  ailleurs,  un 
contraste  marqué  ;  l'une  ayant  la  tête  plus 
ronde  qn'oTale,  les  traits  arrondis,  comme 
je  rexpliouerai  ailleurs  aTec  détail,  et  la 
stature  médiocre;  Tautre  la  tête  lonçue,  le 
front  large  et  haut ,   le  nez  recourbé,   la 
pointe  en  bas  et  les  ailes  du  nez  relcTées,  le 
menton  fortement  prononcé  et  saillant,  la 
stature  élevée.  Mais  aussi  j*eus  Toccasion  de 
remarquer,  ce  qui  deTait  aussi  résulter  de 
leur  présence  sur  le  même  sol ,  toutes  les 
modifications   intermédiaires,    le    prenais 
ainsi  plaisir  à  reconnaître  dans  ces  croise- 
ments de  races  les  traits  qui  appartenaient 
à  chacune  d'elles  ,  et  les  dégradations  de 
I>roportioiis  entre  les  extrêmes,  le  les  dis- 
tinguerai pour  le  moment  par  les  noms  de 
premier  et  de  second  tTpe,   suiTant  l'ordre 
dans  lequel  je  Tiens  de  les  désigner.  Afin  de 
continuer  les  mêmes  observations  sur  un 


nouTeau  territoire,  je  me  aetcruiinai  à  pas- 
ser par  la  Bresse,  en  me  dirigeant  sur  Mêcon 
et  Châlons.  I*espérais  lier  ainsi,  par  une 
chaîne  presque  continue,  la  partie  de  la  po- 
pulation qui  se  rapportait  au  second  type. 
Sur  la  grande  route,  par  la  Bresse,  je  trou- 
Tai  en  effet  le  même  mélange  quant  aux 
éléments,  mais  dans  des  proportions  bien 
différentes  :  le  premier  type  y  dominait  au 
pointque  jene  Toyais,  pour  ainsi  dire,  que 
des  traces  de  l'autre.  Mais  près  de  Mâcon, 
sur  le  bord  de  la  riTière,  et  sur  le  reste  du 
chemin  Ters  Châlons,  par  la  montagne,  ce- 
lui«4-i  dCTenait  commun.  A  Châlons  où  heu- 
reusement j'arriTai  un  jour  de  marché,  je 
me  donnai  la  satisfaction  de  comparer  mes 
souTenirs  aTec  l'impression  actuelle  et  d'en 
confirmer  la  fidélité. 

«  Voilà  une  partie  des  obserTations  que 
1  ai  faites  pendant  ce  Toyage,  et  qui  sont  re- 
latiTes  aux  peuples  dont  tous  aTez  tracé 
l'histoire.  l'aTais  précédemment  Tisité  d'au- 
tres parties  de  la  France  dans  une  grande 
étendue  ;  ceque  j'ai  remarqué  alors  suppléera 
à  ce  qui  pouTait  me  manquer  dans  cette  occa- 
sion pour  former  le  parallèle  entre  les  dis- 
tinctions que  TOUS  aTez  établies  et  celles  que 
j'ai  obserTées.  Vous  entrcToyez  déjà  la  con- 
formité qui  s'y  trouTe  ;  mais  nous  ne  pour- 
rons l'admettre  qu'arrès  une  discussion  ap- 
profondie. 11  eniésuitera,  si  je  ne  me  trompe 
singulièrement,  une  confirmation  aussi  forte 
qu'inattendue  des  princi|)ales  bases  de  to- 
tre  histoire. 

«  Mais  il  faut  d'abord  que  je  trace  les  li- 
mites de  la  comparaison  pour  la  Gaule. 
Comme  je  n'en  ai  pas  Tisite  les  parties  les 
plus  méridionales  Toisines  des  Pyrénées  e' 
de  la  Méditerranée,  oi^  tous  placez  les  Bas- 

aues  et  les  Ligures,  il  ne  sera  fias  question 
e  ces  peuples. 

«  Dans  le  reste  de  la  Gaule  tous  recon- 
naissez à  une  époque  très-reculée  deux 
grandes  familles,  aiflerentes  entre  elles  par 
leur  langue,  leurs  habitudes  et  leur  état  so< 
cial.  Elles  formaient  toute  la  masse  de  la 
population,  et,  ouel  qu'ait  été  leur  rap- 
port numérique,  1  une  et  l'autre  en  faisaient 
une  partie  considérable. 

c  le  reconnais  dans  la  population  actuelle 
de  l'étendue  correspondante  de  la  France 
deux  types  prédominants,  tellement  carac- 
térisés et  distincts  <pi'il  n'est  pas  possible 
de  les  confondre.  Si  depuis  l'époque  où 
TOUS  nous  montrez  ces  deux  peuples  comme 
seuls  possesseurs  du  sol,  il  n  y  aTait  pas  eu 
de  mélanges  étrangers  ,  on  deTrait,  sans  hé- 
siter, rapporter  ces  deux  types  à  deux  fa- 
milles gauloises.  Mais  depuis  lors  diTers 
peuples  ont  succcssiTcment  fait  la  conquête 
de  la  totalité  ou  de  quelques  portions  du 
territoire.  Comment  faire  la  distinction? 
Nous  aTons  établi,  dans  la  discussion  gêné* 
raie  au  commencement  de  cette  iet!re,im 
principe  qui  nous  guidera,  et  dont  nous 
avons  déjà  fait  l'api»liration  en  faisant.  Le 
plus  petit  nombrege donne  pas  son  type  au 
plus  ^and.  Or  tous  connaissez  l'extrême 
disproportion  des  conquérants  établis  dans 


"iVJd 


PUT 


DICTIONNAIRE 


FHT 


m 


.a  Gaule  relativement  à  la  population  gau- 
loise, et  cet  aperçu  nous  servira  d'abord  h 
confirmer  ce  premier  rapprochement.  Des 
arguments  d'une  autre  nature  viendront  l'ap- 
puyer dans  la  suite. 

«  De  ces  deux  familles  que  tous  distin- 
guez par  les  noms  de  Galls  et  de  RimrîSy 
les  premiers  devraient  être  les  plus  nom- 
breux, puisque  vous  les  présentez  comme 
les  plus  anciens  habitants  des  Gaules,  dont 
ils  occupaient  presque  toute  l'étendue  avant 
rétablissement  des  Rimris. 

a  De  cette  première  distinction  historique 
entre  les  deux  peuples  gaulois ,  je  conclu- 
rai que  le  premier  type ,  qui  m'a  paru  le 
Fins  nombreux ,  af^Nirtient  aux  Galls,  et 
autre  aux  Rimris. 

«  En  comparant  leur  distribution  géogra- 
phique nous  arrivons  au  même  résultat. 
Vous  les  représentez  comme  plus  particu- 
lièrement groupés  en  corps  de  nation  dans 
deux  régions  diverses  :  1°  fa  Gaule  orientale, 
occupée  par  les  Gaulois  propres  de  César, 
que  vous  désignez  par  le  nom  de  Galls  ;  2^  la 
uaule  septentrionale,  renfermant  la  Belgi- 
que de  César,  l'Armorique,  dont  vous  réu- 
nissez les  habitants  sous  la  dénomination 
générale  de  Rimris.  En  considérant  d'abord 
la  Gaule  orientale,  d'après  votre  exposition 
des  faits,  il  est  évident  que  les  Galls  devaient 
y  être  moins  mêlés,  puisque  les  Rimris  n'y 
avaient  jamais  pénétré  par  la  force  des  ar- 
mes. Or  c'est  en  traversant  la  région  de  la 
France  qui  correspond  à  la  Gaule  orientale 
du  nord  au  midi,  c'est-à-dire  la  Bourgogne,  le 
Lyonnais,  le  Dauphiné,la  Savoie,  que  j  ai  dis- 
tingué ce  type  bien  caractérisé,  auquel  nous 
venons  de  rapporter  le  nom  de  Galls,  et  si 
généralement  répandu  que  je  n'en  avais  pas 
d'abord  reconnu  d'autre,  excepté  dans  un 
seul  canton.  Ce  n  est  qu'à  mon  retour  que, 
m'occupant  plus  spécialement  de  eel  objet, 
j'ai  retrouvé  le  second  type  dans  d'autres 
lieux  de  celte  région. 

<c  Quoicfue  vous  ayez  tracé  une  ligne  de 
démarcation  entre  les  territoires  des  deux 
peuples,  je  m'imagine  que  vous  ne  regardez 
pas  la  séparation  comme  tellement  absolue 
qu'il  n'y  ait  jamais  eu  de  mélange.  Il  y  en 
a  eu  nécessairement,  même  d'après  vos  re- 
cherches, puisque  vous  attribuez  la  religion 
des  Druides  aux  Rimris,  et  vous  nous  ap- 
prenez que  les  Galls  de  cette  région  l'ont 
aJoptée,  mais  pas  exclusivement.  Peu  im- 
porte d'ailleurs  que  ce  mélange  ail  eu  lieu 
daus  une  haute  ajitiquité,  ou  plus  tard;  il 
me  suffit  de  savoir  qu'ils  étaient  nombreux 
et  voisins,  qu'ils  furent  réunis  ensuite  en 
corps  de  nation  ;  le  laps  de  temps  a  dû  néces- 
sairement amener  des  déplacements  et  des 
mélanges.  Puisque  le  premier  type  corres-. 
pond  à  la  race  historique  que  vous  avez  dé- 
signée sous  le  nom  de  Galls,  qui  sont  les 
Gaulois  propres  de  César  ;  je  suivrai  votre 
nomenclature  pourque  nous  puissions  mieux 
nous  entendre.  Je  rappellerai  donc,  d'après 
voua,  le  type  gall.  La  tête  est  arrondie  de 
manière  à  se  rapprocher  de  la  forme  sphéri- 
uue  ;  le  front  est  moyeUi  ua  oeu  bombé  et 


fuyant  vers  les  tempes;  les  yenxsontgniKis 
et  ouverts,  le  nez,  à  partir  de  la  dépression 
à  sa  naissance,  est  à  [leu  près  droit,  c'esU- 
dire  qu'il  n*a  aucune  courbure  prononcée; 
l'extrémité  en  est  arrondie,  ainsi  que  le  men- 
ton; la  taille  est  moyenne.  Vous  voyez  qut 
les  traits  sont  parfaitement  en  harmonie  avec 
la  forme  de  la  tête,  et  que  cette  description 
détaillée  est  susceptible  d'être  résumée  ea 
l>eu  de  mots,  comme  je  l'ai  fiiit  plus  haut  ihi  . 
disant  que  la  tête  est  plus  rondt  moroh, 
que   les   traits   sont   arrondiSj  et  la  laHlt 
moyenne. 

«  Quant  à  la  région  septentrionale  de  la 
Gaule,  œmme  siège  principal  des  Kimris 
voyez  encore  la  singulière  comcidence.iyaDs 
un    voyage   précéuent  je   parcourus  une 
grande  partie  du  littoral  de  la  Gaule-Bdgi- 
que  de  César,  depuis  l'embouchure  de  la 
Somme  jusqu'à  celle  de  la  Seine.  Eh  bieol 
c'est  ici  que  je  distinguai  pour  la  première 
fois  la  réunion  des  traits  qui  constitue  1  au- 
tre type,  et  souvent  dans  une  telle  exagéra- 
tion aiie  j'en  fus  vivement  frappé  :  la  tèle  lon- 
gue, le  front  large  et  élevé,  le  nez  recourjjé, 
la  pointe  en  bas  et  les  ailes  du  nez  releties, 
le  menton  fortement  prononcé  et  saillant, ia 
stature  haute.  Comme  ce  point  est  fonda- 
mental, et  le  plus  intéressant  par  sa  nou- 
veauté et  l'étendue  de  ses  applications,  il 
convient  de  nous  y  arrêter  un  peu  afin  d'as- 
surer notre  marche  dans  la  suite.  fiornoDs- 
nous  pour  le  moment  à  la  France,  en  sol- 
vant pas  à  pas  le  parallèle  que  nous  atons 
commencé.  Il  est  certain  que  ce  type,  que 
j'ai  vu  depuis  en  Bourgogne,  ne  saurait  être 
celui  du  peuple  étranger  qui  a  laissé  son 
nom  à  la  province,  pu isoull  existe  dans  une 
grande  étendue  en  Picardie  et  en  Normandie, 
dont  les  anciens  Bourguignons  n'ont  jamais 
approché.  D'autre  part,  il  ne  peut  être  celui 
des  Normands-Scandinaves,  puisqu*il  existe 
dans  la  Bourgogne  et  dans  d  autres  prorio- 
ces  de  la  Gaule  orientale,  oit  ils  ne  se  sont 
jamais  établis.  Ainsi,  par  la  coexistence  du 
même  tvpe  dans  ces  deux  contrées,  les  an- 
ciens Bourguignons  et  les    Normands  s'ei- 
cluent  réciproquement,  et  nous  reveDons 
par  une  autre  voie  aux  anciens  habilaoLs 
aux  Belges  de  César,  que  vous  désignez  par 
le  nom  de   Kimris.  L'autre   race  gaolt»:'^ 
s'y  trouve  aussi  avec  ses  traits  caractém- 
tiques. 

cr  Personne,  que  je  sache,  n'a  jamais  ^ri- 
tendu  que  les  Scandinaves,  connus  dans  If 
moyen  âge  sous  le  nom  de  Normands,  aient 
détruit  ou  chassé  la  population  indigène  de 
la  Neustrie.  Fixés  à  demeure,  ils  adopteoi  i>^ 
langue  du  pays  et  la  leur  disparait,  laissant 
à  peine  quelques  traces  dans  la  rédaction  de 
leurs  lois;  et  ce  peuple,  d'ailleurs  si  sévèrp 
et  même  si  féroce  dans  ses  expéditions  mi- 
litaires, se  montre  tout  à  coup  dans  Tadmi- 
nistration  des  affaires  civiles  le  modèle  d^ 
peuples  du  moyen  âge.  Enveihisseurs  ils  ra- 
vagent, possesseurs  us  conservent  et  pcrfe 
tiorinent. 

,  ^  J'ignore  si  une  partie  de  leur  postera 
subsiste  avec  leurs  caractères  physiques;  id 


liOl 


PUT 


D'ANTHROPOLOGIE. 


PUT 


i:w- 


en  est  ainsi«  il  eu  reste  pnjbablement  très- 
i>ea,  comme  il  deîl  apiÎTer  souTent  lorsque 
te  peuple  conquérant  est  en  très -petit 
nombre  relatiTement  au  peuple  Taincu.  Ce 
n*est  guère  que  dans  les  grandes  masses, 
comme  nous  raTons  exposé  en  commençant, 
que  nous  pouTons  espérer  de  trouver  les 
types  anciens,  et  c*est  ce  qui  nous  est  arrivé 

i'usqu'ici.  Remarquez  quels  avantages  la 
^rance  nous  présente  pour  le  succès  de  pa- 
reilles recherches  :  sa  vaste  étendue,  sa  po- 
pulation qui,  dans  tous  les  temps,  a  dû  être 
nombreuse,  à  cause  de  la  fertilité  de  son 
sol  et  la  douceur  du  climat,  moins  de  mé- 
lange avec  des  peuples  étrangers  que  chez 
d'autres  nations  où  nous  chercherons  les 
mêmes  races,  enfin  des  renseignements  his- 
toriques plus  précis  sur  la  distinction  des 
peuj>les  indigènes.  Une  seule  f6is  toute  la 
nation  gauloise  a  été  engagée  dans  une  lutte 
▼iolente  contre  des  envahisseurs  étrangers, 
et  ceux-ci  se  proposaient,  non  la  possession 
exclusive  du  sol,  mais  la  domination  poli- 
tî<}ue.  Après  la  lotte,  elle  prospéra  plus  que 
jamais  sous  la  civilisation  romaine.  Loin  de 
&*opposer  ensuite  aux  Francs,  elle  les  favo- 
risa, de  sorte  qu'elle  ne  perdit  pas  de  sa  po- 
imlation  et  ne  reçut  qu  un  petit  accroisse- 
ment d'une  source  étrangère.  Une  pareille 
réunion  de  circonstances  les  plus  propres  à 
la  conservation  des  caractères  physiques 
d*un  peuple,  doit  inspirer  une  grande  con- 
fiance dans  les  déterminations  auxquelles 
nous  sommes  parvenus,  surtout  lorsqu'on 
se  rappelle  les  précautions  prises  pour  éviter 
toute  erreur  dans  les  caractères  tranchants  de 
ces  tvpes. 

«  d  est  en  nous  appuyant  sur  ces  bases 
que  nous  poursuivrons  notre  parallèle  avec 
une  parfaite  sécurité,  et  sans  remtMrras  de 
discuter  les  titres  des  divers  peuples  oui  se 
sont  pressés  et  succédé  sur  le  même  sot.  Car 
ces  deux  races  gauloises,  une  fois  bien  déter- 
minées  dans  la  Gaule  par  leurs  caractères 
physioues,  seront  faciles  k  reconnaître 
ilans  d'autres  pays,  jadis  possédés  par  leurs 
ancêtres,  si  toutefois  elles  sont  encore  en 
assez  çrand  nombre. 

«  Faisons-en  de  suite  Tapplication  k  l'An- 
gleterre :  le  midi  de  la  Grande-Bretagne, 
naos  retendue  qui  correspond  à  l'Angleterre 
}  roprement  dite,  était,  suivant  vous,  occupé 
principalement  par  le  même  peuple  qui  pos- 
sédait le  nord  de  la  Gaule,  et  que  vous  ap- 
pelez Kimri.  Il  s'agit  maintenant  de  savoir 
>'il  avait  les  mêmes  caractères  physiques. 
Mais  ses  descendants  n*existeraient  plus  s'il 
en  bllait  croire  une  opinion  répandue  en 
Angleterre.  Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  rap- 
j>eler  la  discussion  dans  laquelle  je  suis  en- 
tré sur  ce  sujet  au  commencement  de  cette 
lettre;  le  résultat  en  est  trop  conforme  aux 
principes  de  la  nature  humaine  pour  qu'il 

(739)  c  Nous  avons  déjà  observé  que  lorsque  deax 
mo<^  babiteot  le  même  ^ys  ,  celle  dont  la  langue 
prédomine  D>st  pas  toujours  b  plus  nombreuse, 
ft^orloiit  lorsqu^il  s'agit  d*ane  petite  partie  de  la  po- 
palatioQ  qui  a  col  serré  ud  des  anciens  idiomes 
<2a]ia  an  coin  do  territoire.  Dans  la  principauté  de 


ne  se  présente  pas  de  suite  à  votre  c^rit 
D'ailleurs  elle  se  réduit  maintenant  à  une 

Îuestion  de  foit  fondée  sur  le  témoignage 
es  sens.  Or»  je  puis  assurer  qne  le  même 
tvpe  caractéristique  de  ce  peuple  qui  jadis 
cTomînait  dans  le  nord  de  la  Gaule,  existe  en 
Angleterre;  et  de  plus,  qu'il  est  très-répanda 
sur  tout  le  territoire  jadis  conquis  par  les 
Saxons.  Il  représente  par  conséquent  les  an- 
ciens Bretons  possesseurs  du  sol  avant  la 
conouéte  des  Saxons,  et  crue  vous  distinguez 
jMr  le  nom  de  Rimris.  S  il  n'est  plus  ques- 
tion des  Bretons  dans  le  territoire  occupé 
par  les  Saxons,  c'est  qu'ils  n'étaient  pas  une 
nation  indépendante,  ni  même  un  peuple 
ayant  une  existence  civile.  Us  étaient  donc 
morts  pour  l'histoire,  surtout  de  la  manière 
dont  on  l'écrivait  alors;  mais  ils  n'avaient 
pas  péri  ;  ils  vivaient  encore,  et  certes  dans 
une  proportion  où  devaient  se  trouver  les 
restes  d'une  grande  nation,  malgré  ses  désas- 
tres. J  ai  dit  gue  l'opinion  de  la  destruction 
et  de  l'expulsion  des  Bretons  de  l'Angleterre 
])roprement  dite  est  une  opinion  populaire 
dans  le  pays.  Elle  est  fondée  à  la  vérité  sur 
l'exagération  des  historiens;  mais  pour  peu 
au'on  les  lise  attentivement,  on  v  trouve 
1  aveu  que  les  restes  de  ce  peuple  furent  ré* 
duits  à  une  dure  servitude.  Attachés  à  U 
glèbe,  ils  auront  participé  à  cette  émancipa- 
tion gui,  dans  le  moyen  Age,  a  rendu  à  la  vie 
politique  la  masse  des  peuples  de  l'Europe 
occidentale;  émancipation  qui  fait  la  gloire 
de  ces  temps,  et  le  triomphe  de  la  civilisation 
moderne  sur  l'ancienne.  Recouvrant  peu  à 
peu  leurs  droits  sans  reprendre  leur  nom, 
et  s'élevantpar  les  progrès  de  l'industrie,  ils 
se  seront  répandus  dans  tous  les  rangs  de  la 
société.  La  lenteur  de  ces  progrès  et  l'obs- 
curité de  cette  origine  perpétuèrent  le  mé- 
pris du  vainqueur  et  la  nonte  du  vaincu;  de 
sorte  que  tel  qui  se  croit  aujourd'hui  issu 
des  Saxons  ou  des  Normands,  est  souvent  le 
vrai  descendant  des  Bretons  (739). 

«  Pour  achever  le  parallèle,  il  me  reste  à 
parler  de  la  Suisse  et  du  nord  de  l'Italie. 
D'après  les  renseignements  historiques,  vous 
regardez  les  Helvètes  comme  des  Galls  ;  pour 
moi,  je  ne  saurais  en  douter,  puisque  je  re- 
connais chez  les  Helvétiens  d'aujourd'hui 
les  mêmes  caractères  qui  distinguent  cette 
famille  dans  la  Gaule.  Vous  ne  dites  pas 
qu'ils  étaient  mêlés  de  Rimris.  U  ne  m'ap- 
partient pas  d'assurer  qu'ils  le  furent  jadis, 
mais  je  puis  certifier  qu'ils  le  sont  mainte- 
nant,' et  dans  line  assez  grande  proportion 
pour  me  foire  croire  qu'ils  l'étaient  autre- 
fois. Je  sais  qu'aujoura hui  la  Suisse  est  par- 
tagée en  deux  parties  inégales,  l'une  orien- 
tale, où  l'on  ne  parle,  i>our  ainsi  dire,  que 
l'allemand,  l'autre  au  midi  et  à  l'occident, 
où  l'on  ne  parle  que  le  français,  qui  est  au* 
tant  la  langue  du  peuple  qu'elle  Test  en 

Galles,  par  exemple,  où  les  deux  races  ont  été  mè^ 
lées,  il  se  peut  qoe  le  type  que  nous  avons  nommé 
kimri  ne  soit  pas  le  plus  fréquent,  mais  an  contraire 
celui  des  Galls,  que  vous  regardez  comme  les  plus 
anelent  possesseurs  de  la  Grande-Bretagne.  » 


120S 


riiY 


DiCTI0N5AiRE 


PUT 


m 


France;  e(c*es(  à  bon  droit,  puisque  j*ai  re- 
connu  que  la  population  était  gauloise  à 
ilouble  titre,  et  par  les  Galls  et  par  les 
Kimris. 

«  Sans  les  discussions  précédentes  et  les 
faits  que  nous  sommes  parvenus  à  démêler, 
comment  pourrions  -  nous  reconnaître  les 
Gaulois,  dans  le  nord  de  Tltalie,  parmi  les 
Sicules,  les  Ligures,  les  £trusques,  les  Vé- 
nètes,  les  Romains,  les  Goths,  les  Lom- 
bards? Mais  nous  i)Ossédons  le  fil  qui  doit 
nous  guider.  D*abord  quel  qu*ait  été  Tétat 
antirieur,  il  est  certain,  d*après  vos  recher- 
ches et  raccord  unanime  de  tous  les  histo* 
riens,  que  des  peuples  gaulois  ont  prédo- 
miné dans  le  nord  deTltalie  entre  les  Alpes 
et  les  Apennins.  On  les  y  trouve  établis 
d'une  manière  permanente  après  les  pre- 
mières lueurs  de  l'histoire  ;  les  témoignages 
les  plus  authentiques  les  représentent  avec 
tous  les  caractères  d'une  grande  nation,  de- 
puis ces  temps  reculés  jusqu'à  une  époque 
très-avancée  de  l'histoire  romaine.  Voilà  tout 
ce  qu'il  me  faut;  je  n'ai  pas  besoin  de  m'oc- 
cuper  des  autres  peuples  qui  s'y  sont  mêlés 
depuis,  de  discuter  leur  nombre  relatif,  la 
nature  de  leur  langue,  la  durée  de  leur  éta- 
blissement ;  il  me  suffit  de  savoir  que  les  Gau- 
lois y  ont  existé  en  grand  nombre.  Je  con- 
nais les  traits  de  leurs  compatriotes  dans  la 
Gaule  transalpine,  je  les  retrouve  dans  la 
Gaule  cisalpine;  voilà  dans  sa  généralité  le 
})remier  fait  qui  nous  est  commun  à  l'égard 
de  ritalie.  Mais  puisque  vous  distin^ez  les 
familles»  il  convient  que  je  les  distingue 
aussi.  Dans  la  Gaule  cisalpine  vous  recon* 
naissez,  de  même  que  dans  la  transalpine» 
des  Galls  et  des  Kimris.  Or,  j'ai  vu  les  kim- 
ris non-seulement  dans  les  lieux  oix  vous 
les  placez,  mais  aussi  dans  d'autres  oii  vous 
ne  les  indiquez  pas.  D'abord,  en  supposant 
que  dans  leurs  premiers  établissements  en 
Italie  les  deux  familles  aient  été  absolument 
sans  mélange  entre  elles,  fait  que  l'éloigne- 
ment  et  l'obscurité  des  temps  ne  permet  pas 
d'assurer,  vous  les  montrez  en  communauté 
de  guerre  contre  les  Romains,  et  ces  rap- . 
|)orts  d'alliance  et  de  nécessité  ont  pu  dès 
lors  même  opérer  des  mélanges.  La  Cispa- 
dane,  suivant  vous,  était  occupée  par  les 
Kimris  ;  vous  les  représentez  partout  comme  . 
un  peuple  excessivement  inquiet,  faisant 
toujours  des  expéditions  lointaines  et  pé- 
rilleuses. Dès  que  les  Romains  ont  affaire 
aux  Gaulois  d'Italie,  vous  y  distinguez  des 
Kimris.  Il  devait  en  être  ainsi  de  prime 
abord,  parce  qu'ils  étaient,  dès  l'origine  de 
leur  établissement,  limitrophes  de  l'Elru- 
rie;  les  Apennins  seuls  les  en  séparaient; 
faible  barrière  pour  un  tel  peuple.  Ils  les 
avaient  probablement  franchis  plus  d'une 
ibis  avant  d'avoir  fait  trembler  les  Romains; 
et  il  est  présumable  qu'il  s'en  est  établi 
parmi  les  Étrusques.  Le  fait  est  que  je  trouve 
leur  type  dans  le  nord  de  la  Toscane,  et  que 
l'inspection  des  monuments  me  fait  voir 
({u'il  y  existait  dans  des  temps  reculés.  Re-* 


marquez  d'autre  part  que  le  norl  de  ritalie 
entre  les  Alpes  et  les  Apennins  est  une  raste 
plaine  partagée  par  le  P6.  Dans  le  laps  des 
siècles  qui  se  sont  écoulés  depuis  ^étahliss^ 
ment  des  Kimris,  en  supposant  qu'ils  n'aienl 
d*abord  occupé  que  la  Cispadaoe,  la  guerre 
qui  opère  des  bouleversements,  etlapaiiqui 
amène  une  fusion  considérable,  n  auront- 
elles  pas  distribué  ce  peuple  sur  une  grande 
étendue  de  cette  plaine?  La  terreur  répaih 
due  par  l'invasion  imminente  d'Attila  na-t- 
eile  pas  porté  une  grande  partie  de  la  popu- 
lation à  se  réfugier  dans  les  lies  voisines 
de  l'Adriatique,  ties  situées  à  rembouchore 
du  Pô,  siège  antique  des  peuples  kimris! 
Aussi  vous  devez  vous  rappeler  que  j'ai  ob- 
servé leur  type,  et  parmi  les  portraits  des 
anciens  habitants  et  dans  la  population  ac- 
tuelle de  Venise. 

«  Il  s'en  faut  de  beaucoup  que  j'aie  remar- 
qué le  type  de  l'autre  famille  avec  la  même 
fréquence  dans  le  nord  de  l'Italie.  U  n  y  i 
pas  même  de  comparaison  à  cet  égard.  Cer- 
tes je  ne  pouvais  tout  voir  ni  tout  reconnaî- 
tre, mais  aussi  ne  dois-je  pas  omettre  de 
dire  ce  qui  manque  à  mes  observations.  Je 
ne  dis  pas  qu'il  n'y  soit  pas  conunun,  mais 
seulement  que  je  ne  l'ai  pas  vu  assez  sou- 
vent d'une  manière  nette  et  distincte.  II  est 
probablement  plus  répandu  qu'il  ne  m'a 
semblé,  et  j'en  juge  ainsi  d'après  une  obser- 
vation singulière  que  je  fis  à  Milan.  Dans  la 
boutique  d'un  libraire  je  yis  étalé  un  almi- 
nach  en  une  feuille,  qu*on  appelle  IiMono, 
avec  une  gravure  représentant  deux  person- 
nages  un  peu  grotesoues  se  moquant  réei* 

Iiroquement  de  leurs  ugures.  Or,  elles  étaient 
es  caricatures  les  plus  exactes  des  deux 
types  des  populations  gauloises  ancienne- 
ment établies  dans  le  pays  ;  les  traits  carac- 
téristiques étaient  précisément  ceux  qui 
étaient  marqués  avec  exagération,  comme  a 
l'on  avait  voulu  faire  ressortir  ce  qui  élait 
essentiellement  distinctif;  et,  pour  ne  rien 
laisser  à  désirer  du  contraste  que  les  deoi 
types  font  entre  eux,  ils  sont  figurés avw 
leurs  différences  de  taille,  celui  qui  corres- 

f^ond  au  Rimri  étant  d'une   haute  stature^ 
'autre,  qui  représente  le  Gall,  de  grandeur 
moyenne. 

«  Certes  le  dessinateur  n*a  eu  en  vue  m 
l'histoire  naturelle,  ni  l'antiquité,  mais  il  a 
tracé  en  charge  des  figures  qu'il  avait  sou- 
vent devant  les  yeux,  et  qui  offraient  un 
contraste  piquant. 

«  Je  remarquerai  à  cette  occasion  cp 
lorsque  les  Romains,  dans  leurs  première, 
guerres  avec  ces  peuples,  parlent  de  Gaulois 
d'une  stature  extraordinaire,  il  me  V^^^ 
évident  qu'il  s'agit  de  Kimris. 

«  D'abord  ils  occupaient  la  Cispadane,ei, 
comme  les  plus  voisins,  ils  devaient  être  le> 
premiers.à  fondre  sur  les  Romains.  La  té» 
du  Gaulois  gigantesque  peinte  sur  une  en- 
seigne dans  le  Forum,  à  Rome,  était  de  cetf 
nation  (740).  Lorsque,  dans  votre  histoireJ*^ 
Romains  font  mention  de  la  taille  élc w  de* 


(740)  Yoy.  Histoire  des  Gaulois,  vol.  ^^lnlrod.,  p.  xlv 


1.03 


rat 


D'ANTHROPOLeCIE. 


PÎIT 


Hr^ 


iiaaloisp  ils  désignent  des  peuples  que  tous 
«Tez  classés  parmi  les  Kimris,  non  à  cause 
de  ce  caractère  dont  tous  ne  faites  aucun 
usage,  mais  en  tous  fondant  sur  toutes  les 
preuTes  historiques  capables  d'établir  la  dis- 
tinction. Or  j'ignorais  entièrement  ces  faits, 
et  cependant  de  mon  cdté  j'aTais  reconnu 
que  cette  famille  gauloise  contrastait  singu* 
lièrement  par  la  taille  aTec  les  Galls  qui 
9ont  en  général  de  grandeur  moyenne.  De 
même  que  les  Romains*  et  les  auteurs  an- 
ciens ont  signalé  la  stature  des  Gaulois  dl- 
talie,  des  Belges,  des  Gâtâtes,  Tai  remaraué 
en  France,  en  Angleterre,  en  Suisse,  en  Ita- 
lie, qu'une  haute  taille  accompagne  ordinai- 
rement le  type  que  d*après  tous  j'ai  désigné 
du  nom  de  kimri.  Ce  caractère  physique 
existait  donc  dans  les  temps  anciens,  comme 
dans  les  temps  modernes,  et  la  coïni^idence 
est  d'autant  plus  remarquable  qu'on  regarde 
cette  modification  du  corps  comme  tn^-Ta- 
riable.  Le  tût  est  non-seulement  curieux, 
mais  utile,  puisqu'il  sert  à  nous  expliquer 
une  contradiction  apparente  entre  les  récits 
des  anciens  historiens  et  ce  que  l'on  obsenre 
ordinairement  en  France  où  la  taille  est  mé- 
diocre. On  s'est  souTent  demandé  où  sont 
ces  Gaulois  de  haule  stature  dont  parlent  les 
Romains.  En  rétablissant  la  distinction  que 
la  nature  aTait  établie,  mais  que  l'histoire 
aTait  souTent  effacée  en  confondant  les  deux 
lamilles,  la  contradiction  disparaît. 

4  Voilà  deux  séries  de  résultats ,  les  Ti- 
tres et  les  miens,  qui  correspondent  d'une 
manière  aussi  frappante  qu'inattendue.  Os 
appartiennent  k  deux  sciences  différentes  ; 
ifs  prOTiennent  de  recherches  qui  de  part  et 
d'autre  ont  été  faites  d'une  manière  indé- 
pendante ;  et  leur  comparaison  fait  Toir  en- 
tre eux  un  rapport  manifeste.  Nous  aTons 
donc  concouru ,  chacun  de  notre  côté,  au 
même  but  ;  et  cette  coïncidence  doit  fortifier 
notre  conriction  d'aToir  rencfontré  la  Térité. 

«  Vous  aTcz  remarqué  dans  le  cours  de 
mon  récit  que  mes  obserTations  ont  été  lai- 
tes sans  idées  préconçues,  et  ce  point  pou- 
Tait  être  ici  très-important  ;  car  un  esprit 
préoccupé,  quand  il  s'aeit  de  ressemblance, 
est  très-susceptible  d'ulusion.  J'aTais  une 
sauTc-garde  contre  ce  danger  ;  je  ne  cher- 
chais pas  une  ressemblance  Tague,  mais 
précise  et  essentielle ,  d'après  des  formes  et 
des  proportions  déterminées  ;  or,  la  mesure, 
quand  on  sait  l'appliquer,  est  laite  pour  dé- 
truire on  confirmer  les  opinions. 

•  Les  types  que  j'ai  obsenrés  parmi  les 
peuples  gaulois  ne  répondent  qu'à  ceux  des 
familles  que  tous  aTCz  établies  d'après  des 
documents  historiques  ;  mais  comme  je  n'ai 
pas  Tisité  les  pays  où  tous  placez  les  autres , 
pour  établir  les  rapports  de  cette  nature  en- 
tre la  physiologie  et  l'histoire,  j'ai  trouTé  dif- 
ficilement ailleurs  des  renseignements  né- 
cessaires pour  traiter  ces  questions  de  la 
manière  dont  je  les  enTisage. 

«  Si  les  ObserTations  que  j'ai  encore  à  tous 
communiquer  ne  touchent  plus  au  sujet  que 
TOUS  aTez  traité ,  elles  ne  laissent  pas  ,  je 
pense,  de  tous  intéresser,  puisqu'elles  éta- 


blissent de  nouTeaux  rapports  entre  les 
sciences  que  nous  cultiTons.  Les  .peuples 
dont  nous  aTons  parlé  jusqu'ici  sont  répan- 
dus sur  une  grande  partie  de  l'Europe  occi- 
dentale, qui  comprend  pins  de  la  moitié  de 
l'Italie,  une  portion  de  la  Suisse,  la  France 
et  l'Angleterre. 

«  Ceux  dont  j'ai  maintenant  à  tous  entre- 
tenir o^^rupent  la  partie*orientale  de  l'Eu- 
rope :  ce  sont  les  nations  slaTcs  et  hongroi- 
ses.  Quoique  je  n'aie  pas  Tisité  ces  pays,, 
j'ai  eu  des  occasions  presque  aussi  fiTora— 
blés  de  reconnaître  leurs  types.  Les  trouf^es 
de  l'empereur,  dans  le  royaume  lombardo- 
Ténitien,  sont  presque  entièrement  compo- 
sées de  Silésiens,  de  Bohémiens,  de  Mora- 
Tes,  de  Polonais,  de  Hongrois.  Pendant  un 
séjour  de  plusieurs  semaines,  je  profitai  de 
l'occasion  pour  étudier  ces  peuples.  M.  1er 
baron  de  Swinbum,  commandant  de  la[riace, 
m'accueillit  aTec  beaucoup  de  politesse  et  de 
bieuTeilIance,  me  donna  l'autorisation  for- 
melle de  Tisiter  tous  les  quartiers ,  la  li- 
berté d'y  faire  à  ce  sujet  les  obsenrations 
que  je  jugerais  à  propos,  de  me  faire  accom- 
pagner par  nn  peintre  qui  pourrait  dessi- 
ner les  portraits  des-personnes  que  je  dési- 
gnerais. Cet  ordre  a  été  exécuté  ponctuelle- 
ment, et  j  ai  trouTé  toutes  les  facilités  que^ 
je  pouTais  désirer.  Je  me  suis  d'abord  atta- 
che à  obsenrer  si  chacun  de  ces  peuples  pré- 
sentait une  réunion  de  traits  qui  les  distin- 
guât entre  eux.  On  aTait  la  complaisance  de 
réunir  un  grand  nombre  d'indiridus  du 
même  pays  et  parlant  la  même  langue.  Jo 
pouTais  ainsi  les  étudier  à  mon  aise,  recon- 
nattre  l'ensemble  de  traits  oui  prédominait, 
et  comparer  de  la  sorte  ces  oîTerses  nations  ; 
mais  je  ne  leur  trouTai  pas  une  figure  natio- 
nale distinctiTc. 

«  Je  ne  tardai  pas  à  m'aporceToir  que  beau- 
coup d'individus  se  ressemblaient,  quoi- 
qu'ils ne  fussent  |^s  du  même  {lays,  et  je 
reconnus  bientôt  le  type  commun  à  tous  ces 
peuples.  11  est  évident  que  je  ne  saurais  en- 
tendre par  laque  toutes  ces  [K>pulations  sont 
jetées  dans  le  môme  moule ,  mais  qu'il  y 
a  un  ensemble  de  traits  caractéristiques  qiai 
se  reproduit  fréquemment  dans  toutes.  6r, 
remarquez  que  cnez  elles  la  langue  slaTe  est 
plus  ou  moins  répandue,  modifiée  seule- 
ment par  des  différences  qui  ne  constituent, 
pour  ainsi  dire,  que  des  dialectes. 

«  Quoique  je  ne  doutasse  pas  de  cette  si- 
militude, reconnue  par  tous  les  saTants  qui- 
se  sont  occupés  de  l'analogie  des  langues  ^ 
je  Toulais  m'assurer  jusqu'à  quel  point  el!e 
avait  lieu ,  en  faisant  parler  ces  étrangers 
entre  eux,  chacun  dans  sa  langue,  et  j  eus 
la  conviction,  { ar  mon  interprète ,  qu  us  se 
comprenaient  mutuellement. 

c  Le  contour  de  la  tète,  Tue  de  lace,  re- 
présente assez  bien  la  figure  d'un  carré, 
parce  que  la  hauteur  dépasse  peu  la  largeur, 
que  le  sommet  est  sensiblement  aplati,  et 
que  la  direction  de  la  mâchoire  est  horizon- 
tale. Le  nez  est  moins  long  que  la  distance 
de  sa  base  au  menton  ;  il  est  presque  droif, 
à  partir  de  sa  dépression  à  la  racine,  c*e>t*- 


*Î87 


Pilt 


MCTION^TAIRE 


PHY 


m 


à-dire  sans  courbure  décidée  ;  mais  si  elle 
était  appréciable,  elle  serait  légèrement  con- 
cave, ae' manière  que  le  bimt  tendrait  à  se 
relever  ;  la  partie  inférieure  est  un  peu  large, 
à  Textrémité  arrondie.  Les  yeux ,  un  peu 
enfoncés,  sont  parfaitement  sur  la  même  li- 
gne, et,  lorsqu  ils  ont  un  caractère  particu- 
lier, ils  sont  plus  petits  que  la  proportion 
de  la  tète  ne  semblerait  Tindiquer  ;  les  sour- 
cils, peu  fournis,  en  sont  tres-rapprochés , 
surtout  à  Tan^Ie  interne;  ils  se  dirigent  de 
là  souvent  obliquement  en  dehors.  La  bou- 
che, qui  n'est  pas  saillante,  et  dont  les  lèvres 
ne  sont  pas  épaisses,  est  beaucoup  plus  près 
du  nez  que  du  bout  du  menton.  Un  caractère 
singulier  qui  s'ajoute  aux  précédents  et  qui 
est  très-général  se  fait  remarauer  dans 
leur  peu  de  barbe,  excepté  à  la  lèvre  supé- 
rieure. 

«  Tel  est  le  type  qui  se  reproduit  plus  ou 
moins  chez  les  Polonais,  les  Silésiens,  les 
Moraves,  les  Bohémiens  et  les  Hongrois  Sla- 
ves. II  est  aussi  très-commun  parmi  les  Rus- 
ses. Quoique  je  n'en  aie  pas  vu  dans  cette 
occasion,  j'en  ai  pu  juger  dans  d'autres; 
mais  surtout  je  me  fie  au  témoignage  d'un 
seigneur  russe,  qui  a  reconnu  dan§ les  des- 
sins que  je  lui  ai  montrés,  d'anrès  d'autres 
peuples  slaves,  les  portraits  d  une  grande 
partie  des  paysans  russes.  Il  est  sans  doute 
d'autres  caractères  de  tête  chez  tous  ces  peu- 
ples, et  ie  l'ai  bien  reconnu  par  moi-même; 
mais  il  faudrair,  pour  les  déterminer  d'après 
les  vues  que  j'ai  exposées  et  les  considérer 
dans  les  rapports  qui  nous  intéressent,  être 
sur  les  lieux,  et  y  consacrer  beaucoup  de 
temps  et  de  soins. 

«  J'ai  cependant  tiré  parti  de  ces  observa- 
tions pour  jeter  guelque  jour  sur  un  point 
obscur  de  1  histoire.  L'Allemagne,  encore  de 
nos  jours,  peut  être  divisée  en  deux  parties 
sous  le  rapport  des  peuples  qui  l'habitent  : 
l'Allemagne  occidentale  occupée  par  les 
Germains ,  la  plus  grande  partie  de  l'Alle- 
ipagne  orientale  par  les  Slaves  mêlés  de  Ger- 
mains. Aussitôt  que  l'histoire  luit  sur  ce 
pays,  nous  voyons  la  rivière  de  l'Elbe  sépa- 
rer les  deux  peuples.  L'Autriche  propre- 
ment dite ,  dont  tous  les  habitants  ne  par- 
lent que  l'allemand,  se  trouve  d'une  part  au- 
dessous  de  la  Silésie ,  de  la  Moravie ,  de  la 
Bohême,  d'autre  part  au-dessus  de  la  Carin- 
thie  et  de  la  Carniole.  Elle  est  donc,  pour 
ainsi  dire,  enclavée  dans  des  pays  dont  le 
fond  de  la  population  est  slave. 

«  De  là  il  m'a  paru  probable  qu  elle  avait 
été  anciennement  occupée  par  des  peuples 
slaves,  soit  purs,  soit  mêlés  a  d'autres,  avant 
la  conquête  par  les  Allemands  ;  car  partout 
ailleurs,  dans  cette  partie  orientale,  on  voit 
que  les  Germains  ont  étendu  leur  dénomi- 
nation sur  des  peuples  étrangers.  N'est-il 
donc  Das  présumable  que  les  Germains,  en 
se  mêlant  aux  Slaves ,  sur  le  territoire  de 
l'Autriche  proprement  dite,  en  auront  effacé 
la  langue,  comme  ils  ont  fait  disparaflre 
dans  le  nord  celle  des  Borusses,  avec  cette 
différence  que  les  monuments  de  cette  lan- 
gue n'y  ont  pas  péri? 


«  J'étais  curieux  de  savoir  si  ma  eonjecture 
trouverait  un  appui  dans  Texamen  des  types 
des  Autrichiens.  Il  y  en  avait  heoreosement 

3ui  formaient  le  corps  des  canonniers.  Je 
emandai  à  voir  des  natifs  de  Vienne  et  des 
environs ,  provenant  de  famille  allemande 
de  père  en  fils ,  autant  qu'on  pouvait  le  s^ 
voir.  On  eut  la  complaisance  de  les  réunir, 
et  je  reconnus  d'abord  qu'il  y  avait  parmi 
eux  deux  tvpes  bien  prononcés  :  l'an  Téri- 
tablement  slave  et  l'autre  germain.  Li  forme 
de  la  tête  suffisait  pour  les  distinguer.  Quant 
aux  Autrichiens  qui  présentaient  les  carac- 
tères slaves  sans  mélange,  ils  ressemblaient 
parfaitement  aux  portraits  aue  j'avais  bit 
dessiner  d'après  les  Slaves  des  autres  na- 
tions. 

«  Parmi  les  peuples  slaves,  i'ai  déjà  rangé 
une  partie  de  la  population  die  la  Hongrie. 
En  tant  que  j'ai  pu  le  constater,  il  ma pra 
qu'une  large  bande  de  ce  territoire,  qui  rè- 
gne sur  presque  toute  la  circonférence  et  s*é- 
tend  plus  ou  moins  dans  Tintérieur,  est  on 
cupée  par  des  Slaves,  c'est-à-dire  par  un 
peuple  qui  a  le  type  que  j'ai  décrit,  et  qui 
parle  un  dialecte  slave.  Le  centre  est  prin- 
cipalement habité  par  une  nation  dautia 
langue  est  tout  à  fait  différente^  qu'elle  ap- 
pelle Madgiar,  et  que  nous  désignons  par  le 
nom  Hongrois. 

«  Si  cette  distribution  est  exacte»  il  résul- 
terait de  là,  sans  consulter  l'histoire,  qu'un 
peuple  étranger  est  venu  s'établir  jiarmi  dei 
Slaves.  Nous  savons  qu'avant  les  irruptions 
des  barbares ,  il  y  avait  dans  cette  contrée 
des  Daces,  etc.  ;  mais  qui  étaient-ils?  on  IV 
gnore  ;  et  pouiquoi  ne  seraient-ils  pas  de 
cette  race  qu*on  trouve  encore  dans  le  pays 
et  qui  couvre  la  moitié  de  l'Europe?  Je  ne 
le  demande  qu'en  passant ,  sans  discuter  la 
question,  sans  examen  ultérieur. 

«  Mais  quelle  est  cette  nation  ou  cette  réu- 
nion dépeuples  qui  occupent  principalement 
le  milieu  de  la  Hongrie,  qui  s'appelle  Mad- 
giars  et  que  nous  nommons  Hongrois? 
.  «  Quant  à  moi  que  cette  question  regarde 
sous  le  rapport  du  type,  je  m'en  suis  parti- 
culièrement occupé,  et  je  suis  arrivé  sur  ce 
point  à  des  résultats  qui  m'ont  beaucoup  in- 
téressé. Je  vous  dirai  d'abord  qu'une  grande 
partie  de  la  population  qui  passe  pour  œad- 
giare,  où  les  descendants  des  anciens  Hon- 
grois, est  de  race  slave.  J'ai  fait  mes  obser- 
vations sur  ceux  dont  le  hongrois  était  la 
langue  maternelle,  et  j'en  ai  trouvé  beau- 
coup qui  f  tout  en  paraissant  Hongrois  ou 
Madgiars  par  la  parole,  étaient  réellement 
d'origine  slave  par  les  traits.  Les  anciens 
Madgiars  ne  parlaient  certainement  pas  le 
slave,  et  je  ferai  voir  qu'ils  n'eu  avaient  pas 
les  traits. 

*c  Autre  preuve  en  faveur  de  ropinioa 
émise  plus  haut,  que  des  peuples  slaves  pos- 
sédaient anciennement  le  pays.  Ces  Slaves  of 
lés  aux  Hongrois  en  auront  adopté  la  langue; 
une  partie  des  Hongrois,  par  des  croisements 
disproportionnés  suivant  les  principes  qa« 
nous  avons  exposés  plus  haut,  aura  peniu 
son  type.  Ces  Hongrois  par  leur  asceoJaût 


fi09 


PHT 


DANTHROPOLOGIE. 


PUT 


1210 


poUtiqae  ont  perpétué  leur  langue;  ces 
Siaves  par  la  prédominance  de  leur  nombre 
ont  perpétué  leurs  traits. 

m  j  ai  longtemps  cherché  en  vain  parmi 
ces  troupes  un  ensemble  de  caractères  phy- 
siques, différents  de  ceux  que  j'avais  obser- 
Tés  jusqu  ici,  et  qui  pût  se  rapporter  soit 
aux  anciens  Hongrois,  soit  à  quelaue  autre 
peuple  dont  Thistoire  nous  apprena  rétablis- 
sement dans  le  pays.  Je  me  rappelai  enOn 
ce  que  j'avais  tu  ailleurs,  et  ce  que  j'avais 
appris  d  un  savant  Italien  à  Uilan,  qui  avait 
voyagé  dans  toute  la  Hongrie.  Il  avait  vu, 
dans  le  centre,  des  Hongrois  de  petite  taille 
et  d'une  figure  particulière,  qu  il  regardait 
comme  les  descendants  des  anciens  conqué- 
rants, soit  Huns,  soit  Uadgiars.  A  Venise, 
lorsque  je  visitai  les  bagnes,  on  me  montra 
des  Hongrois  parmi  lesquels  il  y  en  avait  un 
au-dessous  de  la  taille  moyenne  dont  l'aspect 
me  fit  une  vive  impression.  Je  nepus  m  em- 
pêcher de  m'écrier  :  Voilà  un  Hun  1  Vous 
me  pardonnerez  cette  exclamation  précoce  ; 
vous  verrez  qu'elle  n'était  pas  sans  fonde- 
ment. Ces  souvenirs  me  mirent  sur  la  voie. 

«  Après  avoir  fait  au  château  de  Milan  les 
observations  dont  je  vous  ai  rendu  compte, 
comme  je  n'y  avais  guère  vu  que  des  grena- 
diers ou  des  soldats  de  cette  stature,  je  de- 
mandai s'il  n'y  avait  pas  quelques  Hongrois 
de  petite  taille.  On  m  en  fit  venir  un,  le  seul 
qu'il  y  eût  ;  et  ie  reconnus  avec  une  vive 
satisfaction  qu'il  avait  le  même  caractère  de 
tête  qui  m'avait  frappé  à  Venise,  moins  pro- 
noncé à  la  vérité,  mais  tel  qu'il  n'v  avait  pas 
à  sy  méprendre.  Qn  m'indiqua  alors  la  ca- 
serne de  Saint-François  où  je  trouverais  un 
êssez  grand  nombre  de  Hongrois  de  la  taille 
<pe  je  cherchais.  Je  m'y  rendis  aussitôt,  et 
I  on  eut  la  bonté  de  les  réunir.  L'occasion 
était  favorable  pour  juger  de  la  fréquence 
du  type.  Mon  attente  ne  fut  pas  déçue,  et  je 
vis  avec  plaisir  que  le  même  caractère  plus 
ou  moins  pur  ou  altéré,  régnait  parmi  eux. 
J'en  choisis  un,  des  environs  de  Debrezem , 
qui  offrait  les  mêmes  formes  et  proportions 
que  j*avais  observées  à  Venise.  Pendant  que 
le  peintre  était  en  train,  un  sous-officier  vint 
demander  le  soldat   L'ordre  me  parut  ex- 
traordinaire; et  ayant  réussi  à  la  fin  à  m'en 
faire  expliquer  le  motif,  je  trouvai  qu'il  avait 
une  apparence  de  raison.  On  me  reprochait 
d'avoir  choisi,  pour  donner  une  idée  de  la 
fi..^iire  des  Hongrois,  l'individu  le  plus  laid 
et  celui  qu*on  regardait  comme  une  espèce 
de  monstre.  11  est  vt*ai  qu'il  n'était  pas  beau  ; 
mais  il  présentait  un  type  pur  et  je  ne  pou- 
vais le  laisser  échapper.  Heureusement  j'a- 
vais les  moyens  de  me  justifier.  J'envoyai 
aux  officiers  plusieurs  portraits  de  beaux 
Hongrois  que  j*avais  fait  dessiner  au  château 
avec  l'indication  de  leurs  noms  et  du  lieu  de 
leur  naissance;  j'ajoutai  que  j'avais  choisi 


(7il)  c  Celte  comparaison  bizarre  a  évidemment 
rapport  aa  coaloor  qui  n^est  pas  régulièrement  ar  • 
roodi.» 

(742)  f  Les  Huns  étaient  d^un  brun  foncé  on  d*un 
îaone  enfumé,  car  c*tst  ainsi  qu'il  faut  entendre  ce 


celui-ci,  parce  que  je  reconnaissais  en  lui 
un  descendant  d  un  ancien  peuple  qui  s'était 
établi  parmi  eux.  Cette  raison  |plut  et  sem- 
bla bonne;  elle  Tétait  en  effet,  et  j'obtins  la 
permission  d'adiever  le  portrait. 

«  Vous  jugerez.  Monsieur,  par  la  descrip- 
tion du  type,  s'il  a  un  caractère  prononcé  et 
s'il  n'est  pas  de  nature  à  laisser  de  fortes 
traces,  soit  dans  ses  déviations  naturelles, 
soit  dans  les  mélanges  par  croisement  de 
race. 

«  La  tète  est  assez  ronde,  le  front  peu  dé- 
veloppé, bas  et  fuyant  ;  les  yeux  placés  obli- 
quement de  manière  que  Fangle  externe  est 
relevé  ;  le  nez  assez  court  et  épaté,  la  bouche 
saillante  et  les  lèvres  épaisses;  le  cou  très- 
fort,  en  sorte  que  le  derrière  de  la  tète  par^t 
aplati  en  formant  presque  une  ligne  droite 
avec  la  nuque  ;  la  barbe  faible  et  rare,  et  la 
taille  petite.  Vous  concevez  maintenant  que 
Texclamation  qui  m'échappa,  quand  je  vis 
une  (pareille  figure  pour  la  première  fois  à 
Venise,  était  en  partie  justifiée  par  les  sou- 
venirs oue  la  laideur  de  la  personne  et  le 
nom  de  la  patrie  devaient  me  rappeler. 

«  Cette  raison  sans  doute   ne  suffit  pas 

Sour  établir  l'identité  de  ce  type  avec  celui 
es  Huns  ;  mais  j'en  ai  de  si  fortes  qu'elles 
ne  sauraient  laisser  le  moindre  doute.  Le 
portrait  que  je  vous  ai  tracé  est  d'après  na- 
ture ;  je  n'ai  puisé  aucun  trait  dans  les  livres  ; 
je  ne  les  avais  pas  même  consultés  à  cette 
époque.  Comparons  maintenant,  avec  cette 
description,  celles  que  les  anciens  nous  ont 
données  des  Huns,  et  que  M.  Desmoulins  a 
pris  la  peine  de  réunir. 

«  Voici  le  portrait  d'Attila  par  Priscus. 
Sa  taille  était  courte^  sa  poitrine  large,  sa 
tête  démesurément  grande,  ses  yeux  petits 
avec  la  barbe  rare^  le  nez  épaté^X^  teint  noir. 

«  Nous  voyons  dana  Ammien-Marcelin  un 
trait  de  plus  :  les  Huns  vieillissent  imberbes  ; 
tous  ont  les  membres  épais  et  robustes,  le 
cou  gros.  La  description  que  Jornandès  a 
Cftite  de  ce  peuple  est  presque  complète.  Les 
Huns  sont  laiib,  noirs,  fiem«;  leurs  yeux  sont 
petits  et  de  travers  ;  leur  nez  écrasé;  leur 
visage  sans  barbe  ressemble  à  une  tourte 
difforme  (741). 

«  Voilà  des  descriptions  détaillées  et  pré- 
cises, qui  toutes  d'ailleurs  s'accordent  par- 
faitement. Comparez-les  maintenant  avec 
celle  que  j'ai  donnée  d'un  des  types  actuel- 
lement existants  en  Hongrie.  Elles  pourront 
être  substituées  à  la  peinture  des  Huns  par 
les  anciens  historiens  ;  et  la  manière  dont  ils 
les  représentent  servirait  à  nous  retracer,  à 
quelques  nuances  près,  une  race  particulière 
en  Hongrie.  Je  n'ai  pas  parlé  de  leur  teint 
parce  qu'il  ne  m'a  point  paru  caractéristique, 
et  que  les  nuances  de  couleurs,  souvent  fu- 

faces,  se  perpétuent  difficilement  comme  je 
ai  indiqué  plus  haut  (742j. 

qii*on  dit  de  leor  teint.  Qaant  à  la  posse  tête  d'At- 
tila, ce  trait  peut  être  individuel.  Le  Hongrois  que 
j'ai  vu  à  Venise  avait  la  télé  on  peu  forte  pour  sa 
laille,  mais  j'ignore  si  ce  caractère  est  assez  général 
pour  faire  partie  du  type.i 


1211 


PlIY 


ÔICTIONNAFRE 


PHY 


m 


•  t(  Il  est  donc  certain  que  les  anciens  Huns 
avaient  essentiellement  le  même  type  que 
les  Hongrois  que  j*ai  décrits  ;  et  a  moins 
qu'un  autre  peuple,  a^ant  les  mêmes  carac- 
tères physiques,  ne  soit  venu  s'établir  depuis 
dans  le  pa^'s,  il  suit  des  faits  précédents 

au*une  partie  de  la  population  actuelle  de  la 
[ongrie  est  dérivée  des  Huns. 
tf  A  rétablissement  des  Huns,  qui  eut  lieu 
au  v  siècle,  succéda  celui  des  Madgiars 
dans  le  ix*  ;  et  pour  juger  si  ces  deux  peu- 
ples avaient  les  mêmes  caractères  physiques, 
il  faut  avoir  recours  aux  principes  que  nous 
avons  établis  dans  la  discussion  générale  au 
commencement  de  cette  lettre. 

«  Il  faut  donc  savoir  jusqu'à  auel  point  le 
type  Hun,  que  nous  venons  de  décrire,  règne 
(ians  la  population  actuelle  de  la  Hongrie  qui 
parle  la  langue  madgiare.  Mes  observations 
j>ersonnelles  prouvent  qu*il  y  existe  et  m'ont 
fait  présumer  qu'il  y  est  très-répandu,  je  ne 
(lis  pas  dans  sa  pureté,  mais  plus  ou  moins 
altéré  ;  de  manière  cependant  que  les  traces 
en  soient  très-visibles  dans  les  mélanges.  Le 
témoignage  de  deux  naturalistes  distingués 
m*cn  donne  l'assurance.  En  passant  par 
Cienève,  je  montrai  ma  collection  de  por- 
traits à  M.  Decandolle,  qui  s'intéresse  beau- 
coup à  cette  branche  d'histoire  naturelle,  et 
qui  s'en  est  toujours  occupé  dans  ses  voya- 
ges ;  après  avoir  parcouru  les  dessins  c|ui 
représentaient  les  peuples  slaves,  aussitôt 
qu'il  eut  jeté  les  yeux  sur  la  figure  du  petit 
Hongrois  qui  m'avait  servi  de  type,  il  la  re- 
connut et  m'apprit  qu'elle  était  commune 
dans  le  pays.  M.  Beudant,  comme  vous  savez,, 
a  fait  un  voyage  minéralogique  dans  la  Hon- 
grie, et  a  porté  son  attention  sur  une  foule 
d'autres  objets,  parmi  lesquels  il  n*a  pas 
négligé  la  considération  des  races  ;  il  a  aussi 
reconnu  le  type  que  je  lui  ai  montré  comme 
caractéristique  des  Hongrois  propres  ou  Mad- 
giars. Il  ne  me  fit  qu'une  observation  rela- 
tivement à  la  courbure  supérieure  de  la  tête 
?[u'il  trouvait  trop  surbaissée  mais  qui  n'af- 
ècte  nullement  les  caractères  essentiels. 

«  Ce  type,  soit  pur,  soit  altéré,  est  donc 
trop  répandu  pour  qu'on  l'attribue  unique- 
ment aux  Huns,  d'après  les  principes  que 
nous  avons  posés  précédemment.  Car,  quel- 
que nombreux  qu'ils  aient  été  d'abord, 
comme  ensuite  ils  ont  inondé  l'Europe,  s'ils 
en  ont  été  le  fléau,  ils  ont  eux-mêmes  beau- 
coup souffert  ;  et  la  chute  de  leur  empire  en 
Hongrie,  peu  après  la  mort  d'Attila,  n'a  pas 
manqué  de  réduire  encore  beaucoup  leur 
nombre.  On  les  a  même  dits  exterminés  à 
cette  époque  ;  mais  nous  savons  eu  général 
à  auoi  nous  en  tenir  sur  ces  exterminations. 
Il  faut  donc  que  leur  type  ait  été  perpétué  et 
étendu  par  les  Madgiars  au  ix*  siècle. 

«  Continuons  à  puiser  à  la  même  source 
pour  y  chercher  de  nouveaux  rapports  qui 
nous  dévoilent  leur  origine. 

«  La  vive  impression  que  fit  sur  les  na- 

(745)  c  Pour  avoir  «les  caractères  communs,  tous 
tes  peuples,  qui  forment  ainsi  une  grande  famille, 
D'en  seraient  pas  moins  susceptibles  d*étre  sous- 


tions  euvaiiies  la  figure  des  Huns  ne  proTc- 
naii  pas  uniquement  de  son  étrange  laideur, 
mais'  aussi  de  ce  qu'elle  était  tout  à  fait 
étrangère  à  FEurope,  et  même  aux  peuples 
alors  connus  de  l'Asie.  II  n'est  donc  pis 
étonnant  que  des  traits  aussi  fortement  pro- 
noncés et  distinctifs  aient  été  dépeints  par 
les  historiens  du  temps  avec  la  même  préci- 
sion que  l'auraient  fait  des  naturalistes  mo- 
denies.  Vous  avez  été  frappé  de  l'exacte  res* 
bemblanoe  du  portrait  qu  ils  ont  tracé  de  ces 
peuples  anciens  avec  la  description  aue  je 
vous  ai  donnée  d'une  partie  de  la  popuiation 
actuelle  de  la  Hongrie  :  mais  la  ressemblance 
ne  se  borne  nas  là  ;  elle  s'étend  à  d'autres 
nations  très-éloignées  et  n'est  pas  moins 
parfaite. 

«  Vous  l'aurez  déjà  reconnue,  quoique 
vous  ne  vous  occupiez  pas  spécialement  de 
ces  questions.  Car  qui  peut  ignorer  ce  ca- 
ractère de  tête  qui  appartient  a  une  grande 
partie  du  genre  humain  et  au'on  a  désigné 
par  le  nom  de  type  mongol?  L'identité  est 
évidente,  et,  pour  être  sentie,  n'exige  point 
le  tact  d'un  naturaliste.  Je  n'ai  donc  pas 
besoin  d'invoquer  le  grand  nom  de  Pallas, 
qui  a  reconnu,  dans  la  description  des  Huns 
par  les  anciens,  les  caractères  de  la  race 
mongole;  ni  de  vous  citer  M.  Desmoulins 

3ui,  en  faisant  la  même  comparaison,  a  jugé 
e  même. 

«  La  similitude  établie,  il  faut  en  tirer 
parti  ;  et  voici  d'après  quels  nouveaux  bits 
et  quelles  considérations  nouvelles. 

«  Vous  savez  que  le  type  mongol  n'appar- 
tient pas  seulement  à  la  nation  de  ce  nom, 
mais  a  une  foule  d'autres  de  l'orient  de  l'Asie. 
Il  y  est  tellement  répanda,  que,  d'après  toas 
les  renseignements  que  j'ai  pu  me  procurer» 
il  règne  dans  presque  toute  la  moitié  orien- 
tale de  cette  partie  du  monde.  Si  vous  coa- 
pez  l'Asie  par  une  ligne  verticale  qui  passe 
entre  les  deux  péninsules  indiennes  à  ren- 
bouchure  du  Gange,  vous  la  partaj^rez  eo 
deux  parties  presque  égales  ;  et  ces  deai 
moitiés  ne  contrastent  pas  plus  par  leur  po- 
sition que  par  la  configuration  des  peuples 
qui  les  nabitent.La  moitié  orientale  présente 
presque  partout  une  empreinte  commune 
dans  la  rondeur  plus  ou  moins  marquée 
de  la  tête,  dans  le  front  peu  développé  et 
fuyant,  le  nez  épaté,  les  pommettes  saillautest 
la  bouche  un  peu  avancée,  les  lèvres  assez 
épaisses  >  le  menton  peu  fourni  de  poili 
et  la  taille  moyenne  ou  petite  (743). 

«  L'autre  moitié,  dans  sa  grande  génén- 
lité,  offre  un  ensemble  de  traits  qui  lei>' 
donne  un  air  de  famille  avec  les  habitantsdi 
l'Europe  ;  ce  qui  me  dispense  de  les  ît- 
peindre. 
ff  Dans  cette  division  des  contrées  et  oe^ 

{peuples  de  l'Asie,  je  ne  prétends  pas  qucu 
i^ne  imaginaire  que  nous  avons  tracée 
separe.complétemenî  ces  deux  grandes  fi; 
milles  du  genre  hi.tr  ain.  En  la  dépassant  t 

divisés  en  groupes  d'stincU.  Je  n'ai  V»^ 
d'ajouter  que  ce  type  «^éral  n'est  pas  le  Kvl  q>^ 
.  observe  dans  l'Asie  or^seule.  a 


IÎ13 


PUT 


D*ANTUR0P0L0G1£. 


PUT 


HU 


rOocîdeot,  Qous  trouTOOs  de  proche  en  pro- 
che quelques  peuj^es  absolument  sembla- 
bles à  œuï  qui  habitent  la  moitié  orientale  ; 
et  nous  en  trouTons  de  pareils  à  mesure  que 
nous  avançons  jusqu'aux  limites  de  TAsieet 
au  delà.  Mais  leur  nombre  est  si  petit  rela- 
tîTement  à  la  masse  de  la  population  si  difK- 
rente  qui  les  entoure ,  ils  ressemblent  si 
parfaitement  aux  habitants  de  Test,  ils  for* 
ment  une  chaîne  si  peu  interrompue  aTCC 
cette  Taste  région,  que  dans  notre  esprit 
nous  les  j  rapportons  comme  à  leur  berceau. 
Cette  induction,  tirée  de  Thistoire  naturelle, 
est  complètement  confirmée  par  les  récits  his- 
toriques et  la  comparaison  des  langues,  qui 
font  remonter  à  la  même  source  tous  les 
peuples  à  la  figure  mongole  répandus  dans 
TAsie  occidentale,  et  au  delà  dans  les  par- 
ties limitrophes  de  TEurope.  11  j  a  donc 
certitude  gue  toutes  ces  irradiations  dans 
TAsie  occidentale  et  la  Russie  partent  du 
même  foyer.  Maintenant  que  dirons-nous  en 
faisant  un  pas  de  plus,  et  en  voyant  les 
mêmes  traits  généraux  chez  une  partie  des 
habitants  de  Ta  Hongrie?  Cette  similitude, 
diaprés  Tanalogie  des  faits  précédents ,  ne 
suffit-elle  pas  pour  leur  attribuer  la  même 
origine,  sans  consulter  ni  leur  langue,  ni 
leurs  traditions,  ni  Thistoire?  Ce  genre  d*in-* 
duction  ne  peut  aller  au  delà  ;  il  ne  saurait 
nous  faire  découvrir  ni  la  date  de  Témi^ra- 
lion  de  leurs  ancêtres,  ni  les  régions  qu'ils 
ont  habitées  ou  parcourues,  ni  les  vicissi- 
tudes de  leur  sort  avant  leur  établissement 
dans  la  Hongrie.  D*autres  sciences  pourront 
seules  nous  rapprendre. 

«  Le  fond  de  leur  langue,  d*après  les  sa- 
vants versés  dans  la  linguistique,  est  finnois; 
mais  le  caractère  physique  des  véritables 
Finnois  n'est  pas  le  même  :'et  quand  il  le 
serait,  n*aurioiis-nous  pas  toujours  les  mêmes 
raisons  pour  les  rapporter  à  la  même  ori- 
gine éloignée  ? 

€  Les  comparaisons  respectives  des  traits 
et  des  idiomes  donnent  à  la  vérité  des  indi- 
cations différentes,  mais  non  pas  contradic- 
toires. Si  la  première  nous  apprend  que  les 
ancêtres  d*une  partie  de  la  population  ac- 
tuelle de  la  Hon^e  sont  primitivement 
▼enusde  TAsie  orientale,  la  seconde  nous 
démontre  qu*ils  ont  eu  des  rapports  intimes 
avec  les  peuples  finnois,  dont  ils  ont  adopté 
la  langue  avant  de  se  fixer  en  Hongrie. 

«  L'histoire  répand-elle  quelque  lueur  sur 
cette  origine  et  sur  ces  rapports  subséquents  ? 
Il  n*en  serait  rien  qu'il  laudrait  encore  les 
adopter;  mais,  vous  le  sa^ez,  elle  s'est  oc- 
cupée de  cette  grande  question  ;  et  par  ses 
propres  lumières  elle  découvre  la  même 
origine  et  les  mêmes  communications.  L'en- 
treprise était  difficile  et  hasardeuse.  De  Gui- 
gnes traitant  des  peuples  de  l'Asie  orientale, 
nous  montre  le5  Ëioung-nou  dans  leur  siège 
primitif,  durant  leurs  progrès  et  leur  déca- 
dence, les  suit  dans  leurs  émigrations  et 
leurs  rapports  avec  les  peuples  finnois  et  les 


reconnaît  dans  les  Huns  qui  viennent  fondre 
sur  la  Hongrie. 

«  Voilà  donc  lliistoire  qui  de  son  côté 
nous  indique  les  régions  orientales  de  TAsie 
comme  le  berceau  a  un  peuple  qui  s'est  éta- 
bli dans  la  Hongrie,  et  les  Fùanois  comme 
ayant  eu  des  relations  intimes  avec  ses  an- 
cêtres. Ainsi  elle  s'accorde  d'une  part  avec 
les  données  de  la  physiologie  quant  à  leur 
origine,  et  avec  le  résultat  de  la  comparai- 
son des  langues  quant  à  leurs  relations  avec 
les  Finnois. 

«  Si  rhistoire,  en  s'appuyant  sur  les  do- 
cuments qui  lui  sont  propres,  procédait  teu- 
iours  avec  certitude  dans  la  recherche  de 
l'origine  et  de  la  filiation  des  peuples,  il 
serait  inutile  d'avoir  recours  à  a'autres 
sciences  pour  Téclairer.  Mais  elle  ne  saurait 
toujours  remonter  si  haut  sans  risquer  sou- 
vent de  s'égarer  ;  et  si  des  preuves  nouvelles, 
puisées  à  des  sources  étrangères,  ne  venaient 
pas  fortifier  ses  conclusions,  elles  demeure- 
raient souvent  douteuses.  Les  recherches 
de  De  Guignes  relatives  aux  Huns  sont  de 
cette  nature.  D'abord,  elles  avaient  été  adop- 
tées avec  confiance  ;  puis,  à  mesure  que  la 
critique  historique  s'est  perfectionnée,  elles 
ont  paru  incertaines.  M.  Abel  Rémusat,  dont 
l'autorité  est  du  plus  ^and  poids,  s'exprime 
ainsi  à  l'égard  de  l'opinion  de  De  Guignes  : 
m  On  peut  assurément  la  soutenir;  mais  elle 
est  sujette  à  d'assez  grandes  difficultés,  et 
la  matière  demande  de  nouveaux  éclaircisse- 
ments (744). 

«  C'est  précisément  ce  qui  donne  de  l'in- 
térêt à  nos  recherches.  Si  de  Guides,  par- 
tant de  la  Tartarie  orientale,  croit  toujours 
reconnaître  un  même  peuple  dans  ses  cour^ 
ses  lointaines  et  ses  communications  avec 
les  Finnois,  et  le  suit  jusque  dans  la  Hon- 
grie ;  d'autre  part  en  observant  une  partie 
de  la  population  actuelle  de  la  Hongrie,  qui 

Sdrie  une  langue  finnoise,  je  reconnais, 
'après  les  caractères  distinctifs  et  pronon- 
cés de  la  race ,  que  lears  ancêtres  étaient 
originaires  de  l'Asie  orientale. 

«  Mais  je  vais  plus  loin  :  je  trouve  que 
ce  type  est  trop  répandu  pour  l'attribuer 
uniquement  aux  descendants  des  Huns,  et 
qu'il  devait  leur  être  commun  avec  les  an- 
ciens Madgiars,  peuple  qui  parle  une  lan^e 
finnoise  et  s'est  fixé  en  Hongrie  quatre  siè- 
cles plus  tard.  J'établis  ainsi  une  filiation 
entre  les  Huns  et  les  Madgiars. 

«  Or,  suivant  les  traditions  des  Madgiars, 
leur  chef  Arpad,  qui  les  conduisit  en  Hon- 
grie, descendait  d'Attila.  Ainsi  la  tradition 
se  trouve  confirmée  par  des  considérations 
tirées  des  caractères  physiques.  Ajoutons 
que  les  époipies  où  ces  deux  princes  ont 
vécu  sont  si  rapprochées  que  la  tradition 
considérée  en  elle-même  ne  peut  guère  man- 
quer d'être  vraie. 

«  Quant  au  type  finnois  proprement  dit , 
il  est  probable  qu'il  existe  aussi  dans  la 
même  population;  mais  ce  type  n  a  pas  en- 


4714)  Retherc'ies  iur  Ut  Ungun  tûrtaret^  t.  1*',  p.  938,  nol«  3. 


1215 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PIIY 


m 


core  été  bien  dépeint  et  je  n*ai  pas  eu  l'oc- 
casion de  le  reconuattre. 

«  La  comparaison  des  langues,  pour  par- 
Yenir  à  leur  classification ,  a  donné  nais- 
sance dans  ces  derniers  temps,  à  une  science 
que  les  Allemands  ont  fondée  et  qu'ils  ont 
nommée  linguistique.  Vous  en  connaissez 
l'importance  pour  la  solution  d'une  foule 
de  questions  nistoriques,  et  vous  vous  en 
êtes  servi  avec  avantage.  Le  physiologiste 
doit  s'y  intéresser  aussi,  parce  qu'elle  lui 
présente  de  grands  problèmes  à  méditer  et 
.qu'elle  lui  sert  de  guide  dans  la  recher- 
cne  delà  filiation  des  peuples;  et,  quoi- 
que la  filiation  des  langues  ne  coïncide  pas 
toujours  avec  la  similitude  des  races,  elles 
s'accordent  souvent  et  dans  une  grande 
étendue. 

.  ff  Dans  la  comparaison  des  langues  on 
considère  presqu'exclusivement  le  matériel 
des  mots ,  dontna  réunion  forme  le  vocabu- 
laire ;  la  manière  de  les  employer,  objet  de 
la  grammaire;  et  le  génie  des  langues,  ex- 
pression qui  indique  des  rapports  trop  va- 
gues et  trop  peu  approfondis  pour  que  j'en- 
treprenne de  les  définir. 

«  La  prononciation  n'a  pas  été  entière- 
ment négligée,  mais  ou  ne  5*en  est  pas  assez 
occupé.  Comme  elle  est  à  guelaues  égards 
du  domaine  de  la  physioIo{|[ie ,  elle  pouvait 
me  fournir  des  considérations  liées  à  mon 
sujet.  Aussi  ne  l'ai-ie  pas  perdue  de  vue 
dans  l'étude  des  peuples  ;  et  j'ai  été  conduit 

!)àr  là  à  des  remarques  qui  ne  sont  peut- 
ïtre  pas  sans  intérêt. 

<c  Partons  de  ce  qui  est  bien  connu.  Un 
homme  fait  peut  parvenir  à  parler  correcte- 
ment une  langue  étrangère;  mais  il  ne  réus- 
sira pas  de  même  à  la  prononcer.  Il  n'em- 
ploiera que  les  mots  du  pays  ;  il  se  confor- 
mera à  fa  grammaire,  et  qui  plus  est  à  l'u- 
sage ;  enfin  son  style  sera  pur;  mais  il  ne 
reproduira  pas  la  pureté  des  sons.  Indigène 
par  la  phrase,  il  paraîtra  étranger  par  T'ac- 
cent.  Tout  en  se  servant  des  mots  et  de  la 
tournure  d'une  autre  langue,  il  conservera 
quelque  chose  de  l'intonation  de  la  sienne , 
soit  en  élevant  la  voix  sur  une  syllabe 
plutôt  que  sur  une  autre ,  soit  en  substi- 
tuant à  des  sons  dont  il  n'a  pas  l'habitude 
ou  difficiles  à  imiter,  ceux  qui  lui  sont 
familiers.  Ainsi,  voulût-il  renoncer  à  sa 
langue  maternelle ,  ne  la  parler  jamais  et 
même  l'oublier,  il  en  conserverait  presque 
toujours  des  traces  ineffaçables  dans  les  in- 
flexions de  sa  voix  ;  et  ce  caractère  indélé- 
bile servirait  à  trahir  son  origine  s'il  voulait 
la  cacher,  en  sorte  que  de  tous  les  moyens 
de  reconnaître  un  étranger,  c'est  le  plus 
universel  et  le  plus  sûr.  A  ne  considérer 
qu'un  homme  en  particulier,  nous  voyons 
que  quelque  chose  de  l'accent  et  de  la  pro- 
nonciation survit  aux  mots  et  aux  locutions 
de  sa  langue.  En  sera-t-il  de  même  d'une 
•  nation?  è  plus  forte  raison.  L'individu  peut 
multiplier  à  l'infini  ses  rapports  avec  ceux 
dont  ri  veut  apprendre  l'idiome  et  se  former 
à  l'imitationMes  sons;  mais  non  pas  tout  un 
pf'uplc. 


ft  Des  étrangers,  ordinairement  en  petit 
nombre,  lui  imposent  une  langue  nourelle, 
et  les  communications  directes  sont  trop  ra- 
res pour  qu'il  l'apprenne  et  la  transmette 
entière  et  parfaite.  Elle  est  mutilée  dans  les 
mots,  dans  les  liaisons,  dans  la  pronon- 
ciation. Sous  ce  dernier  rapport,  le  peu- 
ple fait,  en  adoptant  une  langue  étrangère 
et  vivante ,  à  peu  près  ce  que  nous  faisons 
en  parlant  ou  en  lisant  une  langue  morte; 
chacun  la  prononce  à  sa  manière,  et  nous 
sommes  alors  par  la  voix  aussi  complète- 
ment Anglais,  Français,  Allemands,  Italiens 
ou  Espagnols ,  que  si  nous  parlions  notre 
langue  maternelle. 

a  Le  peuple  qui  aura  changé  de  langue 
transmettra  donc  en  partie  à  ses  descen- 
dants son  accent  et  sa  prononciation  primi- 
tive; et,  quoique  tout  s'altère  à  la  longue  » 
nous  ne  voyons  pas  de  raison  pour  ou'il 
n'en  subsiste  pas  de  traces  évidentes  aans 
le  nouvel  idiome,  pendant  des  siècles.  Ces 
traces  ne  sont  pas  les  mêmes  partout  chei 
le  même  peuple  ;  mais ,  partout  où  il  en 
subsiste,  elles  servent  à  nous  indiquer  la 
même  origine. 

«  Je  dois  au  célèbre  Mezzofante,  queju 
eu  l'occasion  de  voir  à  Bologne,  un  exem- 
ple de  ce  que  j'avance  ;  et  je  me  plais  à  le 
rappeler  ici  à  plus  d'un  titre.  Vous  y  terrex 
d'ailleurs  une  singulière  confirmation  de 
ce  que  j'ai  déduit  de  sources  bien  différentes 
touchant  les  Bretons  d'Angleterre. 

a  S'il  est  quelque  caractère  qui  distingue 
l'anglais  des  autres  langues  modernes  de 
l'Europe,  c'est  l'extrême  irrégularité  de  sa 
prononciation.  Ailleurs,  quand  on  peut  pro- 
noncer les  sons  fondamentaux,  on  parvient 
à  laide  de  quelques  règles  à  tout  prononcer 
assez  correctement,  même  sans  y  rien  com- 
prendre. En  anglais  on  ne  sait  prononcer 
que  quand  on  sait  là  langue. 

«  Mezzofante,  en  me  parlant  du  gallois, 
y  rapporta  l'origine  de  ce  caractère  parti- 
culier de  la  langue  anglaise.  Je  n'avais  pas 
besoin  de  lui  demander  par  quelle  filière  : 
je  savais  comme  lui  que  les  Anglais  ne  IV 
vaient  pu  emprunter  aux  Gallois,  et  que 
les  Bretons,  avant  l'invasion  des  Saxons, 
parlaient  la  même  langue.  Ainsi  il  m'a 
donné  de  lui-même,  et  sans  que  ie  la  cher- 
chasse, une  nouvelle  preuve  tout  a  fait  indé- 
pendante des  raisons  qui  m'avaient  déjà 
persuadé,  que  les  Bretons  n'avaient  pas 
cessé  d'exister  en  Angleterre  malgré  la  con- 
quête des  Saxons. 

a  On  les  avait  crus  éteints  depuis  tant  de 
siècles,  et  il  reconnaît  leurs  aesceodants, 
pour  ainsi  dire, au  son  de  la  voix;  je  lésai 
reconnus  à  leurs  traits;  oue  manquerait-il 
à  leur  idendité? 

<  Il  est  à  regretter  que  cet  homme,  (pu 
surpasse  tous  les  autres  par  sa  prodigieuse 
connaissance  des  langues,  se  borne  à  mon- 
trer son  savoir,  et  cache  sa  science.  Ce  n'eiî 
pas  à  son  étonnante  mémoire  et  à  une  afti* 
tude,  pour  ainsi  dire,  innée,  pour  releDjr 
les  mots  et  leur  combinaison,  (ïu^îJ  ^^^^  " 
facilité  avec  laquelle  il  se  rend  niaîlrf  ^ 


fii7 


PHY 


D'ANTHROPOLOGIE. 


PIIY 


lilS 


tous  ces  idiomes;  mais  à  on  esprit  émi- 
nemmeot  analytique,  qui  pénètre  prompte- 
ment  leur  eénie,  et  se  les  approprie.  Je  tiens 
de  lui  qu^ii  les  apprend  en  étudiant  Tesprit 
plus  crue  la  lettre.  Que  sayons-nous  du  gé- 
nie oes  lances?  ^sque  rien.  Hais  s'il 
communiquait  au  monde  le  fhiit  de  ses 
obsenrations ,  on  Terrait  naître  une  science 
nourelle. 

«  Nous  Toyons  d*après  cette  autorité 
respectable  quelle  influence  peut  eiereer 
sur  la  prononciation  actuelle  une  langue 
aneiennement  éteinte;  et  ^ue  ces  modula- 
tionsy  qui  semliFent  si  périssables  et  si  fu- 
gaces, ont  une  durée  et  une  fixité  que  n*ont 
pas  toujours  les  monuments  les  plus  solides. 
«  Les  observations  qae  j*ai  eu  occasion 
de  faire  sur  les  dialectes  de  Tltalie,  tous 
fourniront  un  autre  axemple. 

«  Le  génois  (7^5),  le  piemontais,  le  mila- 
nais, le  brescian  sont  des  dialectes  parlés 
dans  le  nord  de  ritalie  sur  les  lieux  même 
occupés  jadis  par  les  Gaulois;  mais  ces 
idiomes,  quelques  différences  qu'il  y  ait 
entre  eux,  ont  des  caractères  communs  qui 
les  font  contraster  surtout  aTCcles  dialectes 
du  midi.  N'attribuerons-nous  pas  d'abord 
ce  qu'ils  ont  ainsi  de  commun  et  de  carac- 
téristique à  ce  qui  leur  est  resté  de  leur 
langue  primitÎTe?  Sans  remonter  à  cette 
source,  nous  pouvons  nous  eu  assurer  par 
une  Toie  plus  facile. 

4  Les  Gaulois  établis  des  deux  cAtés  des 
Alpes,  en  renonçant  à  leur  langue  pour 
adopter  le  latin ,  ont  dû  le  modifier  plus  ou 
nioms  de  la  même  manière,  d'après  les 
mêmes  dispositions  naturelles  ou  acquises, 
ronformément  au  principe  que  nous  avons 
établi. 

c  Nous  allons  les  comparer  de  part  et 
d'autre,  d'abord  sous  le  rapport  de  Taccent, 
caractère  tellement  important  pour  celui 
qui  sait  l'apprécier  qu  on  dénature  singu- 
lièrement une  langue  quand  on  en  change 
Taccen  tuât  ion. 

c  Les  Français,  du  moins  les  Parisiens, 

£  rétendent  qu'ils  n'ont  pas  d'accent,  c*est- 
-dire  qu'ils  n'élèvent  pas  le  ton  de  la  voii 
plutAt  sur  une  syllabe  que  sur  une  autre  ; 
«ar  nous  n'employons  pas  ici  ce  terme  dans 
le  sens  vague,  qu  on  lui  donne  trop  souvent, 
de  prononciation  ;  mais  ils  ont  un  véritable 
accent,  seulement  il  est  de  bon  ton  de  ne  le 
pas  faire  trop  sentir.  11  est  en  général  placé 
sur  la  dernière  syllabe,  les  gens  du  peuple 
élèvent  alors  le  ton  d'une  manière  tres- 
oiarquée,  et  surtout  les  habitants  de  la 
campagne  dans  presque  toute  la  France. 
Jjos  vrais  Italiens,  au  contraire,  rejettent 
l^accent  sur  la  pénultième;  et  la  voyelle 
rei>résente  ainsi  les  désinences  variables  du 
latin.  Les  Français,  terminant  leurs  mots 
là  où  ils  placent  l'accent,  les  ont  plus 
raccourcis;  et  telle  est  la  tendance  de  la 
langue,  même  dans  les  paroles  où  une  syl- 
labe finale  suit  l'accent;  car  elle  est  plutôt 


figurée  que  prononcée,  et  c'est  à  juste  titre 
qu'on  l'a  appelée  muette. 

«  Si  les  Gaulois  transalpins  ont  donné  ce 
caractère  à  leur  dialecte  latin],  il  en  est  de 
même  de  leurs  compatriotes  cisalpins  qui 
l'ont  porté  peut-être  plus  loin.  La  manière 
dont  ils  abréeent  les  mots  latins,  en  mettant 
l'accent  sur  la  dernière  syllal>e,  faisait  mon 
désespoir  en  entrant  en  Italie  par  le  Pié- 
mont. Les  mots  qui  d'ailleurs  m'étaient 
très -familiers  y  sont  tellement  tronqués 
qu'ils  disi^araissent  sans  me  laisser  le  tciii|is 
de  les  reconnaître. 

«  Comme  l'accent  est  de  toutes  les  modi- 
fications d'une  langue  celle  qu'en  général  on 
remarque  le  moins  malgré  son  importance, 
nous  passerons  à  d'autres  qui  présentent 
des  rapi^rts  plus  manifestes  pour  tout  le 
monde,  il  y  a  plusieurs  sons  dans  le  fran- 
çais oui  le  distinguent  spécialement  du  vé- 
ritable italien.  De  ce  nombre  est  Yu  français. 
Vous  savez  la  difficulté  que  les  Italiens  du 
midi  ont  à  le  prononcer;  c'est  gu'il  n'existe 

1>as  dans  leur  langue.  Il  pourrait  servir  à  les 
aire  reconnaître  comme  jadis  le  shiboleth 
ûes  Juifs  pour  distinguer  les  étrangers.  £h 
bien  1  cette  prononciation  de  la  Gaule  trar^ 
salpine  se  reproduit  dans  la  Gaule  cisalpine, 
depuis  les  Alpes  occidentales  jusqu'au  Min  - 
cio,  dans  les  dialectes  génois,  piémontais, 
milanais,  brescian,  etc.  11  y  a  plus;  ils  ont 
aussi  le  son  français  eu  représenté  par  les 
mêmes  lettres,  son  plus  diflicile  encore  pour 
un  Italien  que  Yu.  Il  est  très-commun  dans 
ces  idiomes;  et  il  arrive  souvent  que  les  mots 
où  il  se  trouve  sont  d'ailleurs  modifiés  de 
la  même  manière,  comme  feu,  peu,  nerj,  etc. 
Certes,  si  l'on  ne  pensait  pas  à  l'origine  de 
ces  peuples,  on  pourrait  aire  qu'ils  ont  em- 

t>runté  tes  mots  et  les  sons.  Mais  pourquoi 
es  emprunter  s'ils  étaient  aussi  gaulois? 
En  adoptant  le  latin,  les  Gaulois  en  deçà 
et  au  delà  des  Alpes  l'ont  modifié  d'après 
iHe^  dispositions  communes,  ou,  si  l'on  veut, 
d'après  les  mêmes  principes. 

«  Une  autre  particularité  de  la  prononcia- 
tion française,  au  moins  à  l'ésard  de  l'ita- 
lien ,  se  trouve  dans  la  rariété  et  la  fré- 
quence des  sons  cpi'on  a  appelés  royff/fâ  na- 
âo/ff.  Les  Italiens  qui  halutent  au-dessous 
des  Apennins  n'en  ont  pas.  Elles  abondent 
en  français  ;  et  par  analogie  nous  pouvons 
nous  attendre  à  les  retrouver  dans  les  dia- 
lectes de  la  Gaule  cisalpine;  elles  y  sont  en 
effet  très-communes. 

«  Les  faits  que  je  viens  de  rapporter  ne 
sont  pas  les  seuls  (]uc  j'aie  recueillis  ;  mais, 
comme  ils  suffisent  pour  établir  la  rérité 
générale,  je  n'ai  pas  besoin  de  citer  les 
autres. 

«  Je  ne  puis  quitter  l'Italie  sans  vous  par- 
ler d'une  peuplade  dont  on  prétend  que  les 
ancêtres  ont  joué  un  grand  rAle  dans  l'his- 
toire, et  qui  vous  intéressent  particulière- 
ment. Dans  les  montagnes  du  Vusentin  et  du 
Véronais  se  trouve  une  population  étran- 


'  (745)  c  Comae,  s«ivaM  voos,  les  Gaulois  étaient  mêlés   au   ligues,  je  range  ici  ieors  dêscaidanta- 
les  Cesois.  » 


IS!9 


?m 


DICTIONNAIRE 


PUT 


m 


gère.  On  la  regarde  comme  un  reste  des 
éimbres  vaincus  par  Marius  ;  on  rappelle 
même  de  ce  nom,  ou  de  celui  d*habitants 
des  sept  ou  des  treize  communes,  suivant  la 
province  où  elles  sont  situées.  Sous  tous  les 
rapports,  je  devais  être  curieux  de  les  con- 
naître; je  me  proposai  de  les  visiter,  si  je  le 
trouvais,  ou  du  moins  de  me  procurer  à 
eur  égard  tous  les  renseignements  les  plus 
«xacts.  On  dit  qu'un  nrince  de  Danemark 
les  a  été  voir  et  qu'il  les  a  reconnus  pour 
ses  compatriotes.  Si  réellement  ils  parlent 
un  dialecte  danois  et  qu'ils  soient  les  des- 
cendants des  Cimbres  de  Marius,  leur  affi- 
nité avec  les  Gaulois  que  vous  appelez  Kim- 
ris  ne  pourrait  guère  subsister,  a  moins  de 
supposer  que  déjà  du  temps  de  Marius  ils 
avaient  changé  de  langue  ;  et  cette  supposi- 
tion, je  pense,  ne  vous  conviendrait  pas. 
Avant  d'approcher  des  cantons  qu'ils  habi- 
tent, Je  m'étais  déjà  convaincu  ou'ils  ne 
pouvaient,  même  dans  cette  hypothèse,  pro- 
venir de  la  Chersonèse  cimbrigue.  A  Bo- 
lozne,  Mezzofante  m'avait  fait  voir  un  échan-» 
tillon  de  leur  langue,  l'Oraison  dominicale  : 
cet  idiome,  loin  d'être  danois,  est  de  l'alle- 
mand tellement  facile  et  intelligible,  qu'il 
n  y  avait  pas  un  mot  que  je  ne  comprisse 
de  suite.  Lorsque  j'arrivai  a  Vicence  et  en- 
suite è  Vérone,  la  saison  n'était  nullement 
favorable  à  un  voyage  dans  les  montagnes. 
Les  glaces,  les  neiges  et  les  mauvais  che- 
mins me  l'interdisaient.  Le  jeune  comte 
Orti,  de  Vérone,  eut  la  bonté  d'y  suppléer  en 
partie,  en  me  faisant  chercher  dans  la  ville 
quelques-uns  de  ces  montagnards  qui  y 
viennent  fréquemment.  J'eus  donc  la  satis- 
faction de  les  voir  et  de  les  entendre  parler, 
mais,  si  je  ne  pouvais  me  permettre  de  tirer 
aucune  conclusion  des  traits  de  leur  flgure 
à  cause  du  i>etit  nombre  d'individus,  je  pou- 
vais au  moins  juger  de  la  nature  de  leur 
langue.1 

«  Je  parlais  à  Tun  d'eux  en  allemand  ;  il 
me  répondait  dans  sa  langue,  et  nous  nous 
comprenions  parfaitement.  Je  m'assurai 
ainsi  ique  leur  idiome  est  de  l'allemand,  et 
qu'il  n'appartient  nullement  aux  dialectes 
Scandinaves. 

«  Il  suffisait  donc  des  considérations  ti- 
rées de  la  comparaison  des  langues  pour  me 
convaincre  que  ces  montagnards  n'étaient 
pas  un  reste  des  Cimbres  de  Marius.  J'igno- 
rais alors  les  richesses  historiques  que  le 
comte  Giovanelli  venait  de  publier  sur  ces 
prétendus  Cimbres.  Le  comte  Orti  eut  la 
bonté  de  me  les  communiquer,  et  le  docteur 
Labus  dans  la  suite  m'en  procura  un  exem- 
plaire. Le  comte  Giovanelli,  conduit  par  des 
raisons  semblables  à cellesque je  viensaexpo- 
ser,  et  par  d'autres  que  je  supprime,  chercha 
dans  les  auteurs  qui  ont  écrit  à  l'époque  de 
la  décadence  ou  de  la  chute  de  l'empire  Ro- 
main, les  traces  d*un  peuple  allemand  qui 

(7i6)  duidquod  a  le  ÂlUmanma  generaliioi  intra 
ItaUmUrmbioê  êine  deirimento  Honumm  poêutnonU 
inetuM  «If,  eut  êtemt  kùbere  regem^  poêUfWim  tmnuc 
pêfdidi$ê$é  Facta  cil  Latùdi$  cmloi  imperii^  Mêmper 


se  serait  établi  dans  ces  régions  avam  liu- 
vasion  des^Lombards. 

ff  II  y  trouva  des  documents  authentiques 
et  précis  qui  font  connaître  l'événement,  et 
en  constatent  l'époque,  les  circonstances  et 
la  cause.  Ennodius,  dans  son  panégyrique 
de  Théodoric,  roi  des  Ostrogoths,  en  Italie, 
lui'adresse  ces  paroles  (7i6)  :  «  Tu  as  reçu 
«  les  Allemands  dans  les  confltis  de  ritalie, 
«  et  tu  les  y  a  fixés  sans  porter  préjudice 
«c  aux  Romains,  propriétaires  du  sol.  Ainsice 
«  peuple  s'est  trouvé  avoir  un  roi,  à  la  place 
«  de  celui  qu'il  avait  mérité  de  perdre.  Il 
«  est  devenu  le  gardien  de  l'empire  latin, 
«  dont  il  avait  tant  de  fois  envahi  lesfron- 
«  tières;  il  a  été  heureux  d'avoir  fui  sa  pa- 
ie trie,  puisqu'il  en  a  trouvé  une  plus  riche 
«  et  plus  fertile.  » 

«  Une  lettre  de  Théodoric,  roi  dlwlie, 
écrite  par  Cassiodcre,  et  adressée  à  Clovis, 
roi  des  Franks,  explique  la  cause  et  les  cir- 
constances de  ces  événements  (747)  :  «  Voire 
«  main  victorieuse  a  soumis  les  peuples 
«  allemands  abattus  par  des  causes  puissao- 
<  tes,  etc.  ;  mais  cessez  de  poursuivre  ces 
«  restes  malheureux,  car  ils  méritent  leur 
«  grâce,  puisqu'ils  ont  cherché  un  asile 
«  sous  la  protection  de  vos  parents.  Sovei 
<i  clément  pour  ceux  qui,  dans  leur  fraje'ur, 
c  se  sont  cachés  dans  nos  confins,  etc.  Qu'il 
«  vous  suffise  que  leur  roi  soit  tombé,  et 
a  avec  lui  l'orgueil  de  son  peuple.  » 

«  D'après  ces  renseignements  formels, 
vous  voyez  que  ces  prétendus  Cimbres  sont 
des  (lermains  du  midi  appartenant  à  la  con- 
fédération des  Allemands,  dont  le  nom  fut 
ensuite  étendu  à  tous  les  peuples  de  la  Ger- 
manie. Ainsi  disparatt  une  lorte  objection 
qu'on  pourrait  élever  contre  la  parenté  oue 
vous  avez  reconnue  entre  les  Cimbres  elles 
Kimris. 

h  «  D'ailleurs,  mes  observations  sur  les  ca- 
ractères physiques  des  peuples  n'ont  aucun 
rapport  avec  cette  partie  de  votre  Uistoin^ 
et  en  sont  entièrement  indépendantes. 

<K  En  établissant  que  les  types  étaient  trans- 
missibles ,  en  faisant  voir  que  les  peuples 

3ue  j'ai  eu  occasion  d'étudier  enaTaieot 
e  caractéristiques,  en  remontant  ainsi  à 
leur  origine  daiys  les  temps  historiques,  et 
en  comparant  les  résultats  de  ces  recnérches 
avec  les  données  de  l'histoire,  j*ai  rempli  !es 
engagements  que  j'avais  pris  en  commen- 
çant cette  lettre,  ainsi  que  les  indications  du 
litre.  J'ai  posé  les  principes;  j'en  ai  fait  Vap- 
plication  à  des  peuples  qui  occupent  la  plus 
grande  partie  de  l'Europe;  je  nai  rien  né- 
gligé pour  m'assurer  de  la  vérité;  je  nai 
tranché  ni  dogmatisé  sur  rien;  j'y  ai  mis 
toute  la  réserve  que  devaient  m'inspireret 
la  nouveauté  et  la  difficulté  du  sujet.  Aussi 
j'ose  espérer  que  vous  partagerez  maconTi^ 
tion,  et  que  vous  ne  serez  pas  le  seul  qui  r 
prenne  quelque  intérêt.  J'aurais  pu  m'éten- 

RMlremm  p&puiaiwne  f  roMolo.    Cm  feIkUer  ca- 
itf  fujfiêêe  patrUm  $uam,  nom  rie  adeptu  ei^  m^ 
9UȔri  apulentiam, 
(747)  Cassiodoei,  f  «r.,  i,  l4-4t. 


IttI 


pfff 


DXVTHROPOLOGIC. 


Pdf 


l»S 


dre  daT«n(age  en  muIlipUant  les  preuves; 
mais  l'éndence  n*y  gagne  pas  toujours  ;  sur- 
tout je  devais  ménager  le  temps  de  mes 
lecteurs.  Une  si  grande  variété  aobjets  at- 
tire et  partage  leur  attention,  il  faut  être 
c^ort  SI  Ton  veut  être  lu.  C*est  pourquoi 
j*ai  dierché  les  raisons  les  plus  fortes  en 
a jant  soin  que  la  concision  ne  nuisit  pas  à 
la  clarté.  Si  donc  j*ai  traité  une  foule  de 
questions  dans  un  court  espace,  vous  ne  me 
reprocherez  pas  de  les  avoir  touchées  l^è- 
remeot. 

c  Quant  aux  applications  possibles,  eUes 
sonttropnombreusespour  qu  unseolbomme 
poisse  y  suffire  dans  létat  actuel  de  nos  con- 
naissances. Je  me  suis  borné  à  celles  dont  je 
pouvais  répondre.  Les  matériaux  manquent 
même  pour  compléter  l'esquisse  des  peu- 
ples de  l'Europe.  Que  de  problèmes  intéres- 
sants à  résoudre  dans  Tetude  des  peuples 
germaniques  qui  s'étendent  depuis  les  Alpes 
jusque  dans  la  Scandinavie,  et  auxquels  nous 
devons  tant  d^éléments  de  fa  civilisation 
moderne.  Quel  intérêt  doit  inspirer  une  con- 
naissance plus  exacte  des  peuples  que  Ton 
commence  à  nommer  Ibères,  du  nom  de 
lenrs  ancêtres,  et  qui  sont  répandus  dans  le 
raidi  de  la  France  et  dans  la  péninsule  1 
Déjà  Texamen  critique  des  langues,  et  les 
recherches  historiques  foumissent^des  do- 
cuments précieux;  mais  la  détermination 
des  divers  tvpes  qui  caractérisent  chacune 
de  ces  fiunifles  européennes  n'a  pas  encore 
été  tentée.  Ici,  comme  chez  d'autres  peu* 
pies,  il  n*y  a  pas  un  type  unique,  mais  plu- 
sieurs. Ten  ai  assez  vu  pour  pouvoir  Fimr- 
mer  avec  certitude,  mais  pas  assez  pour  re- 
connaître les  principaux  groupes  et  les 
considérer  dans  leurs  rapports  avec  l*his- 
toire.  Le  type  des  Basques  mêmes  n'est  pas 
décrit;  ce  peuple  dont  un  savant  d'un  nom 
illustre  a  lait  connaître  la  haute  antiquité  et 
la  pr^ominancedansUanciennelbérie  (748); 
que  vous  avez  fait  paraître  dans  l'histoire, 
et  sur  lequel  les  travaux  de  M.  Fauriel  ré- 
pandront un  nouvel  éclat. 

€  On  peut  espérer  de  voir  bientôt  remplir 
ces  lacunes;  car  ces  peuples  sont  peu  éioi- 
enés,  et  touchent  presque  de  toutes  parts  à 
la  France.  Encore  faut-il  les»  visiter,  les  étu- 
dier avec  soin,  ne  pas  se  contenter  d'une  vue 
superficielle. 

«  Nous  connaissons  mieux  nos  antipodes 
qne  nos  vuisins  ;  les  peuples  sauvages  que 
les  peuples  les  plus  anciennement  policés; 
creux  qui  n'ont  aucun  document  historique 
que  les  nations  qui  ont  répandu  sur  elles- 

(74S)  Reckerehes  $mr  le$  anciens  kabitanU  de  PEs- 
pagne,  au  moffen  de  la  langue  basque,  par  G.  M  Hch- 
•OL»T  ;  Berlin,  1821. 

(749)  c  M.  Lessoo,  qui  a  Hilt  partie  de  rexpédltion 
de  Deperrey,  vieat  depobiier  le  résultat  de  ses  ob- 
flervaikNis  sur  les  habdanU  des  Iles  de  rocéan  Pa- 
cifique et  d*uiie  partie  de  la  côte  occidenule  dé 
rAmérique.  le  puis  vous  le  citer  comme  on  exem- 
ple ëe  resprit  dans  kood  des  svjeu  de  cette  oatare 
d^Mveni  are  traités.  DiitinctioB  de  racet  ciiei  des 
penfOes  4|«i  occopent  le  méiBe  wdk,  oamparaison  de 
la.*2fui»s,  de  caractères,  de  monits,  d'osaget,  d*iii- 


mémes  et  sur  les  autres  les  lumières  de 
rhistoire. 

«  Les  savants  qui  ont  fait  partie  des  der- 
niers voyages  de  découvertes  ont  donné  une 
attention  particulière  à  ce  genre  d*observa- 
tions;  et  grâce  à  leurs  travaux  les  habitants 
des  lies  nombreuses  de  la  mer  Pacificpje 
sont  maintenant  mieux  connus  que  ceux 
de  presque  toutes  les  autres  parties  du 
monde  (7^9).  Mais  il  est  sans  doute  autant 
de  l'intérêt  des  sciences  d'acquérir  des  no- 
tions plus  exactes  sur  les  contrées  et  les  na- 
tions célèbres  de  Tancien  continent,  que  de 
parcourir  les  mers,  d'explorer  les  «es,  et 
d'étudier  les  peuplades  du  nouveau  monde. 

c  Deux  expéditions  de  savants  sont  parties 
pour  l'Egypte  et  la  Grèce. 

«  Si  mes  souvenirs  sont  fidèles,  le  tom- 
beau du  roi  d'Egypte,  dont  je  vous  ai  déjà 
parlé,  offre  la  preuve  de  deux  types  très- 
distincts  chez  les  anciens  Egyptiens;  celui 
(Tui  est  à  remarquer  dans  les  personnages 
du  peuple  et  celui  que  l'on  voit  aux 
fibres  des  grands.  On  assure  que  ce  der- 
nier, le  seul  dont  on  se  soit  occupé, 
existe  parmi  les  Kophtes.  L'autre  sans  doute 
s'y  trouve  aussi  ;  mais  je  soumettrai  la  ques- 
tion aux  savants  qui  peuvent  l'examiner 
sur  les  lieux.  La  comparaison  de  ces  types 
avec  celix  qui  se  trouvent  dans  l'Egypte, 
soit  parmi  les  Kophtes,  soit  parmi  les  -Fel- 
lahs ,  dans  la  Kulûe ,  dans  l'Abyssinie  et 
peut-être  dans  l'Arabie  dont  la  population 
ne  me  parait  pas  non  plus  formée  sur  un 
modèle  unique,  pourra  conduire  à  la  solu- 
tion de  hautes  questions. 

«  L'antre  expédition,  destinée  à  la  Horée, 
n'aura  peut-être  pas  un  espace  sufiisant  pour 
distinguer  avec  certitude  dans  la  population 
actuelle  les  descendants  des  Pelasses  et  des 
Hellènes.  11  n'est  pas  présumable  que  les 
premiers  aient  été  exterminés  ou  expulsés 
de  toutes  les  parties  de  la  Grèce.  Déjà  Malte* 
brun,  soit  par  ses  propres  lumières,  soit  par 
celles  qu'il  a  empruntées ,  a  cm  en  recon- 
naître les  traces  dans  les  langues  qu'on  y 
parle  encore. 

tf  Peut-être  que  dans  cette  occasion  on 
dans  les  relations  plus  étendues  oui  auront 
lieu  après  le  retour  de  la  paix,  1  étude  ap- 
profondie des  types,  éclairée  par  une  saine 
critique,  rétablira  parmi  les  f irecs  modernes 
l'ancienne  distinction  desFélasges  etdes  Hel- 
lènes, comme  nous  avons  rétabli  celle  des 
Galles  et  des  Rimris  chez  les  peuples  gau- 
lois d'aiypurd'hui. 

«  Enattendant  je  puis  vous  fournir  des  rcn- 

dustrie,  de  connaissances  ;  toot  y  est  trailé  afcc 
discrétion  et  diseemement,  et  Ton  y  troare  des  in- 
dîcatîoas  de  rapports  avec  les  peaples  da  coslinent 
de  TAsie,  qai  semblent  deroir  conduire  un  jour, 
lorsqu'elles  seront  plus  multipliées  et  plus  précises, 
à  des  résidtau  importants  qui  suppléeront  au  silence 
de  rhistoire. 

c  M.  Denis  Vest  lirré  à  des  recherches  très-éten- 
dues et  très-cnrieases  sur  la  poésie  des  peuples  sau- 
▼afcs ,  qui  fourniront  des  malérianx  intéressams 
pour  rhistoire  naturelle  de  rbomme.  » 


I^i7 


PIIY 


DICTIONNAIRE. 


put 


m 


*;eureitislence  dans  une  certaine  durée  limi- 
mitée,  et  non  dans  tous  les  siècles;  je  me 
suis  contenté*de  ce  que  ie  pouvais  savoir  ; 
je  n*âi  pas  été  au  delà.  11  est  évident  que  les 
teits  et  les  considér&dons  que  j'ai  présentés 
ne  tendent  pas  à  établir  leur  constance  inal- 
<»éraJ)le;  puisque  j'ai  indiqué  des  conditions 
oCÏ  Us  continuent  à  subsister,  et  d'autres  où 
ils  se  dénaturent.  Mon  suiet  ainsi  circons- 
crit laisse,  au  de  là  de  ses  limites,  le  champ 
libre  à  toutes  les  opinions. 

«  En  donnant  à  une  réunion  de  caractères 
bien  déterminés  la  dénomination  de  type, 
mot  qui  a  le  même  sens  dans  le  langage  or- 
dinaire et  dans  l'histoire  naturelle,  j'évite 
toute  discussion  relative  au  rang  qu'occu- 
perait le  croupe  qu'il  caractériserait  dans 
une  classihration  générale,  puisqu'il  con- 
vient également  à  toutes  les  distinctions  de 
variété,  de  race,  de  famille,  d'espèce,  de  genre 
et  d'autres  plus  générales  encore. 

«  Lorsque  je  parle  de  types  primitifs, 
j'emploie  des  expressions  relatives  aux  au- 
tres formes  do  la  population.  Us  sont  purs 
ou  primitifs  lorsau'il  est  évident  qu'ils  ne 
proviennent  pas  d'un  croisement  avec  d'au- 
tres c^u'on  y  observe.  Je  n'y  attache  pas  une 
signihcation  plus  étendue. 

«  On  les  détermine  en  cherchant  les  figu- 
res qui  diffèrent  le  plus  entre  elles,  et  en 
remarquant  si  elles  se  reproduisent  assez 
souvent  pour  constituer  des  groupes  plus  ou 
moins  considérables,  suivant  l'étendue  de  la 
population.  Leur  présence  sur  le  même  sol 
produit  des  croisements  multipliés,  dans  le- 
(juels  on  pourra  reconnaître  les  éléments 
qui  les  composent,  lorsqu'ils  sont  peu  nom- 
breux. 

«  Il  est  vrai  que  deux  races  suffisent  pour 
produire  une  infinité  de  nuances  intermé- 
diaires. L'observateur  qui  n'est  pas  prévenu 
ne  sait  où  arrêter  ses  regards;  et  son  es- 
prit ,  rebuté  par  des  variétés  sans  cesse 
renaissantes,  croit  qu'il  n'y  a  rien  de  cons- 
tant, rien  de  fixe,  rien  de  déterminé,  surtout 
s'il  les  voit  régner  dans  une  grande  partie 
de  la  population  ;  car  il  peut  arriver,  et  il 
arrive  en  effet  souvent,  que  les  races  croisées 
prédominent;  et  les  individus  de  races  pures 
qui  s'y  mêlent  nelui  paraissent  quedes  diver- 
sités de  plus  qui  ajoutent  à  l'inextricable 
confusion. 

«  Elle  disparaît,  au  contraire,  et  le  chaos 
se  débrouille,  si  l'on  cherche  les  diversités 
extrêmes.  Quand  on  les  a  saisies,  on  les  voit 
se  reproduire  fréquemment  avec  des  carac- 
tères constants.  Les  deux  groupes  qu'elles 
constituent  s'étendent  à  mesure  que  les  ob- 
servations se  multiplient  ;  et  plus  les  formes 
qui  les  distinguent  contrastent  entre  elles, 
plus  on  est  assuré  qu'elles  sont  primitives, 
Après  être  ainsi  remonté  aux  t^pes  élémen- 
taires, on  parvient  aux  derniers  degrés  de 
certitude  en  suivant  leurs  traoes  dans  la  va- 
riété de  nuances  qui  résulte  de  leur  fusion. 

«  Nous  avons  dit  que  les  races  croisées 
wuvaient  prédominer.  Il  se  peut  aussi  que 
les  races  pures  qui  les  ont  produites  se  soient 
mêlées  dans  des  proportions  assez  constantes 


f)our  créer  un  type  intermédiaire,  qui  seraii 
e  plus  commun.  II  ne  faut  donc  pas  m 
laisser  imposer  par  la  prédominance  d'ua 
type,  mais  s'assurer  par  les  moyens  que  je 
viens  d'indiquer  s'il  n'est  pas  dérivé. 

«  Je  me  suis  abstenu  d'examiner  dans 
cette  Jettre  si  les  groupes  que  j'ai  distingués 
par  les  formes  et  les  proportions  du  corps 
avaient  aussi  des  dispositions  morales  etin- 
tellèctuelles  qui  leur  fussent  propres. 

«  Quoique  je  n'aie  pas  négligé  cet  objet 
d'observation,  et  qu'il  ne  soit  pas  étranger 
au  but  dont  ie  me  suis  occupé,  il  n'y  est  fb 
tellement  lié  qu'on  ne  puisse  en  faire  abs- 
traction. Si  j'avais  pu  satisfaire  mes  lecteurs 
en  traitant  ce  sujet  brièvement,  je  n'aurais 
pas  hésité  à  vous  communiquer  mes  remar- 

Sues.  Mais  cette  question  est  d'une  autre 
ifiiculté  que  celles  que  j'ai  traitées;  sans 
doute  à  cause  de  sa  nature,  mais  surtout  à 
cause  de  la  diversité  des  points  de  vue  sm 
lesquels  on  voudrait  l'envisager. 

«  Elle  peut  cependant  être  tr^tée  de  m- 
nière  à  concilier  tous  les  esprits  ;  car  il  a  e!é 
de  tous  les  temps  et  de  tous  les  lieux  d'attri- 
buer certaines  dispositions  morales,  certain •> 
tournures  d'esprit,  à  divers  peuples,  quelV^ 
que  soient  les  causes  auxquelles  on  rroip 
devoir  les  rapporter.  Il  faudrait  donc,  pour 
simplifier  la  recherche,  la  débarrasser  de  tout 
examen  de  ces  causes,  et  se  borner  à  cod>- 
tater  si  on  peut  reconnaître  un  caractère 
moral  particulier  à  un  groupe  qu'on  aurait 
distingué  par  des  caractères  physiques. 

«  Il  ne  s'agirait  donc  que  d'une  simple 
coïncidence,  et  non  d'un  rapport  nécessaire; 
et  chacun  l'expliquerait,  si  elle  était  étal'lie, 
comme  il  le  jugerait  à  propos.  Car  quilles 
que  soient  les  causes  qui  ont  détermméu& 
caractère  moral  chez  un  individu  ou  chez 
un  peuple,  il  a  toujours  une  certaine  durée; 
et  ce  rapport,  ainsi  limité,  s'il  était  constant 
par  l'observation,  ne  manquerait  pasûe 
fournir  des  résultats  utiles  et  intéressants 
que  personne  ne  serait  disposé  à  rejeter. 

«  Mais  la  question,  réduite  à  celle  «pa- 
rente simplicité,  ne  laisse  pas  de  renferoier 
des  éléments  trop  nombreux  pour  que  je  iû« 
permette  de  l'aborder  dans  celle  occasion. 

«  M'étant  proposé  de  considérer  les  carac- 
tères physiologiques  des  races  humaines  daiis 
leurs  rapports  avec  l'histoire,  j'ai  dû  thoi>ir 
les  plus  positifs  et  les  plus  manifestes.  DtN- 
rant  cimenter  cette  alliance  nouvelle  entn: 
cette  science  et  la  physiologie,  j'ai  craint tje 
m'engager  dans  la  considération  des  rappwt^ 
vagues  et  abstraits  qui  auraient  pu  l'affaibiîr 
et  en  compromettre  le  sort.  »  Foy.RACttP- 

MAIKES. 

PHYSIONOMIE.  —  Un  grand  nombre  de 
muscles  concourent  à  la  fonction  «Hle  ejpni- 
«l'on  physionomique.  Ce  sont  Voecipiio-ftvf' 
êalj  qui  relève  la  région  cutanée  du  fitmU 
y  détermine  les  rides  transversales  qo'oa; 
remaraue;  le  surcilier^  qui  fronce  les  sea^ 
cils  et  les  rapproche  l'un  de  l'autre  en  l^ 
abaissant;  lorbiculaire  des  paupières, ?«• 
détermine  l'occlusion  de  ces  voiles  mobile* 
le  reteveur  de  la  paupière  superiture,  q»'   ' 


It» 


Pllf 


DANTfmOPOLOGIE: 


ruT 


i2se 


dejn^em^'iit  qu'il  convient  de  traiter  ces 
questions.  Ce  n'est  pas  ainsi  que  yai  pro- 
céJé  lorsque*  ayant  reconnu  deux  types  re- 
marquables parmi  les  peuples  Gaulois,  il  a 
fallu  les  .rattacher  à  leurs   dénominations 
bisloriques.  J^avais  alors  tontes  les  données 
reqnises  pour  me  décider.  Ici  elles  sont 
insuffisantes  ;  c'est  pourquoi  je  me  bornerai 
à  quelques  obserrations  qui  pourront  ne  pas 
être  inutiles  à  ceux  qui  Toudront  s*en  occu- 
per sur  les  lieux. 

«  Des  deux  ty|ies  que  nous  avons  indi- 
qués il  est  certain  que  le  premier  est  pur; 
il  n  est  pas  certain  oue  le  second  le  soit.  11  se 
pourrait  qu'il  fût  le  résultat  d*un  mélange 
ilu  premier  avec  un  autre  qui  nous  est  in- 
connu, parce  qu'il  ne  me  semble  pas  assez 
anilorme  ni    assez    original.  H    convien- 
drait de  le  chercher  dans  toute  la  Grèce 
en  donnant  à  ce  nom  le  sens  le  plus  étentiu. 
«  Un  peuple  s'y  trouve  qui  n  a  pas  été 
assez  étudié.  11  parle  une  langue  qui  lui  est 
propre;  on  ne  sait  d*où  il  vient,  ni  quand 
il  s  y  est  établi,  du  moins  je  n'ai  rien  pu 
«ipprendre  à  ce  sujet  de  ceux  qui  devaient 
on  être  le  mieux  instruits.  I^s  Albanais  pa- 
raissent être  à   quelques   égards   dans  la 
<irèce  f«  que  les  âsques  sont  des  deux  côtés 
des  Pyrénées,  les  Bretons  en  France,  les 
Gallois  en  Angleterre,  et  ceux  qui  narlent 
la  langue  erse    en  Ecosse  et  en  Irlande  : 
un  reste  des  anciens  habitants.  Pourquoi  ne 
les  regarderait-on  pas  comme  tels,  s'il  est 
vrai  qu'on  ne  trouve  pas  de  trace  de  leur 
origine  étrangère  ni  dans  leurs  traditions, 
ni  dans  l'histoire,  ni  par  la  comparaison  des 
langues.  Pourquoi   ne  seraient-ils  pas  les 
descenJants  des  Pélasges  (751)  ?  Jai  vu  des 
Albanais  è  Venise,  et  j'en  ai  fait  dessiner; 
mais  je  ne  me  hasarderai  pas  à  exposer  les 
l'.iées  qu'ils  m'ont  suggérées,  que  je  ne  sache 
si  j'si  vu  le  type  caractéristique  de  ce  peu- 
ple,  et  si  les   indications  de  leur  origine 
^Me  je  viens  de  rapporter  sont  vraies  ou 
illusoires. 

«  Il  est  à  espérer  que  les  savants  envoyés 
dans  les  deux  |)ays  qui  ont  été  les  premiers 
foyers  des  lumières  de  l'Europe,  ouvriront 

(T5I)  <  La  diffusion  du  lansa^e  siaTe,dans  le 
nor«l  ei  dans  roocîdent  de  la  Gicee,  pourrait  faire 
cT^>ire  à  la  prédominance  du  t3rpeslaTe.  IIaisj*ai  eu 
rntTC^sum  de  reconnaître  que  ce  tvpc  ne  se  trouvait 
l^a^re  ni  chez  les  Croates  ni  chez  les  Dalmales. 
If  .  BeudaDt,  à  qui  j*ai  conuDnniqoé  cette  obsenration, 
■1*3  dit  q«'il  ivait  fotl  la  même  remarque.  Tout  porte 
loffic  à  croire  que  les  descendants  d^  anciens  peu- 
ples de  la  Grèce  subsistent  encore  en  grand  nomorc, 
n«-ffDe  parmi  ceux  qui  n*en  parlent  plus  la  langue. 
^u^oo  ne  suppose  pas  cependant  goe  tout  Albanais 
x>flt  de  race  pure;  la  langue  et  rhlstoire  prouvent  le 
on  traire.  Suivant  vous,  des  Gaulois  se  sont  ancien^ 
i4»isieot  étaMts  dans  ce  pays.  M OHnème,  j*ai  reconnu 
ic-s  IkînaHs  parmi  les  Dalmales.  On  ne  serait  sAr  de 
ft  iii'K  ■■iiimfawi  du  tm  que  si  on  le  retrouTaiC 
ans  «Taatres  parties  de  la  Gréœ  on  dans  des  pa]» 
ft<lis  possédés  par  les  Pébges;  il  Etudrait  d*ailleurs 
ue  ce  type,  par  croisement  avec  celui  des  temps 
éroitffués,  pAt  reproduire  les  caractères  de  tète  des 
«irsonnaf  es  des  temps  historiques.  • 
<^752)    €  M.  Burnoof  fils  s^occupe  d^un  travail  très- 

DiCTioxH.  D'Avrenopoijocis. 


une  nouvelle  carrière  d'eipéditions  scienti- 
fiques qui  rivaliseront  avec  celles  des  navi- 
gateurs, en  ce  qui  concerne  la  détermination 
exacte  des  variétés  des  races  humaines. 

€  L'Arabie,  la  Perse  et  l'Inde  réclament 
nne  attention  particulière.  Les  résultats  im- 
portants auxquels  on  est  parvenu  depuis  f>eu 
sur  les  langues  de  l'Inde  font  vivement  dé- 
sirer que  les  voyageurs  et  les  Européens 
établis  dans  le  pays  s'occuitent  de  la  déter- 
mination des  typés  parmi  les  Indiens.  Tout 
porte  à  croire  que  la  distinction  fondamen- 
tale des  langues  que  H.  Bumouf  fils  y  a  si- 
gnalée s'accordera  dans  une  certaine  étendue 
avec  les  différences  marquées  dans  les  carac- 
tères physiques  de  ces  peuples.  Elles  sont 
même  clairement  indiquées  dès  les  premières 
lueurs  de  leur  histoire,  qui  nous  montre  les 
deux  plus  anciens  peuples  de  l'Inde  formant 
un  contraste  par  leur  couleur  et  par  leur  si- 
tuation géographique.  Notre  jeune  ami  Jac-- 
quemont,  qui  est  parti  pour  Tlnde  et  doit  v 
rester  plusieurs  années,  m'a  promis  de  s'en 
occu|)er. 

«  Les  aescendanls  des  Perdes  existent  en- 
core dans  les  Parsis  ou  les  Guèbres.  La  dé- 
termination des  types  de  cette  partie  et  du 
reste  de  la  |)opulation  et  leur  comparaison 
avec  ceux  de  leurs  voisins*  contriliuerdifiit 
sans  doute,  avec  les  données  que  fonrui i  la 
filiation  des  langues,  a  éclairer  des  ^viiiiu 
très-obscurs  de  l'histoire  (752). 

«  Je  vous  ai  dit  que  la  population  de  l'Ara- 
bie ne  me  |iaraissait  pas  uniforme.  Quel 
pays  offrirait  au\  aniafeurs  de  l'histoire  na*^ 
turelle  de  l'homme  un  champ  plus  curieux? 
De  tous  les  |ieii|des  célèbres  de  !a  terre,  il 
est  peut-être  le  seul  qui  n  ait  pas  été  suliju- 
gué;  aucun  ne  s'est  répandu  plus  au  dehors 
et  nlusau  loin;  et  la  parfaite  lessemblance 
de  langue  arabe  avec  c^elle  de  plusieurs  au- 
tres peuples  agrandit  encore  la  sphère  de  ces 
rapports. 

«  Dans  lesdiscussions auxquelles  je  mesuîs 
livré,  je  me  suis  renfermé  strictement  dans 
mon  sujet.  J'ai  pris  les  types  tels  qu'ils  sont; 
j'ai  indiqué  Tensemble  et  la  nature  des  ca- 
ractères qui  les  constituent;  j'ai  considéré 

neuf  sur  les  rapports  du  sanskrit  et  du  zcml  avec 
ciuelqnes  langues  de  l'Europe,  n  a  cru  reconnaître 
jusqu'ici  que  le  sanskrit  avait  Tanalf^ie  la  plus  di- 
recte avec  le  grpc;  tandis  que  le  zem^  mmlilication 
du  sanskrit,  se  rapprochait  davantage  des  langnet 
germaniqnes.  N'estr^e  pas  une  eoiizcidence  singu- 
lière, que  j*aic  lieu  de  croire.  d*après  les  d<iciinienls 
que  j*ai  eus  sons  les  yeux,  que  le  type  du  beau  idéal 
arec  existe  ou  a  exisié  dans  Tlndcl  D*autre  part,  les 
figures  d*un  groupe  que  j*ai  yu  dans  le  tombeau  du 
roi  d^Cgypte  et  que  Belzoni  regarde  comme  des  Per- 
sans, ont  la  plus  grande  ressemblance  avec  fun  des 
types  caractéristiques  des  peuples  germains.  Ce  que 
je  Tiens  de  dire  sur  les  rapports  des  caractères  phy- 
siques n'est  qu'on  simple  aperçu  que  je  présente 
aux  voyageurs  pour  qu'ils  veaillent  bien  s'en  oc- 
cuper. 

iVAUéu  de  M.  Belzoni  ne  saurait  vous  donner  une 
idée  des  caractères  de  tète  des  personnages  repré- 
sentés dans  le  loaibeau  du  roi  d'Egypte;  ils  y  sonl 
défigniés.  » 


39 


1231 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PHY 


m 


•quefois  trompeuse  ;  etThabitude  peut,  à  la 
longue,  Tassujetlir  plus  ou  moins  à  la 
volonté.  Mais  cela  n'a  lieu  cjue  dans  les 
mouvements  de  l'âme  qui  n'ont  pas  une 
grande  énergie,  et  même  souvent  dans  ces 
circonstances,  elle  n'y  est  jamais  entière- 
ment soumise,  et  l'on  peut ,  avec  quelque 
attention,  découvrir  les  efforts  que  l'on  fait 
pour  en  arrêter  les  mouvements ,  efforts  qui 
demeurent  vains  dans  les  affections  violen- 
tes, sur  l'expression  desquelles  la  volonté 
n'exerce  aucun  pouvoir. 

Considérés  dans  leurs  rapports  aveccha* 
que  sentiment  particulier,  les  mouvements 
phjsionomiques  offrent  des  variétés  innom- 
nrabîes,  qui  ne  diffèrent  les  unes  des  autres 
que  par  des  nuances  qu'il  n'est  point  donné 
a  la  parole  de  rendre,  et  que  l'on  peut  bien 
mieux  sentir  qu'exprimer.  Essayons  toute- 
fois d'esquisser  les  traits  les  plus  saillants 
qu'offrent ,  dans  leurs  expressions ,  quel- 
ques-unes de  nos  principales  affections  mo- 
rales. 

Le  désir  vif,  inspiré  par  un  objet  présent, 
se  peint  principalement  dans  les  yeux;  ils 
se  portent  et  se  fixent  avidement  sur  ce  que 
l'on  désire,  ils  brillent,  ils  étincellent.  En 
même  temps,  la  bouche  s'entr'ouvre,  et,  si  le 
désir  a  beaucoup  de  violence,  il  s'en  échappe 
par  intervalles  de  profonds  soupirs. 

L'espérance  n'a  j)as  une  expression  très- 
prononcée  ;  les  traits,  légèrement  épanouis, 
annoncent  une  joie  imparfaite  qui  n'ose  se 
montrer  au  dehors.  Raphaël  l'a  peinte  avec 
une  fidélité  remarquable. 

Dans  l'expression  de  la  crainte ,  ({ui  ap- 
partient aux  passions  tristes,  les  traits  sont 
comme  grippés.  Mais  il  y  règne  une  indéci- 
sion qui  représente  les  agitations  d'une  âme 
qui  craint  ae  ne  pas  obtenir  ce  qu'elle  dé- 
sire, ou  Je  perdre  ce  dont  elle  jouit. 

Dans  la  jalousie^  les  traits  sont  plus  fixes 
et  plus  fortement  contractés.  Il  en  est  de 
même  dans  Venvie,  où  quelquefois  il  se  dé- 
veloppe un  léger  sourire,  comme  convulsif, 
qui  la  décèle,  et  que  l'envieux  affecte  pour 
cacher  son  dépit. 

Dans  Yélonnementj  les  yeux  sont  larjje- 
ment  ouverts,  la  bouche  plus  ou  moins 
béante;  tous  les  traits  sont  lixes,  et  expri- 
ment en  même  temps  la  désapprobation. 

Dans  la  surprise^  la  physionomie  est  la 
même  que  dans  l'affection  précédente  ;  mais, 
au  lieu  de  blâmer,  on  admire,  si  l'on  atta- 
che à  l'objet  qui  surprend  une  idée  de  puis- 
sance ou  de  grandeur. 

Vaffliction^  le  regret^  le  repentir^  Xahatte- 
mentf  le  découragement^  la  consternation^  le 
désespoir  ont  une  expression  commune  :  les 
resards  sont  abaisses,  les  yeux  sont  sans 
éclat,  les  traits  sont  abattus,  relâchés,  pen- 
dants, et  souvent  arrosés  de  larmes  ;  la  face 
est  pâle,  tout  annonce  que  l'âme  a  perdu 
toute  sa  vigueur;  mais  dans  le  regret,  le  re- 
pentir, le  désespoir,  la  physionomie  s'anime 
par  intervalle,  et  les  yeux  se  portent  plus 
ou  moins  vivement  vers  le  ciel. 

Dans  la  jfote,  la  gaieté^  la  satisfaction  de 
soi-même,  les  yeux  sont  brillants,  la  physio- 


nomie est  animée,  tous  les  traits  sont  éfva- 
nouis,  un  léger  sourire  entr'ouvre  la  bou- 
che. 

Le  dégoût  et  la  répugnance  se  peignent 
autour  de  cette  ouverture  et  des  yeux,  les 
sourcils  se  rapprochent  et  s*abais$ent,  le 
front  se  ride  verticalement,  les  paupières  se 
ferment  à  demi,  la  bouche  se  resserre,  el  sa 
moitié  droite  se  porte  en  haut  el  de  c^té. 

Vennui  a  une  expression  analogue,  mais 
moins  prononcée,  et  il  s'y  môle  fréquemment 
des  bâillements. 

Celle  de  la  colère  est  terrible;  toute  la 
physionomie  peint  l'égarement,  et  témoigne 
assez  que  cette  jtassion  est  une  Yéntal)le 
vésanie  ;  les  yeux  sont  largement  ouTerls, 
hagards,  brillants,  animés  du  désir  delà 
vengeance  ;  la  face  est  tantôt  pâle ,  tantut 
rouge,  enflammée,  les  mâchoires  se  rapi  m- 
chent  et  se  serrent ,  une  salive  écumeuse 
couvre  l'angle  des  lèvres ,  tous  les  muscles 
faciaux  sont  comme  &gités  de  mouvements 
convulsifs. 

V orgueil  et  la  présomption  sont  remarqua- 
bles par  la  fixité  qu'ils  déterminent  dans  les 
traits.  L'or^çueilleux  regarde  toujours  de  baul 
en  bas  ;  tout  est  inférieur  à  son  mérite.  Ut 
a,  dans  la  physionomie  du  présomptueui, 
un  air  d'assurance  qui  atteste  qu  il  croit  |K)q- 
voir  venir  à  bout  de  tout. 

La  rougeur  de  la  face  est  une  expression 
commune  à  la  honte  et  à  la  pudeur;  mais 
ces  deux  sentiments  offrent  chacun  des  ca- 
ractères extérieurs  qui  les  distinguent.  Dans 
la  honte  les  traits  sont  contractes,  comme 
grippés,  et  il  règne  dans  toute  la  physiono- 
mie un  air  d'humiliation  et  d'embarras  re- 
marquable. Dans  la  pudeur,  les  traits  sont 
calmes,  l'espèce  de  confusion  qui  se  répand 
sur  tout  le  visage  est  douce  et  aimable, 
comme  la  modestie  qui  l'a  produif. 

La  pitié  se  peint  dans  les  yeux  qui  sou- 
vent se  remplissent  de  larmes,  et  autourd^ 
la  bouche,  qui  se  ferme,  se  relève  un  (lea, 
et  se  porle  légèrement  du  côté  droit. 

L'expression  de  Yappréhension ,  qui  nsiî 
de  ce  que  l'on  attend,  est  analogue  à  celle 
de  l'attention,  parce  que  l'csf^rit,  irofondé- 
ment  occuj^é  de  l'événement  ou  au  dan.'w 
que  l'on  redoute,  est,  pour  ainsi  dire,  aai 
aguets  de  tout  ce  qui  peut  l'annoncer.  M«« 
les  traits  y  offrent,  de  plus,  une  altérati'»n 
manifeste;  les  yeux  sont  plus  ouverts  Jr< 
sourcils  sont  relevés ,  on  observe  sur  \^ 
fronts  des  rides  transversales,  la  bouche  c^ 
entr'ouverte,  et  la  lèvre  inférieure  lé^ 
ment  portée  en  haut. 

Enfin,  dans  la  frayeur^  qui  provient  d'un 
danger  survenu  à  Timprovisle,  dans  lépo^ 
vante^  qui  a  sa  source  dans  ce  que  loo  j^ 
sume,  et  dans  la  terreur  ^  qui  estproJoiJ« 
par  ce  que  l'on  imagine,  l'expression  pb.** 
sionomique  est  la  même  que  dans  l'appf^ 
hension;  mais  les  traits  y  ont  beaa{Oi|f 

{/lus  de  saillie,  la  bouche  est  plusoaverta*' 
ront  plus  fortement  ridé,  les  narines  s^»c' 
écartées,  souvent  une  sueur  froide  inonde  i* 
visj^e,  qui  est  d'une  pâleui*  remarqaat'i»*- 
Une    chose  digne  de  noti^  aJmir«'''*^' 


IÎ33 


PUT 


DANTlIROrOLOGIE. 


KIY 


1254 


dans  les  mouTements  physionomiques  » 
c'est  IlianDonie  qui  règne  entre  eux  dans 
ctiaqne  expression,  et  ces  rapports,  qui  lient 
à  chaque  sentiment  un  ensemble  particulier 
de  contractions  musculaires,  ou  de  traits  pro- 
]/res  à  le  manifester.  Une  foule  de  muscles 
concourent  simultanément  à  l'expression 
d^une  affection  morale  quelf'on'^pie  ;  il  y  a 
donc  entre  eux  des  relations  syner^quos  qui 
établissent  cette  expression.  L'ensemble  de 
ces  mouvements  musculaires  forme  un  sys- 
tème expressif  qui  se  compose  de  systèmes 
I  articuliers  propres  à  chaîne  affection  mo- 
rale, indi$[)ensa!)le  au  témoignage  de  ces  af- 
f»-  tions,  et  qui  supposent  nécessairement 
des  ra,»|H)rts  intimes  entre  elles  et  les  con- 
Ira  tiens  musculaires  qui  les  expriment. 

Mais,  bien  que  la  physionomie  soit  sou- 
iui>e  à  des  lois  constantes  et  inrariables,  et 
s»*  montre  uniforme  dans  l'espèce,  elle  offre 
n*'anmoins  des  modiCcations  remarquables 
uans  les  divers  âges,  les  sexes,  les  individus. 
Elle  varie  aussi  selon  les  professions ,  Tétat 
moral  habituel,  les  climats  et  la  manière 
lie  vivre. 

Dans  Tenfant,  le  globe  de  l'œil  a  tout  son 
développement  ;  ce  qui,  vu  la  petitesse  de  la 
f  ICC ,  le  fait  paraître  plus  grand  que  dans 
1  a  lulte ,  et  donne  à  la  physionomie  une 
vive  eipression.  En  même  temps  cette  ex- 
l'Tessiou  est  pleine  de  douceur;  les  os  de  la 
fa  -e  ont  très-peu  de  saillie,  les  sinus  fron-* 
ta:ix  et  maxillaire:;  n'existent  point,  un  tissu 
r^'llulaire  graisseux,  abondant,  remplit  les 
in'ervalles  des  éminences  osseuses,  ce  qui 
r^-od  les  traits  peu  prononcés  et  pleins  de 
«luuceur.  Remaurquons,  à  cet  égard,  que 
Tenfance  est  Fâge  dé  la  faiblesse,  et  qu'elle 
ne  I  ouvait  trouver  de  l'appui  que  dans  l'in- 
îérèi  qu'elle  devait  inspirer.  Or,  si  ses 
trai(<,  qui  nous  charment  par  leur  suavité, 
avaient  été  prononcés  et  rudes  comme  dans 
raîulie,  ils  auraient  désagréablement  con- 
trarié avec  son  impuissance,  et  elle  n'aurait 
^'.é  pour  nous  qu'un  objet  repoussant;  nous 
é  rouvons  involontairement  le  |»énible  effet 
•:  •  ce  contraste,  à  la  vue  de  ces  enfants  ché- 
ri f-*,  amaigris,  dont  la  peau  ridée  donne  à 
I  -firs  traits  beaucoup  de  saillie,  et  qui  res- 
s  *niblent  à  des  vieillards. 

Avec  l'âge,  les  sinus  faciaux  se  dévelop- 
|»^*nî,  les  saillies  osseuses  se  fonnenl,  le 
ti^>u  cellulaire  graisseux  s  affaisse  ou  dis- 
f'.^rait,  et  les  traits  acquièrent  toute  leur 
f--n»:r^ie.  Mais  ils  la  perdent  dans  la  vieil- 
l*,-->se,  où  la  chute  des  dents  et  le  rapproche- 
ment des  mâchoires  y  déterminent  une  alté- 
r/«tion  remarquable,' et  où  les  rides  que  la 
viiain  du  temjis  y  a  creusées,  et  qui  s  y  mê- 
lent, en  affaiblissent  singulièrement  l'ex- 
I  *fcSî>ion. 

La  physionomie  de  la  femme  est  analo^e 
k  celle  de  l'enfant.  Faible  comme  lui,  et  des- 
tii'iéeà  plaire  comme  lui,  elle  |)0ssède  la 
«l«^u«'eur  des  traits,  qui  donne  tant  d'exprès- 
«•ion  à  sa  physionomie  dans  les  sentiments 
»tf(Hiueux  qu'elle  éprouve,  et  qui  la  rend  si 
uchante  clans  les  douleurs  qu'elle  ressent. 
Les  iiKJividus  vari<L*nt  entre  eux  sous  le 


rapport  de  l'expression  physîonomique,  se- 
lon la  longueur  et  la  couleur  de  cheveux , 
ré|>aisseur  et  la  longueur  des  sourcils,  de  la 
barbe,  des  cils,  la  forme  du  crâne,  les  di- 
mensions des  os  de  la  fat^e,  l'abondance  plus 
ou  moins  grande  du  tissu  cellulaire  qui  les 
recourbe,  la  couleur  de  la  i.»eau,  les  dimen- 
sions de  la  bouche  et  de  l'ouverture  ocu- 
laire, et  enfin  la  couleur  des  yeux  ;  toutes 
choses  (fui  se  trouvent  en  harmonie  avec  la 
rie  sociale,  en  ce  gue,  modifiant  la  physio- 
nomie dans  les  divers  individus,  elles  les 
font  différer  entre  eux  sous  ce  rapport  et 
leur  donnent  par  conséquent  les  moyens  de 
se  reconnaître  les  uns  des  autres. 

Les  cheveux  influent  sur  la  physionomie 
en  ajoutant  à  certaines  expressions.  Tout  le 
monde  sait  combien  les  cheveux  épars  ani- 
ment celle  des  passions  tristes ,  telles  que 
l'affliction,  le  déses|)oir,  la  consternation,  et 
combien  les  cheveux  hérissés  ajoutent  à  l'é* 
nergie  des  traits  de  la  colère.  La  pudeur 
n'est-elle  pas  embellie  par  les  cheveux  longs 
et  ondoyants  de  l'adolescence  ?  Les  cheveux 
blonds  ne  renJent-ils  pas  l'expression  des 
sentiments  doux  plus  touchante,  et  les  noirs 
ne  donnent-ils  )>as  à  celle  des  affections  vio- 
lentes plus  de  vivacité. 

Les  poils  n'influent  pas  moins  que  les 
cheveux  sur  l'expression  pbysionomique. 
Des  sourcils  longs  et  épais  rendent  l'expres- 
sion du  dédain,  du  mépris,  de  l'indignation, 
de  la  colère,  etc.,  beaucoup  plus  énergique 
qu'elle  ne  le  serait  par  les  seuls  mouvements 
des  muscles  de  la  face.  De  longs  cils  don- 
nent au  regard,  dans  la  mélancolie,  dans  la 
pitié,  dans  la  commisération,  dans  tous  les 
sentiments  tendres,  une  touchante  douceur. 
La  t)arbe,  par  la  gravité  qu'elle  imprime  à  la 
physionomie,  fait  ressortir  vivement  toutes 
les  expressions  de  la  gaieté  lorsqu'elle  se  dé- 
velop|)e ,  et  donne  de  l'énergie  à  celles  des 
sentiments  opjK>sés. 

Toutes  ces  influences  deviennent  éviden- 
tes dans  l'absence  de  ces  poils.  Qu'un  indi- 
vidu rase  ses  sourcils,  qu'il  coupe  ses  cils,  et 
sa  physionomie  perdra  singulièrement  de  sa 
faculté  expressive.  Les  peuples  qui  conser- 
vent leur  liarbe  n'ont-ils  |>as  les  traits  beau- 
coup plus  énergiques  dans  la  colère,  dans 
l'indignation,  dans  la  fureur,  etc.,  que  ceux 
qui  sont  dans  l'usage  de  la  raser? 

Le  crâne  influe  sur  la  physionomie  far  les 
degrés  de  son  angle  fociall  Lorsque  cet  an- 
gle est  très-ouvert  (de  80"  à  SC),  il  ré/and^ 
sur  les  traits  un  air  de  majesté  et  de  dou- 
ceur qui  anoblit  et  relève  les  diverses  ex- 
pressions qui  s'y  manifestent.  Il  exere  une- 
influence  contraire  lorscfu'il  est  très-aigu. 

Les  os  de  la  face  niotiilient  !a  physionomie 
de  la  même  manière.  Ce  sont  eux  qui  for- 
ment la  t>eauté  et  la  laideur  du  visage,  parce 
qu'ils  en  déterminent  les  saillies  et  les  con- 
tours. Lorsque  les  os  propres  du  nez,  les  os 
unguis,  et  la  partie  inférieure  et  moyenne 
ducoronal  sont  très-dé veloppés,  l'expres- 
sion de  la  physionomie  a  une  douceur  remar- 
quable, comme  on  le  voit  dans  les  individus 
dont  les  veux  5ont  très-écartés  !*un  de  Tau- 


4i35 


PHY 


DICTIONNAIRE 


PHÏ 


m 


tre.  La  proémiaence  des  os  inalaires  rend  les 
joues  saillantes.  Celle  des  maxillaires  et  de 
l'appareil  dentaire  porte  les  lèvres  en  avant. 
C'est  de  la  juste  proportion  du  développe- 
ment de  tous  ces  os,  que  résulte  la  régula- 
rité des  traits,  et  la  beauté  du  visage ,  qui 
modifient  toutes  les  expressions  physiono- 
miques. 

Outre  cette  influence  générale  des  os  de 
la  iace,  chacun  d'eux  agit,  pour  ainsi  dire,  a 
part  sur  ces  expressions. 

Le  peu  de  développement  des  os  propres 
du  nez,  des  os  unguis,de  la  partie  inférieure 
et  moyenne  du  coronal  rend  les  yeux  très- 
rapprochés  l'un  de  l'autre,  et  donne  aux 
traits  du  visage  un  air  sinicaL  Cette  physio- 
nomie rendplus  vive  l'expression  dudésir,de 
l'impatience,  etc.  Lorsqu'au  contraire  ces  os 
sont  très-développés,  toutes  les  expressions 
des  sentiments  affections,  y  puisent  une  dou- 
ceur nouvelle. 

Le  développement  des  os  malaires  ré- 
j>and  sur  les  traits  une  dureté  remarquable, 
qui  augmente  l'énergie  de  l'expression  des 
passions  haineuses  II  en  est  de  môme  de  la 
proéminence  des  maxillaires. 

Enitn,  les  dimensions  des  dents,  et  leurs 
différents  degrés  d'écartemenl, 'influent  évi- 
demment aussi  sur  la  physionomie.  Des  dents 
petites  et  très-rapprochées  les  unes  des  au- 
tres ,  rendent  le  rire  plus  doux,  plus  expres- 
sif, et  augmentent  l'expression  de  la  gaieté 
en  y  mêlant  toute  la  grâce  qu'elles  répandent 
autour  de  la  bouche.  Au  contraire,  des  dents 
grosses,  longues  et  écartées,  donnent  à  tout 
le  visage  un  air  de  férocité,  qui  éclate  au 
moment  où  la  bouche  s'ouvre,  et  qui  rend 
même  le  sourire  effrayant;  c'est  ce  que 
l'on  observe  chez  les  Arabes.  Elles  aioutent 
donc  à  l'expression  des  passions  cruelles. 

Le  tissu  cellulaire  facial  sous-cutané 
adoucit  ou  donne  la  rudesse  à  tous  les  traits, 
selon  qu'il  est  plus  ou  moins  abondant,  et 
qu'il  efface  ou  laisse  avec  toute  leur  saillie, 
les  éminences  osseuses. 

La  peau  influe  sur  la  physionomie  par  sa 
coloration  naturelle  ou  accidentelle.  Sa  blan- 
cheur rend  les  traits  plus  apparents  ;  elle  fa- 
vorise aussi  l'expression  des  affections  dou- 
ces. Les  traits  sont  moins  sensibles  lorsque 
sa  couleur  est  plus  ou  moins  foncée,  et  ils  y 
puisent  une  teinte  sombre  qui  est  en  harmo- 
nie avec  tous  les  sentiments  rudes  et  hai- 
neux. Sa  rougeur  dans  la  pudeur  et  dans  la 
honte,  et  sa  pâleur  dans  la  colère,  dans  la 
frayeur ,  etc. ,  donnent  manifestement  de 
l'énergie  à  l'expression  de  ces  affections 
iQorales. 

Les  ouvertures  de  la  face  qui  modiGent  la . 
pnysionomie  sont  celles  de  la  bouche  et  des 
yeux.  Plus  l'ouverture  de  la  bouche  est 
grande,  plus  les  dents  sont  apparentes ,  et 
]|ius  la  physionomie  a  de  la  dureté.  Plus 
l'ouverture  des  paupières  est  considérable 
dans  le  sens  de  son  petit  diamètre,  plus  le 
globe  de  l'œil  est  saillant  ;  ce  qui  donne  un 
air  hasard  au  visage,  et  une  plus  grande 
énergie  à  l'expression  de  la  frayeur.  Une 
disposition  contraire  rend  les  yeux  à  demi 


voilés  par  Jes  paupières  ,  et  répand  sur  la 
physionomie  une  teinte  de  douceur.  Lorsque 
le  rétrécissement  de  l'ouverture  oculaire  a 
lieu  dans  le  sens  de  son  plus  grand  diamè- 
tre, l'œil  est  rond;  dis|K)sition  qui  ajoute  à 
l'expression  de  la  gaieté,  qu*elle  semble  ren- 
dre plus  vive  et  plus  pétillante. 

Enfin,  les  yeux  influent  sur  la  physiono- 
mie par  leur  éclat  et  leur  couleur. 
'  yainement,dans  lessentimentsimpètueui, 
les  muscles  de  la  face  se  mouvraient  vive- 
ment  et  avec  force  ;  vainement  les  traits  se- 
raient saillants  ;  sans  Téclat  des  yeux  la  phy- 
sionomie resterait  inanimée,  parce  qu  il  faut, 
pour  qu'elle  ait   une  expression  véritable, 

2u  il  y  ait  harmonie  d*action  entre  tous  ses 
léments.  Cet  éclat  dépend  des  humeurs  que 
ces  organes  renferment,  et  oui ,  en  disten- 
dant la  cornée  transparente,  la  rendent,seloa 
Ion  leur  abondance  plus  ou  moins  considéra- 
ble, plus  ou  moins  propre  à  réfléchir  le  Quide 
lumineux. 

Les  couleurs  les  plus  communes  des  yeux 
sont  le  bleu,  le  gris-bleuâtre ,  le  jauQ^tre 
ou  l'orangé,  et  le  brun  plus  ou  moins  fooc^. 
Il  n'y  a  guère  que  la  couleur  bleue ,  el  \i 
brune,  qui  influent  sur  la  physionomie;  li 
bleue  en  y  répandant  de  la  douceur  et  m 
sorte  de  langueur  mélancolique  qui  ajoutek 
l'expression  des  affections  morales  douces; 
et  la  brune,  en  lui  donnant  un  éclat qiil 
rend  plus  énergique  celle  de  tous  les  seDli- 
ments  impétueux. 

Les  professions  influent  encore  sur  la 
physionomie.  Celles  oii  il  y  a  de  grands 
obstacles  à  vaincre,  des  dangers  à  affronter, 
lui  impriment  une  teinte  de  fierté  et  d'assu- 
rance qui  contraste  avec  l'expression  de  ti- 
midité des  professions  paisibles:  exemple: 
les  soldats,  les  marins,  comparés  aux  labou- 
reurs. Les  acteurs  tragiques,  dont  rhabiiû^fc 
d'exprimer  les  passions  fortes  a  modifié  1^ 
traits,  offrent,  en  général,  une  physionuffliè 
sévère  que  n'ont  point  les  acteurs  comique^. 

C'est  cette  même  habitude  qui  faii qu'après 
de  longs  malheurs,  l'expression  physiott^v 
mique  conserve  une  teinte  de  tristesse  qui 
ne  s'efface  jamais. 

Dans  les  climats  septentrionaux,  la  phy- 
sionomie est,  en  général,  plus  calme  qa^ 
dans  les  contrées  méridionales;  ce  oui  p^> 
vient  d'une  vivacité  moindre  dans  les  sea- 
timents. 

Les  peuples  qui  vivent  de  chasse,  de\f 
che,  qui  entreprennent  des  courses  m- 
leuses,  qui  sont  accoutumés  à  voir  couler^ 
sang  des  animaux  qu'ils  ont  vaincus,  ont  u^ 
physionomie  sévère,  mêlée  d'une  teinte  '^ 
cruauté,  qui  contraste  avec  la  douceur  des 
traits  des  peuples  agriculteurs  et  sédefr 
taires. 

Telles  sont  les  modifications  qu'éprourr 
la  physionomie  par  l'inRuence  des  ca»i^ 
qui  agissent  sur  elle.  Mais  souvent  elie  n'fi- 
primerait  que  d'une  manière  incomplèt^*^ 
jamais  avec  assez  d'énergie,  les  atierti"^^ 
de  l'âme,  si  le  geste  et  les  attitudes  ne  ij^ 
prêtaient  leur  secours;  aussi  cesdeuï*'* 
pressions  s'y  trouvent-elles  toi^ur>ufli>. 


liS7 


MG 


IfANTBROPOLOGIE. 


MN 


lf3S 


e(  accompagnent-elles  tons  ses  mouvements. 
PIEDS'NÔIRS    Voy.Siocx. 

PIERQHN  DE  GEMBLOUX.   Voy.  Lam- 

«▲6E. 

PIGEON,  COLOMBE,  etc.  —  On  regarde 
le  pigeon  biMtt,  columba  /irio.  Lin. ,  comme 
étant  une  e$i>èce  différente  du  pigeon  ra- 
mier (columba  palumbius].  Le  premier  a  la 
peau  au  l>ec  rougeâtre,  et  chez  le  second  eile 
est  d*un  blanc  jaunâtre.  Le  ramier  s*avance 
dans  le  Nord  bien  plus  loin  que  le  biset 
Celai-ci  est  le  seul  qu'on  ait  pu  encore  appri- 
voiser; on  en  a  obtenu  un  ^rand  nombre  de 
Tariélés.  L*éducation  du  pigeon  n'est  point 
une  chose  nouvelle;  cependant  ni  Homère, 
ni  Hésiode  n'en  ont  parlé.  Le  pigeon  do- 
iDestfijue  se  multiplia  beaucoup  a  une  épo- 
que plus  rapprochée.  Si  Homère,  faisant  la 
iii'scription  d  un  peuple  encore  mal  civilisé 
et  oe  ses  mœurs,  garda  le  silence  sur  Tédu- 
cation  du  pigeon,  ce  n*est  pas  là  une  raison 
pour  croire  que,  vers  la  même  époque,  des 
p%:uDles  de  rOnent  plus  arancés  dans  la  voie 
de  la  civilisation  aient  ignoré  ce  moyen 
il  ajouter  aux  agréments  de  la  vie. 

PIGMENT.  —  Les  pigments  étaient  dé- 
crits, il  y  a  quelques  années  encore,  comme 
des  humeurs,  comme  des  produits  de  sécré- 
tion. On  sait  aujourd'hui  que  ce  sont  de  vé- 
ritables tissus;  mais  eiclusivement  formés 
de  cellules  à  noyaux  disposées  en  couches 
simples  ou  stratifiées.  Les  cellules  pigmen- 
ta ires  sont  iransparenitê  et  incolores^  mais 
elles  contiennent  des  grains  colorés  qui  sont 
libres  à  leur  intérieur,  et  amassés  en  plus 
grand  nombre  vers  le  centre  que  vers  la  cir- 
conférence des  cellules.  Celles-ci  ont  des 
formes  très-diverses  :  polygonales^  si  elles 
.«ont  pressées  ;  plus  ou  moins  arrondies  dans 
le  cas  contraire  ;  quelquefois  triangulaires, 
trapézoïdales,  ou  bien  encore  en  voyant  des 
prolongements  qui  rencontrent  ou  *non  des 
cellules  voisines.  L'acide  acétique  dissout  les 
#*ellules  sans  attaquer  les  grains  de  pigment; 
ia  potasse  dissout  les  graines  sans  en  altérer 
la  couleur;  le  chlore  seul  les  rend  plus 
pâles 

Le  système  pigmentaire  se  trouve  dans 
Ftifil  et  les  membranes  tégumentaires  ;  les 
cheveux  contiennent  les  grains  du  pigment, 
mais  non  les  cellules  pigmentaires.  Ces 
grains  se  déposent  aussi  parfois  dans  les 
cellules  du  tissu  cancéreux. 

Dans  Tœil,  le  système  pigmentaire  occupe 
la  choroïde,  l'iris  et  la  &:e  interne  de  la 
sclérotique;  à  la  peau,  il  forme  chez  le 
nègre  une  couche  située  entre  le  corps  mu- 
queux,  dépendance  de  Tépiderme,  et  la  lame 
mince  amorphe  hyaline  qui  revêt  immédia- 
tement le  derme,  et  que  nous  avons  nommée, 
avf'C  M.  Mandl,  iumqtêe  propre  dermoide. 

L'entrée  des  muqueuses  et  surtout  la  bou- 
ehe,  chez  plusieurs  mammifères,  sont  colo- 
rées par  le  tissu  pigmentaire.  Lorsque,  sur 
une  peau  qu'on  a  laii  macérer,  Tépidcrme  se 
séfiarc  du  derme,  il  emporte  avec  lui  pres- 


que tout  le  tissu  pigmentaire,  et  il  n'en  reste 
qu'une  couche  mince  sous  le  derme. 

Une  question  importante,  au  point  de  rue 
ethnologique,  est  ne  savoir  si  te  tissu  pig- 
mentaire appartient  spécialement  à  la  peau 
du  nègre,  et  s'il  est  at)sent  de  la  peau  des 
autres  races.  Plusieurs  auteurs ,  Gordon 
entre  autres,  ont  vainement  cherché  la  cou- 
che pigmentaire  chez  le  blanc.  Plus  récem- 
ment, M.  Flourens,  après  avoir  décrit  quatre 
couches  entre  le  corj^s  papillaire  et  l'épi- 
derme  du  nègre,  a  avancé  que  deux  de  ces 
couches  manquaient  chez  le  blanc,  le  ne 
puis,  je  l'avoue ,  me  ranger  à  cette  opinion , 
et  voici  mes  raisons,  r  Les  différences  de 
teinte  entre  les  races  dites  blanches  et  entre 
les  individus  d'une  même  race,  d'une  même 
localité ,  ne  peuvent  guère  s'expliquer  que 
par  des  différences  dans  la  constitution  du 
système  pigmentaire;  2*  les  cellules  pigmen- 
taires ont  été  >ues  par  le  docteur  Simon 
dans  l'auréole  brunie  du  sein  des  femmes  en 
couches,  dans  les  taches  dites  de  rousseur, 
et  dans  les  taches  brunes  ou  noires  de  nais- 
sance ;  3*  entre  un  albinos ,  dont  la  peau  est 
entièrement  blanche ,  les  cheveux  transpa- 
rents et  incolores,  l'iris  et  la  choroïde  privés 
de  matière  noire,  entre  ces  albinos,  dis-je, 
et  l'homme  blanc  non  atteint  d'albinisme,  la 
différence  ne  peut  tenir  qu'à  l'absence  ou  la 
présence  du  pigmentum.  le  crois  donc  qu'il 
y  a  chez  tous  Tes  hommes  des  cellules  pie- 
mentaires  incolores,  et  que  le  nombre  et  la 
couleur  des  grains  de  pigment  qu'elles  ren- 
ferment est  la  cause  des  différences  de  colo- 
ration dans  les  diverses  races  et  dans  les  di- 
vers individus  d'une  môme  rai:€.  le  n'ii^ 
point  tiré  argu.menl  de  la  coloration  que 
prennent  chez  l'Européen  les  parties  expo- 
sées au  soleil,  parce  que  je  ne  suis  pas  con- 
vaincu qu'elle  ait  sou  siège  dans  les  cellules 
pigmentaires. 

Le  système  pigmentaire  est  simple.  Bien 
qu'en  général  il  y  ait  à  son  voisinage  un 
assez  grand  développement  de  capillaires  san- 
guins, il  ne  reçoit  cependant  ni  vaisseaux, 
ni  nerfs,  et  ne  se  compose  (]ue  de  cellules 
placées  dans  un  tissu  cellulaire  amorphe. 

Des  expériences  ont  prouvé  que  le  soleil 
cause  moins  facilement  la  vésication  de  la 
peau,  lorsqu'elle  est  protégée  par  une  cou- 
che noire.  Voy,  Peal. 

PINTADE.  —  La  pintade,  numida  me/eo- 
gris,  peuplait  les  basses-cours  des  Grecs  et 
des  Romains,  comme  l'attestent  Columelle, 
Varron  et  autres.  Cet  oiseau  est  sauvage  dans 
toute  l'Afrique,  depuis  le  nord  jusquà  l'ex- 
trémité du  cap  de  Bonne-Espérance  (T53L 
Columelle  cite  déjà  (1.  xjii,  c.  ây  deux  espè-- 
ces  ou  variétés  de  pintade,  l'une  portant  sur 
la  tète  une  excroissance  ronge,  et  une  autre 
chez  laquelle  cette  excroissance  est  bleue;* 
il  nomme  la  première  âallina  africana,  et  lar 
seconde  meleagris.  Paltas  met  aussi  plu- 
sieurs espèces  de  nintades  (75^},  à  Tune  des-- 
quelles  il  donne  le  nom  de  numida  mitrata^ 


755;  LUfiUnsiein$  lîàun^  Ih.  u,  s.  40 1. 


(754)  Spidleg.  sooL,  t.  IV,  p.  fo. 


Hôd 


PLA 


DICTIONNAIRE 


rou 


iiiO 


tI  y  réunit  la  gallina  qfricana  de  Coluuielle. 
11  parait  que  dan»  une  antiquité  plus  recu- 
lée, les  Grecs  ne  reléguaient  point  la  pintade 
dans  les  basses-cours,  et  qu'à  Rome  même 
on  la  vendait  encore  un  prix  assez  élevé. 
Elle  vint  sans  doute  en  Grèce  et  à  Rome  par 
Cjrrène  ou  par  Carthage. 

PISANG.  Voy.  Bananier. 

PLANTES  POTAGÈRES.  —  Parmi  les 
plantes  potagères  que  nous  cultivons  dans 
nos  jardins,  il  en  est  quelques-unes  qui 
sont  connues  depuis  très-longtemps  et  dont 
parlent  les  anciens  auteurs  :  d'autres ,  au 
contraire,  ne  sont  citées  que  par  les  écrivains 
modernes.  La  patrie  des  premières  est  igno- 
rée, c'est  un  rapport  qu  elles  ont  de  commun 
avec  les  céréales.  Les  poésies  d'Homère 
parlent  peu  des  légumes,  car  les  héros  de 
son  siècle  ne  vivaient  que  de  viande,  comme 
Fa  déjà  remarqué  Athénée  ;  Hé  amède,  pour 
exciter  le  vieux  Nestor  à  boire,  lui  fait 
manger  des  oignons.  Presque  toutes  les 
alliacées  dont  nous  faisons  usage  étaient 
connues  des  anciens,  même  les  échalottes  et 
la  ekettty  comme  le  prouvent  les  mentions 
qu'on  en  trouve  dans  divers  ouvrages  (755J, 
mais  on  isnore  la  patrie  de  ces  [Mantes:  il 
est  probable  qu'elles  tirent  leur  origine  d*un 
climat  tempéré ,  car  elles  s'accommodent 
très-bien  du  nôtre,  ou  bien,  si  elles  tirent 
leur  origine  des  pays  chauds,  elles  crois- 
saient sur  des  montagnes  élevées.  Le  chou 
fut  connu  des  anciens  dans  une  antiquité 
très-reculée.  Aristophane  en  parle  souvent, 
et  Pythagore  a  composé  un  traité  sur  ses 
vertus  médicales,  qui  prouve  Qu'on  faisait 
remonter  son  origine  à  une  époque  plus 
ancienne.  Us  connaissaient  aussi  le  chou 
vert  [fâffOL^)  et  le  chou  frisé  (x^àfACn)  ;  ils 
connaissaient  encore  le  chou  cabus  et  le 
brocoli  à  ti^es  blanchâtre^,  mais  le  chou-fleur 
leur  était  inconnu,  et  Prosper  Alpin  cite  le 
chou-fleur  comme  une  production  nouvelle 
en  Egypte.  Le  chou  {braêsica  oleracea)^  croît 
spontanément  sur  les  côtes  rocheuses  du  sud 
et  de  l'ouest  de  l'Europe.  L'antiquité  connut 
aussi  la  blète  (6/i7tim),  sans  doute  Vamaran- 
thu8  blitumy  et  autres  espèces  voisines  qui 
croissent  à  l'état  sauvage  en  Europe,  parti- 
culièrement dans  la  partie  méridionale.  Ils 
firent  aussi  usage  de  ïaroche  {alriplex)^  du 
lapathum  (rumex  patientia)^  qu'ils  recueil- 
laient même  sauvage;  des  laitues  dont  la 
patrie  est  inconnue;  dos  mauves,  que  sans 
doute  aussi  ils  cueillaient  sauvages.  Hésiode 
les  cite  comme  faisant  avec  les  bulbes  mu- 
cilaçineuses  d'asphodèle  ,  la  nourriture  des 
malheureux.  Rien  n'est  plus  commun  que 
de  rencontrer  sur  les  sommets  pierreux  des 


Cette  plante  bulbeuse  que  GalUcn  comparjK 
à  la  souille,  vient  2ûouter  encore  à  to  diffi- 
culté do  déterminer  Tasphodèle  des  anciens 
mais  on  doit  croire  qu  il  ne  la  connaissait 
pas,  ou  que  de  son  temps,  dans  son  pays, 
on  donnait  le  nom  d'asphodèle  à  une  autre 
plante  que  cejle  indiquée  précédemment 
sous  ce  nom.  Les  anciens  employaient  en- 
,  core,  comme  assaisonnement,  diverses  autres 
plantes ,  telles  mie  le  fenouil  [anethum  (m- 
culatum)^  Yaneth  odorant  (anethum  grateo- 
lens)^   le  coriandre  ^  dont  on  mange  encore 
les  feuilles  dans  l'Europe  méridionale ,  où 
croissent  aussi  ces  trois  plantes  à  l'état  sau- 
vage; le  persil  y  la  roquette  {brassica  mira), 
dont  maintenant  on  ne  fait  plus  guère  usage. 
On  mangeait  Y  asperge  comme  aujourd'hui, 
les  racines  de  la  bette  ^  la  carotte  (daum 
carota  ou  staphylinus\  le  panais  (elapho- 
boscum),  la  grosse  rave  (brassica  rapa)^  le  pftit 
radis  (raphanus   sativus)^  le  chertis  («lui» 
sisarum).  La  patrie  de  ces  deux  dernières 
plantes  est  ignorée.  La  bette,  le  persil, la 


eu  est  de  même  pour  la  grosse  rave.  La 
courge,  le  melon^  le  coneembrej  furent  égak- 
ment  connus  des  anciens  (756);  leurpaysori- 
ginaire  nous  est  ignoré,  mais  il  est  probable 
que  ce  fut  une  région  chaude,  car  ces  plantes 
gèlent  facilement.  Nous  avons  encore  des 
plantes  inconnues  aux  anciens,  et  dont  la 
patrie  est  ignorée ,  le  céleri ,  qu'on  Iroure 
aussi  à  l'état  sauvage,  la  scorxonnire  ou  sal- 
sifis noir  [scorxonnera  hispanica),  le  salsifis 
blanc  {tragopogon  porrifolius)  ^  le  eerfm\ 
bulbeux  (chcerophyÙum  oulbosum),  et  autres 

Elantes  qui  souvent  se  trouvent  sauvages. 
^onagre  {œnothera  biennis)^  qu'on  mange 
dans  quelques  eudroits,  parah  nous  élK 
venu  ae  l'Amérique. 
POILS.  Voy.  Cheveux  humaixs. 
POIS.  Voy.  Letitilles. 
POLYNÉSIENNE    (BbancheJ.    Voy.  M*- 

1\Y0-P0LYNESIENS 

POTOWAÏOMIS.  Voy.  Algonqlins. 

POULE.  —  Les  oiseaux  domestiques  indi- 
quent chez  un  peuple  un  degré  de  civiIi^a- 
tion  plus  élevé  que  les  quadrupèdes.  Ils  ne 
sont  pas  d'une  nécessite  première  comme 
ceux-ci.  L'homme  s'était  déjà  construit  une 
maison  lorsqu'il  pensa  à  élever  des  oîscaui. 
Ils  ajoutent  un  agrément  à  un  état  social 
déjà  amélioré ,  mais  ils  ne  sont  pas  cause 
première  de  cette  amélioration. 

Les  poules  sont  des  oiseaux  qu'on  appri- 
voisa de  bonne  heure;  mais  il  est  permis 
de  douter  qu'il  en  soit  fait  mention  dans  la 


montagnes  de  la  Grèce,  les  belles  tiges  de     Bible  (757).  Homère  ni  Hésiode  n'en  disent 
Yasphodele  en  fleur  [asphodelus  ramosus).     rien ,  quoique  souvent  l'occasion  s'offrit  i 


(7j)5)  La  Bible  (NombreSy  xi,  5)  parle  des  oignon» 
et  des  aalx  de  TËsypte ,  bedsalm,  schoumim,  qui 
portent  encore  cliêz  les  Arabes  le  même  nom,  badsal^ 
et  tsoum  au  singulier.  Parmi  les  alliacées  citées  dans 
ro  verset,  ilgui*e  encore  le  chaUir^  qvCon  traduit 
roniniuiiémenl  par  poireau  ;  mais  cette  traduction 
parait  moins  certaine  que  celle  des  noms  précé- 
dents. 


(750)  Il  est  question  dans  la  Bible  {S&mb.^  lu  '1. 
des  concombres  et  des  melons  de  PEgypte,  kitcki, 
afrciiûcAtm,  appelés  encore  mainieiiant  |Nir  lesArate 
khiUa  et  bilthich.  \ 

(757)  BocHART ,  Hierozoicon^  2'  part. ,  Ut.  f  ? 
vh.  16.  En  effet,  tous  les  passages  cités  nar  ce  ^* 
van{  qui  ont  pu  être  appliqués  par  les  roodem^^^  ^ 
gnlliaacces,  roiil  été  ainsi  à  cause  de  Tînterp  eu 


iiil 


PRl 


DAKTHROPQUmE. 


PM 


Ittt 


v  'S  |x)ë(es  (j'en  parler.  La  compositioD  de  la 
luaîbon  d*Uly5se  est  décrite  avec  tant  de 
détails,  qu'on  doit  s'étonner  qu'il  n'y  soit 
|K)int  question  de  poules»  comme  il  parait 
aus<^i  très-eitraordinaire  qu'un  poème  sur 
l'économie  agricole  et  domestique  [optra  ei 
dÛM)  n'en  dise  rien  (758).  Plus  tard,  c'est-à- 
dire  à  l'époque  des  tragiques  et  des  comiques 
grecs,  il  est  souvent  parlé  du  coq  :  on  f ite 
les  combats  de  coqs  qui  se  faisaient  à  Athènes 
au  temps  de  Ttiémistocle  (739).  Les  gallina- 
cées  ont  donc  été  importés  en  Grèce  entre 
l'époque  où  écrivirent  les  premiers  poètes  et 
celle  où  parurent  les   poètes  dramatiques. 
11  est  probable  que  l'Inde  est  la  patrie  du 
coq  domestique.  Sommers,  dans  son  voyage 
aux  Indes  orientales,  a  décrit  et  figuré  un 
(ftq  sauva;^e  qu'on  trouve  dans  les  forêts  de 
rinloustan  (t.  II,  p.  9^,98),  qui  pourtant  dif- 
fère beaucoup  du  nôtre,  et  qui  vraissenibla- 
blement  appartient  à  une  autre  espèce.  L'ex- 
trémité des  plumes  du  cou  sont  larges  et 
cartila^neuses ,  particularité  qu'on  observe 
aussi  chez  le  jaseur  de  Bohême  {ampelU 
garrului).  La  poule  sauvage  n'a  sur  la  tète 
ni  irrète,  ni  appendice  charnu  :  caractère 
essentiel  que  n  a  pu  amener  la  domesticité. 
Les  Indiens  prennent  ce  coq  dans  les  forêts; 
ils   le  dressent  pour  les  combats  de  coqs, 
fiarce  qu'il  est  plus  fort  et  plus  courag;eux 
que  le  coq  privé.  Le  phasianus  rariiM,  foisao 
ftanaché,  autre  espèce  originaire  de  Java,  a 
été  pris  aussi  pour  la  souche  primitive  du 
C4>|  domestique;  mais  il  en  diffère  entre 
autres  choses  par  sa  crête,  qui  n'est  point 
deotée  (760).  L  espèce  qui  approche  le  dIus 
de  nos  cogs  domestiques  est  le  coq  de  bati^ 
kira^  originaire  des  forêts  solitaires  de  Java 
et  de  Sumatra,  que  Teminck  a  fait  connaître 
le  premier  (761).  Il  n'y  a  certainement  point  à 
douter  que  quelques-unes  des  variétés  du 
co}  privé  ne  viennent  de  ce  coq  de  Bankiva. 
Ce  fait  est  un  argument  d'un  çrand  poids  à 
l'appui  de  la  preuve  des  relations  de  com- 
merce qui  ont  existé  primitivement  entre 
res  contrées  méridionales  et  celles  du  nord. 
Cependant  d'autres  variétés  pourraient  bien 
aussi  tirer  d'ailleurs  leur  origine  ;  et  alors 
<^e  présente  tout  naturellement  un  passaze 
d'A thénée(l.  xiv,  c.  20)qui  place  la  patrie  du 
coii  dans  la  Perse. 

PRATIQUES  RELIGIEUSES,  leurnécessité 
fw-kur  dévelopi>er  le  moral  et  l'affermir.  Voy. 

MOBAL. 

PRESBYTIE.  Voy.  Œil. 
PRÉVOYANCE,  inventions  qui  la  prou- 
va'iit.  Voy.  VIfiiroduciion. 

PRIORITÉ  DES  RACES.  --  Dès  que  la 

niéihofJe  scientiri^ue  a  cessé  demutifer  les 
ifuestions  de  leur  partie  antique  et  trans- 
f-en.lentale,  on  a  vu  poindre  le  désir  de  po- 
«^T  le  problème  de  la  priorité  des  races  après 

t'u<*n  des  rabbitis  ou  de  la  version  cbaldaîque,  au^on 
sa-t^rede  beaucoup  poslérieure  aui  livres  de  la 
l(tl«lf*.  Reste  seuleme  :1  le  passage  où  il  est  question 
«l#*^  mei>  servis  à  Salomon,  dans  rénuméralion  di*s- 
civM'Is  Hji^arc  le  barbourim^  que  Kimclii  Ira  fuit  par 
r*>^%  rKtiraîêêé»^  et  li;  T.ir*:.  Ae  Jérusalem  par  oie», 
<««r>ciiius  se  iaug«-  â  celle  «Icniiére  opinion. 


le  problème  de  l'unité  ou  de  la  mullipli- 
cité  des  espèces,  n  y  a  des  non-unitaires 
de  bon  accommodement  qui  réduisent  leurs 
eiigences  à  deux  espèces  premières,  une 
blanche  et  une  noins  dont  1  union  explique- 
rait toutes  les  variétés  aujourd'hui  connues. 
Ce  que  nous  avons  dit  du  croisement  ne  per- 
met pas  d'exagérer  à  ce  point  l'importance 
de  son  rôle.  D*autre$  cntiques  voudraient 
voir  Texplosion  simultanée  de  toutes  les  * 
nuances  actuelles  dans  la  deuxième  ou  troi- 
sième génération  de  la  famille  adamique , 
par  une  spontanéité  comparable  à  celle  des 
couleurs  aue  nous  voyons  apparaître  dans 
une  génération  d'animaux  domestiques  ; 
une  couvée  de  poulets,  une  portée  de  chats, 
de  lapins,  etc. 

En  admettant  ce  fait  primitif,  il  resterait 
à  savoir  pourquoi  la  même  bigarrure  ne 
reparaît  plus  au  môme  degré  et  pourquoi 
les  r4>uleurs  venues  'spontanément  se  se- 
raient perpétuées  par  la  génération  ? 

Ce  que  nous  avons  déjà  dit  de  la  puis- 
sance des  milieux  et  de  1  énergie  physiolo- 
gique des  races  dans  le  monde  ancien,  ré- 
pondrait jusqu'à  un  certain  point.  La  prin- 
cipale incertitude  serait  reportée  sur  la  cou- 
leur et  la  forme  première  d*où  les  autres 
formes  et  couleurs  auraient  dévié.  Cette 
question  physiologique  est  très-importante, 
puisqu'elle  renferme  le  grave  problème 
moral  :  L*humanité  a-t-elle  commencé  par 
la  civilisation  ou  par  la  barbarie? 

Admettons  la  crovance  favorite  de  notre 
orgueil  :  L*homme  blanc  est  Télaboration  la 
plus  avancée  de  Tintelligence  et  de  la 
oeauté;  il  nous  faudra*  conclure  que  le 
procès  humanitaire  est  un  accident  rare  et 
lent  ;  car  les  races  blanches  ne  forment  pas 
même  un  tiers  de  l'humanité  entière.  Si 
rhomme  basané  ou  noir  fut  rbomme  primi- 
tif il  semble  devoirattendre  encore  sa  trans- 
formation deux  fois  le  temps  employé  par 
la  nôtre,  en  supposant,  chose  fort  douteuse, 
que  toutes  les  zones  puissent  s'harmoniser 
avec  une  race  unique  et  blanche  1 

Nos  lecteurs  sont  préparés  à  une  doctrine 
plus  consolante  et  plus  prouvée.  Le  basané 
et  le  noir  sont  des  dégénérescences  du  type 
primitif.  Mais  le  retour  vers  ce  type,  pos* 
sibie  par  les  voies  lentes  de  l'émigration , 
du  progrès  social  et  des  croisements,  ce 
retour  s'opère  instantanément  par  l'albi- 
nisme ;  phénomène  exceptionnel  qui  re<-ons- 
tniit  et  démontre  la  règle  première. 

Un  couple  albinos  peut  coloniser  des 
blancs  au  beau  milieu  de  populations  basa- 
nées quand  le  climat  permettra  le  maintien 
de  ces  blancs  et  leur  élargissement  en  na-> 
tion.  Cette  théorie  me  parait  une  des  ex- 
plications les  plus  vraisemblables  de  ces 
toiirages,  tribu  blanche  découverte  sur  le 

(75H)  La  Batrochomyomachie  die  le  coq  (v.M9l); 
mais  il  est  ëtahli  que  ce  poënie  a  été  composé  Imt^ 
temps  ap*'ès  Honicre. 

(1%^)  Ei.iE5,  Var.  Hi$t.,  n,  58. 

(7(îO)  Mar'i  matnraliu^»  nnudtaw^  p.  5.*»5. 

(7t>i^  Hw.  Httlurelte  éei  yaUhûcén'  .Vnisterdan 
i815,  5  Tol. 


!S45 


R\C 


DTCTIONNÂIRE 


RAC 


m 


haut  plateau  de  TAfrique  méridionale,  et 
de  plusieurs  tribus  fort  pÂles  rencontrées 
sur  les  régions  fraîches  des  Alpes  améri- 
caines. 

Ce  serait  abuser  du  même  fait  que  d'ac- 
cepter sans  réserve  la  tradition  cmgalaise 
3ue  nous  rapporterons  au  mot  Roux;  et 
'attribuer  à  un  couple  albinos,  issu  de  pa- 
rents basanés,  l'origine  et  le  développe- 
'  ment  de  la  race  blanche  tout  entière.  Cette 
race ,  en  Asie ,  est  enserrée  sur  trois  côtés 
par  les  races  basanées  :  même  en  Europe  et 
en  Afrique  septentrionale ,  les  lapons  et  les 
nègres  lui  servent  de  cadre,  comme  les  ba- 
sanés et  les  noirs  dans  TAmérique  et  dans 
toutes  les  colonies.  La  race  blanche,  consi- 
dérée sur  la  mappemonde ,  a  vraiment  l'air 
d*uu  grand  albinisme.  Mais  nous  allons  voir 
que  cet  argument  est  plus  spécieux  aue  so- 
lide. 

Un  savant  prélat,  à  qui  l'ethnographie 
doit  un  exposé  concis  du  dogme  unitaire , 
déclare  que  la  priorité  de  telle  ou  telle  race 
est  plus  difficile  à  établir  que  le  départ  de 
toutes  d'une  seule  famille.  Il  rentre  simple- 
ment dans  les  données  traditionnelles  rela- 
tives à  la  couleur  de  nos  premiers  narents 
sans  déduire  des  motifs  scientifiques  de  cette 
conclusion. 

Prichard  dans  sa  première  collection  eth- 
nographique, avait  posé  l'état  primitif  de 
l'humanité  dans  la  race  nègre  et  ses  progrès 
successifs  dans  le  passage  au  basané  et  au 
blanc.  Son  dernier  livre  n'a  pas  reproduit 
cette  opinion  plus  inoffensive  assurément 
que  celle  de  la  graduation  des  Ames.  Pri- 
chard excelle  à  colliger  des  faits  et  même  à 
les  rapprocher  avec  sagacité.  L'ethnographie 
doit  une  reconnaissance  infinie  à  son  savoir 
et  à  sa  patience.  Mais  cette  masse  de  faits 
voile  plutôt  qu'elle  ne  fait  éclater  la  thèse 
unitaire  ;  l'argument  philosophique  est  indé- 
cis comme  la  conclusion  d'une  foule  de 
hautes  questions  de  morale  et  d'histoire 
qu'il  est  bon  d'entamer  avec  modestie,  mais 
périlleux  d'abandonner  avec  le  doute. 

La  priorité  de  l'état  sauvage  ou  de  la  civi- 
lisation est  une  des  questions  laissées  par 
lui  dans  ce  douloureui  suspens.  L'antério- 
rité de  la  race  nègre  trancherait  l'incerti- 
tude mais  en  faisant  commencer  l'humanité 
f^ar  la  vie  sauvage  dont  le  nègre  porte  la 
ivrée  la  plus  prononcée.  La  bouche  forte  et 
les  cosses  oreilles  des  races  basanées  sont 
aussi  des  soignes  de  décadence.  D'ailleurs  la 
position  géographique  des  nègres  ou  quasi 
nègres,  est  assez  variée,  mais  toujours  elle 
se  trouve  à  l'extrémité  des  rayons  chroma- 
fiques  que  nous  avons  vu  diverger  de  l'Asie 


centrale  :  L'Afrique,  Malacca,  rOcéanie^la 
Californie ,  les  îles  Aléoutiqnes. 

Desmoulins  avait  placé  des  Nègres  au  Ne- 
pauI  où  l'on  a  trouvé  des  blonds.  L'hypo- 
thèse de  Prichard  se  serait  fort  accommodfe 
de  cette  supposition.  La  race  placée  à  ]*ex- 
tréraité  du  rayon  peut  indiquer  la  première 
et  la  plus  lointaine  émi^ation  de  l'hama- 
nité,  mais  non  son  premier  état  qui  a  été 
modifié  par  des  climats  nouveaux  et  par  des 
décadences  sociales. 

Le  nègre,  t;rpe  primitif  de  l'homamlé, 
se  rencontrerait  encore  parfois  dans  les  cri- 
ses éprouvées  par  les  autres  races  dériées 
de  ce  type.  L'albinos  est  un  accident  très- 
fréquent  chez  toutes  les  races  basanées  et 
môme  nègres.  Le  roux  est  un  accident  plus 
rare  que  celles-ci ,  mais  constaté  aussi  cbei 
les  basanées  et  fréquent  chez  les  blanches. 
Chez  celles-ci,  au  contraire,  le  méianisme 
n'est  que  partiel,  indécis  et  rare.  Le  mezzo- 
termine  de  toutes  les  nuances,  Falbinos 
robuste ,  le  roux,  réunît  seul  toutes  les  con- 
ditions physiologiques  pour  l'origine  de  la 
famille  humaine  et  pour  ses  permutatioas 
successives. 

Toutes  les  races  se  ressemblent  dans  h 
première  enfance ,  puisque  les  races  les 
plus  basanées  naissent  souvent  dans  uDe 
peau  claire  et  des  cheveux  très-blonds  sorte 
d'albinisme  temporaire  qu'on  a  obserré 
partout.  On  trouve  encore  une  analogie  s:ik 
gulière  entre  la  face  des  jeunes  enfants 
blancs  et  la  face  des  adultes  chez  les  nations 
colorées  :  Un  petit  nez  releré ,  caché  entre 
d*énormes  pommettes  de  joues  tursides  qui 
gonflent  les  lèvres ,  même  au  delà  du  ni- 
veau du  nez.  L'enfance  sociale  des  nations 
basanées  se  marquerait-elle  aussi  sur  les 
traits,  comme  on  a  cru  voiries  états  sociaui 
se  graduer  dans  la  configuration  des  crânes  f 
Curieux  aperçus,  graves  questions  que  le 
temps  et  la  science  devront  mûrir. 

PRIORITÉ  DE  LA  CIVILISATION.  Voy.  ïw- 

CABILITÉ    DES  RAGES. 

PROGNATHE.  Voy.  Cranet. 
PROGRÈS.    Voy.    Destiï^ébs    des  Ricw 

HUMAINES. 

PSYCHOLOGIE  des  DrvERSSs  races  n- 
HAINES.  Voy.  Races  humaines. 
PSYCHOLOGIE  générale  de  l'homme.  % 

CARAGTÉRISTIQtJE  DE  l'hOMME. 

PSYCHOLOGIE  des  nations  africaines. 
Voy.  Races  humaines. 

PSYCOLOGIE  des  nations  nègres.  Toi 
Rages  humaines. 

PUELCHES.    FotS  MÉDITERRANfalfS. 

PUISSANCE  ET  GRANDEUR  de  rhomme 
Voy.  Vlntroduciion. 


R 


RACES  humaines,  leur  classification.— 
Aux  articles  Crâne,  Cheveux  humains.  Peau, 
Os,  Genre,  etc.,  nous  avons  passé  en  revue 
}ms  exemples  les  plus  remarquables,  les  plus 
Uranchés,  les  cas  extrêmes  des  diversités  de 


forme  et  de  couleur  qui  se  montrent  d^ 
les  races  humaines,  et  nous  l'avons  ftiioat^ 
le  but  de  déterminer  s'il  n'y  en  a  pas  ^m» 
le  nombre  qui  s'élèvent  au  rang  de  diff^i?»* 
ces  spéi'ifiques.  Nous  avons  démontré  qu*"* 


1245 


me 


D^ANTOROPOLOGIE. 


RAC 


liM 


cuoe  des  particularités  physiques  qui  distin- 
guent entre  elles  les  oiverses  familles  hu- 
maines ne  dépasse  les  limites  auxquelles 
peut  atteindre  une  rariété  naturelle ,  qu'au- 
cune ne  sort  de  la  sphère  de  cette  sorte  de 
Tariations  qui,  dans  presque  toutes  les  espè- 
ces Tivantes,  sont  prêtes  a  nattre  sous  Tm- 
fluence  de  causes  laTorables  à  leur  dérelop* 
pement.  {Voy.  Vaiiatio^is.)  Il  nous  reste  à 
étudier  maintenant  Tordre  dans  lequel  la 
nature  a  croupe  ou  distribué  ces  phénomè- 
nes, et  à  découvrir  les  circonstances  au  mi- 
lien  desquelles  ils  se  montrent. 

On  a  proposé  déjà  bien  des  systèmes  diffé- 
rents de  classification  pour  les  Tariétés  de 
la  famille  humaine;  et  parmi  les  écrivains 
qui  considèrent  le  genre  humain  comme 
comprenant  plusieurs  races  distinctes,  il  n'y 
en  a  pas  deux  qui  s'accordent  sur  le  nombre 
de  groupes  à  établir.  Cette  division ,  ne  re- 
posant point  sur  des  principes  fixes,  laisse 
un  champ  libre  à  l'arbitraire,  et  permet  à 
chaque  auteur  d'établir,  suivant  que  cela  lui 
convient  mieux,  un  grand  ou  un  petit  nom- 
bre de  sections.  De  là  il  arrive  que  chaque 
nouvel  ethnologiste  défait  l'arrangement  de 
son  prédécesseur,  subdivise  les  nations  ou'il 
arait  réunies,  réunit  celles  qu'il  avait  sépa- 
rées. Pour  moi,  qui  suis  loin  de  regarder 
comme  un  fait  établi  que  l'espèce  humaine 
s^^Mt  sortie  originellement  de  plusieurs  sou- 
ches distinctes,  je  n'ai  point  à  en-rer  dans 
cette  discussion.  Je  m'efforcerai  de  décrire 
brièvement  les  principales  races  d'hommes, 
en  considérant  comme  familles  distinctes 
celles  dont  l'existence  repose  sur  les  preu- 
ves historiques,  et  spécialement  sur  les  preu- 
ves dérivées  de  la  considération  des  langues; 
car  de  tous  les  caractères  par  lesquels  un 
peuple  se  distingue  des  autres,  la  langue  est 
le  plus  permanent,  et  on  peut  montrer  que, 
dans  beaucoup  de  cas,  il  a  survécu  même  à 
des  changements  très-considérables  dans  les 
caractères  phvsiques  et  moraux.  La  glosso- 
logie,  ou  rhfstoire  des  langues  fondée  sur 
une  analyse  attentive  et  profonde  de  leurs 
ra|i|)orts,  est  un  champ  d'investigations  pour 
ainsi  dire  tout  nouveau,  mais  qui  a  déjà  été 
exploré  avec  beaucoup  de  succès,  et  dans 
le  {uel  on  fait  chaque  jour  de  grandes  dé- 
couvertes. Chaque  jour  aussi  on  arrive  à  se 
mieux  convaincre  de  la  nécessité  de  donner 
)»our  base  à  l'ethnologie,  c'est-à-dire  à  l'his- 
toire des  nations,  l'étude  des  rap|)or(s  qui 
existent  entre  leurs  langues  respectives.  Le 
grand  but  qu'on  se  profiose  dans  cette  étude 
est,  en  effet,  bien  moins  de  tracer  l'histoire 
des  langues,  que  celle  des  races  d'hommes 
dont  elles  servent  à  attester  l'affinité.  Nous 
tiendrons  compte  en  même  temps  des  gran- 
des distinctions  physiques  dont  il  a  été 
question  dans  les  articles  indiqués  plus 
haut,  et  surtout  des  trois  divisions  relatives 
à  la  forme  du  crâne.  C'est  probablement  la 
]ilus  permanente  de  toutes  les  variétés  phy- 
siques, et  on  ne  peut  du  moins  se  dispenser 
d*y  avoir  éçard  quand,  dans  une  classitica- 
tiôn,  il  s'a^il  de  fiistrihuer  des  nations. 

La  distribution  la  plus  connue  et  la  plus 


généralement  reçue  aujourd'hui  est  celle  qui 
se  recommande  par  I  adoption  qu'en  avait 
faite  G.  Cuvier.  Elle  n'ap[*artient  pas  tout 
entière  à  ce  grand  écrivain,  mais  il  Ta  expo- 
sée d'une  manière  plus  complète  et  plus 
précise  qu'on  ne  l'avait  fait  avant  lui.  Ce 
système  rattache  les  différentes  races  humai- 
nes à  autant  de  chaînes  de  hautes  montagnes, 
qui  en  sont  en  quelque  sorte  le  berceau.  Go 
suppose  que  la  première  patrie  ou  la  station 
primitive  des  races  qui  ont  peuplé  l'Europe 
et  l'Asie  occidentale  est  le  mont  Caucase. 
D'après  cette  conjecture,  les  Européens,  un 
grand  nombre  de  nations  asiatiques,  et 
même  quelques  Africains,  ont  reçu  la  nou- 
velle désignation  de  Caucasiens.  On  suppose 
de  même  que  les  nations  de  l'Asie  orien- 
tale ont  leur  origine  dans  le  voisinage  de 
la  chaîne  altaîque;  on  les  désigne  sous  le 
nom  de  races  mongoles,  généralisant  ainsi 
le  nom  qui  appartient  en  propre  à  des  peu- 
ples habitant  les  plus  hautes  régions  de  cette 
vaste  chaîne  de  montagnes.  Les  nègres  afri- 
cains, auxquels  on  donne  pour  berreau  le 
versant  méridional  de  l'Atlas,*  sont  désignés 
simplement  sous  le  nom  de  race  éthiopienne, 
les  Ethiopiens  étant  le  seul  peuple  noir 
connu  dans  la  haute  antiquité. 

C'est  par  suite  de  Quelques  notions  assez 
vasues,  empruntées  les  unes  à  la  physique 
spéculative,  les  autres  à  l'histoire,  ou  plutdt 
à  la  mylholo^e,  qu'on  a  été  conduit  a  rap- 
porter a  certains  points  très-élevés  du  globe 
l'origine  des  races  humaines.  Les  premières 
cimes  de  montagnes  qui  surgirent  au-dessus 
de  la  surface  de  l'Océan  primitif  durent, 
comme  disent  certains  philosophes  théori- 
ciens, être  «  le  premier  théâtre  sur  lequel 
se  montra  la  vie  organisante  de  la  nature.  » 
Wildenow  et  d'autres  naturalistes ,  qui 
comme  lui  se  sont  occupés  de  l'histoire  des 
familles  végétales,  les  supposent  concen- 
trées d'abord  sur  un  petit  nombre  de  régions 
montagneuses,  d'où  elles  se  seraient,  avec  le 
temps,  répandues  vers  le  plat  pays,  en  pous- 
sant des  colonies  le  long  des  torrents  et  des 
rivières  qui  prennent  leur  source  dans  ces 
montagnes.  Ainsi,  c'est  à  tous  les  êtres  orga- 
nisa, à  tous  les  êtres  vivants,  gue  les  hautes 
montagnes,  suivant  une  opinion  fort  com- 
mune, auraient  autrefois  servi  de  berceau. 

Les  théories  géologiques  ont  dû  aussi 
contribuer  à  populariser  ces  idées  ;  et  nous 
ne  voulons  pas  ici  parler  seulement  des 
théories  de  Buffon  et  de  Baillj,  mais  encore 
des  opinions  des  anciens  philosophes,  qui, 
longtemps  avant  l'époque  de  Justin  et  de 
Pline,  soutenaient  déjà  que  les  montagnes 
de  la  haute  Asie  devaient  avoir  été  la  pre- 
mière partie  du  monde  habitée  par  les  hom- 
mes, attendu  que  cette  région  devait,  dans 
l'abaissement  graduel  de  température  qui 
s'opère  à  la  surface  de  notre  planète,  avoir 
été  refroidie  la  première,  et  que  la  première 
aussi  elle  avait  dû  s'élever  au-dessus  du 
niveau  de  l'Océan. 

D'un  autre  côté,  les  traditions  poétiques 
du  monde  ancien  représentent  les  hautes 
montagnes  comme  ayant  été  le  théâtre  des 


i3i7 


RâG 


DICTIONNAIRE 


RâC 


m 


premières  aventures  mythiques  des  dieux 
et  des  hommes,  comme  les  points  de  la  terre 
sur  lesquels  venaient  d'abord  se  poser  les 
êtres  célestes,  lorsi}u*ils  descenaaient  de 
leurs  demeures  éthérées  pour  habiter  parmi 
les  hommes  et  pour  devenir  les  patriarches 
du  genre  humain. 

Les  hautes  montagnes  sont  les  pomts  du 
^lobe  sur  lesquels  l'aurore  de  Tnistoire  a 
jeté  ses  premiers  rayons;  c'est  de  là  que 
part  le  fil  des  lé^enaes  des  premiers  Ages, 
dans  la  cosmogonie  des  Indous,  c'est  sur  le 
sommet  du  Maha-Mcru,  montagne  qui  s'é- 
lève au  milieu  des  sept  grandes  péninsules 
(Dwipas),  n  comme  le  pistil  du  lotus  au 
milieu  de  ses  pétales  épanouies,  »  c'est  sur 
celte  montagne,  disons-nous,  que  Brahma, 
le  créateur,  siège  sur  un  trône  élevé  couvert 
d'or  et  de  pierreries,  et  est  adoré  par  les 
Rishis  et  les  Gandharbhas,  tandis  que  les 
gouverneurs  des  quatre  divisions  de  l'uni- 
vers ont  leur  place  sur  les  quatre  faces  de 
la  montagne.  Célèbre  aux  mêmes  titres  dans 
la  mythologie  de  Zoroastre  et  de  l'Iran,  la 
montagne  sacrée  Albordj,  dont  la  base  re- 
pose sur  la  terre,  élève  à  travers  les  sphères 
célestes,  iusqu'aux  régions  de  la  lumière 
surnaturelley  son  gigantesque  sommet,  qui 
est  le  siège  d'Ormuzd.  C'est  de  ce  sommet 
que  part  le  pont  de  Tshinevad,  qui  conduit 
les  esprits  bienheureux  des  hommes  pieux 
à  Gorodman,  la  voûte  solide  du  ciel  et  la 
demeure  des  Ferouers  et  des  Amshaspands. 
Les  prosaïques  disciples  de  Coufucius  ont 
aussi  leur  montagne  sacrée,  le  Kuen-Lun, 
qui  fut,  selon  les  légendes,  le  séjour  des 
premiers  patriarches  de  leur  race.  Les  mu- 
sulmans de  l'Arabie  et  de  la  Perse  ont  leur 
Kâf  poétique.  Les  monts  sourcilleux  de  la 
Phrygie  et  de  l'Hellade,  l'Ida,  l'Olympe  et 
le  Pinde,  étaient,  comme  on  le  sait,  fameux 
dans  l'histoire  grecque.  Enfin  le  Caucase  lui- 
même  réclamait  sa  part  de  la  vénération 
accordée  aux  lieux  les  plus  élevés  du  globe  : 
le  Caucase,  cependant,  dans  les  idées  an- 
ciennes, n'était  pas  le  heroeau  de  la  race 
humaine,  mais  la  demeure  de  Proraélhée, 
le  créateur  de  l'homme  et  l'inventeur  do 
l'astronomie. 

Cependant  toutes  ces  traditions  ne  sont 
autre  chose  que  les  rêves  poétiques  d'hom- 
mes dont  l'imacinalion  était  excitée  par  le 
spectacle  des  phénomènes  météoriques  qu'of- 
frent les  régions  montagneuses,  phénomè- 
nes splendiaes  et  pour  eux  incompréhensi- 
bh's.  Il  est  impossible  de  prouver,  et  l'on 
ne  peut  même  supposer  avec  quelque  vrai- 
semblance, que  1  espèce  humaine  ait  com- 
inenco  à  exister  avant  une  époque  posté- 
rieure de  beaucoup  à  celle  des  dernières  rér 
volutions  physiques  qui  devaient  préparer 
notre  planète  pour  l'ordre  actuel  de  la  créa- 
tioiî,  et  élever  une  grande  partie  de  la  sur- 
face de  la  terre  au-dessus  du  niveau  de 
TOcéan.  S'il  nous  était  permis  de  former 
une  conjecture,  ce  serait  que  la  race  hu- 
maine date  d'une  époque  comnaralivemenl 
^beaucoup  plus  récente,  et  qu  elle  est  née 
dans  uuf?  ré^sion  abondante  en  productions 


végétales  et  animales.  Il  y  a  d'ailleurs  oae 
ancienne  tradition  conforme  à  cette  hyp(v. 
tiièse  qui  place  le  berceau  du  genre  humain, 
non  I  as  sur  le  sommet  neigeux  des  monta- 
gnes, mais  sur  le  bord  de  grandes  ri?ières 
qui  fertilisent  les  régions  les  plus  riches 
de  la  terre  :  c'est  la  tradition  de  ÏHitiom 
sacrée  des  Hébreux.  Hiddekel  et  Perath, 
deux  des  quatre  rivières  du  paradis  mosaï- 
que, sont  bien  connues  comme  étant  le  Tigre 
et  l'Euphrate;  et  à  l'époque  où  a  été  éciit  le 
livre  de  la  GeniiCj  il  est  bien  probable  que 
les  deux  autres  rivières  étaient  é{;aIemeDt 
connues. 

Je  n'essayerai  pas  de  suivre  l'histoire  des 
nations  depuis  la  première  période  à  la- 
quelle se  rap()ortent  les  documents  de  l'ar- 
chéologie patriarcale  contenus  dans  la  pre- 
mière portion  du  Pentateuque  :  le  chemin 
qu'il  faudrait  tenir  est  interrompu  à  chaque 
pas  par  des  abîmes  dont  l'œil  ne  saurait 
sonder  la  profondeur,  et  tellement  envelop^^é 
de  ténèbres,  que  tous  les  écrivains  qui  oot 
essayé  de  s'y  avancer  se  sont  perdus  dans 
les  obscurités  de  systèmes  tout  hypothéi- 
ques.  Pour  trouver  un  terrain  solide,  quaoi 
on  approche  des  anciens  temps,  il  faut  sai- 
rre  ta  marche  adoptée  pour  les  sciences  io- 
ductives,  procéder  à  posteriori  j  comiceijcer 
par  les  événements  tes  plus  récents,  el  re- 
monter vers  le  passé  en  se  guidant  sur  des 
traces  qui  deviennent  de  moins  en  moins 
distinctes.  Si,  en  suivant  cette  méthode, 
nous  cherchons  à  obtenir  une  vue  un  peu 
nette  de  l'état  et  même  de  la  position  locale 
des  races  humaines  dans  les  premières  pé- 
riodes de  la  société,  nous  trouvons  les  hom- 
mes réunis  en  grand  nombre,  non  sur  les 
points  les  plus  élevés  et  les  plus  stériles  de 
ta  terre,  mais  sur  le  bord  des  rivières  et 
près  de  leurs  embouchures,  là  où  se  trou- 
vaient réunis  les  moyens  de  eommunicaduo 
avecî  l'extérieur  aussi  bien  qu'avec  les  cou- 
tréos  intérieures.  Le  berceau  des  nations  pri- 
mitives (de  celles  du  moins  oui  ont  formé 
de  grandes  populations  et  ont  laissé  un  nom 
célèbre)  semble  avoir  été  placé  dans  de  gran- 
des plaines  ou  de  grandes  vallées  parcourues 
par  des  canaux  navigables  et  fertilisées  par 
des  ruisseaux  nombreux.  C'est  dans  trois 
contrées  favorisées  par  de  tels  avantages  que 
la  civilisation  a  fait  ses  premiers  pas,  uu'ufll 
été  fondées  les  premières  cités  ;  c'est  ft  qne 
se  sont  développées  les  premières  institu- 
tions politiques,  (jue  sont  nés  les  arts  qui 
embeltissent  la  vie.  Dans  une  de  ces  con- 
trées, les  nations  sémitiques,  ou  syro-arabes 
échangèrent  leurs  simples  habitudes  de  peu- 
ples pasteurs  contre  la  splendeur  et  le  lu" 
de  Nmive  et  de  Babylone.  Dans  une  seconde, 
la  race  indo-européenne,  ou  japélique,  porta 
au  plus  haut  point  de  perfection  le  plus  saTant 
de  tous  les  dialectes  humains,  dialecte desûné 
à  devenir  par  la  suite,  et  avec  des  modifica- 
tions diverses,  la  langue-mère  des  nations  de 
l'Europe.  Dans  une  troisième,  enfin,  dans  la 
terre  de  Ham,  arrosée  iwr  le  Nil,  naquirent 
et  la  littérature  hiéroglyphique,  et  les  nri^ 
dans  lesquels  l'Egypte,  pendant  la  preniicnf 


«il9 


E.\C 


û'A^iTHROPOLOGie. 


RâC 


i2sa 


ère  historique»  avait  une  telle  supériorité 
sur  le  reste  du  monde. 

On  verra  que  dans  ces  trois  grandes  fa- 
milles» et  dans  celles  qui  leur  sont  alliées 
par  Torigine  et  le  langage»  sont  comprises 
presque  toutes  les  nations  civilisées»  et 
même»  on  peut  le  dire»  la  plupart  des  nations 
connues  de  «Fantiquité.  En  considérant  ces 
trois  familles  comme  autant  de  branches  de 
I  espèce  humaine»  il  devient  inti-ressant  de 
recnercher  les  différences  physiques  qui 
existaient  entre  elles.  Les  informations  que 
nous  donnent  sur  ce  sujet  les  anciens  écri- 
vains sont  en  général  très-incomplètes;  ce- 
pen.iant,  en  réunissant  divers  renseigne- 
ments é(>ars  dans  leurs  ouvrages,  nous  pou* 
Tons  arriver  à  la  preuve  que  les  trois  races 
dont  nous  parlons  différaient  entre  elles  par 
de  certaines  particularités  physiques.  Nous 
▼oyons  qu'au  temps  d'Hérodote  tous  les 
peuples  basanés,  bruns  ou  noirs»  tous  les 
peuples  à  cheveux  crépus  ou  frisés,  è  nez 
aplati  et  à  grosses  lèvres»  c'  est-à-dire  tous 
ceux  gui  se  rapprochaient  un  peu  du  uè^e 
africain,  étaient  supposés,  à  raison  de  ces 
caractères  et  non  i)our  d'autres  causes,  être 
alliés  de  très-près  aux  Egyptiens»  quoique 
probablement  ceux-ci  ne*  ressemnlassent 
point  aux  véritables  nègres»  dont  la  race 
était  presque  inconnue  des  Grecs.  Les  peu- 
ples de  la  haute  Asie»  c'est-à-dire  des  con- 
trées  assyriennes,  sont  signalés  par  Hippo- 
crate  comme  remarquables  par  la  beauté  de 
lenrs  formes,  par  leur  taille  avantageuse» 
et  diffèrent  très -peu  entre  eux  par  leur 
apparence  et  leur  stature  (762)  :  de  sorte 
qu'ils  se  ressemblaient  plus  entre  eux  que 
ne  se  ressemblent  les  peuples  eurof>éens. 
Nous  pouvons  considérer  cette  description 
comme  se  rapportant  à  la  race  syro-arabe. 
Dautre  part»  nous  trouvons  çà  et  là,  don- 
nées incidemment»  des  descriptions  des 
Grecs,  des  Thraces»  des*  Italiens,  des  Celtes» 
des  Germains»  et  nous  pouvons,  par  ce 
moyen»  nous  faire  une  idée  assez  juste  des 
particularités  physiques  qui  caractérisaient 
les  peuples  européens.  Mais  ces  peuples  ne 
composent  pas  à  eux  seuls  notre  troisième 
branche  de  l'espèce  humaine,  laqnelle  com- 
prend aussi  certaines  nations  de  l'Asie  mé- 
ridionale :  nous  désignerons  donc  par  l'épi- 
thète  composée  d'InJo-Européens  les  hom- 
mes appartenant  à  cette  race,  que  Schloezer 
et  d'autres  écrivains  allemands  nomment, 
japétiques»  de  même  qu'ils  désignent  sous 
le  nom  de  Sémitiques»  ou  Sfaémites»les  peu- 
ples appartenant  a  la  race  que  nous  avons 
nommée  syro-arabe. 

Nousnepouvons  pas,  d'ailleurs»  considérer 
ces  trois  divisions  de  l'ancien  monde  civilisé 
comme  répondant  exactement  aux  trois 
gran<ies  divisions  qui  reposent  sur  la  forme 
du  crâne  :  parmi  les  peuples  qu'elles  com- 
prennent» on  n'en  voit  point  de  nomades» 
point  de  sau vazes  ;  aussi  ne  trouve-t-on  pas 
chez  eux  ces  formes  de  crânes  qui  appar- 
tiennent presque  exclusivement  aux  races 


d'hommes  vivant  dans  Tun  ou  l'autre  de  ces 
deux  états;  tous  ontcetle  forme  de  tête  ovale 
ou  elliptico-sphériqiie»  que  nous  avons  re- 
connue être  la  forme  dommante  chez  les  na- 
tions dont  la  civilisation  a  développé  les 
Cicultés.  Mais  bien  qu'on  ne  puisse  pas  dire 
que  les  E.j:yptiens  eussent  le  crâne  éiroit» 
le  crâne  prognathe  du  véritable  nègre»  ni  que 
les  nations  Indo-Européennes  eussent  le 
crâne  pyramidal  des  peuples  de  la  haute 
Asie  ou  des  Jchihyophages  du  Nord»  cepen- 
dant on  ne  laisse  pas  que  d'apercevoir  un 
certain  air  de  parenté»  d'une  part  entre  les 
Indo-Euro[)éens  et  les  Asiatiques  septen- 
trionaux; de  l'autre»  entre  les  Egypticuis  et 
les  nations  de  l'Afrique  centrale.  Par  le 
teint  et  plusieurs  autres  caiactères  physi- 
ques» les  Egyptiens  étaient  une  race  afri- 
caine. Dans  Test  et  même  dans  le  centre  de 
l'Afrique,  il  existe,  ainsi  qu'on  l'a  feit 
voir,  diverses  tribus  qui  ressemblent  beau- 
coup aux  Egyptiens  par  leurs  caractères 
physiques;  et  même,  en  prenant  les  diverses 
peuplades  noires  qui  habitent  cette  partie 
du  monde»  on  pourrait  former  une  série  qui 
nous  conduirait  par  degrés  insensibles»  du 
type  égyptien  au  type  nègre  le  plus  forte- 
ment prononcé. 

Si  nous  passons  à  des  considérations  d'uo 
autre  ordre,  nous  remarquerons  que  la  lan- 
^e  égyptienne,  dans  les  principes  essen- 
tiels de  sa  construction  grammaticale  »  a 
beaucoup  plus  d'analogie  avec  les  idiomes 
africains  qu'avec  aucune  des  langues  par- 
lées chez  les  autres  peuples;  de  même,  les 
langues  de  l'Asie  septentrionale  portent  avec 
elles  de  nombreux  indices  delà  parenté,  à  la 
vérité  un  peu  éloignée,  qu'elles  ont  aYoc  les 
idiomes  de  la  race  Indo-Européenne.  La 
forme  ovale  du  crâne»  qui  est  le  type  {Té- 
dominant  chez  ces  dernières  nations,  les  dis- 
tingue sans  doute  des  Asiatiques  à  face 
élargie;  mais  nous  pouvons  montrer  par  de 
nombreux  exemples  que  ce  caractère  n'est 
pas  constant,  et  que  lorsque  les  nations  no- 
mades se  sont  organisées  et  civilisées,  elles 
ont  acquis  une  forme  de  tète  seiablahie  à 
celle  des  Européens. 

Prichard  divise  lafomille  humaineen  trois 
branches  ou  trois  grouj*es  principaux.  Le 
premier  groupe  est  celui  des  nations  syro- 
arabes,  qu'un  célèbre  chirurgien  français, 
le  l)aron  Larrey,  considère  comme  le  type  le 
plus  pariait  et  même  comme  le  proloty|»edu 
genre  humain.  Ces  nations  occupeutùne  po- 
sition centrale»  et  sont  de  chaque  côté  sé- 
parées du  contact  des  barbares  }iar  les  peu- 
ples compris  dans  les  séries  suivantes.  Les 
égyptiens  forment  son  second  groupe,  et  les 
Indo-Européens  le  troisième.  Les  dilTérences 
physiques  entre  toutes  ces  nations  ne  sont 
pas  tellement  grandes  que  la  plupart  des  ob- 
servateurs ne  puissent  les  attribuer  à  Tin* 
fluence  du  climat  et  à  la  diversité  des  mcMirs 
et  eu  genre  de  nourriture. 

De  la  description  des  Egyptiens  il  passe  à 
celle  du  grand  corps  des  nations  de  l'Afrique  ; 


(76i)  (Envrêf  complètes^  Irad.  par  £.  LiUré;  Paris»  !&iO»  t.  Il,  p.  55. 


4251  .  RAG  DICTIONNAIRE 

c/  de  même  après  avoir  décrit  les  Indo-Eu- 
TOiféenSf  il  parle  des  peuples  de  la  haute 
Asie. 

Parmi  les  peuplades  africaines,  il  s'en 
trouve  plusieurs  qui  sont  à  Tétat  sauvage  dans 
son  dernier  degré,  se  nourrissant  seulement 
des  fruits  que  la  terre  donne  sans  culture,  ou 
du  produit  accidentel  de  leur  chasse,  et  vivant 
au  milieu  des  forêts,  presque  sans  vêtements 
et  sans  abri.  Quant  aux  habitants  de  la  haute 
Asie,  ils  sont  principalement  nomades;  la 
rigueur  du  climat,  la  nature  même  du  pays 
qui  n'offre  guère  que  de  vastes  steppes,  et  où 
rien  de  ce  qui  peut  servir  à  la  nourriture  de 
riiomine  ne  naît  spontanément,  exclut  de  ces 
régions  toute  tribu  réduite  au-dessous  de  la 
condition  des  peuples  pasteurs.  Poury  pouvoir 
subsistera  Tétat  nomade,  l'homme  (Toit  déjà 
posséder  quelques  biens,  être  familier  avec 
quelques-uns  des  arts  les  plus  simples,  et  con- 
naître l'usage  des  vêtements,  des  tentes  et  des 
chariots.  Toute  peuplade  que  l'indolence  ouïe 
malheur  auraient  privée  de  ces  ressources  pé- 
rirait infailliblement  dans  les  déserts  de  la 
Tartarie  ;  sur  les  bords  du  Sénégal  ou  de  la 
Ouara,  elle  dégénérerait  seulement  et  des- 
cendrait  à  l'état  sauvage,  c'est-à-dire  passe- 
rait dans  une  classe  qui  offre  des  caractères 
physiques  différents  de  ceux  des  nomades. 
Parmi  les  sauvages  de  l'Afriaue,  nous  trou- 
vons la  forme  de  tête  prognatne  avec  tous  les 
traits  qui  raccompagnent  ;  et  ces  traits  sont 
d'autant  plus  prononcés,  qu(ila  dégradation 
morale  et  physique  de  la  race  est  plus  grande. 
Quant  aux  habitants  de  l'Asie  septentrionale, 
ils  ont  pour  la  plupart  le  crâne  pyramidal  et 
la  face  élargie. 

La  nature  n'a  pas  fait  des  races;  elle  n'a 
créé  que  des  individus,  et  c'est  nous  qui,  dans 
rimpossibilité  de  saisir  chacun  de  ces  êtres 
innombrables,  les  réunissons  de  manière  à 
former  des  groupes  oui  nous  offrent  le  simple 
caractère  de  l'individualité;  il  ne  faut  donc 
pas  chercher  dans  ces  groupes  Timportance 
qu'offrent  les  choses  pourvues  d'une  exis- 
tence réelle.  Ils  ne  sont  pour  nous  qu'une 
sorte  d'échafaudage  au  moyen  duquel  notre 
esprit  opère  d'une  manière  à  la  fois  plus 
sûre  et  plus  rapide.  Trop  peu  nombreux,  ils 
facilitent  extrêmement  1  exercice  des  opéra- 


RAC 


im 


G0?1«I. 


GEBDT. 


Rtce  blanche,  BltMhe. 

ou  Csiueaslaue.  JaiiBe. 

Jaune,  ou  Hoii-  Nègre, 

jroiique.  Roage. 
Nègre,  ou  Blhio* 

pique. 

BLUMimVBâai. 


C^ucasieone. 
MoDgoliiiue. 
Ethlopique. 
Atnéricaiae. 


Polaire. 
FI  noise. 
Sclavoae. 


Caocisique. 

Hyperboréenne. 

Mongole. 

Ethiopipnne* 

Américaine. 

Malale. 

BOBT  Oa  8AI1IT- 
TJRCX5T. 

Japélique. 
Arabique. 
llinJone. 


BiaDfîhe. 

Jaune. 

Nègre. 

Brune. 

Monitraease. 

'tibkt. 

Blaoclie. 

Basanée. 

Noire. 

Ccivrenae. 

Brone  foncée. 

Noirâtre. 

DBSMOVLma. 


Cello  -  Scylh 
Arabe. 
Mongole. 


tions  intellectuelles,  mais  ils  renferment  des 
êtres  trop  différents  les  uns  des  autres;  trop 
nombreux  au  contraire,  ils  rendent  ces  opé- 
rations extrêmement  complexes,  mais  ils 
nous  rapprochent  beaucoup  de  la  vérité, 
qui  ne  se  rencontre  que  dans  rindividu. 

Ces  races,  qui  présentent  des  difféream 
d'organisation  i>ermanentes,  héréditaires  et 
indépendantes  du  climat  et  des  autres  cir- 
constances accessoires,  qui  sont  de  véritables 
souches  fondamentales  et  originelles,  qui  ne 
paraissent  plus  aussi  distinctes  ({u'elles  ont 
dû  Têtre  dans  Torigine  des  sociétés,  qui  se 
sont  insensiblement  mélangées  entre  elles 
par  l'effet  du  commerce,  de  la  guerre,  des 
expéditions  des  conquérants,  des  emigratious 
forcées  ou  volontaires  des  peuplades  entiè- 
res, diffèrent  les  unes  des  autres,  non-seule- 
ment par  l'extérieur  du  corps,  mais  encore 
par  la  charpente  même  qui  lui  sert  de  sou- 
tien. En  les  rapprochant  par  leurs  affinités, 
on  arrive  à  classer  méthodiquement  les  hom- 
mes, non  plus  comme  l'histoire  politique 
sépare  exac^tement  les  nations,  d*après  leurs 
dénominations  et  les  limites  de  leur  terri- 
toire, mais  comme  Thistoire  naturelle  dim 
tous  les  corps  organisés,  en  prenant  poQc 
point  de  départ  les  particularités  de  leur  o^ 
ganisation. 

Sans  prétendre  analyser  ici  les  systèmes 
imaginés  à  ce  sujet,  depuis  le  xvu*  siè- 
cle ,  par  quelques  esprits  méthodiques, 
nous  rappeUerons  seulement  ({u'on  a  aban- 
donné totalement  la  classification  géographi- 
que suivie  par  Linné,  quand  il  a  partagé  les 
hommes  en  Européens,  en  Africains,  ea 
Asiatiques  et  en  Américains  ;  ceDe  de  Hun- 
ter,  qui,  prenant  pour  base  les  diverses  tein- 
tes de  la  peau,  divisait  les  individus  de  notie 
espèce  en  mi-blancs,  en  basanés,  en  cuivrés, 
en  rouges,  en  bruns  et  en  noirs;  celle  enfin, 
beaucoup  plus  récente,  de  C.  Meiners,  qui, 
dans  un  ouvrage  allemand  publié  d^abord 
en  1793,  n'admet  que  deux  races,  la  belle  et 
la  moins  belle,  et  a  mérité  d'être  taié  de 
partialité,  en  rangeant  les  blancs  dans  h 
première. 

Le  tableau  suivant  résume  les  neufs  das- 
siGcations  tentées  jusqu'à  ce  jour  par  les 
naturalistes. 


■ALTlMim. 


GoUiico-garma- 

OrcideiiUle  de 
l'Europe. 

Grecque  et  Pela- 
gkiiie. 

Aiabe. 

Indienne. 

Mattre» 

TarU  e  et  Mon* 
«Ole, 

Noire. 

Basanée  da  grand 
Océan. 

Ainérieataie. 

Malaise. 

Noire  de  i'Oeéaa 
pactlk|ue. 

Noire  de  l'Afri- 
que orientale 


BOIT  DC  saikt- 
vmcBiiT. 

Sdtlqoe* 

Si  nique. 

Hy^*erl)oréeone. 

Neplunienne. 

Ausiralasienne. 

ColoiDlyiqtte. 

Amérieatue. 

Patagone. 

Eibiopienoe. 

CaTre. 

lléiaai«ttae« 

Houenloie. 


Msnocua> 


Ethiopirtne. 
Eoro-Afincaiit 
Aiiairo  AfiiniBf' 
Mahiiw  oa  Oc(» 

nique. 
I^apone. 
Nègre      Orf«- 

Mieaae, 
l«istr>lasifia& 


I 

i: 


Ii63 


RAC 


VAMUROTOLOGIE. 


RAC 


1251 


Les  dilTércntes  races  d'hommes  ne  se  dis- 
tinguent point  les  uns  des  autres  par  des 
caractères  fortement  marqués,  uniformes 
et  permanents,  comme  se  distinguent  entre 
elles  direrses  espèces  d'un  genre  quelconque 
d  animaux.  Toutes  lesdiversités  qui  existent 
sont  des  diversités  variables  ;  on  \)asse  de 
l'une  à  l'autre  par  des  nuances  insensibles, 
comme  si  l'on  assistait  aux  différentes  phases 
d'une  transformation  graduelle;  elDièmedans 
beaucoup  de  cas,  on  a  historiquement  la 
preuve  que  ce  que  l'on  observe  est  en  effet  le 
résultat  d'une  modiOcation  opérée  sous  l'in- 
fluence du  temps  et  des  agents  extérieurs. 

Ainsi,  si  nous  considérons  les  variétés  de 
forme,  généralement  regardées  comme  les 
premières  en  importance,  et  que  nous  com- 
mencions par  les  plus  fondamentales  de  tou- 
tes, celles  qui  se  présentent  dans  le  sque- 
lette, et  en  particulier  dans  la  tète  osseuse, 
nous  trouverons  qu'il  n'y  a  pas  un  seul  des 
types  particuliers  qui  ne  subisse  des  dévia- 
tions et  n'offre  des  exemples  de  passade  à 
une  autre  forme.  Dans  plusieurs  races  qui  ont 
généralement  et  originairement  (du  moins 
autant  que  l'histoire  peut  autoriser  l'emploi 
d^une  semblable  expression}  la  forme  pyra- 
midale du  crâne  et  l'élargissement  de  la  face 
du  type  mongol,  la  forme  ovale  de  la  tète  et 
les  traits  du  type  européen  apparaissent  non- 
seulement  comme  variété  individuelle,  mais 
dans  bien  des  cas  comme  caractères  distinc- 
tîfsd^une  tribu.  C'est  ce  qui  résulte  évidem- 
ment des  faits  que  nous  avons  présentés,  en 
parlantdes  cinu  grandes  races  nomades,  eten 
décrivant  les  Cninois,  les  Coréens,  les  Japo- 
nais et  les  nations  indo-chinoises.  ^Voy.ces 
mots.) 

Les  races  noires  nous  présentent  égale- 
ment des  variations  de  ce  genre  dans  les 
formes  du  crâne.  Ainsi,  pour  l'hémisphère 
boréal,  les  nations  soudaniennes,  qui  ont  la 
couleur  et  la  nature  des  cheveux  du  nègre 
proprement  dit,  présentent  une  forme  de  tète 
foute  différente,  et  le  type  varié,  aon-seule- 
ment  d'une  tribu  à  l'autre,  mais  encore  dans 
le  sein  d'une  même  tribu;  pour  l'hémisphère 
Austral,  nous  avons  vu  (Voy,  Cafres)  sur  le 

Îlateau  de  la  Cafrerie,  (Jes  Africains  noirs  et 
chevelure  laineuse  awoc  des  traits  presque 
européens,  tandis  que,  dans  les  plaines  l)as- 
ses,  les  nomades  hottentots  nous  présentent 
des  caractères  physiques  très-voisins  de 
ceux  qui  forment  le  caractère  dominant  des 
nomades  de  la  haute  Abie.  Dans  les  races 
aborigènes  du  nouveau  monde,  nous  avons 
trouvé  {Voy.  AntmcAiNs)  au  lieu  de  cette 
uniformité  qu'on  avait  supposée  longtemps, 
les  variations  les  plus  tranchées.  Ainsi,  pour 
les  formes  Ae  la  tète  osseuse,  nous  avons  vu 
que  plusieurs  des  principaux  ty)>es  se  trou- 
vent parmi  ces  races,  et  se  retrouvent,  non 
pas  seulement  quand  on  embrasse  toute  la 
population  du  nouveau  continent  et  que  Ton 
eofupare  entre  eux  les  différents  groupes 
dont  cette  population  se  compose,  mais  en 
prenant  les  nations  d'un  seul  et  même  groupe; 
enfin,  nous  avons  trouvé  ces  différents  tvpes 
dans  le  sein  d'une  seule  nation  où  ils  se 


S  résentent  comme  cas  de  variétés  indivi- 
uelles. 

Hais,  de  même  qu'une  seule  nation  peut 
nous  offrir  la  réunion  de  plusieurs  types 
crâniens,  il  arrive  aussi  que  le  même  type 
se  montre  chez  des  nations  appartenant  à 
des  races  complètement  distinctes.  C'est  ce 
que  mettent  ^n  évidence  trois  têtes  figurées 

far  Prichard,  têtes  qui  appartiennent,  lune 
un  naturel  du  Congo,  la  seconde  è  un  in- 
digène américain,  et  la  troisième  à  un  Chi- 
nois. <  Je  me  suis  borné,  dit-il,  à  ce  seul 
exemple,  mais  il  m'eût  été  farile  de  les  mul- 
tiplier, et  j'aurais  pu  même  en  présenter  de 
beaucouD  plus  frap|>ants,  si,  au  lieu  de  me 
borner  a  choisir  |>armi  les  crAnes  que  je 

{)Ossède,  i'avais  voulu  mettre  à  contribution 
es  ^andes  collections  eihnolOc:i(]ues.  » 

Si  des  variations  de  formes  nous  passons 
aux  variations  de  couleur,  nous  les  trouvons 
et  plus  nombreuses  et  plusapparentes  encore, 
même  sans  sortir  des  limites  d'une  seulo 
race.  11  n*y  a  peut-être  pas  une  seule  grande 
souche  des  nations ,  avant  ses  branches 
répandues  dans  différents  climats,  qui  ne 
présente,  sous  ce  rapport,  les  variétés  le 
plus  fortement  marquées.  Il  est  vrai  que 
parmi  les  colons  européens  établis  dans  des 
climats  chauds,  ces  variétés  ne  sont  pas 
encore  très-sensibles  au  bout  d'un  petit  nom- 
bre de  générations  ;  mais,  dans  beaucoup  de 
cas  bien  connus  des  colonisations  déjà  an- 
ciennes se  manifestent  de  la  manière  la  plus 
évidente.  Nous  les  avons  constatées  pour  les 
Juifs  et  les  Arabes  {Voy.  SéiirriQUEj,  et  nous 
les  avons  peut-être  mieux  fait  ressortir 
encore  en  comparant  les  tribus  indoues  ou 
plutôt  de  race  indienne,  répandues  dans 
toute  rinde,  avec  les  tribus  qui  habitent 
l'Himalaya.  Nous  pourrions  ajouter  une 
multitude  de  faits  aussi  concluants,  et  nous 
serions  même  pleinement  autorisés  à  pren- 
dre pour  exemple  Fensemble  de  la  famille 
indo-européenne,  puisque  c'est  d*une  .«eule 
et  même  souche  qu'ont  dû  sortir  la  rare  go- 
thif]ue,  la  race  iranienne  et  cette  branche 
ariane  de  l'Inde,  qui  comprend  à  la  fois  les 
blonds  Siah-Posh  du  Kafiristan,  les  habitants 
aux  cheveux  jaunâtres  et  aux  yeux  bleus  des 
villages  de  Jumuotri  et  de  Gangotri,  et  les 
Indoos  noirs  d'Anu-Gangam. 

On  a  cité  souvent  les  tribus  aborigènes  de 
l'Amérique,  comme  présentant,  à  cet  égard, 
une  exception  à  la  loi  déduite  des  faits  ob- 
servés dans  l'ancien  continent;  c'est-è-dire 
qu'on  a  prétendu  que  la  couleur  de  la  peau 
chez  ces  peuples  était  indépendante  du  cli- 
mat. Nous  avons  vu,  au  contraire,  que  cette 
influence  des  agents  extérieurs  ressort  d'une 
manière  non  moins  évidente  de  la  compa- 
raison établie  entre  des  nations  appartenant 
toutes  à  la  souche  ^éricaine,  que  de  celle 
qui  porterait  d'une  part  sur  les  habitants  de 
1  Europe,  et  de  l'autre,  sur  les  races  noires 
de  l'Arrique  :  témoin  les  Américains  blancs 
de  la  côte  nord -ouest  et  les  noirs  habitanls 
de  la  Californie.  {Voy  ce*  mois  ) 

Si  quelqu'un  pouvait  douter  encore  de  la 
relation  qui  existe  entre  la  couleur  des  ra*:es 


425Î5 


HÂG 


DICTIONNAIRE 


RAC 


tiSf; 


humaines  et  les  climats  des  différents  pays 
qu'elles  habitent,  il  nous  suffirait  d'en  appe- 
ler aux  faits  les  plus  généraux  que  présente 
l'histoire  de  l'espèce  humaine,  à  ceux  de  ses 
traits  qui  sont  le  plus  fortement  marqués. 

Ainsi,  il  est  évident  que  la  zone  torride 
est  le  siège  principal  des  races  noires,  que 
les  zones  tempérées  sont  celui  des  races 
blanches ,  et  que  dans  les  climats  en  dehors 
des  tropiques,  mais  qui  en  sont  encore  assez 
voisins,  se  trouvent  des  nations  dont  la  cou- 
leur est  intermédiaire  entre  la  teinte  la  plus 
foncée  et  la  teinte  la  plus  claire.  On  peut 
ajouter  à  cette  observation,  que  sur  les  hau- 
tes montagnes,  et  dans  les  pays  très-élevés, 
se  trouvent  des  hommes  dont  la  couleur  est 
généralement  plus  claire  que  celle  des  habi- 
tants des  pays  dont  le  niveau  est  de  très-peu 
supérieur  à  celui  de  l'Océan,  comme  sont 
les  plaines  sablonneuses  et  les  districts  ma- 
réca^^ieux  du  bord  de  la  mer.  Ainsi,  en  com- 
mençant par  l'Afrique,  nous  trouverons  ré- 
pandues sur  ce  vaste  continent,  un  grsnd 
nombre  de  races  distinctes  (du  moins  autant 
que  Ton  est  autorisé  à  considérer  comme 
telles  des  races  qui  diffèrent  parle  langage), 
et  Ton  observera  que  celles  qui  habitent  entre 
les  tropiques,  quelque  dissemblables  qu'elles 
puissent  être  d'ailleurs  sous  beaucoup  d'au- 
tres rapports ,  se  ressemblent  toutes  par  la 
couleur;  de  sorte  que  si  nous  considérons 
l'Afrique  comme  divisée  en  trois  parties  par 
les  deux  lignes  tropicales ,  ces  deux  lignes 
formeront  réellement  la  limite  géographique 
des  races  à  peau  noire.  La  nature  des  che- 
veux est  peut-être  un  des  caractères  les  plus 
permanents  des  différentes  races,  et  pour- 
tant ce  n'est  pas  encore  là  un  caractère 
essentiellement  fixe  :  rien  no  nous  prouve 
qu'il  ne  puisse  subir  des  modifications  sous 
1  influence  de  circonstances  extérieures  pro- 
longée pendant  une  longue  suite  de  généra- 
tions. En  effet,  bien  qu'on  ait  coutume  de 
dire  que  les  nègres  ont  la  tète  couverte  de 
laine, leurs  cheveux  ne  se  distinguent  réel- 
lement de  ceux  des  autres  hommes  que  par 
des  différences  extérieures;  ils  offrent,  ainsi 
que  nous  l'avons  fait  voir  précédemment 
(»  o^.  Cheveux  humains.},  la  même  structure 
iiili  e ,  structure  qui  ne  permet  eu  aucune 
fa  .on  qu'on  les  assimile  à  la  laine.  Au  reste, 
si  'pour  les  animaux  les  différences  les  plus 
marquées  dans  le  système  pileux  ne  consti- 
tuent pas  des  distinctions  spécifiques,  des 
différences  dans  l'aspect  de  la  chevelure 
n'auront  pas  plus  de  valeur  pour  les  hom- 
mes, et  on  pourra  d'autant  moins  leur  accor- 
der une  telle  importance  qu'elles  ne  pré- 
sentent rien  de  tranciié,  quand  on  ne  se 
borne  pas  à  considérer  les  variétés  extrêmes. 
Si  nous  {irenons  en  bloc  les  nations  afri- 
caines, c'est-à-dire  les  tWbus  noires,  dont  le 
séjour  dans  ce  pays  remonte  à  un  temps 
immémorial,  nous  trouverons  parmi  elles 
toutes  les  gradations  possibles  dans  la  tex- 
ture des  cheveux,  depuis  celle  que  nous 
présente  la  tôle  ratinée  du  Cafre  avec  ses 
petites  mèches  courtes  et  serrées ,  collées 
contre  le  péricrûne,  jusqu'aux  boucles  à 


grosse  frisure  du  Berbère,  et  de  Ih  à  lacbN 
velure  simplement  ondée  du  Touarick  ou  do 
Tibou.  Dans  quelques  cas  même,  il  parait 

Î[u'on  peut  suivre  historiquemenl  la  iraib- 
ôrmation. 

Disons  à  présent  quelques  mots,  premiè- 
rement, des  variétés  physiologiques,  ou  des 
différences  existant  entre  les  races  humaines 
relativement  aux  lois  de  l'économie  animale, 
et  secondement,  des  variétés  psychologiques, 
c'est-à-dire  des  diversités  dans  les  faculiés 
et  les  habitudes  mentales,  ou,  en  d'auirb 
termes,  dans  le  caractère  intellectuel  el  mo- 
ral des  nations. 

Comparaison  physiologique  dbs  races  hi* 
HAINES.  — J'ai  dit  ailleurs  [Yoy,  Gvunai 
Variations],  que  la  physiologie. comparée 
fournissait  un  bon  critérium  .pour  détermi- 
ner l'identité  ou  la  diversité  spécifique  de 
deux  ou  de  plusieurs  races  d'animaui,  donl 
l'origine  commune  était  mise  en  questiuQ. 
Le  critérium  auquel  je  faisais  allusion,  rp- 
pose  sur  celte  observation  générale  que, 
pour  les  variétés  mômqs  les  plus  divergentei 
d'une  seule  es[  èce,  les  grandes  foncliuusde 
l'économie  animale  s'exécutent  suivant  m 
mode  parfaitement  uniforme ,  taudis  qu'ils 
se  présentent  toujours  avec  des  circonstances 
différentes  quand  on  les  observe  dans  des 
espèces  réellement  distinctes,  quelque  voi- 
sines que  puissent  être  ces  esj^èces.  H  s'agit 
maintenant  de   faire  aux  races  hunaaines 
l'application  de  cette  remarque,  ce  qui  nous 
conduira  à  une  série  de  recherches  un  peu 
différentes  de  celles  dont  nous  nous  sommes 
occupés  jusqu'ici,  et  de  voir  si  nous  arme- 
rons cependant  ainsi  aux  mêmes  concIusioDs, 
relativement  à  la  question  principale  que 
nous  nous  étions  proposé  de  discuter. 

L'économie  animale  se  montre  dans  toutes 
ses  fonctions  soumise  à  des  lois  constantes: 
ainsi,  pour  ne  parler  que  de  celles  qui  ont 
rapport  à  la  rej^roduction ,  les  époques  des 
fécondations,  l'intervalle  qui  les  séj  are»  la 
durée  de  fa  gestation  chez  les  mammifèips, 
celle  de  l'incubation  chez  les  oiseaux.  I? 
nombre  de  petits,  le  lemiîs  pendant  lequel 
ils  ont  besoin  des  soins  de  leurs  parents,  etc.. 
sont  autant  de  circonstances  fixées  |Hjur 
chaque  espèce  d'une  manière  invariable! 
Pour  chacune  aussi,  quoique  certains  indivi- 
dus puissent  offrir  des  exceptions,  la  nature 
a  réj^lé  d'avance  la  marche  du  dévilopic- 
ment  de  lor^anisme,  le  temps  qu'il  feul 
à  ranimai  pour  arriver  à  sa  plus  grande  vi« 
gueur,  celle  où  il  commence  à  décliner,  les 
différentes  phases  par  lesquelles  il  passe, 
enfin  la  durée  totale  de  sa  vie. 

Avant  d'entrer  dans  le  nouveau  champ  de 
recherches  que  nous  venons  d'indiquer,  il 
convient  de  faire  une  remarque  qui  devra 
modifier  sins^ulièrement  les  conséquences  ï 
tirer  des  faits  qui  vont  passer  sous  nos 
yeux  :  quoiqu'il  suffise  d'un  rapide  examen 

Eour  arriver  à  reconnaître  çu'iî  n'y  a  pas,  à 
eaucoupprès,  autant  de  différence  dans  la 
structure  des  organes  internes  et  dans  leurs 
fonctions,  que  dans  les  caractères  exlérieun>, 
tels  que  la  couleur  de  la  peau,  la  nature  Jc> 


\î\l 


RAC 


BANTimOPOLOCIE. 


RAC 


Hj» 


produclious  é^iJermoïques,  etc.,  il  ne  faut 
\)^$  croire  que  les  phénomènes  physiologie 
qiies  et  les  appareils  du  jeu  desquels  ils  ré- 
sultent, ne  soient  sujets  à  aucune  rariation, 
môme  dans  les  fonctions  internes.  Nous  avons 
(ait allusion  ailleurs  {Voy,  Variatioi^s,  Gen- 
re) au  changement  singulier  qui  se  pro- 
duil  chez  les  yaches,  par  suite  de  l'inter- 
TeiitioD  de    l'homme ,   changement    dont 
riiahitude  fait,  pour  la  plupart  des  races,  un 
caractère  héréditaire,  et  qui  a  pour  résultat 
de  prolonger  la  dorée  du  temps  pendant  le- 
quel l'animal  peut  donner  du  lait.  Ce  fait, 
ainsi  que  d'autres  crue  nous  ayons  é^^alc- 
menl  indiqués,  semble  prouver  que  lorsque 
les  animaux   domestiques   ont   été  placés 
daos  certaines  conditions,  en   vertu  des- 
gueHes  leur  nature  a  subi  une  modification 
particulière,  et  lorsqu'ils  ont  obéi  pendant 
plusieurs  générations  à  une  nouvelle  loi , 
rijabilude  devient,  p)our  la  race,  comme  une 
^etoudcnature.Orcequenousobscrvonspour 
1rs  races   d'animaux  inférieurs,  s'observe 
lussipour  les  races  humaines ,  et  l'on  jîeut  en 
(iter  de  nombreux  exemples.  Nous  avons  vu 
«liierhcz  les animauxqui  habitent  depuis  des 
Modes  les  hauteurs  des  Amies  de  rAméri- 
•|ne  du  Sud  (Voy.  Péruvibns),  la  poitrine 
<M  plus  dévelopj)ée,  les  poumons  sont  [dus 
larges  que  parmi  les  tribus  du  plat  pays; 
nidb  en  mémo  temps  que  nous  remarque- 
rons combien  cette  i.arlicularilé  de  constitu- 
Mou  e»l  utile  à  des  hommes  obligés  de  res- 
pirer un  air  très-raréfié,  nous  neoevrons  pas 
j-erire  de  vue  que  cette  modification   est 
j'nViséwent  celle  que  tendent  à  produire 
I«*s  circonstances  extérieures  dans  lesquelles 
i'^  sont  placés  ;  de  sorte  qu'au  lieu  d'en 
eotiriure  du  fait  observé  que  les  Quichuas 
et  les  Aymaras  forment  une  race  particulière 
'iiii  a  été  créée  originairement  avec  une 
'onslitulion   api>ropriée  aux  circonstances 
tntMes  dans  lesquelles  elle  était  destinée  à 
vivre,  nous  pouvons  continuer  à  voir  en 
eux  des  branches  de  la  crande  famille  amé- 
ri<aine;  nous  pouvons  les  citer  en  exemple 
'-''S  effets  produits  par  Tinlluence  longtemps 
[prolongée  des  agents  extérieurs  et  de  Tha- 
I  Jtadc ,  effets  oui  ont  pour  but  de  mettre 
''»rgrtnisnie  et  les  fonctious  en  harmonie 
iTcc  de  nouvelles  conditions  d'existence.  Ce 
eu!  exemple  suffirait  pour  nous  donner  une 
Ï('Q  des  modifications  que  peuvent  subir  les 
'ï^es  humainos ,  et  qui  ont  |>our  résultat 
'aiJa/)ler  leur  constitution  au  climat  dans 
*'iucl  elles  sont  appelées  à  vivra  ;  mais  des 
•|^  analogues   se  présentent  de  tous  côtés, 
o(ir  peu  qu'on  se  donne  la  peine  d'ouvrir 
*s  yeux. 

</nand  nous  considérons ,  d'une  part , 
Arabe  qui  se  contente,  pour  sa  nourriture 
•urnalierc,  de  cinq  dattes  et  d'un  peu  d'eau; 
t  de  (autre,  l'Esquimau  qui  dévore  dans  un 
^'>as  des  quantités  énormes  de  lard  de  lia* 
ine  ;  quand  nous  voyons  le  premier,  svelte, 

'765)  Stormout,  Effet  sur  la  topographie  médicaie 
ta  eàu  occidentale  d'Afrique ,  et  particulièrement 
r  celle  dt  ta  eolonii  de  Sierra-Leone  ;  Paris,  f  8^, 

DiCTtofiii.  d'Ahthropologib. 


agile  et  musculeux,  quoique  maigre;  le  se- 
cond, trapu,  gras  et  pesant,  nous  savons  bîen 
que  ces  différences  dans  les  caractères  exté- 
rieurs sont  l'indice  de  modifications  plus 
profondes  encore  dans  l'organisation,  mais 
nous  voyons  aussi  les  causes  extérieures  en 
vertu  desquelles  ces  modifications  tendent  à 
se  produire.  Mais  il  y  a  des  cas  où  nous  ne 
pouvons  pas  nous  rendre  compte  de  la  ma- 
nière dont  agissent  ces  influences  exté- 
rieures, et  où  nous  n'en  devons  pas  moins 
supposer  qu'elles  sont,  avec  les  modifica- 
tions que  nous  observons  dans  des  rapports 
de  cause  à  effet.  C'est  à  quoi  nous  ne  pou 
vous  guère  nous  refuser,  par  exemple,  quand 
nous  voyons  que  c«s  modifications  ont  i)0ur 
résultat  d'adapter  un  type  organique  parti- 
culier aux  conditions  locales  d'existence. 

Il  n'est  pas  douteux  que  ce  ne  soit  d'après 
un  principe  semblable  que  la  constitution 
de  certaines  races  se  modifie  assez  pour 
supporter,  sans  inconvénient,  des  climats  qui 
sont  malsains  et  souvent  même  mortels  pour 
d'autres  races.  Ainsi  le  climat  de  Slerra- 
Léone  (763),  qui  est  si  fatal  aux  Européens, 
n'exerce,  pour  ainsi  dire,  aucune  fâcheuse 
influence  sur  les  naturels  ;  or,  ce  qui  prouve 
que  cela  ne  tient  pas  à  une  différence  ori- 
ginaire dans  l'organisation,  c'est  que  quand 
on  a  amené,  de  Ta  Nouvelle-Ecosse  dans  ce 
pays,  des  nègres  libres,  dont  les  ancêtres 
avaient  résidé  pendant  quelques  générations 
dans  un  climat  fort  différent ,  hs  ont  été 
sujets  à  leur  arrivée  aux  mêmes  maladies 
que  les  Européens  :  c'est  un  fait  qui  a  été 
attesté  à  Pricnard  par  un  habile  méclecia, 
qui  avait  fait  un  long  séjour  dans  ia  colonie. 
Dans  ses  Recherches  sur  Vhistoire  physique 
du  genre  humain,  Prichard  a  réuni  un  grand 
nombre  d'exemples  semblables  d'acclimata- 
tions et  de  changements  survenus  dans  des 
races  transportées  sous  un  nouveau  climat. 
])e  l'ensemble  des  faits  qu^il  a  cités,  résulte 
la  preuve  que  ce  changement  ne  s'opère  que 
graduellement  et  n'est  complet  qu'après  plu- 
sieurs générations,  mais  que,  une  fois  pro- 
duit, les  nouveaux  caractères  deviennent 
héréditaires  et  restent  imprimés  d'une  ma- 
nière permanente  sur  la  race. 

Si  donc  on  fait  la  part  de  ces  modifications 
qui  s'opèrent  en  vertu  de  la  loi  d'adaptation, 
on  trouvera  qu'il  v  a  chez  toutes  les  races 
humaines  une  uniformité  remarquable  rela- 
tivement aux  principales  lois  de  l'économie 
animale,  relativement  aux  grandes  fonctions 
physiologiques. 

La  durée  moyenne  de  la  vie  humaine  est 
à  peu  près  la  même  chez  les  différentes  ra- 
ces d'hommes.  Cependant,  afin  d'estimer  k 
leur  juste  valeur  les  faits  sur  lesquels  on 
opère  dans  les  travaux  relatifs  à  cette  ques- 
tion, il  faut  prendre  en  considération  l'im- 
mense influence  que  le  climat  exerce  sur 
les  lois  de  la  mortalité,  et  se  rappeler  en- 
core que  cette  cause  n'est  pas  la  seule  qui 

în-i*'.  —  TirtveNOT,  Traité  des  maladies  des  Bstro^ 
péens  dans  les  paffs  chauds;  1840,  p.  208. 


40 


I2.S5 


^kC 


DICTIONNAIRE 


RAC 


V^ 


humaines  et  les  climats  des  différents  pays 
qu  elles  habitent,  il  nous  suffirait  d'en  appe- 
ler aux  faits  les  plus  généraux  que  présente 
l'histoire  de  Tespèce  humaine,  à  ceux  de  ses 
traits  qui  sont  le  plus  fortement  marqués. 

Ainsi,  il  est  évident  que  la  zone  torride 
est  le  siège  principal  des  races  noires,  que 
les  zones  tempérées  sont  celui  des  races 
blanches ,  et  que  dans  les  climats  en  dehors 
des  tropiques,  mais  qui  en  sont  encore  assez 
voisins,  se  trouvent  des  nations  dont  la  cou- 
leur est  intermédiaire  entre  la  teinte  la  plus 
foncée  et  la  teinte  la  plus  claire.  On  peut 
ajouter  à  cette  observation,  que  sur  les  hau- 
tes montagnes,  et  dans  les  pays  irès-élevés, 
se  trouvent  des  hommes  dont  la  couleur  est 
généralement  plus  claire  que  celle  des  habi- 
tants des  pays  dont  le  niveau  est  de  très-peu 
supérieur  à  celui  de  l'Océan,  comme  sont 
les  plaines  sablonneuses  et  les  districts  ma- 
réca^^eux  du  bord  de  la  mer.  Ainsi,  en  com- 
mençant par  l'Afrique,  nous  trouverons  ré- 
pandues sur  ce  vaste  continent,  un  grand 
nombre  de  races  distinctes  (du  moins  autant 
que  Ton  est  autorisé  à  considérer  comme 
telles  des  races  qui  diffèrent  parle  langage), 
et  l'on  observera  que  celles  qui  habitent  entre 
les  tropiques,  quelque  dissemblables  qu'elles 
puissent  être  d'ailleurs  sous  beaucoup  d'au- 
tres rai)ports ,  se  ressemblent  toutes  par  la 
couleur;  de  sorte  que  si  nous  considérons 
l'Afrique  comme  divisée  en  trois  parties  par 
les  deux  lignes  tropicales ,  ces  deux  lignes 
formeront  réellement  la  limite  géographique 
des  races  à  peau  noire.  La  nature  des  che- 
veux est  peut-être  un  des  caractères  les  plus 
permanents  des  différentes  races,  et  pour- 
tant ce  n'est  pas  encore  là  un  caractère 
essentiellement  fixe  :  rien  ne  nous  prouve 
qu'il  ne  puisse  subir  des  modifiiations  sous 
1  influence  de  circonstances  extérieures  pro- 
loujjée  pendant  une  longue  suite  de  généra- 
tions. En  effet,  bien  qu'on  ait  coutume  de 
dire  que  les  nègres  ont  la  tète  couverte  de 
laine,  leurs  cheveux  ne  se  distinguent  réel- 
lement de  ceux  des  autres  hommes  que  par 
des  différences  extérieures;  ils  offrent,  ainsi 
que  nous  l'avons  fait   voir  précédemment 


que  1 


Cheveux  humains.),  la  même  structure 
inli  e ,  structure  qui  ne  permet  eu  aucune 
fa, on  qu'on  les  assimile  à  la  laine.  Au  reste, 
si  pour  les  animaux  les  différences  les  plus 
marquées  dans  le  système  pileux  ne  consti- 
tuent pas  des  distinctions  spécifiques,  des 
différences  dans  l'aspect  de  la  chevelure 
n'auront  pas  plus  de  valeur  pour  les  hom- 
mes, et  on  pourra  d'autant  moins  leur  accor- 
der une  telle  importance  qu'elles  ne  pré- 
sentent rien  de  tranché,  quand  on  ne  se 
borne  pas  à  considérer  les  variétés  extrêmes. 
Si  nous  [irenons  en  bloc  les  nations  afri- 
caines, c'est-à-dire  les  tfibus  noires,  dont  le 
séjour  dans  ce  pays  remonte  à  un  temps 
immémorial,  nous  trouverons  parmi  elles 
toutes  les  gradations  possibles  dans  la  tex- 
ture des  cheveux ,  depuis  celle  que  nous 
présente  la  tête  ratinée  du  Cafre  avec  ses 
petites  mèches  courtes  et  serrées ,  collées 
contre  le  péricr5ine ,  jusqu'aux  boucles   à 


grosse  frisure  du  Berbère,  et  de  li  à  la  ch^ 
velure  simplement  ondée  du  Touarick  ou  do 
Tibou.  Dans  quelques  cas  même,  il  parait 

Sp'on  peut  suivre  historiquement  la  trans* 
ormation. 

Disons  à  présent  quelques  mots,  premiè- 
rement, des  variétés  physiologiques,  ou  des 
différences  existant  entre  les  races  humaines 
relativement  aux  lois  de  l'économie  animale, 
et  secondement,  des  variétés  psychologiques, 
c'est-à-dire  des  diversités  dans  les  ucullés 
et  les  haliitudes  mentales,  ou,  en  d'autres 
termes,  dans  le  caractère  intellectuel  el  mo- 
ral des  nations. 

Comparaison  physiologique  des  races  hc- 
MAiNEs.  — J'ai  dit  ailleurs  {Voy.  GEVREel 
Variations),  que  la  physiologie. comparée 
fournissait  un  bon  critérium  .pour  détermi- 
ner ridentité  ou  la  diversité  spécifique  de 
deux  ou  de  plusieurs  races  d*aniiiiaux,  dont 
l'origine  c/)mmune  était  mise  en  question. 
Le  critérium  auquel  je  faisais  allusion,  re- 
pose sur  cette  observation  générale  que, 
pour  les  variétés  mémçs  les  plus  divergentes 
aune  seule  es|  èce,  les  grandes  fonctiousde 
Téconomie  animale  s'exécutent  suivant  n 
mode  parfaitement  uniforme ,  tandis  quils 
se  présentent  toujours  avec  des  circonstances 
ditiérenles  quand  on  les  observe  dans  des 
espèces  réellement  distinctes,  quelque  toI- 
sines  que  puissent  être  ces  espèces.  Il  s'agit 
maintenant  de  faire  aux  races  humaines 
Tapplication  de  cette  remarque,  ce  qui  nous 
conduira  à  une  série  de  recherches  un  peu 
différentes  de  celles  dont  nous  nous  somms 
occupés  jusqu'ici,  et  de  voir  si  nous  arrive- 
rons cejiendant  ainsi  aux  mêmes  conclusions, 
relativement  à  la  question  principale  que 
nous  nous  étions  proposé  de  discuter. 

L'économie  animale  se  montre  dans  toutes 
ses  fonctions  soumise  à  des  lois  constantes; 
ainsi,  pour  ne  parler  que  de  celles  qui  cMit 
rapporta  la  refToduction,  les  époques  des 
fécondations,  Tintcrvalle  qui  les  séj  are,  la 
durée  de  la  gestation  chez  les  mammifères, 
celle  de  Tincubation  chez  les  oiseaux,  le 
nombre  de  petits,  le  temiis  pendant  lequel 
ils  ont  besoin  des  soins  de  leurs  parents,  etc., 
sont  autant  de  circonstances  fixées  jiour 
chaque  esièce  d'une  manière  invariableî 
Pour  chacune  aussi,  quoique  certains  indivi- 
dus puissent  offrir  des  exceptions,  la  nature 
a  réglé  d'avance  la  marche  du  dévclupie- 
ment  de  l'organisme,  le  temps  qu'il  faut 
à  ranimai  pour  arriver  à  sa  plus  grande  n« 
gueur,  celle  où  il  commence  à  décliner,  les 
différentes  phases  par  lesquelles  il  i^sse, 
enfin  la  durée  totale  de  sa  vie. 

Avant  d'entrer  dans  le  nouveau  champ  de 
recherches  que  nous  venons  d'indiquer,  il 
convient  de  faire  une  remarque  qui  devra 
modifier  singulièrement  les  conséquences  à 
tirer  des  faits  qui  vont  |)asser  sous  no« 
yeux  :  quoiqu'il  suffise  d'un  rapide  examen 

Eour  arriver  à  reconnaître  qu'il  n'y  a  pas»  i 
eaucoup  près,  autant  de  différence  dans  li 
structure  des  organe^  internes  et  dans  leurs 
fonctions,  que  dans  les  caractères  extérieurs, 
tels  que  la  couleur  de  la  peau,  la  nature  Je? 


Il 


iV.l 


RAC 


D'AXTIIROPOLOCIE. 


RAC 


ltS8 


prûduc(iou6  é^iJermoIques,  etc.,  il  ne  but 
l>ds  croire  que  les  phénomènes  pbvsiologî* 
ques  et  les  appareils  du  jeu  desquels  ils  ré- 
sultent, ne  soient  sujets  a  aucune  Tariation, 
même  dans  les  fonctions  internes.  Nous  avons 
fait  allusion  ailleurs  {Voy.  Variations,  Gen- 
re )  au  changement  singulier  qui  se  pro- 
tiuilchez  les  Taches,  par  suite  de  Tinter- 
Tt'iitioD  de  rhonime ,  changement  dont 
ri:aliitude  fait,  pour  la  plupart  des  races,  un 
c'irdi.'tère  héréditaire,  et  qui  a  pour  résultat 
fi**  frolonger  la  durée  du  temps  pendant  le- 
i;ue\  ranimai  peut  donner  du  lait.  Ce  fait, 
aiusi  que  d'autres  que  nous  avons  égale- 
uienl  indiqués,  semble  prouver  que  lorsque 
|(*s  animaux  domestiques  ont  été  placés 
dans  certaines  conditions,  en  vertu  des- 
quoMes  leur  nature  a  subi  une  modification 
partir nlière,  et  lorsqu'ils  ont  obéi  pendant 
jiiusieurs  générations  à  une  nouvelle  loi, 
rhahitude  devient,  ïX)ur  la  race,  comme  une 
^{•(oudenature.Orccquenousobservonsï'Our 
l«*î>  races  d'animaux  inférieurs,  s'observe 
su^si  pour  les  races  humaines ,  et  Ton  |  eut  en 
rit<'r  de  nombreux  exemples.  Nous  avons  vu 
iMiPchez  les animauxqui habitent  de:;uis  des 
s:<Vles  les  hauteurs  des  Andes  de  l'Améri- 
«pii*  du  Sud  (Voy,  PéRtvie?is),  la  |)oitrine 
l'^l  )  lus  dévelopjée,  les  poumons  sont  plus 
l;jr.:es  que  parmi  les  tribus  du  plat  pays; 
iî.:ii>  en  même  temps  que  nous  remarque- 
rons combien  celte  |  articulante  de  constitu- 
f  ion  est  utiJe  à  des  hommes  obligés  de  res- 
l'ircT  un  air  Irès-raréGé,  nous  ne  devrons  pas 
)if*r  ire  de  vue  que  cette  modification  est 
Ti'ciséiaent  celle  que  tendent  à  produire 
•->  lirconstances  extérieures  dans  lesquelles 
ils  srmt  placés;  de  sorte  qu'au  lieu  d'en 
r-<inrlure  du  Cait  observé  que  les  Quichuas 
#*l  les  Avmaras  forment  une  race  particulière 
';iii  a  été  créée  originairement  avec  une 
<  «'iisiitution  appropriée  aux  circonstances 
;".;^ies  dans  lesquelles  elle  était  destinée  à 
%ivre,  nous  pouvons  continuer  à  voir  en 
eux  des  lH*ancliesde  la  grande  famille  amé- 
ricaine; nous  pouvons  Tes  citer  en  exemple 
r.rs  effets  produits  par  l'influence  longtemps 
l^rdongée  des  agents  extérieurs  et  de  l'ha- 
l.itucje  ,  effets  oui  ont  pour  but  de  mettre 
Porganisrae  et  les  fonctions  en  harmonie 
)Ti*c  de  nouvelles  conditions  d'existence.  Ce 
i^eul  exemple  suffirait  pour  nous  donner  une 
ïi'C  des  modifications  que  |)euvent  subir  les 
"if'f  s  liumainc^s ,  et  qui  ont  |H)ur  résultat 
r«i  f<i;der  leur  constitution  au  climat  dans 
*-7uel  elles  sont  api>elées  à  vivr:?;  mais  des 
a^  analogues  se  présentent  de  tous  c/^té<:, 
«>fir  i*ea  qu'on  se  donne  la  peine  d'ouvrir 
f'S  yeux. 

<yuand  nous  considérons ,  d'une  part , 
'Arai>equi  se  contente,  pour  sa  nourriture 
r  «urnalière,  de  cinq  dattes  et  d*un  peu  d'eau; 
t  «Je  l'autre,  l'Esquimau  qui  dévore  dans  un 
f.';ji^  des  quanti ûte  énormes  de  lard  de  lia* 
ine  ;  quand  nous  voyons  le  premier,  svelte, 

1 763)  ST0KH05T,  Effet  nr  la  topograpkie  médicale 
r  la  cale  cccidentaU  éT Afrique ,  et  jHirticuiièremettt 
àr  celle  de  la  colonie  de  Sterra^Leone;  Paris,  Ifêi, 

Dicnomi.  d'Ahthropologie. 


I 


agile  et  musculeux,  quoique  maigre;  le  se- 
cond, trapu,  gras  et  pesant,  nous  savons  bien 
que  ces  différences  dans  les  caractères  exté* 
rieurs  sont  l'indice  de  modifications  pins 
profondes  encore  dans  l'organisation,  mais 
nous  voyons  aussi  les  causes  extérieures  en 
vertu  desquelles  ces  modifications  tendent  à 
se  l'roduire.  Mais  il  y  a  des  cas  où  nous  ne 
pouvons  pas  nous  rendre  compte  de  la  ma- 
nière dont  agissent  ces  influences  exté- 
rieures, et  où  nous  n'en  devons  pas  moins 
supposer  qu  elles  sont,  avec  les  modifica- 
tions que  nous  observons  dans  des  rapports 
de  cause  à  effet.  C'est  à  quoi  nous  ne  pou 
vous  guère  nous  refuser,  par  exemple,  quand 
nous  voyons  que  ces  modifications  ont  pour 
résultat  d'adaider  un  type  organique  parti- 
culier aux  conditions  focales  d'existence. 

Il  n'est  pas  douteux  que  ce  ne  soit  d  après 
un  principe  semblable  que  la  constitution 
de  certaines  races  se  modifie  assez  pour 
supporter,  sans  inconvénient,  des  climats  qui 
sont  malsains  et  souvent  même  mortels  pour 
d'autres  races.  Ainsi  le  climat  de  Sierra- 
Leone  (763),  qui  est  si  fatal  aux  Européens, 
n'exerce,  pour  ainsi  dire,  aucune  iScbeuse 
influence  sur  les  naturels  ;  or,  ce  qui  prouve 
que  cela  ne  tient  pas  à  une  différence  ori- 
ginaire dans  l'organisation,  c'est  que  quand 
on  a  amené,  de  Ta  Nouvelle-Ecosse  dans  ce 
pays,  des  nègres  libres,  dont  les  ancêtres 
avaient  résidé  |  cn<!ant  quelques  générations 
dans  un  climat  fort  différent ,  ils  ont  été 
sujets  à  leur  arrivée  aux  mêmes  maladies 
que  les  Européens  :  c'est  un  fait  qui  a  été 
attesté  à  Prichard  par  un  habile  médecin, 
qui  arait  fait  un  long  séjour  dans  ia  colonie. 
Dans  ses  Recherches  sur  fhistoire  phy$ique 
du  genre  humain^  Prichard  a  réuni  un  grand 
nombre  d'exemples  semblables  d'acclimatft» 
lions  et  de  changements  survenus  dans  des 
races  transportées  sons  un  nouveau  climat. 
De  l'ensemble  des  faits  quMl  a  cités,  résulte 
la  preuve  que  ce  changement  ne  s'opère  oue 
graduellement  et  n'est  complet  qu  après  plu- 
sieurs générations,  mais  que,  une  ibis  |iro- 
duit,  les  nouveaux  caractères  deviennent 
héréditaires  et  restent  imprimés  d'une  ma- 
nière permanente  sur  la  race. 

Si  donc  on  fait  la  part  de  ces  modifications 
qui  s'opèrent  en  vertu  de  la  loi  d'adaptation, 
on  trouvera  qu'il  v  a  chez  toutes  les  races 
humaines  une  uniformité  remarquable  rela* 
tivement  aux  principales  lois  de  l'économie 
animale,  relativement  aux  grandes  fonctions 
physiologiques. 

La  durée  moyenne  de  la  vie  humaine  est 
a  peu  près  la  même  chez  les  différentes  ra- 
ces d'hommes.  Cependant,  afin  d'estimer  k 
leur  juste  valeur  les  faits  sur  lesquels  on 
opère  dans  les  travaux  relatifs  à  cette  ques- 
tion, il  faut  prendre  en  considération  l'im- 
mense influence  que  le  climat  exerce  sur 
les  lois  de  la  mortalité,  et  se  rappeler  en- 
core que  cette  cause  n'est  pas  la  seule  qui 

ni4'.  —  TaÉVBJiOT,  Traiti  des  maladies  de»  Entrù* 
péens  dans  Us  pa^s  chamds;  i8iO,  p.  2U8. 


40 


I-2G3 


R.VG 


DtCTIONiNAlRE 


HAC 


1164 


renverrai  ceux  de  mes  lecteurs  qui  désire- 
raient prendre  une  connaissance  approfon- 
die de  la  question  ;  ici  je  dois  me  borner  à 
présenter  la  conclusion  générale  à  laquelle 
il  est  arrivé. 

Cette  conclusion  qu'il  a  établie  sur  des 
preuves  parfaitement  satisfaisantes,  est  que 
ta  différence  du  climat  n'a  ciue  peu  ou  [)Oint 
d'effet  pour  produire  des  (Hversités  impor- 
tantes dans  les  épocjucs  des  changements 
physiques  auxquels  la  constitution  liumaûie 
est  assujettie;  de  sorte  qu'on  peut  dire  que, 
devant  ces  grandes  lois  de  l'économie  ani- 
male, tous  les  membres  de  la  famille  hu- 
maine sont  égaux,  tous  les  hommes,  les 
blancs  et  les  noirs,  se  trouvant  placés  par  la 
nature,  pour  ainsi  dire,  sur  le  pied  d'une 
éga'ilé  parfaite.  La  durée  de  la  vie  entière 
et  celle  du  temps  nécessaire  pour  arriver  à 
l'état  adulte  étant  reconnues  a  très-peu  près 
les  mêmes,  on  ne  pouvait  guère  supposer 
sans  invraisemblance  qu'il  existait  des  diffé- 
rences bien  marquées  pour  aucune  fonction 
{particulière  ou  pour  un  ordre  particulier  de 
onctions.  Cependant  c*était  une  0[)inion 
généralement  admise  depuis  le  temps  de 
A.  Haller  et  qui  avait  passé  sans  contestation 
jusqu  au  moment  où  elle  a  été  réfutée  par 
M.  Iloberton  (769). 
Comparaison  des  races  humaines  sous  le 

RAPPORT  des  facultés  INTELLECTUELLES.  — 

Il  y  a  un  point  de  vue  sous  lequel  il  nous 
reste  à  comparer  les  différentes  branches  de 
la  famille  humaine,  c'est  celui  des  différents 
degrés  d'intelliçence. 

La  psychologie,  en  prenant  ce  mot  dans 
son  acception  nabituelle,  est  l'histoire  des 
facultés  mentales  chez  l'homme;  mais  consi- 
dérée d'une  manière  plus  générale,  elle  em- 
brasse aussi  l'étude  de  ces  facultés  chez  les 
espèces  animales  qui  semtdent  se  rapprocher 
le  plus  de  l'espèce  humaine,  sous  le  rapport 
de  rinteliigence  :  ces  deux  parties  ae  la 
science  sont  en  quelque  sorte  solidaires,  et 
peuvent  se  prêter  mutuellement  appui.  Nous 
avons  montré  (art.  Genre,  Variations)  que 
deux  espèces  ahimales^si  voisines  quelles 
fussent,  ne  se  ressemblaient  jamais  complè- 
tement dans  leurs  mœurs ,  leurs  habitu- 
des, leur  tendance  à  certains  actes  parti- 
culiers, etc., ce  qui  indiquait  nécessairement 
des  différences  dans  leurs  caractères  psy- 
chologiques. Maintenant  si  les  caractères 
(psychologiques  sont  les  mêmes  pour  toutes 
es  races  humaines ,  si  chez  toutes ,  l'obser- 
vation des  faits  ne  nous  fait  reconnaître 
qu'un  seul  et  même  mode  d'intelligence, 
nous  aurons  là  un  puissant  motif  pour  con- 
clure qu'elles  appartiennent  toutes  i  une 
même  espèce,  qu'elles  ont  une  origine  com- 
mune. 

Mais  peut-on  soutenir  que  tel  est  réelle- 
ment le  fait?  La  plupart  des  gens  à  qui  l'on 
posera  cette  question  seront,  suivant  toute 

(769)  Le  mémoire  de  M.  Roberton  ,  qui  mérite 
d*6trc  mieux  coddu  au*il  ne  Ta  été  jasqu^à  prient, 
fht  publié  dans  VEdinburgh  médical  and  surgical 
Journal,  vol.  XXX Vm,  1852.  Le  même  auteur  a  fait 


apparence,  tentés  au  premier  al»orJ  d'y  ré- 
pondre par  la  négative  ;  car  quels  plus  grands 
contrastes  peut-on  imaginer  que  ceux  qui 
se  présentent  lorsque  l'on  compare  entre 
elles,  dans  l'état  actuel,  les  différente-s  races 
de  l'espèce  humaine?  Imaginons,  pour  un 
moment,  qu'un  habitant  d'une  autre  planète, 
descendant  sur  notre  globe,  observe  el  com* 
pare  les  mœurs  de  ses  habitants.  Faisons-ie 
assister  d'abord  à  quelque  pompe  brillante 
dans  l'un  des  pays  les  plus  civilisés  de  l'Eu- 
rope; au  couronnement  d'un  monarque, 
par  exemple.  Voici  saint  Louis  qu'on  ins- 
talle sur  le  trône  de  ses  pères,  et  qui,  envi- 
ronné d'une  auguste  assemblée  de  pairs,  de 
barons,  d'évèques,  d'abbés  mitres,  reçoit  sur 
son  front  l'huile  sainte  qu'un  anae  Tient 
d'apporter  pour  consacrer  le  droit  divin  des 
rois.  —  Transportons  ensuite  successiYc- 
ment  notre  voyageur  dans  quelque  hameau 
de  la  Nigritie,  a  Theure  où  ses  noirs  hale- 
tants, ivres  d'une  folle  joie,  s'agitent,  au$(ia 
d'une  musique  barbare,  en  mouvements  dés- 
ordonnés ;  puis  dans  les  plaines  salées  oà 
erre  le  chauve  Mongol,  dont  la  peau  jaunâ- 
tre se  détache  à  peine  sur  la  robe  safranéede 
la  stej>|>e  couverte  des  fleurs  de  la  tulipe  et 
de  l'iris.  —  Puis,  près  de  l'antre  solitaire 
où  le  famélique  Boschisman,  tapi  (xiuiiue 
une  bète  fauve,  suit  d'un  œil  inquiet  roi$e2u 

Krét  à  se  prendre  au  piège  qu'il  a  teudu,  ou 
i  reptile  que  le  hasard  amène  à  la  portée 
de  sa  main  ;  puis^  enQn^  dans  les  forêts  de 
la  Nouvelle-Hollande ,  en  présence  d'ime 
troupe  de  sales  Australiens,  singeant  dans 
leur  danse  stupide  les  mouvements  disgra- 
cieui  des  kanguroos.  —  Peut-on  sup|X)ser 
que  notre  voyageur  condura  que  les  diffé- 
rents groupes  qui  viennent  de  passer  som 
ses  yeux  ne  présentent  tous  que  des  êtres 
d'une  même  nature,  appartenant  à  une  même 
espèce,  descendant  d'une  tige  commune? H 
est  beaucoup  plus  probable  qu'il  arriverai 
une  conclusion  opposée. 

Mais  dans  la  question  qui  nous  occupe, 
nous  avons,  pour  arriver  à  la  solution,  d'a^ 
très  éléments  que  ceux  qui  seraient  fournie 
par  une  observation  passagère,  telle  que 
nous  la  supposions  ici.  L'histoire,  en  nous 
présentant  le  tableau  des  mœurs  d'une  même 
nation  à  des  époques  fort  éloignées,  nou> 
permet  d'apprécier  toute  l'étendue  des  chan- 
gements que  le  temps  et  les  circonstances 
ont  pu  opérer  dans  sa  condition.  En  comi^ 
rant  son  état  ancien  à  l'état  présent ,  \\(f 
ne  trouvons  plus  rien  d*improt>able  à  l'idée 

3ue  des  êtres,  en  apparence,  aussi  différent? 
ans  leur  mode  d'existence,  que  ceuxdooti^ 
vient  d'être  fait  mention,  puissent  néan- 
moins être  unis  par  des  liens  de  { arenfé. 

Les  recherches  historiques  ont  encore  or 
autre  résultat,  celui  de  mettre  tout  d'alxffJ 
en  évidence  un  des  grands  caractères  di?- 
tinctifs  de  notre  espèce,  un  de  ceux  qui  séi^ 

paraît  e  récenôment  un  mémoire  additionMl  ^ 
une  coniînuation  de  ses  recherches  sur  II  wxtà^ 
dans  le  numéro  452  du  même  jotunaL 


IÎ6S 


B4C 


b^ANTUROPOLOGlE. 


RAC 


Ïth9 


reot  le  plus  nettemenc  sa  nature  de  celle  des 
animaux  ;  je  ¥eui  parier  de  ce  que  Ton 
a  appelé  quelquefois  la  perfectibilité  de 
rhomme,  mais  qu'il  serait  plus  convenable 
de  désigner  comme  une  ten  lance  aux  chan- 
gements, puisque  ces  changements  qui  sont 
incessants,  bien  qu'ils  aient  en  général  pour 
résultat  de  le  dire  ayancer  dans  la  voie  de  la 
ciTilisation,  lui  impriment  quelquefois  pour 
un  temps  une  marche  rétrograde.  Ces  cnan- 
gements  d^ailleurs,  dans  quelque  direction 
qu'ils  s'oftèrent,  contrastent  de  la  manière  la 
plus  frappante  avec  ce  qui  s'observe  chez  les 
animaux ,  parmi  lesquels  les  habitudes  pro- 
pres à  chaque  es;>èi;e  se  transmettent  avec 
une  parfaite  uniformité  de  générations  en 

Sénérations.  Le  lion  de  Numidie  et  le  satjre 
es  déserts,  les  royaumes  des  abeilles  et  les 
républi4]ues  des  termites  sont  aujourd'hui 
précisément  dans  les  mdmes  conditions  gu'au 
temps  d'£sope  et  dans  l'empire  de  Juba, 
tanuis  que  les  descendants  des  hordes  que 
Tacite  nous  dépeint  comme  vivant  au  sein 
de  la  niif.ère  et  de  la  saleté  dans  les  maréca- 
ges des  liords  de  la  Vislule ,  ont  bâti  Saint- 
Pétersbourg  et  Moscou,  et  tiue  la  |)ostéritéde 
cannibales  et  de  phtiriopi)a;jes  se  nourrit 
maintenant  de  piilau  et  de  |)ain  de  fro- 
ment. 

Quand  nous  considérons  que  de  pareils 
changements  d'habitudes  se  sont  opérés 
dans  plusieurs  des  races  dont  l'histoire  nous 
permet  de  connaître  lancien  état,  nous  sen- 
tons qu'il  y  aurait  de  la  témérité  à  prétendre 
que  des  différenres  comme  celles  auxquelles 
il  a  été  fait  allusion  plus  haut,  ne  peuvent 
pas  être  le  résultat  des  circonstances  exté- 
rieures, circonblcimes  qui,  dans  certains 
ras,  auraient  favorisé  la  tendance  au  perfec- 
tionnement propre  à  notre  esfièce,  et,  dans 
d'autres,  auraient  agi  en  sens  contraire,  obli- 

Séant  des  nations  déjà  civilisées  à  réfrogra- 
er  vers  la  barl>arie  de  l'état  sauvage. 
Pour  tout  ce  qui  a  rap|>ort  à  Tentrelien 
de  la  vie,  et  généralement  à  la  satisfaction 
des  l>esoins  cor(K)rels,  les  habiludes  de 
l'homme  paraissent  susceptibles  de  varia- 
tions infinies  ;  en  nous  bornant  même  à 
celles  que  constate  l'histoire,  nous  voyons 
qu'il  s'est  opéré  dans  l'aspect  extérieur 
tfics  sociétés  des  changements  r^ui  vont  au 
delà  de  tout  ce  que  l'imagination  eût  pu 
faire  prévoir,  de  sorte  que,  si  Ton  se  conten- 
tait dun  coup  d'œil  superficiel,  on  serait 
tenté  de  croire  uu'il  n'y  a  dans  les  actions 
humaines,  rien  de  stable,  rien  de  perma- 
nent. Aussi  n'est-ce  point  à  la  surface  qu'il 
faut  s'arrêter,  lorsipi  on  veut  savoir,  si  mal- 
i;ré  leur  diversité,  ces  actions  ne  sont  p^iint 
Mjn mises  à  certaines  lois.  C'est  au  moyen 
ci*une  investigation  plus  profonde,  c'est  en 
arrivant  jus'iu'à  ce  iJu'il  y  a  de  plus  intime 
dans  la  nature  de  1  homme,  qu'on  pourra 
e>|*érer  découvrir  des  principes  qui,  sous  le 
rapiKjrtde  leur  constance,  soient  compara- 
bles aux  instincts  propres  aux  différentes 
es  èees  animales,  et  soient,  comme  ces  ins- 
fiiicLs,  caractéristiques,  nu  «le  riiumanité 
tout  entière  ou  de  ses  grandes  familles  pri- 


ses chacune  en  particulier.  Ainsi,  nous  de- 
vrons chercher  quelles  sont  les  idées,  quels 
sont  les  penchants  auxquels  se  rattacnent 
les   habitudes    si   variées    que    l'observa*, 
tion  nous  a  fait  connaître;  nous  prendrons) 
l'homme  avec  ses  penchants,  ses  sympa- 
thies, avec  la  conscience  qu'il  a  de  soi* 
même;  nous  constaterons,  en  un  mot,  les 
causes  cachées  des  déterminations,  aussi 
bien  que  les  actes  par  lesquels  elles  se  ma^ 
nifestent. 
«  Remarquons,  d'ailleurs,  dit  Pricbard, 

3ue,  même  en  nous  bornant  à  Tobservatiou 
e  ces  manifestations  extérieures,  nous  en 
trouverons  quelques-unes  qui  sont  si  géné- 
rales, qu'on  pourrait  les  considérer,  et  qu'on 
les  a  considérées  en  effet,  comme  caractéris- 
tiques de  la  nature  humaine.  Dans  le  nom- 
bre, et  en  première  ligne,  nous  (Muvons 
citer  l'usage  d'un  langage  conventionnel , 
usage  dont  l'universalité  chez  les  hommes 
n'est  pas  moins  remarauable  que  son  al>- 
sence  totale  chez  tous  les  autres  êtres  vi- 
vants. L'usage  du  feu,  des  vêtements,  des 
armes,  la  possession  d'animaux  domesti- 
ques viennent  encore  se  placer  à  peu  près 
sur  la  même  ligne;  mais  ces  différent» 
arts,  aussi  bien  que  celui  de  la  parole,  ne 
sont  que  les  manifestations  de  cet  agent  in- 
térieur qui  est  réellement  l'attribut  distinc- 
tif  de  la  nature  humaine  :  c'est  ce  princi(>e 
avec  ses  phénomènes  les  plus  essentiels,  les 
plus  caractéristiques,  si  nous  parvenons  à 
les  découvrir ,  que  nous  devons  prendre 
pour  sujet  d'une  com(iaraisr)n  à  établir 
avec  celui  qui  constitue  ce  que  nous  appe- 
lons la  nature  psychique  des  animaux.  Or, 
pour  peu  qu'on  pousse  avant  la  comparai- 
son ,  on  reconnadt  qu'il  existe,  entre  cette 
faculté  de  l'homme  et  celle  qui  lui  corres- 
pond chez  les  brutes,  des  rapfiorts  très- 
grands  ,  très-importants.  Dans  Tune  et  Tau- 
Ire,  par  exemple,  on  voit  un  principe  d'ac- 
tion tendant  à  assurer  le  bien-être  et  la 
conservation  des  individus  qui  l'ont  rcru 
respectivement  en  partage,  et  tendant  égale- 
ment à  assurer  la  conservation  de  l'espèc  e. 
Le  désir  d'un  plaisir  prochain,  le  besoin  de 
pré|iarer  un  bonheur  futur,  voilà  le  ^rand 
principe  d'action  chez  tous  les  êtres  animés; 
voilà  la  grande  source  d'énergie  active  dans 
notre  espèce  et  dans  les  esières  inférieu- 
res. Relativement  à  la  nature  de  ce  prin- 
cipe, quelques  philosophes  veulent  (|u'il  y 
ait  entre  l'nomme  et  la  bnite  une  li^^ne  de 
démarcation  tranchée,  admettant  comme  évi- 
dente une  proposition  qui  certainement  eî>t 
très-contestable,  savoir,  aue  l'animal,  dans 
touîes  ses  actions,  ignore  le  but  vers  lequel 
il  tend  :  Deus  est  anima  bruiorum,  disaient 
les  métaphysiciens  du  moyen  âge,  qui  ne 
voyaient  dans  les  animaux  que  de  purs  au- 
tomates. Cette  proï>osiiion,  je  le  répète,  est 
une  pure  hypothèse,  et  ceux  c^ui  l'admettent 
seraient  fort  eml^arrassés ,  s  il  leur  fallait 
l'élayer  par  des  preuves.  Comment  démon- 
treraient-ils, par  exemple,  que  l'oiseau,  en 
construisant  son  ni.l,  ne  sait  |ias  qu'il  tra- 
vaille pour  sa  future  famille,  que  la  fourmi 


1267 


RÂC 


DICTIONNAIHE 


RAC 


m 


jbAtit  ses  magasins  sans  songer  aux  besoins 

Î [Quelle  en  aura  dans  une  autre  saison,  que 
es  abeilles  ouvrières,  qui  environnent  leur 
reine  n'ont  rien  qui  ressemble  à  un  loyal  dé- 
vouement pour  la  souveraine  de  la  ruche, 
ou  que  les  termites,  qui  réduisent  en  capti- 
vité leurs  ennemis  vaincus  et  les  ibrcent  à 
prendre  soin  des  jeunes  individus,  n'éprou- 
vent pas  quelque  chose  de  ce  sentiment  d'or- 
gueil, qui  gonflait  le  cœur  du  despote  persan 
lorsqu'il  appuyait  son  pied  sur  le  cou  d'un 
empereur  romain  (770).  » 

L'invariable  uniformité  qui  règne  dans  les 
habitudes  des  animaux,  et  qui  forme  un 
contraste  si  frappant  avec  la  variabilité  non 
moins  remarquable  qui  s'observe  dans  les 
habitudes  des  hommes,  quand  on  compare 
une  génération  à  une  autre,  constitue  réelle- 
ment une  différence  beaucoup  plus  caracté- 
ristique entre  les  êtres  qui  agissent  sous  les 
impulsions  de  l'instinct  et  ceux  qui  ont  rcgu 
la  raison  en  partage.  C'est  là,  pour  le  com- 
mun des  observateurs,  la  distinction  la  plus 
a[>parente,  et  c'est  même  la  seule  que  puisse 
faire  découvrir  un  examen  rapide  et  super- 
Qciel.  Mais  s'attache-t-on  à  approfondir  le 
sujet,  à  pénétrer  dans  la  nature  même  des 
actions,  dans  la  partie  la  plus  cachée  de 
rhistoire  des  sentiments,  des  penchants,  des 
impulsions,  qui  sont  les  premiers  mobiles, 
les  ressorts  secrets  de  ces  actions;  alors  on 
en  vient  à  découvrir  une  distinction  beau- 
coup plus  importante,  une  différence  capi- 
tale, essentielle,  dans  le  but  vers  lequel  ten- 
dent les  actes  commandés  par  l'instinct  et 
ceux  qui  sont  dirij^és  par  l£^  raison.  Relati- 
vement aux  premiers,  nous  reconnaissons 
que  toute  Tactivité  mi^e  en  jeu  par  les  sen- 
timents de  désir  ou  d'aversion ,  de  sympa- 
thie ou  d'antipathie,  propres  à  chaque  es- 
Eèce  animale  t  tend  seulement  à  assurer  le 
ien-êlre  et  la  conservation  de  l'individu,  la 
perpétuation  de  sa  race.  Si  au  contraire, 
entrant  dans  le  vaste  champ  d'observation 
que  nous  ouvre  l'histoire,  nous  embrassons 
la  sphère  entière  des  actions  humaines,  nous 
en  voyons  bien  encore  un  bon  nombre  qui 
tendent  vers  ce  but,  mais  il  n'est  plus  exact 
de  dire  qu'elles  y  tendent  toutes.  Loin  de  là, 
et  dans  les  habitudes,  dans  les  coutumes 
des  différents  peuples,  ils  n'en  est  point  de 
plus  remarquables  que  celles  qui  se  rappor- 
tent à  un  élal  d'existence  auquel  l'homme  se 
sent  appelé  après  sa  mort,  et  à  l'influence 
que  doivent  exercer  sur  sa  condition  pré- 
sentée! future  des  agents  invisibles  qui  sont 
cour  lui  un  objet  de  crainte  et  de  respect, 
bans  doute,  suivant  l'état  de  barbarie  ou  de 
civilisation  dans  lequel  se  trouvent  les  peu- 
ples, leurs  notions,acet  é^ard,  varient  beau- 
coup, et  à  mesure  qu'on  descend  dans  l'é- 
chelle, on  les  trouve  plus  grossières  et  [jIus 
confuses;  mais  enfin,  en  arrivant  mômejus- 
qu'au<lernier  de§ro,on  lesy retrouve  encore, 
9t  elles  s'y  traduisent  par  des  actes  parfaite- 

(770)  Voy, ,  Aptitudes  rrspectivks  des  races^ 
^eluiies  observations  sur  eu  scaiimenl  de  Pri- 
çlurj. 


ment  signiricatife.  Les  rites  pratiqués  sur 
toute  la  terre  en  l'honneur  de  ceux  qui  ne 
sont  plus  ;  les  différentes  céréiuonies  relati- 
ves à  la  sépulture,  à  l'embaumement, à  lin- 
einération  des  corps;  les  processions  funé- 
raires qui,  dans  tous  les  pays ,  dans  tous  lc< 
temps,  chez  tous  les  peuples,  accompagnent 
les  morts  à  leur  dernière  demeure;  les  toiu- 
beaux  élevés  sur  le  lieu  où  ont  été  déjwés 
leurs  restes  périssables;  les  innombrables 
tumulus  dispersés  sur  toute  la  surface  du 
gloije,  seules   traces  qu'aient  laissées  des 
races  depuis  longtemps  éteintes  ;  les  moraïs 
et  les  gigantesques  monuments  des  lies  po- 
lynésiennes ;  les  magnifiques  pyramides  de 
1  Egypte  et  de  l'Anahuac  ;  les  prières  et  les 
litanies ,  récitées  aujourd'hui  pour  les  vi- 
vants et  pour  les  morts  dans  les  églises  de  la 
chrétienté,  dans  les  mosquées  et  lesnagodes 
de  l'Orient,  comme  elles  t'étaient  jaais  dans 
les  temples   du  monde  païen  ;  le  pouvoir 
accordé  aux  prêtres,  considérés  comme  mé- 
diateurs entre  les  dieux  et  les  hommes;  les 
pontifes  agissant  comme  vicaires  d«  la  divi- 
nité sur  1ns  rives  du  Tibre,  du  Brahmapoulra 
et  du  golfe  Arabique;  les  guerres  sacrées 
désolant  des  empires,  pour  établir  ou  renver- 
ser   certains    dogmes    métaphysiques,  que 
n'entendirent  jamais  la  plupart  des  hommes 
qui  combattirent  et  moururent  dans  ces  que- 
relles;  les  pénibles    pèlerinages  exéculés 
chaque  année  pendant  de  longues  suites  de 
siècles  par  des  hommes  de  toutes  les  cou- 
leurs, de  tous  les  pays,  qui  vont  chercher  à 
la  tombe  des  prophètes  ou  des  saints  l'abso- 
tion  de  leurs  péchés;  les  sacrifices  humains; 
la  mort  volontaire  des  vieillards  ;  Vimmola- 
tion  des  enfants  par  leurs  parents  (771)  ;  les 
sacrifices  d'animaux  considérés  comme  ivpi' 
ques  ou  comme  expiatoires  ;  tous  ces  diffé- 
rents faits,  et  beaucoup  d'autres  semblabh*^ 
que  présente  à  notre  observation  l'histoire 
des  nations  civilisées  comme  celle  des  peu- 
ples  barbares,   nous  conduisent  à  recou- 
naître  que  Thumanité  tout    entière  symt«- 
thise  dans  certaines  idées  générales,  d8R> 
certains  sentiments  profondément  empreints 
en  elle,  et  dont  la  nature  n'est  pas  moins 
mystérieuse  que  l'origine.  Ce  sont  là,  parmi 
les  di  vers  phénomènes  psychologiques  pro- 
pres aux  créatures  humaines,  les  plus  n^ 
marquables  sans  doute,  et  ceux  qui  peovenl 
le  mieux  les  distinguer  des  brutes  ;  car  te 
n'est  plus  sur  l'aspect  extérieur  des  habitu- 
des et  des  diverses  manifestations  de  radi- 
vite  que  repose  la  distinction,  mais  sur  a 
nature   intime    du   principe   d'action  lui- 
même. 

Su[)posons  donc  qu'après  une  investie 
tibn  bien  complète  des  phénomènes,  nou> 
soyons  arrivés  a  reconnaître  dans  la  psycho- 
gie  des  races  humaines  un  certain  nombre 
de  principes  fondamentai^x  cjui  correspon- 
dent, du  moins  quant  à  leurs  etîets,  auï  iû^ 
tiucts  des  brutes ,  si  nous  voyons  que  ces 

(771)  Votf.  Bi:rdm:ii,  Traité  de  ph^plo^:  ^^'^ 
ISoO,  l.  V,  |i.  158  et  suiv. 


«i>9 


BAC 


OANTIIROPOLOGIE. 


RAG 


ÎT,0 


priscipes  d*actioti,  au  lica  de  varier  d*une 
race  à  Tautre,  oomme  les  instincts  qui  sont 
différents  |K>ur  chacune  des  espèces  anima- 
les y  sont  au  contraire  communs  à  tous  les 
hommes,  il  est  clair  que  nous  aurons  là 
un  puissant  argument  en  fayeur  de  Tunité 
spécifique  du  genre  humain. 

C*est  donc  à  ce  genre  d*inrestigatlon  qu'il 
nous  Caïut  maintenant  nous  livrer  en  étu- 
diant rbistoire  psychologique  de  diverses 
races  humaines,  et  en  prenant  nos  exemples 
dans  celles  qui  sont  le  plus  éloignées  les 
unes  des  autres.  Dans  ce  but,  nous  commen- 
€*erons  pan^réunir  les  particularités  les  plus 
frappantes  et  les  plus  caractéristiques,  rela- 
tives à  l'état  moral  et  intellectuel  de  ces  na- 
tions. Nous  verrons  quelles  étaient  leurs  su- 
perstitions primitives  ou  leurs  dogmes  reli- 
gieux à  une  époque  où  ils  étaient  encore 
privés  de  toute  communication  avec  le 
monde  chrétien  et  civilisé,  puis  nous  exami- 
nerons jusqu*à  quel  iioint ,  quand  la  com- 
munication aura  été  établie  ,  ces  mêmes 
peuples  se  seront  montrés  capables  de  rece* 
voir  et  de  s'approprier  les  bieniaits  de  la 
civilisation  et  du  christianisme. 

Nous  n'entreprendrons  pas  de  poursuivre 
cette  recherche  relativement  à  toutes  ïes 
races,  et  nous  nous  bornerons  à  considérer 
deux  ou  trois  des  groupes  le  plus  nettement 
séparés  les  uns  des  autres.  Les  {)opulations 
du  nouveau  monde,  prises  comme  un  tout , 
nous  occuperont  d'abord,  et  nous  tâcherons 
de  jeter  quelque  jour  sur  cette  partie  de 
rbistoire  des  nations  américaines,  en  les 
prenant  depuis  les  régions  arctiques  jus- 
qu'au cap  Horn.  Nous  passerons  ensuite  aux 
nations  à  chevelure  laineuse  de  l'Afrique, 
et  la  comparaison  que  nous  établirons  entre 
ces  peuples  et  les  nations  de  l'Europe  et  de 
l'Asie  devra  nous  founiir  les  éléments  suffi- 
sants pour  arriver  k  une  solution,  soit  posi*» 
tive,  soit  négative  de  la  question. 

C03ISn>ÉRATI05,  SOCS  LE .  POIT«T  DE  VTB 
PSTCHOLOGIQLE,  DES  RACES  I5D1GÈ5ES  DE  L'A- 

■CEIQL'E.  —  S'il  est  un  groupe  de  nations 
qu'on  puisse  sans  trop  d'invraisemblance  re- 
]>résenter  comme  différent  par  ses  caractères 
psycholo^ques  des  autres  groupes,  dont  se 
compose  la  population  du  globe,  c'est  sans 
doute  celui  qui  embrasse  l'ensembledes  races 
indigènes  du  nouveau  monde.  Un  célèbre  écri- 
rain,  le  docteur  Marlius,  qui  a  eu  des  faci- 
lités toutes  particulières  pour  Télude  des 
diverses  branches  de  'l'histoire  naturelle 
dans  les  provinces  portugaises  de  l'Améri- 
que du  sud,  et  que  l'on  sait  avoir  apporté 
une  attention  parâculière  à  l'ethnographie 
des  habitants  de  cette  vaste  région ,  a  tracé 
en  termes  très-forts,  mais  empreints  suivant 
moi  d'un  peu  d'eiagéralion,  une  peinture 
de  ces  peuples  consHlérés  tant  au  physique 
qu'au  moral.  Afin  d'éviter  le  danger*de  re- 
présenter d'une  manière  infidèle  ses  opi- 
nions à  cet  égard ,  je  citerai  textuellement 
quelques  fragments  d'un  de  ses  ouvrases. 

«  La  race  indigne  du  nouveau  monde,  dit 
M.  Martius.  se  distin;:çue  de  toutes  les  autres. 
races  humaines,  non-seulement  par  les  carac- 


tères extérieurs,  c'est-à-dire  par  certaines 
particularités  de  sa  conformation  physique , 
mais  encore ,  et  d'une  manière  plus  tran- 
chée peut-être,  par  des  caractères  intérieurs, 
tirés  de  la  considération  de  sa  condition 
mentale. 

«  L^Américain  nous  jprésente  en  eflet ,  à 
cet  égard,  des  traits  qui  lui  sont  tout  à  fait 
propres,  joignant  à  1  ignorance  et  la  légèreté 
de  l'enfont,  l'incapacité  pour  apprendre  et 
l'opiniAtreté  du  vieillard.  C'est  cette  singu- 
lière et  inexplicable  réunion  des  défauts 
particuliers  aux  deux  époques  extrêmes  de 
la  vie  intellectuelle,  qui  a  ùài  échouer  tous 
les  efforts  qu'on  a  tentés  jusqu'à  ce  jour 
pour  le  réconcilier  avec  l'état  de  choses  pré^ 
sent.  Il  n'essaie  plus  de  lutter  contre  ras- 
eendantde  l'Européen,  mais  il  refuse  de  s'as- 
socier à  son  mouvement,  de  faire  tout  ce 
qui  pourrait  le  conduire  à  devenir  un  mem- 
bre heureux  et  satisfait  d'une  même  com- 
munauté. C'est  encore  cette  double  nature 
que  nous  venons  de  signaler  en  lui,  qui  op- 
pose à  la  science  des  obstacles  presque  in- 
surmontables, lorsqu'elle  s'efforce  de  scru- 
ter son  origine,  de^e  suivre  à  travers  cette  lon- 
fue  suitejle  siècles  qu'il  a  parcourus,  et  pen^ 
ant  lesquels  il  semble  n'avoir  rien  acquis. 
En  disant  qu'il  n'a  rien  acquis ,  nous  som- 
mes loin  de  dr  nner  à  entendre  que  sa  con- 
dition présente  ressemble  en  rien  à  ce  que 
devait  être  la  condition  primitive  de  l'homme. 
Au  contraire,  elle  est  aussi  éloignéeque  possi- 
ble de  cette  absence  de  crainte,  de  cette  con- 
fiance naïve  qui,  si  nous  en  croyons  une  voix 
i  n  térieure,  d  accord  en  cela  avec  le  témoignage 
des  plus  anciens  documents  écrits,  fut  l'apa- 
nage de  l'enfance  des  nations ,  comme  elle 
est  celui  de  l'enfance  des  individus.  Dans 
les  sentiments  de  l'indigène  Américain,  il 
faut  bien  en  convenir,  il  ne  reste  presque 
plus  rien  de  l'empreinte  que  l'homme  reçut 
sans  doute  en  sortant  des  mains  du  Créa- 
teur, et  il  semble  que  depuis  longtemps  c'est 
le  pur  instinct  ammal  qui  Fa  guidé  dans  la 
route  par  laquelle  il  est  arrivé  u'un  obscur 
passé  à  un  présent  non  moins  sombre.  Il 
n'en  est  plus  à  la  première  période  du  dé- 
veloppement normal  de  l'espèce'  :  ce  n'est 
pas  l'homme  primitif,  mais  J'homme  dégé- 
néré que  nous  vovons  en  lui.  Voilà  du 
moins  ce  qui  semble  résulter  d'une  foule 
d'indications  diverses. 

c  Sans  parler  ici  des  traces  ncHnbreuses 
d'une  civilisation  antérieure  aux  temps 
historiques  que  nous  présente  la  race 
américaine,  sans  parler  ae  l'ancienneté  de 
ses  conquêtes  sur  le  monde  organisé ,  con- 

Suêtes  dont  l'origine  se  perd  dans  la  nuit 
u  liasse,  nous  trouvons ,  pour  appuyer  l'o- 
pinion que  nous  venons  d't'mettie,  des 
fireuves  encore  plus  convaincantes,  dans 
'observation  des  rapports  qu'ont  entre  eux 
les  peuples  du  nouveau  monde ,  dans  ce  qui 
forme  pour  eux  la  base  du  droit  naturel  et 
du  droit  des  gens ,  si  l'on  peut  employer, 
l'expression  de  droit  pour  un  ordre  de  choses 
ou  règne  partout  la  violence.  Je  veux  parler 
ici  de  ce  grand  fait  que  j'ai  déjà  eu  précé- 


1 


1271 


RAC 


DICT10r«:<AlIl£ 


RAC 


iiTI 


deofiment  roccasion  de  signaler,  de  Tétrange 
dÎTision  de  la  population  américaine  en  une 
infinité  de  grou])es  grands  et  petits»  grou- 
pes isolés  entre  eux ,  qui  se  repoussent 
même  mutuellement  et  nous  apparaissent 
comme  lés  fragments  d'une  vaste  ruine. 
L'histoire  des  autres  nations  du  globe  ne 
nous  offre  rien  qui  ait  la  moindre  analogie 
avec  un  pareil  état. 

«  On  ne  peut  douter  que,  depuis  des 
temps  fort  reculés,  TAmerique  n'ait  été, 
presque  sans  interruption»  le  théAtre  de  mi- 

S  rations  qui  ont  agité  les  différents  points 
0  sa  surface,  et  tout  porte  à  voir,  dans  ces 
déplacements  violents,  une  des  causes  prin- 
cipales du  démembrement  des  anciennes  so- 
ciétés, de  la  corruption  des  langues  et  de 
la  dôjgradation  des  mœurs ,  suite  presque 
inévitable  de  la  misère  amenée  par  toute 
grande  catastrophe.  Il  est  permis  de  croire 
que,  dans  l'origine,  il  n'jr  a  eu  qu'un  petit 
nombre  dos  nations  principales  a  éprouver 
des  collisions  de  cette  nature,  mais  on  doit 
supposer  que  le  résultat  en  aura  été  pour 
elles,  ce  qu'il  a  été,  presque  de  nos  jours, 
pour  la  nation  des  Tupis,  c'est-àndire  que 
les  débris  provenant  des  deux  masses  qui 
s'étaient  mutuellement  heurtées,  auront  été 
dispersés  dans  toutes  les  directions,  se  se- 
ront méiés,  groupés,  amalgamés  de  toutes 
les  manières.  Pour  peu  c^u'on  admette  que 
les  migrations  aient  ensuite  continué,  à. des 
intervalles  assez  rapprochés,  pendant  une 
longue  suite  de  siècles ,  amenant  tou- 
jours les  mêmes  brisements,  les  n:émes  dis- 
persions suivies  d'une  sorte  de  fusion  de 
quelques-unes  des  parties  désagrégées,  on 
aura  une  explication  de  l'état  actuel  de  l'A- 
mérique. Remarquons  d'ailleurs  que  l'ad- 
mission de  cette  hypothèse  ne  nous  con- 
duit ,  relaiivemenl  au  grand  phénomène 
que  nous  considérons,  qu  à  la  connaissance 
des  causes  prochaines,  et  que  ses  causes 
premières  n  en  restent  pas  moins  toujours 
inconnues  et  énigmatiques. 

tf  Faut-il  croire  que  quelque  grande  con- 
vulsion de  la  nature,  aueique  effroyable 
tremblement  de  terre,  tel  que  celui  auquel 
on  attribuait  jadis  la  submersion  de  la  fa- 
meuse Atlantide,  a  enveloppé  dans  son  cer- 
cle destructeur  les  habitants  du  nouveau 
continent.  Est-ce  la  terreur  profonde  res- 
sentie par  les  malheureux  échappés  à 
cette  affreuse  calamité,  qui,  se  transmettant 
sans  diminuer  d'intensité  aux  générations 
suivantes,  a  troublé  leur  raison,  obscurci 
leur  intelligence,  endurci  leur  cœur?  Est-ce 
cette  terreur  toujours  présente  qui  les  a  dis- 
persés, et,  fermant  leurs  yeux  aux  bienfaits 
de  la  vie  sociale,  les  a  fait  se  fuir  les  uns  les 
autres  sans  savoir  où  ils  porteraient  leurs 

Sas?  Supposerons-nous  que  des  calamités 
'un  autre  genre,  de  longues  et  désolantes 
sécheresseSjd'immeses  inondations,  amenant 

(77â)  Von  dem  RBcht»^Zu$tandis  unter  den  Ur 
finwohnern  BraxUieiu,  Eine  Àbhandlung  ;  Munich, 
^832,  traduit  dans  le  second  volume  du'  Journal  of 
01.^  royal  geogravhical  Society,  —  Reize  in  Braiilien^ 


après  elles  la  famine,  ont  forcé  les  hommes  de 
race  rouge  à  se  dévorer  les  uns  les  autres,  et 
que  la  répétition  de  ces  actes  de  cannibalisme 
leur  enlevant  bientôt  tout  ce  qu'il  pouvait  j 
avoir  de  noble  et  d'humain  dans  leur  nature, 
les  a  fait  tomberdans  l'état  de  dégradalion  et 
d'abrutissement  où  nous  les  trouvons  aujour- 
d'hui ?0u  bien  enQn,  cette  dégradationest-elle 
la  conséquence,  non  des  circonstances  exté- 
rieures, mais  des  vices  de  l'homme  lui-même, 
la  suite  des  désordres  affreux  dans  lesquels  il 
est  tombé  en  s'abandonnant  aux  penchants 
que  la  tache  originelle  a  laissés  dans  son 
cœur?  Y  devons-nous  voir,  en  un  mol,  un 
exemple  du  chAtiment  que  le  Créateur  a  in- 
fligé aux  enfants  pour  la  faute  des  pères 
avec  une  sévérité  qu'il  serait  téméraire  è 
nous  de  taxer  d'injustice  ?  » 

Nous  ne  suivrons  pas  plus  loin  le  docteur 
Martius,  et  nous  nous  contenterons  de  dire 
que  la  même  série  d'idées  se  trouve  déve- 
loppée dans  plusieurs  de  ses  ouvrages  (772). 
C'est  un  écrivain  doué  de  beaucoup  d'ima- 
gination, et  dont  l'esprit  a  été  vivement 
frappé  de  l'aspect  étrange  sous  lequel  la  na- 
ture humaine  s'est  montrée  à  son  obseryè- 
Jion  dans  les  provinces  occidentales  de  l'A- 
mérique du  Sud.  Si  ses  études  s'étaient  éten- 
dues aux  autres  parties  du  monde,  ses  vues 
se  seraient  élargies  et  ses  opinions  eussent 
été  ,  selon  toute  apparence ,  considérablo- 
ment  modifiées. 

Il  s'en  faut  de  beaucoup  que  les  natiim'^ 
américaines  soient,  sous  le  point  de  vue 
psychologique,  séparées  du  reste  des  hom- 
mes par  une  distance  aussi  grande  qu'on  se- 
rait tenté  de  le  supposer  d'après  les  condu- 
sions  du  célèbre  voyageur;  c'est  du  moin> 
ce  qui  résulte,  si  je  ne  me  trompe,  dos  con- 
sidérations suivantes  : 

!•  Les  impressions  et  les  tendances  reli- 
gieuses (les  habitants  du  nouveau  montie. 
les  dogmes  qui  étaient  reçus  universelle- 
ment parmi  eux,  leur  croyance  à  une  vie 
future,  leurs  rites  et  leurs  cérémonies,  leur» 
idées  superstitieuses,  les  formes  sous  les- 
quelles se  montrait  leur  crédulité,  les  jon- 
gleries et  les  impostures  à  l'aide  desquelles 
certains  individus  cherchaient  à  inspirer  an 
vulgaire  la  crainte  et  le  respect,  à  se  faire 
regarder  comme  doués  de  pouvoirs  surnatu- 
rels; toutes  ces  manifestations  diverses  de> 
sentiments  intérieurs,  et  bien  d'autres  eu- 
core  qui  ont  été  observées  chez  les  Améri- 
cain, se  retrouvent  presque  identiijuenient 
chez  plusieurs  des  nations  de  l'ancien  conii- 
nent. 

Qu'on  lise  ce  qu'a  écrit,  sur  la  relig;ion  et 
les  superstitions  des  Dolawares,  un  vieil  au- 
teur, qui  connaissait  très-bien  ces  ïndien.s 
parmi  lesquels  il  avait  longtemps  vécu. 
«  Chez  toutes  ces  nations,  dit  Loskiel,  l'opi- 
nion générale  est  qu'il  y  a  un  Dieu,  ou, 
pour  employer  leur  manière  de  s'exprimer, 

par  MM.  Stix  et  Màtries,  in-4\  —  Ueber  die  Z^knnU 
and  Verqanfenheit  der  Àmericaniichfn  Voîtst&nfvi, 
par  M.  Martivs;  Hunich* 


1173 


RAC 


D*ANTHB0P0L0G1^ 


RAC 


If74 


on  esprit  Rrand  et  bon  oui  préside  aux  des- 
tinées de  rhomme.  »  D  après  ce  que  nous 
apprend  cet  écrivain  y  (font  le  témoignage 
d  ailleurs  est  d*accord  arec  celui  de  toutes 
les  personiies  qui  ont  eu  des  rapports  suivis 
avec  les  nations  indigènes  de  FAmérique 
septentrionale,  il  parait  que  les  idées  de 
ces  nations,  sur  la  nature  et  les  attributs  de 
Dieu,  sont  beaucoup  plus  larges  et  plus  phi* 
losophiques  que  celles  de  la  grande  majo- 
rité des  nations  sauvages  de  Tancien  conti- 
nent. Ils  voient  en  lui  (ce  sont  leurs  propres 
expressions)  le  créateur  du  ciel  et  de  la  terre, 
de  rhomme  et  de  tous  les  êtres  animés.  Ils 
le  représentent  comme  tout  puissant  et  ca« 
pable  de  faire  tout  le  bien  (jull  veut.  •  Ils 
disent  qu*il  a  manifesté  ses  intentions  bien- 
veillantes envers  lliomme,  en  mettant  dans 
les  plantes  le  germe  de  la  vie,  en  envoyant 
les  pluies  pour  fertiliser  le  sol,  en  donnant 
au  soleil  la  chaleur  nécessaire  pour  mûrir 
les  fruits,  en  peuplant  les  eaux  ae  poissons 
et  les  forêts  de  çîbier.  »  Tous  ces  bienfaits  , 
d  ailleurs,  auraient  été,  suivant  eux,  desti- 
nés aux  Indiens  exclusivement.  EnSn,  «  ils 
sont  convaincus  que  Dieu  exige  d'eux  qu'ils 
pratiquent  le  bien  et  évitent  le  mal.  » 

Avant  d'aller  plus  loin,  nous  devons  faire 
remarquer  qu'il  y  a  sur  tous  ces  points  une 
grande  analogie  dans  les  opinions  des  Amé- 
ricains et  celles  ées  A$iati(]ues  du  nord.  Un 
voyageur  moderne,  M.  Erman,  nous  ap- 
prend, d'après  le  témoignage  du  métropoli- 
tain Philophei,  qui  résidait  chez  les  Ostia- 
ques  de  TObi,  que  ces  peuples,  avant  d'avoir 
eu  aucun  rapport  avec  les  missionnaires, 
croyaient  à  l'existence  d'une  divinité  su- 
prême, et  se  faisaient,  sur  sa  nature,  des 
l'Jées  très- pures  et  très-élevées.  Ils  n'avaient 
Jamais  songé  à  la  représenter  sous  des  for- 
mes matérielles  ou  à  lui  faire  des  offrandes, 
fandis  qu'ils  avaient  des  images  des  dieux 
inférieurs  devant  lesquelles  ils  déposaient 
des  dons  propitiatoires.  La  plus  célèbre  de 
ces  divinités  subalternes  qui,  pour  eux,  était 
une  sorte  de  puissance  méJiatrice,  portait  le 
nom  d'Oertidk.  Ce  nom,  qui  se  conserve 
parmi  les  Magyares  sous  une  forme  encore 
très-reconnaissable  (Oerdig),  a  été,  à  Tépo- 
qae  de  l'introduction  du  christianisme  en 
Hongrie,  employé  par  les  moines  pour  dé^^i- 
gner  l'esprit  de  ténèbres.  On  exécutait  de- 
vant les  images  d'Oertidk  des  danses  qui, 
suivant  Erman,  devaient  ressembler  beau- 
coup aux  danses  de  guerre  que  ce  voyageur 
a  observées  sur  le  continent  américain  chez 
les  Kolusbiens  de  Sitcka. 

On  sait  que  certains  peu(;les  américains 
Ont  aussi  des  images  de  leurs  manitous.  Ces 
manitous  sont  des  génies  subalternes  dont 
l'existence  est  admise  par  beaucoup  de  peu- 
ples du  nouveau  continent,  qui  croient  à  une 
divinité  suprême,  et  notamment  par  les  De- 
lawares.  II  y  en  a  de  bons  et  de  méchants. 


question  d'une  guerre 

f liens  s'avertissent  les  uns  les  autres  de  prê- 
ter l'oreille  aux  suggestions  des  bons  génies, 


qui  conseillent  toujours  la  pais,  et  non  à 
celle  des  méchants  espriU^.  »  Ces  derniers 
étaient  pour  eux  d'ailleurs  tout  autre  chose 
que  ce  qu'est  pour  nous  l'esprit  de  ténèbres; 
mais  Loskiel  nous  apprend  que  l'idée  du 
diable,  dans  le  sens  cnrétien  et  oriental  du 
mot,  idée  qui  leur  était  autrefois  complète- 
ment étrangère,  a  été  introduite  chez  eux 
par  suite  de  leurs  rapports  avec  les  blancs, 
et  (Tu'ils  l'ont  bientôt  adoptée.  11  y  a  parmi 
ces  nommes  des  prédicateurs  qui  prétendent 
avoir  reçu  des  révélations  et  qui,  enseignant 
des  opinions  différentes,  se  trouvent  quel- 
quefois engagés  dans  des  espèces  de  dispu- 
tes théologiques.  Quelques-uns  de  ces  hom- 
mes prétendent  être  parvenus  jusqu'au  sé- 
jour de  la  divinité,  ou  s'en  être  du  moins 
approchés  assez  près  pour  avoir,  entendu 
cnanter  les  coqs  et  fumer  les  cheminées  du 
paradis.  D'autres  soutiennent  que  personne 
n'a  jamais  pu  connaître  les  lieux  oCi  Dieu 
réside  ;  mais  que  la  demeure  du  grand  es- 
prit, du  principe  de  tout  bien,  est  au  delà 
du  ciel  bleu,  et  que  la  voie  lactée  est  le  cfae-. 
min  qui  mène  vers  sa  demeure.  Beausobre 
prétend  retrouver  dans  celte  idée  une  trace 
des  opinions  des  manichéens  et  de  quelques 
autres  philosophes  orientaux.  Nous  rappe- 
lons cette  opinion  sans  la  juger. 

Les  Américains  admettent  l'cTistence  de 
l'âme  comme  substance  distincte  du  corps, 
et  quelques-uns  croient  à  la  transmigration. 
Suivant  Loskiel,  ils  disent  que  l'homme  ne 
peut  mourir  tout  entier  et  pOur  toujours,  et 
qu'il  en  doit  être  de  lui  comme  du  grain  de 
maïs  qui,  placé  en  terre,  reprend  une  nou- 
velle vie  et  donne  lieu  à  un  nouveau  déve- 
loppement. L'opinion  la  plus  générale  parmi 
eux  est  que  les  âmes  des  bons  ont  pour  de- 
meure un  lieu  où  abondent  tous  les  biens 
dont  l'homme  peut  jouir  sur  la  terre,  et  que 
les  âmes  d^sméchants  au  contraire,  en  proie 
à  la  misère  et  à  la  tristesse,  sont  condamnées 
à  errer  perpétuellement. 

Les  Delawares  ont  des  sacrifices  comme  en 
ont  eu  tant  d'autres  nations.  «  L'usage  des 
sacrifices  destinés  à  apaiser  le  grand  esprit 
et  les  divinités  subalternes  est,  dit  Loskiel, 
très-ancien  parmi  eux,  et  considéré  comme 
tellement  important,  que  si  ces  cérémonies 
ne  sont  ras  faites  auï  époques  voulues,  et 
suivant  les  formes  consacrées,  la  nation  so 
croit  menacée  de  toutes  sortes  de  malheurs, 
chaque  famille  craignant  alors  |)Our  ses  menw 
bres  la  mort  ou  quelque  grave  infortune  : 
dans  ces  occasions,  ils  onrent  des  lièvres, 
de  la  chair  d'ours,  du  maïs.  Outre  ces  sacri- 
fices qui  reviennent  chaque  année  à  des  épo- 
ques aéterminées,  plusieurs  nations  ont  une 
grande  fête  qui  ne  se  célèbre  que  tous  les 
deux  ans,  et  dans  laquelle  on  sacrifie  un 
animal  qui  doit  être  mangé  tout  entier.  Une 
petite  quantité  de  la  graisse  fondue  est  versée 
dans  le  feu  par  un  des  vieillards,  et  c'est  là 
ce  qui  constitue  la  partie  essentielle  de  l'of- 
frande. C'est  aux  manitous  que  se  font  les 
offrandes,  et  ces  manitous  correspondent 
exactement  aux  fétiches  des  naliciis  de  l'A- 
frique et    de  l'Asie  boréale,  c'est-à-dire» 


1275 


RÀG 


DICTIOiNNAIRE 


RAC 


m 


que  ce  sont  des  esprits  tuléiaires  résidant 
souvent  dans  un  objet  visiliie  ou  matériel. 
Tel  homme  a  pour  son  manitou  ie  soleil,  tel 
autre  la  lune;  celui-ci,  d  après  un  rêve,  a 
adopté  la  chouette  pour  son  manitou;  celui- 
là,  le  bison.  LesDeiawares  ont  dans  le  cours 
de  Tannée  cinq  fêtes,  dont  une  en  Thonneur 
du  soleil  qui  est  regar4ié  comme  le  père  de 
toutes  les  nations  indiennes.  » 

Comme  beaucoup  d'autres  nations,  ces 
hommes  croient  h  ta  nécessité  de  la  purifi- 
cation, de  l'expiation  des  fautes  par  le  jeûne 
et  les  macérations  ;  quelques-uns,  dans  ce 
but,  se  font  bétonner  de  la  tète  iusqu'aux 
pieds,  (c  d'autres  se  soumettent  a  l'action 
d'un  violent  purgatif,  moyen  plus  expéditif 
et  qui  n'est  guère  moins  sévère.  » 

Au  lieu  de  prêtres  appartenant  à  un  corps 
sacerdotal  ré^lièremenl  organisé,  les  Amé- 
ricains ont,  de  même  que  les  Asiatiques  du 
nord,  des  jongleurs  et  des  sorciers  qui  se 
prétendent  doués  d'une  puissance  et  de  con- 
naissances surnaturelles.  Ces  jongleurs  pa- 
raissent présenter  les  plus  grands  rap[)orts 
avec  les  chamans  des  Sibériens  et  les  divins 
hommes  fétiches  des  nations  africaines.  L'ou- 
vrage de  M.  Catiin  contient  de  nombreuses 
anecdotes  relatives  à  ces  sorcelleries  et  aussi 
à  d'autres  superstitions  des  indigènes  Amé- 
ricains. 

Quant  à  l'aptitude  des  hommes  à  recevoir 
les  bienfaits  de  la  civilisation  et  du  christia- 
nisme, elle  est  assez  prouvée  partout  ce  qui 
a  été  (lit  précédemment,  et  pour  continuer 
de  la  refuser  aux  nations  américaines,  il  faut 
être  sous  l'influence  de  préjugés  bien  enra- 
cinés. 

Dans  l'Amérique  du  Nord,  des  tribus  en- 
tières ont  embrassé  le  christianisme,  et  vi- 
vent sous  son  influence,  occupées  des  soins 
de  l'agriculture,  et  ayant  déjà  fait  dans  plu- 
sieurs branches  d'industrie  d'assez  notables 
progrès.  Maintenant,  peut-être,  on  deman- 
dera si  leur  conversion  est  aussi  complète 
qu'on  l'a  prétendu;  c'est  là  une  question 
qui  ne  peut  être  bien  résolue  que  par  les 
personnes  qui  ont  entretenu  avec  ces  peu- 
plades des  relations  directes  et  suivies  :  or 
voici  ce  que  Prichard  a  appris  à  ce  sujet 
d'un  homme  intelligent  qui,  ayant  rempli 
pendant  de  longues  années  les  fonctions  (ra- 
gent du  gouvernement  pour  les  affaires  des 
Cherokees,  a  eu  de  nombreuses  occasions 
d'observer  les  Indiens  des  différentes  pro- 
vinces et  de  bien  connaître  leurs  mœurs, 
leurs  habitudes,  leur  manière  de  penser. 
M.  Schoolcraftluia  assuré  avoir  trouvé  beau- 
coup de  ces  hommes  qui  s'étaient  complète- 
ment pénétrés  des  principes  et  des  senti- 
ments de  notre  religion,  qui  avaùcnt  vécu  et 
étaient  morts  dans  cette  foi,  et  qui  méri- 
taient à  tous  égards  la  qualification  de  pieux 
et  dévots  chrétiens.  Quelques-uns  de  mes 
lecteurs  entenriront  peut-être  avec  intérêt  ce 

3ue  dit  Loskiel  de  la  congrégation  des  In- 
iens  convertis,  appartenant  à  Tétablisse- 
m«*nt  des  frères  Moraves  ou  Hernutes  de 
Ncw-Salem. 
«  Colle  mission,  dil-il,  a  aujourd'hui  qua- 


rante^^inq  ans  d'existence.  D'après  un  re- 
gistrede  la  congrégation,  daté  de  1  année  1772, 
nous  apprenons  que  depuis  la  fondation  de 
la  mission,  jusqu'à  ladite  année,  seM  cent 
vingt  Indiens  avaient  été  «gootésàrEglise 
de  Christ  par  le  saint  baptême,  et  que  beau- 
coup déjà  étaient  partis  de  cette  vie  en  glo- 
rifiant Dieu  leur  sauveur.  Je  voudrais  pou- 
voir dire  le  nombre  de  ceux  qui  ont  été,  de- 
puis cette  époque,  convertis  au  Seigneur; 
mais  les  livres  de  TEgliae  et  les  autres  \^' 
piers  des  missionnairesont  étébrûlésen  1781, 
quand  ils  furent  faits  prisonniers  à  Muskin- 
gum,  de  sorte  que  je  ne  puis  donner  rien  de 

S>récis  à  cet  égard.  En  supposant  que  de  [7d 
L  1787,  il  y  eut  eu  un  nombre  égal  de  nou- 
veaux convertis,  et  ce  nombre  est  pI:ol)abl^ 
ment  plutôt  au-dessus  qu'au-dessous  du  vé- 
ritable, on  trouvera  qu'après  toutes  les 
peines  que  se  sont  données  les  missionnai- 
res,  toutes  les  misères  qu'ils  ont  soufferieî, 
tout  le  temps  qu'ils  ont  consacré  à  celle  œu- 
vre, leur  troupeau  était  bien  petit;  ce  rf- 
sultat  trouve  son  explication  moins  dan^  lif 
caractère  particulier  des  nations  indienne, 
lequel  cependant  a  pu  y  entrer  pour  quel- 
que chose,  que  dans  l'esprit  qui  a  guidé  h 
missionnaires,  leur  but  ayant  toujours  été, 
non  pas  de  rassembler  autour  d'eux  un 
grand  nombre  de  païens,  qui  auraient  c/m- 
senti  à  recevoir  le  baptême,  mais  de  fonner 
des  flmes  pour  le  Chnst,  des  Ames  qui  crus- 
sent en  sa  parole,  et  vécussent  suivant  sa 
loi,  de  manière  à  jouir  un  jour  de  son 
royaume.  » 

Pour  terminer  ces  remarques  sur  rhistoirî 
psychologique  des  nations  américaines,  je 
présenterai  une  rapide  analyse  de  ce  que 
nous  savons  relativement  aux  Esquimaui. 
Cette  race,  comme  on  l'a  vu  (à  l'art.  Es^n- 
v/ux],  appartient  à  la  classe  des  nation<i  qui 
forment  fa  population  propre  au  nouTean 
monde,  nations  qui  sont  séparées  du  re5k' 
du  geure  humain,  autant  au  moins  f)ar  b 
caractères  pai\iculiers  de  leurs  langues,  q«.*^ 
par  leur  position  géographique.  Je  me  5ui5 
déjà  servi  de  l'expression  de  peuples  alK»ri- 
gènes,  en  parlant  des  Esquimaux,  et  reti>' 
expression,  dans  le  sens  ou  je  l'ai  toujours 
employée,  leur  est  parfaitement  applicable, 

fmisque,  si  haut  que  l'on  remonte  dans  if< 
àstes  historiques,  on  ne  les  trouve  jamais 
que  comme  des  nations  compléteiuent  b'^ 
lées.  Si  donc  cette  race,  séparée  de  toutes  h 
autres  depuis  un  temps  immémorial,  nou^ 
offre  au  fond  la  même  nature  morale  e!  in- 
tellectuelle, il  nous  sera  déjà  permis  de  pr  - 
voir  qu'aucune  de  celles  sur  lesquelles  "n 
pourra  appeler  ensuite  notre  attention,  Rt' 
nous  présentera  à  cet  égard  rien  d'esseniui- 
lement  différent, 

«  Les  habitudes  des  Hyperborécns,  '''! 
Lesson,  sont  à  peu  près  les  mêmes  [«non! 
où  on  les  a  soigneusement  observés.  Vivani 
sur  des  points  du  globe  oix  la  nature  senil  .'^ 
expirante,  ensevelis  sous  lesglaceséternellt^ 
du  pôle,  leur  industrie  s'est  tournée  vers  1» 
chasse  et  la  pèche,  leurs. seules  resMfun'*'* 
pour  se  nourrir;  aussi  y  ont-ils  acquis  uu^ 


«77 


RAC 


D*AN1  liROPOLOGlE. 


RAC 


I27S 


erande  babilelé.  La  rigueur  du  climat  peu* 
dant  les  loa^s  biTers  les  a  lorcés  à  se  creu- 
ser des  abris  souterrains,  et  à  y-entasser  des 
vivres  pour  ré{;o(iue  où  la  pêche  et  la  chasse 
sont  impraticables.  Dans  les  longues  nuits 
polaires  qu*éclairent  à  peine  les  aurores  bo- 
réales, enscTclis  sous  la  glace  et  la  neige 
dans  des  yourtes  profondément  creusées 
sous  terre,  les  Esquimaux  vivent  de  poisson 
sec,  de  chair  de  cétacés,  et  boivent  avec  plai* 
sir  rbuile  de  baleine  qu^ils  conservent  dans 
des  vessies.  Us  cousent  avec  des  nerfs  leurs 
vêtements  d*biver,  qui  sont  faits  de  peaux 
de  phoques  dont  les  poils  leur  servent  de 
fourrure;  ceux  d'été  sont  taillés*  dans  les  in- 
testins des  grands  cétacés  et  ressemblent  à 
des  étoffes  vernissées. 

«  L*£squimau  est  adroit  à  la  chasse  des  re* 
nanis  et  des  zibel  nés,  dont  les  fourrures  lui 
servent  d%  vêtement  ou  d'objets  d*écbange 
avee  quelques  traQouants  du  Nord.  11  sait 
harponner  avec  audace  les  cétacés,  et  les 
dards  dont  il  se  sert,  faits  d*os  ou  de  pierres 
aij^uës,  sont  surmontés  de  vessies  gonflées 
dont  la  résistance  sur  Teau  use  les  forces  de 
la  baleine,  qui  vient  plus  souvent  respirer 
à  la  ^u^face  de  la  mer,  et  qui  éprouve  une 
^ranle  difficulté  à  s'enibncer;  de  nouveaux 
jâvelots  Taccablent  encore  jusqu'à  ce  qu'elle 
ait  succombé... 

«  Superstitieuse  à  Texcès,  ^oute  le  même 
écrivain,  la  race  polaire,  à  cela  près  de  quel- 
ques nuances,  a  présenté  dans  toutes  les  tri- 
bus des  idées  religieuses  identioues.  Mais 
une  morale  très-relâchée  a  fait  adopter  aux 
hommes  la  polygamie,  prostituer  sans  pu- 
deur leurs  femmes  et  leurs  filles,  qu'ils  ne 
considèrent  que  comme  des  créatures  d'un 
ordre  inférieur,dont  ils  peuvent  faire  ce  que 
bon  leur  semble.  • 

I^  Groenland  et  le  Labrador  sont  habités 
]»ar  des  peuples  appartenant  à  la  même  race 
qui  se  trouve  ailleurs  répandue  le  long  des 
cotes  des  mers  polaires.  Les  coutumes  de 
ces  indigènes  ont  été  bien  observées  par  les 
missionnaires  moraves,  qui  ont  depuis  long- 
tciups  formé  des  établissements  dans  ce 
1  a  vs,  et  qui  nous  ont  donné,  à  cet  égard, 
lies  renseignements  beaucoup  plus  complets 
€*i  plus  exacts  que  ceux  qu'on  pourrait  ob- 
tenir de  toute  autre  source.  J'extrairai  des 
relations  de  ces  missionnaires  quelques  pas- 
sades relatifs  principalement  aux  Esqui- 
maux du  Groenland,  lesquels,  comme  on 
le  sait  fort  bien,  ne  diffèrent  des  Esquimaux 
o 'cidentaux  que  par  des  nuances  peu  iiro- 
Doncées  et  en  quelque  sorte  accidentelles. 

«  Les  premiers  voyageurs  qui  décrivirent 
les  Groënlandais  donnèrent  cours  à  des  no- 
ticjns  très-erronées  :  ainsi ,  on  crut  d'après 
eui,  que  ce  peuple  adorait  le  soleil  et  sa- 
crifiait au  diable.  Des  matelots  avaient  vu 
le^  Groënlandais,  en  se  levant  le  matin,  re- 
manier le  soleil  avec  une  profonde  attention  : 
c'était  évidemment  pour  rendre  hommage 
au  soleil  levant.  On  avait  observé,  dans  les 
lieux  qu'ils  fréquentaient,  des  pierres  plates 
carrées,  sur  lesquelles  se  trouvaient  encore 
dos  cendres,  des  charbons,  des  ossements  à 


demi-eonsumés  :  c'étaient  là  évidemment 
des  autels  de  sacrifices.  Or,  à  qui  ces  païens 
pouvaient-ils  offrir  des  sacrifices,  sinon  au 
diable  ?  Cependant  ces  interprétations  n'é- 
taient rien  moins  que  justes,  comme  l'ont 
reconnu  les  frères  Moraves,  dès  qu'il  ont  su 
la  langue  des  Groënlandais  et  ont  pu  conver- 
ser avec  eux.  » 

Les  Groënlandais  croyaient  à  l'existence 
d'êtres  surnaturels  exerçant  leur  empire 
sur  la  destinée  des  hommes  ;  cependant,  il 
paraît  qu'ils  n'avaient  point  en  général  d'i- 
dées bien  claires  d*un  créateur  ou  d'une 
création  de  Tunivers.  «  Ils  ne  savaient  point 
si  les  choses  avaient  un  principe  ou  exis- 
taient de  toute  éternité,  et  peut-être  même 
la  plupart  d'entre  eux  n  avaient  jamais 
songé  a  se  faire  cette  question.  »  Cependant, 
si  nous  en  croyons  les  missionnaires  Mora- 
ves,  dont  la  bonne  foi  semble  à  l'abri  de 
tout  soupçon,  il  y  avait,  parmi  ces  païens 
chasseurs  de  veaux  marins,  certains  philo- 
sophes qui  raisonnaient  sur  la  doctrine  des 
causes  finales.  Un  Esquimau  disait  à  un  des 
missionnaires  qu'il  avait  souvent  fait  la  ré- 
flexion qu'un  kadjak ,  avec  toutes  les  pièces 
qui  entrent  dans  sa  com*  osition,  tous  ses 
agrès,  ne  se  produisait  pas  de  lui-même, 
qu'il  était  le  résultat  du  travail  de  l'homme 
et  exigeait  de  la  part  de  l'ouvrier  une  cer- 
taine habileté  :  or,  ajoute-il,  un  oiseau  est 
d'une  construction  infiniment  plus  délicate 
et  plus  compliquée  que  le  katyak  le  plus 
parfait,  de  sorte  qu'il  n'y  a  aucun  homme 
qui  puisse  faire  un  oiseau.  »  On  peut  dire, 
poursuivait  le  Groënlandais,  que  cet  oiseau 
a  été  bit  par  son  père,  et  que  ce  père  a 
été  engendré  de  la  même  façon  ;  mais  en  re- 
montant ainsi,  onarrivera  jusqu*à  un  premier 
oiseauy  et  alors  si  on  se  demande  d'où  il  est 
venu,  on  conclura  presque  nécessairement 
qu'il  est  l'œuvre  d'un  être  infiniment  plus 
puissant  et  plus  sage,  que  le  plus  habile 
et  le  plus  adroit  de  tous  les  hommes.  » 

Les  Groënlandais  croyaient  à  l'existence 
d'esprits  bons  et  mauvais,  qu'ils  ne  confon- 
daient point  d'ailleurs  avec  les  âmes  des 
défunts,  dont  ils  admettaient  aussi  l'exis- 
tence. Les  An^ekoks  ou  devins,  qui  préten- 
daient avoir  visité  fréquemment  le  royaume 
des  âmes,  en  parlaient  comme  de  substan- 
ces qui  conservaient  la  forme  des  corps, 
mais  qui  se  distinguaient  par  leur  pâleur  et 
surtout  par  leur  impalpabilité  ;  suivant  eux, 
elles  étaient  impérissables,  et  habitaient  au 
fond  de  l'Océan ,  une  sorte  d'Elisée  auquel 
on  parvenait  par  des  cavernes  situées  dans 
les  anfractuosités  des  rochers  luitlus  de  la 
mer.  Dans  cet  Elysée,  gui  était  également 
le  séjour  du  grand  esprit  Torngarsuk  et  de 
sa  mère,  régnait  un  éternel  printemps,  et 
brillait  un  soleil  pur  que  n'osbcurcissait  ja- 
mais la  nuit.  Des  veaux  marins,  des  pois- 
sons, des  oiseaux  nageaient  dans  des  ondes 
limpides  et  s'y  laissaient  prendre  sans 
chercher  à  fuir,  ou  même  se  trouvaient 
déjà  dans  des  chaudières  que  faisait  bouil- 
lir un  feu  qui  ne  les  consumait  point.  Mais 
ces  demeures  divines  n'étaient  accessibles 


fi7l 


RAC 


IMCTIOfLXAlllE 


RAC 


Idb 


.qu*à  rhomme  qui,  pendant  sa  irie,  avait  fait 
constamment  preuve  de  courage  et  d'adresse, 

3ui  s*était  rendu  mattre  d'un  grand  nombre 
e  veaux  marins,  avait  affronté  de  grands 
périls  ou  s'était  noyé  dans  la  mer  ;  ce  para- 
dis s  ouvrait  d*ai4leurs  également  à  la  femme 
qui  avait  suc':ombé  en  mettant  au  monde 
un  enfant.  Ainsi  ces  peuples  croyaient  è  une 
autre  vie  dans  laquelle  la  vertu,  du  moins  la 
bravoure  recevait  sa  récompense. 

Avant  d'entrer  cependant  dans  le  royaume 
de  Tomgarsuk,  les  âmes  dégagées  de  leur 
corps  avaient  encore  une  épreuve  à  subir: 
elles  glissaient,  cinq  jours  durant,  sur  la 
pente  inégale  d'un  roc  couvert  de  sang  coa- 
gulé. Les  âmes  des  individus  qui  étaient 
morts  de  froid,  soit  par  suite  des  rigueurs 
de  l'hiver,  soit  parce  qu'ils  avaient  été  sur- 
pris par  (juelques  tourmentes ,  couraient  de 
grands  risques  dans  cette  périlleuse  des- 
cente, et  pouvaient  être  anéanties  :  or,  comme 
rien  n'e-t  plus  effrayant  pour  les  Groënlan- 
daîs,  ainsi  que  pour  beaucoup  d'autres  na- 
tions, c|ue  l'idée  de  l'anéantissement,  ils 
cherchaient  à  détourner  ce  .malheur  au 
moyen  de  certaines  prati(|ues  ascétiques 
qu'ils  observaient  religieusement  :  ils 
avaient  coutume,  par  eieuiple,  de  s'abstenir 
cinq  jours  de  suite,  de  certains  aliments,  et 
de  ne  se  livrer  pendant  ce  temps  à  aucune 
occupation  bruyante. 

Les  fictions  dont  se  compose  la  croyance 
de  ce  peuple  ne  sont  pas  tellement  arrêtées, 
qu'on  n'y  trouve  des  variations  relative- 
ment à  différents  points.  Ainsi,  tous  ne  se 
font  pas  précisément  la  même  idée  du  séjour 
des  âmes  et  du  lieu  où  il  est  situé.  Quel- 
(]ues-un$  le  placent  dans  le  ciel,  et  disent 
que  les  corruscations  de  l'aurore  boréale 
sont  les  danses  des  âmes  bienheureuses.; 
d'autres,  au  contraire  ,  voyaient  dans  les 
mouvements  irréguliers  de  ces  bizarres 
lueurs,  (es  agitations  des  âmes  criminelles 
ballottées  dans  les  airs,  en  proie  à  la  faim 
et  tourmentées  par  des  corbeaux  dévorants. 
Quoi  qu'il  en  soit,  au  reste  ,  et  de  quelque 
manière  qu'aient  pu  varier  les  opinions  des 
Esquimaux  sur  leur  paradis  et  leur  enfer, 
ce  qui  nous  imi;orte  a  nous,  c'est  de  consta- 
ter que ,  dans  leurs  idéos,  cette  seconde 
existence  était,  en  grande  partie,  un  état 
de  rétrilmtion  ,  de  récompenses  ou  de  châ- 
timents; qu'ainsi,  |»our  ôlre  heureux  ou 
malheureux  dans  l'autre  vie,  il  n'était  pas 
indifférent  do  faire  le  bien  ou  le  mal  dans 

celle-ci. 

Le  prince  des  esprits,  Torngarsuk,  qui 
réside,  comme  nous  l'avons  dit,  dans  la  de- 
meure souterraine  où  se  trouvent  aussi  les 
âmes  des   bienheureux,    a  pour  mère  ou 

Eour  femme  (car  sur  ce  point  on  n  est  pas 
ien  d'accord),  un   être  qui  se  plaît  à  mal 
faire.  Cette  Prosernine  du  nord  vit  dans  une 

§rQnde  maison  au  rond  de  l'Océan  ,  où,  par 
es  charmes  magiques  ,  elle  peut  rettjnir 
tous  les  animaux  de  la  mer.  Au-dessous  do 
la  lampe  qui  éclaire  ce  sombre  palais,  est 
une  jarre  d'huile  dans  laquelle  nagent  des 
aiscairx  marins.  Son  trône  est  gardé  par  des 


phoques  qui  font  tout  auloor  leor  n^k  »-n 
rampant,  et  défendu  par  un  dûcn  tv^  - 
qui  ne  dort  jamais,  on  ne  d«jrt  que  ^ikjz\ 
le  court  espace  d*nn  cHn-d*«nl.  Sans  to> 
loir  nous  étendre  ici  sur  la  descri^on  <:» 
cette  déesse  infernale,  nous  devons  O-; 
qu'il  s'y  trouve  tant  de  traits  5ingDiier>  qc! 
rappellent  la  Proserpinede  lam^  tbolcçi-na^ 
sique  et  la  Pattala  des  Hiodôos,  H  idAil* 
jusau'à  un  certain  point  les  habitantes  •.* 
quelques  cavernes  enchantées  des  fab!e> 
aralies,  que  nous  pourrions  supi^iser  à  ftj 
différentes  fictions  une  origine  commune. 
si  leur  ressemblance  ne  s*expliqoaitpa$.  au 
moins  tout  aussi  bien,'  par  la  tendance  ^^h^ 
raie  de  l'esprit  humain;  l'ianacination  don- 
nant toujours  naissance  è  des  fictions  à  peu 
près  identique  quand  elle  travaille  sur  cer- 
tains sujets  particuliers  et  sous  rinfluence 
de  sentiments  et  d'impressions  analogue^. 

Dans  les  idées  des  Groënlandaisiaiens  k* 
monde  est  peuplé  d'une  multitude  d'èlre> 
invisibles,  sans  parler  des  âmes  des  roorb 
qui,  j>endant  un  temps,  errent  près  du  livn 
de  leur  sépulture  ;  ainsi,  la  terre  a  ses  p»)- 
mes  qui  habitent  les  profondes  cavenif^, 
l'eau  ses  néréides,  le  feu  ses  salamandres; 
les  astres  eux-mêmes,  la  lune  et  le  soleil  ^ni 
leurs  çénies  tutélaires  ;  enfin,  des  géants 
des  nains,  des  monstres  i  tête  derhien  ont 
encore  leur  place  dans  la  mythologie eoranie 
dans  celle  de  plusieurs  autres  peuples. 

Les  naturels  de  Groenland  étaient  fnrti'- 
ment  imbus  d'une  opinion  ,  comiinr«' 
d'ailleurs  à  beaucoup  d  autres  pavs,  qu'l 
doit  y  avoir  une  classe  d'hommes  Jonl  M 
fiée  est  de  servir  de  médiateurs  entre  1»: 
reste  du  peuple  et  les  puissances  surnali:- 
relles.  Ils  désignaient  ces  hommes  srms  !• 
nom  d'angekoks,  qui  correspond  à  jkïu  pn  ^ 
aux  expressions  de  sorciers  et  devins,  mî  • 
vantCrantz,  il  est  ordinaire  qu'un  cerlaîi 
nombre  de  familles  qui  vivent  réunies  en- 
tretiennent, à  frais  communs,  un  ani;*k'i. 
qui  leur  sert  de  conseil  dans  les  cirr^ibUR- 
ces  un  peu  embarrassantes.  Quand  une  •* 
ces  réunions  n'a  pas  de  directeur,  elle  »*i 
regardée  en  pitié  par  les  autre?,  qui  run-'.- 
dt^rent  les  membres  de  la  communauu 
comme  des  avares  ou  comme  de  i«iînTe> 
misérables.  Afin  de  devenir  angekoks  n'^ 
hommes  doivent  renoncer  |  our  lon^'i«'i«}'^ 
à  toute  la  société,  macérer  leur  cor, s  j^'f 
de  lonçs  jeûnes  et  par  la  concentration  ^• 
toutes  leurs  pensées  sur  certainssujel^.  Dan> 
cet  état  contemplatif  leur  esjril,  comii:^ 
celui  des  Sannyasis  Indiens  qui  riralii^ueni 
le  poojah,  arrive  à  un  point  d'exaltation quî 
approche  quelquefois  de  la  folie.  Qn9t»\> 
a;  rès  tous  ces  efforts,  1«  néophyte  est  [«r- 
venu  à  avoir  à  ses  ordres  un  tonigok  ou  es- 
prit familier,  il  se  trouve  régulièreraent 
constitué  h  l'état  d  angekok,  et,  a  dater  dr 
ce  moment,  il  est  en  possession  desfacultt^ 
qui  distinguent  les  sorciers  et  devins.  IMn* 
tous  les  cas  de  maladies  ou  de  mallK^nr 
d'une  autre  nature,  c'est  près  des  angeV^^^ 
qu'on  va  chercher  le  remède.  On  ne  d<»"i< 
point  qu'ils  ne  puissent  chasser  les  mal** 


m\ 


RAC 


D'A.NTIlIlOPOLCXilC. 


RAC 


l^i 


«îics  aussi  bien  que  les  envoyer,  charmer 
1rs  flèches  ou  leur  enlever  le  charme,  apj  e- 
ler  les  bénédictions  sur  un  individu,  clias- 
ser  les  spectres  qui  l'obsèdent,  etc.  Si  c'est 
a  un  malade  qu'ils  ont  aifaîre,  tantôt  on  les. 
voit  souiller  sur  lui  et  marmotter  des  paro- 
les mystérieuses  ;  d'autres  fois,  leur  tâche 
semhie  dilUeile  :  il  faut  qu'ils  aillent  cher- 
cher une  âme  en  santé  et  Vintroduisenl  dans 
le  cor-[is  de  celui  qu'ils  entreiirennenl  de 
piérir;  j^arfois  leur  office  consiste  seule- 
ment à  prédire  si  le  patient  est  destiné  h 
<ucromher  ou  à  se  rétablir.  Par  d'autres  en- 
ï-haiilements,  ils  doivent  découvrir  si  une 
[  orsonne  absente  est  vivante  ou  morte.  Ils 
IM'uvenl,  par  leurs  conjurations,  obliger  une 
âme  à  comjiaraîtrecîcvani  eu:^,  et,  s'ils  bles- 
<t»nt  une  de  ces  âmes  d'un  coup  de  lance, 
l'homme  cont  elle  animait  le  corps  descen- 
1  Ira  lentement,  mais  sûrement  au  tombeau. 
En  un  mot,  l'idée  que  se  font  les  Groënlan- 
ilnis  de  leurs  an^ekoks  esl,  pour  ainsi  dire, 
<1p  tout  point,  celle  que  nos  ancêtres  se  fai- 
^ail*nt  de  leurs  sorciers  et  sorcières. 

On  ne  peut  lire  5«ins  un  vif  intérêt  l'his- 
toire de  la  conversion  des  Esquimaux  telle 
«|ne  la  donne  Craniz,  d'après  le  récit  simiîle 
vi  naïf  des  missionnaires  moraves.  En  nous 
piMj;nant  la  longue  et  pénilde  lutte  qu'eu- 
rent à  soutenir  les  missionnaires,  et  dans  la- 
quelle ils  purent  un  moment  désespérer  du 
sucrés,  puis  l'événement  qui  couronna  leurs 
tri'néreux  efforts,  cette  histoire  ne  fait  sans 
«Hiute  que  nous  reproduire  ce  qui  a  dû  avoir 
lieu  dans  presque  tous  les  cas  semblables, 
quand  les  apôtres  du  christianisme  ont  eu  , 
avec  leslnmières  nécessaires,  un  zèleelune 
persévérance  é^ale.  Au  Groenland,  comme 
c;arLS  les  autres  [lays,  il  a  fallu  bien  des  an- 
nées de  travaui  avant  de  produire  aucun  ef- 
fet sensible;  il  a  fallu  entendre  bien  des  fois 
pré^iire  l'inutilité  de  ces  etforts  et  Timpossi- 
Lilité  du  succès  avant  d'obtenir  aucun  signe 
d'un  changement  même  éloigné  dans  les  di»- 
l»ositîons  des  hotnmes  auxquels  on  s'adres- 
sait. Dans  la  résistance  qu'opposèrent  long- 
t«'rnps  ces  hommes  à  l'introducliondu  chris- 
tianisme, aussi  bien  aue  dans  les  circons- 
tances qui  accomjiagnèrent  leur  conversion, 
nous  retrouvons  les  effets  de  ces  mêmes  ten- 
dances de  l'esprit  humain  que  nous  avons 
pu  voir  à  l'œuvre  chez  plusieurs  autres  ra- 
«res  d'hommes. 

Ce  fut  en  1721  qu*Egède,  l'apôtre  du  Groên- 
land,  établit  dans  ce  pays  la  première  mis- 
sion danoise.  Il  fut  suivi  par  des  mission- 
naires appartenant  à  YUnilas  fralrum.  Après 
un  intervalle'de  quinze  ans ,  nous  voyons 
Crantz ,  Thistorien  de  cette  communauté, 
nous  confesser  que  les  efforts  qu'elle  n'avait 
cessé  de  faire  étaient  encore  sans  aucun  ré- 
sultat  apparent,  c  Jusqu'à  ce  moment»  nous 
dit-il,  nos  missionnaires  n'avaient  pu  décou- 
vrir la  trace  d'aucune  impression  qu'au- 
raient faite  les  vérités  qu'ils  s'efforçaient  de 
[iropager.  Les  Groênlandais  qui  venaient  de 
cantons  un  peu  éloi^és  étaient  des  hommes 
stupîdes,  ignorants,  incapables  de  réfléchir , 
et  le  peu  qu'on  pouvait  leur  dire  dans  une 


courte    visite ,  même   quand    ils   l'avaient 
écouté  avec  qlaue  attention ,  s'évanouis- 
sait bientôt  doubleurs  [perpétuelles  pérégri-. 
nations.  Ceux  qui ,  vivant  dans  le  voisinage 
des  missionnaires,  avaient  reçu  d'une  ma- 
nière suivie  leurs  instructions  pendant  plu- 
sieurs années  ,   n'en   étaient  pas  devenus 
meilleurs  ;  plusieurs  même  étaient  devenus 
pires  :  ils  étaient  fatigués,  blasés ,  endurcis 
contre  la  vérité.  »  Si  on  les  pressait  de  prê- 
ter leur  attention  aux  doctrines  du  christia- 
nisme, ils  témoignaient  ouvertement  leur 
répugnance,  ou  faisaient  des  rép<:.nses  éva- 
sives  conçues  à  peu  près  en  ces   termes  : 
«  Montrez-nous  le  dieu  dont  vous  nous  par- 
lez, disaient-ils,  alors  nous  croirons  en  lui 
et  nous  le  servirons.  Tel  que  vous  nous  le 
représentez,  c'est  un  être  trop  sublime,  trop 
incompréhensible  pour  que  nous  sachions 
comment  arriver  juscju'à  lui,  Ot  pour  que 
nous  croyions  qu'il  puisse  s'occuper  de  nous. 
Nous  l'avons  invoqué, quand  IéOus  marquions 
de  vivres  et  quand  nous  étions  malades ,  et 
rien  ne  nous  montre  qu'il  nous  ail  enlendus. 
Nous  pensons  que  ce  que  vous  nous  en  di- 
tes est  vrai;  mais  puisque  vous  le  connais- 
sez mieux  que  nous,  faites  en  sorte,  par  vos 
])rières,  qu  il  nous  donne  suflibamaient  de 
quoi  manger,  un  corps  exempt  de  maladies, 
une  maison  sèche  :  c'est  tout  ce  dont  nous 
avons  besoin,  tout  ce  que  nous  désirons  de 
lui.  Pour  notre  âme,  nous  trouvons  qu'elle 
est  assez  bien  comme  elle  est;  si  notre  corps 
est  sain,   si  les  vivres  ne   nous  n:anquent 
point,  nous  ne  demandons  rien  ^avantage. 
Vous  êtes  une  autre  sorte  d'hommes  que 
nous  ;  il  se  peut  que  dans  votre  pays ,  il  y 
ait  des  gens  dont  l'âme  soit  malade  \  et  cer- 
tainement nous  en  avons  assez  la  preuve 
dans  ceux  qui  nous  viennent,  car  ils  ne  sont 
propr**s  à  rien;  ceux-ci  peuvent  avoir  be- 
soin d'un  sauveur,  d'un  méJecin  pour  leur 
âme.  Votre  ciel  et  vos  joies  spirituelles  peu- 
vent êfre  bien  pour  vous,  mais,  pour  nous, 
un  bonheur  de  cette  espèce  nous  fatiguerait 
bientôt.  11  nous  faut  des  veaux  marins ,  des 
poissons,  des  oiseaux,  sans  lesquels  notre 
âme  ne  pourrait  pas  plus  subsister  en  para- 
dis que  notre  corps  sur  la  terre,  et  nous  ne 
voyons  pas  qu'il  y  en  ait  dans  votre  ciel  ; 
nous  vous  I  abandonnons  donc,  à  vous  et  à 
ceux  de  nos  compatriotes  qui  ne  valent  pas 
mieux,  et  nous   vouions  descendre  dans 
le  séjour  de  Torngarsuk  où  nous  trouverons 
en  abondance  tout  ce  dont  nous  avons  be- 
soin, et  sans  qu'il   nous  en  coûte  aucune 
peine.  » 

Le  premier  individu  de  cette  nation  qui  se 
convertit  était  un  homme  d'une  ca|.acité  in- 
tellectuelle vraiment  extraordinaire,  pour 
l'état  de  la  société  dans  laquelle  il  vivait ,  et 
les  missionnaires  en  parlent  comme  d'une 
personne  qui  était,  à  tous  égards,  extrême- 
ment remarquable,  son  nonTétait  Kaiarnak. 
«  Cet  homme  est  pour  nous,  disent-ils ,  un 
per|)étuel  sujet  d'etonnement,  surtoutquan  i 
nous  nous  rappelons  quelles  sont  la  paresse 
d'esnrit  et  la  stupidité  des  Groênlandais  en 
général.  Pour  lui,  ajoutent-ils,  il  est  raie 


1283 


R.C 


DICTIONNAIRE 


RAC 


m 


qu'il  ait  besoin  d'entendre  deux  fois  une 
chose  ;  ce  qu'on  lui  dit  il  le  relient  dans  sa 
mémoire  et  dans  son  cœur.  Il  témoigne  pour 
nous  une  extrême  affection,  un  grand  désir 
d'être  instruit ,  de  sorte  au'il  ne  laisse  pas 

Eerdre  un  des  mots  qui  s  éhapçenl  de  notre 
ouche,  et  nous  prête  une  attention  que  nous 
n'avions  jamais  trouvée  jusqu'ici ,  même  à 
un  moindre  degré,  dans  aucun  de  ses  com- 
patriotes. »  Kajarnak  était  venu  d'un  canton 
éloigné,  et  n'avait  eu  aucun  [rapport  avec 
les  missionnaires,  quand  il  eut  occasion  de 
les  entendre  parler  du  christianisme,  sujet 
auquel  il  s'intéressa  immédiatement.  Le 
récit  qu'ils  firent  en  sa  présence,  en  termes 
simples  mais  pleins  de  chaleur,  des  princi- 
naux  événements  de  l'histoire  évangélique, 
lui  fit  une  vive  impression  (773)  ;  u  devint 
un  disciple  zélé  des  missionnaires,  et  bien- 
tôt même  travailla  avec  ardeur  à  répandre 
parmi  ses  compatriotes  la  doctrine  qu'il  avait 
embrassée  :  plusieurs  en  effet,  grâces  à  ses 
exhortations  et  à  son  exemple,  ne  tardèrent 
pas  à  se  convertir,  et  formèrent  le  noyau 
d'une  petite  communauté  de  prosélytes  qui 
devint  en  peu  d'années  très-nombreuse. 

Le  premier  pas  avait  étédifficile  ;  mais  une 
fois  fait,  la  conversion  des  Esquimaux  mar- 
cha ,  à  ce  qu'il  paraît,  très-rapidement.  En 
1744,  l'effet  produit  sur  la  masse  du  peuple 

(773)  Je  ne  doute  point  que  quelques-uns  de  mes 
lecteurs  n'aiment  à  appi'endre  par  le  récit  même  des 
missioiinaires,  et  en  quelque  sorte  de  leur  bouche, 
comment  pénétrèrent,  dans  Pespril  des  premiers  E»- 
quimaux  convertis  à  la  relip;ion  chrétienne,  des  doc- 
trines si  complètement  différentes  du  cours  habituel 
de  leurs  idées.  J'extrais  de  THisloirc  de  Krantz  le 
passage  suivant  : 

c  Dans  rété  de  1728,  plusieurs  naturels  des  par- 
ties méridionales  vinrent  visiter  i'étahltssemenl.  Un 
jour  i^u'un  missionnaire  nommé  John  Berk  était  oc- 
cupé a  transcrire  une  traduction  des  saints  Evan- 
giles, plusieurs  de  ces  sauvages  étant  entrés,  il  s'a- 
visa de  leur  lire  un  passage  de  ce  qu'il  venait  d'é- 
crire, et  de  l'acconipagner  d'une  explication  à  leur 
portée.  €  Le  Saint-Esprit,  dit  un  des  missionnaires, 
inspira  à  noire  fr^re  la  pensée  de  leur  décrire  la 
passion  et  la  mort  du  Christ,  et  de  faire  suivre  ce 
récit,  où  il  avait  mis  une  énergie  toujours  crois- 
saute,  d'une  exhorittlion  non  moins  vive,  dans  la- 
quelle il  les  engageait  h  réfléchir  profondément  sur 
tout  ce  qu'ils  devaient  au  Seigneur,  et  les  conjurait 
de  ne  point  endurcir  leur  àme  envers  celui  qui,  pour 
les  racheter,  avait  soulîert  d'inexprimables  angois- 
ses, versé  son  sang  et  donné  jusqu'à  sa  vie.  —  En 
même  temps  il  leur  lut ,  dans  le  Nouveau  Testa- 
ment, le  passage  qui  se  rapporte  à  la  prière,  au 
jardin  des  Olives,  et  à  la  sueur  de  sang.  Alors  le 
Seigneur  toucha  le  cœur  d'un  des  païens  nommé 
Kajarnak;  il  s'avança  vers  la  table  en  disant  : 
c  Quelles  sont  ces  choses  dont  vous  nous  padez  ? 
c  Redites-les-moi  encore,  car  je  me  sens  un  grand 
c  désir  d'être  sauvé.  >  Ces  paroles,  dit  le  mission- 
naire, pénétrèrent  jusqu'au  fond  de  mon  àme,  et  y 
allumèrent  un  feu  de  charité  qui  inonda  mes  joues 
de  larmes,  tandis  que  je  faisais  à  ces  pauvres  gens 
une  histoire  plus  complète  de  la  vie  et  de  la  mort  du 
Rédempteur,  et  du  sacriAce  que  Dieu  avait,  dans  sa 
miséricorde,  décrété  pour  notre  salut,  i  A  partir  de 
ce  moment,  Kajarnak  devint  un  disciple  assidu  des 
missionnaires ,  et  fut  l'heureux  inslrumeiil  de  la 
conversion  de  ses  compatriotes. 

Dans  un  autre  compte-rendu  de  l'état  des  nou- 


élait  déjà  évidemment  très-grand  ;  de  nom. 
breux  individus   prenaient  un  vif  imérêi 
aux  doctrines  que  leur  exposaient  les  mis- 
sionnaires. En  1748,  il  n'y  avait  pas  moins 
de  deux  cent  trente   converti!  résidant  à 
New-Herrnhut ,  et  trente-cinq  avaient  été 
baptisés  dans  le  cours  de  Tannée.  «  Quoique 
ces  hommes,  disent  les  historiens  des  mis- 
sions, soient  bien  loin  d'être  parfaits,  il  est 
évident  qu'ils   font  de  véritables  progrès. 
Leurs  rapports  entre  eux  sont  caractérisés 
par  une  bienveillance  mutuelle  qui  devient 
de  jour  en  jour  plus  apparente ,  et  la  sincé- 
rité de  leur  conversion  se  manifeste  parles 
f)reuves   les  plus  convaincantes.  »  Depuis 
'année  nk2  ,  qui  est  l'époque  où  la  ^érilé 
commença  à  se  faire  jour  dans  les  âmes  des 
naturels,  le  nombre  des  conversions  a  é;é 
très-grand,  eu  égard  à  la  population  du  pays. 
Les  Danois  y  ont  fondé  plusieurs  nouvelles 
colonies  auxquelles  le  collège  royal  de  Co- 
penhague   fournit    des  missionnaires  qui 
sont  disséminés  dans  diverses  stations.  Les 
frères  Moraves,  de  leur  côté,  v  ont  formé, eo 
1758  et  1774,  deux  autres  établissements, 
Tun  à  Lichtenfels,  l'autre  h  Lichlenau,  près 
du  cap  Farewell,  et  ils  j  ont  eu  bientôt  une 
congrégation  de  deux  cent  cina  Groëulan- 
dais  baptisés.   Dans  la  dernière  histoire  de 
ces  missions,  qui  a  paru  il  y  a  peu  d'années, 

vt^anx  convertis,  écrit  peu  d*années  après  réféwy 
ment  dont  nous  venons  de  parler,  on  tronTC  les  ré- 
ilexions  suivantes  : 

c  Quoique  Pélat  misérable  dans  lequel  se  troi- 
vaienl  les  païens,  aflliçeàt  encore  les  frères,  ifs 
fruits  do  h  grâce,  qui  étaient  manifestes  dans  h- 
janiak  et  dans  les  autres  catéchumènes,  élaienl  pwir 
eux  une  source  toujours  croissante  de  consotatioss. 
Ces  hommes  non-seulement  avaient  appris  à  con- 
naître Dien  et  à  te  respecter  ;  non-seulement  ils  k 
réjouissaient  à  Tidée  que  le  Christ  viendrait  rfsso- 
sciler  les  morts  et  guider  les  croyants  vers  une  lâes- 
licureuse  éternité,  mais  encore  ils  avaient  on  senti- 
ment profond  de  leur  propre  misère,  une  vive  r^ 
connaissance  pour  famour  que  Dieu  a  manift^ 
envers  riiomme  en  acceptant  Texpiation  offerte  par 
le  Christ,  et  une  avidité  extrême  pour  recevoir  b 
parole  de  vie.  Il  était  évident  que  la  grâce  avait  jt^ 
(fans  leurs  cœurs  de  profondes  racines ,  ce  qo 
prouvait  leur  changement  de  conduite,  leur  rews- 
cernent  volontaire  a  toutes  les  vanités  païennes,  ^is 
sérénité  avec  laquelle  ils  enduraient  les  reproches  ée 
leurs  compatriotes  encore  infidèles,  qui  lesacc»- 
lilaient  d'outrages  et  de  mépris.  Kajarnak  avait  cou- 
tume, io.'sque  les  missionnaires  avaient  calêrbis^ 
ses  compatriotes,  de  leur  faire  à  son  tour  une  ^< 
exhortation,  et  de  leur  dire  que,  puisqu'ils  aviif:*^ 
été  si  longtemps  dans  T ignorance,  ao  moins  faliai|il 
qu'ils  reçussent  la  vérité  avec  joie  d  reconnais- 
sance, et  qu'ils  montrassent  que  ce  n'était  pas  w 
semence  tombée  sur  la  pierre.  Quelquefois  aiiss^i  il 
substituait  à  cette  admonition  une  coiurte,  mais  ^* 
vente  prière,  et  il  est  bon  de  dire  qu'il  faisait  loul  cà 
de  lui-même,  sans  que  les  missionnaires  lui  en  ^^ 
sent  jamais  donnéTordreou  seulement  exprimé  i^J»;- 
sir.ll  n'est  pas  inutile,  non  plus,  d'ajouter  qu  il  ^nA 
l'Intelligence  très-ouverte,  et  qu'il  suggérait  auv  frt- 
res  qui  l'instruisaient  les  mots  qoi  leur  manqoai'^ 
pour  rendre  leur  pensée,  et  les  corrigeait  mène  ps^ 
fois  c[uand  ils  se  servaient  d'une  expression  f" 
n'était  pas  la  bonne,  car  il  les  enlaidaii  ^  ^^^"^ 
mot.  I 


1285 


RAC 


I>*A!STliFOPOLOG:E. 


RAC 


lias 


00  fait  remarquer  les  effets  très-manifesles 
qu  elles  ont  exercé  sur  Tétat  des  pays  et  sur 
la  rondition  morale  des  habitants.  «  Dans 
toute  retendue  de  la  côte  occidentale ,  rien 
n'est  phis  ra*re  que  de  trouver  des  exemples 
de  ces  l)arl)aries  qui  accompagnent  partout 
la  Tie  sauvage,  ou  de  ces  monstruosités 
qu'autorise  et  que  commande  en  quelque 
M>rte  le  paganisme,  partout  où  il  est  domi- 
nant. Comparé  à  ce  qu'il  était  il  y  a  quatre- 
vingts  ou  seulement  cinquante  ans»  Tétat 
(in  |>ays  est  ce  qu*on  peut  appeler  un  état 
de  civilisation.  La  nature  du  sol ,  le  clima<t, 
les  moyens  auxquels  doivent  avoir  recours 
les  habitants  de  ces  malheureuses  contrées 
pour  se  procurer  leur  subsistance,  sont  au- 
tant de  causes  qui  s'opposent  à  l'introduc- 
tion de  la  plui>art  des  arts  des  sociétés  civi- 
li'^ées;  il  est  clair  q^ue  le  Groênlandais,  dont 
ie  pied  ne  foule  qu  un  roc  stérile,  ne  |H)urra 
jamais  se  livrer  aux  travaux  dePagriculture; 
il  est  clair  que  sous  un  ciel  aussi  rigoureux 
il  ne  pourra  jamais  adopter  les  vêtements 
de  TEuropéen,  n*aura  jamais  besoin  des  pro- 
duits de  nos  manufactures,  et  jamais  ne 
songera  à  en  établir  de  pareilles  dans  son 
pays,  et  pourtant  on  peut  dire  avec  vérité 
que  les  changements  qui  se  sont  oj»érés 
chez  ce  peuple  à  la  suite  et  comme  consé- 
quence de  Tintroduction  du  christianisme  , 

1  industrie  qu*il  a  acquise  ,  toute  limitée 
qu'elle  est,  les  habitudes  laborieuses  qu'il  a 
contractées,  la  résignation  avec  laquelle  il  a 
appris  à  supporter  les  maux  gu*il  ne  peut 
écarter ,  le  contentement  qui  le  soutient 
dans  des  travaux  pénibles,  mais  inévitables, 
rendent  un  éclatant  témoignage  k  cette  vé- 
rité que,  dans  toutes  les  circonstances,  dans 
toutes  les  positions,  la  religion  ne  contribue 
gaère  moins  au  bonheur  de  cette  vie  qu*à 
celui  de  la  vie  future  (77i).  » 

Les  faits  que  j'ai  cités  relativement  aux 
anciennes  superstitions  et  aux  croyances 
licrs  Groênlandais  avant  leur  conversion ,  et 
.surtout  ce  quej'ai  dit  des  cliangements heu- 
reux qui  se  sont  opérés  dans  leur  condition 
sous  I  influence  du  christianisme,  sufOsent, 
si  je  ne  me  trompe,  pour  prouver  que  l'âme 
des  Esquimaux  a  la  même  constitution  mo- 
rale et  intellectuelle  que  celle  des  autres 
hommes.  Nous  trouvons  chez  eux  les  mê- 
mes éléments  de  sentiments  moraux,  les 
mêmes  sympathies,  la  même  susceptibilité 
d^afléction,  la  même  conscience  ;  chez  tous 


existe  la  notion  plus  ou  moins  claire  du 
bien  et  du  mal,  d'un  compte  à  rendre  pour 
les  fautes  commises,  du  châtiment  qui  at- 
teint les  coupables  et  de  la  nécessité  d*uno 
expiation.  A  la  vérité  ,  ce  qu'il  y  a  de  plus 
élevé  dans  ces  sentiments  (communs  à  tant 
d'autres  peuples  arrivés  à  des  degrés  très- 
différents  de  civilisation),  ne  se  montre  chez 
les  Esquimaux  païens  qu'à  l'état  rudimen- 
taire,  ou  n'apparaît  en  eux  que  comme  une 
lueur  fugitive  qui  les  éclaire  par  moments  ; 
mais  nous  voyons  que  ,  quand  on  a  porté 
chez  eux  ces  doctrines  qui  sont  tellement 
en  rapport  avec  les  besoins  de  la  nature  hu- 
maine qu'elles  ont  été  reçues  par  les  nations 
les  plus  barl»ares  comme  par  les  plus  poli- 
cées, ils  ne  se  sont  [)oint  montres  incapa- 
bles de  les  comprendre  et  ils  en  ont  ressenti 
les  effets  accoutumés.  L'ensemble  des  phéno- 
mènes psychologiques ,  des  phénomènes 
moraux  et  intellectuels  ,  est  donc  au  fond  le 
même  chez  les  Esquimaux  que  chez  les 
autres  ^leuples,  et ,  du  moment  où  l'on  est 
obligé  de  reconnaître  que  le  principe 
auquel  se  rattachent  ces  manifestations 
est  rigoureusement  identique  chez  tous  les 
hommes,  vouloir  soutenir  encore  qu'il  peut 
exister  entre  eux  des  différences  spécifiaues, 
ce  serait  donner  un  démenti  aux  règles 
dont  tout  le  monde  admet  tacitement  l'exis- 
tence quand  il  s'a^^it  d'établir  pour  ie  reste 
des  êtres  orjjanisés  des  distinctions  d'es- 
pèce ;  ce  serait  aller  contre  toutes  les  analo- 
gies. 

HlSTOlBE  PSYCHOLOGIQUE  DES  ««AT105S  AFBi- 

CAiNBs.  — Je  diviserai  ce  que  j'ai  à  dire  sur 
l'histoire  psychologique  des  nations  afri- 
caines enaeiix  parties  :  la  première,  qui  trai- 
tera de  l'histoire  de  la  race  hottentote  ;  la 
seconde,  de  celle  des  nations  nègres  de  l'A- 
frique occidentale. 

VDe  la  rare  hottentote  et  boschîsmanne. — 
Les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  Tbisloire 
de  Iliomme,  s'acconient  à  voir,  dans  les 
Boschismans  de  l'Afrique  méridionale ,  le 
plus  dégradé  et  le  plus  misérable  de  tous  les 
peuples,  celui  qui  doit  occuper  le  dernier 
degré  dans  l'échelle  des  nations.  M.  Bory 
de  Saint-Vincent ,  qui  les  décrit  5elon  sa 
manière  ordinaire,  établit,  entre  eux  et  les 
hommes  appartenant  à  ce  qu'il  nomme  l'es- 
pèce japétique ,  une  différence  des  plus 
tranchées.  11  les  considère  comme  formant 
la   transition  entre  le  genre  Momo  et  les 


(77i)  Hhlorieal  ikeuhes,  p.  61.  «  D*après  un  rap- 
port publié  à  une  époque  toute  récente,  il  parait 
tf|a*ane  quatriénie  mission  a  été  établie,  et  que  le 
nombre  des  Groénlantiais  chrétiens  appartenant  à 
régUsemoraveestde  1^8,  noml>re  dans  lequel  ne 
sont  point  compris  les  indi^itlus  appartenant  aux 
oonfnéeations  du  igées  par  des  ministres  luthériens 
de  TEgiise  danoise.  Ce  rapport,  d'autre  part,  con- 
fime  et  corrobore  tout  ce  qui  avait  été  dit  dans  les 
précédeota,  uwchant  les  beureox  eilets  que  Tiiitro- 
doction  da  cfa^stiaiiisme  a  exercés  sur  rétat  social 
des  Groênlandais  et  snr  leur  moralité,  tes  supersti- 
tions nationales  ont  presque  partout  complètement 
disparu.  Les  pratiques  de  ia  sorcellerie  sont  aujour- 
d'hui, pour  ainsi  dire,  inconnues  tout  le  lon^do  uiu>- 


rat.  Dans  les  lieux  ou  régnaient  jadis  la  cmaoté,  la 
débauche  et  tous  les  vices  qui  les  acconioagnent,  on 
trouve  aujourd'hui,  gr^ce  a  F  influence  bienfaisante 
de  la  reli.zion,  toutes  U's  qualités  opposées,  la  charité 
fraternelle,  la  concor4li%  la  modestie  et  le  degré  de 
cmlisalion  qui  est  compatible  avec  les  circonstanc  s 
particulières  propres  au  pays.  L*esprit  des  Groênlan- 
dais a  été  cultive;  leur  cœif  a  été  attendri  et  pari6é, 
et  quoique  leur  mode  de  vie  ait  conservé  une  cer- 
taine rudesse  ;  quoique  leurs  habitudes  soieat  tou- 
jours fort  diflerentes  de  cdles  que  nous  somic3s  ha-| 
bitués  à  rattacher  à  Tidée  de  civilisation,  il  nVn  est 
pas  moins  vrai  de  dire  qu'ils  forment  maintenant  un 
peuple  civilisé.  > 


liS7 


UAC 


DICTIONNAinE 


UAC 


\H 


genres  Orang  el  Gibbon^  et  il  leur  trouve 
môme  quelque  analogie  avec  les  Macaques. 
Voici  au  reste  en  quels  termes  il  s'ex- 
prime : 

«•L'espèce  holtcntote  se  jjartage,  avec  l'es- 
pèce carre  ,  la  pointe  méridionale  de  l'Afri- 
que... Do  toutes  les  espèces  humaines  ,  la 
plus  voisine  du  second. genre  de  bimanes 
par  les  formes,  elle  en  est  encore  la  plus  rap- 
prochée par  l'infériorité  de  ses  facultés  in- 
tellectuelles ,  et  los  Hottentots  sont  pour 
leur  bonheur  tellement  brutes,  paresseux  et 
stupides  ,  qu'on  a  renoncé  à  les  réduire  en 
esclavage.  A  peine  peuvent-ils  former  un 
raisonnement  ;  et  leur  langage,  aussi  stérile 
que  leurs  idées,  se  réduit  è  une  sorte  de 
gloussement  qui  n'a  presque  plus  rien  de 
semblable  à  notre  voix.  D'une  malpropreté  ré- 
voltante qui  les  rend  infects,  toujours  frottés 
de  suif  ou  arrosés  de  leur  propre  urine,  se 
faisant  des  ornements  de  boyaux  d'animaux 
qu'ils  laissent  se  dessécher' en  bracelets  ou 
en  bandelettes  sur  leur  peau  huileuse  ,  se 
remplissant  les  cheveux  de  graisse  et  de 
terre  ,  vêtus  do  peaux  de  bètes  sans  prépa- 
ration, se  nourissant  de  racines  sauvages  ou 
de  panses  d'animaux  et  d'entrailles ,  qu'ils 
ne  lavent  môme  pas,  passant  leur  vie,  assou- 
pis ou  accroupis  et  fumant,  parfois  ils  errent 
avec  quelques  troupeaux  qui  leur  fournis- 
sent du  lait.  Isolés ,  taciturnes ,  fugitifs,  se 
retirant  dans  leurs  cavernes  ou  dans  les 
bois,  à  peine  font-ils  usage  du  feu  ,  si  ce 
n'est  pour  allumer  leur  pipe  qu'ils  ne  quit- 
tent point.  Le  foyer  domestique  leur  est  à 
peu  près  inconnu,  et  ils  ne  bâtissent  pas  do 
villages,  ainsi  que  les  Cafres  leurs  voisins  , 
qui  rcjrardent  ces  misérables  comme  une 
sorte  de  gibier,  leur  donnent  la  chasse  et 
exterminent  tous  ceux  qu'ils  rencontrent. 
On  les  a  dits  bons,  parce  qu'ils  sont  apathi- 
ques ;  tranquilles,  parce  qu'ils  sont  pares- 
seux, et  doux,  parce  qu'ils  se  montrent  lâ- 
ches en  toute  occasion.  » 

Pour  peindre  le  dernier  état  de  la  misère 
et  de  la  déjjradation  humaine,  Timaj^inatiou 
ne  fournirait  pas  de  plus  sombres  couleurs 
que  celles  qu'emploient,  dans  le  tableau  qu  ils 
nous  font  de  la  condition  actuelle  des  Boschis- 
mans,plusieurs  observateurs  modernes,hom- 
mes  parfaitement  dignes  de  foi  et  nullement 
enclins  à  l'exagération.  N'ayant  pour  s'abri- 
ter ui  maison,  ni  même  rien  qui  mérite  le 
nom  de  huttes  ,  réduits  à  chercher  un  asile 
temporaire  dans  des  cavernes  ou  des  trous 
creusés  en  terre ,  nus  et  demi-morts  de 
faiîn,  ces  pauvres  sauvages  errent  dans  les 
bois  par  petites  troupes  ou  par  familles  iso- 
lées, soutenant  à  grande  peine  leur  miséra- 
ble existence  ,  au  moyen  des  racines  sauva- 
ges qu'ils  récoltent ,  des  larves  de  fourmis 
tjui  sont  poui*  eux  l'objet  de  laborieuses  et 
incessantes. recherches,  des  lézards,  des  ser- 
pents et  des  insectes  que  le  hasard  fait  tom- 
ber entre  leurs  mains  et  qui  sont  aussitôt 
iiévorés.  Il  n'est  donc  pas  surprenant  que 
ics  écrivains  systématiaues,  qui  veulent  à 
toute  force  établir  une  étroite  union  entre 
l'homme  et  les  espèces  inférieures,  aient  fait 


de  l'histoire  des  Boschismans  leur  thème 
favori. 

Mais  des  observateurs  consciencieux  et 
qui  ne  peuvent  être  soupçonnés  de  préven- 
tion en  faveur  de  l'opinion  opposée ,  nous 
ont  fait  une  peinture  moins  défavorable  des 
Boschismans  ,  en  ce  qui  a  rapport  à  leur 
caractère  moral  et  intellectuel.  Ainsi  M.Bur- 
chell,quia  recherché  toutes  les  occasions 
d'avoir  des  rapports  avec  eux,  et  qui  a  pa 
observer  leur  manière  de  vivre,  a  re- 
connu que,  malgré  l'état  effroyable  de  mi- 
sère  et  de  dénûmenf  auquel  ils  sont  ré- 
duits, on  trouve  encore  chez  euxdesqualiiés 
sociables,  le  sentiment  de  la  compassion, 
celui  de  la  bienveillance  ,  en  un  mot,  tous 
les  attributs  essentiels  de  l'humanité. 

On  ne  doitpas  oublier  que  les  Boschismans 
ne  sont  pas  une  race  distincte,  mais  bien  une 
branche  ou  une  subdivision  de  la  nation  au- 
trefois très-nombreuse  des  Hottentots.  C'est 
une  vérité  qui  avait  été  anciennement  ^^ 
connue;  mais  Lichtenstein,  ayant  émis  une 
opinion  contraire,  la  fit  partager  à  beaucoup 
d  écrivains  qui  considérèrent  avec  lui  les 
Boschismans  comme  constituant  une  famille 
particulière,  complètement  distincte  de  tou- 
tes les  autres  races  de  l'Afrique  australe. 
Cependant ,  en  comparant  leur  langue  avee 
celle  des  Korahs  et  des  autres  Hottentou , 
le  professeur  Vater  reconnut  entre  eHes  la 
plus  manifeste  affinité  ,  et  la  conclusion  ï 
laquelle  il  était  arrivé  a  été  depuis  pleine- 
ment confirmée  par  des  recherches  faites  sur 
les  lieux,  de  sorte  qu'il  n'existe  pas  aujour- 
d'hui deux  opinions  sur  ce  sujet.  Dans  un 
des  plus  récents  et  des  meilleurs  ouvrages 
qui  aient  été   écrits  sur  l'Afrique  du  sud, 
1  auteur  représente  les  Boschismans  comme 
les  restes  de  hordes  de  Hottentots  qui, de 
même  que   toutes   les  tribus  de  l'Afrique 
australe,  vivaient  originairement  des  pro- 
duits de  leurs  troupeaux,  mais  que  les  em- 
piétements successifs  des  colons  eurojiéens, 
et  les  guerres  avee  d'autres  tribus  mdigt- 
nes,  forcèrent  enfin  à  chercher  un  refuse  au 
milieu  des  déserts  et  des  rochers  inac<.'essi- 
blesde  l'intérieur. 

«  Les  hommes  que  l'on  désigne  sous  le 
nom  de  Boschismans,  dit  cet  auteur,  viTent 
dans  un  état  de  profonde  misère ,  et  la  plu- 
part de  leurs  hordes  sont  complètement  dé- 
pourvues de  menu  comme  de  gros  bétail. 
Leurs  moyens  de  subsistance  re[x>seut  eo 
partie  sur  les  produits  de  leur  chasse ,  en 
partie  sur  des  racines  sauvages  que  leur 
fournit  le  désert,  sur  les  œufs  de  foarmii 
qu'ils  recueillent,  les  sauterelles  que  le  reot 
leur  apporte,  les  reptiles  que  !o  hasard  ûii 
tomber  sous  leurs  mains,  en  partie  enfin 
sur  le  butin  qu'ils  enlèvent  aux  op^.re^seo^ 
de  leur  race,  leurs  ennemis  héréditaires, te 
colons  de  la  frontière.  Descendus  de  la  roo- 
dition  de  pasteurs  à  celle  de  chasseurs  el  de 
brigands,  les  Boschismans,  comme  on  poih 
vait  le  prévoir  et  comme  le  confirme  le  té- 
moignage des  hommes  qui  les  ont  connue' 
ont  acquis  plus  de  résolution  dans  le  car»"- 
tère,  à  mesure  qu'ils  ont  été  exposés  à  plo^ 


RAC 


D'ANTHROPOLOGIE. 


RAC 


l»0 


de  dangers ,  plus  de  férocité  à  mesure  qu*il$ 
ont  soaffert  plus  d'injustices,  plus  d*actiTité 
à  mesure  qu'ils  ont  eu  à  endurer  plus  de 
prirations.  Des  peuples  pasteurs  d'un  natu- 
rel doux  ,  eonnuit  et  inoffensif,  se  sont 
transformés  graduellement  en  hordes  erran- 
tes dé  saurages  farouches,  inquiets  et  rindi- 
catlfs.  Traités  par  leurs  semblables  comme 
des  bêtes  féroces,  ils  ont  fini  par  en  prendre 
les  habitudes  et  les  allures.  9 

Un  changement  qui  fait  ainsi  descendre 
fout  un  peuple  d*une  rie  heureuse  et  tran- 
quille à  un  état  de  misère  tel  que  celui  où 
nous  TOjons  les  Boschismans  est  quelque 
chose  de  si  réroltant  qu'on  Toudrait  pouvoir 
le  regarder  comme  impossible,  et  pourtant  il 
n'y  a  pas  moyen  de  se  refuser  à  1  admettre, 
puisque,  de  nos  jours  même,  on  peut  assis- 
ter en  quelque  sorte  à  de  semblables  trans- 
formations: nous  nous  contenterons  d'en 
citer  un  exemple.  Les  tribus  koranas  sont, 
comme  on  le  sait,  de  toutes  les  tribus  hot- 
tentotes,  les  plus  riches  et  les  plus  arancées 
dans  les  arts  nécessaires  à  un  peuple  de  pas- 
teurs ;  or  nous  pouvons  suivre  dans  la  rela- 
tion d'un  voyageur  moderne,  homme  d'un 
sens  droit,  qui  n'a  rien  négligé  pour  connaî- 
tre la  vérité,  et  qui  ne  parle  guère  que  d'a- 
près ses  propres  observations,  les  phases 
5>uccessives  par  lesquelles  des  tribus  de 
race  korah  ont  passé,  malgré  elles,  de  la  con- 
dition pastorale  à  la  vie  sauvage  de  chas- 
seurs et  de  brigands. 

C'est  chez  les  Koranas  de  la  rivière  Harte- 
l>eest,  que  M.  Thomson  a  constaté  cette 
triste  tratnsformation.  Pillés  par  leurs  voi- 
sins, ils  avaient  été  contraints  de  s'enfuir 
dans  le  désert,  où  ils  se  nourrissaient  de 
fraits  sauvages  ;  ils  avaient  adopté  les  mœurs 
des  Boschismans,  et  s'étaient  assimilés  sous 
tous  les  rapports  essentiels  avec  cette  mi- 
sérable tribu. 

Les  Hottentots  pasteurs  et  les  Boschis- 
mans, devant  donc  être  considérés  comme 
une  seule  race,  nous  ne  les  séparerons  point 
dans  les  remarques  que  nous  allons  faire 
sur  leur  caractère  moral  ;  nos  remarques  ne 
pourront  porter  sans  doute  que  sur  ouel- 
ques  traits  généraux,  mais  elles  nous  lour- 
niront  les  éléments  suffisants  pour  établir 
une  comparaison  entre  cette  famille  et  les 
autres  familles  humaines. 

Si  nous  voulons  nous  faire  une  juste  idée 
du  caractère  des  Hottentots,  nous  ne  devons 
pas  nous  contenter  de  les  observer  dans  l'é- 
tat de  dégradation  où  ils  se  présentent  au- 
jourd'hui ,  quand  tout  ce  qu'il  pouvait  y 
aroir  en  eux  d'énergie  a  été  étouffé  par  Top- 
pression  à  laquelle  les  ont  soumis  pendant 
plusieurs  générations  successives  les  colons 
européens  qui  les  ont  réduits  au  servage, 
ou  forcés  à  se  tiannir  du  sol  natal.  Ce  n'est 
I>as,  je  le  répète,  sur  nos  propres  observa- 
tions que  nous  devons  asseoir  notre  juge- 
ment, mais  sur  celles  qui  ont  été  faites  an- 
ciennement, et  qui  nous  peignent  l'état  de 
ces  tribus  à  l'époque  du  premier  établisse- 
in  ^nt  des  Hollandais. 

Jje  Tovageur  Kolbe  nous  a  donné  sur  l'é- 

DicnoHiv.  n'AimaopouMSic. 


tat  des  Hottentots  à  cette  époque  des  ren- 
seignements qu'on  a  tout  heu  de  croire  fi- 
dèles, et  qui  d'ailleurs  sont,  sur  beaucoup 
de  points,  en  désaccord  complet  avec  ceux 
que  nous  fournissent  les  auteurs  modernes. 
De  son  temps,  les  Hottentots  formaient  un 
peuple  nombreux,  divisé  en  un  assez  grand 
nombre  de  tribus,  soumises  chacune  au 
gouvernement  patriarcal  de  leurs  chefs  ou 
de  leurs  anciens.  Réunis  par  hordes  de  trois 
ou  quatre  cents  individus,  ils  parcouraient 
le  pavs  avec  leurs  troupeaux,  transportant 
d'un  lieu  à  un  autre,  chaque  fois  que  le  be- 
soin de  nouveaux  pâturases  se  faisait  sentir, 
leurs  khraals,  sorte  de  villages  ou  de  camps, 
dont  chaque  hutte,  composée  de  quelques 
perches  autour  desquelles  ou  disposait  des 
nattes  de  jonc,  pouvait  en  peu  d'instants 
être  démontée,  empaquetée,  et  placée  sur  le 
dos  d'un  bœuf  de  charge.  Cn  manteau  de 
peaux  de  mouton  cousues  formait  leur  vête- 
ment ;  leurs  armes  consistaient  en  un  arc 
avec  des  flèches  empoisonnées,  et  une  lé- 
gère javeline  ou  assagaie.  Us  étaient  har- 
dis et  actifs  à  la  chasse,  et  quoique  d'une 
disposition  généralement  douce,  ils  se  mon- 
traient courageux  à  la  guerre,  comme  leurs 
envahisseurs  européens  eurent  fréquem- 
ment occasion  de  l'éprouver. 

Kolbe  vante  les  bonnes  qualités  moralef 
des  Hottentots  :  c  Ce  sont  ijeut-être,  dit-il, 
les  serviteurs  les  plus  fidèles  qui  soient  au 
monde.  Quoique  aimant  à  la  passion  le 
vin,  l'eau-de-vie  et  le  tabac,  ces  objets  peu- 
vent leur  être  confiés  en  toute  sûreté,  et  il 
n*j  a  pas  à  craindre  qu'ils  se  permettent 
d'en  détourner  à  leur  profit  la  moindre 
partie,  ou  qu'ils  permettent  à  d'autres  d'en 
prendre.  A  cette  qualité  ils  joignent  la  plus 
grande  humanité  et  le  naturel  le  plus  com- 
patissant. Leur  pureté  de  mœurs  est  remar- 
quable, et  chez  eux  l'adultère  est  puni  de 
mort.  11  faut  bien  avouer,  d'autre  part,  qu'ils 
sont  sales  dans  leurs  vêtements,  paresseux 
et  indolents,  et  que,  tout  en  se  montrant  à 
l'occasion  capables  de  raisonner  très-jusiCt 
ils  n'aiment  pas  à  prendre  la  peine  de  ré- 
fléchir. »  Kolbe  témoigne  d'ailleurs,  en  di- 
vers passages,  qu'il  est  très-loin  de  les  con- 
sidérer comme  inférieurs  au  commun  des 
hommes  sous  le  rapport  de  l'intelligence  : 
ainsi  il  dit  en  avoir  connu  plusieurs  qui 
entendaient  parfaitement  le  hollandais,  le 
français  et  le  portugais.  11  en  cite  un  en  par* 
ticulier  (mi,  non-seulement  avait  appris  en 
très-peu  de  temps  l'anglais  et  le  portugais, 
mais  était  aussi  parvenu  à  surmonter  les  diP 
ficultés  de  prononciation  que  lui  opposaient 
les  habitudes  contractées  en  parlant  sa  lan- 

Fue  maternelle,  de  sorte  qu'il  passait,  dans 
opinion  des  juges  comf^tents,  pour  com- 
prendre et  parler  ces  deux  langues  avec  la 
même  focihté  et  la  même  correction  que  s'il 
les  avait  apprises  au  berceau.  «  Nous 
voyons  tous  les  jours,  ajoute  cet  auteur,  ces 
hommes  employés  par  les  Européens  dans 
des  affaires  qui  demandent  du  jugement  et 
de  la  capacité.  Ainsi  c'était  un  Hottentot 
nommé  Cloos,  que  M.  Van  der  Stel,  le  der- 


1291 


RÂC 


DICTIONNAIRE 


RAC 


m 


aier  gouverneur  du  Cap,  employait  dans  les 
négociations  qui  avaient  pour  but  d'obtenir 
du  bétail  par  voie  d'échange  avec  des  tribus 
très-éloignées,  et  il  était  bien  rare  qu'il  re- 
vînt sans  avoir  parfaitement  réussi  dans  sa 
mission.  >j 

Nous  avons  dit  qu'un  des  meilleurs  moyens 
d'arriver  à  connaître  ce  qu'il  y  a  de  plus  inti- 
me dans  le  caractère  moral  et  intellectuel  d'un 
peuple,  est  de  voir  quelles  sont  ses  idées,  ses 
impressions  touchant,  les  sujets  qui  tien- 
nent à  la  religion  ;  examinons  donc  ce  que 
nous  offrent  à  cet  égard  les  Hottenlots.  On 
a  souvent  répété  que  ces  hommes  étaient 
dépourvus  de  toute  croyance  religieuse, 
qu'ils  n'avaient  absolument  aucune  idée  de 
la  Divinité,  aucune  idée  d'une  vie  future. 
Il  se  peut  que,  réduits  en  esclavage,  sépa- 
rés de  leurs  compagnons,  obligés,  pour  sou- 
tenir leur  vie,  à  travailler  sans  un  moment 
de  relâche,  quelques-uns  d'entre  eux  aient 

Serdu  l'habitude  et  presque  la  faculté  de  Tv  - 
échir,  soient  devenus,  en  un  mot,  des  es- 
pèces de  brutes  ;  mais  Kolbe  nous  assure 
que,  de  son  temps,  il  y  avait  chez  tous  les 
Hottentots  une  ferme  croyance  en  une  puis- 
sance suprême,  qu'ils  nommaient  Gounya 
ïekquoa  ou  le  dieu  de  tous  les  dieux,  dont 

4e  séjour,  disaient-ils,  étaient  au  delà  de  la 
une.  Ils  ne  lui  rendaient  pas  de  culte,  tou- 
tes leurs  adorations  étaient  pour  la  lune  :  à 
l'époque  de  son  plein  et  de  son  renouvelle- 
ment, ils  lui  ouraient  des  sacrifices  d'ani- 
maux avec  toute  espèce  de  grimaces  et  de 
contorsions,  poussant  des  cris,  jurant,  chan- 
tant, sautant,  frappant  du  pied,  dansant,  et 
accompagnant  toutes  ces  bizarres  cérémonies 
de  nombreuses  prosternations  et  de  paroles 
appartenant  à  un  jargon  inintelligible.  «  Ils 
ont  aussi,  nous  dit  ce  voyageur,  une  singu- 
lière vénération  pour  une  espèce  particu- 
lière d'escarbot,  dfont  la  rencontre,  à  ce  qu'ils 
croient,  porte  bonheur.  Ils  croient  de  plus 
à  une  divinité  malfaisante  qu'ils  nomment 
Toutouka,  et  qu'ils  se  représentent  sous  la 
forme  d'un  petit  être  tout  contrefait  et  pie- 
chant,  grand  ennemi  des  Hottentots,  et 
l'auteur  de  tous  les  malheurs  rjui  survien- 
nent dans  ce  monde.  Ils  lui  offrent  des  sa- 
crifices pour  lâcher  de  Tapaiscr.  Tous  les 
accidents,  toutes  les  maladies  ou  douleurs 
subites  sont  attribuées  par  eux  à  la  sorcel- 
lerie ;  aussi  ont-ils  une  grande  confiance 
dans  les  charmes  et  les  amulettes.  »  Kolbe 
croit  qu'ils  n'ont  pas  la  moindre  idée  de  ré- 
compenses ou  de  punitions  qui  attendent 
l'homme  dans  une  autre  vie.  «  Cependant, 
dit  ce  voyageur,  il  est  évident  pour  moi 
qu'ils  croient  à  l'immortalité  de  l'âme  ;  plu- 
sieurs circonstances  ne  me  permettent  i)as 
de  révoquer  la  chose  en  doute  :  d'abord  ils 
offrent  des  prières  aux  saints,  c'est-à-dire 
aux  Hottentots  qui  sont  morts  après  avoir 
vécu  en  gens  de  bien;  ensuite  ils  ont  peur 
des  esprits  qui  pourraient,  croient-ils,  reve- 
nir sur  terre  pour  les  tourmenter;  aussi 
pour  c^tte  raison,  à  la  mort  d'une  personne 


quelconque,  ils  déplacent  leur  kraal,  dans 
la  supposition  aue  les  âmes  des  personnes 
mortes  restent  à  l'entour  des  lieux  qu'elles 
habitaient  pendant  la  vie  ;  enfin,  ils  croient 
à  la  puissance  des  sorciers  ou  des  magi- 
ciens pour  évoquer  ces  esprits.  » 

La  relation  exacte  et  fidèle  de  la  conver- 
sion de  ces  peuples,  si  nous  pourions  la  re- 
produire ici  avec  quelques  détails,  ferait 
ressortir  plusieurs  traits  iranorlants  de  leur 
histoire  morale  et  intellectuelle,  nous  lâche- 
rons, au  reste,  dans  l'esquisse  que  nous  allons 
en  orésenter,  de  conserver  les  traits  les  plus 
saillants.  Les  premières  tentatives  qui  fu- 
rent faites  pour  essayer  de  les  amener  à  re- 
cevoir les  vérités  du  christianisme  rencon- 
trèrent la  même  résistance  obstinée  dont  il 
y  a  tant  d'exemples  dans  des  circonstauces 
semblables,  et  un  auteur  résume  ses  obser- 
vations sur  ce  peuple  eu  disant  quelles 
Hottentots  semnlent  nés  avec  une  antipa- 
thie naturelle  pour  toutes  les  coutumes  de 
la  civilisation,  et  pour  toute  religion  autre 

Sue  la  leur.  »  Un  jeune  Holtentol  qui  arail 
lé  élevé  par  le  gouverneur  Van  der  Stel 
dans  les  mœurs  et  la  religion  des  Hollan- 
dais, et  avait  appris  plusieurs  lances  el 
donné  preuve  d  un  esprit  qui  semmait  lui 

Permettre  d'aspirer  à  tout,  fut  envoyé  dari^ 
Inde  et  employé  dans  les  affaires  publitiue^ 
A  son  retour  au  Cap,  il  se  dé|)0uilla  de  m  s 
vêtements  européens,  se  couvrit  de  i>eaui 
de  mouton,  et,  se  présentant  en  cet  étal  di- 
vaut  le  gouverneur,  il  renonça  solc^neII^ 
ment  à  )a  société  des  hommes  civilisés  el  ï 
la  religion  chrétienne,  déclarant  qu'il  rou- 
lait vivre  el  mourir  dans  la  religion  de  ses  an- 
cêtres, el  en  suivant  leurs  coutumes  (TTj). 
Nous  reconnaissons  là  un  trait  caractéristi- 
que de  laliature  humaine,  commun  aussi  aux 
autres  races  d*hommes  :  une  sorte  d'attaihe- 
ment  instinctif  et  aveugle  aux  impressions  re- 
çues dans  l'enfance  est  en  effet  une  de  m 
tendances  intellectuelles  les  plus  forlemtni 
prononcées,  et,  commme  le  prouve l'eierapk 
que  nous  venons  de  citer,  ce  sentim  ai 
n'est  pas  moins  puissant  chez  les  Holteoi'o 
que  cnez  des  nations  plus  civilisées;  cei-eii- 
dant  il  n'a  pas  été,  pour  les  hommes  de  ce '• 
race,  un  obstacle  à  la  propagation  de  la  ré- 
gion chrétienne,  quand  rmlroduction  en  ' 
été  tentée  parmi  eux  dans  des  circonstanct? 
différentes. 

2*  De  Vintroduction  du  christianismt  inf- 
ini les  Hottentots,  — Il  est  vraiment  surprfr 
nant,  après  tout  ce  que  nous  avons  enfen'i 
dire  de  la  paresse  d'esprit  et  de  la  gros^ii" 
sensualité  des  Hottentots,  d'apprendre •]:'' 
n'y  a  pas  de  race  sauvage  qui  ait  prêté  ^rf 
oreille  plus  attentive  a  la  prédication  -    I 
christianisme,  et  qui,  par  suite  de  l'infr- 
duclion  de  cette  religion,  ail  éprouvé  ut^ 
amélioration  plus  rapide,  plus  merveilieu^' 
non-seulement  dans  son  caractère  cl  i'^^' 
ses  mœi;rs,  mais  aussi  dans  sa  conliîin:^- 
ciale  et  sa  prospérité  extérieure.  Laci^i-'^''* 
tion  a  marché  à  si  grands  pas  dans  les  tU* 


(775)  P.  Kolbe,  Voyage  au  cap  de  Bonne-ICspérance;  Nurcmbers,.  1719,  3  vol.  in-fol. 


J 


li}3 


RAC 


d*a:^turopologi£. 


RAG 


1294 


I)li5sement5  des  frères  Moraves,  à  qui  appar- 
titiil  surtout  rhonneur  d'avoir  introduit  le 
christianisme  chez  les  Holtentots,  qu'il  en 
csl  résulté  dans  le  public  Vidée  que  les  mis- 
sionnaires de  cette  Eglise  diriuaient  princi- 
paieiDent  leur  attention  vers  ïe  dérelôppe- 
uu'Dt  des  connaissani^es  relatives  au\  arts  et 
à  rindustrie,  la  religion  n'étant  eu  quelque 
sorte  pour  eux  qu'un  objet  secondaire.  Il  est 
à  peine  besoin  de  dire  qu'ils  nient  formel- 
iement  les  intentions  qu  on  leur  i>réle  ainsi, 
et  qu  elles  sont  même  en  opposition  directe 
a?ec  l'opinion   qu'ils   professent  ourerte- 
ujent.  Cette  opinion,  qui  est  chez  eux  le  ré- 
Miltat  de  l'expérience  acquise  pendant  un 
siècle  ti)ut  entier  de  services  patients  et  d'ef- 
furls  pénibles,  c'est  qu'on  ne  peut  espérer 
aucun  cbans;ement  heureux  dans  les  mœurs, 
aucune  amélioration  dans  l'état  social  d'un 
peuple,  si  Ton  n'a  pas  au  préalable  employé 
t'jutc  Tinfluencede  la  religion  pour  stimuler 
sa  nature  morale,  éveiller  sa  conscience  et  dé- 
velopper les  sentiments  honnêtes  de  son 
cœur.  Nos  missionnaires  pensent  qu'il  n'v 
a  \)HS  de  sauvages  qui  soient  assez  bornés 
pour  qu'on  ne  puisse  espérer  de  produire 
en  eux  ces  changements  intérieurs,  et  au'uiie 
fois  le  changement  produit,   les  réformes 
extérieures  ne  sont  plus  qu'un  jeu,  les  bien- 
faits de  la  civilisation  s'en  suivant  comme 
une  conséq[uence  nécessaire. 

La  première  tentative   d'introduction  du 
christianisme  chez  les  Hottentots  fut  faite 
pat  un  missionnaire  nommé  Schmidt,  homme 
zélé  et  de  grand  courage  qui  entreprit  cette 
tà«:he  dans  les  premiers  temps   de  FEglise 
liiorave.  11  arriva  dans  l'Afrique  méridionale 
eu  1737,  et  s'étant  établi  à  peu  de  distance 
du  Cap,  il  réunit  bientôt  une  petite  congré- 
gation de  Hottentots,  dont  il  se  fît  extrême- 
ment aimer  ;  mais  obligé  de   s'embarquer 
|/Oar  la  Hollande,  il  ne  put  revenir,  comme 
il  en  avait  l'intention  :  sous  prétexte  de  zèle 
pour  la  pureté  de  la  doctrine,  et  pour  la 
f^ix   de    l'Eglise,  des  adversaires  s'oppo- 
sèrent &  son  retour  et  parvinrent  à  l'em- 
jrécher.  L'entreprise  suspendue  pendant  près 
fje  cinquante  ans  fut  reprise  sous  de  plus 
favorables  auspices  en  1792.  Les  nouveaux 
nii<^sionnaire$,  ayant  cherché  les  ruines  de 
riiabitatian  de  Schmidt,  trouvèrent  quelques 
Tieux  Hottentots  qui  respectaient  toujours 
sa  mémoire,  et  ils  fondèrent  dans  ce  lieu 
l'établissement  de   Bavian's  Kloof,  connu 
depuis  sous  le  nom  de  Gnadenthal. 

L'école  établie  par  les  missionnaires  fut 
bientôt  fréquentée  par  un  assez  grand  nom- 
bre de  Hottentots,  tant  enfants  qu'adultes, 
et  les  instructions  religieuses,  dans  lesquel- 
les on  faisait  la  lecture  de  la  Bible  avec  les 
commentaires  nécessaires,   étaient  suivies 
[.^r  beaucoup  d'auditeurs  attentifs.  Les  his- 
toriens de  la  mission  disent  :  «  Le  silence  res- 
j -t,'4.-tueux  des  Hottentots  qui  faisaient  partie 
'iO  ces  réunions,  la  vive  attention  qu'ils prê- 
c. lient  aux  discours  de  leurs  instructeurs  et 
i'^îootion  qui  se  peignait  d'une  manière  vi- 
-i  hîe  sur  leur  visage  étonnèrent  les  mission- 
naires à  qui  on  avait  dit  qu'il  serait  impos- 


sii)!.'  de  fixer  l'attention  de  leurs  auditeurs, 
durant  une  allocution  d'un  genre  sérieux, 
pour  courte  qu'elle  fût.  »  Le  nombre  des 
disciples  s'accrut  et  monta  bientôt  à  deux 
cents  individus,  dont  l'instruction  se  faisait 
en  plein  air.  Plusieurs  Hottentots  qui  ame- 
naient avec  eux  leurs  familles  et  leur  bé- 
tail arrivèrent  de  distances  considérables,  et 
s'associèrent  à  l'établissement.  Les  cultiva- 
teurs coloniaux  s'alarmèrent  à  l'idée  qu'ils  al- 
laient être  privés  du  service  de  leurs  Hotten- 
tots; plusieurs  fois  ils  menacèrent  de  détruire 
l'établissement,  et  même  il  y  eut  de  leur 
part  un  commencement  d'exécution;  mais 
ces  menaces  et  ces  tentatives  furent  sans  effet, 
et  il  devint  enfin  évident,  même  aux  veux  de 
cette  classe  d'habitants,  que  les  Hottentots 
convertis  au  christianisme  par  les  instruc- 
tions des  missionnaires  devenaient  des  ser- 
viteurs bienpius  utiles  et  plus  dignes  de  con- 
fiance que  les  païens  abrutis  et  dégradés, 
qu'ils  avaient  été  obligés  jusque-là  d'em- 
ployer. 

Dans  le  cours  d'un  petit  nombre  d'années, 
des  Hottentots  arrivèrent  de  toutes  les  parties 
de  la  colonie  et  augmentèrent  la  population 
de  Bavian's  Rloof.  Les  missionnaires  n'ac- 
cordèrent qu'après  d'assez  longs  délais,  et 
avec  une  prudente  réserve,  le  baptême  aux 
nouveaux  convertis;  il  leur  fallait  d'abord 
des  témoignages  sensibles  de  repentir  et  de 
foi.  Cependant  en  1799  on  comptait  déjà 
deux  cent  trente-huit  maisons  de  Hottentots; 
le  nombre  des  habitants  s'élevait  à  mille 
deux  cent  trente-quatre,  parmi  lesquels  trois 
cent  quatre  étaient  membres  actifs  de  lacon- 

Î;régation  et  quatre-vingt-quatre  avaient  été 
laptisés  dans  Tannée. 

Lorsque  la  colonie  du  Cap  passa  au  pou- 
voir des  Anglais,  les  bons  effets  de  l'instruc- 
tion donnée  par  les  frères  Moraves  étaient  si 
évidents,  ils  se  manifestaient  d'une  manière 
si  marquée ,  par  l'amélioration  survenue 
dans  les  mœuis  et  l'industrie  des  Hottentots, 
une  les  missions  obtinrent  sans  difficulté 
1  appui  et  la  faveur  du  gouvernement.  A  cette 
époque,  Gnadenthal  était  devenu  un  établis- 
sement populeux  qui  offrait  les  plus  beaux  ré- 
sultats a^^ricoles,  et  était  occupé  par  de  nom- 
breuses et  heureuses  familles  de  cultivateurs, 
qui  obtenaient  de  riches  produits  d'un  sol  sur 
lequel  leurs  ancêtres  avaient  erré  { endant  des 
siècles,  sans  jamais  essayer  de  l'améliorer. 
Pour  agrandir  cet  établissement,  le  gouver- 
nement donna  aux  frères  moraves  une  autro 
partie  du  pays  qui  reçut  le  nom  de  Groeno- 
kloof.  DansVespace  d'une  année  le  désert 
avait  disparu  et  avait  fait  place  à  une  terre 
couverte  d'abondantes  moissons.  Les  mis- 
sionnaires rapportent  que,  «  même  dans  la 
conduite  des  anaires  temporelles,  les  Hotten- 
tots témoignaient  assez  qu'ils  étaient  sous 
riufluenre  des  idées  chrétiennes;  ils  se  por- 
taient avec  ardeur  au  travail,  soit  pour  cons- 
truire leurs  huttes,  soit  pour  cultiver  leurs 
terres,  et  Dieu  bénissait  l'ouvrage  de  leurs 
mains.  »  Quelques-uns  des  fermiers  hollan- 
dais exprimèrent  leur  surprise  des  <  îumge- 
ments  qu'ils  voyaient  s'opérer  chez  ce  peu- 


1295 


RAC 


DICTIONNAIRE 


RAC 


m 


pie.  «  Ils  étaient  émerveillés,  disent  les  mis- 
sionnaires, de  voir  que  lorsque  ces  miséra- 
bles ivrognes  arrivaient  à  Gnadenthal  et  en- 
tendaient la  parole  de  Dieu,  ils  recevaient 
véritablement  la  grâce,  et  devenaient  de  tout 
autres  hommes.  » 

Peut-être  n'y  a-t-il  rien  de  plus  remarqua- 
ble dans  l'histoire  de  ces  établissements,  que 
]e  fait  de  la  profond^  sensation  produite  par 
le  spectacle  de  la  prospérité  dont  jouissaient 
les  nouveaux  convertis,  sensation  qui  non- 
seulement  était  générale  dans  toute  la  nation 
hottentote,  mais  qui  était  également  parta- 
gée par  des  tribus  appartenant  à  d'autres  peu- 
ples, et  partout  accompagnée  d'un  désir  d'ob- 
tenir les  mêmes  avantages.  Des  familles  entiè- 
res de  Hottentots,  et  même  de  Boschismans, 
partirent  des  frontières  de  la  Cafrerie,  et  firent 
des  voyages  de  plusieurs  semaines  pour  ve- 
nir s'établir  à  Gnadenthal.  Des  individus  de 
la  nation  Tambuki,  et  quelques  uns  apparte- 
nant à  la  nation  des  Damaras,  qui  est  par  delà 
le  pays  des  grands  Namaquois,  se  rendirent 
h  Groene-Kloof  et  y  fixèrent  leur  demeure. 
Un  fait  singulier  dans  l'histoire  de  ces  races 
barbares,  aest  celui  que  nous  présentent  les 
sauvages  Boschismans,  adressant  de  leur  pro- 
pre mouvement  au  gouverneur  du  Cap,  qui 
travaillait  alors  à  les  réconcilier  avec  les  co- 
lons, une  sollicitation  très-pressante  pour 
qu'on  leur  envoyât  des  instructeurs  sembla- 
bles à  ceux  qui  avaient  résidé  longtemps 
avec  les  Hottentots  à  Gnadenthal.  «  C'est, 
dit  l'historien  de  la  mission,  un  cas  qu'on  a 
dû  rarement  observer  que  celui  d'un  peuple 
sauvage  qui,  traitant  avec  une  puissance  chré- 
tienne, demande  comme  une  des  conditions 
de  la  paix  qu'on  lui  envoie  des  missionnai- 
res chargés  de  l'instruire  dans  le  christia- 
nisme. » 

Le  défaut  d'espace  ne  me  permet  pas  d'em- 
prunter à  cette  histoire  beaucoup  d'autres  dé- 
tails qui  seraient  également  très-dignes  d'atti- 
rer l'attention  ;  mais  les  faits  que  j'ai  cités 
sont  de  ceux  qu'il  ne  m'était  pas  permis  d'o- 
mettre dans  une  investigation  comme  celle-ci  ; 
car  ils  sont  évidemment  d'une  très-grande  por- 
tée relativement  à  l'histoire  de  cette  singulière 
et  intéressante  race.  Les  personnes  qui  vou- 
dront les  examiner  de  bonne  foi,  et  sauront 
les  apprécier  à  leur  juste  valeur,  v  trouve- 
ront certainement  la  preuve  qu'il  y  a  chez 
les  Hottentots  les  mêmes  principes  d'action, 
la  même  nature  intérieure  que  chez  les  autres 
branches  delà  grandefamillehumaine,!et cette 
conviction  ne  fera  que  se  fortifier  par  la  lec- 
ture des  détails  qu'ont  donnés  les  mission- 
naires sur  leurs  travaux  ultérieurs  et  sur  les 
changements  moraux  qui  en  ont  été  le  ré- 
sul  ta! . 

Traits    psychologiques   gongernant  les 

NATIONS  NÈGRES  DE  l'AfRIQUE  OCCIDENTALE.  — 

On  croit  généralement  que  la  religion  pri- 
mitive des  nations  de  l'Afrique  occidentale, 
celle  qui  y  dominait  dans  les  temps  les  plus 
recules,  antérieurement  aux  époques  histo- 


riques, et  avant  l'introduction  du  christia- 
nisme ou  de  l'islamisme,  n  était  autre  chose 
que  l'amas  des  superstitions  relatives  aux 
fétiches  ou  aux  charmes  :  cette  opinion  ce- 
pendant n'est  rien  moins  que  fondée.  Sans 
doute  la  superstition  des  charmes  est  forte- 
ment enracinée  dans  l'esprit  des  nègres  ido- 
lâtres, mais  elle  s'y  allie  avec  plusieurs  ves- 
tiges encore  très-apparents  de  la  religion 
naturelle.  On  peut  observer,  au  reste,  chez 
des  nations  parvenues  à  un  degré  beaucoup 
plus  élevé  de  culture  intellectuelle,  des  su- 
perstitions et  des  usages  qui  ont  plus  ou 
moins  de  ressemblance  avec  le  fétichisme <ie 
l'Africain,  Telles  sont,  par  exemple,  h 
croyance  dans  une  destinée  qu'aucun  effori 
humain  ne  saurait  modifier  (c'est-à-dire  le 
fatalisme),  la  foi  dans  l'astrologie,  la  nécro- 
mancie, les  charmes,  les  talismans,  les  pré- 
sages, les  jours  heureux  et  malheureux,  les 
idées  de  bonne  et  de  mauvaise  chance,  du 
bon  et  du  mauvais  génie  des  individus. 

«  Le  moi  fetisso^  dit  Barbot,  dans  sa  des- 
cription de  la  Guinée,  est  un  mol  porlUt;ai5 
qui  signifie  charme  ou  talisman.  »  Ce  nVi 
pas  un  terme  africain,  et  si  les  nègres  de  la 
côte  d'Or  l'emploient,  c'est  qu'ilsl'onl adopté 
des  Portugais;  ces  nèzres  nomment  leurs 
idoles  Bossum  ou  Bossefoe.  Le  P.  Cioiëm 
Loyer,  préfet  apostolique  des  Jacobins,  qui 
fit  un  voyage  au  royaume  d'Issiny,  et  étuuia 
le  caractère,  les  mœurs  et  la  religion  des 
naturels,  dit  que  c'est  une  grande  erreur  de 
supposer  que  les  fétiches  sont  les  dieuide^ 
Bègres.  Il  déclare  qu'ils  croient  à  un  ftr« 
tout-puissant,  et  que,  du  moins  dans  \^^ 
contrées  qu'il  a  visitées,  c'est  à  lui  qu'ils 
ont  coutume  d'adresser  leurs  prières. 

a  Tous  les  matins  après  s'être  levés,  diil? 
voyageur,  ils  s'en  vont  au  bord  de  la  mer 
ou  de  la  rivière,  pour  se  laver;  el,  aprè* 
avoir  jeté  quelque  peu  d'eau  sur  leur  létc. 
et  quelques-uns  du  sable,  en  signe  d'humi- 
lité, ils  joignent  les  mains,  puis  les  entr'oih 
vrant  ils  expriment  en  soufflant  dedans  ce 
terme  eksvuaisj  et  après  cela  les  élevant  ave: 
leurs  yeux  au  ciel,  ils  font  celle  prière:  i/- 
guioumémamé  maroy  marné  orit^  marné  rhù'< 
okkorif  marné  akaka^  marné  bremoû  maméon- 
gotuin  e  aounsan^  c'est-àndire  :  Mon  Dieu.'iofi- 
nez-moi  aujourd'hui  du  ri£  et  des  ignames 
donnez-moi  de  l'or  et  de  l'aigris,  donuez- 
moi  des  esclaves  et  des  richesses,  donnei- 
moi  la  santé,  et  faites  que  je  sois  léger  < 
dispos  (776).  » 

L'excellent  missionnaire  Oldendorp,q' 
parait  s'être  donné  beaucoup  de  peines  p-'»^- 
acquérir  des  notions  exactes  et  complet-^ 
sur  l'histoire  mentale  et  le  caractèn^  î*^ 
nègres ,  et  qui  a  eu  pour  cela  des  orcâj:'.-' 
comme  les  voyageurs  en  rencontrent  ran?- 
ment ,  nous  assure  qu'il  a  reconnu,  <1^-' 
tous ,  la  croyance  en  un  Dieu  qu'ils  reprt- 
sentent  comme  infiniment  bon ,  inùniï^^^ 
puissant. 

«  Il  est  le  créateur  du  monde  et  desboc* 


(716)  Relation  du  voyage  au  royaume  d'I$iiny\   par  le   P.  Godefrov  Lotke-  Paris,  i7U»  iff-^-* 
1^  243. 


I3<i7 


HAC 


DANTUROPOLOCie. 


RAC 


t2M 


mes ,  c'est  lui  qui  tonne  dans  les  airs  pour 
fuudroyer  ]es  méchants.  1]  voit  avec  satisfac- 
iioQ  les  hommes  qui  font  le  bien  et  leur 
aiTorde  pour  récompense  une  longue  TÎe. 
C  e^t  envers  lui  que  les  nègres  se  reconnais- 
S'-nt  redevables  pour  tout  ce  qui  peut  con- 
IriDuer  en  quoi  que  ce  soit  à  leur  bonheur  » 
pour  les  avantages  personnels ,  tels  que  la 
f'-Tce,  la  beauté^  le  courage ,  aussi  bien  que 
p*iur  les  produits  de  la  terre ,  car  c'est  par 
sa  volonté  que  la  pluie  tombe  du  ciel  pour 
fertiliser  le  sol. 

<  Il  aime,  disent-ils,  à  voir  les  hommes  lui 

adresser  des  prières  dans  leurs  besoins ,  et 

il  les  secourt  dans  les  dangers,  dans  les 

maladies,  dans  les  temps  de  sécheresse,  etc. 

Ce  dieu  suprême  habite  dans  le  ciel ,  son 

séjour  est  bien  loin  au-dessus  des  nuages  ; 

il  a  sons  son  pouvoir  tous  les  autres  dieux.  » 

«  Parmi  toutes  les  nations  noires  que  j'ai 

connues ,  dit  encore  Oldendorp ,  il  ar  en  a 

pas  une,  même  parmi  les  plus  ignorantes  et 

les  plus  grossières,  qui  ne  croie  en  un  Dieu, 

qui  n'ait  appris  à  lui  donner  un  nom ,  qui 

ne  le  considère  comme  le  créateur  du  monde, 

et  qui  ne   lui  reconnaisse  plus  ou  moins 

expressément    tous  les   attributs   que  j*ai 

énumérés  plus  haut.  Cependant  comme  ils 

emploient  en  parlant  de  Dieu  le  même  mot 

<Jont  ils  se  servent  pour  désigner  le  ciel ,  il 

y  a  lieu  de  douter  s*ils  ne  prennent  pas  le 

fiel  même  pour  la  Divinité  ;  mais  peut-être 

le'irs  idées  ne   sont-elles  pas  assez  nettes 

I*^»ur  que  cette  distinction  se  soit  jamais  pré- 

sunlée  à  leur  esprit. 

«  Outre  cette  divinité  suprême  et  bienfai- 

suite  que  toutes  les  nations  de  la  terre  ado- 

ront  par  diverses  formes  de  cultes,  les  nègres 

rroient  à  l'eiistence  de  plusieurs  divinités 

(à'orJre  inférieur,  qui  sont  soumises  au  Dieu 

souverain,  et  servent  comme  de  médiateurs 

f'wrre  lui  et  les  hommes.  Ce  M)nt  ces  divini- 

ft'>  secondaires  qu'ils  révèrent  dans  les  ser- 

;  *-nts,  le?  titres,  les  loups,  dans  les  rivières, 

!*•>  arbres,  les  monta;;nes ,  et  dans  certaines 

i  -i^-rres  que  leur  volume ,  leur  forme ,   leur 

ï»  »<ition  ou  les  légendes  qui  s'y  rattachent, 

4  fit  rendues  un  objet  de  vénération.  Les  plus 

>t  lipides  d'entre  les  nè^es  imaginent  que  le 

-«•rpent,  le  tigre  et  la  pierre,  sont  réellement 

ci  v^  <iieux,  que  l'arbre  entend  leur  prière  et  que 

l*f  ti^re  peut  faire  pleuvoir;  mais  les  nègres 

I   s  plus  intelligents  considèrent  ces  objets 

vj'ume  des  représentations  de  dieux  infé- 

"  eurs^  et  supposent  que  des  divinités  locales 

.  u  [>i  tent  sous  certains  arbres  ou  sur  certaines 

.•lii  nés  où  elles  demeurent  invisibles.  C'est 

•^  qu'attestent  les  fables  qui  ont  cours  parmi 

tr3  prêtres  d'Akkran ,  et  qui  sont  relatives  à 

a  ^ul>ordination  des  dieux  tutélaires  envers 

irie  aivinité  suprême,  et  cela  est  également 

ai/'  or.l  avec  l'idée  qu'ils  ont  que  les  divini- 

•s  inférieures  s'absentent  pendant  un  cer- 

"ïin    temps  de  l'année,  quoique  les  corps 

)a:ériels  sous  la  forme  desquels  on  les  adore 

L'>t#.*nt  toujours  présents  aux  yeux. 

«  Les  objets  de  leur  adoration  appartien- 
ent  les  uns  au  culte  national,  les  autres  au 
ni  te  domestiaue.  Ainsi  les  Fidas,  outre  le 


grand  serpent  qui  est  la  divinité  de  toute  la 
nation ,  ont  chacun  leurs  petits  serpents  qui 
sont  adorés  comme  des  espèces  de  dieux 
pénates,  mais  ne  sont  pas  estimés  à  beaucoup 
près  aussi  puissants  que  l'autre  dont  ils  ne 
sont  que  les  subordonnés.  Quand  un  homme 
a  bien  reconnu  que  son  dieu  lare ,  son  ser- 
pent domestique,  est  sans  force  pour  lui  faire 
obtenir  ce  qu'il  demande,  alors  il  a  recours 
au  grand  serpent.  La  divinité  nationale  des 
Kingas  est  une  dent  d'éléphant ,  et  celle  de 
la  tribu  des  Wavas ,  un  tigre.  Les  Sembers 
ont  pour  dieux  des  idoles  de  bois  à  forme 
humaine  qu'ils  nomment  Zioo.  Les  Loangos 
ont  aussi,  soit  dans  leurs  maisons,  soit  dans 
des  espèces  de  temples,  des  idoles  sculptées, 
représentant  des  personnages  des  deux  sexes, 
les  uns  habillés,  les  autres  nus  et  peints.  Ces 
idoles  sont  servies  par  des  prêtres  qui  pas- 
sent pour  en  être  inspirés  et  délivrent  leurs 
réponses  que  l'on  reçoit  comme  des  oracles. 
Certaines  tribus  d'Aminas  donnent  le  nom 
de  Borriborri  à  un  Dieu  qu'ils  considèrent 
comme  le  créateur  de  leur  nation  et  l'ordon- 
nateur du  monde  ;  ils  croient  qu'il  a  une 
femme  nommée  Sankomaago,  de  laquelle  il 
lui  est  né  un  fils  nommé  Sankumbo,  qui  est 
le  médiateur  entre  l'homme  et  la  divinité 
suprême. 

n.  L'opinion  ^nérale  parmi  ces  nations  est 
oue  les  dieux  inférieurs  sont  chargés  par  la 
divinité  suprême  de  veiller  sur  certains  pays, 
sur  certains  hommes ,  sur  tels  animaux  eu 
telles  plantes,  sur  telle  rivière  ou  telle  mon- 
tagne ,  et  qu'ils  doivent  tous  chaque  année 
rendre  compte  de  leur  conduite.  Ces  rap«> 
ports  se  font  dans  une  assemblée  générale 
de  tous  les  dieux  réunis  à  la  cour  de  la  divi- 
nité suprême.  Celui  qui  a  rempli  convena- 
blement sa  tâche  est  confirmé  dans  son  oflice 
pour  l'année  suivante ,  et  est  marqué  avec 
un  fer  chaud  ;  mais  ceux  qui  ont  permis  au 
malin  esprit  d'allumer  des  guerres  injustes 
entre  les  nations ,  ou  qui  ont  méchamment 
laissé  \s^  peste,  l'incendie,  ou  d'autres  fléaux 
de  ce  genre,  désoler  le  territoire  confié  à  leur 
garde ,  sont  déposés ,  bannis  du  rang  des 
dieux  et  rendus  mortels.  De  désespoir ,  et 
par  désir  de  vengeance ,  ces  dieux  déposés 
se  jettent  généralement  dans  l'opposition,  et 
deviennent  des  esprits  malfaisants.  Olden- 
dorp annonce  qu'il  a  trouvé  ces  détails  sur 
les  relations  des  dieux  inférieurs  avec  la 
divinité  suprême  dans  le  journal  d'un  Afri- 
cain indigène,  Christian  Prottens,  qui  avait 
fait  longtemps  partie  de  la  communauté  des 
frères. 

«  Les  fétiches  des  nègres,  qui  jouent  un  si 
grand  rôle  dans  leurs  croyances  superstitieu- 
ses ,  sont  de  même  nature  que  les  charmes 
des  nations  du  Nord  et  que  les  amulettes  et 
les  talismans  de  l'Orient. 

«  Les  fétiches  ou  schambas ,  comme  les 
nomment  les  Wawas ,  sont  des  objets  sacrés 
qui ,  en  vertu  d'une  permission  de  Dieu , 
possèdent  certaines  vertus  particulières, 
comme  d'éloigner  les  mauvais  esprits,  d'écar- 
ter toutes  sortes  de  maladies  et  de  dangers , 
et  surtout  de  mettre  à  '.'abri  des  enchante* 


ii299 


RAG 


DICTIONNAIBE 


RAC 


m 


nients.  Aux  yeux  des  nègres  eux-mêmes,  ce 
ne  sont  point  des  dieux  ;  d  ailleurs  il  faut 
convenir  que  ,  d'après  la  singulière  vénéra- 
tion payée  à  ces  fétiches ,  on  a  bien  pu  sup- 
poser qu'ils  étaient  lobjet  du  culte  national, 
et  c'est  en  effet  ce  que  croit  encore  aujour- 
d'hui parmi  nous  le  vulgaire.  Les  indigènes 
ornent  non-seulement  leurs  personnes,  mais 
aussi  leurs  idoles  avec  ces  fétiches  qui  se 
transmettent  des  pères  aux  enfants ,  et  sont 
considérés  comme  la  portion  la  plus  pré- 
cieuse de  l'héritage  ;  d  autres  sont  conser- 
vés dans  des  maisons  destinées  à  cet  usage 
et  confiés  à  certaines  personnes  qui  n'ont 
pas  d'autre  emploi.  Les  Mandingos  prennent 
volontiers  pour  fétiche  tout  objet  qui  a  été 
frappé  (le  la  foudre  ;  nous  avons  vu,  en  etfet, 
que  les  nègres  ne  vénèrent  leurs  fétiches 
que  parce  qu'ils  croient  que  quelque  chose 
de  divin  leur  a  été  communique  ;  or,  de  tous 
les  signes  par  lesquels  peut  se  manifester 
cette  communication ,  en  est-il  un  plus  évi- 
dent que  la  foudre  qui  est,  à  leurs  yeux,  l'at- 
tribut particulier  du  Dieu  suprême  et  lancée 
imraécliatemenl  par  lui? 

«  Les  nègres  se  servent  de  leurs  fétiches 
comme  d'un  moyen  de  protection  contre  tou- 
tes les  choses  qu'ils  supposent  mauvaises  ou 
dangereuses.  Ainsi  les  Ibos,  lorsqu'ils  par- 
tent pour  la  guerre,  attachent  avec  des  cor- 
dons, à  diverses  parties  de  leur  corps ,  cer- 
tains fétiches  qui  doivent  les  préserver  de 
blessures  ;  les  Aminas  emploient  dans  le 
même  but  une  queue  de  vache  consacrée. 
Pour  tous  ces  hommes  d'ailleurs  le  princi- 
pal usaçe  des  fétiches  est  de  servir  à  les  pré- 
server du  mal  qu'essaierait  de  leur  faire  le 
mauvais  esprit ,  qu'ils  regardent  comme  la 
cause  de  tous  les  malheurs.  Il  est,  en  effet, 
l'ennemi  du  Dieu  de  bonté,  il  cherche  à 
séduire  les  hommes,  à  les  tourmenter,  à  les 
faire  mourir,  et  une  fois  qu'ils  sont  morts,  à 
s'emparer  de  leurs  Ames.  Les  nègres  ne  se 
croient  Jamais  complètement  à  l'abri  de  ses 
pièges. 

a  II  n'y  a  pas  de  nation  africaine  qui  fasse 
de  ce  démon  malfaisant  un  objet  d'adoration, 
ni  qui  l'invoque  dans  le  danger  ;  mais  toutes 
reconnaissent  avec  effroi  sa  puissance ,  et 
cherchent  à  l'apaiser  par  des  dons.  Ainsi , 
par  exemple ,  les  prêtres  des  Aminas  ont 
soin,  avant  d'ensevelir  leurs  morts ,  de  pla- 
cer dans  un  endroit  purifié  plusieurs  choses 
de  valeur ,  qui  sont  un  don  propitiatoire 
offert  au  mauvais  osprit  qu'ifs  nomment 
Didi,  L'appelant  alors  par  son  nom ,  ils  le 
prient  de  se  contenter  aes  présents  qu'ils  ont 
préparés  pour  lui ,  et  de  laisser  le  mort  en 
paix.  Lorsqu'ils  veulent  du  mal  à  quelqu'ui}, 
ils  le  maudissent  par  le  Didi ,  le  Kaltiam- 
pemba ,  ou  par  tout  autre  nom  sous  lequel 
ils  désignent  le  mauvais  esprit. 

«  Pratiques  religieuses  de  ces  natiofis.  — 
Nous  avons  vu  que  la  croyance  des  nations 
nègres ,  dans  l'existence  de  puissances  sur- 
naturelles qui  président ,  chacune  dans  son 
département,  aux  choses  de  ce  bas  monde,  est 
une  croyance  qui  leur  est  commune  avec  des 
nations  appartenant  à  d'autres  races,  et  que 


les  idées  qu'ils  ont  sur  la  nature  de  ces  diii- 
nités  secondaires,  sur  leurs  attributs  et  leurs 
rapports  avec  une  divinité  supérieure,  sont 
aussi  à  peu  près  les  mêmes  que  Ton  trou?» 
ailleurs.  Nous  allons  voir  maintenant  que 
les  Africains  se  rencontrent  également  av»: 
les  Européens  et  les  Asiatiques,  dansleehoii 
des  moyens  par  lesquels  ils  chercheQt  l 
obtenir  la  faveur  de  ces  êtres  invisibles  au 
pouvoir  desquels  ils  se  croient  soumis.  Les 
principaux  de  ces  moyens  sont,  comme  ])ar- 
tout,  les  prières  et  les  sacrifices. 

«  Les  nègres,  dit  Oldendorp ,  ont  différen- 
tes manières  d'honorer  la  divinité ,  et  ils  loi 
rendent  s])écialement  hommage  par  des  priè- 
res et  des  offrandes.  Ils  prient  à  des  mouenls 
et  dans  des  lieux  déterminés,  et  de  plus, 
comme  je  l'ai  appris  des  nègres  Amiuas , 
dans  toutes  les  circonstances  un  peu  criti- 
ques. Ils  prient  au  lever  et  au  coucher  du 
soleil,  avant  de  man^'r ,  avant  de  boire,  et 
lorsqu'ils  partent  pour  la  guerre.  Aumiiioa 
même  des  combats ,  les  Aminas  entonnem 
des  chants  dans  lesquels  ils  implorent  k 
secours  de  leur  dieu ,  et  cberi  hent  à  émou* 
voir  en  leur  faveur  son  cœur  paternel,  h 

frièrc  quotidienne  d'une  négresse  iia'ji 
tait  :  <f  O  Dieu  I  je  ne  te  connais  pas ,  mm 
a  tu  me  connais,  ton  assistance  m'est  néci' 
«  saire.  v  Aux  repas  ils  disent  :  a  0  Dieu! 
tf  c'est  toi  qui  nous  a  donné  ceci,  c'est  toi  qui 
«  l'as  fait  croître  ;  d  et  lorsqu'ils  vontàlou- 
«  vrage  :  «  0  Dieu  l  c'est  toi  qui  m'as  donne 
((  la  force  dont  j'ai  besoin  pour  mon  travail.  ' 
Les  Sembcrs  disent  dans  leur  prière  du 
matin  :  <c  0  Dieu  I  assiste -nous ,  nous  ne 
«  savons  pas  si  nous  vivrons  demain  ;  DOtr^ 
«i  sort  est  entre  tes  mains.  »  Les  Mandongo^ 

S  rient  aussi  pour  leurs  morts.  Us  prienl 
evant  leurs  idoles  et  leurs  fétiches.  Les 
prières  solennelles  ,  qui  sont  faites  par  touir 
une  tribu  ou  toute  une  nation,  sont  accom- 
pagnées de  danses  exécutées  au  son  de^ 
instruments  et  entremêlés  de  cris  effrayant-s 
Les  Akkrans  interrompent  souvent  leurs 
danses  par  des  cénufiexions. 

«  Les  demanofes  qu'ils  adressent  è  Diea 
ont  pour  objet  la  santé ,  la  force ,  l'adresse, 
des  saisons  favorables,  une  abondante  révolte. 
la  victoire  sur  leurs  ennemis  et  autres  clo- 
ses de  ce  genre.  Lorsqu'il  y  a  une  longw 
sécheresse,  les  Wawas,  la  télé  et  lecorjs 
couverts  de  feuilles ,  viennent  en  lugubre 

f)rocession  devant  la  maison  du  Shambeo,  oè 
e  dieu  qu'on  adore  est  un  tigre.  Là,  sseç(^ 
cris  et  des  lamentations,  ils  lui  représenteci 
leur  détresse  et  le  danger  où  ils  sool  d< 
mourir  de  faim,  s'il  reste  sourd  h  leurs  w 
res  gt  ne  leur  envoie  bientôt  de  la  pluie. 
Chez  les  Loangos ,  dans  de  semblables  ocif- 
sions,  on  amène  devant  le  temple  une  offiranôr 
de  bétail  :  quand  cette  offrande  a  été  i^nt 
avec  les  cérémonies  d'usage ,  le  prêtre,  q»i 
se  mêle  aussi  de  la  pratique  des  encbantr 
ments,  engase  le  peuple  à  retourner  en  t<)ut' 
hâte  au  village,  pour  éyiter d'être surp 

|)ar  la  pluie.  Chez  les  nègres  Konomanii^' 
es  femmes  se  rendent  en  procession  ^^^ 
leur  prêtre,  qu'elles  nonoment  Bekm.i^ 


1501 


RAC 


D*ANTHR0P0L0G1F. 


RAC 


430i 


apportent  des  fruits  de  toutes  sortes  ,  et  le 
prient  de  leur  faire  avoir  de  la  pluie.  Les 
Hatjas  adressent  leurs  prières  à  la  nouTelle 
lune,  uour  qu'elle  leur  donne  la  force  néces- 
saire udQS  leurs  travaux  ;  et  les  Aminas  vont 
jusiju  a  demander  è  leur  dieu  de  payer  leurs 
dettes. 

•  Les  sacrifices  qui,  chez  ces  peuples,  for- 
ment la  partie  la  plus  importante  du  mite , 
se  célèbrent  toujours  dans  des  lieux  saints , 
et  nar  Tintermédiaire  de  personnes  consa- 
crées. Les  lieux  saints  sont  ceux  où  une  de 
leurs  divinités  réside ,  soit  sous  une  forme 
visible,  soit  à  l'état  invisible.  Ce  sont  en 
général  d*anciens  édifices ,  des  collines ,  des 
arbres  remarquables  par  leur  vétusté ,  par 
leur  tiauteur  ou  leur  grosseur.  Ils  ontanssides 
ï)iji^  sacrés  où  quelque  divinité  est  supposée 
faire  son  s  jour,  et  où  nul  homme,  s'il  n'est 
sortierouprètre,  ne  se  hasarderait  à  pénétrer. 

*  Les  offrandes  des  nègres  consistent  en 
bœufs ,  vaches ,  moutons ,  chèvres ,  oiseaux 
de  basse-cour,  huile  de  palmier,  eau-nie-vie, 
i...'name5,  etc.  Quelques  nations  offrent  aussi 
dt*!>  sacrifices  humains.  Dans  les  occasions 
de  réjouissances  ils   offrent   des    animaux 
iilancs,  dans  les  circonstances  malheureuses 
i!^  en  choisissent  de  noirs.  Quelques-uns  de 
leurs  sacrifices  se  font  à  des  époques  qui 
"eviennenl  périodiquement,   d*autres  sont 
dét'jrminés  par  les  événements  :  un  individu 
en  offrira  à  l'occasion  d'une  malaJie,  une 
ualion  à  l'occasion  d'une  guerre,  d'une  séche- 
resse. Au  reste,  tous  les  sacrifices  n'ont  pas 
pour  objet  d'obtenir  les  faveurs  de  la  divi- 
ifité;  on  en  offre  aussi  en  témoignage  de 
gratitude  des  bienfaits  reçus.  Ou  fait  enfin 
ue^  offrandes  en  mémoire  des  morts. 

«  Lorsque  les  jeunes  gens  de  Temba  vont 
k  la  guerre ,  les  vieillards  qui  sont  restés  au 
viila^'e  travaillent  à  obtenir  pour  eux  ,  au 
rin>ven  de  prières  et  d'offrandes ,  la  protec- 
tion et  le  secours  de  Sioo ,  leur  divinité.  Ils 
-v  frustement  en  présence  de  son  image,  et 
lui  (  résentent  des  moutons  et  des  oiseaux  ; 
Is  versent  le  sang  de  ces  animaux  devant 
on  autel ,  j  déposent  comme  offrande  les 
ri  stères,  et  réservent  les  chairs  qu'ils  appré- 
ent  pour  en  faire  un  banquet  sarré.  Si  le 
»ut  au  sacrifice  n'est  pas  atteint ,  si  Texpé- 
liM'on  ne  réussit  pas,  ils  n'en  rejettent  point 
a  faute  sur  Sioo ,  et  ne  doutent  point  de  sa 
•'^nne  disposition  à  les  secourir  ;  mais  ils 
élisent  que  cette  fois  sa  puissance  n'a  pu 
révaloir  contre  celle  du  dieu  des  ennemis. 
Un  (l'obtenir  de  la  pluie  ,  les  Aminas  sacri- 
ent  un  grand  nombre  de  moutons  et  d'oi- 
L-aux  domestiques,  et  supplient  le  Tankou- 
um  (le  faire  ruisseler  la  pluie  du  ciel  comme 
aissèle  le  sang  des  victimes  immolées  en 
>n  honneur.  On  fait  beaucoup  d'offrandes 
jur  les  malades,  et  quantité  de  présents 
>nt  eoYOvés  au  prêtre,  pour  qu'il  s'intéresse 
leur  rétablissement.  Si  la  personne  malade 
leurt  9  les  prêtres  sont  persuadés  que  les 
[eux  Toulaient  avoir  son  âme,  et  dans  ce 
i^  9  on  sent  bien  que  tous  les  présents 
3Taient  être  impuissants  ;  si  elle  guérit,  ses 
ois  préparent  un  grand  festin ,  et  offrent 


aux  dieux  ,  en  signe  de  reconnaissance ,  des 
moutons  blancs  ou  des  oiseaux  de  même 
couleur. 

«  Obsèques. — Cérémonies  publiques. — Pele^ 
rinages.  —  L'enterrement  des  morts  est 
aussi  une  occasion  de* sacrifices  :  avant  que 
le  corps  soit  déposé  dans  la  tombe ,  le 
prêtre  immole  une  poule  blanche,  et  en  ré- 
pand le  sang  sur  le  cercueil.  Cette  coutume 
E  irait  avoir  été  introduite  par  la  nation  des 
angrents.  Chez  celte  nation,  ceux  qui  dé- 
frichent un  champ  offrent  un  animal  domes- 
tique à  la  divinité ,  et  font  vœu  de  lui  en  of- 
frir un  autre  semblable  si  elle  bénit  leur 
travail.  Les  sacrifices  humains  sont  très- 
rares  parmi  les  n^es,  mais  ils  n'y  sont  pas 
entièrement  inconnus.  Dans  le  vieux  Kala- 
bar,  un  enfant  de  dix  mois  fut  pendu  à  un 
arbre,  avec  un  oiseau  vivant,  pour  obtenir 
la  guérison  du  roi;  ce  lait  est  rapporté  par 
uu  témoin  oculaire,  M.  Seelgrave.  Dans  une 
autre  occasion,  le  roi  de  Dahomeh  sacrifia  i 
son  Dieu,  pour  le  remercier  d'une  victoire 
qu'il  avait  obtenue  sur  la  nation  des  Fidas, 
Quatre  mille  prisonniers;  ces  malheureux 
lurent  décapites,  et  leurs  têtes  disposées  en 
un  monceau  formèreat  comme  une  sorte 
de  trophée  pour  perpétuer  la  mémoire  du 
succès. 

c  A  la  fête  annuelle  de  la  moisson,  que  cé- 
lèbrent toutes  les  nations  de  la  Guinée,  des 
sacrifices  d'actions  de  grâces  sont  offerts  à  la 
divinité.  Ces  fêtes  sont  des  jours  de  réjouis- 
sance que  les  nègres  passent  en  festins  et  en 
danses,  puis  une  partie  de  la  nourriture 
qu'ils  ont  préparée  pour  ces  repas  eut  dépo- 
sée en  signe  de  reconnaissance  devant  les 
ima'^es  des  dieux.  Ils  offrent  également  à  la 
divinité,  comme  témoignage  de  leur  grati- 
tude, une  certaine  portion  de  toutes  les 
choses  qu'ils  ont  récoltées.  Les  Karabaris, 
avant  de  célébrer  la  fête  de  la  moisson,  ont 
coutume  de  pratiquer  certaines  cérémonies, 
dans  le  but  de  chasser  de  leurs  villages  les 
mauvais  esprits.  A  la  même  époque  les  Wat- 
jas  se  rassemblent  dans  une  belle  plaine;  là, 
sous  la  direction  d'un  prêtre,  et  a  trois  re- 
prises différentes,  ils  remercient  Dieu  à  ge- 
noux pour  la  bonne  moisson  qu'il  leur  a 
accordée,  lepriant  en  même  tempsdeleur  con- 
tinuer pour  Va  venir  les  mêmes  oénédictions. 
Lorsqu'ils  se  relèvent,  toute  l'assemblée  té- 
moigne sa  joie  et  sa  reconnaissance  en  frap- 
pant des  mains.  Après  cette  solennité  reli- 
gieuse, vient  un  joyeux  festin  pour  lequel 
chaque  famille  a  tué  et  préparé  un  mouton 
et  des  volailles. 

c  Au  nomlire  des  fêtes  annuelles,  il  faut 
compter  le  pèlerinage  de  la  nation  des  Fidas 
au  temple  du  grand  serpent.  Le  peuple 
réuni  devant  la  demeure  du  serpent,  pros- 
terné la  face  contre  terre,  adore  cette  pré- 
tendue divinité,  sans  oser  lever  les  yeux 
vers  elle.  A  l'exception  des  prêtres,  il  n'y  a 
que  le  roi  qui  ait  droit  à  cette  faveur,  et 
pour  une  fois  seulement.  Les  Wawas  ont 
aussi  une  cérémonie  annuelle  en  Thonneur 
d'un  tigre  qu'ils  considèrent  comme  un  dieu, 
et  qui  est  servi  par  des  prêtres.  Noo-soule- 


4503 


RAG 


DiCTIONNÂitlE 


RÂC 


m 


ment  ils  font  devant  lui  acte  d'adoration  so- 
lennelle, mais  ils  lui  apportent  des  offrandes 
de  maïs,  de  volailles,  de  moutons  et  d'au- 
tres choses  de  ce  çenre.  On  dépose  le  tout 
devant  le  tigre,  qui,  pour  cette  solennité,  est 
orné  de  shambos  ou  fétiches,  et  ce  qu'il 
laisse  sert  à  faire  un  repas  sacré,  que  Ton 
accompagne  de  danses  etau très  amusements. 
Chaque  nègre,  en  son  particulier,  célèbre 

f)ar  une  fête  l'anniversaire  du  jour  où  pour 
a  première  fois  il  a  versé  le  sang  d'un  autre 
homme. 

«  Des  ordres  deprétreSy  de  leurs  fonctions  et 
de  leur  pouvoir.  —  «  De  même  que  toutes  les 
nations  de  l'antiquité,  les  nègres  païens  re- 
connaissaient à  une  classe  particulièred'hom- 
mes  le  privilège  de  servir  de  médiateurs 
entre  le  peuple  et  les  dieux.  En  Afrique, 
comme  ailleurs,  les  prêtres  sont  les  seules 
personnes  qui  puissent  offrir  des  sacrifices 
acceptables  a  la  divinité,  les  seuls  qui  puis- 
sent être  les  interprètes  de  ses  volontés; 
comme  ailleurs  aussi,  ils  joignent  souvent  à 
ces  fonctions  celles  de  devins  ou  de  magi- 
ciens, et  ont  encore  le  privilège  exclusif  de 
faire  et  de  vendre  des  charmes  et  des  amu- 
lettes. 

«  C'est  vraiment  chose  merveilleuse  que 
de  voir  jusqu'où  va  sur  tous  ces  points,  Fa- 
nalogie  des  ooinions  chez  des  hommes  ap- 
partenant d'ailleurs  à  des  races  séparées  les 
unes  des  autres  depuis  un  temps  immémo- 
rial ;  car  cette  analogie,  comme  on  a  déjà  pu 
le  remarquer,  ne  s'étend  pas  seulement  aux 
principes  de  la  religion  naturelle  que  la 
conscience  et  le  sentiment  inlinîe  révèlent 
à  l'esprit  et  gravent  dans  le  cœur,  mais  on 
peut  la  suivre  encore  dans  toutes  les  phases, 
dans  toutes  les  formes  de  la  superstition, 
comme  dans  tous  les  moyens  par  lesquels 
des  hommes  rusés  et  ambitieux  profitent  de 
la  faiblesse  et  de  la  crédulité  du  peuple. 

((  Tout  le  cérémonial  du  culte,  chez  les 
nègres,  est  confié  à  des  prêtres  et  à  des  prê- 
tresses, personnages  qu'on  suppose  en 
comm  unication  intime  avec  les  dieux  et  inter- 
prètes de  leurs  volontés.  Eux  seuls  connais- 
sent les  moyens  par  lesquels  peut  être 
apaisé  le  courroux  du  ciel.  A  eux  appartient 
le  privilège  de  présenter  aux  dieux  les  priè- 
res et  les  offrandes,  et  c'est  par  leur  bouche 
que  les  dieux  répondent.  Il  n'y  a  donc  pas 
lieu  d'être  surpris  qu'ils  soient  tenus  dans 
la  plus  haute  estime  par  le  peuple,  et  qu'ils 
exercent  sur  lui  une  autorité  presque  sans 
bornes.  Aucun  nègre  n'oserait  enfreindre 
les  commandements  des  prêtres  :  même  après 
la  mort,  pour  accomplir  la  cérémonie  de 
l'ensevelissement  du  corps,  l'assistance  du 
prêtre  est  nécessaire,  car  lui  seul  sait  com- 
ment empêcher  le  mauvais  esprit  de  faire 
tomber  l'âme  sous  sa  puissance. 

«  Dans  les  temps  de  maladies  épidémiques, 
d'expéditions  guerrières,  et  dans  d'autres 
circonstances  graves,  les  nègres,  pour  con- 
naître Tissue  de  l'événement,  sollicitent  une 
réponse  de  la  divinité.  Dans  ces  occasions, 
un  homme  de  la  nation  Amina  a  coutume 
d'amener  au  prêtre    un   mouton  ou   tout 


blanc  ou  tout  noir.  Le  prêtre  sacrifie  Vani- 
mal,  asperge  de  son  sang  un  grand  Tase,  et 
ensuite  transmet  la  réponse  à  la  question 
iK)ur  laquelle  on  est  venu  vers  l'oracle.  Si 
le  malade  appartient  à  la  nation  des  Fidas, 
c'est  au  serpent  qu'il  s'adresse,  par  Vinier- 
médiaire  du  prêtre,  pour  savoir  si  sa  mala* 
die  lui  vient  de  Dieu,  où  si  elle  «st  Teftel 
d'un  enchantement.  En  lui  faisant  connaître 
la  réponse,  le  prêtre  lui  indique  en  même 
temps  le  remède  qu'il  devra  faire,  k  moins 
que  la  maladie  ne  soit  mortelle,  car  dans  ce 
cas,  on  lui  déclare  qu'il  doit  renoncer  ï\m 
espoir  de  guérir  ;  le  prêtre  ou  la  prétresse 
qui  lui  fait  ainsi  connaître  son  sort,  ne  se 
fait  pas  payer  pour  cette  triste  nouvelle, 
mais,  dans  le  cas  contraire,  l'interprète  do 
dieu  exige   toujours    un  présent  comme 
prix   de  sou  ministère.   Le  grand  serpent, 
sans  être  interrogé,  fait  connaître  à  la  prê- 
tresse les  guerres  qui  sont  imminentes,  et 
celle-ci  ne  manque  pas  d'en  informer  le  roi. 
Elle  lui  dit  le  nom  de   Fennemi,  précise 
l'époque  de  l'invasion,  et  prédit  l'issue  de 
l'entreprise.  Dans  le  cas  où  l'enneini  doit 
être  victorieux,  elle  donne  au  prince  le 

{prudent  conseil  de  se  sauver  par  une  prompte 
ùite.  Elle  prédit  aussi  au  roi  l'époque  de 
l'arrivée  des  vaisseaux.  Les  prêtres  annon- 
cent également  des  événements  qui  n'hlé- 
ressent  que    de   simples  particuliers  :  tel 
homme  doit  être  frappé  de  mort,  telle  fem- 
me de  stérilité,  et  ces  malheurs  seront  on 
effet  de  la  colère  des  dieux ,  colère  gui  d'ail- 
leurs peut  être  apaisée  par  des  çrésenls  rt 
et  des  sacrifices.  Il  n'y  a  rien  ae  si  caché 
que  les  prêtres  ne  puissent  connaître;  ils 
savent  tout,  jusqu'au  sort  qui  est  réserré 
aux  êmes  après  la  mort,  et  pour  apprendre 
si  elles  sont  allées  à  Dieu  ou  au  mauvais 
esprit,  c'est  à  eux  que  l'on  doit  s'adresser. 
«  Dans  tous  ces  pays ,  les  prêtres,  comïK 
autrefois  ceux  d'Apollon  et  (TEsculape.  co- 
mulent   avec    les  fonctions  du   sacerdoce 
l'exercice  de  la  médecine.  Les  maladiesont, 
en  effet,  aux  veux  des  nègres,  de  tout  au- 
tres causes  au  aux  nôtres,  et  quoique  panni 
eux  il  y  ait  a  ce  sujet  de  grandes  divereta- 
ces   d'opinion,  cependant,   en  général,  ce 
n'est  point  à  des  causes  naturelles  qu'ils  les 
rapportent.  Les  Watjas  les  attribuent  iw 
mauvais  esprits  qu'ils  nomment  Dobl>0Sj 
et  dont  il  supposent  que  Je  Bombrc  s'aug- 
mente quelquefois  au  point  qu'il  en  résulte 
de  véritables  épidémies.  Quand  les  Di»W^ 
sont  devenus  par  trop  nombreux,  lepeu('> 
a  coutume  de  s*assembler  autour  du  cotix»- 
nier  sacré  du  village ,  afin  d'obtenir  Taotr- 
risation  de  bannir  ces  hôtes  încomjn'*^^ 
Cette  formalité  remplie ,  une  chasse  î^ê8^ 
raie  s'organise  ;  on  poursuit  les  démons  i?^ 
armes  à  la  main ,  en  poussant  de  gran^^ 
cris ,  et  on  ne  cesse  point  qu'on  ne  les  sap 

5 ose  expulsés  du  canton.  Cette  chasse  <te 
émons  de  la  maladie  est  une  prabç*^ 
très-commune  chez  plusieurs  nations  ^  ^ 
Guinée,  car,  chez  tous  ces  peuples,  IVf*- 
nion  commune  est  que  le  plus  grand  do»- 
bre  des  maladies  est  Tefifet  des  encto^f* 


4365 


HAC 


D*ANTHROPOLOG1E. 


RÂG 


fSM 


ments,  bien  qu'on  en  reconnaisse  aossi 
quelques*unes  qui  en  peurent  sunrenir  que 
par  la  volonté  de  Dieu. 

«  Comme  on  le  pense  bien,  ces  'théories 
mé^licales  seraient  souvent  démenties  par 
révénement;  mais  ceux  qui  ont  intérêt  à 
les  maintenir  en  crédit  ne  manquent  pas 
de  sopbismes  pour  rendre  compte  des  faits 
qui  donneraient  le  plus  beau  ieu  aux  incré- 
dules, et  il  faut  convenir  quils  sont  quel- 
quefois ingénieux  à  trouver  des  explica- 
tions. Ainsi,  pendant  la  saison  des  pluies, 
les  maladies  céderaient  difficilement  aux 
remèdes  oue  pourraient  indiquer  les  prêtres  ; 
mais  ce  défaut  de  succès  ne  peut  leur  être 
imputé  à  mal,  car  leur  habileté,  qui  se 
montre  assez  dans  les  temps  ordinaires, 
tient  à  ce  qu'ils  agissent  alors  d^près  les 
avis  qu'ils  reçoivent  d*en  haut:  or,  dans 
cette  dangeureuse  sabon,  les  dieux  étant 
tenus  de  se  rendre  à  la  cour  de  la  divinité 
souveraine,  les  prêtres  ne  peuvent  prendre 
leurs  avis.  JPendant  cette  absence  des  esprits 
protecteurs  qui  dure  six  semaines  entières, 
on  ne  bat  pas  le  tambour  sacré ,  on  n'cih^ 
serve  aucun  jour  de  fête ,  et  les  morts  sont 
enterrés  silencieusement,  sans  chants  et 
sans  lamentations. 

«  Parmi  les  Fidas,  ceux  qui,  dans  leurs 
maladies,  après  avoir  eu  aabord  recours 
aux  petits  serpents  n'ont  point  éprouvé  de 
soulagements ,  ont  enfin  recours  au  grand 
serpent,  qui  par  la  bouche  de  ses  prêtres,  leur 
indique  un  remède,  ou  leur  reproche  la  faute 
dont  ils  portent  maintenant  la  punition  :  ils 
n'ont  pas  assez  honoré  les  dieux  inférieurs 
ou  ne  leur  ont  pas  complètement  obéi ,  et 
ils  doivent  s'efforcer  avant  tout  de  les  apai- 
ser par  des  offrandes  d'oist^ux  domestiques 
et  autres  choses  semblables;  d'autres  fois, 
il  faut  que  le  malade  donne  en  Thonneur 
de  ces  dieux  une  fête  dans  laquelle  de  nom- 
breux convives  boivent,  chantent,  jouent 
des  instruments,  dansent  et  se  livrent  à 
tous  les  plaisirs  ;  dans  tous  les  cas ,  il  n'y  a 
point  de  guérison  à  espérer  avant  que  les 
dieux  aient  été  apaisés.  Chez  les  Mokkos, 
lorsque  les  prêtres  ont  prescrit  un  sacrifice 
dans  le  but  aobtenir  le  rétablissement  d'un 
malade,  ceux  qui  ont  amené  la  victime,  ont 
soin,  après  quelle  a  été  immolée,  d'aban- 
donner une  portion  des  chairs  aux  oiseaux, 
qui,  suivant  qu'ils  se  jettent  avec  plus  ou 
moins  d'avidité  sur  cette  proie,  suivant 
qu'ils  se  querellent  plus  ou  moins  en 
se  le  partageant,  annoncent  aux  amis  du 
malade,  qui  les  observent  soigneusement, 
l'issue  favorable  ou  funeste  de  la  maladie. 
Les  médicaments  que  Ton  administre  au 
malade  sont  aspergés  avec  le  sang  de  l'ani- 
mal sacrifié. 

«  Les  prêtres  des  Akripons  recueillent 
'l'eau  d'une  petite  source  qui  sort  du 
creux  du  rocher  où  habite  leur  dieu  Kinka, 
et  la  donnent  aux  malades  pour  s'en  laver, 
afin  d'obtenir  ainsi  leur  ^érison.  Parmi  les 
Kassentis,  on  en  voit  qui,  dans  le  but  d'ob- 
tenir le  rétablissement  d'un  malade,  vien- 
nent pr^  d  un  arbre  qui  est  tenu  pour  sa- 


cré, et  s'agenouillant  devant  le  tronc,  ver- 
sent sur  une  poule  qu'ils  ont  apportée  en 
offrande,  une  épaisse  bouillie  de  mais;  une 
portion  de  cette  bouillie  est  réservée  pour 
faire  des  onctions  au  patient. 

«  11  faut  dire  à  l'honneur  des  Bliakejas, 
qui  sont  les  prêtres  de  Rarabani  et  de  Sokko, 
qu'ils  ne  se  contentent  pas  comme  tant  d'au- 
tres ,  de  recommander  des  sacrifices  et  des 
offrandes  dont  une  partie  leur  revient,  mais 
qu'il  s'occupent  sérieusement  de  l'instruc- 
tion religieuse  du  peuple,  et  prennent  soin 
de  lui  enseigner  la  manière  de  prier.  Les 
n^res  viennent  les  trouver  dans  ce  but, 
soit  séparément,  soit  plusieurs  ensemble, 
et  s'agenouillant  avec  eux ,  ils  adressent  à 
leur  dieu,   qu'ils  nomment  Tshukka,  des 

{)rières  par  lesquelles  ils  lui  demandent  d'é- 
oigner  d'eux  le  fléau  dé  la  guerre,  de  les 
préserver  de  la  captivité  et  d'éloigner  les 
autres  malheurs  dont  ils  peuvent  être  me- 
nacés. Les  prêtres  exigent  d'eux  l'engage- 
ment qu'ils  traiteront  doucement  leurs  es- 
claves ,  et  qu'ils  leur  accorderont  deux  jours 
par  semaine  pour  s'occuper  de  leurs  propres 
affaires. 

'  c  Bans  certains  lieux  les  prêtres  sont  en 
même  temps  sorciers ,  mais  chez  plusieurs 
nations ,  les  Sokkos  et  les  Watjas ,  par  exem- 

1>le ,  cette  dernière  fonction  est  distincte  de 
a  première. 

<  Immorialiié  de  Fâme.  —  Il  n'y  a  peut- 
être  pas  une  nation  de  la  Guinée,  qui  ne 
croie  à  l'immortalité  de  l'âme,  et  qui  ne 

Sensé  qu'après  sa  séparation  du  corps  cette 
me  est  encore  soumise  à  certaines  néces- 
sités, qu'elle  reste  ca{>able  d'agir,  et  sur- 
tout qu  elle  est  susceptible  de  sentir  le  bon- 
heur ou  le  malheur.  J'ai  remarqué  que  chex 
les  Aminas ,  il  n'j  a  qu'un  seul  mot  pour 
signifier  âme  et  ombre ,  et  j'ai  aussi  en- 
tendu dire  à  plusieurs  individus  de  la  na- 
tion watja,  qu'ils  supposaient  l'Ame  d'une 
nature  aussi  subtile  que  l'ombre. 

c  î(écompenses  et  châtiments  après  la  mort, 
—  C'est  |>armi  les  nègres  une  crovance 
presque  universelle  qu'une  fois  séparées  de 
corps ,  les  âmes  des  justes  s'en  vont  à  Dieu, 
tandis  que  celles  des  méchants  vont  au 
mauvais  esprit  ;  c'est  pourquoi  à  la  mort  de 
leurs  chefs ,  ils  ont  coutume  de  dire  que 
Dieu  a  appelé  leur  âme  à  lui.  Les  Loan- 
gos  imaginent  que  le  séjour  de  Sambeau- 
Pungo  (  c'est  le  nom  qu'ils  donnent  à  Dieu  ) 
est  aussi  le  séjour  des  bienheureux  ;  mais 
quant  à  l'enfcFr  que  les  autres  peuples  pla- 
cent en  général  dans  les  entraiUes  de  la 
terre ,  ils  le  placent  dans  les  airs.  Ils  croient 
que  les  âmes  qui  vont  au  mauvais  esprit 
aeviennent  des  fantômes,  qui  apparaissent 
de  nuit ,  et  qui ,  ayant  conserve  leur  pen- 
chant à  faire  du  mal,  tourmentent  pendant  le 
sommeil  ceux  à  qui  ils  en  veulent.  Ces  fan- 
tômes voltigent  aans  l'air,  et  leur  présence 
est  quelquefois  reconnue  par  les  bruits  qui 
se  font  entendre  sans  cause  apparente  •  ou 
)»ar  radiation  des  buissons  ;  or,  cooune  les 
âmes  bienheureuses  ne  sont  point  ainsi  ood- 
damnées  à   errer,  lorsqu'on  entend    di*t 


1507 


RAC 


DICTIONNAIRE 


RAC 


{^rs 


d'une  personne  qu'elle  est  apparue  tro^s 
jours  après  sa  mort ,  c'est  une  preuve  que 
son  Ame  n'a  i)as  été  à  Dieu.  Chez  les  Ami- 
nas,  si  un  voisin  mal  intentionné  prétend 
avoir  vu  Tesprit  d'un  homme  qui  vient  de 
mourir,  on  enterre  le  corps  sans  lui  rendre 
aucun  honneur.  Les  nègres  imaginent  aussi, 

aue  les  âmes  des  bons  ne  vont  pas  toujours 
irectement  à  Dieu,  et  (|ue  souvent  elles 
sont  forcées  de  passer  d  abord  par  la  de- 
meure du  démon ,  qui  tente  de  les  garder 
sous  sa  domination.  De  là  vient,  chez  les 
Amjnas,  la  coutume  que  les  amis  du  mort 
tâchent  de  racheter  son  âme  au  moyen  d'une 
offrande  faite  au  Didi,  ainsi  qu'il  a  été  dit 
plus  haut.  Les  Mokkos  affirment  qu'ils  peu- 
vent déjouer  tous  les  efforts  que  ferait  le 
mauvais  esprit  \X)\iv  les  retenir  en  son  pou- 
voir ,  en  prouvant,  parles  marques  qu'ils 
ont  sur  le  corps ,  que  d/jà  ils  appartiennent 
à  Dieu,  ce  qui  coupe  court  à  toute  réclama- 
tion. Les  Ibos  disent  que  l'âme ,  en  se  rea- 
dant  au  lieu  de  sa  dernière  destination,  est 
accompagnée  par  deux  esprits ,  l'un  bon , 
l'autre  mauvais,  oui  marchent  ^  ses  côtés 
jusqu'à  un  point  ou  la  route  est  barrée  par 
un  mur  ;  avec  l'aide  du  bon  génie ,  l'âme  de 
Thomme  vertueux  franchit  aisément  cet 
obstacle,  tandis  que  celle  du  méchant  vient 
d'abord  s'y  heurter  la  tète.  Au  delà  de  ce 
mur  deux  routes  se  présentent,  l'une  é- 
troite,  par  laquelle  l'âme  du  juste  sous  la 
conduite  de  son  céleste  guide ,  arrive  enfin 
au  séjour  de  Dieu,  l'autre  très-large  par  la- 
quelle l'âme  du  pervers,  toujours  accompa- 
gnée de  son  dangereux  conducteur,  par- 
vient au  lieu  de  ténèbres  où  elle  est  condam- 
née à  demeurer  éternellement. 

«  L'idée  que  se  font  ces  hommes  igno- 
rants de  l'état  des  bienheureux  est  natu- 
rellement assez  grossière,  et  l'on  voit,  par 
la  manière  dont  ils  se  conduisent  envers 
leurs  morts,  qu'ils  se  figurent  la  seconde 
vie  très-peu  différente  de  la  première.  La 
supposant  donc  sujette  aux  mêmes  besoins, 
non-seulement  ils  ont  coutume  déplacer  sur 
les  tombeaux  des  aliments  qu'ils  renouvel- 
lent plusieurs  fois,  mais  encore  souvent 
ils  envoient  au  mort,  dans  l'autre  monde , 
ses  femmes  et  ses  serviteurs. 

«  Métempsycose.  —  Les  Karabaris  et  plu- 
sieurs autres  tribus  noires  croient  à  la  trans- 
migration des  âmes ,  et  supposent  que  lors- 
qu  une  personne  meurt,  son  âme  entre  dans 
le  corps  du  premier  enfant  qui  vient  à  naître. 
D'autres  nègres  admettent  qu'après  avoir 
habité  un  corps  lAimain  l'âme  peut,  à  sa 
sortie,  s'aller  loger  dans  le  corps  d'un  oi- 
seau ,  d'un  poisson ,  ou  de  toute  autre  créa- 
ture vivante.  Cette  croyance ,  que  ne  crai- 
gnent pas  d'avouer  la  plupart  des  nègres 
amenés  conMne  esclaves  aux  Antilles,  a  quel- 
quefois des  conséquences  désastreuses.  Si 
eur  esclavage  est  trop  sévère,  ils  se  don- 
nent la  mort  dans  l'idée  que  leur  âme  ,  une 
fois  libre,  pourra  revenir  au  pays  natal,  et 

?ue  là  elle  revivra  dans  le  corps  d'un  enfant, 
fuelques-uns  ont  un  espoir  un  peu  diffé- 
rent et  s'attendent  à  ressusciter  en  Guinée, 


:-  tels  qu'ils  auront  été  au  moment  de  kut 
;  suicide.  Dans  les  idées  de  ces  pem)te,  œ- 
*'^  pendant ,  la  résurrection ,  de  quelque  mi- 
"^^'nière  qu'elle  s'opère,  n'est  pas  le  pariâîçe 
de  tous  ,  c'est  un  privilé^^e  dont  sont  privés 
.  les  meurtriers  et  autres  criminels  :  au  lieu 
de  commencer  après  leur  mort ,  dans  un 
corps  nouveau,  une  seconde  carrière  plus 
heureuse  que  la  précédente ,  ces  coupables 
sont  condamnés  par  Abarre,  le  mauvais  es- 
prit, à  errer  perpétuellement  à  l'état  de  tan- 
tômes,  objets  de  crainte  pour  les  livants, 
auxquels  ils  se  plaisent  à  apparaître  sous 
des  formes  effroyables.  » 

Je  pourrais  citer  ici  beaucoup  d'autre? 
écrivains  dont  les  témoignages  confirment 
ceux  d'Oldendorp.  Aucun  d'eui  sans  doute 
ne  nous  fournirait  sur  les  croyances  de^  na- 
tions africaines  des  renseignements  au^^i 
clairs,  aussi  complets  et  puisés  à  d'ao^ji 
bonnes  sources  ;  cependant  on  trouvera  en- 
core quelques  informations  précieuses  dans 
les  écrits  du  P.  Loyer,  du  P.  Labal  et  lie 
Bosraan.  Nous  emi>runterons  à  ce  dernier 
quelques  détails  par  lesquels  nous  termine- 
rons. 

Bosman  parle  de  la  crainte  superstitieuse 
qu'ont  les  nègres  des  esprits  ot  des  appari- 
tions. «  Ils  croient  aussi ,  dit-il ,  les  appari- 
tions des  esprits,  et  que  ces  esprits  viennent 
souvent  sur  la  terre  pour  tourmenter  les 
hommes.  Si  quelqu'un,  et  surtout  u'.e per- 
sonne do  considération  meurt,  ils  se  font 
peur  les  uns  aux  autres  ,  disant  que  son  e^ 
prit  paraît  ])lusieurs  nuits  de  suite  autour  de 
sa  maison. 

'<  Ils  supputent  la  terre  par  les  lunes 

et  savent  à  cela  quand  il  faut  semer  leurs 
grains.  Je  crois  pourtant  que  la  division  des 
mois  en  semaines  et  des  semaines  en  jou^ 
leur  est  connue,  parce  que  chaque  jour  a  on 
nom  particulier  en  leur  langue,  lis  ont  leur 
dimanche  quand  nous  avons  notre  raardi; 
mais  ceux  d'Ante  l'ont  le  vendredi  vonme 
les  mahométans  :  toute  leur  dévotion  du  «ii- 
manche  consiste  en  ce  qu'ils  défendent  t^n^* 
personne  n'aille  sur  la  mer  pour  pèoli»^: 
mais  il  est  permis  de  faire  tout  autre  ou- 
vrage comme  dans  les  autres  jours,  p 

Dans  leur  croyance  aux  jours  heureux  K 
malheureux,  aux  oracles,  aux  présa^;e^rt 
autres  choses  analogues,  on  pourrait  croir 
que  les  nations  nègres  ont  formé  leurs  opi- 
nions d'après  celles  des  Grecs  et  des  auirt^s 
nations  de  l'antiquité.  «  Les  nègres  qui  de- 
meurent plus  avant  dans  le  pays,  dit  Bosman. 
distinguent  le  temps  d'une  plaisante  m- 
mière,  c'est-à-dire  en  temps  heureux  et  en 
temps  malheureux.  Il  y  a  quelques  pajsoù 
le  grand  temps  heureux  dure  dix-neuf  jour>, 
et  le  petit  (car  ils  faut  savoir  qu'ils  y  mettent 
encore  de  la  différence)  dure  sept  jours: 
entre  ces  deux  temps  il  comptent  sept  joo." 
mallieureux,  qui  sont  proprement  leurs  u- 
cances ,  car  ils  ne  voyagent  point  pendan: 
ces  jours-là,  n'entreprennent  rien  de  (dh^^; 
dérable,  mais  demeurent  trauquillemeni 
sans  rien  faire.  Les  habitants  d'Aquaniljw 
sont  les  plus  superstitieux ,  car  non  seul^ 


iM 


RAC 


D*ANTHROPOLOGlE. 


RAC 


4310 


ment  ils  ne  font  rien  pendant  ces  sept  jours 
malheureux,  ils'  ne  reçoivent  même  au- 
cun présent  de  personne,  mais  ou  ils  les  ren- 
voient, ou  les  font  garder  ailleurs  jusqu  à 
ce  que  les  jours  heureux  soient  venus.  >» 

«  ....  11  y  a  une  très-grande  dififérence  en 
cela  d'un  pays  à  l'autre;  ils  ne  s'accordent 
point  dans  leur  supputation  :  les  uns  ont  ces 
jours  heureux  ou  nrialheureux  dans  un  temps 
el  les  autres  dans  un  autre  (777).  » 

De  la  conversion  des  nègres  au  christia- 
niêtne,  —  Nous  avons  vu  qu'en  prenant  les 
nè,Tes  d'Afrirfue  dans  leur  état  primitif, 
rJaiis  un  état  ou  leurs  idées,  d'après  tout  ce 
que  nous  pouvons  savoir,  n'ont  été  en  au- 
rune  façon  influencées  par  des  communica- 
tions avec  les  étrangers ,  nous  trouvons  en 
eu\  la  même  tendance  aux  croyances  super- 
stitieuses, les  mêmes  impressions  morales 
auedans  les  autres  branches  de  la  grande 
famille  humaine.  Maintenant  il  ne  nous  reste 
phis.  pour  compléter  cette  partie  de  l'his- 
toire mentale  de  la  race  nègre,  qu'à  faire 
remarquer  l'empressement  au  ils  ont  montré 
à  recevoir  les  religions  étrangères  qu'on 
leur  a  apportées;  et,  il  faut  le  dire,  1  em- 
pressement a  été  le  même  pour  une  fausse 
religion  que  pour  la  vraie. 

On  sait  que  le  mahométismc  s'est  large- 
ment répandu  dans  plusieurs  parties  de 
l'Afrique.  Chaque  année  il  part  du  Soudan 
mur  la  Mecque  de  nombreux  pèlerins,  et  sur 
Icshords  du  Tîiger,ouà  Touestdelavalléedu 
Nil,  l'homme,  aui,  après  avoir  visité  la^sainte 
Kaaba,  a  le  bonheur  de  revoir  sa  terre  natale, 
est  aux  yeux  de  ses  compatriotes  l'objet 
de  la  môme  vénération  que  le  hadji  syrien 
e>î  aux  yeux  des  habitants  de  Damas.  Je  ne 
veux  point  au  reste  faire  ici  l'histoire  des 
[jro;^rès  de  l'islamisme,  et  j'emploierai ,  ce 
no  semble,  d'une  manière  plus  agréat)lo 
[•<mr  mes  lecteurs,  le  peu  de  temps  que  j'ai 
•nrore  à  m'entretenir  avec  eux ,  en  leur 
arlant  des  résultats  qu'ont  eus  les  efforts 
î<*s  Européens  pour  amener  les  nègres  à  la 
eli^ion  chrétienne.  Ne  pouvant  mentionner 
outes  les  tentatives  qui  ont  été  faites  dans 
e  but,  et  dont  plusieurs  ont  été  couronnées 
tua  plein  succès,  je  me  bornerai  à  rappeler 
•il!e  des  missionnaires  envoyés  par  la  con- 
notation des  Frères-Unis.  Les  travaux  de 
'S  hommes  pieux  et  charitables  ont  été  re- 
vjrff^s  d'une  manière  pleine  d'intérêt ,  dans 
I  simple  et  Adèle  Histoire  d'Oldendorp  : 
esquisse  que  j'en  vais  donner,  d'après  les 
L'ustâgnements  puisés  à  cette  source  non 
iispecte ,  suffira  pour  montrer  par  quelle 
»ie  les  éléments  de  la  vraie  religion  ont 
f'uétré  dans  le  cœur  des  Africains,  et  me 
mrnira  Toccasion  de  faire  remarquer,  dans 
.  marche  qu'a  suivie  leur  conversion,  la 
rfMive  que,  sous  le  rapport  des  sentiments 
des  dispositions,  cette  race  n'a  réellement 
en  qui  la  distingue  des  autres  races  hu- 

aines. 

Les  premières  tentatives  pour  la  conver- 

on  des  nègres  esclaves  des  petites  Antilles 


ont  été  faites  par  les  frères  Moraves,  et  voici 
à  quelle  occasion.  Quelques-uns  des  disci- 
ples du  comte  de  Zinzendorf  ayant  rencontré 
un  certain  Anthony,  nègre  de  l'île  Saint- 
Thomas,  qui  avait  été  baptisé  à  Copenbasue, 
cet  homme  leur  ût  un  tableau  si  animé  de  la 
misère  et  de  l'ignorance  de  ses  frères  en 
esclavage,  les  conjura  si  ardemment  de  faire 
quelque  chose  pour  leur  conversion,  qu'ils 
crurent  ne  pouvoir  se  dispenser  d'en  entre- 
tenir la  communauté.  Antooy  fut  appelé,  à 
leur  demande,  devant  l'assemblée  qui  avait 
son  siège  à  Hernhutt,  et  là,  il  plaida  si  bien 
sa  cause,  que  la  résolution  a  envoyer  une 
mission  aux  lies  fut  sur-le-champ  adoptée. 
Les  difficultés  de  l'entreprise  étaient  gran- 
des ,  et  loin  de  les  dissimuler,  AnlUony  les 
exagérait  encore,  parce  qu'il  affirmait  que, 
pour  travailler  avec  quelque  espoir  de  suc- 
cès à  la  conversion  des  esclaves,  il  fallait 
Sue  le  missionnaire  consentit  à  devenir  es- 
ave  lui-même.  C'est  en  supposant  indispen- 
sable cette  terrible  condition,  que  deux  des 
frères  s'offrirent  sans  hésiter  pour  travailler 
à  cette  œuvre  à  laquelle  ils  se  croyaient  ap- 

Eelés.  Le  nom  de  ces  hommes  vraiment 
éroiques  mérite  d'être  conservé  •  Tun  s'ap- 
pelait Léonard  Dobel ,  l'autre  Tobias  Leu- 
pold.  Ce  dernier  ne  ût  pas  le  voyage,  le  sort 
en  ayant  décidé  autrement  et  désigné  à  sa 
place  David  Nitschman,  qui  partit  ayant  tou- 
jours la  même  perspective. 

La  mission  fut  installée  au  milieu  des  cir- 
constances les  plus  défavorables;  l'œuvre 
marcha  d'abord  avec  une  extrême  lenteur, 
et  au  milieu  d'une  forte  opposition.  Cepen- 
dant il  s'était  formé  bientôt  autour  des 
frères  un  petit  cercle  d'auditeurs,  dont  quel- 
ques-uns donnaient  des  signes  d'une  sincère 
conversion,  et  témoignaient  un  profond  dé- 
goût pour  leur  vie  passée;  mais  quand  les 
choses  commençaient  à  se  présenter  sous  un 
aspect  un  peu  favorable,  les  missionnaires 
furent  obligés  de  revenir  en  Europe,  et 
l'entreprise  fut,  pendant  plusieurs  années, 
complètement  arrêtée.  Elle  fut  reprise  en 
1734,  à  l'arrivée  du  frère  Martin,  zélé  pré- 
dicateur, et  homme  d'une  grande  énergie  ; 
les  exhortations  de  Martin  produisirent  un 
tel  effet  que  lorsqu'en  1736,  l'évêque  S|  an- 

Senberg  visita  la  mission,  il  trouva,  chez  plus 
e  deux  cents  des  nègres  qui  assistaient  au 
service  religieux,  un  grand  désir  d'être  ins- 
truits; dans  ce  nombre  môme,  il  y  en  avait 
trois  qui,  après  un  scrupuleux  examen,  furent 
jugés  en  état  de  recevoir  le  baptême.  La  rela- 
tion d'Oldendorp  qu'on  ne  peut  lire  sans 
être  convaincu,  et  de  )a  parfaite  sincérité  de 
l'écrivain,  et  de  l'exactitude  des  faits  qu  il 
rapporte,  nous  montre  que  les  moyens  par 
lesquels  on  at^it  sur  les  nègres,  les  motifs 
qu'on  ût  valoir  à  leurs  yeux  et  qui  déter- 
minèrent leur  conversion,  furent  exactement 
ceux  qu'employaient,  dans  les  premiers  siè- 
cles de  l'Eglise,  les  aj)ôtres  du  christianisme. 
t  Animé  d'un  zèle  ardent  jiour  leur  salut, 
Martin,  dit  Oldendorp,  parlait  à  ces  pauvres 


(777)  BoMAïf,  Voyage  de  Guinée,  Ulreclit,  1705,  in-li,  p.  IGietsuiv. 


4311 


RAG 


DICTIONNAIRE 


RAC 


m 


esclaves  de  la  bonté  infinie  de  notre  Sau- 
veur, de  tout  ce  qu'il  avait  fait  pour  les 
hommes,  de  tout  ce  qu'il  avait  sounért  i>our 
eux,  et  leur  demandait  si  un  pareil  sacrifice 
ne  méritait  pas  tout  leur  amour,  toute  leur 
reconnaissance.  »  S'il  croyait  apercevoir  dans 
un  individu  le  moindre  signe  d'un  désir  de 
changer  de  vie,  il  ne  le  perdait  plus  de  vue 
un  seul  instant;  mais,  revenant  incessam- 
ment à  la  charge,  il  agissait  à  la  fois  sur  son 
cœur  et  sur  son  jugement,  jusqu'à  ce  qu'il 
l'eût  complètement  gasné  à  la  cause  de  la 
religion.  Grâces  aux  exhortations  non  inter- 
rompues des  Frères,  un  changement  très- 
sensible  se  produisit  dans  les  idées  et  dans 
le  caractère  des  nègres  ;  malgré  les  circons- 
tances défavorables ,  malgré  les  mauvais 
exemples,  non-seulement  les  conversions 
déclarées  devenaient  chaque  jour  plus  nom- 
breuses, mais  encore  on  ne  pouvait  se  refu- 
ser à  reconnaître  TemjHre  toujours  crois- 
sant qu'exerçaient  des  idées  nouvelles,  des 
sentiments  nouveaux  qui  devaient  bientôt 
conduire  à  une  révolution  morale  des  plus 
complètes.  L'impression  était  devenue  si 
profonde,  que,  lorsque  le  gouvernement  co- 
lonial, qui  voyait  d'un  œil  inquiet  ces  inno- 
vations, fit  emprisonner  les  missionnaires,  il 
se  trouva  parmi  les  nègres  baptisés  plusieurs 
individus  qui  étaient  tout  prêts  à  continuer 
leur  tâche,  et  qui  par  leurs  exhortations 
contribuèrent  en  effet  à  augmenter  le  nom- 
bre des  prosélytes.  Un  an  après  cette  persé- 
cution, en  1739,  lorsque  le  comte  Zinzendorf 
arriva,  il  fut  rempli  d'étonnement  en  voyant 
avec  quelle  rapidité  l'œuvre  de  la  conversion 
avait  marché.  11  paraît  qu'à  cette  époque  le 
nombre  des  nègres  qui  assistaient  régulière- 
ment à  la  prédication  de  l'Evangile  s'élevait 
déjà  à  800.  ^ 

Les  autres  îles  danoises,  Sainte-Croix  et 
Saint-Jean,  furent  plus  lard  visitées  par  les 
missionnaires ,  qui  y  obtinrent  aussi  de 
grands  succès.  Je  ne  suivrai  point  leurs  tra- 
vaux dans  ces  nouvelles  missions,  et  je  ren- 
verrai ceux  de  mes  lecteurs  qui  seraient 
curieux  de  les  connaître  à  l'ouvrage  que  j'ai 
si  souvent  cité  dans  les  paçes  précédentes. 
L'auteur,  au  reste,  en  terminant  son  livre, 
donne  lui-même  en  quelques  mots  une  idée 
des  résultats  obtenus,  et  l'on  y  voit  qu'en 
1768  le  nombre  des  nègres  baptisés  dans  les 
trois  lies  par  les  missionnaires,  durant  une 
période  de  trente-quatre  ans,  était  de  4,711. 

Après  avoir  exposé  d'une  manière  géné- 
rale les  faits  qui  se  rapportent  à  la  conver- 
sion des  nègres  des  Antilles,  il  nous  reste- 
rait à  présenter  ceux  qui  prouvent  que 
1  adoption  de  la  nouvelle  religion  produit 
chez  les  hommes  de  cette  race  les  mêmes 
effets  que  chez  les  Européens,  et  que  leur 
esprit  est  capable  de  recevoir  toutes  les  im- 
pressions qui  nous  semblent  inséparables  de 
celte  divine  doctrine.  Mais  on  conçoit  fort 
bien  que  de  pareilles  preuves  ne  peuvent  être 

J>résentées  d'une  manière  sommaire,  et  qu'il 
aut  les  aller  chercher  dans  les  ouvrages  où 
1  on  a  traité  le  sujet  ex  professa.  Je  ne  crains 
pas   d'assurer  que  ces  preuves  paraîtront 


eoncluantes  à  tous  ceux  qui  voudront  lire, 
d'un  bout  à  l'autre,  les  notices  biograplii. 
ques  et  les  autres  détails  •  donnés  par  les 
historiens  de  la  communion  à  laquelle  ap« 
partenaient  Oldendorp  et  Crtnlz.  Je  recom- 
manderai surtout  la  lecture  d'un  recueil  de 
courtes  homélies,  composées  par  des  nèo^rts 
prédicateurs  ou  instructeurs-assistants,  et 
adressées  par  eux  à  diverses  congrégalions 
de  leurs  compatriotes.  Quelcrues-uns  de  ces 
simples  discours,  ciuoique  nien  inférieurs 
pour  la  force  de  1  expression  à  ceui  des 
Fénelon  et  des  Pascal,  respirent  le  mèrae 
esprit  et  sont  évidemment  écrits  sous  lin- 
fluence  des  mêmes  sentiments.  Un  choix  è 
ces  petits  sermons  a  été  placé  par  Olden- 
dorp à  la  suite  de  l'ouvrage  que  j'ai  eu  si 
souvent  occasion  de  citer. 

Conclusion.  —  La  conclusion  que  je  me 
crois  en  droit  de  tirer  des  faits  exposés  juf- 
qu'ici  ne  me  semblerait  pas  beaucoup  plu5 
solidement  établie ,  quand  je  Taurais  ba^te 
sur  une  histoire  complète  des  races  humai- 
nes, en  supposant  que  j'eusse  pu  les  passer 
toutes  successivement  en  revue.  Je  ne  puis 
in'empêcher ,  au  reste ,  de  faire  remarier 
qu'une  étude  comparative  des  races  à  lèle 
laineuse  de  l'Afrique,  des  populations  indi- 
gènes de  l'Amérique  et  des  habitante  de 
cette  partie  de  l'ancien  continent  qui  e>i 
depuis  si  longtemps  le  théâtre  de  la  civili- 
sation, offrait,  pour  l'investigation  que  javais 
en  vue,  un  champ  aussi  vaste  qu'on  pounii 
le  désirer,  puisque  dans  ces  trois  gm\^^ 
se  trouvaient  comprises  les  races  qui  pré- 
sentent les  plus  grandes  divergences  sous  le 
rapport  de  la  conformation  corporelle ,  et 
celles  qui  ont  été  citées  comme  offrant  ie< 
contrastes  les  plus  frappants  sous  les  rap- 
ports moraux  et  intellectuels.  Il  eût  été  fa- 
cile de  soumettre  à  un  même  genre  d'eu- 
men  les  autres  populations  dont  le  caractère 
nous  est  suffisamment  connu,  et  le  résultai 
en  eût  été  encore  le  même.  Ainsi  nous  au- 
rions montré  ,  chez  les  insulaires  de  l'Orto- 
nie,  des  similitudes  frappantes  avec  ce  qw 
nous  avons  observé  ailleurs,  des  similitUGp> 
constatées  dès  les  premiers  instants  o^  leor^ 
pays  ont  été  visités  par  les  Europé?n««  « 
qui  ne  peuvent  ainsi  être  considérées  coiniDe 
le  résultat  de  communications  récentes.  Chw 
tous  on  a  rencontré  des  institutions  socialt^ 
de  même  nature  que  celles  des  autres  peu- 
ples ;  chez  tous  on  a  trouvé  la  croranc;  a 
une  vie  future,  à  une  providence  dont  is";- 
tion  protectrice  maintient  l'ordre  de  1  uni- 
vers, à  l'influence  exercée  sur  les  cho>es  t*'^ 
ce  bas  monde  par  de  bons  et  de  maufa)" 
génies  ;  tous  croyaient  à  l'efficacité  de^  '^' 
orifices,  des  rites  funèbres  ,  et  des  ceréo»?; 
nies  pratiquées  par  les  prêtres  ,  consmer|j^ 
comme  médiateurs  nécessaires  entre  w  i^*** 
plë  et  les  puissances  invisibles. 

Des  institutions  au  fond  peu  différenie^ 
des  croyances   tout  à  fait  analogues  >e  - 
raient  de  même   offertes  à  nous  si  nou; 
avions  tourné  nos  regards  vers  les  naiJy 
barbares  du  nord  de  l'Asie.  La  couver^;; 
de  ces   nations  qui  ont  adopté:  en 


I3.!3 


RAC 


D'ANTHROPOLOGIE. 


RIZ 


1514 


temps  que  le  christianisme  beaucoup  dçs 
idte  des  peuples  civilisés,  et  quelques-unes 
de  leurs  habitudes  ,  nous  eût  fourni  pour 
riiistoire  de  Tesprit  humain  des  chapitres 
taut  aussi  curieux  qu'aucun  de  ceux  qui 
ont  été  consacrés  à  décrire  chez  d  autres 
peuules  ce  grand  chani^ement  et  tous  ceux 
quïl  entraine  à  sa  suite. 

Nous  serions  suffisamment  autorisés  à 
laisser  de  côté,  comme  trop  peu  connus,  les 
Habitants  de  la  Nouvelle-Hollande  ;  puisque 
jusqu'ici  il  ne  s'est  trouvé  personne  pour 
ainsi  dire,  qui  pût  converser  avec  eux,  qui 
pût  coQiprendre  l'expression  de  leurs  idées 
et  de  leurs  sentiments.  Mais  si  Ton  insistait 
pour  qu'ils  fussent  compris  dans  le  champ 
de  notre  investigation  ,  admis  à  fournir  des 
preuves  pour  ou  contre  les  conclusions  aux- 
quelles nous  sommes  arrivés  ,  nous  dirions 
(jue  les  informations  les  plus  récentes  ten- 
dent toutes  à  modifier  Tidée  qu'on  a  eue  si 
longtemps  de  l'extrême  dé'^radation  mentale 
de  ces  pauvres  gens,  et  à  les  relever  à  nos 
yeux.  Ce  sont  des  êtres  dégradés,  nous  en 
convenons;  nous  accordons  aussi  que,  sous 
le  rapport  de  la  vie  extérieure,  les  tribus 
arec  lesauelles  nos  colons  ont  eu  jusqu'ici 
principalement  affaire,  sont  dans  un  état 
plus  misérable  peut-être  qu'aucune  autre 
race  d'hommes,  car  elles  sont  étrangères  à 
tous  ces  arts  qui  seuls  pourraient  rendre  leur 
msience  un  peu  douce  dans  le  pays  (qu'elles 
bâbitent,  pays  où  elles  ne  trouvent  auiour- 
i*hui  de  moyens  de  subsistance  quà  la 
ondition  de  vivre  par  troupes  peu  nom- 
)reuses  disséminées  sur  de  vastes  espaces 
le  terrain.  Mais  il  y  a  lieu  de  croire  que 
wus  n'avons  vu  encore  que  Jes  plus  pau- 
res  de  toutes  les  tribus,  et  que  plus  loin, 
ers  le  Nord,  ou  peut-être  dans  les  parties 
entrales  de  cette  grande  lie,  il  existe  des 
w)pulations  qui  ne  sont  pas  à  beaucoup  près 
ussi  misérables  et  aussi  sauvages  que  celles 
es  côtes  méridionales.  Quant  à  ces  derniè- 
es  mômes,  il  s'en  faut  de  beaucoup,  je  le  ré- 
èlo,  qu'elles  soient  telles  qu'on  nous  les  a 
Pljrésentées,  et  tout  ce  qu'on  disait  de  leur 
xtrême  stupidité  s'est  trouvé  complètement 
énué  de  fondements.  Les  observations  les 
lus  récentes  et  les  plus  dignes  de  foi  nous 
ermettent  de  reconnaître,  chez  ces  hommes, 
m  les  germes  des  sentiments  et  des  idées 
ui ,  développés  par  la  culture ,  donnent 
eu  chez  d'autres  nations  aux  plus  nobles 
lauifestations  de  la  nature  humaine. 
£n  résumé,  si  nous  considérons  l'ensem- 
le  des  êtres  qui  jouissent  de  l'exercice  de 
raison  et  possèdent  l'usage  de  la  ))arole , 
JUS  trouvons  chez  tous  (quelque  différence 
a'ils  puissent  présenter  d'une  famille  à  Tau- 
e  sous  le  rapport  de  l'aspect  extérieur)  les 
êmes  sentiments  intérieurs,  les  mêmes 
!'Mrs,  les  mêmes  aversions;  tou^aufond 
'  leur  cœur  se  reconnaissent  soumis  à  l'em- 
re  de  certaines  xmissances  invisibles  ;  tous 


ont,  avec  une  notion  plus  ou  moins  claire  du 
bien  et  du  mal ,  la  conscience  du  châtiment 
réservé  au  crime  par  les  agents  d'une  justice 
distributive  à  laquelle  la  mort  même  ne 
peut  soustraire  ;  tous  se  montrent,  quoiqu'à 
différents  degrés,  aptes  à  recevoir  la  culture 
qui  développe  les  facultés  de  l'esprit,  à  être 
éclairés  par  la  lumière  plus  vive  et  plus 
pure  que  le  christianisme  répand  dans  les 
Âmes,  S  se  conformer  aux  pratiques  de  la 
religion,  aux  habitudes  de  la  vie  civilisée; 
tous  en  un  mot  ont  la  même  nature  mentale. 
Quand  donc  nous  rapprochons  de  ce  fait  qui 
est  incontestable,  ceux  qui  se  rapportent  à 
la  diversité  des  instincts  et  des  autres  phé- 
nomènes psychologiques  des  animaux,  diver- 
sité sur  laquelle  repose  principalement , 
comme  nous  l'avons  fait  voir,  la  aistinction 
des  espèces,  nous  nous  sentons  pleinement 
autorisé  à  conclure  que  toutes  les  races  hu- 
maines appartiennent  à  une  seule  et  même 
espèce,  qu  elles  sont  les  branches  d'un  tronc 
unique. 

RAGES  MIXTES  dans  l'espèce  humaine. 
Voy.  Genre. 

RAISON.  Voy.  Langage. 

RAPPORT,  qu'est-ce  ?  comment  le  perce- 
vons-nous? Voy.  Langage. 

RATTIER.  Voy.  Langage. 

RECEVEUR.  Voy.  Langage. 

REGARD.  Voy.  Œil. 

RÈGNES  (Les  trois)  Voy.  Natore. 

RELIGION  des  nègres  africains.  Voy.  Ra- 
ges humaines. 

RENAN  (Ernest).  Voy.  Langage. 

RENNE.  —  Dans  les  parties  reculées  du 
Nord ,  le  renne  vit  à  la  fois  à  l'état  sauvage 
et  à  l'état  domestique ,  tant  en  Europe  chez 
les  Lapons  que  dans  l'Asie  chez  les  Samoïè- 
des  et  les  Tonguses  à  rennes.  Il  est  bien 
douteux,  que  cet  animal  soit  venu  ancienne- 
ment jusque  dans  l'Allemagne,  qu'il  ait 
vécu  dans  des  latitudes  plus  mériaionales 
que  celles  qu'il  habite  aujourd'hui.  On  a 
trouvé  des  cornes  de  renne  dans  le  terrain 
de  transport  (diluvien)  près  de  Kœstritz  et 
dans  des  tourbières  de  la  Scanie  (778).  Ces 
cornes  paraissent  un  peu  différentes  (le  cel- 
les du  renne  actuel.  Bechmann  a  réuni  les 
passages  qu'on  trouve  dans  les  auteurs  an- 
ciens sur  le  iarandus  (779),  et  il  en  a  conclu 
que  par  cette  dénomination  on  n'entendait 
pas  le  renne,  .mais  l'élan. 

RETE  MALPIGHII.  Voy.  Peau. 

RIRE.  Voy.  Voix. 

RIZ  (Oryzasatita).  —  C'est  une  céréale 
très-cultivée  dans  toutes  les  parties  chaudes 
de  l'Aiûe;  il  a  passé  de  là  en  Amérique, 
maintenant  il  est  très-répandu  dans  l^u- 
rope  méridionale,  et  particulièrement  en 
Italie.  Théophrasîe  est  Je  premier  des  écri- 
vains de  l'antiquité  qui  ait  parlé  du  riz;  il 
en  fait  une  description  assez  exacte  cornm^ 
céréale  indienne  (780).  Dioscoride  parle  du 
riz  comme  d'un  grin  nourrissant  et  qui  jouit 


(778)  Voy.  Isis,  pMtitn,  i828.  rodote  (1.  m,  c.  100)  où  il  fiarle  de  Tlnde.  11  y  est 

(779)  Aristot.,  1)«  mtfa6t/.,p.  65etsuiv.  question  de  grains  semblables  au  millet,  qii^on  fait 

(780)  On  fait  au  riz  Tappllcanon  du  passage  d'Hé-     cuire  dans  leur  capsule  ( jv  vmhnti)  ;  mais  il  a  sauf 


1515 


ROU 


DiCTIO.NiNAlRE 


ROL 


1516 


en  même  temps  d'une  vertu  astringente. 
Mais  rien  dans  les  écrivains  ne  nous  fait 
connaître  si  le  riz  a  été  cultivé  ou  non,  soit 
dans  TEurope,  soit  dans  l'Asie,  quelque 
connaissance  qu'on  en  eût  dans  l'antiquité. 
On  se  le  procurait  par  la  voie  du  commerce. 
Le  mot  oruza  n'a  point  une  origine  ni 
grecque  ni  .latine  ;  il  paraît  s'approcher  de 
très-près  do  l'arabe  orous ,  parce  que  c'était 
des  marchands  d'Arabie  qui  l'apportaient. 
Mais  peut-être  vient-il  réellement  du  sans- 
krit vrihiy  parce  que  nous  trouvons  souvent 
en  grec  le  changement  de  Yh  en  »,  comme 
nous  en  fournit  un  exemple  le  Hind  [Hin- 
dus) ,  qu'on  écrit  aussi  sind.  Le  sens  d'orge 
perlé  se  trouve  peut-être  aussi  dans  le  mot 
oryza^  à  cause  de  la  matière  d'être  du  riz 
quanJ  on  l'emploie.  On  trouve  dans  l'Inde 
orientale  le  riz  à  l'état  sauvage.  Dans  l'her- 
bier de  Wildenow,  on  trouve  des  échantil- 
lons recueillis  par  le  missionnaire  danois 
Klein,  portant  sur  l'étiquette  oryza  fatua, 
semmel  en  tamoul  ;  il  est  à  l'état  sauvage; 
quelques-uns  des  habitants  en  fout  leur 
nourriture,  et  on  le  leur  apporte  (a  qukbus- 
dam  comeditur  et  incolis  afjeriur).  D'autres 
échantillons  portent  l'inscription  suivante  : 
oryza  spontanea^  qu'on  trouve  fréquemment 
dans  les  eaux  profondes  du  voisinage  de  la 
mer.  J'ai  comparé  dit  Link,  ces  exemplaires 
avec  ceux  du  riz  cultivé  en  Egypte,  je  n'y  ai 
pas  remarqué  la  plus  petite  différence  botani- 
que, car  ces  deux  sortes  de  riz  appartiennent 
à  la  variété  à  long  grain.  Le  riz  est  donc  la 
seule  espèce  de  graminée  qu'on  trouve  à 
l'état  sauvage  d'une  manière  bien  constatée. 
Linné,  en  s'appuyant  de  je  ne  sais  quelle 
autorité,  affirme  que  le  riz  croît  en  Ethio- 
pie, sur  la  côte  occidentale  de  l'Afrique.  Je 
ne  sa's  si  le  fait  est  vrai ,  mais  il  n'est  pas 
impossible. 

ROUGE  (RACE)  ou  américaine.  —  Les 
hommes,  au  nomnre  approximatif  de  cinq 
millions  d'individus,  qui  habitent  le  conti- 
nent dont  se  forme  l'hémisphère  opposé  au 
nôtre,  et  qui  s'appellent  eux-mêmes  les 
Peaux-Rouges,  sont  plus  connus  en  Europe 
sous  le  nom  assez  impropre  d'Indiens  d'A- 
mérique. Ils  peuvent  se  comparer  à  la  race 
jaune,  en  ce  qu'ils  ont  des  cheveux  noirs, 
rudes  et  gros,  avec  une  barbe  rare  et  la  peau 
variant  du  jaune  au  rouge  cuivré  ;  mais  ils 
ressemblent  à  la  race  blanche  par  la  saillie 
de  leur  nez  et  par  leurs  yeux  grands  et  ou- 
verts. 

L'examen  anatomique  de  leur  peau  a 
prouvé  que  la  couleur  qui  la  caractérise 
tient  à  la  nature  même  de  son  tissu;  que 
leur  crâne  est  postérieurement  plus  volu- 
mineux ,  et  que  les  orbites  de  leurs  yeux 
sont  plus  larges  que  dans  aucune  autre  race. 

Ils  sont  en  général  hospitaliers  et  géné- 
reux, mais  vindicatifs  et  cruels,  oublieux  du 
passé,  ne  songeant  qu'au  présent  et  insou- 
ciants de  l'avenir,  passionnés  pour  la  guerre 
et  pour  les  liqueurs  fortes. 


Tous  vont  errant  dans  les  forêts  ou  dans 
les  savanes,  ne  vivant  que  de  chasse  el  de 
pêche. 

Cette  race  est  formée  par  toutes  les  tribus 
qui  occupent  le  terrain  depuis  Québec,  le 
Mississipi  et  la  Californie,  jusqu'au  détroil 
de  Magellan,  les  Akansas,  les  Illinois,  les 
Californiens,  les  Mexicains,  les  Péruvieh.s 
les  Brésiliens,  les  insulaires  des  Antilles,  les 
habitants  de  la  Guyanne,  des  rives  de  l'Oré- 
noque,  du  Chili,  de  la  Terre  de  Feu,  sur  les- 

S[uels  Bougainville,  Molina,  Cook,  Castertl, 
^orster,  la  Pérouse,  Blumenbacht  nous  ouï 
transmis  des  détails  curieux. 

Les  caractères  anatomiques  de  cette  rate 
sont  assez  peu  tranchés,  et  elle  paraît  inter- 
médiaire à  la  race  caucasique  et  à  la  vm 
nègre  :  ce  que  semblerait  confirmer  un  fait 
dont  la  connaissance  est  due  à  M.  Owea 
Williams,  des  environs  de  Ballinaore ,  q»ii  a 
retrouvé  sur  la  Madwga  une  colonie  des  ha- 
bitants du  pays  de  Galles  établie  dans  le  nou- 
veau moncfe  à  Tépoquede  la  domination  de» 
Saxons,  et  bien  antérieurement  aux  voyage^ 
d'Améric  Vespuce  et  de  Christophe  Coloiui). 
Cette  race  se  distingue  des  autres  par  ua 
front  court  et  abaissé,  par  renfoncement  <le( 
yeux,  par  l'écrasement  du  nez,  par  la  dila- 
tation des  narines,  par  la  largeur  de  la  face, 
la  proéminence  des  pommettes,  la  couiear 
des  téguments,  qui  se  rapproche  de  celle  du 
cuivre  rouge  ou  de  la  cannelle.  Les  ehereux 
sont  noirs,  peu  fournis,  roides  et  aplatis;  la 
barbe  est  rare  ou  nulle. 

La  stature  des  hommes  de  cette  race  est 
en  général  élevée  ;  les  Chiliens  et  les  Pdtâ- 
gons  en  particulier  ont  passé  pour  avoir  ii^> 

Eroportions  gigantesques;  mais  les  récits 
dèles  de  quelques  voyageurs  modernes  «au 
rétabli  la  vérité  à  ce  sujet,  en  constatant  que 
les  Patagons  ont,  il  est  vrai,  le  tronc  trèî- 
élevé,  mais  les  membres  inférieurs  très- 
courts  :  ce  qui  explique  comment  les  obser- 
vateurs superficiels  qui  n'avaient  vu  i-^^ 
hommes-là  que  dans  la  position  assise  lei.r 
avaient  attribué  une  taille  exceptionni-îk, 
qu'ils  n'ont  pas  quand  on  les  voit  del>out. 

C'est  cette  race  américaine  qui  a  fourni 
des  arguments  à  l'opinion  qui  conteste  tju-i 
les  hommes  descendent  tous  d'une  origine 
commune.  On  a  trouvé,  en  etfet,  dans  quel- 
ques tombeaux  de  l'Amérique  mériJionalt. 
des  crânes  à  front  très-déprimé,  et  qui  sern- 
blent,  au  premier  aspect,  appartenir  à  ues 
hommes  d  une  nature  tout  à  fait  diffâf  euit- 
On  a  pensé  que  ces  hommes  pourraient  bitî3 
être  tes  anciens  habitants  de  rAmériquê. 
qui  auraient  été  détruits  par  Tarrivée  U'ua^ 
colonie  indienne  dans  leur  pays;  roais  il  i'^- 
ratt  préférable  d'admettre,  avec  M.  J.  i»et«i- 
froy  Sainf-Hilaire,  que  ces  cr&nes  oot  appuf* 
tenu  à  des  individus  déformés,  ouqu'îb  es 
ont  été  des  variétés  maladives  produites  |»jr 
la  funeste  habitude  qu'ont  certains  peuj  \*  • 
de  se  serrer  fortement  la  tète.  On  toU  'i*.^  - 
leurs  qu'il  existe ,  môme  parmi  les  Eur»- 


dente  voulu  parler  du  gombo,  du  bamia,  ketmie  co^     coup  en  Egypte  et  en  Morée.  On  fait  cuire  ia 
meêtibUj  hibitcus  esculeniu»  ,  cultivé  encore  beau-      avec  le  friiit. 


iôll 


RUF 


D'AJNTIIROPOLOGIE. 


RUF 


1518 


eu  d'autre  caase  que  les  liens  Lont  on  a  en  - 
toute  leur  crâne  pendant  leur  jeune  Age»  et 
nous  savons  de  plus  que  beaucoup  de  peu- 
plades américaines,  ont  Thabitude  de  réduire 
parce  moyen  leurs  enfants  à  un  état  complet 
d'idiotisme,  parce  qu'alors  ceux-ci  sont  con- 
sidérés comme  vénérables,  et  deviennent 
)  objet  d'une  attention  toute  particulière.  On 
a  même  encore  Tusage,  dans  certains  en- 
droits» de  réunir  tous  ces  idiots  dans  une 
même  sépulture.  M.  J.  Geoffroy  pense  que 
les  crânes  dont  il  s'agit  sont  simplement 
rem  d'idiots  de  cette  sorte,  et  ne  peuvent 
nullement  appuver  l'hypothèse  à  l'explica- 
tion   de   laquelle    on    voulait    les    faire 
s  rvir. 

L'Amérique  elle-même  paraît  avoir  été 
cuplée  aux  dépens  de  l'ancien  monde.  Ce 
^nit  n'est  plus  révoqué  en  doute  pour  les  In- 
«iiens  primitifs  de  FAmérique  du  Nord,  qui 
ont  conservé  tous  les  caractères  physiques 
J**  là  race  jaune.  Quant  aux  nations  des 
«mires  parties  de  ce  nouveau  continent,  bor- 
nons-nous à  rappeler  la  découverte  de  ces 
luomies  mexicames  si  semblables  aux  mo- 
mies égyptiennes  et  celle  de  plusieurs  ruines 
f  li  prouvent  que  les  Mexicains  ont  habité 
le<  bords  du  Nu  ;  leur  civilisation  aura  sans 
loute  été  écrasée  par  les  Tartares  asiatiques 
descendus  du  détroit  de  Behring  et  des 
uioula^nes  Rocheuses. 

Les  distinctions  zoologiques  sont  fort  peu 
tranchées  entre  les  diverses  tribus  de  cette 
race,  et  il  est  difficile  de  les  classer  d'une 
manière  un  peu  satisfaisante.  On  croit  pour- 
tant reconnaître  entre  les  hommes  qui  nabi- 
lenl  l'Amérique  septentrionale  jusqu'au  cen- 
tre du  Mexique  et  ceux  qui  vivent  de  ce  point 
usqu'à  l'extrémité  opposée»  des  différences 
K>sez  sensibles  pour  motiver  leur  division 
'n  rameau  septentrionnl  et  rameau  méri» 
lional. 

Cette  race  est  donc  partagée  en  deux  ra- 
deaux :  le  êeptentrional  et  le  méridional. 
oy.  Américains. 
ROUX.  Foy.  RnFisvE. 
KOUX-LA VERONE.  Yoy.  Laîtoaob. 

RLTfSME,  ROCX  ou  RODGE.  —  On  a 

»nné  ce  nom  à  une  nuance  de  chevelure  et 
M-arnalion  qui  caractérise  un  type  d'hom- 
♦*s  très-velu,  rutilant,  avec  des  yeux  châ- 
ins,  une  peau  blafarde  semée  de  taches  de 
usscur.  Dans  les  races  blanches,  toutes  les 
riétés,  blond,  châtain,  brun,  appariées  ou 
nisées  peuvent  eni^endrer  un  enfant  rouge 
réciproquement  des  parents  rouges  se 
f>ro  luire  eux-mêmes  ou  engendrer  toutes 
»  autri^s  variétés.  Les  races  basanées  pro- 
iscnt  parfois  des  individus  roux  comme 
acrident  plus  exceptionnel  et  plus  rare, 
lis  enfin,  elles  en  produisent;  on  en  a 
>:ervé  parmi  les  Esquimaux,  les  Taitions, 
natifs  de  Tonga,  les  Arabes  d'Yembo,  les 
lous,  les  Papous,  et  même  les  nègres, 
sont  rares  chez  les  Cin^alais,  à  la  Cochin- 
ne,  au  Pégu,  au  Tonqum  où  ils  sont  l'objet 
ne  certaine  horreur,  qui  toutefois  ne  va 
.  comme    dans  l'ancienne  Egypte,  jus- 


ques  à  l'immolation  aux  dieux  terribles. 

Comme  une  peau  très-pâle  accompagne 
toujours  les  cheveux  rutilants,  les  analogies 
physiologiques  permettent  d'induire  que  le 
roux  est  un  albinos  robuste  ou  l'albinos  un 
roux  affaibli.  L'albinos  malais  vu  à  Ampa- 
nam  (Indo-Chine),  parle  capitaine Montfort, 
réalise  complètement  ce  mezzo^termine  : 
cheveux  roux,  œil  à  iris  châtain,  peau  bla- 
farde marquée  de  taches  brunes  très-serrées. 
Leroux  et  l'albinos  réalisent  tous  deux,  à 
des  degrés  divers,  cette  crise  que  Desmou- 
lins voulait  voir  paraître  chez  toutes 
les  races  comme  symptôme  ou  souvenir 
d'unité. 

Beaucoup  de  voyageurs  ont  décrit  des  che- 
velures rousses  ou  rouges  orangées  portées 
par  des  individus  à  peau  très-basanée  et 
même  noire.  II  est  fort  problable  que,  dans 
ce  cas,  la  couleur  extraordinaire  était  due  h 
une  teinture.  En  {Egypte,  Syrie,  Arabie, 
Abyssinie,  le  henné ^  manipulé  par  divers 
procédés  chimiques,  sert  à  noircir  la  barbe 
des  hommes ,  comme  l'indigo  en  Perse  et 
dans  rinde.  Les  femmes  en  tirent  des  cou- 
leurs oranges  pour  se  teindre  les  cheveux , 
surtout  quand  ils  sont  peu  foncés  ou  qu'ils 
sont  blanchis.  Pour  que  le  rouge  marque 
sur  des  cheveux  très-noirs,  on  les  passe  a  la 
chaux  qui  les  décolore  un  peu  en  y  laissant 
une  teinte  rousse.  Celte  opération  suffit  aux 

Eiuvres,  qui  ne  peuvent  se  procurer  le  henné. 
es  deux  espèces  de  toilette  ont  été  vues 
fréquemment  dans  les  marchés  du  midi  de 
l'Abyssinie,  chez  des  noirs  des  races  très-di- 
verses. La  teinture  orange  a  été  reconnue  à 
Tonga ,  aux  nouvelles  Hébrides  et  aux  lies 
Yiti.  Le  roussissement  à  la  chaux  peut  être 
induit  de  la  description  des  roux  japonais 
de  rîle  Kin-Sin  et  des  nègres  à  longue  che- 
velure vus  à  la  côte  d'Or. 

L'histoire  des  Scythes  et  des  Gaulois  a 
assez  appris  combien  la  teinture  rouge  était 
employée  pour  ajouter  au  rutilant  de  la  che- 
velure. Une  parure  implique  'l'admiration 
pour  la  couleur  qu'elle  a  choisie.  Une  mode, 
répandue  sur  toute  la  surface  de  la  terre , 
I)eut  bien  aussi  représenter  quelle  vieille 
tradition  d'une  physiolo^^ie  que  Taibinoa 
et  le  roux  jalonnent  dune  façon  plus  pré- 
cise. 

Desmoulins  qui  admet  seize  espèces  hu- 
maines distinctes,  fruits  d'autant  de  créations 
ou  de  générations  spontanées ,  rapporte  le 
tyne  roux  à  la  race  turque  originaire  des 
vallées  occidentales  de  l'Altaï  et  qu'il  lance 
à  l'est  et  au  sud  de  l'Asie  presque  autant 
que  dans  l'Europe  orientale  pour  expli- 
quer, à  tout  prix ,  l'apparition  des  variétés 
rousses  qui  ont  étonné  les  voyageurs  au  mi- 
lieu des  races  basanées  de  Tonquin,  du  Japon 
et  de  rindoustan  1  Notons  d'abord  que  les 
écrivains  chinois  qui  ont  mentionné  la  race 
turque-ouigour,  l'ont  appelée  têtes  jaunes 
(blond)  et  non  pas  têtes  rouges  ou  oranges. 
Ajoutons  que  la  variété  rousse  prédomine 
aujourd'hui  parmi  les  Celtes  (laëls  d'Irlande 
etd*Écosse;  elle  n'était  pas  rare  parmi  le. 


1519 


SAN 


DICTIONNAIRE 


SAN 


m 


péens,  des  individus  à  tête  rétrécie  et  à  front 
enfoncé,  chez  lesquels  cette  déformation  n'a 
Celtibères  d  Italie,  aïeux  ou  frères  des  Opis- 
ques  roux,  Caton  elSylla;  moins  encore 
parmi  les  Gaulois  de  Brennus  et  de  Bello- 
vèse.  A  ces  temps,  à  ces  lieux ,  un  rapport 
quelconque  avec  les  Turcs  est  encore  moins 
admissible  que  le  rapport  de  ces  mêmes 
Turcs  avec  le  Tonquin  et  Ceylan.  Disons 
enfin,  que  la  race  juive,  tenue  à  l'abri  du 
mélange  étranger  et  issue  d'une  souche  fort 
brune,  produit  assez  fréquemment  des  indi- 
vidus roux;  et,  de  tous  ces  faits,  tirons  cette 
conclusion  : 

Le  roux,  pouvant  reproduire  tous  les  types 
caucasiens  et  sémites,  et  tous  l«s  types  pou- 
vant à  leur  tour  devenir  roux,  eelui-ci  estde 
mezzo'termine j  le  père  commun,  le  type 
primitif  de  ces  races.  La  couleur  rousse  pa- 
raît aussi  le  type  de  la  plupart  des  races 
d'animaux  domestiques  :  car  le  retour  à  la 
vie  sauvage  fait  reparaître  parmi  eux  cette 
couleur  différente  des  robes  noire  et  blanche 
qu'avaient  eues,  pendant  plusieurs  généra- 
tîfiriS,  le  bœuf,  le  cheval,  le  porc,  le  chien, 
-e  coq,  etc. 

Chez  l'homme,  le  roux  forme  la  transition 
la  plus  naturelle ,  la  plus  douce  vers  les  races 
basanées;  l'iris  est  châtain;  les  cheveux 
rouges  sont  très -foncés;  les  taches  de  rous- 
seur, en  devenaut  confluentes,  forment  une 
peau  olivâtre,  café  cru  et  même  café  roussi. 
La  peau  du  roux  étiolée  et  débarrassée  de 


la  plupart ''des  éphélides,  offre  le  blafard 
déjà  signalé  chez  quelques  races  métiveset 
chez  beaucoup  de  races  basanées,  quand 
elles  s'étiolent. 

L'étiolement  et  le  croisement  soDt  au 
nombre  des  épreuves  capables  de  faire  r^ 
paraître  un  type  ancien  altéré  par  le  temps; 
épreuve  plus  fréquente,  crise  plus  farije 
chez  les  races  blanches,  mais  enfin  possible 
chez  les  races  basanées,  et  certifiée  chez 
toutes  par  l'albinos  et  le  roux  :  Double  ap- 
parence d'une  révolution  unique  au  fond. 

L'Inde  et  Ceylan  ont  une  vieille  légende 

Sji  fait  descendre  les  peuples  blancs  d  an 
binos  issu  de  parents  basanés.  Mémesam 
écarter  le  contingent  d'amour-propre  natio- 
nal ,  on  reconnaît  ici  le  mythe  de  la  fra(e> 
nité  humaine.  Mais  le  respect  voué  par  les 
nations  de  toute  couleur  à  la  chevelure  de 
l'homme  rouge ,  me  porte  à  croire  que  la 
reconnaissance  des  peuplesy  rattacha  le  sou- 
venir d'un  père  vénérable  plutôt  que  d'un 
frère  disgracié.  La  Bible  semble  favorable  i 
cette  opinion,  car  Adam  veut  dire  roui  dans 
toutes  les  langues  sémitiques.  L'homme  de- 
meuré dans  sa  patrie  primitive  y  aura  eon- 
serve  plus  qu  ailleurs  ses  apparences  pre- 
mières :  aussi  les  géographes  et  les  Toyv 
geurs  (781) ,  retrouvent-ils  encore  dans  le 
Caucase  indien  septentrional ,  une  race  re- 
marquable par  la  livrée  d'hommes  roux, 
telle  que  nous  venons  de  la  décrire. 
RUSSES.  Voy.  Eumops  «qdbbnb. 


s 


SAGESSE  DE  DIEU  étudiée  dans  les  mé- 
canismes du  monde  organique.  Yoy.  Vlntro^ 
duction. 

SAISSET.  Voy.  Langage. 

SALLES.  (Eus.  de)  Voy,  Langage. 

SAMOYÈDES.  Voy.  Ighthvopuagbs. 

SANDWICHIENS.    Vov,  Malaise  (Race). 

SANG.  —  Le  sang  est  le  liquide  rou^e  oui 
circule  dans  les  canaux,  et  qui  fournit  tes 
matériaux  nécessaires  à  Tentretien,  à  l'ac- 
croissement des  organes  et  à  l'acte  de  la  sé- 
crétion. 

Il  est  formé,  l**  d'eau ,  tenant  en  dissolu- 
tion  des  matières  proteïniques ,  des  graisses 
et  des  sels,  dont  1  ensemble  constitue  la  li- 
queur du  sançy  et  2°  de  globuUsj  qui  sont 
suspendus  dans  le  liquide. 

La  quantité  du  sang,  chez  l'homme  adulte, 
est,  d  après  les  recherches  de  Valentin  14, 
6  kil.  et  chez  la  femme  de  12,  3  kil. 

Propriétés  physiques.  —  Le  sang  humain 
a  une  pesanteur  spécifique  de  1 ,  052  — 
1,  057;  il  a  une  odeur  animale  particulière 
et  une  saveur  salée  ;  il  est  visqueux  et  sa 
température  est  de  30  à  31"  R. 

De  la  couleur.  —  Le  sang  d'un  rouge 
foncé,  noirâtre  dans  les  veines,  prend  la 


couieur  d'un  rouge  vermeil  dans  les  pou- 
mons et  la  conserve  dans  les  artères  jusque 
dans  les  vaisseaux  capillaires.  Celte  colora- 
tion du  sang  dépend  des  globules,  puisque 
si  on  sépare  ceux-ci  par  la  filtration ,  comme 
cela  est  praticable  pour  le  sang  de  la  gre- 
nouille, on  remarque  que  le  liquide  qui  a 
traversé  le  filtre  est  limpide  et  incolore. 

Coagulabilité,  —  Le  sang  qui  stagne  daos 
les  vaisseaux  se  coagule  ;  nors  des  vaisseaux 
la  coagulation  est  encore  plus  rapide  ;  chez 
l'homme,  elle  a  lieu  entre  trois  et  sept  mi- 
nutes, après  que  le  sang  est  sorti  des  vais- 
seaux. Elle  se  fait  de  la  manière  suivante  ; 
tout  le  sang  tiré  d'une  veine  se  fige  en  une 
masse  homogène,  cohérente  et  geJatiDeuse  ; 
peu  à  peu  cette  masse  se  contracte,  et  ex- 
prime en  gouttelettes  d'abord,  puis  en  plus 
grande  quantité,  un  liquide  limpide  jaunâ- 
tre, qu'on  a  nommé  le  5^iru^.  La  masse  coa- 
gulée qui  est  rouge ,  parce  qu'elle  renferme 
tous  les  globules  rouges,  est  nommé  caiJl<>t 
ou  placenta  sanguin. 

Le  sang  se  coagule  hors  du  corps,  lor^ 
même  qu'il  est  maintenu  en  mouyeuient  ei 
à  la  température  du  corps.  L'air  atmospbf^ 
rique  n'a  pas  non  plus  une  grande  influence 


(781)  Besmoulins  en  fait  la  troisième  variété  de  respèoe  odtiqiie,  sous  le  nom  de  h  née 


tondue  éê 


ISil 


SAN 


D'ANTHROPOLOGIE. 


SAN 


sur  celle  coagulalion,  car  elle  s*opère  dans 
le  Tide ,  dans  des  vases  hermétiqaement 
femiés,  et  dans  les  gaz  les  plus  divers  ;  il 
est  donc  probable  que  le  sang  ne  se  coagule 
que  parce  qu'il  est  privé  de  1  influence  des 
|iariies  vivantes  et  spécialement  des  vais* 
seaux.  Les  alcalis,  la  soude,  la  potasse ,  quel* 
qnes  venins,  la  mort  par  Télectricité  enlè- 
vent au  sang  sa  propriété  de  se  coaguler  ; 
certains  sels,  le  suliate  de  soude,  le  nitrate 
de  [K>tasse,  une  dissolution  de  sucre  dimi- 
naent  la  coagulabilité  du  sang,  et  ralentis- 
hent  ainsi  le  phénomène  de  la  coagulation. 
Carcwtèret  chimiques  du  $ang.  —  Le  sang 
a  une  réaction  faiblement  alcaline. 

11  est  corafiosé  d*eau,  de  matières  protéini- 
ques,  de  matières  colorantes,  de  caisses,  de 
iiuitières  exlraclives,  de  sels  akalins  et  ter- 
reux et  d'une  quantité  variable  de  gaz. 

La  quantité  d'eau  est  considérable;  sur 
1,000  parties  de  sang  il  y  a  7i0— WO  parties 
d'eau. 

Les  substances  protéiniques  qui  se  trou- 
vant dans  le  sang  sont  :  la  fibrine,  Falbu- 
mine,  la  ^lobuline  et  la  caséine. 

La  fibrine  est  dissoute  dans  le  liquide  du 
sang,  aussi  longtemps  que  celui-a  circule 
dans  les  vaisseaux  et  immédiatement  après 
qu'il  en  est  sorti.  C*est  à  sa  présence  que  le 
sang  doit  la  propriété  de  se  coaguler.  Le 
sang  ne  se  coagule  plus  dès  qu'on  en  a  re- 
tiré la  fibrine,  en  le  battant  avec  une  verge , 
à  laquelle  vient  s'attacher  la  fibrine  coagu- 
lée sous  la  forme  de  flocons  blanchâtres ,  un 
peu  rosés.  La  fibrine,  en  se  coagulant  dans 
du  sang  abandonné  à  lui-même,  entraine 
avec  elle  les  globules  de  ce  liquide  et  forme 
avec  eux  le  caillot;  elle  forme,  au  contraire,  à 
elle  seule  la  couenne  inflammatoire ,  couche 
blanchâtre  qui  se  dépose  sur  le  caillot  du 
sang,  pris  d  une  femme  enceinte,  en  cou- 
ches, ou  d'un  individu  atteint  d'un  rhuma- 
tisme aigu  ou  d'une  inflammation  aiguë. 

Le  moven  le  plus  facile  de  démontrer  que 
Ui  fibrine' est  dissoute  dans   le  liquide  du 
sang,  c'est  de  filtrer  du  sanz  de  grenouille. 
Ij^s  globules  de   cet  animal,  étant  environ 
quatre  fois  pins  gros  que  ceux  de  l'homme 
ei  des  mammifères,  ne  traversent  pas  le  filtre. 
\o\c\  comment  on  procèJe  :  on  humecte  le 
filtre  d'eau  sucrée,  on  y  verse  le  sang  de 
I plusieurs  grenouilles  et  on  y  mêle  instanta- 
nément une  égale   quantité  d'eau  sucrée, 
l»our   retarder  la  coagulation;  la  liqueur 
f^au^^ne,  ainsi  étendue  d'eau,  passe  parfai- 
Ceiucnt  limpide  et  incolore  par  le  filtre,  et  se 
«épare  bientôt  en  un  caillot  transparent  et 
incolore  et  en  un  liquide  qui  suma^^e.  On 
peut  aussi  emplo ver  le  sang  d'un  mammiîère 
oa  de  l'homme  eu  y  ajoutant  du  sulfate  de 
soude  ;  la  coagulaUon  est  retardée,  les  glo- 
bules,  d'une  pesanteur  spécifique  plus  con- 
sidérable que  la  liqueur  sanguine,  se  préci- 
fiilenl  lentement  au  fond;  la  fibrine  qui  est 
dissoute  dans  le  liquide  ne  se  coagule  que 
beaucoup  plus  tard  et  forme  alors  une  cou- 
che  blanchâtre   ou  la  couenne  qui  recou- 
vre immédiatement  la  couche  de  globules. 
Dans  l'état  normal,  le  sang  renferme  sur 

PiCTio^x.  n'A^iTnnoFOLOGie. 


1,000  parties  3,3  part,  environ  de  fibrine  se* 
che;  cette  quantité  peut  augmenter  dam 
quelques  cas  pathologiques  jusqu'à  5,7  et 
même  jusqu'à  10  parties. 

La  fibrine  diuère  de  ralbumine  en  ce 
qu'elle  se  coagule  spontanément  hors  do 
corps  et  en  ce  qu'elle  renferme  un  peu  moins 
de  soufre. 

Vatbumine  liquidesedissout  en  tottes  pro* 
portions  dans  l'eau  ;  elle  y  est  insoluble 
quand  elle  est  coagulée;  elle  ne  se  coagjule 
pas  spontanément^  la  température  ordinaire, 
mais  bien  à  celle  de  61' — 70*.  L'albumine  est 
encore  coagulée  par  l'alcool,  la  créosote,  l'a* 
lun,  les  acides  minéraux,  et  surtout  par  l'a- 
cide .nitrique;  elle  n'est  pas  précipitée  par 
l'acide  acétique ,  et  diffère  en  cela  de  la  ca- 
séine. L'albumine  est  en  très-grande  quan- 
tité dans  le  sang^  sur  1,000  parties  de  ce  li- 
quide, elle  est  représentée,  en  moyenne,  par 
68,08  part,  d'après  Lecanu,  par  76,6  d'après 
Simon.  Elle  est  complètement  dissoute  dans 
le  sérum,  qui,  par  cette  raison,  se  coagule 
en  entier  à  la  chaleur  de  l'eau  bouillante. 
Une  autre  partie  d'albumine  se  trouve  sous 
la  forme  de  globuline.  formée  de  protéine  et 
de  soufre,  dans  l'enveloppe  des  globules  qui 
font  partie  du  caillot. 

La  caséine  existe  en  très-petite  quantité 
dans  le  sang;  elle  est  soluble  dans  l'eau  dont 
elle  peut  être  précipitée  par  l'acide  acétique, 
ee  qui  la  différencie  de  ralbumine  ;  elle  est 
coagulée  par  la  pepsine  ou  par  la  membrane 
interne  de  l'estomac  de  veau. 

Matières  colorantes  du  sang.  —  Le  prin» 
cipe  colorant  rouge  du  sang  se  trouve  dans 
les  globules  et  a  reçu  le  nom  d'hématine 

Îui,  unie  à  la  globuJine ,  forme  le  eruor» 
'hématine  séchée  est  une  substance  eas* 
santé,  d'un  brun  foncé,  insipide,  soluble  dans 
l'eau  distillée,  insoluble  dans  l'oau  qui  tient 
en  dissolution  du  sel  de  cuisine  ou  du  su^ 
cre,  soluble  dans  l'alcool  qui  renferme  un 
alcali  ou  un  acide  ;  elle  donne  par  l'inciné- 
ration 10  pour  100  de  sesqui-oxyde  de  fer. 
L'hématine  est  une  combinaison  de  sesqui-> 
oxjrde  de  fer  avoc  un  corps  organique  azoté 
qui  n'appartient  pas  aux  matières  protéini- 
ques; la  couleur  est  indépendante  du  sesqui- 
oxyde  de  fer;  car  on  peut  extraire  celui- 
ci  par  un  acide ,  sans  changer  essentielle- 
ment la  couleur  de  l'hématine.  Lecruor 
ou  les  globules,  composées  d'hématine  et  de 
globuline,  forment  lz7  parties  sur  1,000  par-* 
ties  de  sang. 
La  cott/euri'attiid/re  du  sérum  dépend,  d*a- 

Crès  Denis,  de  la  matière  colorante  de  la 
ile. 

Les  graisses  du  sang  sont  en  petite  quan- 
tité et  de  différentes  espèces;  les  unes  soli- 
des, comme  la  cholestnne,  la  c^rébrine  et  la 
séroline,  sont  suspendues  dans  le  sérum  au 
moyen  de  l'albumine  sous  forme  de  granules 
très-fins  ;d'au  très  sont  des  corpsgras,  liquides 
et  acides,  comme  l'acide  oléîque,  l'acide  maiv 
uarique  et  un  acide  gras  volatil  oui  existent 
a  l'état  de  savon  dans  le  sérum  ;  il  y  a  en  ou- 
tre une  graisse  phosphorée  qui  se  trouve 
combinée  aux  globules.  D'après  Simon  ^sor 


T9B 


SAN 


DICTIONNAIRE 


SAN 


m 


1,000  parties  de  sang  il  existe  2,3tô  parties 
de  graisses. 

Les  matières  extractives  du  sang  sont  des 
substances  solubles  dans  Teau  et  dans  Tal- 
cool,  et  connues  autrefois  sous  le  nom  d'os- 
mazône.  Lecanu  a  évalué  leur  quantité,  la 
plyaline  et  l'urée  y  comprises,  à  2,3'i.5  par- 
ties sur  1,000  part,  de  sang. 

Les  sek  du  sang  sont,  les  uns  alcalins,  les 
autres  terreux.-  Parmi  les  sels  alcalins,  le 
principal  est  le  sel  marin,  qui  existe  en  très- 
grande  quantité  dans  le  sang;  les  autres 
sont  des  sels  de  soude  et  de  po;asse,  à  acides 
gras  et  à  acides  phosphorique,  sulfurique, 
lactique  et  carbonique. 

Les  sels  terreux  ont  pour  base  la  chaux 
ou  la  magnésie,  et  pour  acides,  les  acides 
phosphorique  et  carbonique.  Le  sang  non 
coagulé  renferme  de  la  soude,  combinée 
avec  les  substances   protéiniques,  et  c'est 

rir  cette  raison  que  le  sérum  du  sang  réagit 
la  manière  d'un  alcali  faible. 
Les  gaz  du  sang  s'y  trouvent  probable- 
ment à  l'état  de  dissolution.  Ce  sont  l'acide 
carbonique,  l'oxygène  et  l'azote.  Leur  quan- 
tité varie  dans  le  sang  artériel  et  dans  le 
sang  veineux. 

B  après  Lecanu,  le  sang  renferme  sur  1000 
parties. 


Eau, 

Fibrine, 

Albumine, 

Globules, 

Graisse  cristallisable, 

Graisse  liquide, 

Extrait  alcoolique, 

Extrait  aqueux, 

S^ls  alcalins, 

Sdis  terreux  et  oxydes  de  fer, 

Pertes, 


7g0,15— 

65,09— 
135,00— 
2,45— 
1,51- 
1,79— 
1,Î6— 
8,57— 
2,10— 
2,40— 


78S,69 

3,56 

69,42 

119,65 
4,30 
2,27 
1,92 
2,01 
7,50 
1,41 
2,59 


1000,00—1000,00 


Caractères  microseopiques.  —  Le  sang, 
examiné  au  microscope,  est  composé  de 
globules  et  d'un  liquide  transparent,  inco- 
lore, liqueur  sanguine  (plasma  sanguinis).  Il 
y  a  deux  sortes  de  globules  :  les  uns,  plus 
nombreux,  se  distinguent  par  leur  colora- 
tion jaun&tre  plus  ou  moins  intense  ;  on  les 
nomme  globules  ou  corpuscules  colorés  ou 
roupies  du  sang;  les  autres,  en  bien  plus 
petit  nombre,  sont  incolores,  grenus  et 
semblables  à  ceux  de  la  lyinphe  ;  ce  sont  les 
globules  ou  corpuscules  incolores  du  sang. 

Les  corpuscules  rougos  du  sang  de  l'bomme 
sont  des  vésicules  d'une  couleur  rouge 
jaunâtre,  ayant  la  forme  de  disques  circu- 
laires, semblables  h  des  pièces  de  monnaie; 
leur  diamètre  en  largeur  est  de  0,003"'  et 
leur  épaisseur  offre*  environ  le  tiers  de  celte 
dimension.  Leurs  faces,  ordinairement  pla- 
nes, sont  souvent  légèrement  convexes^  et 
se  réunissent  par  un  bord  arrondi;  souvent 
ces  globules  sont  courbés  sur  une  de  leurs 
faces  de  manière  qu'ils  paraissent  concaves  ; 
TUS  sur  leurs  bords,  ils  ressemblent  à  des 
bâtonnets  grêles,  droits  ou  légèrement  ar- 
qués, lis  ont  une  grande  tendance  à  se  réu- 
n  r  en  piles.  Les  corpuscules  rouges  sont 


transparents  ;  ils  permettent  de  distinguer  à 
travers  leur  épaisseur  d'autres  gloldes  ou 
d'autres  parties  sous-jacentes;  ils  jomssenl 
d'une  çrande  flexibilité  et  d'un  haut  de^ré 
d'élasticité;  lorsqu'on  ies  comprime  sous  le 
microscope  ou  quand  ils  circtt!eDt  dans  les 
vaisseaux  capillaires,  on  les  voit  s'eflilpr, 
se  courber,  s'aplatir  et  reprendre  ensuii? 
leur  forme  primitive.  Leur  pesanteur  spérj. 
û  lue  est  plus  grande  que  celle  du  liquide 
dans  lecjuel  ils  nagent,  et  c'est  par  celle  rai- 
son qu  ils  se  précipitent,  quand  le  m^ 
n'est  plus  en  circulation.  ° 

Les  corpuscules  rouges  du  sang,  eiami- 
nésdans  les  différentes  classes  desverlébrés 
présentent  quelques  différences.  Ils  ont  la 
forme  de  petits  disques  circulaires,  chez 
tous  les  mammifères,  excepté  chez  le  cha- 
meau, le  dromadaire  et  le  lania,  qui  ont  des 
globules  elliptiques.  Les  trois  autres  classe^ 
des  vertébrés,  les  oiseaux,  les  reptiles  ei  le* 
poissons  ont  des  globules  rouges  elliptiqu^'s 
ou  ovalaires.  Quant  à  leur  volume,  il  varie 
beaucoup.  Très -petit  chez  les  mammifères, 
il  est,  au  contraire,  considérable  chez  les 
amphibiens.  Aussi  faut-il  préférer  le  san^' 
de  ces  derniers  pour  l'élude  microscopiqjie 
des  globules  rouges.  Ceux  de  la  grenouille, 
d'une  forme  ovalaire,  ont  une  longueur  de 
0,012' "  et  une  largeur  de  O,OOT"'-0,008;ils 
sont  donc  trois  ou  quatre  fois  plus  granit 
que  ceux  de  l'homme.  Examinés  hors  des 
vaisseaux,  ces  globules  ont  la  forme  de  dis- 
ques aplatis,  à  faces  légèrement  convexes,  et 
présentent  un  noyau  nettement  circonscril, 
d'une  forme  ovalaire,  d'un  diamètre  de 0,0K 
et  placé  au  centre  du  corpuscule.  Le  no.m 
se  voit  aussi  dans  les  globules  qui  circu- 
lent dans  les  vaisseaux  capillaires;  mais  il 
est  plus  distinct  dans  les  premiers.  Poutfe 
renare  plus  apparent  encore  dans  les  glo- 
bules sortis  des  vaisseaux,  on  y  ajoute  on 
peu  d'eau,  qui  dissout  la  matière  coîorantf 
dont  le  noyau  est  entouré,  en  mômeiemf'^ 
que,   pénétrant  dans  les  globules,  elle  \^ 
faitchanger  de  forme  et  les  renJ  sphériqua: 
51,  dans  cet  état,  on  les  fait  rouler,  ildeYi«ii 
facile  de  se  convaincre  que  le  noyau  iiV<- 
cupe  jias  le  centre,  mais  qu'il  est  allacfcé  â 
un  point  de  la  paroi  vésiculaire.  Cette  in- 
fluence de  l'eau  est  telle  qu'au  boul  don 
certain  temps,  les  globules  devenant  enii^r^ 
ment  transparente?  et  incolores,  le  noyau  ne 

Earaît  plus  entouré  que  d'une  auréole  pil-. 
peine  visible  ;  cependant  en  y  ajoutai! 
une  petite  quantité  de  teinture  iViaje,  ^" 
contours  des  globules  redeviennent distin'^ 

I)arce  que  ce  liauide  colore  en  jaune  l'env^ 
oppe  aes  globules.  C'est  à  cause  de  ces  u"- 

ditications  que  les  globules  rouges  sub:  • 
...   .  ..  ..|        _. 


ou  sdlée,  ou  même  du  sérum  de  sani* 
de  conserver  intacts  les  caractères  norm^' 
des  globules. 

L'influence  de  l'eau  sur  les  globules  f' 
met  de  reconnaître  la  nature  ue  ce^  f^'^ 
Le  changement  de  forme  qu'elle  leur  i^^ 


1S2S 


SAN 


D-ASTHROTOLOCIE. 


SAN 


ÎZ% 


prime  démontre  que  ce  sonl  des  cellules  ; 
car,  s'ils  éuient  solides ,  ils  devraient,  en  se 
distendant  par  Teau  ,  conserver  leur  forme 
primitive ,  comme  le  fait  une  éponge. 

Dans  les  corpuscules  rouges  du  sang  de 
Thomme,  on  ne  reconnaît  pas  de  novau , 
même  quand  on  les  a  distendus  par  1  eau. 
Une  illusion  optique  peut  seule  porter  à  ad- 
mettre Texistence  de  ce  nojau ,  et  cela  de 
deux  manières  :  plusieurs  globules  du  sang 
ont  des  laces  légèrement  convexes ,  et  leur 
rentre  parait  presque  incolore  et  transparent 
lorsqu'il  se  trouve  au  foyer  du  microiscope; 
ti  au  contraire  on  déplace  un  peu  le  micros- 
coye  y  de  manii^re  que  le  pourtour  du  glo- 
bule corresnoude  au  fojer  tandis  que  son 
rentre  s'en  éloigne,  le  premier  paraîtra  trans- 
parent et  le  second  opaque.  Cette  illusion 
.leut  donc  faire  croire  à  l'existence  d'un 
novau,  translucide  dans  un  cas,  opaque 
dans  lautre. 

Si  le  liquide  qu'on  ajoute  au  sang  est  plus 
dense  que  la  liqueur  sanguine    dans    la- 
«juelle  sont  suspendus  les  globules  rouges , 
*  eui-ci  prennent  une  forme  dentelée  ;  le 
■nème  effet  se  produit,  quand  la  liqueur  du 
f  an  j;  devient  plus  dense  par  l'évaporation  ; 
#ussi  suflit-il ,  pour  leur  rendre  leur  forme 
primitive,  d'ajouter  un  liquide  moins  dense. 
Les  globules  rouges  du  sang  se  gonflent 
donc  et  se  distendent  dans  les  liquides  qui 
^ont  moins  concentrés  que  la  li((UOur  san- 
^îne;  ils  se  rétrécissent  et  leur  surface  se 
ride  dans  ceux  qui  sont  plus  concentrés.  Os 
influences  se  manifestent  d'après  les  lois  de 
)a  difl'usion  des  liquides.  Ainsi  agissent  les 
s^ilutions  des  sels  alcalins  et  terreux  et  la 
5-jIulion  de  sucre.  Au  contraire,  les  sels  mé- 
talliques, les  acides  elles  alcalis  exercent 
une  action  chimique  sur  les  i^obuies;  ceu^- 
i'\  ne  sont  pas  tous  influencés  de  la  même  ma- 
DÎèrc  par  le  même  réactif  ce  qui  peut  dépen- 
i\re  d'unedifférence  dans  leurpériode  de  for- 
mation, les  uns  étant  plus  ft^és  que  les  autres. 
Action  des  acidfi.— L'acide  acétique  faible 
^  dt  comme  l'eau  ;  très-concentré  il  détruit 
k-s  globules. 

I^s  acides  nitrique  et  muriatique ,  éten- 

fIusde2/3  d'eau,  rétrécissent  les  globules 

et  font  coaguler  leur  contenu,  dès  lors  ni 

]\*au  ni  l'acide  acéli^|ue  n'ont  plus  d'a'Jtion 

sur  eux;  le  sublimé  les  rétrécit  et  fait  cris- 

l»rr  leur  surface;  le  nitrate  d'argent  et  la 

jKitasse  caustique  lesréJuisenl  en  une  masse 

firunâtre;  l'ammoniaque  et  les  carlK)nafes 

nlralins  agissent  avec    moins  d'intensité; 

l'éther  les  dé.iolore  au  point  qu'ils  (missent 

j»ar  disparaître  entièrement  et  que  Viodc  ne 

peut  plus  les  rendre  appcrents. 

L^exy^ne  diminue  leur  volume  et  rend 
\3\1T  surface  granuleuse;  l'aciie  car!)Onique 
le-»  tlislenJ  et  les  ren-1  Iraïuparents.  Si  ces 
4  *  eux  ga/.  agissent  alternativement  8  ou  9  fois 
sur  les  globules  rougi'S,  ceui-ci  disparais- 
sent; tan  lis  que  ni  l'un  ni  l'autre  do  ces 
^az,  a^ssant  seul,  ne  proJuil  cet  effet. 

Des  corpuscules  incolores  du  sang.  —  Ils 
sont  mêlés  aux  corpuscules  rouges,  et  for- 
ii^cnt,  chez  Thomaie,  environ  le  dixième  de 


la  masse  globulaire;  leur  quantité  an^ente 
immédiatement  après  le  repas  et  jdiminue 
par  la  diète. 

Chez  la  grenouille,  les  corpuscules  in- 
colores du  sang  sont  plus  petits  que  les 
rouges  ;  ils  ont  un  diamètre  de  OjCNtô",  une 
forme  arrondie,  mais  non  entièrement  spbé* 
rique,  car  ils  sont  légèrement  aplatis  sur 
leurs  faces;  leur  su i face  est  granuleuse, 
semblable  à  celle  des  globules  de  la  lymphe  ; 
comme  ceux-ci,  ils  ressemblent  à  aes  glo- 
bules solides,  mais  si  on  v  ajoute  un  peu 
d'eau,  on  remarque,  au  bout  de  quelques  mi- 
nutes, qu'ils  sont  formés  d'une  membrane 
cellulaire  et  d'un  noyau  granuleux  bien  cir- 
conscrit, qui  apparaît  quelquefois  double- 
L'acide  acétique  rend  aussi  leur  nature  cel- 
lulaire Irès-jistincte,  mais  ce  réacîif  divise 
bientôt  le  nojau  en  trois  ou  en  quatre  frag- 
ments«  La  potasse  caustique  les  dissout  en 
même  temps  que  les  globules  rouges. 

Les  corpuscules  incolores  du  sang  de 
l'homme  ont  la  même  forme  et  le  même  dia- 
mètre (0,005  ")  que  ceux  de  la  grenouille; 
chez  l'itomme,  ils  sont  donc  plus  grands  que 
les  corpuscules  colorés. 

Dans  les  vaisseaux  d'un  certain  calibre  » 
les  glot>ules  incolores  circulent  aussi  ra- 
pidement que  les  rouges;  mais  dans  les 
vaisseaux  capillaires,  ils  cheminent  lente- 
ment et  entièrement  isolés  des  corpuscules 
rouges,  le  long  des  parois  vasculaires. 

Vu  leur  grande  ressemblance  avec  ceux 
de  la  lymphe,  les  globules  incolores  parais- 
sent venir  des  vaisseaux  lymphatiques  dans 
les  vaisseaux  sanguins  ;  cependant  différents 
faits  semblent  prou  ver  que  ces  globules  peu- 
vent aussi  se  former  dans  le  sang  :  d'abord , 
ils  sont  plus  nombreux  dans  le  sang  vei- 
neux que  dans  le  sangarlériel;  ensuite,  quand 
on  examine  la  circulation  dans  les  vaisseaux 
capiUai.-es  de  la  queue  du  têtard,  on  voit 
leur  nombre  augmenter  considérablemerît 
au  moment  où  la  circulation  devient  irrégu- 
lière et  se  ralentit  par  suite  de  l'évaporation. 

Du  dételoppement  des  corptiS€ules  ronges 
du  sang.  —  Les  premiers  corpuscules  du 
sang  se  forment,  comme  le  cœur  et  les  vais- 
5eaux,  dans  les  premiers  moroenCs  de  la  vie 
inlra-u'.érine  ;  ils  proviennent  de  cellulf*s  à 
noyan,qui,  réunies  en  colonnettes  massivef, 
sofit  disposées  suivant  les  linéaments  ces  ré- 
seaux vasculaires.  Les  cellules,  situées  au 
centre  de  ces  colonnettes,  se  convenis- 
sent  en  globules  sanguins,  et  les  autres, 

f»lus  superflcielles,    se  transforment  dans 
es  différents  tissus  qui  constituent  les  pa- 
rois des  vaisseaux. 

Cette  Iranî^formalion  des  cellules  en  glr- 
Imles  sanguins  a  lieu,  îuivrnt  plusieurs  cn> 
brvologistes ,  d'une  manière  directe  :  les 
cellules  oiminuent  de  volume,  s'aplatissent 
et  c>T.ngenl  leur  contenu  en  matière  colo- 
ranle  rouge;  d'après  d'autres,  c'est  dars 
leur  intérieur  que  se  forment  les  globules 
sanguins  par  génération  endogène.  Que)- 

Sues  observations  parlent  en  faveur  de  cette 
ernière  opinion.  Valentin  a  reconnu,  dans 
les  vaisseaux  de  la  membrane  pupillaire 


r>37 


SAN 


DiCTIOMNAIRE 


SCY 


ISiS 


d'un  embryon  de  vache,  des  cellules  qui 
renfernoaient  chacune  trois  ou  quatre  glo- 
bules, et,  d*après  cette  observation,  les  glo- 
bules sÂnguins  des  animaux  supérieurs  ne 
siTaient  que  des  noyaux  vésiculeux.  De 
niâiae,  Reichert  a  observé  dans  le  champ 
vasculaire  de  Tœuf  de  Toiscau,  <^e  ces  glo- 
bules se  développent  dans  l'intérieur  de  cel- 
lules-mères ;  après  les  avoir  dégagés  de  leur 
enveloppe,  il  a  remarqué  qu'ils  étaient  plus 
opaques  que  les  globules  entièrement  dévelop- 
pés et  que  chacun  d'eux  renfermait  un  noyau. 
De  la  muUipliccUion  des  globules  :  V  Pen- 
dant la  vie  embryonnaire,  —  Au  début  du 
développement  de  l'embryon,  les  globules 
du  sang  se  multiplient  par  suite  de  leur 
formation  continuelle  dans  les  différentes 

I)arties  du  corps.  A  une  certaine  é^)oque  de 
a  vie  embryonnaire ,  cette  formation  ne  se 
fait  plus  que  dans  le  foie  et  par  génération 
endogène;  les  raisons  apportées  à  l'appui  de 
cette  opinion  sont  :  qu'un  peu  avant  la 
naissance,  on  rencontre  dans  le  foie  des  cel- 
lules pÂles,  renfermant  deux  ou  trois  glo- 
bules creux:  que  les  globules  sanguins  y 
sont  alors  très-nombreux  ;  que  leur  volume 
y  présente  de  grandes  différences,  et  que  le 
foie  acquiert  à  cette  époque  un  développe- 
ment très-considérable.  —  2"  Après  la  nais- 
sance.  —  Pendant  toute  la  vie,  des  globules 
rouges  du  sang  se  forment  aux  dépens  des 
globules  incolores  et  se  décomposent  en- 
suite pour  rentrer  dans  la  liqueur  du  san2. 
Chez  la  grenouille ,  on  remarque  dans  le 
sang  les  différents  degrés  de  transition  des 
corpuscules  incolores  aux  corpuscules  rou- 
ges; en  outre,  ces  deux  espèces  de  corpus- 
cules présentent  la  même  structure  :  une 
membrane  cellulaire  renfermant  un  noyau. 
Mais  chez  l'homme  et  chez  les  animaux 
supérieurs,  il  n'en  est  pas  de  même  ;  chez 
ceui-ci,  on  ne  distingue  plus  les  formes  de 
transition  entre  les  globules,  et  on  n'a  jamais 

f)u  démontrer,  d'une  manière  évidente, 
'existence  d'un  noyau  dans  les  globules 
rouges;  on  a  donc  eu  recours  à  diverses  hy- 
pothèses ;  voici  celle  qui  a  rallié  le  plus  de 
partisans  :  les  globules  de  la  lymphe  se 
transforment  en  globules  rouges  du  sang  ; 
leur  noyau  disparaît,  leurs  faces  s'aplatissent 
et  leur  cavité  se  remplit  de  la  matière  colo- 
rante rouge  ;  tous  ees  chan2ements  se  font  si 
rapidement  qu*on  ne  peut  distinguer  aucune 
forme  transitoire.  Cette  hypothèse  est  basée 
sur  l'anatomie  comparée  et  surtout  sur  les 
observations  faites  chez  la  grenouille. 

D'après  une  autre  hypothèse,  ce  sont  les 
noyaux  des  globules  de  la  lymphe  qui  vont 
constituer  les  globules  rouges  du  sang  :  ces 
noyaux  deviennent  creux,  se  remplissent 
d'une  matière  colorante  et  acquièrent  la  pro- 
priété de  se  dissoudre  dans  l'acide  acétique, 
ce  qui  est  peut-être  le  résultat  de  ï'action  al- 
ternative a4  l'oxygène  et  de  l'acide  carboni- 
que. A  l'appui  de  cette  hypothèse  on  allè- 
gue :  1*  qu  il  est  impossible  de  reconnaître, 
a  aucune  époque,  un  noyau  distinct  dans  les 
globules  rouges  du  sang  de  l'homme  ;  2"  que 
1  ^de  acétique  n'agit  pas  de  la  même  ma- 


nière sur  tous  les  globules  rouges,  puisqu'il 
détruit  les  plus  volumineux ,  tandis  qu'il 
respecte  les  plus  petits,  d'où  l'on  peut  con- 
clure à  une  différence  dans  la  durée  de  leur 

existence. 

Des  modifications  que  les  corpuscules  ion- 
guins  subissent  dans  la  rate.  —  Remak  le 
premier  a  observé,  dans  la  rate  du  yeau,  des 
vésicules  très-ténues,  qui  renfermaient  trois 
ou  quatre  corpuscules  d'un  jaune  rougeâtre 
et  qui  ressemblaient  aux  globules  rouges  da 
sang.  Plus  tard,  Kôlliker  et  Landis  ont  cons- 
taté que  c'étaient  réellement  des  globules 
sanguins.  Gerlach  a  démontré  que  ces  cel- 
lules sont  contenues  dans  les  corpuscules  de 
Malpighi  ;  ceux-ci  renferment,  indépendam- 
ment de  cellules  nombreuses  et  de  noyaui, 
des  corpuscules  rouges  d'un  volume  très- 
variable,  renfermés  dans  des  membranes 
cellulaires  très-pâles,  et  des  globules  san- 
guins libres  dépourvus  de  toute  envelof^e, 
qui  ne  sont  modifiés  ni  par  l'eau,  ni  far 
1  acide  acétique.  Celte  observation  semble 
indiquer  qu'il  se  forme  dans  la  rate  de  nou- 
veaux globules  rouges  du  sang. 

Méthode  à  s^ùvre  pour  examiner  le  sang, 
—  On  commence  l'examen  microscopique 
du  sang  par  celui  de  la  grenouille,  dont  les 
globules  volumineux  permettent  d*en  obser- 
ver facilement  les  différentes  particularités; 
on  passe  ensuite  à  l'étude  du  sang  de 
l'homme,  qu'on  peut  se  procurer  en  se  pi- 

3uant  dansi'éminence  thénar,  ou  dans  le  bout 
u  petit  doigt  qu'on  a  préalablement  coa.- 
primé;  on  étend  ce  sang  en  une  couche  très- 
mince  sur  un  point  de  la  lamelle  porte-objet, 
on  y  ajoute  un  peu*  de  sérum  ou  de  Timiu  su- 
crée ou  salée  pour  le  délayer  conyenable- 
ment,  et  on  recouvre  le  tout  d'une  mince  la- 
melle de  verre  ;  on  porte  dès  lors  le  point 
à  examiner  au  foyer  du  miscroscope,  on  im- 
prime de  temps  à  autre  à  la  lamelle  un  petit 
mouvement  pK)ur  faire  tournoyer  les  glo- 
bulesi  de  manière  à  pouvoir  considérer  leurs 
faces  et  leurs  bords.  Ensuite  on  cherche  à 
connaître  l'action  des  différents  réactifs  bïit 
le  sang, 

SANGLOT,  Voy.  Voix. 

SANSCRIT,  son  rôle.  Voy.  Langxes. 

SAUT.  Voy.  Mouvement. 

SCHLEGEL  (F.).  Voy.  Langage. 

SCYTHES.  —  Les  ressemblances  de  tra- 
ditions permettent  d'induire  la  communauté 
d'origine  ;  mais  à  la  seule  filiation  histori- 
que, il  est  réservé  de  la  prouver  définitive* 
ment.  Ici  nous  pourrons  ôtre  sobres  du  pre- 
mier moyen,  confiants  que  nous  sommes 
dans  l'abondance  et  la  force  du  second  ;  soil 
que  nous  remontions  scrupuleusement  le 
cours  des  Ages  et  la  ligne  des  émigrations, 
soit  que  profitant  des  synthèses  péremptoi- 
rement construites  par  la  science,  nous  repJa* 
cions  notre  optique  sur  ce  haut  plateau  de  k 
Bactriane,  atteint  par  les  premières  lueurs 
historiques  et  d'oil  nous  avons  anerçu  si- 
non 4ou$  les  royaumes  de  la  terre,  au  moins 
toutes  les  agrégations  sociales  qui  aient  mé- 
rité le  titre  de  grands  États.  Sur  le  pencbanl 
austro-oriental,  aux  lieux  où  le  Caucase  ivf 


{» 


SCT 


.D'ANTHROPOLOGIE. 


8CY 


I35U 


dien  rerse  lludus  el  le  Gange,  prospèrent 
déjà  les  monarchies  d*Aoude  et  de  Pralich- 
tani  ;  au  sud-ouest  sur  le  plateau  où  nais- 
sent le  Tigre  et  TEuphrate  et  sur  leurs  ri- 
tes mèffle,  Ecbatane,  Ninive  et  Babylone 
sont  les  nojaux  de  futurs  et  puissants  em- 
pires. 

Au  lieu  de  poursuivre  ces  deux  rameaux 
de  rbumanite»  attachons-nous  à  un  troi- 
sième moins  coloré  de  i)eau  et  qui  a  pris  la 
route  du  nord  et  de  Foccident  en  continuant 
les  goûts  primitifs  de  l'homme  pour  le  sé> 

Sur  des  pays  montagneux.  Répu^ant  aux 
ibitades  sédentaires,  il  a  dâaigné  de  se 
bâtir  des  Tilles,  il  campe  sous  la  tente  et 
pousse,  avec  ses  troupeaux,  ses  excursions 
dans  toutes  les  tallées  qui  entourent  la  Cas- 
pienne et  la  mer  Noire.  Le  Caucase  occiden- 
tal a  imprimé  son  nom  à  celte  race  comme 
s*il  eût  été  sa  patrie  ;  le  Caucase  n'est  réel- 
lement que  le  chemin  par  lequel  elle  s*est 
▼ersée  sur  l'Europe.  Cette  race  est  la  posté- 
rité de  Japbel,  k  qui  Dieu  avait  promis  roul- 
tinMcation  et  gloire  ;  multiplication  d'abord, 
gloire  beaucoup  plus  lard  qu'à  ses  frères  is- 
sus de  Cham  et  de  Seoi.  Mais  l'avenir  lui 
donnera  d'amples  compensations  pour  ce 
retard.  L'Europe  de  Japhct  et  son  génie  tur- 
bulent iront  un  jour  rallumer  le  flambeau 
de  la  civilisation  chez  ses  frères  dégénérés 
de  toute  !a  terre. 

Les  annales  primitives  de  Tlnde,  déliarras- 
séesde  leurs  fables  et  interprétées  dans  leurs 
al!é^ories,  nous  montrent  sous  le  nom  d'Iran 
et  (Je  Touran  celte  vieille  division  de  la 
pFainc  et  de  Sa  montagne.  Le  roi  iiersan  Fc- 
ridoun  en  fait  Tapanage  séparé  ae  ses  deux 
tils.  Le  mont  Taurus,  le  mont  Sinaï  oortent 
encore  le  nom  de  Tor,  Touran  ;  le  utucase 
tout  entier  est  occujté  par  la  race  indo-per- 
sane, prenant  le  nom  de  Sa'|uc,  Sace,  Scy- 
thes. 

Diodore  place  des  Scvtbes  jusqu'au  bord 
de  llndus.  Ammien-liarcelin  identifie  les 
Scjthes  aux  Perses  ;  Anquetil-Duperron  a 
complété  le  rapprochement  des  dieux  des 
deux  nations,  rapprochement  déjà  commencé 
|iar  Homère.  Les  Mèdes,  souvent  mêlés  aux 
expéfli tiens  et  à  l'histoire  des  Scythes  pri- 
mitifs, sont  des  Iraniens  a^ant  plus  d'indus- 
trie et  de  goût  pour  la  plaine  etia  vie  séden- 
taire. Mais  les  Iraniens  fixés  dans  les  villes 
d*où  ils  prendront  le  nom  de  Zend  ne  dé- 
daignent pas  le  titre  de  Scythes.  Temschid, 
nom  royal  et  national,    est  rapporté   par 
If.  £ag.  Burnouf  à   Jama-Schàëta,  Scythe 
I  »rillant.  Hérodote  nous  représente  les  grands 
Scythes  ou   Hessagètes,   disputant  d'anti- 
quité avec  les  Egyptiens. 

Ils  avaient  disputé  aux  Egyptiens  jusqu'à 
leur  terre,  car  on  ne  peut  plus  douter  que 
les  pasteurs  ne  fussent  des  Scythes.  Cham- 
polnon  a  lu  le  nom  de  Scheto  écrit  mille 
lois  aTec  une  épiUiète  insultante,  par  le  tes- 
sen  timentdes  vaincus  redevenus  vainqueurs, 
peintures  qui  dâcorent  les  palais  et  les 


tombes  royales  de  Thèbes  donnent,  à  côté  de^ 
noms  propres,  des  portraits  fort  ressem- 
blants :  teint  blanc  et  rose,  cheveux  châtains 
ou  blonds.  Les  grands  bas-reliefs  de  M édi- 
net-Abou  représentent  les  Caramans  et  Gé- 
drosiens,  la  tête  couverte  d'une  peau  de 
cheval  avec  crinières  et  oreilles  (7ffî).  Les 
branches  encore  sauvages  de  la  race  des 
Scythes,  nos  propres  aïeux  du  midi  de  l'Eu- 
rope, sont  reproduites  avec  une  exactitude 
Sue  notre  amour-propre  pourrait  accuser 
'épigramme,  si  1  ironie  était  admissible 
dans  le  caractère  sérieux  de  la  caste  sacer» 
dotale  égv'ptienne  ;  si  la  moquerie  pouvait 
avoir  accès  auprès  de  la  double  selennité 
des  Pharaons  et  des  tombeaux. 

Josèphe,  qui  a  rapproché  Gètes  et  Scythes» 
les  assimile  tous  deux  à  Gog  et  Ma^og.  Le 
nom  de  Hiksos,  donné  par  cet  histonen  aux 
pasteurs,  contient,  prononcé  à  l'orientale,  le 
nom  national  des  Scythes,  Schotz  (783),  et  le 
nom  de  Hik,  encore  aiyourd'hui  porté  par  une 
des  plus  belles  nations  du  Caucase,  les  Armé- 
niens. Diodore  fait  expressément  passer  les 
Scythes  par  l'Arménie  et  l'Ibérie.  Les  pasteurs 
avaient  laissé  quelques-uns  des  leurs  en  Pa- 
lestine. Les  Anaké  d'Hébron  s'appelaient 
Titans  ou  Géants;  leur  nom  et  leur  taille 
grandie  par  la  peur  effrayèrent  les  espions 
envoyés  pour  reconnaître  La  terre  promise. 

Les  annales  carthaginoises  consultées  et 
citées  par  Salluste  sous  le  titre  de  bibliothè- 
que du  roi  Hyemsal  peuplent  le  nord  de 
1  Afrique  de  Hèdes,  de  Perses ,  d'Armé- 
niens, conduits  par  plusieurs  hercules,  c*est- 
à-dire  |)ar  ies Géants  ou  Titans.  L'Atlas  of- 
fre encori'jaujour.rhui  la  race  kabvle  qui, 
l»ar  sa  vieille  langue  et  ses  traits  kouschi- 
tes,  descend  des  Qiananéens  exilés  après  la 
conquête  juive.  Les  Scythes  ont  pu  s  y  mê- 
ler par  diverses  routes  :  par  le  littoral  de 
Barea  après  Texpulbion  des  pasteurs  ;  par  la 
navigation  qui  rapproche  bien  davantage  la 
Cyrénaïque  de  la  Crète,  de  l'Archipel,  de  la 
Tiirace  et  de  TAsie-Miueure.  Les  Phéniciens 
ont,  fort  anciennement,  sillonné  cette  mer, 
et  comme  Ta  fort  bien  noté  Volney,  leurs 
navires  auront  jeté  à  Carlhage  et  à  leurs  au- 
tres colonies  des  aventuriers  ramassés  par- 
tout. 

Le  commerce  a  pu,  même  avant  ces  temps 
reculés,  occuper  airectcment  la  race  scy the, 
mais  dans  des  lieux  plus  voisins  de  son  on* 

B'ne.  Hérodote  dit  que  les  Bactriens  et  les 
essagètes  avaient  beaucoup' d'or  ;  Volney 
le  tire  des  mines  de  Sibérie  et  le  fait  échan- 

Per  dans  un  trafic  entre  la  Caspienne  et 
Océan  indien  par  Tlndus  et  l'Oxus.  Un 
autre  fleuve  de  la  Sogdiane,  le  Yaxarte» 
abreuve  les  troupeaux  et  peut-être  fait  flqt« 
ter  de  grossières  embarcations  des  Scythes 
ou  Saces  que  Ptolémée  identifie  aux  Curetés 
ou  Cretois  et  aux  Gomé  riens  sortis  d^une 
ville  de  Chômer,  en  Bactriane.  La  Bible 
nomme  un  Chômer  petit-fils  de  Japhet. 
Ces  deux  limites  éloignées,  le  mont  Imaûs 

(782)   Voy.  HteoDOTB,  L  IV.,  trod.  de  Larcber.  . 

(785)  Prononciation  adoptéi!  par  les  hébrabaos,  il  ooUmmcDt  M^r.  l^iaciii^ ,  qui  écril  en  aBgU»  Mm. 


4551 


se  Y 


DICTIONNAIRE 


SCV 


i5:i 


et  la  Crète  assignées  à  la  môme  race  préju- 
gent l'occupation  des  points  intermédiaires, 
J'Asie  Mineure,  la  Thrace  et  tout  le  littoral 
de  l'Euxin.  En  effet,  la  Chronique  d'Eusèbe 
raconte  une  expédition  des  Gimitîériens  ou 
Gomériens,  et  des  Amazones,  vers  Tan  1706 
avant  Jésus-Christ. 

Sirabon  assimile  aux  Gètes,  prononcia- 
tion adoucie  des  Scythes  ou  Schytes,  les 
Thracos  à  qui  les  Grecs-Pélasges  de  l'inté- 
rieur doivent  une  partie  de  leur  éducation  : 
Thamyris ,  Orphée  et  Musée  en  sont  sortis 
tin  ou  deux  siècles  avant  la  guerre  de  Troie. 
Le  grand  poêle,  chantre  de  cette  guerre,  dé- 
sisne  les  nations  thraces-scythes  parle  nom 
collectif  de  Mysiens.  Les  Bébrices,  Bfyges, 
Phrygiens,  Thyniens,  Bythiniens,  MéJo-By- 
thiniens  a[)partiennent  à  cette  grande  fa- 
mille et  remplissent  de  leur  remuante  acti- 
vité les  deux  côtés  de  l'Hellespont  et  do 
l'Euxin.  Au  nord,  les  Taures ,  'ïouraniens 
ou  Thraces-Cimmériens  occupaient  les  Cher- 
sonèses  auxquelles  ils  avaient  donné  le  nom 
de  Tauride  et  de  Cimmérie.  La  grande  in- 
vasion des  Scythes  nomades,  assi^^née  par 
Hérodote  à  Tan  630  avant  notre  ère,  fait  ré- 
fiifÇier  les  Taures  dans  leurs  montaj^nes. 
L'Asie  Mineure  et  la  Syrie  sont  également 
envahies  par  un  autre  flot  de  Scythes  cjui  sem- 
blent vouloir  recommencer  Texpédiiion  des 
p.isleurs  :  le  pharaon  Psammetik  arrive  à 
lemps  pour  les  arrêter. 

Héro  lote  fait  fuir  les  Cimmérîens  vers 
rOrient,  mais  Possidonius ,  soutenu  depuis 
par  Fréret,  a  objecté  que,  par  cette  voie,  la 
retraite  était  coupée  par  deux  fleuves  pro- 
fonds, le  Borysthène  et  l'Hypanis,  enfin  par 
un  bras  de  mer,  le  Bosphore  Cimmérien,  de 
l'autre  côlé  duquel  ils  auraient  encore  ren- 
contré les  Sjytnes.  Il  est  plus  rationnel  de 
faire  fuir  les  Cimmériens  au  nord-ouest  vers 
la  mer  Baltique,  où  l'antiquité  place  de  très- 
bonne  heure  des  peuples  de  môme  nom  et 
de  môme  race,  Celtes,  Cimmériens,  Cimbres. 
Un  historien  qui  soutient  dignement  un 
des  beaux  noius  de  notre  littérature  moderne 
a  rallac-ié  à  celte  émigration  cimmérienne  le 
mouvement  expansif  des  Gaulois  de  Sigovèse 
et  de  Beîlovèse,  inquiétés  dans  la  possession 
des  Gaules.  Il  était  alors  plus  facile  et  peut- 
ôtre  plus  glorieux  de  chercher  une  nouvelle 
pairie  qae  de  défen  ire  l'ancienne. 

On  ycut  dire  que  celte  agitation  de  peu- 
ples celles  et  germains  immigrants  et  ëmi- 
f;ranls,  fuyards  d'un  côlé,  agresseurs  de 
'autre,  a  duré  avec  toute  certitude  histori  • 
que  |)cndant  douze  siècles,  six  avant,  six 
après  notrf  ère.  Dans  la  crise  finale  qui  l)rise 
l'empire  romain  d'Occident,  les  Barbares 
forment  une  chaîne  continue  d'Asie  en  Eu- 
rope, du  Volga  à  la  Loire;  que  dis-je?  Au 
Tage,  au  Pélîs,  à  TAtlasl  D'Orient  en  Occi- 
dent, les  mouvements  se  propagent.  C'est 
un  océan  houleux,  où  une  vague  pousse 
l'autre  vague.  Le  génie  de  Stilicon  soutenu 
par  les  Franiîs  et  les  Allemands  n'arrêtera 
que  quelques    années   ce  débordement  de 

(781)  HitRODOTK,  rossîDO.\îi.->,  Cksar 


Quades,  Marcomans,  Burgondes,  Alains,  Gé- 
pides.  Vandales  poussés  par  les  Golhs  de  la 
Pannonie,  à  C[ui  d'autres  tribus  gothiques 
ont  ricoché  l'inquiétude  ipi'eUes  ont  reruft 
des  Huns,  race  bigarrée,  refoulée  elle-même 
par  des  races  mongoles. 

Tous  ces  peuples,  à  l'exception  dé  quel- 
ques tribus  des  Huns,  sont  de  même  appa^* 
rence  physique,  et  peu  s'en  faut  de  même 
langue,  induction  précieuse  pour  le  corol- 
laire que  j'ai  maintenant  à  cceur  de  dégager, 
à  savoir  que  les  nations  gothiques  sont  sor- 
ties, non  pas  seulement  de  la  Scythie,  mais 
du  premier  peuple  scythe. 

Bien  queThistoire  ne  mentionne  les  Goths 
qu'au  premier  siècle,  il  n'est  pas  impossible 
de  les  reconnaître  sous  le  nom  de  ces  Co- 
tini  trouvés  en  Baltic^ue  quatre  siècles  avant 
par  Pylhéas,  le  navigateur  massaliote.  Le 
savant  Suhm,  surnommé  le  Varron  danois, 
a  trouvé  dans  les  annales  islandaises,  re- 
montant au  m*  siècle  avant  Jésus-Christ,  des 
Goths  continentaux  entre  l'Oder  et  la  Vis- 
tule,  des  Goths  insulaires  dans  la  Scandina- 
vie. C'étaientdoncles  aiicuxdesGutœou  Yuiœ^ 
Scandinaves  de  Ptolémée,  Gythones^  de  la 
Vistule,  Guthonés  -et  Gothones  que  Pline  et 
Tacite  placent  aux  bords  de  TOder,  Si  le 
nom  d'Aoslhini,  porté  par  quelques-unes  de 
leurs  tribus,  n'est  pas  une  corruption  du  root 
Scythe^  le  mot  Gète,  tant  de  fois  assimilé  à 
Scythe,  ne  peut  être  méconnu  pour  une 
très-îégère  variante  de  Goth.  Tschaude  ou 
Youloun  des  anciens  Sayas  qui  ressemble 
fort  à  tous  les  trois  est  le  nom  d'une  bran- 
che considérable  de  la  race  Slave  que  tous 
les  autres  caractères  assimilent  aussi  à  la  fa* 
mille  scythe  dont  elle  fit  partie  sous  le  nom 
de  Thraces,  Sarmates,  Bastarnes,  Illyriens. 

Joud  est  une  région  montagneuse  de 
l'Inde  où  le  colonel  To:l  a  trouvé  des  no- 
mades appelés  Jit  et  quïl  fait  descendre  des 
Scythes  aussi  bien  que  les  Radjpout.  Le  mo- 
derne Deutsch  ou  Teutsch,  prononciation 
confuse  de  Gète,  ressemble  bien  davantage  à 
Tagik,  nom  des  Persans  sédentaires  el  de 
plusieurs  tribus  d'Uzbeks  el  de  Thibé- 
tains. 

Les  combinaisons  étymologiques  se  prê- 
tentà  retrouver  Scythe  jusque  dans  Celte,  qui, 
prononcé  à  l'italienne,  se  rapproche  de  Gète. 
Tchielte,  Celte,  Galate,  Scolote  (784),  Scy- 
the sont  plus  génériques  et  plus  anciens  que 
Gaël  ou  Galle  ;  on  peut  en  croire  HércKÎote, 
Possidonius  et  César,  malgré  les  savantes 
objections  de  M.  Tliierry.  La  parenté  lU^^ 
deux  races  celle  et  scythe  a  été  suOIsaramecS 
établie  par  Pelloutier,  après  Arabon  el  Plo- 
lémée,  oui  appelèrent  les  Celtes  :  Sa^es,  Tr- 
tans,  Celto-Scythes;  après  Tacite,  Pline,  Fn»- 
cope  qui  ont  uni  Celles  et  Goths  aux  ScyUios 
par  tous  les  caractères  physiques  ;  et  à(»rès 
tous  les  historiens  qui  les  avaient  identifiés 
par  les  mœurs. 

Encore  aujourd'hui  l'idée  de  Scythes  «^ 
confond  dans  notre  esprit  avec  cellede  Tar- 
tnrc?,   peuples  noniaJes   qui  se   dépla^eti 


îa 


SCY 


D'ANTHROPOLOGIE. 


?cr 


f3S4 


sans  regret:  pasteurs  qui  peuvent  se  déplacer 
bien  loi  d,  car  ils  portent  avec  eux  leur  ri^îhesse 
etIeuroourriture.Cequis'appelleTartariesnr 
les  cartes  modernes,  est  le  lieu  où  se  centra- 
lisèrent les  Scythes  de  Fantiquité.  Les  Ckaiy 
de  Plolémée/le  ChaUû  du  moyen  Age  rap- 
pellent parCaitement  le  nom  des  Schéio  ou 
pasteurs  conquérants  d'Egypte.  Beaucoup  de 
Tartares  sont  de  pure  race  scythe  et  ont  con- 
serré  les  mœurs  de  leurs  aïeux,  sauf  les  mo- 
difications apportées  par  ks  religions  chré- 
tieanes,  lamaîques,  musulmanes. 

La  Scythie  de  Ptolémée  ou  Asie  centrale 
a  été  envahie  par  des  Mongols  basanés  qui 
«Hit  un  peu  mélangé  le  sang  et  Taspect  des 
Tartares,  leurs  voisins.  Ce  mouvement  est  de 
vieille  date,  car  les  nomades  cuivrés,  ca- 
mus et  rasés  ont  été  bien  décrits  par  Héro- 
dote sons  le  nom  d^Argrpéens. 

Aristote  parait  en  avoir  fait  la  troisième 
espè^  humaine  sous  le  nom  de  Tfarace;  les 
Ethiopiens  ou  nègres  et  les  Scythes  ou  blancs 
étaient  les  deux  autres  espèces.  Mais  Héro- 
dote et  Aristote  ont  en  vue  une  Scythie  bien 
plus  occidentale  que  celle  de  Ptolémée. 
Ef^Mrus,  de  Cumes,  contemporain  d'Aris- 
tote,  avait  déjà  classé  les  races  humaines  : 
les  Indiens  au  levant,  les  Ethiopiens  au 
couchant  d  hiver;  les  Celtes  au  couchant 
d*été,  les  Scythes,  au  levant  d*été.  Malte-Brun, 
grand  partisan  des  autochtones,  voit  là  l'o- 
rigine du  rêve  des  antiquaires  qui  tirent 
tous  les  peuples  européens  de  la  race  celtel 
Jtfalte-Brun  a  vécu  assez  pour  voir  élargir  le 
rêve,  puisque  les  Celtes  et  Germains  ont  été 
rapportés  à  la  race  indienne.  Et  lui-même  a 
€onfesséqu*il  était  au  moins  un  pays  sans  au- 
lochfones,  puisqu'il  affirme  que  les  îles  Aço- 
res  étaient  entièrement  vides  dliabitants 
quand  les  Portugais  y  arrivèrent. 

I^s  Scythes  d'Hippocrate  étaient  des  Gètes 
au'Abel  *Rémusat assimile  aux  Goths  et  dont 
il  a  suivi  les  traces  dans  des  temps  fort  an- 
riens  et  dans  une  Asie  très-reculée.  11  y  a 
<;Dcore  aujourd'hui  au  Précop  des  Tartares 
i^ui  parlent  le  tùdesque  d'Athanaric  et  d'Ul- 
philas.  Hérodote  qui  visita  la  Scythie,  au 
delà  de  Tlster  et  du  Borysthène,  énumère  et 
classe  géographiquement  plusieurs  familles 
lie  Scythes,  tantôt  parleurs  noms  de  tribus, 
tantôt  par  les  sobriquets  tirés  des  costumes, 
des  moeurs,  desapparences  physiques  :Calli- 
)>ètles,  iEgypodes,  Arimaspes,  Alazons,  Neu- 
ze3,  Obliopolites,  Androphages,  Budins,  Tis- 
sagètes,  Irques. 

A  la  place  de  ce  dernier  nom,  Pomponius 
Mêla  a  lu  Turkoi,  Turcs;  et  la  science  mo- 
derne a  approuvé  cette  vanante.  Les  Turcs 
M>nt  une  des  nations  les  plus  considérables 
et  les  plus  anciennes  de  la  Tartarie.  Ils  rat- 
tachent leur  origine  au  Taghorma  de  l'Ecri- 
ture si  justement  identiflé  au  Targitaos,  Gis 
<je  Japhet  ou  Jupiter.  Ses  trois  fils,  Lipoxaîs, 
A  rnoxais  et  Coiaxaïs  triple  terminaison  où 
Peiloutier  avait  cherché  le  tùdesque  sohn 
(fiis%  sont  arrangés  par  les  Tartares  en  trois 

^785)  LfXLEBC,  Rimarqu€s  sur  Uéhicde,  dans  les 
>'oies  «le  Larcber. 


frères  décorés  du  titre  de  khan.  Oghuz-khan 
qui  correspond  è  Arpoials  et  qui  est  con- 
temporain d'Abraham  a  quelques  traits  du 
]>éjocès,  le  Mode  ou  Jemschid  des  Arians  ; 
il  rappelle  Nemrod  par  sa  passion  pour  la 
chasse.  On  retrouve  là  d'anciens  souvenirs 
de  relations  avec  les  peuples  civilisés  du 
Caucase  méridional  d'où  le  roi  Craxare  en- 
voyait des  enfants  mèdes  chez  les  peuples 
Scythes  pour  avoir  des  interprètes  bien  ver- 
sés dans  la  langue  de  ces  voisins. 

Mais  le  gros  de  la  nation  turque  paratt 
s*ètre  développé  davantage  vers  l'Âltai , 
grand  plateau  entre  le  lac  Aral  et  la  Chine, 
la  Boukharie  et  la  Sibérie.  C'est  de  là 
que  les  tribus  se  sont  répandues  à  l'ouest 
et  au  midi  sous  le  nom  d'Ouigours,  Turko- 
mans,  Uzbeks,  Bouides,  Seljoukides,  Otto- 
mans. La  race  turque,  bien  connue  des  Chi- 
nois sous  le  nom  de  Tuku,  et  sous  le  sobri- 
quet de  tètes  jaunes  fut  mêlée  aux  expédi- 
tions des  Huns  à  cheveux  noirs  et  à  teint 
bronzé,  à  peu  près  comme  nous  avons  vu  de 
nos  jours  arnver  des  mêmes  régions,  des. 
nuées  de  Cosaques  blonds  avec  quelques 
hordes  de  Ralmouks,  véritables  fils  de  Huns. 
Seulement  la  race  mongole,  quoique  en 
minorité,  avait  fourni  le  chef  de  l'expédition, 
Attila.'la  terreur  occasionnée  par  1  invasion 
des  Huns  tenait  d'abord  à  leur  cruauté,  en- 
suite à  l'habileté  guerrière  et  équestre  de  ces 
barbares. 

Par  ce  dernier  point,  c'était  la  reproduc- 
tion à  quinze  siècles  d'intervalle  de  l'émo- 
tiôn  occasionnée  à  la  race  pélasge  hellène, 
par  la  première  apparition  de  Scythes  mon- 
tés à  cheval.  Cet  exercice  est  une  acqui- 
sition comparativement  récente ,  puisque 
l'Iliade  n'emploie  les  chevaux  qu'attelés 
aux  chars  de  guerre.  Lorsque  les  Thessa  - 
liens  virent  des  hommes  montés  sur  le 
cheval  lui-même,  leur  étonnement  et  leur 
effroi  imaginèrent  la  fable  des  monstres 
appelés  Centaures  et  Lapithes.  L'éducation 
du  cheval  à  ce  dernier  de^ré  peut  amener 
un  changement  profond  dans  les  mœurs  et  la 
condition  d'un  peuple.  On  l'a  vu  pour  les  tribus 
américaines  qui  ont  adopté  le  cheval  espa- 
gnol. Les  Scythes  touraniens  ou  ariaus  pu- 
rent eu  éprouver  une  juste  fierté,  et  cette 
Ijerté  put  aller  jusqu*à  modifier  le  nom  de 
quelque  tribu ,  peut-être  d*une  nation  en- 
tière, comme  un  érudit  (785)  a  cru  Pentre- 
voir  dans  le  changement  du  nom  des  C/- 
phmes  en  celui  de  Perses.  La  moitié  des 
peuples,  au  moins,  a  commencé  par  s'ap- 
peler guerrier,  brillant,  terrible,  brave  (786). 
Ombre  qui  !:ignifie  tir  en  espagnol,  est  le 
nom  des  Ombres  ou  Ambrons  de  la  vieille 
Gaule  Transalpine  et  Cisalpine.  Slave,  d'où 
nous  avons  tiré  esclave ,  n'a-t-il  pas  com- 
mencé par  signifier  glorieux  ou  gloire. 

Comme  la  division  du  travail  tout  entier 
devait  se  trouver  dans  cette  race  scythe  aux 
tribus  si  nombreuses,  aux  facultés  si  com- 
plexes ,    le    lot  humble  de    l'agriculture 

(7$G'>  E.  Salvcrtc,  Euai  sar  Ut  ncr.z  T'i9reê* 


1395 


scv 


DICTIONNAIRE 


set 


0» 


tomba  un  peu  prématurément  aux  Slaves 
Finnois^  bientôt  asservis  par  les  Suèdes  Wa* 
remues  ou  par  ii*autres  Warèsues,  Russes 
issus  des  Koxolaus.  Au  nord,  les  Slaves 
furent  asservis  par  les  Germains  ;  les  Slaves 
méridionaux  par  les  Maggiars ,  compagnons 
des  HunSy  des  A w  ares  et  représentés  encore 
au  Volga  et  au  Tobolk-Jaik  par  desTartares 
parlant  une  langue  très-ressemblante  au 
hongrois. 

Le  lot  guerrier  longtemps  continué  par 
richtoglan  turc  qui  parade  encore  dans  ^es 
cérémonies  publiques,  la  iagare  ou  double 
hache  scythe  semble  s*éteiudre  dans  la  vo- 
lupté; le  musulman  a  conservé  les  bains 
U'etuve  aux  lieux  mômes  où  Médée  les 
importa  jadis  ;  il  mêle  la  rêverie  de  l'opium 
il  livresse  que  ses  aïeux  les  Hyperboréens 
et  Badins  se  procuraient  avec  ie  chan- 
Tre  (787). 

La  géographie  ancienne,  assez  peu  pré-- 
cise  pour  le  monde  grec  et  romain,  put  as- 
signer vaguement  aux  Scythes  les  environs 
de  la  mer  Caspienne  et  de  r£uxin;  aux 
Gomériens,  aux   Celtes,  aux  Gaulois  les 
bouches  du  Danube,  les  Gaules,  la  forêt 
Hercynienne.  C'était  la  r.iême  race   à  des 
stations  diverses,  ayant  fait  un  pas  de  plus 
vers  le  midi  pour  chercher  du  soleil  et  de 
l'agriculture  ;  rers  loccident  pour  chercher 
du  vide  et  des  pâturages;  ayant  modifié  ses 
mœurs  par  une  industrie,  une  arme  nou- 
velle, Tedu^^ition  du  cheval  ;  ayant  modifié 
son  nom  par  une  épithète  orgueilleuse,  par 
le    nom    d'un  chef  illustre,  d'une  tribu 
Taillante.  Lorsqu'une  chaîne  de  montagnes, 
un  fleuve  proiond,  un  bras  de  mer,  une 
tribu  passée  à  l'état  de  nation  arrêtait  la 
marche  des  nomades,  il  fallait  bien  faire 
halte,  rétrograder,  fuir,  combattre,  chercher 
passage  à  droite,  à  gauche.  Ces  recours  fu- 
rent plus  fréquents  et  jplus  obligés  quand  I9 
race   eut  rencontré  TOcéan  aux  finislères 
Scandinaves,  gaulois,  ibériques,  africains. 
Ces  effets  par  cette  cause  seraient  recon- 
naissables  aux  lueurs  de  l'histoire  d'Eu- 
rope ,  quand  même  la  philologie  n'eût  pas 
révélé  le  plus  curieux  mot  de  cette  énigme 
complexe  en  retrouvant  la  vieille  langue 
de  l'Inde  dans  tous  les  dialectes  celtiques  I 
Les  nations  de  .l'Europe  moderne  sont  le 
produit  incontesté  de  la  distribution  et  su- 

iierposition  du  dernier  flot  de  Scythes,  sous 
e  nom  de  Germains  et  de  Slaves.  Us  recou- 
vraient un  flot  antérieur  arrivé  d'une  façon 
pareille  et  du  même  pays,  puisqu'il  se  com- 
posait de  Cimroériens*,  de  Gaulois,  de  Cel- 
tes (788).  Ne  demeure-t-on  pas  fidèle  à  toutes 
les  lois  de  l'analogie,  en  étendant  à  quelques 
siècles  très-obscurs  et  très-éloignés  le  mé- 
canisme qu'ont  vu  appliquer  vingt  siècles 

(7^7)  Hérodote;  Larcfaer.  Encore  aujourd'hui,  on 
fait  en  Orient,  avec  le  chanvre,  une  liqueur  forte- 
ment enivrante  nommée  bang,  Voy,  le  Mémoire  sur 
la  religion  musulmane  dans  Vlnde^  par  M.  Garcin  de 
Tasst.  m.  Silvestre  de  Sacy  a  rois  hors  de  doute 
Ui  les  assassins  du  mont  Liban  tiraient  leurs  noms 
u  hachich.  liqueur  enivrante  identitiue  an  bang. 
(788)  Il  laul  \\Yy\  dans  le  livre  de  M.  de  Brotonno, 


3 


de  suite  1  En  expliquant  par  le  trouble  des 
traditions  orales  et  par  un  peu  d^orgueil 
national  les  prétentions  d'autochtones,  d*a- 
borigèâes,  d*enfants  du  terroiri  arbories  par 
tant  de  peuples  d'Europe,  acceptées  par 
quelques  historiens  I 

Lorsque  les  Gaulois-Ombres  se  répandent 
dans  le  bassin  du  P6  douze  siècles  arant 
Jésus-Gbrist,  ils  le  troutent  occupé  par  des 
Sicules  qui  se  disent  ori^naires  du  sol ,  en 
oubliant  qu*ils  sont  arrivés  par  la  même 
route  après  avoir  été  chassés  par  les  Lt- 
giens  ou  Lyguresl  Caton  appelle  autocb- 
tones  les  peuples  du  Latium,  et  Denys 
d^Halicamasse  nous  apprend  oiie  ces  au- 
tochtones étaient  venus  d'Arcadie.  Les  Ar- 
cadiens,  race  têtue  et  stationnaire,  étaient 
des  Pélasges  comme  les  Ci*étois,  les  Itales, 
les  Osques,  les  Cariens ,  les  Phrygicns-My- 
siens  et  par  conséquent  comme  les  Tbraces. 
Un  peu  de  civilisation  spontanée  hâtée  par 
le  beau  climat  du  littoral  de  la  Méditerranée 
leur  avait  donné  de  l'aversion  pour  le* 
étrangers  qui  finirent  cependant  par  sédoiw 
les  Pélasges  grecs  et  les  régénérer  sousie 
nom  d'Hellènes. 

11 .  serait  superflu  de  reprendre  ici  l6 
preuves  de  l'identité  des  Pélasges  avec  les 
Hellènes  et  des  Pélasges  avec  les  Celtes. 
après  les  travaux  de  Fréret ,  Niébiihr,  de 
Brotonne,  Michelet,  Am.  Thierry.  Ledrui* 
disme  est  définitivement  rapporte  aux  mys- 
tères pélasgiques  de  Samotnrace  ;  les  sou- 
venirs de  1  Asie  ne  sont  pas  encore  effarés 
dans  les  dernières  traditions  des  peuples 
gaéliques  d'Erin  et  d'Albion  (789). 

La  nation  ibère,  divisée,  quinze  siècles 
avant  Jésus-Christ,  par  des  incursions  gau- 
loises qui  finirent  par  l'occulter  enlièrement* 
survit  encore  aujourd'hui  dans  Tidiome 
basque,  vestige  aussi  curieux  que  les  langues 
celtiques.  Les  secours  ou  les  embarras  que 
l'idiome  basque  peut  donner  à  l'Ethnogra- 

I)hie  regardent  l'article  oii  nous  éludions  les 
angues.  (Foy. Aborigènes.)  Cen't^tpasncn 
plus  ici  le  lieu  de  considérer  rapparente 
physique  d'un  peuple  réduit  à  de  faibles  dé- 
bris après  des  mélanges  continuels  avec 
d'autres  peuples.  Par  le  même  motif  ses  tra- 
ditions historiques  et  religieuses  ont  perJu 
leur  originalité  :  le  plus  ancien  monumeat 
de  la  langue  basque  a  trait  à  une  attaque 
romaine  du  temps  d'Auguste  (790).  Toun;- 
fois  l'induction  poussée  par  les  probahiliif^ 
et  les  preuves  permet,  ce  me  semble J^ 
considérer  dans  les  Ibères  le  flot  leplu> 
ancien  de  l'invasion  primitive  de  l'Europe 
par  les  Celtes  ou  Scythes  asiatiques. 

Le  rameau  ibère  était  un  peu  mêlé  de 
sang  chamite  ou  sémite,  puisqu'on  le  rii[^ 
porte  à  une  émigration  chaldéenne.  La  P''*' 

Tcnchalnement  des  trois  couches  scytb«.  ^^ 
thèse  est  la  plus  belle  partie  de  son  livre,  cl  la  và^^ 
prouvée. 

(789)  Am.  Thierry,  Histoire  des  Cauloiê,  loïfc- 
duction.  , 

(790)  Fauriei-,  Histoire  de  (a  Gaule  méridv>n-^' 
Notes. 


ISi7 


8CT 


D^AiNTHROPOLOGlI. 


S€T 


1338 


5 artdes  anciens  auteurs  ont  établi  la  parenté 
es  Ibères  d'Asie  et  d'Europe  par  Tincerti- 
tude  même  des  origines  qu*iis  leur  assi- 
gnaient; les  uns  (791)  tirant  de  FOccident 
les  Ibères  de  la  mer  Moire  ;  les  autres  (792) 
assignant  une  origine  asiatique  aux  Ibères 
d^Espagne.  Le  nom  est  reconnaissable  à  tra- 
vers ses  modifications  diverses ,  Heber  en 
Cbaldée,  Ibère  en  Espagne,  Hiberne  en  Ir- 
lande, Berbère  le  long  de  TAtlas;  peut-être 
jusque  dans  le  Breid-Zad  (  Eber-Zadé ,  fils 
dEber)  de  F  Amérique.  Nous  avons  déjà  re- 
marque le  même  éparpillementdans  le  temps 
et  ]*esDace  pour  les  noms  scy thés  :  on  aurait 
(ort  den  être  surpris;  il  serait  bien  plus 
étrange  que  de  si  longues  et  de  si  lentes  mi- 
grations n*eu$sent  pas  laissé  trace  de  leur 
passage  ou  de  leur  séjour. 

L'Europe  fut  donc  primitivement  peuplée 
principalement  par  le  nord  de  la  Méditerra- 
née avec  quelques  affluents  japheto-sémites 
(|ui  cheminaient  par  les  lies  et  le  long  de 
1  Asie.  Les  deui  courants  se  rencontrèrent 
dans  ces  mêaies  lies,  en  Espagne,  dans  l'Ar* 
morique.  Les  Ibères  ou  Celtibères,  Turdé- 
tains,Sicanes,  Aquitains,  Lyges  ou  Lifl[ures 
ne  seraient  donc  que  les  premiers  émigrés 
du  Caucase,  les  enfants  perdus  des  Gaëls, 
ayant  droit  à  ce  nom  d'indigènes  concédé 
parAmmien  Marcelin,  mais  y  ayant  droit 
seulement  à  titre  de  premier  occupant  d'un 
pays  vide. 

Tous  les  historiens  qui  ne  croient  pas 
délibérément  à  la  création  spontanée  des 
hommes  sur  chaque  point  de  la  terre  ont 
laissé  cette  équivoque  pendante  à  leurs  as- 
sertions d'autochtone  ou  aborigène.  Mais 
à  ceux-là  mâme  qui  avaient  fait  des  profes- 
sions de  foi  explicites  sur  la  multiplicité 
primitive  des  espèces  et  des  langues,  il  est 
arrivé  d'émettre,  au  nom  du  bon  sens  pra- 
tique, des  hypothèses  qui  infirmaient  sin- 
^lièrement  leur  do^e  épicurien.  Je  lis 
dans  Niébubr  ce  précieux  dpothegme  (793)  : 
•  Dans  les  traditions  obscures  le  même  peu- 
ple apparaît  tour  à  tour  comme  envahissant 
et  comme  chassé.  »  Il  est  impossible  de  for- 
muler avec  plus  de  sagacité  le  mécanisme 
lies  immigrations.  Un  peuple,  unetribumême 
ne  se  déplacent  pas  sans  envoyer  en  avant 
{uciques  éclaireurs.  Les  aventuriers  et  les 
tycutureux  précèdent  le  gros  de  la  nation. 
Larmée  française  conquérante  d'Alger  en 
8«%  trouva  à  la  Galle  une  colonie  française 
latant  au  naoins  du  roi  René,  puisqu'elle 
«riait  le  patois  provençal.  Penn  rencontra 
ics  Anglais  en  Amérique!  Chez  les  peuples 
ér)ourvus  d'industrie  et  d'unité ,  le  schisme 
t  le  départ  d'une  tribu  qui  va  chercher  for- 
une,  indépendance,  sont  événements  fré- 

(791)  Steabo:!  ,  DsNis  «  PtRitQkis ,  Socrite  le 
rhol.,  E.  PB  Césabée. 
|702)  Vabboh,  dans  Pli!ib. 
(795)  NiBBOBB,  Hiêtoire  rowuiine  ^  traduite  par 
olbéry. 

(7941  Db  Hobboldt,  Micbelet. 
(795)  Les  Lydiens,  selon  Hérodote,  avaient  tout 
venté  avant  les  Grecs.  On  ne  pouvait  mieux  ca- 
tériser  lea  peuples  Cluimiies,  frères  des  Phéni- 


(Qients  et  bientôt  oubliés.  Qu*une  émigra- 
tion rencontre  au  bout  de  plusieurs  siècles 
les  neveux  de  ces  émierés  primitifs,  il  suf- 
fira de  très-légères  altérations  de  mœurs,  de 
costumes,  de  langage,  pour  que  colons  et 
métropolitains  aient  peine  à  se  reconnaître 
et  surtout  pour  qu'ils  aient  peine  à  s'accom- 
moder sans  combat. 

Partout  donc ,  le  nom  d'autochtone  ne  dé* 
signe  que  les  premiers  arrivés.  Eux-mêmes 
ou  les  masses  desquelles  ils  s'étaient  sépa- 
rés conservent  le  souvenir  de  la  migration , 
quand  ils  possèdent  les  moyens  de  rendre 
ces  souvenirs  durables.  Mais  lorsque  ni  la 
ruche^  ni  l'essaim  n'ont  possédé  ces  moyens, 
l'essaim  a  pu  se  dégrader  bientôt  jusqu'à 
oublier  même  la  plus  grossière  industrie 
du  sauvage.  Les  insulaires  qui  avaient  perdu 
l'usage  du  feu  et  des  nombres  se  servaient 
encore  d'arcs  et  de  flèches.  Les  nègres  de  la 
Nouvelle-Hollande  ont  conservé  les  nombres 
et  le  feu  en  oubliant  l'arc.  L'arc  et  le  feu 
aussi  bien  que  les  nombres  et  surtout  une 
lançuesont  les  preuves  traditionnelles  d'une 
ancienne  parenté  avec  des  peuples  plus  ins- 
truits. 

Chez  les  Ibères ,  la  langue  et  les  momrs 
avaient  pu  Être  modifiées  de  très-bonne 
heure  parle  contact  des  peuples  de  l'Afrique 
et  de  la  Méditerranée  (794).  Nous  avons  déjà 
indiqué  ces  chemins  du  Caucase  comme  plus 
courts  que  le  nord  de  l'Euxin  et  la  vallée  du 
Danube,  surtout  après  que  les  Phéniciens 
eurent  facilité  les  communications  par  leurs 
vaisseaux  et  les  eurent  intéressées  par  leur 
commerce.  Il  y  eut  dans  les  trois  péninsules 
et  dans  les  lies  de  la  Méditerranée  un  mé- 
lange des  races  de  Sem  et  de  Japhet ,  mé- 
lange encore  visible  dans  les  traits  et  dans 
la  langue  des  Espagnols.  La  conquête  araho 
la  retrempé ,  mais  elle  n'en  eut  pas  l'ini- 
tiative. Treize  siècles  avant  notre  ère,  les 
Phéniciens  maîtres  de  tout  le  littoral  de  la 
Méditerranée  avalent  passé  le  détroit  de  Cal- 
pé  et  d'Abyla,  creusaient  des  ports,  traçaient 
des  routes,  exploitaient  des  mines  dans  la 
Gaule  méridionale.  Peu  après  les  Pélasgcs  et 
Gaëls  ombriens  d'Italie  recevaient  des  Ly- 
diens f795jetdes  Grecs  d'Orient,  les  arts» 
l'alphaoet  et  les  religions  dès  longtemps  ap- 
portés par  Inachus,  Cécrops,  Cadmus  et 
Danaiis. 

Rien  n'est  plus  favorable  à  l'humanité  que 
ce  frottement  des  civilisations  et  des  races  : 
l'enthousiasme  allemand  l'oublie  un  peu 
lorsque,  tout  fier  d'avoir  reconstruit  les  an- 
nales du  monde ,  il  pare  sa  race  du  titre 
d'indo-gcrmanique  I  La  prétention  est  un 
peu  étroite  malgré  la  longueur  du  titre  : 
aucune  allusion  aux  éducateurs  chamites  ; 

• 

tiens  et  Eg^nptiens,  dont  réducation  fut  si  précoce  et 
si  rapide.  (Cf.  Charles  LENORMâ!fT,  Coun  tChuîoire 
ancienne.  Vop,  aussi  Pérégrination$  en  Orient^ 
Deuriptionê  aet  tombée  éirusauei,  de  Cobketto.  Ce 
ne  sont  pas  seulement  les  traaitions  de  Tart  égyptien 
qni  sont  manifeslées  dans  ces  curieux  monuments  ; 
les  races  Chamites  y  sont  aussi  clairemenl  rece»- 
naissablcs. 


1339 


SEM 


DICTîONNAHlE 


SEM 


i:iâ 


les  tèros  aînés,  les  Celles  qui  y  sont  sour- 
noisement oubliés  ;  les  aïeux  scythes  re- 
montent à  rindou.  Autant  valait  Tarbre  gé- 
néalo^^ique  de  leurs  barons  du  moyen  â^je, 
arrivant  toujours  à  Adam  1  Comment  la  phi- 
lologie qui,  à  l'heure  qu'il  est,  peut  r«ip- 
procner  avec  bonheur  tant  de  noms  anciens 
et  raoJernes  (796) ,  comment  cette  science 
nationale  et  patriote  n'a-t-elle  pas  fermé  eu 
un  cercle  complet  les  traditions  du  passé  et 
du  présent  en  rapprochant  Titans  et  Teu- 
tons. Saxes  et  Saxons  de  l'Allemagne,  5aAe5 
de  la  grande  Soylhie  et  Saces  excommuniés 
du  livre  de  Menou  1 

SEIGLE  {Secale  céréale). —Cette  céréale 
ne  paraît  point  avoir  été  inconnue  aux  an- 
ciens. Gallien  dit  avoir  vu,  en  Thrace  et 
dans  la  Macédoine,  un  grain  nommé  briza^ 
qui  donnait  un  grain  noir  et  de  mauvaise 
qualité;  comme  ensuite  il  ajoute  que  ce 
grain  ressemble  à  une  espèce  a'épeautre,on 
ne  peut  pas  attacher  une  trop  grande  valeur 
à  jco  passage  (796*).  La  petite  épeautre  ou 
froment  locar  (triticwn  monococcum)  donne 
un  pain  brun  foncé.  Gallien  ajoute  ensuite 
que  le  [)ain  et  la  farine  du  rifn  sont  d'une 
qualité  inférieure  à  celle  de  ro>v/ja.  Ainsi  le 
trlticum  monococcum  ou  petite  épeautre  pour- 
rait bien  être  le  Ttç»»?;  peut-être  aussi  sera- 
t-il  le  zeopyrum^  que  Gallien  dit  être  une 
céréale  cultivée  en  Bithynie,  et  qui  tient  le 
milieu  entre  le  fromsnt  et  le  bnza^  car  le 
pain  qu'on  en  obtient  est  autaâTt  supérieur 
en  qualité  au  pain  de  briza  qu'il  est  infé- 
rieur à  celui  que  donne  le  froment.  Le  mot 
secale  ne  se  rencontre  chez  les  auteurs 
latins  que  dans  Pline  (/.  xviii,  c.  16),  qui  le 
cite  dans  l'énumération  des  plantjs  four- 
ragères. Il  ne  dit  pas  que  le  pain  qu'on  en 
faisait  fût  noir,  mais  que  c  était  un  f]çraia 
noir;  on  ne  peut  donc  conjecturerque  c'était 
un  froment  noir,  une  éiicaulre  ou  une  orge 
noire.  iMais  on  ne  peut  çuère  s'arrêter  à  te 
que  dit  un  écrivain  aussi  obscur  que  Pline 
dans  sa  rédaction,  et  qui  confond  tout  en- 
semble. Marschal  de  lîiberstein  a  cru  d'a- 
bord avoir  trouvé  le  seigle  à  l'état  sauvage 
dans  la  steppe  caucasique  de  la  mer  Cas- 
pienne ;  mais  ensuite  il  a  changé  d'opinion 
cjuand  il  a  vu  que  les  épis  se  brisaient  près  de 
1  articulation;  il  a  donné  alors  à  cette  gra- 
ininée  le  nom  de  secale  fragile.  Ce  seigle  cndt 
s;)ontanément  dans  tout  le  suJ-est  de  l'Eu- 
rope, jusqu'à  Chaikow.  Gussoc  a  trouvé  sur 
les  montagnes  do  la  Sicile  une  esjiô.e  ana- 
logue, le  secale  montanum;  et  cest  peut- 
ôtre  celte  découverte  qui  a  été  la  cause  de 
tout  ce  qu'on  a  débité  sur  les  céréales  sau- 
vages de  la  Sicile. 

SÉMINOLES.  Voy.  Alléghaniexs. 

SÉMITIQUE,  famille  du  rameau  araméen 
de  la  race  humaine  blanche.  Populat  on 
20,500,000.  Comprend  les  Arabes,  les  Juifi, 

(796)  Par  exemple  :  Ibères  de  Géorgie  et  d'Es- 

Êagne,  Bébrikes  d  lonie  et  des  Gaules,  Calédooia, 
Icosse  et  Calydon,  forôt  et  ville  d*£olie;  Albiou  cl 
Albanie;  belge  cl  pelage,  bolgue  et  volsquc.  Au  con- 
traire, le  professeur  llask  a  voulu  faire  prcvaloir  la 


les  Syriens.  —  Les  nations  sémitiques  ou 
syro-arabes  occupaient  une  région  de  l'A- 
sie intermédiaire  à  celles quTiabilaient dune 
part  la  race   égy tienne,  de  l'autre  les  ra- 
ces  indo-européennes  :  d'ailleurs  elles  diffé- 
raient de  ces  deux  races  parleurs  caractères» 
physiques  et  moraux.  Suivant  d'anciennes 
autoriiés  citées  par  Strabon,  et  ^ui  ont  pan 
h  Bochart  et  Heeren  tout  à  fait  ditOies  de 
crédit,  le  domaine  de  ces  nations  s'étendait 
vers  le  nord  jusqu'au  Pont-Euxin,  coîd- 
I  xenant  le  pays  des  Cappadociens,  nommés 
par  les  Grecs,  au  temps  d'Hérodote,  Leuco- 
Syrij  ou  Syriens  blancs;  à  l'est,  il  confinait 
avec  l'Arménie  et  la  Perse,  et  plus  au  midi, 
il  s'étendait  jusqu'à  l'Océan  indien,  com- 
prenant les  pays  arrosés  par  les  grandes 
rivières  de  la  Mésopotamie;  enfin  la  Syrie, 
la  Palestine  et  l'Arabie  formaient  ses  par- 
ties orientales  et  méridionales.  Cependant  il 
conviendrait  peut-être  d'y  comprendre  en- 
core quelques  portions  de  l'Afrique,  qui 
paraissent  avoir  été  colonisées  dans  des 
temps  fort  reculés  par  des  peuples  i:ar!aal 
<le5  dialectes  de  la  langue  syro-arabc. 

Entre  toutes  ces  nations,  si  ditTérenlcs  da 
mœurs,  dont  les  unes  sont  nomades,  les 
autres  agricoles,  d'autres  manufacturière*  cl 
commerçantes,  il  existe  un  lien  commun, 
c'est  celui  du  langage.  Ce  langage  si  reraai- 
quable,  si  complètement  différent  de  tous 
les  autres  idiomes  humains,  en  roèine  temps 
qu'il  établit  la  liaison  entre  les  diverses 
nations  qui  le  parlent,  nous  donne  un 
moyen  suret  commode  pour  les  distinguer 
entre  elles,  pour  les  répartir  en  groupes. 

Les  langues  parlées  par  les  nations  ancien- 
nes et  modernes  appartenant  &  celte  famille 
peuvent  ôtre  divisées  en  quatre  classes,  cor- 
respondant à  quatre  embranchements  priu- 
cijjaux ,  savoir  : 

1"  I-a  branche  septentrionale  et  oricntalct 
appelée  aramécnno  ou  syrienne.  La  lan^ne 
qu  elle  parlait  dans  les  anciens  temps  se 
trouve  dans  le  syriaque  des  versions  de 
l'Ancien  Testament  et  le  chaldéen  des  der- 
nières parties  de  ce  livre  et  des  Tartjwns  uii 
paraphrases.  Si  les  Cappadociens  étaient  m 
effet  des  Sj^riens,  comme  nous  le  suppo- 
sons, c'était  assurément  là  leur  idiuiiie. 
C'était  aussi,  suivant  toute  apparence,  celui 
des  anciens  Hébreux,  jusqu'au  moment  «»ù 
les  Abramidcs  occupèrent  la  terre  promise 
de  Chanaan,  et  adoptèrent  des  premiers 
habitants  de  ce  pays  le  chananéen  ou  hébau 
propre. 

Plusieurs  écrivains  allemands,  particu- 
lièrement Michaëlis  et  Schloezer,  oulsop- 
l)Osé  que  les  Chaldéens  ou  Chasdinis  étaitnl 
un  peuple  distinct  des  Assjricns  et  des  Sy- 
riens, et  que  la  Chaldée  primitive  était  une 
région  située  au  nord  de  la  Syrie  et  de  la 
Mésopotamie.  Les  Chaldéens,  ou  plutôt le^ 

dénomination  du  scylhe  pour  les  nalioas  scppo>^^ 
distinctes  de  la  race  indo-gcrmaniquc. 

{im'\  De  aliment,  facnti..  l.  i,  c.  13,  p.  CîO.c-i'- 
Kùlai 


1541 


SM 


D*ANTUR0P0L0G1E. 


SEU 


13  li 


Chafdims,  sontsouTent  mentionnés  par  les 
écrivains  sacrés  dans  les  dernières  périodes 
des  dynasties  royales  de  Judas  et  de  Sama- 
rie  coînme  étant  un  peujileguerrierdu  Nord. 
Les  écrirains  grecs  rattachent  les  Cbaldéens 
aui  Carduchi  et  aux  Chalybes,  peuples  mon- 
tagnanis  et  barbares  qui  occupaient  quel- 
ques parties  de  la  haute  région  du  Kurdis- 
tan,  et  dont  les  premiers  ne  commencèrent 
à  être  connus  des  Européens  que  par  l*op- 
position  qu'ils  firent  à  la  retraite  de  Xéno- 
phon.  Miehaêlis  pense  que  ces  Chasdims 
montagnards  y  qu'il  suppose  ne  point  appar- 
tenir à  la  race  sémitique,  mais  avoir  été 
une  tribu  scythe  ou  peut-être  slave,  firent 
une  inrasion  dans  les  plaines  de  la  Méso- 
potamie,  yers  le    tem/iS   dlsaie,    et  que 
h  ils  établirent  un  nouvel  empire  qui  fut 
celui  des  derniers  souverains  cbaldéens  ou 
babyloniens;   cette   hypothèse  du  célèbre 
orientaliste    n*est    soutenue    par    aucune 
preuve  historicfue  de  quelque  valeur,  et  sem- 
ble reposer  uniquement  sur  un  petit  nombre 
d'interprétations  fort  hasardées  des  noms  de 
certains  souverains  babyloniens  (797). 

2*  L^bëbreu ,  le  cluftianéen  ou  le  phéni- 
cien (  car  c'est  la  même  lan^e  ou  peu  s*en 
faut),  ainsi  que  Gésenius  l'a  prouvé,  fut 
parlé  par  les  Hébreux,  depuis  le  moment 
où  ils  ladoDtèrent  à  leur  arrivée  en  Pales- 
tine, jusqu'à  ré(ioque  de  la  captivité  de  Ba- 
bylone ,  époque  à  laquelle  on  suppose  qu'ils 
le  changièrent  pour  le  chaldéen,ou  qu'ils 
revînren  t  à  l'usage  d'un  dialecte  plus  rap- 
proché de  celui  qu'ils  parlaient  avant  Abra- 
ham. Ce   langage  était  peut-être,  avec  de 
lé.:ères  liiflérehces,  celui  des  Etats  de  Tyr  et 
de  Sidon ,  de  Carlhage  et  des  colonies  car- 
thaginoises. Gésenius  suppose  même  que  la 
langue  naaiide  était  un  hébreu  pur  ou  pres- 
que par.  II  faut  remarquer  que  l'on  n'a  dé- 
couvert aucune  trace  d'inscriptions  phéni- 
ciennes au  nord  des  colonnes  d'Hercule, 
et    Gésenius    déclare    positivement    qu'il 
n'existe,    aucune    preuve   des    prétendues 
colonisations  que  les  Phéniciens  auraient, 
au  dire  de  plusieurs  historiens  et  antiquai- 
res du  siècle  dernier,  fondées  sur  divers 
{¥>'nts  des  côtes  européennes. 

3*  La  troisième  division  des  dialectes  syro- 
arabes  se  compose  des  idiomes  arabes  pro- 
vreiDcnt  dits  comprenant  le  maugrebin,  ou 
rara^te  occidental. 

V  Vil  quatrième  Ianga:;e  appartenant  à  la 
50ur-he  syro-arabe  parait  avoir  été  décou- 
vert dernièrement  dans  la  partie  méridio- 
nale de  TArabie.  H.  Fresnel  a  soutenu  que 
les  habitants  barbares  de  Mahrah  parlent 
encore  l'idiome  qui  était  en  usage  à  la  cour 
de  la  reine  deSaba,c'est-à-Jire  le  dialecte  des 
Ara'^es  Hfaimyarites  qui  sont  les  Homérites 
des  Grecs.  M.  Fresnel,  qui  a  fait  des  recher- 
ches sor  les  formes  de  ce  langage,  le  désigne 

('797)MiciuELis,  Specim.  geotiraph,^  Ext.,  part,  n, 
r».  80.  —  ScBLOEZfiR,  Von  den  Chaldœem.  (EicBoa5''8, 
'//  Bnt^rt^r  fÛT  BibL  und  MfgerÀaeniL  Ltf.,  th.  8.) 
—  i.-R.  FoasT£R*8,  Kpt Jlo/a  de  Chnldœi*,  (MtcniEL., 
N  ec.  a^ogr.  Uebr,^  Eil.)  —  Kojf.  aassî  des  remar- 
q'i^s  li'AdeluDg  sur  ce  s  !;^c,  «'aiis  la  prcmiérr  lar- 


sous  le  nom  d'ekhkili,  «  nom  ,  dit-il,  que  se 
donne  à  elle-même  la  noble  race  qui  habito 
les  montagnes  de  Hfaacik  ,  Mirbât  et  Zhaiar, 
sur  la  côte  méridionale  de  la  péninsule  ara* 
bique  (796).  B  L'ekhkili,  par  ses  formes,  se  rap- 
proche plus  de  rhékreu  et  du  syriaque  oue 
de  Tar^ûie  ancien  ou  moderne ,  et  ce  fait 
conOrme  jusqu'à  un  certain  point  l'assertion 
des  écrivains  ancieris  qui  déclarent  que  des 
Phéniciens  vinrent  originairement  en  Pales- 
tine, des  bords  de  la  mer  Ery  thréenne  ou  de 
l'Océan  indien.  Les  Homérites  étaient,  nous 
dit-on  ,  le  peuple  shémite  qui  Ipaversa  la 
mer  Rouge  et  fonda  le  royaume  abyssinien 
d'Aioume  ou  Axum,où  se  [parlai t,dès le  temps 
de  Frumentius,  et  peut-être  à  une  époque  fort 
antérieure,  le  gheez,  qui  est  l'ancien  éthio- 
pien des  versions  du  Vieux  Testament  et 
des  autres  livres  sacrés  de  l'Eglise  abyssi- 
nienne. L'opinion  de  M.  Fresnel  a  reçu  une 
puissante  confirmation  par  les  découvertes 
récentes  du  lieutenant  Wellsted  et  d'autres 
voyageurs  qui  ont  trouvé,  en  différentes  par- 
ties de  rOman  ou  Arabie  méridionale  ,  des 
inscriptions  dont  les  caractères  diffèrent  du 
rtf//fe,  c'est-à-dire  de  la  plus  ancienne  forme 
de  lettres  connue  parmi  les  Arabes  du  nord, 
tandis  qu'ils  se  rapprochent  d'une  manière 
frappante  des  lettres  du  gheez.  Ces  décou- 
vertes rendent  très-probable  l'existence  d'un 
ancien  langage  voisin  du  syriaque,  de  l'hé» 
breu  et  de  l'arabe,  mais  ayant  son  caractère 
propre  ,  langage  qui  aurait  été  parlé  jadis 
sur  une  vaste  étendue  de  pays  située  au 
sud  des  pavs  occupés  par  les  Arabes  pro- 
prement dits;  peut-être  était-ce  l'idiome 
des  Arabes  cushites,  dont  la  race  passe  pour 
être  plus  ancienne  que  celle  ùes  Joktani- 
des  (799)  et  qui  sont  alliés  de  plus  près  aux 
Phéniciens  ou  Canaanites ,  appartenant , 
comme  ces  derniers,  aux  nations  chamites, 
et  non  aux  shémites  ,  ainsi  que  nous  l'ap- 
prennent les  généalogies  bibliques. 

Dos  différents  peuples  liés  par  cette  com- 
munauté de  langage,  quelques-uns  jadis 
célèbres  sont  aujourd'hui  presque  éteints  , 
tandis  que  d'autres  ,  répandus  au  loin  sur 
la  face  du  monde ,  soit  comme  des  fugitifs 

Î persécutés  pour  leur  croyance  ,  soit  comme 
es  apôtres  victorieux  d'une  religion  triom- 
Ïihante,  semblent  destinés,  par  1  énergie  de 
eur  esprit  indomptable,  à  durer  jusqu*à  la 
fin  des  tcmns.  La  race  syriaaue  existe  à 
peine;  son  langage  survit* seulement  dans 
quelques  districts ,  sur  les  frontières  du 
Kurdistan  :  partout  ailleurs ,  il  sQtii  perdu 
par  suite  de  la  dénomination  arabe.  Les  Uo- 
méritesd'Arabie,s'il  en  existe encore,sont  |ieu 
connus;  quant  aux  Homérites  abyssiniens, 
ils  sont  les  uniques  habitants  de  la  province 
de  Tigré,  province  située  à  l'est  du  Tacazze, 
et  dont  l'idiome  ressemble  encore  à  laucien 
gheez.  Les  Arabes  qui ,  i>ar  leurs  victoires , 

tîe  du  Mithridates  oder  AUgem.^  par  SpRAcnE5Ki'M)E. 
(798)  Articles  de  M.  Fresael  ôans  LÎvcrs  ULine- 


ros  au  Souteau  Journal  asiatique;  f^aris. 

(799)  D«.*soen.iants  de  JoLlan,  qui,  s::;'.a:.l  L 
dition,  est  le  père  des  tribus  aiiLLcs. 


ira- 


I5IS 


8E3I 


DICTIONNAIRE 


SEM 


iSU 


ont  répandu  l'islamisme  depuis  TAtlantique 
jusqu^au  Gan^^e,  et  les  Jnifs  crui  se  sont  dis- 
séminés sur  tous  les  points  au  globe ,  sont 
1)eut-être  plus  nombreux  aujourd  hui  que  ne 
'étaient  leurs  ancêtres. 

Les  Juifs  ont  pris  les  caractères  physi» 
ques  des  nations  au  milieu  desquelW  il! 
ont  fait  une  longue  résidence,  et  pourtant 
ils  peuvent  toujours  se  reconnaître  h  certains 
traits  particuliers  de  leur  physionomie.  Dans 
les  contrées  septentrionales  de  r£urope,  ils 
ont  la  peupi  blanche  ;  les  Juifs  anglais  ont 
généralement  les  vaux  bleus  et  les  cheveux 
blonds;  dans  quelques  parties  de  TAIIema- 
gne ,  on  en  voit  beaucoup  avec  la  barbe 
rouge;  en  Portugal,  ils  sont  basanés.  On 
sait  que  depuis  des  temps  fort  reculés  ,  ils 
se  sont  répandus  sur  un  grand  nombre  de 
points  de  TAsie  orientale ,  en  Chine ,  en 
Tartarie  et  dans  le  nord  de  Tlnde.  Il  y  en  a 
beaucoup  dans  les  villes  de  la  province  do 
Cochin  et  dans  Vintérieur  du  Malabar.  Des 
coiumunications  mutuelles  se  conservent 
entre  ces  diverses  colonies  orientales  qui 
paraissent  appartenir  à  une  même  souche  , 
être  le  produit  dune  même  iLigration ;  à 
quelle  époque,  cependant,  celte  migration 
a-t-elle  eu  lieu?  C'est  ce  qu'on  ignore  com- 
plètement. 
Les  Juifs  établis  dflns  la  province  de  Cochin 

f^eraisseut  y  avoir  ûxé  depuis  très-longtemps 
eur  résidence.  Aujourd  hui  ils  sont  noirs 
et  si  complètement  semblables ,  pour  le 
teint,  aux  indii$ènes,que  le  docteur Claudius 
Duchanan  dit  qu'il  ne  pouvait  pas  toujours 
les  distinguer  des  Indous  (800).  Il  donne  è 
(entendre  que  la  couleur  noire  des  Juife  qui 
se  rencontre  dans  les  différentes  parties  de 
rinde  ,  pourrait  dépcnJre  d'un  mélange  par 
mariage  avec  les  Indous  ;  mais  il  n'y  a  au- 
cune preuve  que  celte  supposition  soit  fon- 
dée ,  et  au  contraire ,  il  est  probable  que  la 
conservation  des  Juifs  dans  ces  contrées 
comme  peuple  distinct  n'est  due  ,  là  comme 
ailleurs,  qu'à  leur  constant  éloignement  de 
tout  mélange  avec  les  indigènes.  Les  Jésui- 
tes qui  ont  été  en  Chine  disent  positivement 
que  les  Juifs  du  Honan,  qui  se  sont  établis 
cians  cette  contrée  depuis  bien  des  siècles, 
forment  toujours  une  société  à  part ,  et  ne 
se  marient  qu'entre  eux  (801).  Il  y  a  lieu  de 
croire  que  les  anciens  habitants  juifs  de  la 
province  de  Cochin  faisaient  partie  de  la 
luôrae  migration  que  ceux  de  la  Chine  ,  et 
il  n'est  pas  probable  qu'ils  aient  différé  de 
leurs  frères  sous  le  rapport  des  relations 
avec  les  indigènes. 

Caractères  physiques  des  Arabes.  Les  Ara- 
bes sont  en  partie  pasteurs,  ou,  comme  on 
dit  dans  leur  langue,  Ebn-el-Arab,  et  Bedauwi 
(d'où  les  Européens  ont  fait  le  mot  Bédouin), 
en  partie  cultivateurs  ou  /e/afcin,  en  par- 
tie huddriy  c'est-à-dire  habitants  des  villes. 
Les  Arabes  agriculteurs  sont  plus  grands  et^ 
plus  robustes.  Les  Bédouins  sont  minces  el 

(800)  n  y  a  à  Mattacheri,  ville  de  Cocidn,  une  ro- 
lonie  parliculîère  de  Juifs  arrivée  dans  ce  pays  à  une 
époque  postérifure,  et  que  Ton  nomme  Juifs  de  Je- 


grêles.  M.  Fraser  nous  assure  que  chez  les 
Và*ais  Arabes  les  formes  n'ont  rien  d*athlé- 
tique,  mais  indiquent  de  l'énergie  et  de  l'ac- 
tivité. «  Les  hommes  des  classes  supérieu- 
res que  nous  avons  eu  l'occasion  d*ol>senrer, 
tels  oue  les  sheiks  et  leurs  familUes,  ayalent 
tous  le  même  caractère  de  figure.  Le  visage 
était  généralement  long  et  mince,  le  froal 
peu  élevé  avec  une  protubérance  arrondie 
vers  le  sommet,  le  nez  aquilin,  la  bouche  et 
le  menton  fuyants,  ce  qui  donne  au  jwofii 
un  contour  arrondi  plutôt  que  droit  »  les 
yeux  enfoncés ,  noirs  et  brillants.  Leurs 
membres,  grêles  et  peu  musculeux,  étaient 
petits,  surtout  les  mains  qui  offraient  chez 
quelques-uns  une  délicatesse  presque  fé- 
minine. La  barbe  était  généralement  d'un 
noir  foncé,  ou  on  lui  donnait  artificiellement 
cette  couleur  lorsqu'elle  n'était  pas  naturelle; 
quelques-uns  cependant  conservaient  ienr 
barbe  grise,  et  nous  remarquâmes  un  vieil- 
lard dont  la  barbe  blanche  de  lait  avait  été 
teinte  en  jaune,  ce  qui,  joint  à  des  yeux 
bleus,  produisait  un  effet  très-singulier.  ■ 

M.  de  Pages  a  dépeint  les  Arabes  du  désert 
entre  Bassora  et  Damas.  «  Us  sont,  nous  dit- 
il,  très-légers  à  la  course,  de  moyenne  taille* 
nerveux,  maigres,  et  d'un  brun  noir;  les 
véritables  Bédouins  portent  leur  cheveux  et 
leur  ba.'be,  et  généralement  tous  les  Arabes 
(ortent  la  barbe  qu'ils  ont  très-fournie  ;  leur 
tiguro  est  allongée;  leurs  traits  sont  grands 
et  réguliers;  leurs  yeux  sont  srands,  secs, 
noirs  el  d'une  vivacité  sombre.  Cette  physio- 
nomie et  ridée  qu'on  se  fait  d'eux  leur  don* 
ncnt  Talr  un  peu  farouche  au  premier  abord; 
mois  on  leur  trouve  bientôt  de  la  noblesse 
et  Tair  mâle.  J'ai  remarqué  que  les  Arabes 
du  m.ilicu  du  désert  avaient  les  cheveui 
presque  crépus  et  à  peu  près  de  même  na- 
ture que  ceux  des  nègres.  » 

La  peau,  chez  les  Arabes  de  la  cAte  du  Ye- 
men,  est  généralement  d'un  jaune  tirant  sar 
le  brun,  couleur  qui  évidemment  est  natu- 
relle à  la  race,  et  ne  vient  pas  d*un  mélange 
avec  les  Africains.  Niébuhr  nous  dit  :  •  que 
les  femmes  arabes  des  contrées  basses  ei 
exposées  aux  chaleurs  ont  naturelleirent 
le  peau  d'un  jaune  foncé,  mais  que  dans  les 
montâmes  on  trouve  de  jolis  visages,  mêiiit» 
parmi  les  paysannes.  » 

Les  crânes  de  la  race  arabe  offrent,  seloa 
le  baron  Larrey,  le  type  le  plus  parfait  de  !a 
tête  humaine. 

Ce  savant  remarque  *i  que  les  crânes  des 
Arabes  ont  une  forme  à  peu  près  spliérique, 
et  que  la  voûte  de  cette  boîte  osseuse  pré- 
sente chez  eux  une  grande  élévation. 

tf  La  perfectibilité  que  nous  avons  recon- 
nue dans  tous  les  organes  de  la  vie  intérieure* 
et  dans  ceux  de  la  vie  de  relation  chez  k> 
Arabes,  ajoute  M.  Larrey,  annonce  une  iorel* 
ligence  innée  proportionnée  à  celte  perfec- 
tibilité physique  et  sans  doute  supéneoiv. 
toutes  choses  égales  d'ailleurs,  à  celle  \^t 

nisalem  ou  Juifs  blancs. 
(8(>l)  DcHALDE,  Htcncit  de  tavaae$  d^A$iUt  vgt  1^« 

p.  227. 


1515 


SEM 


D'ANTHROPOLOGIE. 


SEM 


15K 


eiemple,  des  peuples  du  nord  de  la  terre, 
c  £d  K^pte,  nous  avons  remarqué  que 
*i$  jeunes  Tndiridus  arabes  de  l'un  et  de  l'au- 
tre seie  imitaient  avec  une  iacîJilé  surpre- 
nante tous  les  travaux  de  nos  artistes  ou  de 
nos  ouvriers.  Hs  apprenaient  également  les 
lances  avec  une  rapidité  remarquable.        « 
€  Indépendamment  de  cette  élévation  de 
la  voâte  du  crâne  et  de  sa  forme  presque 
spbëriqne,  la  surface  des  mâchoires  a  une 
firande  étendue  et  se  trouve  dans  une  lii^ie 
droite  ou  perpendiculaire;  les  orbites,  plus 
évasés  qu  on  ne  l'observe  en  général  sur  les 
crânes  des  Européens,  sont  un  peu  moins 
inclinés  en  arrière  :  les  arcades  alvéolaires 
sont  peu  prononcées  et  garnies  de  dents  très- 
blanches  et  rentières;  le^  dents   canines 
surtout  sont  peu  saillantes,  ce  qui  confirme 
Tassertion  émise  par  les  vovageurs  qui  ont 
été  à  même  d'observer  le  ré^medes  Arabes, 
}iortant  que  ce  peuple  mange  peu  et  rare- 
ment de  la  viande.  Nous  nous  sommes  é*;a- 
lement  convaincus  que  les  os  de  la  tète  des 
individus  de  cette  nation  sont   plus  minces 
que  chez  les  autres  peujJes,  en  leur  sup}K)- 
sant  ios  mêmes  dimensions;  ils  m'ont  aussi 
]>aru  plus  denses,  ce  qui  est  indiqué  nar  la 
plus  grande  transparence  que  nousprésemo 
cette  botte  osseuse  (802).  » 

Le  baron  Larre^  a  observé  que  cette  su- 
périorité d'organisation  des  Arabes  ne  se 
manifeste  pas  seulement  dans  la  confonna- 
niation  de  la  tète  osseuse,  mais  qu'on  Vob- 
serve  également  dans  les  autres  parties  du 
squelette.  Ces  observations  sont  importantes, 
et  ne  peuvent  manquer  de  nous  intéresser, 
puisqu'elles  se  rattachent  à  l'histoire  d'une 
race  qui,  en  y  comprenant  toutes  les  bran- 
ches, et  notamment  les  Hébreux  et  les  Phé- 
niciens, peut  être  considérée  comme  la  pre- 
mière et  la  plus  grande  de  toute  la  lamille 
humain». 

«  Nous  ayons  observé  encore,  dit  plus  loin 
le  même  auteur  : 

«  l*Qtte  les  circonvolutions  du  cerveau 
dont  la  masse  est  proportionnée  à  la  capacité 
<Ju crâne,  sontptus  multipliées,  les  sillons  qui 
les  séparent  plus  profonds,  et  les  substances 
qui  forment  cet  organe  plus  denses  ou  plus 
f^Tuies  que  chez  les  autres  races. 

«  2*  Le  système  nerveux,  qui  part  de  la 
moelle  allongée  et  de  la  moelle  épinière, 
nous  a  paru  être  composé  de  nerfs  plus  den- 
ses oue  chez  les  peuples  européens  en  gé- 
néral. 

«  3*  Le  coeur  et  le  système  yasculaire  ar- 
t'iriel  présentent  une  régularité  et  un  déve- 
loppement parfaits 

«  4*  Les  sens  des  Arabes  sont  exquis  et 
d'nne  perfectibilité  remarquable;  la  Tue 
chez  eux  s*étend  fort  loin  ;  ils  entendent  à 
rie  très-grandes  distances  et  ils  perçoivent 
les  odeurs  les  plus  subtiles  ;  cette  perfection 
se  fait  remarquer  aussi  dans  tous  les  organes 
de  la  TÎe  intérieure. 
m  Le  système  musculaire  ou  locomoteur 


est.fortement  prononcé,  ei  se  oessme  sensi- 
blement sous  la  peau  :  ses  fibres  sont  d*un 
rouge  foncé,  fermes  et  très-élastiques,  ce 
qui  explique  la  force  et  1  a^lité  de  ce  peu- 
ple. 

«  On  est  loin  de  trouver  cette  perfectibilité 
physique  chez  les  nations  mélangées  d  une 
partie  de  l'Asie,  de  l'Amérique ,  et  surtout 
chez  celles  des  parties  septentrionales  de 
l'Europe.  D'après  cela,  je  me  persuade  que 
le  }>erceau  du  genre  humain  se  trouve  dans 
le  pays  que  nous  avons  dési,;né  (I  i  pavs  com- 

1>ris  entre  la  mer  Roupie  et  le  çolfe  Fersique, 
a  Uéditerranée  et  l'Océan  inaien). 

c  Ces  idées  générales,  dit  en  terminant  le 
savant  médecin,  sont  le  résultat  de  mes  re- 
cherches et  des  observations  comparatives 
que  j'ai  élé  dans  le  cas  de  faire  chez  plu- 
sieurs nations  des  quatre  parties  du  monde,  m 

Si,  comme  le  pense  M.  Laircy,  l'or^sani^a- 
tiou  des  nations  sémitiques  est  réoJIem.  nt 
supérieure  h  celle  des  autres  races  humaines, 
è  quelles  causes  coit-on  attribuer  cette  dif- 
férence? Le  climat  de  la  Palestine  et  de  l'A- 
rabie serait-il  plus  favorable  au  déy.^lopi  c- 
nient  de  l'organisation  gue  celui  de  tout  au- 
tre ï>ays?  Ou  faut-il  croire  que  la  supériorité 
des  facultés  admise  pour  les  habitants  de 
cette  contrée  tient  &  ce  qu'elles  ont  été  chez 
eux  plus  anciennement  cultivées  que  chez 
les  habitants  des  pays  se[.tentrionaux  7 

La  couleur  des  Arabes  varie  selon  les  dif- 
férents cantons  qu'ils  habitent.  Volney  dit 
qu'il  y  a  des  Bédouins  qui  sont  noirs.  Nié- 
buhr  et  de  Pages  nous  assurent  qne  la  cou- 
leur des  classes  inférieures  est  généralement 
d'un  brun  foncé  ou  jaunâtre.  Selon  Burck- 
bardt,  dans  la  portion  de  la  vallée  du  Nil 

2ui  borde  la  Nubie,  les  Arabes  sont  noirs, 
e  voyageur  a  soin  de  distinguer  les  Araiies 
des  nègres  et  des  Nubiens.  Dans  cette  mémo 
vallée  du  Nil,  au-dessus  de  Dongola,  on 
trouve  les  Aralies  shegja,  dont  un  voyageur 
anglais  très-distingué  nous  a  donné  une  ex- 
cellente description.  «  La  couleur  des  Ara- 
lies  shegya,  dit  M.  Waddington,  est  en  géné- 
ral d'un  noir  de  jais,  d'un  noir  pur,  briilanty 
et  qui,  à  mes  yeux  alors  certainement  peu 
prévenus  en  faveur  de  cette  teinte,  parut  la 
plus  belle  couleur  qui  pût  être  choisie  pour 
une  créature  humaine.  Ces  hommes  se  dis- 
tinguent complètement  des  nègres,  jar  l'é- 
clat de  leur  couleur,  |)ar  la  nature  de  leurs 
cheveux,  par  la  régularité  de  leurs  traits,  par 
l'expression  suave  de  leurs  yeux  humides  et 
par  la  douceur  de  leur  peau^qui,  à  cet  éçird, 
ne  le  cède  en  rien  à  celle  des  Européens.  » 
D'après  Burckliardt  et  Rûppell,  il  paraîtrait 
mie  les  Arabes  du  Nil  ne  contractent  point 
oe  mariages  avec  les  indigènes.  C'est  donj 
au  climat  seulement  que  Ton  doit  attriliuer 
la  noirceur  de  leur  peau. 

Dans  les  pays  situés  plus  an  nord,  et  fur* 
tout  dans  les  régions  plus  élevées,  le  teint  des 
Arat)es  est  aussi  blanc  que  celui  des  Euro- 
péens. Bruce  dit  :  «  Les  femmes  arabes,  bien 


(^<0^  Campin-nïïdaê  kikdonuiéidm  de$  iéanctê    de   VAcoûime  ét$  9ctenc€$ ,  tome  Tl,  ptfe  777  et 
uiiiranli*s. 


1547 


S£N 


DICTIONNAIRE 


EN 


1311 


loin  d'être  noires,  sont  quelquefois  cxlrême- 
ment  blanches.  »  Dans  un  autre  passa^je  où 
il  décrit  les  montagnes  de  RuJdua,  près  de 
Yam!>o,  sur  la  côte  de  rYemen,  montagnes 
Irès-hflutes,  très-escarpées,  mais  arrosées 
par  d'abondantes  sources,  couvertes  ea  quel- 
ques points  d'une  belle  végétation,  et  où 
certaines  espèces  de  fruits  se  recueillent  en 
gramie  abondance,  il  dit:  «Les  habitants 
m'assurèrent  que  dans  leur  pays  l'eau  gèle 
en  hiver,  et  qu'il  se  trouve  parmi  eux  des 
hommes  dont  les  crieveux  sont  roux  et  les 
yeux  bleus,  chose  qui  ne  se  voit  guère  que 
dansles  plus  froides  montagnes  derOricni.  » 

SÈNÈGAMBIË.  —  On  désigne  sous  le 
nom  de  Sénégambie  la  partie  de  l'Afrique 
qui  renferme  les  fleuves  de  la  Gambie  et  au 
Sénégal.  Ce  pays  est  situé  au  nord  du  Kon^ 
qui  est  une  prolongation  occidentale  de  la 
grande  chaîne  qui  traverse  de  Test  h  l'ouest 
le  continent  airicain.  L'ensemble  de  cette 
liante  région  présente  plutôt  l'aspect  d'un 
vaste  plateau  que  d'un  groupe  de  montagnes 
élevées.  La  Sénégambie  priisente  du  côté  de 
la  mer  et  du  côté  des  contrées  basses  qui  la 
l)ornent  au  norJ  et  au  sud,  trois  versants 
rapides,  formés  de  hautes  terrasses  et  do  ré- 
gions montagneuses.  Le  versant  septentrio- 
nal renferme  de  granis  cantons  très-fertiles 
qui,  avec  les  vallées  pariourucs  par  les 
grands  fleuves  qui  se  dirigent  vers  l'Océan, 
constituent  la  patrie  des  Mandingos,  race 
qu'il  faut  cocnnler  por.-ni  les  plus  nombreu- 
ses, les  plus  puiss/intcsel  le?  plus  intelli- 
gentes dos  races  afriraines.  Le  versant  occi- 
dental, rafraîchi  par  les  brises  qui  viennent 
de  l'océan  Atlantique,  et  dont  quelques 
parties,  d'ailleurs,  ont,  en  raison  de  leur  élé- 
vation, un  climat  assez  froid,  est,  selon  les 
plus  savants  géographes  modernes  (803-V),  la 
terre  natale,  la  première  habitation  des 
Foula'is.  Le  versant  méridional  des  mon- 
tagnes de  Kong,  avec  le  plat  pays  oui  s'é- 
ten  1  h  leur  pied  et  s'avance  jusqu'à  la  côte, 
dirigée  en  ce  point  de  l'ouest  à  l'est,  est  la 
Guinée,  le  paj's  des  nègres  proprement  dit*!, 
celui  où  les  traits  particuliers  et  les  caractè-- 
res  physiques  et  moraux  des  races  nègres 
sont  déveio])pés  au  plus  haut  degré. 

Je  dé  ^rirai  dans  cet  article  les  races  sé- 
négarabienncs,  savoir  :  les  Mandingos,  les 
lolofs,  les  Foulahs  et  quelques  autres  na- 
tions qui  habitent  les  pays  voisins. 

V  Les  Mandingos,  —  Les  Mandingos  sont 
remarquables,  enlre  toutes  les  nations  de 
l'Afrique,  par  leur  industrie  et  par  une  éner- 
gie de  caractère  qui  les  place  fort  au-dessus 
des  différentes  raines  qui  habitent  la  partie 
tropicale  de  ce  continent.  Ils  sont  zélés  mu- 
sulmans et  s'abstiennent  de  liqueurs  en- 
ivrantes. «  Les  marcîiands  maAdingos,  parmi 
lesquels  on  trouve  beaucoup  de  mara:jouts 
ou  pr6tre5^,  font,  dit  Golbéry,  des  hommes 
hardis  et  intelligents.  »  Us  possèdent  une 
grande  influence  dans  le  nord  de  l'Afrique, 
et  ce  sont  eux  qui  font  le  principal  com- 
merce dans  C'^.  pays.  Mais  en  môme  temps 

(803-i)  L«  pror»s3?ur  Karl  Rittf.r. 


qu'ils  sont  marchands  haliilcs  cl  artiCs,  les 
Mandingos  sont  de  la'iiorieox  el  u\ abiles 
agriculteurs  :  leurs  terres  son;  lrès-t»ien 
cultivées  et  ils  ont  d.^  i>onnes  races  de  liœuf<, 
de  moutons  et  de  chèvres.  Cest  un  peuple 
^main  et  hospitalier. 

La  couleur  des  Mandingos  est  un  noir 
tirant  sur  le  jaune;  sous  ce  rapiiurt,  ils  sont 
très-distincts  des  Fou?a:25,  qui  ont  la  peaa 
d'un  rouge  jaun/ltre.  Pour  ce  qui  est  des 
traits,  ils  auraient,  suivant4Uolbéry,  plus  de 
ressemblance  avec  les  uoirs  de  l'Inde  qu'a- 
vec ceux  de  l'Afrique.  «  I..CS  traits  de  leur  Ti- 
sage  sont  réguliers;  Jeur  caractère  est  franc 
et  généreux,  eî  leurs  mœurs  sont  très- Jou- 
ées. Leurs  cheveuxsont  tout  à  fait  laineux. • 
Park  dit  que,  sous  le  rapport  de  la  beauté, 
ils  sont  inférieurs  aux  lolofs,  le  peuple  le 
plus  beau  et  en  même  temps  le  plus  noir 
de  toute  l'Afrique.  Les  fenunes  n'ont  cbcz 
eux  h  s'occuper  que  des  soins  du  ménage; 
elles  sont  d'un  caractère  gai,  ont  de  ]*aisancc 
dans  leurs  manières,  et  n'off*rent  que  Irès- 
rarement  des  exemples  d'infliéliié  conju- 
gale. » 

Il  y  a  lieu  de  croire  que  le  jxîupla  d'Iallon- 
kadou,  i^ays  situé  au  delà  de  celui  des  Man- 
dingos, est  une  branche  de  la  môme  ra  *e, 
et  Qu'il  en  est  de  même  des  autres  nations 
du  haut  ]>ays  situé  h  l'est  du  cap  Vert  et  de 
Sierra  Leone.  Parmi  ces  dernières  se  trou- 
vent les  Sulimaniens,  tribus,  guerrières  qui. 
selon  le  major  Laing,  rappelleraient,  ]iar 
beaucoup  de  leurs  coutumes,  les  anciens 
Romaiiis. 

Dans  les  contrées  basses  voisinas  da  cap 
Vert,  est  le  territoire  du  Bourb  lolof  ou  de 
l'empereur  lolof.  Les  lolofs,  que  les  Euro- 
péens connaissent  depuis  le  xv*  siècle^  sont 
des  hommes  d'un  caractère  doux  et  Fociable, 
et  ([ui  passent  pour  être  d'une  beauté  dign.' 
de  remarque.  Leur  teint  d'un  noir  foncé'esl 
fin  et  transparent;  leurs  traits  sont  sembla- 
bles à  ceux  des  Européens,  à  l'exception  des 
lèvres  qui  sont  un  peu  plus  épaisses. 

2"  Des  Foulahs.  —  Les  Foulahs  sont  une 
des  nations  les  plus  remarquables  de  l'Afri- 
que, et  leur  origine  est  pour  Fethnologie 
une  question  du  plus  haut  intérêL  0epais 
très-longtemps  les  Foulahs  sont  connus  de^ 
Européens  qui  font  la  traite  sur  la  côte  occi- 
dentale de  r Afrique,  et  les  anciens  auteurs 
qui  en  parlent  les  ont  toujours  compris  dans 
le  nombre  des  nations  nègres.  De  Barros 
parle  du  pays-  montagneux  qui  avoîsine  la 
source  ue  Rio-tiranie,  comfliie  étant  )e 
royaume  de  Tcmala,  souverain  de  Fou)),  qui 
régnait  en  153V,  et  faisait  la  guerre  à  IIauji- 
Mansa,  roi  des  Mandingos.  Sur  les  confins  d« 
la  Sénégambie,  prèsdcssourcesdu  Rio^raaV 
et  sur  Ta  |>ente  ou  terrasse  qui  regarde  ver? 
le  soleil  couchant  et  est  rairatclùe  f^&r  It^ 
courants  aériens  venant  de  rAÏIaaliq!ie«  sr 
trouvent  l»is  plaines  élevées  habitées  par  ;ri 
Foulahs.  Timbu,  leur  capitale,  qui  esU  roais^ 
l'ancienne  Rome,  une  station  roiiilaire,  > 
quartier  général  d'im  jieuplc*  conpiéfaiit 


1340 


EN 


D'ANTIIROrOIX)CIE.' 


ZE> 


1550 


ronferme  neuf  mille  habitants.  Elle  est  en- 
rironnée  en  partie  par  des  déserts  arides  et 
ro?ailleux^  et  en  partie  par  des  pâturages 
élerés  Qui  nourrissent  de  nombreux  trou- 
|ieaux  de  moulons  et  de  chèyres,  et  aussi 
des  hœuîs  et  des  cheTaux,  animaux,  pour 
ainsi  dire,  inconnus  dans  les  régions  plus 
basses.  Les  habitants  de  cette  contrée  alpes- 
tre, oui  diffèrent  physiquement  des  hommes 
du  plat  pays,  sont  de  laborieux  cultivateurs; 
mais,  tel  a  été  leur  isolement  du  reste  des 
hommes,  que  Tusage  de  la  charrue  leur  est 
encore  inconnu.  Us  forgent  le  fer,  fondent 
et  façonnent  Targent,  travaillent  avec  habi- 
leté le  cuir  et  le  bois,  et  fSIbriquent  des  étof- 
fes. Us  ont  des  habitations  propres  et  com- 
modes, et  depuis  Tintroduction  de  Tisla- 
misme  qui  leur  a  été  apporté  par  des  mara- 
l>outs  venant  du  pays  des  Mandingos,  ils  ont 
dans  leurs  villes  îles  mosquées  et  des  écoles. 
Leurs  armées  ont  vaincu  celles  des  nations 
voisines,  et  ont  étendu,  nous  dit -on,  la  puis- 
sance de  Timbu  sur  un  territoire  qui  a  qua- 
rante milles  géographiques  du  sud  au  nord, 
et  soixante-dix-nuit  de  Test  h  Touest.  Le 
souverain  ou  Talmamy  des  Foulalis  séjourne 
à  Timbu.  Son  pavs,  le  Fouta-Diallo,  ren- 
ferme d*autres  villes  considérables,  telles 
que  Temby  et  Laby;  cette  dernière  est  le 
chef-lieu  de  la  province  de  Cacondi,  pays 
bien  cultivé,  qui  produit  en  abondance  du 
riz,  des  oranges  et  du  maïs. 

Le  Fouta-Diallo,  ou  Fouta-Jallo,  n*est  ce- 
pendant qu'une  partie  du  territoire  qu*occu- 
|)ent  maintenant  les  Foulahs  en  Afrique.  La 
nation  est  en  effet  divisée  en  un  grand  nom- 
lire  de  tribus  répandues  dans  tout  le  pays 
qui  sépare  le  Sénégal  de  la  Gambie ,  et  dans 
des  contrées  situéesplus  loin  vers  le  sud 
D*après  ce  que  dit  M.  Golbéry,  ils  forment, 
dans  tous  les  pays  compris  entre  le  V  de- 
gré de  latitude  nord  et  les  frontières  du  Sé- 
négal, la  portion  la  plus  nombreuse  de  la 
nopulation  Un  des  principaux  états  Fou- 
lahs et  celui  où  ils  ont  été  d*alK)rd  connus 
des  Européens,  est  le  royaume  du  Siratik 
^m  sultan  Fonlah,  rovaume  qui  comprend 
une  portion  notable  du  pays  traversé  par  la 
rivière  du  Sénégal,  et  qui  s'étend  depuis 
les  limites  de  la  province  de  Galam  jusqu'au 
fort  Podhor  et  au  lac  Cayor.  C'est  là  a^ 
les  Foulis  ou  Pholéys  furent  visités  fir 
Jobson,  Le  Maire  et  le  sieur  de  Briie,  dans 
le  courant  du  xvii*  siècle,  époque  où  la  cour 
du  Siratik  déployait  une  magnificence  bar- 
l>iire,ilest  vrai,  mais  qui  avait  quelque 
chose  d'assez  frappant ,  même  pour  les 
yeux  des  Européens.  I>es  Foulaiis  occu- 
pent encore  le  pays  fertile  du  Bondou  près 
lies  sources  du  Nerico,  bien  que  ce  pays 
5oit  aujourd'hui  sous  la  domination  des 
Blandingos,  oui  en  ont  fait  la  conquête;  ils 
occupent  ennn  une  erande  partie  de  la  pro- 
vince de  Brouka,  à  T'est  du  Ttambouk,  et  de 
relie  de  Wasselah,  sur  le  cours  supérieur 
<1a  Niger.  Dans  la  partie  orientale  de  la  Sé- 
né ;ambie,  près  des  sources  du  Sénégal,  ii 
y  a  un  district  monta^ncnx  qui  porte  le  nom 
tie  Foula  lou  ou  désert  des  Foula':s.  Ce  ti::- 


trict  est  aujourd'hui  habiîé  par  des  sauva- 
ges étrangers  à  toute  espèce  de  civilisation  ; 
mais  le  nom  qu*il  porte  semble  indiquer 
qu'il  est  cousidéré  par  les  nations  du  voi- 
sinage comme  le  berceau  de  la  race  foulah, 
comme  sa  demeure  primitive. 

Les  Foulahs  de  la  Séné^amliie  et  les  Fela- 
thas  de  l'Afrique  centrale  appartiennent  à 
une  même  race  ;  c'est  une  venté  dont  la  dé* 
couverte  est  due  au  professeur  Vater.  Il 
n'est  plus  permis  aujourd'hui  de  douter  que 
ces  peuples  foient  deux  rameaux  sortis 
d*une  même  souche;  ils  ont  les  mômes 
caractères  physiques  et  parlent  la  même 
langue. 

L  histoire  des  Felatabs  est  très-remarqua- 
ble, et  nous  rappelle  à  certrâns  égards,  par 
1  accroissement  rapide  qu'a  pris  la  puis- 
sance de  ce  peuple  dans  une  partie  considé- 
ra*»le  de  TAfrique,  l'histoire  des  Arabes  au 
temps  de  Mahomet.  II   résulte  des  rensei- 

Siements  recueillis  sur  les  lieux  par  l'il- 
istre  et  malheureux  capitaine  Clapperton, 
que  les  Felatahs  sortirent  dans  l'origine,  à 
I  état  de  tribus  errantes,  du  pays  de  Melli, 
c'est-à-dire  de  cette  portion  de  pays  qui  conc- 

1)rend  les  Etats  foulahs  de  la  Sénégambie, 
e  Fouta-Torro ,  le  Fouîa -Bondou  ou  Bon- 
dan,  et  le  Fouta-Diallo.  Ces  Felatahs  noma- 
des, comme  les  hordes  de  Foulahs  voisi- 
nes du  pays  des  lolofs,  vivaient  dans  les 
forêts,  ainsi  que  nous  l'avons  d<^à  dit,  prin- 
cipalement occupés  du  soin  de  leurs  trou- 
peaux ;  ils  se  réijaniirent  peu  à  peu  par  hor- 
des détachées  sur  une  grande  partie  du  Sou- 
dan, et  comme  ils  étaient  pour  les  nations 
de  ce  pays  un  objet  de  dédain,  leur  accrois- 
sement n'était  point  remarqué.  Plusieurs  de 
leurs  bordes  étaient  restées  païennes,  mais 
celles  qui  avaient  embrassé  1  islamisme  de- 
vinrent très-zélées  pour  leur  nouvelle  reli- 
gion, et  envoyèrent  à  la  Mecque  de  nom- 
breux pèlerins.  Les  voyageurs  se  multipliant 
parmi  elles,  beaucoup  de  Felatahs  eurent 
occasion  de  visiter  les  villes  des  Etats  t)arba- 
rcsqucs.  Dans  ces  nouveaux  rapjiorts  avec 
des  peuples  plus  civilisés,  leur  mtelliçenre 
se  développa  ;  mais  leur  puissance  n  avait 
pas  pris  (Textension  apparente,  parce  qu'ils 
n'étaient  pas  encore  formés  en  corps  de  na- 
tion. Cette  réunion  eut  lieu  à  la  suite  d'une 
révolution  qui  s'onéra  subitement  dans  leurs 
habitudes  et  dans  leur  caractère,  révolution 
comparable,  à  bien  des  égarJs,  Il  celle  qui 
se  fit  chez  les  Arabes  è  îa  première  explo- 
sion de  l'enthousiasme  mahométan.  L  au- 
teur de  cette  révolution  fut  un  cheik  fola- 
tah  appelé  Othman,  mais  plus  connu  sous 
le  nom  de  Danfodio.  Cet  homme,  qui  avait 
a?guis  toutes  les  connaissances  que  pou- 
vaient communiquer  les  Arabes  ae  l'Afri- 
que, réussit  à  persuader  à  ses  comïiatrioles 
qu'il  était  un  prophète.  Avant  ainsi  fondé 
les  bases  de  sa  puisfance,  il  sortit  ries  bois 
d'Ader  ou  de  Ta  lela,  et  bâtit  une  ville  dans 
la  province  de  Guher,  oh  les  Felatahs  se 
ra*îsemblèrent  autour  de  lui.  Bepousfé  par 
le  peuple  de  Ciuber,  il  fut  contraint  de  reve- 
nir are:  ses  sectateurs  dans  la  province  d'A- 


1351 


SEN 


DlCnONNAIRE 


SEN 


*XÎ 


der  où  il  bAtit  une  ville  qu*il  nomma  Soc- 
catou.  Cependant  ce  premier  échec  n'avait 
en  rien  diminué  son  influence,    et  de  tous 
côtés  les  peuples  de  sa  race  accouraient  au- 
tour de  lui.  11  leur  donna  des  chefs  et  leur 
commanda  d'aller  conquérir  le  monde,  au 
nom  de  Dieu  et  de  son  prophète  qui  avaient 
donné  aux  Felatahs  tout  le  pavs  et  toutes 
les  richesses   des   infidèles.    Chaciue  chef 
avait  une  bannière  blanche  ;  les  soldats  eux- 
mêmes  reçurent  Tordre  de  porter  des  vête- 
ments blancs,  emblèmes  de  leur  pureté,  et 
leur  cri  de  guerre  était  AUah-Akbar.  Leur 
confiance  dans  la  puissance  surnaturelle  de 
leur  chef  les  animait  d'un  courage  invinci- 
ble. Ils  conquirent  saùs  combat  le  pays  de 
Kano,  saccagèrent  le  pays  de  Guber  et  tuè- 
rent le  sultan  ;  ils  soumirent  ensuite  entiè- 
rement les  provinces  d'Haiisa,  de  Gubbe, 
d'Youri,  et  une  partie  de  celle  de  Niffé  ;  ils 
se  jetèrent  à  Test  sur  le  Bornou,  à  l'ouest 
sur  le  Yariba,  et  ils  en  conquirent  une  par- 
tic  ;  une   fois  même  ils  pénétrèrent  jusque 
dans  la  ville  capitale,  Èyeo  ou  Kalunga. 
Danfodio  était  devenu  un  objet  de  terreur 
pour  toutes  les  nations   nègres  de   Tin  lé- 
rieur.  Quelques  années  avant  sa  mort,  il  de- 
vint fou  par  exaltation  religieuse,  mais  ius- 
qu'à  celte  époque   son  gouvernement  était 
bien  ré^lé  ;  a  sa  mort,  qui  arriva  dans  Tan- 
née de  Thégire  1232  (1816),  Guber,  Zamfra, 
une  partie  du  Kashna  et  du  Ze^zex  secouè- 
rent le  jous  des  Felatahs;  mais  Te  chef  de 
Soccatou,  Mohammet  Bello,  réussit  à  faire 
rentrer  sous  sa  domination  une  grande  par- 
tie du  pays. 

Voil'i  ce  que  nous  savons  par  Clapperton 
relativement  à  l'agrandissement  des  Fela- 
tahs, et  des  renseignements  ^  peu  près 
semblables  sur  ce  sujet  ont  été  recueillis 
par  M.  Lander  qui ,  dans  son  voyage  à  tra- 
vers divers  états  nègres ,  s'est  procuré  ,  en 
outre ,  une  foule  de  détails  intéressants  sur 
les  conquêtes  et  la  dispersion  de  ce  peuple. 
M.  Lander  dit  que  les  Felatahs  ne  résidaient 
jamais  dans  les  villes,  mais  qu'ils  erraient 
par  petites  hordes  avec  leurs  troupeaux  de 
^ros  et  de  menu  bétail.  Ils  s'introduisirent 
insensiblement  dans  le  pays  de  Hausa ,  et 
finirent  par  devenir  si  nombreux  dans  ce 
pa;^'s ,  qu  ils  furent  capables  de  former  une 
puissante  association  pour  en  faire  la  con- 
quête et  pour  établir  leur  empire  de  Socca- 
tou.  La  plupart  des  Felatahs  sont  musulmans, 
mais  il  y  a  encore  beaucoup  de  hordes 
païennes.  Malgré  cette  différence,  Clapper- 
ton et  Lander  s'accordent  à  dire  qu'ils  for- 
ment d'ailleurs  un  seul  et  même  peuple, 
que  la  langue  des  uns  et  des  autres  est  exac- 
tement la  même,  ei  que,  sous  le  rapport  des 
traits  du  visase  et  de  la  couleur  de  la  peau^ 
ils  se  ressemblent  complètement.  Lander  dit 
qu'ils  sont  dispersés  de  temps  immémorial 
sur  le  territoire  de  fiorghou.  Les  Felatahs 
du  Borghou  n'ont  aucune  communication 
avec  leurs  frères  de  la  province  de  Haiisa , 
qui,  dans  ce  dernier  pays ,  sont  la  race  do- 
minante ,  et  ils  n'ont  conservé ,  relativement 
à  leur  origine,  aucune  tradition;  ils  n'ont 


même  aucune  idée  à  cet  égard.  Ils  sont  eé* 
néralement  connus  sous  le  nom  de  Foula- 
nies,  et,  suivant  Lander,  ils  prient  la 
même  langue  et  ont  les  mêmes  habiludes 
qun  les  Foulahs  ûes  environs  de  Siem> 
Leone. 

M.  Golbéry ,  voyageur  français  distingué, 
dépeint  les  Foulahs  comme  de  beaux  hom- 
mes, robustes  et  courageux.  «  Ils  ont  delà 
fermeté  dans  l'esprit ,  de  la  réserve  et  de 
la  prudence;  ils  en'.enient  bien  le  com- 
merce, et  leurs  man^hands  pénètrent  jus- 
qu'au golfe  de  Guinée;  ce  sont  de  redouta- 
bles et  dangereux  voisins.  Les  femmes  fou- 
lahs sont  belles  et  enjouées.  La  couleur  de 
leur  peau  a  une  teinte  noire  rougeâlre  ;  leur 
fi/^re  est  régulière ,  et  leur  chevelure  e<{ 

f)Ius  longue  et  moins  laineuse  que  celle  de 
a  plupart  des  nègres  ;  leur  langue  diffère 
tout  à  fait  aussi  de  celle  des  nations  qui  les 
avoisinont  ;  elle  est  plus  élégante  el  plus 
sonore.  » 

Les  tribus  foulalis  qui,  sous  le  nomi^Ç 
Peuls  ou  de  Poules,  peuplent  lesri?es(lu 
Sénégal  entre  Podhor  et  Galam ,  sont  mm 
avec  une  légère  nuance  de  rouge  ou  de 
couleur  de  cuivre.  Les  hommes  sont  géné- 
ralement beaux  et  bien  faits;  les  femmes 
aussi  sont  belles,  mais  orgueilleuses  et  in- 
dolentes. 

L'intrépide  voyageur  Hichard  Lander. 
qui,  avant  de  visiter  le  pays  des  Felatahs, 
avait  été  au  Cap  où  il  avait  eu  occasion  de 
voir  desCafres,  près  de  Graham*s  Town,  fut 
tellement  frappé  de  la  ressemblance  entre 
les  uns  et  les  autres  qu'il  ne  douta  i>oint 
qu'ils  n'appartinssent  à  une  même  race.  11 
représente  les  Felatahs  des  environs  de  Bor- 

fjlîo  comme  diff(^rant  peu  des  nègres,  pour 
es  traits  et  la  couleur  de  la  peau,  mais 
ayant  des  cheveux  beaucoup  plus  longs 
qu'ils  tressent  sur  les  côtés  ae  la  tête,  de 
manière  à  en  faire  des  queues  qui  viennent, 
sous  le  menton,  se  nouer  avec  celles  du  côié 
opposé.  Cette  sorte  de  coiffure,  au  r<*ste,  u? 
leur  est  pas  particulière,  et  on  la  retrouve 
chez  plusieurs  des  nations  de  TAfrique  oc- 
cidentale qui  ont,  de  même,  des  cDCveux 
à  la  fois  laineux  et  un  peu  longs.  Les  obser- 
vations de  M.  Lander  ont  été  confirmées 
lépemment  par  celles  de  feu  M.  le  capitaine 
Allen.  Ce  aernier  assure  que  les  Foulabs 
qu'il  avait  coutume  de  voir  près  de  Quorra, 
n'étaient  pas  d'une  couleur  beaucoup  plus 
claire  que  les  nègres,  et  suivant  loi,  il  n; 
avait  pas  entre  les  uns  et  les  autres  autâot 
de  différence  à  beaucoup  près  qu'on  l'a  pré- 
'  tendu  :  d'ailleurs,  il  ne  pensait  pas  que» 
ressemblance  des  deux  races  pût  tenir  i  des 
mélanges  qui  auraient  eu  lieu  entre  elles, 
chacune  ne  contractant  guère  d*alliance  h(0 
du  sein  de  sa  propre  tribu.  Jusqu'à  présent 
les  voyageurs  ne  nous  ont  Cuit  connaître  qoj 
quelques-unes  des  nations  de  c^te  race,  ^ 
nous  ne  pouvons  douter  que  quand  nottf 
les  connaîtrons  toutes ,  nous  ne  troufions 
entre  elles  de  grandes  différences  ;  maisw 
nature  réelle  el  la  cause  de  cette  dirersiic 
sont  cfecorc  à  découvrir. 


ÎVZ 


SRI 


D^ANTHROPOLOGIE. 


SEU 


fSU 


Dans  un  mémoin^  publié  récemment  sur 
rhistoirede  la  race  foufah,  l'auteur,  homme 
habile»  et  aui  s*est  livré  sur  ce  sujet  à  de 
grandes  recnerches,  soutient  l'opinion  sin- 
gulière que  les  Foulahsi  bien  que  oomptésjus- 
qu*k  présent  dans  te  nombre  des  nations  afri- 
caines ,  sont  un  rameau  détaché  du  tronc 
polynésien.  La  preuve  qn'U  apporte  à  Tappui 
de  cette  opinion  est  tirée  de  Tanalogie  de 
son  qu^il  a  remarquée  entre  un  certain 
aoiDbre  de  mots  appartenant,  d*une  part,  à 
la  langue  des  Fouiahs,  et,  de  Tautre,  aux 
langues  polynésiennes.  La  question  mérite 
bien  d*ètre  approfondie ,  et  Thypothèse  de 
M.  d*£icbtal  (803),  ne  doit  pas  être  rejetée 
sans  un  sérieux  examen,  tout  improbable 

3a  elle  puisse  paraître,  quand  ou  se  rappelle 
épais  combien  de  temps  les  Foulahs  sont 
connus  en  Afrique,  et  qu^on  songe  à  toutes 
les  différences  qui  existent  entre  eux  et  les 
Polynésiens,  tant  sous  le  rapport  des  carac- 
tères physiques  que  sous  celui  des  mœurs. 
Si  nous  avions  à  notre  disposition  les  moyens 
nécessaires  pour  acquérir  une  connaissance 
complète  de  la  langue  foulah,  la  question 
serait  bientôt  résolue  ;  en  attendant  que  nous 
soyons  en  possession  de  ces  données,  nous 
ferons  remarquer  oue  les  ressemblances  si- 
gnalées entre  ces  deux  langues  par  l'ingé- 
nieux auteur  que  nous  venons  de  nommer, 
«ont  si  éloignées  et  portent  sur  un  si  petit 
nonit)rc  de  mots ,  qu  il  paraît  très-douteux 
qu'on  puisse  en  tirer  aucune  conclusion.  Il 
lie  serait  pas  difficile,  en  effet,  de  trouver 
flans  des  langues  qui  sont  pourtant  recon- 
nues comme  n'ayant  entre  elles  aucune 
relation,  un  nombre  beaucoup  plus  grand 
le  mots  communs.  Ceux  qui  se  re$semt>lent 
i^ins  la  langue  foulah  et  les  langues  ()oly- 
nésiennes  sont,  je  le  répète,  très-peu  nom- 
lireux,  et,  de  plus,  ces  mots  sont  tirés  d'un 
<rand  nombre  de  dialectes  qui,  bien  que  se 
rattachant  par  l'origine  è  une  même  famille, 
mt  pourtant  des  vocabulairestrès-différents. 
M  ron  établissait  une  comparaison  entre 
>asemble  des  langues  européennes  et  un 
lioufie  quelconque  de  l'Afrique  ou  del'Amé- 
ique  ,  on  découvrirait  des  rapports  plus 
lOfubreux  et  plus  frappants  que  ceux  dont 
louH  venons  ae  parler;  or,  cette  méthode, 
[iii  évidemment  ne  pourrait  conduire  qu'à 
es  résultats  tout  à  fait  illusoires,  n'est  pas 
rès-<lifférente  de  celle  que  M.  d'Ëichtal  a 
dofitée  (806). 

Avec  toute  la  déférence  due  à  l'opinion 
*un  écrivain  aussi  ingénieux,  aussi  capable 
pc  M.  d'fiichtal,  je  persiste  toujours  à  pen- 

(M5)  Histoin  et  origine  des  Foulah$  on  Feilan». 
ternaires  d€  la  Soâété  ethnologique;  Paris,  i8ii, 

i^',  u*  part.,  in-^%  p.  1  à  294.) 

1 80a)  Les  exemples  suivants,  non  d'affinité,  mais 
I  coincidenee  entre  certains  mets  particuliers,  ont 

fciléi  par  le  professeur  Yater,  relativement  h  la 
^ne  celtique  A  Irlande  et  à  riiliome  des  Algonquins 
nord  de  TAniérique. 

ixns.  iLooivQrnc 

'^ô  Ml  Vmh  Uni  r.ii. 

tr-Au  tisee  Itc». 

DlCTIO!!:^.  D*A?CTnR0P0L061B. 


ser  que  les  Foulahs  sont  une  race  africaine 
pure,  que  leur  langue  a  une  forme  de  mots 
et  un  genre  d'euphonie  qui  la  rapproche  des 
dialectes  des  races  sénégambiennes,  et  qu'on 
finira  par  reconnaître  qu'il  n'existe  point 
«entre  eux  et  les  nations  noires  du  Soudan 
une  ligne  de  démarcation  aussi  prononcée 
qu'on  l'avait  d'abord  supposé. 

SENS.  Voy.  Naturr. 

SENSIBILITÉ.  —  La  sensibilité  est  une 
propriété  fondamentale  des  êtres  vivants,  en 
vertu  de  laauelle  ils  reconnaissent  leur  exis- 
tence et  celle  des  corps  extérieurs,  par  l'im- 
pression que  ces  derniers  font  sur  eux.  Elle 
est  la  condition  organique  du  plaisir  et  de 
la  douleur  :  car  les  lois  générales  qui  résul- 
tent de  la  coordination  de  la  matière  dans  le 
système  vivant  sont  telles,  que  le  plaisir  est 
hé  aux  impressions  conformes  au  maintien 
de  ce  système,  comme  la  douleur  aux  im* 
pressions  capables  de  le  détruire.  On  a  dit 
et  répété  souvent  que  la  sensualité  étant 
plus  développée  chez  l'homme  que  chez  les 
autres  animaux,  lui  donne  nécessairemeni 
une  grande  faiblesse;  mais,  comme  Tobserve 
un  grand  physiologiste,  Grimaud,  c'est  ce 
qui  assure  a  l'homme  sa  prééminence.  C'est 
elle,  en  effet,  qui  devient  le  fondement  de  la 
société,  parce  qiie  cette  débilité  répond,  dans 
l'ordre  moraU  a  ce  sentiment  indestructible 
gui  lie  l'homme  d'une  manière  nécessaire  et 
indissoluble  à  tous  les  individus  de  son  es* 
pèce  qui  souffrent  et  qui  ont  besoin  de  ses 
secours.  C'est  tout  le  secret  de  la  fameuse 
exclamation  de  Pascal  :  «Je  suis  grand,  par  */e 
que  je  suis  misérable!  » 

La  sensibilité,  qui  diffère  de  caractère  et 
se  spéciali  se  dans  les  divers  organes,  à  la 
peau,  apprécie  les  impressions  tactiles,  les 
changements  de  température  ;  à  l'œil,  la  lu- 
mière, etc.,  se  divise  en  sensibilité  nutri- 
tive et  en  sensibilité  percevante  ou  psycho- 
logique. Tous  les  mouvements  viscéraux  les 
plus  intimes  pour  les  fonctions  d'accroisse- 
ment, de  nutrition  et  de  reproduction, 
s'exercent  par  l'entremise  de  cette  première 
forme  de  sensibilité.  On  l'a  désignée  tantAt 
sous  le  nom  d'excitabilité,  tantAt  sons  celui 
éA  sensibilité  organique;  et  les  physiolo- 
gistes n'ont  voulu  reconnattre  autre  chose 
en  elle  que  la  propriété  des  corps  vivants 
d'être  aflectés.par  les  puissances  excitantes 
et  de  réagir.  L'observation  démontre  qne 
cette  faculté  vitale,  dans  ses  modes  de  mani- 
festations les  plus  relevées,  comme  l'impres- 
3ionnabilité  morale  et  la  réaction  qui  en  est 
la  conséquence,  est  indépendante  de  la  force 


Boy 

Lai*ttil« 
Caccim 


I^re. 
KakiM. 


noniy  mapla 
Toai 
Chaqne  dios<) 

Ces  eiemples  de  ressemblance  sont  plus  irappantu 
qu'aucun  de  ceux  qui  ont  été  découVv'its  entre  les 
langues  foulah  et  polynés  enne. 

Dans  le  tt*oi8iè:uc  volume  du  Mit'iridaie^  nous 
trouvons  une  liste  assez  longue  de  mots  qui  se  res- 
Rcmblent  presque  autant,  et  dont  les  uns  appartien- 
nent il  riiliome  des  Araucans,  lea  autres  au  grée  ei 
âtt  knin.  U  nom  Ciittt  quelque  e* —  ^   *-"*  ^^  lit 


l5i!S 


SEN 


MCTIOXNAIRE 


ISSS 


et  (le  rénergie  e  de  la  plasticité.  C'est  le 
contraire  chez  tous  les  animaux;  leur  im- 

f}ressionaabilité,  par  conséquent  leur  éduca- 
>ilit^S  est  liée  à  1  exubérance  de  leur  nutri- 
tion. Si  Ton  compare  des  chiens,  des  chevaux 
bien  nourris  à  d'autres  qu*on  laisse  manquer 
de  nourriture  etde  soins,  on  s'aperçoit  que 
les  premiers  sont  vifs,  attentifs  et  prêts  à 
obéir  au  moindre  signal,  tandis  que  les  au- 
tres restent  indifférents  à  tout,  sont  insen- 
sibles au  fouet  et  à  Téperon.  Chez  Thomme, 
au  contraire,  la  trop  grande  activité  de  for- 
ces nutritives  amène  la  paresse  et  Tinsou- 
ciance,  ainsi  qu*ou  le  remarque  chez  les 
personnes  surchargées  d'embonpoint. 

Ce  fait  non-seulement  parle  en  faveur  de 
la  supériorité  d'organisation  de  Thomme, 
mais  il  établit  mieux  encore  Tindépendance 
relative  de  son  principe  moral,  des  lois  qui 
régissent  la  matière  animée. 

La  sensibilité  morale  ou  psychologique, 
comme  nous  l'avons  déjà  vu,  est  celle  qui 
nous  donne  la  conscience  de  nos  impres- 
sions; origine  ainsi  de  phénomènes  d'un  or- 
dre supérieur,  depuis  les  grandes  concep- 
tions ue  l'intelligence  jusqu'à  cette  faculté 
d'être  ému  par  les  maux  d'autrui,  et  (jui  est 
la  compassion  ou  la  pitié.  Le  vulgaire,  en 
nommant  cette  dernière  Bensibilité^  a  reconnu 
instinctivement  les  rapports  qui  existent  en- 
tre ce  mouvement  moral  et  la  force  scnsi- 
tive  physiologique.  En  effet,  leurs  relations 
sont  très-grandes  :  on  verra  plus  loin  que 
la  perversion  de  la  sensibilité  générale  en-* 
traîne  souvent  celle  de  cette  émotion  mo- 
rale qui  caractérise  au  plus  haut  degré  l'hu- 
manité. Ce  fait,  qui  peut-être  est  un  des 
plus  surprenants  delà  physiologie  humaine, 
est  en  mémo  temps  un  des  plus  propres  à 
faire  ressortir  tout  l'avantage  que  l'homme 
doit  retirer,  pour  sa  vie  morale,  de  la  pros- 
cription des  excès.  Puis  ensuite,  C3t  antago- 
Bisme  entre  ces  deux  ordres  de  sensibilité 
ne  ressort-il  point  de  l'influence  du  système 
nerveux  qui  exerce  son  empire  suprême, 
mais  occulte,  sur  tous  les  actes  de  la  vie? 
Toutes  les  impressions  de  conscience,  ou 
purement  vitales,  en  quelque  point  qu'elles 
aient  lieu,  retentissent  et  s  avivent  dans  son 
sein;  d*où  il  devient  en  un  sens,  centre  de 
tous  les  mouvements  volontaires  ou  même 
involontaires.  De  même  que  dans  la  vie 
plastique  il  unit  tous  les  organes,  les  met 
en  repos,  enchaîne  et  coordonne  tous  les 
mouvements,  ainsi  il  est  le  lien  physique  des 
deiLt  vies,  la  vie  organique,  la  vie  morale  et 
sociale.  Son  excellence  chez  Thomme  lui  o 
départi  rtn^  source  de  force  et  d'irritabilité 
qui  le  rend  capable  de  manifester  la  plus 
grande  puissance,  soit  en  bien,  soit  en  mal. 
Ce  qu'Iielvétius  a  dit  de  la  puissance  en  gé- 
néral :  «  L'abus  en  est  aussi  inséparable  que 
l'effet  de  la  cause,  ^  s'applique  également  au 
grand  développement  de  la  force  sensitive 
dans  Tesuèce  numaine.  Si  cette  force  est 

preuves  tirées  de  pareilles  ressemblances  de  mou, 
pour  que  nous  puissions  admcUra  la  suppositior 
il* une  origine  counuuue  rclalivemcnt  à  des  Dations 


mal  dirigée,  elle  se  dépense  en  actes  malfri- 
sants,  depuis  le  vice  honteux  ja$qa*aa  crime, 
l'épouvante  de  la  société. 

La  vérité  la  plus  importante  qui  découle 
des  lois  même  ne  la  sensibilité ,  c'est  qu'é- 
tant une  propriété  vitale  que  l'homme  tient , 
en  quelque  sorte,  sous  l'empire  de  sa  volonté, 
qu'il  exalte  et  apaise  à  son  gré ,  il  ne  doit 
Texercer  qu'avec  mesure  pour  demeurer 
dans  un  calme  heureux.  S'il  la  monte  sur  un 
ton  trop  soutenu ,  il  s*expose  à  des  orages 
qui  bouleverseront  ses  deux  vies,  sa  vie 
morale  et  sa  vie  physique.  Puis ,  après  cette 
période  d'exaltation,  plus  ou  moins  lonzue, 
arrivera  celle  d'épuisement,  dans  laquelle  il 
n'éprouvera  plus  cette  jouissance  particu- 
lière qui  constitue  le  plaisir  d'exister.  Triste 
et  languissant ,  i4  tombera  dans  une  inouié- 
tude  vague ,  dont  le  sentiment  pénible  se 
confond  avec  l'ennui  de  l'existence,  et  arri- 
vera sans  espoir  vers  le  tombeau  ;  heureux 
encore  s'il  na  prévenu  par  une  mort  volon- 
taire cette  douloureuse  consomption  ! 

Afin  de  mieux  saisir  le  mode  d'influenee 
exercé  par  les  plaisirs  des  sens,  soit  sur 
l'organisation  de  l'homme,  soit  sur  son  moral, 
nous  devons  reconnaître,  avant  tout,  les 
modifications  diverses  éprouvées  par  la  fen- 
èibilité  lorsqu'elle  est  soumise  à  1  action  dis^ 
stimulus  (807).  Elles  sont  tellement  générales 
et  constantes ,  qu'en  physiologie  elles  ont 
reçu  le  nom  de  toi». 

1*  La  sensibilité  augmente ,  dans  chaque 
partie ,  en  raison  directe  des  mouvements 
qui  s'v  exercent  au  détriment  des  autres  or^ 
nés.  (Barthbz,  Science  de  thomme») 

^  Aucune  force  vitale  ne  présente  plus 
d'irrégularité ,  d'inconstance  dans  ses  mou- 
vements. Elle  est  tour  à  tour  exaltée,  tour  k 
tour  déprimée,  tour  à  tour  fixe,  tour  à  tour 
vacillante. 

3"*  Aucune  n'est  plus  susceptible  d'épuisé 
ment,  soit  par  l'exoès du  plaisir^  soit  par 
l'excès  de  la  douleur.  Cette  circonstance  Iteo- 
drait*elle  à  ce  qu'il  se  trouve  dans  les  nerfis 
un  principe  subtil,  impondérable,  dont  on  ne 
peut  démontrer  pas  plus  que  nier  Texi*- 
tence?  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain  qa'i»o 
a  vu  des  personnes  périr  tout  à  coup  au 
milieu  des  jouissances  de  l'organisme  véoe* 
rieiîi,  d'autres»  sous  le  couteau  de  l'opérateur 

L'exemple  suivant  fera  mieux  compren- 
dre cette  dernière  loi.  Un  oâl  exercé  au  grand 
jour ,  sans  excès ,  le  supporte  liciletneBt , 
ainsi  que  son  action,  et  distingue  clairemeiii 
les  objets  :  voilà  la  vigueur.  Si  la  lumière 
augmente,  il  tombe  dans  la  stupeur  «« 
l'éHilouissement  :  enfin  ,  dans  la  cécité  ani^*  1 
plète,  s'il  n'est  soustrait  à  l'action  désorrfcN- 
née  de  la  lumière.  Ceci  s'applique ,  de  tivjt 
point ,  aus  autres  sens ,  soit  externes,  scm 
internes. 

k"  La  sensibilité,  plus  qu*aucune  astrv 
faculté  vitale ,  est  susceptible  de  perver^i'C 
h  la  suite  des  stimulus  exagérés.  Les  bûi:- 


ainsi  séparées. 

(807)  Les  plaisirs  sensuels  doivent 
comme  des  sliroulusL 


\xn 


SEN 


D*ANTIHIOPOLOr.lf:. 


SKN 


i.VUl 


mes  de  UiUe ,  api^s  avoir  surexcité  leurs 
organes  digestifs  par  des  mets  épicés,  éprou- 
vent très-souvent  des  boulimies ,  des  sodas, 
qui  ne  sont  antre  chose  que  des  perversions 
du  sens  digestif. 

5'  Enfin ,  Texpérience  prouve ,  et  nous 
désirons  surtout  propi^er  cette  vérité ,  que 
les  altérations  diverses  de  la  faculté  sensitive 
entrMnent  après  elles  d'immenses  et  d'irré- 
parables d^ordres  dans  les  actes  de  la  vie 
morale. 

«I  Les  plaisirs,  dit  Bossuet ,  ont  amené 
dans  le  monde  des  maux  inconnus  au  genre 
humain  ;  et  les  médecins  nous  enseignent , 
(l'un  commun  accord,  que  les  funestes  com- 
plications de  symptômes  et  de  maladies  qui 
déconcertent  leur  art,  confondent  leur  expé- 
rience ,  démentent  si  souvent  leurs  anciens 
aphorismes,  ont  leurs  sources  dans  les  plai- 
sirs (806).  »Un  pareil  langage,  si  inusité  dans 
la  bouche  d*un  orateur  chrétien,  doit  frapper 
d'autant  mieux ,  que  Bossuet  adressait  ces 
mémorables  paroles  à  la  cour  sensuelle  et 
dissolue  de  Versailles ,  où  il  avait  pu  médi- 
ter sur  las  suites  énervantes  de  la  volupté. 
Les  mémoires  du  temps  fournissent  des  ren- 
seignements précieux  sur  le  grand  et  rapide 
essor  que  prirent ,  dans  le  milieu  du  xviu' 
siècle,  les  maladies  convulsives et  hystéri- 
ques. Et  Ton  sait  que  le  mesmérisme  ne  dut 
uu*à  l'exaltation  de  la  susceptibilité  nerveuse, 
cnez  les  grands  personnages  de  Tépoque,  la 
Tozue  si  extraordinaire  de  ses  supercheries. 
Celaient  presque  toujours  des  femmes  vapo^ 
reuses ,  des  gentilshommes  débauchés ,  oui 
venaient  tomber  en  convulsion  devant  les 
baouets  du  fameux  empirique. 

Il  nous  serait  facile  aadjoindre  à  Tautorité 
si  ^ave  de  Bossuet,  le  témoignage  non 
moms  imposant  de  tous  les  médecins  illus- 
tres oui  ont  légué  de  solides  travaux  à  reve- 
nir. Nous  nous  bornerons  cependant  à  un 
seul.  Il  aura  d'autant  plus  de  poids,  çiue  l'on 
saura  que  c'est  Broussais  même  qui  parle. 
«  Le  plaisir,  dit-il,  dans  ses  nuances  modé- 
rées, favorise  l'exercice  des  fonctions  et 
donne  de  l'énergie.  C'est  un  fait  dont  tout 
le  monde  convient  :  mais  que  dans  ses  fortes 
nuances  il  soit  une  cause  puissante  de  ma- 
ladies ,  par  les  spasmes,  les  convulsions,  les 
congestions  viscérales;  quil  produise  Tir* 
régularité  des  mouvements  et  l'épuisement 
dos  forces,  co  sont  des  faits  aussi  avérés  que 
les  précédents.  Nervosfrangit  quœcunque  t;o- 
luptat  (809).  » 

La  pratique  de  la  médecine  oblige  de  re- 
connaître deux  ordres  d'altérations  dans  l'or- 
ganisme par  l'abus  des  plaisirs.  Les  unes, 
primitives,  sont  liées  à  l'habitude  de  l'ex- 
citation nerveuse,  comme  l'effet  à  la  cause  : 
telles  sont  les  maladies  du  genre  nerveux , 
rhyjK>cond  rie,  l'hystérie,  la  manie,  etc.  Tou- 
tes ces  maladies,  qui  se  multiplient  en  rai- 
son directe  de  la  civilisation,  qui  suivent  la 
débauche  comme  Tombre  suit  le  corps,  in- 
diquent une  perversion  dans  la  sensibilité. 


et,  par  suite  les  for?es  motrices.  On  sait,  ef- 
fectivement, que  les  affections  nerveuses 
sont  le  tourment  dos  personnes  qui  en  sont 
atteintes  par  les  mouvements  irréguliers 
et  rétrogrades  qu'elles  déterminent  dans  les 
viscères.  Les  va|)oreuxont  la  sensation  d'une 
boule  qui  leur  monte  du  bas-ventre  jusqu'à 
la  gorge:  éprouvent  des  palpitations,  des 
besoins  fréquents  d'uriner,  par  le  spasme 
des  vaisseaux  urinaires. 

Le  second  mode  d'altération  est  plus  ef- 
frayant par  ses  suites ,  car  il  6te  à  1  hommç 
son  pouvoir  de  réB\$tancevitalt^  lorsqu'il  de- 
vient la  proie  du  mal  physique.  Ce  point,  le 
plus  important  de  l'hygiène,  considérée  dans 
ses  rapports  avec  la  morale,  mérite  que  nous 
nous  y  appesantissions. 

Au  milieu  des  préjugés  sans  nombre  et 
des  erreurs  populaires  qui  régnent  au  sujet 
de  la  médecine,  surnagent  cependant  quel- 
ques vérités  que  la  science  ne  fait  que  sanc- 
tionner. Cette  droiture  de  sens  du  vulgaire 
se  remarque  toujours  dans  le  cas  suivant  : 
On  homme  sain  en  apparence  est  frappé ,  au 
milieu  de  ses  occupations,  d'une  maladie 
simple  en  elle-même  ;  l'expérience  de  tous 
les  temps,  de  tous  les  lieux,  de  tous  les  hom- 
mes, affirme  que  cette  maladie,  dan$  les  cir* 
constances  ordinaires,  doit  suivre  des  pé*> 
riodes  fixes,  régulières,  et  se  terminer  par 
le  retour  à  la  santé.  Dans  le  cas  dont  nous 
parlons,  il  n'en  est  rien  :  le  sujet  atteint 
est  en^porté  en  peu  de  jours.  Les  personnes 
étrangères  à  l'art  de  guérir ,  mais  qui  con* 
naissaient  les  excès  de  longue  date  auxquels 
le  malade  s'était  antérieurement  livré ,  ont 
soutenu  que  chez  cet  homme  us/,  la  mala- 
die ,  quoique  légère ,  devait  revêtir  un  haut 
caractère  de  gravité.  Elles  ont  raisonné  par- 
faitement juste ,  puisqu'elles  ont  reconnu 
une  organisation  modiHée^  qui  a  elle-mémo 
imprimé  un  caractère  runeste  k  une  maladie 
bénigne. 

Ainsi,  voilà  un  fait  exprimé  d'abord  par 
une  croyance  miy^j  qui  s  est  toujours  main- 
tenue malgré  les  vicissitudes  et  les  fortunes 
diverses  des  systèmes  médicaux.  La  physio- 
logie nous  dira-t-elle  pourquoi  ce  tiouton  , 
cet  érysipèle,  cette  légère  éruption,  ont  en- 
traîné en  peu  d'heures  ce  malade,  auquel 
tout  promettait  de  longs  jours?  Elle  le  peut. 

La  Providence,  qui  a  envoyé  à  l'homme 
les  maladies,  a  en  même  temps  réparti  à  son 
organisation  des  ressources  pour  les  conju- 
rer. Ce  n'est  point  la  belle  et  harmonique 
disposition  des  organes ,  les  merveilles  de 
leur  texture  et  de  leur  configuration  qu6 
nous  devons  admirer  le  plus,  ce  sont  sur- 
tout ces  mouvements  intimes,  ces  ressour- 
ces immenses  que  déploie  le  principe  de  vie. 
En  même  temps  que  nous  dépensons  à  cha- 
que heure,  à  chaque  minute,  à  chaque  se- 
conde, dans  les  actes  journaliers  de  notre 
vie,  une  somme  telle  de  mouvements  vitaux 
que  les  auteurs  appellent  forces  agissantes  • 
il  reste  dans  notre  organisme  une  somme  de 


(Sei)  Sêfm^n  $ur  I  mMur  dê$  plamn,  tome  lY, 


(809)  BaocssAis,  Examen  dm  iNclnit  nMkaU$^ 
I.  m,  p.  367,  tri.  sur  Gere*^  *^' 


1359 


SEN 


DICTIONNAIRE 


SEN 


4:4'T 


rorces,  de  naissance  deslinée  à  faire  faceaax 
dépenses  aes  premières,  eesonl  les  forces 
radicales.  Dans  l'état  de  maladie,  si  ces  der- 
nières forces  déploient  une  énergie  sulïi- 
sanlo,  la -réaction  salutaire  a  lieu;  dans  le 
cas  contraire,  c'est-à-dire  si  elles  sont  dé- 
truites, il  ne  reste  plus  au  mélecin  ou'à  se 
voiler  la  face,  son  malade  est  destiné  h  pé- 
rir. Or,  l'abus  des  clioses  naturelles,  comme 
les  plaisirs  de  la  table,  l'amour,  etc.,  en  at- 
taquant le  fon-iement  de  toutes  les  fonctions, 
épuisent  les  forces  radicales,  et  ôtent  toutes 
cnances  de  salut  aux  hommes  de  plaisir. 
Comme  ils  ont  fait  abus  plus  particulière- 
ment des  forces  sensitives,  lien  des  sympa- 
thies et  des  synergies  nécessaires  pouf  la  so- 
lution des  maladies,  pour  déterminer  les 
crises ,  ils  sont  privés  de  ce  bénéfice  de  la 
nature  dans  leurs  maladies  intercurrentes. 
Ces  dernières  revêtent  alors  ce  caractère  de 
malignité  et  à*ataxie  qui  es*  l'effroi  de  tous. 
Les  anciens  médecins  grecs,  Hippoci-ate,  en- 
tre autres,  étaient  tellement  frappés  de  la 
marche  terrible,  insolite  de  ces  maladies, 
qn'ilsy  admettaient  un  divinumquid{rù  cm*). 
Us  voulaient  expliquer  par  une  cause  incon- 
nue des  effets  qu'ils  ne  pouvaient  rapporter 
à  des  causes  sensibles,  et  que  ne  pouvaient 
surmonter  les  forces  des  corps  vivants.  C'est 
une  chose  assez  frappante  que  les  effets 
promptement  mortels  des  maladies  malignes 
aient  toujours  produits  de  Tétonnement. 

Ce  qui  précède  etpli<iue  le  sens  profond 
de  ces  paroles  du  livre  de  Vlmttation  : 
«  L'homme  devrait  tendre,  de  jour  en  jour, 
h  devenir  plus  fort  (810).  »  L'hygiène  des  mé- 
decins, composée  seulement  de  préceptes 
préventifs,  ne  dit  pas  autre  chose.  L'homme 
Ti  toujours  besoin  de  forces,  mais  plus  narti- 
culièrement  dans  la  maladie  (811),  où  il  faut 
une  remarquable  énergie  d'efforts  répara- 
teurs pour  restituer  son  organisme  à  l'unité. 

Ainsi,  à  chaque  pas  que  Ton  fait  dans  l'é- 
tude de  l'existence  de  l'homme,  on  reconnaît 
de  plus  en  plus  que  Tâme  doit  commander 
au  corps  et  régler  ses  appétits;  que  la  vo- 
lonté, disposant  en  souveraine  des  organes, 
peut  exercer  une  influence  fâcheuse  sur  la 
santé.  C'est  une  belle  prérogative  qui  nous 
distingue  des  autres  animaux,  dont  l'intelli- 
genceest  asservie  à  des  besoins,  dont  l'orga- 
nisation détermine  la  volonté;  mais  en  méaie 
temps  c'est  une  prérogative  qui  peut  nous 
coûter  bien  cher,  si  nous  méconnaissons  les 
lois  de  notre  nature,  si  nous  entrons  dans  un 
ordre  subversif,  en  donnant  la  prééminence 
au  physique  sur  le  moral.  Si  nous  usons  de 
notre  liberté  dans  le  mal,  nous  y  faisons 
înentôt  des  progrès  ;  car  notre  perfectibilité 
jUous  impose  la  nécessité  d'avancer.  Par  ce 

(810)  Et  hùc  deberetesse  nêootittm   notêrfim 

Qnotidie  seipso  fortiorem  fieri»  (Lib.  i,  cip.  5.) 

(8t1)  Le  corps  humain  ne  vit  que  {Kir  son  unilé. 
La  maladie  n'est  qu'un  commencement  de  division 
entre  les  différentes  parties  du  corps.  Le  mot  la(in 
morbus  vient  de  deux  mots  grecs  :  ^ôpoç^  divisioti^  et 
pM,  force  ;  morbus,  division  dos  forces. 
•  '  (81i)  Ajoutons  encore  que  les  excès  sensuels  sont 
une  cause  puissante  de  raiiénaiion  mentale.  Le  doc- 


moyen  encore,  la  Provideoce,  qui  tire  parti 
du  mal  physique  pour  notre  ameadeoiem 
moral,  nous  a  vertical  le  que,  dè$  cette  terre, 
un  châliment  iatal  est  imposée  celiiî  qui  se- 

carte  de  la  ligne  de  ses  devoir». 

Si  la  créature  humaine  était  née  pour  être 
seule,  si  tout,  dans  son  organisatioii ,  ain^i 
que  dans  les  circonstances  où  elle  se  trouve 
placée,  concourait  à  ne  lui  assigner  d'autre 
but  que  celui  de  vivre  isolément,  on  ne 
pourrait,  à  la  rigueur,  lui  faire  un  erîme  ùe 
ses  penchants  k  la  sensualité.  Plongée  fou( 
entière  dans  le  présent,  elle  devrait,  pous»- 
sée  par  les  instincts  d'un  étroit  égoïsnie,é|^ 
nouir,  à  sa  plus  grande  satisfaction ,  toutes 
ses  surfaces  sentantes  aux  impressions  de  la 
volonté.  Si,  avant  le  temps,  elle  était  conse- 
mée  par  le  plaisir ,  on  pourrait ,  tout  au 
plus,  V accuser  d*avoir  dépensé  d'une  ma- 
nière trop  prodige  les  forces  de  son  orga- 
nisme. Tout  serait  dit  après  cela:  elle  a  voulu 
vivre  peu, mais  délicieusement.  Mais,  oomnie 
il  n'en  est  point  ainsi,  puisque  l'homme  e5' 
un  être  raisonnable  et  social,  il  fallait  pour 
honorer  la  raison,  comme  dit  Bosstret,  m .  ttr* 
des  bornes  aux  plaisirs  des  sens,  et  ne  livrei 
pas  au  corps  l'homme  tout  entier,  à  la  honiv 
de  l'esprit.  La  brute  est  nécessairement  sen- 
suelle, riiomme  a  des  motifs  intérieurs  e; 
extérieurs  pour  ne  pas  l'être. 

La  vérité  expérimentale  Ja  plus  terrible, 
celle  à  laquelle  cependant  les  hommes  de 
plaisir  réfléchissent  le  moins,  est  celle-ri; 
nous  la  reproduisons  telle  ^*eHe  a  été  fw- 
mulée  f>ar  l'immortel  écrivain  que  nous  ve- 
nons de  citer  :  «  La  volupté  affaiblit  le  c opur 
de  l'homme  et  énerve  le  principe  de  droi- 
ture (812).  y»  Nous  avons  admis  des  rapports 
entre  la  sensibilité  physiologique  et  le  sen- 
timent de  pitié.  Quel  est  le  uen  mystérieux 
qui  unit  ces  deux  mouvements,  l'un  organi- 
que, l'autre  moral?  Nous  l'ignorons  ;  mais 
les  faits  sont  trop  nombreux  pour  révoquer 
en  doute  son  existence.  Oui,  ce  qu'il  y  a  de 
grand,  de  noble,  de  généreux,  dans  la  nature 
morale  est  étouffé  par  la  volupté.  L^bomme 
de  plaisir  es-t  d'abord  égoïste;  plus  tard  il 
deviendra  cruel ,  parce  qu'il  tend  à  se  déta- 
cher davantage  de  ses  semblables.  Ce  n'est 
pas  dans  l'âme  de  l'homme  de  dét)auche«  d  s 
femmes  mondaines  et  vaporeuses,  que  I  on 
rencontre  ces  élans  sympathiques  à  de  nia- 
bles actions  et  de  touchants  malheurs,  tîi*- 
bert  fl  flétri  en  des  vers  d'une  ironie  st- 
blime  toute  Taridité  de  cœur  des  fenun**- 
sensuelles  du  règne  de  Louis  XV  î 

SI  quelque  jeune  fat,  en  passant,  éventé, 
Frappe,  en  courant,  son  chien,  qui  jappe  éponv:>ni'* . 
La  voilà  qui  se  meurt  de  tendresse  et  d'^aiarme^: 
Un  papillon  mourant  lui  fait  verser  des  larm^ 

leur  Parchappe,  de  Roaeu,  dans  une  iMicice  s«r  I  ^ 
causes  de  cette  dernière  maladie,  a  reooniiu  qmt  Tm»- 
Ûuence  des  excès  sensuels  sur  le  dévdoppeoMrt  dr  i  « 
folie  était  dans  une  pn^rtioa  de  75  sur  9B5  ca- 
ou,  en  d'autres  termes^  de  19  sur  iOO.  Ils  tieiuiraf 
pour  Tordre  de  la  frëquciioe,  le  haut  de  la  cobu-. 
où  sont  inscrites  toutes  les  autres  causes,  (^r*^ 
Becherchet  statistiques  sur  tes  causes  de  VûtUnai-*^* 
mentale;  Paris,  1839. j 


1361 


SUi 


DX^NTUROPOLOCrE. 


SEN 


15G2 


il  est  Trai  :  mais  aussi  qu*â  la  mort  oondamoé, 
Laly  S'til  eu  spectacle  a  réchafaud  traîné, 
Ulf  in  la  première  à  cette  horrible  fèie 
MarrhaïKler  le  pbisir  de  toît  tomber  sa  télé  ! 

II  est  presque  impossible  de  rencuiiirer 
daos  rtiistoire  un  tyran  qui  ne  tùi  pas  vo* 
iuplueux«  PJus  la  sensualité  domine,  plus 
les  penchants  de  Thomme  deviennent  exé- 
crables.  Si  Ton  a  le  courage  d*approfondir, 
dans  leurs  détails,  les  cruautés  inouïes  de 
quelques-uns  des  Césars,  on  décèle  dans 
leurs  actes  je  ne  sais  quoi  de  convulsé  et 
de  bigarre,  iiul  atteste  un  état  maladif  de 
leur  sciuibîlité  générale.  La  multitude 
Daienne  qui,  selûn  saint  Paul,  marchant  dans 
la  vanité  de  ses  sens ,  se  laissait  dominer 
parla  c!:aîr,  ne  manifestait  pas  moins  de 
goût  etd*appétit  pour  lesau;^.  Elle  était  sans 
pillé  (»our  le  glaiiateur  aux  plaies  sai{$iian* 
te:>  et  vives,  sans  reconnaissance  }Our  les 
hommes  rares  qui  se  dévouaient  encore  pour 
cîle. 

L'homme  sensuel,  dans  la  fureur  de  Si:s 
h  NÛii>  à  satisfaire,  pressé  par  Taiguillon  de 
hi  vnlupté,  veut  tout  concentrer  vers  lui.  Il 
fûut  <|u*il  ail  des  ressources,  et  il  consume, 
p  Mjr  son  prnpre  compte,  ces  éléments  suljt- 
lanlîe!s  dont  les  peuples  ont  besoin  pour  vi- 
^vro.  11  (allait  le  monde  à  Héiid^aLale  pour 
eu^raisser  sa  sensualité.  De  nos  jours,  il 
£aut  dcTor,  et  à  tout  prix,  même  à  celui  de 
la  cfmscience,  qu'on  livre  à  ratheleur, 
comme  ces  jeunes  débauchés  qui  vont  dép^i- 
ser  entre  les  mains  crispées  de  Tusure  un 
oljet  précieux  auquel  se  rattachent  de  tou- 
rnants souvenirs  de  famille.  Jadis  TEvangile, 
éi  'omplissant  ces  travaux  herculéens  dont 
parle  la  Fable,  eBàça  du  monde  ancien  les 
^oui^ures  dont  le  polythéisme  Tavait  cou> 
vert.  Vest-il  pas  nécessaire  que  son  courant 
;«icré  repasse  dans  notre  société  pour  ba- 
laver  les  ini|<uretés  qui  la  déshonorent?.. 

"Ainsi  la  volupté  est  une  cause  de  perver- 
sion morale,  elle  nuit  essentiellement  à  Tin- 
Xelligence,  qu'elle  paralyse. 

L'exercice   de    cette   dernière  demande, 
avant  tout,  de  la  constance  et  de  la  régula- 
rité, les  hommes  de  plaisir  sont  incapables 
«reflbrts  soutenus.  Ils  apportent  à  Télude, 
(Mutes  les  fois  (ju  ils  s'y  livrent,  cette  incons- 
tance, cette  mobilité,  que  nous  avons  vue 
inhérentes  à  leurs  mouvements  vitaux.  L'é- 
tviJc  exige  qu'on  pTcnne  au  sérieux  sou  oL- 
J-  t,  et  les  hommes  de  plaisir  contrat  lent  la 
1.1  «lieuse  habitude    de   ne  rien  prendre  au 
>Jrîeux.  On  les  voit  rire  de   tout,  du  vite 
I  i.iiiuie  de  la  vertu.  Bossuet,  dans  sa  pro- 
fondeur accoutumée,  a  rajjporîé  à  la  nature 
ftjOaae  de  la  sensualité  la  cause  de  celle  iiu- 
l»r*».-sion  mentale.  La  concupiscence,  c'esl-à- 
c.'ir«  raïuour  des  plaisirs,  est  toujours  chan- 
^4^-aiife,  parce  que  toute  son  ardeur  lan^j^uît 
et  uieurtda^s la  continuité,  et  que  c'est  le 
ef  um^emeot  cfiii  la  iail  revivre.  Aussi  qu'esi- 
«:e  autre  chose,  la  vie  des  sens,  qu'un  mou- 
vement alternatif  de  l'appétit  au  dégoût, 
tlofiant  toujours   incertaine  entre  Tardeur 

iSlIil   Lrc.  lit.,  p.  iïO. 


qui  se  ralentit  el  l'ardeur   qui  se  renoa* 
velie  (813;  ? 

liais  avant  tout^  cette  torpeur  inlellec- 
tuelle  est  produite  par  la  manifestation  de 
cette  loi  d  antagoaisHie  inhérente  aux  phé^ 
nomènes  de  la  ïorce  seositive.  Plus  on  Té- 
puise  d'un  côté,  moins  il  en  reste  de  l'au- 
tre. Saint  Bonaventure,  une  des  gloires  et 
des  lumières  du  moyeu  âge,:a  reconnu  cette 
loi  d'antagonisme,  dont  il  a  donné  l'explica- 
tion suivante  :  «  11  ne  faut  point  ignorer , 
dit-il,  que  les  forces  naturelles  de  l'orga- 
uisme  sont  relâchées  lorsque  les  forces  ani- 
males sont  en  exercice.  C'est  pour  cette  rai- 
son que  la  force  nutritive  el  génératrice  agit 
moins  dans  l'homme  livré  au  travail  et  à  la 
contemplation.  De  là  découle  comme  consé- 
quence rini|iuissanr4î  de  la  sensualité  sur 
1  homme  adonné  à  l'étude.  «  Aimez  les  £cri- 
«  tures,disait  saint  Jérôme,  et  vous  prendrez 
«  en  dégoût  les  vices  de  la  chair  (814).» 

Comme  on  aime  généralement  à  prendre 
en  défaut  une  doctrine  trop  sévère,  surtout 
lorsqu'elle  attaque  la  sensualité  de  nos  pen- 
chants, on  va  déterrer  tous  les  exemples 
exceptionnels  de  vérité  qu'elle  proclame 
pour  la  réduire  en  {.oussière.  C'est  la  con- 
duite qu'on  tient  chaque  jour  contre  cette 
philosophie,  prétendue  morose,  qui  blâme 
l'amour  iles  plaisirs  et  en  signale  les  dan- 

fers.  Ou  aime  à  citer,  et  j'avoue  que  notre 
poque  présente  assez  de  types  en  ce  genre, 
des  nommes  ((m  réunissent  aux  facultés  les 

{>lus  belles,  aux  aptitudes  les  plus  diverses, 
'amour  du  luxe  et  de  l'intempérance  :  tel 
brille  dans  la  carrière  du  Itarreau ,  tel  à  la 
tribune ,  tel  dans  la  diplomatie ,  etc.  L'ob- 
servation de  ces  hommes  est  capaltle  d'é* 
branler  les  esprits  superficiels  ;  mais  si  l'oa 
scrute  leurs  vies,  ou  verra  que  tout  y  est 
loin  d'être  splendeur  et  éclat  ;  elles  présen- 
tent une  face  ternie.  Si  ces  hommes  d' ex- 
ception ont  pu  associer  dans  leur  existence 
deux  éléments  contradictoires,  c'est  qu'ils 
étaient  en  possession  de  cette  surabondance 
de  force  iniellectuelle  que  la  sensualité  n'a 
pu  étouffer;  mais  qu'on  estime  le  degré  de 
perfcitionnement  auquel  ils  fussent  parve- 
nus si  la  modération  dans  les  plaisirs  eilt 
doublé  leur  autivîlé!' Qu'on  songe  que  ces 
hommes ,  pour  la  plupart ,  apportent  dans 
leurs  travaux  mêmes  une  sorte  d'incons- 
tance, d'irrégularité  qui  leur'âte  une  partie 
de  riuiluirnce  qu*ils  devraient  exercer.  Le 
dé.-ordre  de  leur  conduite  les  prive  |)our 
toujours  de  cette  considération,  véritable 
couronne  du  génie.  Pourquoi  Mirabeau  a-t- 
il  laissé  à  cOté  de  sa  gloire ,  qu'un  homme 
mor<d  ne  (  eut  envier,  5i  peu  d'estime  pour 
sa  personne?  C'est  que  sa  conduite  a  porté 
rempreinte  desdésordres  produits  par  la  vo- 
lupté, c'est  que  chez  lui  tout  a  été  incohé- 
4'ent,  tout  a  été  ùésordOBné,  jusqu'à  cette 
aflreuse  agonie,  où  les  remèdes  les  plus 
puissants  ne  purent  calmer  l'exaltation  si 
douloureuse  de  sa  sensibilité.  Pourquoi 
Barras,  et  (juclques  membres  du  Directoiro 

^Xi  J}  Cc/r/t'î^/ium  tUvL,  l.  VU,  liv.  u,  p.  TH- 


l5Go 


&EM 


DICTIONNAIRE 


SEN 


m 


onMls  laissé  une  mémoire  arilie?  Pour- 
quoi, enfin...?  Je  m*arréle,  des  noms  trop 
modernes  Tiendi*aient  se  placer  sous  ma 
plume. 

8i  l'eicercice  trop  prolongé  des  plaisirs 
grossiers  nuit  à  TAme  humaine,  qu'il  fait  dé- 
t^énérer,  il  est  d'autres  jouissances  qui  se  rap- 
portant au  développement  des  facultés  mo- 
rales, les  agrandissent  et  les  améliorent  ;  je 
veux  parler  de  celles  qui  naissent  de  la  mise 
3n  action  de  deux  sens,  celui  de  la  vue  et 
celui  de  l 'ouïe.  C'est  avec  raison  qu'on  les  a 
nommés  sens  intellectuels,  parce  que  les 
impressions  qu'ils  transmettent  sont  celles 
qui  ébranlent  le  plus  fortement  Torgane  cé- 
rébral et  font  naître  les  idées. 

Les  beaux-arts,  c'est-à-dire  la  réalisation 
sous  des  formes  matérielles  du  fteauet  du  6ten, 
exaltent  la  sensibilité,  et  procurent  à  l'hom- 
me ces  nobles  jouissances  qui,  loin  de  Té- 
puisér,  le  maintiennent  dans  un  calme  har- 
monique. Leur  culture  chez  un  peuple  doit 
être,  et  a  été ,  en  eflfbt,  envisagée  par  l'bis* 
toire  comme  un  élément  de  moralisation. 
Les  beaux-arts  produisent  sur  tout  Torga- 
iiisme  une  impression  aussi  forte,  peut-être, 
que  cet  état  d  orgasme  qui  accompagne  les 
jouissances  charnelles;  mais  avec  cette  diffé- 
rence, que  cette  réaction  est  plus  salutaire  : 
ils  enfontent  le  sentiment  d'admiration  qui , 
en  nous  identifiant  avec  les  objets  de  son 
culte,  nous  portent  k  grandir  avec  eux.  Le 
sentiment  d  admiration  est  d'un  ordre  supé- 
rieur, comme  le  remarque  M.  Kératry  (81c), 
parce  qu^l  ne  nous  est  possible  de  rien  ad- 
mirer que  de  grand,  et  qui  tient  à  une  na- 
ture supérieure.  Les  jouissances  de  la  sensi- 
bilité physique  laissent  toujours  après  elles 
une  sensation  d'anéantissement,  tandis  qu'au 
contraire  les  jouissances  de  la  sensibilité 
morale  réveillent  en  nous  le  sentiment  de 
notre  immortalité.  Chaque  homme  a  pu  en 
faire  l'expérience.  Par  conséquent,  tout  ce 
qui  exalte  la  sensibilité,  en  offrant  de  beaux 
mod^es  aux  sens  de  la  vue  et  de  Toute,  est 
profoudén^ent  utile  ;  on  sait  que  les  grands 
artistes,  en  général ,  soit  peintres,  soit 
sculpteurs I  so^l  musiciens,  s'attachent  les 
sympathies  publiques  ^  aussi  bien  par  ce 
louas  inépuisable  de  générosité  qu'on  re- 
marqua en  eux,  que  par  les  productions  de 
leur  génie.  Us  en  sont  redevables  à  cette 
contemplation  journalière  du  beau  et  du 
bien,  plus  puissante  sur  leur  âme  que  les 
plaisirs  auxquels  souyent  Us  se  livrept  avec 
excès. 

Puisque  >a  multitude  est  sensuelle,  qu'elle 
aime  toujours  les  jeux  et  les  spectacles  » 
qu'elle  court  avec  avidité  aux  représenta- 
tions extérieures,  il  faut  que  les  gouverne-^ 
ipents  tirent   le  parti  le  plus    avantageux 

(815)  K^iuWy  /nrfticltons  moraieê  et  phfiêwlfigi^ 
f^;  1847,  ^  540.  ' 

(816)  ApfBav,  Baffuet^  priêom  et  criminek^  t.  l  % 
p.  47  ;  183B. 

M.  Fr^er,  dans  son  excellent  ouvrage,  dît  avec 
mitou  :  fl  Plus  rhomme  est  pauvre  et  siget  au  tr^e 
vail,  plus  il  doit  éprouver  de  délassement  et  de  éh- 
|riic4ioa  dans  mi  amusement  propre  à  émouvoir  sou 


de  ce  goût  instinctif.  Il  faut,  puisque  les 
masses  sont  dépourvues  de  la  culture  mo- 
rale et  intellectuelle  suffisante  pour  appré* 
cicr  la  beauté  littéraire,  diriger  leur  éduca- 
tion au  moyen  des  sens  de  la  vue  et  de  Tome. 
On  s'adressera  à  la  première  par  des  expo- 
sitions publiques  remplies   d'images,  de 
sculptures  reproduisant  de  grands  eiempte 
de  vertus,  de  moralité  et  de  patriotisme.  Ui- 
dame  de  Staël  a  dit,  avec  beaucoup  de  vé- 
rité, que  rien  n'est  plus  propre  que  la  mu- 
sique a  élever  FAme  :  Tbarmonie  renfermant 
en  elle-même  quelque  chose  de  suave  et  de 
mélodieux  qui  dispose  le  cceur  à  la  mansué- 
tude. Il  est  certain  que  cet  art  opère  un  effet 
sédatif  sur  le  système  nerveux  agité,  quii 
refoule  tous  les  instincts  brutaux  et  gros- 
siers pour  faire  place  à  des  émotions  bien- 
faisantes. On  ne  saurait  faire  trop  de  vomi 
pour  attirer  Tattention  des  gouvernants  sur 
rétablissement  régulier  de  ces  concerts  mtr 
jestueux  dont  la  multitude  fait  tous  les  frais, 
et  où  elle  dépense  si  utilement  ses  moments 
de  loisir.   Les   personnes  qui  ont  étudié 
d*une  manière  soutenue  le  caractère  des 
criminels ,  ont  apprécié  à  sa  juste  valeur 
toute  Futilité  de  la  musique  comme  moyen 
moralisateur.  On  pourrait ,  selon  Tune  d'el- 
les, M.  Appert  (816),  se  servir  de  cet  art 
l)Our  sonder  le  fond  des  flmes  des  criminels, 
et  reconnaître  si  elles  sont  susceptibles  oo 
non  d'émotions  douces  et  vertueuses.  Cest, 
k  sou  avis,  un  signe  auquel  on  se  trompe- 
rait difficilement;  et  il  pose  en  principe ([ud 
rhomme  sensible  aux  accents  de  la  musique 
ne  saurait  être  perdu  sans  retour. 

Gomme  le  plaisir,  la  douleur  physique  est 
une  modification  de  la  sensibilité,  mais  une 
modification  fftcbeuse  à  laquelle  rhomme 
cherche  à  se  soustraire.  Ses  sources  dam 
l'organisme  sont  plus  multipliées  que  œllf) 
du  plaisir  physique  ;  en  effet  »  outre  les  lé* 
sions  de  toutes  les  extrémités  nerveuses,  <ie 
tous  les  cordons,  de  tous  les  filaments ,  on 
trouve  encore  des  foyers  de  douleur  dans 
les  maladies  d'un  grand  nombre  de  tissas 
et  d'organes  qui  ne  donnent  jamais  de  plai- 
sir  dans  Tétat  normal.  Ce  défaut  de  rapport 
dans  les  conditions  organiques  qui  prôuui* 
sent  la  somme  de  bien  et  de  mal  être  phy- 
sique, est  remarquable  au  point  de  vue  reli- 
gieux ,  et  semble  confirmer  cette  loi  mjsl^ 
rieuse  et  terrible  qui ,  au  commencement 
de  toutes  les  théodicées ,  assigne  à  Thonime 
la  souffrance  en  partage  :  «  L/homme  né  li»" 
la  femme  est  sujet  à  bien  des  misères  (SIt;. 

La  physiologie  ,  en  rendant  compte  du 
mode  d'influence  exercé  par  la  douleurjpkj* 
sique  sur  le  principe  moral,  éclaire,  (fun^ 
part ,  la  société  et  les  gouvernants  sur.  ^ 
g]:ave  question  de  remploi  des  pénalité 

àme,  à  Mever  eo  fiallant  ses  sens....«  De  i''"^ 
beaux-aris,  la  musique,  le  ^us  pur  ea  le  phis  suffi- 
sant, est  capable  de  plaire  au  peuple,  et  ^^^ 
tour  à  tour  dans  son  ame  des  aentiiaenta  éaeig^ 
et  délicats.  >  (T.  D,  p.  111.) 
(817)  Job  :  Homo  natn$  de  muHert  rcpliMf  v>» 


imi 


S£M 


D  ANTHROPOLOGIE. 


SEN 


1366 


Tiat^rielles  ;  de  l'autre,  elle  sert  la  cause  de 
la  religioD ,  puisqu'elle  s'associe  pleinement 
à  ses  tendances  miséricordieuses  qni  ont 
pour  but  d'effacer  du  monde  toute  trace  de 
torture  physique.  Grâce  donc  au  christia- 
nisme ,  dont  l*es[irit  pénètre  les  sociétés 
comme  ces  eaux  vives  qui  s'inQltrent  peu  è 
peu  dans  de  larges  surfaces  de  terre  pour  les 
léconder,  on  a  compris  que  la  société,  char- 
gée de  défendre  les  intérêts  de  tous  dans  les 
siens  propres,  derait  également  prendre  en 
eonsiaération  ceui  de  ses  membres  qui  lui 
nuisent.  On  a  compris  ((ue  son  rôle  devait 
être  une  double  réparation  :  réparation  vis- 
è-vis  d'elle-même,  par  des  pénalités  servant 
d'exem{>le;  réparation  de  sa  part  vis-à-vis 
du  criminel  perverti,  qu'elle  doit  relever  de 
la  fSuige  du  crime.  Si  donc  les  pénalités  phy- 
siques qui  engendrent  ladouleus,  loin  d'a- 
mender le  coupable  ,  le  pervertissent  davan- 
tage, elle  doit  les  rejeter  comme  des  moyens 
indignes  de  sa  mission. 

Interrogeons  l'observation  physiologique 
et  écoutons  ce  qu'elle  va  nous  répondre  : 

Le  premier  égoïste  dut  être  un  homme 
souffrant,  a  dit  un  respectable  médecin, 
dont  la  mémoire  sera  toujours  chère  à  ses 
compatriotes  (818)  La  douleur  centuple  le 
fNoinumain,  et  concentre  toutes  nos  affec- 
tions en  nous-mêmes.  Ce  langage  peut 
étonner  les  personnes  du  monde,  mais  il  ne 
pourra  surprendre  le  médecin,  et  surtout 
eelui  qui  se  sera  tivré  h  l'observation  dans 
un  çrand  hôpital,  séjour  qu'on  peut  appeler 
celui  de  la  souffrance  et  de  régoisme.  Là, 
chaque  malade  trouve  son  voisin  importun  : 
au  heu  de  tolérer  les  cris  que  lui  arrache  la 
douleur,  il  élève  des  plaintes  acrimonieuses 
<M)ntre  lui.  Il  se  persuade  qu'à  lui  seul  est 
réservé  le  droit  d'exhaler  sa  souffrance  en 
^missements  et  en  sanglots.  Plus  elle  est 
vive,  plus  elle  absorbe  1  individu  et  le  rend 
insensible  aux  maux  d'autrui.  Si ,  comme  il 
arrive  souvent ,  le  malade  ne  trouve  plus 
(fu'un  cadavre  dans  le  lit  de  son  voisin, 
qu'on  ne  songe  pas  qu'il  aille  plaindre  le 
sort  du  défunt.  Cette  mort  lui  cause  de  l'ef- 
froi pour  lui-même,  parce  qu'il  prévoit  un 
»ori  semblable  :  le  médecin  reçoit  la  confi- 
dence de  ses  tristes  appréhensions  ,  crue  le 
malade  ne  prend  pas  même  le  soin  ne  dé- 
guiser sous  un  faux  air  de  pitié  en  faveur 
de  celui  qui  fut  son  compagnon  d'infortune. 

Voilà  le  premier  degré  d'aberration  mo- 
rale. Passons  à  un  autre  : 

Si  les  exacerbations  de  la  douleur  de- 
▼iennent  atroces,  la  perversion  morale  s'ac- 
croît dans  les  mêmes  rapports.  La  vérité  de 
ce  fait  est  attestée  par  l'uistoire  des  grandes 
calamités  qui  ont  pesé  sur  le  genre  humain. 
On  a  vu,  dans  une  épidémie,  dans  une  fa- 
mine, des  populations  habituellement  dou- 
ces, paisibles,  se  transformer  tout  à  coup  en 
brutes  forcenées  et  sanguinaires.  Une  des 

lus  cruelles  adversités  qui  aient  épouvanté 
es  temos  modernes,  le  naufrage  ue  la  Me- 


r< 


duscy  dont  la  relation  nous  a  été  transmise 
par  un  témoin  oculaire,  le  docteur  Savi- 
gny  (819),  parle  encore  bien  plus  haut.  Les 
malheureux  composant  Téquipase,  réduits, 
pour  étancher  leur  soif  ardente,  a  boire  leur 
urine,  torturés  misérablement  par  la  faim  , 
ainsi  gue  par  les  angoisses  d*uu  sombre  dé- 
sespoir, se  ruaient  les  uns  sur  les  autres» 
jxïur  s'entre-dévorer.  Le  radeau  de  la  Mé- 
duse a  été  le  théâtre  de  bien  des  combats 
san  jlants  !  On  peut  donc  affirmer,  avec  toute 
assurance,  que  la  douleur  prolongée,  de 
mêine  que  le  plaisir  exagéré,  trouble  pro- 
foi)::ément  l'organisation  de  l'homme  et  le 
porte  au  mal.  De  plus  ,  l'affection  qu'elle 
imprime  au  système  sensible  peut  être  assez 
profonde  et  durable  pour  exercer  sur  Tin- 
aividu  une  influence  qui  devient  la  source 
de  ses  aversions  et  de  ses  penchants.  Locke 
rapporte  l'histoire  singulière  d*un  homme 
qui,  après  avoir  été  çuéri  de  la  rage,  { ar 
une  o)!ération  très-douloureuse ,  ne  put 
souffrir  la  vue  de  son  opérateur,  malgré  tout 
ce  que  la  raison  et  la  reconnaissance  purent 
lui  suggérer.  Tout  cela  nous  frappe  telle- 
ment, que  nous  nous  sentons  portes  à  attri- 
buer la  dépravation  ordinaire  des  forçats 
libérés  en  partie  aux  souffrances  qu'ik  ont 
endurées  au  bagne.  Malgré  les  adoucisse- 
ments sans  nombre  que  les  progrès  sociaux 
ont  afiportés  à  leur  sort ,  on  ne  peut  nier 
que  leur  vie  de  forçats  ne  soit  une  vie  pas- 
sée en  de  douloureux  labeurs  et  des  châti- 
ments inflexibles  :  ils  sortent  de  ces  repai- 
res réduits  à  la  condition  des  animaux  féro- 
ces, dont  ils  ont  acquis  non-seulement  les 
bas  instincts,  mais  encore  l'aspect  physique^ 
et  s'insinuent  sourdementdans  la  société,  où 
ils  frapperont  sans  merci  de  nouvelles  vic- 
times. 

La  tyrannie  a  reconnu  de  tout  temps  la 
théorie  et  la  pratique  de  la  loi  physiologi- 
que des  souffrances  matérielles.  Voulant , 
avant  tout,  l'obéissance  jpassive  et  aveugle  à 
ses  décrets,  elle  a  écrase,  par  la  douleur,  le 
principe  moral  de  l'homme,  et  n'a  eu,  dès 
lors  entre  les  mains,  que  des  êtres  doués  de 
la  sensibilité  purement  'physique  ,  qu'elle 
conduisait  partout  où  eue  voulait  qu'ils 
fassent. 

Ja  douleur  physique  en  matière  crimi- 
nelle e>t  rni  dangereux  modificateur  dont 
la  société  ne  doit  pas  se  servir  ;  plus  elle 
fera  de  sacrifices  pour  la -faire  disparaître, 
en  généralisant  les  applications  du  système 
pénitentiaire,  plus  elle  en  retirera  de  profit 
pour  elle-même  ;  plus  ses  mesures  et  ses 
soins  s'élendront  a  répandre  le  bien-être 
dans  les  classes  pauvres,  moins  elle  sera 
agitée.  Ignore-t-on  que  la  douleur  physique 
est  la  plus  puissante  instigation  des  cohor- 
tes de  révoltés  ?  C'est  elle  qui  toujours  les 
a  poussés  à  ces  terribles  excès  dont  gémit 
l'histoire.  A  l'heure  même,  tout  homme  qui 
réfléchit  prévoit  des  troubles  et  de  grands 
boulcrcrsements  pour  une  nation  puissante. 


(818)  Marc  Aiitoiue  Petit,  de  Lyoïi,  Dixuun  Aur 
Xj  douleur» 


<,SI1-)  Voy,  ssi  iliese  inaugurale 


1367 


S£N 


DICTIONNAIRE 


SCM 


tses 


La  cause  eu  sera-t-elle  le  rejet  d*un  bill , 
les  querelles  intestines  des  partis  ?  Non  ;  la 
raison  véritable  sera  le  réveil  de  plusieurs 
millions  d'hommes  qui  demanderont  à  né 
pas  succomber  aux  horreurs  de  la  faim  dans 
un  pays  fertile  ;  qui  demanderont  à  ne  plus 
-croupir  dans  des  bou^jes  fétides,  eux  et  leurs 
enfants,  en  compagnie  des  pourceaux,  lors- 
qu'ils aperçoivent,  non  loin  de  leurs  huttes 
dégradées ,  des  châtelienies  somptueu- 
ses (820). 

L*état  de  souffrance  d'une  grande  masse 
de  population  est  irrégulier  dans  la  nature 
des  choses;  il  faut,  si  les  institutions  n'y 
portent  remède,  qu'une  crise  sociale  sur- 
vienne, pour  que  les  hommes  se  mettent  en 
é  juilibre ,  que  leurs  besoins  physiologiques 
et  moraux  soient  également  satisfaits* 

A  cet  égard,  nous  ajouterons  qu'il  est 
douloureux  de  penser  que,  dans  notre  siè- 
cle, sous  le  beau  ciel  de  notre  France,  au 
sein  du  luxe  et  de  l'abondance  de  la  plus 
brillante  capitale  de  l'univers,  des  hommes, 
en  très-^rand  nombre,  ne  (peuvent  satisfaire 
les  premiers  besoins  de  l'existence.  Les  clas- 
ses pauvres  et  laborieuses  ne  peuvent  se 
procurer,  par  la  dure  loi  de  la  nécessité,  un 
logement  commode,  un  bon  gtte  pour  répa- 
rer leurs  forces  affaiblies  par  le  travail,  en  - 
fin  respirer  un  air  salunre,  l'aliment  vital 
par  excellence,  pabulum  vilœ^  dont  la  Provi- 
dence a  inondé  l'univers.  La  pauvreté  qui 
leur  fait  déjà  endurer  tant  de  privations,  en 
les  entassant  pèle-mème  dans  des  réduits 
étroits  et  infects,  empoisonne  pour  eux  seuls 
les  sources  communes  de  la  vie.  L'aliment 
de  la  faim  leur  est  donné  d'une  main  avare, 
l'aliment  de  la  respiration  à  son  tour  se  con- 
vertit en  poison.  S'il  n'v  avait  aucun  re- 
mède à  un  si  triste  scanoale,  le  philantrope 
devrait  se  contenter  de  verser  aes  pleurs  ; 
mais  le  mal  est  guérissable  et  les  aamiuis- 
irateurs  le  reconnaissent  ;  il  ne  faut  pour  cela 
que  queloues  capitaux,  non  pas  égoïstes, 
mais  bieuTaisants,  appelés  au  secours  de  la 
classe  pauvre.  Par  ce  moyen,  comme  le  pro* 
pose  M.  Frégier,  avec  une  remarquable  lu- 
cidité (821),  on  essaierait  des  constructions 
appropriées  à  toutes  les  conditions  de  la 
population  pauvre,  composée  de  la  pauvreté 
honnête  et  de  la  pauvreté  avilie.  Ces  cons- 
tructions auraient  le  double  avantage  de 
concourir  à  la  salubrité  publique,  et  do 
fournir  aux  pauvres  des  moyens  de  morali- 

(820)  Uouvrage  de  M.  de  Beaumont  sur  Th^ande 
contient  des  faits  inouïs. 

fSâl)  Les  philanthropes ,  et  par-dessus  tous  les 
médecins,  ne  sauraient  trop  s'associer  à  ce  projet, 
dont  Texécution  est  loin  d*étre  difficile. 

(82S)  M.  Guizot,  dans  ses  coiors  sur  la  civilisation 
européenne  et  sur  la  civilisation  française,  a  déve- 
loppe oe  point  de  Tbisloire  avec  celte  hauteur  de 
vues  et  celte  noblesse  de  pensées  qui  le  caractéri- 
bont. 

Le  Pape  Grégoire  XVf  a  signalé  sa  tendre  soUiri- 
tufic  envers  les  hommes  de  couleur  dans  une  buUc 
qû  possède,  comme  tout  ce  qui  émane  du  Vatican, 
ii:i  cachel  d'indéfinissable  grandeur  : 
i  Ad  fuluram  Dei  memoriam, 

« En  vertu  de  rautorilé  apo;>lolique,  nous  ad- 


sation.  Un  logement. en  rapport  avec  leurs 
besoins  serait  capable  de  faire  naître  ebez 
eux  des  goûts  de  retraite  et  de  paix  domes- 
tique, si  favorables  aux  bonnes  mosun. 
D'ailleurs,  tout  le  monde  devrait  être  con- 
vaincu que  si  le  superflu  des  biens  de  ce 
monde  peut  être  réparti  d'une  manière  iné- 
gale, il  doit  y  avoir,  sauf  la  plus  affreuse 
iniquité,  é*;ale  répartition  ce  ralimeot; 
que  là  où  se  voit  le  luxe  et  rintempéraoce, 
puis  à  côté  des  visages  hÂves  et  des  corp» 
émaciés,  se  trouvent  de  grands  coupables, 
dignes  en  tout  de  la  malédiction  céleste  iv^ 
criie  au  livre  de  l'Evangile  :  «  Malheur  aux 
richesl  » 

Ce  qui  est  d'une  urgente  nécessité  au  point 
do  vue  social,  se  transforme  en  devoir  au 
point  de  vue  chrétien.  Le  christianisme,  en 
effet,  impose  à  tout  homme,  comme  soutp- 
raine  obligation,  de  détourner  la  douleur  de 
la  tète  de  ses  frères,  et  de  leur  rendre  moïm 
amères  les  angoisses  de  la  vie. 

Lorsque  la  société  chrétienne  devint  forte 
et  puissante  par  sa  hiérarchie,  tous  ses  ef- 
forts tendirent  à  faire  prévaloir  le  grand 
principe  de  solidarité  humaine.  Partout  ou 
la  vit  mettre  la  douceur  à  la  place  de  la  Tin- 
lence  brutale  des  peuples  barbares.  A  Um> 
les  cris  de  détresse  des  peuples  injustcoieDt 
opprimés,  la  voix  du  pontiâcat  réfiondit  [m 
des  injonctions  sévères  aux  oppresseurs.  En 
un  mot  le  christianisme,  et  par  ses  principes 
divins  et  par  son  organisation  temjwnMle, 
assura  l'établissement  régulier  et  physiolo- 
gique des  sociétés  modernes  (8â2).  Il  est 
^vrai  qu'on  a  beaucoup  parlé  des  tortures  (k 
l'Inquisition,  qu'on  s'est  complaisamuieDi 
arrêté  à  la  description  de  ces  antres  téné- 
breux du  saint-oiBce,  où  les  san^ots  des 
victimes  sacerdotales  étaient  étouffés  soos 
d'épaisses  murailles,  etc.  L'histoire,  calme 
comme  la  vérité,  s'est  chargée  de  répondre 
à  l'exagération  intéressée  des  déclamateurs. 
L'inquisition,  en  tant  que  principe,  est  M 
racine  du  système  pénitentiaire;  elle  n'est 
devenue  cruelle  et  sanguinaire  que  lors- 
qu'elle est  tombée  des  mains  pontificales  eu 
celles  des  princes  féroces  qui  la  détournè- 
rent de  sa  véritable  origine,  pour  s'en  sera 
vir  comme  d'un  instrument  de  terreur.  Peut 
on,  sans  injustice,  charger  le  catholicisme 
et  en  particulier  la  pai)Qttté,  de  rénorniiî*' 
des  actes  de  l'inquisition  espagnole  5ou> 
Philippe  II  ?  «  H  y  a  six  cents  ans,  dit  le  P.  La- 

monestons  avec  force,  dans  le  Scigncar,  tow  ^ 
rli!  éliens,  de  quelque  condition  qu'ils  poisscat  ci«. 
et  leur  enjoignons  que  nul  n^ose,  à  ravenir,  ^tvj 
injustement  les  nèjrcs  et  les  Indiens,  et  autres  hn»- 
mes  quels  qu'ils  soient,  les  dépouiller  tic  leurs  Im*  • 
ou  les  réduire  en  servitude,  eu  prêter  aide  el  feTta;  a 
ceux  qui  se  livrent  à  de  tels  excès,  on  exercer  irtf" 
inhumain,  par  Icqud  les  iiolrs,  cooune  s*tls  b'«i»«*» 
point  des  homioes,  mais  de  véritables  ei  impars  »ii- 
maux,  réduits  comme  eux  en  servitude,  sao$  ^ 
cune  distinction,  contre  les  lois  de  la  justice  H  d 
riiumanité,  sont  achetés,  vendus,  et  dévoués  à  s«af- 
frîr  les  plus  dures  travaux. 

I  C'est  pourquoi,  en  vertu  de  raulorilc  2J^ 
liquc,  nous  repoussons  les  choses  susdites  ctmssf 
absolument  indignes  du  nom  chicUia.  » 


I3i) 


SIO 


D'àNTimoroLOGIE. 


810 


ftltf 


cordâire,  il  nw  avait  pour  les  lautes  des 
hommes  que  aeux  tribunaux  en  vigueur^ 
les  tribunaux  civils  et'les  tribunaux  de  pé^ 
nitence  chrétienne.  L'inconvénient  de  ceux- 
ci  était  de  n*atteindre  que  les  pécheurs  açh- 
portant  volontairement  Taveu  de  leurs  cri- 
mes ;  rinconvénieni  de  ceux-là,  qui  avaient 
la  force  en  main,  éiait  de  ne  posséder  au- 
cune puissance  sur  le  cœur  des  coupables, 
et  de  les  frapper  d'une  vindicte  sans  miséri- 
corde. Entre  ces  tribunaux,  les  Papes  voulu- 
rent établir  un  tribunal  qui  pût  pa^Jonner, 
niodîGer  la  peine  même  {»rononcée,  ensen* 
drer  le  remords  même  dans  le  criminel,  et 
faire  suivre  pas  à  pas  le  remords  par  la 
bonté  ;  un  tribunal  aui  pût  changer  le  sup- 
plice en  pénitence,  fcchafaud  en  éducation  : 
ce  tribunal  c*est  l'inquisition  (823,^  » 

J*ai  eu  pour  but,  dans  tout  ce  qui  pré- 
cède, d*établir  sur  des  bases  inébranlables 
cette  proposition  :  Tout  ce  que  nous  avons 
de  bien,  de  noble,  et  qui  soit  en  rapport  avee 
la  nature  humaine,  nous  vient  de  1  Évangile; 
tout  ce  que  nous  avons  de  mauvais,  de  fu- 
neste, d*anormal,  provient  de  la  violation  de 
ses  préceptes. 

SENTIMENTS.  Voy.  Affections  morales. 

SÉTÊBOS,  être  supérieur  invoqué  |,/ar  les 
Pata^^ons.  Foy.  MfcDiTEEBA?iéEsrs. 

SHULUS.  \oy.  Aborigènes. 

SKiNES,  leur  rôle  dans  la  pensée.  Voy, 
Langage. 

SIMON  (Iules).  Voy.  Langage. 

SiOUX.  —  Les  Sioux  et  les  tribus  qui  ap^ 
partiennent  à  la  même  souche  sont,  parmi 
les  races  aborigènes  de  TAmérique  du  Nord, 
une  des  familles  de  nations  les  plus  large- 
ment répandues.  L'histoire  de  cette  race  est 
intéressante  sous  plus  d*un  point  de  vue,  et 
particulièrement  en  raison  des  différences 
que  nous  présentent  dans  leurs  caractères 
physiques  quelques-unes  des  nations  qui  y 
appartiennent.  La  famille  des  Sioux  est  divi- 
sée par  M.  Gallatin  en  quatre  branches 
distinctes,  qui  sont  :  1**  les  Winel^agos  ;  2"  les 
Sioux  proprement  dits,  ou  Dahcoias,  et  les 
AssinitK>ines  ;  3*  les  Minetaris  et  les  tril>us 
qui  leur  sont  alliées  ;  k*  les  Osâmes,  et  d'au- 
tres tribus  de  la  même  race  qui  habitent  la 
Louisiane  méridionale. 

1*  Les  Winebagos,  connus  sous  ce  nom 
l*ar  les  Anglais,  qui  Tout  emprunté  aux 
Algonquins,  sont  les  Puants  des  Français. 
Entre  eux,  ils  se  nomment  Hochuugohrah» 
ou  la  nation  truite.  Us  demeurent  sur  la 
rivière  au  Renard  fFox  River),  celle  qui  se 
jette  dans  le  lac  Michi^an,  et  un  jjeu  plus 
loin  vers  le  nord ,  sur  la  rivière  Wisconsin  ; 
ils  forment  une  population  totale  d'environ 
quatre  mille  six  cents  âmes. 

â*  Les  Sioux  proprement  dits,  ou  Naudo- 
vk'essies,qui  se  donnent  à  eux-mêmes  le  nom 
de  Dahcotas,  et  quelquefois  aussi  désignent 
leur  nation  sous  celui  de  «  Sept-Feul,  »  se 
divisent,  comme  ce  nom  l'imliijue  (82V),  eu 
sept  tribus  oui  occupent  des  districts  consi- 


dérables sur  le  Iwat  Miasisaipi  et  sur  la 
rivière  de  Saiot-Pierre  ;  quelques  bandes 
mêmes  se  sont  avancées  à  l'ouest  jusqu'au 
Missouri.  Les  Dahcotas  des  quatre  tribus  les 

Ïlus  orientales  sont  nommés  Gens  du  Lac  et 
^eupleê  des  FeuiUts.  Les  premiers  cultivent 
la  terre,  et  habitent,  à  t'est  du  Mississipi,  un 
canton  qui  s'étend  depuis  la  prairie  du  Chien  - 
jusqu'au  lae  de  l'Esprit,  c'est«4<iire  du  33'  au 
fcë*  degré  de  latitude  nord.  Les  tribus  occi- 
dentales sont  les  Yanktous,  les  Yanktoahaus 
et  les  Tétons.  On  suppose  que  la  population 
de  la  nation  sioux  peut  monter  à  environ 
vingt  mille  âmes.  Les  Assinihoines  ou  ln<- 
dienS'Pierre  (Stone-Indians),  qui  habitent 
sur  les  bords  de  la  rivière  Rouge,  non  loin 
du  lac  Winipeck,  sont  une  branche  détachée 
du  tronc  sioux.  Les  Shyeanes  ont  été  comp- 
tés aussi  au  nombre  des  Bioux  ;  mais  au- 
jourd'hui l'on  nous  dit  qu'ils  parient  une 
langue  différente.  Les  Sioux  sont  un  peuple 
d'un  caractère  singulier  et  curieux  à  otoer* 
ver,  en  cd  qu*il  a  conservé,  beaucoup  plus 
que  les  races  de  Test,  les  habitudes  primi- 
tives des  Américains  aborigènes  du  nord. 
Une  peinture  très^nimée  oe  leurs  roœnrs 
nous  a  été  laissée  par  Carver,  qui  voyageai! 
il  y  a  cent  ans  dans  leur  pays.  Le  mission- 
naire Hekewelder  supposait  que  leur  langue 
était  alliée  de  loin  à  celle  des  iroquois  ;  mais 
cette  opinion  ne  s'aci^-orde  pas  avec  celle  des 
auteurs  plus  récents,  n  Les  Dahcotas,  dit  le 
professeur  Keating*  qui  voyageait  dans  leur 
pays  il  y  a  quelques  années,  sont  une  grande 
et  puissante  nation,  qui  par  ses  mcrars,  sa 
langue,  ses  habitudes  el  ses  croyances,  se 
distingue  des  Chipeways,  des  Sauks,  des 
Renards  et  des  Nahiawahs,  ou  Kilistenos, 
aussi  bien  que  de  toutes  les  autres  nations 
de  souche  algonquine.  Us  ne  ressemblent 
pas  non  plus  aux  Pawnaes  et  aux  Minetaris 
ou  Gros-Venires.  »  Le  imyor  Pike  va  plus 
loin,  et  dit  :  «  Leur  prononciation  gutturale, 
leurs    pommettes    saillantes,  les  contours 
osseux  de  leur  visage,  leurs  coutumes  parti- 
culières, eniin  leurs  traditions,  confirmées 
par  le  témoi^ua^e  des  nations  voisines,  nous 
prouvent  qu  ils  sont  venus  de  la  pointe  nord- 
ouest  de  rAinériuue,  où  ils  avaient  dû  arri- 
ver en  traversant  Vétroit  bras  de  mer  qui  sé- 
pare de  ce  cùié  les  deux  continents  :  ainsi 
nous  voyons  en  eux,  sans  aucun  doute,  les 
descendants  d'une  tribu  tartare.  j» 

Pike,  cepcnJaat,  parait  s*être  trompé,  au 
moins  sui*  un  point;  car  le  professeur  Kea- 
tin^  nous  ahsure  que  les  Dahcotas  n*onl 
point  de  tradition  qui  se  rapporte  à  une 
émi  ^ration  ancienne,  et  croient,  au  contraire» 
qu'ils  ont  été  créés  par  r£tre  suprême  dans 
le  pays  qu  ils  o;:cupenl  aujourd'hui. 

U**  La  troisièuie  branche  de  cette  famille 
de  nations  se  compose  des  Minetaris;  leur 
langue  a'a  que  dus  rapports  très-éloit^oés 
avec  celle  des  Dahcotas,  mais  elle  appartient 
cependant  à  la  li.ême  souche. 

Dans  la  nation  minelari  sont  comi:rise^ 


(825)  Lacordaire,  Jtémoire  pour  $enir  au  rétabUi^ 
aSMeal  dei  Frères  préch^uT*. 


(8it)  ri;a<;iic  t:Ilu  a  sou  feu  de  conscU. 


an 


sio 


DICTIONNAIRE 


StO 


1^7! 


\ 


trois  trilms  :  celle  des  MandanSi  qui  est  peu 
considérable^  celle  des  Minetaris  sédentaires, 
et  celle  qu  on  connaît  sous  le  nom  d'Indiens^ 
Gorbeaui  (Crow-Indians). 

La  preuve  que  ces  trois  tribus  sont  trois 
rameaux  d*une  même  branche,  et  tiennent 
h  la  sou3be  des  Sioux,  se  trouve  dans  les 
ailinités  de  leurs  langues;  et  c'est  ce  que 
M.  Gallatin  a  parfaitement  mis  en  évidence. 
Llitôtoire  physique  et  morale  de  ces  diffé- 
rentes tribus  offre  quelques  traits  curieux. 
Comme  les  Manduns  ont  ta  peau  d'une  teinte 
beaucoup  plus  claire  que  leurs  voisins,  quel- 
ques personnes  supposent  que  ce  sont  eut 
qu'on  avait  en  vue  en  pailant  d'une  tribu 
américaine  qui  devait  descendre  des  Gallois 
du  prince  Madoc.  Ils  ont,  relativement  à  leur 
origine,  une  tradition  des  plus  bizarres  :  ils 
disent  que  leurs  pères  habitaient  primitive- 
ment sous  la  terre,  et  qu'un' jour  ils  en  sor- 
tirent en  pimpant  le  long  d'une  grande 
liane  ;  ils  ajoutent  que  celte  liane  finit  car  se 
briser  sous  le  poids  de  eeux  qui  montaient  : 
de  sorte  qu'il  resta  en  arrière  une  partie  de 
la  nation,  à  laquelle  ils  espèrent  aller  se 
réunir  après  leur  mort.  Les  Mandans  et  les 
Minetaris  ont  été  pour  M.  Catlin  l'ol^jet  d'une 
attention  particulière,  et  la  deicription  qu'il 
en  a  donnée  renferme  une  foule  de  détails 
curieux  et  intéressants. 

h^  La  quatrième  division  de  la  race  sioux 
comprend  plusieurs  nations  qui  sont  répan- 
dues dans  les  parties  méridionales  de  la 
grande  vallée  du  Mississipi,  et  habitent  sur 
»5  horJs  des  rivières  tributaires  de  ce  beau 
fleuve.  Tels  sont  les  Osages  ou  Wausashes 
sur  la  rivière  Osage,  les  Kansas,  les  lowajs, 
les  Missouris.  les  Ottoes,  les  Omahaws  et 
les  Puncas.  L'affinité  entre  ces  nations  et  les 
Sioux  est  un  fait  depuis  longtemps  re- 
connu (SSd).  Les  Osaçes  se  croient  indigènes, 
mais  teâ  traditions  ofes  cinq  autres  nations 
les  font  venir  du  Nord,  conjointement  avec 
les  Sioux  winebagos,  lesquels  s'arrêtèrent 
près  du  lac  Michigan,  tandis  qu'eux-mêmes 
s'avancèrent  plus  loin  vers  le  sud. 
A  l'ouest  des  Ottoes,  dans  une  portion  du 

fays  traversé  par  la  Platte,  se  trouvent  les 
awnees,  qui  forment  deux  nations  :  les 
Pawnees  proprement  dits,  et  les  Ricaras  ou 
Pawnees  noirs.  Us  ont  une  langue  distincte 
de  toutes  les  autres  langues  américaines,  à 
moins  toutefois,  comme  le  remarque  M.  Gal- 
latin, qu'on  ne  vienne  à  découvrir  qu'il  y  a 
Suelque  affinité  entre  leur  dialecte  et  celui 
es  Panis  de  la  rivière  Rouge. 
Caractères  physiquei  et  moraux  des  Sioux 
0t  des  autres  nations  du  Missouri,  —  D'après 
ce  que  nous  apprend  M.  Gallatin,  il  n'y  a, 
dans  toute  la  région  que  nous  venons  de 
considérer,  qu'un  très-petit  nombre  de  tribus 
qui  s'occupent  d'ajjricuUure.  Ce  sont  :  à 
1  ouest  du  Mississipi,  les  Sauks  et  les  Indiens 
Renards,  les  uns  et  les  autres  de  race  algon- 
quine;  au  nord  de  la  rivière  Rouge,  les 
Pawnees;  et  dans  la  famille  des  Sioux,  seule* 
ment  les  tribus  qui  appartiennent  au  groupe 

(8io)  PiHE,  Exphratnru  /rnnWs,  p.  1 73 


méridional,  en  y  agoutant  toutefois  les  Man- 
dans et  les  Minetaris  sédentaires.  Les  sii 
tribus  occidentales  des  Dahcotas,  les  Assini- 
boines,  les  Indiens  Corbeaux,  et  beaucoup 
d'autres  encore,  tant  à  Test  qu'à  l'ouest  des 
montagnes  Rocheuses,  ne  cullivenl  absolu- 
ment rien.  Ceux  qui  sont  à  Test  de  cetlc 
grande  chaîne  de  montagnes  font  leur  prin- 
cipale affaire  de  la  chasse  du  bison,  et  k 
chair  de  cet  animal  est  pour  ainsi  dire  leur 
unique  aliment.  Au  reste,  les  Indiens  qui 
habitent  la  région  des  prairies  à  fouest  liu 
Mississipi  offrent,  sous  le  rapport  des  liaLi- 
tudes  et  du  caractère,  une  différence  mar- 
quée avec  ceux  qui  habitent  la  région  (les 
forêts  comprises  entre  ce  lleuve  et  TAllan- 
tique.  Les  habitants  de  la  rive  occidealac 
sont  pattout  moins  féroces  que  ceui  de  la 
rive  orientale  :  à  la  vérité,  comme  tous  les 
sauvages,  ils  mettent  à  mort  les  itriboonieis 
faits  dans  les  combats;  mais  l'horrible  cou- 
tume de  leur  infliger  les  plus  douJooreuseî 
tortures  pendant  des  jours  entiers  ne  se 
retrouve,  dit-on,  nulle  part  audelï  du  Mis- 
sissipi. Ces  observations,  cepentiant,  parais 
sent  s  appliquer  plus  particuhèrement  aui 
tribus  agricoles  du  groupe  méridional  de  la 
famille  des  Sioux  et  à  ceile  des  Pawnees.  Le 
docteur  Say,  pendant  sa  résidence  chez  les 
Omahaws,  a  fait  quelques  remarques  impor- 
tantes qui  sont  également  applicables  ï  leurs 
voisins  au  sud  du  Missouri,  les  Sioui  méri- 
dionaux et  les  Pawnees. 

«  Les  Omahaws ,  nous  dit-il ,  ne  résident 
dans  leurs  villages  que  pendaut  cinq  mois 
au  plus;  pendant  ce  temps  ils  s'occupent 
principalement  des  semailles,  de  la  recolle 
du  maïs  et  de  la  culture  de  quelques  autres 
végétaux  ;  deux  des  mois  d'hiver  sont  coo- 
sacrés  par  les  hommes  à  la  chasse  du  castor 
et  d'autres  animaux  à  fourrure  ;  enfin,  à  uD" 
certaine  époque  la  population  entière  se  dé- 
place et  vient  s'établir  dans  les  pays  à  bisons 
où  elle  demeure  le  reste  de  1  année,  vivant 
presque  exclusivement  de  la  chair  de  res 
animaux,  dont  une  partie  cependant  est  pré- 
parée et  mise  en  réserve  pour l'arrière-saisoa. 

9  Ils  adressent  leurs  prières  à  Wahcon  la, 
le  créateur  et  le  conservateur  du  monûe, 
qu'ils  reconnaissent  comme  présent  en  lou< 
lieux,  et  auquel  ils  attribuent  une  puissamv 
sans  bornes.  Ils  croient  aussi  à  une  vie  fu- 
ture, mais  il  ne  paraît  pas  que  cette  t^^û.- 
croyance  ait  aucune  influence  sur  leur  f'i»- 
duite.  De  même  que  tous  les  Indiens,  iU«o' 
surtout  foi  dans-leurs  rêve?,  dans  les  pri- 
sages,  dans  les  jongleries  de  leurs  sorcitr>» 
dans  le  pouvoir  de  divinités  fantastiques 
créations  de  leur  imagination ,  et  dans  c^> 
reliques  consacrées  que  les  Canadiens  tuït 
désignées  sous  le  singulier  nom  de  JfWecil;^• 

Chez  les  Indiens  missouris  leshoaucp 
sont  d'une  taille  supérieure  à  la  taille  uni* 
naire  des  Européens;  mais  les  femmes sofi 
en  proportion  plus  petites  et  plus  srosse^'f 
corps.  La  moyenne  de  l'angle  facial  est,  enj- 
eux, de  78%  celle  des  Cherokees  étant  de  î^: 


I5TS 


SIO 


D*ANTIIIIOPOLOGIE. 


SIO 


1571 


leurs  yeux  sont  fendus  transversalement  et 
sans  aucune  obliquité  ;  leur  nez  est  aauilin, 
leurs  lèvres  sont  plus  épaisses  que  celles  des 
Européens  9  leurs  pommettes  sont  saillantes 
sans  être  aiimleuses.  Les  enfants  nouveau- 
oés  sont  dSm  brun  rougeâtre  qui  devient 
plus  blanc  au  bout  de  quelque  temps,  puis 
enfin  arrive  par  degrés  à  cette  teinte  qui 
n  est  fà6  oomplétement  identique  chez  tous 
les  IndienSt  etque,  foute  d'un  meilleur  terme 
(le  comparaison  y  nous  nommons  couleur 
cuivrée.  Eux,  à  leur  tour,  désignent  celle 
des  Européens  par  des  mots  qui  signifient 
blanc  ou  pâle.  Leur  coloration  n*est  pas  un 
effet  de  1  exposition  k  Tair  et  au  soleil,  car 
elle  est  la  même  sur  les  parties  cou- 
vertes du  corps.  Les  femmes  se  marient  très- 
jeunes;  elles  portent  des  enfants  depuis  Tâge 
de  treize  ans  jusqu'à  celui  de  quarante,  et 
elles  en  ont  généralement  de  auatre  à  six. 

Les  Mandans  sont  une  braucoe  de  la  même 
soache  que  les  Dahootas  ;  mais  il  y  a  beau* 
coup  de  différence  entre  les  uns  et  les  autres, 
quant  aux  caractères  physiques.  M.  Catlin, 
qui  voit  dans  cette  tribu  de  la  famille  des 
Sioux  les  descendants  gallois  de  Tarmée  du 
prince  Hadoc»  fait  connaître  en  détail  les 
Niractères  physiques  qui  leur  sont  propres  ; 
caractères  très*remarquables,  qui  n  ont  rien 
le  commun  avec  ceux  des  Sioux  en  général 
^t  des  autres  peuples  de  la  même  race.  Ce 
jue  cette  tribu  offre  de  plus  singulier,  c'est 
me  diversité  de  couleurs  qui  ne  se  trouve 
;hez  aucune  autre  nation  américaine. 

<  En  entrant  dans  le  village  des  Mandans, 
lit  M.  CatJin,  le  voyageur  est'  frappé  tout 
l'aliord  par  les  différences  qu'il  observe 
laus  les  tons  de  la  peau,  dans  la  couleur  des 
cheveux  des  personnes  qui  l'entourent,  et  il 
'Si  sur  le  point  de  s'écrier  :  «  Ce  ne  sont 
'  )K)int  là  des  Indiens.  « 

«  Il  y  a  parmi  les  Mandans  beaucoup  d'in- 
lividus  dont  le  teint  est  aussi  clair  que  celui 
les  métis.  Parmi  les  femmes  surtout,  on  en 
oii  qui  ont  la  peau  presque  blanche  et  les 
eux  d'une  nuance  claire  (noisette,  gris  ou 
leu),  avec  des  traits  réguliers  et  délicats; 
uelqucs-unes  de  ces  femmes  sont  réelle- 
lent  belles,  et  toutes  sont  agréables  par 
expression  de  douceur  et  de  sérénité  qui 
^,;ne  sur  leur  visage,  comme  )>ar  la  modes- 
:e  qui  se  montre  dans  leur  maintien. 
«  Je  ne  saurais  dire  à  quoi  tient  cettediver- 
'\^é  de  teint,  et  eux-mêmes  n'ont  aucunema* 
ière  (Fen  rendre  compte,  puisaue  dans  leurs 
éditions,  autant  que  j*ai  pu  les  connaître, 
n'est  aucunement  fait  mention  d'anciens 
apports  avec  des  blancs;  il  paratt  nïéme 
u*ils  n*en  avaient  jamais  vu  avant  le  voyage 
e  Lewis  et  Clarke,  qui  visitèrent  leur  vil- 
ir^f  il  y  a  trente-trois  ans.  Depuis  ce  temps 
s  n  ont  eu  que  de  très-rares  rapports  avec 
es  blancs,  et  ces  rapports,  eussent-ils  été 
eaucoup  plus  fréuuents,  n'auraient  pas  suffi 
ms  doute  pour  cnanger  la  couleur  et  les 
jutumes  de  toute  une  nation.  Je  me  rap- 
ellc  parfaitement  bien  que  le  gouverneur 
larke  me  dit,  avant  que  je  commençasse 
lou  voyage,  que  je  trouverais  dans  les  Man- 


dans un  peuple  singulier  et  à  moitié  blanc. 
«  La  diversité  de  couleur  n'est  pas  moins 

Srande  pour  les  cheveux  que  pour  le  teint  : 
ans  un  groupe  un  peu  nombreux  on  peut 
observer  toutes  les  nuances  qui  se  voient 
dans  notre  propre  pays,  à  l'exception  du 
roux  et  du  châtain  doré;  cela  est  surtout 
sensible  parmi  les  femmes,  qui  ne.se  don- 
nent pas  la  peine,  comme  les  hommes  le  font 
souvent,  de  changer  la  couleur  naturelle  de 
leurs  cheveux. 

«  Il  y  a  encore  chez  ce  peuple  une  parti- 
cularité bien  plus  étrange,  qui  n'existe  pro- 
bablement nulle  part  ailleurs,  et  que  rien 
ne  saurait  expliquer.    Ils  ne  savent  eux- 
mêmes  à  quoi  l'attribuer  et  la  considèrent 
comme  un  caprice  de  la  nature.  On  voit 
quantité    d'individus  des   deux  sexes  (et 
parmi  les  enfants  et  les  adultes  comme  parmi 
les  vieillards)  qui  ont  les  cheveux  d'un  gris 
brillant  et  argenté,  et  quelquefois  complè- 
tement blancs.   Celte  bizarre  anomalie  se 
remarque  beaucoup  plus  fréquemment  chez 
les  femmes  que  chez  les  hommes  ;  ceux-ci, 
en  effet,  paraissent  en  être  honteux  et  cher- 
chent à  cacher  cette  imperfection  en  apprê- 
tant leurs  cheveux  avec  une  espèce  de  colle 
et  de  la  terre  rouge  ou  noire.  Les  femmes, 
au  contraire,  en  paraissent  fières  et  laissent 
tomber  sur  leurs   épaules  cette  singulière 
chevelure  qui  est  parfois  si  longue  qu'elle 
leur  descend  jusqu  aux  genoux.  Je  me  suis 
assuré  par  des  observations  répétées  que, 
sur  dix  ou  douze  individus  pris  au  hasard 
dans  cette  tribu,  on  en  trouve  au  moins  un 
qui  est  ce  que  les  Français  appelleraient 
une  tête  grise  ;  j'ai  constaté,  de  plus,  que  cet 
étrange  et  inexplicable  phénomène  n'est  pas 
le  résultat  d'une  maladie  ou  d'une  dispo- 
sition particulière  de  la  constitution,  mais 
que  c'est  indubitablement  un  caractère  hé- 
réditaire, qui  se  transmet  dans  les  familles, 
et  n'indioue  aucune  infériorité  de  disposi- 
tion ou  d  intelligence.  J'ai  souvent  passé  la 
main  dans  cette  sorte  de  cheveux,  et  je  le3 
ai  toujours  trouvés  gros  et  durs  comme  des 
crins  de  cheval,  différant  encore  essentielle- 
ment par  ce  caractère  des  cheveux  d'autres 
couleurs,  qui,  chez  les  Mandans,  sont  génér 
ralement  fins  et  doux  comme  de  la  soie.  » 
Dmrx  autres  tribus  appartenant  à  la  même 
branche  de  la  grande  famille  des  Sioux,  les 
Minetaris  et  les  Crows  (Indiens  Corbeaux) 
nous  présentent   également,    chacune,  un 
exemple  des  variations  qui  peuvent  survenir 
dans  une  race,  ou,  si  l'on  veut,  des  diffé- 
rences qui   peuvent    s'observer   entre  les 
rejetons  d'une   même  souche.  Les  Crows 
sont  remarquables  par  la  longueur  de  leurs 
cheveux  qui,  chez  les  hommes,  descendent 
quelquefois  jusqu'à  terre.  Ils  en  ont  grand 
soin,  et  dans  toute  la  nation,   peut-être,  U 
n'y  a  pas  un  seul  individu  qui  ne  les  en  - 
duise  d'une  profusion  de  graisse  d'ours.  Du 
reste,  ils  ne  sont  pas  moins  recherchés  dans 
le  reste  de  leur  toilette,  et  leurs  vêtements 
sont  toujours  bien  entretenus.  Ce  sont  en 
général  des  hommes  bien  bAtis  et  de  btmua 
mine. 


SIO 


DXHONNAIftE 


IS>! 


tf  La  forme  de  Mte  pariieulière  aai  Crows 
peat,  dit  M.  Catlin,  être  citée eomme  exemple 
de  CCS  traits  qui  caraetéiiseut  physiquement 
ime  nation  ;  elle  est,  80ua  ce  rapport,  très- 
di^e  de  fixer  ratteotioDf  aussi  y  revien- 
drai-ie  plus  lard.  Cette  particularité  est  très- 
visible  dans  les  deux  portraits  dont  je  viens 
de  parler  ;  comme  ils  sont  tous  les  deux  pris 
de  profd,  la  silhouette  de  leur  visage  montre 
parfaitement  cette  forme  semi-lunaire  dont 
j'ai  (arlé  plus  haut,  forme  tout  à  fiiit  ca- 
ractéristique, qui  dislin^e  de  la  manière  la 
|ilus  tranchée  les  Crows  des  Pieds-Noirs, 
des  Sbiennies,  des  Knisleneaux,  des  Man- 
dans,  et  ne  permet  pas  de  supposer  qu*il* 
aient  avec  ces  tribus,  non  plus  qu'avec  les 
autres  qui  existent  maintenant  dans  ces 
régions,  la  moindre  relation  de  parenté. 

«  il  est  bien  entendu  que  le  caractère 
dont  nous  parlons  est,  comme  tous  ceux  qui 
distinguent  les  nations  entre  elles,  sujet  à 
quelques  exceptions  ;  mais  ces  exceptions 
sont  peu  nombreuses ,  et  la  grande  majorité 
des  Crows  nous  offre  ce  protii  arrondi,  qui 
tient  à  Texcessive  saillie  du  nez,  dont  le  con- 
tour fortement  arqué  secontinue  en  hautavec 
la  ligne  fuyante  du  front.  Chez  les  hommes  les 
es  frontaux  sont  en  effet  tellement  inclinés  en 
arrière  qu'ils  nous  rappellent  tout  à  fait  la 
fi>rme  de  cette  partie  chez  les  Indiens  Tètes- 
Plates  qui  vivent  de  Vautre  c6té  des  mon- 
tagnes nocheuses  ;  mais  chez  ces' derniers 
Vhorrible  déformation  dont  nous  parlons 
est  artificielle,  tandis  que,  chez  les  Crows, 
l'aplatissement  du  front  est  naturel,  et  peut, 
par  eonséquent,  être  considéré  comme  un 
caractère  de  race  et  comme  un  caractère  des 
plus  importants,  s 

M.  Catlin  a  décrit  aussi  les  Osaees,  les 
Konzas,  les  Mahas  et  les  Ottoes,  qu*»l  recou-e 
naît  comme  appartenant  k  une  seule  et  môme 
Bation. 

Tribus  du  pied  des  moniagnen  Rockeuiei, 
—  Piedi^oim.  —  A  Touest  du  pays  des 
Minetaris,  entre  le  territoire  de  cette  tribu 
et  les  montagnes  Rocheuses,  est  une  vaste 
contrée  arrosée  par  le  Missouri  et  le  Yel- 
)ow-Stone,  dans  la  partie  supérieure  de  leiu* 
cours,  et  par  la  branche  méridionale  du 
Saskatschawin,  rivière  qui,  prenant  naissance 
dans  la  chaîne  de  montagnes  que  nous  ve- 
nons de  nommer,  va  se  perdre  dans  le  lac 
Winipck.  Cette  contrée,  formée  principale- 
ment de  grandes  prairies  abondantes  en 
troupeaux  de  bisons,  est  le  séjour  de  deux 
nations  indiennes  qui  parlent  des  langues 
différentes:  les  Pieds-Noirs  et  les  Gros-Ven- 
tres ou  Indiens  de  la  Cascade  (FaU-/fidîans, 
Rapid'Indians).  Les  Pieds-Noirs  sont  un  peu- 
ple très-puissant  et  très^ombreux;  leur 
population  est  estimée  à  trente  mille 
ànies  (825). 

'M.  Catlin  dît  que  les  Pieds-Noirs  sont  une 
des  tribus  les  plus  nombreuses  de  TAmc'- 
rique  du  Nord.  Ils  occupent  tout  le  pays 
voisin  des  sources  du  Missouri^  depuis  1  em- 

(IM)  G  Ail. A  TIN  ,  Arehœetû^n  AmerUana  ,  pag. 

îoù. 


bouchure  de  la  rivière  Yeilow-fitooe,  jv* 
qu'aux  montagnes  Rocheuses.  Les  Pieds. 
Noirs ,    proprement  dits ,  se  divisenl  en 

Îuatre  bandes^u  familles,  savoir:  la  bande 
es  Pa-e-^ns,  qui  comptent  cinq  teirt? 
loges  ;  la  liandes  des  Pieds-Noirs  propremnc 
dits,  de  quatre  cent  cinquaute  loges;  h 
bande  du  Sang,  de  quatre  oeot  dnquante; 
celle  du  Petit-iiodeur  {Smail  Rarer)  de  dm 
cent  cinquante.  Ces  quatre  bandes  forment 
donc  à  peu  près  un  ensemble  de  deux  mille 
cinq  cents  loges,  et  chaque  loge  représen- 
tant ou  moyenne  phis  de  dîi  têtes,  leur 
population  totale  ne  peut  guère  ètreso- 
dessous  de  trente  mille  âmes  (9SXj. 

Les  Shoshonees  on  Indiens-Serpents,  qui 
habitent  le  haut  pays  situé  de  deux  oMésde 
la  Cordillère  de  TAmérique  du  Nord,  sont 
en  guerre  perpétuelle  avec  les  Keds-N«ire, 
qui  prétendent  leur  interdire  la  chasse  dans 
les  prairies  à  bisons.  Lewis  et  Clarke  nous 
les  dépeignent  comme  des  homaies  In- 
pus,  assez  petits,  maigres  et  ayant  les  pom* 
mettes  hautes. 

Plus  loin,  au  sud,  surrArkansasettaPhUe, 
se  trouvent  plusieurs  tribus  d'Indiens  que 
Ton  comprend  sous  le  nom  de  Padncastce 
sont  les  letans,  nommés  Ctimanofaes  par  les 
Espagnols,  les  Kiawas  et  les  Dtahs.  Cestà 
Pike  que  nous  devons  de  savoir  que  ctWi 
dernière  tribu  parle  la  même  laogua  que  les 
deux  autres  ;  les  U*ois  réunies  forment  use 
nation  très-nombreuse.  Le  nom  de  Paduca» 
ap[idrtient  à  toute  la  race;  c'est  celui qus 
leur  donnent  leurs  voisins,  les  Pawnees 

Nous  devons  au  major  Pike  les  renseigne* 
ments  suivants  sur  la  distribution  géo^- 
phique  des  diverses  tribus  de  Paducas. 

Les  Kyaways  errant  aux  environs  d^ 
sources  de  la  rivière  Platte;  ils  possède! 
d'immenses  troupeaux  de  chevaux,  et  soQt  «i 

E;uerre  ouverte  avec  les  Pawnees  et  les 
etans,  de  môme  qu'avec  les  Sioax.  ha 
Utahs,  dont  la  vie  est  également  nomade, 
fréquentent  les  sources  du  Rio  del  Norte. 
Les  letans  qui  forment  la  plus  puissante  ues 
trois  tribus,  sont  peut-être  les  moins  civilisé! 
de  tous  ces  Indiens  ;  sans  cesse  en  IKOQv^ 
ment,  ils  ne  s'occupent  jamais  de  culture,  et 
subsistent  uniquement  du  produit  de  ia 
chasse.  Leurs  courses  ont  pour  liroite.  à 
Touest  les  frontières  du  Nouveau-Mexique, 
au  sud  le  territoire  des  nations  du  bas  de  h 
rivière  Rouge,  &  Test  le  pays  des  Pawnees  fl 
des  Osages,  et  au  nord  celui  des  Dlabs,  d» 
Kyaways,  et  d'autres  nations  moins  coniiur. 
Pike  ajoute  que  les  Utahs  et  les  Kyaways  fca- 
bitent  les  montagnes  du  nord  du  Mexiquet 
et  une  les  letans  se  tiennent  vers  les  sourifi 
de  la  rivière  Kouge  de  TArkansas  et  du  lUo 
del  Norte  (827). 

I^es  Apaches  sont  une  nation  d'Indiens  qui 
se  (rou vent  depuis  les  montagnes  Noire^idu 
Nouveau-Mexique  jusqu*à  la  provinte  d« 
C/>gguilla  (Cohaguilaj,  et  qui  tiennenld^»* 
un  état  continuel  aalarmes  les  l'xonli<  t^^ 

(8^7)  Exploratory  travcU^  p.  194  ci  ii4. 


iZTî 


SfO 


DATriiaorOLOCIE. 


î;om 


1578 


<ies  troi&  provinces  limitrophes  :  celle  nalivu 
.s'éîeDilait  auirelbis  depuis  la  source  de  Rio* 
Grande  jusqu'au  golfe  de  Californie.  Les 
Nanabaus  occupent  un  canton  situé  au  noni- 
ouest  de  Santa-Fé;  on  suppose  qu'ils  sont 
forts  de  deux  mille  guerriers.  «  Ces  Indiens, 
dH  Pike,  de  même  que  d'autres  t^ui  se  trou- 
Tent,  plus  à  Touest,  dans  le  voisinage  de  la 
Californie,  parlent  les  langues  des  Apaches 
et  des  Lee  Panis»  peuples  dont  le  territoire 
ost  encore  sur  la  même  ligne,  mais  du  côté 
o;*poséy  et  en  aUant  vers  ]  Atlantique.  » 

Vater  eonjeeture,  d'après  la  ressemblance 
des  noHi»  de  Lee  Paiiis  et  de  Pavnees,  qu'il 
existe  entre  les  deux  nations  des  liens  de 
eonsoigiunité  ;  mais  cette  opinion  iiaratt 
u'ètre  pas  d'accord  avec  celle  de  Pike. 

Les  naturels  des  hautes  régions  des  mon- 
tagnes Rocheuses,  sur  l'un  et  Tautre  versant, 
ont,  de  même  que  les  habitants  des  pays 
élevés  dans  l'ancien  ix)ntînen(,  une  couleur 
de  peau  plus  claire  que  les  habitants  du  plat 
pays.  M.  James  nous  assure  que  les  Indiens 
Kiàwset  Kaskaias  ont  souvent,  pendant  leur 

Îiremière  jeunesse,  les  cheveux  d'une  cou- 
eur  beaucoup  plus  claire  que  ceux  des  na- 
tions du  Missouri  ;  il  dit  :  «Un  jeune  garçon 
de  quinze  ans  environ,  qui  est  venu  nous 
voir  aujourd'hui,  était  tout  h  fait  blon-l.  La 
roaleur  de  ses  cheveux  était  d'un  jaune 
foncé.  » 

Il  parait  que  cette  teinte  claire  de  la  peau 
ot  des  cheveux,  qui  est  un  cas  exceptionnol 
parmi  les  races  américaines,  se  préfcule 
au^si  dans  la  ra?e  des  Apacîies.  C'est' à  ceiie 
rare  qu'appartient  la  nation  des  Lee  Panis, 
l'ation  cmi,  selon  ce  que  Pike  nous  apircnvl, 
a  pousse  ses  excursions  assez  avant  dans  fa 
province  du  Texas.  «  Son  ancienne  résidence, 
nous  dit  ce  voyageur,  était  près  des  borJs 
fie  la  mer,  vers  l'embouchure  du  Rio^îrande, 
point  où  les  montagnes  se  rapprochent  beau- 
loup  de  la  côte.  Les  Lee  Panis,  ajoule-t-il, 
<^ont  divisés  en  trois  bandes.  Ils  ont  les  rhe^ 
veux  blondgy  et  sont  généralement  des  hom- 
ises  de  belle  apparence.  Leurs  armes  sont 
la  tance,  l'arc  et  les  flèches.  » 

Dans  la  partie  septentrionale  des  monta- 
unes  Rocheuses,  Alexandre  Mackenzie  a 
U ouvé  diverses  nations  dont  lorii^ine  et  la 
langue  sont  inconnues.D'aprèsun  Délit  voca- 
bulaire que  ce  voyageur  a  donné  uu  dialecte 
de  la  nation  des  Atnahs,  il  y  a  lieu  de  croire 
que  ces  langues  sont  du  nombre  de  celles 
qui  ont  unu  certaine  ressemblance  avec  le 
mexicain, par  la  réj  étition  fréquente  de  cer- 
taines articulations  j^artirulières.  Quelques- 
unes  des  tribus  qui  ont  élé  trouvées  sur  les 
|iarties  élevées  du  versant  occidental  de  celle 
grande  chaîne  de  montagnes,  s'éloignent 
considérablement,  quant  aux  caractères  phy- 
siques, des  traits  généraux  des  abori^/ènes 
ou  TAmérlque  du  NorJ.  Des  Indiens  que 
Mackensie  désigne  sous  le  nom  d'Indiens 

(8Î8-29)  l.es  phénomi^nos  cliîmîqiifsde  la  rr^pira- 
lîon,  qiift  êei  appareil  iicneux  dclerniine,  par  Tin- 
UMiuëuiaire  des    divisions  pulmoiiai.es  do  grand 


tics  montagnes  Kocbeuses  ont,  nous  dit-on, 
la  peau  d*un  jaune  sale.  Plus  à  Touest  en- 
core, est  le  viîlage  des  Amis  [Friendly  vil- 
lage)^ dont  les  habitanîs  ont  le  visa;^e  rond, 
les  jjommeftes  arrondies  et  le  teirJ "entre  la 
couleur  olfve  et  la  couleur  cuivrée.  Ils  ont 
de  pe'Jts  yeux  gris  avec  une  nuance  de 
rouge  et  des  cheveux  d'un  brunfoncé^  tirant 
sur  le  noir.  Ils  atiparfienncnt  à  une  nation 
distincte  de  la  première.  Une  autre  tribu, 
plus  voisine  des  montagnes,  est  dépeinte 
dans  des  termes  è  peu  près  semblables.  «  La 
couleur  de  leurs  yeux*  est  d'un  gris  tirant 
sur  le  roux  ;  ils  ont  tous  les  pommettes  hau- 
tes, et  ce  caractère  est  surtout  très-marqué 
chez  les  femmes.  » 

D*a[Tès  tout  ce  aue  nous  venons  de  voir, 
il  est  évident  que  l'on  a  été  beau  o-ip  trop 
loin  dans  ce  que  l'on  a  dit  de  Tuniformitô 
des  caractères  physiques  chez  les  racos  amé- 
ricaines ;  il  V  a  de  nombreuses  déviations 
du  type  général,  et  quelques-unes  très-fraj> 
pantes,  comme  celles  dont  nous  venons  de 
Ijarler,  je  veux  dire  l'apparition  de  nuan- 
ces claires  dans  la  couleur  de  la  peau  et 
dans  celle  des  cheveux  chez  des  hommes  gui 
habitent  des  réf^ons  élevées;  cette  déviation 
du  reste  est  une  de  celles  dont  les  autres 
grandes  divisions  du  genre  humain  nous 
offrent  également  des  exemples  dans  des 
circonstances  analogues. 

SLAV£$.  Yoy*  Ecmore  hodebhe. 

SOMMEIL.  — Nos  organes  tendent  natu- 
rellement an  repos;  le  mouvement  les  im- 
portune ,  un  eiereioe  un  peu  prolongé  les 
affaiblit,  les  épuise  ;  aussi  ne  pouvons-nous 
les  employer  que  pmdant  un  certain  temps 
oui  même  se  trouve  renfermé  dans  de  très* 
étroites  limites. 

A  peine,  en  effet,  quelques  heures  se  sont- 
elles  écoulées  dans  rexercice  de  la  pensée  , 
dans  l'expression  des  idées,  et  dansia  produc- 
tion des  mouvements,  que  nos  appareils  sen- 
silifs  perdent  leur  faculté  transmissive,  et 
nos  muscles  leur  contractîlîté.  lî  se  déve- 
loppe alors  dans  notre  organisation  des  mo- 
ditications  vitales  perceplibles  qui  nous 
font  sentir  qu'ils  ont  besoin  de  repos.  D'a- 
bord la  tè!e devient  lourde,  une  douce  lan- 
gueur se  répand  dans  tout  l'organisme,  des 
nâillements  fréquents  annoncent  que  Tin- 
fluence  de  l'encéphale  sur  le  système  pul- 
monaire a  perdu  de  son  activité  (828-19  . 
Des  pandiculations  cherchent  vainement 
è  dissiper  rengourdîssement  du  système 
musculaire;  la  station  verticale  devient 
impossible,  le  corps  ne  peut  plus  se  soute- 
nir, il  chancelle,  il  pl?e,  i!  a  besoin  de  repo- 
ser sur  le  bassin  ;  et  même,  dans  cette  situa- 
tion, un  appui  étranger  r.ui  s'oppose  ^  sa 
chute  lui  oerient  nécessaire,  ou,  ce  qui  e^t 
le  plus  ordinaire ,  il  faut  qu'il  soit  étendu 
sur  un  plan  horizontal,  position  qoi  est  la 
plus  favorable  au  repos  des  mosdes.  Bientôt 

!;Tn)palbif|ne,  lannissent;  il  faut  ipi^vne  iiM|Nnlioa 
pi\ToT.f1e  et  ane  lenCe  eip'ratioo  vu  mim  les  rafti 
mer,  et  le  bàUlemeni  s>ierce. 


1379 


SO» 


D3<.tio.n.nair;: 


SOM 


izm 


les  yeux  s^appesanlissent ,  se  troublent ,  la 
lumière  n'est  plus  perçue  ,  ils  se  ferment; 
1e^  instruments  du  tact  et  du  toucher,  ceux« 
de  Toriorat  et  du  eoût ,  suspendent  leurs 
fonctions  ;  ensuite  le  sens  de  rouïe,  qui  est 
le  dernier  à  devenir  inactif,  cesse  de  trans- 
mettre les  vibrations  sonores.  Nous  ne  pou- 
vons alors  le  plus  ordinairement  «  ni  rece- 
voir les  impressions  extérieures,  ni  exprimer 
nos  idées,  ni  nous  mouvoir;  et  cet  état ,  où 
nos  instruments  refusent  de  nous  servir  , 
où  tous  nos  rapports  avec  les  objets  qui 
nous  environnent  se  trouvent  interrompus  , 
où  notre  substance  matérielle  n*exerce  plus 
que  les  fonctions  internes  relatives  à  I  en- 
tretien des  organes,  constitue  ce  que  l'on 
appelle  le  sommeil. 

Toutefois,  bien  que  le  sommeil  soitTeffet 
inévitable  de  Taction  des  organes  sensitifs 
et  locomoteurs  qui  s*épuisent  dans  les  fonc- 
tions qu'ils  exercent,  il  demeure  cependant 
soumis,  jusqu*à  un  certain  point,  à  rempire 
de  la  volonté.  Ainsi ,  alors  même  que  par 
un  trop  long  exercice,  nos  sens  tendent  for- 
tement à  se  fermer  et  que  nos  muscles  se 
relâchent  h  la  suite  des  contractions  trop 
violentes  ou  trop  longtemps  soutenues,  nous 
pouvons,pendant  un  certain  temps  du  moins, 
vaincre  cette  tendance  ,  quelque  intense 
qu'elle  soit,  et  ce  relâchement ,  ramener  ces 
organes  h  leurs  actions  accoutumées,  et 
montrer  ainsi  que  l'être  qui  veut  agir  n'est 
pas  celui  qui  tend  au  repos,  qu'ils  sont,  par 
cela  seul,  opposés  de  nature ,  puisque  I  un 
commande  impérieusement  la  veille,  tandis 
que  l'autre  réclame  vivement  le  sommeil. 

Ces  différences  de  nature  se  montrent  en- 
core d'une  manière  évidente  dans  ce  repos  de 
l'organisation.  L'homme,  en  effet,  ne  parti- 
cipe nullement  à  l'inaction  de  ses  organes; 
il  veille^  tandis  que  ses  instruments  1  aban- 
donnent et  que  tout  dort  autour  de  lui  :  et 
cela  parce  que ,  n'étant  point  matière^  le 
repos  n'est  point  dans  son  essence,  et  que, 
pour  lui,  être  c'est  a^  selon  sa  nature , 
c'est-à-dire  peneer  (830).  Aussi  tandis  que  les 
parties  de  sa  substance  matérielle  qui  le 
servent,  affaiblies,  épuisées  par  des  mouve- 
ments trop  prolongés ,  le  laissent  livré  h 
lui-même,  il  ne  cesse  point  d'exercer  ses 
facultés  intellectuelles,  et  ne  perd  rien  de 
son  activité. 

Mais  il  ne  peut  penser  sur  rien  de  ce  qui 
l'entoure  ;  le  présent  lui  est  ravi ,  tous  ses 
sens  sont  fermés.  Il  n'a  donc  plus  à  sa  dis- 
position que  le  passé  et  rarenir ,  et  il  ne 
peut  mettre  eu  action  que  l'imagination  et 
la  mémoire.  On  appelle  r^ret  les  produits 
divers  de  ces  deux  fonctions. 

La  mémoire  rappelle  le  plus  souvent  les 
idées  récentes,  ou  celles ,  plus  anciennes, 
qui  ont  iait  une  vive  impression.  L'iroaçina- 
tion  reproduit,  dans  ses  combinaisons  diver- 
sesi  celles  qvi  se  rattachent  à  des  projets  fm*- 
temeot  conçus  ».  à  4es  espérances  vivement 

(830)  L'h«nne  n'est  pu  le  Mattie  de  ne  pas  pM- 
ssr;  la  peméeesi  sa  «m,  «enNne  ios  lnDcttoi»  ciin- 
ttiuiciit  celle  de  la  matière  orgaoîséi'  :  il  n'y  a  que  le 


«onttes ,  h  des  sentiments  prolondément 
éprouvés,  h  des  accidents  que  Von  redoute  • 
à  des  événements  que  Ton  désire ,  k  des 
succès  que  l'on  attend.  De  là  ce^  rAv«s  où  le 
passé  se  retrace  avec  la  plus  grande  exacti- 
tude ,  ces  questions  obscures  qui  s*éc1air- 
cissent ,  ces  problèmes  difficiles  que  Ton 
résout  avec  tant  de  facilité,  ces  pressenti- 
ments ,  ces  espèces  de  prédictions  que  Ion 
voit  s'accomplir  d*une  manière  si  étounante. 
parce  que,  dans  tous  ces  cas,  l'être  intelli- 
gent, tout  entier  h  l'objet  dont  il  s'occupe , 
n'étant  distrait  par  rien  du  dehors ,  s'en 
pénètre  profondément ,  •  le  considère  sou< 
toutes  ses  fiices ,  ne  laisse  échapper  «ucun 
de  ses  rapports,  juge  des  événements  futurs 
avec  une  sagacité  extrême,  en  calcule  tontes 
les  chances,  en  apprécie  toutes  les  dilllcaltés, 
et  lit  dans  1  avemr,  pendant  le  repos  de  ses 
organes,  avec  plus  de  clarté  que  lorsqa*il  les 
a  À  sa  dispositiun.De  là  aussi  cescompositions 
du  génie  qui  étonnent,  lorsque  le  sommeil  a 
cessé,  qui  brillent  du  plus  vit  éclat ,  étant 
nées  d'un  esprit  libre  de  toute  gêne,  toat  es- 
tier  h  lui-même,  qui  a  conçu  vivement  toutes 
les  convenances  des  objets  ;  ou  bien  ces  pro- 
ductions bizarres,  ces  monstres  horribles,  c?s 
accidents  fâcheux ,  ces  espérances  réalisées, 
enfautésdaiis  le  délire  des  (tassions  vielentes« 
illusions  qui  ne  se  dissipent  pas  foujonrs  au 
moment  du  réveil.  De  la,  enun,  cette  agita- 
tion, ces  soubresauts ,  ces  tressaillements , 
ces  mouvements  produits  par  la  frajenr»  ces 
soupirs ,  ces  gémissements ,  ou  bien  ces 
éclats  de  rire,  ces  cris  de  joie ,  et  quelque- 
fois ces  expressions  articulées,  ces  discours 
suivis,  et  même  ces  mouvements  locomo- 
teurs dirigés  par  la  mémoire  dans  un  but 
&\e  (le  somnambulisme)  ;  car  les  instru- 
ments de  l'homme  ne  sont  pas  dans  une 
inaction  générale,  et  souvent  ses  ap|iaretls 
sensitifs  seuls  lui  sont  ravis.  Il  est  même 
digne  de  remarque  que  celui  de  Touîe  «  qai 
est  le  dernier  à  cesser  d'agir,  conlinae  qnef- 
quefois  d'exercer  ses  fonctions  pendant  que 
tous  les  autres  se  reposent  ;  ainsi  iJ  n'e^i 
pas  rare  de  voir  des  individus  endormis 
surtout  des  somnambules  ,  répondre  exacte- 
ment aux  questions  çu'on  leur  adresse*  H 
montrer  la  même  rectitude  de  jugement  que 
s'ils  étaient  éveillés. 

Toutefois,  le  plus  souvent,  aans  le  som- 
nambulisme, tous  les  sens  sont  fermés  anx 
impressions  extérieures  ;  le  somnambule 
n'entend  rien,  ne  voit  rien  de  ce  qui  se  passse 
autour  de  lui.  Ses  appareils  mêmes  du  Im* 
cher  et  du  tact  sont  insensibles.  Cesl  aîM^ 
qu'on  le  voit  heurter  sans  s'éveiller,  cnatre 
les  corps  que  Ton  place  sur  ses  pas,  alhiia^« 
sans  la  voir,  une  lampe  pour  se  conduire, 
quoique  une  autre,  qu'il  ne  voit  pas  dara»- 
ta^e,  éclaire  le  lieu  où  il  se  trouve.  Cependanc, 
par  le  seul  secours  de  la  mémoire-*  il  par- 
court, sans  s'é^rer  et  sans  faire  die  cbuc^* 
les  chemins  les  plus  tortueux,  les  plus 


choix  «k  ses  idées  et  «le  ses  actes  qpA  sois  a  sa 

posUion. 


m 


SOM 


D*ANTimorOLOGie. 


SOM 


13SI 


|>r('Ut,  ies  plus  dUnciles,  et  il  etécutc  avec 
la  plus  grande  précision  des  actes  qnW  n'ac- 
complirail  pas  aussi  bien  s*il  était  dirigé  pai 
les  sens.  On  peut  donc  dire  que  le  somnam- 
bulisme est  une  ahstraction,  une  rêverie 
profonde  pendant  le  sommeil,  qui,   aidée 


empire  ueiinîelligei 
tous  les  instruments  de  la  locomotion  (831). 
Tous  ces  phénomènes,  ainsi  que  ceux  que 
BOUS  venons  d'exposer  relativement  aux  ré- 
yes,  démontrent  évidenmient  que  Thomme 
n'est  point  son  organisation,  et  conflrmcnt 
pleinement  tout  ce  que  nous  avons  dit  de 
son  immatérialité  dans  nos  prolégomènes. 
En  effet,  puisque  Tencéphale  ne  reçoit  plus 
rien  par  les  sens,  que,  par  conséquent,  au- 
cune impression  mat(:rielle  ne  s*exerce  sur 
lui,  et  que,  d'une  autre  part,  la  matière 
esl  inerte  ,  passive ,   et  ne  peut  agir  et 
se  mouvoir  aune  manière  spontanée,  il  est 
éviilent  que  ce  n*est  pas  lui  qui  pense, 
qui  stnit,  qui  se  meut,  dans  les  rêves,  qui 
conçoit  des  idées,  qui  éprouve  des  alToctions, 
(|ui  1ns  exprime,  qui  provoque  et  dirige  des 
inouve;nents  :  c'est  donc  un  autre  être,  un 
èire  qui  n'est  point  matière^  pour  qui  même 
lu  matérialité  serait  un  obstacle  insurmonta- 
ble aux  fonctions  qu'il  exerce,   et  cet  être, 
c'est  Vétre  intelUqent, 

Avouons  toutefois  que  certaines  conditions 
organiques  sont  nécessaires  pour  la  produc- 
tion des  songes.  Dans  l'ivresse,  la  mémoire 
ne  peut  les  rappeler  ;  lorsque  le  vin  n  a  pro- 
duit que  de  la  gatté,  les  rêves  sont  prompts 
et  continuels,  et  on  en  conserve  au  réveil, 
un  parfait  souTenir.  Ënfm  dans  le  sommeil 
produit  par  l'opium,  les  rêves  sont  très-ani- 
més, très-brillants ,  très-variés  {Joum.  de 
physiologie  de  Magbndie,  t«  VIII,  p.  31â  et 
313)  ;  et  comme,  dans  le  premier  cas,  le  cer- 
velet est,  dit-on ,  profondément  affecté,  et 
(fuil  l'est  peu  ou  point  dans  les  autres,  on  en 
a  conclu  que  cet  organe  produisait  les  son- 
ges, comme  étant  Faboutissant  de  presque 
tous  les  nerfs  sensitifs.  Mais  nous  ferons 
remarquer,  à  ce  sujet,  que  les  nerfs  de  la 
vue,  de  rouïe,  de  1  odorat  et  du  goût,  ne 
^v  rendent  point,  et  que,  par  conséquent,  le 
îiiésocéphale  et  le  cerveau  pourraient  à  bon 
Imit  réclamer  la  même  prérogative. 

Quoi  (^u'il  en  soit,  faut-il  conclure  de  ces 
<»its,  qui  semblent  prouver  que  le  cervelet 
nilue  sur  les  songes,  que  c'est  cet  organe 
|ui  les  produit  immédiatement  1  En  un  mot 
jue  c'est  lui  qui  rêve  ?  Mais  comment  une 
uiistance  matérielle  pourrait-elle  se  ressou- 
onir  et  imaginer?  Nous  avons  démontré 
Hr:.  E^cépbale).  Que  ces  actes  intellectuels 
tïtnient  point  dans  sa  uature.  Si  donc  ta 
lémoire  ne  lui  appartient  point  et  si  Tima- 
inatton  lui  est  étrangère,  il  demeure  évident 


qu'elle  ne  saurait  rêver.  Tout  ce  que  Ton 

peut  attriimer  au  cervelet,  dans  certaines 

*  circonstances,  comme  à  tout  le  reste  de  l'ap- 

Sareil  encéphalique ,  quels  que  soient  les 
léments  de  cet  appareil  qui  influent  sur  la 
production  des  songes,  c'est  l'état  organique 
qui  y  donne  lieu.  On  peut  concevoir  qu'il  se 
développe,  dans  l'encéphale,  certaines  in- 
fluences matérielles,  ou,  si  l'on  veut,  des 
mouvements  analo^iies  à  ceux  que  produi- 
sent des  impressions  antérieures,  ou  que  cet 
appareil  conserve  pendant  un  certain  temps 
les  impressions  transmises,  et  que  ces  mou- 
vements et  ces  impressions  donnent  lieu, 
pendant  le  sommeil  à  des  perceptions  imagi- 
naires, et,  par  suite,  à  la  chaîne  des  i<iées 
dont  les  rêves  sont  composés.  Mais  ces  mou- 
vements et  ces  impressions  qui  ne  sont 
que  (les  déplacements  matériels,  ne  peuvent 
constituer  des  idées,  que  le  jugement  seul 
peut  produire;  d'où  il  faut  nécessairement 
conclure  que  les  rêves  ne  peuvent  appartenir 
à  l'encéphale,  et  qu'ils  sont  l'attribut  d'un 
être  immatériel. 

Mais  q^ui  pourrait  dire  quels  sont  les  rap- 
ports qui  lient  entre  eux,  dans  ces  cas,  les 
songes  et  Tétat  de  la  matière  encépbaHque  ? 
Ils  ne  sont  pas  moins  obscurs  que  ceux  qui 
existent  entre  les  impressions  extérieures  et 
la  perception,  et  notre  faible  intelligence 
doit  s'abaisser  devant  de  si  profimds  mystè- 
res. Nous  savons  seulement  que  dans  les 
songes,  Thomme  petite,  tantôt^  la  suite  d'irn- 

I)ressions  récemment  éprouvées,  et  d'autres 
'ois  indépendamment  de  toute  excitation  ex- 
térieure, montrant  ainsi  que,  dans  cet  acte, 
il  ne  conserve  plus  de  rapports  sensibles  avec 
son  organisation. 

Au  reste,  cet  isolement  de  l'homme,  rela- 
tivement à  son  organisation,  est  bien  ma- 
nifeste même  dans  la  veille,  et  nous  mon- 
tre la  véritable,  nature  des  rêves.  Combien 
de  fois,  en  effet,  n'abandonnons-nous  pas 
nos  organes  pour. nous  replier  au  dedans 
de  nous-mêmes,  pour  nous  reporter  vers 
le  passé,  ou  pour  nous  élancer  dans  l'ave- 
nir? Combien  de  fois,  dans  ces  méditations 
profondes,  ne  voyons-nous  pas  se  dérouler 
devant  les  yeux  tout  le  tableau  de  nos  jours 
écoulés,  tous  les  événements  de  notre  vie, 
ou  bien  se  présenter  à  nos  regards  l'exécu- 
tion de  nos  projets,  tous  les  succès  dont 
l'espérance  nous  berce,  ou  tous  les  fâcheux 
accidents  que  nous  redoutons?  Ne  sommes- 
nous  pas  alors  en  tout  semblables  h  celui 
que  le  sommeil  retient  sous  son  empire, 
et  faisons-nous  autre  chose  que  rértr  f  Ne 
rêvons-nous  pas  surtout,  lorsque  nous  nous 
abandonnons  h  nos  rêveries  et  que  mille 
iiiées,  quelquefois  sans  liaiv^ons  intimes,  se 
succèdent,  se  ci*oisent,  se  mêlent  dans  no- 
tre esprit,  naissent  d'abord  d*une  idée  pre- 
mière, puis  se  confondent  avec  une  foule 


(H5I)  Au  réveil,  le  sonnambule  a  oublié  tous  ses  nous  nous  livrons  psmlani  la  ?eille;  lors4|De  mws 

it^s ,  parce  qu*ib  n'avaient  pour  objet  que  des  revenons  à  ce  r,;ii  nous  entoure,  nous  iw  povvoLs 

'iisstions  pasMes  plus  ou  moins  éloigpées,  on  des  r?.ppclor  h  notre  mémoire  tes  olij^ts  doct  noue  «s- 

li^s  conçues  depius  un  temps  plus  ou  moins  lon^r.  pr.i  sVst  ociupé. 

i'ii   Obi  de  même  après  les  révçries  auRquellcs  . 


1585 


SOM 


WCTlONNAmE 


son 


m 


iTïilCtes  ûc(*cssr»1rc?s,  qxif  mènie  souyent  n'y 
uni  aucun  rapport. 

Voyez  aussi  ce  qui  a  lieu  dans  les  affec- 
tions eitaliques,  voyez  encore  ce  qui  se 
nasse  dans  ce  délire  nerveux  qui  sur- 
vient après  les  grandes  opérations  chirur- 
f^irales,  et  que  M.  Dupuytren  a  fait  connaî- 
tre dans  Y  Annuaire  méaico-chirurgital  de$ 
hôpitaux  fl8l9).  Dans  \e  wreinier  cas  Tor^a- 
nîsatîon  est  poiir  le  malade  comme  si  elle 
n'existait  point;  Tôtre  intelligent  exerce 
seul,  isolément  par  lui-môme  et  sans  le  se- 
cours de  la  matière,  toutes  ses  facultés, 
preuve  évidente  qu'il  forme  un  être  à  part, 
et  entièrement  différent  de  ses  Organes. 
Dans  te  second,  ces  mômes  organes  ne  sont 
que  des  instruments  passifs  dont  il  se  sert 
pour  exercer  les  actes  qu'une  imagination 
exaltée  provocjue;  mais  dans  l'un  et  dans 
l'antre,  comme  dans  le  somnambulisme, 
les  malades  ne  perçoivent  aucune  impression 
extérieure,  quelque  vive  qu'elle  soit,  et 
toutes  les  fonctions  intellectuelles  s'exercent 
indépendamment  de  l'influence  de  l'appa- 
reil encéphalique;  considérations  impor- 
tantes qui  ramenèrent  Georj^et  à  la  doctrine 
du  spiritualisme,  et  qui  lui  (irent  déposer  si 
ffénéreusemenl  sa  nouvelle  profession  de 
loi  dans  le  testament  qu'il  écrivit  peu  <îe 
temps  avant  sa  mort  (832). 

Les  rêves  de  Timasp  nation  ont  leur  source 
non-seulement  dans  des  idées  déjà  conçues, 
maïs  encore  dans  dos  perceptions  présentes; 
ainsi  un  bruit  que  l'on  entend  en  rêvant  se 
môle  au  rêve  par  les  idées  au'il  fait  naître 
et  en  change  la  nature;  i abondance  de 
la  licrueur  prolifique  dans  les  vésicules  sé- 
minales produil  une  impression  dont  la 
Krceptîon  donne  lieu  à  des  rêves  Jascîfs  ; 
ction  des  urines  sur  les  parois  de  la  ves- 
sie fiiit  sentir  pendant  le  sommeil  le  besoin 
d'uriner,  et  j^roduit  des  rêves  qui  s'y  rap- 
portent. Des  illusions  analogues  naissent  de 
^rertains  états  maladifs  ;  une  digestion  labo- 
rieuse par  excès  d'aliments,  dans  laquelle 
rabaissement  du  diaphragme  est  gêné  et  la 
resfnration  pénible,  fait  rêver  la  présence 
<rnn  poids  qui  oppresse,  ou  d'un  élre  ani- 
mé ,  de  forme  variée,  bizarre  ou  effrayante, 
qui  comprime  le  thorax,  phénomène  au- 
quel on  a  donné  le  nom  d'incube;  des  affec^ 
tions  organi(fues  du  cœur  causent  dos  r^vcs 
suffocants,  et  qui  produisent  ce  réveil  en 
sursaut  si  fréquentent  dans  ces  maladies  ; 
tes  hydropisies  diverses,  l'ascite  surtout, 
en  font  naître  qui  ont  pour  objet  des  eaux 
^'écoulant  en  torrent,  tombant  en  cascade 
ou  inondant  les  lieux  où  l'on  se  trouve  pla- 
cé, etc.  Tous  ces  rêves  proviennent  des  im- 
pressions variées  que  les  causes  qui  les  dé- 

(83i)  Voiei  cette  (lédaraiien  d'un  écrivain  qui  iPa 
pMnt  map  de  rëpwlier  Terreur,  et  de  revenir  4  la 
vérité  qu*il  avait  abandonnée. 

€  £n  1821,  dans  mon  ouvrage  sur  la  physiologie 
4o  syaltae  nerveux,  j*âi  hautemenl  professé  le  mm- 
iénmiiême.  L'année  précédente ,  j'avais  publié  un 
iraité  sur  Is  folie,  dans  lequel  sont  émis  des  prin- 
cipes contraires  ou  du  moins  en  rapport  avec  les 
croyances  remues  généralement  (p.  4â,  51,  52  et  lU)  ; 


terminent  Ibnt  sur  les  prolongements  eor^ 
phaliques  internes,  et  que  notre  toe,  libre 
de  ses  rapports  extérieurs ,  et  par  consé- 
quent de  toute  distraction,  perçoit  avec  la 
plus  çrande  exactitude. 

Mais  une  chose  digne  de  remarque  dan^ 
la  pensée  des  rêves ,  c'est  sa  fugaeUé,  h\ 
effet,  bien  que  l'hoœme  rêve  toujours  pen- 
dant la  suspension  des  fonctions  de  ses  or- 
ganes (car  il  est  une  intelligeiioe,  etlon 
ne  peut  le  concevoir  un  instant  sans  pensée 
puiscpie  la  pensée  est  sa  vie ,  comme  celle 
de  la  matière  omnisée  consiste  dans  m 
fonctions),  toutefois  ordinairemeia  au  ré- 
veil les  rêves  se  dissipent,  l'esprit  demeure 
entièrement  vide  de  ces  conceptions,  la 
mémoire  ne  peut  rien  rappeler  de  ce  qu'elie 
a  retracé  pendant  ie  sommeil ,  ni  de  tout  ee 
que  Timagination  a  pu  produire.  Et  cela 
ne  doit  pas  nous  surprendre  ;  Tboflame  nV 
gissant  alors  que  sur  des  sensations  on  des 
idées  qu'il  ne  fait,  pour  ainsi  dire,  quVt- 
âeurer,  qu'il  parcourt  avec  une  rapidité  ei- 
Irême,  et  seulement  de  souveuir,  n*ea  peut 
recevoir  une  impression  profonde,  et  t-cue 
impression  est  pron)ptement  efibcéeauié- 
veii  par  des  réalités.  Le  même  phénomène 
a  lieu  pendant  la  veiUe  ;  combien  de  fots 
des  sensations ,  des  idées  ou  des  prodaits 
de  Timagination  ne  s'écfaappenl41s  pas  de 
notre  mémoire  au  moment  où  ils  viennent 
de  nattre ,  de  telle  sorte  que  nous  ne  pou- 
vons tes  ressaisir  qu'avec  une  grande  diffi- 
culté? Au  reste,  si  souvent  les  rêves  s'éva- 
nouissent avec  tant  de  promptitude,  cela  n'a 
lieu  que  lorsqu'ils  ont  pour  objet  des  idées 
qui  nous  frappent  faiblement,  et  il  n'est  \4% 
rare  que  nous  i)uissions,  à  notre  réveil,  et 
m^roe  après  un  assez  long  intervalle,  en 
rappeler  tous  les  détails  avec  la  plus  grande 
exactitude.  On  peut  même,  lorsqu'un  rêve 
a  été  interrompu,  en  provoquer  et  en  déte^ 
miner  volontairement  la  suite,  en  fiiaot 
fortement  notre  pensée  sur  ce  qui  en  était 
l'objet ,  et  en  nous  livrant  de  nouveau  ao 
sommeil  ;  nouvelle  preuve  qn'il  ne  saurati 
■être  un  produit  de  la  matik*e. 

Tout  ee  que  nous  avons  dît  jusqu*id  dé- 
montre |ileinement  que  le  sommeil  u  appar- 
tient point  à  Thomme,  qu'il  lui  est  étran^'T'r. 
qu'il  n'est  que  ie  repos  des  organes,  qui  fa- 
tigués, affaiblis,  épuisés  par  leur  exerti». 
ont  perdu  la  faculté  de  le  servir. 

Mais  quelle  est  la  cause  immédiate  de  rH 
état  organique  ?  Consiste-t-eUe  dans  un  e th 
gercement  du  cerveau?...  Une  compressioii 
cérébrale,  les  narcotiques,  tout  ce  qui  pro- 
duit dans  cet  or^e  un  afflux  considérsbi< 
du  fluide  sanguin,  le  développe;  et,  d  aprr^ 
cela,  il  semblerait  évidemment  qu'il  nX 


et  a  peine  aTsis-je  mis  au  jour  la  pbysialoftie  à 
SYStème  perveux,  que  de  Doovefles  raédiiaiians  9»  » 
phénomène  bien  extraordinaire,  le  somnimbttiisiy. 
ne  me  permirent  plus  de  dooter  de  Texistfoce.  <i 
Boas  ei  hors  de  nous,  d'an  pmcipe  hadÈifoa  mi 
à  fait  digèrent  dêt  extUemm  tnatérieliet.  Il  t  a  (ki 
moi,  à  cet  égard,  une  eoneietian  profonde^  fûâk  m 
de*  faite  qm  je  cr^U  imcmteeiMea.,...  i"  wga 

im.  > 


frSj 


SOM 


D*ANTnHOrOLOGlE. 


son 


I38tf 


dû  qu'à  l*6xcës  de  plénitude  des  vaisseaux 
cérébraui.  Toutefois  le  soffimeil  est  volon- 
taire; il  suffit  de  se  dérober  à  la  lumière  et 
au  bruit,  de  suspendre  tous  ses  mouvements, 
et  de  vouloir  dormir,  pour  le  produire,  tant 
la  matière  vivante  a  de  tendance  vers  le  re* 
posi  tant  elle  ne  se  soutient  en  action  que 
par  (les  excitations  plus  ou  moins  vives  1 
ScraiMl  donc  en  notre  pouvoir  d'engorger  à 
volonté  notre  cerveau,  dont  les  mouvements 
vitaoi,  comme  ceux  de  tous  les  autres  or- 
ganes, échappent  à  notre  empire  (833)7 
Avouons  que  la  cause  immédiate  du  som- 
meil nous  est  inconnue,  et  contentons-nous 
de  dire  qu'il  dépend  de  la  diminution  ou  de 
raffaiblissem^nt  du  principe  matériel,  quel 
qu'il  soit,  qui  détermine  tes  transmissions 
sensitives,  les  manifestations  diverses,  les 
mouvements  do  la  locomotion,  et  que  la  vo- 
lonté dirige,  et  qu'il  a  été  établi  par  l'intel- 
licence  suprême,  aGn  que  ce  principe  fsûlse 
reparer  par  rinaction  suffisamment  prolon- 
gée des  instruments  de  nos  relations.  Voilà 
pourquoi  tout  accès  se  ferme  aux  impres- 
sions extérieures,  et  tout  mouvement  est 
soustrait  à  l'empire  de  la  volonté  par  l'en- 
gourdissement de  l'encéphale. 

Mais  dès  que  le  principe  des  fonctions 
;ensitives  et  locomotrices  a  repris  son 
énergie ,  dès  que  les  appareils  sensitifs  et 
ocomoteurs  ont  retrouve  dans  le  repos  l'ac- 
irité  qu'ils  avaient  perdue,  les  premiers 
ouvrent  aux  impressions  extérieures,  qu'ils 
»euvent  de  nouveau  transmettre,  et  les 
pronds  offrent  h  l'homme  leur  force  locomo- 
ice  qu'ils  peuvent  alors  exercer  ;  en  un 
lot ,  les  uns  et  les  autres  s'éveillent ,  car 
éveil  ne  peut  appartenir  qu'à  la  matière , 
ui,  seule,  a  besoin  de  se  reposer  et  dont  les 
*nction$  sont  nécessairement  intermitten- 
s,  et  ne  peut  être  exercé  par  un  être  imma- 
riel,  intelligent,  dont  lactivité  constitue  la 
e,  et  qui  ne  dort  jamais.  Aussi ,  bien  que 
)s  instruments  fatigués  réclament  vivc- 
cnt  un  repos  encore  nécessaire,  dans  pju- 
[îur:$  circonstances  nous  les  forçons  de 
reiller^  et  même  nous  en  limitons  le  fom- 
r.'i],  et  nous  lui  donnons  une  régularité  de 
irée  très-rf»marquahle  ;  nouvelle  preuve 
iiJente  de  l'existence  d'un  être  intelligent 
>entiellenient  libre  au'milieu  de  nos  orga- 
s ,  et  par  conséquent  immatériel.  Cela 
liserve  dans  les  cas  où  une  idée  prédomi- 
nte  occupe  fortement  l'esprit,  et  où  un 
•jet  conçu,  des  occupations  forcées ,  fixent 
!emps  du  repos  des  organes. 
iansd*9utres  cas,  ce  repos  est  troublé,  non 
rit  directement  par  I^omme  lui-même, 
is  par  des  causes  venues  du  dehors  ;  nos 
trunaeDts  alors  sont  réteillés.  Un  bruit 
s  ou  moins  intense,  une  lumière  plus  ou 
ins  rive ,  une  impression  plus  ou  moins 
sibie  sur  le  système  cutané ,  ime  odeur 


plus  ou  moins  i  énétrante ,  des  impressions 
internes ,  telles  que  celles  produites  par  les 
matières  fécales  ou  les  urines  sur  les  parois 
des  intestins  ou  de  la  vessie ,  produisent  ce 
phénomène.  Les  appareils  qui  reçoivent  ces 
impressions ,  et  qui  en  sont  plus  ou  moins 
vivement  excités,  les  transmettent  tantôt 
faiblement,  et  tantôt  avec  une  intensité  plus 
ou  moins  considérable.  Dans  le  premier  cas, 
l'homme  les  perçoit  obscurément ,  et  il  ne 
réveille  ses  organes  que  d'une  nianière  lento, 
et  pour  ainsi  dire  avec  réflexion ,  ou  même 
il  les  laisse  en  repos,  jugeant  que  leur  réveil 
n'est  pas  nécessaire.  Lorsque ,  au  contraire, 
la  transmission  est  vive,  le  réveil  est  rapide, 
et  l'homme  alors  ouvre  tous  ses  appareils 
aux  impressions  extérieures,  se  meut  même 
si  les  circonstances  l'exigent,  bien  que  ses 
organes  soient  plus  ou  moins  engourdis 
(nouvelle  preuve  qu'il  n'a  aucun  rapport  de 
nature  avec  la  matière,  qui  ici  tend  évidem- 
ment au  repos)  ,  ou  bien  il  les  abandonne  à 
eux-mêmes ,  si  leur  action  est  inutile ,  et  ils 
reprennent  leur  sommeil. 

Un  phénomène  non  moins  rcmarauablo 
est  le  réveil  déterminé  par  un  bruit  iéi;er, 
insolite,  ou  qui  se  lie  à  quelque  idée  i)récé- 
demment  conçue,  tandis  que  le  souiu)cil 
n'est  pas  troublé  par  un  bruit  beaucoup  plus 
fort ,  mais  que  l'on  a  l'habitude  d'cntcndro 
et  qui  n'offre  aucun  intérêt.  Dons  ces  deux 
cas,  l'appareil  auditif  restant  le  même,  il  est 
évident  que  la  matière  organique  n'y  est 
pour  rien ,  et  que  la  cause  en  est  intellec- 
tuelle. Dans  le  premier,  l'être  intelligent 
éprouve  une  sensation  qui  lui  est  inconnue, 
il  veut  en  voir  la  cause  ;  ou  qui  l'intéresse , 
et  il  veut  la  juger  ;  il  réveille  alors  ses  orga- 
nes. Dans  le  second  cas,  le  bruit  qu'il  entend 
est  le  même  qui  l'a  longtemps  frapjjé ,  il  le 
sait  ;  rien  alors  ne  l'excite  ,  et  il  laisse  dor- 
mir ses  appareils.  Si  ces  phénomènes  étaient 
purement  matériels,  le  contraire  devrait 
arriver.  Ils  dépendent  <lonc  d'une  autre  cause, 
et  cette  cause,  c'est  Vattention^  portée  vive- 
ment ,  dans  l'un ,  sur  une  perception  incon- 
nue ou  qui  attire ,  détournée  ,  dans  l'autre  , 
d'un  bruit  accoutumé  ,  et  démontrant  ainsi 
que  le  sommeil  est  étranger  à  l'intelligence. 

Enfin  il  est  des  circonstances  où  les  rêves 
eux-mêmes  déterminent  le  réveil.  C'est 
lorsque  une  émotion  vive ,  brusque ,  nous 
agite ,  comme  dans  ceux  où  nous  croyons 
tomber  dans  un  précipice ,  où  un  ennemi 
nous  poursuit  et  est  près  de  nous  atteindre , 
ou  bien  lorsque  nous  y  éprouvons  les  dou- 
ceurs d'un  bonheur  inespéré  ,  les  angoisses 
du  désespoir  ou  l'agitation  d'une  joie  exces- 
sive. Dans  tous  ces  cas ,  une  modification 
organique  perceptible  se  développe,  comme 
dans  la  veille,  au  dedans  de  nous,  et  nous  la 
percevons,  ce  qui  démontre  encore  que  c'est 
un  être  spirituel  qui  pense  et  qui  sent  dans 


o3)  Le  désengorgeons-nous  lorsque  nous  résis- 
au  sommeil,  que  nous  le  combattons  eflicaoe- 
c«  qiie  nous  le  dissipons;  lors  surtout  que  nous 
»  éveillons  à  notre  gré,  à  Tiieure  que  notre  vo- 
*  prescrit,  qu'elle  a  déterminée  d*avance?  On  ne 

DicTi0!v?i.  d'Anturopologie. 


peut  pas  dire  non  plus  que  ce  soit  le  cerceau  qui 
6*engorge  et  se  désengorge  xolontaîrement  lui-ntènie, 
car  la  mafière  ru  peut  vouloir.  Qu'est-ce  donc  que  ir 
sommeil?...  0  ahitudo. 


4'» 


4587 


SOM 


DICTIONNAIRE 


SOR 


m 


les  rêves  ;  celte  perception  le  fait  réagir  sur 
ses  instruments ,  soit  pour  fuir  le  mal  dans 
lequel  rima^pnation  Tavait  plongé,  soit  pour 
posséder  plus  pleinement  le  bien  dont  elle 
te  faisait  jouir ,  et ,  par  cette  réaction ,  tous 
ses  sens  excités ,  reveillés ,  s*ouvrent  aux 
impressions  extérieures,  et  le  ramènent  à  la 
réalité  (834). 

Le  sommeil  ou  le  repos  des  organes  qui 
est,  terme  moyen,  d'une  durée  de  six  heures, 

f  résente  des  variétés  remarquables  dans  les 
ges,  les  sexes,  les  individus,  les  professions, 
la  manière  de  vivre,  les  climats,  les  saisons. 
Dans  Tenfance ,  où  les  appareils  sensitifs 
et  locomoteurs  s'exercent  continuellement 
etavec  beaucoup  de  vivacité,  leur  épuisement 
est  très-rapide;  aussi  leur  sommeil  est-il 
fréquent  et  profond;  il  est  court,  léger,  in- 
terrompu dans  la  vieillesse  par  une  raison 
contraire;  et,  dans  la  jeunesse  et  la  virilité, 
il  présente  une  infinité  de  nuances  entre  ces 
deux  extrêmes,  dépendantes  de  l'exercice 

f)lus  ou  moins  actif  des  sens  et  des  organes 
ocomoteurs. 

La  femme  se  rapproche  de  l'enfant  par  la 
rapidité  de  l'épuisement  de  ses  organes,  et 
un  long  sommeil  est  pour  eux  d'une  rigou- 
reuse nécessité. 

Cela  se  remarque  aussi  dans  les  individus 
dont  l'organisation  est  analogue  à  la  sienne, 
ou  dont  les  professions  exigent  un  exercice 
violent  et  prolongé  des  sens  et  de  l'appaveil 
locomoteur.  Toutefois,  si  cet  exercice  laisse 
des  impressions  douloureuses  dans  les  mem- 
bres., leur  perception  trouble ,  empêche  ou 
du  moinsTetarde  le  sommeil,  qui  n'a  lieu  que 
lorsqu'elles  sont  entièrement  dissipées,  parce 
çiue,  dans  l'inquiétude  qu'il  éprouve,  l'être 
intelligent  qui  lés  perçoit  réagit  sur  ses  ap- 

Earcils  sensitifs"et  locomoteurs,  et  les  force 
rester  dans  l'état  de  veille. 

C'est  par  la  même  raison  que  la  douleur, 
qu'une  idée  prédominante,  qu'une  affection 
morale  vive,  empêchent  de  aormir. 

Il  est  des  individus  qui  dorment  profon- 
dément au  milieu  du  bruit  le  plus  éclatant  ; 
il  eu  est  d^autres  quele  moindre  souffle,  pour 
ainsi  dire,  réveille.  Les  sens  des  premiers 
s'épuisent  profondément;  ceux  des  seconds 
conservent  toujours  de  leur  faculté  trans- 
missive. 

L'habitude  influe  encore  sur  ces  phéno- 
mènes. Un  bruit  empêche  de  dormir  celui-ci, 
pour  qui  il  est  insolite;  son  attention  portée 
sur  l'objet  qui  le  produit  en  est  la  cause. 
Celui-là,  au  contraire,  qui  j  est  accoutumé, 
pour  qui  il  n'a  plus  rien  qui  frappe,  qui  s'en 
aétourne  aisément,  qui  I  oublie,  dort  paisi- 
blement au  milieu  de  tout  son  érJat.  Cette 
faculté  que  nous  possédons  de  fixer  notre 
attention  sur  une  impression  reçue  ou  de 
l'en  éloigner  à  notre  gré,  démontre  évidem- 
mentrimmatérialité  de  notre  être.  Elle  expli- 
que aussi  pourquoi  le  sommeil  du  pusilUi' 

(834)  Nous  ignorons,  au  réveil,  l'époque  à  la- 
quelle nous  nous  sommes  endormis,  et  la  durée 
qu'a  eue  notre  sommeil.  Gela  provient  de  ce  que,  le 
ncmps  ne  se  mesurant  que  par  des  mouvements,  et 


fitmeest  toujours  léger,  agité,  dans  la  frayeur 
qu'un  danger  même  éloigné  lai  inspire,  et 
pourquoi  celui  du  courageux  est  paisible  au 
milieu  du  péril  le  plus  imminent. 

Un  régime  très-substantiel ,  l'usage  des 
liqueurs  spiritueuses,  rendent  le  repos  des 
organes  long  et  profond;  ils  engourdissent 
les  sens  et  affaiblissent  leur  faculté  trans- 
mîssive. 

Enfin  les  climats  extrêmes,  l'équatorial ei 
l'hyperboréen,  influent  aussi  sur  le  sommeil, 
et  en  augmentent  la  profondeur  et  ladurée, 
l'un  en  épuisant  rapidement  les  appareils 
des  sens  et  de  la  fonction  locomotrice,  et 
l'autre  en  les  engourdissant.  Les  deoi  sai- 
sons qui  s'y  rapportent  exercent  des  in- 
fluences analogues. 

SON.  Foy.  Orbhxe, 

SORGHO,  HoDLQCB  Sorgho  (Sofjkttm  rvi- 
yare,Wild.;  Holcus  sorghtm^  Lin.).— Le  sor- 
gho est  cultivé  dans  tout  l'Orient^  iusqura 
fond  de  l'Inde,  sur  les  cfrtes  orientales  et  oc- 
cidentales de  l'Afrique,  enfin  dans  TEurope 
méridionale,  particulièrement  en  Portugal. 
Cette  espèce  de  millet  est  beaucoup  pios 
productive,  et  ses  grains  sont  beaucoup  plus 

fros  Que  ceux  des  espèces  que  nous  arons 
tudiees  précédemment.  Dans  l'Europe  mé- 
ridionale, on  cultive  une  autre  espèce,  \e 
sorgho  sucré  {sorghum  saccharatum)  moins 
pour  son  grain  que  pour  sa  tige  etladi$||û- 
sition  de  ses  pamcules,  qu'on  emploie  à  faire 
des  houssoirs.  Dans  1  Inde  onentale,  od 
cultive  encore  le  sorgho  bicolor^  qui  n*e$( 
qu'une  simple  variété  du  sorghum  tulçort 
et  le  sorghum  cernuum.  Suivant  Roiltourg, 
dans  les  contrées  où  le  riz  ne  vient  point,  le 
sorgho  fait  la  nourriture  de  plusieurs  peu- 

{)laaes,  surtout  de  celles  des  montapes.  Si 
a  culture  de  cette  plante  avait  été  précé- 
demment aussi  répandue  en  Orient  qo'elli 
l'est  maintenant,  les  auteurs  anciens  naoi 
auraient  fourni  sur  son  compte  des  rensei- 
gnements plus  multipliés  que  nous  n'ei 
trouvons.  Les  anciens  parlent  d'un  fromed 
élevé,  qui  croit  dans  la  Bactriane,  et  dont  )' 
grain  pouvait  être  aussi  gros  que  des  olire5, 
d'une  graminée  qui  avait  des  feuilles  (le 
quatre  pouces  de  large;  d'une  autre  grami- 
née, enfin,  cultivée  dans  l'Inde,  nonuD^e 

j3oo"ftoîoc. 

Mais  toutes  ces  dénominations  ne  présen- 
tent rien  de  précis.  Bechman  fait,  arec  bea^  J 
coup  de  justesse,  application  à  la  nni« 
noire  du  sorgho  de  ce  que  Pline  dit  (^wf- 
nat.,  1.  XVIII,  c.  7)  sur  un  grand  milJel»»' 
dont  les  feuilles  ressemblent  à  celles  du  n- 
seau,  et  qui  alors  avait  été  transporté  * 
rinde  depuis  dix  ans.  Il  ne  parait  poiniqti^ 
lors  ce  grain  se  soit  beaucoup  répandu^cs' 
aucun  des  écrivains  qui  l'ont  suivi  n'ff  ' 

lesorp 


aucun  mouvement  eKtéfiear  n'écantparc*'*'^ 
ment  du  sommeil  et  pendant  sa  dék,  t^ 
pouvons  apprécier  ni  cette  durée  ni  le  uKMDetf^' 
a  commenoe. 


j 


IS89 


SOU 


D'ANTHROPOLOGIE. 


SOU 


1390 


Le  nom  de  Mohrhirse^  que  lui  donneni  les 
AlIemandSi  est  composé  de  Mohrj  maure,  et 
de  Hine^  millet;  c'est  pourquoi  on  rappelle 
encore  en  Allemagne  grain  noir  {Negerkorn). 
On  u'a  trouvé  aucune  espèce  de  millet  à 
i'état  sauvage. 

SOUDAN,  ou  Nations  noires  qui  habitent 
INTÉRIEUR  DE  l'Afrique.  —  Ricu  n*a  plus 
contribué  à  répandre  des  notions  vagues  et 
erronées  en  matière  d'ethnologie  que  l'usage 
impropre  de  certains  noms  généraux.  Ainsi 
on  n'est  pas  toujours  d*acconi  quand  il  s*a- 
git  de  déterminer  quelles  sont,  parmi  les 
races  africaines,  celles  que  Ton  doit  consi- 
dérer comme  des  races  nègres,  le  sens  de 
cette  expression  n'ayant  été  jamais  rigoureu- 
sement déterminé.  11  faut  bien  se  le  rappe- 
ler, le  mot  nègre  n'est  point  un  nom  de  na- 
tion, un  nom  que  certains  peuples  se  soient 
a;jpliqué  à   eux-mêmes;  il  désigne  seule- 
ment un  t^Kpe  idéal  résultant  de  l'ensemble 
d'un  certain  nombre  de  caractères  physiques 
tels  que  ceux  çue  nous  présentent  les  natu- 
rels de  la  Guinée,  dans  l'Afrique  méridio- 
nale» et  leurs  descendants  en  Amérique  et 
aux  Antilles. 

Quand  quelques-uns  de  ces  caractères 
viennent  à  manquer  dans  une  nation  afri- 
caine, quoiqu'elle  ait  la  peau  noire  ou  pres- 
que noire  et  les  cheveux  laineux,  bien  des 
eens  ne  veulent  point  la  comprendre  parmi 
les  races  nègres.  Ainsi  on  a  dit  que  les  Ca- 
fres  et  les  Uotteutots  ne  sont  pas  nègres. 
D  après  ce  même  principe,  il  faudrait  aussi 
faire  une  exception  pour  les  nations  de  l'in- 
térieur de  l'Afrique  ou  du  Soudan,  dont 
quelques-unes  ne  nous  offrent  réellement 
pas  dans  leurs  traits  de  ressemblance  bien 
marquée  avec  les  nègres  de  Guinée. 

On  croit  que  l'Afrique  centrale  est  parta- 
gée par  une  immense  chaîne  de  montagnes 
\ni  s'étend  sur  toute  la  largeur  du  continent, 
kdiideçrés  environ  au  nord  de  l'éçiuateur, 
lepuis  Te  cap'Guadarfui  à  Test,  jusqu'au 
rap  Roxo,  à  l'ouest.  Une  partie  de  cette 
ha/ne,  du'  côté  oriental,  était  désignée 
«r  les  anciens  sous  le  nom  de  montagnes 
le  la  Lune ,  montagnes  qu'ils  suppo- 
aient  receler  les  sources  du  Nil.  La  partie 
ccidenlale  au-dessus  du  Mandara,  ainsi  que 
eus  l'apprennent  Denham  et  Clapperton, 
st  appelée  aujourd'hui  par  les  musulmans 
ei)el-Kumra,  ce  qui  veut  dire  aux  montagnes 
e  la  Lune  ;  ce  nom  enQn  est  appliqué  par 
'S  géographes  modernes  à  la  chaîne  entière, 
on  t  la  continuité  est  plutôt  probable  que  bien 
)inplétement  prouvée.  La  chaîne  au  Kong 
ui  traverse  dans  une  direction  semblable 
grande  projection  occidentale  de  l'Afrique, 
irait  être  une  prolongation  du  même  sys- 
me  de  montagnes.  C'est  immédiatement  au 
id  de  cette  chaîne  que  se  trouvent  les  seu- 
s  races  africaines  qui  présentent  les  carac- 
res  distinctifs  des  jiègres  dans  leur  com- 
et  déToloppement  et  portés  au  plus  haut 
'Çré.  Cet  te.  chaîne  sépare  la  portion  compa- 
livement  cirilisée  de  l'Afrique,  les  pays 
ibités  par  des  musulmans,  des  vastes  soli- 
des du  midi ,  pays  sauvages  où  ne  pénè- 


trent jamais  les  chameaux  et  les  caravanes, 
navires  et  flottes  du  désert. 
Les  montagnes  du  Mandara,  d'après  ce 

?ue  que  nous  dit  D'onham ,  ne  sont  pas  très- 
ievees,  mais  elles  ne  sont  que  les  premiers 
contre-forts  d'une  vaste  chaîne  alpine.  On 
assura  à  notre  voyageur  qu'elles  se  prolon- 

fent  vers  le  sua  jusqu'à  une  distance  égale 
celle  Qu'on  peut  parcourir  dans  deux  mois 
de  marche,  et  que,  dans  plusieurs  endroits, 
elles  sont  dix  fois  plus  hautes  que  celles  qui 
dominent  los  plaines  du  Mandara.  Les  seules 
communications  qui  existent  entre  le  Sou- 
dan et  leG  régions  les  plus  reculées  vers  le 
sud  se  font  par  l'entremise  d'un  petit  nom- 
bre d'esclaves  affranchis,  hommes  aventu- 
reux, qui  pénètrent  dans  l'intérieur  des 
montagnes  avec  des  verroteries  et  d'autres 
artixiles  de  commerce  qu'ils  apportent  du 
Soudan.  Ils  reçoivent  en  échange  des  peaux 
et  des  esclaves. 

Les  nations  qui  habitent  ces  lieux  sauvages 
sont  très-nombreuses.  Chez  presque  toutes  on 
trouve  la  coutume  de  se  peindre  le  corps  de 
différentes  couleurs.  On  dit  que  dans  les  rela- 
tions des  sexes,  il  règne  une  complète  promis- 
cuité, et  que  même  les  liens  de  parenté  n'y  ap- 
portent aucune  restriction.  Le  pays  renferme 
un  assez  grand  nombre  de  lacs  très-étendus, 
abondants  en  poissons;  les  vallées  produisent 
des  mangues,  des  fieues  sauvages ,  et  des  pis- 
taches de  terre.  Dennam  décrit  les  habitants  de 
ces  montagnes  comme  aj'ant  des  cheveux  lai- 
neux ou  plutôt  crépus  et  durs,  qu'ils  laissent 
retoraberjusquesur  leurs  yeux  ;  il  vit  autour 
de  leurs  bras  et  à  leurs  oreilles  des  anneaux 
qui  lui  parurent  faits  en  os;  chaque  homme 
portait  en  outre  à  son  cou,  de  un  à  six  rangs 
de  dents  provenant  des  ennemis  qu'il  avait 
tués  à  la  guerre.  Denham  leur  vil  aussi  des 
dents  et  des  fra;^racnts  d'os  attachés  à  l'ex* 
trémité  des  mèches  feutrées  de  leurs  sales 
cheveux.  Leurs  corps  étaient  marqués  en 
différents  points  de  plaques  rouges,  et  leurs 
dents  étaient  teintes  de  la  même  couleur. 
Cette  sorte  de  parure,  le  caractère  de  leur 
physionomie,  leurs  gestes,  tout  leur  exté- 
rieur enfin  avait  quelque  chose  de  si  sau- 
vage et  à  la  fois  de  si  farouche  qu'on  ne 
Eouvait  manquer  d'en  être  vivement  frappe, 
es  tentatives  qu'on  fit  pour  établir  avec 
eux  des  relations  furent  sans  aucun  succès  : 
ils  se  refusèrent  h  toute  communication; 
mais  ayant  obtenu  qu'on  leur  donnât  la  car- 
casse d'un  cheval  qui  venait  de  mourir,  ils 
s'empressèrent  de  l'emporter  dans  leurs  mon- 
tagnes ,  et  les  feux  qui  brûlèrent  pendant 
toute  la  nuit,  ainsi  que  les  hurlements  sau- 
vages qui  faisaient  retentir  la  vallée,  prou- 
vèrent qu'ils  y  célébraient  leur  sale  festin. 

Au  nord  de  la  ligne  gue  nous  avons  ci- 
dessus  indiquée,  les  nations  africaines  sont 
comparativement  civilisées.  Elles  s'occupent 
d'agriculture  et  possèdent  non-seulement 
les  arts  nécessaires  à  la  vie,  mais  encore 
quelques-uns  de  ceux  qui  servent  à  l'em- 
bellir; elles  ont  de  grandes  villes  dont  plu- 
sieurs, dit-on,  contiennent  de  10  à  ^,000 
habitants,  ce  qui  suppose  une  industrie  assez 


1595 


TAl 


DICTIONNAIRE 


T\l 


IS96 


leur  aroiis  comparé^   les  réformés  ont  été 

Srescnie  aussi  nombreux  que  les  appels  dé- 
nitifs. 

La  connaissance  de  ces  faits  est  d*un  ^rand 
intérêt  pour  Téconomie  poliliaue  aussi  bien 
que  pour  la  physiologie  ;  et  elle  peut  don- 
ner lieu  à  des  considérations  Irès-imporlan- 
tes  sur  les  règles  qui  doivent  guider  dans 
les  tentatives  à  faire  pour  Tamélioralion  des 
races  de  bestiaux. 

En  France»  la  taille  de  Thomme  est  peu 
élevée.  D'après  les  recherches  publiées  il  y  a 
une  quinzaine  d^années  sur  le  recrutement 
de  l'armée,  on  voit  que  la  taille  moyenne 
des  conscrits  de  vingt  ans  était  alors  de 
1  m.  398  roil.9  et  sur  100  de  ces  jeunes  gens, 
on  en  comptait  28  environ  qui  étaient  réfor- 
més par  défaut  de  taille,  c'est-à-dire  qui 
avaient  moins  de  1  m.  299  mil. 

Depuis  cette  époque,  la  taille  est  un  peu 
plus  élevée  en  France,  et  cela  s'explique  fa- 
cilement, car  depuis  le  retour  de  la  paix,  le 
bien-être  général  s'est  augmenté. 

II  serait  difficile  au  juste  d'apprécier  cette 
augmentation  et  de  déterminer  quelle  est  au- 
jourd'hui la  taille  moyenne  en  France  ;  car 
l'administration  de  la  guerre  ne  tient  plus 
compte  que  de  la  taille  des  hommes  du  con- 
tingent, c'est-à-dire  ayant  la  taille  recpiise 
par  la  loi  ;  mais  parmi  ceux-ci  nous  sa- 
vons par  des  relevés  exacts  que  sur  100  il  y 
en  a: 

52  qui  ont  moins  de  1,  651  millimètres  ; 
16  qui  ont  de  1,  651  à  1,  678  mil.  ; 
15  qui  ont  de  1,  678  à  I,  705  mil. ; 

3  qui  ont  de  1,  732  à  1,  759  mil.  ; 

7  qui  ont  de  1,  732  à  1,  787  mil.  ; 
et  1  seulement  de  1,  787  millimètres. 

A  Paris,  la  taille  des  jeunes  gens  trouvés 
bons  |)our  le  service  militaire  est  de  1  m. 
6^  mil.  ;  mais  il  faut  toujours  se  rappeler 
que  ce  contingent  ne  constitue  guère  qu'en- 
viron la  moitié  des  conscrits,  et  que  sur  le 
nombre  des  réformés,  il  en  est  25  pour  100 
qui  ont  pour  motif  le  défaut  de  taille. 

Du  reste,  la  taille  des  hommes  varie  beau- 
coup dans  les  diflérentes  parties  de  la 
France,  ainsi  qu'on  le  peut  voir  par  les  car- 
tes figuratives,  dont  l'intensité  des  teintes 
sur  les  divers  départements  indiquent  à  peu 

f^rès  le  rang  qu*ils  tiennent  chacun  dans 
'échelle  totale.  Dans  la  Bretagne,  les  hom- 
mes sont  les  plus  petits  de  la  France.  Au 
midi  leur  taille  est  un  peu  plus  grande  ;  au 
noi*d-est  elle  est  à  son  maximum.  11  existe 
toujours,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut, 
un  rapport  entre  la  taille  et  la  richesse; 
mais  ce  rapport  est  moins  constant  qu'à  Pa- 
ris. Gela  tient  à  ce  que  d'autres  causes  de 
perturbation  viennept  se  joindre  aux  pre- 
mières ;  ce  sont  par  exemple  les  différences 
des  races. 
La  taille  est  toujours  plus  élevée  dans  les 

Ï^ays  tempérés  ;  ainsi  les  Patagons  paraissent 
es  hommes  les  plus  grands,  tandis  que  les 
Lapons  sont  les  plus  petits.  En  Europe  la 
taille  est  peu  variée.  On  a  écrit  que  la  trans- 
plantation des  races  tend  toujours  à  aug- 


menter la  taille  de  Thomme  ;  cette  assertion 
a  besoin  de  preuves. 

Les  voyageurs  modernes,  les  navigateors 
surtout,  ont  pris  avec  soin  la  taille  moyenne 
des  divers  peuples  qu*ils  ont  visités.  Pour 
mieux  fixer  les  idées  à  ce  sujet,  nous  allons 
donner  quelques-unes  de  ces  mesures,  en 
ne  citant  que  les  extrêmes  : 


PEUPLES  DE  PETITE  TJL1L&.C. 


Boschiinans  montagnards. 

Esquimaux, 

Papous  métis  d*OflEaick , 

Kamtschadales, 

Tarlares  mongols. 


Millimétits. 
f,i99 
1,299 
4,499 
i,570 
1,570 


PEUPLES  DE  CnASIDE  TAILLE. 

Hillimélres. 
Nouveaux  Zélandais,  i,8U 

Caraïbes  de  T Amérique  méridionale,  i,8(>8 
Habitants  des  fies  des  Navigateurs,  1,895 
Patagons,  les  plus  grands,  1,949 

Ainsi  la  taille  moyenne  des  peuples  nains 
estde  lm.299mil.,etceliedespeuplesgéanls 
est  de  1  m.  9i9  mil.  ;  la  movenne  entre  ces 
deux  extrêmes  est  de  1  m.  Gàï  mil.  Mais  pour 
obtenir  la  vraie  moyenne  de  la  tailledu  genn* 
humain,  il  faudrait  mesurer  dans  chaque 
peuplade  la  même  fraction  du  nombre 
des  nommes  qui  la  composent,  et  prendra 
la  moyenne  de  tous  les  résultats.  Ce  genre 
de  recherches  se  ferait  aisément  pour  une 
nation  en  particulier,  habitant-une  porUoii 
de  la  surface  terrestre,  séparée  de  toutes 
les  autres  par  des  barrières  naturelles. 

En  suivant  cette  marche ,  qui  a  déjà  fiié 
l'attention  de  quelques  savants ,  on  appren* 
drait  enfin  si  la  taille  des  hommes  éprouve 
ou  non  quelque  variation  générale.  Aujour- 
d'hui que  les  circonstances  atmosphériques 
sont  arrivées  à  un  état  stationnaire ,  il  semble 
qu*i]  en  soit  de  même  pour  tous  les  êtn-s 
organisés  ;  en  sorte  que  le  genre  humain 
possède  un  jfirincipe  de  vie  capable  d'entre- 
tenir à  perpétuité  certaines  dimemioiLs 
moyennes  du  corps,  au  milieu  de  toutt*^ 
leurs  variations  accidentelles.  Mais  on  |)eut 
croire  aussi  que  ce  principe  se  fortifie ,  ou 
bien  qu'il  s'affaiblit  d'une  manière  continue, 
ou  enfin  qu'il  doit  avoir  une  marche  as- 
cendante  et  descendante ,  analogue  à  c^lle 
de  chaque  individu  en  particulier» 

Il  est  à  peu  près  certain  que  la  taille  de 
l'homme  n  a  point  varié  depuis  les  tem^ts 
historiques  les  plus  reculés.  C'est  ce  que 
prouvent  les  momies  égyptiennes,  et  ce  que 
prouverait  au  besoin  la  connaissance  de« 
mesures  de  lantiquité.  En  admettant,  ce  qui 
est  infiniment  probable ,  que  ces  mesures 
ont  été  prises  sur  la  nature  humaine ,  on 
trouve  que  la  taille  des  Egyptiens  était  «ie 
lm.701  millim.;  celle  des  Grecs,  de  liD.7Ui 
millim.;  celle  des  Romains,  1  m.  669  mr.- 
lim.  ;  et  celle  des  Arabes,  1  m.  81%  millim. 

Enfin  il  serait  bon  de  connaître  les  va- 
leurs extrêmes  de  la  taille  humaine  dan^ 
son  état  actuel ,  c'est-à-dire  la  taille  d«  • 
plus  petits  nains  et  celle  des  plus  gran.- 
géants.  Rarement  les  premiers  ont  eu  moia^ 
de  650  millim.;  mais  on  ne  cornati  i^ 


1397 


TEM 


D'ANTiiaOPOLOGIE. 


TEM 


1396 


aussi  bien  la  limite  des  tailles  gigantesques. 

(  Voy.  GÉANTS.  ) 

TAITIENS.  Voy.  Malaise  (Race). 

TAMANàQCES.  Voy.  Caribes. 
.  TAMOULS.  Voy.  Aborigèhes. 

TATOUAGE.  Voy.  Malaise  (Race). 

TAUREAU.  Foy.  BoECF. 

TEMPÉRAMENT  NERVEUX ,  ses  atah- 
TAGES  ET  SES  nfco^vÉxiE^rTs.  —  Il  est  des 
fihysiologistes  qui,  n'envisageant  la  ques- 
tion que  sous  un  rapport ,  n*onl  tu  dans  le 
tempérament  dont  il  s*agit  que  Timminence 
des  dangers  et  des  maladies  qu'il  entraîne  ; 
d'autres^  au  contraire,  n^ontétefrappés  que  de 
seM  avantages  ;  on  a  même  pousse  les  choses 
jusqu'au  paradoxe.  Un  docteur  allemand  a 
l'ait  réloge  de  la  maladie  ;  d'Autreau,  poète 
français ,  a  célébré  la  gale  ;  un  médecin  sa- 
vant et  judicieux,  M.  le  professeur  Fouquier, 
oVl-il  pas  tracé  avec  talent,  le  tableau  des 
avantagée  d'une  comtiiulion  faible^  sans 
doute  par  motif  de  consolation?  L'erreur 
me  parait  évidente  des  deux  côtés.  Tâchons 
donc  de  reconnaître  le  bien  et  le  mal ,  pres- 
que toujours  mélangés  ;  da  chercher  la  vé- 
rité où  elle  est  ordinairement,  dans  une  ri- 
goureuse impartialité. 

Une  haute  stature ,  une  vaste  charpente 
osseuse  ,   revêtue  de  masses  musculaires 
compactes  et  saillantes;  une  ample  poitrine, 
de  fortes  épaules,  un  bras  herculéen,  peu- 
rent  être  les  attributs  de  la  force  physique, 
mais  ne  donnent  aucune  garantie  pour  une 
santé  inaltérable.   Cet    organisme  prouve 
seulement  que  le  système  musculaire  e^t 
Ir^s -développé,  que  la  contractilité  prédo- 
mine. Mais  quelle  est  la  condition  indis- 
pensable pour  conserver  la  santé  et  prolon- 
ger l'existence  ?  La  voici  :  un  accord  parfait 
des  fonctions ,  un  juste  équilibre  des  for- 
f-es ,  une  balance  exacte  et  proportionnelle 
des  actions  organiques.  Or  c'est  ce  qui  n'a 
l*as  toujours  lieu  dans  les  corps  athlétique- 
nient  constitués.  La  nature,  chez  l'homme 
robuste,  triomphe  toujours  par   l'énergie 
des  mouvements  ;  mais  il  arrive  tel  obs- 
tacle qu'elle    ne    peut  surmonter;   alors 
cette  lorce  devient  un  ennemi  pour  celui 
qui  la  possède.  L'intensité  constitutionnelle 
des  forces  doit  donc  se  calculer  par   leur 
régularité^  leur  pondération ,  jamais  par 
leur  excès.  Si  la  sensibilité  extrême  prédis- 
pose à  une  foule  d'affections  pathologiques, 
la  puissance  contractile,  hors  de  proportion 
avec  les  autres  facultés,  présente  les  mêmes 
résultats.    Une  santé    exubérante    touche 
de  près  à  son  altération.  Trop  de  sang, 
trop  de  chair ,  trop  de  vie  •  source  inévi- 
table de  maladies.  Celse  en  a  foi  t  la  re- 
marque en  parlant  des  athlètes  :  Ea  cor- 
pora  quœ  more  eorum  repleia  suni ,  celer- 
rime  êtnescuni  et  œgrotant;  et  pourtant, 
dans  l'antiquité ,  la  force  du  corps  était  en 
singulier  honneur.  La  couronne,  aux  jeux 
olympiques,  ornait  souvent  leïrontd'un  lut- 
teur Ignorant ,  d'un  grossier' athlète.  Quoi 
qu'il  en  soit ,  ces  corps  si  vigoureux  en  ap- 
parence   n'ont    qu'une  sorte  d'énergie  en 
quelque  sorte  mécanique;   la  force  radicale 


leur  manque,  celle  du  principe  nerveux. 
D'ailleurs,  de  deux  cnoses  l'une  :  ou 
l'homme  vigoureux  est  apathique;  alors, 
exerçant  peu  la  force  de  ses  membres,  il 
se  manifeste  un  état  pléthorique,  véritable 
imminence  morbide;  ou  bien,  comme  il  ar- 
rive trop  souvent ,  se  conGant  imprudem- 
ment à  cette  vigueur  qui  Ta  secondé  tant  de 
fois,  il  $*abandoune  à  des  excès  qui  abou- 
tissent tôt  ou  tard  à  la  maladie.  Celle-ci  est- 
elle  légère,  l'équilibre  se  rétablit  promp- 
tement;  mais  il  peut  arriver  que  la  cause 
morbifique  résiste  :  alors  la  violence  et  Tim- 

f>étuosité  des  mouvements  sont  telles ,  que 
'art  et  la  nature  deviennent  impuissants  ; 
le  mal  s'aggrave ,  les  désordres  sont  irrépa- 
raldes,  la  gravité  des  symptômes  s'accroît 
rapidement,  l'orage  éclate ,  et  le  chêne  or- 
gueilleux tombe  déraciné. 

L'homme  de  lettres ,  le  savant,  l'artiste, 
assez  souvent  d'une  constitution,  çrêle  et 
iaible ,  ne  se  laissent  pas  aller  facilement 
aux  excès;  ils  ménagent  leur  santé,  si  aisé 
ment  insultée  par  le  moindre  écart.  Sobres, 
continents,  réservés,  ils  agissent  avec  pru- 
dence et  circonspection ,  au  moins  quand  ils 
savent  raisonner  leur  existence.  D'ailleurs , 
la  sensibilité  dont  ils  sont  si  libéralement 
pourvus  par  la  nature  les  préserve  d'une 
infinité  dedangers.  Eveillée  à  chaque  instant, 
elle  parcourt  rapidement  tous  les  organes , 
les  avertit  du  moindre  choc,  du  plus  petit 
accident  nuisible  à  leur  faible  mécanisme. 
Sentinelle  vigilante ,  elle  ne  laisse  s'enraci- 
ner aucune  cause  de  destruction,  en  s'exal- 
tant  facilement  dans  chaque  organe  aux 
prises  avec  le  mal.  A  la  vérité,  ces  hommes 
sont  souvent  malades  ;  mais  aussi  la  maladie* 

Ear  cela  même  que  la  constitution  est  dé- 
ile,  marche-t-elle  ou  avec  moins  d'inten- 
sité, ou  avec  plus  de  lenteur;  le  malade  et 
le  médecin  ont  le  temps  de  concerter  leurs 
moyens  pour  la  combattre  :  enfin ,  les  acci* 
dents  sont  moins  rapides ,  la  lutte  moins 
vive ,  le  roseau  plie  et  ne  rompt  pas, 

Aiesi  on  peut  établir  que  les  indiridus 
doués  d'un  tempérament  nerveux  avec  di- 
minution de  la  contractilité,  comme  la  plu- 
part des  penseurs,  sont  en  général  peu  ex- 
posés aux  maladies  graves,  pourvu  qu'ils 
écoutent  la  voix  de  Ta  nature.  S'ils  s'éloi- 
gnent des  limites  de  la  modération ,  ils  y 
sont  bientôt  ramenés  par  la  faiblesse  de  leurs 
organes.  La  sagesse  est  ici  de  nécessité  phy- 
sique ;  or,  il  faut  l'avouer ,  le  tempérament 
est  le  vrai  moule  de  la  philosophie  pra- 
tique. 

Au  reste,  la  tempérance  chez  le  savant, 
chez  l'artiste  qui  a  réfléchi  sur  lui-même, 
est  une  vertu  qui  coûte  peu  et  rapporte 
beaucoup  ;  cette  heureuse  impuissance  où  il 
est  de  ne  point  s'écarter  des  lois  d'hygiène, 
est  la  source  de  son  bonheur,  souvent  même 
de  sa  gloire ,  parce  qu'il  peut  se  livrer  aux 
travaux  qui  la  fondent.  Ajoutons  que  plus 
on  a  cultivé  son  esprit,  et  moins  on  cherchi^ 
à  être  homme  ))ar  ses  organes.  Oui ,  quoi 
qu'on  en  dise,  la  culture  de  l'inlelligenrc 
simplifie  les  besoins,  diminue  l'âpreté  pouc 


I31K> 


TEM 


DICTIONNAIRE 


TEM 


m 


le  lotre,  ôte  h  la  richesse  matérielle  une  par- 
tie de  son  importance.  Sans  doute  Tbomme 
délicat,  nerveux,  très-impressionnable,  doit 
s'étudier,  se  regarder  vivre,  appliquer  sa 
pénétration  à  connaître  juqu*à  quel  point 
il  lui  est  donné  de  satisfaire  ses  désirs  ;  mais 
au  moins  jouit-il  de  Tabsence  du  mal,  sinon 
de  plaisirs  trop  vifs  ;  il  a  sans  cesse  les  jelom 
à  la  main.  Personne  plus  que  lui  ne  sent  le 
prix  de  la  santé,  ce  qui  le  dispose  à  faire  le 

Rlus  de  sacrifices  possibles  pour  la  conserver, 
'en  esl-il  pas  recompensé  à  chaque  heure, 
à  chaque  instant?  Ne  sait-il  pas  que  l'avenir 
est  la  compensation  du  présent?  Il  ne  néglige 
donc  ni  remarques,  ni  soins,  ni  précautions 
pour  atteindre  son  but.  A  qui  le  blâmerait, 
voici  sa  réponse  :  La  nature  m'a  refusé  des 
forces  irapables  de  résister  aux  causes  des 
maladies,  j'y  supplée  par  ma  prudence.  Je 
suis  né  faible,  et  pourtant  je  vis;  bien  plus 
je  vis  presque  exempt  de  maux,  et  avec  des 
chances  de  longévité.  Il  y  a  en  effet,  dans  cer- 
tains hommes  faibles  de  complexion,  une  té- 
nacité de  vie  qui  étonne,  mais  dont  on  trouve 
aisément  les  raisons,  quand  on  examine 
avec  quel  art  ils  soutiennent  la  lutte  contre 
les  agents  destructeurs  de  la  vie. 

Supposons  maintenant  le  cas  de  maladie 
pour  lliomme  délicat  ainsi  que  pour  l'homme 
robuste  et  musculeux  ;  eh  bien  !  Tavantaçe 
reste  souvent  au  premier.  Outre,  comme  je 
l'ai  dit,  que  la  nature  ne  précipite  pas  les 
mouvements  et  les  secousses  chez  l'individu 
faible,  celui-ci  se  résigne  assez  facilement  ; 
il  attend,  il  espère,  etla  bénigne  influence 
de  cette  disposition  tarde  rarement  à  se  faire 
sentir;  et  même  si  le  mal  résiste,  il  sait 
composer  avec  lui;  il  s'arrange  pour  lui 
donner  droit  de  bourgeoisie;  il  lui  fait,  pour 
ainsi  dire,  sa  part  de  tyrannie,  à  condition 
de  garder  la  sienne  de  liberté.  Souvent  il 
linit  par  l'adoucir,  le  dompter,  à  force  de 
soins  et  de  patience.  Les  valétudinaires,  les 
êtres  faibles,  les  femmes  surtout  en  donnent 
(le  fréquents  exemples  aux  médecins.  Cer- 
tains gens  de  lettres,  débiles  et  malingres, 
ont  également  prouvé  la  vérité  de  ces  asser- 
tions. On  sait  que  Métastasio  fut  atteint  de 
bonne  heure  d'une  grave  maladie  nerveuse, 
et  il  vécut  quatre-vingts  ans.  Palissot,  assez 
faible  dans  son  enfance  et  sa  jeunesse  ,•»  fut 
reçu  maître  es  arts  à  douze  ans ,  bachelier 
de  théologie  à  seize  ;  à  dix-neul  ans  il  était 
marié,  père  de  famille,  auteur  de  deux  tra- 
gédies; et  à  quatre-vingts,  malgré  une  vie 
très-agitée,  sa  santé  était  encore  ferme ,  et 
son  esprit  plein  de  vigueur.  N'a-t-on  pas  vu 
de  notre  temps  Andrieux,  homme  de  let- 
tres, conduire  avec  art  et  très-loin  une  petite 
et  frêle  santé? 

Il  faut  pourtant  en  convenir,  ces  exemples 
sont  assez  rares,  et  j'en,  dirai  les  motifs  plus 
tard.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  penseur  maladif 
se  façonne,  se  familiarise  en  quelque  sorte 
avec  le  mal  ;  ils  se  connaissent  depuis  long- 
temps l'un  et  l'autre.  Il  n'en  est  pas  de  même 
de  1  homme  vigoureux  -.[la  maladie  le  sur- 
prend toujours,  c'est  une  étrangère  qui  Vef- 
fraye  ;  car  il  en  est  d'une  forte  santé  comme 


d'une  longue  prospérité;  on  est  d'autant  plu 
blessé  du  malheur  de  la  perdre,  qa'on  en  a 
joui  plus  longtemps;  l'homme  chez  lequella 
partie  animale  prédomine,  par  conséquent, 
sain  et  robuste,  met  une  confiance  extrême 
dans  la  force  de  sa  constitution ,  il  en  a  le 
sentiment  exagéré,  accoutumé  qu'il  est  à  se 
regarder  comme  l'enfant  gâté  de  la  nature. 
Hais  à  peine  est-il  frappé  par  la  maladie,  on 
le  voit  s'étonner,  s'indigner  de  ce  qu'eOe 
ait  osé  l'atteindre  ;  la  force  morale  manque 
tout  à  fait  ;  voilà  Torigine  de  l'ancien  pro- 
verbe :  «  Aussi  sot  qu'un  athlète  malaae.  • 
En  effet,  si  le  mal  résiste,  les  réfleiioDs 
tristes  se  succèdent,  le  quomodo  cecidUfortii 
est  toujours  là,  troublant  sans  cesse  rimagi- 
nation.  Cet  homme  robuste  pense  qnin'iu- 
bitablement  la  cause  du  mal  est  bien  vio* 
lente,  puisqu'elle  a  pu  ral)attre,  que  l'art 
n'y  pourra  rien,  l'attaque  ayant  été  si  tItc 
et  SI  profonde.  De  là  le  découragemenlf  l'af- 
faissement mélancolique,  la  prostration  des 
forces,  si  nuisibles  au  rétanlissement des 
fonctions.  J'en  atteste  la  pratique  journalière 
des  médecins.  Les  anciens  avaient  fait  ces 
remarques  ;  témoin  cette  réflexion  d*Hippo- 
cvàte:  nobustior es  tibi  in  tnorbum  incidmt^ 
œgrius  restituunlur,  {De  alimento.) 

Ainsi,  même  sous  le  rai)port  de  la  santé, 
de  la  maladie,  de  la  longévité,  beaucoup  de 
chances  sont  en  faveur  de  la  constitution 
avec  prédominance  nerveuse,  celles  des  ar- 
tistes et  des  gens  de  lettres.  Gardons-nous 
toutefois  de  mettre  ces  avantages  en  pw- 
"mière  ligne.  Il  en  est  d'autres  iramenses, 
incontestables,  également  le  résultat  de  celle 
constitution  ;  ce  sont  ceux  de  la  pensée. 
Si  l'esprit  est  l'homme  même;  si,  par  son  in- 
telligence, le  genre  humain  se  détacbe  de  la 
chaîne  animale;  si  la  vie  matérielle  e5l  p^i 
en  elle-même,  et  que  la  sphère  de  Teiis- 
tence  se  mesure  par  la  sphère  morale,  M 
sans  contredit  au  développement  du  sysièffl' 
nerveux  que  nous  devons  cette  prérogatire; 
mais  quand  cette  perfection  se  trouve  à  son 
dernier  terme,  est-ce  donc  là  un  don  ^^ 
l'on  doive  dédaigner?  Tout  individu,  pcsaœ- 
ment,  matériellement  organisé,  a  nécessair^ 
ment  une  intelligence  bornée  ;  on  dirait  cpe 
la  force  des  ressorts  en  exclut  la  délicatesse 
et  le  fini.  Celui-là  est  esclave'  et  né  p^ur 
obéir,  qu'il  ne  s'en  prenne  qu'à  la  naïur?. 
Souvent,  au  contraire,  dans  un  corps  déîiH^ 
épuisé,  d'où  la  vie  semble  à  chaque  instaci 
prête  à  s'exhaler,  se  remarque  un  api^ared 
organique  puissant,  cïue  donne  à  cet  ifl'l'- 
viau  une  délicatesse  de  sens  moral,  et  p? 
cela  même  une  supériorité  qu'on  lui  con- 
teste en  vain.  Celui  qui  a  le  droit  et  la  mis- 
sion d'éfclairer  et  de  régir  les  homme?,  cejïî 
dont  la  pensée  s'élève  par  delà  les  ide.:^ 
communes,  qui  agite  le  monde  de  ses  oj** 

{nions,  et  le  contraint  à  être  attentif;  qni '« 
subjugue  par  ses  idées,  l'enîvre  de  ses  u-* 
sions,  lui  impose  jusqu'à  ses  systèmes  o\i^ 
■''  rêves  ;  qui  sait  charmer  nos  ennuis,  ^^^^^ 
vir  à  nous-mêmes,  dissiper  les  ténèbre>  « 
notre  àme,  celui-là  n*à  rien  envier  an 
autres  mortels.  Sa  vie  a  encore  des  cdcIu»* 


tMl 


TEM 


D'ANTHROPOLOGIE. 


TEM 


1102 


temenU»  malgré  les  rigoeors  de  la  nature  et 
les  déceptions  de  la  fortune.  On  comprend 
dès  lors  le  sens  et  la  Térité  de  ce  que  dit 
sur  son  propre  sort  un  ancien  [rfiilosophe. 

Epict&e  naquit  dans  Vuelawigt^  boiteux^ 
wtLisi  pauvre  qu*Iru$^  et  eepenâmi  cnéRi  de$ 
dieux.  {Nuitê  ailiquesy  1.  ii,  ch.  18.) 

Cette  pensée  peut  certainement  s*appli- 
quer  à  une  foule  d*bommes  célèbres  dans 
tous  les  genres.  Us  sont  heureux  par  le 
principe  même  qui  d*ordinaire  gâteVexis- 
tence,  une  faible  organisation.  D'abord,  cette 
organiMtion  sent  et  jouit  arec  un  je  ne  sais 
quoi  d'exquis  inconnu  aux  autres  ;  puis  les  tra- 
Taux  mêmes  de  la  pensée  aident  singulière- 
ment à  ce  genre  de  félicité,  qui  consiste  à 
jouir  du  présent  et  même  par  avance  des 
hommages  de  la  postérité.  Espérer  de  couler 
en  bronze  son  avenir,  de  laisser  après  soi 
un  nom  et  quelques  vérités  qui  se  trans- 
mettront d*âge  en  dgo,  donne  certainement 
è  la  vie  un  charme  tout  particulier.  La  pré- 
sensation  de  la  gloire  est  déjà  un  à-compte 
sur  le  bonheur  quelle  promet;  et  ce  bon- 
heur-là, du  moins,  ne  saurait  échapper.  Il 
j  a  une  joie  intime  et  profonde  à  créer,  à 
penser,  à  imaginer,  à  méditer,  dont  le  vul- 
gaire n'a  aucune  idée.  La  plus  légère  diffi- 
culté vaincue  accrott  ici  les  jouissances.  Un 
orateur  grec  donna  la  liberté  à  un  esclave 

Ïui  se  trouvait  par  hasard  à  côté  de  lui,  à  la 
o  d'une  période  dont  il  était  pleinement 
satisfait.  Que  si  la  gloire  couronne  les  efforts 
de  rhomme  de  génie,  son  existence  prend 
une  incalculable  extension  ;  circonscrit  dans 
le  temps  comme  individu,  il  étend  son  in- 
fluence sur  la  durée  indéûnie  de  Tespèce 
humaine;  et  quand  la  mort  va  le  frapper,  il 
peut  dire  : 

Semo  me  de  lacrymh  decoret ,  nec  ftmera  fictu 
Fojit.  Cur?  VoUto  tivu'  per  ara  rimm. 

{Tuicul.,  Ub.  1.) 

On  ne  conçoit  pas  que  M**  de  Staël  ait 
appelé  la  gloire  le  deuil  éclatani  du  bonheur. 
Cette  proposition  est  du  moins  trop  géné- 
rale. Non,  ce  rêre  dimmortalité  qui  aide 
ici-bas  à  souffrir  et  à  mourir,  n*est  pas  tou- 
jours Tennemi  de  notre  félicité  ;  il  ne  s'agit 
<]ue  de  le  considérer  sous  un  point  de  vue 
philosophique,  c'est-à-dire  de  l'estimer  ce 
qu*ilvaut,  ni  trop  haut,  ni  trop  bas.  Et  même, 
à  ne  considérer  la  gloire  que  sous  le  rapport 
de  la  santé,  notre  objet  particulier,  on  se 
troiDf>erait  en  croyant  que  cette  dernière  est 
toujours  compromise.  11  y  a  dans  l'homme 
qui  désire  ou  possède  une  célébrité  hono- 
rable, queUpie  chose  d*actif  qui  anime  et 
soutient  la  force  vitale,  qui  fait  vivre  et  bien 
vivre.  Cette  satisfaction  de  soi-même  ou'on 
éprouve,  après  l'enfantement  d'une  belle  et 
noble  pensée,  n'est  pas  indifférente  pour  la 
santé.  Un  bon  ouvrage  qui  a  du  succès,  met 
du  baume  dans  le  sang;  demandez-le  aux 
artistes  et  aux  poètes  les  plus  renommés. 
Bien  plus,  Texercice  puissant  et  viril  des 
facultés  mentales,  quand  on  ne  violente  pas 
la  nature,  entendons-nous  bien,  suffirait  seul 
pour  imprimer  à  l'économie  une  activité  qui 


tourne  au  profit  de  la  santé.  Celle-ci  main- 
tenue, qui  doute  que  le  sentiment  du  bien- 
être  qui  l'accompagne  toujours,  n'influe  à 
son*  tour  avantageusement  sur  l'imaginatioB, 
source  premitee  de  notre  bonheur  et  de  nos 
infortunes? 

D'ailleurs,  la  célébrité  n'est  pas  constam- 
ment le  besoin  des  profonds  penseurs.  Sou- 
vent il  leur  faut,  dans  le  silence,  une  ceuvre 
à  laquelle  ils  puissent  confier,  pour  leur 
repos,  les  pensées  qui  les  accablent,  car  le 
cerveau  n'est  pas  toujours  le  maître  de  cel- 
les <mi  sont  mûres.  L'unique  moyen  qu'ils 
ont  de  s'en  délivrer,  est  donc  de  leur  donner 
l'essor  en  les  exprimant.  Après  l'explosion, 
le  calme  renatt  dans  l'économie.  «  Sans 
exercice  d*esprit,  dit  Bvron,  j'aurais  déjà 
succombé  sous  le  poids  de  mon  imagination 
et  de  la  réalité.  »  M'oublions  pas  que,  chez 
d'autres,  la  découverte  de  ce  qui  est  suffit 
à  leur  bonheur.  L'illustre  Bonnet  n'a-t-il 
pas  soutenu  que  le  bonheur  dans  la  vie  fu- 
ture consisterait  uniquement  d  conwUtre? 
«  Si  je  concevais,  dit  Bossuet,  une  nature 
purement  intelligente,  il  me  semble  que  je 
n'y  mettrais  qu'entendre  et  aimer  la  vérité, 
et  que  cela  seul  la  rendait  heureuse.  »  (De  la 
eonnaiêêance  de  Dieu  et  de  sot-mime.]  Qui 
pourrait  en  douter?  La  recherche  de  la  vé- 
rité peut  être  laborieuse,  difficile,  mais  sa 
contemplation  amène  toujours  d'ineffables 
plaisirs.  Le  taurobole  offert  aux  dieux  par 
Pvthagore,  ravi  d'avoir  trouvé  le  carré  de 
l'hypothénuse,  en  est  un  exemple  célèbre 
dans  l'antiquité. 

En  supposant  même  qu'on  manque  de  ce 
genre  inquiet,  remuant,  audacieux,  qni  tour- 
mente et  produit,  n'est-ce  pas  un  heureux 
privilège  donné  à  cette  organisation  que  le 
goût  de  l'étude  ?  On  a  beau  dire  que  le  siè- 
cle est  tout  positif,  que  l'industnalisme  est 
le  roi  de  l'époque,  combien  d'hommes  con  - 
sacrent  encore  leur  rie  aux  sciences,  aux 
arts,  à  la  poésie  1  Combien  s'abritent  dans  la 
philosophie  par  Textrême  désir  de  la  paix 
de  l'âme,  ou  se  réfutent  dans  la  science, 
par  un  immense  besoin  de  savoir  1  Le  doux 
parfum  du  miel  des  muses  les  attire  et  les 
retient  dans  de  paisibles  retraites.  S<Ht  dé* 
dainde  la  gloire,  qui  coûte  tant  à  ceux  qui  la 
donnent  et  à  ceux  qui  l'obtiennent;  soit 
que  ce  charme  intérieur,  cette  possession  de 
soi-même,  inséparables  de  l'étude,  les  aient 
séduits,  ils  oublient  bientôt  le  monde,  ses 
erreurs,  ses  inégalités  si  absurdes  et  si  cho-> 
quantes.  On  connaît  rinscriptiou  mise  par 
Nicolas  Heinsius  à  la  porte  ae  sa  bibliothè- 
que :  Hic  vivo  et  reano;  c*est  là  qu>n  effet 
se  trouve  la  véritable  existence  du  savant. 
Heyne  conseillait  à  Forster,  lancé  dans  le 
tourbillon  de  notre  révolution,  de  faire 
comme  lui,  de  s'eitfermer  dans  le  oerdedeson 
foyer  domestique,  et  de  contempler  les  fo- 
lies des  hommes  par  une  fente  de  son  cabinet 
détude.  Succès,  renommée,  éclatantes  pro- 
messes de  l'avenir,  qu'est-ce  que  cela  sans 
le  repos  du  cœur,  sans  la  rie  calme  etdoace? 
Il  ne  faut  pas  croire  d^ailleurs  oue  les  scien- 
ces exigent  toujours  de  grands  efforts  de 


1105 


TEU 


MCTIONNAIRE 


TEM 


1104 


Tespnt  pour  attacher  et  se  plain)  à  leur 
étude.  Tout  intéresse  dans  Timm^nse  na- 
ture :  ici  les  vérités  les  plus  sévères  sont 
encore  avant  les  illusions  les  plus  heureu- 
ses. La  fleur  la  plus  humble,  le  grain  de 
sable,  le  ruisseau  qui  serpente,  la  ta;le  d'a- 
raignée, l'insecte  qui  bourdonne,  la  goutte 
do  pluie  sur  l'aile  de  l'oiseau,  on)  leur  in- 
térêt scientifique  et  leur  idéalité  poéîique. 
C'est  souvent  avec  de  petits  objets  qu'un 
esprit  vigoureux  et  pénétrant  s'élance  vers 
ce  inonde  des  idées  que  les  choses  représen- 
tent: tout  dépend  du  coup  d'œil  et  de  l'intel- 
ligence. Il  y  a  ici  d'abondantes  jouissances 
pour  celui  qui  sait  les  recueillir.  «  Je  sou- 
ris quelquefois,  dit  Wilson  l'ornithologiste, 
en  me  surprenant  absorbé  par  la  contem- 
plation du  plumage  d'une  alouette,  en  sui- 
vant des  yeux  les  contours  d'une  chouette, 
avec  toute  l'ardeur  d'un  amant  passionné, 
tandis  que  d'autres  forment  des  projets  d'a- 
grandissement et  de  fortuue,  acnètent  des 
terres,  bâtissent  des  villes,  accumulent 'des 
richesses  dont  ils  ne  savent  pas  jouir.  »  (1er- 
très,)  Haller  couchait  dans  sa  bibliothèque^ 
quelquefois  même  il  y  passait  plusieurs  mois 
sans  en  sortir  :  il  y  prenait  toujours  ses 
repas  ;  et  lorsque  sa  famille  s'y  rendait  pour 
les  partager  avec  lui,  il  réunissait  tout  ce 
qu'il  avait  de  plus  cher  au  monde  (835).  Ici  se 
retrouve  tout  ce  qu'on  a  dit  de  l'étude  et  de 
ses  avantages  pour  le  bonheur  réel,  de  cette 
passion  de  s'instruire  qui  échauffe  et  anime 
sans  consumer;  qui  imprime  à  l'économie 
des  mouvements  si  vifs  et  pourtant  si  peu 
tumultueux,  qui  s'empare  de  l'esprit,  le 
plonge  dans  de  ravissantes  contemplations, 
Tarrache  aux  inquiétudes,  aux  regrets,  et, 
l'attachant  avec  force  à  la  conquête  de  la 
vérité,  lui  donne,  en  échange  de  ses  travaux, 
je  ne  sais  quelle  indicible  quiétude,  quel 
contentement  intérieur  et  secret  dont  les 
effets  se  font  sentir  à  chaque  instant  et  pen- 
dant toute  la  vie.  Or,  quand  un  homme  en 
est  là,  on  peut  défier  la  fortune  de  le  séduire 
et  la  gloire  de  l'enivrer.  Il  y  a  plus,  cet 
homme  a  toutes  les  chances  d'une  santé 
ferme,  d'une  vie  longue,  parce  que  chez  lui 
le  rhythme  vital  est  toujours  régulier,  qu'il 
a  le  doux  sentiment  de  l'existence,  si  bien 
nommé  le  plaisir  d'être. 

Est-ce  donc  là  tout  ce  que  présente  d'a- 
vantages la  constitution  éminemment  ner- 
veuse? II  est  encore  une  faculté  qui  lui  est 
inhérente  ,  et  que  nous  nous  garderons 
d'oublier,  l'imagination.  On  dit  et  l'on  ré- 
pète :  C'est  la  folle  du  logis,  idée  beaucoup 
trop  exclusive,  c[u'on  doit  considérer  moins 
comme  une  vérité  que  comme  une  saillie» 
Assurément  il  faut  se  méfier  des  prestiges 
de  l'imagination  ;  il  y  a  de  funestes  poisons 
dans  sa  coupe  brillante;  mais  aussi  quel 
doux  et  salutaire  breuvage,  quand  la  raison 

(8^)  Les  hommes  de  cette  trempe  sont  les  seuls 

Î[iu  aient  résolu  cet  important  problème,  obtenir  de 
a  vie  tout  te  bonheur  quelle  peut  donner,  problème 
donc  voici  la  formule  abrégée,  Vintérét  dans  le 
eatme,  ou  bien  encore,  comme  Rousseau  Ta  si  lieu- 


en  tempère  l'ardeur  1  Distinguons  donc,  se- 
lon la  rigueur  logique,  l'imagination  sensée 
de  l'imagination  délirante.  Corneille,  Ra- 
cine, Pope,  Addison,  Métastase,  eurent  la 
première  ;  Alfieri,  Rousseau ,  Byroii,  Z^cba- 
rie  Werner,  furent  les  victimes  de  la  se- 
conde. 

Il  n'y  a  point  d'homme  de  lettres  qui, 
doué  de  celte  belle  faculté,  ne  trouve  en 
lui-même  des  ressources  infinies  pour  com- 
battre les  maux  de  la  vie  ou  leur  donner  le 
change.  Soit  qu'il  méprise  ou  qu'il  boive  à 
longs  traits  le  nectar  de  la  gloire,  le  poêle, 
l'artiste  idolÂlre  du  vrai,  du  grand,  du  t^eau, 
du  noble,  enfin  de  toutes  ces  choses  qui  nous 
prennent  par  les  entrailles^  trouve  dans  la 
contemplation  assidue  de  ces  objets  un 
moyen  assuré  d'embellir  son  existence.  L'i- 
magination jette  un  voile  de  perfection  sur- 
tout ce  qui  est  cher  à  l'artiste  ou  au  poët^  ; 
c'est  une  cause  éternellement  renaissante  de 
délices.  Heureux  celui  qui  s'abuse  ainsi  !  11 
puise  sans  cesse  et  n'épuise  jamais,  .parée 
que  la  source  ne  tarit  point.  L'image  chérie 
fuit  toujours  devant  lui ,  sans  le  quitter  un 
instant,  et  ses  illusions  sont  poussées  jus- 
qu'à tromper  le  cœur  et  la  raison.  Un  an- 
cien hymne  dit  de  Dieu  :  «  Tout  est  à  mei, 
car  je  possède  tout  en  moi.  »  De  mèxne  un 
homme  doué  d'une  grande  puissance  d*ima- 
gination,  véritable  faculté  providentielle, 
prête  à  tous  les  objets  des  qualités  dont  iL 
sont  privés;  leur  beauté  part  de  lui,  e^l 
en  lui. 

Mais  voici  venir  l'homme  positif,  se  hâ- 
tant de  briser  le  prisme  avec  sa  règle  et  son 
équerre  ;  à  l'entendre,  ce  sont  là  de  pures 
chimères.  Qu'est-ce  à  dire?  Est-il  queloue 
chose  de  plus  réel  pour  le  bonheur  que  ]e> 
rêves  d'une  philosophie  douce ,  que  de  s'é- 
garer à  loisir  dans  le  monde  encnanté  de  h 
poésie  ?  Tout  plaisir  senti  et  jugé  tel,  n'e*^l 
point  chimérique  ;  on  est  heureux  ou  iufor* 
tuné  précisément  parce  qu'on  croit  Tètre; 
le  type  et  la  mesure  du  bonheur  sont  en 
nous,  l'illusion  fait  tout;  laissez  faire 
rhomme  qui  en  agit  ainsi,  à  coup  sûr  il  est 
de  ceux  à  qui  la  Divinité  a  fait  une  part 
bien  belle  en  cette  vie.  A  chaque  instant  il 
a  de  ces  songes  dorés  que  la  Providem^ 
permet  au  génie  ou  à  la  vertu  pour  qu  ih 
aient  sur  la  terre  quelque  reuet  du  ciel. 
Mais  de  pareilles  jouissances  exigent  U 
constitution  nerveuse,  mobile,  impression- 
nable, donb  j'ai  parlé,  et  par  conséquent  une 
imazination  s*exaltant  avec  facilité.  L*homiue 
froia  insiste;  cette  imagination  ne  cons- 
truira, dit-il,  que  des  châteaux  en  Espagne. 
Encore  une  foi^,  que  nous  importe?  Nou5 
répondrons  avec  un  philosophe  :  «  Ce  n'est  pas 
chez  moi,  c'est  dans  mon  château  en  Espa- 
gne que  je  suis  pleinement  satisfait.  Ansà 
je  me  hâte  bien  vite,  ajoute-t*il,  si  quelque 

reu sèment  exprimé:  c  Cet  état  simple  et  peraanm. 
qui  n'a  rien  de  vif  en  lui-même,  mats  dont  la  dett 
accroît  le  charme  au  point  d*y  troaver  eollo  la  st- 

prème  félicilé.  > 


m 


TRM 


D^ANTllROPOLOCIE. 


TSM 


1406 


l 


(fvéDementle  renverse,  d'en  rebâtir  un  au- 
tre. C'est  là  que  je  me  sauve  des  fâcheux, 
des  méchants,  des  importuns,  des  envieux  ; 
c'est  là  que  j'habite  les  deux  tiers  de  ma 
vie  (836).  » 

C*e$t  aussi  là  qu'il  faut  se  réfugier  dans 
les  temps  orageux  de  la   politique.  Si    le 
goût  de  rétude,  né  souvent  d'une  organisa- 
tion délicate  et  nerveuse ,  est  un  don  pré- 
lieui,  on  en  sent  bien  autrement  le  prix 
aux  époques  désastreuses  où  la  société  se 
décompose  et  se  dévore,  brise  et   refait  ^s 
œuvres.  On  est  toujours  sûr  alors  de  trou- 
ver un  abri  contre  ce  destin  qui  nous  en- 
traîne et  nous  écrase ,  pauvres  vermisseaux 
humains  1  On  l'a  dit  et  redit,  eh  bien  I  il  faut 
encore  le  répéter ,  parce  que  c'est  une  vé- 
rité d'expérience  incontestable  :  Quand  Tes- 
ril  est  occupé,  les  passions  s'émoussent, 
e  sang  se  rafraîchit,  la  santé  se  fortifie  et 
I  existence  coule  avec  douceur.  Cette  force 
de  l'esprit,   pour   agir  dynamiquement  et 
non  matériellement ,   n'en    est  pas  moins 
réelle.  Un  pareille  phénomène  physiologico- 
fflorai  est  surtout  commun  dans  les  crises 
politiques,  lorsque  les  intérêts  se  choquent 
de  toutes  parts,  que  les  droits  et  les  devoirs 
nont  plus  de  notions   corrélatives,   que  la 
loi  n'est  qu'un  nom  et  l'ordre  une  exception. 
Cruel  spectacle  donné  si  souvent  à  notre 
pauvre  France  1  Que  de  fois  u  a-t-onpas  vu, 
dans  ces  pénibles  circonstances,  des  gens  de 
lettres,  des  guerriers,  des  administrateurs, 
retrouver ,  après  avoir  payé  leur  dette  à  la 
patrie ,  cette    délicieuse  tranquillité  si  peu 
connue  et  tant  recherchée  1  II  y  a  donc  tou- 
jours un  asile  muré  contre   la  fureuj*  des 
partis.  Montaigne,  qui,  dans  le  siècle  où  il 
vécut,  fut,  dit-il,  pelaudé  à  toutes  mains  par 
les  factions  qu'il  méprisait,  trouva  la  paix 
de  l'âme  dans  certaine  petite  tour  de   son 
château,  où  il  composa  en  partie  ses  immor- 
tels Essais,  Bacon,  de  Thou,  le  chancelier  de 
Lhospital,  le  cardinal  de  Retz  et  tant  d'au- 
tres, en  sont  de  mémorables  exemples.  Une 
fois  l'ancre  jetée  profondément,  on  ne  con- 
çoit même  pas  comment  on  a  pu  se  lancer 
sur  cette  mer  orageuse  d'ambition,  tant  les 
ittraits  de  la  science  finissent  par  captiver 
l'esprit.   Serait-ce  insouciance  ?   serait-ce 
^^oïsme  ?  nullement  :  c'est    mépris  de   ces 
lyramides  de  sables  sur  lesguolles  le  peuple 
ilose  ses  favoris  ;  c'est  pitié  pour  ces  serfs 
encore  attachés  à  la  glèbe  des  intérêts  ma- 
ériels. 

(S56)  Quelc[uefoi8june  sorte  d^ivresse  fantastique, 
ûzarre,  g*empare  de  Timaginalion  d'boromes  céle- 
ris, ivresse  que  ni  leur  génie  ni  leurs  succès  ne 
arviennent  à  guérir,  et  cependant  elle  ne  nuit  pas 
ïujours  à  leur  bonheur.  Dans  ses  étourdissantes  ex- 
isesy  Rousseau  dit  :  c  Je  trouve  mieux  mon  compte 
rec  les  éCres  chimériques  que  je  rassemble  autour 
t  moi,  qu'avec  ceux  que  je  vois  dans  le  monde,  i 
Cartlan  assurait  qu'il  voyait  distinctement  lesi  ob- 
is surnaturels.  Van-Helmont  dit  qu'un  génie  lui 
[^paraissaîl  dans  toutes  les  circonstances  impor- 
intes  de  sa  vie.  Bien  plus,  en  1653,  il  aperçut  sa 
ropre  àme  sous  la  Ûgure  d'un  cristal  resplendissant, 
n  sait  que  le  graveur  anglais  Bracke  était  dominé 

un  ttl  point  par  son  imagination ,  qu'il  passait 


Mais  voici  la  grande  objection  :  Ce  chA- 
teau  en  Espagne,  bâti  par  l'imagination  et 
si  vanté,  est  souvent  le  séjour  de  la  pau- 
vreté, la  gloire  n'jr  suffit  pas  ;  ce  sont  des 
hommes  qui  l'habitent,  et  les  dieux  seuls 
vivent  d'encens.  Sans  doute  :  beaucoup  de 
gens  de  lettres  ou  de  savants  n'ont  encore, 
même  aujourd'hui ,  où  le  calcul  est  la  base 
de  tout,  que  la  richesse  de  Casaubon,  lihros 
et  libéras  ;  mais  quand  l'existence  est  douce , 
égale,  paisible  ;  quand  l'esprit  jouit  des  tré- 
sors de  la  science,  (ju'ii  est  plongé  dans 
l'ascétisme  philosophique;  cjuand  la  santé 
est  ferme,  stable,  ou  qu'elle  est  du  moins  à 
l'abri  des  violentes  secousses,  il  ne  faut  pas 
se  plaindre.  De  constantes  observations  mé- 
dicales ont  fait  voir  que  dans  ce  cas,  soit  par 
la  mansuétude  d'un  cœur  facile  et    résigné 
qui  adoucit  les  coups  du  sort,  soit  par  une 
certaine  roideur  stoïque  qui   supporte  les 
privations  avec  une  noble  lierté,  le  chagrin 
ne  pénètre  jamais  au  plus  profond  de  l'âme. 
C'est  là  au  contraire  qu'on  trouve  cette  i)hî- 
losophie  verte,  gaie  et  naïve  dont  parle  Mon- 
taigne. D'ailleurs,  un  nom  connu,  des  tra- 
vaux justement  appréciés,  apportent  bien 
des  compensations  aux  rigueurs  de  la  for- 
tune. Quand  la  pauvreté  est  ombragée  par 
des  lauriers,  qui  donc  épouvaute-t-elle  ?  Le 
célèbre    naturaliste  Auanson  était  de   ces 
hommes  supérieurs  qui  ne  connaissent  au 
monde  que  la  science  et  ses  attraits.  Quand 
la  révolution  éclata ,   toutes  sortes  de  mal« 
heurs  vinrent  fondre   sur  lui  ;  mais  il  se 
trouva  prêt,  et  jamais  sa  patience,  son  cou- 
rage, sa  résignation,  n'en  furent  un   instant 
ébranlés.  Il  perdit  tout,  à  l'exception  de  son 
ardeur  pour  le  travail.  Plus  que  septuagé- 
naire, il  manquait  des  premières  nécessités. 
L'Institut  l'ayant  invite  à  assister  aux  séan- 
ces, comme  ancien   membre  de  l'Académie 
des  sciences,  il  répondit  qu'il  ne  pouvait  y 
aller,  parce  qu'il  manquait  de  souliers,  «  Mais 
tant  qu'il  put   méditer,  écrire,  dit  son  pa- 
négyriste, il  ne  perdit  rien  de  sa  sérénité. 
C'était  une  chose  touchante  de  voir  ce  pau- 
vre vieillard,  courbé  près  de  son  feu,  s'éclai- 
rantà  la  lueur  d'un  reste  de  tison,  cher- 
chant d'une  main    faible  k  tracer  encore 
quelques  caractères,  et  oubliant  toutes  les 
peines  de  la  vie  pour  peu  qu'une  idée  nou- 
velle, comme  une  fée  douce  et  bienfaisante, 
vint  sourire  à  son  imagination.  » 

La  mort  mit  bientôt  hn  à  cet  état  doulou- 
reux. 

pour  visionnaire.  Il  s'entoura  toute  sa  vie  des  créa- 
tions de  son  cerveau  échauffé.  Oubliant  entièrement 
le  présent,  il  ne  vivait  que  dans  le  passé.  Doué  d*une 
crando  puissance  d'abstraction,  il  se  retirait  âu  bord 
de  la  mer  pour  y  converser  avec  Moïse  ,  Homère, 
Virgile,  Dante,  Milton,  qu'il  croyait  fermement  avoir 
connus  jadis.  Il  affirmait  que  ces  génies  lui  apparais- 
saient et  venaient  peupler  sa  solitude  ;  et  comme  on 
rinterrogeait  sur  leur  aspect,  il  répondait  :  c  Ce  sont 
tous  des  ombres  pleines  de  majesté ,  grisâtres, 
mais  lumineuses,  et  dépassant  de  beaucoup  la  tailla 
ordinaire  des  hommes.  >   Beaucoup  de  grands  es  ' 

Çrits  ont  éprouvé  de  pareilles  hallucinaUons,  eomme 
asse,  Pascal,  Nicole,  Rousseau,  Caaotte,  etc. 


1107 


TCM 


DiCTlONNÀlIlE 


TEU 


im 


«  Il  demanda,  par  son  testament»  qu^une 
çuirlande  de  fleurs»  prise  dans  les  cinquante- 
nuit  familles  qu*il  avait  établies»  fût  la  seule 
décoration  de  son  cercueil  :  passagère  mais 
touchante  image  du  monument  plus  durable 
qu*il  s'est  érige  lui-même.  »  (CuyiBR.) 

On  sait  que  Fhistorien  Anquetil  fut  du  pe- 
tit nombre  des  gens  de  lettres  qui  refusa  de 
courber  sa  tête  sous  le  joug  napoléonien.  11 
tomba  d&ns  le  plus  affreux  dénuement.  Ha- 
bitant un  bôtel  garni  où  on  ne  le  connaissait 
Sas,  il  virait  de  pain  et  d'un  peu  de  lait, 
on  revenu  n'allait  pas»  dit-on»  au  delà  de 
vingt-cinq  centimes  par  jour»  et  il  n'en  dé- 
pensait ré^lièrement  que  les  trois  cinquiè- 
mes. «  J*ai  du  superflu»  disait-il  »  et  je  puis 
encore  donner  deux  sous  par  jour  au  fier 
vainqueur  de  Marengo  et  d'Austerlitz.  — 
Mais  si  vous  tombez  malade  »  lui  objectait 
un  ami»  une  pension  vous  deviendrait  né- 
cessaire ;  faites  comme  tant  d'autres  :  louez 
l'empereur»  vous  avez  besoin  de  lui  pour 
vivre.  —  Je  n'en  ai  pas  besoin  piour  mou- 
rir. »  Eh  bieni  Anquetil  vécut  sain  et  long- 
temps» car  il  ne  mourut  que  dans  sa  quatre- 
vingt-quatrième  année;  encore  disait-il  la 
veille  a  ses  amis  :  Venez  voir  mourir  un 
homme  qui  meurt  tout  plein  de  vie. 

Ce  qui  vient  d'être  dit»  prouve  donc  avec 
évidence  combien  sont  grands  les  avantages 
du  tempérament  avec  une  prédominance 
marquée  de  sensibilité»  quel  que  soit  du 
reste  l'ensemble  de  l'orgaiiisation.  Pour  peu 

2u'on  suive  les  indications  de  la  nature»  on 
chappe  à  ujie  infinité  de  maux.  En  effet,  si 
à  un  système  nerveux  très-développé  se 
trouve  jointe  une  constitution  robuste,  l'é- 
norgie  vitale  est  au  plus  haut  degré»  lescau- 
sos  morbiûques  sont  aisément  neutralisées , 
la  santé  reste  florissante.  Au  contraire» 
comme  on  le  remarque  plus  souvent»  la 
constitution  est-elle  délicate  en  même  temps 
qu'éminemment  nerveuse,  les  tissus  orga- 
niques sont  souples»  faciles  à  irriter»  à  sti- 
muler, mais  instantanément;  l'impression 
est  prompte  et  passagère  ;  on  sent  vivement, 
il  est  vrai»  cependant  la  sensation  est  fugitive 
et  la  douleur  aussi.  A  moins  de  cause  ex- 
traordinaire »  les  maladies  n'ont  que  rare- 
ment le  caractère  aigu  et  violent.  Mais  il 
faut  s'étudier,  mais  il  iaut  se  connaître, 
mais  il  faut  comprendre  que  la  prééminence 
de  Torgane  encephaliquedoit  être  restreinte 
dans  une  certaine  mesure  ;  en  un  mot»  il 
faut  savoir  se  guider,  combiner  avec  orties 
forces  de  l'économie  et  les  travaux  qu'on 
•entreprend  :  de  cette  manière  on  obtient  du 
tempérament  dont  il  s'agit  tous  les  avanta- 
ges qu'il  contient.  Etre  débile  par  l'organi- 

(S57)  H  est  incofleevable  jusqu^à  quel  degré  cer- 
tuines  personnes  émîiieiMiient  nerveuses  soDt  aviëes 
de  'SeosalîoDS  extrÔBies ,  d*en  parcourir  Téchelle 
complète.  Tout  leur  semble  bon  pourvu  qu*i]  y  ait 
en  résultat  une  impression  vive  quelconque.  On  sait 
qiie  Montaigne  n'était  pas  Caché  d'^irouver  une  dé- 
faiUanee»  parce  qa'inunédîatement  après  venait  une 
sensation  délidease  de  bien-être.  Byron  ,  atteint 
«Viine  fièvre  inlermitlente»  disait  qu'à  tout  prentke, 
I  !i  lièYres  sont  plutôt  du  bien  que  du  mal,  la  sensa- 


sation,  être  fort  par  Tintellii^eDce ,  vivre 
beaucoup  par  les  affections,  et  dominer  par 
la  pensée  ;  avoir  un  corps  £uble,  chétif ,  es- 
clave» une  Ame  grande»  active ,  scaveraine, 
telles  sont  les  prérogatives  de  ce  tempéra- 
ment. Les  hommes  qui  l'ont  reça  de  la  na- 
ture n'ont  rien  à  envier  aux  autres  hommes, 
pas  même  la  santé»  quand  la  raison  les  guide  ; 
ils  forment,  comme  on  l'a  dit,  la  cinquième 
partie  des  mortels  valant  bien  les  quatre  au- 
tres. 

•  Le  lecteur  a  dû  voir,  par  ce  qui  précède , 
combien  sont  grands  les  avantages  de  la 
constitution  avec  prédominance  nerveuse. 
J*ai  fait  mes  efforts  pour  démontrer  que  ceUe 
constitution  n'est,  en  définitive,  ni  aussi 
dangereuse  pour  la  santé,  ni  aussi  illusoire 
pour  le  bonheur  qu'on  l'a  prétendu.  Esàhc 
donc  cependant  la  plus  désirable  de  toutes? 
Ne  nous  prononçons  pas  encore;  cxaminoas 
avec  la  même  bonne  foi  philosophique  que 
nous  l'avons  fait  pour  les  avantages,  les  in- 
convénients oui  lui  sont  inhérents;  voyons 
si  ceux  qui  l  ont  re^  de  la  nature  doivent 
s'applaudir  ou  se  plaindre  d'un  pareil  don. 
Il  est  certain  que  si  l'individu  doué  d^une 
exquise  sensibilité  voulait»  par  une  conti- 
nuelle observation  de  lui-même ,  maintenir 
cette  propriété  dans  un  état  compatilile  avec 
la  santé,  ne  jamais  préférer  Tabus ,  le  tour- 
ment de  ses  facultés  à  leur  naturel  et  légi- 
time emploi  »  en  un  mot ,  économiser  celle 
exubérance  de  vie  qu'il  a  reçue  ,  il  est  cer- 
tain, dis-je,  que  ce  serait  Têtre  heureux  par 
excellence  ;  mais  il  semble  que  la  chose  est 
im|)ossible,  du  moins  si  l'on  en  ju^  par  la 
rareté  de  ce  phénomène.  Une  vie  agitée»  une 
vie  *d*émotions  ,  de  combats  »  de  regrets, 
d'impressions  vives  et  soutenues»  voilà  ce 
que  nous  désirons  presque  toujours.  En  gé- 
néral, l'homme  mesure  son  existence  sur  h 
plus  grande  somme  possible  de  ses  sensa- 
tions. Or»  celui  qui  en  a  reçu  Tinslrumeot 
perfectionné  n'ira^t-il  pas  au-devant  des  im- 
pressions de  toute  espèce?  N  en  sera-t-il pas 
insatiable?  Sans  jouissances  vives,  sans  af- 
fections profondes,  la  vie  ne  lui  senâiile-i-elle 
pas  obscure»  incertaine,  languissante,  comme 
engourdie  et  suffoquée  (837)  ?  Plus  il  sent» 

[>lus  il  vit»  plus  il  savoure  à  longs  traits 
'existence,  et,  parvenant  rapidement  au  der- 
nier terme»  il  jépuise  tout»  il  abuse  de  tout. 
Dans  ses  travaux  intellectuels»  le  vaste  champ 
de  la  pensée  lui  semble  trop  étroit.  11  veut 
d'abord  tout  ce  qu'il  peut  ;  mais  hient<)t  il 
veut  aller  au  delà  de  ce  qu*il  peut;  ce  qu'il 
a  fait  l'occupe  moins  que  ce  qu'il  a  dessein 
de  faire.  Qu'arrive-t-il,  cependant?  Le  s«- 
tème  nerveux,  principe  de  cette  activité  mo* 

lion  après  Vaecèê  étant  oomme  si  Ton  ëiait  débar- 
rassé de  son  corps  pour  tout  de  boa.  ¥oîd  ce  ^*c- 
crit  k  ce  sujet  Mlle  de  Ijcapinasse  :  «  le  dîna  ir 
tout^  ce  qne  disait  une  femme  d'etprU  en  pariant  àe 
ses  deux  neveux  :  J'aime  mon  nemu  rmmi  ^«v< 
qu'il  a  de  Puprit  »  et  fmme  wum  nracn  te  e&iet  fmm 
qu'il  e$t  bête.  Oui ,  elle  avait  raison  »  et  je  dim 
comme  elle  :  J'aime  la  moutarde  parce  quéit  f^- 
piquante  et  forte,  et  j*aime  le  UaDC-nanafT 
um'ïI  est  doui.  • 


1109 


TEM 


D*ANT11R0P0L0G1C. 


T6U 


UIO 


rtle,  resie  en  deçà  des  eQoris  de  la  Tolonté  ; 
car,  il  ne  faut  jamais  l'oublier,  ce  système 
n*a  reçu  qa'one  dose  limitée  d'énerâe.  Ainsi, 
éiefer  1  exdtatioa  nerreuse  au-dessus  du 
de^  normal  ou  régulier,  tourmenter,  sol* 
lîciter,  proToquer  sans  mesure  et  sans  fin 
les  forces  encéphaligues,  c'est  précipiter  Tin- 
nenration  et  en  épuiser  la  source ,  c'est  sui- 
rre  la  Ugfïe  la  plus  directement  contraire  à 
Tharmonie  vitale;  et  ou' on  le  croie  bien, 
ce  n*est  jamais  impunément  L'eitrême  de 
tout  tempérament  est  déjk  un  pas  de  fait 
▼ers  les  maladies  dont  il  contient  la  raisoif. 
Distinguons  donc  soigneusement  ractivité 
urganiqoe  renfermée  oums  les  limites  phy« 
sioiogiques ,  de  Faction  excessive  qui  tou- 
che au  domaine  pathologique ,  et  constitue 
rimminence  morbide.  Dans  la  première  se 
trouvent  les  avantages,  et  dans  la  seconde 
les  inconvénients  du  tempérament»  oiqet  de 
notre  étude. 

Lorsque  le  système  nerveux  est  le  seul  de 
réconomie  perpétuellement  en  action,  il  se 
produit  deux  effets  également  contraires  h 
la  santé.  Le  premier  est  un  appel  continuel 
des  forces  vitales  sur  rappareil  qui  en  dis- 
pense le  plus ,  dès  lors  l  équilibre  se  rompt, 
ta  répartition  de  ces  forces  cessant  d*étre 
^ale.  Le  second  est  que  Tencéphale,  sur 
lequel  se  concentre  cet  excès  aaction,  se 
maintient  dans  un  état  d'excitation,  tantôt 
▼isible  et  patente,  tantôt  sourde  et  cachée , 
naais  habituelle,  continue,  incessante,  source 
et  principe  d'une  infinité  de  maux. 

Cet  exercice  violent  et  hors  de  mesure 
des  forces  cérébrales,  a  pour  but  de  donner 
une  grande  extension  à  l'intelligence.  On 
Teut  tout  sacrifier  à  Tesprit  et  à  ses  instru- 
ments, liAter  les  résultats  qu'on  attend,  se 
préeipiierdans  la  gloire^  selon  la  magnifique 
expression  de  Bossuet.  Mais  le  corps,  mé- 
pnsé,  dédaigné,  privé  jusqu'à  un  certain 

r>int  de  rinfluence  nerveuse ,  ne  tarde  pas 
s  altérer  et  i  réagir  d'une  manière  fâcheuse 
sur  1  organe  de  la  pensée;  car  il  est  aussi 
impossible  de  nier  les  réactions  viscérales 
sur  le  cerveau  que  TioAuence  de  celui-ci  sur 
le  moral  et  le  reste  de  l'économie.  Calculez 
maintenant  les  conséquences  de  cette  vio- 
lation des  lois  physiologiques,  examinez 
les  funestes  atteintes  qu'elle  porte  h  la  santé, 
à  l'existence  et  au  bonheur.  Ohl  qu'il  en 
coûte  à  celui  qui,  par  ignorance  des  lois  de  la 
Tie,  on  par  de  ftux  piîncipes,  néglige  l'es- 
prit pour  le  corps  ou  le  corps  pour  l'esprit , 
et  met  perpétuellement  en  désaccord  lesdeux 
principe^  qui  constituent  l'homme.  Si,  livré 
tout  entier  au  mécanisme  animal,  on  se  ren- 
ferme dans  les  jouissances  grossières  et  ma- 
térielles, l'organisme  prend  trop  d'empire, 
on  TÎt  sain,  mais  l'intelligence  s'obscurcit , 
on  descend  dans  les  rangs  inférieurs  de  Ta- 
nimalité.  Veut-on,  au  contraire,  n'exer* 
c^er  que  la  pensée,  et  l'exercer  sans  |)ru- 
denoe ,  sans  réserve,  bientôt  la  partie  phy- 
sique de  rètre  s'altère  et  se  décompose. 
Alors,  il  est  vrai,  le  sentiment  de  1  exis- 
tence est  plus  vif  et  plus  intime  ;  mais  que 
de  fms  ce  sentiment  devient  amer  1  La  sen- 


sibilité plus  exquise  rend  le  plaisir  plus 
pénétrant,  mieux  senti  ;  mais  aussi  l'aiguil- 
lon de  la  ;douleur  n'en  est  que  plus  acéré  ; 
s'il  y  a  de' grands  plaisirs  il  y  a  de  grandes 
peines;  les  jouissances  sont  étendues,  mul- 
tipliées, les  besoins  le  sont  aussi  ;  le  moral 
se  perfectionne ,  le  physique  se  détériore  ; 
les  affections  sont  d'une  grande  vivacité, 
mais  on  épuise  vite  la  coupe  de  l'existence, 
et  on  en  trouve  aussitôt  la  lie.  Le  bonheur 
embrasse  plus  d'objets,  mais  il  offre  plus  de 
points  de  contact  aux  coups  du  sort.  Ainsi, 
cette  sensibilité  exçiuise,  délicate,  cette  ca- 
pacité  d'affections  innombrables,  source  de 
tant  de  biens  et  de  tant  de  maux ,  pour  la- 
quelle rien  n'est  indifférent,  hâte  l'exis- 
tence qu'elle  grandit ,  et  consume  la  vie 
qu'elle  devait  embellir.  Il  est  donc  prouvé 
que  la  médecine  tient  absolument  le  même 
langage  que  la  sagesse  :  rien  d'exclusif,  rien 
d'extrême ,  parce  que  rien  n  est  plus  con«- 
traire  à  la  nature  de  l'homme. 

Une  loi  positive  et  invariable  du  système 
nerveux  est  que  plus  il  est  excité,  plus  il 
s'affaiblit,  et  que  plus  il  s'affaiblit,  plus  il  est 
disposé  à  l'excitation.  On  remarque  ici  un 
cercle  cruel  d'irritation  et  d'affaiblissement, 
dans  leauel  s'usent  et  se  consument  radica  - 
lement  les  forces.  Il  en  résulte  que  la  fai- 
blesse nerveuse  en  amène  nécessairement 
la  mobilité;  or  cette  habitude  d'irritabilité 
rend  toujours  l'individu  maladif  et  langui - 
sant.  Elle  conduit  à  la  disposition  dont  j'ai 
d^à  parlé,  à  la  itêBceptibitiié  netreuêe  mor- 
bide, élat  singulier  où  l'on  ne  trouve  ni  la 
santé,  ni  la  maladie  proprement  dite.  Ea 
effet,  dans  ce  tempérament  artificiel,  dépravé, 
véritable  anomalie  j:^ysiolo}pque,  existent 
la  fiiiblesse  et  l'activité  réunies  et  Jamais  ré- 
gulières ;  le  rh^thme  vital  n'est  m  constant, 
ni  mesuré,  toujours  le  spasme  et  l'atonie  s'y 
succèdent  rapidement.  L  influx  nerveux  étant 
irrégulier,  les  forces  organiques  le  sont 
également,  dans  leur  action,  dans  leurs  mou- 
vements ordinairement  tumultueux,  affaiblis 
ou  exagérés.  Les  fonctions,  soit  isolément, 
soit  dans  leur  ensemble,  sont  continuelle* 
ment  troublées,  interverties,  sans  qu'il  y  ait 
pourtant  d'accidents  graves.  Souvent  le  corps 
usé,  flétri,  fatigué,  ne  demande  que  du  repos, 
le  cerveau  ne  veut  que  des  stimulants,  qui 
bouleversent  de  nouveau  l'économie,  car 
cha<|ue  impression  un  peu  vive  touche  aux 
limites  de  la  douleur  ;  et  cependant  on  désire 
le  mouvement,  l'agitation.  C'est  une  chose 
malheureusement  confirmée  par  l'expérience 
qu'uae  sensibilité  extrême  ne  laisse  aucun 
repos  à  la  vie ,  et  que  s'il  arrive  quelques 
instants  proloneés  de  ce  repos  tant  désiré, 
une  sorte  de  langueur  et  d'ennui  samt 
aussitôt  :  cruelle  alternative  d  une  vie  excès* 
sive  et  douloureuse,  ou  d'une  mort  anticipée. 

liais  de  même  que  le  physique,  les  forces 
morales  pr^ntent  la  même  irrégularité 
d'action  ;  elles  s'élèvent  et  retombent  avec 
une  étonnante  facilité  ;  à  chaque  instant  il  / 
a  découragement  sans  cause  connue  ou  évi- 
dente; jamais  dans  l'esprit  une  satisfaction 
pleine  et  entière,  comme  jamais  dans  l'or^ja* 


1411 


TEM  DICTIONNAIRE 

n\STne,  un  état  de  bien-être  ^éel,  complet, 


TEM 


illi 


parfait.  D'ailleurs  Timagination   tend  tou- 
jours à  peindre  les  choses  sous  le  point  de 
vue  le  plus  triste.  Sauf  quelques  instants,  où 
un  rayon  de  joie  la  traverse,  tout  lui  sem- 
ble insipide  et  repoussant.  Le  succès  est  peu 
senti,  les  moindres  revers  le  sont  inûniment  ; 
en  marchant  sur  les  roses  on  n'en  ressent 
que  les  épines.  Je  ne  sais  quel  poison  d'in- 
quiétude sur  l'avenir  gâte  sans  cesse  le  pré- 
sent. Le  moindre  choc  est  un  rocher  qui 
doit  écraser,  le  plus  petit  revers  un  accident 
formidable  ;  et  comme  on  Ta  remarqué,   Ja 
plus  légère  contrariété  dérange  alors  la  tôle 
d'un  homme  de  génie,  comme  un  çrain  de 
sable  tourmente  sa  machine  et  finit  par  la 
détruire.  Enfin,  qu'on  arrive  à  ce  point  où  la 
vie  s'use  dans   une  perpétuelle  alternative 
d'excitation  et  de  prostration,  où  tout  fati- 
gue et  déplaît,  où  Ton  est  irrité  par  la  société, 
accablé  par  la  solitude,  ennuyé  par  le  mou- 
vement et  le  repos,  où  Ton  n'a  m  la  force  de 
vivre,  ni  celle  de  souffrir,  ni  le  courage  de 
mourir.  Triste  et  désolant  effet  d'une  sura- 
bondance d'activité   vitale   imprudemment 
reportée  sur  le  système  nerveux.  Peut-être 
remarquera-t-on  que  cet  état  pathologique 
n'est  nullement  particulier  aux   gens    de 
lettres,  aux  artistes  ou  aux  savants  ;  assuré- 
ment, car  il  atteint  tous  les  individus  doués 
d'une  vive  sensibilité;  aussi  beaucoup  de 
gens  du  monde  sont  dans  ce  cas.  Mais  (qui- 
conque passe  sa  vie  à  méditer,  à  combiner 
des  idées,  à  les  exprimer,  arrive  prorapte- 
ment  à  cette  funeste  disposition  de  l'écono- 
mie, s'il  n'a  soin  de  la  combattre  do  bonne 
heure.  «  Ce  n'est  pas  assez,  selon  Laroche- 
foucauld,  d'avoir  de  grandes  qualités,  il  faut 
en   avoir  l'économie.  »  On  peut  affirmer 
que  la  plupart  des  hommes  célèbres ,   ces 
princes  de  l'ordre  intellectuel  à  qui  il  a  été 
donné  une  grande  puissance  de  comprendre, 
d'aimer  et  de  souffrir,  ont  failli  par  là  ;  ils 
ont  les  avantages  de  ces  mêmes  qualités,  ils 
en  ont  aussi  les  inconvénients.  Parmi  ces 
derniers,  et  même  un  des  plus  constants , 
es%  à  coup  sûr,  l'affaiblissement  plus   ou 
moins   rapide    des  forces  organiques   par 
l'exercice  violent,  continu  de  hautes  qua- 
lités morales  et  intellectuelles. 

Ainsi  toutes  les  fois  qu'on  donnera  à  la 
sensibilité  une  énergie  vicieuse  et  contre 
nature,  les  autres  fonctions  s'affaibliront 
inévitablement,  mais  surtout  la  réaction  or- 
ganique contractile  et  ce  qui  comprend  le 
système  musculaire,  en  vertu  de  la  loi  (]ue 
nous  avons  posée  précédemment.  Si  origi- 
nairement le  système  musculaire  est  forte- 
ment développé,  sa  puissance  d'act-ion  peut 
se  soutenir,  mais  la  prédominance  nerveuse 
finit  par  l'emporter,  et  la  santé  s'altère  par 
une  conséauence  forcée,  par  la  perte  rigou- 
reuse et  fatale  de  l'organisation.  Diderot 
avait  reçu  de  la  nature  un  corps,  robuste  ; 
son  imagination  volcanisée  l  eut  bientôt 
desséché.  La  vie  de  Mirabeau  présente  le 
même  phénomène  à  l'observation  médicale: 
Ce  n'est  pas  que  la  maladie  fasse  toujours 
une  irruption  soudaine;  loin  de  là,  il  arrive 


ordinairement  que  le  corps  reste  longtemps 
épuisé,  importunant  sans  cesse  par  les  soins 
qu'il  réclame,  car  plus  il  est  faible,  plus  il 
exi(;e,  plus  il  commande  ;  rien  de  plus  vrai 
et  ne  mieux  connu. 

Il  faut  donc  se  résoudre,  quand  les  ressorts 
sont  affaiblis,  détendus,  à  une  vie  toute  de 
précautions,  ayant  besoin  d'étais  à  chacpie 
instant.  La'santé  d'aujourd'hui  ne  donne  point 
de  probabilités  pour  celle  du  lendemain, 
elle  se  compte  par  jour  et  par  heure.  Délicate 
et  frêle,  cette  santé  est,  pour  ainsi  dire,  à  la 
merci  des  causes  les  plus  légères,  des  cir- 
constances les  plus  variables  où  Tbomme 
est  placé.  Or  comment  distinguer  celles  qui 
peuvent  aider  ou  nuire,  balancer  leui^ 
avantages  et  leurs  inconvénients  7  Comment 
toujours  éviter  celles  qui  sont  décidément 
nuisibles?  Un  jour  de  santé  passable  est  sou- 
vent acheté  par  des  semaines  ou  des  mois 
d'abattement.  Ajoutons  que  les  personnes 
qui  ont  une  constitution  débile  ou  qui lont 
rendue  telle,  ne  peuvent  souvent  rien  adie- 
ver,  rien  compléter  de  grand  :  cela  suppose 
des  forces  qui  ne  sont  pas  ou  qui  sont  con- 
sumées. Leur  existence  se  passe  continuelle- 
ment à  s'observer  .vivre,  à  scruter  minutieu- 
sement chaque  fonction  ;  le  travail  d'exister 
absorbe  toute  leur  attention.  Malheur  à  elles, 
si,  franchissant  d'étroites  limites,  elles  s'é- 
cartent de  la  ligne  tracée  1  des  douleurs  plus 
ou  moins  vives,  un  malaise  indéfinissable  se 
font  aussitôt  sentir.  Le  moindre  écart  de 
régime,  la  plus  petite  infraction  aux  lois  de 
l'hygiène,  sont  sévèrement  réprimées  par  un 
accroissement  de  maux. 

Un  souffle,  une  ombre,  un  rien,  Kmi  leur  doene  b 

[fiévie. 
(Là  Fontaise.) 

Triste  jouet  de  ce  qui  l'entoure,  lliomme 
débile  et  sensible  n'a  pas.  besoin  qu^on  lui 
dise  que  l'atmosphère  est'charaée  a  électii- 
cilé,  que  l'air  est  pur  ou  nébuleux,  que  le 
vent  du  nord  soume,  que  la  température  a 
varié  ;  ses  nerfs  délicats  l'ont  déjà  prévenu 
avec  plus  d'exactitude  que  les  instruments 
météorologiques  les  plus  pai*faits.  Mais,  dira- 
t-on,  cet  nomme  ne  peut-il  suppléer  aux 
forces  qui  lui  manquent?  D'une  part,  il 
trouve  dans  les  arts  plusieurs  moyens  de 
combattre  les  causes  des  maladies  ;  de  Tautre, 
il  évite  soigneusement  ces  mêmes  causes. 
Cela  est  vrai  jusqu'à  un  certain  point,  et 

Pourtant  qu'y  gagne-t-on?  La  nature  est  in- 
exible.  On  a  beau  se  soustraire  à  Factioo 
des  agents  modificateurs  de  l'économie,  il$ 
nous  atteignent  malgré  nos  précautions,  et 
leur  action  est  alors  d'autant  plus  dange- 
reuse. Plus  la  sensibilité  organique  est  c»é- 
nagée,  choyée,  pi  us  elle  devient  impressioB* 
nable,  susceptible,  exigeante,  de  sorte  que 
les  impressions  très-légères  deviennent  rm- 
iivemeni  des  impressions  redoutaliles.  he^ 
plus  petites  altèrent  l'organisme  aussi  promp- 
teroent,  aussi  certainement,  quand  elles  sont 
contraires  à  l'état  nortnal,  que  les  plus  lor- 
tes,  si  le  oorns  eût  été  robuste.  Tout  devifHtt 
ennemi,  et  Von  ne  peut  tout  éviter.  Les 


1413 


TEM 


D'ANTIIROPOLGGIE. 


TEM 


UU 


Sybarites  ayant  trouvé  qu'ils  étaient  éveillés 
trop  matin  par  les  coqs,  finirent  par  les  chas- 
ser de  leur  ville  ;  mais  bientôt  ils  ne  purent 
.  dormir,  tourmentés  qu'ils  étaient  par  le  pli 
d'une  feuille  de  rose.  Cherchez,  inventez, 
retournez-vous  de  cent  façons  diverses,  cette 
feuille  de  rose  pliée  vous  blessera  toujours. 
On  voit  dès  lors  combien  est  fausse  la  spécu- 
lation qu'on  a  faite. 

D'un  autre  côté,  rien  nMnspire  à  TAmeune 
tristesse  profonde,  comme  une  santé  tou- 
jours chancelante,  un  corps  qui  appelle  sans 
cesse  l'attention  par  la  douleur.  L'esprit 
même  perd  de  sa  capacité,  de  sa  force,  de 
son  étendue.  «  Je  crains  que  c*est  un  traistre, 
dit  Montaigne  ;  il  est  si  estroitement  affrété 
an  corps,  qu*il  m'abandonne  a  tous  coups, 
pour  le  suivre  en  sà  nécessité....  Si  son 
compaignon  a  la  colique,  il  semble  qu'il 
Vayi  aussy.  »  En  effet,  l'intelligence,  pour 
ainsi  dire,  gênée  dans  un  corps  souffrant^  ne 
peut  que  bien  rarement  déployer  l'exercice 
plein  et  entier  de  la  pensée,  la  produire 
aussi  forte,  aussi  pure,  aussi  éthérée  qu'elle 
l'a  conçue.  Il  y  a  plus,  c'est  que  lés  qualités 
du  cœur  sont  quelquefois  aussi  altérées  par 
la  souffrance  continuelle.  Il  est  certain  que 
l'homme  faible  est  souvent  personnel,  et 
que  la  douleur  centuple  le  moi  humain.  Le 
mojen  d'avoir  le  caractère  toujours  doux  et 
facile,  quand  le  mal  irrite  à  chaque  ins- 
tant ?  Swift  quitta  la  maison  de  Pope,  disant 
qu'il  était  impossible  à  deux  amie  mdaies  de 
vivre  ensemble.  Ces  principes,  je  le  sais, 
sont  hautement  contestés  ;  on  dit,  on  répète, 
on  lit  partout  que  l'éme,  toujours  libre, 
s'élève  triomphante  sur  les  débns  du  corps, 
qu'on  voit  des  personnes  faibles,  valétu- 
dinaires, montrer  un  caractère  ferme  et 
décidé.  Entendons-nous,  et  consultons  les 
faits,  l'oracle  de  la  vérité.  Or  que  disent- 
ils  ?  Il  est  vrai  que  dans  certains  cas  et  dans 
certaines  maladies,  l'encéf^ale  restant  intact, 
les  manifestations  de  l'âme  sont  libres  de 
toute  entrave,  l'intelligence  est  aussi  éner- 
^que,  aussi  brillante  que  dans  le  corps  le 
plus  sain.  Hais  si,  directement  ou  sympa- 
tliiquement,  le  cerveau  est  altéré,  les  fa- 
cultés affectives  et  intellectuelles  ne  tardent 
pas  elles-mêmes  à  décroltres  et  à  varier.  La 
paralysie  de  la  raison  n'a  souvent  pas  d'au- 
tre cause  que  la  paralysie  d'un  membre  ou 
d'un  organe  Quelconque.  C'est  là  le  principe 
de  cet  affaiblissement  subit  ou  gradué  aa 
l'intelligence,  de  ces  inégalités,  de  ces  bi- 
zarreries de  caractère,  de  ces  petitesses  des 
grands  hommes  qui  les  remettent  sous  le 
niveau  commun  oe  l'humanité.  Leur  ima- 
gination souffreteuse,  ravagée  de  fantômes, 
d'idées  incohérentes,  systématiques  ou  ex« 
travagantes,  est  presque  toujours  l'effet  d'un 
vice  oraanique  sourdement  et  progressive^ 
ment  développé.  La  plupart  ces  grandes 
qualités  du  cardinal  ximenès  furent  ter- 

(838)  Le  câébre  lloii|;e,  fondateur  de  nScole  po- 
lytèichniqne,  n*éfail  nias,  dans  les  derniers  temps  de 
sa  vie,  qne  Fombre  de  ce  <ia*îi  avaîi  été.  A  Touver- 
ture  dn  crkne,  on  Ironva  le  eerveaa  rédnit  à  un  état 


nies  par  un  caractère  dur,  opiniâtre,  singu- 
lier. A  sa  mort,  on  trouva  le  crâne  composé 
d'un  seul  os  sans  sutures.  Cette  soudure 
exacte  des  os  du  crâne  fut  regardée,  non 
sans  raison,  comme  une  des  causes  de  la 
bizarrerie  d'esprit  de  ce  grand  politique. 
L'anatomie  pathologique  fournirait  des 
preuves  nombreuses  à  l'appui  de  cette  as- 
sertion ^838).  Souvent  il  arrive  que  les 
lésions  dont  je  parle  échappent  à  nos  in- 
vestigations, mais  soyez  bien  convaincu 
qu'elles  existent.  11  faut  si  peu  de  chose 
pour  altérer,  pour  affaiblir  notre  intelli- 
gence 1 

S'il  est  un  préjugé  fatal  à  la  santé  des 
penseurs,  c'est  celui  de  croire  que  la  force 
morale  est  tout,  que  l'esprit  s'accroît  et  se 
conserve  sain,  en  raison  de  la  dégradation 
de  l'économie  animale.  «.Courage,  mon 
âme,  dit  un  Père  de  l'Eglise,  défions  la  fai- 
blesse du  corps.  »  Que  d'hommes  illustres 
ont  répété  cette  exclamation,  se  souciant 
peu  de   ruiner  leur  constitution,   pourvu 

Îue  le  feu  intérieur  conservât  son  énerve  I 
l'histoire  de  la  vie  privée  d'une  infinité 
d'hommes  célèbres  est  la  preuve  la  plus 
complète  de  mon  assertion.  J'en  citerai  un 
insigne  exemple  ;  c'est  celui  de  Pascal,  que 
Bavle  appelait  avec  tant  de  vérité,  un  indi- 
vidu j»aroaox«de  l'espèce  humaine:  écoutons 
d'abord  l'auteur  du  Génie  du  Christianisme  : 
«  11  y  avait  un  homme  qui,  à  douze  ans; 
avec  des  barres  et  des  ronds^  avait  créé  les 
mathématiques  ;  qui,  à  seize,  avait  fait  le 
plus  savant  traité  des  coniques  qu'on  eût  vu 
depuis  l'antiquité  ;  qui,  à  dix-neuf,  réduisit 
en  machine  une  science  qui  existe  tout  en- 
tière dans  l'entendement  ;  qui,  à  ving-trois, 
démontra  les  phénomènes  de  la  pesanteur  de 
l'air  et  détruisit  nne  des  grandes  erreurs  de 
l'ancienne  physique  ;  qui,  à  cet  âge  où  les 
autres  hommes  commencent  à  peine  de 
naître,  ayant  achevé  de  parcourir  le  cercle 
des  sciences-  humaines,  s'aperçut  de  leur 
néant,  et  tourna  ses  pensées  du  côté  de  la 
religion  ;  qui,  depuis  ce  moment  jusqu'à  sa 
mort,  arrivée  dans  sa  trente-neuvième  an- 
née toujours  infirme  et  souffrant,  fixa  la 
langue  que  parlèrent  Bossuet  et  Racine, 
donna  le  modèle  de  la  plus  pariïiite  plaisan- 
terie comme  du  raisonnement  le  plus  fort  ; 
enfin  qui,  dans  les  courts  intervalles  de  ses 
maux,  résolut  par  abstraction  un  des  plus 
hauts  problèmes  de  géométrie,  et  jeta  sur  le 
'  \papier  des  pensées  qui  tiennent  autant  de 
Dieu  que  de  l'homme.  Cet  effrayant  génie  se 
nommait  Biaise  Pascal.» 
!  Certes,  voilà  bien  ce  même  génie  dans 
toute  sa  force  et  sa  puissance.  Voyons  main- 
tenant sa  victime. 

^  11  y  avait  un  homme  qui,  dès  l'enfance, 
se  hâta  d'altérer  sa  constitution  par  des 
études  opiniâtres,  disproportionnées  à  son 
âge  ;  qni|  persuadé  que  le  corps  ne  nous  est 

de  fw/pe  difuenle  td,  qn^on  fat  obligé  de  le  soute- 
nir ponr  en  Cure  Texanien.  On  ne  ooncevaii  pas 
que,  dans  œ  puîtUawt ,  il  eût  aotrefois  gerjié  %»k% 
pensées  lones  et  de  nantet  ooncqAîons. 


U15 


TEM 


mi  riONNAlRE 


TEM 


nu 


prêté  que  pour  senrir,  le  traita  ^ans.  ména- 
gement, comme  uu  esclave  sur  lequel  '  ^me 
à  droit  de  vie  et  de  mort,  et  payant  cette 
erreur  de  sa  santé,  ne  mesura  bientôt  ses 
années  que  ^par  ses  maux,  ses  jours  que  par 
ses  douleurs  ;  ^i,  se  rejetant  dans  le  sein 
de  la  religion,  a6im/ dans  cette  étude,  médi- 
tant sans  relâche  sur  la  mort  et  Téternité, 
rêvant  Tinfini,  captif  dans  la  vie,  éleva  son 
Âme  à  une  telle  hauteur,  qu'elle  ne  voyait 

f)lus  ou  ne  voyait  qu*avec  dédain  son  enve- 
oppe  se  décomposer,  la  maladie  étant  d'ail- 
leurs Vétat  naturel  du  Chrétien  ;  qui,  obligé 
par  ses  amis  de  faire  pour  sa  santé  quelque 
chose  qui  flattât  ses  sens,  avait  un  soin  ex- 
trême d'en  distraire  son  esprit,  afin  d'en 
écarter  toute  idée  de  plaisir  et  de  péché  ; 
qui,  raisonneur  exact,  logicien  sans  pareil, 
n^ayant  rien  oublié  de  ce  qu'il  avait  fdit,  lu 
ou  pfîue,  fut  en  proie  aux  chimères  de  son 
imagination,  associa  aux  conceptions  de  son 
rare  çénie  les  bizarreries  d'un  délire  mé- 
lancolique ;  qui  toujours  dévoré  d'un  feu 
âpre  et  sombre,  poursuivi  par  une  idée  fixe 
et  terrible^  languissant,  exténué,  éprouvant 
jour  et  nuit  d'intolérables  souffrances,  mou- 
rut à  la  fleur  de  Tflge,  après  une  agonie  de 
trois  ans.  Cet  être  infortuné  se  nommait 
Biaise  Pascal. 

Toute  comparaison  de  style  à  part,  on  doit 
voir  dans  ce  parallèle  le  tableau  exact  de  ce 
que  j'ai  établi  en  principe  ;  et  qu'on  ne  s'y 
trompe  pas,  il  n'y  a  point  ici  de  contradic- 
tion. Précédemment  j*ai  peint  l'homme  émi  - 
nemment  nerveux,  usant  de  ses  facultés  ;  .ici 
c'est  l'homme  abusant  de  ces  mêmes  facultés 
et  qui  en  porte  la  peine.  Je  conviens  que 
tous  les  penseurs  n'arrivent  pas  à  cette  com- 
plète et  radicale  dégradation  de  forces  vi- 
tales, mais  aussi,  tous  ne  sont  pas  des 
Pascal  ;  tant  d*Ame  pour  user  le  corps  n'est 
pas  donné  à  la  foule  des  philosophes 

Quoi  qu'il  en  soit,  lorsque,  loin  de  se  con- 
naître, loin  de  lutter  contre  la  loi  fonda- 
mentale que  nous  avons  reconnue  contre  la 
prédisposition  organique^  on  s'y  abandonne 
sans  restriction,  alors  les  inconvénients  de 
la  constitution  nerveuse  se  développent 
avec  une  étonnante  rapidité.  Parmi  ces  in- 
convénients il  faut  toujours  remarquer  l'ex- 
trême exagération  du  système  sensitif.  On 
a  beau  dire  que  c'est  le  principe  des  jouis- 
sances exquises  et  délicates,  je  le  redis 
encore,  c'est  aussi  la  source  des  douleurs 
les  plus  intenses.  Les  unes  et  les  autres  sont 
élevées  à  la  plus  haute  puissance,  et  leur 
maximum  d'action  est  absolument  le  même. 
Gela  est  si  vrai,  qu'il  a  été  possible  de  ré- 
duire ce  principe  en  une  espèce  d'équation. 

(859)  f  La  malaéie  ressemble  aux  corps  denses, 
et  la  santé  aux  corps  rares.  La  santé  s  étend  sur 
beaucoup  d'années  oe  suite ,  et  néann^oiiis  el}e  né 
contient  que  peu  de  bien.  La  maladie  ne  s^éteud  que 
sur  quelques  jours,  et  néanmoins  elle  renferme 
l)eaucottp  de  mal.  SA  Ton  avait  des  balances  pour 
peser  une  maladie  de  quinze  jours  et  une  sajilé  de 
quinie  ans,  on  verrait  ce  que  ion  éprouve  quand  on 
met  en  équilibre  un  sac  de  plume  et  un  sac  de 


Soit  la  sensibilité  S,  le  plaisir  P,  la  don- 
leur  D  ;  nous  aurons  8S  8P  SD.  11  est  très- 
vrai  encore  que  si  Ton  établissait  nos  sen* 
sations  sur  une  échelle  synebronique,  on 
trouverait  un  équilibre  assez  juste  au  bout 
de  quelaues  années  ;  voilà  pour  la  partie 
matérielle  ou  physiologique.  Mais  quant 
à  l'application  morale,  au  retentissement 
de  nos  sensations  sur  le  moi,  les  cboses 
se  passent  bien  différemment,  et  il  faut 
Tavouer,  tout  est  à  Tavantage  de  la  dou- 
leur. Celle-ci  est  évidemment  Tuni  té  mul- 
tipliée par  les  sentiments  et  les  ré- 
flexions; aussi  le  plaisir  nous  semble-t-il 
rapide,  passager,  idéal,  la  douleur  toujours 
matérielle,  positive,  persévérante  f839J.  C'est 
bien  pis  quand  Tintelligence  perfectionnée, 
fait  que  cette  douleur  est  profondément 
sentie  et  raisonnée,  qu*il  faut  souffrir  non- 
.  seulement  par  la  sensation,  mais  encore  par 
la  prévision  et  la  mémoire  I  Or,  je  le  de- 
mande, quel  instrument  pour  la  félicité 
qu'une  flme  faible  à  la  joie,  stérile  dans  le 

Elaisir  ou  le  bonheur,  oui  en  doute,  qui  sV 
abitue  promptement,  s  en  dégoûte  de  même 
et  n'en  connaît  le  prix  qu'en  le  perdant.  Oh! 
que  cette  âme  agit  bien  différemment  dans 
la  douleur  I  quelle  étendue,  quelle  activité 
quelle    force    inépuisable    de     sensibilité 
quand  il  ne  s*agit  que  de  souffrir  1  Ule  se 
multiplie,   se  développe,  s'arme  de  toutes 
ses  facultés,  et  semble  si  bien  faite  pour  la 
souffrance,  quelle  cherche  et  trouve  das 
raisons  pour  Téterniser,  pour  aller  au-de- 
vant. C'est    que  la  nature    physiaue  de 
l'homme  se  contente  de  peu  et  que  1  ima^- 
nation  est  insatiable.  Alors    s'observe  cet 
étrange  phénomène  moral  dont  parle  Rous- 
seau. «  Sans  que  rien  change  en  toi,  dit41  à 
Emile,  sans  que  rien   t'onense,  sans  que 
rien  touche  a  ton  être,  que  de  douleurs 
peuvent  attaquer  ton  âme  1  que  de  maux  tn 
peux  sentir  sans  être  malade  !  aue  de  maui 
tu  peut  sentir  sans  mourir  !  »  B  où  provient 
cet  état  contre  nature  ?  Manifestement  d'u»"* 
sensibilité  originairement  très-excitable  el 
et  qu'on  n  a  point  ménagée  ;  d*une  inten- 
sité extrême  d'affections  morales  et  d>piïli- 
cation  intellectuelle  ;  de  ce  qu'on  voit  tou- 
jours un    but,    sans    calculer   les    fon-t^ 
indispensables  pour  l'atteindre  ;  de  ce  qu'on 
se  refuse  à  étendre  la  loi  de  la  néce-ssite  aut 
choses  morales  ;  du  désir  de  donner  à  5e5 
facultés  une  extension  indéGnie  au  lieu  ce 
limiter  son  être  pour  le  posséder  tout  en- 
tier; de  ce  penchant  funeste  à  immoler 
sans  cesse  le  présent  à  l'avenir.  On  se  bâtit 
je  ne  sais  quel  roman    de  bonheur   qui 
échappe  toujours ,  et  l'on  fuit  le  repos,  el 
l'on  néglige  la  santé,  bien  sans  lequel  {e5 

plomb.  >  (Batlb,  Dictionnaire  kistoriqut  et  mtifv. 
J^ajoutorai  que  le  plaisir  physique  a  beaaoctc» 
«oins  d'extension  que  la  douleur.  H  se  borne  a 
auelques  organes  ;  il  ne  se  glisse  pas  dans  Pos,  da» 
roQffle,  dans  la  dent,  dans  le  tendon,  dans  la  plos  pOAt 
fibrille  nerveuse;  au  lieu  que  la  cnielie  doaleor  »V 
cbappe  de  tous  côtés,  se  produit  dans  ioBs  ks  poiiA 
de  l'économie,  pour  gêner  et  tounaenler  tcirt 
sensitif. 


\\\1 


TFM 


D'ANTUKOPOLOGIE. 


TEM 


1418 


«ntics  sont  nuls^  OU  plutdl  dont  ils  suppo- 
sant lu  possession. 
I  Parmi  ces  infortonés  de  cœar  et  dMmagi'* 
nalioo,  plaçons  aa  premier  ran^  les  poètes-, 
les  artistes  et  certains  sayants.  tsant  rapide* 
ment  les  forces  Ti taies,  ils  donnent  de  lM>nne 
heure  à  leur  sensibilité  un  immense  déve^ 
lop4^em6nt.  La  contention  d^esprit,  le  traTail 
forcé  du  Genrean,  auxquels  ils  s*assujettis^ 
sent,  soit  pour  pénétre^  les  secrets  de  la 
natare,  soit  pour  s'élancer  au  delà  de  Tor- 
bite  des  choses  humaines,  manquent  rare* 
ment  de  fatiguer  les  ressorts  de  1  organisme. 
Ainsi,  loin  d  opérer  sur  le  système  nerveux 
par  Toie  de  tédation^  ils  agissent  au  con* 
traire  par  la  stimulaiion,  d*où  résulte  un  état 
d'eicitation  morbide  qui  s^accrolt  d*un  rien» 
boaleverse  à  chaque  instant  l'économie  et 
pour  les  causes  les  plus  frivoles  :  c'est  un  feu 
continuel  qui  s'attache  également  à  la  paille 
et  au  bois  de  cèdre. 

Un  bit  bien  reconnu,  est  que  ceux  qui  se 
livrent  avec  exeês  aux  profondes  et  perpé- 
tuelles méditations  de   l'esprit,  présentent 
rarement  de  l'uniformité  dans  le  rhythme 
vital,  au  physique  et  au  moral.  L'état  ora- 
geux est  l'état  ordinaire  de  ces  cœurs  chauds 
et  véhéments.  Ardents,  exagérés,  ayant  le 
sentiment  actif  et  passionné  ae  la  chose  pré^ 
sente  pIutAt  que  d'en  avoir  le  sentiment 
exact  et  mesuré,  ils  gouvernent  peu  avec  ce 
plein  calme  de  la  raison  qui  aide  si  bien  à 
découvrir  les  vrais  rapports  des  choses  hu- 
maines avec  le  monde.  Aussi  sont-ils  rassa- 
siés de  mécomptes  et  de  dégoûts;  ce  sont 
}ions,  comme  dit  Cliarron,  qui   font  tout  à 
bon  escient,  sauf  de  rirre.  Est-il  possible,  en 
ctfet,  de  voir  toujours  bien,  toujours  jnSie 
avec  les  oscillations  d'une  $en$ibitUé  maladi- 
Tement  excitable,  qui  fortifie  et  abat,  qui  ra- 
nime et  qui  tue,  qui  tantAt  élève  son  martyr 
jusqu'au  ciel,  et  tantôt  l'enchaîne  sur  un  lit 
fie  douleur,  se  dirigeant  sans  cesse  sur  tous 
les  points  où  existe  luie  cause  physique  ou 
morale  qui  la  stimule,  qui  l'attire  *et  la  fait 
▼îbrer? 

Dans  ce  perpétuel  changement  d'état  de 
rëconomie,  il  Bi4  des  instants  où  le  corps 
«épuisé,   languissant,  frappé  d'impuissance 
ruusculaire  prononcée,  inspire  un  sentiment 
cJe  faiblesse  et  de  défaillance  aussi  complet 
c]ue  décourageant;  espèce  de  torpeur  qui 
«semble  n'être  qu'une  moyenne  proportion- 
nelle entre  la  mort  et  la  vie;  alors  on  fait 
efTort,  on  abandonne  tout,  on  oublie  tout' 
jpout  se  cramponner  à  la  vie,  qui  parait 
l^rès  de  8*éteindre.  Dans  d'antres  moments, 
une  eertaine   exaltation  d'idées    se  mani- 
feste; elles  se  pressent,  elles  débordent, 
rnais   les   organes   n'y  répondent  pas«  et 
1m    force  d'élaboration  manque.  Ces  idées 
&oat  tou^urs  confuses,  peu  développées  « 
man  travail  suivi  ne  pouvant  les  féconder. 
J^  guoi  d'ailleurs  aboutirait  ce  travail  ?  à 
j-uiner  totalement  la  santé  pftr  les  efforts 
<:f  ii*il  exige.  Comment  alors  s'inspirer  de  peu* 
«^^es  d'avenir  et  d'immortalité  avec  la  mort 
^f  ^iis  le  sein.  Comment  se  livrer  à  de  savan- 
t,^TS  élucubrauons,  suivre  une  carrière  active, 

DlCTIO!!^.    n'AlCTBaorOLOOIE. 


supporter  les  fatiçues  du  barreau,  les  tra- 
vaux assidus  de  l'administration ,  les  vio- 
lentes émotions  de  la  tribune,  les  agitations 
de  la  place  publique^  bien  moins  encore  di- 
riger d'une  main  ferme  et  sûre  le  vaisseau 
de  l'Etat  dans  la  tourmente  politique  7  Ainsi 
cette  chaleur  d'accès  de  l^imagination,  qui 
semblerait  devoir  être  la  compensation  des 
lacultés  perdues,  est  une  nouvelle  cause  de 
désesnoir  et  d'ennui.  Quant  à  moi^  je  dirai 
avec  Pascal  :  «  J'admire  comment  on  n'entre 
pas  en  désespoir  d'un  si  misérable  état.  * 
Notez  bien  que  ces  dispositions  du  corps 
influent  inévitablemeiit  sur  les  conceptions 
de  l'esprit  ;  et  cette  considération  ménterait 
bien  de  fixer  l'attention  des  penseurs  pro^ 
fcnids,  si  celle  de  leur  santé  leur  paratt  trop 
frivole.  Car  souvenons-nous  toujours  que 
les  idées ,  les  sentiments^  les  affections,  la 
vie  en  un  mot,  sont  le  reflet  du  monde  d'or^ 

§anisation,  et  que  les  œuvres  d'un  homme 
e  génie  ftont  le  résultat  fécond  des  laits,  des 
pensées,  des  émotions,  des  inspirations  de 
sa  vie  entière. 

En  vain,  dira-t'-on,  tous  âppliguez-Vous  1 
rembrunir  le  tableau.  Quand  ir  serait  vrai 
que  la  constitution  éminemment  nerveu^e^ 
lorsqu'on  en  abuse,  entraînât  les  maux  que 
vous  avez  peints,  les  dédommagements'  et 
les  dons  qui  l'accompagnent,  seraient  encore 
une  compensation  préférable  è  tout.  L'homme 
supérieur,  né  avec  cette  puissance  de  tète  et 
de  volonté  appelée  è  déplacer  les  limites  dé 
Tinteiligence ,  est  toujours  au^essus  des 
infirmités  qui  l'accablent.  Ses  jouissances 
mêmes  sont  d'autant  plus  puresi  qu'elles 
sont  indépendantes  de  son  organisation,  de 
la  nature,  de  la  fortune  et  du  reste  de  l'uni  « 
vers.  Voilà  ce  qu'une  éloquence  menteuse 
et  piperesêe^  ne  cesse  de  répéter  dans  la 
bouche  des  panégyristes.  Mais  la  vie  privée 
des  hommes  célèbres,  les  maux  qu'ils  endu- 
rent, leurs  aveux,  soit  dans  l'intimité  de 
]  amitié,  soit  aux  médecins,  prouvent  com« 
bien  on  doit  rabattre  de  cet  enchantement 
extérieur  et  factice,  de  ces  éloges  menson- 
gers, espèce  de  met-à-nens  oratoire.  S*il  y 
a  au  monde  quelque  cnose  de  démontré, 
c'est  que  l'excitation  anormale  du  système 
nerveux  et  particulièrement  du  cerveau  ;  c'est 
que  l'inégale  répartition  des  forces,  la  tu- 
multueuse discx)rdance  des  actes  vitaux, 
troublent  l'intégrité  fonctionnelle  des  or- 
ganes, entravent  l'exerdce  de  la  vie,  anéan- 
tissent la  santé  et  le  bien^tre.  Pourquoi 
donc  vouloir  trouver  dans  la  vie  ce  que  la 
nature  a  refusé  d'y  mettre,  un  organisme 
constamment  à  l'épreuve  de  sensations  ïor^ 
tes,  d'émotions  enivrantes  et  d'un  esprit  sans 
repos  ?  Pourquoi  désirer,  avec  un  corps  f/a- 
gile^  des  jouissances  et  des  lumières  suHbu* 
maines? 

Sors  Ima  morialis,  non  ett  tnotiate  (fkod  opta$. 

(Ov».) 

Dans  une  vie  grevée  de  toutes  les  amer^' 
tûmes  de  la  gloire,  je  ne  crains  pas  de  l'ajQSr^ 
mer,  la  plus  douloureuse  est  assurément  lit 
perte  de  la  ^anté.  Le  baume  moral  d'«tt 


fil» 


TEM 


DICTiONNAIRE 


trrt 


aaiour-pronre  satisfait,  n  adoucit  pas  tou- 
jours complètement  les  regrets  qui  en  sont  la 
suite/Si  on  se  pénétrait  bien  de  ces  vérités» 
fondées  sur  la  nature  même  de  Thomme,  le 
trop-penser,  cet  ennomi  né  de  notre  espèce, 
ne  ferait  pas  tant  de  victimes.  On  ne  verrait 
pas  une  foule  de  savants,  d'artistes,  delitté- 
rateurSy  de  jurisconsultes,  etc.,  construire 
f  le  tissu  de  leurs  propres  tourments,  dessé^ 
cher  de  bonne  heure  les  sources  de  la  pensée 
et  manquer  k  leur  destin^^e.  Il  faut  que  tout 
soit  dosé,  calculé,  mesuré  ;  que  la  rèzle  du 
plus  ou  du  moins  soit  appliquée  a  tout, 
même  aux  quantités  morales  ;  c'est  la  plus 
jrrande  loi  de  la  nature,  puisqu'elle  est  celle 
(le  l'harmonie  des  êtres. 

Toutefois,  j'ai  beau  faire,  on  croira  tou- 
jours que  le  trait  est  forcé  pour  le  rendre 
plus  frappant;  il. n'en  est  rien  cependant. 
Demandez  aux  médecins  c[ui  exercent  dans 
une  çrande  ville,  eux  qui  voient  si  souvent 
dans  l'endroit  caché  des  cœurs  l'amertume  qui 
les  flétrit,  ils  vous  diront  combien  cette  force 
extra-naturelle  de  réflexion  est  dangereuse 
povLT  rhumauité.  On  répond  ordinairement 
(lue  la  position  sociale,  que  les  circonstances 
I  exigent  ainsi  ;  sans  dou'.e,  mais  le  mal  n'en 
ost  pas  moins  réel.  D'ailleurs  je  dirai  que, 
dans  chaque  circonstance,  il  est  possible 
de  le  diminuer,  et  qu'on  peut  alléger  le  fardeau 
quand  on  le  veut  bien.  On  argue  encore  en  di- 
sant que  ces  principes  manquent  de  vérité» 
ou  sont  au  moins  exagérés,  qu'il  y  a  de  nom- 
breuses exceptions.  Ces  exceptions  sont  plus 
rares  qu'on  ne  le  croit;  car  remarquez  bien 
que,  parmi  les  hommes  qui  se  livrent  à  ce 
^enre  d'excès,  les  uns  vivent  assez  long- 
temps, mais  languissants,  épuisés,  et  que  les 
autres  meurent  au  commencement  de  leur 
rarrière,  connus  seulement  de  leurs  amis, 
de  leurs  médecins.  Combien  de  jeunes  gens 
surtout,  moissonnés  de  bonne  heure,  ne  se 
reposent  point  à  l'ombre  du  laurier  qu'ils  ont 
semé  1  Les  exceptions  les  plus  nombreuses 
se  trouvent  parmi  les  hommes  qui,  sacrifiant 
])aisiblement  aux  muses,  et  traitant  la  répu- 
tation comme  les  honneurs,  savent  en  jouir 
ou  s'en  passer.  Mais  du  moment  que  poussé 
par  le  démon  de  la  célébrité,  on  veut  ins- 
rrire  son  nom  sur  le  bronze  séculaire  ;  que 
le  besoin. rongeur  de  la  louange  des  autres  se 
fait  sentir  ;  qu'on  se  décide  à  arracher  feuille 
à  feuille  ce  laurier  morte  venalem^  comme 
dit  si  bien  Horace;  qu'on  a  toujours  présent 
à  l'esprit  le  qu'en  diront  les  Athéniens  '(  la 
vie  cesse  de  s  exercer  selon  ses  lois  ordinai- 
res de  régularité.  Je  ne  sais  quel  feu  pénètre 
et  consume  l'économie,  quelle  impétuosité 
de  mouvements  intérieurs,  quel  bouillon-^ 
nement  du  sang,  quelle  ajj;itation  fiévreuse 
se  manifestent.  I>es  forces  motrices  et  con- 
tractiles diminuant  peu  k  peu,  la  sensibilité 
prédomine  outre  mesure.  Dèslors  plus  d'é- 
auilibre,  plusdharmonie  dans  les  fonctions  : 
1  unité  élémentaire  organique  se  trouve  rom- 
pue, et  les  maladies  naissent  en  foule.  Re- 
marquons toujours  que  la  vie  s'altère  et  se 


détruit  ici  par  deux  caus«^s,  parce  que  su» 
action  a  été  hâtée,  précipitée,  exagérée  puis 
parce  qu'elle  a  été  irrégulière,  tant  il  est  nai 
qu'il  faut  des  bornes  à  la  méditation,  au 
travail  de  tête,  au  désir  d'acquérir  des  m- 
naissances,  de  solliciter  sans  cesse  la  renom- 
mée et  la  fortune,  en  un  mot,  qu'il  faut  sa- 
voir  avec  sobriété,  aussi  bien  oue  Ti^reavec 
tempérance.  Le  génie  qui  voulant  arracher 
aux  dieux  leur  secret,  reste  frappé  de  j'ana- 
thème  céleste,  est  un  emblème  aussi  jnsie 
que  frappant  des  tourments  de  certains  Ijoid^ 
mes  illustres.  Ceci  nous  explique  également 
ce  symbole  de  l'antique  et  suprême  sagesse: 
a  Dieu  a  marqué  d'un  si^e  formidabJe  le 
fruit  de  l'arbre  de  la  science;  ce  frmtesi 
doux  et  savoureux,  mais  souvent  il  donne 
la  mort  :  »  Gustans  gusiavi  pauluhm  ml 
lis et  ecce  morior. 

TENDONS.  Voy.  I'Introduction. 

TÊTES-PLATES.  F.  Noon^A-CowwBiE^s, 

THIBETAINS.  —Entre  l'Inde  et  la  Chine. 
le  Thibet  et  le  Boutan,  pays  de  tris-hautes 
montagnes,  sont  habités  par  une  raceindooe- 
tartare  dont  la  civilisation  est  un  mezio  ur- 
mine  de  celle  des  deux  grands  peuples  Toi- 
sins.  Le  missionnaire  Cassiano  a  recueilli 
sur  le  Thibet  des  matériaux  curieux  insérés 
dans  le  travail  deGeorgi  {SkO).  De  nos  jours 
le  Hongrois  Csoma  de  Koros  a  dit,  dans  re 
pays,  un  séjour  assez  long  pour  y  Induire 
une  vaste  encjrelopédie.  D'après  ces  deux  ao- 
torités  aussi  bien  que  d'après  les  re^herche^ 
des  sociétés  asiatiques  anglaises,  les  Tiiilié* 
tains  sont  une  colonie  indienne  |)ar  leurs 
lois,  leur  écriture,  leur  religion.  Celle-ci  e<l 
la  nuance  du  boudhisme  qui  a  pris  le  qodi 
de  lamaïsme,  d'après  le  titre  de  sou  graod 
prêtre  on  Lama. 

Un  dogme  qui  recommande  la  contempla- 
tion et  permet  la  paresse,  ne  peut  aroir  )Ti^ 
naissance  que  dans  un  climat  doux  et  fer- 
tile. Un  t>ays  où  l'hiver  est  très-long  ellrè^- 
rigoureux  aurait  bientôt  altéré  un  dogu^e 
pareil,  comme  on  l'a  vu  dans  les  croyances 
émanées  de  l'Asie  et  transformées  en  reli- 
gions guerrières  et  féroces  à  mesure qu'ellf> 
approchaient  du  Nord.  Le  contact  delliul'' 
et  de  la  Chine,  métropoles  intellectuelles  H 
commerciales,  a  prolé^jé  contre  le  cUmal  le 
dogme  mais  non  les  mœurs,  car  les  Thil)é- 
tains  en  guerre  sont  accusés  de  manger  l« 
foie  de  leurs  ennemis  morts  ou  gisant  suri** 
champ  de  bataille. 

L'alphabet  thibétain  ressemble  beauccn? 
au  sanskrit  ;  la  langue  a  la  même  pareoic* 
mais  ses  mots  tendent  à  se  briser  en  mon*' 
syllabes  selon  le  système  chinois.  Qasn^f 
boudhisme  arriva  ou  revint  aux  plateaux  <iJ 
Thibet  et  du  Boutan,  vers  le  premier  «èle 
de  notre  ère,  les  peuples  de  ce  paysavaieM 
une  tradition  qui  les  faisait  descendra  <fuTj« 
race  de  singes.  C'est  le  mythe  de  quelque  i^ 
vasion  d'un  peuple  mongol  qui  avait  en».  « 
leor  sang  et  modifié  leurs  traits. 

Quoique  lHymalaya  soit  le  plus  ^'  J 
système   de   montagnes    du  grand  ctfltJ- 


(940)  Alphabetum  ThibelaHum, 


fiM 


TOd 


D*A.%TIIR0P0L0G1E. 


TOO 


un 


lient  asiatique»  ce  ti*est  donc  pas  Ters  lui 
que  remontent  les  souTenirs  les  plus  re- 
culés des  premièiles  nations.  Les  Chinois 
eux-mêmes  accusent  les  Thibétains  d*ètre 
ttn  peuple  prestjue  moderne,  ce  qui  tie  Téut 
prouaBlement  dire  autre  chose  qu*un  peuple 
ancien  demeuré  barbare,  car  Gaubil,  Kla- 
proth  et  M.  Ed.  Biot  font  de  la  race  thibé- 
taine  les  premiers  habitants  de  la  Chine  re- 
présentés encore  aujourd'hui  par  quel- 
ques peuplades   insoumises  api)elées  Miào 

Mais  raymalaya  touche  de  fort  près'  au 
sTstème  du  Caucase  indo^Bactrien  dont  il 
n^est  séparé  que  par  la  vallée  du  haut  Indus. 
Les  contreforts  septentrionaux  du  même 
Caucase  tiennetit  %  rAltaî  d*où  Cuvier  tire 
la  race  mongole  ;  disons  plus  p)rudemment 
▼ers  lequel  cette  race  rattache  de  très-an- 
ciens sourenirs.  On  connaît  le  rOle  très-im- 
portant que  jouent  les  montagnes  dans  les 
religions  primitires  et  p6r  conséquent  dans 
les  primitives  traditions  ae  l'humanité.  Nous 
apercevons  déjà  assez  clairement  le  point 
du  globe  où  ces  traditions  se  confonoent; 
la  source  commune  d*où  elles  émanent  avec 
les  migrations  des  peuples  divers  et  d*aprts 
Taveu  explicite  de  ces  peuples.  Les  Tndous, 
les  Perses  rapportent  leur  origine  au  Nord- 
Ouest,  les  Chinois  à  TOcddent,  lesCbaldéens 
«H  Nord-Est.  Le  Caucase  Indo^Bactrien  est 
le  centre  où  convergent  tous  ces  rayons  de 
la  boussole  historique. 

Achevons  le  tour  de  notre  immense  hori- 
zon pour  ne  pas  conclure  à  la  légère  :  cir- 
conspection est  précisément  Tusage  de 
cette  opération  oe  Tœil  et  de  Tespritl 
LjCs  Scythes  (voy.  au  mot  Sctthbs)  dont 
l'histoire  est  la  plus  connue  mais  aussi 
la  plus  lotigue  et  la  plus  concluante,  les 
Scythes  rapportent  leur  origine  au  Midi 
et  à  rOrient.  Les  nègres  n*ont  pas  d'annales 
et  nous  réduisent  aux  analogies  tirées  de 
leurs  langues  et  de  leur  organisation.  Les 
Polynésiens  et  les  Malais  son  t  un  appendice  des 
Indiens  et  des  nègres.  Le  vaste  continent  des 
Américains  qui  semble  séparé  de  tous  côtés 
du  vieux  monde  y  touche  cependant  par 
le  Septentrion.  C'est  du  Septentrion  aussi 
que  les  traditions  d'Amérique  font  arriver 
les  races  de  leurs  aïeux. 

TIMBRE.  Voy.  Voix. 

TISSUS  ORGANIQUES,  leurs  propriétés. 
Voy,  Habmoxib  des  fouctious  dans  le  corps 
humain. 

TOBAS.  Voy.  MÉDrrBBBAxéBiis 

TOLTÈQUES.  Voy.  Mexicains. 

TON.  Voy.  Voix. 

TONtiOUSES.  Voy.  Nomades. 

TOUARICKS.  Voy.  Abobigèxes. 

TOUCHER.  —  Un  ^rand  nombre  oe  pro- 
longements encéphaliques ,  divisions  d'un 
prolongement  principal,  là  moelle  épiniêre^ 
sortent  du  canal  vertébral  par  les  trous  dont 

(941)  Leor  section  abêtit  la  contracUlîlé  mosco- 
laire ,  sans  q«e  h  transmisnon  des  imfiressîons 


se  trouve  percée  sa  surface  latérale.  Les  n  is 
naissent  die  la  colonne  antérieure  de  cette 
moelle,  se  distribuent  aux  muscles  volon- 
taires, et  déterminent  les  mouvements  loeo* 
moteurs  (8^1).  Les  autres  prennent  leur  ra  • 
cinedans  la  colonne  postérieure;  ils  vont 
animer  tous  les  orgahes,  ou  par  eux-mêmes, 
ou  par  d'autres  nerfs  intermédiaires  avec 
lesmiels  ils  s'anastomosent,  et  forment,  à  la 
surface  externe  des  téguments,  ub  réseau 
nerveux  très-abondant.  Ils  transmettent  à 
rètre  intelligent ,  par  l'intermédiaire  de  la 
partie  supéneure  du  segment  basilaire  (Ser- 
res, Anaiomit  comparée  du  cfnrveau),  les  im- 
pressions extérieures  qui  agissent  sur  le 
système  cutané,  et  les  modifications  organi- 
ques internes  perceptibles  (8^2).  Ce  sont 
donc  ces  derniers  auxquels  se  joint,  dans 
les  téguments  de  la  fiice  du  crAne  »  le  neif 
de  la  cinquième  paire,  qui  donne  lieu  aux 
perceptions  tactiles. 

Le  système  cutané  forme ,  aVec  les  nerfs 
qui  se  distribuent  à  sa  surface ,  auxquels  il 
sert  de  soutien,  et  que  son  épiderme  et 
Thumeur  onctueuse  qui  le  recouvre  proté- 

fent  contre  des  impressions  trop  Vives , 
instrument  au  moyen  duquel  l'homme  per- 
çoit certaines  qualités  des  corps  que  les  au- 
tres sen&  ne  sauraient  lui  transmettrei  qu'il 
peut  seul  lui  communiquer,  et  que  par  cette 
raison  nous  appelons  tactilee. 
Puisque  les  nerfs  transmetteurs  de  ces 

Spalités  ou  plutôt  des  impressions  qu'elles 
ont  sur  nous ,  sont  répandus  sur  toute  k. 
surface  extérieure  du  système  cutané,  il  est 
évident  que  toutes  les  régions  de  ce  sys- 
tème sont  capables  de  cette  transmission 
Aussi  percevons-nous  ces  impressions  par 
tous  les  points  de  la  peau>  qui  forme  un 
vaste  intermédiaire  entre  les  corps  exté- 
rieurs et  nous.  Ce  mode  de  perception  s'ap- 
pelle le  tact.  On  je  distingue  d'un  autre 
mode  qui  s'exerce  au  moven  d'un  appareil 
particulier,  dont  le  système  cutané  forme 
toujours  l'agent  principal ,  ouiis  qui  s^appli- 
'Gue  d'une  manière  plus  exacte  sur  les  corps 
-  dont  nous  voulons  connaltres  plus  {parfaite- 
ment les  qualités  taetilee^  ce  qui  lui  a  valu 
le  nom  de  toucher. 

Nous  percevons^  au  moyen  de  l'instrument 
du  tact^  la  présence  des  corps,  par  la  résis- 
tance qu'ils  opposent  à  cet  organe  et  les  di- 
verses impressions  qu'ils  lui  font  éprouver. 
Nous  ne  concevons  leurs  différentes  qualités 
que  par  l'intermédiaire  du  jugement. 

Le  tact  varie  selon  les  Ages,  les  sexes,  les 
individus,  les  orofessions,  la  nature  des  vê- 
tements, les  climats,  les  diverses  régions 
du  corps. 

Il  est  exquis  dans  le  nouveau-né ,  dont  le 
système  dermique  jouit  d'une  activité  de 
transmission  extrême,  parce  qu'il  n'a  encore 
éprouvé  aucune  des  impressions  qui,  à  la 
longue,  finissent  par  le  diminuer.  II  s'é- 

(842)  La  Iransmissioii  des  impressions  o'a  plot 
lieu  apm  la  ligatoie  oq  h  section  des  nerfs,  undis 
que  les  mascM  conserfeni  leur  faiailté  oontrac- 
âle. 


1 


UiS 


TCU 


nCTlOMNAmE 


TOU 


m 


mousse  peu  à  peu  avec  Tdge  par  les  impres- 
sions conlinuelles  que  reçoit  le  systèiue 
cutané,  et  qui  modifient  les  nerfs  de  ma- 
nière è  afifaibiir  l'énergie  de  leur  fonction 
trausmissive.  Acelte  cause  se  joint  l'augmen- 
tation do  l'exhalation  épidermique  que  le 
frottement  continu  des  vêtements  déter- 
mine ,  et  qui  amortit  déplus  en  plus  les  im- 
pressions extérieures.  Dans  le  vieillard, 
dont  la  peau  est  ridée,  desséchée,  endurcie , 
l'épiderme  épais,  la  faculté  transmissive  des 
n^rfs  cutanés  est  considérablement  dimi- 
nuée. 

*  La  femme  a  la  peau  plus  molle,  plus  unie, 
J'épiderme  plus  mince  que  l'homme;  les 
impressions  extérieures  y  ont,  par  consé- 
quent, plus  d'intensité ,  leur  transmission 
y  est  plus  active  et  le  tact  plus  exquis. 

Les  individus  qui  se  rapprochent  le  plus 
de  Ja  femme  pour  la  structure  de  la  peau , 
chez  lesqiiels  cet  organe  est  peu  couvert  de 
poils,  onrent  aussi  avec  elle  une  grande 
analogie  sous  le  rapport  de  l'activité  de  U 
fonction  transmissive  des  nerfs  cutanés. 

Si  un  frottement  peu  prolongé  rend  la 
peau  plas  impressionnable,  il  n  en  est  pas 
de  même  de  cette  action  lorsqu'elle  est  per- 
manente. 

Aussi  les  individus  dont  les  professions 
exigent  de  grands  mouvements  du  corps,  et 

{produisent  par  conséquent  des  frottements 
^équemment  répétés  du  système  cutané 
contre  les  vêtements  qui  le  recouvrent,  per- 
çoivent moins  vivement  que  ceux  d  une 
profession  opposée,  les  impressions  diverses 
qui  naissent  du  contact  des  corps  extérieurs, 
il  en  est  de  même  de  ceux  dont  les  vête- 
ments qui  touchent  immédiatement  la  peau 
sont  d*un  tissu  grossier;  leurs  nerfs  perdent 
à  la  longue,  par  la  rudesse  des  frottements 
qu'ils  éprouvent,  de  leur  faculté  de  trans- 
mission, et  les  sensations  que  produit  le  tact 
ne  sont  plus  aussi  vives. 

Une  douce  chaleur  favorise  la  transmis- 
sion des  impressions  tactiles  ;  mais  11  n*ea 
est  pas  de  même  d'une  haute  température  qui 
affaiblit  cette  action  vitale  des  nerfs  cutanés. 
Dans  les  climats  chauds,  où  un  soleil  brû- 
lant irrite  constamment  la  peau,  l'engorge  , 
l'épaissit ,  malgré  les  substances  grasses 
dont  on  la  revêt ,  et  diminue,  par  consé- 
quent, la  faculté  transmissive  des  nerfs  qui 
s^y  distribuent,  les  sensations  produites  par 
les  impressions  extérieures  ont  peu  de  viva- 
cité. Aussi  les  peuples  de  ces  régions  appli-» 
quent-ils  le  feu  sur  le  système  cutané  dans 
jiresque  toutes  les  maladies ,  et  sans  en 
éprouver  une  bien  vive  douleur;  aussi  se 
font-ils  de  profondes  blessures,  qu'ils  per- 
çoivent à  peine,  et  dont  les  cicatrices  sont 
pour  eux  aes  ornements,  et  même  des  mar- 
ques distinctives  de  supériorité  sociale. 

Les  climats  froids  produisent  les  mêmes 
«ffet^  par.  une  cause  ^contraire.  Le  système 
cutané  s'y  engourdit'  par  la  lenteur  de  sa 

(845)  L*boaiine  peut  seul  opposer  le  pooce^  aux  autres  doigts ,  ce  qui  rend  sa  main  an  des  priAd 
^u&  instrumeuts  de  «on  inldligenoe. 


circulation  capillaire ,  et  Taction  nerveuse 
y  est  faible  par  défaut  de  vitaUté. 

C*est  dans  les  climats  tempérés ,  où  cette 
action  jouit  de  toute  son  énergie,  que  les 
perceptions  tactiles,  comme  toutes  les  autr^ 
'sensations,  ont  le  plus  de  vivacité. 

Toutes  les  régions  du  système  cutané  ne 
jouissent  pas  au  même  degré  de  la  faculté 
de  transmission  des  impressions  extérieu- 
res. Celles  où  la  peau  est  fine,  molle,  l'é- 
piderme peu  épais,  où  les  nerfs  sont  al^on- 
dants,  la  possèdent  à  un  plus  haut  point  que 
celles  où  elle  offre  un  état  contraire.  Ce^t 
pour  cela  qu'elle  est  plus  prononcée  aui 
régions  latérales  du   thorax  qu'k  lauté- 
rieure  et  à  la  postérieure  ,  à  la  uartie  in- 
terne des  bras  et  des  cuisses  qu'à  I  eiterne , 
à  la  région  plantaire  du  pied  (ju^à  la  dorsale; 
ce  qui  est  1  inverse  de  la  main ,  où  elle  est 
bien  plus  active  à  la  région  dorsale  qu'à  la 
palmaire  ,  où  la  peau  et  son  épidémie  oni 
plus    d'épaisseur.  Cependant  cette  ré^noa 
appartient  à  l'organe  du  toucher;  ce  qui 
démontre  que  la  perfection  de  cet  instni- 
ment  tient  moins  à  la  fonction  de  transmi- 
sion  plus  active  de  la  région  du  svstèiDe 
cutané  qui  l'enveloppe,  qu'à  la  dispbsiiiun 
des  parties  dont  il  est  composé ,  et  qui  k 
rendent  propre  à  se  mouler  sur  les  corps 
de  la  manière  la  plus  exacte.  Il  est  mèioc  à 
remarquer    que    la   transnoission  vue  de 
l'impression  des  corps  extérieurs  aurait  nui 
à  ces  fonctions,  qui  sont  plus  intellectuelles 
que  sensitives,  qui  (ionnent  plus  aux  idée^ 
qu'aux  sensations.  On  sait  que  le  toucher  ne 
peut  s'exercer  lorsque  la  peau  des  doigts, 
dépouillée  de  son  épiderme  ,  transmet  vive- 
ment les  impressions  qu'elle  reçoit. 

Articulé  avec  les  os  de  Tavant-bras  d'un? 
manière  assez  lâche,  l'instrument  de  celle 
fonction  perceptive  peut  exécuter  des  mou- 
vements de  Dexi^n,  d'extension,  d'adduction 
et  d'abduction  très-étendus ,  ce  qui  faeiliie 
sin^^ulièrement  toutes  les  positions  qu'il 
doit  prendre  dans  l'exploration  des  corps. 
Il  est  composé  dans  sa  partie  centralf^  (ie 
carpe  et  le  métacarpe)  a'un  nombre  a^se^ 
considérable  de  petits  os  articulés  lâclie- 
menl  aussi  entre  eux  âe  manière  à  ce  qu'ils 
puissent  se  mouvoir  assez  facilement  les 
uns  sur  les  autres  ;  il  se  termine  par  cioq 
appendices  allongés  très-mobiles  (les  doigts 

Souvant  se  réunir  f  s'écarter,  s'étendre  »  se 
échir,  s'opposer  les  uns  aux  autres  (8i3; 
et  enfin  il  est  recouvert  par  la  peau  <pi 
adhère  fortement  à  sa  face  palmaire  pour 
donner  plus  de  fixité  à  ses  points  d'appui, 
et  qui  forme  au  bout  des  doigts  un  cous- 
sinet élastique  soutenu  par  les  ongles,  pou- 
vant s'appliquer  sur  les  corps  les  mieux 
polis,  et  susceptible  de  recevoir  ^^1J^^' 
sion  des  inégalités  les  plus  légères.  Cette 
structure  les  rend  très-propres  à  saisir  les 
corps  avec  facilité,  même  ceux  des  dimen- 
sions les  moins  considérables,  à  s'appliqo^^ 
exactement  sur  toutes  les  surfaces ,  à  se 


IISS 


TOU 


D*ANT.ÎR0P0L0GIE. 


TftO 


UU 


prêter  à  tontes  les  formes,  à  se  fiier  solide- 
luent  sur  tons  les  objets ,  et  par  conséquent 
à  recevoir  des  impressions  plus  nombreuses 
que  Tiustrument  du  tact,  et  h  les  transmettre 
arec  plus  d'exactitude. 

Nous  percevons  par  le  toucher  comme  ]iar 
je  tact  rexisience  réelle  des  corps,  leur  tem- 
pérature, leur  consistance ,  les  divers  états 
de  leur  $«rface ,  leur  mouvement ,  et  de 
plus,  leur  ^zure,  leur  forme  ,  leurs  dimen- 
sions, leurs  distances  respectives ,  etc.,  dont 
cet  appareil  ne  nous  donne  point  ordinaire* 
ment  la  conscience.  11  est ,  sous  ce  rap|.ort, 
congénère  de  celui  de  la  vue ,  dont  il  con- 
flrme  ou  rectifie  les  transmissions. 

Les  perceptions  tactiles  ne  se  comrertis- 
sent  en  idées  que  par  Tinfluence  de  la  com* 
])araison  et  du  jugement.  Considérées  isolé- 
ment^ elles  ne  seraient  pour  nous  que  des 
sensations ,  et  non  des  productions  vérita- 
blement intellectuelles,  et  les  qualités  des 
f  orps  nous  seraient  entièrement  inconnues; 
car  nos  connaissances  sur  les  objets  qui 
nous  entourent  ne  sont  que  les  résultats  de 
la  comparaison. 

L*ap])areil  du  toucher  peut  être  remplacé 
par  celui  du  tact  dans  les  parties  des  mem- 
bres les  plus  flexibles,  et  capables  de  saisir 
et  d'embrasser  plus  ou  moins  exactement 
les  corps»  comme,  par  exemple ,  à  la  région 
«le  Tarliculation de  lavant-bras  avec  le  bras, 
%  celle  de  la  jambe  avec  la  cuisse,  à  la  sur- 
face inférieure  du  pied ,  à  laquelle  on  a  vu 
f  habitude  de  donner  toute  la  souplesse  de 
la  main» 

De^  même  que  le  tact,  le  toucher  varie  se- 
l'iu  Tâge,  le  sexe,  les  individus ,  les  profes- 
sions qu'ils  exercent. 

Dans  Tenlance,  son  appareil  est  très-actif, 
^t  transmet  des  impressions  très-vives ,  à 
cause  du  peu  d*épaisscur  de  Tépiderme  et 
de  la  souplesse  de  la  peau.  Mais  ces  impres* 
sions  ne  produisent  que  tardivement  des 
idées  sur  les  qualités  tactiles  des  corps,  parce 
t|ue  leur  appréciation  dépend  du  jugement 
et  n*est  que  te  fruit  d'une  assez  longue  ex- 

1»érience.  U  perd  ses  facultés  dans  le  vieil- 
anl  par  le  dessèchement  et  le  plissement  de 
la  peau  et  de  l'épiderme,  suites  de  Tabsorp- 
tion  de  la  graisse  qui  soutenait  le  chorion. 

L'instrument  du  toucher  est  plus  impres- 
sionnable chez  la  femme  que  chez  Tbomme, 
à  cause  de  la  délicatesse  de  son  tissu  cutané. 

Il  transmet  aussi  plus  vivement  les  im- 
pressions extérieures  chez  les  individus  qui 
ne  se  livrent  point  h  des  travaux  manuels 
rudes  et  pénibles,  que  chez  ceux  dont  Tépi- 
derme  des  mains  s*est  épaissi  par  un  frotte- 
ment intense  et  fréquemuicul  répété. 

Si  rinstrument  du  tact  perd  de  son  im- 
pre^siounabilité  par  Texercice ,  il  n'en  est 
j>as  de  même  de  celui  du  toucher,  qui  va 
^ans  cesse  acquérant  une  activité  nouvelle  , 
non  point  relativement  aux  impressions  que 
1  oo  peut  appeler  sm$itives  ,  parce  qu'elles 

'  ^  i  *  I  Daos  ce»  individas ,  une  autre  cause  con- 
ro;irl  à  donner  au  toucher  un^  gramle  finesse;  c>st 
i'iiitentioD  qu*iJs  portent  dans  Teiploralion  des  qua- 


ne  donnent  que  des  sensations ,  tenes  que 
celles  de  la  température  des  diverses  subtan- 
ces, mais  par  rapport  à  celles  qui  produisent 
en  nous  la  conscience  de  ce  oui  est  relatif  à 
la  figure  oa  à  la  forme  des  omets.  On  sait , 
en  effet,  que  ce  n*eat  que  par  fliabitude  que 
Ton  perçoit  avec  exactitude  ces  sortea  d'im^ 
pressions,  comme  on  le  voit  chez  les  aveu- 
gles (9kk). 

Nous  trouvons ,  dans  les  perceptions  tac- 
tiles ,  les  mêmes  mystères  que  dans  les  vi- 
suelles. Nous  ignorons  complètement  com- 
ment les  actions  des  corps  extérieurs  sur 
notre  système  cutané,  qui  se  réduisent  tou- 
tes à  des  mouvements  moléculaires ,  identi- 
ques dans  leur  nature,  peuvent  donner  lieu 
à  des  perceptions  si  diverses.  Nous  n'igno- 
rons pas  moins  le  mode  de  transmission  de 
CCS  impressions,  et  le  mécanisme  delà  per- 
ception qui  en  est  la  suite.  Ici,  comme  aans 
tous  les  phénomènes  de  la  nature ,  reffet 
nous  est  connu,  mais  la  cause  intime  nous 
échappe  ;  nous  percevons,  et  nous  ne  savons 
point  comment  la  perception  s'opère.  Mais 
nous  savons  positivement  que  ce  n'est  point 
le  cerveau  qui  perçoit,  et  qu'il  n'est  qu'un 
icstrumeut  que  nous  appliquons  à  cette 
fonction  importante. 

TRANSFORMATIONS     EMBRYOLOGl  - 
QUES.  Yoy,  Emvbtolocib. 

TRÈFLE,  LUZERNS.  —  jues  anciens  ne 
connurent  point  la  culture  du  trèfle  ;  il  n'est 
point  répandu  dans  les  parties  chaudes  de 
l'Europe,  et  même  il  n'est  connu  en  Allema- 
gne que  depuis  le  xvi'  siècle.  On  cultivait  à 
sa  place  la  luzerne^  medicago  «arira,  autre- 
ment herbe  de  Médie;  elle  était  le  fourrage 
communément  usité  dans  lanliaiiilé;  elle 
pouvait  bien  venir  de  la  Médie,  d'où  elle  a 
tiré  le  nom  qu  elle  porte.  La  luzerne  sauvage 
est  maictenant  une  plante  très-commune 
dans  l'Europe  méridionale. 

THOU  AUDITIF.  Yoy.  Tbou  occiprrjiL. 

TROU  OCaPlTAL  cl  TROU  AUDITIF.— 
On  appelle  trou  occipital  le  point  où  la  co- 
lonne vertébrale  s'articule  avec  la  tête.  Rela- 
tivement à  la  situation  de  ce  trou,  Sœmme- 
ring  a  dit,  mais  sans  être  ailirmatif  à  cet 
égard,  qu'elle  est  un  peu  plus  reportée  en 
arrière  dans  la  race  éthiopienne  aue  dans  la 
caucasique  :  de  telle  sorte  que  la  colonne 
vertébrale  du  nè^e  s'articulerait  plus  en 
arrière  que  chez  les  descendants  de  la  race 
caucasique.  H.  Owen  a  remarqué  que  chez 
l'Européen  adulte  ce  trou  est  place  immé- 
diatement en  arrière  d'une  ligne  transversale 
qui  couperait  en  deux  parties  égales  le  dia- 
mètre antéro-postérieur.  Il  reste  donc  à  sa- 
voir s'il  conserve  cette  position  dans  toutes 
les  races.  Pricliard  l'airirme,  et  dit  avoir  com- 
paré à  cet  égard  la  tête  du  nègre  à  celle  de 
l'Européen. 

La  position  du  irou  auditif  tarie-t-elle 

tirant  les  races    M.  Dureau  de  la  MaUe  a 


sui 


émis  sur  ce  sujet  une  assertion  singulière  : 

Htés  tactiles  des  corp$,  ef  qui  n  est  point  troublé  par 
les  perceptions  vi^ucikfe. 


1427 


TRO 


BICTiaNNAIRE 


jm 


m 


Cesi  que  le  trou  auditif  des  momies^  et  i)ar 
conséquent  des  anciens  Egyptiens,  était  placé 

filus  haut  que  cheai  pous  :  de  sorte  qu'une 
igné  horizontale  menée  de  ce  trou  rers  la 
partie  antérieure  de  la  face  a^tteindrait  la 
région  de  TcmI  sur  les  têtes  d'anciens  Esyf)- 
tiens,  tandis  que  chez  nous  elle  se  rendrait 
à  la  base  du  nez.  La  même  disposition  au- 
rait été  constatée  chez  des  Juifs  non  mélan- 
gés. M.  Dureaa  de  la  ttalle  aflirme  que  si 
MM.  Flourens  et  Dubreuil  n'ont  pas  trouvé 
ce  caractère  sur  les  momies  qu'ifs  ont  exa-^ 
minées,  c'est  que  ces  momies  provenaient 
d'un  pays  où  il  y  avait  eu  mélange  de  vain- 
queurs et  de  vaincus. 

Au  lieu  de  s*occuper  de  U  situation  plus 
ou  moins  élevée  du  conduit  auditif,  d'autres 
personnes  ont  pris  en  considération  sa  situa- 
tion plus  ou  moine  antérieure.  Ainsi  on  a  dit 
que  plus  Fintetligence  est  développée  dans 
les  races  humaines,  plus  le  trou  auditif  est 
voisin  de  l'occiput.  Cette  assertion»  rappro- 
chée de  l'opinion  généralement  admise  tou- 
chant 1^  situation  du  trou  occipital,  va  me 
fourni  KMitière  à  quelques  remarques  critin 
ques  qui,  je  le  suppose,  auront  le  mérite  de 
la  nouveauté. 

Ce  qne  |e  vais  dii^e  à  ce  sujet  montrera 
que  les  corps  savants  accueillent  parfois 
avec  une  singulière  fi^^Hté,  et  consacrent 
en  quelque  sorte,  en  s^abstenant  de  les  sou- 
mettre à  li^  cipitique^  certaines  propositions 
scientifiques  que  le  moindre  èxan^en  eût 
fait  rejeter.  Nous  avons  vu  établir  que  le 
trou  occipital  se  spéculait  dans  les  races  qui 
ttcnnent  un  rang  peu  distingué  sous  le  rapt 
port  de^  l'intelligenoe  et  de  la  civilisation. 
Voici,  en  effet,  ce  que  Virey  lisait  à  la  séance 
^Jc  riuititut  du  25  octobre  1841  :  La  seule 
fositivn  du  trou  occipiiat^  et  son  rapproche- 
ment  au  voile  du  palais  ^  offrent  la  mesure  du 
fedressement  de  Vhomme  et  du  degré  de  per-t 
fection  de  ses  races^  mieux  encore  que  l  ou- 
verture dp  Vangle  facial  de  Camper.  Nous 
(ivojis  vu  affirmer,  d'une  autre  part,  que  le 
iroii  auditif  était  plus  rapproché  de  la  partie 
postérieure  que  de  l'antérieure  de  la  tète, 
dans  Içs  races  qui  ont  porlé  trèsrloin  le 
culte  des  sciences  et  les  progrès  de  la  civili- 
sation. Cette  opinion  est  positivement  énon-. 
vée  par  M.  le  professeur  Dubreuil,  dans  un 
Mémoire^  sur  h  caractère  des  races^  pris  de  la 
tête  osseuse^  mémoire  communiqué  aussi  à 
r Académie  des  sciences. 
Or,  si,  comme  il  résulterait  de  ce  qui  a  été 

(professé  devant  Tlnstitut,  le  trou  occipital  et 
Q  iiçm  aqditijf  se  déplacent  constamment  çn 
sens  inverse:  si  le  pi^emier  se  porte  en  avant 
et  si  le  second  recule  dai^  les  races  intelli* 
gcntes,  si  le  contraire  a  lieu  d^ns  la  race 
éthiopienne,  il  est  clair  que  la  situation  re- 
lative dp  ces  dpux  trous  ne  devra  pas  être  la 
même  dans  une  tète  de  Français  et  dans 
Vine  tête  de  n^gire.  En  additionnant  les  deux 
petites  différences  qui  résultent  de  leur  dé- 


placement ea  sens  invei^se,  on  devra  obtenir 
une  différence  assez  marquée,  poureonûrmer 
la  vérité  des  deux  propositions  que  j'eia- 
mine.  Eh  bien  1  il  n'en  est  rien.  Voici  ce  qui 
a  été  constaté  à  cet  égard.  Une  li^ne  trans-. 
versale,  tirée  de  la  partie  postérieure  d'un 
conduit  auditif  à  l'autre,  sur  une  tète  d'Eu- 
ropéen,, passe  sur  le  bord  antérievr  du  con-  ^ 
tour  du  trou  occipital.  Or,  cette  ligne  passe 
précisément  avi  même  endroit  sur  une  télé 
d*£thiopiei\  t 

Mais,  dira-t-on,  la  double  loi  dont  il  est 
question  pourra-t-elle  au  moins  se  véri&er 

f)ar  la  comparaison  des  têtes  des  brutes  arec 
a  tète  de  1  homme?  Soumettons-la  doac  à  ce 
nouveau  critérium.  Sur  la  tète  de  Torang- 
outans,  le  trou  occipital  ne  siège  pas,  comme 
cliez.  l'homme ,  immédiatement  en  arrière 
d*une  ligne  transversale  qui  couperait  en 
deux  parties  égales  le  diamètre  antéro-pos- 
térieur  :  il  occupe  le  milieu  du  tiers  pust^* 
rieur  de  la  base  du  crflne.  Chose  remarque- 
ble ,  il  conserve  avec  le  trou  auditif  absolu- 
ment le  même  rapport  que  che^  rhommel... 
Je  me  trompe,  il  y  a  une  légère  différence; 
mais  elle  est  précisément  en  senç  in?ersede 
celle  que  nous  aurions  dû  constater  {mot 
confirmer  la  loi  proposée ,  car  la  ligne  tirée 
d'un  conduit  auditii  à  Tautre  empiète  on 
peu  sur  la  partie  antérieure  du  trou  occipi- 
tal. Mais  chez  le  sap^gou  les  deux  trous  ont 
le  même  rapport  que  chez  l'homme.  Donc^ 
s'il  est  bien  vrai  que,  ainsi  que  l'a  démontri 
Daubenton ,  le  trou  occipital  se  recule  de 
plus  en  plus,  dans  les  espèces  animales,  k 
mesure  qu'elles  s'éloignent  davantage  de 
Thomme,  il  ne  l'est  pas  que  le  trou  auditif 
marche  en  sens  inverse.  La  loi  qu'on  a  toolu 
établir  ici  au  profit  de  la  phrénolc^e  est 
fausse,  et  doit  être  remplacée  par  ceue-ri  : 
Le  trou  occipitaly  en  se  déplaçant,  enirmu 
avec  lui  U  trou  auditif.  Et  comment  en  se- 
rait-il autrement?  Le  nerf  acoustique,  qn^  ^ 
répand  dans  le  sens  de  l*ouïe,  ne  ualtMi()3) 
constamment  de  l(i  même  partie  du  système 
nerveux,  et  cette  partie  du  système  nerrew 
n'est-elle  pas  constamment  située  dans  i»^ 
environs  du  trou  occipital?  La  loi  qnejV- 
nonce  ici  se  vérifie  encore  lorsque,  paswnt 
de  Torang-outang  aux  autres  t;fad<irufié>ieN 
on  voit  le  trou  occipital  se  rJacer  à  laf>ari.t 
la  plus  reculée  du  crftoe.  Cepentlant  ici  (« 
observe  deux  variétés  dont  il  serait  |)e4ii-^tn; 
intéressant  de  rechercher  la  cause  :  le  tnii 
auditif  restant  parfois  quelque  peu  enavan! 
du  trou  occipital,  comme  on  l'observe  fh«i 
le  chien,  le  lion,  le  mouton,  le  cerf,  le  (^^ 
val  (chez  celui-ci  l{t  différence  esi  de  piu- 
d'un  pouce),  ou  bien  se  trouvant  an  pes 
plus  reculé  que  chez  Thomme,  comme  on  !<: 
voit  chez  le  sanglier. 
ïSCHUK^TSSCfflS.  Yoy.  Icthtophages. 
TUMULUS  SEPDLCRAUX,  Voy.  Eworsn 
TURCS.  Voy.  Evrofe  modpbkb  ,  SoTiC 
et  Nomades. 


i4tr 


UNI 


D*ANTHROPOLOGIC. 


tW' 


1130 


V 


UBAUHS  (l'abW).  Voy.  Langage. 
UGALYACHMUTZI.  Voy.  Nootea-Colim- 


UGRIENS  ou  «ACE  LGOBiEîisB.  Voy.  No- 
mades. 
UNION  DE  l'ame  et  du  corps.   Voy,  Pdy- 

SIOLOGIE  NTELLECTLELLE. 

UNITE  DE  coMPOsiTiO!!  Orga?(iql£.  Voy. 

A5AT0M1E  COMPABÉE* 

UNITÉ  DE  L'ESPÈCE  HUMAINE. 

l'Diié,  oniié  »l«olae  de  V^ti-te  bn- 
main^,  rX  variété  de  ^es  racles  :  Idle 
«st  Mi  deniii*r  résultai,  la  amelumm 
générale  ci  cenaiae  de  umis  les  faiu 
arquis  sor  Tbisioire  naiorclle  de 
Hiomne.  (FuxrBns). 


lie  sayant  auteur  de  rourrage  Dieu^  Thomme 
H  le  mondé ,  a  résamé  d'une  manière  lucide 
el  pleine  d'intérêt  tes  travaux  les  plus  soH« 
des,  les  recherches  les j)lns décisives  et  les 

Elus  concluantes ,  qui  aient  été  publiés  sur 
I  question  de  l'unité  des  races  humaines. 
Nous  Mi  empruntons  ce  travail  important. 
Quand  on  a  voulu,  dit-il,  discuter  la  ques- 
tion d'unité  ou  de  plurali  té  d'espèce  humaine, 
en Be-eensidérant  que  l'homme  physique, 
on  a  conunis  la  même  faute  philosophique , 
ta  même  erreur  scientifiaue  qu'en  zoologie, 
lorsque ,  laissant  de  côté  le  vérilable  carac- 
tère de  l'animalité ,  la  sensibilité  et  la  loco- 
motilité  oui  en  est  la  conséquence,  on  a  pris 
soit  le  séjour ,  soit  le  genre  de  nourriture , 
soit  les  dents ,  soit  la  couleur  ou  la  qualité 
du  sang  pour  servir  de  base  et  de  principe  à 
ce  qu'on  voulait  être  la  méthode  naturelle. 
0>mme  il  n'y  avait  dans  tous  ces  caractères 
rien  d'animal,  mais  qu'ils  convenaient  pres- 
que tous  aussi  bien  aux  corps  orj^anisés 
Tégétaux  qu'aux  corps  organisés  animaux  , 
quoique  dans  des  degrés  divers,  il  étaitimpos* 
sible  de  constituer  la  science  des  animaux , 
j>uisqu'on  ne  faisait  aucune  attention  à  ce 
qui  fait  que  les  animaux  sont  animaux. 

De  même ,  en  considérant  l'homme  sous 
«e  point  de  vue  fmrement  physique ,  il  est 
ijnpossible  d'arriver  à  aucune  conclusion 
torque ,  à  aucune  démonstration  scientifi- 
c]ue ,  parce  que  les  principes  d^où  l'on  part 
ne  sont  pas  tirés  du  sujet ,  et  qu'ils  ne  peu* 
vent  lui  être  aiipliqués.  En  eObC  le  caractère 
iin|K>rtantde  Inomme,  son  caractère  vrai-> 
ment  naturel ,  c'est  son  âme  ;  le  corps  n*est 
crhez  lui  que  secondaire,  comme  le  séjour,  la 
nourriture  et  le  sang  ne  sont  que  secondai- 
ff-es  dans  l'animal.  Tout  cela,  sans  doute,  est 
nécessaire  à  l'animal  ;  mais  s'il  n'y  avait  que 
e^-ela ,  l'animal  ne  serait  qu'un  v^étal  :  tous 
€'t*s  caractères  secondaires  sont  soumis  à  la 
5^  .^nsibîlité,  !^  l'animalité  et  dominés  par  elle. 
^^^  Thomme  aussi  n'avait  que  son  corps ,  il 
?  serait  qu'un  animal  ;  mais  ce  qui  lo  fait 


homme,  c'est  que  tons  les  caractères  de 
l'animalité  sont  soumis  à  son  intelligence, 
et  dominés  par  elle.  De  même  donc  que  les 
végétaux  sont  distincts  des  minéraux ,  parée 
qu  ils  sont  organisés ,  qu'ils  vivent  et  se 
reproduisent  ;  que  les  animaux  sont  au-des- 
sus des  Tégétaux ,  parce  qu'ils  sentent  et 
qu'ils  se  meuvent  ;  de  même  l'homme',  qui 
est  organisé ,  qui  vit ,  se  reproduit ,  sent  et 
se  meut ,  est  au-dessus  des  animaux ,  parce 
qu'il  est  une  intelligence  active,  libre  et 
morale.  Ici  le  principe  est  le  même ,  il  est 
applicable  dans  toute  son  étendue  à  tous  les 
êtres  créés ,  puisou'il  les  distingue  par  leur 
caractère  le  plus  élevé ,  le  plus  essentiel  ;  on 
ne  peut  donc  pas  plus  confondre  l'homme 
avec  l'animal,  qu'on  ne  peut  confondre  l'ani^ 
mal  avec  le  végétal ,  et  le  végétal  avec  le 
minéral. 
Ce  principe  étant  accepté ,  pour  être  logi- 

Jue  et  suivre  une  marche  vraiment  scienti- 
que ,  il  faut  donc  envisager  la  question  de 
l'espèce  humaine,  non-seulement  sous  le 
point  de  yue  physique ,  mais  plus  encore 
sous  le  point  de  vue  intellectuel  et  moral. 
C'est  ce  que  l'on  n'a  point  fait  assez  jusqu'ici, 
et  c'est  ce  que  nous  devons  faire.  Y  a-t-il 

CIttsieurs  espèces  humaines,  ou  bien  tous  les 
ommes  sont-ils  sortis  d'un  seul  couple? 
telle  est  la  question  que  nous  allons  exami* 
ner  d'abord  au  point  de  Tue  physique. 

L'homme ,  comme  être  organisé ,  est  sou* 
mis  aux  mêmes  lois  que  les  animaux ,.  sauf 
l'empire  de  son  caractère  distinctif,.  l'intelli- 
gence et  la  moralité.  Pour  connattre  vérita- 
blement et  surtout  philosophiquement  l'or- 
ganisation humaine,  il  faut  lui  comparer 
celle  des  animaux  ,  en  tenant  compte  toute- 
fois des  distinctions  importantes  que  nous 
venons  d'établir.  Ce  serait  manquer  à  la 
logique  et  à  la  science  que  de  ne  pas  admet- 
tre pour  l'organisation  humaine  ce  que  l'on 
admet  pour  les  animaux.  Par  exem|)le,  dans 
la  question  qui  nous  occupe ,  il  serait  dérai-* 
sonnable  de  vouloir  exiger  plus  de  preuves 
pour  l'unité  de  l'espèce  humaine,  que  pour 
celle  d'une  espèce  animale  quelconque.  Les 
yariétés  qui  n'empêchent  pas  de  regarder 

Îlnsienrs  races  animales  comme  appartenant 
une  même  espèce,  ne  doivent  pas  non  plus 
empêcher  de  rapporter  à  une  seule  espèce 
toutes  les  variétés  des  races  humaines,  pourvu 
qu'il  n'y  ait  aucun  autre  motif  pour  établir 
la  pluralité  d'espèces.  Jetons  clone  d'abord 
un  coup  d'œil  rapide  sur  les  principales 
modifications  que  l'on  observe  dans  les  races 
d'une  même  espèce  animale ,  afin  de  mieux 
juger  les  mêmes  modifications  dans  les  varié- 
tés ou  races  humaines.  Nous  trouvons  dans 
les  animaux  domestiques  des  espèces  qui  ont 
éprouvé  dans  leurs  formes  des  modifications 
qui  ont  établi  des  races  tellement  distinctes, 
qu'on  pourrait  les  regarder  comme  des  espè- 
ces particulières  de  leur  genre,  si  nous 
n'étions  certains  que  toutes  ces  races  «ppar- 


1431 


UNI 


DICTIONNAIRE 


PM 


iia 


tiennent  à  la  même  espèce ,  et  nou^  ne  les 
voyions  se  former  sous  nos  yeuï. 

L*espèce  cberal  compte  aujourd'hui  une 
trentaine  de  races  bien  distinctes,  et  dont 
plusieurs  sont  si  différentes  dans  leurs  for- 
mes, qu'elles  semblent  être  de3  espèces  par* 
ticulières.  Le  cheyal  arabe,  avec  sa  tète 
c'arrée,  son  encolure  de  cerf,  sa  taille  mé- 
diocre* ses  jambes  fines,  sa  queue  relevée; 
et  le  cheval  ondalou,  avec  son  corps  fluet, 
ses  jambes  allongées  et  flexibles,  aifTèrent 
singulièrement  du  cheval  de  trait,  au  corps 
massif,  à  la  taille  éi)ai$se  et  ramassée,  aui 
pieds  lourds  et  garnis  d'une  touffe  de  lon;;s 
poils.  La  race  hollandaise,  qui  a  cinq  pieds 
et  au  delà,  ne  semble  pas  de  la  même  es- 
pèce que  le  cheval  Japon  qui  n'a  que  trente^ 
trois  ou  tr^qterquatre  pouces.  Dans  presque 
toutes  les  espèces,  le  poil  est  court,  n^ais 
dans  la  race  crépue  d'Asie,  dans  le  cheval 
))askir,  le  pelage  est  composé  de  lon^s  poils 
blancs,  épais  et  frisés,  tandis  que  d'autres 
faces  sont  entièrement  privées  de  pqils. 

En  Egvpte,  en  Perse,  en  Arabie,  à  peine 
si  l'âne  le  cède  au  cheval  en  grandeur,  en 
force  et  en  beauté.  Dans  nos  contrées  froides 
de  TEurope,  il  est  rabougri ,  mal  fait  et 
jipathique.  En  Espagne,  il  en  existe  une 
grande  race  recherchée  pour  la  production 
des  mulets^ 

L'espèce  du  chien  est  une  de  celles  qui 
pffptîat  le  plus  de  variétés.  Tout  le  monde 
connaît  le^  énormes  différences  qu  il  y  a 
entre  1q  dogue  de  forte  race,  avec  sa  tète 
courte  Qt  grosse,  son  front  relevé,  le  déve- 
loppemeqt  de  sa  corpulence,  et  le  lévrier 
dont  le  museau  est  allongé,  la  tète  efTilée, 
le  corps  fluet  et  pliant  comme  un  arc,  Tab- 
domen  rétréci.  Même  le  basset,  avec  ses 
jambes  courtes  et  souvent  torses,  ferait  en- 
core un  contraste  assez  frappant  avec  le 
lévrier  pour,  la  formé  du  corps  ;  cependant 
des  faits  tendent  à  prouver  que  ces  deux 
chiens,  ainsi  que  le  courant,  le  braque,  le 
danois,' ne  sont  que;  des  variétés  d'une  même 
race.  Le  barbet  et  le  chien  turc  sont  encore 
des  formes  qui  semblent  faites  par  opposi- 
tion :  le  pf^mier  a  le  front  très-relevé  et  il 
est  recouvert  d^une  riche  toison  ;  le  second 
fi  la  pçau  nue  et  sa  tète  est  allongée  ;  mais 
qu'il  y  ^  de  distance  du  petit  bichon  à  tète 
roudeu  Qt  comme  voilée  d'une  longue  pe- 
juche  blanche'et  sQveuse,  au  grand  danois, 
par  exemple,  dont  le  poil  est  cpurt  partout 
et  la  t^te  Dien  différente  I 

Il  exista  des  chiens  qui  ont  les  oceilles 
courtes  et  redressées  comme,  celles  du  re- 
nard ;  tels  sont  les  chiens  des  Esquimaux, 
je  chien-loup,  celui  du  berger,  etc.  D'autres 
les  portent  longues,  pendantes  et  chargées 
de  poils,  comme  l'épagneiil,  le  pyrame,  le 
gredin,  etc.  Enfin,  une  race  entière ,  le  do- 

(;uin,  que  l'on  rencontre  fréquemment  dans 
es  rues  de  Paris,  présente  le  caractère  sin- 
gulier d'avoir  la  mâchoire  supérieure  telle  « 
ment  raccourcie  que  les  dents  incisives  de 
l'inférieure  sont  tout  à  fait  en  dehors. 

Sous  le  rapport  de  la  taille,  les  chiens 
offrent  toutes  les  dimensions;  il  y  a  des 


nains  et  des  géants;  pourtant^ toutes  ces 
races  si  variées  peuvent  produire  ensem- 
ble ;  tous  les  chiens  s'accouplent  naturelle- 
ment, et  sans  aucun  secours  de  Fart;  ils 
sqqt  tous  de  la  même  espèce. 

Le  mouton  nous  offre  les  mêmes  variéiés 
de  fondes  survenues  dans  son  espèce,  et 
qui ,  maintenues  par  la  génération,  consti- 
tuent des  races  tout  à  fait  distinctes.  Sans 
parler  du  mouflon  d'Afrique,  de  celui  d'A- 
mérique^ de  l'argali,  habitant  des  steppes 
de  la  Sibérie,  qui  ont  la  taille  et  le  poil  du 
cerf  avec  son  agilité  ;  le  mouflon  de  Gorsi?, 
que  Ton  a  regardé  comme  1^  souche  de  dos 
botes  à  laine,  en  diffère  d'une  manière  tel- 
lement tranchée,  qu'il  n'est  pas  plus  que  les 
précédents  ie  Tespèce  de  nos  moutons. 
Mais  en  restreignant  à  ses  vraies  limites 
l'espèce  mouton,  il  y  a  encore  assez  de  ra- 
riétés.  Le  mouton  morvan,  venu  des  cMes 
de  la  Guinée  et  de  la  Barbarie,  se  distingua 
par  sa  grandeur:  il  est  long  de  quatre  pieds 
et  haut  de  trois  ;  sa  tète  a  neui  pouces  de 
longueur,  ses  oreilles  cinq  et  sa  queue  dii- 
sept  ;  sa  forme  est  e(Qanquée,  son  chanfreio 
brusqué,  ses  cornes  médiocres,  son  cou 
orné  do  longues  pendeloques;  enfin,  il  «e 
fait  remarquer  par  une  crinière  épaisse  qui 
lui  couvre  le  cou  et  les  épaules.  Cette  n» 
se  rapproche  du  mouflon  par  son  poil  court 
et  roide»  et  qui  n'a  rien  de  laineux;  du  resta 
elle  offre  des  individus  de  toutes  les  cou- 
leurs, fauves,  bruns,  blaqcsi  etc. 

Le  mouton  flandrin  ou  du  Teiel  y  qui  pa- 
rait dériver  du  précédent,  se  distingue  i>ar 
sa  laine  très«longue,  et  parce  que  les  hnW 
donnent  constamment  par  année  plusieurs 
agneaux.  Ce  moutoq  est  aussi  très*grand. 

En  Irlande  et  en  Norvège,  il  se  tn^uve,  au 
contraire,  une  race  qui  n  est  que  de  petite 
(aille,  dont  les  cornes  irréguhères  varient 
de  deux  à  six  pouces  et  même  davantage; 
elles  n'ont  qu'une  seule  courbure  en  arrière 
ou  de  côté.  Ce  mouton  a  trois  sortes  de 
poils,  un  jars  très-Ions  et  grossier  en  dehors, 
un  duvet  très  fin  sur  la  peau,  et  une  iaia^ 
grossière  entre  les  deux  ;  tandis  que  sa  tète^ 
sa  queue  et  l'extrémité  de  ^es  janabes  sooi 
couvertes  d'un  poil  court  et  dur.  Sa  couleur 
générale  est  d'un  brun  rougefttre,  mais  ^ 
queue,  courte,  est  noire,  et  sa  poitrine  noi- 
râtre. 

La  race  si  singulière  par  l'énorme  dé^^ 
loppement  de  sa  queue,  a  protiuit  en  soa 
particulier   des  variétés   assez   différente 

f>Our  établir  chez  elle  plusieurs  sous-ra<e5; 
'une  d'elles  a  les  oreilles  pendantes,  m 
laine  tombant  à  grosses  mèches,  des  corne- 
fortes,  qui  cependant  quelquefois  n'eiJ^ 
tent  pas,  et  qui  souvent  sont  quadru|»l*^' 
sa  queue  est  renflée  sur  les  côtés.  On  J 
trouve  en  Barbarie,  en  Ethiopie,  en  Arai-^* 
en  E^^yote,  au  Cap. 

Une  autre,  dans  la  Haute-Eg>Tl^»  «  ^ 
chanfrein  presque  droit,  la  queue  très-»oo- 
gue,  dont  la  loupe  surpasse  en  largeur  « 
corps  de  l'animal.  Au  cap  de  Bonne-fcp^ 
rance,  une  troisième  variété  se  fait  retn^'^ 
quer  seulement  par  la  longueur  de^cs  ^^'♦'■ 


fi:5 


LM 


irA!fTnRorouK;iE. 


CM 


iru 


)es  pendantes,  par  le  conTexité  très-pronon- 
cée du  chanfrein,  le  peu  de  déTeloppement 
de  ses  cornes  et  Textréme  longueur  de  sa 
queue. 

Le  mouton  de  Talacbiet  le  mérinos,  sont 
encore  des  races  parfaitement  distinctes.  En 
France,  la  race  flandrine,  celle  de  Sologne, 
la  berrichonne,  la  roussillonne,  et  celle  de 
nos  petits  moutons  de  Bretagne,  sont  nette- 
ment tranchées  entre  elles.  Dans  la  petite 
race  bretonne,  comme  dans  plusieurs  autres, 
on  Yoit  des  brebis  porter  des  cornes  comme 
les  mAles,  quoique  les  autres  femelles  n'en 
aient  pas  ordinairement. 

L^esfièce  de  la  chèvre  offre  également  des 
races  nombreuses  et  extrêmement  variées  ; 
i'égagre  du  Caucase,  la  chèvre  de  Syrie,  celle 
d'Angora,  de  Cachemire  ;  la  chèvre  de  Wi- 
dah,  en  Guinée  ;  la  chèvre  imt>erbe,  celle 
d*Afrique  ;  le  bouc  de  la  Haute- ^ypte. 

Dans  Tespèce  bœuf,  il  y  a  des  races  pour- 
vues de  cornes  et  d'autres  qui  en  sont  pri- 
Tées  ;  dans  la  partie  septentrionale  de  i  Is- 
lande, toutes  les  vaches  qu'on  nourrit  avec 
du  poisson  séché,  faute  d'herbases,  man- 
quent de  cornes  ;  tandis  gue  celles  de  la 
Grtie  méridionale  de  cette  Ue  en  ont  comme 
»  nôtres.  Les  bœufs  du  Jutland,  ceux  des 
fies  les  plus  septentrionales  de  TEcosse,  per- 
dent de  même  leurs  cornes.  Des  buffles  sans 
cornes,  venus  de  la  Chine  à  Moscou,  s'y  pro- 
pagent aussi  bieu  que  dans  leur  pays.  On 
en  trouve  aussi  à  Madagascar  et  en  Afrique. 
Ces  races  sans  cornes  étaient  très-ancienne- 
Tuent  connues  {èk5).  Ainsi  le  genre  de  nour- 
riture et  le  climat  font  perdre  les  cornes  aux 
hiEuIs  ;  le  même  phénomène  a  lieu  pour  les 
nioutons,  dont  les  uns  n'ont  point  de  cornes, 
les  autres  en  ont  quatre  et  même  six. 

Parmi  les  bceufs,  les  plus  grandes  races 
atteignent  jusqu'à  six  pieds  au  garrot  ;  d'au- 
tres, au  contraire,  ne  surpassent  pas  la 
hauteur  de  nos  boucs.  La  race  à  bosse  grais- 
seuse, connius  sous  le  nom  de  xébu^  qui  ha- 
bita l'Inde,  la  partie  méridionale  de  la 
Perse,  l'Arabie,  l'Afrique  située  an  midi 
de  l'Atlas  jusqu'au  Cap,  a  éprouvé  à  elle  seule 
plusieurs  modifications  qui  se  sont  main- 
tenues dans  la  grandeur,  la  couleur,  l'ab- 
sence ou  la  présence  des  cornes.  Tandis 
qu'une  de  ces  variétés  est  si  grande  que  sa 
loupe  graisseuse  peut  peser  jusqu'à  cin- 
quante livres,  une  autre  ne  dépasse  pas  la 
taille  de  nos  veaux  ordinaires.  A  Surate, 
une  race  a  pour  caractère  particulier  d*avoir 
contracté  deux  l>osses. 

Le  cochon  offre  un  très-grand  nombre  de 
irariétés  ;  le  lapin,  le  chat  même,  en  ofIre*it 
lin  certain  nombre  aussi,  quoique  plus 
restreintes. 

Les  oiseaux,  quoique  moins  susceptibles 
d'éprouver  des  variétés  que  les  mammifères, 
en  présentent  ce{>endant  d'assez  différentes: 
la  |;ouIc,  par  exemple,  a  ses  races  de  géants 
et  de  nains,  avec  des  plumages  de  toutes 

m'}  Camper  {(lEuvrcf  de),  ton.  1",  pag.  SW  cl 

rz'ir 


nuances  ;  il  en  est  de  même  du  Cusan. 

Le  passage  des  anîmaux  domestiques  ) 
l'état  sauvage  non-seulement  achève  de 
rendre  indubitable  qu'une  espèce  peut 
éprouver  des  modifications  dans  sa  forme, 
mais  il  prouve  de  plus  que  cela  se  fait  eu 
très-peu  de  temps.  Un  demi  siècle  a  suffi  en 
Colombie,  pour  fiiire  perdre  à  notre  cochon 
domestique  tous  les  caractères  de  la  domes- 
ticité, et  prendre  les  allures  du  sanglier  et 
même  des  plus  (vononcées ,  puisque  son 
poil  est  crépu,  ou  même  qu'il  le  perd  com- 

Elétement.  Le  mouton ,  la  chèvre,  le  boeuf, 
$  cheval,  qui  ont  été  transportés  au  non  veau 
monde  par  les  Européens,  y  ont  acquis  de 
nouveaux  caractères  qui  les  distinguent  de 
leurs  ancêtres  bien  connus.  On  peut  en  dire 
autant  du  chien,  qui  lui  même  est  devenu 
sauvage  en  Amérique. 

Les  animaux  sauvages,  bien  que  moins 
sujets  aux  variétés,  donnent  pourtant  des 
races  distinctes. 

L'ours  brun  présente  des  variétés  assez 
distinctes  pour  qu'on  ait  voulu  en  faire  des 
espèces,  mais  sans  aucun  fondement.  L^ 
lion  de  l'Atlas  surpasse  far  sa  grandeur  ce- 
lui du  Sénégal;  les  renards  et  les  loups  sont 
|:4us  grands  dans  le  nord  de  l^urope  que 
dans  le  sud  de  cette  partie  du  monde. 

On  peut  dire  hardiment  qu'il  n>  a  pas 
une  seule  espèce  animale  qui  n'offre  des 
variétés,  et  plus  on  s'élève  dans  l'échelle 
animale,  en  se  rapprochant  de  la  domesti- 
cité, !ilus  ces  variétés  sont  nombreuses  {8M) 

£n  résum:^,  la  même  espèce  animale  prè* 
sente  des  races  qui  diffèrent  notablement 
entre  elles  :  f  dans  la  tête  :  son  développe^ 
ment,  les  proportions  de  ses  parties,  l'é- 
tendue et  lélévation  du  front,  la  longueur 
et  le  développement  des  parties  de  la  face; 
â*  dans  la  taille  générale  du  corps,  et  dans 
les  proportions  de  chacune  de  ses  parties, 
comme  les  oreilles,  les  jambes  et  la  queue  ; 
3*  dans  le  pelage,  qui  varie  pour  la  couleur, 
la  lonsueur,  la  finesse  du  poil,  qui  affecte 
aussi  la  forme  crépue,  qu^  même  est  souvent 
absent ,  aussi  bien  que  1^  cornes  ;  hr  dans 
le  nombre  des  produiU  de  la  génération  par 
dhaque  portée,  et  dans  le  nombre  des  portées 
par  chaque  année.  Toutes  ces  différences 
pourtant  n'empêchent  pas  et  ne  peuTent 
empêcher  de  considérer  toutes  ces  rac<^ 
avec  leurs  variétés  comme  appartenant  à  la 
même  espèce  naturelle. 

Quand  même  donc  nous  trouverions  les 
mêmes  variétés  dans  les  races  de  T'espèc^ 
humaine,  nous  devrions  en  conclure,  pour 
être  logiques ,  que  cela  m'empêche  pas  de 
n'admettre  qu'une  seule  espèce  ;  mais  si 
nous  trouvons  moins  de  variétés,  avec  ce-, 
pendant  plus  de  causes  de  modifications,  il 
semble  qu'il  soit  impossible  de  se  refuser  h 
confesser  qu'il  n'y  a  qu'une  seule  espèce  hu- 
maine. 

Dans   l'impossibilité  d'établir   plusieurs 


(846)  On  pevi  consetler  VEx4tmem  érs  qmfMtiotu 
iàemUf^ês  de  tfiqe du  monéf,  par  M.  laNc  topr- 
LB't5,  ùo^  t*:ll^•mc^:•  cin. 


ÎW 


UNI 


DiCTIONNAIRB 


«NI 


ïm 


espèces  dans  le  genre  humaio,  par  le  fait  d*une 
or^nisalioa  essentiellement  différente;  il 
suturait  pour  résoudre  la  question  en  faveur 
de  Tunité,  de  montrer  que  les  différences 
çntre  les  races  humaines  peuvent  survenir 
dans  une  mém'^  espèce,  sans  qu*il  soit  be- 
soin de  montrer  quand,  ni  par  quelle  cause, 
de  pareils  changements  ont  pu  s'opérer. 
Mais  ce  travail  était  trop  difficite,  troc  long 
et  surtout  peu  chanceux  pour  des  opinions 
préconçues.  Pour  nous,  qui  sommes  guidés 
par  d'autres  princi^)es,  nous  ne  devons  crain- 
dre ni  le  travail,  m  Tanalyse  des  faits. 

Les  naturalistes  les  plus  compétents  n'ont 
pas  craint  de  n'admettre  qu'une  seule  espèce 
humaine,  le  grand  Buffon  à  leur  tète.  Blii- 
Rienbachne  connaissait  qu'une  seule  espèce 
et  admettait  cinq  races;  Camper  n'admettait 
aussi  qu'une  seule  espèce;  Cuvier  n'admet 
non  plus  qu'une  seule  espèce  et  trois  races  ; 
M,  Etienne-Geoffroy  Saint-Hilaire  a  consacré 
une  ou  deux  leçons,  dans  ses  cours,  à  dé- 
montrer que  l'espèce  humaine  est  unique  et 
qu'elle  doit  être  séparée  desanimaux  (8il^7); 
(:  est  aussi  la  thèse  de  M.  de  Blainville.  Tous 
les  grands  naturalistes  n'admettent  donc 
qu'une  seule  espèce  et  en  général  trois  races, 
.savoir:  l*"  La  race  caucasique  distinguée  par- 
ticulièrement par  la  beauté  de  l'ovale  que 
forme  la  tète  et  par  la  blancheur  de  la 
peau*  2*  La  race  jaune  ou  mongolique,  qui 
commence  à  l'orient  du  rameau  tartare  de  la 
race  caucasique.  Ses  caractères  sont  d'avoir 
des  pommettes  saillantes,  un  visage  plat,  des 
yeux  étroits  et  obliques,  des  cheveux  droits 
et  noirs ,  une  barbe  çrêle,  un  teint  olivâtre. 
Cette  race  comprend  les  Chinois,  les  Mant- 
choMX,^  les  Japonais,  les  Kalmouks,  les  Kal- 
kas  nomades.  On  y  joint  aussi  les  habitants 
des  îles  Mariannes  et  des  Iles  de  l'Archipel 
indien.  S**  La  race  noire,  conûnée  au  midi  de 
TAtlas,  et  répandue  depuis  le  Sénégal  jus- 
qu'au cap  Négro ,  caractérisée  par  son  teint 
noir,  ses  cheveux  crépus,  son  nez  eèrasé, 
son  museau  saillant  et  ses  grosses  lèvres. 

Ce  serait  une  erreur  grave  de  croire  que 
toutes  les  variétés  de  ces  races  sont  aussi 
tranchées  les  unes  que  les  autres;  il  y  a  des 
nuances  telles  qu'il  est  assez  difficile  de  dis- 
tinguer le  passage  d'une  race  à  une  autre,  et 
souvent  même  impossible.  Ce  n'est  que 
dans  les  points  extrêmes  que  le  caraetère  est 
nettement  tranché. 

Pour  mettre  plus  de  méthode  et  de  clarté 
dans  nos  investigations,  nous  étudierons  les 
peuples  des  cinq  parties  du  monde,' en  com* 


che  à  l'Amérique,  puis  l'Afrique,  et  enfin 
rOcéanie.  Cette  marche  nous  permettra  de 
mieux  apercevoir  les  nuances  et  de  les  mieux 
constater. 

L  Europe.  —  L'Europe  est  comprise  entre 
le  35*  et  le  T2r  de  latitude  nord  ;  elle  est  bor- 

(847)  On  a  calomnié  M.  Saint-Hilaire  quand  on  a 
dit ,  dans  une  de  ses  biographies,  qu^il  admetlaît 
deui  espèces  humaines.  Les  analyses  de  ses  pre^' 


née  au  nord ,  par  l'Océan  glacial  ajKtîque,  \ 
l'ouest  par  TOcéan  atlanlioue,  au  sud  par  la 
mer  Méditerranée,  la  mer  noire,  les  chakios 
du  Caucase  et  la  mer  Caspienne  ;  à  l'est,  par 
la  mer  Caspienne  et  les  monts  Ourals.  Sous 
le  point  de  vue  qui  nous  occape,  on  peut  la 
partager  en  trois  zones  ou  bandes  :  la  l)an(ie 
nord ,  la  bande  moyenne  et  la  bande  méri- 
dionale. La  bande  nord  comprend  depuis 
la  Laponie  jusqu'au  Danemark;  la  bande 
moyenne  depuis  le  Danemark  jusqu'à  TEs- 

egne  et  l'Italie,  qui  sont  comprises  dans  la 
nde  méridionale.  La  Russie  peut  être  con- 
sidérée comme  appartenant  aux  trois  bandes. 

!•  Bande  nord.  —  Les  Lapons,  les  Danois, 
les  Suédois,  les  Moscovites,  appartiennent  à 
une  même  variété  ;  ils  habitent  un  climat 
glacial  et  malsain ,  vivent  de  chasse  ou  de 
pô<!he;  les  Lapons  ont  le   visage   large  et 

{dat,  le  nez  écrasé,  l'iris  de  l'œil  jaune  brun, 
es  paupières  retirées  vers  les  tempes,  les 
joues  élevées ,  la  bouche  très-grande,  le  bas 
du  visage  étroit,  les  lèvres  grosses  et  rele- 
vées, la  tète  grosse,  les  cheveux  noirs  et 
lisses,  la  peau  basanée  :  la  plupart  n'ont  qua 
quatre  pieds  de  hauteur,  et  les  plus  grands 
n'en  ont  que  quatre  et  demi. 

Les  Ostiaks  et  les  SarooïèJes  se  rappro- 
chent beaucoup  des  Lapons ,  et  se  lient  aux 
Tongouses. 

Les  Danois  et  les  Suédois  habiteni  un 
pays  déjà  plus  tempéré  ;  ils  sont  grands  et 
assez  bien  faits,  leurs  cheveux  sont  d'un 
blood  jaune  et  leur  teint  assez  clair.  Ds  pa.^- 
sent  pour  vivre  longtemps ,  surtout  les  Sué^ 
dois.  Les  Goths  sont  de  haute  taille,  ils  ont 
les  cheveux  lisses,  d'un  blond  argenté,  e< 
l'iris  de  l'œil  bleuâtre.  Les  Finois  ont  le  coq^s 
musculeux  et  charnu,  les  cheveux  blonde- 
jaunes  et  longs,  et  Tiris  de  l'œil  jauae  foncé, 
approchant  des  Lapons. 

Les  Moscovites  étaient  presqrue  barbares 
encore  avant  le  czar  Pierre  le  Grand  ;  leurs 
mœurs  étaient  à  peu  près  celles  des  Lapons  : 
aujounrhui  qu'ils  sont  civilisés,  ils  cultivent 
les  arts  et  1m  sciences.  Les  Ingriens  et  les 
Caréliens,  qui  habitent  les  provinces  se|»- 
tentrionales  de  la  Moscovie  et  qui  sont  le^ 
naturels  du  pays  des  environs  de  Péter<- 
bour^,  sont  des  hommes  vigoureux  et  d^une 
constitution  robuste;  ils  ont  pour  la  plupart 
les  cheveux  blonds  ou  blancs;  ilsres^env 
blent  assez  aux  Finois,  que  nous  avons  tu> 
se  rapprocher  des  Lapons, 

2*  Bande  moyenne.  —  Les  hommes  à  «'lie- 
veux  noirs  et  bruns  sont  encore  rares  er 
Angleterre,  en  Flandre,  en  Hollande  et  éèu^ 
les  provinces  septentrionales  de  rAllema- 
gne.  Le  teiixt  de  tous  ces  peuples  est  à  peu 
près  le  mèmcv  leur  taille  est  généralement 

Î;raDde.  La  France  se  lie  à  ces  peuples  par 
e  nord ,  mais  à  tpesure  qu*on  descend  ws 
le  midi,  le  teint  devient  plus  basané,  les  che- 
veux plus  noirs,  Iva  taille  plus  petite,  et  le< 


miers  cours,  où  il  en  h  à  traiter  eeUe  quesliôa, 
tiennent  la  doctrine  ^t\  Tunilé  dVî^pccc  ol  rHÎe  *j^ 
riiomme  n'e&t  pas  un  animal. 


<i37 


1}!fl 


D^ANTHROPOLOGIE. 


CM 


tl5S 


Franems  méridicMiaax  se  lient  ainsi  aax  peu- 
ples de  la  troisième  liande. 

La  Prusse  et  rAutriche  appartiennent  à 
cette  seconde  bande,  qui  se  lie  par  TAu- 
triche  méridionale  à  lltalie. 

3*  Bamde  méridianaiê.  —  Les  Grecsf,  les 
Napolitains ,  les  Siciliens,  les  habitants  de 
la  Corse,  de  la  Sardaigne  et  les  Espagnols, 
étant  situés  à  peu  près  sous  la  même  paral- 
lèle sont  assez  semblables  pour  le  teint  ; 
tons  ces  peuples  sont  plus  basant  que  les 
Français  et  les  peuples  du  Nord. 

Les  Grecs  de  la  partie  septentrionale  sont 
fort  blancs  ;  ceux  des  Iles  ou  des  prOTinces 
méridionales  sont  bruns. 

Les  Espagnols,  maisres  et  assez  petits,  ont 
la  taille  fine,  la  tète  belle,  les  traits  réguliers, 
les  jeux  beaux,  les  dents  assez  bien  rangées; 
mais  ils  ont  le  teint  jaune  et  basané  et  les 
chereux  quelquefois  frisés.  Les  enfants  nais- 
sent fort  blancs;  mais  en  grandissant  leur 
teint  change  d*une  manière  surprenante; 
1  air  les  jaunit,  le  soleil  les  brûle,  et  il  est 
aisé  de  distinguer  un  Espagnol  de  toutes 
les  autres  nations  européennes.  On  a  re- 
marqué que,  dans  quelques  provinces  d*Es- 
pame,  comme  aux  environs  de  la  rivière  de 
PiJassoa,  les  habitants  ont  les  oreilles  d*une 
grandeur  démesurée. 

Telles  soni  les  principales  nnances  que 
présentent  les  divers  peuples  de  l'Europe  ; 
ces  nuances  se  continuent,  d*une  part  par  le 
uord  et  Test,  avec  1* Asie  ;  de  Tautre ,  par  le 
midi,  avec  l'Afnqne. 

IL  ASK.  —  L'Asie  s'étend  depuis  l'équa- 
teur  jusqu'à  76*  de  latitude  nord.  Elle  peut 
se  diviser  en  région  glaciale ,  gui  comprend 
TAsie  septentrionale,  la  Sibérie  ou  Russie 
d'Asie  ;  la  région  centrale,  qui  comprend 
rimmense  plateau  de  la  Tartarie;  la  re^on 
orientale  qui  comprend  la  Mongolie,  la  Tar- 
tane chinoise  et  la  Chine  ;  la  région  occi- 
dentale, qui  comprend  les  pays  situés  au- 
tour de  la  mer  Caspienne,  de  la  mer  Noire, 
d  ^  la  Méditerranée  et  le  golfe  Persique  ;  la 
région  méridionale,  qui  comprend  Tlnde  et 
rAraliie. 

1*  AsiesepienManak.  —  Les  Tartares  sep- 
tentrionaux sont  regardés  par  Buffon  comme 
appartenant  h  la  variété  Laponne,  sous  tous 
les  rapports. 

2*  Asie  centrale.  —  Elle  est  habitée  par  les 
Tartares.  Cette  nation  est  répandue  dans 
toute  l'étendue  de  terre  oui  est  depuis  la 
Jlussie  jusqu'au  Kamtschatka.  Les  Tartares 
l>oment  la  Chine  du  cAté  du  nord  et  de 
Touest;  les  royaumes  de  Boutan,  d'Ava, 
I*empire  du  Mogol  et  celui  de  Perse,  jusqu'à 
la  mer  Caspienne,  du  côté  du  nord  :  ils  se 
sont  aussi  répandus  le  long  du  Volga  et  de 
la  cAle  occidentale  de  la  mer  Caspienne  ;  ils 
ont  pénétré  jusqu'à  la  cAte  septentrionale 
de  la  mer  Noire,  et  ils  se  sont  établis  dans 
la  Crimée  et  dans  la  petite  Tartarie,  près  de 
la  Moldavie  et  de  TLkraine.  Tous  ces  peu- 
ples ont  le  haut  du  visage  fort  large  et  ndé , 
xiiéme  dans  leur  jeunesse  ;  le  nez  court  et 

ros,  les  yeux  petits  et  enfoncés,  les  joues 
rt  élevées,  le  bas  du  visage  étroit,  le  men- 


ton long  et  avancé,  la  mâchoire  supérieure 
enfoncée,  les  dents  longues  et  séparées,  les 
sourdls  gros,  couvrant  les  yeux,  les  paupiè- 
res épaisses,  la  iace  plate ,  le  teint  basané  et 
olivâtre,  les  cheveux  noirs  ;  ils  sont  de  sta- 
ture médiocre,  mais  très-forts  et  très-robus- 
tes ;  ils  n'ont  que  peu  de  l)arl>e,  et  elle  est 
]Mir  petits  épis  connne  celle  dos  Chinois.  Ils 
se  lient,  d'une  part ,  aux  Tartares  septen- 
trionaux, qui  eux-mêmes  se  rattaclient  aux 
Lapons,  et  de  l'autre  aux  Chinois.  Mais  il  y 
a  parmi  les  Tartares  eux-mêmes  de  très- 
grandes  variétés  ;  les  principales  sont  les 
Tartares  kalmouks  ,  les  plus  difformes  ,  et 
après  eux,  les  plus  laids  sont  les  Tartares  du 
Daghestan  ;  les  Tartares  nogais  qui  habitent 
près  de  la  mer  Noire,  sont  moins  laids.  A 
mesure  qu'on  avance  vers  l'Orient ,  dans  la 
Tartarie  indépendante,  les  traits  des  Tarta- 
res se  radoucissent  un  peu,  mais  les  carac- 
tères essentiels  à  leur  race  restent  ti)ujours  ; 
et  enfin  les  Tartares  mantchoux,  qui  ont 
conquis  la  Chine,  et  qui,  de  tous  ces  peu- 
ples, étaient  les  plus  policés ,  sont  encore 
aujourd'hui  ceux  gui  sont  les  moins  laids  et 
les  moins  malfatts  ;  ils  ont  cependant , 
comme  tous  les  autres  ,  les  yeux  petits,  le 
visage  large  et  plat,  peu  de  barbe  mais  tou- 

('ours  noire  ou  rousse  ;  le  nez  écrasé  et  court, 
e  teint  basané  ,  mais  moins  olivâtre.  Les 
peuples  du  Thibet  et  des  autres  provinces 
méri^onales  de  la  Tartarie  sont,  aussi  bien 
que  les  Tartares  voisins  de  la  Chine,  beau- 
coup moins  laids  que  les  autres. 

Asie  orieniale.  —  Le  sang  tartare  s'est 
mêlé,  d'une  part  avec  les  Chinois,  et  de 
l'autre  avec  les  Russes  orientaux,  et  ce  mé- 
lange n*a  pas  fait  disparaître  en  entier  les 
traits  de  cette  race  ;  car  il  y  a  parmi  les 
Moscovites  t>eaucoup  de  visaçes ,  de  tailles 
et  de  formes  tartares.  Les  Cninois,  d'après 
toutes  les  descriptions  des  voyageurs ,  pa- 
raissent être  de  la  même  race  que  les  Tar- 
tares; ils  ont  les  membres  bien  proportion- 
nés, et  sont  gros  et  gras  généralement  ;  ils 
ont  le  visage  large  et  rond ,  les  yeux  petits, 
les  sourcils  grands,  les  paupières  élevées,  le 
nez  petit  et  écrasé  ;  d  autres  disent  assez 
lar^^e  et  élevé  dans  le  milieu  ;  ils  ont  les  lè- 
vres assez  déliées,  peu  de  barbe,  le  teint 
couleur  de  rendre  ,  Tes  cheveux  noirs.  Ceux 
qui  habitent  les  provinces  méridionales  sont 

(ilus  bruns  et  ont  le  teint  plus  basané  que 
es  autres  ;  ils  ressemblent  par  la  couleur 
aux  peuples  de  la  Mauritanie  et  aux  Espa- 
gnols les  plus  basanés,  au  lieu  gue  ceux^  qui 
habitent  les  provinces  du  milieu  de  l'em* 
pire  sont  blancs  comme  les  Allemands. 

Les  Japonais  sont  assez  semblables  aux 
Chinois  pour  qu'on  puisse  les  regarder 
comme  ne  fiiisant  quune  seule  et  même 
race  dliommes  ;  ils  sont  seulement  pms 
jaunes  ou  plus  bruns,  parce  qu'ils  habitent 
un  climat  plus  méridional  ;  ils  out  la  taille 
ramassée,  le  visage  lar^e  et  plat,  le  nez  de 
même  ,  les  yeux  petits,  peu  de  barbe,  les 
cheveux  noirs.  Les  Co«Aiinchinois  et  les 
Tonquinois  ap|»artiennent  à  cette  même 
race,  et  diffèrent  peu  des  Chinois. 


14S9 


1}>H 


DiCTlONNAlAE 


m 


tliO 


VAsie  méridionale  comprend  d*abord  les 
indiens  et  les  peuples  des  îles  voisines  ;  l^s 
Indiens  ont  le  teint  basané,  tirant  parfois 
sur  le  rouge ,  le  visage  plat  et  ovale.  Les 
Siamois,  les  Pékans,  les  habitants  d*Ara- 
can,  de  Laos,  etc.,  se  rapprochent  beaucoup 
des  Chinois.  Les  Siamois ,  suivant  Lalou- 
bère,  ont  le  corps  bien  fait  ;  la  figure  de 
leur  visage  tient  moins  de  Tovale  que  du 
losange  ;  il  est  large  et  élevé  par  le  haut  des 
joues,  et  tout  d*un  coup  leur  front  se  rétré- 
cit et  se  termine  autant  en  pointe  que  leur 
menton  ;  ils  ont  les  yeux  petits  et  fendus 
obliquement,  le  blanc  de  Tœil  jaunitre  ,  les 
joues  creuses,  parce  qu^elles  sont  trop  éle* 
vées  par  le  haut;  la  bouche  grande  ,  les  lè- 
vres grosses  et  les  dents  noircies  ;  leur 
teint  est  grossier  et  d'un  brun  mêlé  de 
rouge,  d'autres  voyageurs  disent,  d'un  gris 
cendré.  Ils  ont  le  nez  court  et  arrondi  par  le 
bout,  les  oreilles  plus  grandes  que  les  nô- 
tres, et  ils  les  travaillent  pour  les  allonger. . 
Les  habitants  de  Pounahtan  ont  le  teint 
jaune  comme  les  Brésiliens.  Les  Javanais, 
comme  les  Malais,  sont  de  couleur  rouge 
mêlée  de  noir;  ils  ont  le  visage  plat,  les 
joues  pendantes  et  gonflées  ,  les  sourcils 
gros  et  inclinés,  les  yeux  petits,  la  barbe 
nuire  ;  ils  en  ont  fort  peu  et  très-peu  de 
cheveux ,  qui  sont  courts  et  très  noirs.  Les 
Lettres  édifiantes  disent  que  les  Javanais 
sont  d'un  rouge  pourpré  ,  ce  qui  revient  as- 

.  sez  à  la  couleur  rouge  mêlée  de  nQir.  Ces 
peuples  font  le  passage  aux  habitants  de  la 
presqu'île  de  Malacca  et  de  l'Ile  de  Sumatra, 
qui  sont  noirs,  petits,  vifs  et  bien  propor- 

,  tiennes  dans  leur  petite  taille.  Il  y  a  chez 

ces  peuples  des  albinos  nyctalopes,  connus 

sous  le  nom  de  Chacrelas^  et  analogues  des 

albinos  nègres 

Les  habitants  de  Bornéo  et  de  Baly  ont  le 

.  teint  plutôt  noir  que  bazané  ;  mais  d'autres 
voyageurs    disent  qu'ils  sont    seulomeul 

,  bruns  comme  les  autres  Indiens. 

Tous  ces  détails  nous  montrent  donc  qu'il 
V  a  un  passage  presque  insensible  de  la  cou- 
leur blanche  à  la  couleur  jaune,  de  la 
jaune  à  l'olivâtre,  de  celle-ci  a  la  basanée, 
de  la  basanée  à  la  rouge  pourprée  ou  mêlée 
de  noir  ;  de  celle-ci  enfin  à  la  couleur  noire 
de  Sumatra  et  de  Malacca ,  qui  conduit  aux 
noir^  des  lies  Manilles  et  Philippines ,  dont 
quelques-uns  ont  les  cheveux  crépus  comme 
les  noirs  d'Angola ,  tandis  que  les  autres  les 
pnt  lones. 

Les  Mogols,  sur  lesquels  nous  devons  re* 
yenir,  présentent,  avec  les  Bengalais ,  d'au- 
fres  nuances  :  les  premiers  sont  olivâtres 
et  tiennent  beaucoup  aux  Chinois  ;  les  Ben- 
galais sont  plus  jaunes.  Les  habitants  de  la 
côte  de  Coromandel  sont  plus  noirs  que  les 
Bengalais,  et  ceux  du  Malabar  sont  encore 
plus  noirs  ;  ils  ont  tous  les  cheveux  noirs , 
lisses  et  fort  lonxs  ;  ils  sont  de  la  taille  des 
Européens.  Les  habitants  de  Ceylan  ressem- 
blent assez  à  ceux  de  la  côte  du  Malabar  : 
ils  ont  les  oreilles  aussi  larges ,  aussi  basses 
et  aussi  pendantes;  ils  sont  seulement* 
moins  noirs,   quoiqu'ils  soient  cependant 


.lort  basanés.  Les  autres  Indiens  sont  plos 
ou  moins  jaunes  ou  olivâtres.  Les  Perses 
qui  avoisinent  l'Inde,  participent  aui  kx- 
mes  et  à  la  couleur  des  Indiens.  Comme  le 
climat  de  la  Perse  est  extrêmement  Tarié, 
on  y  trouve  des  nuances  de  couleur  en  rap^ 
port;  les  Perses. sep tentrionaui sont blanc^ 
tandis  que  les  méridionaux  sont  jaunes  et 
basanés. 

Asie  occidentale, — Les  peuplesde  la  Perse, 
de  la  Turquie,  de  l'Arabie,  de  l'Egypte el 
de  toute  la  Barbarie  peuvent  être  regarda 
comme  une  même  nation,  qui,  dans  le 
temps  de  Mahomet  et  de  ses  successem^, 
s'est  extrêmement  étendue ,  a  enyahi  des 
terrains  immenses ,  et  s'est  prodigieusement 
mêlée  avec  les  peuples  naturels  de  tous  ce& 
pays.  Ces  peuples  relient  l'Asie  ^vec  VEu- 
rope  par  la  Grèce ,  et  se  r^^ttachent  de  l'autre 
côté  avec  l'Afrique,  Les  Arabes,  qui  ont  le 
teint  couleur  de  cendre  ou  fort  basané,  res< 
semblent  par  la  forme  aux  Abyssioa. 

Nous  ne  partpns  point  des  luifs,  qui, 
quoique  ne  se  mésalliant  jamais ,  ont  \m> 
tant  pris  la  couleur  et  les  formes  des  çajs 
qu'ils  habitent  depuis  longtemps  :  ainsi,  il 
y  a  des  Juifs  blancs,  comme  ceux  d'Alle- 
magne et  de  Pologne  ;  il  y  en  a  de  basanés 
en  Portugal;  il  y  en  a  même  de  noirs  aui 
Indes  et  en  Ethiopie ,  etc. 

III.  Amébiqub.  —  L'Amérique ,  la  plus 
grande  des  cinq  parties  du  monde,  est  situéj 
entre  le  56'  de  latitude  sud  et  le  5*7*  de  ln^ 
titude  nord.  Son  climat  est  généraleme&l 
moins  varié  que  celui  des  autres  parties  dû 
monde. 

Les  Groënlandais ,  les  sauvages  oui  habi- 
tent au  nord  des  Esquimaux,  sont  les  peu- 
Files  les  plus  septentrionaux  de  l'Amérique. 
Is  appartiennent  aux  Lapons  pour  la  taille, 
les  formes,  le  teint  et  les  mœurs;  lesLv 
pons,  les  Samoïèdes,  les  Tartares  septen- 
trionaux, les  Groënlandais ,  les  Esquimaui 
ont  tous  le  visage  larse  et  plat ,  le  nez  cdt 
mus  et  écrasé ,  Fiiis  de  l'œil  jaune ,  brun  el 
tirant  sur  le  noir,  les  paupières  retirées 
vers  les  tempes ,  la  tête  grosse ,  les  cheyeui 
noirs  et  lisses;  et  la  peau  basanée.  Us 
Samoïèdes  sont  plus  trapus  et  plus  basanés 
que  les  Lapons;  les  Groënlandais  encore 

Elus  basanés ,  sont  couleur  d'olive  foncée. 
es  sauvages ,  qui  sont  au  nord  des  Esqui- 
maux ,  et  même  dans  la  partie  septentrio;' 
nale  de  l'île  de  Terre-Neuve,  ressembleuù 
ces  Groëlandais  :  ils  sont,  comme  eux,  (k 
très-petite  stature  ;  leur  visage  est  large  el 
plat,  leur  nez  camus,  leurs  veux  plusgroi 
que  ceux  des  Lapons.  Ainsi  donc  lEurofCi 
1  Asie  et  l'Amérique  offrent  au  nord  \<^^ 
mômes  traits ,  les  mômes  formes  el  les  IL^ 
mes  couleurs. 

Au-dessous  de  ces  sauvages,  répanujfî 
dans  les  parties  les  plus  septentrionales  ai 
l'Amérique,  on  trouve  d  autres  sauvages 
plus  nombreux  et  tout  différents  des  piv- 
miers  :  ce  sont  ceux  du  Canada  et  de  toutf 
la  profondeur  des  terres.  Tous  assez  graD>. 
robustes  et  assez  bien  faits,  il  ontleschf- 
veux  et   les   yeux  aoirs,    les  dénis  If^ 


fUI 


u!a 


D-aSTUROPOLiOGIE. 


IM 


H;i 


blanches*  le  teint  basané,  pen  de  barbe»  et 
point  ou  iNresqae  point  de  poil  en  aucune 
partie  du  eorpa  ;  enfin,  m  ressemblent 
si  fort  aux  Tar4ares  orientaux,  par  la. 
couleur  de  la  peau  rouge,  des  cbeyeux  et 
lies  'yeux,  par  le  peu  de  barbe  ou  de  poil, 
et  aussi  par  le  naturel  et  les  mceurs,  qu'on 
les  croirait  issus  de  cette  nation,  si  on  ne 
les  regardait  pas  comme  séparés  les.  uns  des 
autres  par  une  raste  mer;  ils  sont  aussi 
sous  la  même  latitude  :  ce  qui  prouve  en- 
core combien  le  climat  influe  sur  la  couleur 
et  même  sur  la  figure  des  hommes.  En  un 
mot ,  on  trouve  dans  le  nouveau  continent, 
comme  dans  Tancien ,  d  abord  des  hommes 
au  nord  semblables  aux  Lapons,  et  aussi 
des  hommes  blancs  et  k  cheveux  blonds  sem- 
blables aux  peuples  du  nord  de  TEurope , 
ensuite  des  nommes  velus,  semblables  aux 
sauvages  d'iéso ,  et  enfin  les  sauvages  du 
Canada  et  de  toute  la  Terre-Ferme,  jusqu'au 
golfe  du  Mexique,  qui  ressemblent  aux 
Tartares  par  tant  d'endroits  que  plusieurs 
auteurs  ne  do<iteot  pas  qu  ils  ne  soient  Tar«; 
lares  en  effet. 

Les  habitants  de  la  Floride,  du  Mississipi 
et  des  autres  parties  méridionales  du  conti- 
nent de  TAmâîque  septentrionale  sont  plus 
basanés  que  ceux  du  Canada.  Les  naturels 
des  llesLucayes  sont  moins  basanés  que 
ceux  de  Saint-Domingue  et  de  Tlle  de  Cuba. 
Les  autres  contrées  de  VAroérique  se  rap- 
prochent plus  ou  moins  de  tous  les  fieuples 
l'récédents;  mais  tant  de  nations  diverses 
se  sont  réunies  là,  qu*il  serait  difficile  au- 
jourd'hui d*y  rien  démêler  de  bien  carac- 
téristique. 

Les  In Jiens  du  Chili,  du  Pérou ,  etc.,  sont 
de  couleur  cuivrée  et  basanée  tirant  sur  le 
]  rouge  (8W). 

'  IV.  OciA!ii«.— Tous  les  navigateurs  qui 
ont  visité  TOcéanie  avaient  déjà  reconnu , 
parmi  les  nombreuses  peuplades  qui  occu- 
pent ces  fies,  deux  princii>ales  races  diffé^» 
rentes  l'une  de  Tautre  ;  mais  ce  n'est  qu'aux 
expéditions  scientifiques  de  rrrofiff,  de  ia 
Coquiïh  et  surtout  de  F  Astrolabe^  exécutées 
clans  ces  dernières  années,  que  nous  sommes 
redevables  des  observations  exactes  que 
nous  possédons  sur  ces  nombreux  insu- 
laires. 

Considérée  en  général ,  l'une  de  ces  prin- 
cipales races  oITre  des  hommes  d'une  taille 
moyenne ,  avec  des  formes  et  des  membres 
assez  réguliers ,  h  teint  jaune ,  olivâtre  plus 
ou  moins  clair,  k  cheveux  lisses,  bruns  ou 
noirs  ;  c'est  donc  encore  ici  la  même  nuance 
que  chez  les  peuples  de  Tlnde  et  autres 
asiatiques.  M.  d'Urville  observe  d'ailleurs 
que  cette  race  ofTre ,  autant  de  nuances  di- 
verses que  fa  race  caucasique  ou  blanche 
qui  habite  l'Europe.  L'autre  race  se  com- 
pose d'hommes  è  teint  très^rembruni ,  son- 
vent  d'une  couleur  de  suie,  quelquefois 
presqu  aussi  noir  quecelui  des  Cafres.  Leurs 

(848)  Xous  avons  snîvi  Bofibn  daos  Tanalysc  de 
fx!s  faits ,  et  il  ne  faat  pas  croire  qa*il  soii  ar- 


cheveux  sont  frisés,  crépus,  flocouneui , 
mais  rarement  laineux;  leurs  traits  sont 
déîtagréables  et  leurs  formes  peu  ré^lières; 
ils  ont  les  extrémités  souvent  grèies  et  dif- 
formes. 

c  Toutefois,  dit  M.  d'Unrille,  capitaine 
de  r Astrolabe  ^  les  noirs  de  TCK^anie  offrent 
dans  leurs  couleurs ,  leurs  formes  et  leurs 
traits,  tout  autant  de  variétés  que  1  on  peut 
en  observer  parmi  les  nombreuses  nations 
qui  habitent  le  continent  de  l'Afrique  et  qui 
constituent  larace  éthiopienne  des  auteurs.  » 
Suivant  l'opinion  de  M.  d'Urville,  les  noirs 
de  la  Mélauésie  appartiennent  à  la  même 
race  que  ceux  de  Sumatra ,  de  Malacca  et  de 
l'archipel  Indien  (8i9). 

V.  AraïQCB.  —  Ce  grand  continent  est  si- 
tué entre  37*  de  latitude  nord  et  3^*  de  lati- 
tude sud.  Il  offre  la  forme  d'une  pyramide 
renversée ,  dont  la  base  fait  fare  à  la  Médi- 
terranée et  à  l'Europe,  et  dont  le  sommet 
avance  dans  l'Océan  Austral.  Pour  suivre  ce 
qne  nous  avons  à  dire  des  peuples  qnï  l'ha- 
bitent, il  faut  tirer  une  première  li^ne  du 
nord  au  snd,  partant  du  détroit  do  Gibral- 
tar et  de  l'AÎsérie ,  descendant  le  long  des 
côtes  de  l'Ocâin  Atlantique  jusqu'au  cap  de 
'  Bonne-Espérance.  Cette  ligne,  qui  conj prend 
l'Afrique  occidentale ,  renferme  la  Rarbarie, 
le  Maroc,  la  Sénégamoie,  la  Guinée  supé- 
rieure ,  la  Guinée  inférieure.  Tirant  ensuite 
une  seconde  ligne  depuis  l'E^pte  jusqu'au 
cap  de  Bonne-Espérance,  le  long  des  côtes 
du  golfe  Arabique  et  delà  merdes  Indes, 
nous  aurons  l'Egypte,  la  Nubie,  l'Abyssinie, 
le  royaume  d'Adel ,  la  côte  d'Ajan ,  le  Zan^* 
gnebàr  et  Mozambique.  Par  ces  deux  lignes, 
rAfrique  se  rattache  à  TEurope  et  à  TAsie. 
Puis  nous  aurons  au  centre  Soudan  on  Itf 
Nigritie,  et  enfm,  au  midi,  ou  tout  à  fait  au 
sommetde  la  pyramide,  nous  trouverons  la 
Cafrerie,  la  Hôttentotie  ot  le  cap  de  Bonne- 
Espérance. 

1*  Afrique  occidentale.  —  Les  Maures,  qui 
habitent  le  plus  au  nord ,  sont  une  belle  ra4-e« 
semblable  par  la  taille,  la  physionomie  et 
la  chevelure,  aux  nations  les  mieux  consti^ 
tuées  de  l'Europe  et  de  l'Asie  occidentale, 
seulement  brunie  par  les  ardeurs  du  soleii  ; 
iis  ont,  pour  le  teint,  beaucoup  de  rapport 
avec  les  habitants  du  midi  de  la  France  ^ 
de  l'Espagne  et  de  l'Italie.  Cette  partie 
de  l'Afrique  est  habitée  par  un  mélange 
d'Arabes  et  de  différents  peuples  qui  a|'par'« 
tiennent  à  la  rare  caucasique  ;  et  tons  ont  à 
peu  près  la  même  couleur.  Cependant,  sui* 
vaut  Marmol,  les  habitants  des  montagnes 
de  la  Barbarie  sont  blancs,  aii  lieu  que  les 
habitants  des  côtes  de  la  mer  et  des  plaines 
sont  basanés  et  très-bruns.  II  dit  expresse'» 
ment  que  les  habitants  de  Capez,  ville  du 
royaume  de  Tunis  sur  la  Méditerranée,  sont 
de  pauvres  gens  fort  noirs;  que  ceux  qui 
liabitent  le  long  de  Dara,  dans  la  province 
d'Escure,  au  royaume  de  Maroc,  sont  fort 

(849)  Pour  plus  de  délaib  sur  ces  peuples,  Voy. 
V Examen  des  qui9tions  sir  Cmaiqnité ,  etc.,  pÂr 
U.  Tabbé  Fobiciio?i,  ducicur-Hiédevifl. 


14  4S 


tlKt 


mCTlONNAlRB 


CM 


m 


hasanes;  quau  contraire ,  les  habitants  de 
Zarhon  et  des  montagnes  de  Fez,  du  côté 
du  mont  Atlas»  sont  fort  blancs.  Et  à  ré,$ard 
des  habitants  de  la  Numidie,  il  dit  qu*ils  sont 
plutôt  basanés  que  noirs,  mais  que  les  habi* 
tants  du  Guaden,  dans  le  fond  de  la  Numidie, 
sur  les  frontières  du  Sénégal,  sont  plutôt 
noirs  que  basanés.  Voilà  donc  une  suite  de 
nuances  dans  la  couleur  qui  nous  amène  du 
midi  de  la  France  et  de  l'Espagne  iusqu'à  la 
Séné^ambie.  Entre  les  Maures  et  les  Séné- 
galais, il  7  a  un  peuple  qui  fait  la  nuance 
de  passage,  ce  sont  les  Foulahs,  qui  pour- 
raient bien  n'être  que  des  mulâtres  produits 
par  le  mélange  des  aeux  nations  ;  ces  Foulahs 
ne  sont  pas  tout  à  fait  noirs  comme  les  nègres, 
mais  ils  sont  bien  plus  bruns  que  les  Maures, 
et  tiennent  le  milieu  entre  les  deux. 

Les  premiers  nègres  qu'on  trouve  sont 
ceux  qui  habitent 'le  bord  méridional  du 
Sénégal  ;  ces  peuples  i  aussi  bien  que  ceux 
qui  occupent  toutes  les  terres  comprises 
entre  cette  rivière  et  cellfrde  Gambie,  s'ap- 
pellent Yoloffs.  Us  sont  tous  fort  noirs,  bien 
proportionnés»  et  d'une  taille  as^ez  avanta- 

Seuse  ;  les  traits  de  leur  visage  sont  moins 
urs  que  ceux  des  autres  nègres.  Us  ont  de 
la  beauté  les  mêmes  idées  que  les  Européens, 
car  ils  veulent  de  beaux  yeux,  une  petite 
houche>  des  lèvres  proportionnées  et  un  nez 
bien  fait  ;  il  n'y  a  que  sur  le  fond  du  tableau 
qu'ils  pensent  différemment,  il  faut  que  la 
couleur  soit  très-noire  et  très-luisante  ;  ils  ont 
aussi  la  peau  très-flne  et  très-douce.  La  cou- 
leur seule  est  donc  la  difiérence  qui  les  se-* 
ftare  des  Européens.  Cependant  ils  ont  tous 
es  cheveux  noirs  et  presque  tous  crépus; 
ils  ont  aussi  Todeur  propre  aux  nègres,  quand 
ils  sont  échauffés.  Le  P.  Dutertre  dit  que»  si 
presque  tous  les  nègres  sont  camus,  c'est 

5>arcc  que  les  pères  et  mères  écrasent  le  nez 
i  leurs  enfants,  qu'ils  pressent  aussi  les 
lèvres  pour  les  rendre  pius  grosses ,  et  que 
ceux  auxquels  ou  ne  fait  ni  l'une  ni  Tautre 
de  ces  opérations,  ont  les  traits  du  visage 
aussi  beaux,  le  nez  aussi  élevé  et  les  lèvres 
aussi  minces  que  les  Européeos;  cependant 
ceci  ne  doit  s  entendre  que  des  nèsrcs  du 
Sénégal,  qui  sont  de  tous  les  nègres  les  plus 
beaux  et  les  mieux  faits. 

Les  nègres  de  Ttle  de  Gorée  et  de  la  côte 
du  Cap- Vert  sont,  comme  ceux  du  bord  du 
Sénégal,  bien  faits  et  très-noirs,  et  ils  font 
ub  grand  cas  de  leur  couleur. 

Les  peuples  de  Sierra-Leone  et  ceux  de 
Guinée  sont  d*un  noir  un  peu  moins  foncé 
que  les  Sénégalais»  mais  moins  bien  faits  et 
beaucoup  plus  débauchés  ;  ce  qui  abrège 
leur  vie  au  point  qu'ils  sont  très-vieux  à 
cinquante  ans. 

Les  nègres  de  la  côte  de  Judah  et  d'Arada 
sont  moins  noirs  que  ceux  du  Sénégal  et  de 
Guinée,  et  même  que  ceux  du  Congo.  Ces 
derniers  ne  sont  pas  tous  également  noirs  $ 
ils  sont  nuancés,  et  ont  pour  la  plupart  les 
cheveux  noirs  et  crépus  ;  mais  quelques-uns 
les  ont  roux.  Les  hommes  sont  de  grandeur 
médiocre;  les  uns  ont  les  yeux  bruns  et  les 
autres  couleur  de  verl  de  mer  ;  ils  n'ont  pas 


les  lèvres  si  grosses  que  les  autres  nègres,  et  i 
les  traits  de  leur  visage  sont  assez  semUaUesi 
à  ceux  des  Européens.  Voilà  donc,  dans  cette' 
première  ligne  occidentale,  la  couleur  noire 
qui  se  perd  et  qui  vient  au  cuivre  des  Hot- 
teutots. 

2*  Afrique  orientait.  —  Au  nord  de  cette 
ligne  nous  rencontrons  les  l^rptiens^  qui 
appartiennent  à  la  race  asiatique  méridioDale 
et  qui  se  rattachent  aussi  aux  Grecs.  Quoique 
les  femmes  soient  communément  assez  pe« 
tites  en  Egypte,  les  hommes  sont  ordinaire- 
ment de  haute  taille.  Les  uns  et  les  autres 
sont,  généralement  parlant,  de  couleur  oli^ 
vâlre ,  et  plus  on  s'éloigne  du  Caire  en 
remontant,  plus  les  habitants  sont  basanés, 
iusque-là  que  ceux  qui  sont  aux  confins  de 
la  Nubie  sont  presque  aussi  noirs  que  les 
Nubiens  mêmes.  Une  particularité  assez  re- 
marquable^  c*est  que  le  trou  auriculaire 
parait  plus  élevé  chez  les  Egyptiens  que 
chez  les  autres  peuples ,  cela  se  remarque 
aussi  chez  les  Juifs  et  les  Arabes. 

Les  Ethiopiens  sont  de  couleur  brune  ou 
olivâtre ,  tirant  sur  le  noir;  ils  ont  la  taiJ.a 
haute,  les  traits  du  visage  bien  marqués, 
les  yeux  beaux  et  bien  fendus  ^  le  nez  bien 
fait,  les  lèvres  petites  et  les  dents  blandies; 
au  lieu  que  les  habitants  de  la  Nubie  ont  le 
nez  écrasé,  les  lèvres  grosses  et  épaisses,  et 
le  visage  fort  noir«  Ces  Nubiens,  aussi  bien 
oue  les  Barbérius,  leurs  voisins  du  côté  de 
1  occident,  sont  des  espèces  de  nègres  assez 
semblables  è  ceux  du  Sénégal. 

Les  habitants  des  hauteurs  de  l'Abyssiûle 
sont  d'une  teinte  semblable  à  celle  des  Es- 
pagnols ou  des  Napolitains,  tandis  que  ceui 
des  plaines  sont  presque  noirs. 

Les  peuples  de  Madagascar  et  de  Hozaim 
bique  sont  noirs ,  les  uns  plus,  les  autres 
moins  ;  ceux  de  Madagascar  ont  les  cheîeui 
du  sommet  de  la  tète  moins  crépus  que  ceui 
de  Mozambique.  Les  nègres  de  Monomotapa 
sont  assez  grands,  bien  faits  dans  leur  taille 
et  de  bonne  comfdexion.  Ils  nous  amèneol 
aux  Cafres ,  chez  lesquels  nous  rencontrons 
plusieurs  variétés.  Depuis  longtemps,  en 
effet,  on  a  reconnu  la  différence  que  présent 
tent  les  Cafres'  répandus  dans  1  Afriq^ue 
australe  et  sur  les  contrées  orientales,  les 
noirs  ont  le  crâne  élevé;  leur  nez  s'approche 
de  la  forme  arquée;  leur  chevelure  crépue 
est  moins  laineuse  que  celle  des  nègres  de  la 
c6te  opposée;  leurs  traits  sont  plus  réguliers* 
leur  mâchoire  est  moins  allongée»  leur  teint 
moins  noir  et  leur  peau  moins  luisaoiei 
mais  leurs  lèvres  sont  encore  épaisses^  et 
leurs  pommettes  sont  saillantes. 

Dans  la  Cafrerie.  maritime,  en  remmitanl 
du  sud  au  nord  la  c6te  de  Natal,  on  observe 
les  Koussas,  que  les  vovageurs  représentent 
comme  ayant  une  belle  tête,  unestatore 
haute»  des  formes  régulières,  utie  démarciie 
ferme.  Leur  couleur  est  comparée  à  celle  du 
femnnîvellement  forgé» 

On  connaît  encore  dans  ^intérieur  de  \é 
Cafrerie  d'autres  variétés,  les  Temboos,  k^ 
Briquas,  les  Cafres  rouges.  On  cite  les  Bel- 
jouanas^  répandus  entre  les  20*  et  25*  degrts 


i4l5 


UNI 


D*A.NTBROPOLOGI& 


UM 


îUê 


de  Isîitude.  Ils  sont  dépeints  avec  des 
formes  plus  élégantes  que  les  Cafres;  la 
coupe  de  leur  figure  est  celle  des  Roussas.  On 
ohserye  parmi  eux  plus  fréquemment  des  nez 
arqués,  des  lèvres  qui  se  rapprochent  de  la 
forme  européenne;  leur  peau  brune  tient  le 
milieu  entre  le  noir  brillant  des  nègres  et  le 
jaune  terne  des  Boltentots. 

3r  Afrique  eenirale.  —  Les  nations  nom- 
breuses qui  boitent  les  cAles  de  la  Méditer- 
rannée  depuis  l'Egypte  jusqu'à  TOcéan ,  et 
toute  la  profondeur  des  terres  de  Barbarie 
jusqu'au  mont  Atlas  et  au  delà,  sont  des 
peuples  de  différente  ori^ne  ;  les  naturels 
du  pays,  les  Arabes,  les  Vandales,  les  Espa* 
gnolsj^  et  plus  anciennement  les  Romains  et 
tes  Égyptiens,  et  même  les  Grecs,  ont  peu- 
plé cette  contrée  d^hommes  assez  différents 
entre  eux,  mais  qui  rattachent  les  formes  de 
rÀfrique  aux  formes  européennes. 

Dans  Imtérieur  de  l'Atrique,  la  variété 
lies  formes  est  un  phénomène  qui  se  re- 
trouve d'une  manière  d'autant  plus  remar- 
quable qu*un  çrand  nombre  de  tribus  de 
nègres  qui  habitent  les  contrées  du  Soudan 
oûrcnt  des  traits  qui  se  rapprochent  davan- 
tage des  nôtres  d'après  les  observations  de 
M.  Caillié.  Ce  courageux  voyageur,  dans  son 
trajet  de  Kakondy  k  Tomboucton ,  a  observé 
que  les  Foulahs  du  pays  d^nanké  ont  le 
teint  de  couleur  marron  un  peu  clair;  leur 
fî  4iire  est  belle,  leur  front  un  )>eu  élevé,  leur 
liez  aquilin  et  leurs  lèvres  minces.  La  forme 
de  leur  tète  est  presque  ovale  ;  leurs  cheveux 
sont  crépus  ;  ils  se  tiennent  en  général  très- 
droits  et  conservent  en  marchant  un  air  de 
dignité. 

Les  habitants  de  Fouta^Dhialo  ont  à  peu 
pi-ès  les  mêmes  traits.  II  en  est  de  même  de 
ceux  du  Baleya ,  situé  à  l'ouest  du  Fouta  et 
au  sud  du  Sangaran.  Les  femmes  de  ce  pays 
\  ont  le  teint  fort  noir ,  de  beaux  traits ,  une 
chevelure  crépue ,  le  nez  légèrement  aqui- 
lin, les  lèvres  minces  et  de  grands  yeux. 

Les  habitants  de  Toron  offrent  encore  une 
variété  :  ils  sont  noirs  comme  les  Mandin- 
gues  9  mais  ils  n'ont  rien  de  leurs  traits  ; 
leur  visage  est  un  peu  rond ,  leur  nez  court 
5ans  être  aplati,  leurs  lèvres  minces 

Les  noirs  du  Sangaran ,  d'après  ceux  du 
premier  village  situé  dans  le  voisinage  de 
Kankan ,  ont ,  avec  les  mêmes  cheveux ,  le 
teint  plus  clair,  le  nez  un  peu  aquilin,  les 
lèvres  minces ,  et  leur  visage  est  presque 
ovale. 

Les  Foulalis  du  Ouassoulo  ont  le  teint 
l«lus  clair  que  celui  des  Mandingues  et  un 
i»eu  plus  foncé  que  celui  dos  uè^^'es  du 
Fouta-Dhialo. 

En  allant  de  Jenné  à  Tomboucton, M.  Ca'.llié 
a  otiservé  que  les  Dirimans ,  avec  des  che- 
Teux  crépus  et  un  teint  noir ,  avaient  aussi 
de  beaux  traits ,  un  nez  aquilin ,  des  lèvres 
uiinces  et  de  ^ands  yeux.  Pareillement  à 
T(>m}iouctou ,  il  dit  que  les  Kissours ,  qui 
composent  la  majeure  partie  de  la  popula- 
tion, sont  des  hommes  bien  faits ,  se  tenant 
très-droits,  et  qu*ils  ont  une  démarche 
a^^urée. 


k*  Afrique  méridionale.  —  Enfin,  nousarri* 
vous  aux  fiottentots,  que  tout  le  monde 
s'accorde  k  regarder  comme  appartenant  à 
la  race  éthiopienne.  Ces  peuples  sont  ré|Nin- 
dus  depuis  les  environs  du  cap  Negro  ius- 
qu'au  cap  de  Bonne-Espérance  ;  ils  touchent 
aux  peuples  de  l'Afrique  occidentale,  à  ceux 
de  1  Afrique  orientale  par  les  Cafres ,  et  k 
ceux  de  1  Afrique  centrale.  Les  Hottentots 
ont  les  cheveux  crépus  comme  les  nègres, 
les  lèvres  grosses  et  saillantes ,  la  tète  com- 

f)rimée,  la  face  un  peu  triangulaire  ;  la  con- 
eur  de  leur  peau  est  d'un  jaune  terne  se  rap- 
Ërochantde  la  terre  d'ombre  ;  les  voyageurs 
ollandais  disent  qu'ils  sont  plus  petits  que 
les  Européens,  qu  us  ont  le  teint  roux  brun* 
quelques-uns  plus  roux  et  d'autres  moins  « 
qu'ils  sont  fort  laids,  très-malpropres  et 
assez  maigres.  Chez  eux ,  la  couleur  noire 
est  donc  revenue  à  des  teintes  plus  claires  ; 
la  taille  est  plus  petite.  Si  Ton  joint  à  cela 
la  laideur  et  la  malpropreté ,  il  sera  difficile 
de  ne  pas  les  rapprocher  des  Lapons  et  de  ne 
pas  reconnaître  certaines  analogies  entre  les 
peuples  qui  habitent  aux  deux  pôles  opposés. 
Dans  cette  rapide  analyse  des  faits ,  nous 
sommes  descendus  du  nord  au  sud,  et  nous 
avons  vu  les  nuances  de  couleur ,  de  taillei 
de  forme ,  passer  insensiblement  d'un  peu^ 
pie  k  un  autre,  depuis  les  Lapons  jusqu  aux 
Hottentots;  nous  avons  vu  Clément  ces 
mêmes  nuances  passer  d'une  partie  du  monde 
k  l'autre  et  enchaîner  ainsi  toutes  les  races  | 
de  sorte  qu'en  suivant  de  proche  en  proche  t 
il  est  presque  impossible  d'établir  des  nuan-» 
ces  assez  tranchées  pour  admettre  même  des 
races  différentes  ;  ce  n'est  qu^en  prenant  des 
degrés  fort  éloignés  sur  cette  grande  échelle 
de  la  terre  et  en  les  considérant  isolément 
des  degrés  intermédiaires ,  qu'on  arrive  k 
trouver  des  cara^rtères  tranches  et  des  diffé-* 
renées  bien  marquées. 

Un  fait  bien  remarquable  qui  ressort  de  la 
même  analyse,  c'est  que,  de  même  qu'on  Ta 
fait  pour  la  géographie  botanique ,  on  peut , 
pour  la  géographie  humaine ,  considérer  le 
globe  comme  deux  grandes  montagnes  oppo^ 
sées  base  k  base  à  l'équateur;  et  alors  « 
ccjmme  en  botanique  cela  a  lieu  pour  les 
végétaux ,  et  aussi  en  zoologie  pour  les  ani- 
maux, on  trouvera  les  mêmes  analogies  dans 
la  taille ,  les  couleurs  et  les  traits ,  entre  les 
variétés  de  l'espèce  humaine  qui  habitent 
sous  les  diverses  latitudes  de  la  terre  et  celles 
qui  habitent  dans  les  plaines ,  les  vallées  et 
sur  les  montagnes  d'une  même  contrée. 
Ainsi ,  pour  n'en  citer  qu'un  exemple ,  les 
Abyssins,  qui  habitent  sur  les  hauteurs,  sont 
d'une  teinte  semblal>le  k  celle  des  Espagnolsi 
tandis  que  ceux  qui  habitent  dans  les  plai« 
nés  sont  presque  noirs. 

En  étudiant  donc  tous  les  peuples  dit 
monde  k  ce  point  de  vue ,  et  fondés  sur  les 
données  de  ranalyse  précédente ,  nous  arri" 
verons  k  des  résultats  assez  curieux  pour 
mériter  d'être  étudié;.  Noos  partagerons  le 
globe  en  cinq  zones ,  et  nous  commencerons 
notre  étude  par  la  zone  mitoyenne  ;  nous  la 
comprenons  entre  les  35'  et  50*  degrés  de 


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DlCTiONN;tlR£ 


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latitude  doi'd  ;  la  Méditerranée  en  occupe  à 
lieu  près  le  contre.  En  commen/^nt  par 
rouest ,  cette  zone  renferme  :  1*"  la  France , 
uue  partie  de  Tltalie  et  de  rAlIema^ne  méri- 
dicnale ,  l'Espagne ,  le  nohl  de  1  Afrique  i 
entre  le  10*  de  longitude  et  le  10"  de  longi-* 
tude  ouest  ; 

L'autre  partie  de  l*Alleinagne  méridionale 
etdeTItahe,  rAutriche,  la  Turquie  d'Eu- 
rope, rancienne  Grèce ,  un  coin  de  la  ftus« 
sie  méridionale ,  l'ancienne  Asie  Mineure , 
TAfriiiue  du  nord  et  TÉ^ypte  septentrionale, 
entre  le  10*  et  le  38*  de  longitude  est  ; 

Le  reste  do  Id  Russie  méridionale ,  de  la 
Turquie  d*Asie ,  la  Syrie  f  l'Arabie  septen- 
trionale ,  la  Perse ,  la  Tartarie  méridionale , 
la  Mongolie ,  Teolpire  chinois ,  le  Japon  f 
entre  le  30*  et  1^0*  de  longitude  est  ; 

Enfin  9  les  peuples  de  TAmérique  compris 
entre  les  mêmes  parallèles. 

Si  Ton  considère  que  c'est  dans  cette  zone 
que  se  sont  accomplis  tous  les  grands  éréne^ 
ments  de  Thistoire  du  genre  humain  ;  crue 
c'est  là  généralement  que  se  trouvent  Jes 
nations  les  plus  policées  et  qui  ont  porté  les 
sciences  et  les  arts  à  leur  plus  haut  degré  de 
perfection  ;  que  le  climat  qui  règne  sous 
toute  cette  zone  est  le  pi  us  tempéré,  le  mieux 
conditionné,  sous  tous  les  rapports,  de  toute 
la  terre  ;  que  la  végétation  et  les  animaux 
s>y  trouvent  dans  les  conditions  les  plus 
favorables  à  leur  développement  naturel,  on 
conviendra  facilement  que  c'est  là  le  point 
de  départ  et  de  comparaison  qu'il  faut  choi- 
sir pour  étudier  les  autres  zones.  Ici ,  en 
effet ,  tout  est  ménagé  et  calculé  pour  four- 
nir aux  êtres  organises  les  meilleures  con<- 
ditions  d'existence;  ni  le  froid  excessif,  ni 
la  chaleur  brûlante ,  si  ce  n'est  par  des  acci- 
dents de  localité  dans  le  sol ,  ne  pèsent  sur 
eux.  Les  lois  physiques  de  l'atmosphère,  du 
climat ,  du  sol,  etc. ,  y  ayant  moins  de  puis- 
sance ,  les  lois  organiques  y  exercent  un 
#.npire  plus  libre,  et  soustraient  davantage  la 
matière  organisée  aux  lois  de  la  matière 
brute. 

Aussi  tous  les  peuples  qui  habitent  sous 
cette  zone  ont-^ils  les  uns  avec  les  autres  des 
analogies  frappantes  ;  ils  appartiennent  tous 
à  la  race  blancne  ou  à  la  race  jaune,  et  ils  en 
sont  les  plus  parfaits  dans  la  taille,  les  for- 
mes, les  proportions  et  la  couleur.  La  taille 
est  moyenne,  les  formes  bien  dé.^agées 
et  bien  proportionnées  ;  la  couleur  tient  le 
milieu  entre  celle  de  tous  les  peuples  qui 
habitent  sous  les  autres  zones.  Mais  ce  qu'il 
y  a  de  plus  remarquable ,  c'est  que  toutes 
ces  qualités  se  nuancent  insensiblement  pour 
passer  aux  deux  zones  suivantes,  entre  les- 
quelles celle  que  nous  étudions  est  placée. 
Ainsi ,  le  nord  de  la  France ,  la  Suiese ,  la 
Belgique,  etc.t  passent  à  la.taille  élevée,  aux 
cheveux  blonds ,  au  teint  blond  ou  pâle  des 

{peuples  qui  sont  plus  au  nord  ;  tandis  q^ue 
'Italie,  l'Espagne  et  la  Grèce  passent  au  teint 
basané  des  Maures  et  des  peuples  de  l'Afri- 
que septentrionale  ;  et  ceux-ci  se  joindront 
aux  nègres  proprement  dits  par  des  nuances 
iulerinédiaires. 


A  l'autre  éxt^éoiité,  les  Taflares  méridio- 
naux, lés  Mogols  et  les  Chinois,  sont  les  peu- 
}>les  de  la  race  jaune  les  mieux  conformés  et 
es  mieux  proportionnés  ;  mais  entre  leurs 
couleurs  et  leurs  formes,  et  celle  des  peuolei 
précédents ,  il  y  a  des  nuances  intermédiai- 
res qui  font  un  passage  imperceptible  des 
uns  aux  autres  ;  on  pourrait  considérer  la 
Turquie  et  la  Perse  comme  occupant  le  point 
central  de  ce  passage.  En  outre  i  comme  jes 
peuples  de  l'Occident ,  ceux-ci  se  lient  au 
nora  et  au  midi  i  aux  peuples  de  race  jauoe 
qui  habitent  les  deux  zones,  entre  lesquelles 
se  trouve  située  la  zone  moyenne  ;  les  Tar^ 
tares  et  les  Mogols  passent  aux  Tartares  sep- 
tentrionaux ;  les  Tartares  plus  méridionaui 
passent  aux  Thibétains ,  qui ,  avec  les  Chi- 
nois i  passeront  aux  ludous  et  aux  Cochia- 
chinois,  chez  lesquels  la  teinte  basanée, 
tirant  sur  le  rouge  pourpré  mêlé  de  noir, 
passera  à  la  couleur  tout  à  fait  noire  tie 
i'Océanie. 

On  doit  en  dire  autant  des  peuples  de  i  A- 
mérique  sous  cette  zone. 

Les  deux  zones  suivantes  doivent  être 
étudiées  parallèlement  et  opposées  iW  à 
l'autre. 

La  première  s'étena  entre  le  50*  et  le  60* 
de  latitude  nord  ;  elle  comprend ,  en  allant 
de  l'ouest  à  l'est  f  1**  la  Grande  Bretagne,  k 
midi  de  la  Norwége  et  de  la  Suède,  le  Dane- 
mark, les  Pays^Uas,  le  nord  de  l'Allemagne^ 
la  Prusse,  la  Polosne,  la  Russie  proprement 
dite^  entre  le  13°  de  longitude  ouest  et  le  iàff 
de  longitude  est; 

2°  Les  Tartares  septentrionaux,  la  Sibérief 
une  partie  des  Mantchoux,  le  Kamtschatka, 
jusqu'au  160°  de  longitude  est  ; 

^  Les  sauvages  du  nord  de  rAmériqae 
septentrionale. 

La  seconde  tonei  qui  est  méridionale,  sV* 
tend  entre  le  35"  de  latitude  nord  et  le  it' 
de  latitude  sud  ;  elle  comprend  :  1*  la  Séné* 
Kambie,  la  Guinée  supérieure  et  inférieure, 
le  Soudan  ou  Nigritie^  la  Nubie,  rAbyssioie, 
le  Zanguebar  en  Afrique,  entre  le  19*  de 
longitude  ouest  et  le  40"  de  longitude  est; 

2r  L'Indoustan,  ia  Cochinchiue  et  le  Ton* 
quin,  Sumatra,  Bornéo,  Java,  et  une  partie 
de  rOcéanie« 

Ces  deux  zones  sont  opposées  pour  le 
climat,  et  aussi  pour  la  nature  et  les  cir- 
constances du  sol  ;  la  végétation  est  tranchée 
entre  ces  deux  grandes  bandes  ^  le  climat 
froid  de  la  zone  septentrionale  porte  h^ 
grandes  forêts  d'arbres  toujours  yeris,  oe 
pins,  de  sapins,  de  bouleaux,  etc.;  les  ani* 
maux  s'y  couvrent  de  fourrures  épaisses  et 
atteignent  de  grandes  dimensions;  lebuâl^ 
Télan,  etc.,  en  sont  des  preuves.  Dans  la  zone 
méridionale,  la  végétation  est  plus  actife  et 
plus  rapide;  elle  est  double.  Il  y  a  rionc  mw 
sorte  de  compensation.  Les  animaux  y  attei- 
gnent aussi  de  grandes  dimensions  ;  la  p; 
rafe,  l'hippopotame,  les  chameaux,  les /lé- 
phants,  etc.,  en  sont  des  exemples;  maÎM» 
revanche  ils  y  perdent  leur  fourrure. 

Les  inèrnes  analogies  opposées  vont  ^' 
retrouver  dân^   les   races   numaints.  L<' 


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UM 


D*ANTIiaOIH)LCCIE. 


UM 


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peuples  dtt  Nonl  qui  oecupeni  la  zone  sep> 
tenlrionale  sont  généralemcul  d'une  toilïo 
élefée,  d'un  teint  paie,  blond  tirant  sur  le 
Manc;  leurs  cheveux  sont  longs,  lisses  et 
blonds  ;  la  barbe  participe  aux  mêmes  qua* 
Utés.  Les  Anglais,  les  Hollandais,  etc.,  sont 
dans  ce  cas. 

Les  penples  d* Afrique  qui  habitent  la  zone 
ofiposée  sont  de  tous  les  nègres  les  plus 
grands  par  la  taille  et  les  proportions  du 
corps,  ils  sont  aussi  les  plus  noirs;  ils  ont 
les  chef  eux  courts,  noirs  et  crépus,  peu  de 
barbe  et  peu  de  poil  sur  le  corps;  ce  qui 
les  rapproche  des  animaux  qui  nvent  sur  le 
même  sol. 

Les  Tartares  septentrionaux,  les  Sibé- 
riens, les  Hantchoux,  sont  aussi  les  plus 
pâles  dans  leur  teint,  les  plus  élanc&  dans 
leur  taille  pour  laulrc  extrémité;  ils  ont  les 
cbeTeux  plats  etassez  longs.  Les  Indous,  les 
Cochinchmois,  et  les  races  jaunes  de  Java, 
de  Sumatra,  de  Bornéo  et  celles  de  TOcéanie, 
correspondent  aux  races  nè.^res  de  TAfrique; 
la  teinte  brune  rougeâtre  déclinant  vers  le 
noir,  le  peu  de  barbe,  la  taille  assez  grande, 
les  rapprochent  et  les  opposent  aux  peuples 
correspondants  de  la  zone  norJ.  Mais  dans 
ces  deux  zones  comme  dans  la  zone  moyenne, 
il  y  a  un  passage  imperceptible  des  couleurs 
ei  des  formes  entre  les  peuples  de  rOccident 
ei  ceux  de  TOrient  ;  ainsi  les  Afrirains  sé- 
négalais sont  plus  noirs  que  les  Nubiens, 
reui-ci  plus  que  les  Indous  à  teinte  rouge 
et  pourprée,  et  que  les  Océaniens  jaunes. 

Enfin  les  deux  dernières  zones  vont  nous 
offrir  des  rapprochements  non  moins  impor- 
tants et  non  moins  curieux. 

La  zone  nord  s*élend  entre  le  60*  de  lati- 
tude nord  et  le  pôle  arctique  ;  elle  comprend, 
toujours  en  allant  de  Touest  k  Test  :  1*  la 
Norwé^,  la  Suède  du  Nord,  la  Fialaude,  U 
Laponie,  lé  nord  de  la  Russie,  jusqu'au  60* 
de  longitude  est;  2"  la  Sibérie,  les  Sa- 
Biolèdes,  les  Ostiaks,  les  Tangouses  dans 
TAsie;  ^  les  Esquimaux,  les  Groênlandais 
dans  r  Amérique. 

La  zone  sud  s*étend  du  10"  de  latitude  sud 
an  pôle  antarctique;  elle  comprend  :  1*  les 
derniers  nèzres  de  TAfrique  occidentale,  les 
Hottentots,  les  Cafres,  le  Monomotapa«  Mo- 
zambique et  Madagascar;  2"  TOcéanie  méri- 
dionale; 3*  TAménque  méridionale,  termi- 
née au  sud  par  la  Patagdate. 

La  zone  nord  est  la  terre  la  plus  inhospi- 
talière du  globe;  le  climat  toiqours  glacé 
j  arrête  le  développement  de  tous  les  êtres 
organisés  ;  les  végétaux  et  les  animaux  de 
fa  Laponie  sont  petits  et  rabougris  ;  fant-il 
3*élonner  qu'il  en  soit  de  même  des  hommes? 
On  peut  en. dire  autant  du  Groenland  et  du 
pays  des  fequimaux.  La  zone  d  i  sud,  quoi- 
que plus  favorisée  parce  qu'elle  est  plus  rap- 
|Hroc»ée  de  Téquateur,  est  pourtant  en  gé- 
néral UB  pays  malsain  ;  ce  qui  le  rapproche 
de  la  zone  nord  correspondante.  Cest  là 
qnon  trouve  les  animaux  et  les  végétaux  les 
|ilii8  singuliers  dans  leurs  formes  et  leur 
friructure,  qu'on  a  été  jusqu'à  croire  ano- 
maiïes,  avant  de  les  mieux  connaître. 

SirriOBfif.  D*A5TBB0P0ux;iB« 


Ces  deux  zones  renferment  les  races  bu* 
maines  les  plus  difformes  :  les  Lapons,  aveo 
leur  taille  rabougrie,  leur  grosse  tèle,  leur 
teint  plus  ou  moins  jaune,  répondent  assez 
aux  Hottentots,  qui  sont  aussi  petits,  dif-* 
formes,  et  ont  le  teint  jaune  plutôt  que  noir. 
Les  SamoîèJes  et  les  Ostiaks,  avec  les 
langouses,  contrastent  aussi  bien  avec  les 
peuples  méridionaux  de  TOcéanie,  les  plus 
difformes  de  cette  partie  du  monde.  Eûûn 
les  Groënlandais  et  les  Esquimaux  sont  aussi 
difformes  dans  leurs  allures  lapones  que  les 
Pata^ns  dans  leur  taille  de  géant  si  dispro- 
portionnée. 

Tous  ces  penples  sont  les  plus  grossiers 
et  les  moins  dvilisés  du  elobe;  il  n*y  a  vé- 
ritablement entre  eux  d  autres  différences 
que  celles  qui  sont  occasionnées  par  les  cir- 
constances diverses  de  latitude  et  de  climat. 
Les  Lapons  se  relient  par  les  Finlandais 
aax  Norwégiens  et  aux  Suédois,  et  ceux-ci 
se  continuent  dans  leurs  nuances  avec  les 
peuples  de  la  zone  précédente.  Les  Hotten- 
tots, à  leur  tour,  se  rattachent  par  les  Cafres 
et  les  nègres  de  Benguela  et  a  Angola  aux 
nègres  sén^lais  et  aux  Nubiens. 

Les  Samoièdes  et  les  autres  peuples  qui 
les  entourent  se  rattachent  par  les  Sibériens 
aux  Tartares  septentrionaux;  et  les  noirs  de 
rOcéaaie  aux  Indous,  etc.^  \mr  les  nuances 
des  jaunes  qui  habitent  la  même  partie  du 
monde* 

Ces  rapports  de  tous  les  peuples  avec  le 
sol  et  le  climat  qu'ils  habitent  {trouvent , 
nous  semble-t-il,  jasqu*à  la  dernière  évi- 
dence que  Tespèce  humaine  esU  comme  les 
végétaux  et  les  animaux,  susceptible  d'éprou- 
ver des  modifications  produites  par  Tin- 
fluence  du  sol  et  du  climaL  II  faut  rattacher 
à  cette  cause  deux  autres  causes  qui  en  dé- 
pendent ;  je  veux  parler  du  genre  de  nourri- 
ture, des  moBurs  et  de  la  civilisation.  Alors 
on  ne  devra  plus  s'étonner  des  modificatioas 
^es. races  humaines,  qui  d'ailleurs  ne  pa- 
raissent si  considérables  et  si  grandes  que 
parce  qu'on  les  compare  aux  points  extrêmes 
de  réc-nelle;  mais  en  les  suivant  pas  à  pas 
comme  nous  Tavons  fait,  on  serait  tenté  dH 
croire  qu'il  n'y  a  que  de  simples  variétés 
plutêt  que  des  races,  bien  loin  d'admettre 
plusieurs  espèces. . 

Nos  preuves  ne  s'arrêtent  pas  là.  On  doii 
se  rappeler  que  les  races  et  les  variétés  ani- 
males offrent  dans  le  même  pays,  sous  le 
même  climat,  des  modificatioas  bien  frins 
extrêmes  que  l'espèce  humaine  ne  nous  en 
présente  sous  des  climats  bien  plus  divers 
et  plus  variés.  L'espèce  chien  nous  offre  ea 
France  toutes  les  tailles,  toutes  les  formes 
de  tête,  toutes  les  modifications  de  couleur, 
de  proportions  dans  le  corps,  les  oreilles  et 
les  membres.  L'espèce  humaine  ne  prési^nte 
jamais  autant  de  variété,  à  ouelque  point 
de  l'échelle  qu'on  l'observe.  Nous  avons  vu 
dans  les  moutons  et  ks  bœufs  l'absence  et 
la  présence  de  cornes,  leur  multiplicité; 
l'aosence  et  la  présence  de  loupes  grais- 
seuses; les  formes  les  plus  variées  du  poil 
dans  les  moutons.  Jansais  l'espèce  humaine 

46 


iiM 


UM 


DICTIONNAIRE 


UNI 


iiS» 


436  perti  aucune  de  ses  parlies  organiques, 
pas  même  des  poils,  qui  ne  sont  que  des  pro- 
ckiits;  ils  sont  sans  doute  plus  ou  moins 
abondants,  plus  ou  moins  variés  dans  leur 
couleur  et  leur  forme;  mais  jamais  ils  ne 
disparaissent.  On  pourrait  parcourir  toutes 
les  i^Tties  de  ror^janisine,  et  nous  défions 
que  Ton  ffùi  y  rcnoontrer  autant  de  diffé- 
rence qu'il  y^n  a  entre  ces  mêmes  parties 
iJans  les  races  et  les  variétés  animales.  Si 
donc  ces  différences  n'einpêchent  pas  de  re- 
garJer  comme  appartenant  à  la  même  espèce 
tant  de  races  et  de  variétés  animales,  pour- 
quoi veut-on  raisonner  autrement  quand  il 
sa^it  de  l'espèce  humaine,  qui  offre  bien 
moins  de  variétés?  Il  y  a  là  absence  de  logi- 
que, défaut  d'études  sérieuses  ou  mauvaise 

foi. 

Les'  plus  grandes  différences  de  l'esnèce 
humidifie  portent  uniquement  sur  la  oouleur 
et  sur  les  formes  de  la  tète.  Analysons  ces 
deux  points  : 

•Les  nuances  infinies  que  présente  la  cou- 
leur des  races  humaines,  prouvent,  à  n'en  pas 
douter,  que  notre  espèce  est  sujette,  comme 
beaucoup  d'animaux,  à  prendre  des  variétés 
de  tétnte  très-différentes.  11  ne  faut  qu'ob- 
server dans  un  point  très-limité,  occupé  par 
ta  race  blanche  elle-même,  pour  voir  des 
familles  ou  des  individus  à  teint  olivâtre, 
tandis  quje  près  d*eux  d'autres  sont  d'une 
blancheur  qui  porte  et  sur  la  peau  et  sur  la 
chevelure.  L'onalomicprouve  que  la  couleur 
n'est  que  le  i)roduit  d'une  sécrétion;  or,  les 
sécrétions  sont,  de  toutes  les  fonctions  de 
l'économie,  celles  tjui  sont  le  plus  sujettes 
à  éprouver  des  modifications. 

La  peau  de  l'homme,  comme  celle  des  ani- 
maux, est  composée  de  six  parties  essentielles 
et  de  deux  parties  de  perrectionnement;  les 
six  parties  essentielles  sont  :  1^  le  tissu  mus- 
culaire qui  sert  h  remuer -la  peau,  et  qui 
pour  cela  prend  le  nom  de  peaussier;  2'  le 
derme,  qui  est  la  peau  proprement  dite;  3'  le 
tissu  vasculaire  qui  apporte  le  sang,  la  lym- 
phe et  tous  les  liquides  ;  4.°  leréseau  nerveux, 
siège  de  la  sensibilité  périphérique;  5*  le 
|)igmentum,  qui  est  une  partie  inorganisée, 
I>roduite,  et  qui  donne  sa  couleur  à  la  peau; 
^•*  l'jépiderme,  qui  est  aussi  une  partie  pro- 
«iuile. 

Les  deux  parlies  de  perfectionnement 
50Tit  :  1*  4e«  cryptes,  qui  forment  tout  le  sys- 
tème glandulaire  et  excréteur;  2**  les  pha- 
aières,  qui  produisent  les  poils,  les  cornes, 
les  écailles,  les  dents,  etc. 

La  partie  delà  peau  qui  doit  fixer  ici  notre 
attention,  c*est  le  pigmentum^  substance  pro- 
duite et  susceptible  de  diverses  couleurs; 
elle  n'est  point  organisée ,  puisqu'on  peut 
toujours  !  enlever  avec  un  pinceau.  C'est 
celte  production  qui  tapisse  l'œiU  et  sert  à 
la  vision,  pour  éteindre  les  rayons  lumineux 
qui  empêcheraient  la  netteté  des  ima^x»s; 
c'est  son  absence  ou  sa  trop  petite  quantité 
qui  fait  que  les  nyctalopes  ne  peuvent  voir 
que  la  nuit,  et  que  le  grand  jour  les  iucom- 


moJe.  La  couleur  du  pigmentam  ntie  sui- 
vant les  animaux  et  suivant  les  milieuioù 
ils  habitent.  Comme  cette  substance  parât 
évidemment  produite  par  l'exsudation  de 
vaisseaux  sanguins,  et  que  d'ailleurs  de; 
expériences  positives  ont  démontré  que  ic 
pigmentum  de  la  peau  est  priiicipalemen! 
lormé  de  carbone,  on  conçoit  facilemenl  que 
les  animaux  qui  se  nourrissent  de  vé^étaui 
doivent  avoir  un  pigmentum  plus  noir;  on 
conçoit  également  que  les  peuples  nè.;re* 
dont  la  nourriture  est  plus  spécialement  vé- 
gétale, et  qui  habitent  sous  un  climat  brûlant, 
doivent  sécréter  dans  leur  peau  un  pigmen- 
tum plus  abondant  et  plus  noir. 

«  La  sécrétion  de  la  matière  colorante  de 
la  peau  est  très-sujette  elle-même  à  varier 
d'intensité  :  l'âge,  les  passions,  l'état  de  ges- 
tation, les  maladies,  peuvent  la  suspendre, 
la  diminuer  ou  l'accroître;  et, par  unedisiKh 
sition  originelle ,  telle  ou  telle  partie  des 
téguments  peut  sécréter  plus  ou  moins  de 
pigmentum.  1^  matière  cotopanle  est-elle  en 
petite  quantité ,  le  sujet  a  une  peau  très- 
blandie ,  les  yeux  bleus  et  la  cherelure 
blonde;  augmente-t-elle  un  peu,  c'est  la 
couleur  châtain  qu'elle  produit;  si  elle  est 
plus  abondante,  les  yeux  et  les  cheveai  sont 
noirs  et  la  peau  brune.  Or,  il  est  bonde 
noter  que ,  quoique  cette  matière  colorante 
existe  dans  la  peau  de  toutes  les  races  hu- 
maines, ce  n'estcependanlquedanslesnègres 
que  sa  substance  est  bien  visible  par  elle- 
même;  ce  qui  donne  lieu  de  soupçonner 
que  la  couleur  du  nègre  ne  tient  pais  seule* 
ment  à  la  teinte  plus  foncée  de  cette  matièrei 
mais  qu'elle  peut  dépendre  aussi  de  la  qua- 
lité (850).  » 

Les  enfants  des  races  de  couleur  naissent 
blancs,  et  ils  ne  prennent  la  couleur  foncée, 
cuivrée,  bronzée  ou  noire,  que  quelque 
temps  après  leur  naissance,  quand  ils  «ut 
éprouvé  l'influence  du  climat.  Parmi  les  nè^ 

f;res  adultes  même,  on  en  remar(}ue  ekz 
esquels  cette  matière  colorante  u  est  pro- 
duite que  par  certaines  parties  de  la  peau; 
ces  individus  blancs  portent  le  nom  dep/n. 
D  autres  n'ont  jamais  de  pigmen/um;  leurs 
cheveux,  leur  peau  sont  lianes,  leurs ye«i 
routes,  et  supportantdiflicilemenllalumièn:; 

on  les  appelle  Albinos. 

L'albinisme  s'observe  aussi  dans  la  rar? 
blanche  et  cuivrée;  il  s'observe  chez  le*; ani- 
maux; le  lapin  blanc  en  est  un  exeoipif 
remarquable.  MaiS'ies  Albinos  humains  sid: 
surtout  en  plus  grand  nombre  dans  les  na- 
gions équatorîales,  puisque  sur  certai»^ 
points  ils  ont  paru  former  des  peuj>iftii'» 
entières. 

D*appès  tous  ces  faits,  il  semble' que  ta  ei^ 
leur  noire  doive  être atlribu<Se  è  unesécrélk* 
nius  active  et  plus  abondante  dnpignini*'* 
la  végétation ,  l'organisalioa  aDÎmale  >r'j< 
beaucoup  plus  actives  sous  la  zone  équa'>' - 
rialcque  partout  ailleurs;  l'organismebuo:4ii 

doit  y  être  soumis  aux  mômes  lois,  et  ttïmofe 
tous  les  produits  organiques  sont  sécrétée  fi 


^830)  roFic<!iON,  docteur-médecin ,  Examen  des  questlom  scientifitjucs  de  Cage  dn  monde,  p,  4T9. 


1455 


IIM 


D*ANTIinOIH>LOGlE. 


UNI 


UM 


b  pcAU,  il  ne  faut  pi  us  s'étonner  si  la  substance 
colorante  est  si  abondante  chez  ces  peuples. 
Et  en  cffcU  en  changeant  de  climat,  les  nè- 
gres ne  tardent  |ias  a  devenir  moins  fonces, 
ei  on  en  a  vu  qui,  imrvenus  à  un  âge  assez 
arancé,  auquel  la  vie  organique  est  moins 
active,  éprouvent  une  décoloration  complète 
(Je  leur  peau.  Cette  même  décoloration  se 
remarque  aussi  chez  les  blancs. 

L'opmion  qui  prétend  que  la  couleur 
noire  des  nègres  est  le  produit  d'une  mem- 
brane sécrétoire  particulière,  bien  que  très- 
cipressément  démeatie  par  l'observation 
anatomiaue ,  Test  encore  par  le  fait  qu'on  a 
TU  des  blancs  devenir  complètement  uoirs^ 
et  du  même  noir  que  les  nègres,  sous  l'in- 
fluence de  causes  morales.  Le  Bulhlin  de  la 
Faculté  de  médecine  de  Paris  ^UX^iSiT^  p.5^^i, 
cite  une  femme  née  à  Saint-Priest  (Eure-el- 
Loir)en  17i6,  qui  s'était  bien  portée  jusqu'à 
soixante-dix  ans.  De  grands  chagrins  et  un 
accident  affreux  arrivé  à  sa  fille,  Timpres- 
.sionnèrent  d'une  manière  si  violente,  crue 
ddoslespace  d'une  nuit  elle  devint  complè- 
tement noire;  son  corps,  examiné  de  la  tète 
aux  piods  présentait  absolument  Taspect  de 
celui  d'une  négresse.  Ayant  été  observée 
après  sa  mort,  sa  peau  présentait  immédia- 
tement SOU.S  l'épiderme  une  couche  linéaire 
uûiro,  qui  paraissait  avoir  son  siégc  dans  la 
couche  du  tissu  muqueux. 

Le  piqmentum  des  nègres  n'est  donc  pas 
))Iusdû  aunorgane  particulier  que  celui  des 
autres  hommes  et  de  tous  les  animaux.  11 
est,  encore  un  coup,  dâ  au  climat  et  au  genre 
(le  nourriture.  Des  faits  de  l'histoire  natu- 
relle en  fournissent  la  preuve.  Le  bouvreuil 
nourri  de  chènevis  devient  bicnlôl  noir;  en 
nourrissant  des  cochons  avec  de  la  garance, 
leurs  os  deviennent  rouges,  et  chez  les  oi- 
^('aux  nourris  de  cette  substance,  le  bec  et 
le$éoaiUe«  des  pattes  deviennent  également 
routes.  Mais  ce  qui  prouve  encore  mieux 
^ue  la  couleur  de  la  chair,  de  la  peau  des 
iH'grcs,  n'est  due  qu'à  la  nourriture  et  au  cli- 
îiat,  c'est  qu'on  trouve  dans  les  mêmes  pays 
les  animaux  dont  la  chair  et  la  peau  parti- 
•ipent  aux  mêmes  qualités.  Au  Paraguay,  à 
iJuénos-Ayres,  dans  les  Cordillères  des  An- 
les,  il  se  trouve  des  poules  qui  ne  diffèrent 
ms  des  autres  auant  à  la  forme,  mais  qui 
>iit  la  peau«  la  ctmir*  les  pieds,  les  plumes, 
a  crête  noirs;  la  peau  est  encore  colorée 
|uan:l  elle  est  cuite.  A  Mozambiaue,  il 
^\iste  aussi  des  poules  nègres  dont  la  chair 
'st  également  noire.  Notre  sanglier,  qui  est 
ertainementde  la  même  e»pèce  que  le  co- 
Ijon  domestique,  a  la  chair  et  la  peau  beau- 
;oup  plus  noires  que  celles  du  nègre. 

Enun ,  il  est  prouvé  par  les  relations  de 
ous  les  voyageurs,  que  l'art  de  se  nourrir 
:st  extrêmement  peu  avancé  chez  les  peuples 
lègres  ;  qu'ils  prennent  oresque  brutes  les 
iroductioos  du  pays;  qu  en  outre,  les  chefs 
't  les  plus  riches  dé  ces  peu4>leç  qui  usent 
l'une  nourriture  plÛ3  recherchée,  Isont  beau* 
:oup  moins  fonces  dans  leurs  couleurs  qiie 
'**u\  (]ui  vivent  pour  ainsi  dire  comme  des 
iiiiuuux. 


Les  variétés  de  couleur  sont  d'ailleurs 
bien  moins  considérables  dans  Tespèce  hu- 
maine que  chez  les  animaux,  qui  présentent 
dans  la  môme  espèce  toutes  les  nuances  pos- 
sibles. Concluons  donc  de  tous  ces  faits  que 
rien  moins  que  la  diversité  des  couleurs,  ne 
peut  conduire  à  admettre  une  diversité  d'es- 
pèces dans  le  genre  humain. 

Les  moJifications  de  la  tête  sont  de 
toutes  les  modifications  que  peut  éprouver 
l'organisme,  les  plus  nombreuses  et  les  plus 
faciles  à  produire,  sans  doute  à  cause  du 
grand  nombre  d'os  de  la  tête  et  de  leur  forme 
plate  et  lamelleuse.  Nous  les  avons  vues 
dans  les  animaux  se  varier  considérabfemen't 
dans  la  même  espèce,  telle  que  les  chiens, 
par  exemple.  Il  est  à  remarquer  que  les  mo- 
difications et  les  qualités  acquises  dans  Ib 
domesticité  par  les  animnux  se  transmettent 
par  la  génération;  sans  ctela  nous  n'auriows 
pas  de  races  domestiques,  mais  seulement  des 
individus  qu'il  faudrait  former  à  chaque  gé- 
nération. Or,  si  l'on  considère  qu'elle  est 
beaucoup  plus  exposée  qu'aucune  espèce 
animale  aux  causes  déformantes,  loin  d  être 
surpris  de  ses  nombreuses  variétés  de  for- 
mes, on  sera  étonné  qu'il  n'y  en  ait  pas  da- 
vanta;?e.  Les  animaux  cherchent,  quand  ils 
sont  libres,  le  climat,  le  sol  et  les  milieux 
qui  leur  conviennent  mieux;  l'homme,  au 
contraire,  habite  partout;  ni  les  froids  ex- 
cessifs, ni  les  chaleurs  brûlantes,  ni  les  cli- 
mats insalubres  ne  l'arrêtent;  la  terre  est 
son  domaine,  il  en  a  pris  possession  par- 
tout, et  j»en(Iant  que  les  espèces  animait^s 
sont  confinées  sous  des  latitudes  oxlrêmd- 
ment  limitées,  riiomnic  habite  sous  toutes 
les  latitudes.  Là,  dans  des  circonstances  aussi 
variées  de  climat,  de  travail,  dT>  mœu^s ,  ■  de 
civilisation ,  de  nourrituie ,  comment  ses 
formes  ne  dévieraient-elles  pas  de  leur  état 
normal? 

Une  grande  cause  oe  déformation  à  la- 
quelle les  animaux  échappent,  tamiis  qno 
I  espèce  humaine  seule  y  est  soumise,  cest 
l'intelligetice  et  la  moralité  même,  qui  ca- 
ractérisent cette  espèce  humaine.  Ces  deUx 
causes,  qui  n'en  font  qu'une,  agissent  de 
deux  manières  sur  le  développement  des 
formes  organiques,  d'abord  parla  manifes- 
tation même  de  rJntclligence,  et  en  second 
lieu  par  son  ignorance.  C'est  rintelligenf'o 
qui  forme  son  corps,  nous  l'avons  jvouvé  en 
montrant  que  le  corps  de  Thomnie  est  fait 
pour  son  intelligence.  Plus  rintcHigence  est 
développée,  plus  les  formes  du  corps  et  sur- 
fout de  la  tête  sont  belles  et  harmonieuses; 
ce  fait  est  facile  à  constater,  nous  en  avons 
exposé  les  données  précédemment  Pins,  au 
contraire,  l'intelligence  est  înactive ,  et  pltis 
les  formes  de  son  corps  sont  dégradées.  L'i- 
gnorance, le  préjuçé,  la  superstition  sant 
une  seconde  cause  de  déformation.  Il  est  do  » 

{peuples  qui  aplatissent  artiliclellement  le 
iront  de  leurs  enfants,  qui  leur  écrasent  le 
nez  et  leur  pressent  les  lèvres  pour  les  ren- 
dre plus  belles,  à  leur  avis.  H  ne  faut  pas 
sortir  de  France  pour  constater  des  faits  ana- 
logues; ainsi  la  coutume  barbare  de  corai» 


U55 


TM 


MCTIONNAIRe 


VM 


m 


nés  contrées  de  autre  pays  qui  fait  emaiaiilot- 
ter  la  tète  des  petits  enfaïu-s»  leur  donne  une 
forme  extrêmement  allonge  d*avant  en  ar- 
riiVe.  Cela  se  remarque  surtout  dans  certaines 
contrées  du  norJ  et  du  midi  de  la  France^et 
surtout  dans  les  femmes  ciui,  ayant  le  plus 
souvent  la  tète  continuellement  entourée 
de  li(^amentSy  prennent,  sous  leur  influence, 
une  tète  en  pain  de  sucre.  J*ai  vu  moi-même 
de  CCS  tètes  tellement  déformées,  qu'il  n*y 
avait  plus  apparence  de  front;  et  certes,  si 
les  tètes  de  nègres  offraient  de  semblables 
monstruosités,  je  concevrais  qu'on  pût  en 
faire  une  obiectioa.  Cette  coutume  dont  nous 
parlons  est  la  cause  d*unc  fuulc  de  maladies 
mentales  ;  et  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer, 
dans  nos  maisons  d*aliénés,  de  ces  tètes  qui 
ressemblent  plutôt  à  des  sinies  qu'à  des 
hommjs.  Si  les  déformations  de  la  tète  suf- 
fisaient donc  |)Our  établir  plusieurs  espèces 
humaines,  il  serait  beaucoup  plus  facile  de 
les  caractériser  en  France  même,  et  parmi 
des  Français,  que  parmi  les  divers  peuples 
du  globe  ;  il  y  a,  nous  ne  craignons  pas  dô 
ramrmer,  après  l'avoir  vu,  plus  de  différen- 
ces notables  entre  les  tètes  oes  diverses  con- 
trées de  France,  au'il  n'y  en  a  entre  les  Euro- 
péens et  les  Sénegambiens,  par  exemple. 

Cependjant,  marc;ré  tant  de  causes  modi- 
fiantes, l'espèi^e  lium^ne  n'offre  pas  autant 
de  différences  dans  les  variêlés  que  les  races 
d'une  même  espèce  animale.  Jamais,  en  ef- 
fet, les  variétés  de  l'espèce  humaine  ne  per- 
dent de  leurs  parties,  pas  même  de  celles  qui 
ne  sont  que  des  produits,  comme  les  poils  ; 
tandis  qu'il  y  a  des  espèces  animales  qui 
perdent  leurs  poils  et  leurs  cornes. 

Concluons  donc  que  les  modifications  dans 
les  formes  de  la  tète  ne  peuvent  étayer  d'une 
ombre  de  preuve  la  tnèse  de  la  diversité 
d'espèce  humaine. 

Après  avoir  répondu  à  toutes  les  princi- 
pales objections  contre  l'unité  d'espèce  hu- 
maine, il  nous  reste  à  dire  un  mot  de  la 
preuve  la  plus  forte  de  celte  unité  d'espèce  ; 
cette  preuve  suffit  à  elle  seule  pour  démon- 
trer notre  thèse.  Nous  avons  donné  et  prouvé 
la  seule  définition  scientifiçiue  de  l'espèce, 
la  seule  appuyée  sur  un  principe  invariable, 
la  génération.  Il  suit  de  cette  définition  que 
toutes  les  fois  que  deux  ou  plusieurs  varié- 
tés peuvent  produire  ensemble  des  indivi- 
dus féconds  et  propres  à  se  perpétuer,  elles 
appartiennent  nécessairement  à  la  même  es- 
pèce. C'est  là  un  point  de  la  science  de  l'or- 
ganisation qu'il  est  impossible  de  révoquer 
en  doute  sans  détruire  toute  la  science.  Or, 
toutes  les  races  de  l'espèce  humaine,  toutes 
les  variétés  de  ces  races  produisent  ensem- 
ble des  individus  féconds  et  propres  à  se 
perpétuer;  le  fait  est  assez  largement  cons- 
taté pour  que  personne  n'ose  désormais  le 
révoquer  en  doute.  Donc  toutes  les  races, 
toutes  les  variétés  humaines  quelque  nom- 
breuses qu'elles  soient,  appartiennent  à  une 
seule  et  unicme  espèce. 

Les  caractères  2oologiques  de  Tespèee  se 
tirent  du  produit  de  la  génération,  des  or- 
ganes de  la  génération,  dos  signes  ou  pavil- 


lons spécifiques,  et,  dans  iesmammiOrefii^^ 
plus  élevés,  de  la  considération  de  cerlaiocs 
dents. 

Le  produit  humain  de  la  généraliofl  ne 
présente  aucune  différence  appréeiaMe,  ni  è 
rétal  de  germe,  ni  à  Tétai  d'œuf,  ni  i  Vëui 
de  fœtus. 

Les  organes  de  la  génération ,  aussi  \m 
mâles  que  femelles,  sont  parfaitement  sem- 
blables dans  toutes  leurs  parties,  chez  tou(e> 
les  races  humaines;  il  n'y  a  cjuedes  dilTérenri  .< 
dans  le  développement  accidentel  de  certai- 
nes parties  extérieures,  comme  les  mamelles 
mais  qui  peuvent  toutes  se  rencontrer  da 
plus  au  moins  dans  toutes  les  variétés. 

Il  n'y  a,  dans  l'espèce  humaine,  d'antres 
signes  ou  pavillons  spécifiques  que  la  barbe 
qui  distingue  l'homme  ;  or,  elle  est  plus  ou 
moins  abondante  et  de  couleurs  eilré:ne- 
ment  variées,  suivant  les  individus,  dam  la 
même  variété  et  quelquefois  dans  la  mé»ue 
famille. 

Les  dents,  chez  toutes  les  yariélés  on  ra- 
ces de  l'espèce  humaine,  ne  pré^e^lent abso- 
lument aucune  différence  spécifinue;  m 
cette  différence  spécifique  ne  peut  elrerri» 
que  de  la  dernière  molaire  ou  de  la  molaire 
principale.  Or,  il  n'y  a  aucune  différenre 
entre  toutes  ces  dents  chez  les  diverses  ra- 
ces. Ainsi  donc,  dans  tous  les  organes  qui 
peuvent  fournir  des  caractères  vraiment 
spécifiques,  il.n'y  a  absolument  aucune  dif- 
férence appréciable  et  nettement  tranchée 
entre  toutes  les  variétés  humaines.  La  con- 
clusion lo^que  et  rigoureuse ,  c'est  qnil 
n'existe  qu  une  seule  espè::e  humaine. 

Qu'importent  après  cela  toutes  les  variétés 
des  organes  qui  ne  sont  pas  s))écifiqQe^,  ei 
({^ui  sont  immédiatement  sous  1  influenoedes 
circonstances  extérieures?  Elles  peu^eBl 
faire  impression  sur  des  esprits  snperûciels 
mais  elles  n'en  feront  jamais  sur  les  esprits 
sérieux  qui  savent  un  peu  ce  que  c'est  que 
la  science»  ce  que  c'est  qu'une  es|  èœ  ani- 
maie. 

Nous  avons  démontré,  en  effet,  qu'une  es- 
pèce avait  ses  limites  de  variations  en  pltt« 
ou  en  moins  çui  ne  pouraient  être  dép.i^ 
sées  sans  que  1  espèce  périsse.  Or,  l'esi^è^ 
humaine,  qui  est  la  seule  qui  soit  véritai)le* 
ment  omnivore,  qui  habite  sur  tous  l<^ 
points  du  dobe,  sous  tous  les  climaLs  qui 
porte  en  elle-même  les  plus  grandes  cau.<*s 
de  variations,  est  éiridemment  celle  dans  la- 
quelle nous  devrions  rencontrer  les  variéip> 
les  plus  extrêmes  et  les  plus  nombre1ls^: 
et  cependant  cela  n*est  pas,  car  nous  arf'fi? 
constaté  dans  les  chevaux ,  dans  les  bœu^. 
dans  les  moutons,  dans  les  ebieiis,etc.dH 
variations  bien  nlus  considérables  ;  pers»^' 
les  moutons  et  les  hœats  perdent  knn  rcv- 
nés,  que  certains  moutons  en  ont  sii;  q^ 
les   cnevaux    perdent    ou     acquièrent  ;': 

f)oiI,  etc.  ;  que  les  chiens  dans  leur  laiHe*  ' -> 
ormes   de   leur  corps,    et  sartoul  de  *» 
tète,  etc.,  offrent  les  pivs  grandes  diS^r^ 
ces. 
Tout  donc,  au  physique,  démontre  de  i 


1457 


UNI 


D^ANTilROIHMilGIE. 


UNI 


11.^ 


niaiiière  la  plus  éTidenle  runité  de  l'espèce 
humaioe. 

!•  Noos  arons  prouvé  Tuoité  de  Tespèce 
humaine  au  seul  poinl  de  rue  de  l'organisa- 
lion:  nous  avons  donc  répondu  par  là  aux 
organologistes  Mais  quand  même»  ce  qui 
nest  pas,  ils  pourraient  réussir  h  étàjer 
d'une  ombre  de  preuve  la  llièse  de  la  plu- 
ralité d'espèces  humaines  au  point  de  vue 
de  Torainisation,  ils  n*auraient  encore  rien 
fait.  L^omme,  en  effet,  n  étant  pas  un  être 
purement  organique,  mais  étant  avant  tout 
intelligent  et  moral,  les  caractères  organi- 

3ues  sont  nécessairement  dominés  par  ceux 
e  Tintelligence  et  de  la  moralité.  Pour  que 
la  thèse  de  la  pluralité  d'espèces  fût  logique 
et  scientifiquement  démontrée,  il  fendrait 
donc  prouver  qu'il  y  a,  intellectuellement 
et  moralement,  plusieurs  espèces  humaines; 
ou ,  en  d'autres  termes ,  que  l'intelliuence 
humaine  et  sa  moralité  ne  sont  pas  identi- 
quement et  fondamentalement  les  mêmes 
{K>ur  toutes  les  races  et  variétés  de  l'espèce 
lumaine.  Or,  c'est  ce  que  Ton  ne  fera  ja- 
mais. Si  nous,  au  contraire,  nous  prouvons 
que  rintelligence  et  la  moralité  numaine 
sont  identiquement  et  fondamentalement 
les  mêmes ,  pour  toutes  les  variétés ,  nous 
aurons ,  nous  semblc-t-il ,  victorieusement 
démontré  qu'il  n'y  a  et  ne  peut  j  avoir 
qu'une  seule  espèce  humaine. 

S*  Ceux  qui  ont  prétendu  cjuerintelligence 
des  races  noires  était  inférieure  à  celle  des 
blancs  n'ont  aperçu  qu'un  résultat  dont  ils 
n'ont  point  connu  la  cause;  l'observation 
aveugle,  sans  critique  et  sans  principe,  a  en- 
core été  ici  seule  écoutée.  L'intelligence  du 
nè^^re,  a-t-on  dit,  est  moins  active  que  colle 
du  blanc,  donc  il  en  a  moins.  Ce  raisonne- 
ment ressemble  absolument  h  celui-ci  :  Les 
habitants  de  nos  campagnes  n'exercent  que 
peu  leur  intelligence,  en  comparaison  de  nos 
^avants,  etc.;  donc  ils  ont  moins  d'intelli- 
gence; ou  mieux  encore  à  celui-ci  :  Le  che- 
val qui  a  des  entraves  aux  jambes  court 
moins  bien  que  celui  qui  n'en  a  pas;  donc 
il  est  moins  agile.  Les  phénomènes  de  l'in- 
telligence ne  se  mesurent  pas  au  compas;  ils 
ne  se  pèsent  pas  dans  la  balance;  ils  sont  au- 
dessus  de  la  matière  et  la  dominent ,  bien 
qu  entravés  par  elle  dans  une  foule  de  cir- 
constances, il  faut  donc  partir  de  principes 
plus  élevés  pour  iuger  de  la  nature  et  du  dé- 


veloppement de  l'intelligence. 

L  intelligence  humaine  est  essentiellement 
lîlire  et  active;  c'est  là  sa  nature  première 
et  fondamentale;  mais  elle  est  unie  à  un 
corps  matériel  et  sensible,  muni  d'organes  k 
5nn  senrice,  et  à  l'aide  desquels  le  monde 
extérieur  agit  sur  elle  ;  et  elle  à  son  tour, 
réa^t  sur  ce  monde  par  ces  mêmes  organes. 
Sa  condition  d'être  unie  à  son  cor|>s,  qui  vit 
f  »r4aniquement  d'abord,  la  soumet  nécessai- 
reiiimt  aux  influences  de  la  vie  organique, 
aux  influences  du  monde  extérieur  physi- 
que, aux  influences  de  ses  semblables.  Par 
elle-même,  Tintelligence  ne  possède  que  la 

(851)  Ost  une  des  fonnos  de  la  thèse  pauithéisli<ittc. 


{>uissence  de  mettre  en  exercice  son  activité 
ibre  de  se  manifester,  sous  l'influence  de 
conditions  données,  de  connaître  la  vérité, 
de  l'embrasser,  de  s'en  nourrir  et  de  péné- 
trer par  li  plus  avant  dans  la  vie  intellec- 
tuelle, qui  n'est  autre  chose  que  la  posses- 
sion et  la  iouissance  d'une  plus  grande 
somme  de  vérités.  Lorsqu'on  dit  que  rintel- 
ligence se  développe,  on  se  sert  d'un  terme 
impropre  ;  car  il  n  jr  a  pas  précisément  dé- 
veloppement dans  l'intelligence  qui  est  un 
être  simple.  Pour  qu'il  y  eût  développement 
réel  dans  l'intelligence,  il  fiiudrait  qu'elle 
pût  ajouter  à  sa  substance  une  nouvelle  sub- 
stance. Mais  où  prendrait-elle  cette  sub- 
stance? Serait-ce  dans  un  réservoir  ou  dans 
une  masse  de  substance  intellectuelle  circu- 
lant, pour  ainsi  dire,  dans  l'univers  (851)? 
Une  pareille  absurdité  ne  peut  conduire  qu'à 
l'absurdité  du  matérialisme.  Dira-t-on  que 
l'intelligence  puise  la  substance  de  son  dé- 
Telop[)ement  oans  la  vérité?  Mais  outre  que 
la  vérité  n*e$t  pas  jirécisément  une  sub- 
stance, elie  ne  s  identifie  pas  avec  l'intelli- 
gence, qui  sait  parfaitement  se  distin^er  de 
ses  connaissances.  L'artiste  qui  depuis  long- 
temps a  exercé  son  oreille  et  sà  voix,  ou 
son  pinceau  et  son  œ&l  avec  sa  main,  a-t-fl 
dans  l'intelligence  quelque  diose  de  plus  que 
celui  qui,  ayant  les  mêmes  aptitudes,  ne 
s'est  jamais  exercé?  Non,  sans  doute,  puis- 
que le  second  en  s'exerçant  pourra  devenir 
égal  au  premier  ou  même  le  surpasser.  On 
ne  peut  donc  pas  dire  gue  l'intelligence  se 
développe;  combien  d'intelligences, en  effet, 

f>lus  fortes  et  plus  capables  que  d'autres,  ne 
es  égaleront  jamais  par  les  resultats  de  leur 
activité,  parce  qu'elles  ne  se  sent  jamais 
trouvées  dans  les  circonstances  favorables  à 
leur  action.  L'intelligence  de  Tenfant  a-t-elle 
moins  de  puissance,  moins  de  dévelo|pe- 
ment  que  celle  de  son  père?  On  ne  peut  f^s 
le  dire,  seulement  elle  est  depuis  moins 
longtemps  dans  le  monde,  elle  s'est  moins 
exercée,  elle  a  moins  acquis  ;  mais  donnez- 
lui  le  temps  d'appliquer  son  activité,  don* 
nez  le  temps  aux  organes  de  devenir  ca[rfi- 
bles  de  la  servir,  et  vous  verrez  qu'elle 

E^urra  même  surpasser  celle  de  son  père, 
'aliéné,  qui,  avant  sa  maladie,  était  un  es- 
prit remarquable,  a4-il  perdu  quelque  chose 
de  son  intelligence,  l'a-t-il  diminuée?  La 
preuve  du  contraire,  c'est  que  si  vous  pou- 
vez réussir,  comme  cela  a  lien  souvent,  k 
rétablir  son.organisation  dans  son  état  nor- 
mal, vous  aurez  aussi  rendu  à  son  intelli- 
gence tontes  ses  facultés.  L'intelligence  ne 
grandit  ni  ne  diminue  donc;  mais  elle  se 
manifeste,  elle  agit,  elle  accroît  sa  posses- 
sion, la  somme  de  ses  connaissances.  Elle 
existe  tout  entière  et  complète  dés  le  pre- 
mier instant  de  son  existence  :  nous  l'avons 
largement  prouvé.  Mais,  comme  elle  a  be- 
soin des  organes  du  corps  pour  agir,  elle  ne 
peut  le  fSiire  que  quand  ils  sont  suffisam- 
ment développa;  bien  plus,  elle  les  déve* 
loppe  même  par  lexerace  ;  ainsi  la  main  de 


U59 


UN! 


DICTlONNAinE 


UM 


m 


Tartiste  se  développe  par  la  pratique  de  son 
art;  ]a  main  du  forgeron  acquiert  plus  de 
force  par  le  travail  ;  le  cerveau  du  penseur 
acquiert  plus  de  volume  à  mesure  que  l'in- 
teîîîgence  eiige  de  lui  plus  de  travail.  Ce 
.  fait  est  remarquable  et  prouve  notre  thèse. 
Une  population  livrée  tout  entière  aux  tra- 
vaux manuels,  présente  à  peu  près  chez  tous 
•  les  individus  les  mêmes  types  de  tôle,  et 
le  même  développement  du  crâne,  et  dans 
les  mêmes  parties;  mais  faites  sortir  de  cette 
population  un  ou  plusieurs  individus  pour 
les  appliquer  aux  travaux  intellectuels,  et 
au  bout  de  quelques  années  comparez  leur 
léte  et  surtout  leur  front  à  ceux  des  autres 
individus  de  la  môme  population,  et  vous  y 
trouverez  une  différence  immense.  Nous 
avons  nous-mêmes  constaté  ce  fait;  bien 
plus  dans  la  môme  famille  nojus  avons  vu 
des  frères  du  môme  â^e,  à  peu  près,  nés  dans 
les  mêmes  circonstances,  élevés  jusqu*à  l'â^c 
de  douze  ou  quatorze  ans  de  la  même  ma- 
nière, et  présentant  alors  les  mômes  traits  et 
la  môm 3  conformation  de  tétc;  mais  ayant 
été  séparéiî,  et  Tun  d'eux  ayant  cinbrassé 
une  profession  manuelle,  tandis  que  l'autre 
s'était  livré  avec  une  activité  dévorante  à  l'é- 
tude; arrivés  vers  l'âge  de  trente  ans,  ils 
n'avaient  plus  la  même  conformation  de  la 
tôte,  le  second  avait  le  crâne  et  le  fVont  beau- 
coup plus  développés  que  le  premier.  Ce 
&it  et  bien  d'autres  semblables  prouvent 
donc  que  l'intelligence  développe  ses  orj;a- 
nes,  mais  non  qu  elle  se  développe  elTe- 
même. 

3^  Mais  puisque  l'intelligence  humaine  ne 
peut,  par  elle- i.ôme,  arriver  à  la  vérité,  à  la 
connaissance,  à  la  science,  dont  elle  a  le  fond 
en. soi,  dans  sa  substance  et  sa  raison;  il 
faut  bien  qu'elle  soit  aidée  du  dehors,  soit 
por  les  créatures,  soit  par  le  Créateur.  Si 
4  intelligence  humaine  ne  pouvait  être  et  n'é- 
tait en  rapport  qu'avec  les  créatures,  évi- 

.demment  elle  ne  connaîtrait  de  vérité.que 
ce  que  les  créatures  en  renferment;  dans  les 
êtres  créés  matériels,  elle  ne  trouverait  pri- 
mitivement que  des  vérités. de  faits,  que 
l'observation  pourrait  lui  faire  apercevoir. 
.  V  Dans  ses  semblables,  les  autres  intelli- 
gences humaines,  elle  ne  trouverait  que  ces 
mêmes  vérités  de  faits,  tirées  du  monde  ma- 
tériel, et  de  plus  les  faits  intimes  tenant  à 
la  nature  dé  l'intelligence  humaine;  elle  y 
trouverait  encore,  et  elle  pourrait  tirer  dQ 

.  tous  ces  faits  la  notion  de  cause,  et  par  suite 
l'existence  d'un  être  su{)érieur  à  tous  les 
êtres  et  leur  Créateur;  mais  jamais  elle  ne 
|K>urrait  s'élever  aux  vérités  religieuses  ré- 
vélées, aux  règles  de  la  loi  morale  imposées 

.|uir  Dieu  lui-môme;  car  ni  les  unes,  ni  les 
auîri^s  no  sont  nettement  exprim&^s  dans  les 
créatures. 
5"  Sans  communication  avec  Dieu  donc, 

.  Vintolligeace  humaine,  soumise  aux  inlluen- 
coj  de  son  organisation,  ne  rechercherait 
naturellement  et  primitivement  que  son 
bien-êîre  physique  et  matériel;  elle  n'ac- 
q  lerrait  jamais  la  possession  des  vérités  né- 
cessaires à  sa  vie  intellectuelle  et  morale  ; 


tous  les  faits  prouvent  cette  vérité,  car 
les  peuples  arrivés  à  un  haut  degré  de  ci- 
vilisation, n'y  sont  arrivés  que  par  suite 
de  l'influence  religieuse  de  larévélalionplus 
ou  moins  nettement  acceptée;  et  plus  celte 
révélation  a  été  acceptée  netteraenl  cl  posi- 
tivement,  plus  aussi  les  peuples  se  sont  éle- 
vés à  un  haut  degré  de  vie  intellectuelle  el 
de  civilisation.  L  intelligence  humaine  est 
donc  soumise  à  Ja  communication  de  Dieu 
lui-même,  sous  peine  de  ne  pouvoir  jamais 
déployer  toute  son  activité;  e!  alors  une 
fois  la  société  des  intelligences  en  possession 
de  la  vérité  divine,  chaque  intelli^^encepcal 
y  puiser  les  éléments  de  sa  vie. 

C'est  par  la  révélation  seule  que  lebutel 
la  fin  de  l'homme  lui  sont  connus,  gue  sa 
nature  et  son  origine  lui  sont  enseignéts 
primitivement..  Si,  plus  tard,  giiîdi^s  par  les 
principes  de  la  révélation»  les  hommes  ool 
pu  arriver  à  démontrer  scienlifiquomenlceà 
mêmes  vérités.ce  n'est  qu'à  la  longue  elpr 
un  travail  pénible  qui  ne  peut  être  jamais  à 
la  portée  <les  masses;  et  celle  démonstration, 
d'ailleurs,  n'étant  opérée  que  par  suite  et 
sous  rinduencc  de  la  vérité  religieuse,  il  esl 
bien  difficile  d'admettre  et  surtout  imjiossi- 
ble  de  prouver  que  l'esprit  humain  aurait  pu 
par  lui-môme  arriver  à  celle  démonslraliuu 
posilive.   Dans  ces  questions  sigraTes,<Hi 
raisonne  toujours  à  faux,  quand  on  raisonne 
abstraction  faite  de  Dieu;  car  Texistence de 
Dieu,  ses  rapports  nécessaires  avec  ses  créa- 
tures, sont  des  réalités  primitives  dont  oo 
ne  peut  sortir  sans  tomber  dans  une  hypo- 
thèse qui,  n'eïistant  pas,  ne  peut  pas  con- 
duire a  la  vérité.  Dieu,  sans  doute,  en  « 
manifestant  dans  la  création,  s*estmiskla 
portée  de  rintelligence  humaine,  cl  il  y  a  là 
d'abord  un  premier  fait  qui  ne  permet  pas  à 
l'homme   d  échapper  entièrement  à  Dici: 
mais  par  cela  seul  le  genre  humain  aurait-il 
atteint  sor*  développement  social  complet! 
On  no  jHïut  pas  le  dire,  car  il  y  a  un  autre 
fait  tout  aussi  cerlain  que  la  création;  c'est 
la  révélation,  laquelle  a  présidé  aux  déTc- 
loppements  de  ces  sociélés.  En  raisonDao; 
.donc,  jSibslraction  faile  de  ces  deux  graûi.^ 
fails,  la  manifestation  de  Dieu  par  son  œu- 
vre, et  sa  manifestation  par  sa  parole,  on  ^ 
jette  dans  un  ordre  de  considérations  qui 
,  n'ayani  jamais  eu  de  réalité,  ne  peut  pa^^^;''' 
connu.   Rentrons  donc  daiis  la  rôaliié'ifs 
choses  pour  arriver  au  vrai,  puisque  la  ^^ 
rite,  c'est  ce  qui  est.  Puisque  rinlcllir^enn' 
humaine  reçoit  du  monde  extérieur,  /*\'^'; 
de  ses  semblaidcs  et  reçoit  de  Dieu,  il  b^-' 
de  toute  néciessîté  ces  trois  condition^  1*'»^^ 
qu'elle  puisse  exercer,  dans  toute  son  éiea- 
duc,  son  activité  libre;  et  qu'on  noti' -' 
pas  qu'il  y  a  des  intelligences  qui  rfjei- f 
Dieu    nt    qui»  pourtant,  arrivent  dar.^  J 
science  à  \m  point  très-élcvé;  car  enîia  <? 
Jnlolligeuces,  tout  en  rejetaiit  Dieu,  re«:'j- 
vent  de  lui,  malgré  elles  en  puisant  ilûR>  ^ 
société  dont  elles  loni  partie  et  à  l'influa''  "l 
de  laquelle   elles  ne  peuvent  échap|>or'<^ 
qui  elle-même  a  reçu,  de  Dieu.  Cei^eno^- 
supposons  pour  un  instant  iiirun»'  ^'j.^'^ 


m 


LM 


DANTlIKOfOLOClE 


UM 


UH 


quelcoogue  n*ail[.*as  uellciuent  accopto  Dieu 
et  son  influence,  qu'arrivcTû-l-il?   N'ayant 
plus  d'autre  but  qu^  le  bien-éîre  matériel 
t'i  physique,  tous  ses  eirorls  tendront  né- 
cessairement vers  Tacquisition  de  ce  bien- 
ù  re  matériel.  Mais  comme  les  besoins,  mô- 
mes physiques,  d'une  «société,  sont  en  raison 
lie  son  développement  social,  il  s'ensuit  que 
(.est  dans  une  société  déjà  perfectionnée  que 
CCS  besoins  sont  plus  étendus  et  plus  pres^ 
5tmLs  et  poussent,  par  conséquent,  à  une 
activité  intellectuelle  plus  grande.  C'est  en 
effet  1?  civilisation  qui  développe  les  andû- 
(ions  et  les  désirs  de  tout  genre,  qui  crée  de 
nouveaux  besoins  i^our  satisfaire  ces  ambi- 
t  onsetccsdésirsîTintclUffcnce^alopsaii^uil- 
lonnéc,  se  livre  à  l'étude  de  tout  ce  quil'en- 
loiirc  pour  en  faire  sortir  les  moyens  de  ré- 
]ondre  aux  exigences  qui  la  pressent.  N'est- 
ce  pas  en  effet  à  cette  cause  que  sont  dus 
//Mjheureusement  tous  nos  progrès  matériels 
dans  les  sciences?  Cependant,  ces  progrès 
arrivés  à  un  certain  degré,  réagissent  néces- 
sairement  sur  l'intelligence  pour   la  con- 
traindre à  formuler  les  lois  dont  elle  a  be- 
soin  dans  rapj)lication;  et  c'est  alors  que  se 
trouvant  dans  l'impossibilité  de  le  faire  par 
)a  seule  connaissance  des  faits,  elle  est  en- 
(iviinée  malgré  elle  à  chercher  en  dehors  de 
CCS  faits  mêmes  les  principes  qui  les  domi-* 
mmU  et  elle  rencontre  Dieu  et  la  vérité, 
terme  où  elle  revient  en  dernier  lieu  comme 
nous  venons  de  le  voir. 

Mais  pour  épuiser  toute  la  question,  et 
l'envisager  sous  toutes  ces  faces,  supposons 
qu'un  certain  degré  de  civilisation  ait  pu 
s'effectuer  sans  rinfluence  divine;  comme 
alors  les  besoins  matériels  seront  les  seules 
-auses  excitatrices,  Tintelligence  ne  cher- 
'hera  évidemment  que  leur  satisfaction  ; 
uai5,  si  rhomme  trouve  dans  les  circons- 
ances  du  monde  phy Nique  qui  l'entoure 
outes  les  conditions  nécessaires  h  la  satis- 
iKttron  des  besoins  physiques  sans  aucuti 
ravail,  vous  ioignez  une  foule  de  causes  o|i- 
lessives  de  i  intelligence  ;  au  lieu  d'avoir 
►rogrès,  vous  aurez  nécessairement  déca- 
ence,  qui  conduira  rintolligence  aussi  bas 
u'elle  peut  descendre  sans  j)érir.  Mais  y 
ura-t-il  la  preuve  de  moins  grand  dévclo|>- 
emcn(  (Inintelligence T  Non,  sans  doute; 
lais  seulement  preuve  d'activité  moins  e\- 
tre  et  même  entravée,  et  voilà  tout. 
G"  Ainsi  donc  l'intelligence  ne  se  développe 
is,  mais  elle  exerce  son  activité  sous  l'in- 
lencc  de  trois  ordres  de  conditions  :  les 
]c\s  venant  du  monde  extérieur  et  des 
étitures  physiques  ;  les  autres  venant  do 
s  semblables;  et  les  derniè^res  enfm,  ou 
ieux  les  premières  et  les  plus  élevées ,  ve- 
nt de  Dieu  lui-même.  A  Paidc  de  ces 
tncî(»c.s,  étudions  ce  (pi'est  et  ce  que  peut* 
•r»  /'inteîligence  de  l«i  race  nèxre. 
f^uan  1  on  cherche  l'or^une  cie  cette  opi- 
>n  fini  attribue  moins  d'intelligence  h  la 

K.".-r)   H^-^ri  iur  Us  tiwuns  d'extirper  ie%  préjnii^t 

Otarie*    roui  e  la  d.i  l  nr    tie%    Af  icains  et  ?.€s 

j     v.i  /«.'A  ,  oav.aj?  c  r.  o  j:  c  pur  lu  ÎSoci<?lc  h  un  • 


race  noire  qu'à  la  race  blanche,  on  ne  tarde 
pas  à  se  convaincre  qu'elle  est  moderne  et 
née  de  la  cupidité  la  plus  inlSme.Un  éVrivaiin 
M.  Linstant,  a  fait  suf  ce  point  des  recher- 
ches curieuses,  et  d'autant  plus  pemarqua- 
bles,  qu'elles  réfutent  par  le  fait  même  lc« 
))réjugés,  puisque  l'auteur  est  de  race  noire 
et  originaire  d'Haïti  ;  ce  qui  ne  l'empêche 
pas  d'avoir  tout  au  tan  td'intelliçencft  et  même 
plus,  nous  lui  rendons  ce  témoignage  d'après 
son  livre  (852),  que  beaucoup  des"  ennemis 
systématiques  ou  intéressés  de  sa  couleur. 
Voci  le  résultat  de  ses  recherches,  aiïi)uyé 
sur  les  monuments  de  l'histoire. 

Le  vulgaire  qui  ne  juge  que  superficielle- 
ment, a  dû  être  disposé  è  établir  entre  l'in- 
telligencc  de  l'homme  blanc  et  cette  de 
l'homme  noir  la  même  diflérence  qu'il  avait 
remarquée  entre  les  deux  couleurs.  Et  de 
là  le^  sophismes  des  infftmes  marchands 
d'hommes. 

L'esclavage  d'une  partie  de  l'humanité  au. 
profit  de  l'autre  est  un  fait  de  toutes  les 
sociétés  antiques  ;  et  partout  nous  trouvons 
l'esciavage  des  noirs  établi  concurremment 
avec  celui  des  blancs.  Son  ancienneté  ne 
prouverait  donc  pas  plus  contre  les  uns  que 
contre  les  autres. 

L'Egypte  fut  d'abord  peuplée  par  dos 
Ethiopiens  ou  noirs;  plus  tard,  une  popu- 
lation blanche  vint  s'implanter  sur  celle-ci, 
lui  iniposa  sa  loi  et  en  fit  ses  esclaves.  Les 
caravanes  dès  lors  traversaient  les  déserts ,  , 
et  allaient  chercher  des  esclaves  dans  l'inté-  - 
rieur  de  l'Afrique.  La  difficulté  de  la  navi- 
gation fut  cause  qu'il  en  arrivait  peu  par 
mer.  Mais  pour  les  Phéniciens,  le  peuple  le 

F  lus  navigateur  et  le  plus  commerçant  de 
antiquité,  le  commerce  des   esclaves  prit 
une  nouvelle  face.  Ils  anportaient  du  fer,  du 
cuivre  aux  peuples  <le  l'intfHri^ur  de  l'Afri 
que,  et  en  recevaient  en  échange  de  l'or,  de 
I  argent  et  des  esclavtîs.  Ils   en  fournirent 
aux  Egyptiens,  aux  Cyrénéens ,  aux  Cartha- 
ginois, aux  Grecs,  aux  Romains,    mais  en 
moins  grand  nombre.  Ils  en  employaiem. 
donc  beaucoup,  soit  à  leur   pi*opre  usa(;e.». 
soit  comme  marchandise.  Les  Cartbaginoif»^ 
en  succédant  aux  Phéniciens  sur  les  mers», 
continuèrent  leur  trafic.  Us  fournirent  des 
esclaves  noirs  aux  Romains,  aux  iles  situéeti 
sur  les  cêtes  de  l'Afrique,  aux  iles  Baléares  r 
et  comme  i4s  avaient  déjà  des  colonies  daub 
l'ancienne  Ibérie,  ils  y   transportèrent  une 
grande  partie  de  leurs  esclaves  nègres,  ('o 
commerce  se  continuait  encore  dès  Te  pre- 
mier temps  de  la  possession  de  rEs()agne 
par  les  Maures;  ce  qui  aurait  pu  contribuer 
à  donner  aux  Espagnols,  surtout  à  ceux  do 
l'Andalousie,  leur  couleur  brune.    Ainsi , 
nous  voyons  l'esclavage  des  nègres  venir  de 
l'Egypte,  de  la  Phénîcie,^  traverser  la  Grèce, 
de  la  passer  à  Rome,  et  enfin   s'arrêter  en 
Ibérie,  où  ce  commerce  se  ralentit  et  se  per- 
dit même  dans  les  flots  des  événements  qui 

CAîse  pour  rnholilion  de  rosclaraje,  en  I84C;  par 
S.  LnsTA>T,  (rHsii:i. 


il«5 


vm 


DICTIONNAIRE 


UNI 


m 


se  snccédèrenl  si  rapidement  par  rinyasion 
des  Barbares.  Et,  pendant  toute  la  période 
qui  précéda  le  xir'  siècle,  ce  trafic  fut  tota- 
lement  abandonné.  Mais,  dans  tout  cet  es- 
pace de  temps  que  nous  venons  de  parcou^ 
rir  depuis  l'Egypte  jusqu'en  Ibéne ,  les 
esclaves  nègres  n  étaient  pas  distingués  des 
esclaves  blancs  ;  chez  les  Romains  mêmes, 
ils  paraissent  avoir  été  mieux  traités,  et  le 
préjugé  de  la  couleur  ne  semble  avoir  influé 
en  rien  sur  leur  sort. 

Les  Maures,  chassés  d'Espagne  et  refoulés 
dans  le  nord  de  l'Afrique,  se  virent  enlever, 
par  les  Portugais,  de  1U5  k  lUO,  un  grand 
nombre  de  pnsonniers,  lorsqu'ils  s^avisèrent, 
en  1W2,  de  les  échanger  contre  des  nègres  ; 
ces  échanges  excitèrent  la  cupidité  des  Por- 
tugais, et  de  là  uaqtuit  chez  eux  la  traite  des 
noirs»  Les  Espagnols,  poussés  par  l'appât  du 
gain,  entreprirent  h  leur  tour  ce  commerce, 
et  transportèrent  des  esclaves  noirs  à  Madère 
et  aux  Canaries,  découvertes  en  11^20,  et  là 
ils  étaient  employés  h  la  culture  de  la  canne 
i  sucre.  La  cfécouvorle  de  TAmérique  par 
Colomb,  en  H92,  accrut  cet  in! Ame  trafic, 
au  point  q^ue  le  nombre  des  nè^s  intro- 
duits dans  la  seule  colonie  do  $aint-Domin- 
gue,  s*éleva,  de  l'année  1680  à  1776,  à  plus 
de  huit  cent  mille. 

Après  le  Portugal  et  l'Espagne,  la  France 
et  FAngleterre  prirent,  pour  les  mêmes  cau- 
ses, part  à  ce  trafic  détestable.  Sans  suivre 
l'auteur  dans  l'histoire  des  colonies,  nous 
remarquerons  avec  lui  un  fait  de  la  plus 
haute  importance,  né  d'une  conscience  natu- 
rellement juste,  mais  qui  cherche  à  s'étour- 
dir et  à  se  tromper  pour  légitimer  ses  actes 
mauvais.  C'est  que  tous  les  efforts  se  tournè- 
rent, dans  les  colonies,  à  opprimer  les  hom- 
mes de  couleur  et  à  les  em{)êcher  d'éclairer 
leur  intelligence,  pour  avoir  le  droit  de  la 
dire  inférieure  et  de  la  tenir  en  sujétion. 

Ainsi  donc  lopinion  qui  regarde  comme 
inférieure  rinlelligence  du  nègre,  est  née  de 
)a  cupidité  et  de  la  barbarie  des  marchands 
de  cnair  humaine.  Son  origine  n'est  pas 
noble.  Ce()cn(lant,  des  hommes  systémati- 
ques, considérant  ces  tristes  résultats,  sans 
tenir  compte  des  causes,  ont  osé  soutenir  la 
Kièmo  thèse  au  point  de  vue  de  la  science  ; 
et  il  est  nécessaire  de  discuter  leur  opinion, 
et  d'en  peser  la  valeur. 

Les  contrées  habitées  par  les  nègres  sont 
les  plus  riches  et  les  plus  fertiles  delà  terre  ; 
la  végétation  y  est  active  et  continuelle,  le 
climat  n'^y  relâche  jamais  ses  ardeurs;  les 
fruits  les  plus  succulents  y  sont  abondam- 
ment proJuits»  sans  aucune  culture;  la  cha- 
leur du  climat  ne  force  jamais  ses  habitants 
k  se  prémunir  contre  les  rigueurs  du  froid  » 
et  le  reuillage  toujours  renaissant  d'une  végé- 
tation vigoureuse  leur  procure  un  ombrage 
toujours  frais;  ils  n'ont  besoin  ni  de  mai- 
sons ni  de  vêtements.  L'humidité  excessive 
que  la  plupart  éprouvent,  dans  leur  climat» 
détrempe,  relâchesanscesseleurcomplexion, 
au  point  que  tous  les  nègres  sont  plus  ou 
moins  d'un  tempérament  lymphatique , 
iucvto, mollasse  ;  que  plusieurs  ont  des  glan- 


des engorgées  ;  toutes  leurs  parti»  V^Cais- 
sent  érrangement  par  cette  bamidité  prédc- 
minante.  C'est  même  cette  humidité  cWe 
qui  rend  le  nègre  si  paresseux,  si  indolent, 
et  qui,  favorisant  sans  cesse  uoe  Té^étalion 
riche  et  abondante,  n'oblige  ces  p«iuples^ 
aucun  .travail  pour  vivre.  De  là  vient  que  les 
nègres  ne  s'évertuent  en  rien,  et  passeront 
des  milliers  de  siècles  sans  se  perfeciionoer, 
accroupis  ou  sommeillant  sous  un  ajouf^ 
de  feuillages,  tandis  que  croissent  auprès 
d'eux  les  ignames  et  le  bananier.  Avec  dès 
besoins  aussi  restreints,  quelle  cause  met- 
trait en  exercice  leur  activité  intellectuelle? 
Le  pays  et  le  climat  façonnent  leur  organi- 
sation de  la  manière  la  plus  désavantageuse 
pour  servir  leur  intelligence. 

Dans  un  tel  pays,  tous  trouvant  abondam- 
ment de  quoi  satisfaire  leurs  besoins  clleaR 
désirs,  l'ambition  n'a  plus  de  cause,  le  pro- 
grès même  matériel,  s  arrête  ;  il  n'y  a  |<asde 
gouvernement  régulier  possible  sous  ce  point 
de  vue,  car  il  n'y  a  aucun  droit,  aucune  pos- 
session à  protéger  ni  à  défendre.  Ainsi  doue 
l'influence  des  êtres  créés  pour  l'homme  est 
k  peu  près  nulle  sur  rintelligence  du  nègre. 

La  société  étant  toujours  dans  uoe  sorte 
d^nfance,  sans  aucun  besoin  de  chercher  à 
se  dévelonfier,  il  n'y  a  aucune  élude  des 
êtres  matériels,  aucune  étude  de  soi-même, 
puisque  l'on  vit  au  jour  le  jour,  sans  inquié- 
tude et  sans  souci  pour  le  lendemain,  qui 
sera  aussi  riche  et  aussi  prodigue  que  la 
veille,  et  qui  fournira  à  la  famille  et  aui 
enfants  du  nègre  la  même  fortune  qu*à  lui- 
même,  sans  aucune  crainte  de  la  perdre  par 
les  revers  d'un  commerce  qui  n'existe  pas. 
Partant,  point  d'éducation  de  famille,  yoinl 
d'éducation  sociale,  parce  qu'on  n'en  sent 
pas  le  besoin  ;  Tintelligence  de  l'individu  ne 
reçoit  donc  encore  qu'une  très-faildc  in- 
fluence de  l'intelligence  de  ses  sem!)  alfe 

Mais  l'influence  divine,  celle  qui  déve- 
loppe proprement  la  société,  qu'cst-eileet 
qu'a-t-elle  été  pour  les  nègres  7  C'est  là  uû 
lioint  (  apital .  L'homme  est  naturellement  reli- 
gieux ;  la  religion  est  un  besoin  de  sa  ua- 
ture,  tout  aussi  important  et  tout  aussi  dô- 
cessaire  à  satisfaire  que  les  besoins  physi- 
ques :  en  preuve,  c*est  qu'il  n'y  a  }»>  un 
peuple  qui  n'ait  une  religion  quelconque. La 
religion  est  à  fa  vie  intellectueUeet  morale, 
ce  c[ue  la  nourriture  est  &  la  vie  du  cor)<s. 
Mais,  de  môme  c[ue  le  corps  n'a  pas  en  lui- 
même  sa  nourriture,  qu'il  est  oblijîé  tie  !a 
puiser  au  dehors,  de  niême  aussi  rinlelli- 
gence, l'être  moral,  n'a  pas  en  lui-mèuic  ni 
reliijion,  il  doit  nécessairement  la  rnrev  •: 
du  dehors.  Cependant,  d'où  la  recevra-l-ii* 
Ce  ne  sera  pas  des  créatures,  puisiju'el''^ 
ne  l'ont  pas.  Ce  sera  donc  du  Créateur.  La 
religion,  c'est  Texpression  des  rapixjrls  u^ 
créatures  au  Créateur,  et  des  créatures  ruir? 
elles  ;  Dieu  seul  connaît  ces  vrais  rapp^rN 
qui  sont  endélinitivo  la  loi  de  suprême  i.;^ 
nionie  et  de  conservation  de  son  œuvre.  Pi«*'> 
seul  donc  a  pu  les  faire  connaître k  riiomu'  • 
et  ced  est  un  fait  historique  et  moral  *m^ 
est  impossible  de  nier  sans  nier  toute  r:!»* 


I4IS 


m 


n'AMTOROraUlGIE. 


BM 


tMi 


foire,  tout  lait  moral.  Dn  «atre  fiât  non 
moins  imnortant,  non  moins  bien  prouvé, 
c'est  «pie  le  secours  dÎTin  est  nécessaire  à 
l'homme  pour  se  maintenir  dans  b  connais- 
sance et  fa  pratique  de  la  religion  Yéritable. 
Ge  secours  divin  est  nécessaire,  soit  comme 
rérélation  immédiate,  soit  comme  autorité 
vivante  et  permanente  qui  puisse  empêcher 
Taltération  de  la  vérité  révélée.  Sans  ce 
secours  divin,  la  religion  ne  peut  demeurer 
pure  et  intacte,  et,  par  conséquent,  les  vrais 
rapports  naturels  de  lliomme  avec  son  Créa- 
teur, et  des  cràitures  entre  elles,  ne  peuvent 
être  connus,  ni  accomplis.  Mais,  comme  le 
bes<Mn  religieux  de  lliomme  est  aussi  pres- 
sant que  tout  autre  besoin,  il  ne  peut  v 
échapper  entièrement.  Et,  comme  son  intef- 
ligence  est  libre  ici  comme  dans  tout  le  reste, 
c|u*elle  peut  même  commander  an  besoin, 
elle  pi^ut  se  soustraire  à  la  véritable  sati^c- 
tion  de  sa  nature  morale,  pour  se  créer  à 
elle-même  une  autre  religion,  à  la  nécessité 
de  laquelle  elle  ne  peut  échapper.  Hans  ce 
ras  rinlelligence  n*ajant  plus  de  soutien 
«*t  d*appui  pour  s*élever  à  Dieu  tombe  sons 
Tempire  des  sens,  et  $a  religion  devenant 
dès  lors  purement  matérielle,  il  n'y  a  plus 
de  progrès  possible,  et  tout  l'être  humain 
tombe  sous  Fempire  de  la  matière.  Cette 
série  de  Cuts  n'est  que  Thistoire  de  toutes 
les  sociétés  humaines  échappées  d'une  ma- 
nière quelconque  au  secours  divin.  La  seule 
nation  juive  et  les  nations  chrétiennes,  étant 
toujours  demeurées  sous  Tinfluence  de  ce 
secours,  sont  aussi  les  seules  qui  aient  suivi 
le  développement  normal.  Les  autres  peu- 
ple«,  dans  la  voie  du  développement  anor> 
mal,  ont  fait  plus  on  moins  de  progrès,  sui- 
vant qu'ils  ont  plus  ou  moins  conservé  ou 
reçu  de  notions  sur  la  vérité  révélée. 

Cela  posé,  quelle  est  Tbistoire  religieuse 
et  sociale  des  peuples  noirs?  C'est  un  fait  de 
la  tradition  universelle*  que  l'Afrique  a  été 
peuplée  par  les  descendants  de  Cham,  fils  de 
Koé;  ils  s'éudilirent  d*abord  dans  TE^ypte, 
peu  de  temps  après  le  déluge;  ils  en  furent 
cbassés  un  peu  plus  tard  par  une  autre  bran- 
che de  la  famille  humaine,  et  furent  refoulés 
vers  TEthiopie,  où  ils  étaient  déjà  établis.  La 
race  de  Cham  fut  dès  rori^ine  en  hostilité 
avec  les  deux  autres  races  oe  Sem  et  de  Ja- 
pbet  Plusieurs  canses  amenèrent  cet  étal  de 
choses  ;  Tautorité  paternelle,  toute  puissante 
et  sacrée  alors,  avait  maudit  la  race  de  Cham 
j|Our  le  crime  de  son  père,  et  lavait  prophé- 
tiquement soumise  à  la  servitude  de  ses  frè- 
res; de  li  une  inimitié  déclarée  et  un  droit 
presque  acquis  aux  autres  races  sur  cclbs- 
ci;  c'était  un  chiitiment  moral  d'une  foute 
morale,  et  cjui  ne  devait  disparaître  que  par 
la  réJemption  universelle ,  qui  est  aussi  un 
des  granos  foi  ts  de  l'histoire  morale  du  monde. 

(853)  La  foalror  H  les  défonnatioiis  physiques 
4es  Bcgr»  ODi  été  aUriboées  à  la  malédictimi  por- 
tée csnlie  €iia««  b-ar  père,  donc  le  teim  s^alléra  et 
«ieviot  Boîr.  (Œm-es  de  CcMpei,  L  il,  p.  461.)  De 
qadqae  bçoo  qu*ofl  rpovisa^e,  celle  opiaioa  est 
trè^-souteoâble  ;  car,  si  rorigine  4e  la  ooulear  noire 
daie  de  b  oulàliciiony  les  circonstances  cUmateri  ^ 


La  race  de  Cham*  soumise  i  Tanathime  , 
se  sépara  des  ses  frères,  s'éloigna  la  pre- 
mière du  berceau  commun  ;  la  première  elle 
prit  les  armes  pour  chasser  les  autres  races 
des  pays  qu'elles  habitaient  ;  liemrod  était 
fils  de  Chus,  qui  lui  même  était  fils  de 
Cham  ;  et  Nemrod  fut  le  premier  qui  com- 
mença k  foire  la  guerre  pour  se  donner  on 
trône  et  un  empire.  Ces  dispositions  durent 
réveiller  les  autres  races,  les  porter  k  la 
défense  ;  et  elles  finirent  par  refouler  dans 
l'Afrique  la  race  de  Cham.  De  là  une  sépara- 
tion presque  complète  des  descendants  de 
Cham,  et  une  scission  entre  eux  et  les  autres 
peuples  (ffi3).  Si  dans  l'Ethiopie,  ces  peuples 
refoulés  atteignirent  un  assez  haut  degré  de 
civilisation,  dans  le  principe  et  par  suite  de  la 
vigilance  continuelle  rù  ils  durent  être  contre 
les  peuples  qui  les  chassèrent  de  l'E^pte,  ils 
ne  tardèrent  pi»  k  la  perdre,  comme  le  prou- 
vent leur  histoire  et  surtout  leur  état  posté- 
rieur. Pour  les  autres,  è  mesure  qu'ils  recu- 
lèrent vers  les  contrées  éqnatoriales  ou  qu'ils 
les  dépassèrent ,  ils  durent  subir  l'influence 
de  toutes  les  causes  débilitantes  du  climat. 
Séparés  par  d'immenses  déserts  des  antres 
peuples ,  ils  n'eurent  plus  à  craindre  leurs 
nostilités ,  mais  aussi  ils  n'en  reçurent  plus 
rien.  Soustraits  par  là,  encore  plus  qu'aucun 
peuple  du  monde ,  à  Tempire  de  la  religion 
véritable ,  qui  n'avait  pas  encore  accompli 
toute  SA  ré?élation,  et  gui,  d'ailleurs,  n*avait 
sur  eux  aucune  autorité  vigilante  pour  les 
maintcm'r  et  les  diriger  dans  ce  qu'ils  en 
avaient  reçu ,  ils  furent  abandonnés  à  eux- 
mêmes.  Les  besoins  physiques ,  qui  se  font 
toujours  sentir  les  premiers,  absorbèrent 
toutes  leurs  facultés  ;  et  dans  un  sol  si  riche, 
dont  ils  fnrent  les  seuls  et  uniques  maîtres , 
Tapathie,  naturelle  à  l'homme ,  n'étant  plus 
contre-balancée  par  aucun  poids ,  finit  |)ar 
les  ensevelir  dans  la  matière.  Ils  altérèrent 
ce  qu'ils  possédaient  de  vérité  ;  et  le  besoin 
religieux  chercha ,  comme  tons  les  autres 
besoins ,  sa  satisfaction  dans  la  matière.  De 
là  sortit  le  fétichisme,  avec  toutes  ses  supers- 
titions grossières  et  dégradantes.  Plus  d'au- 
torité générale  et  divine ,  plus  de  secours 
divin  ;  chaque  individu  demeura  isolé  ;  cha- 
cun se  fit  son  dieu  à  sa  guise  ;  ce  fut  le  pro- 
testantisme de  la  matière.  Par  conséquent , 
Tintelligence  de  ces  peuples,  ne  recevant 
plus  du  Créateur,  laissa  engourdir  son  acti- 
vité, et  sa  liberté  devint  captive  de  la  matière» 
qui  la  domina. 

Lorsque,  plus  tard,  le  commerce  et  la  cu|H- 
dité  pénétrèrent,  soit  au  moyen  des  carava- 
nes, soit  par  la  navigation,  jusque  dans  ces 
contrées,  ce  fut  pour  dérimer  une  popula- 
tion dégénérée  et  sans  défense.  Si  une  cer- 
taine puissance  ^uvemementaleexista  parmi 
eux,  on  la  séduisit  par  l'appât  des  jouissan- 

qoes  n*aaront  fait  que  la  perpétuer,  et  si  les  races 
noires  ont  été  confinées  dans  leurs  pajs  par  suite 
de  b  malédiction  et  de  la  répolsion  des  autres  peu- 
ples, la  couleur  noiic,  résultat  du  cfiniat,  des 
■Kr«irs,  etc.,  n*en  sera  pas  maitts  due  an  fait  pii» 
mitif,  etc. 


iiG7 


liM 


ini;ïiONNA!RK 


D&il 


m 


ces  malurieilcs,  qui  seules  pouvaient  avoir 
acres  sur  une  semblable  puissance;  et  loin 
(.le  devenir  protex^lriî^e,  elle  devint  oj^pres- 
sivc;  SOS  sujets  naturels,  ou  soumis  par  la 
ff>pcc,  ne  furent  plus  qu'une  marchandise, 
un  moyen  de  richesse  et  de  jouissances  i^hy- 
.siques.  De  là  nécessairement  la  dissolution 
omplètede  ces  sociétés  imparfaites,  dont 
tous  les  membres  cherchèrent  leur  sécurité 
dan<i  la  fuite;  les  plus  forts  s^armèrenl  con- 
tre les  plus  faibles,  une  j;uerro  cruelle,  in- 
tosiine  et  continuelle,  dautani  plus  farouche 
qu'elle  avait  pour  mob'le,  d'une  part  U 
cupidité  seule,  sans  aucune  ap)»arence  de 
iustîce  et  de  droit,  et  de  laulie  la  défense 
légitime  de  son  existence  et  de  sa  vie.  De 
la  encore  nulle  alfection  pour  tes  chefs,  nul 
attachement,  mais,  au  contraire,  la  trahison 
et  la  mort,  toutes  les  fois  qu'elles  étaient 
possibles  Tout  donc  contribuait  à  em^îôeher 
aucune  organisation  sociale;  et  si  Ton  con- 
5.1  II  le  qu  3  cet  état  de  choses  ilure  depuis 
les  Egyptiens  et  les  Phéniciens  jusqu  aux 
Ktals-Unis  d'Améri(|ue,  on  comprendra  faci- 
lement qu'il  ne  peut  y  avoir  d'autres  causes 
dj»  ra[>alhîe  inlelloctùelle  de  ces  peuples. 

Pour  pouvoir  ju^er  si  réellement  leur  in- 
telli;^ence  est  inférieure  h  celle  des  blancs, 
il  aurail  fallu  la  placer  dans  les  mêmes  cir- 
constances et  pendant  un  lenips  é^al;  or» 
c'est  ce  qui  n  a  jamais  oii  lieu  :  tout,  au  con- 
traire, a  conlrit)liéà  endormir  leuracliviîé. 
Maintenant  (|ue  notre  th^se  e«t  |K>sée,  étu- 
dions la  valeur  des  objections,  et  nftus  ver- 
rons qu  elles  viendront  confirmer  tout  ce 
(jue  nous  avons  dit,  loin  de  le  détruire  ou 
niéiuederinlirmer. 

Première  objection. —  ïOn  prétend  que  les 
crânes  ties  Africains  sont  moins  étendus  que 
ceux  de  tous  les  autres  peu(4es,el  môme  des 
Américains.  Mais,  dit-on,  inJépendammeiït 
de  ce  fait  constaté,  donirempreinle  est  mémo 
manifeste  sur  le  front  abaissé  du  nèjçre,  con- 
sultons; rbi**toire  de  son  espèce  sur  tout  le 
glob;?.  Quelles  sonlles  idées  religieuses  aux- 
quelles il  a  pu  s'élever  de  lui-môme  sur  la 
nature  ôes  choses  ?  Elles  sont  lun  des  plus 
sûrs  moyens  d'évaluer  la  capacité  intellec- 
tuelle. Nous  le  voyons  partout  prosterné  de- 
vant de  grossiers  fétiches,  adorant  tantôt  un 
serpent,  une  pierre,  un  coquilla^je  ,  une 
plume,  et;.,  sans  s'élever  môn)e  aux  idées 
théolo^iques  des  anciens  Egyptiens  ou  d'au- 
tres peuples  adorateurs  des  animaux,  coujme 
emblèmes  de  la  Divinité  (85'i).  » 

Il  n'e3l  nullement  prouvé  qu'aumn  peu- 
Jde  jmisse  s'élever  par  lui-même  aux  iilées 
religieuses  sur  la  nature  des  dîotes.  Tous 
les  peuples  qui  ont  eu  une  reli^^ion  formulée 
en  ont  jmiséles  principes  dans  la  révélation, 
qu'ils  ont  plus  ou  moins  falsifiée;  tous  les 
peuples  de  l'antiquité,  en  Asie,  en  Europe  et 
dans  l'Egypte,  ont  eu  les  uns  avec  les  autres 
des  communications  continuelle?,  et  sont  re- 
tombés presque  partout  dans  les  uémes  iJées 
comme  dans  les  mêmes  erreurs.  L'Aniéri(iue 


et  l'Afrique  ont  été  seules  isolées,  ol  dam 
l'un  comme  dans  l'autre  iiays,  les  idées  reli- 
gieuses sont  demeurées  dans  le  même  éiat 
d'inertie.  Puisque  de  fait  nul  peuple  ne  s'est 

élevédelui-mêmeà  des  idéesrelisieuses,  mais 
que,  au  contraire,  tous  les  peuples  abandon- 
nées à  eux-mêmes  ont  falsiiie  et  iaussélcs  véri- 
tables idées  religieuses,  elles  ne  peuvent  pa^ 
être,  sous  ce  rapport,  l'un  des  nlussûrs  moyens 
d'évaluer  la  capacité  intellectuelle.  Mais, 
(  omtne  elles  sont  la  cause  et  non  le  résultai 
4ie  l'a.Uivité  intellectuelle,  leuc  pertn  ou  leur 
olisence  doit  nécessairement  débiliter  la  puis- 
sance de  rinlelligence. 
^  Deuxième  objection,  —  «  Dans  les  institu- 
tions politiques,  les  nègres  n  ont  rien  ima- 
giné, en  .\frique,  au  delà  du  goiiverneraenl 
de  la  famille  et  de  l'autorité  absolue;  ce  qui 
n'annonce  aucune  combintiison.  « 

D'abord  on  peut  en  diie  tout  autant  des 
peuples  isolés  ou  sauvages.  Mais  ensuite  t<s 
institutions  politiques  sont  le  résulta  ('e^ 
institutions   religieuses,  des  progrès  de  la 
civilisation,  des  besoins  physiques  et  moraui 
qui  appellent  une  protectK>a  par  des  lois; 
toutes  ces  causes  et  cMlos  qui  en  déj>eii- 
dent ,  enfantent  les  instiMil-ons  politique^. 
Or,  chez  les  nègres,  nous  avons  vu  qu'il  n) 
avait   pas  d'institutions  religienses  possi- 
bles, (partant  point  de  progrès  dans  la  ciWii; 
sation.  Tous  les  besoins  physiques  ([tant  plei- 
nement satisfaits  par  la  richesse  du  j^ayà 
qu'ils  habitent,  lequel  fournit  abondarameDl 
à  tous  5ans  aucun  travail,  il  n'y  avait  pas  Iw- 
soin  de  protéger   par  des   lois  ce  que  1^»» 
n*élait  [las  exjiosé  h  perdre.  En  outre,  ron»! 
nuellemcnt  en  butte  aux  hostilît(^s(les  dm- 
gers  et  à  la  cupidité  les  uns  des  autres,  j«r 
suite  de  TappAt  et  de  la  séduction  des  joui- 
sauces  matérielles,  la  retraite,  risolcnicHtet 
la  fuitedans  un  pays  vaste  et  nche,  deraieiii 
être  la  première  conséquence  d'un  j^ni 
état  de  cnoses  et  le   plus  grand  obstailea 
toute  institution  politique.  Legouverneiiunt 
do  la  famille  est  inhérent  à  la  nature  nicoi^ 
)hysique  do  l'iioûimo,  pour  lequel  il  nej^eiil 
.auiais  disparaître.  L'autorité  absolue  n  a  |u 
Mre  chez  eux  qu'une  suite  de  leur  étal  el'i 
conséquence  de  la  force  matérielle.  Tout  M'S 
chez  les  nègres  s'est  continuellemculop(?<)-^ 
à  l'établissement  des  institutions  |  oliti<F^ 
qui  ne  peuvent  donc  encore  servir  de  îwe^urc 
h  leur  capacité  intellectuelle. 

Troisième  objection.  — «  Los  ncjsrcs/'î' 
de  grands  enfants  ;  parmi  eux,  il  n'y  a  j^^fi' 
de  lois,  point  de  gouvernement  li\e.  Cha  ^'^ 
vit  à  l'cu  près  à  5a  manière;  celui  cui p»/^'' 
le  plus  intelligent  ou  qui  est  le  pics  n-"* 
devient  juge  des  ditférends,  ol  souvent  iN 
fait  roi,  mais  sa  royauté  n'est  rien;  car, br'' 
quïl  ^:ui  se  quelquefois  opprimer  ses  >'Uj<''' 
les  faire  esclaves,  les  vondre,  les  fuer,  i-' 
n'ont  pour  lui  aucun  attachement,  il^^  »^;^| 
obéissent  cjuc  par  force,  ils  neformenl^u  ^^' 
Etat,  ils  ne  se  doivent  rien  entre  euï.  • 

11  n'y  a  point  de  lois  ni  de  gouvernen-ep' 
lixe  parmi  les  nègres,  mms  en  avofi^ "•••'" 


{S5SJ  lictivHinûr:  d'I.i.'.oirc  nAurlU\  art.  .Và/r,  r-"  ViRRV,  c.'U.  do  Dcfcivillc. 


\m 


UNI 


D*A5TnR0P0Lar.lE 


U?CI 


1470 


les  raisons.  Que  le  plus  riche  et  ie  plus  in- 
telligent se  fasse  roi ,  cela  est  dans  Tordre 
(les  choses  humaines,  et  il  n*y  a  rien  d*éton« 
nant.  Mais  que  sa  royauté  ne  soit  rien ,  et 
que  ses  sujets  n'aient  pour  lui  aucun  atta- 
(■nement,  cela  doit  être  encore  chez  des  peu-^ 
pies  qui  n*ont  rien  à  protéger  ni  h  défendre, 
qui  ne  tiennent  pas  au  soU  puisqu'ils  ne  le 
lK)ssèdent  ps;  qui  n'ayant  par  conséquent 
aucun  motif,  ne  peuvent  pas  s'attacher  à  un 
homme  qui  les  opprime,  les  vend  et  les  lue. 
Lespeuplesciviiiséssupporteraicnt-ilsuue 
pareille  tyrannie?  Non  sans  doute;  ils  se  t{** 
voileraient.  Les  nè^^res  prennent  la  fuite  ou 
(uent  leur  roi  ;  ils  prouvent  donc  par  là 
qu'ils  ont,  comme  les  peuples  civilises,  l'a- 
mour de  rindé|:endaucc  et  de  la  litwîrté,  et 
1  on  peut  même  «lire  que  ces  sentiments  sont 
chez  eux  portés  à  un  plus  haut  degré;  ce 
qui  ne  prouve  pas  une  infériorité  d  intelli- 
f:^'nce,  mais  bien  la  même  nature  intellec- 
iiielle,  sauf  qu'elle  est  placée  dans  des  cir- 
fonstancos  différentes.  Quant  à  ce  qu'ils 
n'obéissent  que  par  force,  on  peut  en  dire 
aillant  de  tous  leij  peuples,  quand  ils  n'ont 
pflç  (les  motifs  plus  puissants  el  quand  leurs 
iniérêts  les  ])ortent  h  ne  pas  obéir,  comme 
c'est  le  cas  des  nègres,  qui,  n'ayant  que 
peu  de  besoin  les  uns  des  autres,  ne  peuvent 
sf*  rion  devoir  entre  eux. 
Quatrième  objection.  —   «  Par  rapport  à 
inJnstrie   sociale,   ils  n'y  ont  jamais  foit 
i'eii\  soûls  les  moindres  progrès  :  ils  n'ont 
;as  bAti  de  villes,  de  grands  édifices  comme 
'ont  exécuté  les  Egyptiens,  même  pour  se 
ous(raîre  aux  ardeurs  du  soleil  ;  ils  ne  s'en 
rarantissent  nullement  par  des  tissus  légers, 
v^mmo  fcnt  les  Indiens;  ils  se  ronlentent 
le  cabanes  et  de  l'ombrage  des  palmiers.  Ils 
l'ont  doncî  point  il'arls,  point  d'inventions 
ui  cl larment  les  ennuis  de  leurs  loisirs  sur 
n  sol  si  riche.  » 

Et  tout  cela  précisément,  parce  cjue  leur 
r)l  est  riche.  Les  arts  et  les  inventions  sont 
ne  suite  des  lîO«oins  et  du  luxe  de  la  civi- 
sation,  les  r.ègrfs  n'ont  ni  besoins  ni  luxe 
e  civilisation.  Los  Egyptiens,  les  Indiens, 
fUT  des  peuples  les  plus  civilisés  de  l'anli- 
uité,  no  peuvent  servir  de  mesures  do 
nnparaîson  aux  noirs,  parce  que  leursi- 
lation,  lour  état ,  etc.,  diffèrent  du  tout  au 
>ul.  A  quoi  serviraient  les  tissus  aux  nè.;re.«, 
li  trouvent  l'ombrage  des  palmiers  tout  prôt 
)ur  les  garantir,  clquin'ont  besoin  quede 
urs  cabanes?  A  quoi  bon  pour  eux  les  villes 
les  grands édificesdes Egyptiens,  puisqu'ils 
ont  lîiînstitutionspolitiques,  ni  institutions 
li^^'ciises,  ni  gouvernement,  et  qu'ils  no 
fuvent  en  avoir,  qu'il  est  même  dans  leur 
térèty  au  moins  apparent  et  clair  ]nn\v 
1,  de  n*en  pas  avoirTOn  ne  bâtit  do  villes 
de  grands  édifices  que  par  suite  d'une  ci* 
[fsacion  très^vancée. Que  les  nègres  n'aient 
nais  fait  d'eux  seuls  les  moindres  progrès 
n%  J*inilu$triesociaiei  cela  n'est  pas  élon- 
nt,  puisque  aucun  peuple  du  monde  n'a 
nais  fait  de  lui  seul ,  pas  même  les  Chi- 
is,  quoiqu'on  en  dise,  de  progrès  dnns 
I  lu^lric  sociale  ;ft  peine  h  la  France,  l'An- 


gleterre ei  ii>utes  les  nations  d'Kurojie  réu- 
nies et  mettant  en  commun  tous  leurs  ef*^ 
forts ,  ont  pu  arriver  à  conduire  aucune 
partie  de  l'industrie  sociale  è  un  point  de 
perdition  où  il  n'y  ait  plus  rien  h  désirer. 
Toutes  ces  nations  se  sont  poussées  mutuel* 
lement  dans  la  voie  du  progrès,  ol  l'on  vou- 
drait que  les  nè^^res  y  fussent  entrés  et  y 
eussent  marché  d'^ux  seuls  ;  si  cela  avait  eu 
lieu,  leur  intelligence  eût  été  assurément 
bien  aunlessus  de  celle  des  blancs. 

Cinquième  objection.  —  «  Leurs  langages 
très-bornés  manquent  d«*  termes  pour  les 
abstractions.  Ils  ne  i*euvent  rien  concevoir 
que  des  objets  matériels  et  visibles;  aussi 
ne  pensent-ils  guère  loin  dans  l'avenir, 
comme  ils  oublient  bientôt  h  passé;  sans 
histoire,  ils  n'avaient  |)as  même  une  écri- 
ture de  signes  ou  d'iiiéroglyphcs.  »     • 

Il  n'est  pas  bien  prouvé  que  les  hiérogly- 

f)hesne  soientpas  venus  d'Elhiopieen  Egypte; 
)ien  des  raisons,  au  (ontraire,  porteraient  à 
le  croire.  Que  leurs  lam^ages  manquent  de 
termes  pour  les  abstrat^lions,  cela  n'est  pas 
étonnant;  le  plus  (^rand  nombre  des  patois 
de  nos  proviuccs  sont  des  langages  de  nè- 
gres sous  ce  rapport.  Les  idées  et  les  ter- 
mes abstraits  6ont  le  résultat  d'une  civi- 
lisation et  d'institutions  politiques  et  reli- 
gieuses très-avancées;  l'éducation  seule  et 
l'exercice  de  la  pensée  donnent  lieu  aux 
idées  abstraites,  et  fournissent  les  termes 
pour  les  exprimer;  les  gens  de  la  campagne, 
en  Europe,  ont  peu  d'idées  et  de  termes  abs- 
traits, et  quand  ils  emploient  ces  termes,  ils 
ne  les  comprennent  pas;  on  ne  parvient  j.3- 
mais  guère  h  les  instruire»  même  de  leurs 
devoirs  religieux,  que  par  des  figures  et  ilo$ 
comparaisons  matérielles;  nous  parlons  d'a- 
près notre  expérience  et  celle  de  bien  o'au- 
tres;  et,  si  les  persornes  qui  font  celle  ol)- 
jeclion  pour  prouver  l'infériorité  intellec- 
tuelle des  nègres,  avaient  été  chargées  seu- 
lement d'apprendre  le  catéchisme  aux  pau- 
vres enfants  de  nos  campagnes  et  même  à 
leurs  parents,  nul  doute  qu  elles  en  eussent 
fait  une  espèce  différente  des  habitants  des 
villes,  et  surtout  de  ceux  qui  ont  passé  leur 
vie  h  étudier;  et  sans  doute  que  nos  cam)a- 
gnards  leur  eussent  paru  des  nègres,  moins 
la  couleur,  et  quelquefois  le  lils,  après  avoir 
étUilié,  a  pu  être  amené  à  conclure  que  son 
l>ère  est  une  intelli«t^enro  nègre,  et  qu'il  est, 
parrouféqucnt,  d'une  autre  espèce  cpie  lui- 
même;  c'est  une  sévère  conclusion  de  la 
lo.^iquo. 

SiJ inné  objection. — <t  Des  faits  particuliers 
d'intelligence  remarquable  chez  des  nègres, 
comme  tous  ceux  cités  par  les  auteurs  «  no 
prouveront  que  des  exceptions,  tant  que  des 
nations  nègres  ne  se  civiliseront  pas  iVelleê 
stuiett^  comme  l'a  fait  A^ elle-même  la  race 
blanche.  Le  temps  et  l'espace  ne  manquent 

t>oint  à  l'Africain  ;  cependant  il  est  resté 
)rut  et  sauvage,  lorsque  les  autres  peuples 
de  la  terre  se  sont  plus  ou  moins  élancés 
dans  la  noble  carrière  de  la  perfection  so- 
ciale. Aucune  cause  politique  ou  morale  ne 
relient  le  sort  du  nèjre  en  Afri  pie,  comiuo 


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ceUes  qui  enchaînent  Tosprit  du  Chinois.  Le 
climat  (Je  TAfrique  a  permis  un  assez  grand 
iJév  '^oppement  intellectuel  aux  anciens  ^yp- 
tiens;  il  faut  donc  conclure  que  la  médio- 
crité perpétuelle  de  Tesprit,  chez  les  nègres, 
résulte  de  leur  conformation  seule;  car, 
dans  les  îles  de  la  mer  du  Sud,  où  ils  se 
trouvent  avec  la  race  malaie,  également  sau* 
va^e,  ils  lui  restent  encore  inférieurs  sans 
en  être  asservis.  » 

La  race  blanche  ne  s'est  point  civilisée 
d'elle-même  ;  le  prétendre  serait  soutenir 
qu'elle  a  inventé  Dieu  et  sa  religion,  absur- 
dité démentie  (wr  toute  la  suite  de  Tbistoire 
du  genre  humain.  La  religion  est  un  fait  di- 
vin, historiquement,  philosophiquement  et 
moralement  prouvé  ;  elle  est  la  cause  de  la 
civilisation,  et  nul  peuple,  sans  une  religion 
révélée,  n'est  jamais  arrivé  à  une  civilisa* 
lion  complète  ;  c'est  encore  un  fait  histori- 
que. Il  faut  donc  en  conclure  oue  la  race 
Manche  ne  s'est  point  civilisée  d  e/Ze-m^me; 
et  vouloir  que  les  nations  nègres  se  civilisent 
d'elles  seules,  c'est  un  paradoxe;  les  Romains 
ont  reçu  des  Grecs,  les  nations  modernes 
rmt  reçu  des  Grecs  et  des  Romains,  et  sur- 
tout du  christianisme;  pourquoi  les  nègres 
ne  seraient-ils  pas  soumis  h  la  même  loi? 
XK^s  faits  particuliers  d'intelligence  renuir- 
quable  chez  des  nègres  placés  dans  des  cir- 
constances favorables,  loin  de  prouver  des 
exceptions,  prouvent,  au  contraire,  que  les 
nègres  sont  soumis  à  la  même  loi  de  manifesta- 
tion intellectuelle  que  les  blancs ,  et  que  si 
des  nations  nègres  étaient  placées  dans  ces 
mêmes  circonstances  favorables  t  elles  ne 
tarderaient  pas  à  s'élancer  dans  la  noble  car- 
rière de  la  perfection  sociale.  Dire  aue  le 
temps  et  l'espace  n'ont  pas  manaué  à  l'Afri- 
cain, ce  sontdeux  erreurs  graves;  le  temps,  ea 
effet,  lui  a  toujours  manqué,  puisque  depuis 
les  Egyptiens  et  les  Phéniciens  jusqu'à  no- 
tre siècle,  les  races  noires  n'ont  cessé  d'être 
pourchassées  et  refoulées  ^ar  tous  les  peu- 
ples qui  ont  pu  semer  parmi  elles  la  diaconle 
et  la  cupidité,  pour  arriver  plus  lacilement 
à  les  décimer  et  à  les  trahir  les  unes  par  les 
autres.  Pendant  tout  ce  temps,  l'éducation 
religieuse  et  morale,  sans  laquelle  il  n'y  a 
point  de  civilisation,  a  été  nulle  pour  ces 
peuples.  Le  temps  leur  a  donc  manqué.  L'es- 
pace, il  est  vrai,  ne  ne  leur  a  pas  manqué, 
et  c'est  justement  pour  cela  qu  ils  n'ont  pu 
même  arriver  aux  premiers  aegrés  de  la  ci- 
vilisation. L'espace  dissémine  les  familles, 
sépare  les  peuplades  et  les  empêche  de  se 
communiquer.  Un  pays  resserré  se  peuple 

t>lus  rapidement,  et  force  ses  habitants  à  se 
ivrer  h  l'industrie  et  au  commerce,  les  deux 
urand  mojrens,  et  à  la  fois  les  deux  suites 
de  la  civilisation.  L'Egypte ,  resserrée  dans 
la  vallée  du  Nil,  chercha  dans  le  commerce, 
la  culture  et  Tindustrie,  les  moyens  de 
nourrir  sa  population  nombreuse.  La  Grèce, 
renferii>ée  dans  le  Péloponèsc  et  l'Attique  , 
fut  promptement  peuplée  et  chercha  dans  le 
commerce  et  Tinaustrie,  et  par  suite  dans 
les  arts,  les  éléments  do  sa  vie  et  de  sa  ci- 
.yili?ation  ,  qui  fut  portée  à  un  très-haut  de^ 


gré  de  perfection  ;  tandis  que  les  iirers  da 
Nord  et  de  la  Macédoine,  qui  étaient  de  la 
même  souche  et  des  mêmes  familles  primi- 
tives, demeurèrent  assez  loin  derrière  la 
Grèce  proprement  dite,  parce  qu'ils  araieM 
de  l'espace.  Les  Romains,  resserrés  daDsTlu- 
lie,  devinrent  par  s^ite  et  en  partie  pour  les 
mêmes  causes,  les  maîtres  au  monde.  La 
France,  resserrée  entre  l'Océan,  la  Méditer- 
ranée, les  montagnes  de  l'Est  et  la  Manche, 
s'est  peuplée  rapidement ,  et  elle  n  a  pas 
tardé  à  marcher  a  la  tête  des  nations  euro- 
péennes qui  avaient  bien  plus  d'espace 
qu'elle.  Dans  cette  France  même,  œ  sont  les 
provinces,  où  il  y  a  le  dIus  d'espace,  qui  sont 
les  moins  peuplées  et  les  moins  civilisées, 
tandis  que  les  grandes  villes,  dont  la  popula- 
tion est  resserrée,  sont  aussi  les  pIuscÎTili- 
sées.  L'es|)ace  est  donc  un  obstacle  à  la  ri- 
vilisation,  etl'espacen'apas  manqué  aas  ne- 

fres,  puisou'au  milieu  des  vastes  déserts  de 
Afrique,  leurs  peuplades  sont  disséminées 
sur  les  oasis  séparées  par  d'immenses  mers 
de  sables  brûlants  ;  ils  ont  donc  rencoalré 
là  un  grand  obstacle  à  la  civilisation. 

«  Aucune  cause  politique  ou  morale  no 
retient  l'essor  du  nè^re  en  Afrique.  »  Nous 
avons  largement  prouvé  tout  le  contraire. 
Toutes  les  causes  politiques  et  morales  se 
réunissent  pour  retenir  l'essor  du  nè^e  en 
Afrique;  point  de  religion  civilisatrice,  iioiol 
d'£tat  constiUié,  l'isolement  et  l'hostilité  en- 
tre les  peuples  ;  la  domination  de  la  force 
Sar  leurs  rois,  qui  les  oppriment ,  les  ven- 
cnt  ou  les  tuent;  point  de  commerce,  ix)in( 
d'industrie  •  la  terre  fournit  à  *ous  leurs 
besoins,  cl  favoriîie  I  apatiiie  la  pius  niiu- 
plèle. 

«  Il  faut  donc  conclure  que  la  médiocrité 
per(jétuelle  do  l'esprit,  chez  les  nègres,  re- 
suite de  leur  conformatioii>  seule.  >  Cet!c 
conclusion  est  tout  aussi  fausse  que  les  pré- 
misses, et  doit  être  remplacée  nar  celle-ci: 
//  faut  donc  conclure  que  la  tnédiocriU  ftr* 
pétuelU  de  Vesprit ,  enez  les  nègres ,  résalle 
de  leur  histoire,  de  leur  état  politique  vis-à- 
vis  des  autres  peuples,  de  leur  situation  syr 
la  terre  ,  de  leur  climat,  de  leur  i^oraore 
de  la  vraie  religion ,  et ,  par  suite  de  tout 
cela ,  de  l'absence  des  conditions  favorables 
au  développement  de  l'activité  inlelieiv 
tuelle. 

Que  les  nègres  soient  inférieurs  k  la  laoi 
malaie  dans  les  iles  de  la  mer  du  Sud ,  c'e>l 
une  assertion  sans  fondement,  et  qui  «  {«^ 
conséquent,  ne  prouve  rien  ;  mais  fût-elle 
fondée,  il  faudrait  encore  rechercher  si  le* 
causes  inilucnles  sont  les  mêmes  |)our€e> 
doux  peuples,  s'ils  sont  depuis  aussi  ion.;;- 
temps  dans  Tétat  sauvage;  s'ils  n  ont  pâ> 
conservé,  les  uns  plus  que  les  autres,  desiK»- 
tions  religieuses  et  conservatrices,  etc.,etc>î 
et  c  est  ce  qu'on  n'a  pas  fait.  Une  asserli»û 
fon  Jée  sur  un  examen  superficiel ,  dans  m 
question  au^si  grave  et  aussi  compliquée , 
est  nulle. 

.  De  tous  les  faits  que  nous  avons  eiposé* 
jusqu'ici,  sort  une  grande  et  roraarqu«bw 
conséquence ,  qu'il  es*.  l)On  de  tirer  avônt 


fllS 


CNl 


D' 


ITM 


1171* 


^  (rallerplusIoindansTexainendesobjections. 
L'intelligence  hnnuiiiie  est  la  maîtresse  des 
orgaues  «  nous  Tavons  prouvé  ;  elle  les  fa- 
çonne et  les  développe  par  Texerrice  ,  nous 
lavons  encore  prouvé;  mais  si  elle  ne  peut 
s  exercer,  elle  unit  par  être  dominée  par  le 
corps,  qui  se  porte  alors  tout  entier  vers  les 
appétits  sensuels;  c*est  une  eonséfuencede 
la  double  nature  humaine;  s*il  n*y  a  pas 
rontre*poids  entre  la  nature  spirituelle  et 
la  nature  physique,  celle-ci  finit  par  domi* 
ner.  Or,  nous  venons  de  voir  que  ^ous  le 
raiiport  intellectuel  les  peuples  nègres  ont 
été  continuellement  placés  dans  les  cireons^ 
tances  les  plus  défavorables  et  les  plus  débi- 
litantes pour  leur  intell ij^ence.  Les  instincts 
physiques  ont  donc  dû  prédominer;  c*est 
une  loi  de  la  nature.  Nous  avons  là  déjà  la 
solution  des  objections  suivantes  : 

Septième  objection.  —  «De  savan's  anato- 
mistes  allemands  ont  fait  voir  que  le  cer* 
veau  du  nè^re  était  compirativement  plus 
étroit  que  celui  du  blanc ,  et  que  les  nerfs 
qui  en  sortaient  étaient  plus  gros  dans  le 
premier  que  dans  \^  second.  Plusieurs  au- 
tres observateurs  ont  remaraué  ,  en  outre , 
i|ue  la  lace  du  nè^re  se  développait  d'aulant 
l>his  que  son  crâne  se  rapetissait;  ce  qui 
donne  une  différence  d*un  neuvième  de  plus 
entre  la  capacité  de  la  tète  d*un  blanc  et 
celle  d*un  nè^re....» 

De  tous  les  or^^anes  ,  le  cerv^u  est  celui 
qui  est  le  plus  soumis  à  rfnfluence  de 
I  intelligence;  c*est  lui  qui  la  sert  immédia- 
tement ;  il  ne  s*exerce  et  ne  travaille  que  par 
elle  ;  or  moins  un  or,^e  travaille,  moins  il 
se  développe;  c*est  un  lait  général ,  admis 
d'ailleurs  par  les  auteurs  que  nous  comtiatp- 
tons.  L*intelli^ence  du  nè^e  étant  donc 
înactive  depuis  des  siècles  ,  son  cerveau 
n'ayant  plus  aucun  travail,  aucun  exercice, 
se  nourrit  moins,  et  par  suite  doit  être  néces- 
sairement moins  développé.  Mais  donner 
comme  un  fait  général  quelques  observations 
particulières  démenties  par  d*autres  observa- 
liens,  ce  n'est  rien  prouver.  En  effet,  beau- 
coup d'autres  observateurs  n'ont  trouvé  au- 
cune différence  entre  le  développement  du 
crâne  des  nègres  du  Séné^l,  par  exemple,  et 
le  développement  de  celui  des  blanits.  Nous 
avons  nous- même  observé  un  assez  grand 
nombre  de  crânes  de  nègres  qui  étaient  lieau- 
eoup  plus  développés,  surtout  dans  la  partie 
frontale  elle  vertex,  que  les  crânes  de  beau- 
eoopde  Français  que  nous  leuravons  compa- 
rés.S'il  fallait  mesurer  la  puissance  de  Fintel- 
lîgencepar  le  développement  du  crâne,  beau- 
coup d'intelligences  remarquables  en  France 
seraient  des  nègres ,  tandis  que  beaucoup 
d'hommes  sans  instruction  et  sans  portée 
intellectuelle  devraient  être  des  intetligen- 
ees  supérieures.  Ce  n  est  pas  précisément  le 
développement  du  crâne  et  du  cerveau  qui 
constitue  la  puissance  d'action  plus  ou 
moins  grande  d'une  intelligenire  ;  mais  elle 
résulte  bien  plus  du  développement  pro- 
portionnel et  harmonique  de  toutes  les 
parties  de  ce  siège  de  l'intelligence.  La 
capacité  plus  ou  moins  gran  Je  du  crâne  ne 


prouverait  donc  rien;  il  faudrait  en  «étudier 
tontes  les  proportions  et  l'harmonie  ;  et  si 
Ion  arrivait  a  trouver  sous  ce  rapport  de 
l'infériorité  dans  le  nègre,  cela  ne  prouve- 
rail  encore  rien  pour  son  intelligence  en 
elle-même,  puisque  c'est  elle  qui  développe 
surtout  le  cerveau  et  gu'elle  n'a  pu  s'exercer 
depuis  longtemps.  L'instrument  intellectuel 
du  nègre  ne  s'étant  donc  jamais  exercé  t 
tandis  que,  au  contraire,  la  vie  organique  et 
physique  a  été  continuellement  en  activité, 
et  cette  acti rite  même  étant  favorisée  par  le 
sol  et  sa  richesse  ,  par  le  climat ,  par  les 
m€9urs,par  l'état  social  et  religieux,  qui 
leur  maiMiuent,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  que 
les  neris  soient  plus  développés  proportion- 
nellement que  le  cerveau ,  puisque  depu's 
longtemps  ils  sont  dans  un  exercice  conti- 
nuel. 

Huitième  objection,  — ^  Ces  remarques  sur 
les  pioportions  entre  le  c>^ne  et  la  race  du 
nègre,  entre  la  grosseur  comparative  de  son 
cerveau  et  de  ses  nerfs ,  nous  offrent  des 
considérations  très-importantes.  En  effe> , 
plus  un  organe  se  développe,  plus  il  obtient 
d'activité  et  de  puissance;  de  même,  à  me- 
sure qu'il  perd  de  son  étendue,  cette  puis- 
sance est  diminuée.  On  roit  donc  que  si  le 
cerveau  se  rapetisse ,  et  si  les  nerfs  qui  en 
sortent  grossissent ,  le  nègre  sera  moins 
porté  à  faire  usage  de  sa  pensée  qu'à  se  li- 
vrer à  ses  appétits  physiques,  tandis  qu'il  en 
sera  tout  autrement  dans  le  blanc.  Le  nègre 
a  les  organes  de  l'odorat  et  du  goût  plus  dé- 
velop|)és  que  le  blanc;  ces  sens  auront  donc 
une  plus  grande  influence  sur  son  moral 

Îu'ils  n'en  ont  sur  le  n6tre  ;  le  nègre  sera 
onc  plus  adonné  aux  plaisirs  physiques  : 
nous,  à  ceux  de  l'esprit.» 

Toutes  ces  considérations  très-importan- 
tes ne  prouvent  rien  contre  notre  thèse. 
«  Plus  un  organe  se  développe,  plus  il  ob- 
tient d'activité  et  de  puissance;  »  cela  est 
rrai.  «  De  même,  à  mesure  qu'il  perd  de  son 
étendue,  cette  puissance  est  diminuée  ;  »  cela 
est  encore  vrai.  «  Donc ,  si  le  cerveau  se  ra- 
petisse, et  si  les  nerfs  qui  en  sortent  gros- 
sissent ,  le  nègre  sera  moins  porté  à  faire 
usage  de  sa  pensée,  qu'à  se  livrer  à  ses  ap- 
pétits physiques.  »  Tout  cela  est  vrai.  Mais 
pourquoi  le  cerveau  diminue-t-il  dans  le 
nègre  7  Nous  l'avons  vu  ,  c'est  par  défaut 
d'exercice  ,  et  ce  défaut  d'exercice  vie:«t  de 
toutes  les  circonstances  contraires  dans  les- 
quelles son  intelligence  est  [ilacée;  cela  ne 
prouve  donc  pas  infériorité  d'intelligence  » 
mais  bien  défaut  d'activité.  Le  cerveau  rape- 
tissé ,  les  nerfs  grossissent  par  contre  et 
nécessairement,  et  ce  n'est  qu'un  nouvel 
obstacle,  né  de  tous  les  autres,  à  l'exercice 
de  ractivité  libre  de  l'intelligence;  mais  cela 
n'enlève  rien  à  sa  nature.  Loin  donc  de 
prouver  contre  nous,  ces  faits  sont,  au  con- 
traire, pour  nous.  L'auteur  nous  fournit  lui- 
même  une  admirable  réponse,  lorsqu'il  dit: 
c  Nous  voyons  à  peu  près  la  même  cbofe 
ailleurs.  Ces  personnes  si  adonnées  aux 
plaisirs  de  la  table,  ces  énormes  mangeurs, 
ces  gourmands  crapuleux  qui  sem|ilent  no 


i475 


UM 


INCTM>3IMtR£: 


LM 


1471 


rÎTre  que  \iStr  la  lH>aclie,  sont  comme  hébé- 
tés; ils  ne  connaissent  que  la  bonne  chère, 
et^digérant  toujours,  ils  deviennent  presque 
incapables  de  réfléchir.  Caton  Tancieu  di- 
sait :  A  quoi  peui  être  bon  un  komme  qui  est 
(oui  ventre  depuis  la  bouche  jusqu'aux  par" 
lies  naturelles  ?  11  est  certain  que  les  orga* 
nés  de  la  pensée  s^alfaiblissent  d*autant 
plus  que  les  or(^anos  de  la  nutrition  se  forti- 
Henl  davantage  ;  aussi  les  hommes  d'esprit 
ont  tous  un  ostouiac  faibie.  »  Or  supposons 
un  peuple  d'hommes  sensuels,  que  sera  leur 
intelligencet  Ils  deviendront  presque  incar 
|)ables  de  rétléohîr.  C'est  précisément  oe  que 
sont  les  nègres;  la  uotrition  est  leur  princi- 
pale occupation,  et  nous  avons  suffisamment 
prouvé  qu'il  ne  pourrait  en  être  autrem^tt, 
tant  qu'ils  demcoreraientdaBS  les  circons- 
tances où  ils  sont  placés. 
'  La  pusillanimité ,  la  foiblesse  de  l'ftme  , 
tous  les  défauts  qui  en  sont  la  suite  ,  \ei 
noirceurs  ,  les  trahisons  ténébreuses,  etc., 
ne  sont  qu'une  conséquence  rigoureuse  de 
ce  que  nous  avons  exposé  jusqu'ici ,  et  ne 
prouvent  par  conséquent  rien.  Qu'on  en- 
lève le  principe,  et  les  conséquences  dispa- 
raîtront. 

Neuvième  objection.  —  «  Pour  ces  hommes, 
il  n'y  pas  d'autre  frein  ({ue  la  néc/Cssité,  et 
d'autre  loi  que  la  force  ;  ainsi  l'ordonnent 
leur  constitution  et  la  nature  de  leur  cli- 
mat. » 

Nous  admettons  ces  faits;  mais  il  est  as- 
sez singulier  qu  on  se  contredire  de  la  sorte; 
car,  dans  toutes  les  objections  précédentes, 
on  a  pris  h  tâche  de  prouver  que  le  nègre 
n'était  pas  ce  qu'il  est  par  le  climat,  mais 
bien  par  su  nature  première;  et  voilà  qu'ici 
il  est  ce  qu'il  est,  parce  qu'ainsi  rordonneni 
sa.  contitulion  et  la  nature  du  climat:  et  ail- 
leurs, on  a  prouvé  avec  juste  raison  que  la 
constitution  était  le  résultat  du  climat.  On 
ne  pouvait  \)as  mieux  prouver  notre  thèse 
(iu*en  la  combattant  par  de  pareilles  armes; 
et  pourtant  on  ose  bien  dire  ensuite  : 

Dtjcicau  objevtion.  —  «  Les  auteurs  qui 
veulent  expliquer  cette  infériorité  par  une 
prétendue  déj^énéralion  que  l'esnôco  bu- 
Uiaiiie  aurait  subie  en  Afrique  d  un  excès 
de  chaleur,  et  par  des  nourritures  grossiè- 
res, peuvent  c^intoinpler  iles  nè^^rcs  très- 
robustes,  très  bien  constitués,  soit  on  AlVi- 
que,  so.'t  dans  les  colonie^  ou  pATlout  ail- 
leurs, sans  que  la  dimension  de  leur  cer- 
veau et  leurs  facultés  y  gagnent  davantage.  » 

«  Les  auteurs  qui  veulent  expliquer  ci^tte 
infériorité  par. une  prétendue  dégénération 
que  l'espèce  humaiuo  aurait  subie  en  Afrique 
u'un  excès  de  chaleur  et  par  ^ies  nourritures 
grossières,  »  ont  raison,  puisau ainsi  Vor- 
donnent  la  nature  du  climat  et  leur  constilu-- 
tion^  qui  est  le  résultat  du  climat. 

Si  l'on  peut  contempler  dos  nègres  très 
robustes,  trcs-bieu  constitués,  soit.cn  AlVi- 
quQ,  soit  dans  les  colonies  ou  partout  ail- 
leurs,  ils  n(î  çonl  clpnc  pas  tous  d'une  or;;a- 
Jiibation  inférieure  aux  blancs,  comme  on 


le  prétend;  il  y -a  donc  chez  eux,  coroiue 
chez  les  blancs,  des  nuances  de  force  et  de 
faiblesse.  Mais  que  malgré  cette  eonstitu- 
tien  très-robuste  la  dimension  de  leur  cer- 
veau et  leurs  focultés  n*v  gagnent  pas  d«TUh 
tage,  cela  est  encore  nécessaire,  puisque  h 
force  organique,  d'après  notre  auteur  lui* 
même,  diminue  le  cerveau  et  les  facultés 
intellectuelles.  En  outre,  en  Afrique,les  nè- 
gres demeurent  toujours  dans  les  mêmes 
circonstances,  et  le  développement  physique 
ne  peut  amener  la  manifestation  de  l'intel- 
ligence, puisqu'il  y  est  un  obstacle  et  que 
tout  concourt  à  endormir  lactivité  intellec- 
tuelle qui  ne  i)eut  agir  que  sous  Finfluenee 
ûes  causes  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  la 
condition  du  nè^re  en  Afrique.  Uans  les  crv 
lonies  on  a  toujours  fait  ce  que  l'on  a  pu 
pour  éteindre  et  opprimer  rintelligence  du 
nègre;  et ,  malgré  cela,  il  y  a  eu  des  âmes 
assez  fortes  pour  triompher  de  l'oppression 
et  surpasser  leurs  l)arbares  maîtres. 

Onzième  objection,  —  «  Tout  annonce  donc 
que  les  nègres  fbrroent  non^seulement  une 
race,  mais  fans  doute  une  es|.èce  distincte 
de  tout  temps,  comme*la  nature  en  a  créé 
parmi  les  autres  classes  d'êtres  vivants.  Ûo 
a  élevé  avec  soin  des  nègres,  on  leur  a 
donné  la  n^me  éducation  dans  des  écoles  et 
des  collèges  qu'aux  blancs ,  et  ils  n'ont  pas 
pu  cependant  pénétrer  dans  les  connaissan- 
ces humaines  au  même  degré  que  ceux-ci.  ■ 

Tout  cela* est  faux,  complètement  foui. 
D'abord  rien  n'annonce,  noua  l'avons  prûu> 
vé,  que  les  nègres  forment  une  espèce  (lié* 
tincte  de  tout  temps;  tout  annonce  le  loa- 
traire.  «  On  a  élevé  avec  soin  des  nègresielc, 
etilsn  ont  pas  pu  pénétrer  au  inèmedegrétlan» 
les  connaissances  humaines  que  les  blancs.  • 
G  est  faux.  D'abord  tous  les  blancs  ne  pénè- 
trent pas  aussi  avant  dans. les  connaissances 
humaines  les  uns  que  les  autres  ;  il  doit  (fi 
être  de  même  pour  les  noirs,  et  Texpérience 
prouve  qu'il  y  en  a  eu  beaucoup  paruii  oui 
qui  ont  dé|>assé  les  blancs  eux- mêmes,  mal- 
gré leur  origine  d*unc  société  peu  avanecc. 
Les  faits  qu'il  nous  reste  è  citer,  outre  quii;: 
répondront  à  cette  dernière  objection,  :>i" 
it>nt  une  preuve  directe  et  positive  que  Pio- 
telligenee  des  nègres  est  absolument  la 
même  que  celle  des  blancs,  et  que,  par  con- 
séquent, ils  sont  de  la  n^énie  espèce. 

8"  A  peine  les  nègres  sont-ils  en  contact 
ovec  les  blancs,  qu  on  voit  changer  leur» 
allures.  <t  Pour  peu  qu'on  cxamiae  le  nh^ 
créole,  on  reconnaît  chee  lui  le  ty{)e  Afri- 
cain oui  s'efface ,  et  le  type  de  1  bomoK 
civilise  qui  se  forme,  et  que  ses  traits  tt 
sont  relevés,  les  lignes  du  visage  sont  plus 
nettement  dessinées,  la  physionomie  a  p)u> 
d'expression,  le  regard  plus  Ue  tinessef8^r'  ' 
Plus  on  i)énètrc  dans  l'intérieur  de  i  îViD* 
que,  plus  la  civilisation  y  est  dévelopiec 
Cela  se  conçoit:  les  nègres  agricoles  de  Tiu- 
térieur,  étant  moins  en  contact  avec  les  Bi^^ 
chaniis  Européens,  ont  conservé. toute  Iti^r 
honnêteté,  leur  douceur;  c^ont  {ilas  iai'^' 


(Srri;  .\.  Lv(;iumiikRK,  Uéficjicits  mr  TaffréUîcLL  cîn€:ii  (!^$  cscUva;  1858,  p.  t7  clâtl. 


im 


CM 


irANTHROPOLOClE. 


UNI 


U7t 


neax ,  et  n*ont  point  les  Tices  «les  nègres  des 
côtes  qui  ont  appris  des  hlancs  à  être  rusés, 
et  k  s*adonner  k  la  déhanche.  Aujourd'hui , 
ftartout  où  des  rapfiorls  d'amitié  se  sont 
établis  entre  les  Européens  et  les  nè^^res , 
les  usages  euro{)éens  ont  été  aJo4)lés.  Vers 
fci  CdliMJ'Or,  on  trouve  lie  fort  bons  ou- 
vriers,  des  maçons  «  ûcs  charpentiers,  iies 
maréchaux  habiles.  —  Sierra-Luone  voit  ses 
écoles  fréquentées  par  une  nombreuse  jeu- 
nesse noire.  La  c*olonie  de  Libéria  ne  laisse 
non  plus  aucun  doute  sur  la  capacité  inteU 
leetuelle  des  nègres. 

Mais  la  répubUçiue  d*IIaïti  ne  permet  plus 
de  discuter  la  puissance  d'intelligence  et  de 
civilisation  des  noirs.  «  Les  faits  pMOsitifs 
que  la  statistique  d*Haïti  fournissait,  eh 
1837,  à  la  Même  Britannique^  montre  à  quel 
|K>int  Talfranchissement  d'une  population 
de  noirs  influe  sur  son  accroissement,  son 
liien-étre,  son  industrie  et  ses  mœurs,  alors 
même  qu'elle  aurait  conquis,  comme  à  Saini- 
]>omin.;ue,  la  liberté  par  la  violence  et  Tau- 
rait  longtemps  disputée  aui  armes  de  Té- 
Cranter  et  aux  discordes  intestines.  D'ail- 
leurs la  situation  actuelle  de  cette  lie  est,  au 
plus  haut  dCj^ré,  digne  de  fixer  latientifin 
publique.  Une  vaste  contrée,  occu)iée  par 
des  hommes  qui ,  |}assant  tout  k  coup  de  la 
condition  d'esclaves  k  celle  de  citoyens,  fon- 
dent leur  existence  politique  et  letîr  liberté  ; 
qui,  sortant  de  l'état  de  nature  (dégradée), 
atteignent  en  peu  de  temps  un  assez  haut 
degré  de  civilisation,  et  se  créent  une  con»- 
tîtution  et  un  gouvernement;  une  telle  con- 
trée présente  un  spectacle  k  la  fois  nouveau 
dans  Thistoire  de  l'espèce  humaine,  et  pi- 
quant |)ar  les  disparates  qu*il  parait  réunir 
el  concilier.... 

«  La  calomnie  contre  les  noirs  s'est  k  peu 
près  épuisée...  La  moindre  justice  qn^on 
finisse  leur  rendre,  est  de  convenir  que 
trompant  l'aîtente  générale,  et  dissip-  nt  les 
craintes  que  nous  avions  conçues,  ils  se 
sont  montrés  les  voisins  les  plus  paisibles , 
tandis  qu'il  ne  tenait  qu'k  eux  d'être  les  voi- 
sins les  plusinquiétants  et  lesplusdauc^ereux. 

•  En  1769,  le  nombre  des  Espagnols  de 
Ssint-Domingue  était  de  110,000  liahitaiils 
lilires,  et  de  130,000  esclaves.  En  17:26,  la 
population  française  s'élevait  k  100,000  nè- 
gres et  30,000  Jlancs.  En  1789,  M.  Morean 
<le  Satnt-.¥éry  jiorta  le  nombre  ùes  esclaves 
k  ^5^,000;  M.  Hryant  Edfiart  k  &80,000;  et 
M.  Prieur,  dans  son  raj»port  fait  k  l'Assern- 
l»lée  nationale,  restiine  k  509,000  noirs  et 
^0,000  t»:ancs.  Qiu^  si  Ton  ajoute  maintenant 
«•«;  nomlire,  peut-éîro  exagéré,  k  celui  des 
habitants  de  la  |iorti<in  es|»agnole,  on  verra 
qu'au  commencement  de  la  révolution  !a 
jiopuiation  n'alla  t  pas  au  delà  de  €05,000 
âoies.  De|Hiis  celle  (.*\  oque ,  ju*qu'en  1807, 
qae  Tarmée  française  tut  définitivement  et- 
I»u!$ée  de  l'île,  le  pays  a  été  dévaslé  par  une 
suite  non  interroraitue  de  guerres  sanglantes; 
ce  qui  n'a  pas  arrêté  raccroissement  proili- 
Ifieux  de  la  population.  D'après  le  rec^nse- 
ruent  fait  en  182^,  elle  s'élevait  k  933,335 
in  iividus. 


«  La  force  militaire  de  ce  pays  est  propor- 
tionnée k  la  masse  de  ses  habitants;  45,520 
soldats  composent  l'armée  active,  et  la  irarde 
nationale  est  forte  de  113,3^;  ce  qui  forme 
un  total  de  158,8^8  hommes  exercés  au 
maniement  des  armes.  Ces  estimations  sont 
officielles;  elles  ont  été  faites  en  vertu  d'un 
orJre  du  président  Boyer,  du  6  janvier  i92k. 

«  Une  résolution  prise  par  cette  même 
autorité,  au  mois  de  mai  1824,  aura  pour 
effet  d'accroître  encore  davantage  la  popu- 
lation :  elle  |)orte  qu'il  sera  reçu  des  Etats- 
Unis  d'Amérique  6,G00  noirs  libres  et  hom- 
mes de  couleur;  qu'ils  seront  l'artiellement 
indemnisés  par  l'Etat  de  leurs  frais  de  voyage, 
et  qu'il  leur  sera  concédé  des  terres  et  fourni 
des  instruments  aratoires  pour  coicmcnccr 
leurs  travaux  de  défrichement.  Ainsi,  dans 
le  cours  de  trente-cinq  ans,  el  malgré  l'état 
de  guerre  qui  s'est  prolongé  dans  Flfe 
d'Haïti,  la  population  aura  augmenté  de 
665,000  k  935,000  éme^. 

«  Que  l'on  compare  cet  accroîsseirenf  ex- 
traordinaire k  la  marche  (!e  la  population  (!c 
nos  colonies  des  Antilles,  et  l'on  verra  que 
l'état  de  liberté  offre  k  cet  é^ard  des  résul- 
tais bien  différents  de  ceux  que  fournit 
l'élat  d'esrlavai;e...  Bans  toutes  nos  colonies 
des  Antillcf ,  k  l'excention  de  la  Barbade  et 
des  Iles  Bahamanes,  la  population  a  5ubi  un 
décroissement  continu ,  qui,  dans  le  cours 
des  trois  années  antérieures  k  IfêO,  a  été  de 
6,000  âmes  par  an. 

«  Du  rapide  accroissement  qu'a  éprouvé  la 
populaiioii  d'Haïti,  on  est  fondé  k  conclure 
que  ses  produits  suffisent  aux  besoins  te 
se€  habitants.  Quant  aux  productions  {«irti- 
culîèrcs  qui  faisaient  la  richesse  de  l'an- 
cienue  colonie,  telles  que  le  sucre,  le  coîci:, 
le  café,  il  résulte  des  rapports  officiels  M:r 
l'état  du  commerce  généiat  de  nie,  qu'il  a 
été  exporté,  dans  1  année  1822,  (352,541  li- 
vres de  sucre,  891,950  livres  (*e  colon, 
35,118,834  livres  de  calé,  el  une  quantité 
considérable  de  cacao,  de  bois  de  tein* 
ture,  etc.,  etc.  En  comprenant  i\nns  la 
somme  des  pro<luits,  le  su-re,  le  café  et  le 
coton  qui  ont  été  consommés  dans  Tinté- 
rieur,  la  valeur  des  matières  exportées,  en 
1822,  est  de  9,000,000  de  dollars,  ou  plus  de 
60,000,000  de  francs;  celle  des  matières  i.  i- 
norlées  approche  de  75,000,000  de  franr*^  ;  et 
le  commerce  dHmporiation  et  d'exportr- 
tion  a  occupé  un  tonnage  de  200,000,  réparti 
sur  1,835  bâtiments. 

'^  A  ces  faits  concluants  nous  ajoutercn*;, 
pour  l'édification  de  ceux  qui  méprisent 
tout  commerce  qui  ne  rapporte  rien  au  fisc, 
que  les  droits  d'entrée  et  de  sortie  des  pro- 
duits d'Haïti,  ont  excédé  16,950,000  francs, 
revenu  que  ne  déJaignerait  nas  la  drnas'Tc 
la  plus  ancienne  el  la  plus  légitime  i!e  TEu- 
roj.e. 

«  A  la  suite  de  l'aperçu  rapide  que  nous 
venons  d'offrir  sur  la  population,  la  for.:e 
militaire,  le  commerce  elles  finani  esd'Haïli, 
en  un  mot,  sur  la  statistique  de  cette  réjm- 
blique,  passons  k  des  observations  plus 
éten.iues  '^nr  la  situation  mora!e.  Un  exti ait 


UTi)^ 


UNI 


Dir.TioNN.\ifte 


«M 


m 


d*UBe  lettre  du  général  In^ao,  secrétaire 
d*£tat  du  président  Royer,  présente  sur  cette 
matière  des  6claircisi»eiuents  précieux  ;  il  dé- 
mon tre  avec  quel  soin  on  s*occupe  à  Haïti 
de  l'objet  le  plus  important  qui  puisse  fixer 
l*attention  des  gouvernements^  de  celui  au- 
quel se  raltackent  essentiellement  toutes  les 
améliorations  sociales;  nous  voulons  parler 
de  rinstruclion  publique.  Il  fait  connattre 
en  même  tem[»Sf  les  progrès  de  Tagriculture 
et  du  commerce,  et  rexeellent  esprit  qui 
])ro(ége  cette  lie  contre  toute  iavasion étran- 
gère, » 

Dautres  documents  authentiques  nous 
apprennent  qu'au  Port-au-Prince  il  n'y  a 
pas  moins  de  quatorze  écoles  libres,  où  des 
élèves  de  Tun  et  de  Tautre  sexe,  au  nombre 
de  813,  apprennent  à  lire,  à  écrire,  à  calcu- 
ler, et  puisent  même  des  connaissances  d'un 
ordre  supérieur;  et  qu'au  Cap,  il  y  a  six 
écoles  particulières,  sans  compter  les  écoles 
publiaues,  où  l'on  reçoit,  outre  l'instruc- 
tion élémentaire,  des  leçons  d'algèbre^  ^e 
géométrie,  d'histoire  et  de  géographie. 

En  ce  qui  concerne  les  mœurs,  nous  ne 
saurions  uoniîer  une  meilleure  idée  de  l'im- 
portance qu'on  y  attache,  qu'en  rapportant 
quelques  i^assages  d'une  lettre  de  Christo- 
phe, publiée  dans  un  numéro  du  Propaga- 
/ei«r,  qui  s'imprime  à  Haïti. 

«  Je  m'occupe,  dit  cet  homme  extraordi- 
naire, de  répandre,  autant  que  possible, 
narmi  mes  concitoyens,  des  principes  de  re- 
ligion et  de  venu.  Uaîs  considérez,  mon 
ami,  con)bien  il  faut  de  temps  et  de  travaux 
pour  faire  germer  des  idées  de  morale  dans 
tontes  lesclassesd'un  peuple  qui  ne  fait  que 
sortir  des  ténèbres  de  l'ignorance,  qui  vient 
à  peine  de  briser  ses  fers,  et  qui  a  été,  pen<- 
dant  vingt-cinq  ans,  en  proie  aux  vicissi- 
tudes du  sort,  aux  désastres  et  aux  révolu* 
lions.» 

«  Ces  renseignements,  émanés  de  mem* 
bres  du  gouvernement,  parattraient-ils  sus- 
pects ?  Des  extraits  d'un  rapport  fait  à  la  Con- 
vention américaine  par  un  comité  pris  da»s 
son  sein,  qui  a  eu  pour  mission  d'examiner 
la  condition  morale  et  politiqoe  des  peuples 
d'Haïti,  d'après  les  renseignements  fournis 
par  diverses  personnes  qui  ont  habité  Haïti, 
et  d'après  les  pièces  officielles  qui  s'y  impri- 
ment, il  résulte  que  ces  peuples  (paraissent 
avoir  fait,  sous  le  rapport  de  la  civiîisatioa 
et  des  lumières,  des  progrès  presque  sans 
exemple  dans  l'histoire  des  nations. 

«  Les  écoles  publiques,  établies  dans  Tilc, 
sont,  relativement  aux  besoins  de  la  popu- 
lation, plus  nombreuses  que  les  institutions 
de  ce  genre  connues  dans  les  différents  pays 
de  r£urope,  et  leurs  élèves  se  distinguent 
par  leurs  progrès. 

«  Le  gouvernement  est  fort  et  parait  so- 
lidement établi L'abondance  qui  règne 

dans  l'Ile  semble  indiquer  que  le  pouvoir 
y  est  exercé  avec  douceur,  et  que  le  peuple 
n^'y  est  soumis  ni  à  des  impôts  vexatoires,  ni 
aux  abus  du  monopole. 

(S5d  ")  Revue  brilannique,  U  l'';  I857« 


«  I^s  pièaes  offideUes  et  k»  feuilles  pu- 
bliques qui  ont  paru  à  Haïti  se  distinguent' 
^énéraiement  par  un  style  si  pur,  ju  on 
jugement  si  profond,  et  par  des  sentiments  si 
élevés,  qu'on  a  pensé  communément  qua 
ces  é.  ries  étaient  l'ouvrage  d'étrangers,  et 
non  de  ceux  qui  les  avaient  signés.  On  ^e 
refusait  à  oroire  que  des  hommes  de  race 
noire  pussent  atteindre  au  degré  de  perfec- 
tionnement intellectuel  que  ces  documeots 
supposent.  Quelques  doutes  ayant  été  ei|)ri- 
mes  sur  ce  point  dans  un  article  de  la  Go- 
%etle  nationale  de  cette  ville  (Pkiladdpkit]^ 
le  rédacteur  d'un  des  meilleurs  ^araaux  Je 
Boston  a  ai^sté,  d'après  le  témoignage  d  une 
personne  4igne  de  foi  qui  a  f^it  un  long 
séjour  à  Haïti,  que  les  écriu  en  question 
sont  réellemeot  des  aMteur$  dont  ils  {loiieal 
les  noms  (85â*.).  » 

En  présence  d  une  révolutions!  reœanjw- 
ble,  osci*a*t-on  bien  encore  soutenir  l'udé- 
riorité  intellectuelle  des  nègres?  quel  e&t 
le  peuple  d'Europe  qui  ait  montré,  en  si  peu 
de  temps,  tant  de  puissance  et  d'énergie  intel- 
lectuelle? £t  si  maintenant  nous  parcourons 
la  liste  des  hommes  célèbres  produits  dans 
ces  derniers  temns  par  la  race  noire,  il  n'y 
aura  plus  rien  a  ajouter  pour  décuontrer 
que  l'intclligeuce  humaine  est-la  même  chez 
toutes  les  races. 

Le  nègre  Amo  prit  son  grade  de  docleuri 
la  Faculté  de  Vitiemberg,  dont  il  devint  le 
doyen  ;  la  direction  du  génie  fut  coaGée,  en 
Russie,  au  nègre  Uiannil)al.  Toussaint  Lou- 
verture,  le  premier  des  noirs,  en  qni  Boas- 
|)arte  retiouta  un  rival  ;  qui,  du  rang  d'es- 
clave, s'éleva  au  pouvoir  suprême,  et  jeu 
les  racines  profeiides  de  la  liberté  de  ses 
frères,  était-il  un  homme  si  indifférent?  li 
trahison  seule  le  livra  à  la  Franee  où  il  îiitt 
nuujirir.  Christophe  et  Deasalines,  ses  lieu- 
k*nafllSt  ainsi  que  beaucoup  d'autres  qù 
vus  naître  la  révolution  do  Saiot-Domingue. 
ont  montré  autant  de  courage  et  d'énarc^ie 
que  l«s  plus  grands  capitaines  des  temps  an- 
ciens et  des  tem|>s  modernes.  Le  grand  h- 
thion,  mulâtre  né  à  Saîat-Domingue,  dont 
on  ne  retrouve  le  type  que  dans  l'antiquitéi 
et  dont  on  a  dit  qu'il  fut  peut-être  pins  qw 
régal  de  Washington  scws  le  rapjmt  de  h 
capacité,  se  montra  aussi  sage  aulgistrat  qoe 
grand  capitaine.  Julien  Reyinond^  Lisiet 
lieoiTroy,  le  premier,  fiaeoàbre  correspon- 
dant de  l'Académie  des  sciences  0M>riles  H 
politiques;  le  second,  de  rAeadéaiie  dc« 
sciences  pbysii^es;  ti«  Letbierre,  de  rio5* 
titui,  qui  fut  directeur  de  TAcadémie  fm* 

Sise  de  peinture  à  RoiDe,  et  dont  on  Toit 
s  cbels-d'eMivre  au  Leuvre,  prouvent  qoe 
les  noirs  ne  sont  pas  moiRs  suseeptibles  é» 
se  distinguer  dans  les  seieaees  et  les  «^ 
que  dans  la  politique  et  la  Kuewe.  Alésai- 
dre  iDavy  Uumas,  tils  naturel  d'une  nègres^ 
et  du  marquis  de  la  PaiUeterie,  fut  un  dei 
plus  grands  généraux  des  guerres  d'Italie ft 
de  la  Révolution;  ses  mémoires  prourtst 
qu'il  savait  manier  la  pluaie  en  métoe  tetaf* 


14  I 


*JiM 


D^ANTHROPOLOGie. 


UNI 


IlSi 


que  Fé^.  Général  eo  chef  de  l'année  des 
ÂtpeSy  il  fat  appelé  par  le  premier  oonsul 
ruoFatiQS  Codés  du  Tyrol.  Alexandre  Da- 
mas, son  fils,  est  assez  conna  par  ses 
drames. 

DiTers  aatears  ont  recueilli  les  exemples 
des  nègres  qa*an  talent  naturel  arail  créés 
poêles,  philosophes,  musiciens,  artistes  plus 
ou  moins  distingués.  BlQmenbach  assure 
avoir  lu  des  poésies  latines  et  anglaises  dues 
à  des  nègres,  et  que  des  littérateurs  euro- 
péens eussent  été  jaloux  d*avoir  produi- 
tes (836).  Brissot  a  vu  dans  T Amérique  sep- 
tentrionale des  nègres  libres,  exerçant  avec 
succ^  des  professions  qui  réclament  beau- 
eoud  d^intolligence  et  de  savoir,  telle  que  la 
médecine;  un  noir  faisait  sur-le-champ,  de 
force  de  tète  seule,  des  calculs  prodigieux. 
L'évèque  Grégoire  a  composé  un  Trailé  sur 
la  iUiértUure  des  nègres^  et  parmi  les  preuves 
multipliées  qu'il  offre  de  leurs  travaux  dans 
toutes  Je5  carrières  du  savoir,  il  cite  aussi 
plusieurs  négresses;  on  remarque  entre 
autres  Philis  Veathley,  qui,  transportée, 
dès  Fâge  de  sept  ans,  de  TAfrique  en  Amé* 
rique,  puis  en  Angleterre,  j  apprit  bientôt 
les  langues  anglaise  et  latine.  A  Tâge  de 
dix-neiu  ans,  elle  publia  un  recueil  de  poé- 
sies anglaises  estimées.  Le  docteur  Beattie  ne 
trouve  le  nègre  inférieur  en  rien  aux  blancs, 
non  plus  que  Clarkson.  LeSuédois  Wadstrom, 
qui  les  observa  sur  les  côtes  d'Afrique,  les 
reconnut  sosreptibles  de  diriger  des  manu- 
factures d*ioJigo,  de  sel,  de  savon,  de  fer,  etc. 
Leurs  vertus  sociales,  ajoute  le  docteur 
Trotter,  sont  au  moins  égales  aux  nôtres; 
on  les  voit  constamment  hospitaliers  et  sen* 
sibles  pour  ces  mêmes  blancs  qui  les  tyran- 
nisent (857).  Tous  ces  faits,  qui  nous  sont 
fournis  par  Tauteur  des  objections  que  nous 
avons  réfutées,  ne  sont  pas  suspects.  Ils 
prouvent,  nous  semble-t-il,  plus  que  des 
exceptions  ;  autrement,  il  faut  dire  aussi  que 
les  intelligences  remarquables  qui  sortent, 
p^r  l'éducation,  de  nos  campagnes,  ou  qui 
s'élèvent  au-dessus  des  autres  dans  1a  so- 
ciété, par  une  éducation  plus  forte,  sont  des 
exceptions;  et  alors  il  n'j  a  plus  de  terme 
aa  s/stème  des  exceptions. 

Le  Sénégal,  la  patrie  des  Trais  nègres, 
n^est  pas  moins  remarquable  dans  sa  marche 
ascendante  que  la  république  d'Haïti  :  les 
choses  s'y  passent  avec  moins  de  yiolence, 
mais  non  moins  sûrement.  Il  y  a  maintenant 
lies  écoles  florissantes,  un  commerce  actif; 
el  bienl^  il  y  aura  un  clergé  noir,  aussi  re- 
marquable par  sa  science  que  par  ses  yer- 
tus.  Trois  jeunes  gens  noirs  du  Sénégal  sont 
Tenus  en  France  faire  leur  éducation,  ils 
r>nt  passé  cinq  ans  au  séminaire  du  Saint- 
Ksprit  à  Paris;  ils  y  ont  étudié  la  théologie, 
el  y  ont  reçu  les  saints  ordres;  ils  sont  par- 
tis eo  novembre  1H^2  pour  retourner  dans 
leur  patrie.  J  ai  eu  le  Lonheur  de  les  con- 
naître particuIièremenL,  et  je  m*honore  de 
leur  amitié;  leur  modestie  et  leurs  vertus 

(H56)  kagaz.  fmr  phy$ik  und  uat.  kiit.  ;  G  tha, 
t.  IV,  Baod.  iH.  p.  5  et  8. 

IncTiONH.  D*AsnrHA0P0L06ir. 


égalent  lear  science  ;  il  y  a  pea  de  prêtres 
en  Europe  plus  instruits  qu*eax.  Ils  savent 
parfaitement  bien  le  latin,  le  grec,  le  fran  - 
çais,  Tarabe;  ils  connaissent  llustoire,  la 
géographie  parfaitement.  Ils  ont  étudié  avec 
soin  les  sciences  naturelles;  ils  possèdent 
les  arts  de  la  musiaue  et  du  dessin,  et  Tua 
d*eux  peint  admirahlemenk  La  théologie  et 
l'Ecriture  sainte^ont  été,  naturellement  poui 
eux,  Tobiet  d*études  profondes.  Leur  des* 
sein  génmux  est  de  fonder  un  collège  dans 
leur  patrie.  Daigne  le  Père  commun  de  tons 
les  hommes  les  bénir  et  faire  fhictifier  leur» 
travaux;  et  dans  quelques  années  ils  prou- 
veront aux  détracteurs  de  leur  race  com- 
bien leur  âme  est  belle  et  leur  intelligence 
élevée  ! 

^  d*  Nous  nous  arrêtons  là,  dans  la  liste  des 
citations  d'intelligences  remarquables  chez 
les  noirs,  que  nous  pourrions  multiplier. 
Nous  en  avons  dit  assez  pour  prouver  que 
l'intelligence  humaine  est  la  même  cnez 
tous  les  hommes,  de  quelque  couleur  qu'ils 
soient  ;  et  que,  par  conséquent ,  il  n^y  a 
qu'une  seule  espèce  humaine,  puisque  c'est 
surtout  l'intelligence  qui  fait  l'homme. 

Enfin,  la  moralité  de  l'espèce  humaine 
prouve  tout  aussi  puissamment  l'unité  d'es- 
pèce. La  moralité  humaine  a  sa  base  dans 
ractivité  libre  de  l'intelligence  et  dans  la 
loi  qu'elle  peut  observer  ou  enfreindre.  La 
loi  a  son  principe  unique  en  Dieu  ,  dans  sa 
puissance  et  sa  souveraine  autorité.  Nul  être 
créé  n'a  le  droit  par  lui-même  d'imposer 
des  lois  à  un  autre  être.  En  outre,  la  loi  mo- 
rale étant,  comme  nous  l'avons  ru,  néces- 
saire à  la  conservation  et  à  la  perpétuité  de 
la  création ,  il  est  évident  que  Dieu  seul 
pouvait  en  être  l'auteur.  Il  suit  de  là  que 
cette  loi  est  une  comme  Dieu,  une  comme  la 
création  ;  elle  peut  rarier  dans  l'étendue  de 
son  accomplissement  par  suite  de  la  liberté 
humaine,  mais  elle  est  toujours  fondamen- 
talement la  même  ;  et  toutes  les  lois  humai* 
nés  découlent  d'elle  et  lui  empruntent  leur 
principe  et  leur  force.  La  loi  morale  ne 
régit  et  ne  peut  régir  que  Tespèce  humaine  ; 
les  animaux  ne  sont  pas  des  êtres  moraux  ; 
ils  ne  sont  pas  responsables  de  leurs 
actes.  L'homme  seul ,  étant  maître  de  ses 
actes,  peut  aussi  en  répondre.  La  loi 
morale  étant  une,  et  n'étant  que  pour 
l'homme,  il  s'agit  de  savoir  si  toutes  les  ra- 
ces humaines  sont  soumises  à  la  loi  morale  ; 
personne  n'oserait  le  nier.  Les  faits  d'ail- 
leurs sont  là  pour  donner  le  démenti  à  une 
E treille  prétention.  Le  droit  des  gens  est  un 
it  et  un  principe  de  la  loi  morale  ;  or,  il 
existe  entre  toutes  les  nations,  sans  distinc- 
tion de  couleur  ou  de  forme.  Le  juste  et 
l'injuste,  la  vertu  et  le  vice,  la  Tenté  et  le 
mensonge,  sont  admis  et  reconnus  fonda- 
mentalement les  mêmes  chez  tous  les  peu- 
ples, même  les  plus  abrutis  et  les  plus  sau- 
vages; seulement  l'ignorance  peut  égarer 
dans  l'application.  La  religion,  qui  est  la 

(857)  Dictimm.  iTListoire  nztureile,  art  Nègre^  par 
Tirey. 

kl 


I«5 


VAR 


MCTIONNAIRE 


VAR 


m 


grande  loi  morale^  existe  chez  tous  les  peu- 
ples malgré  les  erreurs  par  lesquelles  ils  la 
défigurent.  Mais  il  est  prouvé  aujourd'hui, 
par  des  faits  suffisants ,  accomplis  sur  toute 
la  face  de  la  terre,  qu'il  n'est  pas  un  peuple 
qui  ne  soit  susceptible  de  connaître,  aaimer 
et  de  pratiquer  la  seule  religion  véritable, 
une  fois  qirelle  lui  a  été  annoncée  ;  les  obs- 
tacles mêmes  qui  s'opposent  à  sa  propaga- 
tion chez  les  peuples  divers  prouvent  la 
liberté  morale  ae  ces  peuples.  Puisqu'il  n'y 
a  donc  qu'une  loi  morale ,  et  que  toutes  les 
races  humaines  sont  soumises  à  cette  loi 
morale ,  qu'elles  l'accomplissent  autant 
qu'elles  la  connaissent,  il  s  ensuit  qu'il  n'y 
a  réellement  qu'une  seule  espèce  humaine. 
Dira-t-on  qu'il  y  a  des  degrés  dans  la  mora- 
lité fondamentale  des  peuples;  alors  il^  faut 
dire  aussi  qu'il  y  a  des  dezrés  dans  l'acti- 
rité  intellectuelle  et  danslaïiberté  humaine; 
et  si  la  race  nègre  a  moins  de  moralité, 
moins  de  liberté  que  la  blanche,  elle  ne 
peut  plus  être  soumise  à  la  loi  morale  qui 
est  une  et  qu'elle  ne  peut  plus  accomplir 
dans  son  intégrité  ;  la  race  noire  se  trouve  , 
sous  ce  rapport  entre  l'homme  et  le  singe, 
et  dès  lors  il  faut  reconnaître,  dans  le  singe 
et  dans  tous  les  animaux,  un  degré  plus  ou 
moins  grand  d'activité  intellectuelle  et  de 
liberté  morale  ;  mais  quelles  lois  morales 
imposerez-vous  aux  singes,  aux  tigres ,  aux 
lions,  et  en  descendant  plus  bas  dans  l'é- 
chelle des  animaux ,  aux  vers  de  terre,  à 
l'hydre  verte  et  enfin  à  l'éponge.  Faites  donc 
des  traités  de  paix  avec  les  animaux  féroces 
qui  vous  dévorent;  faites  des  alliances  avec 


les  insectes  qui  dévorent  vos  cultures  et  to» 
moissons. 
Non,  il  n'est  plus  permis  de  soulever  la 

Îuestion  de   pluralité  d'espèce  humaine, 
l'émancipation  des  races  noires  est  désor- 
mais un  fait  accompli.  En  prenant  rang 
parmi  les  nations  politiques  ,  en  faisant  re- 
connaître leurs  droits ,   en  marchant  les 
égales  des  nations  dont  elles  ont  secoué  le 
joug,  en  les  forçant  à  traiter  avec  elles  de  la 
paix  et  de  la  guerre,   du  commerce  et  de 
toutes  les  relations  politiques  et  civiles,  les 
races  noires  ont  prouvé  leur  véritable  na- 
ture. Et  l'unité  de  l'espèce  humaine  est  dé- 
sormais une  question  moralement  et  politi- 
quement résolue  par  des  faits  accomplis,  el 
par  la  conduite  de  toutes  les  nations  cirili- 
sées,  dont  les  actes  sont  la  dernière,  la  plus 
solennelle  et  la  plus  puissante  réponse  qui 
ait  été  jamais  faite  aux  esprits  systémati- 
ques, qui  peuvent  encore  se  bercer  d'illu- 
sions el  de  rêves,  mais  qui  ne  peuvent,  sans 
folie,  donner  le  démenti  à  la  grande  vérité 
politique  et  morale  qui   s'est  enfin  mani- 
festée de  nos  jours  par  les  actes  solennels  de 
toutes  les  nations  civilisées. 

Nous  avons  prouvé  que  toutes  les  races 
humaines  étaient  de  la  même  espèce  physi- 

3ue  et  corporelle  ;  nous  avons  vu  la  vanité 
es  objections  opposées  à  cette  thèse,  et 
enfin  1  intelligence  et  la  moralité  humain^ 
le  caractère  naturel  le  plus  élevé  de  l'homme, 
nous  ont  prouvé  plus  puissamment  encore 
l'unité  d'espèce.  Concluons  donc  que  tons 
les  hommes  sont  nés  d'un  seul  couple, 
comme  le  dit  Moïse. 


V 


VALROGER  (L'abbé  de).  Fo j/.  Langage. 

VARIATION  DANS  LES  ESPECES  ANI- 
MALES. —  Si  nous  pouvions  nous  procurer 
des  renseignements  exacts  et  complets  sur 
tous  les  phénomènes  qui  se  rattachent  aux 
variations  des  races  dans  les  différents  êtres 
organisés,  connaître  l'étendne  de  ces  varia- 
tions, leur  nature  précise,  et  les  circons- 
tances qui  les  font  naître,  nous  n'éprouve- 
rions que  peu  ou  point  de  difficulté  pour 
arriver  à  une  détermination  relativement  à 
la  question  qui  nous  occupe^  savoir  :  si  les 
diversités  qui  existent  entre  les  différentes 
races  d'hommes  constituent  des  caractères 
spécifiques,  ou  seulement  des  exemples  de 
déviation  similaire.  Nous  ne  pouvons  espérer 
d'obtenir  dès  à  présent,  relativement  au 
premier  de  ces  desiderata^  toutes  les  données 
qu'on  aura  par  la  suite;  mais  nous  devons 
nous  efforcer  d'en  réunir  autant  que  possi- 
ble, et  ce  que  nous  en  avons  déjà  à  notre 
disposition  est  suffisant  pour  nous  conduire 
à  reconnaître  comme  un  fait  général  que, 
dans  les  raees  d'animaux  domestiques  et 
parmi  les  plantes  cultivées,  les  phénomènes 
de  variation  se  sont  manifestés  de  la  manière 
la  plus  remarquable. 

Si   nous   pouvions  comparer  nos   faceâ 


d'animaux  domestiques  avec    es  souches 
sauvages    dont  elles    ont    tiré  leur  orl- 

fine,  il  n'y  aurait  que  peu  de  difficulté 
fixer  l'étendue  des  limites  des  variations 
qui  peuvent  se  produire  dans  le  cours  àe^ 
temps;  mais,  malheureusement,  il  esldiffi- 
cile  de  faire  naître  l'occasion  d'établir  celte 
comparaison ,  et,  dans  certains  cas,  cela  est 
tout  à  fait  impossible. 

Il  est  rare  qu'on  puisse  reconnaître,  parmi 
les  animaux  sauvages  répandus  à  la  surfat^ 
du  globe,  les  souches  primitives  de  nos  api- 
maux  domestiques  dans  leur  état  primitif: 
pour  plusieurs ,  nous  ignorons  absolumeni 
ce  quelles  sont  devenues,  h  moins  de  sup- 
poser qu'elles  aient  été  entièrement  subju- 
guées par  l'homme.  On  trouve,  il  est  rraî. 
des  bœufs,  des  moutons,  des  chèvres  et  «1^^ 
chevaux  sauvages  ;  mais,  dans  la  plupart  <Je> 
cas,  on  ne  peut  voir  là  que  des  mnmi 
qui,  après  avoir  vécu  dans  un  état  plus  ^ 
moins  complet  de  domesticité,  ont  recouir; 
leur  indépendance,  et  sont  revenus  ius'iuJ 
un  certain  point  h  leur  état  naturel.  >*""' 
ignorons  le  plus  souvent  l'époque  à  laqu**'  ' 
a  eu  lieu  ce  retour  à  la  vie  sauvage,  et  ^^ 
circonstances  dans  lesquelles  il  s  est  pro- 
duit; et  nous  ne  savons  pas  mieux,  p-^' 


14» 


TAR 


^ANTOROPOLOGie: 


VAR 


UM 


rordinaire,  qnelle  est  parmi  (ootes  les  races 
domestiques  qae  nous  rapportons  à  une 
même  espèce^  celle  de  laquelle  descendent 
les  indindus  que  nous  obsenrons.  11  ▼  a 
cependant  de  nombreuses  et  importantes 
obsenrations  à  faire  sur  les  direrses  races 
d*animaux  qui  ont  été  transportées  d'Europe 
en  Amérique,  depuis  la  découTerte  du  nou- 
reau  continent,  c  est-à-dire  depuis  la  fin  du 
XT*  siècle.  Plusieurs  de  ces  races  ont  extrê- 
mement multiplié  sur  un  soi  et  sous  un  cli- 
mat qui  leur  étaient  également  farorables. 
Quelques-unes  se  sont  répandues  dans  les 
Tastes  forêts  de  TAmérique,  y  sont  devenues 
sauvages,  et  ont  perdu  les  marques  les  plus 
apparentes  de  ta  serrilude.  On  a  remarqué 
que  ces  races  marronnes  diffèrent  physique- 
ment des  races  domestiques  dont  on  sait 
3u*elles  sont  descendues,  et  il  y  a  tout  lien 
e  considérer  ce  changement  comme  lui 
retour  partiel  aux  caractères  primitifs  de  la 
souche  sauvage  (858).  Une  comparaison  en- 
tre les  animaux  qui  ont  aussi  recouvré  leur 
indépendance  et  ceux  qui  vivent  parmi 
nous  à  rétat  de  domesticité,  peut,  dans  tous 
les  cas,  donner  lieu  à  de  curieuses  et  inté- 
ressantes remarques. 

Les  animaux  qui  ont  été  transptjrtés  en 
Amérique,  par  les  Espagnols,  sont  :  le  porc, 
le  cheval,  Vâne,  le  mouton,  la  chèvre,  la 
vache,  le  chien,  le  chat,  et  quelques  oiseaux 
de  basse-cour.  Les  changements  que  cha- 
cune de  ces  espèces  a  subis ,  par  suite  de 
son  retour  à  I  état  sauvage,  ont  été  Tobjet 
de  quelques  observations,  que  nous  allons 
présenter  ici. 

Les  porcs,  ainsi  que  nous  l'apprenons  ac 
H.  Ronlin,  furent  introduits  à  Saint-Domin- 
gue, dès  répoque  de  la  découverte  de  cette 
Ile  par  Christophe  Colomb,  au  mois  de  no- 
Tembre  14%,  et  ils  le  furent  successive- 
ment en  tous  les  lieux  où  les  Espagnols 
formèrent  des  étatilissements. 

Les  premiers  qui  parurent  sur  le  plateau 
de  Bogota  y  étaient  venus  par  un  chemin 
très-indirect  :  ils  n*avaient  pas  remonté  la 
Magdeleine  à  la  suite  de  Quesada,  mais  ils 
Tenaient  du  Pérou,  amenés  par  les  soldats 
de  Benalcazar,  un  des  lieutenants  de  Pizarrc. 
Ces  soldats,  oui  marchaient  depuis  tonte 
une  année  à  ta  recherche  du  fabuleux  El- 
Daradoj  avaient  pris  avec  eux  des  porcs 
mâïes  et  femelles,  pour  faire  race  dans  leur 
future  colonie.  Ces  animaux  se  multiplièrent 
^i  rapidement,  que,  dans  Tespace  d*un  demi- 
5»iècle,  ils  s'étendirent  depuis  le  25*  de  iat. 
I^.»  jusqu'au  M)"  de  Iat.  S.  A  Saint-Domingue, 
les  porcs  se  répandirent  oar  si  «randes  trou- 

($158)  On  trouve  linéiques  détails  sur  ces  espèces 
risluralisées  en  Amérique  aussi  bien  que  sur  k»  esr- 
f^^es  indigènes ,  dans  un  livre  d^à  connu  depuis 
longtemps,  les  Recherches  sur  le  Paragwnf^  de  don 
YtiA\  D*AzAEA.  Mais  c*est  un  ouvrage  récent  de 
M.  Ronlin  {Mémoires  présentés  par  dtters  satants  à 
tAcûdémU  des  seiemees  de  Clnstitui  de  France  ; 
Fans,  i835,  L  VI,  i»4*,  p.  3il),  qui  nous  a  fc  i  ni 
les  remeigncaients  les  plus  eiacts  et  les  pins  riv 
ci*'ttx. 

M.  Ronlin  a  passé  six  ans  en  ColoiuLiîC;  cl  il  a 


pes  dans  le  pays,  qu*à  Tépoque  de  Tintro- 
duction  de  la  canne  à  sucre  il  fut  néces- 
saire d  en  détruire  un  grand  nombre. 

Nous  savons  par  Oviedo,  que  moins  de 
trente  ans  après  la  découTerte  de  TAméri- 
que,  il  existait  des  cochons  marrons  à  Cuba, 
à  Porto-Rico,  à  la  Jamaïque,  etc.  Cet  auteur 
ne  croyait  pas  qu  il  pût  s'en  trourer  sur  le 
continent,  a  cause  des  bètes  féroces  qui  de- 
vaient, suivant  lui,  les  détruire  dès  qu*ils 
ne  seraient  plus  sous  la  protection  de 
lliomme  ;  mais  M.  Ronlin  a  vu  des  cochons 
marrons  dans  les  plaines  ou  llanot  qui 
s'étendent  à  Test  de  la  Cordillère  des  Andes, 
notamment  sur  la  rive  gauche  do  Meta,  pays 
où  les  couguarset  les  jaguars  sont  cependant 
très-nombreux.  Ces  animaux,  errant  en  toute 
liberté  dans  les  vastes  forêts  du  nouveau 
monde,  ne  se  nourrissant  que  de  fruits  sau- 
vages, étant  revenus,  en  un  mot,  au  genre 
de  vie  de  leurs  premiers  ancêtres,  en  ont 
aussi  repris  en  partie  les  caractères  iiliysi- 

aues.  Leur  aspect,  en  effet,  rappelle,  a  bien 
es  égards,  celui  du  sanglier  de  nos  forêts; 
leurs  oreilles  sont  redressées,  leur  tête  s  est 
élargie,  relevée  à  la  partie  supérieure; 
enfin,  leur  couleur  n  offre  plus  ces  variétés 

aoe  Ton  trouve  dans  les  races  domestiques  ; 
s  sont  presque  uniformément  noirs. 
Les  porcs  peu  nombreux  que  Ion  trouve  à 
l'état  de  domesticité  chez  les  habitants  des 
Paramos^  c'est-à-dire  des  régions  monla- 
cneuscs  situées  k  plus  de  2,500  mètres  d'é- 
lévalion,  ont  beaucoup  de  l'aspect  de  nos 
sangliers  de  France.  Leur  poil  est  épais, 
souvent  un  peu  crépu,  et  présente  en  des- 
sous, chez  quelques  individus,  une  espèce 
de  laine.  Par  suite  du  froid  et  du  début  de 
nourriture  suOisante,  ces  j^orcs  sont  petits 
et  raliougris. 

Dans  queloues  parties  chaudes  de  TAmé- 
rique,  le  cochon  n*est  pas  noir  comme  celui 
qui  vient  d'être  décrit,  mais  roux,  comme  le 
|)écari  dans  son  jeune  Age.  A  Melgar  et  dans 
d  autres  lieux,  il  s  en  trouve  qui  ne  sont  pas 
entièrement  noirs,  et  qu'on  nomme  sanglés 
{cinchados}^  parce  qu'ils  ont  sous  le  ventre 
une  large  bande  blanche  qui  va  communé- 
ment se  réunir  sur  le  dos,  tantôt  en  se  ré- 
trécissant, et  tantôt  en  conservant  la  même 
largeur. 

La  réapparition  des  caractères  du  ^anzlier 
sauvage  dans  une  race  provenant  de  cocnons 
domestiques  fera  cesser  tous  les  doutes,  s'il 
pouvait  encore  en  subsister  sur  Tidentité 
d*origine  ;  et  nous  pouvons  en  toute  sûreté 
nous  livrer  à  une  comparaison  de  détail 
des  caractères  physiques  do  ces  deux  races, 

consacré  une  partie  de  ce  temps  à  recueillir  li*s 
rirnsci^nements  qn*il  nous  comnmnlqne  dans  si*ii 
mémoire.  Ses  obsenrations,  comme  il  le  dédarr,  ne 
sont  rebtîves  qn*à  la  Nouvelle-Grenade  et  an  VéiM^ 
zuéla;  mais  ces  pays,  étant  traversés  par  U  Coniîl- 
lère  des  Andes,  offrent^  dans  un  conlenu  assez  res- 
treint, une  grande  variété  de  climats. 

Quant  att\  rens^ignemetifs  sur  les  tribus  sauvagrs 
du  Paragiiav,  nons  les  devons  to«is  k  FonTrate  dr 
M.  dAzara. 


1487  VAR  DICTIONNAIRE 

on  les  considérant  comme  les  variélés  d'une 
même  espèce.  Le  retour  à  une  couleur  noire 
uniforme  et  l'apparition  de  poils  épais  et  en 
partie  laineux,  au  lieu  de  soies  rares  et 
clairsemées,  voilà  des  faits  qui  doivent  être 
notés  dans  les  observations  de  M.  Roulin. 

La  différence  qui  existe,  sous  le  rapport 
de  la  forme,  entre  la  tête  du  cochon  marron 
et  celle  du  cochon  domestique  est  aussi 
très-remarquable.  Il  y  a  longtemps  que  Blû- 
raenbach  a  fait  une  remarque  semblable,  en 
comparant  le  crâne  du  porc  de  nos  basses- 
cours  et  celui  du  sanglier  des  forôts  euro- 
péennes. Il  a  vu  que  cette  différence  est 
tout  à  fait  comparable  à  celle  qui  s'observe 
entre  le  crâne  du  nègre  et  le  crâne  de  l'eu- 
ropéen. «  Les  personnes,  dit-il,  qui  n'au- 
raient pas  occasion  de  vérifier  ce  fait,  pour- 
ront du  moins  consulter  Jes  figures  que 
Daubenton  a  données  des  crânes  de  ces  deux 
animaux.  Je  laisserai  de  côté,  ajoule-l-il, 
les  variétés  de  race  peu  prononcées  que  l'on 
doit  trouver  chez  les  porcs  comme  chez  les 
hommes,  et  je  ne  parlerai  que  d'un  fait  qui 
m'a  été  garanti  par  M.  Solder  ;  c'est  que  la 
singularité  observée  dans  l'espèce  humaine 
chez  les  Indous,  d'avoir  l'os  de  la  jambe 
remarquablement  long,  a  élé  observée  pa- 
reiUement  chez  les  porcs  de  la  Normandie. 
Ils  ont  le  train  de  derrière  très-long,  de 
sorte  qu'ils  ont  la  croupe  plus  élevée  que 
l'épaule,  d'où  il  résulte  que  leur  dos  forme 
une  sorte  de  plan  incliné,  et  que  la  lête  con- 
tinuant dans  la  même  direction,  le  groin 
touche  presque  à  terre. 

a  Les  porcs,  continue  Bliimenbach,  ont 
dégénéré  à  un  tel  point  dans  certaines  con- 
trées qu'ils  dépassent  en  singularité  tout  ce 
qui  a  pu  être  trouvé  de  plus  étrange  dans  les 
variétés  de  l'espèce  humaine.  Les  porcs 
solipèdes,  ou  à  sabot  non  divisé",  étaient 
connus  des  anciens,  et  on  en  trouve  beau- 
coup en  Hongrie  et  en  Suède.  De  même  les 
porcs  de  l'Europe,  qui  furent  transportés 
par  les  Espagnols,  en  1509,  dans  Tile  de 
Uubagua,  célèbre  à  cette  époque  pour  sa 
pêcherie  de  perles,  ont  dégénéré  en  une 
race  monstrueuse,  qui  a  des  pinces  d'une 
demi-palme  de  long,  v 

On  trouve  des  cochons  solipèdes  dans 
quelques  parties  de  l'Angleterre  ;  on  en 
trouve  aussi  qui  ont  le  sabot  divisé  en  cinq 
parties. 

Buffon  avait  déjà  remarqué  les  vari^étés 
de  l'espèce  cochon.  «  En  Guinée,  dit-il,  celte 
espèce  a  pris  de  longues  oreilles  couchées 
sur  le  dos  ;  en  Chine,  le  ventre  gros  et  pen- 
dant, et  les  jambes  très-courtes  ;  au  Cap-Vert 
çt  dans  d'autres  lieux,  de  grandes  défenses 
comme  les  cornes  recourbées  du  bœuf  ;  en 
domesticité,  des  oreilles  à  demi  pendantes  et 
blanches.  » 

Le  bétail  à  cornes  fut  introduit  à  Saint-Do- 
mingue au  second  voyage  de  Colomb,  et  s'y 
multiplia  si  rapidement  que,  vingt-sept  ans 
après  la  découverte  de  l'Ile,  on  pouvait  voir, 
ainsi  que  nous  l'apprend  Oviedo,  des  trou- 


VAR 


m 


peaux  de  8,000  têtes.  En  1530,  le  prix  de  ces 
animaux  était  tellement  tombé  ou'on  les 
tuait  seulement  pour  en  avoir  la  peau. 
En  1587,  l'exportation  des  cuirs,  de  cette  Ile 
seule  fut,  au  rapport  d'Acosta,  de  plus  de 
trente-cinq  mille,  et  dans  la  même  année  on  . 
en  exporta  de  la  Nouvelle-Espagne  plus  de  ' 
soixante  mille.  \ 

Il  y  a  longtemps  que  don  Félix  d'Azara  a 
observé  que  les  bœufs  sauvages  de  l'Amé- 
rique méridionale  diSèrent  pour  la  couleur 
des  bœufs  domestiques  du  même  pays.       > 

<c  Les  troupeaux  de  bétail  domestique, 
dit-il,  nous  offrent  une  grande  variété  de 
nuances,  mais  la  couleur  des  boeufs  sau- 
vages est  constante  et  invariable  :  les  par- 
ties supérieures  sont  d'un  brun  rouge,  elle 
reste  du  corps  est  noir.  » 

Ce  fait  lui  semble  indiquer  que  la  coulear 

f Primitive  de  l'espèce  devait  être  celle  que 
es  Espagnols  désignent  sous  le  nom  d'Oiro. 
D'Azara  nou5  cite  un  autre  fait  intéres- 
sant observé  dans  le  même  pays,  la  forma* 
tion  d'une  race  particulière  sans  cornes. 
a  En  1770,  il  naquit  un  taureau  mocho  ou 
sans  cornes,  dont  la  race  s'est  tràs-mulii. 

pliée  (859).  »  Quand  lô  lauTOâu  n*'i«<îl5 
cornes,  ks  veaux  en  sont  également  dé^ 
pourvus. 

M.  Roulin  nous  dit  avoir  vu,  dans  quel- 
ques parties  très-chaudes  de  l'Amérique 
méridionale,  une  variété  de  l>œufs  dool  le 
poil  est  extrêmement  rare  et  fin,  ce  que  Tnn 
nomme  par  antiphrase  pelones  ;  celte  variété 
est  reproduite  par  la  génération,  mais  on  ne 
cherche  pas  à  en  favoriser  la  multiplication» 
car,  comme  une  partie  du  bétail  qaon  élève 
en  ces  lieux  est  destinée  à  la  consommation 
des  villes  de  la  Cordillère,  etdoit,  ataot 
d'être  tuée  rester  quelques  mois  à  s'engrais- 
ser dans  des  pâturages  situés  en  climat 
tempéré,  ces  pelones,  trop  sensibles  au 
froid,  ne  sont  pas  propres  &  l'exportation. 

Au  reste,  les  bœufs  nés  dans  les  mêmes 
districts  que  les  pelones,  mais  qui  n'offrent 
point  la  particularité  k  laquelle  ceui-d 
doivent  leur  nom,  souffrent  toujours  lors- 
qu'on les  amène  dans  la  Cordillère,  et  leor 
acclimatation  ne  s'y  fait  jamais  sansqaelqae 
difficulté. 

Les  pelones  constituent  évidemment  une 
variété  harmonisée  avec  un  certain  climat. 

Parfois  aussi  il  natt  dans  ces  régions 
chaudes  des  individus  dont  la  peau  est  en- 
tièrement nue  ;  on  les  connaît  sous  le  Dom 
de  calongosy  nom  qui  appartient  plus  par- 
ticulièrement à  une  race  de  chiens  sarrs 
poils  originaires  de  Calongo  ou  Cacongosur 
la  côte  de  Guinée,  et  qu'on  -appelle  en  fran- 
çais chiens  turcs.  Les  animaux  qui  offrerl 
ce  caractère  sont  faibles  et  délicats  ;iUe 
parait  pas  au'il  en  naisse  jamais  dans  te 
parties  froides  du  pays. 

M.  Roulin,  dans  sou  mémoire,  cile,relili' 
vement  aux  bœufs  de  l'Amérique  du  sud, 
un  fait  qui  parait  très-remarquable,  et  qui 
se  trouve  signalé  comme  tel  dans  le  rappcft 


(850)  Yoîjagct  dans  IWménque  méndionalc,  par  don  F.  de  Aixkx  ;  Paris,  tSW,  L  I"  p.  578. 


I48t 


VAR 


D*ANTOROPQLOG1F. 


TAR 


iiaa 


que  M.  Geoflfroy  Sainl-Hilaire  a  Cait  à  TAca- 
uémie  des  sciences  sur  ce  mémoire  (860). 

En  Europe,  on  trait  généralement  la  yacbe 
depuis  le  moment  où  elle  dcTtent  féconde 
jusqu'à  celui  où  elle  cesse  de  Tètre.  Cette 
pratique  incessamment  répétée  chez  tous  les 
indîTidus  pendant  une  longue  suite  de  géné- 
rationsy  a  produit  sur  la  race  ce  résultat, 
que  la  sécrétion  du  lait  y  est  devenue  Une 
umction  constante  dans  l'^nomie  animale  ; 
les  mamelles  ont  acquis  une  ampleur  plus 
qu'ordinaire,  et  le  lait  continue  d'y  affluer 
dors  même  que  le  nourrisson  est  enlevé. 

En  Colombie,  l'abondance  du  bétail,  et 
diverses  autres  circonstances  qu'il  est  inutile 
de  mentionner  ici,  ont  interrompu  cette 
habitude  :  or,  remarque  M.  Ronlin,  il  n'a 
fallu  qu'un  petit  nombre  de  générations, 
pour  que  l'ori^anisation  libre  de  contraintes 
remontât  vers  son  type  normal.  Aujourd'hui 
donc,  si  Ton  destine  une  vache  à  donner  du 
lait,  le  premier  soin  est  de  lui  conserver 
son  veau  ;  il  faut  que  tout  le  jour  son  nour- 
risson soit  avec  elle,  et  puisse  la  téter  ;  on 
les  sépare  seulement  le  soir,  pour  profiter  du 
lait  qui  s'amasse  dans  la  nuit.  Le  veau  vient- 
il  à  mourir,  le  lait  tarit  aussitôt. 

Cette  observation  est  importante  en  ce 
qurtle  preaie  que  la  permanence  du  lait, 
chez  nos  vaches  d'Euroîie,  n'eslqu'une  mo- 
ciitication  de  l'économie  animale. 

M.  Geoffroy  Saint-Hilaire  fait  remarquer 
encore  deux  autres  observations  très-impor- 
lantes  de  M.  Roulin  ,  lesquelles  portent 
sur  le  fait  de  la  transmission  héréditaire 
d'habitudes  données  dans  l'origine  aui  pa- 
rents, dans  un  but  déterminé,  et  au  moyen 
d'une  certaine  éducation.  Je  présenterai 
plus  tard  d'autres  exemples  de  ce  fait ,  mais 
pour  le  moment,  je  ne  m'occuperai  que  des 
observations  de  M.  Roulin. 

Les  chevaux  que  l'on  élève  dans  les  fer- 
mes du  plateau  ae  la  Contillère  sont  dres- 
sés à  l'amble  et  au  pas  relevé  ;  ce  mode  de 
progression  ne  leur  est  pas  naturel,  mais  on 
les  y  accoutume  de  bonne  heure,  et  tant 
qu'on  les  monte,  on  a  le  plus  grand  soin  de 
ne  jamais  leur  permettre  de  prendre  un  au- 
tre pas.  Il  arrive  fréç^uemment  qu'après  un 
certain  temps,  les  jambes  de  ces  chevaux 
s'engorgent  ;  alors  s'ils  sont  d'ailleurs  d'une 
belle  forme,  on  les  lâche  dans  les  pâtura- 
ges comme  étalons.  Il  résulte  de  là  une 
race  chez  laquelle  l'amble  est  l'allure  na- 
turelle. On  donne  à  ces  chevaux  le  nom 
d'aiguiltilas. 

Le  second  lait  observé  par  M.  Roulin  est  le 
développement  d'un  nouvel  instinct  qui  de- 
vient héréditaire  dans  la  race  des  chiens  que 
l'on  trouve  chez  les  habitants  des  bords  de 
la  Magdeloine,  et  que  l'on  emploie  à  lâchasse 
du  pécari.  Je  citerai  les  propres  paroles  de 
Fauteur. 

«  L'adresse  du  chien  consiste  à  modérer 
son  ardeur,  à  ne  s'attacher  à  aucun  animal 
en  particulier,  mais  à  tenir  toute  la  troupe 
en  échec.  Or,  parmi  ces  chiens  on  en  voit 


maintenant  qui,  la  première  fois  qu'on  les 
mène  au  hois,  savent  déjà  comment  atta* 
quer;  un  chien  d'une  autre  espèce  se  lance 
tout  d'abord,  est  environné,  et  quelle  que  soit 
sa  force,  il  est  dévoré  dans  un  instant.  » 

Il  parait  que  l'aboiement  est  une  habittide 
acquise,  transmise  héréditairement,  et  qui 
devient  naturelle  aux  chiens  domestiques  ; 
les  jeunes  en  effet  apprennent  à  aboyer, 
même  lorsqu'ils  sont,  d&la  naissance,  sé- 
parés de  leurs  parents. 

On  a  supposé  que  l'aboiement  était  un  es- 
sai d'imitation  de  la  voix  humaine  ;  quoiqu'il 
en  puisse  être,  les  chiens  sauvages  n'aboient 
pas.On  en  trouvedes  troupes  nombreuses  dans 
l'Amérique  du  Sud ,  principalement  dans  les 
Pampas  ;  il  v  en  a  aussi  dans  les  Antilles, 
et  dans  les  lies  situées  près  de  la  cête  du 
Chili.  En  recouvrant  la  liberté,  ces  animaux 
ont  perdu  l'habitude  d'aboyer,  et,  comme 
cela  a  été  remarqué  chez  d'autres  chiens 
dont  la  race  n'a  jamais  reçu  les  soins  de 
l'homme,  ils  ne  savent  généralement  que 
hurler. 

On  sait  que  deux  chiens,  amenés  des  con- 
trées occidentales  de  l'Amérique  en  Angle- 
terre par  le  voyageur  Maclenzie,  n'aboyè- 
rent jamais,  et  continuèrent  à  faire  enten- 
dre leur  hurlement  habituel,  tandis  qu'un 
chien,  qui  naquit  de  ceux-ci  en  Eurooe,  ap- 
prit à  aboyer. 

On  a  observé  pareille  chose  pour  les 
chiens  de  l'Ile  de  Juan  Femandez,  qui  des- 
cendent de  ceux  que  les  Espagnols  y  laissè- 
rent, antérieurement  à  l'expédition  de  lord 
Anson,  dans  le  but  d'exterminer  les  chèvres; 
chez  eux,  l'habitude  de  l'aboiement  parait 
s'être  tout  à  fait  perdue. 

Une  autre  observation  curieose  de  M.  Rou- 
lin, c'est  que  les  chats  aussi  ont  perdu  ces 
miaulements  incommodes  que  l'on  entend  si 
souvent,  pendant  la  nuit,  dans  nos  pays 
d'Europe. 

L'âne  n'est  point  devenu  sauvage  dans  les 
différentes  parties  de  l'Amérique  du  Sud, 
que  M.  Roulin  a  visitées;  quant  aux  che- 
vaux sauvages,  il  en  a  vu  en  troupes,  il  est 
vrai  peu  nombreuses,  dans  plusieurs  pro- 
vinces de  la  Colombie,  dans  les  plaines  de 
San-Martin,  entre  les  sources  du  Meta,  le 
Rio-Négro  et  rUmadéa.  Dans  quelques  lieux 
élevés  où  Ton  élève  de^  chevaux,  et  où  l'on 
n'a  pas  eu  soin  de  renouveler  la  race  par 
des  croisements,  la  taille  de  ces  animaux, 
qui  vivent  cependant  dans  de  bons  pâtura- 

§es«  parait  avoir  diminué,  et  leur  poil  est 
evenu  si  touffu,  qu'il  les  tend  presoue  dif- 
formes. 

Azara  nous  apprend  que  les  chevaux*  du 
Paraguay  sont  tous  de  la  même  couleur, 
tandis  que  les  chevaux  domestiques  de  ce 
pays  sont,  comme  ailleurs,  de  nuances  va- 
riées. Les  chevaux  sauvages  sont  tous  châ- 
tains ou  bai -brun.  «Cela  pourrait  faire 
penser,  dit  notre  auteur,  que  le  bai-brun 
était  la  couleur  du  cheval  original  ou  ori* 
miUf(861).  > 


(8G0)  Mémoire  du 


,  u  ivn,  p  ioi 


(861)  AzARi,  ubi  tiiprff,  p.  574. 


im 


VVR 


DlCllONNAIRe 


?AII 


m 


La  race  des  moutons  qui  a  été  introduite 
en  Amérique  par  les  Espagnols,  n*est  point 
la  race  du  mouton  mérinos,  mais  celle  qu*ils 
nomment  de  lana  burda  y  basiUf  est  très- 
rommune  sur  la  Cordillère ,  depuis  1000 
jusqu'à  2,500  mètres  de  hauteur,  mais  elle 
no  s*accommode  point  des  [)laines  basses  et 
brûlantes,  comme  celles  qui  s'étendent  entre 
le  Meta  et  le  pied  de  la  Cordillère. 

Même  dans  la  vallée  de  la  Magdeleine,  qui 
sépare  la  chaîne  orientale  de  la  chaîne 
moyenne,  les  moutons  sont  peu  nombreux  ; 
mais,  dans  ces  contrées,  ils  présentent  un 

f)hénomène  digne  de  fixer  1  attention.  La 
aine,  chez  les  agneaux,  crott  à  peu  près  de 
la  mènae  isantère  que  chez  ceux  des  climats 
tenTjTérés  ;  si  on  la  coupe,  elle  repousse  telle 
qu'elle  était  d'abord,  et  la  toison  se  forme 
comme  à  Tordinaire;  si  on  la  néglige,  elle 
s'épaissit,  se  feutre  et  finit  par  se  détacher 
par  plaques  qui  laissent  au-dessous  d'elles, 
non  une  laine  naissante,  non  une  peau  nue 
et  dans  un  état  maladif,  mais  un  poil  court, 
brillant  et  bien  couché,  très-semblable  à 
celui  de  la  chèvre  dansles  mêmes  climats  ; 
dans  les  [)laces  où  ce  poil  a  paru,  il  ne  re- 
naît jamais  de  laine. 

La  chèvre,  dans  l'Amérique  méridionale, 
est  devenue  plus  agile  et  plus  svelte  qu'elle 
ne  l'est  en  général  dans  nos  pays;  sa  tête  est 

Elus  élégante  et  porte  de  plus  petites  cornes. 
>e  signe  le  plus  évident  de  domesticité  dans 
notre  chèvre  d'Europe,  l'ampleur  des  ma- 
melles, a  presque  complètement  disparu 
dans  la  chèvre  américaine. 

Nous  savons  par  Azara  que,  dans  l'Amé- 
rique du  Sud,  les  brebis  et  les  chèvres  ont 
deux  portées  par  an,  et  que  leur  produit 
annuel  esl  au  moins  de  deux  ou  trois 
petits. 

L'introductîQn  aes  oies  en  Amérique  offre 
im  exemple  de  la  marche  graduelle  de  l'ac- 
l'iimalalion.  L'introduction  de  cette  espèce, 
sur  le  plateau  de  Bogota,  remontait,  à  1  épo- 
(nie  oi^  écrivait  M.  Roulin,  à  une  vingtaHie 
d'années  seulement.  Au  commencement  les 
pontes  furent  rares,  elles  se  composaient 
cj'un  petit  nombre  d'œufs,  dont  un  quart  à 

Seine  venait  à  éclore,  et  plus  de  la  moitié 
es  jeunes  oisons  mourait  dans  le  premier 
mois.  Ceux  qui  échappèrent,  formèrent  une 
seconde  génération  qui  déjà  réussit  mieux 
que  la  première,  et  aujourd'hui  l'espèce, 
sans  être  au3si  féconde  qu'elle  l'est  en  ce 
moment  en  Europe,  tend  évidemment  à  ar- 
river au  môme  point  (862). 
On  a  remarqué  la  même  chose  pour  les 

eallinacés;  scion  Garcilasso,  il  se  passa 
eaucoup  d'années  avant  qu'on  pût  obtenir 
de  poulets  des  œufs  pondus  par  les  poules 
qu'on  amenait  à  Cusco,  quoiqu'on  ne  ren- 
contrât pas  la  môme  difficulté  dans  quelques 

(862)  Une  observption  du  même  genre  a  été  com- 
muniquée à  M.  Prichard  par  M.  Rankin  ,  qui  a  eu 
cannaissance  du  fait  à  Sierra  -  Leone.  Lorsqu>n 
sème,  dans  ce  pays,  du  froment  anglais,  il  pousse 
des  tuyaux  dont  les  épis  ne  contiennent  que  très- 
peu  de  grains.  A  ta  seconde  génération,  ces  grains 
produisent  davantage;  bref,  au  bout  de  quelques 


villes  peu  éloignées  de  i:ell&Hn.  Aujourd'hui 
la  rare  primitivement  introduite  est  partoai 
très-féconde ,  mais  la  race  anglaise  qu'on  a 
amenée  depuis  un  petit  nonobre  d'annies, 
pour  obtenir  des  coqs  de  combat,  n*est  pas 
encore  arrivée  à  ce  point  de  fécondité,  el 
dans  les  premières  années,  on  s'estimait 
heureux  aavoir  deux  ou  trois  poulets  pour 
toute  une  couvée. 

Il  V  a  entre  cette  race  et  la  prentière, 
quana  on  les  observe  l'une  et  Tautre  dans 
les  pays  chauds,  une  différence  cariense: 
le  poulet  qui  appartient  à  la  race  depuis 
longtemps  acclimatée,  ou  pour  me  servir  de 
l'expression  de  M.  Roulin,  le  poulet  créole, 
dont  les  pères  ont  vécu  pendant  des  siècles 
dans  un  climat  chaud ,  natt  avec  un  peu  de 
duvet  qu'il  perd  bientôt,  et  reste  complète- 
ment nu  jusqu'à  la  croissance  des  plumes  de 
l'aile. 

Le  poulet  de  race  anglaise  nouvellement 
importé  est  couvert  d'un  duvet  très-serré. 
«  Le  petit  animal  est  encore  vêtu  comme 
pour  vivr^  dans  le  pays  d'où  ses  pères  ool 
été  apportés  depuis  peu  d'années.  » 

Une  variété  de  poule  assez  commune  dans 
la  Noùvelle-Gr«nade  est  celle  que  Ton  dé- 
signe communément  en  France  sous  le  nom 
de  poules  nègres^  et  qu'on  nomme  à  Bogota, 
poules  de  Nicaragua.  Cette  couleur  noire,  oo 

f>our  nous  servir  de  l'expression  de  M.  Rou- 
in,  ce  roélanisme,  rend  les  animaux  oui  en 
sont  atteints  peu  recherchés  pour  1  usage 
de  la  table  ;  cependant  ils  sont  assez  com- 
muns, et  comme  on  ne  cherche  pas  à  les  pro- 
pager, cela  semble  indiquer,  ainsi  que  lob- 
serve  M.  Roulin,  que,  outre  les  individus qni 
héritent  de  leurs  parents  celte  couleur  noire, 
il  en  naît  d'autres  qiii  présentent  la  même 
difformité,  quoique  provenant  de  père  et  de 
mère  à  l'état  normal.  M.  Roulin  a  fait  une 
remarque  générale  très-importante,  c'est 
que,  dans  toute  l'Amérique  tropicale,  le  mé* 
lanisme  et  l'albinisme  à  différents  degrés  se 
montrent  fréquemment  chez  les  animaux  à 
sang  chaud,  et  que  ces  deux  espèces  de 
monstruosités  sont  au  nombre  de  cellesqoise 
transmettent  le  plus  facilement  par  voie  de 
génération.  «  Peut-être,  ajoute-t-il,  lamêm« 
remarque  sera-t-elle  applicable  dans  toute 
sa  généralité  à  un  pays  situé  aux  antipodes 
de  celui  dont  je  m'occupe;  elle  est  au  moin5 
exacte  poar  les  poules,  et  Marsden  nous 
apprend  qu'à  Java  on  en  trouve  beaucoup 
affectées  de  mélanisme.  Quant  à  l'albi- 
nisme, plusieurs  voyageurs  nous  appren- 
nent que  dans  les  îles  de  la  Sonde,  il  st»lr 
serve  assez  fréquemment  dans  l'espèce  hu- 
maine (863).  ï» 

Selon  M.  Roulin,  le  mélanisme  des  pouV^ 
de  Bogota  se  montre  moins  dans  la  conlecr 
de  la  peau  que  dans  celle  de  la  crête,  du  |h^ 

générations ,  et  après  avoir  passe  par  des  pktst-^ 
toutes  semblables  à  celles  que  les  oies  cTEttropeêtfi- 
vent  traverser  avant  que  leur  race  soit  mise  en  ^r; 
inoiiie  avec  le  climat  de  TAniérique  du  Sod,  le  lié 
devient  acclimaté  dans TAfriqtie  troptcak. 
.  (863)  M.  Roulin  aurai!  pu  aussi  parler  des  é^ 
JtliaiHs  blancs  du  paya  de  Siam. 


tm 


vae 


DVtNTHBOPOLOGIE. 


TAU 


IJM 


rioste ,  des  mèîDonuies  séreuses,  et  de  la 
coacbe  cellulaire  qui  entoure  les  muscles. 
Quelque  chose  de  semblable  a  été  obsenré 
sur  les  poules  noires  du  Malabar. 

M.  Roulin  déduit  des  faits  exposés  dans 
son  mémoire  les  conséquences  suirantes  : 

m  r  Lorsqu'on  transporte  dans  on  climat 
Doureau  certains  animaux,  ce  ne  sont  pas 
les  individus  seulement,  ce  sont  les  races 
qui  ont  besoin  de  s'acclimater. 

<  2*  Lorsque  cette  acclimatation  a  lieu,  il 
s'opère  communément  dans  ces  races  cer- 
tains changements  durables  qui  mettent  leur 
organisation  en  harmonie  avec  les  climats 
où  ils  sont  destinés  à  rÎTre. 

«  3*  Les  habitudes  d'indépendance  amè- 
nent aussi  leurs  changements,  qui,  en  gé- 
néral ,  paraissent  tendre  à  ftire  remonter 
les  espèces  domestiques  rers  les  espèces 
sauvages,  qui  en  sont  évidemment  la  sou- 
che. 9 

Deux  autres  remarques  peuvent  encore 
être  ajoutées  comme  résultats  incidents  des 
faits  cités  par  M  Roulin. 

1*  Des  altérations  ou  modifications  per- 
manentes dans  les  fonctions  de  la  vie  ani- 
male peuvent  être  le  résultat  d'un  change- 
ment dans  les  habitudes  qui  inSuent  sur  ces 
fonctions,  si  ces  nouvelles  habitudes  conti- 
nuent pendant  un  temps  assez  long.  C'est 
ce  qui  est  prouvé  par  le  fait  de  la  perma- 
nence du  lait  chez  les  vaches  de  l'Europe. 

2*  Il  peut  se  former  des  instincts  hérédi- 
taires, certains  animaux  transmettant  à  leur 
postérité  des  habitudes  acquises ,  et  les  ca- 
ractères psychologiques  des  races  étant,  aussi 
)»îen  que  leurs  caractères  physiques,  suscep- 
tibles de  changements  sous  Tinfluence  des 
c^duses  extérieures. 

Toutes  ces  variations,  d'ailleurs,  sont  res- 
treintes dans  de  certaines  limites. 

Nous  venons  de  parcourir  lasériedes  faits 
relatifs  aux  modifications  survenues ,  dans 
Tespace  de  trois  siècles,  chez  les  races  d'a- 
nimaux domestiques  transportés  dans  le  nou- 
Teau  monde,  et  nous  y  avons  vu  les  exem- 
ples les  plus  frappants,  les  mieux  constatés 
peut-être,  des  effets  ou'un  changement  dans 
les  circonstances  extérieures  peut  produire 
sur  les  animaux  soumis  à  son  influence. 

Ces  faits  servent,  dans  tous  les  cas,  k  nous 
faire  pressentir  la  nature  des  déviations  que 
nous  pouvons  nous  attendre  à  découvrir 
dans  les  circonstances  semblables. 

Si  dans  les  cas  que  nous  avons  examinés , 
les  causes  extérieures  avaient  a^i  pendant 
un  temps  plus  Ions,  lesdéfiations  produites, 
nous  sommes  fondés  à  le  croire,  auraient  été 
pins  considérables.  C'est  ce  dont  il  sera  fa- 
cile de  nous  convaincre  en  comparant  les 
différentes  races  des  animaux  de  l'ancien 
continent,  dont  la  domesticité  remonte  à 
l'époque  la  plus  reculée. 

Dans  ce  nouvel  examen ,  il  est  vrai,  nous 
ne  pouvons  pas  toujours  obtenir  d'une  ma- 
nière aussi  positive  la  preuve  que  les  diffé- 
rentes raccrs  descendent  originairement  d'une 
uième  souche,  mais  nous  avons  dans  beau- 
coup de  cas  un  ensomble  de  semi-preuves 


qui  nous  autorise  k  admettre  le  fait  au  moins 
comme  extrêmement  probable. 

Les  différences  que  l'on  observe  dans  les 
races  d'animaux  domestiques  sont  très-gran- 
des, si  l'on  compare  les  termes  extrêmes  ; 
mais  elles  sont  aussi  très-nombreuses ,  et 
entre  les  points  les  plus  distants  de  la  chaîne, 
il  se  trouve  tant  d  anneaux  intermédiaires , 
qu'il  n'y  a  point  de  ligne  de  séparation  mar- 
quée comme  nous  en  trouvons  générale- 
ment entre  les  espèces  distinctes.  Il  y  a 
passage  des  uns  aux  autres  par  degrés  pres- 
que imperceptibles;  de  plus,  les  modifica- 
tions qui  se  produisent  dans  la  structure, 
comme  les  perfectionnements  correspondants 

211  s'opèrent  dans  l'instinct  et  les  autres 
cultes  animales,  sont  en  général  d'une  im- 
portance proportionnée  a  l'état  plus  ou 
moins  avancé  de  la  domestication,  à  la  diffé- 
rence qui  existe  entre  la  condition  primitive 
de  l'espèce  sauvage  et  celle  de  l'espèce  cul- 
tivée qui  en  tire  son  origine,  aux  soins  qu'il 
a  fallu  pour  l'amènera  cet  état,  et,  enfin, 
au  temps  qui  s'est  écoulé  depuis  qu'elle  a 
perdu  son  indépendance.  Nous  avons  en  ef- 
fet, dans  bien  des  cas,  des  preuves  irrécu- 
sal)lesde  pareils  changements  survenus  dans 
l'organisation  et  les  habitudes ,  sous  l'in- 
fluence d'un  changement  dans  le  genre  de 
vie,  et  particulièrement  à  la  suite  du  trans- 
port dans  un  nouveau  climat,  et  nous  voyous 
3ue  les  prinei|,aux  effets  de  ces  déviations 
u  type  primitif  ont  été  l'oblitératioa  de  cer- 
tains caractères  et  le  développement  de  quel- 
ques autres. 

Pour  mieux  faire  comprendre-ces  remar- 
ques, j'2youterai  aux  faits  déjà  exposés,  quel- 
cjues  autres  faits  qui  mettent  en  évidence 
1  influence  des  causes  externes  sur  les  races, 
et  je  donnerai  une  courte-  description  des 
variétés  les  plus  remarquables  observées 
dans  les  différentes  espèces  domestiques. 

Le  mouton  est  un  des  animaux  lo  plus  an- 
ciennement réduits  en  domesticité,  et  les 
variétés  qu  il  nous  présente  sont  tr^ -gran- 
des. On  a  cru  longtemps,  et  cda  parait 
même  avoir  été  l'opinion  de  Cuvier,  que 
toutes  les  races  de  moutons  domestiquées 
provenaient,  soit  de  l'argali  de  Sibérie,  soit 
du  mouflon  ou  musmon  de  Barbarie.  Aujour- 
d'hui plusieurs  naturalistes  regardent  la 
chose  comme  douteuse;  cependant,  il  ne  pa- 
rait pas  y  avoir  de  motif  pour  croire  ^uc 
les  races  de  moutons  domestiques  appartien- 
nent à  plus  d'une  espèce,  quoiqu'elles  diffè- 
rent extrêmement  dans  différents  pays. 

En  Europe,  les  races  varient  beaucoup 
sous  le  rapport  de  la  taille,  de  la  nature  de 
leur  toison,  du  nombre  et  de  la  forme  des 
cornes,  qui  sont  grandes  chez  quelques-uns, 
et  petites  chez  d'autres,  qui  manquent  quel- 
quefois aux  femelles  ou  même  à  toute  une 
race.  Les  variétés  européennes  les  plus  inté- 
ressantes sont  :  celles  d'Espagne  à  laine  fine 
et  crépue,  et  chez  lesquelles  tes  béliers  ont 
de  longes  cornes  en  spirale,  celles  d'Anele- 
terre,  qui  diffèrent  beaucoup  entre  elles 
pour  la  taille  et  la  qualité  de  la  laine  ;  enfin 


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la  race  à  longue  queue,  des  parties  méri- 
dionales de  la  Russie. 

Les  moutons  de  llnde  et  de  TAfrique,  gui 
ont  aussi  la  queue  très-longue,  se  distin- 
guent par  leurs  jambes  élevées,  leur  chan- 
frein très-convexe,  leurs  oreilles  pendantes, 
et  parce  qu'ils  ne  sont  couverts  que  d*un 
poil  ras. 

Le  nord  de  l'Europe  et  de  l'Asie  a,  pres- 
que partout,  de  petits  moutons  à  queue 
fort  courte.  La  race  de  Perse,  de  Tartarie  et 
de  Chine,  a  la  queue  entièrement  transformée 
en  un  double  globe  de  graisse  ;  celle  de  Sy- 
rie et  de  Barbarie  Ta,  à  la  vérité,  longue, 
mais  aussi  chargée  d'une  grosse  masse  de 
graisse.  Dans  toutes  deux  les  oreilles  sont 
pendantes,  les  cornes  grosses  aux  béliers, 
médiocres  aux  moutons  et  aux  brebis,  et  la 
laine  mêlée  de  poils  (864). 

Plusieurs  naturalistes  ont  soutenu  que  les 
races  particulières  de  moutons  conservent 
leurs  caractères  distinclifs,  lorsqu'on  les 
transporte  dans  des  climats  différents  de 
ceux  où  ils  constituent  la  race  dominante. 
Mais  cette  assertion  n'est  pas  rigoureuse- 
ment vraie;  du  moins  elle  souffre  des  ex- 
ceptions. Pallas,  dans  sa  description  des 
moutons  de  Kirghis,  animaux  dont  la  con- 
formation très-remarquable  présente  l'exa- 
gération du  type  do  la  race  tartare,  avait 
Mit  la  remarque  expresse  que  ces  moutons 
enlevés  à  leurs  plaiues  natales  (les  hauts 
plateaux  du  centre  de  l'Asie),  conservent, 
sous  quelque  climat  qu'on  les  transporte, 
leurs  caractères  distinctifs,  caractères  qui 
sont  très-saillants,  car  nulle  autre  race  ne 
nous  offre  un  aspect  aussi  étrange,  une 
aussi  haute  stature.  Les  moutons  Kirghis 
sont  plus  grands  qu'un  veau  qui  vient  de 
naître,  très-lourds  de  forme,  et  ont  quelque 
ressemblance  pour  les  propfortions  avec  les 
races  de  l'Inde.  Leur  tête  est  trèâ-protubé- 
rante  ;  leurs  oreilles  sont  grandes  et  pen- 
dantes; leur  lèvre  inférieure  dépasse  de 
beaucoup  la  supérieure.  La  plupart  ont  sous 
le  cou  des  caroncules  couvertes  de  poil  ;  au 
lieu  d'une  queue  véritable ,  ils  ont  une 
énorme  masse  de  graisse  de  forme  arron- 
die, et  qui  par-dessous  est  presque  com- 
plètement dépourvue  de  pofl  (865).  Voilà 
les  renseignements  que  nous  donne  Pallas; 
mais  un  voyageur  allemand,  très-bon  obser- 
vateur, qui  a  parcouru  récemment  l'Asie 
septentrionale,  a  eu  occasion  de  les  rectifier 
.  en  un  point  important. 

M.  Ermann  nous  apprend  que  les  mou- 
tons à  grosse  queue  des  Kirghis,  lorsqu'on 
les  transporte  en  Sibérie,   ne  conservent 

Ï)oint  les  particularités  qui  les  distinguent; 
es  herbages  secs  et  amers  des  steppes  ne 
sont  point  favorables  à  la  formation  de  la 
matière  adipeuse,  et  les  moutons  y  perdent 
bientôt  la  masse  de  graisse  de  leur  queue. 
C'est  ce  qu'il  a  eu  occasion  d'observer  près 

Î864|  GoTiER,  Bègne  animal,  1. 1",  p.  278. 
865)  Pallas,  Beise  durch  Sibérien,  etc. 
866)  On  ne  cite,  comme  exception  ,  qu'un  soûl 
cas,  et  encore  est  il  douteux.  Pour  tons  les  faits  qp.i 


de  Schaitansk,  au  nord  de  TsharensbeK. 
Même  dans  l'Oural  méridional,  dans  les 
pâturages  d'Orenburg,  ces  moutons  peinent 
leur  grosse  queue  après  un  petit  nombre  de 
générations. 

Il  n'est  pas  rare,  dans  nos  pays,  de  Toir 
former  de  no«velles  races  de  moutons  chez 
lesquelles  prédominent  certains  caractères 
particuliers  estimés  par  tels  ou  tels  éleyeurs. 
Cela  se  fait  de  deux  manières  ;  d'une  psrt, 
en  croisant  des  races  déjà  établies  et  bien 
4X>nnues  ;  de  l'autre,  et  c'est  plus  fréquem- 
ment le  cas,  en  choisissant  peur  la  reprodoc- 
tion,  dans  tout  un  troupeau,  les  indlTidos 
qui  présentent  déjà  à  un  plus  haut  degré  qoe 
les  autres  les  particularités  recherchées,  et 
en  procédant  ainsi  pendant  plusieurs  géné- 
rations successives;  dans  ces  cas,  la  variélé 
naturelle  ou  congénitale  qui  apparaît,  peut- 
être  pour  la  preniière  fois,  dans  un  indi- 
vidu, se  perpétue  en  vertu  de  la  transmission 
héréditaire  des  caractères,  qui  estuneloide 
l'économie  animale. 

On  trouve  un  exemple  frappant  de  ce  fait 
dans  la  formation  d  une  nouvelle  race  de 
moutons  dans  l'état  de  Mâssachussets,  exem- 
ple cité  par  plusieurs  auteurs  oui  se  sont 
occupés  de  cette  question. 

En  1791 ,  dans  la  ferme  de  Seth-Wright, 
une  brebis  mit  bas  un  jeune  mftie  qui,  sans 
cause  connue,  se  trouva  avoir  le  corps  pins 
long  et  les  jambes  plus  courtes  qujB  le  reste 
de  sa  race;  les  jambes  de  devant  étaient  cro- 
chues. La  conformation  dje  cet  animal,  le 
rendant  incapable  de  sauter  par-dessus  les 
clôtures,  on  voulut  tenter  de  propager  la 
particularité  qui  le  distinguait,  et  lexpé- 
rience  réussit  :  on  obtint  une  nouvelle  race 
de  moutons  que  Ton  nomma,  d'après  la  forme 
du  corps,  la  race  loutre.  Lorsque  le  père  et 
la  mère  appartiennent  à  cette  race,  les 
agne^iux  qui  en  naissent  héritent  de  celte 
particularité  de  forme  (866)  :  c*est,  à  ce  qu  il 
parait,  un  fait  constant 

On  trouve  des  chevaux  à  l'état  sautaje 
dans  quelques  parties  de  l'Asie  et